année 2007

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

L’homme peut apprendre à tolérer la laideur du cadre dans lequel il vit, un ciel enfumé et des rivières polluées. Il peut vivre sans le parfum des fleurs ou le chant des oiseaux. Il peut survivre même au mépris complet de l’ordonnance cosmique des rythmes biologiques. Si la suppression d’un certain nombre d’agréments peut n’avoir aucun effet manifeste sur son aspect physique ou son efficacité en tant que rouage de la machine économique ou technologique, elle entraîne cependant à long terme un appauvrissement de sa vie et la perte progressive des qualités que nous associons à la notion d’être humain. Nous nous sommes endormis dans un monde aseptisé, dans la sécurité de nos maisons, dans la chaleur de notre confort, bercés par des certitudes dont les écrans et les ondes nous gavent comme des oies dociles, un monde qui finalement nous laisse peu de liberté, peu d’espace, peu d’initiative.

Pour calibrer des individus moutonniers et dociles, la technocratie se débrouille pour éliminer plus ou moins doucettement les amoureux de la nature, dénoncés comme des nostalgiques du passé et gênants pour un aménagement totalitaire du territoire. Pourtant un rapport de recherche canadien prouve que l’interaction avec la nature n’est pas uniquement une source d’agrément, mais bien un besoin fondamental aussi bien pour la santé physique que mentale, pour la réduction de la violence sociale et pour le sentiment d’appartenance communautaire. Les fleurs, les arbres et les arbustes présentent un intérêt intrinsèque. Ils nous sortent du monde de l’attention dirigée, ce qui nous permet de nous reposer et de recharger nos batteries mentales.

L’exigence de nature n’est pas le retour à un état idyllique passé, qu’il ait existé ou non. Elle est le fruit de la civilisation la plus raffinée. La faim nous oblige à conserver un minimum de nature ; le besoin d’être pleinement postule un maximum de nature.