Quelques citations :

- Rosa Luxemburg a affirmé que notre avenir avait pour horizon une alternative : « socialisme ou barbarie ». Près d’un siècle plus tard, nous n’avons pas appris grand-chose à propos du socialisme. En revanche, nous connaissons la triste rengaine sur les lèvres de ceux qui survivront dans un monde de fratricide et d’automutilation. Ce sera : « Il faut bien, nous n’avons pas le choix ».

- Les limites, cela se négocie entre responsables, cela s’impose à un troupeau et cela laisse dans l’ombre le fait que, dans notre monde creusé par des inégalités radicales, il faudrait un véritable miracle pour qu’elles ne soient pas un facteur d’inégalité encore accentuée.

- Ce qui s’annonce, des éoliennes et des panneaux solaires pour les riches, qui pourront même continuer à utiliser leurs voitures grâce aux biocarburants. Quant aux autres…

- Face aux menaces de l’avenir, il est relativement assuré que les réponses que les scientifiques ne manqueront pas de proposer ne nous permettront pas d’éviter la barbarie.

- Les gens perdraient confiance si on leur faisait savoir à quel point un scientifique est mal préparé par sa discipline à intervenir dans des questions d’intérêt collectif.

- Lorsque tous sont dépendants, tous liés par des partenariats avec l’industrie, aucun n’aura envie de « cracher dans la soupe », de mener des recherches qui affaibliraient la légitimé de leur situation à tous. Il n’a pas besoin de tricher, il suffit d’éviter de trop travailler sur des questions qui dérangent.

- Mentir d’abord, affirmer que c’est trop tard ensuite, et recouvrir le tout par une morale de l’inéluctable, « on n’arrête pas le progrès », voilà ce que demande la liberté d’innover. Aujourd’hui Monsanto bénéfice directement de la prolifération de super-mauvaises herbes, devenues résistantes à son herbicide Round up, c’est-à-dire exigeant des doses dix ou vingt fois plus élevées de ce produit, qui n’a pas du tout, d’autre part, l’innocuité annoncée.

- Face au refus inopiné des OGM, des rhétoriques ont été fabriquées, par exemple : « Si vous refusez les OGM, nos cerveaux vont fuir vers des cieux plus cléments », ou bien : « Vous nous mettrez en retard dans la grande compétition économique », ou encore : « Vous n’aurez pas les OGM de seconde génération qui, eux, seront vraiment bénéfiques. »

- Il a fallu des catastrophes sanitaires et environnementales pour que les pouvoirs publics soient finalement contraints, en Europe, à reconnaître le bien-fondé d’un principe de précaution. Que des scientifiques de renom aient pu, malgré de telles catastrophes, hurler à la trahison éclaire d’un jour étrange la situation que ce principe a pour ambition de réformer. La nécessité de faire attention en cas de doute est définie par eux comme l’ennemie du Progrès.

- Les économistes et autres candidats à la production de réponses globales fondées sur la « science » n’existent pour moi qu’en tant que pouvoir de nuire.

- Gaïa n’est pas menacée. Les vivants innombrables que sont les microorganismes continueront à participer à son régime d’existence, celui d’une planète vivante.

- Nous n’avons plus affaire à une nature sauvage et menaçante, ni à une nature fragile, à protéger, ni une nature exploitable à merci. Offensée, Gaïa est indifférente à la question « qui est responsable ? »

- La réponse que Gaïa risque de nous donner pourrait bien être sans mesure par rapport à ce que nous avons fait, un peu comme un haussement d’épaule suscité par l’effleurement d’un moucheron.

- Il y a quelques chose de l’ordre de la provocation délibérée dans mon choix de nommer Gaïa, de la désigner comme une forme inédite, ou oubliée, de la transcendance.

- La lutte ne peut plus avoir pour définition l’avènement d’une humanité enfin libérée de toute transcendance. Nous aurons toujours à compter avec Gaïa, à apprendre, à la manière des peuples anciens, à ne pas l’offenser.

- Il s’agit de nous désintoxiquer de ces récits qui nous ont fait oublier que la Terre n’était pas nôtre.

- Le terme « usager » est aussi utilisé pour parler de ceux qui se réunissent autour d’un « commun », rivière ou forêt, avec l’ambition de déjouer le sinistre diagnostic de la « tragédie des communs » et de réussir à apprendre les uns des autres à ne pas le définir comme un moyen pour leurs propres fins mais comme ce autour de quoi les usages doivent apprendre à s’articuler.

- Mon métier, ce sont les mots, et les mots ont un pouvoir. C’est pourquoi j’honore l’invention du nom « objecteur de croissance ».

- Je parie pour un avenir où la réponse à Gaïa ne sera pas la triste décroissance, mais ce que les objecteurs de croissance inventent déjà lorsqu’ils découvrent ensemble les dimensions de la vie qui ont été anesthésiées, massacrées au nom d’un progrès réduit aujourd’hui à l’impératif de croissance.

(éditions La découverte)