année 2009

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Depuis quinze ans, l’expérience professionnelle de Péladan l’a placé à l’aval de la société de consommation où se déverse ce que l’on jette, dans les égouts et les poubelles. Le « développement » auquel il a assisté est l’accumulation des déchets liquides et solides. Il a donc cherché à comprendre quelle société nous bâtissions pour nos enfants et cherché des pistes pour éclairer cet avenir. Il se trompe parfois, ainsi par cette phrase : « Il est dangereux de croire qu’un retour vers un monde plus agricole, plus artisanal et autarcique apporterait la solution. Ce rêve porte le ferment d’une attitude réactionnaire stérile, idéalisant un âge d’or qui n’a jamais existé. » Voici quelques extraits un peu plus significatifs de son livre :

1/7) une montagne de déchets

Quand les matières premières viennent à manquer, nous les cherchons dans nos poubelles. Les déchets que nous voyons (ce que nous mettons nous-mêmes dans nos poubelles) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. Si l’on inclut les déchets des collectivités, des entreprises, la quantité de déchets produits dépasse 2 tonnes par personne et par an dont les déchets ménagers ne représentent que 20 %. Si l’on prend aussi ne compte les déchets des élevages, des cultures, des forêts et des chantiers, les déchets ménagers ne contribuent plus qu’à hauteur de 3 % du flux total de déchets. L’atmosphère ayant aussi son lot à supporter, l’Européen moyen émettra au cours de sa vie 752 tonnes d’équivalent CO2 de gaz à effet de serre.

Déchets pour les uns, ressources pour les autres, déchet banal devenu déchet dangereux, déchet gratuit devenu payant… Notre vocabulaire change. Jeter est un geste de moins en moins anodin. Que ceux qui avaient peur de ne pas laisser de trace après leur mort se rassurent : entre un et deux millions de fois leur propre poids, c’est plus qu’une trace !

2/7) l’eau virtuelle

L’eau est d’abord une ressource locale, son coût de transport étant prohibitif par rapport à son coût de production. Ce qui se transporte aisément, ce sont les produits fabriqués utilisant de l’eau. D’où le concept d’eau virtuelle pour évaluer l’eau utilisée pour la production de nourriture et de toutes sortes de biens. Par exemple une paire de chaussures représente environ 8000 litres d’eau, un T-shirt en coton 4100 litres, un hamburger 2400 litres, une pomme 70 litres. Ainsi l’eau virtuelle s’exporte ou s’importe en masse. C’est donc un moyen d’organiser le dumping environnemental, car un pays à la fois riche en eau et exigeant en matière d’environnement – chez lui, s’entend – peut acheter des produits à forte teneur en eau virtuelle à un pays émergent.

Produire un kilo de

patates

légumes

maïs

blé

oeufs

poulet

porc

bœuf

Utilise un volume

d’eau en litres

100

200 à 400

700

1100

2700

4100

4600

13500

Le marché, aveugle, propage les pollutions et le stress hydrique mondial. L’Europe est globalement importatrice d’eau virtuelle, mais la France reste exportatrice.

3/7) l’énergie grise

L’énergie grise ou énergie cachée représente l’ordre de grandeur de l’ensemble de l’énergie utilisée pour la production, l’emballage, la distribution, l’usage et enfin le recyclage ou l’élimination d’un produit. Exprimé en kilowattheure ou en tonne équivalent pétrole, l’énergie grise se calcule aussi bien pour un téléphone que pour une maison. Par exemple, il faut 50 fois plus d’énergie pour fabriquer une pile alcaline que ce qu’elle fournira pendant toute sa vie de pile. Les panneaux photovoltaïques fabriqués à partir de silicium purifié devront produire au moins 5 ans d’électricité solaire pour compenser l’énergie nécessaire à leur fabrication.

Pour approcher l’impact environnemental d’un vêtement, il faudra savoir où et comment il a été fabriqué, comment il a été acheminé, et enfin quelle fin de vie il aura. Pour chacune de ces étapes, il faudra savoir quelle énergie a été utilisée, ce qui nous indiquera quel contenu en carbone le cycle de vie de ce vêtement a eu en moyenne.

4/7) l’alimentation, secteur concurrencé

Le secteur de l’alimentation est globalement soumis aux lois aveugles du marché. Il subit la concurrence entre les quatre usages de la surface agricole utile, les 4 F (Food pour la nourriture humaine, Feed pour la nourriture animale, Fuel pour les agrocarburants et Fiber pour les fibres et textiles). Chaque tension de la demande mondiale sur un des ces marchés fait augmenter les prix sur ce marché et indirectement pour les trois autres usages concurrents. En ne mangeant plus, nous pourrions faire rouler moins de 50 % de nos voitures. Nous disposons en effet de 1600 millions d’hectares de terres cultivées avec lequel nous pourrions obtenir 1600 millions de tonnes équivalent pétrole de carburant ; or le monde en consomme 3500 millions !

L’émergence du marché des agrocarburants, l’augmentation de la population mondiale et les ravages de l’agriculture industrialisée annoncent le retour programmé de l’insécurité alimentaire.

5/7) se déplacer autrement

La voiture est une machine à forte dimension psychologique et sociale, dont le coût comprend entre 5 et 15 % de publicité. En 2005, il y avait 760 voitures pour 1000 habitants aux Etats-Unis, 500 en France, 24 en Chine et 6 en Inde. La juxtaposition de ces écarts nous fait sentir à quel point la transposition universelle du modèle occidental est impossible. Rouler des dizaines de milliers de kilomètres par an, seul dans un véhicule d’1 à 1,5 tonnes, deviendra une excentricité horriblement coûteuse, voire prohibée. Quant à l’avion l’absence de taxes, qui le subventionne de facto aujourd’hui, est écologiquement inadmissible. Un tel traitement de faveur ne pourra pas durer.

En janvier 2004, le baril de brut valait 30 euros, ce qui correspondre à 0,19 euro le litre. En mai 2008, il a atteint les 80 euros, ce qui fait 0,5 euros le litre : toujours moins cher qu’une bouteille d’eau minérale !

6/7) le brouillage médiatique

Nous n’avons jamais été autant noyés d’images et de messages, dont l’écrasante majorité nous vient de la publicité et de la télévision, deux supports qui n’offrent que des messages simplistes et percutants. Or aucune réalité n’est simpliste et les solutions percutantes sont souvent trompeuses. Si ce n’est pas la vérité ni la solution qu’on nous propose, qu’est-ce sinon du bruit, une information partielle et discutable dont nous ne pouvons rien faire ? Approximations, polémiques, désinformation et préjugés se mélangent allègrement sur des sujets comme le réchauffement climatique qui exigent pourtant rigueur et clarté. Internet sert aujourd’hui à assouvir la misère sexuelle des humains à travers les sites érotiques et pornographiques qui font le top 50 des sites consultés. Internet nous offre le meilleur comme le pire de la créativité humaine.

Nous sommes donc en plein brouillage à propos de la perception de la finitude et de la fragilité de notre planète vivante. La difficulté réside dans la hiérarchisation de nos choix. Mais dans beaucoup de cas, cela va de soi : prendre le train plutôt que l’avion ; manger un légume plutôt que de la viande ; manger une volaille plutôt que du bœuf ; chauffer chez soi à 18°C plutôt qu’à 20°C ; rouler en vélo plutôt qu’en voiture.

7/7) Quelques citations

- Les hommes achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. (Saint-Exupéry)

- Le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit (ADEME)

- Tout le monde veut sauver la planète, mais personne ne veut descendre les poubelles (Jean Yanne)

- Je voudrais rassurer les peuples qui meurent de faim : ici, on mange pour vous. (Coluche)

- Il y a assez de ressources sur la planète pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour satisfaire le désir de possession de chacun. (Gandhi)

- Les mœurs présentes, on les appellera barbares quand elles seront des mœurs passées. (Anatole France)

- Les modes de gestion des ressources et des biens publics ne sont ni de droite, ni de gauche. Les clivages idéologiques passés accusent leur obsolescence. (Jean-Guillaume Péladan)

- Pour qu’un écologiste soit élu Président, il faudrait que les arbres votent. (Coluche)

- Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté (Winston Churchill)

- Regarder un atome le change, regarder une femme la transforme, regarder l’avenir le bouleverse. (Gaston Berger)

- Le temps du monde fini commence. (Paul Valéry)

(les éditions Ovadia)