année 2010

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Gandhi, dont le premier gûru fut un ascète jaïn, s'imprégna du jaïnisme pour constituer sa philosophie de vie socio-politique basée sur l'ahimsa (la non violence). Il n’est donc pas inutile d’en savoir un peu plus sur le jaïnisme.

L’histoire du jaïnisme

Le jaïnisme est l'une des plus anciennes religions du monde, présente particulièrement en Inde : elle se rattache à une vertu, un dharma (un devoir), d'où son autre appellation "Shramana Dharma" ou "Nirgrantha Dharma". Des preuves archéologiques ont montré la présence du "pré-jaïnisme" lors de la période pré-aryenne (-1500 avant JC). Au VI ème siècle, (même époque que Bouddha) le tîrthankara Jina, "le victorieux", aussi connu sous une autre dénomination " Mahâvirâ " (le grand héros) transmit une philosophie qui allait révolutionner la société de l'époque. S'affrontant aux injustices en place dans l'application de l'hindouisme, Mahâvirâ prôna un meilleur respect entre les humains, voulant abolir le système de castes, valoriser la femme dans son accès aux rites religieux et à l'éducation. une religion fondée sur un ascétisme plus rigoureux que celui du bouddhisme. Certains historiens le rattachent à l'opposition faite aux pratiques brahmanes de l'hindouisme. Malgré de nombreux points communs ( cycles de réincarnation, lutte contre la souffrance, l'ahimsa...) entre le Jaïnisme, le bouddhisme et l'Hindouisme, des différences sont à noter :

-          contrairement au bouddhisme, le jaïnisme croit en l'existence de l'âme ;

-          contrairement à l'hindouisme, le jaïnisme ne croit pas en une entité divine cosmique : l'âme libérée du cycle des réincarnations reste individuelle et ne rejoint pas une seule entité.

Dieu est un homme ayant suivi une ascèse stricte, et s'étant libéré du cycle de la souffrance grâce à ses propres efforts. Sous cet angle, le jaïnisme peut être une philosophie athée et non métaphysique. Les 3 à 4 millions de fidèles sont essentiellement établis au Gujarat et dans le Maharastra.

L’exemple de Satish Kumar

La mère de Satish Kumar envisageait la vie comme une gigantesque tapisserie constituée de millions d’actes infimes qui, tous, contribuaient à sa réalisation. Elle ne croyait pas aux grands actes héroïques, mais aux petites actions entreprises avec beaucoup d’amour et d’imagination. Notre individualité dépend de ce qui nous entoure. Elle est indissociable de notre environnement. Elle n’envisageait pas la réalisation de soi comme un objectif lointain et inatteignable, mais comme une tâche de chaque instant. Adeptes du jaïnisme, nous ne nous comportions pas (dans notre famille) comme des individus isolés. Le mutualisme définissait toutes nos relations. Nous partagions tout et mettions tout en commun, affection, vie privée, argent et biens propres. Nous n’étions ni riches, ni pauvres – ces catégories n’avaient aucun sens à nos yeux. Pour voyager, nous logions dans des pensions fonctionnant sur le principe de l’hospitalité réciproque : nos n’avions rien à payer pour notre séjour, mais nous étions tenu d’offrir la même hospitalité aux Jaïns de passage dans notre ville.

A 9 ans, Satish Kumar s’était engagé dans un monastère jaïn. Mahâvirâ, le fondateur de la doctrine jaïne,  était issu d’une caste de guerriers, les Râjputs. Reprenant à son compte les valeurs d’héroïsme, il en fit un usage particulier : le vrai champ de bataille n’était pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous-mêmes. Dans cette optique, la victoire consiste à dominer notre désir de contrôler autrui. C’est en pratiquant la compassion et la non-violence qu’il répandait ses idées. Il disait souvent qu’il est bien plus difficile d’administrer ses désirs et de contrôler ses passions que de conquérir et de contrôler un royaume étranger. Mahâvirâ n’accordait pas une grande importance à l’étude ni à la théorie. Il a défini cinq règles de vie :

- ahimsâ, la non-violence. Cela consiste à éviter tout forme d’agression envers soi-même et envers autrui. Les jaïns considèrent l’extraction de la houille comme une forme de violence à laquelle il faut recourir le moins possible.

- satya, la vérité. Mais chaque individu, chaque arbre, chaque fleur gravite au centre d’un univers infini. Il n’y a pas plus de centre que de vérité unique. Il faut donc se montrer humble et ouvert aux idées nouvelles, tout en admettant qu’aucune d’entre elles ne sera jamais immuable ni définitive.

- asteya, ne pas voler, c’est-à-dire ne pas acquérir ou nous approprier des biens superflus. Les jaïns ne prennent jamais part aux guerres, ils n’éprouvent pas le désir de se battre pour obtenir du pouvoir,  ou un terrain.

- brahmâchârya, demeurer dans la pureté. Vivre l’amour sans luxure. Toute pensée, tout propos ou tout acte qui vise à rabaisser ou à agresser le corps d’autrui constitue une atteinte au principe de chasteté. Ce principe ne s’applique pas seulement au corps humains, mais aussi à celui de la nature.

- aparigraha, renoncer aux richesses matérielles. Rien ne peut réellement nous appartenir puisque chaque chose se possède elle-même. Si nous cessions tous d’acquérir, de posséder, de stocker et d’accumuler, il n’y aurait plus de pénuries. La simplicité des moyens garantit la richesse des fins. Cela signifie simplifier notre vie matérielle autant que notre vie intellectuelle. Nous n’utilisons ni bougie, ni lampe électrique. Nous faisons tout  à la lumière du jour ; la nuit, nous chantons et nous méditons dans l’obscurité. Nous veillons à limiter aux maximum l’usage que nous faisons des ressources dont nous disposons. Un jaïn mange, puis essuie soigneusement l’assiette du bout des doigts et verse un peu d’eau au fond. Portant l’assiette à ses lèvres, il avale cette dernière gorgée d’eau. « Comme ça, je ne gâche rien ! » Certains moines jaïns ne portent même pas de vêtements. Ils appartiennent à l’ordre Dîgambara, littéralement ceux qui sont vêtus d’espace. Ils n’ont pas non plus de bol aux aumônes et se contentent de joindre les mains pour recueillir la nourriture qu’on leur offre.

(dans son livre, Tu es donc je suis (une déclaration de dépendance)

Le jour où Gandhi a pleuré

Le Mahatma Gandhi était en visite à Allahabad avec M.Nehru, qui devint plus tard le chef du premier gouvernement indépendant de l’Inde. Il n’y avait pas d’eau courante à l’époque. Au réveil, Nehru se chargea d’apporter à Gandhi la cruche d’eau dont il avait besoin pour ses ablutions matinales. Tandis que Nehru vidait la  cruche, ils se lancèrent dans une grande discussion sur la situation politique du pays. Tout en parlant, Gandhi se lavait les mains et le visage, mais il était si absorbé dans leur conversation que l’eau vint à manquer avant qu’il n’ait terminé sa toilette. « Ne bouge pas, dit Nehru. Je vais chercher une autre cruche. »

Gandhi se figea, stupéfait. « Quoi, s’exclama-t-il. J’ai déjà vidé une cruche entière et je n’ai pas fini de me laver ? Quel gâchis ! D’habitude, une seule cruche me suffit ! » Nehru le regardait sans comprendre : pourquoi Gandhi faisait-il  une telle histoire pour un peu d’eau ? Il s’apprêtait à l’interroger quand il vit des larmes perler à ses paupières.

« Pourquoi pleures-tu ? s’écria-t-il.

- Je m’en veux d’avoir été si distrait. Quelle honte d’avoir utilisé tant d’eau !

- Tu sais bien que l’eau abonde ici, à Allahabad. La ville est traversée par le Gange et la Yamunâ. Ce n’est pas comme chez toi, dans le Gujarat, où tout est sec et désert !

- C’est vrai. C’est une grande chance pour cette ville d’être baignée par ces deux grands fleuves. Mais cela ne change rien à la quantité que je m’autorise à utiliser chaque matin ! »

Cet extrait du livre de Satih Kumar, Je suis donc tu es, montre que le gaspillage est une forme de violence qui a mené à la surexploitation des ressources naturelles et à l’échec de monde moderne. Mais Nehru n’a pas compris la leçon… l’Inde a voulu imiter le modèle occidental.