année 2012

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Ce livre marque un tournant. Jusqu’à présent, l’armée était considérée comme l’ennemie de l’environnement, les temps changent… lentement. En 1991 Nicolas Skrotzky avait écrit « Guerres, crimes écologiques »*. En 2005, Claude-Marie Vadrot avait enfoncé le clou : « Guerres et environnement, panorama des paysages et des écosystèmes bouleversés »**. Il est vrai qu’aucune guerre, interne, internationale,  tribale ou « propre » ne laisse intacts l’environnement. Quand les combattants sont réconciliés, la nature reste marquée, transformée. Mais il y a une conscience croissante que la sécurité nationale et la conservation écologiques sont étroitement liées. Un rapport « secret » du Pentagone sur le changement climatique***, a été réalisé en octobre 2003 : « Notre intention est de rendre parlants les effets que le réchauffement climatique pourrait avoir sur la société si nous n’y sommes pas préparés. » Comme l’insécurité écologique est principalement rattaché à la problématique énergétique et pétrolière, des rapports militaires récents de la Bundeswehr ou du Pentagone se préoccupent de l’insécurité qui suivra le pic pétrolier.

Sarah Brunel élargit le propos à la biodiversité en s’appuyant sur son expérience d’experte internationale en matière de protection des végétaux et de biosécurité. Les Nations Unies sont convaincues que l’environnement représente un levier pour reconstruire la paix, voire même pour prévenir les conflits. Cette orientation est largement relayée dans les discours officiels de ses Secrétaires Généraux - Kofi Annan, Ban Ki Moon – et se traduit dans les faits par des évaluations environnementales post-conflits considérant les impacts sur la biodiversité, comme en Irak, au Kosovo, au Liban ou en Afghanistan. L’OTAN a inscrit la sécurité environnementale à son nouveau concept stratégique. De nombreuses recherches ont identifié des liens, au moins indirects, entre les mécanismes qui mènent à des conflits et l’environnement.

Les millions d’hectares de terrains d’entraînement militaire représentent un refuge pour des habitats et des espèces animales et végétales que les militaires s’engagent aujourd’hui à protéger. Certains pays vont bien au-delà, l’Inde dispose d’unités spéciales dédiées à la protection de l’environnement, et les États-Unis ont mis en place un think tank pour conseiller l’armée sur sa stratégie environnementale. Si les armées se préoccupent d’environnement, c’est aussi qu’elles y ont tout intérêt. Rentabiliser leurs effectifs et leurs équipements, redorer leur image auprès du public, légitimer leur présence sur les terrains d’entraînement, engager le dialogue avec les armées d’autres pays ou experts du civil sont autant d’opportunités que la protection de la nature leur fournit.

Sarah Brunel envisage même un devoir d’ingérence environnemental à l’image du droit d’ingérence humanitaire. Pourquoi les armées n’interviendraient-elles pas dans des pays étrangers pour en protéger les richesses biologiques, pour stopper la destruction d’une forêt primaire par exemple ? La question reste en suspens car l’écologie n’est pas encore la préoccupation première des forces armées. Sarah Brunel le reconnaît : « la protection de l’environnement par l’armée pourrait conduire à une utilisation de l’environnement pour des raisons de défense nationale… une appropriation dangereuse (p. 97) » ; « Beaucoup d’environnementalistes voient très peu d’avantages et des dangers considérables à "sécuriser" les problèmes écologiques (p. 99) » ; « Beaucoup de militaires ont des réticences quant à l’engagement de l’armée sur des sujets environnementaux, préserver la nature étant aux antipodes de la logique guerrière et sécuritaire p. 104) »

« Les missions militaires au service de la biodiversité » par Sarah Brunel

Editeur : EDP Sciences (www.edpsciences.org) Collection : Intersections

Prix : 19 €, pages : 132

Parution : septembre 2012

Plus d’informations sur le site de l’éditeur :

http://www.edition-sciences.com/missions-militaires-au-service-la-biodiversite.htm

* aux éditions Sang de la Terre, réédité en 2002 sous le titre « La Terre victime des guerres » chez le même éditeur

** aux éditions delachaux et niestlé

*** édité en 2006 aux éditions Allia