année 2013

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Ce livre se veut en écho du pamphlet contre l’écologie « Ecologie, la fin » de Christian Gerondeau (paru en 2012). En effet les « anti-écologistes » sont montés en puissance à la fin des années 2000. En mars 2010, le président de la République Nicolas Sarkozy déclare : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement, parce que là aussi ça commence à bien faire. » Le résultat final d’Eva Joly aux présidentielles (2,5 % des voix) confirme l’insuccès de l’écologie politique. Que penser de cette évolution ?

Le livre d’Alice Audoin souligne le malaise profond face à ce qu’il faudrait faire et qu’on se refuse à faire. On reproche aux écologistes un discours jugé moralisateur, contraignant, dirigiste, anxiogène et anti-progrès.  Les valeurs écolos/anti-écolos s’opposent point par point : Avenir/Présent, Collectif/Individuel, Pessimisme/Optimisme, Restriction/Consommation, Besoin/Désir, Ascétisme/Confort, Devoir/plaisir.  Ecologiser notre comportement semble de plus en plus difficile pour beaucoup. L’écologie rompt un rêve, une insouciance, une confiance, en annonçant abruptement que l’homme a déréglé le climat et les écosystèmes. Mais plus l’on regarde près de chez soi, plus l’on considère que l’environnement va bien. Mais 59 % des Français le déclarent mauvais dans le monde. L’échec de la gouvernance internationale en matière environnementale n’aide pas à la prise de conscience. Que ce soient les conférences des Nations unies sur le climat (Copenhague, 2009), sur la biodiversité (Nagoya, 2010) ou le dernier sommet de Rio+20, le constat est le même : l’attention des gouvernements est accaparée par la crise économique. Pourtant les menaces s’accumulent, les modifications des écosystèmes sont telles qu’un changement d’état de la biosphère devient probable… mais les générations futures s’adapteront aux problèmes écologiques, comme l’Homme l’a toujours fait grâce au progrès technique.

Alice Audoin met en évidence toutes ces contradictions et montre que de toute façon, nous n’aurons pas d’alternative : « Les questions de changement climatique, de chute de la biodiversité, de déforestation, sont devenues incontournables. Plus l’entreprise a une marque connue, plus sa prise de conscience augmente, car elle sait qu’un jour elle n’aura plus le choix. (p.78) » ; « Dans la tête d’un nombre important de nos concitoyens, "l’écologie, c’est fini". Mais la planète va nous rappeler à l’ordre... L’environnement ne va cesser de se rappeler à nous, par des catastrophes climatiques, des crises alimentaires, des guerres du dernier pétrole, le manque d’eau, etc. (p. 119) »

Alice Audoin veut donc montrer qu’au-delà des apparences actuelles, l’écologie atteint enfin une dimension systémique, qui est sa définition même. Elle se retrouve intégrée dans l’économie, la santé, la culture. C’est la fin de son isolement, ce qui donne aussi l’impression de moins la remarquer. Elle envisage même que l’avenir énergétique réside aussi dans une « non-consommation ». Elle constate que des jeunes dans le monde entier pensent que la priorité doit être donnée à la protection de l’environnement, même si cela freine le développement économique. Mais Alice reste avant tout une pionnière réputée du développement durable, alliant tout au cours de sa carrière engagement et esprit d’entreprise. Alice préfère les (rares) entreprises qui font quelques (petits) efforts en matière environnementale : le groupe système U ou la fondation Yves Rocher par exemple. Mais elle constate aussi que les entreprises restent pour l’instant de « mauvais joueurs », envisageant l’environnement comme un coût plutôt que comme une opportunité. Pour Alice, il s’agit de construire « avec » le monde actuel et non « contre », même si ce système ne réagit pas aux menaces.

Alice Audoin était claire en introduction : « Le réchauffement climatique nécessite des solutions structurelles conséquentes, mais l’auteur s’érige contre des solutions planificatrices. L’auteur défend une position anthropocentriste, dans laquelle il s’agit de préserver la nature « pour soi » et non pas uniquement « en soi », par exemple pour les intérêts économiques des individus et des nations. » Elle confirme en conclusion : « Les hommes ont déjà montré leur capacité à mettre fin à des situations inextricables. Les prises de conscience ont permis des avancées majeures de l’Humanité, comme le permettra l’écologie, sous le visage du développement durable. » Les écologistes fondamentalistes ne se reconnaîtront pas dans ce positionnement.

(éditions les Echos, groupe Eyrolles - 148 pages, 14 euros)

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