année 2013

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Henri Safa est un physicien sorti de Supélec… il est donc pro-nucléaire. Au niveau strictement technique, ce livre est une source d’information fiable. On définit de façon claire les joules, le forçage radiatif, le back-up, etc. Mais le parti pris est évident, il suffit de lire quelques titres : « Le solaire, une énergie du passé ; le leurre des emplois verts ; une ressource réellement écologique : l’uranium. » Henri Safa prend pour présupposé des besoins illimités en énergie. A partir de là, il rêve de la pureté inconditionnelle du nucléaire pour satisfaire la demande. Un peut court comme raisonnement.

1/4) Besoins en énergie, limités ou illimités ?

Henri Safa s’oppose au point  de vue de la stratégie négaWatt

A) des besoins illimités pour Henri Safa*

L’homme est assoiffé d’énergie. Plus il en a, plus il invente de nouvelles applications et plus il en réclame davantage. On pourrait essayer d’infléchir cette tendance historique par la contrainte, mais la régulation énergétique s’est historiquement réalisée non par le rationnement imposé, mais par la capacité physique de l’accès à la quantité. Les scénarios énergétique tablant sur des réduction drastiques de la consommation relèvent soit de l’utopie, soit de l’aveuglement pur et simple. Non seulement la contrainte serait mal vécue mais le besoin de l’homme étant insatiable, la pression ne tiendrait pas longtemps, à moins de sombrer dans un régime vraiment totalitaire. Au vu de la courbe de consommation énergétique dans le monde, il est fort probable que dans le futur, on ne consommera pas moins, mais plus d’énergie.

De toute manière, si dans le futur l’on souhaite accéder à d’autres espaces, aller voir ce qui se passe au-delà de notre planète et de notre système solaire, il nous faudra beaucoup d’énergie. Enormément d’énergie. L’Homme ne pourra pas être éternellement confiné à la Terre, il rêve d’aller plus haut, plus loin et plus vite.

B) nécessité de réduire la demande pour négaWatt**

Réduire très fortement la consommation d’énergie ne veut pas dire retourner à la bougie ! Ceux qui usent d’une telle caricature sont souvent les mêmes qui agitent le spectre des atteintes à la liberté individuelle que représenteraient les mesures nécessaires à la transition énergétique. Les mots d’obligation et d’interdiction ne doivent pas effrayer. La quasi-totalité des conducteurs d’automobiles acceptent des règles contraignantes qui restreignent leur liberté, parce que leurs effets positifs sont jugés bien supérieurs à ceux que procurerait l’absence de règles. Qui serait d’accord pour que les chauffards irresponsables ne soient jamais sanctionnés ? Il en va de même avec l’énergie.

Nous sommes encore aveuglés par l’incroyable facilité avec laquelle nous y avons accès : appuyer sur l’interrupteur pour que la lumière jaillisse, ouvrir le robinet et l’eau chaude apparaît, remplir le réservoir de la voiture puis rouler. Mais nous savons que si nous continuons à faire tous ces gestes sans tenir aucun compte des conséquences que cela peut avoir, nous contribuons à accélérer et amplifier les menaces qui pèsent sur notre environnement et nos modes de vie. Nous devons accepter une limitation de notre consommation d’énergie, l’obligation de la mise aux normes, l’interdiction de certaines extravagances et inventer ensemble, démocratiquement, un « Code de bonne conduite énergétique ».

* Quelle transition énergétique ? d’Henri Safa (edp sciences 2013, 108 pages, 12 euros)

** Changeons d’énergie (transition mode d’emploi) de l’association négaWatt (Actes Sud 2013, 94 pages, 10 euros)

2/4) Les vertus du nucléaire

Le risque principal est qu’un réchauffement trop important de notre planète ne provoque des modifications irréversibles du climat dans un futur proche. N’en déplaise à certains, grâce à son nucléaire, la France est deux fois plus vertueuse que l’Allemagne en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Les gisements d’uranium exploitables au coût actuel doivent contenir des teneurs dépassant les 500 ppm. Les ressources sont donc aujourd’hui estimées à 300 ans de consommation des réacteurs existants. Avec l’avènement des réacteurs de 4e génération attendus pour le milieu de ce siècle, l’utilisation des mêmes ressources peut être multipliée par un facteur compris entre 25 et 100. On pourrait en effet être en mesure de brûler sinon la totalité, du moins une grande partie de l’uranium. De plus, là où il est nécessaire d’extraire un milliard de tonnes de charbon des entrailles de la terre, il nous suffit de 10 000 tonnes d’uranium pour produire une quantité équivalente d’énergie. A ce titre, l’énergie nucléaire peut être considérée comme la plus respectueuse des matières premières terrestres, c’est-à-dire la plus parcimonieuse, en un mot la plus écologique.

Le nucléaire sera une énergie qui sera déployée demain à grande échelle.

3/4) Ces méchants anti-nucléaires

Il n’y a pas de sources d’énergie à proprement parler ni d’énergies renouvelables car l’énergie ne fait que simplement se transformer en passant d’une forme à une autre. Les renouvelables présentent des émissions de gaz carbonique bien supérieures au nucléaire. De plus, à cause de l’intermittence des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques, il faut du back-up (ou réserve d’énergie en support). La seule capable de supporter de grosses variations est la turbine à gaz. Donc, lorsqu’on installe un parc d’éoliennes, on installera en même temps une centrale à gaz. Nous n’avons réellement le choix qu’entre le nucléaire et le gaz. Il n’y aura pas d’autre alternative tant qu’un moyen de stockage massif de l’énergie ne sera pas disponible.

De plus il existe des fondements macroéconomiques qui tendent à démontrer que les politiques de développement des énergies renouvelables n’induiront aucun emploi pérenne à long terme. Le problème n’est pas la création d’emploi en tant que telle, c’est la création de valeur rattachée à un emploi donné. On pourrait facilement créer des millions d’emplois à valeur faible. A l’époque de l’Union soviétique, tout le monde avait un travail !

4/4) Quelques chiffres

"4 000" : Le bois des arbres dégage en brûlant une quantité d’énergie égale à 4 kWh par kilo, à condition que le bois soit parfaitement sec.

"9 000" : L’anthracite, un charbon de qualité supérieure, peut libérer plus de 9 kWh/kg.

"12 000" : Le pétrole et le gaz ont un contenu énergétique de 12 kWh/kg.

"1 000 000 000" : Un combustible nucléaire enrichi à 4 % en uranium 235 renferme une densité énergétique de 1 000 000 kWh/kg, soit 100 000 fois plus que le charbon ou le pétrole

Il faut brûler environ 3 kWh d’énergie primaire pour générer 1 kWh d’électricité.

Une meule d’un moulin à eau peut moudre 150 kg de blé à l’heure, soit l’équivalent du travail de 40 humains (soit 1 kW).

Le moteur d’une voiture développe 50 kW de puissance, soir l’équivalent de 500 humains.

Une tonne d’équivalent pétrole (tep) représente 11,63 MWh, soir 42 GJoules.

Près de 2 milliards de terriens vivent aujourd’hui encore avec moins de 0,5 tep, soit l’équivalent de ce que consommait un Sumérien 6000 ans avant notre ère

Au-delà de 3 tep/an/habitant, on ne constate plus vraiment de corrélation marquée entre les dépenses d’énergie d’un pays et une amélioration de son indice de développement. Les USA consomment plus de 7 tep par habitant, la France plus de 4.