année 2013

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Flammarion, Champs classiques, 384 pages, 10 euros

Pour résumer ce livre, nous nous sommes centrés sur des conceptions qui méritent d’être mieux connues ; pour les autres, nous renvoyons à des résumés parus antérieurement sur notre réseau de documentation.

1913 La chasse aux cétacé dans l’Antarctique (Jean-Baptiste Charcot et Jacques Liouville)

Certains compagnies de pêche utilisent des procédés barbares dans leur manière d’exploiter les baleinoptères. C’est un véritable massacre, un gaspillage effréné. Le Pr A.Grevel et le Dr Charcot demandent à provoquer une entente internationale pour assurer : la protection efficace des jeunes ; la protection d’un certain nombre d’adultes, en créant des zones réservées ; enfin l’utilisation industrielle complète de toutes les parties des cétacés capturés.

Autrement, il se produira bientôt pour les cétacés ce qui s’est produit en plein XIXe siècle pour le phoque à fourrure, disparu de l’Antarctide américaine ; ce qui s’est produit au commencement du XXe siècle pour l’aigrette en Indochine ; ce qui était en train de se produire pour l’éléphant et la girafe dans l’Afrique-orientale anglaise, si les gouverneurs n’avaient pas pris à temps de sages mesures limitatives.

1962 Le printemps silencieux (Rachel Carson)

Printemps silencieux fut conçu le jour où Rachel Carson reçut une lettre d’une femme du Massachusetts qui lui disait que le DDT tuait les oiseaux.

1972 Les arbres peuvent-ils agir en justice ? (Christopher D.Stone)

A l’époque romaine, le père avait le droit de vie et de mort sur ses enfants. L’enfant était moins qu’une personne : un objet, une chose. Le Sud esclavagiste ne considérait pas les Noirs autrement. Darwin fait observer que l’histoire du développement moral de l’homme a pris la forme d’une extension continue du champ des objets concernés par ses « sympathies » : « Ses sympathies s’étendirent aux hommes de toutes les races, aux simples d’esprit, aux animaux inférieurs. » Désormais il n’est plus nécessaire d’être vivant pour se voir reconnaître des droits. Le monde des avocats est peuplé de ces titulaires de droits inanimés : trusts, joint ventures, municipalités. Je propose que l’on attribue des droits juridiques aux forêts, rivières et autres objets dits « naturels » de l’environnement, c’est-à-dire, en réalité, à l’environnement tout entier. Cela ne signifie en aucun cas que nul ne devrait être autorisé à couper un arbre. Si les êtres humains ont des droits, il reste néanmoins possible de les exécuter. L’arrêt in re Gault (1967) a accordé certains droits aux mineurs âgés de quinze ans faisant l’objet de poursuites, mais il ne leur a pas donné le droit de vote.

Partout ou presque, on trouve des qualifications doctrinales à propos des « droits » des riverains à un cours d’eau non pollué. Ce qui ne pèse pas dans la balance, c’est le dommage subi par le cours d’eau, ses poissons et ses formes de vie « inférieures ». Tant que l’environnement lui-même est dépourvu de droits, ces questions ne relèvent pas de la compétence d’un tribunal. S’il revient moins cher au pollueur de verser une amende plutôt que d’opérer les changements techniques nécessaires, il pourra préférer payer les dommages-intérêts et continuer à polluer. Il n’est ni inévitable ni bon que les objets naturels n’aient aucun droit qui leur permette de demander réparation pour leur propre compte. Il ne suffit pas de dire que les cours d’eau devraient en être privés faute de pouvoir parler. Les entreprises n’ont plus ne peuvent pas parler, pas plus que les Etats, les nourrissons et les personnes frappées d’incapacité. Si un être humain, commençant à donner des signes de sénilité, est de jure incapable de gérer ses affaires, les personnes soucieuses de  ses intérêts en font la preuve devant les tribunaux. Le tuteur légal représente la personne incapable. Bien sûr, pour convaincre un tribunal de considérer une rivière menacée comme une « personne », il sera besoin d’avocats aussi imaginatifs que ceux qui ont convaincu la Cour suprême qu’une société ferroviaire était une « personne » au sens du quatorzième amendement (qui garantit la citoyenneté à toute personne née aux Etats-Unis).

Mais je suis sûr de pouvoir juger avec davantage de certitude quand ma pelouse a besoin d’eau qu’un procureur ne pourra estimer si les Etats-Unis ont le besoin de faire appel d’un jugement défavorable. La pelouse me dit qu’elle veut de l’eau pas son jaunissement, son manque d’élasticité ; comment « les Etats-Unis » communiquent-ils avec le procureur général ? Nous prenons chaque jour des décisions pour le compte d’autrui et dans ce qui est censé être son intérêt ; or autrui est bien souvent une créature dont les souhaits sont bien moins vérifiables que ceux des rivières ou des arbres.

1972 Nous n’avons qu’une terre (Barbara Ward et René Dubos)

Allons-nous rester enfermés dans ce cercle vicieux : accroître encore le développement économique pour se procurer les ressources destinées à réparer le gâchis qui résulte précisément dudit développement ; et, ce faisant, créer un gâchis supplémentaire qu’il faudra réparer à son tour ? Alors il est clair qu’un désastre écologique nous menace.

1974 A vous de choisir : l’écologie ou la mort (René Dumont)

A chaque élection, des écologistes en colère vont trouver les candidats des divers partis politiques. Ils sont reçus avec… une certaine condescendance… René Dumont présente donc en 1974 sa candidature à la présidence de la République ; l’écologie politique est née.

1975 La portée de l’écologie (Eugene Pleasants Odum)

La technologie demeure une arme à deux tranchants.  Plusieurs des très graves problèmes de l’homme peuvent être reliés à une technologie caractérisée par une consommation élevée d’énergie et que l’on peut qualifier d’insouciante et d’arrogante, technologie qui écrase durement les valeurs humaines et les lois naturelles. Cependant, une fois que l’on reconnaît cette tendance très dangereuse et autodestructrice, il est possible de renverser le processus et de mettre la technologie au service de l’homme et de la nature.

Ces dernières années, les progrès de la technologie ont considérablement étendu la gamme des études écologiques, de telle sorte que si nous y mettons vraiment notre intelligence et notre argent, nous pouvons réussir à effectuer de mesures appropriées autant au niveau de l’écosystème qu’au niveau de l’individu.

1976 La deep ecology : écologie, communautés et style de vie (Arne Naess)

Arne Naess expose les fondements d’une nouvelle ontologie (étude de l’être en soi) qui rend l’humanité inséparable de la nature. Si nous saisissons cette ontologie, alors nous ne pourrons plus endommager gravement la nature, sans nuire en même temps à une partie de nous-mêmes.

1979 De l’entropie à l’écologie (Nicholas Georgescu-Roegen)

Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur.

1979 Le principe responsabilité (Hans Jonas)

Le marxisme poursuit les mêmes buts que le capitalisme, l’extension de la sphère marchande et la croissance économique. C’est pourquoi la Nature ne fait pas de différence entre le fait que l’attaque vienne de « droite » ou de « gauche ».

1990 Le contrat naturel (Michel Serres)

Afin que l’eau des océans se mélange, il faut que s’achève un cycle estimé à cinq millénaires. Or nous ne proposons que des réponses et des solutions de terme court, parce que nous vivons à échéances immédiates. Comment réussir dans une entreprise de long terme avec des moyens de court terme ? Il nous faut payer un tel projet par une révision déchirante de notre culture dominante. Il nous faut laisser le cap imposé par la philosophie de Descartes de l’homme maître et possesseur de la nature. Voici la bifurcation de l’histoire : ou la mort, ou la symbiose. Cela signifie : au contrat exclusivement social, ajouter la passation d’un contrat naturel de symbiose et de réciprocité où l’écoute admirative, la contemplation et le respect laisse de côté maîtrise et possessions.

Le symbiote admet le droit de l’hôte, alors que le parasite – notre statut actuel - condamne à mort celui qu’il pille et qu’il habite sans prendre conscience qu’à terme il se condamne lui-même à disparaître. Le droit de symbiose se définit par la réciprocité : autant la nature donne à l’homme, autant celui-ci doit rendre à celle-là, devenue sujet de droit. Dans quel langage parlent les choses du monde pour que nous puissions nous entendre avec elles, par contrat ? En fait la Terre nous parle en termes de forces, de liens et d’interactions, et cela suffit à faire un contrat. Tout cela resterait lettre morte si on n’inventait un nouvel homme politique.

2005 Par-delà nature et culture (Philippe Descola)

Une transformation durable des rapports aux entités réelles ou imaginaires dont nous partageons la destinée ne peut s’enclencher que dans des périodes tumultueuses. Pourquoi les non-humains ne sont-ils par représentés es qualités dans les parlements ? Les humains ont la capacité de produire des combinaisons nouvelles.

2009 De quelle grandeur est le “grand”? (Peter Sloterdijk)

Le fait de disposer sans peine de l’énergie fossile n’a pas seulement propulsé nos moteurs, il brûle aussi dans nos concepts de la liberté. Nous ne pouvons plus nous représenter une liberté qui n’inclut pas aussi la liberté d’accomplir des accélérations risquées et la liberté d’exagérer et de gaspiller. C’est un expressionnisme cinétique. On discerne dès aujourd’hui les contours du futur combat de géants. Le parti idéaliste y est représenté par les tenants d’une nouvelle modestie. Ils confrontent leurs adversaires matérialistes à l’exigence de réduire toutes les formes d’expressionnisme cinétique à un minium tolérable du point de vue de la politique de la Terre. L’éthique du futur exige la diminution là où il était jusqu’ici question d’augmentation, elle réclame la minimisation là où la maximisation était jusqu’alors en vigueur, elle veut de la retenue là où l’explosion était jusqu’ici permise, elle prescrit la parcimonie là où le gaspillage était ressenti comme le plus grand attrait, elle appelle à l’autorestriction là où l’on célébrait la libération de soi. La modernisation, en voulant généraliser la richesse, découvre qu’au bout du compte seul son contraire serait praticable : la frugalité pour tous. Nous allons assister au combat entre l’expansionnisme et le minimalisme. Nous allons devoir choisir entre l’éthique du feu et celle de l’ascèse.

Il semble que le puritanisme écologique soit la seule morale rationnelle possible à bord du vaisseau spatial « Terre ». La Terre n’existe qu’en un seul exemplaire, et pourtant les nations riches vivent dès aujourd’hui comme si elles étaient en droit d’exploiter une Terre et demie. Si leur style de vie était généralisé à tous les autres habitants de la planète, l’humanité devrait avoir à sa disposition rien de moins que quatre Terres. Or comme la Terre ne peut être multipliée, nous devons accepter la primauté de la frontière sur l’impulsion qui incite à la dépasser. La seule question encore ouverte demeure de savoir si le tournant vers la modestie se produit à la suite d’un tournant volontaire des populations ou si les gouvernements des nations riches se verront tôt ou tard forcés à proclamer, chacun sur son territoire, une sorte de guerre écologique au nom duquel on imposera ce qui ne peut être atteint sur une base volontaire.

2011 Les femmes, l’écologie et la survie en Inde (Vandana Shiva)

Toujours vêtue d’un simple sari de coton artisanal et de sandales, Vandana Shiva est probablement aujourd’hui la meilleure incarnation de l’héritage spirituel de Gandhi.

2012 Eco-pirate et guerrier des mers (Paul Watson)

A la question « Quelle est votre définition du gouvernement ? », ma fille encore enfant avait répondu : « C’est un groupe de personne qui s’allient pour tuer d’autres personnes et des animaux. » Eh bien, je trouve cette définition plutôt exacte.