année 2013

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Seuil, 320 p., 19 €

L'épidémie de maladies chroniques qui frappe les pays développés n'est pas une fatalité. Et, pour l'infléchir, une réforme profonde des politiques de santé publique tenant compte de l'environnement est nécessaire. C'est le constat majeur de Toxique planète, le dernier livre d'André Cicolella, chimiste et toxicologue, conseiller scientifique à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques et président du Réseau environnement santé.

L'auteur part d'un premier constat, posé par l'Organisation mondiale de la santé à l'automne 2011 : les populations des pays du Nord sont confrontées à une explosion des maladies dites non transmissibles. Cancers hormono-dépendants, troubles cardio-vasculaires, diabète et obésité, maladies neuro-dégénératives ou du système immunitaire, etc.

Retard considérable

Pourquoi une telle augmentation de l'incidence de ces pathologies ? L'idée selon laquelle elle serait le résultat de deux bénédictions – l'augmentation de l'espérance de vie et la qualité toujours accrue des systèmes de dépistage et de diagnostic – ne tient guère. Sans nier que nos choix personnels ou notre histoire familiale comptent pour une large part dans notre santé, André Cicolella s'attache à rassembler les connaissances qui permettent de faire le lien entre cette épidémie silencieuse et la dégradation de l'environnement.

Les autorités sanitaires, mais aussi une large part du corps médical ou de la communauté épidémiologique, en restent pourtant à mettre en avant les mauvais comportements individuels – tabac, alcool, sédentarité – ou les prédispositions génétiques pour expliquer l'incidence de telle ou telle maladie émergente. Quant au déficit chronique des systèmes de santé, il est attribué à tout sauf à un manque de sécurité sanitaire. L'augmentation des dépenses de santé est régulièrement attribuée à une variété de causes dont aucune n'interroge la qualité de l'environnement.

Or sur la question-clé des perturbateurs endocriniens, André Cicolella montre que les connaissances acquises depuis une vingtaine d'années devraient suffire à prendre les mesures de prévention qui s'imposent. Celles-ci finissent parfois par être prises, mais avec un retard considérable. La raison en est simple : le toxicologue décrit avec minutie les mécanismes mis en œuvre par le monde industriel pour occulter la connaissance et retarder les décisions politiques qui, tôt ou tard, s'imposeront.

C'est le message majeur d'André Cicolella : nous en savons assez pour changer.

Recension de Stéphane Foucart (LE MONDE du 19 décembre 2013)