Quelle ligne politique pour EE-LV ?

Le clivage gauche/droite compte moins que la lutte pour le climat

Yannick Jadot est-il suffisamment « de gauche » aux yeux des militants d’EE-LV de la Vienne, où la liste a fait d’excellents scores aux européennes? On pensait que notre question était légitime, les militants nous l’ont renvoyée à la volée: « C’est quoi la gauche? La sociale démocratie qui a eu le pouvoir en Europe? Celle du quinquennat de François Hollande? Ou celle qui attend le « grand soir » pour agir pour le climat? » Autour de la table de l’interview, il y a des historiques, Robert Rochaud et Chantal Nocquet, un militant plus récent, Didier Dargère, et une jeune élue régionale, Léonore Moncond’huy. Des parcours différents, mais une réponse commune : le clivage politique gauche/droite compte moins, aujourd’hui, que la lutte contre le réchauffement climatique.

« Le clivage, il est entre les écolos, les libéraux et l’extrême droite »

« On se reconnaîtrait dans une gauche qui prendrait en compte la finitude de la planète », précise Robert Rochaud. « Mais pas dans celle dont l’horizon est borné par des lignes ferroviaires à grande vitesse et des voitures électriques, renchérit Léonore Moncond’huy. Ce n’est pas à Yannick Jadot qu’il faut demander des garanties sur tel ou tel positionnement. C’est à tous ceux qui s’affichent écologistes à gauche, mais qui ne veulent pas changer le système. » La ligne de Jadot, « dont l’engagement écologiste ne fait aucun doute », est donc la bonne, aux yeux des militants: « Les électeurs, en tout cas, ont été pragmatiques, ils savent que le groupe des Verts pèsera au Parlement européen. On a notamment rallié les suffrages de nombreux jeunes. A nous d’être ouverts à cette demande. A nous de les accueillir, de les former. » Pragmatiques, mais radicaux quand même. « On soutient les formes d’action des jeunes pour le climat, ou encore ceux qui décrochent les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies », insistent-ils, histoire de tracer une frontière politique. « Le prochain clivage politique, c’est celui qui opposera un mouvement écologiste comme le nôtre, aux libéraux comme les macronistes, et à l’extrême droite », prophétise Robert Rochaud. Et le bon programme politique, désormais, « c’est celui qui proposera aux collectivités locales d’aller contre le système et de se mettre en situation d’être le plus autonomes possible en matière d’énergie, de nourriture, d’eau et de mobilités ». La résilience écologique est en marche.

Philippe Bonnet

https://www.centre-presse.fr/article-683732-ee-lv-prone-une-ligne-politique-pragmatique.html

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1 réflexion sur “Quelle ligne politique pour EE-LV ?”

  1. David Cormand, secrétaire national d’EELV : « je voudrais attirer notre attention sur un double péril qui pourrait ralentir dans les mois et les années qui viennent le développement de l’offre politique que nous incarnons.
    Le premier écueil serait de réduire l’écologie politique à une partie de la pensée de la Gauche traditionnelle d’inspiration marxiste. L’écologie n’a pas d’avenir si elle ne se considère que comme la partie d’un tout qui la dépasserait. Et d’ailleurs, j’ajouterai que « la Gauche » n’a pas d’avantage d’avenir si elle n’est pas supplantée par l’écologie politique en tant que nouveau paradigme… L’écologie politique est un projet et une offre politique complète, opérationnelle et plus pertinente que ce qui a été l’offre de Gauche depuis plus d’un siècle. Choisir comme perspective entre la gauche radicale ou la sociale-démocratie était déjà une impasse hier. Elle l’est encore d’avantage aujourd’hui. Il convient enfin de nous définir et de nous affirmer par rapport à ce que nous sommes et ce que nous voulons faire et non plus par rapport à des imaginaires politiques que nous devrions continuer de considérer comme nous étant supérieurs.
    Le deuxième écueil nuance le paragraphe précédent. Ce serait celui de la tentation du repli identitaire. Assurer le leadership de l’écologie politique dans le champ politique humaniste ne pourra se faire en nous coupant du monde. L’autonomie n’est pas l’isolement. Nous devons donc entrer dans un nouveau cycle qui doit nous permettre d’accueillir et de construire une nouvelle force avec celles et ceux qui ont compris ou sont en train de comprendre que l’écologie politique est le projet politique qui permet de répondre positivement aux enjeux des temps qui viennent. » (21 juin 2019)

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