Mois : février 2010

un animal débile (suite)

Sommes-nous prêt à électrocuter un inconnu pour les besoins d’un jeu télévisé ? Oui, d’après les résultats d’une expérience ingénieuse. Pour cette variante de l’expérience de Stanley Milgram, réalisée en 2009, 80 volontaires sont recrutés pour un pseudo-nouveau-jeu, « La zone Xtrême ». Encouragé par l’animatrice Tania Young (« Nous assumons toutes les conséquences ») et un public frétillant (« Châ-ti-ment ! Châ-ti-ment ! »), chaque candidat doit électrocuter un inconnu, invisible mais audible, à chaque erreur commise lors d’une épreuve de mémoire verbale. Le voltage augmente au fil des décharges électriques. Aucun des tortionnaires ne sait que sa victime est en réalité un comédien. 82 % des candidats du jeu télévisé iront jusqu’au bout, à la stupéfaction des scientifiques. Que l’émission soit présentée comme destinée au grand public ou uniquement réservée à des directeurs de programmes, les résultats sont identiques. Les candidats sont tiraillés entre l’obéissance à la règle (« je me suis engagé à jouer ce jeu ») et leurs valeurs morales (« Je ne peux pas faire souffrir cet homme »). Pour l’écrasante majorité, la docilité prime. Pour le téléspectateur, ce constat est aussi une forme d’électrochoc. (Jusqu’où va la télé, série documentaire en deux parties, présentée par Sciences humaines de mars 2010)

Pour la biosphère, ce tortionnaire blotti en chacun de nous est une mauvaise nouvelle. Comme les humains sont prêts à faire n’importe quoi les uns par rapports aux autres, autant dire que la planète, ils s’en foutent complètement…

un animal débile, l’homme

Thèse : Une expérience a montré que des singes rhésus refusaient, plusieurs jours durant, de tirer sur une chaîne libérant de la nourriture si cette action envoyait une décharge électrique à un compagnon dont ils voyaient les convulsions. » (LeMonde du 27 février)

Antithèse : Encouragé par l’animatrice Tania Young (« Nous assumons toutes les conséquences ») et un public frétillant (« Châ-ti-ment ! Châ-ti-ment ! »), chaque candidat doit électrocuter un inconnu, invisible mais audible, à chaque erreur commise lors d’une épreuve de mémoire verbale. (Jusqu’où va la télé, série documentaire en deux parties, présentée par Sciences humaines de mars 2010)

Synthèse : l’humanité poussera l’inhumanité jusqu’à anéantir tous les grands singes et à stériliser le milieu qui la fait vivre. Elle est tellement heureuse quand elle détruit : consommation, consumation, fin de partie.

droite/gauche, un classement ringard

« Pour moi, l’écologie politique se distingue de la droite et de la gauche par sa volonté de mettre une limite à la mainmise de l’humanité sur la planète. » Ainsi s’exprime Antoine Waechter (LeMonde du 26 février). « Je crois plutôt à la sobriété. C’est une vertu ancienne, dont le caractère peut paraître suranné, mais qui sera l’un des traits de notre avenir. » Ainsi s’exprime l’UMP Nathalie Kosciusko-Morizet dans son livre Tu viens ? NKM aurait d’ailleurs pu se retrouver sur les listes d’Europe Ecologie comme Antoine Waechter, transfuge des Verts depuis 1994, qui se retrouve numéro 2 sur cette liste dans le Haut Rhin. L’écologie n’a pas de frontières, elle respecte les différences, au-dessus des chapelles. La méthode de classement d’un engagement politique ne passe plus par la droite ou par la gauche, ceux qui sont pour le changement et ceux qui sont pour l’ordre établi, ceux qui sont pour la propriété privée et ceux qui sont contre. Il y a ceux qui ont conscience des limites et ceux qui croient qu’il n’y a pas de limites.

Notons que le gouvernement actuel, de droite, a fait de louables efforts pour faire rentrer l’écologie en politique. Mais ses représentants ont encore le goût de la rolex et du voyage en avion. Notons encore que le parti socialiste n’a véritablement jamais été présent sur les différents fronts de la lutte environnementaliste et a laissé aux Verts la sous-traitance de cette problématique. Ce qui n’empêche pas ses représentants d’être friands de montres de luxe et de voyages en avion. NKM veut « réduire les distances et permettre à nos vies comme à nos activités de fréquenter des échelles réduites, celles du local ». Ségolène serait plutôt pour la mobilité durable. Le parti écologiste des Verts a fait son entrée en politique sous le slogan : « Ni gauche, ni droite ! » et son amarrage au Parti socialiste en 1997 a été un simple opportunisme politique. On ne peut plus faire confiance à des classements ringards, droite/gauche

C’est avec sagacité qu’André Gorz avait subsumé l’économie contemporaine capitaliste et socialiste sous un concept plus large, l’industrialisme (le productivisme). Ce ne sont pas les différents régimes de propriété des moyens de production qui déterminent les modalités d’exploitation de la nature mais bien la mentalité de ceux qui prennent des décisions importantes. La ligne directrice d’un classement politique aujourd’hui oppose ceux qui glorifient la croissance économique et ceux qui constatent qu’il n’y a pas de croissance réellement possible dans un monde fini : les conservateurs adeptes de la religion de la croissance d’un côté et les progressistes qui veulent réconcilier l’homme et la nature de l’autre.

droite/gauche, un classement ringard

« Pour moi, l’écologie politique se distingue de la droite et de la gauche par sa volonté de mettre une limite à la mainmise de l’humanité sur la planète. » Ainsi s’exprime Antoine Waechter (LeMonde du 26 février). « Je crois plutôt à la sobriété. C’est une vertu ancienne, dont le caractère peut paraître suranné, mais qui sera l’un des traits de notre avenir. » Ainsi s’exprime l’UMP Nathalie Kosciusko-Morizet dans son livre Tu viens ? NKM aurait d’ailleurs pu se retrouver sur les listes d’Europe Ecologie comme Antoine Waechter, transfuge des Verts depuis 1994, qui se retrouve numéro 2 sur cette liste dans le Haut Rhin. L’écologie n’a pas de frontières, elle respecte les différences, au-dessus des chapelles. La méthode de classement d’un engagement politique ne passe plus par la droite ou par la gauche, ceux qui sont pour le changement et ceux qui sont pour l’ordre établi, ceux qui sont pour la propriété privée et ceux qui sont contre. Il y a ceux qui ont conscience des limites et ceux qui croient qu’il n’y a pas de limites.

Notons que le gouvernement actuel, de droite, a fait de louables efforts pour faire rentrer l’écologie en politique. Mais ses représentants ont encore le goût de la rolex et du voyage en avion. Notons encore que le parti socialiste n’a véritablement jamais été présent sur les différents fronts de la lutte environnementaliste et a laissé aux Verts la sous-traitance de cette problématique. Ce qui n’empêche pas ses représentants d’être friands de montres de luxe et de voyages en avion. NKM veut « réduire les distances et permettre à nos vies comme à nos activités de fréquenter des échelles réduites, celles du local ». Ségolène serait plutôt pour la mobilité durable. Le parti écologiste des Verts a fait son entrée en politique sous le slogan : « Ni gauche, ni droite ! » et son amarrage au Parti socialiste en 1997 a été un simple opportunisme politique. On ne peut plus faire confiance à des classements ringards, droite/gauche

C’est avec sagacité qu’André Gorz avait subsumé l’économie contemporaine capitaliste et socialiste sous un concept plus large, l’industrialisme (le productivisme). Ce ne sont pas les différents régimes de propriété des moyens de production qui déterminent les modalités d’exploitation de la nature mais bien la mentalité de ceux qui prennent des décisions importantes. La ligne directrice d’un classement politique aujourd’hui oppose ceux qui glorifient la croissance économique et ceux qui constatent qu’il n’y a pas de croissance réellement possible dans un monde fini : les conservateurs adeptes de la religion de la croissance d’un côté et les progressistes qui veulent réconcilier l’homme et la nature de l’autre.

nanotechno, débat pipeau

Les nanomatériaux sont déjà présent dans un millier de produits usuels et on vient juste de terminer en France la consultation sur « les enjeux, les promesses et les dangers des nanotechnologies ». Ce pseudo-débat avait été mis en place pour soi-disant éclairer le gouvernement ; comme d’habitude les entreprises ont mis le pouvoir politique devant le fait accompli ! Comme l’anticipait le panneau surplombant les portes de l’Exposition universelle de Chicago en 1933 : « La science explore, la technologie exécute, l’Homme se conforme ».  Contre la toute-puissance de la technique, les résistances ont été abolies depuis deux siècles. Les luddites (ou briseurs de machines) ont perdu rapidement, au moment même où la loi a fait de la destruction des machines un délit passible de la pendaison.  Aux Assises de décembre 1812 en Angleterre, quatorze hommes furent pendus et six envoyés aux galères : les machines étaient devenues plus importantes que les hommes.

Depuis l’emprise de la technique sur la destinée humaine n’a fait que s’accroître ; le faux débat sur les nanotechnologies ne fait que succéder aux faux débat sur l’énergie nucléaire ou les biotechnologies ; la jeunesse mondiale s’adonne ad nauseam aux délices des écrans. Mais il en sera des techniques dures comme de n’importe quoi dans cette biosphère, tout a une fin. Partout où ils se trouvent, quelques néo-luddites tentent de fait entendre ce constat : quels qu’en soient les avantages présumés en termes de rapidité, de commodité, de gain de richesse ou de puissance, la technologie industrielle a un prix ; dans le monde contemporain, ce prix ne cesse de s’élever et de se faire plus menaçant. Les luddites ne sont pas opposés à toutes les machines, mais à « toutes les machines préjudiciables à la communauté ». Les briseurs de machines se multiplieront bientôt contre la tyrannie technologique, après que les grandes pannes d’électricité auront montré aux populations occidentalisées que ce système techno-industriel ne pouvait pas durer.

NB : Après avoir décrété un « état d’urgence électrique », le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé, lundi 8 février 2010, un plan de rationnement. En province, les coupures d’eau et d’électricité sont quotidiennes.

PS : Pour les raisons du fiasco du débat nanomètriques (aussi petit que le milliardième de mètre), lire LeMonde du 25 février.

Fitoussi et Bofinger, des loufoques dangereux

Jean-Paul Fitoussi a une idée loufoque et dangereuse, il voudrait que les banques centrales relève la cible de hausse des prix (2 %, c’est pas assez). Il estime que la doctrine dominante se trompe en prétendant que la bonne santé de l’économie a pour condition la stabilité des prix. Il veut réduire artificiellement la dette de l’Etat qui se dévaloriserait grâce à l’inflation. Il veut relancer l’économie par une pratique keynésienne de gonflement monétaire. Mais il pénalise ainsi tous les titulaires de revenus fixes, saborde le pouvoir d’achat qui est diminué de la hausse des prix, soutient des endettements publics qui sont déjà trop élevés et prépare pour l’avenir une hausse des taux d’intérêt accompagnée d’une chute brutale de l’activité. Jean-Paul Fitoussi a donc « une idée loufoque et dangereuse » selon l’Allemand Peter Bofinger (LeMonde du 24 février).

Pour nous qui analysons jour après jour l’état de la biosphère sur ce blog, nous renvoyons dos à dos les doctrinaires keynésiens (Fitoussi) qui votent pour l’inflation et les dogmatiques monétaristes (Bofinger) qui optent pour la stabilité des prix. Nous savons qu’historiquement le go (la relance) a été suivi obligatoirement par un stop (hausse des taux d’intérêt) et réciproquement. Ce sont deux politiques reliées à la vulgate libérale sans autre objectif commun que de vouloir soutenir la croissance économique à n’importe quel prix. Or c’est de la religion de la croissance que nos sociétés doivent sortir si elles veulent s’en sortir face aux blocages écologiques (fin programmée des énergies fossiles, perte de biodiversité, réchauffement climatique, etc.) qui nous menacent. Nous trouvons dangereux la conception keynésienne de relance inflationniste qui avait été décrite en 1936 pour faire face à une crise conjoncturelle (et non structurelle). Nous trouvons un peu moins dangereux les économistes orthodoxes qui sont pour le désendettement réel des Etats et la stabilité des prix, mais nous savons que la désinflation depuis les années 1980 n’a été possible que par les importations massives en provenance des pays à bas salaires, le  chantage à la baisse des salaires contre le maintien de l’emploi et le fait que les énergies fossiles soient restées à un niveau ridiculement bas.

Les économistes de toutes obédiences ont complètement oublié que ce sont les richesses de la nature qui font les richesses des humains. Ils ont oublié que la rareté croissante entraînera inéluctablement un jour ou l’autre une explosion des prix et la catastrophe sociale. Fitoussi, Bofinger et tant d’autres ne nous préparent nullement un avenir meilleur. Pourtant ils pérorent sur la « révision doctrinale » à longueur de colonnes dans nos médias…

NON aux barrages géants

Il serait insensé de renoncer à une telle ressource. C’est ainsi que se conclut l’article sur le projet du « premier très grand barrage vert » sur un affluent de l’Amazone (LeMonde du 23 février). Peu importe le déplacement de population, l’hostilité des populations autochtones, les excavations géantes, les émissions de gaz méthane, le chaos social. Il faut assurer l’autosuffisance du Brésil en électricité pour soutenir une croissance économique autour de 5 % chaque année. Comme d’habitude, c’est la fuite en avant, la croissance pour la croissance. Mais il y a des insensés qui raisonnent :

Le concepteur du barrage te dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. »

Tu peux rétorquer : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Alors tu rebondis : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que les Etats-Unis, ce serait certainement une catastrophe. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie ? »

Ce décideur politique, qui avait dit oui à une grosse, très grosse centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant qu’écologiste. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! »

Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. Mais l’énergie hydroélectrique n’est pas mauvaise en soi. Ce qui est sujet à caution, c’est le fait que, plus la centrale hydroélectrique sera grande, plus elle fera de dégâts.

NON aux barrages géants

Il serait insensé de renoncer à une telle ressource. C’est ainsi que se conclut l’article sur le projet du « premier très grand barrage vert » sur un affluent de l’Amazone (LeMonde du 23 février). Peu importe le déplacement de population, l’hostilité des populations autochtones, les excavations géantes, les émissions de gaz méthane, le chaos social. Il faut assurer l’autosuffisance du Brésil en électricité pour soutenir une croissance économique autour de 5 % chaque année. Comme d’habitude, c’est la fuite en avant, la croissance pour la croissance. Mais il y a des insensés qui raisonnent :

Le concepteur du barrage te dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. »

Tu peux rétorquer : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Alors tu rebondis : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que les Etats-Unis, ce serait certainement une catastrophe. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie ? »

Ce décideur politique, qui avait dit oui à une grosse, très grosse centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant qu’écologiste. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! »

Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. Mais l’énergie hydroélectrique n’est pas mauvaise en soi. Ce qui est sujet à caution, c’est le fait que, plus la centrale hydroélectrique sera grande, plus elle fera de dégâts.

l’origine de la crise écologique

La conception de la nature développée par nos sociétés occidentales est à l’origine de la crise écologique. C’est ce qu’affirme un ouvrage collectif (Crise écologique, crise des valeurs) cité par LeMonde du 21-22 février. Cette analyse nous paraît justifiée ; elle est déjà ancienne, mais les élites françaises sont assez réactionnaire en matière d’écologie. Quelques points de vue prémonitoires:

1946, Almanach d’un comté des sables d’Aldo LEOPOLD : « Il n’existe pas à ce jour d’éthique chargée de définir les relations de l’homme à la terre, ni aux animaux, ni aux plantes qui vivent dessus. Une éthique (écologiquement parlant) est une limite imposée à la liberté d’agir dans la lutte pour l’existence. Il faut valoriser une éthique de la terre et montrer sa conviction quant à la responsabilité individuelle face à la santé de la terre, c’est-à-dire sa capacité à se renouveler elle-même. L’écologie, c’est cet effort pour comprendre et respecter cette capacité. La relation à la terre est actuellement une relation de propriété comportant des droits, mais pas de devoirs. D’ailleurs pour l’homme des villes, il n’y a plus de relation vitale à la terre. Lâchez-le une journée dans la nature, si l’endroit n’est pas un terrain de golfe ou un « site pittoresque », il s’ennuiera profondément. »

1948, La planète au pillage Fairfield OSBORN : « La terre aujourd’hui appartient à l’homme et par là se trouve posé le problème de savoir quelles obligations peuvent accompagner cette possession sans limites. La propriété privée des ressources naturelles d’un pays ne se justifie sur le plan moral que si ces ressources sont exploitées par leur propriétaire de façon conforme à l’intérêt général de la nation. Il n’y a rien de révolutionnaire dans l’idée que les ressources renouvelables appartiennent en réalité à toute la nation et que l’usage fait de la terre doit être partie intégrante d’un plan d’ensemble bien coordonné. les cours d’économie politique, travaux publics, sociologie, etc. prendraient une vie nouvelle si l’on y faisait figurer des considérations bien comprises sur les relations de l’homme avec le milieu physique dans lequel il est appelé à vivre. Une seule solution est possible : l’homme doit  reconnaître la nécessité où il se trouve de collaborer avec la nature. »

1955, Tristes tropiques de Claude LEVI-STRAUSS: « Comme l’autorité de l’homme sur la nature restait (jusqu’à présent) très réduite, il se trouvait protégé – et dans une certaine mesure affranchi – par le coussin amortisseur de ses rêves. Au fur et à mesure que ceux-ci se transformaient en connaissance, la puissance de l’homme s’est accrue Mais cette puissance dont nous tirons tant d’orgueil, qu’est-elle en vérité ? Rousseau avait sans doute raison de croire qu’il eût mieux valu que l’humanité tint « un juste milieu entre l’indolence de l’état primitif et la pétulante activité de notre amour-propre » ; que cet état était « le meilleur à l’homme » et que, pour l’en sortir, il a fallu « quelque funeste hasard » où l’on peut reconnaître l’avènement de la civilisation mécanique. A mieux connaître les autres sociétés, nous gagnons un moyen de nous détacher de la nôtre, non point que celle-ci soit absolument ou seule mauvaise, mais parce que c’est la seule dont nous devrions nous affranchir. »

l’origine de la crise écologique

La conception de la nature développée par nos sociétés occidentales est à l’origine de la crise écologique. C’est ce qu’affirme un ouvrage collectif (Crise écologique, crise des valeurs) cité par LeMonde du 21-22 février. Cette analyse nous paraît justifiée ; elle est déjà ancienne, mais les élites françaises sont assez réactionnaire en matière d’écologie. Quelques points de vue prémonitoires:

1946, Almanach d’un comté des sables d’Aldo LEOPOLD : « Il n’existe pas à ce jour d’éthique chargée de définir les relations de l’homme à la terre, ni aux animaux, ni aux plantes qui vivent dessus. Une éthique (écologiquement parlant) est une limite imposée à la liberté d’agir dans la lutte pour l’existence. Il faut valoriser une éthique de la terre et montrer sa conviction quant à la responsabilité individuelle face à la santé de la terre, c’est-à-dire sa capacité à se renouveler elle-même. L’écologie, c’est cet effort pour comprendre et respecter cette capacité. La relation à la terre est actuellement une relation de propriété comportant des droits, mais pas de devoirs. D’ailleurs pour l’homme des villes, il n’y a plus de relation vitale à la terre. Lâchez-le une journée dans la nature, si l’endroit n’est pas un terrain de golfe ou un « site pittoresque », il s’ennuiera profondément. »

1948, La planète au pillage Fairfield OSBORN : « La terre aujourd’hui appartient à l’homme et par là se trouve posé le problème de savoir quelles obligations peuvent accompagner cette possession sans limites. La propriété privée des ressources naturelles d’un pays ne se justifie sur le plan moral que si ces ressources sont exploitées par leur propriétaire de façon conforme à l’intérêt général de la nation. Il n’y a rien de révolutionnaire dans l’idée que les ressources renouvelables appartiennent en réalité à toute la nation et que l’usage fait de la terre doit être partie intégrante d’un plan d’ensemble bien coordonné. les cours d’économie politique, travaux publics, sociologie, etc. prendraient une vie nouvelle si l’on y faisait figurer des considérations bien comprises sur les relations de l’homme avec le milieu physique dans lequel il est appelé à vivre. Une seule solution est possible : l’homme doit  reconnaître la nécessité où il se trouve de collaborer avec la nature. »

1955, Tristes tropiques de Claude LEVI-STRAUSS: « Comme l’autorité de l’homme sur la nature restait (jusqu’à présent) très réduite, il se trouvait protégé – et dans une certaine mesure affranchi – par le coussin amortisseur de ses rêves. Au fur et à mesure que ceux-ci se transformaient en connaissance, la puissance de l’homme s’est accrue Mais cette puissance dont nous tirons tant d’orgueil, qu’est-elle en vérité ? Rousseau avait sans doute raison de croire qu’il eût mieux valu que l’humanité tint « un juste milieu entre l’indolence de l’état primitif et la pétulante activité de notre amour-propre » ; que cet état était « le meilleur à l’homme » et que, pour l’en sortir, il a fallu « quelque funeste hasard » où l’on peut reconnaître l’avènement de la civilisation mécanique. A mieux connaître les autres sociétés, nous gagnons un moyen de nous détacher de la nôtre, non point que celle-ci soit absolument ou seule mauvaise, mais parce que c’est la seule dont nous devrions nous affranchir. »

biodiversité, un objectif perdu d’avance

Les négationnistes du réchauffement climatique et les égoïsmes nationaux font en sorte que l’objectif de diminuer volontairement nos émissions de gaz à effet de serre est perdu d’avance. A plus forte raison pour l’objectif d’enrayer la disparition des espèces alors que le mot biodiversité reste incompris de deux tiers des Européens. Il faut dire aussi que les deux pages consacrées par LeMonde du 20 février 2010 aux « six pistes contre le déclin de la biodiversité » ne pèsent pas bien lourd face aux pages quasi-quotidiennes consacrées aux défilés de mode.

La stérilisation des sols opérée par l’urbanisation et les transports, la surexploitation des ressources, les pollutions, la progression des espèces invasives et le changement climatique sont à la fois des obstacles à la biodiversité et les fondements de notre niveau de vie. Nous préférons assurer notre pouvoir d’achat même si c’est au prix de la détérioration des écosystèmes. Les cris d’alarme des naturalistes pèsent encore moins que ceux des scientifiques du GIEC. D’ailleurs il n’existe pas d’organismes équivalent au GIEC pour la biodiversité alors que l’extinction des espèces est un processus analysé depuis longtemps :

1948 : « C’est chose étonnante que de voir combien il est rare de trouver une seule personne bien au fait de la destruction accélérée que nous infligeons sans arrêt aux sources même de notre vie. Par ailleurs, les rares esprits qui s’en rendent compte ne voient pas en général le lien indivisible entre ce fatal processus et les exigences irrésistibles d’une population humaine sans cesse en augmentation. Il semble n’y avoir guère d’espoir en l’avenir si nous ne décidons pas à accepter la conception suivant laquelle l’homme est, comme tous les autres êtres vivants, partie intégrante d’un vaste ensemble biologique. »( La planète au pillage Fairfield Osborn)

1962 : « L’histoire de la vie sur Terre est l’histoire d’une interaction entre les êtres vivants et ce qui les entoure. C’est seulement dans la séquence temporelle du XXe siècle qu’une espèce – l’homme – a acquis la puissance considérable d’altérer la nature du monde. Depuis vint-cinq ans, non seulement cette puissance a pris une ampleur inquiétante, mais elle a changé de forme. La plus alarmante des attaques de l’homme sur l’environnement est la contamination de l’atmosphère, du sol, des rivières et de la mer par des substances dangereuses et même mortelles. Cette pollution est en grande partie sans remède, car elle déclenche un enchaînement fatal de dommages dans les domaines où se nourrit la vie, et au sein même des tissus vivants. » (Le Printemps silencieux de Rachel Carson)

1965 : « Il faut avant tout que l’homme se persuade qu’il n’a pas le droit moral de mener une espèce animale ou végétale à son extinction, sous prétexte qu’elle ne sert à rien. Nous n’avons pas le droit d’exterminer ce que nous n’avons pas créé. Un humble végétal, un insecte minuscule, contiennent plus de splendeurs et de mystères que la plus merveilleuse de nos constructions. Le Parthénon ne sert à rien, Notre-Dame de Paris est complément inutile, en tout cas mal placé. On demeure confondu devant la négligence des technocrates qui laissent subsister des monuments aussi désuets et anachroniques alors qu’on pourrait faciliter la circulation et aménager des parkings. L’homme pourrait refaire dix fois le Parthénon, mais il ne pourra jamais recréer un seul canyon, façonné par des millénaires d’érosion patiente, ou reconstituer les innombrables animaux des savanes africaines, issues d’une évolution qui a déroulé ses méandres sinueux au cours de millions d’années, avant que l’homme ne commence à poindre dans un obscur phylum de Primates minuscules. » (Avant que nature meure de Jean Dorst)

l’illusion de l’aide au « développement »

Selon Alain Faujas, il faut s’en persuader, « le développement, c’est long, c’est compliqué et c’est urgent » (LeMonde du 19 février)… donc il faut aider les pays pauvres. Mais après des décennies d’aide publique ou privée au développement, après le slogan « trade, not aid », il faut se rendre à l’évidence, le développement n’est toujours pas au rendez-vous. Car le « développement » est un leurre agité par les puissances occidentales pour mondialiser leur propre système.

Cela commence avec l’article 22 du pacte de la Société des nations (1919) : « Les principes suivants s’appliquent aux colonies et territoires qui sont habités par des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne. Le bien-être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de la civilisation. La meilleure méthode de réaliser pratiquement ce principe est de confier la tutelle des ces peuples aux nations développées. Le degré de développement… » Ce texte utilise pour la première fois dans la littérature internationale la notion de « degré de développement » pour justifier un classement des nations, tout en affirmant qu’il existe, au sommet de l’échelle, des nations « développées ». La colonisation acquiert ses lettres de noblesse !

Cela se poursuit en 1949 avec le point IV du discours d’investiture de Truman. Pour la première fois l’adjectif « sous-développé » apparaît dans un texte destiné à une pareille diffusion. Cette innovation terminologique introduit un rapport inédit entre « développement » et « sous-développement ». Jusqu’alors les relations Nord/Sud étaient largement organisées selon l’opposition colonisateurs/colonisés. A l’ancienne relation hiérarchique des colonies soumises à leur métropole se substitue un monde dans lequel tous les Etats sont  égaux en droit même s’ils ne le sont pas encore en fait. Dans ces conditions, une accélération de la croissance apparaît comme la seule manière logique de combler l’écart. Non seulement on évacue les effets de la conquête, de la colonisation, de la traite, du démantèlement de l’artisanat en Inde, de la  déstructuration des sociétés, etc., mais encore on fait comme si l’existence des pays industriels ne transformait pas radicalement le contexte dans lequel évoluent les candidats à l’industrialisation. Ainsi, à partir de 1949, plus de deux milliards d’habitants de la planète ne seront plus Aymaras, Bambaras, Berbères, Mongols ou Quechuas, mais simplement « sous-développés ».

L’esprit est conditionné au sous-développement lorsqu’on parvint à faire admettre aux masses que leurs besoins se définissent comme un appel aux solutions occidentales, ces solutions qui ne leur sont pas accessibles. Car en cessant d’être un processus endogène et autocentré d’évolution spécifique à chaque société, le développement ne pouvait plus être une dimension de l’histoire humaine, seulement une imposture que « l’aide au développement » permet d’enraciner dans les consciences.

(argumentaire de Gilbert Rist)

Quelle société voulons-nous ?

Quelle société voulons-nous pour la fin de ce siècle ?

 

Cette question nous parait si importante que nous te laissons la parole (rubrique commentaire) sur cette thématique pendant une semaine.

Si tu veux nous donner ton point de vue de façon confidentielle, nous écrire biosphere@ouvaton.org

 

Remarque méthodologique : Philippe Chalmain, qui vient d’écrire « le XXIe siècle raconté à mon petit-fils », estime que la population du globe se stabilisera autour de 10 milliards d’humains. D’autres pensent que les blocages d’approvisionnement de l’espèce humaine aura au contraire fait diminuer fortement la population d’ici la fin de ce siècle. Si on s’exprime ainsi, on sera hors-sujet.

La question porte sur un volontarisme, une utopie en action : par exemple, sur la question démographique (mais il y a bien d’autres problématiques), voulons-nous la liberté totale de procréation pour le XXIe siècle, une procréation encadrée, de quelle façon, etc.…

tourisme et goût du risque

On recherche en Égypte l’escapade sous escorte militaire qui s’écarte un peu du rail à touristes ; les voyageurs désœuvrés cherchent les destinations à risques. Fêtes de Pâques en Irak ou traversée du désert en Mauritanie, ils veulent filtrer avec l’enlèvement ou l’assassinat. On postule que le touriste aide une région à se développer, on veut surtout se faire plaisir et émettre du carbone. Mais les risques vont se multiplier au cours du XXIe siècle. Philippe Chalmain prédit une population de 10 milliards d’humains d’ici à 2070, dont les deux tiers vivront dans d’immenses (bidon)villes, comment survivre ? L’enlèvement pour obtenir une rançon, payé ou non par le quai d’Orsay, deviendra une généralité. Et comme il sera de plus en plus difficile de nourrir convenablement les foules dans un contexte de rareté des sols et des eaux, le voyageur ne sera plus le bienvenu. La tribu des Dongria Kondh semble aujourd’hui plus proche de l’extinction que du happy end du film Avatar, la richissime Vedanta Resources expropriant ses terres pour s’emparer d’un gisement de bauxite. Les survivants rejoindront les indiens Navajo qui se contentent pour l’instant de dénoncer en musique la colonisation et le génocide de leur peuple par le gouvernement des États-Unis et la cupidité généralisée.

Les militants de la Terre-mère ne seront pas tous non violents au XXIe siècle. Quand il n’y aura plus rien à piller et que la pauvreté aura été transformé en misère, la foule des exclus pourchassera ceux qui se risqueront encore dans leurs contrées lointaines. Les pays riches font déjà aujourd’hui la chasse aux immigrés, on ne voit pas pourquoi demain les habitants des régions déstabilisées par l’occidentalisation ne feraient pas la chasse aux touristes. Ils reprocheront aux ressortissants du Nord le pillage irrémédiable de leurs ressources, la destruction de leurs particularismes par le voyeurisme touristique et l’étalage ostentatoire des inégalités.

Cela n’empêchera sans doute pas les occidentaux de risquer encore leur vie à l’étranger, les jeunes du début de ce siècle jouaient déjà avec délectation au « Jetueunami.com » ; risquer la mort en vrai donnera du piment au voyage… Ainsi va la Biosphère en folie !

NB : toutes les informations de ce post sont issues du Monde du 11 février)

la planète n’a pas besoin de nous

Nous raisonnons à l’inverse de ce qu’il faudrait. Selon Sylvie Brunel, il faudrait sauver les paysans pour sauver la planète (LeMonde du 10 février). Mais, contrairement à ce que croit ce professeur des universités, la nature existe indépendamment de l’homme. En affirmant cela, nous ne faisons pas preuve d’une « vision fausse et passéiste », mais d’un simple constat de réalité. L’épuisement des poches de pétrole, le réchauffement climatique, la désertification des sols, tout cela laisse complètement indifférent la biosphère qui sait inventer des formes de vie pouvant résister à des chocs bien plus importants. Mais si nous voulons sauver les paysans, c’est le « développement durable » qu’il faut remettre en question au lieu de l’encenser comme le fait Sylvie Brunel. Car c’est le développement techno-industriel qui vide les poches de pétrole, émet des gaz à effet de serre et détruit le substrat biophysique nécessaire à la richesse des sols et des paysans. Une agriculture durable n’est pas faite pour le productivisme, les engrais tirés du pétrole ou du phosphate, l’élevage hors sol et la culture hydroponique. On ne peut prétendre à la fois que les paysans doivent continuer à suivre le même modèle, croissanciste et « écologiquement intensif » et appeler au respect de nos paysans.

Sortons enfin du prisme franco-français qui nuit à une bonne perception des choses. Aujourd’hui sur la planète 28 millions de paysans travaillent avec un tracteur, 200 millions travaillent avec la traction animale et plus d’1,3 milliards travaillent à la main. Le modèle agricole français n’est pas généralisable, il doit donc être profondément remis en question. Nous avons besoin de moins de citadins et de plus de paysans, de moins de machines et de plus d’investissement humain, de moins d’universitaires et de plus de permaculture. Au vrai, on peut se demander si homo sapiens tel qu’il raisonne actuellement n’est pas une sorte d’accident de l’histoire évolutive de la vie. De toute façon il y aura encore après nous des ronces, des taillis, des genêts et ces orties qui font si peur à Sylvie Brunel.

la planète n’a pas besoin de nous

Nous raisonnons à l’inverse de ce qu’il faudrait. Selon Sylvie Brunel, il faudrait sauver les paysans pour sauver la planète (LeMonde du 10 février). Mais, contrairement à ce que croit ce professeur des universités, la nature existe indépendamment de l’homme. En affirmant cela, nous ne faisons pas preuve d’une « vision fausse et passéiste », mais d’un simple constat de réalité. L’épuisement des poches de pétrole, le réchauffement climatique, la désertification des sols, tout cela laisse complètement indifférent la biosphère qui sait inventer des formes de vie pouvant résister à des chocs bien plus importants. Mais si nous voulons sauver les paysans, c’est le « développement durable » qu’il faut remettre en question au lieu de l’encenser comme le fait Sylvie Brunel. Car c’est le développement techno-industriel qui vide les poches de pétrole, émet des gaz à effet de serre et détruit le substrat biophysique nécessaire à la richesse des sols et des paysans. Une agriculture durable n’est pas faite pour le productivisme, les engrais tirés du pétrole ou du phosphate, l’élevage hors sol et la culture hydroponique. On ne peut prétendre à la fois que les paysans doivent continuer à suivre le même modèle, croissanciste et « écologiquement intensif » et appeler au respect de nos paysans.

Sortons enfin du prisme franco-français qui nuit à une bonne perception des choses. Aujourd’hui sur la planète 28 millions de paysans travaillent avec un tracteur, 200 millions travaillent avec la traction animale et plus d’1,3 milliards travaillent à la main. Le modèle agricole français n’est pas généralisable, il doit donc être profondément remis en question. Nous avons besoin de moins de citadins et de plus de paysans, de moins de machines et de plus d’investissement humain, de moins d’universitaires et de plus de permaculture. Au vrai, on peut se demander si homo sapiens tel qu’il raisonne actuellement n’est pas une sorte d’accident de l’histoire évolutive de la vie. De toute façon il y aura encore après nous des ronces, des taillis, des genêts et ces orties qui font si peur à Sylvie Brunel.

identité nationale et nombrilisme

Un drapeau national n’est qu’un chiffon coloré qui n’a de valeur que celle qu’on veut bien lui donner. C’est pourquoi le premier bilan du  débat franco-français sur l’identité nationale qui a fait se réunir des ministres (LeMonde du 9 février) ne peut déboucher que sur des symboles rebattus et  dépassés : faut-il chanter la Marseillaise uniquement avant les matchs de foot, ou toutes les compétitions sportives, le tennis, le scrabble, la belote, etc. ? Faut-il chanter la Marseillaise une fois par mois ou la disséquer en cours de Français une fois dans une carrière scolaire ? Faut-il créer une commission en plus du Haut Conseil à l’intégration qui existe déjà ? L’ineffable Eric Besson n’a même pas entendu la suggestion du journaliste qui l’interrogeait à la radio : Quid de l’identité européenne ? Car tel est le débat de fond : sur quel support territorial devrait se fomenter le processus artificiel d’identification ?

De son côté « Urgence climatique, justice sociale », expression de la société civile qui pense plus vite que nos gouvernants, estime qu’il faut mettre en œuvre un paradigme universel : « L’universel, c’est le local ! Mais sans s’y enfermer !! » Cela passe par la relocalisation des activités comme par la territorialisation des citoyens. De façon condensée, nous dirions glocal, penser globalement, vivre localement. Alors il n’y aurait plus de drapeaux à encenser et de chansons sacralisées à réciter en cœur, il y aurait un territoire à aimer, une nature à respecter, un lieu de vie à aménager de façon conviviale.

une société sans école

Au cours du XXe siècle a été découverte une nouvelle raison de l’éducation universelle et obligatoire ; l’école a été définie comme nécessaire pour le travail. L’éducation pour tous est maintenant devenu un slogan porté par les Nations unies. Il va à l’encontre d’une société sans école prôné par Ivan Illich. Précisons d’abord que toutes les tentatives pour promouvoir le développement à la mode occidentale sont sans avenir. Déjà les objectifs du Millenium sont confrontés à des budgets nationaux en berne et des aides internationales en baisse (LeMonde du 7-8 février). Ensuite l’éducation « universelle » prépare à une société qui est en train de faire faillite : les emplois dans le secteur industriel et tertiaire vont plus ou moins brutalement s’effondrer définitivement. La mobilité géographique et professionnelle que prépare la scolarisation universelle deviendra impossible à celui qui sortira du système éducatif trop tôt.
Illich critique la fonction même de l’école : « Les sociétés attachées à la scolarisation universelle et obligatoire insistent sur une entreprise frustrante et toujours plus insidieuse qui multiple les ratés et les infirmes. L’institution tenue pour sacrée légitime un monde où la grande majorité des individus sont stigmatisés comme recalés tandis qu’une minorité seulement sortent de ces institutions avec en poche un diplôme qui certifie leur appartenance à une super-race qui a le droit de gouverner. L’apprentissage est vu comme le fruit d’un enseignement par des maîtres professionnels et comme un curriculum, littéralement une course. La scolarisation fait office de portier à l’entrée des boulots ; or le marché du travail disparaît. Une petite anecdote éclairera mon propos. Il y a vingt ans, quand j’écrivais les essais réunis dans Une société sans école, j’ai appris avec stupéfaction que la direction sanitaire de la ville de New York excluait les boueux qui n’avaient pas leur baccalauréat !
L’obsession de notre société qui oblige les enfants des bas quartiers (et du Tiers-monde) à fréquenter les écoles des bas quartiers est une cruauté absurde. »
Source documentaire : La perte des sens (recueil de textes d’Ivan ILLICH)