Mois : février 2012

LE MONDE, les gaz de schiste et la fuite en avant

L’édito du MONDE* est clair : puisque le pétrole flambe, il nous faut du gaz de schiste ! Aucun perspective de long terme dans cet édito, uniquement l’appât facile de l’énergie fossile. Car le gaz, qu’il soit conventionnel ou de schiste, est une ressource non renouvelable dont les réserves sont un peu plus grandes que celles du pétrole, mais pas beaucoup plus. Nous ne sommes pas à la veille d’un « âge d’or du gaz », mais des « âges sombres » du réchauffement climatique et de la pénurie d’énergie. Gratter la terre jusqu’à ses dernières traces de richesse ne nous prépare pas à un avenir radieux, mais à un futur d’épouvante. Reculer aujourd’hui la date des nécessaires économies d’énergie, c’est vouloir demain la panique sociale.

L’édito du MONDE prolonge de façon inconsidérée l’avis de son chroniqueur Martin Wolf**. Wolf reconnaît que le gaz de schiste aux Etats-Unis ne couvrira que quarante années de consommation. Wolf estime de façon contradictoire que « substituer le gaz au charbon ou au pétrole est souhaitable du point de vue des émissions de gaz à effet de serre ». Mais il souligne en même temps que le gaz émet un peu plus de la moitié du gaz carbonique émis par le charbon et 70 % de celui émis par le pétrole. Ce n’est pas rien, d’autant plus si nous utilisons le gaz en grandes quantités. L’impact sur l’environnement de la « fracturation hydraulique » (injection d’eau et de produits chimiques) est important. Si Wolf déclare qu’à ce jour « aucune preuve d’une contamination des nappes phréatiques n’a été établie », il envisage cependant un « pacte faustien » avec le gaz de schiste : avantages à court terme, graves inconvénients à long terme. Wolf conclut : « Hâtons-nous lentement. »

Les éditorialistes du MONDE n’ont pas cette retenue, ils croient que « le pire n’est jamais certain ». Comme d’habitude, la défense de l’environnement passe après la défense de l’emploi, même dans un journal « de référence ». La question se pose : peut-on encore avoir confiance en la ligne directrice du MONDE ? J’en doute, d’autant plus que les commentaires critiques sur les éditos du MONDE sont systématiquement censurés…

* LE MONDE du 29 février 2012, Le pétrole flambe, le gaz de schiste attend

** LE MONDE économie du 28 février 2012, L’âge d’or du gaz

75 % c’est trop mou, pour une tranche d’imposition à 100 %

François Hollande vient d’annoncer son intention de créer une nouvelle tranche d’imposition à 75 % pour les revenus excédant un million d’euros*. Nous aurions préféré 90 % et pourquoi pas 100 %. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir après la crise de 1929, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941… pour un revenu supérieur à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). Ce taux  de 91 % s’appliqua jusqu’en 1964. Selon l’économiste Thomas Picketty, le taux marginal maximum de l’impôt sur les hauts revenus a pu atteindre, en France, jusqu’à 90 % dans les années 1920 ou dans l’immédiat après-guerre. Il était encore supérieur à 60 % au début des années 1980.

Cela n’a pas tué le capitalisme et n’a pas empêché l’économie américaine de fonctionner. Pour une raison simple : ces taux ne s’appliquaient qu’à des revenus très, très élevés. A ces niveaux d’indécence, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, des prises de risque excessives, une position médiatique illusoire (sportifs, acteurs…). Un taux marginal** d’imposition très élevé n’est certainement pas « un message de spoliation par rapport à l’effort produit », comme l’affirme l’UMP François Baroin.

La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible, mais écologiquement nécessaire. Comme l’exprime Hervé Kempf, « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » (Comment les riches détruisent la planète)

Lire aussi sur notre blog : taxer à 100 % les riches (29.09.2010)

* LEMONDE.FR | 28.02.12 | Tranche d’imposition à 75 % : ce que signifie la proposition de M. Hollande

** taux marginal : En France, l’impôt sur le revenu est progressif : on ne paye pas selon un pourcentage fixe en fonction de ses revenus, mais selon un taux marginal  : 0 % jusqu’à 6 088 euros de revenus par an, 5,5 % de 6 088 à 12 146 euros, 14 % de 12 146 à 26 975 euros, 30 % de 26 975 à 72 317 euros et 41 % au delà. Le candidat socialiste proposait jusqu’ici une nouvelle tranche d’imposition à 45 % pour les revenus situés au-delà de 150 000 euros par an.

une présidentielle où l’inanité se dispute à la vacuité

Une présidentielle où l’inanité se dispute à la vacuité, ce n’est pas moi qui le dit, mais Michel Rocard dans une interview au MONDE*. Rocard met les points sur les « i », la croissance économique voulue tant par Sarkozy qu’Hollande et consorts est derrière nous : « Nous sommes partis pour des années de croissance faible et même de récession. Il faut le dire clairement…. D’abord la crise financière n’est pas réglée… Et il y a le pic pétrolier qui sonne le glas de notre modèle de prospérité. La hausse des prix est inéluctable, elle va fortement peser sur le pouvoir d’achat, la récession menace… » Rocard veut que nous soyons radicaux dans nos manières de penser de nouvelles régulations : « Le monde de demain sera un monde de temps familial abondant, de soins aux enfants et de retour à des relations amicales festives… Une société moins marchande, moins soumise à la compétition, moins cupide. » Rocard ne parle pas explicitement de décroissance conviviale, mais les termes y sont !

Le seul problème du discours de Rocard, c’est son attachement diabolique au nucléaire : « La sortie du nucléaire va créer une véritable famine énergétique au moment où la quantité de pétrole et de gaz vont baisser. C’est suicidaire ! On ne peut imposer une telle brutalité, cela va conduire à la guerre civile. » Aucune mention des sinistres inconvénients du nucléaire, aucun appel à maîtriser nos consommations d’énergie. Rocard a 82 ans, il est encore dans ses souvenirs de jeunesse, mais au moins il sait que la croissance infinie dans un monde fini est une absurdité. Avec lui, la présidentielle aurait été un peu moins centré sur les choses inessentielles et les petites phrases.

* LE MONDE du 26-27 février 2012, La société de demain sera moins marchande et moins cupide

Eva Joly, bashing* ou chance pour la France ?

L’urgence écologique appelle une femme nouvelle, une femme qui refuse la pensée unique, une femme qui n’est pas issue du sérail politique, une femme qui n’était pas née écolo mais qui les représente. Cette femme s’appelle Eva Joly. Pourtant cette femme subit vacheries après vacheries, sur son accent, sur ses lunettes, sur son origine… Le Eva bashing fait rage**. Eva est victime de la bipolarisation des présidentielles, c’est l’opposition factice entre l’UMP et le PS qui est valorisée par les médias au détriment des idées. Les nouveaux chiens de garde du social-libéralisme accaparent tous les plateaux, polarisent tous les commentaires. Parler du réchauffement climatique ou du pic pétrolier est devenu inaudible.

Cet ostracisme envers Eva Joly est en fait une manière de se venger des écologistes. Comme le discours de vertu de l’écologie paraît légitime, on le discrédite indirectement en raillant la personnes d’Eva. Une forme de racisme, de recherche du bouc émissaire pour se laver de ses propres péchés. Et puis il y a le défaut originel des médias, chercher la petite phrase qui va faire le buzz, cultiver l’insolence pour mieux cacher son propre côté ringard ; et les chroniqueurs sont les dignes représentants de cette société du spectacle. Il est vrai qu’Eva Joly n’avait pas encore été confrontée aux codes politiques, elle ne connaît donc pas la langue de bois… amateurisme sans doute, mais un chroniqueur médiatisé n’est-il pas là pour valoriser la sincérité et non célébrer la politique spectacle ?

Ce n’est certainement pas une erreur de casting que de présenter aux électeurs une femme issue de la société civile. Eva Joly a montré dans ses activités professionnelles des qualités que n’ont plus les professionnels de la politique ! Pourtant une « personnalité d’envergure » n’est considéré comme tel que si les médias lui décernent ce titre. Ségolène Royal a été une construction médiatique en 2007, uniquement cela. François Hollande serait rester le caramel mou qu’il est profondément si les médias n’avait pas décrété qu’il est une alternative crédible à Sarkozy. Saluons au passage l’aveuglement des médias quand ils faisaient passer en boucle dans le champ des micros et des caméras  le négationniste du climat Claude Allègre ! La recherche de la vérité n’étouffe pas les journalistes, c’est le moins qu’on puisse dire, au MONDE comme ailleurs. À quand un article de fond analysant le peu de propositions de l’UMPS relatives à l’environnement ? L’état de l’air, des sols et des eaux semblent n’intéresser que peu nos têtes de gondole.

Il est vrai que l’écologie n’est  pas adaptée à une présidentielle qui cultive le leadership. L’écologie, c’est l’inverse du chef, tout le monde devrait être écologiste. Soyons écolo, votons Eva Joly.

* Bashing, Expression anglaise venant du verbe « to bash » signifiant « frapper » ou « cogner ». Par exemple le Québec bashing est une attitude systématique de dénigrement du Québec.

** LE MONDE  du 26-27 février 2012, « Eva bashing » : Joly contre les éditorialistes

Campagne présidentielle française et oubli des animaux

Il n’y a pas d’animaux dans la campagne électorale, pourtant cela serait nécessaire. Deux articles se télescopent sur lemonde.fr. D’une part la journaliste du MONDE, Audrey Garic, de l’autre une philosophe, Corine Pelluchon  :

Dans le reportage d’Audrey Garic*, l’élevage porcin paraît effrayant. Des rangées de cages où les animaux sont coincés dans 1,6 m2. Des agriculteurs qui sont coincés entre un prix au kilo ridicule (autour de 1,3 euro depuis dix ans) et des directives européennes qui se soucient du bien-être animal au prix de charges supplémentaires (2,75 m2 par animal !). Mais Audrey Garic ne va pas assez loin dans la condamnation du système. Pour J.Porcher et C.Tribondeau, « Les infirmières maintenant, elles travaillent dans des usines à bébé qui sont comme les maternités des porcheries.  Il faut faire vite et que ça rapporte des sous. Tout est programmé et les infirmières font des piqûres aux femmes comme maman en fait aux truies pour que les bébés naissent quand on veut. »**

Pour Corine Pelluchon***, nos rapports aux animaux sont un coup de projecteur sur l’organisation du travail et sur le type d’économie qui sont les nôtres. Nos usages des animaux révèlent les dysfonctionnements d’une organisation du travail et d’une économie dont les hommes sont aussi les victimes. La confusion entre l’élevage et l’industrie ne tient pas compte des êtres que l’on exploite ni des hommes qui y travaillent. Corine rejoint ainsi l’analyse d’Armand Farrachi : « L’objectif à peine dissimulé de l’économie mondialisée est de soumettre le vivant aux conditions de l’industrie. En ce sens le sort des poules en cage, qui ne vivent plus nulle part à l’état sauvage, qui n’ont plus aucun milieu naturel pour les accueillir, augure ainsi du nôtre. Si les poules préfèrent les cages, on ne voit pas pourquoi les humains ne préfèreraient pas les conditions qui leur sont faites, aussi pénibles, aussi outrageantes soient-elles. Il importe peu de savoir comment la volaille humaine s’épanouirait au grand air, mais à quel prix elle préférerait une cage : jeux télévisés et parcs de loisirs pour se sentir en sécurité, ne pas éprouver de douleur, ne pas présenter de symptômes d’ennui et de frustration ****. »

La question animale devrait être l’objet d’une réflexion fondamentale lors des présidentielles. Les animaux font partie de nous. L’absence de prise en considération de la question animale par les différents candidats à l’élection présidentielle est le signe d’une insouciance vis-à-vis des conditions indignes dans lesquelles on fait vivre les êtres vivants, humains et non-humains. Nous devons lutter pour le droit des animaux parce que les humains sont aussi des animaux. L‘animal (l’humain) est un sujet qui cherche son épanouissement selon des normes propres à son espèce. Les porcs sont des animaux fouineurs, qui aiment retourner la terre, manipuler, mâchouiller. La poule a besoin d’étendre ses ailes et de gratter le sol. Les humains ont besoin d’un contact étroit et fréquent avec la nature. Quand ce besoin est frustré, l’animal (l’humain) développe des stéréotypies qui ne témoignent pas seulement de sa souffrance, mais aussi d’une injustice.

* LEMONDE.FR | 24.02.12 | L’élevage porcin, étranglé entre productivité et bien-être animal

** Une vie de cochons de J.Porcher et C.Tribondeau (la découverte, 2008)

*** Point de vue | LEMONDE.FR | 24.02.12 | Condition animale et justice sociale

**** Les poules préfèrent les cages d’Armand Farrachi (Albin Michel, 2000)

campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

Rapport Besson sur l’énergie en 2050 : le déni de réalité continue. Deux misérables petites phrases sur le pétrole, et c’est tout : « Le problème de notre balance commerciale (…) justifie que l’on porte une attention particulière (…) aux énergies notamment, (…) faut-il le dire, les hydrocarbures conventionnels ou non, dont les réserves, si elles étaient prouvées et exploitables avec un total respect de l’environnement, apporteraient un soulagement significatif au déséquilibre des comptes extérieurs. » Les auteurs du rapport, Claude Mandil et Jacques Percebois, estiment que les réserves sont « abondantes », mais que leur accès est « de plus en plus difficile » : très bien, cela va-t-il s’aggraver, et jusqu’à quel point ? « La contrainte climatique devrait par ailleurs apparaître plus tôt que la contrainte géologique » ? C’est-à-dire ? Peut-on avoir quelque détail sur cette assertion étrange, portant sur un enjeu séculaire central ? Bien sûr que non. Ah si, pardon ! Un peu plus loin figure tout de même une précision : les auteurs du rapport, citant la compagnie BP, indiquent : « Les réserves prouvées de pétrole s’établissent à fin 2010 à plus de 40 ans de production actuelle, et ce ratio est assez stable depuis plus de 20 ans. » L’analyse s’arrêtant là, il faut supposer que le fait que le ratio entre réserves et production de brut ait été stable depuis vingt ans implique nécessairement qu’il le restera encore pour les vingt siècles suivants…

Comment un rapport de deux cents pages, intitulé « énergies 2050 » et portant le sceau de la République française, peut-il évacuer aussi lestement la question cruciale de l’avenir de la production pétrolière mondiale ? Lacunaire pensée magique. Depuis le début des années 80, l’humanité consomme chaque année plus de pétrole qu’elle n’en découvre, et le fossé ne cesse se creuser. Mais rien de tout ça ne semble bouleverser les auteurs d’un rapport censé éclairer la nation sur les périls réels. Il est vrai que Claude Mandil, 70 ans, membre du conseil d’administration du groupe Total, n’a jamais cru au pic pétrolier ; en tout cas, cet ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) élude la question avec constance. Si la République française s’enfonce dans le déni, elle n’y est certes pas seule. En 2010, l’hebdomadaire The Observer racontait comment les hauts fonctionnaires britanniques se montrent en interne très inquiets de la déplétion des réserves de brut, tout en refusant de crier publiquement au loup.

La peur du syndrome de Cassandre, encore et toujours. Tragiquement logique. Evidemment, il ne faut pas perdre de vue que, comme le rappelle un haut fonctionnaire français : « le rapport commandé par Eric Besson n’avait qu’une seule fonction, politique : défendre le nucléaire ». D’ailleurs, de Greenpeace au Front National, tout ce qu’on entend à propos de l’énergie dans la campagne présidentielle n’a  trait qu’au nucléaire. Exit le pétrole dont la dernière goutte servira certainement pour une guerre…

Source : http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/02/23/rapport-besson-sur-lenergie-en-2050-le-deni-de-realite-continue/

campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

Rapport Besson sur l’énergie en 2050 : le déni de réalité continue. Deux misérables petites phrases sur le pétrole, et c’est tout : « Le problème de notre balance commerciale (…) justifie que l’on porte une attention particulière (…) aux énergies notamment, (…) faut-il le dire, les hydrocarbures conventionnels ou non, dont les réserves, si elles étaient prouvées et exploitables avec un total respect de l’environnement, apporteraient un soulagement significatif au déséquilibre des comptes extérieurs. » Les auteurs du rapport, Claude Mandil et Jacques Percebois, estiment que les réserves sont « abondantes », mais que leur accès est « de plus en plus difficile » : très bien, cela va-t-il s’aggraver, et jusqu’à quel point ? « La contrainte climatique devrait par ailleurs apparaître plus tôt que la contrainte géologique » ? C’est-à-dire ? Peut-on avoir quelque détail sur cette assertion étrange, portant sur un enjeu séculaire central ? Bien sûr que non. Ah si, pardon ! Un peu plus loin figure tout de même une précision : les auteurs du rapport, citant la compagnie BP, indiquent : « Les réserves prouvées de pétrole s’établissent à fin 2010 à plus de 40 ans de production actuelle, et ce ratio est assez stable depuis plus de 20 ans. » L’analyse s’arrêtant là, il faut supposer que le fait que le ratio entre réserves et production de brut ait été stable depuis vingt ans implique nécessairement qu’il le restera encore pour les vingt siècles suivants…

Comment un rapport de deux cents pages, intitulé « énergies 2050 » et portant le sceau de la République française, peut-il évacuer aussi lestement la question cruciale de l’avenir de la production pétrolière mondiale ? Lacunaire pensée magique. Depuis le début des années 80, l’humanité consomme chaque année plus de pétrole qu’elle n’en découvre, et le fossé ne cesse se creuser. Mais rien de tout ça ne semble bouleverser les auteurs d’un rapport censé éclairer la nation sur les périls réels. Il est vrai que Claude Mandil, 70 ans, membre du conseil d’administration du groupe Total, n’a jamais cru au pic pétrolier ; en tout cas, cet ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) élude la question avec constance. Si la République française s’enfonce dans le déni, elle n’y est certes pas seule. En 2010, l’hebdomadaire The Observer racontait comment les hauts fonctionnaires britanniques se montrent en interne très inquiets de la déplétion des réserves de brut, tout en refusant de crier publiquement au loup.

La peur du syndrome de Cassandre, encore et toujours. Tragiquement logique. Evidemment, il ne faut pas perdre de vue que, comme le rappelle un haut fonctionnaire français : « le rapport commandé par Eric Besson n’avait qu’une seule fonction, politique : défendre le nucléaire ». D’ailleurs, de Greenpeace au Front National, tout ce qu’on entend à propos de l’énergie dans la campagne présidentielle n’a  trait qu’au nucléaire. Exit le pétrole dont la dernière goutte servira certainement pour une guerre…

Source : http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/02/23/rapport-besson-sur-lenergie-en-2050-le-deni-de-realite-continue/

le Heartland Institute et les lanceurs d’alerte

La démocratie dans un système complexe comme le nôtre repose sur la transparence totale de ceux qui agissent sur l’opinion publique. Le Heartland Institute devrait révéler ses sources de financement (grandes entreprises, fondations, etc.), les noms des « experts » et des blogueurs qu’il rémunère pour propager la parole climato-sceptique, ainsi que ses projets pour asseoir auprès des enseignants et des élèves américains l’idée fausse que le changement climatique est « incertain » et scientifiquement « controversé ». Il ne l’a pas fait, nous n’avons connu ces éléments d’information utile à la démocratie uniquement parce qu’un éminent hydrologue Peter Gleick, a reconnu avoir obtenu ces documents internes au Heartland Institute de façon non conventionnelle.

Mais au lieu de se féliciter que les noirs dessins du Heartland Institute soient connus de tous, Gleick estime qu’en ayant vérifié la validité des informations qu’on lui avait transmises anonymement, il a commis « une grave faute vis-à-vis de lui-même et de son éthique ». Il présente ses « excuses personnelles » à « ceux qui ont été affectés » par son geste. Il devrait au contraire se féliciter de son action contre des personnages qui utilisent  l’argent, le mensonge et la désinformation pour affecter le  climat et infecter l’opinion publique. Peter Gleick est un lanceur d’alerte, il devrait même être protégé contre toute menace de rétorsion. Peter Gleick est d’autant plus clean que le Heartland Institute – qui proteste aujourd’hui avec virulence contre la publication des documents qui lui ont été dérobés –, avait été l’une des principales caisses de résonance, en novembre 2009, de l’affaire dite du Climategate. Ils avaient alors utilisé les courriels piratés de climatologues*.

Corinne Lepage avait rendu en 2008 un rapport sur l’information environnementale, l’expertise et la responsabilité. L’information du public y est considérée comme un devoir, ce qui implique un « devoir d’alerte », accompagné de la création d’un « délit de rétention d’information quand le risque est avéré ». Merci Peter Gleick.

* LEMONDE.FR | 21.02.12 | L’origine de la fuite des documents du Heartland Institute a été révélée

les nouveaux chiens de garde sont aussi au MONDE

Le film Les Nouveaux Chiens de garde dénonce la perte d’indépendance de la plupart des médias, y compris LE MONDE…. une (mauvaise) raison pour que la critique de ce film soit saignante sur lemonde.fr* : « Les auteurs troquent souvent l’aiguillon contre la massue… structure peu favorable à l’expression du pluralisme des opinions et de la complexité du réel… on sait trop quel effet trompeur peut avoir une image… stigmatisation individuelle de personnes auxquelles on n’accorde pas le moindre droit de réponse ». Droit de réponse ?

« Un film d’1 heure 40 minutes devrait donc en consacrer la moitié à donner la parole à ceux qu’il met en question : ceux-là même qui ont des kilomètres de papier journal et des centaines d’heure d’antenne d’avance et qui, malgré le film, continueront à barbouiller les colonnes des « tribunes libres » – du MONDE, entre autres ! »** Le pluralisme n’est pas dans le film parce que le pluralisme n’est pas dans les médias, même pas dans le quotidien « de référence ». On ne peut pas parler de pluralisme quand l’expert nous est présenté comme économiste de renom ou philosophe adulé alors qu’il n’est que le représentant de la classe dominante, bien payé de surcroît par ses commanditaires. Qui nous indiquera les officines à laquelle émargent tel ou tel intervenant médiatique ? Plus grave, ces représentants de l’élite tiennent le même discours car ils se fréquentent et se retrouvent dans les mêmes cercles, journalistes, politiques et économistes confondus : le mimétisme est omniprésent. Une seule chose n’est pas montrée dans le film, le fait que ce qui donne cohérence au discours des élites, au-delà du libéralisme et de la mondialisation, est l’optique croissanciste : la pensée unique de nos élites médiatiques.

Prenez n’importe quel exemplaire du MONDE, l’idée de croissance est omniprésente ; personne n’a l’air de considérer que la croissance dans un monde fini est absolument impossible. Prenez l’éditorial du MONDE*** sur la Grèce, super-endettée, mais dont les journalistes ne voient qu’une issue : « Il faudra, d’une façon ou d’une autre, aidez les Grecs à retrouver le chemin de la croissance ». Rappelons que techniquement, il n’y a aucune différence entre une récession économique et la décroissance voulue. Rappelons qu’avant la crise, les Grecs avaient vraiment trop de choses, et que c’est la crise qui a commencé à changer les façons de penser et d’acheter. Rappelons que ces dernières phrases sont extraites du MONDE du 10 février 2012. Mais l’idée de croissance et tous ses dérivées monopolise 99 % de l’espace dans les colonnes du MONDE alors que les contestataires de cette pensée unique occupent moins de 0, 0001 % !

NB : Pour l’agenda des projections-débat du film Les Nouveaux Chiens de garde, voir http://www.acrimed.org/

* Critique | LEMONDE.FR | 10.01.12 | « Les Nouveaux Chiens de garde » : en surveillant les surveillants

** Acrimed, le 13 janvier 2012

*** LE MONDE du 22 février 2012, Athènes en régime de souveraineté limitée

le match Eva Joly / Corinne Lepage, 1 à 0

Corinne Lepage, une illustre inconnue pour le grand public, est candidate aux présidentielles au nom de CAP 21, un parti politique invisible : Citoyenneté, action, participation pour le XXIe siècle ? Aucun élu autonome, Lepage est devenue députée aux européennes de juin 2009… au nom du Modem. Son programme qui vient de sortir « se préoccupe beaucoup d’environnement » *. On n’en attend pas moins d’une candidature écolo ! Lepage est pour la généralisation du principe pollueur-payeur, l’avènement de la class action, la fin du cumul des mandats, la suppression des niches fiscales … éternels serpents de mer !! Corinne Lepage refuse tout ce qui est porteur d’espoir comme les 32 heures hebdomadaires !!! Autant dire que sa crédibilité par rapport à Eva Joly est proche de zéro.

Dans LE MONDE du 21 août 2010, Corinne Lepage dévoilait son jeu : « Si l’écologie politique décide d’être le porteur de la décroissance alors elle ratera le coche de l’Histoire (…) Le projet d’une décroissance ne peut aucunement fédérer nos concitoyens et constituer un projet porteur d’espoir. » Elle s’appuyait sur un ouvrage de Tim Jackson, Prospérité sans croissance. Mais contrairement à ce qu’affirme Lepage, Tim Jackson ne propose pas d’abandonner le terme décroissance, seulement le terme croissance. Et s’il propose un autre modèle, c’est celui de la simplicité volontaire, bien proche de la notion de décroissance voulue. Corinne Lepage représente le centre-droit, certainement pas l’avenir.

Aux présidentielles 2002, Lepage faisait déjà bande à part contre le représentant de l’écologie, Noël Mamère. Pour 2012, rien ne pouvait l’empêcher de participer aux primaires de l’écologie, ouvertes à tous ; il lui suffisait de 10 euros. Lepage est en fait le parfait symbole de l’éclatement des écolos en différentes chapelles, permettant aux puissants de continuer de régner.

* LEMONDE.FR | 21.02.12 | Lepage : « Entre Eva Joly et moi, une différence fondamentale : la crédibilité »

La guerre de Libye, l’écologie et la non-violence

Seule la non-violence fait avancer une cause car toute violence à court terme contredit la réduction universelle à long terme de la violence. Ce n’était pas l’avis des éditorialistes du MONDE* en mars 2011 qui appelaient à l’intervention armée en Libye. Aujourd’hui l’éditorial** mesure les conséquences à long terme du conflit : « Nombreux cas de torture… Le Conseil national de transition n’arrive pas à établir son autorité sur le pays… Les armes de Kadhafi alimentent la rébellion au Mali et au Sahel… La France observe un silence gêné. » LE MONDE constate que « la France et ses alliés n’ont pas anticipé la phase de l’après-guerre », mais ses éditorialistes ont fait de même. Il n’était pourtant pas difficile de mesurer les effets d’une intervention extérieure, il suffisait de savoir ce qui se passait en Irak ou en Afghanistan. Il y a une espèce de collusion entre les politiques occidentaux et les médias pour utiliser l’appareil militaro-industriel et nous cacher la force de la non-violence.

Sarkozy voulait compenser le désastre vécu par son parti aux élections cantonales, il a instrumentalisé Bernard-Henri Lévy, membre du conseil de surveillance du MONDE, il a déclaré la guerre en Libye. Comment un président vivant au XXIe siècle peut-il avoir oublié la leçon de l’histoire : aucune guerre n’a été victorieuse. Comment un média comme LE MONDE peut ignorer où sont nos priorités : nous avons à construire la paix avec une biosphère malmenée, nous n’avons plus de temps à perdre dans des conflits armés inter-humains.

Il devient essentiel dans un monde surarmé de réaliser le désarmement généralisé. La Libye n’avait pas besoin que la France lui fournisse des armes, ni d’ailleurs aucun autre pays. La France n’a pas besoin d’une industrie de l’armement. Ses Rafale ne devraient pas s’exporter, ni même se fabriquer pour le plus grand profit de Dassault. La guerre n’est plus la continuation de la politique par d’autres moyens, elle est devenue le résidu d’un passé qui a décimé bien des populations civiles et enrichi bien des marchands d’armes. La négociation internationale devrait seulement s’occuper des problèmes mondialisés comme la perte de biodiversité, le pic du pétrole ou le réchauffement climatique. Quant aux conflits locaux, que les peuples se libèrent de leurs chaînes par leurs propres moyens : un tyran n’a que le pouvoir qu’on lui concède.

* LE MONDE, va-t-en guerre en Libye

* LE MONDE, une guerre juste en Libye ?

** LE MONDE du 19-20 février 2012, Sombre anniversaire en Libye

Les illusions de la productivité agricole

Alors qu’ils n’avaient cessé d’augmenter depuis les années d’après-guerre, les rendements des grandes cultures plafonnent depuis une dizaine d’années. En France, abstraction faite des variations climatique, c’est le cas aussi bien pour le blé tendre et le maïs que pour d’autres céréales comme le blé dur et l’orge. Mais aussi pour les oléagineux, colza et tournesol. L’appauvrissement en matière organique, relevé par la Commission européenne sur 45 % des sols de l’Union, est un facteur explicatif prépondérant de la baisse des rendements.*

On nous a écrit pour contester ce point de vue en s’appuyant sur les statistiques récentes de la FAO. Notons d’abord que la raison d’être des statistiques, c’est de vous donner toujours raison. Il suffit de considérer uniquement ce qui vous arrange. Notre correspondant ajoute : « La raison la plus probable du plafonnement des rendements (agricoles), c’est parce que depuis 2 décennies, on a plafonné l’utilisation des intrants. » Il touche là un point essentiel sans en apercevoir les prolongements. Pour calculer un indice statistique globalisé du rendement, il faut faire le rapport production/intrants : combien de calories ont été utilisées pour produire, combien de calories délivrent les champs cultivés. Précisons.

L’agriculture est normalement une illustration parfaite de l’échange constant entre matière et énergie. Basée sur l’assimilation chlorophyllienne, elle devrait donner plus qu’elle ne coûte puisqu’elle transforme l’énergie du soleil et les éléments de la terre. C’est ce qui a été fait pendant plusieurs millénaires, ce n’est plus le cas aujourd’hui de l’agriculture productiviste : on doit investir directement sous forme d’hydrocarbures deux fois plus d’énergie pour les engrais, l’irrigation, la culture sous serre que ce qu’on récolte avec la mécanisation.

Encore plus globalement, une étude réalisée aux Etats-Unis montrait que l’énergie consommée par l’ensemble de la chaîne alimentaire, compte tenu du processus de transformation et de la distance parcourue par les produits agricoles, représente 10 fois l’énergie restituée sous forme de calories utilisées pour l’alimentation humaine. Et encore, nous n’avons pas développé sur la détérioration des sols et du climat par l’agriculture productiviste !

Quand l’appareil agro-industriel affiche un bilan énergétique négatif, on ne peut même plus parler de rendements décroissants, mais de fuite en avant. C’est cette situation qui est ubuesque, ce n’est pas l’argumentaire écolo, l’argumentaire qui essaye de comprendre la totalité des interrelations entre les humains et la biosphère.

* LE MONDE du 28 juin 2008

Pourquoi l’écoloscepticisme triomphe actuellement

Il est toujours étonnant de constater la force de l’écoloscepticisme alors que tous les indicateurs de santé de la biosphère ont viré au rouge. Stéphane Foucart se penche encore une fois sur les dessous du lobby climatosceptique* : rémunération par les entreprises, expertises bidon, désinformation virale. On retrouve parfois chez les vendus au capital les mêmes irresponsables qui ont contesté la dangerosité de l’amiante ou les effets du tabac. La routine. Mais cela ne peut expliquer entièrement la notoriété d’Allègre en France et le fait qu’un américain sur deux est aujourd’hui en désaccord sur le consensus scientifique au niveau du climat. Allons plus loin.

D’abord il est plus facile de croire qu’une réalité scientifique est controversée et incertaine plutôt que de lire les rapports officiels. Il y a en chacun de nous un paresseux qui sommeille. Ensuite les gens sont sensibles aux avantages acquis et attachés à leur confort, ils se foutent de la perte de biodiversité ou du pic pétrolier : une espèce en voie de disparition reste un concept abstrait quand on aime bien toucher le volant de sa bagnole. Il y a donc une masse de personnes qui sont prêtes à défendre bec et ongle le système actuel sans se soucier du plus long terme. Par voie de conséquence la mobilisation sur Internet des écologistes est une fraction négligeable de l’Internet global. Le peuple écolo n’existe pas encore.

En fait l’écoloscepticisme est en phase avec un système moribond. Quant tout fout le camp, les gens sont prêts à soutenir ceux qui les rassurent, l’extrême droite en France et ailleurs, le Tea Party aux USA, les marchands d’illusions. On ne veut pas imaginer le pire, on veut continuer à croire au progrès technique qui sauve, à la hausse infinie du pouvoir d’achat, au maintien de ses privilèges. Nous trouvons significatif que Josh Brecheen**, élu républicain de l’Oklahoma présente un projet de loi dans son Etat qui vise à « promouvoir une  réflexion critique dans les école sur les théories scientifiques incluant, mais sans s’y limiter, l’évolution, l’origine de la vie, le réchauffement climatique et le clonage humain. » Qu‘un candidat aux présidentielles américaines, Rick Santorum, puisse affirmer sans rire que le réchauffement climatique est « un canular » montre aussi l’ampleur de l’écoloscepticisme. Santorum, qui est un farouche partisan des énergies fossiles, a expliqué ainsi ses errements : « En tant que créatures de Dieu, nous avons été mis sur cette Terre pour exercer notre domination sur elle, pour l’utiliser et la gérer avec sagesse, mais à notre bénéfice, pas à celui de la Terre. » Où est la sagesse de quelqu’un qui vise à faire vivre nos générations futures dans un écosystème complètement déséquilibré ? Tenter d’ignorer notre dépendance, établir avec la nature un rôle de maître à esclave, a contribué à l’aliénation de l’homme lui-même.

Nous espérons qu’un jour la complicité de crimes contre l’environnement entrera dans la jurisprudence.

* LE MONDE du 18 février 2012, Le Heartland Institute, un think tank qui conteste la science climatique, est fragilisé par une fuite de documents.

NB : Le « heartland » est une idéologie selon laquelle les USA doivent dominer le monde en agissant sur ses diverses « zones ». Il est significatif qu’un institut se réclamant de cette vision impérialiste diffuse de la propagande climatosceptique.

** http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/02/14/offensive-anti-science-aux-etats-unis/

Hollande, Sarkozy, et les boucles de rétroaction positive

Nous savons très bien décrire la catastrophe en marche, nous ne savons pas prévenir les crises. La campagne présidentielle française, qui a mis aux oubliettes la question écologique, en témoigne abondamment. Notons que LE MONDE*, qui relate la bombe à retardement que constitue le pergélisol pour le climat, se contente aussi de décrire et ne nous incite nullement à agir. Il est vrai que pour le moment, la recherche scientifique en est seulement au niveau du projet d’évaluation, MAGE21**. Notons enfin que les scientifiques du GIEC, en charge officiellement du modèle climatique, n’ont pas encore pris en compte la fonte du pergélisol !

De plus l’article de Stéphane Foucart n’aborde pas le problème sous-jacent du pergélisol, les boucles de rétroaction « positive ». Un mécanisme de rétroaction positive se produit lorsqu’un écosystème réagit à l’augmentation des températures en aggravant le phénomène perturbateur. Par exemple, comme l’eau absorbe beaucoup plus le rayonnement solaire qu’un glacier qui réfléchit la lumière, la fonte des banquises va réchauffer l’atmosphère. L’activisme de la société thermo-industrielle risque de n’être que le facteur déclenchant de l’emballement des températures, la Nature  va accélérer en retour le processus. Il existe deux exemples essentiels de rétroaction positive sur le climat :

–          Le permafrost, ce sol perpétuellement gelé des régions arctiques. Nous parlions déjà sur notre blog de bombe à retardement en août 2008.

–          L’acidification des océans conduit à la réduction de la capacité océanique à absorber le CO2 d’origine anthropique. Or cet effet tampon est loin d’être négligeable car les eaux de surface absorbent plus du tiers des rejets de gaz carbonique engendrés par la combustion des ressources fossiles. Plus l’océan est acide à cause de l’activité humaine, moins il est capable d’éponger les excès de cette activité. Un raisonnement similaire peut se faire sur les sols*** qui auront tendance, sous l’effet de l’assèchement, à relâcher du carbone au lieu d’en absorber.

Comme l’exprime un commentateur sur lemonde.fr, « Nos dirigeants prennent toutes les dispositions pour qu’une telle catastrophe arrive. La France construit une dizaine de centrales à gaz : Bouchain (510 MW), Blenod (430 MW), Martigues (930 MW) etc… de façon à obtenir une puissance de 200 GW en 2020 de thermique à flamme pour pallier à l’intermittence du renouvelable. L’Allemagne fait mieux elle construit 10 centrales au charbon et un certain nombre de centrales au gaz. L’avenir du permafrost est radieux. »

* LE MONDE du 17 février 2012, L’UE finance un projet de recherche pour mieux anticiper les effets du dégel des sols arctiques

** MAGE21, Permafrost in the Arctic and its Global Effects en the 21st Century

*** LE MONDE du 15 février 2012, Le réchauffement va empirer avec les pratiques agricoles intensives : selon un rapport du PNUE, les sols contiennent d’énormes quantités de carbone sous forme organique qui apportent des nutriments aux plantes. Cette substance décroît rapidement à cause de la déforestation et de l’agriculture intensive. Une fois convertie en dioxyde de carbone, elle contribue au réchauffement climatique. Près de 60 % du carbone emprisonné dans les sols et la végétation aurait été déjà perdu depuis le XIXe siècle.

2020, en finir avec les Jeux Olympiques

La crise économique et la crise écologique soumettent la société du spectacle à dure épreuve. Rome retire sa candidature pour l’organisation des Jeux olympiques de 2020* pour cause de marasme économique italien. Pour l’heure, Tokyo, Madrid, Istanbul, Doha et Bakou sont les dernières villes restant en lice pour l’organisation des JO. L’Espagne est aussi en crise que l’Italie, Tokyo doit assumé les conséquences de Fukushima, reste Bakou, fief historique du pétrole russe et Doha, riche de son pétrole. C’est maintenant le pouvoir des ressources fossiles qui irrigue le sport de masse, pas les anciens pays développés.

Yves Cochet estimait en 2008, à l’époque où le baril approchait des 150 dollars, que les jeux olympiques de Londres n’auront pas lieu en 2012, crise écologique oblige. Il s’est trompé, la crise financière a occulté la crise écologique. Mais la ministre britannique chargée des Jeux déclarait en novembre 2008 : « Personne ne se doutait que la Grande-Bretagne allait  connaître l’une des pires récessions de son histoire … Si nous avions su, il est quasiment certain que nous n’aurions pas postulé. » Les JO sont d’abord et surtout une histoire de fric.

En 2016, les JO auront lieu au Brésil. Ce pays émergent croit qu’il a encore les moyens de se payer les JO pour recevoir Coca Cola, cela se fera. Mais nous estimons qu’en 2020, on considérera que pétrole et gaz doivent rester sous terre, crise écologique oblige. Les JO, fruit de la révolution industrielle et de sa société du spectacle, seront supprimés. On estimera que le monde a d’autres préoccupations que la grande messe des sponsors et des sportifs dopés. On valorisera l’activité physique de proximité si tout se passe bien, les mouvements de tanks si ça se passe mal.

* LEMONDE.FR avec AFP | 14.02.12 | JO 2020 : Rome retire sa candidature

2020, en finir avec les Jeux Olympiques

La crise économique et la crise écologique soumettent la société du spectacle à dure épreuve. Rome retire sa candidature pour l’organisation des Jeux olympiques de 2020* pour cause de marasme économique italien. Pour l’heure, Tokyo, Madrid, Istanbul, Doha et Bakou sont les dernières villes restant en lice pour l’organisation des JO. L’Espagne est aussi en crise que l’Italie, Tokyo doit assumé les conséquences de Fukushima, reste Bakou, fief historique du pétrole russe et Doha, riche de son pétrole. C’est maintenant le pouvoir des ressources fossiles qui irrigue le sport de masse, pas les anciens pays développés.

Yves Cochet estimait en 2008, à l’époque où le baril approchait des 150 dollars, que les jeux olympiques de Londres n’auront pas lieu en 2012, crise écologique oblige. Il s’est trompé, la crise financière a occulté la crise écologique. Mais la ministre britannique chargée des Jeux déclarait en novembre 2008 : « Personne ne se doutait que la Grande-Bretagne allait  connaître l’une des pires récessions de son histoire … Si nous avions su, il est quasiment certain que nous n’aurions pas postulé. » Les JO sont d’abord et surtout une histoire de fric.

En 2016, les JO auront lieu au Brésil. Ce pays émergent croit qu’il a encore les moyens de se payer les JO pour recevoir Coca Cola, cela se fera. Mais nous estimons qu’en 2020, on considérera que pétrole et gaz doivent rester sous terre, crise écologique oblige. Les JO, fruit de la révolution industrielle et de sa société du spectacle, seront supprimés. On estimera que le monde a d’autres préoccupations que la grande messe des sponsors et des sportifs dopés. On valorisera l’activité physique de proximité si tout se passe bien, les mouvements de tanks si ça se passe mal.

* LEMONDE.FR avec AFP | 14.02.12 | JO 2020 : Rome retire sa candidature

les experts HCB, on ne peut pas leur faire confiance

Le CCES* est composé majoritairement de porteurs d’intérêt, c’est à dire de personnes qui défendent des intérêts particuliers. Il ne peut donc exister de débat de fond sur les OGM. Les industriels et les syndicats inféodés à l’industrie agroalimentaire viennent de quitter le CCES, ne supportant pas le dialogue et le compromis. Ils n’acceptent pas qu’on « réserve une large place à la société civile et instaure un certain équilibre entre partisans et adversaires des OGM »**.  Ils ne sont pas habitués à la prise de décision commune et trouvent insupportable l’obligation de négocier. Ils sont « irrités » par la contestation et les faucheurs volontaires. Ils veulent faire directement pression sur la sphère politique. Ils veulent une gouvernance à l’ancienne, où la FNSEA copinait avec le ministère de l’agriculture dans les couloirs. Pour eux, rendre l’avis le plus éclairé possible consiste seulement à se rallier aux intérêts économiques et financiers des entreprises. Pourtant, ils sont de bonne foi !

La spécialisation à outrance de notre société fait que l’individu n’a plus une vue d’ensemble des réalités et contraintes, il ne discerne que les intérêts de sa propre chapelle. Un vrai expert, membre de la FNSEA ou de l’ANIA (Association nationale des industries agroalimentaires) devrait avoir une connaissance sociologique et pouvoir comprendre les revendications de la petite paysannerie. Il devrait intérioriser les intérêts de l’ensemble des acteurs dans et hors de la filière sans s’arc-bouter sur l’idée de « progrès technique ». Surtout il devrait comprendre que la technique simplificatrice de la manipulation génétique ne peut durablement batailler avec la complexité de la vie végétale : les prédateurs s’adaptent plus vite que nos pesticides. Faisons alliance avec les mécanismes du vivant sans vouloir imposer notre volonté de façon unilatérale.

Pour en savoir plus, dialogue avec un partisan des OGM

* CCES, Comité éthique, économique et social du Haut Conseil des biotechnologies (HCB)

** LE MONDE du 14 février 2012, Crise ouverte au Haut Conseil des biotechnologies

déconstruction urbaine, Auchan au pilori

Depuis l’émergence des premiers centres urbains, il y a 9000 ans, l’expansion des villes prospère paradoxalement en détruisant l’environnement dont dépend sa survie. Le groupe tentaculaire Auchan veut par exemple anéantir un des derniers espaces agricoles proches de Paris, le Triangle de Gonesse* : un megacentre culturel et de loisirs sur 80 hectares, un terrain de golf de 90 ha et une zone d’activité de près de 200 ha. Auchan a succombé à la tentation du bitume. Or la terre ne se fabrique pas en usine ! On va manger quoi, venant d’où, sachant que la société du spectacle ne vit que des surplus agricoles ?

La consommation des terres agricoles s’accélère, à Gonesse ou ailleurs. Entre 1992 et 2001, alors que la population française progressait de 4 % au niveau français, la surface consacré à l’habitat individuel a augmenté de 23 %**. Une étude de l’IFEN (Institut français de l’environnement) de 2005 dénonçait le grignotage des espaces naturels du fait de l’urbanisation, des routes et autres infrastructures. Les sols à usage non agricole des humains représentaient 6,1 % du territoire en 2003 et cette emprise a augmenté de 16 % en 10 ans. C’était l’équivalent des surfaces cultivées d’un département qui disparaît tous les six ans. C’est aussi ce qui se passe dans d’autres pays.  En Egypte, les Anciens vivaient à l’orée du désert pour ne pas empiéter sur leurs terres agricoles, maintenant les masses populaires bâtissent en pleins champs cultivés malgré les interdictions : une maison démolie par les autorités sera reconstruite dans la nuit.

Les optimistes diront que les OGM vont faire fleurir les déserts, que les pauvres iront vivre sous terre, que la vie sur Mars sera bien agréable… Halte à la folie humaine ! Il n’est que temps de promouvoir la déconstruction urbaine et la disparition de ses mégastructures. Auchan est apparu, a grandi, va disparaître. L’avenir est aux magasins de proximité… comme autrefois.

* LE MONDE du 12-13 février 2012, Bataille pour les terres agricoles

** LE MONDE du 12-13 février 2012, L’étalement urbain continue de progresser

plaisir écolo contre plaisir consumériste

Le site Citegreen.fr surfe sur le plaisir*. On donne des points pour obtenir des récompenses  à ceux qui covoiturent, troquent plutôt qu’achètent, consomment de l’énergie renouvelable…: film en vidéo à la demande, magazine téléchargé sur Mac, PC ou tablette… Ainsi va notre monde, sauver la planète en croyant se faire plaisir. Mais la société des écrans ne fait en rien avancer la cause écologique. Encore moins quand Citegreen.fr propose la « pose de vernis offerte pour l’achat d’un soin des mains » ! Il s’agit d’un effet rebond : économiser l’énergie pour consommer encore plus n’a en fait rien résolu.

Il nous faut au contraire débondir, limiter notre consommation matérielle pour agrandir notre horizon spirituel. Par exemple un « débond temporel » alloue plus de temps à la rencontre humaine, à la relation avec la nature. Des activités telles que le jardinage, la randonnée, les repas qui s’étirent en longueur, l’usage de la bicyclette réduisent le temps disponible pour d’autres activités polluantes. On ne gagne pas des points bonus, on gagne de la sérénité. Là est le véritable plaisir écolo, loin des désirs frelatés formatés par la société des marchands.

NB : C’est François Schneider qui a introduit le concept d’effet débond qui consiste à profiter des gains de productivité (performance, vitesse, etc.) en limitant voire en réduisant les besoins. La conjonction de ces deux facteurs (efficacité et limitation des besoins) amène alors un gain en termes de confort, de temps gagné pour les loisirs ou de prélèvement de ressources naturelles non-renouvelables.

Voir sur ce blog http://biosphere.blog.lemonde.fr/2010/08/15/leffet-debond-antidote-a-leffet-rebond/

* LE MONDE du 14 février 2012, Les écoresponsables récompensés

dur pour un écolo de refuser de trinquer ?

Hervé Kempf s’interroge : « Ah ! qu’il est dur d’être écologiste ! ». Il imagine les qualificatifs donnés aux écolos qui parlent du vin, graduant les transformations de l’état mental selon la sobriété, l’ébriété, l’euphorie ou l’ivresse. Mais il réconcilie tout le monde, « célébrons l’Europe, et buvons bio » ! Le Comité européen de l’agriculture biologique vient en effet de se mettre d’accord sur les règles concernant le vin biologique : on baisse la quantité admissible de sulfites. Dans cette chronique*, Hervé Kempf n’est à notre goût pas assez écolo. Pas de vin, buvons bio, buvons de l’eau. Pourquoi ?
Une seule goutte d’alcool n’apporte rien à l’organisme : l’abstinence totale n’est donc pas un vice, tout au contraire. Rappelons que l’absence d’alcool est absolument nécessaire pendant la période de grossesse pour éviter un retard mental de l’enfant. Rappelons que l’alcoolisme entraîne 45 000 décès annuels en France et expose 5 millions de personnes à des difficultés médicales, psychologiques et médico-sociales. Et puis la monoculture de la vigne ne prend pas soin du sol, le rendement de la vigne baisse dans certains endroits en France de 2,5 % chaque année. Il s’est formé une croûte calcaire de 20 à 40 centimètres. Tout se passe comme si le processus classique de formation de la terre s’inversait ; au lieu que la roche se transforme sous l’effet de la faune et de la flore, le sol a évolué de façon régressive, s’est durci, est devenu roche. Dernier problème, et pas le moindre, les vignes empiètent tant sur les autres cultures que sur l’espace nécessaire pour assurer la biodiversité.
Oui, il est dur d’être écolo car il nous faut aller à contre-courant en France, pays du vin ! C’est dur, il s’agit de refuser le bio qui ne correspond pas à un réel besoin . C’est dur, il s’agit souvent de renoncer à ses propres habitudes culturelles, inscrites dans son milieu familial : ni vin vieux, ni digestif. C’est dur, il s’agit de refuser l’apéritif offert quand on est invité par des amis. C’est dur, il s’agit d’avoir une pensée élargie, refuser l’alcool dans notre verre et aussi l’alcool dans les moteurs. C’est dur, il s’agit de combattre les lobbies de l’alcool, tellement influents auprès des parlementaires. Mais si c’est dur d’être écolo, c’est d’autant plus palpitant.
* LE MONDE du 11-12 février 2012, chronique écologie, Splendeur et félicité