Mois : avril 2013

La bataille de Notre-Dame-des-Landes préfigure une guerre

Il y a d’un côté ce qui croient encore à la toute puissance des humains, de l’autre ceux qui ont conscience des limites de la planète. D’un côté les autorités locales ou nationales, de l’autre quelques militants de l’écologie. D’un côté les tenants du système thermo-industriel qui croient encore que l’abondance énergétique est devant nous. De l’autre les écologistes qui commencent  à diffuser leurs idées. D’un côté le PS et l’UMP, habituellement opposés, qui se retrouvent dans ce projet. De l’autre EELV et le MoDem qui sont contre. Les uns ont la police et même l’armée à leur service, de l’autre il n’y a que la légitimité de l’action et la force de la non-violence. La bataille de Notre-Dame-des-Landes est symbolique de ce rapport de force contre les armes de la vérité à venir. En cela il préfigure tous les combats qui vont être mené contre la démesure de notre société.

La commission du dialogue* vient d’estimer que le projet d’aéroport était « justifié ». Il est vrai que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait exclu que cette commission puisse retoquer le projet. Sans surprise, Ayrault a réaffirmé « son attachement à poursuivre la conduite de ce projet ». La commission parie sur le risque de saturation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique à l’horizon 2018-2020… sans tenir compte de l’évolution probable du prix du kérosène d’ici à 2050. On prévoit quatre millions de passagers  en 2020 et neuf millions en 2050… Foutaises ! On dirait vraiment que le gouvernement socialiste ne sait pas qu’il a engagé publiquement un débat sur la « transition énergétique » dans le long terme. La Coordination des associations opposées au projet d’aéroport (Acipa) estime que les prévisions ne prennent pas en compte la crise du pétrole et l’avenir incertain du transport aérien. Ayrault a oublié que la création de cet aéroport avait été proposée en 1963, mais que le projet avait déjà été suspendu par la crise pétrolière des années 1970. Or aujourd’hui, nous savons officiellement (l’AIE) que le pic pétrolier est dépassé, le pétrole va se faire de plus en plus rare et cher. L’aéroport s’accompagne en outre de la construction de quelque 110 hectares de parking dédiés aux voitures… alors que le mot d’ordre va être bientôt au dévoiturage, abandon de la voiture individuelle en période de pénurie de carburant. Etonnant aussi que le gouvernement fasse l’impasse sur le réchauffement climatique alors qu’il s’engage par ailleurs à diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Deux autres commissions viennent de rendre leur préconisation : la mission agricole, chargée d’évaluer les pertes et compensations en terres agricoles liées au projet, et la commission d’évaluation scientifique du système de compensations environnementales. Elles ont aussi émis des critiques au dossier de futur aéroport. Les experts scientifiques remettent en question la validité du calcul de compensation des zones humides. Au lieu de remplacer un hectare de zone humide par deux hectares, dite méthode de « compensation surfacique », il était proposé d’étudier les services rendus en termes de biodiversité, de botanique, d’hydrologie, etc. sur une surface donnée et de chercher à les remplacer sur une surface qui pourrait être plus réduite. Les experts ont remis en question cette méthode dite de « compensation fonctionnelle ». S’agissant des agriculteurs, la commission a alerté sur la perte de terres agricoles qui s’accompagne de « l’incidence de la compensation environnementale sur l’agriculture ». L’ayraul-port prévoit la destruction de 1 640 hectares de terres bocagères à l’écosystème très riche et la perte d’une centaine d’emplois agricoles directs.

Si vous le pouvez, rejoignez les militants qui agissent avec l’Acipa contre le mégaprojet NDDL.

* Le Monde.fr avec AFP | 09.04.2013, Notre-Dame-des-Landes : un projet « justifié », des aménagements nécessaires

Vade-mecum de l’écologiste expliqué aux néophytes

Quelques éléments à garder toujours en tête si on veut être crédible :

01) Tout les citoyens sont écolo par définition

Par définition, tous les citoyens sans exception sont concernés par l’écologie, c’est-à-dire la meilleure manière de parler (logos) de notre maison la Terre (éco, oïkos).

L’écologie déborde donc largement la division droite/gauche : « L’écologie politique ne sera jamais neutre vis-à-vis du clivage droite-gauche quand il s’agit de choisir entre des politiques qui favorisent les privilégiés et celles qui se préoccupent des démunis. Pour autant, les écologistes et les gauches ne sont pas des alliés naturels. Ils n’ont pas le même ancrage historique et ne s’inscrivent pas dans le même horizon. Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fascinés par ses fétiches et ses addictions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. » (manifeste EELV pour une société écologique, novembre 2010)

02) L’écologie scientifique indique que tous les indicateurs ont au rouge

Le mot écologie a été inventé en 1866 pour désigner une science naissante qui étudie le biotope (territoire offrant des possibilités de vie durable pour une espèce) et la biocénose (ensembles des êtres vivants dans un même milieu). Etude longtemps limitée à des milieux spécifiques, l’écologie est devenue une approche globale des problèmes.

L’écologie scientifique démontre que tous les indicateurs de la planète sont dégradés (stress hydrique, épuisement des ressources fossiles, des réserves halieutiques, des sols…, réchauffement climatique, etc.). Les écolo-sceptiques en général et les climatosceptiques en particulier sont dangereux en ce sens qu’ils nous empêchent de prendre en compte l’urgence écologique

03) L’écologie politique est donc nécessaire

L’écologie politique porte en elle l’urgence écologique. Elle est nécessaire puisqu’il y a des décisions à prendre. Les décisions sont difficiles car il faut inverser les pratiques actuelles qui cultivent la démesure et le culte du progrès technique.

Le rapport du club de Rome sur les limites mondiales de la croissance date de 1972. En France, la date symbolique de l’écologisation de la politique est la présidentielle de 1974 avec la candidature de René Dumont. Les Verts naissent en 1984. Après l’ouverture à la société civile voulue par Europe Ecologie lors des européennes de juin 2009, il y a fusion avec les Verts à Lyon le 13 novembre 2010. Lors de la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts le lundi 6 juin 2011, il y avait plus de 30 000 votants.

04) Un parti doit couvrir l’ensemble de l’espace, local, national, européen, planétaire

Une action raisonnée de l’écocitoyen est une subtile synthèse, elle découle d’une pensée ancrée dans l’espace mondial et dans le long terme qui s’accompagne d’une pratique qui s’exerce de préférence dans son milieu d’appartenance.

Le terme qui résume le mieux cette disposition d’esprit est glocal, fusion des deux mots « global » et « local » : agir localement tout en pensant globalement. EELV a pour vocation d’agir à tous les niveaux, comportements individuels, cohérences territoriales, décisions nationales ou européennes, conférences mondiales.

05) La dérive bureaucratique d’un parti écolo est possible

Deux poids, deux mesures ! La formation d’un militant de base est bénévole, peu structurée nationalement… à chaque groupe local de prendre en charge ses nouveaux adhérents comme ses anciens. Par contre la formation Cédis (Centre d’écodéveloppement et d’initiative sociale), payante et importante, s’adresse aux élus. Triste coupure entre la base et les élus.

Plus un parti se développe, plus la logique de l’organisation prime la logique des idées. Confondue avec le parti, l’organisation permanente, de moyen devient une fin, à laquelle on peut finir par tout subordonner : principes, convictions personnelles, etc. Toutes les grandes organisations devant mener à bien des tâches complexes connaissent nécessairement un processus de bureaucratisation : le parti devient un parti de cadres et non un mouvement de militants. Les dirigeants du parti risquent alors d’adopter un comportement de plus en plus autocratiques.

Pour briser cet enchaînement néfaste, la formation permanente dans un parti démocratique et militant est donc une nécessité absolue. Le débat d’idées ne doit pas être étouffé par les impératifs de l’organisation. En 2008 on dénombrait environ 2000 élus pour quelque 6000 adhérents.

06) La formation permanente de tous est un contre-pouvoir

Le sens des limites de la planète n’est pas déterminé à l’avance, il doit être socialement défini et mis en application. D’où la nécessité pour les militants de discuter de tous les aspects de notre société.

Par exemple la sortie du nucléaire. Le scénario Négawatts inverse le raisonnement traditionnel qui part des ressources (l’offre d’énergie). Il faut analyser d’abord les usages et les besoins (la demande d’énergie). Or le niveau de besoin résulte de conventions sociales qui doivent être discutées : par exemple, la voiture électrique est-elle une voiture propre ? Faut-il abandonner la voiture individuelle ? Quel mode de déplacement doit-il être favorisé ? Comment ? Etc.

                Les élus se feront les porte-parole de ces discussions, le projet politique doit remonter d’en bas et non l’inverse.

On peut consulter le réseau de documentation : http://biosphere.ouvaton.org/

07) l’action obéit au double principe de la non-violence et de la recherche de la vérité

C’est l’obéissance servile aux mécanismes actuels de détérioration de la biosphère et des rapports humains qui nous concocte l’arrivée d’un autoritarisme. Nous soutenons les faucheurs d’OGM, les objecteurs de conscience, les écoguerriers et la désobéissance civile en général. Cela peut passer par la destruction de bien nuisibles, mais passera toujours par le respect des personnes.

Pour les militants qui choisissent la non violence, la fin est déjà dans les moyens. L’adage « la fin justifie les moyens » est exclu. Gandhi parlait du Satyâgraha, le chemin de la vérité. Les valeurs et la force de vérité pèsent de beaucoup dans la bataille, et rendent plus efficaces les moyens choisis. Les non violents refusent de juger tel ou tel être humain qui incarnerait la figure de l’adversaire. Nous savons que nous sommes tous profondément déterminés par les conditions sociales qui nous sont faites, le parcours de nos parents, etc. et que nous ne choisissons pas nos destins. Nous nous en prenons à la fonction sociale de l’adversaire, jamais à sa personne en tant que telle. La personne humaine est toujours respectable.

08) L’écologiste intériorise les intérêts des acteurs absents

Acteur absent (ou tiers absent) : Acteur qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. EXEMPLE : milieu naturel, êtres vivants non humains, générations futures. (Dictionnaire du développement durable, AFNOR 2004).

On croit alors que c’est une procédure démocratique que de décider sans les acteurs absents de ce qui les intéresse au premier chef. Une telle délibération ne peut qu’entraîner de mauvaises décisions dans l’espace et/ou le temps. L’écologiste, élu ou non, doit donc s’exprimer au nom des acteurs absents.

09) Un militant écolo doit avoir l’esprit associatif

L’enjeu est dorénavant de construire un parti réseau, un parti social multiforme. Coopérative, ou mouvement, réseaux ou cercles, l’important est moins dans l’appellation que dans la capacité à créer une forme d’appartenance commune à ce qu’on pourrait appeler un « peuple écolo ». La participation d’un militant écolo à une association à but environnemental est donc recommandée.

Le Parti socialiste a une politique similaire : les membres du PS « doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association » (statuts du Parti socialiste – titre 2, les militants – Article 2.2 : obligations syndicales et associatives des adhérents).

Savoir aujourd’hui à quelle association adhérer pour soutenir notre combat politique relève d’une analyse des statuts de cette association. Par exemple Attac a « pour objet de produire et communiquer de l’information, de promouvoir l’éducation populaire, ainsi que de mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde. Parmi ces moyens figure la taxation des transactions sur les marchés financiers. » Il n’y a nulle trace dans ces objectifs de préoccupation explicite à propos des rapports entre l’homme et la nature. Attac s’intéresse aux conséquences économiques et socio-politiques, pas aux conséquences écologiques.

10) Le lieu d’action à privilégier, la communauté de résilience

Il n’y a de véritable démocratie que locale. Un système démocratique durable est d’autant mieux préservé quand l’Etat central a programmé la mise en place d’une autonomie territoriale. Des communautés de résilience peuvent nous préparer au pic pétrolier, au changement climatique  et à la crise économique afin de mieux y résister.

Le projet 2012 d’EELV va dans ce sens : «  Tout comme le réchauffement de la planète, la rareté à venir, la décroissance proche et rapide de la ressource en énergie fossile et en pétrole ont été annoncées depuis longtemps par les écologistes (…) Le soutien à des mécanismes d’action publique tels que les projets de gestion communautaire doit devenir prioritaire afin d’intégrer des objectifs comme la protection des peuples premiers, la préservation de la biodiversité, la souveraineté alimentaire, et des solutions innovantes (ville en transition…). Ces systèmes innovants alternatifs pourraient à terme se substituer au système de marché carbone. »

source : http://eelv.fr/le-projet/

11) Un militant écolo montre l’exemple de la sobriété personnelle et l’attend des autres

Autant le système politique privilégiait pendant les Trente Glorieuses l’intervention de l’Etat (pratique keynésienne, Etat-Providence), autant le tournant libéral depuis les années 1980 privilégie les entreprises et la responsabilité individuelle. Le résultat est le même, société de surconsommation et du gaspillage. La recherche des limites est un passage obligé pour permettre un équilibre durable entre les possibilités de la planète et l’harmonie sociale, mais la simplicité volontaire ne se décrète pas : c’est un choix personnel.

Individuellement nous devrions adopter le principe suivant : Faire preuve le plus possible dans ma vie de sobriété énergétique et d’autolimitation pour construire avec autrui une société plus conviviale et plus égalitaire. Je mets ainsi en place un système d’interaction spéculaire : Tu fais, parce que je fais, parce que nous ferons tous de même… L’écologiste devrait être un modèle de comportement. En conséquence il combat les inégalités économiques qui favorisent un modèle social d’ostentation.

12) L’écologie est le tout, le social et l’économique ne sont qu’une partie de la biosphère

Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. (Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici)

« Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. Parce que la Comptabilité Nationale est fondée sur les transactions financières, elle compte pour rien la Nature à laquelle nous ne devons rien en fait de payement financier, mais à laquelle nous devons tout en fait de moyens d’existence.

Le terme d’infrastructure est à présent populaire, il est bon d’avoir donné conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. »

(Arcadie, essai sur le mieux vivre de Bertrand de Jouvenel, 1968)

L’écologie est-elle un domaine séparé ou transversal ?

Le New York Times a supprimé son service Environnement en janvier*. Et en mars, le blog vert, « Green Blog ». Signe des temps ? Selon un rédacteur en chef, Dean Baquet, « les histoires environnementales relèvent à la fois de l’économie, des affaires, du national, du régional, parmi d’autres sujets. Elles sont complexes. Nous avons besoin de gens dans les différents services pouvant couvrir les différentes parties d’un sujet ». En gros, la décision découlerait de la nature transversale des sujets écologiques. Mieux vaudrait de l’écologie partout qu’un service spécialisé. Nous connaissons d’avance le résultat : dilution de l’urgence écologique puisque plus personne ne porte cette parole dans un système médiatique voué à la société de consommation  et du  spectacle.

Ce raisonnement est-il transposable à la vie partisane : a-t-on besoin d’un parti spécifiquement écolo puisque la préservation de la planète est global et seul digne d’un parti dit de gouvernement ? Rappelons que ce sont les associations environnementales qui ont poussé René Dumont à être candidat écolo aux présidentielles de 1974. René Dumont a accepté car il constatait l’impasse : « Ma candidature, c’est le résultat du mépris dans lequel ont été tenus les Français depuis dix ans, en ce qui concerne la gestion de leur environnement. A chaque élection, des écologistes en colère vont trouver les candidats des divers partis politiques. Ils sont reçus avec… une certaine condescendance. Voilà pourquoi le mouvement écologique devient politique. » Il fallait écologiser les politiques et politiser les écologistes. Presque quarante ans plus tard, nous avons au pouvoir un parti socialiste résolument anti-écolo ! EELV (Europe Ecologie – Les Verts) est donc toujours nécessaire, pour faire office d’aiguillon, pour montrer qu’il y a autre chose de plus en phase avec les réalités contemporaines qu’une politique social-démocrate qui cultive les aéroports…

Bien entendu cela ne suffit pas. Les fondateurs d’Europe Ecologie, JP Besset et D.Cohn-Bendit sont sceptiques : « Nous voulions dépasser la forme-parti, nous voulions ouvrir les Verts  à la société civile… C’est resté un rassemblement de professionnels de la politique… Il ne s’agit plus pour Jean-Vincent Placé et ses proches d’aider à la transformation sociale ; il s’agit d’une affaire de gestion des élus et des postes… Placé sait mettre en réseau ses fidèles… Il aurait fallu une adhésion directe à Europe Écologie… Mais si on croit à la profondeur de la crise écologique, il faudra bien que quelque chose de neuf finisse par naître. »

Nous savons ce qu’EELV devrait faire : inciter ses militants et le reste de la société à la sobriété, revaloriser les liens avec les associations environnementales, tirer au sort les postes à pourvoir pour éviter les conflits, toujours garder en tête le vade-mecum de l’écologiste. Nous savons  qu’EELV ne sait pas encore devenir un parti d’avenir…

* LE MONDE du 7-8 avril 2013, chronique écolo d’Hervé Kempf

le réchauffement climatique expliqué aux climatosceptiques

Philippe Squarzoni a réalisé une BD, « Saison brune », sur le réchauffement climatique». Voici quelques éléments de réflexion à l’usage des climatosceptiques tirés d’EcoRev’  n° 40, « dans les pas de SAISON BRUNE » :

Philippe Squarzoni : Il existe une porte par laquelle passer pour éviter les conséquences les plus graves du changement climatique. Cette porte n’est pas très large, il nous reste peu de temps pour la franchir. Je ne crois pas qu’on la prendra.

Le chemin nécessaire vers la sobriété, je ne crois pas qu’on l’empruntera. En tout cas, pas volontairement. Et pas à temps. Parce que rien ne nous y incite. Au contraire. La crise climatique est encore trop lointaine pour que l’on renonce aujourd’hui à ce qui constitue notre bien-être matériel. Et trop d’intérêts économiques redoutent les mesures qui pourraient être prises. Décideurs politiques, dirigeants d’entreprises, actionnaires de multinationales… leur résistance au changement est énorme. Regardez les réactions effrayantes déclenchées au moment où Obama tente de réformer le système de santé américain. Ou bien quand le gouvernement Hollande propose de taxer les plus riches. Si nous ne sommes pas capables d’accepter de simples réformes comme celles-là, comment pourrions-nous imaginer réaliser cette réforme complète du système économique et social nécessaire pour faire face à la crise climatique ? Quand EDF a racheté toute électricité photovoltaïque à un prix supérieur au marché, certaines personnes ont eu l’idée d’éclairer leurs panneaux solaires la nuit avec des lampes halogènes pour revendre l’électricité à EDF ! Ce genre de choses témoigne d’un cynisme moderne assez désespérant.

Pourtant, cette transformation, nous la ferons un jour. Nous la ferons parce que nous aurons atteint les limites ultimes de nos ressources naturelles. ou parce que le réchauffement aura soudain franchi un seuil, et qu’une cassure climatique brutale nous frappera de plein fouet. Mais nous accomplirons ce  changement dans de mauvaises conditions. Je peux me tromper…

Les écolos détruisent-ils la planète ? Ce serait paradoxal

Le mensuel  « La décroissance* » fait semblant de poser cette question. Uniquement semblant puisque la réponse à trois voix est unanime : OUI, les écolos détruisent la planète ! Pour Aurélien Bernier, adepte de l’écosocialisme façon Parti de gauche, certains écologistes participent à la destruction de l’environnement « sans le savoir ». Aurélien confond apparemment les écologistes avec une frange libéral-libertaire qui renoncerait, comble de l’anti-marxisme, à « changer la structure de  classes de la société pour changer la vie ». Ces abominables libertaires ne voient d’issue face à la mondialisation que l’action individuelle, « en faisant ses courses dans un magasin biologique ». Pour s’opposer au nucléaire, ils défendent par principe n’importe quoi, y compris des « panneaux solaires fabriqués en Chine ». Les exagérations ne font pas peur à Aurélien Bernier. Pour Clément Wittmann, chantre du parti des décroissants, le problème n’est pas tant les écologistes que les militants de l’écologie politique. Il a quitté les Verts, « désespéré par le néant idéologique de l’immense majorité des dirigeants de ce parti ». Il récapitule quelques éléments ponctuels démontrant, selon lui, que « leur présence dans différentes institutions n’a nullement empêché la destruction du monde ». Pire, « les écolos ne sont pas tous antimilitaristes ». Pire, « Pascal Canfin soutient les dictateurs africains ». Pire, « la compromission d’EELV avec les productivistes du Parti socialiste dépasse l’imaginable ». Ce n’est plus de l’exagération, c’est du procès d’intention. Enfin Pierre Thiesset, journaliste au mensuel « La décroissance », fait preuve de la même mauvaise foi. Il croit qu’il est seul à se référer aux enseignements de René Dumont. Mais il attaque Brice Lalonde, qui avait organisé la première manif à vélo en 1972 et qui a été directeur de campagne de René Dumont en 1974 ! Candidat aux présidentielles en 1981, Brice n’a pas appelé pas à voter Mitterrand au second tour. Que plus tard il ait virevolté est une autre affaire, on ne peut certes en déduire que les écolos tel que lui détruisent la planète…

Le mensuel « La décroissance » se dit « premier journal de l’écologie politique ». Un tel dossier à charge contre l’écologie politique nous fait croire le contraire. Ses contributeurs répondent à une question qui n’est pas la bonne. Elle était mieux formulée par Hervé Kempf : « Comment les riches détruisent la planète. » A force d’attaquer les présumés écotartufes et tout ce qui a un nom dans la protection de la planète, ce mensuel nous semble faire le jeu des puissances dirigeantes.

Soyons clair, les écologistes sont multiples, mais au moins ils se disent écologistes. Même s’il y a au sein d’EELV des Verts verts (les fondamentalistes), les Verts rouges (les recyclés du marxisme), les Verts noirs (qui tirent sur toutes les têtes qui dépassent), et maintenant les Verts roses (ligotés par le Parti socialiste), ils se disent au moins écologistes. Laissons à chacun le soin de définir son propre chemin. Notre ennemi commun, ce n’est certes pas les autres écologistes, mais le croissancisme, l’inégalitarisme, la publiphilie, le libéralisme économique, la société de consommation, la société du spectacle, etc. Il y a suffisamment d’ennemis pour qu’on ne se tire pas constamment les uns sur les autres quand on est écologiste… Et, de toute façon, qui peut se dire vert à 100 % ?

* La Décroissance n° 98, avril 2013

Le scientifique doit pouvoir être aussi un militant

Un citoyen ne se divise pas. Il a non seulement une tâche professionnelle, mais, qu’il le veuille ou non, il est aussi engagé socialement. Un citoyen-travailleur se doit de toujours conserver un sens moral sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Un scientifique est un citoyen avant d’être au service d’un objet d’étude. Prenons l’exemple de James Hansen*. Il est célèbre pour avoir le premier alerté le public sur l’influence des activités humaines sur le changement climatique. Il vient de quitter la NASA pour mener plus librement son action militante en faveur du climat. « En tant qu’employé du gouvernement, vous ne pouvez témoigner contre le gouvernement », justifie-t-il.

C’est anormal d’être obligé de quitter son activité professionnelle pour « pouvoir se consacrer entièrement à la recherche scientifique, mobiliser l’attention des jeunes sur les implications du réchauffement et expliquer ce que la science recommande ». C’est anormal de devoir se mettre à plusieurs reprises en congé de la NASA pour participer à des manifestations pour le climat. C’est anormal de s’être vu interdit de parler à la presse sous l’administration du président George W. Bush alors même que ce gouvernement faisait preuve de climato-scepticisme militant. La neutralité n’existe pas, que ce soit dans le milieu scientifique, dans le milieu enseignant ou dans n’importe quel milieu professionnel : se taire, c’est déjà soutenir le système en place.

C’est une bonne chose que James Hansen, auditionné par une commission du Sénat en 1988, puisse annoncer être certain à « 99 % » que le climat terrestre était entré dans une période de réchauffement provoqué par les activités humaines et non par la variabilité naturelle du climat. C’est une bonne chose que de grands scientifiques comme lui s’engagent explicitement pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. C’est une bonne chose de pouvoir accuser ses adversaires climatosceptiques de perpétrer des « crimes contre l’humanité et la nature ». Une température mensuelle mondiale inférieure à la moyenne du XXe siècle n’a plus été observée sur Terre depuis le mois de février 1985.

Le devoir de réserves n’existe pas quand on a la légitimité avec soi. L’Etat se doit de protéger les lanceurs d’alerte : « Toute personne physique ou morale a le droit de rendre publique ou de diffuser de bonne foi une information concernant un fait, une donnée ou une action, dès lors que la méconnaissance de ce fait, de cette donnée ou de cette action lui paraît dangereuse pour la santé ou pour l’environnement. » Le Parlement français a adopté, mercredi 3 avril 2013, la proposition de loi qui vise à protéger ces « lanceurs d’alerte » et à renforcer l’indépendance des expertises scientifiques**. Le texte veut éviter que les lanceurs d’alerte soient victimes de discrimination professionnelle «pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi », à leur employeur ou aux autorités, « des faits relatifs à un danger pour la santé publique ou l’environnement » dont ils auraient eu connaissance par leurs fonctions. C’est la première fois de son histoire que le Parlement adopte un texte porté par les écologistes. Il s’agissait pourtant d’un sujet brûlant, qui ramène au-devant de la scène des dossiers comme le tabac, l’amiante, la prescription de médicaments à risque, l’exposition aux pollutions chimiques ou aux ondes électromagnétiques… Mais protéger les lanceurs d’alerte n’est qu’un premier pas pour valoriser le pouvoir des citoyens de lutter contre un système qui détériore gravement la planète.

* Le Monde.fr 03.04.2013, Le climatologue franc-tireur James Hansen quitte la NASA

** Le Monde.fr 3.4.2013, Le Parlement adopte la loi sur les « lanceurs d’alerte » sanitaires ou environnementaux

Les anti-écolos contre la fiscalité écologique

La France ne fait qu’esquisser ses premières pistes pour une fiscalité écologique : Aligner les taxes du diesel sur celles de l’essence. Introduire une fiscalité du carbone. Instaurer un seuil minimal de densité dans certaines zones pour lutter contre l’étalement urbain… (propositions du Comité pour la fiscalité écologique, CFE)

Aussitôt sur lemonde.fr les anti-écolos se déchaînent :

– L’écologie a bon dos ! Sous prétexte de « verdissement de la fiscalité », ce qui va arriver c’est un nouveau train de taxes et impôts en tous genre, la voracité de l’État étant insatiable.

– Effrayant projet, aggravant la situation économique de la plupart des Français, confié à des personnes comme Batho (Bac » L » pour tout diplôme).

– Dans le gouvernement de crise resserré imposé par la troïka, Batho pointera à Pôle Emploi.

– Avant de penser fiscalité écolo, la première des SIMPLIFICATIONS serait la suppression de toutes les associations écolo qui sont la véritable plaie de l’économie française avec tous les recours contre les décisions prises dans l’immobilier, les travaux publics, les nanotechnologies…

La réaction des anti-écolos est disproportionnée par rapport à un projet bien mou, totalement en deçà de ce que l’urgence écologique exige. Le CFE n’appelle pas explicitement au retour d’une taxe carbone, il faut d’abord évaluer son incidence sur la compétitivité des entreprises, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages… ce qui veut dire en clair qu’on ne va rien faire. S’agissant de la fiscalité du diesel, le dossier est surveillé de si près par les constructeurs automobiles français qu’il ne faut pas en attendre de mesures significatives ; le projet parle seulement de réduire « progressivement » l’écart de taxation entre le gazole et l’essence. Le comité avance prudemment, il s’agit de « réaliser un diagnostic partagé par toutes les composantes, aux sensibilités très différentes, et déboucher sur des propositions consensuelles. » La crise est toujours là, proclame le Medef, il s’agit de ne pas nuire aux entreprises. Comme les syndicats de travailleurs marchent la main dans la main avec le syndicat des patrons, il ne faut rien attendre d’un CFE qui rassemble les uns et les autres.

Patrons, travailleurs sont des anti-écolos qui ne se rendent pas encore compte que la crise économique n’est rien par rapport à la crise énergétique qui nous menace tous. Nous voulons échapper à la taxe carbone, c’est la carte carbone qui nous attend, c’est-à-dire le rationnement.

* LE MONDE du 3 avril 2013, La France esquisse ses premières pistes pour une fiscalité écologique

Et si Malthus finissait par avoir raison ?

Thèse :

1) Un écologiste se doit de traiter l’enjeu démographique. Avant même d’être le choix d’un couple, le nombre d’enfant a des conséquences collectives si importantes qu’il faut en délibérer démocratiquement.

2) La façon de consommer des populations a certes des répercussions néfastes sur l’environnement, mais le nombre d’hommes et de femmes présents sur la planète fait problème. La question démographique est aussi importante que le mode de vie des Américains qui, s’il était généralisé, nécessiterait plusieurs planètes. Par exemple le Bangladesh, hormis les très petits pays tels que Singapour, est le pays le plus densément peuplé au monde. Il n’y avait que 42 millions d’habitants en 1951, il y en a plus de 150 millions aujourd’hui : la situation est ingérable.

3) Le rythme auquel s’est accru la population mondiale au cours des cinquante dernières années est préoccupant. Le nombre d’êtres humains a plus que doublé en quarante ans, la baisse de la mortalité infantile ayant été associée à des taux de natalité encore élevés : il n’y a pas transition démographique pour de nombreux pays. Le nombre des femmes en âge d’avoir des enfants demeure supérieur à ce qu’il était pour la génération précédente. D’où un nombre absolu de naissances qui demeure très élevé.

Antithèse : Avec le texte ci-dessus, nous nous opposons point par point au chapitre « Démographie » du petit livre « L’économie verte en trente questions »* :

1) Les écologistes n’assument pas toujours de traiter de l’enjeu démographique. Pour des raisons de respect des libertés individuelles : la décision d’avoir ou non des enfants est d’abord une affaire personnelle, même si les décisions prises par les femmes et les hommes à ce sujet ont des conséquences collectives.

2) Mais une autre raison peut conduire à considérer la question démographique comme secondaire. Ce  ne serait pas tant le nombre d’hommes et de femmes présents sur la planète qui ferait problème, mais la façon dont consomment les plus riches d’entre eux. Ainsi, si un pays peut être considéré comme surpeuplé aujourd’hui, ce n’est pas le Bangladesh, mais les Etats-Unis d’Amérique, au vu du mode de vie des habitants de ces deux pays

3) Pour autant, le fait que la croissance de la population mondiale ralentisse est tout de même une excellente nouvelle, au vu de la pression sur les ressources qu’imposera dans tous les cas la satisfaction des neuf milliards d’habitants que la Terre comptera en 2050.

Synthèse : Ce hors-série d’Alternatives économiques se termine par des considérations avec lesquelles nous ne pouvons qu’être d’accord : « Le mouvement de baisse de la fécondité sera d’autant plus rapide qu’on parviendra à élever les niveaux de vie, à étendre les systèmes de protection sociale – et notamment l’éducation des filles – et à mettre à déposition de tous les moyens contraceptifs permettant d’éviter les grossesses non désirées. »

Le problème, c’est que les négociations internationales ont toujours échoué à traiter de front la question démographique, croyant que le « développement » suffirait à faire baisser la fécondité. La vulgate anti-malthusienne aura fait beaucoup de mal, contribuant à l’explosion démographique actuelle : 1 milliard d’habitants s’ajoute en moyenne tous les douze ans depuis quarante ans sur une planète dont les ressources se raréfient. Comme le dit ce hors-série, « Crise écologique, crise économique, crise sociale, il faut changer de cap ». Le malthusianisme, c’est-à-dire une politique volontariste de maîtrise de la fécondité, est une nécessité. Vous pouvez adhérer à l’association « Démographie responsable »

* Hors-série poche n° 61 (Alternatives économiques, mars 2013)

L’échec de la politique démographique indienne

Qu’est-ce qui se cache derrière le titre du MONDE « l’Inde est en passe de gagner la bataille démographique » ? Ce n’est pas parce que la population de l’Inde va dépasser celle de la Chine d’ici à 2030 que l’Inde s’ouvre des perspectives d’avenir !

D’abord l’article de Julien Bouissou fait preuve d’un anti-malthusianisme non fondé : « Contrairement aux prévisions malthusiennes pessimistes, l’augmentation de la population indienne ne débouchera pas nécessairement sur des famines ou sur un désastre économique et social. » Admirons l’astuce, « pas nécessairement ». S’il y a des millions de morts de faim, l’article aura quand même raison ! Donnons à l’auteur de cette figure de style quelques raisons de devenir malthusien. Le quintuplement de la population indienne entre 1901 et 2010, passant de 240 millions à 1,2 milliard d’habitants, a inévitablement créé des conditions nouvelles en termes d’environnement et de développement. Si la révolution verte a permis d’accroître fortement la production agricole, les coûts écologiques et économiques des pratiques mises en place ne peuvent être ignorés : biodiversité mise à mal, usage intensif d’engrais et pollution, recours aux pesticides, développement de l’irrigation et assèchement des rivières, mécanisation qui encourage l’endettement, vulnérabilité financière des paysans. L’Inde est confrontée à une dégradation des terres à grande échelle liée autant à l’intensification des cultures qu’à la fragilité naturelle des sols. La très forte progression de la densité de la population en Inde (77 habitants au kilomètre carré en 1901, 382 aujourd’hui) explique aussi les difficultés alimentaires. L’article de Bouissou reconnaît d’ailleurs que « un enfant sur deux souffre de malnutrition ».

L’article s’appuie ensuite sur le « dividende démographique », lié au rapport favorable actifs/personnes à charge dans une population jeune. Encore faut-il que les actifs ne se retrouvent pas chômeurs. C’est ce que l’article reconnaît, « des millions d’emplois devront être créés pour absorber le surplus de main d’œuvre ». Comment ? Développer l’industrie ? Investir dans les infrastructures ?? Le mahatma Gandhi préférait à juste raison l’artisanat dans un pays qui a déjà trop de bras et la relocalisation des activités contre la mondialisation des échanges.

Pour le reste, Julien Bouissou énonce toutes les batailles démographiques que l’Inde est en train de perdre : difficultés en matière de santé publique, absentéisme scolaire, déséquilibre à la naissance entre filles et garçons. Un titre racoleur fait donc un mauvais titre quand le contenu de l’article dit l’inverse. L’Inde ferait mieux de suivre l’exemple chinois d’un enfant par famille… et LE MONDE devrait progresser en matière d’analyse démographique.

* LE MONDE du 2 avril 2013, l’Inde est en passe de gagner la bataille démographique  (Julien Bouissou)

la politique démographique chinoise ne doit pas changer

En Une du MONDE, d’après le titre racoleur, il semblerait que « la Chine veut revenir sur la politique de l’enfant unique ». Mais ce n’est pas parce que la Commission de la planification familiale va fusionner avec le ministère de la santé que le gouvernement chinois va changer de politique démographique.

Quels sont alors les arguments de fond du journaliste Brice Pedroletti* ? Il paraît que les « démographes chinois » (sans plus de précisions) réclament un assouplissement de la planification familiale au motif que « le taux de fertilité est passé bien en dessous du seuil de renouvellement de la population ». Comme si la population chinoise, de 1,253 milliard en 2012, était un idéal à conserver. Rappelons qu’une population doit toujours être mis en rapport avec la capacité de charge d’un pays, c’est-à-dire les possibilités pour les écosystèmes de pourvoir à l’entretien durable des habitants. Or, si on prend les autres titres sur lemonde.fr ce jour, on s’aperçoit que la Chine est déjà gravement polluée par sa production d’engrais ou que la pollution des rivières chinoises est un fléau. De plus le problème démographique chinois n’est pas seulement le nombre de personnes. L’article de Pedroletti rappelle que la priorité des dirigeants chinois est d’élever le produit intérieur brut (PIB) par habitant. Or la Chine est confrontée à un véritable dilemme. Si la population chinoise augmente moins vite en raison de la politique de l’enfant unique, mais que chaque Chinois change de mode de vie pour se  caler sur celui d’un Européen moyen, il est à prévoir que la pression environnementale ne diminuera pas !

Brice Pedroletti ne témoigne donc d’aucune profondeur dans son raisonnement. Pire, il commet dans un second article** le défaut journalistique courant de chercher le scandale. Le titre parle de lui-même : « Stérilisations forcées, séquestrations et tortures ». Il paraît qu’en Chine sévit une « armée d’avorteurs en marge de la légalité ». Mais quand on lit l’article, il n’est plus question de ce qu’annonçait le titre. Le contenu ne repose que sur des cas particuliers : principalement celui de Gao Liguo qui a voulu cacher aux autorités la grossesse de sa femme et Yang Zhizhu qui a été suspendu de son poste d’enseignant après la naissance de sa seconde fille. C’est vraiment insuffisant pour étayer cette conclusion de l’article : « une politique de planification familiale honnie par la population. »

Nous attendons mieux d’un journaliste écrivant dans un quotidien qui était dit jusqu’à maintenant « de référence ».

* LE MONDE du 2 avril 2013, La chine revient sur le dogme de l’enfant unique (Brice Pedroletti)

** LE MONDE du 2 avril 2013, Stérilisation forcées, séquestrations et tortures (Brice Pedroletti)

croissance endogène négative (Negative Endegeneous Growth)

Notre empreinte écologique humaine dépasse les possibilités de la biosphère, il faut en conséquence diminuer le niveau de vie de la classe globale. Le livre* de Stefano Bartolini  repose sur ce principe « moins de biens, plus de liens ». Bartolini montre en effet que la perte de nos capacités relationnelles entraîne la croissance qui, en retour, détériore encore plus les relations humaines. Pour un objecteur de croissance, c’est donc le retour au relationnel qui importe… Choix valable pour tous ?

D’après la vision consacrée de la croissance, les biens qui sont des biens de luxe pour une génération sont des biens standard pour la génération suivante, puis des biens de première nécessité pour la troisième génération (électroménagers, voiture, voyages…). La face obscure est celle des biens gratuits pour une génération devenant des biens rares et coûteux pour la génération suivante, puis des biens de luxe pour celle d’après : le silence, l’air pur, l’eau non polluée, des quartiers sans criminalité… L’argent s’impose comme la solution privée à la détérioration de ce que les individus ont en commun.

Il y a des biens libres ou gratuits que l’on en peut acheter mais qui sont indispensables au bien-être ; or l’économie marchande possède une grande capacité à fournir des substituts coûteux aux biens libres ; la croissance économique réduit en conséquence la disponibilité des biens libres. Ce sont les hypothèses sur lesquelles repose la modèle de croissance endogène négative NEG (Negative Endegeneous Growth). La première hypothèse se réfère aux biens environnementaux et aux biens relationnels. Personne ne nous vend l’amitié, l’air qu’on respire et une ville sans criminalité. Pour la seconde, la piscine remplace la rivière polluée, le téléviseur et Internet nous protègent d’une ville trop dangereuse, la baby-sitter nous remplace auprès des enfants. La troisième hypothèse est que la croissance économique favorise en retour la dégradation des conditions environnementales et relationnelles. Pour financer des dépenses défensives, nous devons travailler plus. En d’autres termes, les efforts que nous déployons pour nous défendre contre la dégradation des biens libres contribuent à l’augmentation du PIB. Par conséquent, la dégradation favorise la croissance, qui favorise la dégradation. La croissance économique fonctionne comme un processus de substitution sans fin. La croissance est alimentée par son propre pouvoir de destruction.

* Manifeste pour le bonheur de Stefano Bartolini (publication Donzelli Editore en 2010, traduction aux Liens qui libèrent en 2013)

Lundi de Pâques, une profession de foi postchrétienne

De nombreuses pratiques se rattachèrent à la fête de Pâques, mais c’est d’abord célébrer le retour du printemps. Ainsi l’œuf est le symbole de la germination qui se produit à ce moment-là. La religion chrétienne a récupéré les coutumes païennes pour en faire la fin du jeûne du carême dont presque personne ne  connaît la signification : on préfère les œufs en chocolat !

En ce jour férié, pas obligatoirement chômé, nous constatons la validité d’une profession de foi postchrétienne : « Après avoir aimé son prochain comme le lui demandait l’Evangile, l’homme d’après Rio doit aussi aimer le monde, y compris les fleurs, les oiseaux, les arbres – tout cet environnement naturel que nous détruisons régulièrement. Au-delà et au-dessus du contrat social conclu avec les hommes, il faut maintenant conclure un contrat éthique et politique avec la nature, avec cette terre même et qui nous fait vivre. Pour les Anciens, le Nil était un Dieu qu’on vénère, de même la forêt amazonienne, la mère des forêts. Partout dans le monde, la nature était la demeure des divinités. Celles-ci ont conféré à la forêt, au désert, à la montage, une personnalité qui imposait adoration et respect. La terre avait une âme ; la retrouver et la ressusciter, tel est le sens de Rio. »

Cette vibrante déclaration écologiste a été faite par le secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali, lors de la clôture du Sommet de la Terre à Rio en 1992. Face à cette prise de position motivée par l’urgence écologique, le père Joseph-Marie Verlinde attaque : « Nous assistons à l’intronisation quasi-officielle, émanant des représentants d’instances internationales, d’une religiosité naturaliste, qui s’affirme en opposition explicite au transcendantalisme chrétien…Nous soupçonnons Boutros Boutros-Ghali de se servir de l’écologisme comme d’un paravent, derrière lequel ils peuvent déployer, en toute impunité, une véritable stratégie néo-malthusienne. »* Notons que Joseph-Marie Verlinde est un moine de la Famille de Saint Joseph. C’est un théologien qui voit à juste titre dans l’écologie radicale un concurrent dangereux vis à vis du christianisme. Comme il se retrouve en mauvais position face à l’argumentation de Boutros Boutros-Ghali, il se contente de recourir à l’anathème.

Nous préférons la sensibilité de certains mouvements plus proches de l’écologie : « L’ensemble de la Création est laissé à la responsabilité de l’ensemble de l’humanité. La domination sur le reste de la nature ne doit pas être interprétée en un sens conquérant, mais au contraire comme une injonction à vivre en harmonie avec elle, et à rendre soin de la terre pour s’acquitter de sa responsabilité devant Dieu. Il nous est demandé de « cultiver et de garder » (genèse 2:15) la terre avec amour et douceur. La terre ne nous est confiée que sous certaines conditions, comme si nous n’en étions que les locataires. Nous n’y avons que des droits d’usage – mais cela est suffisant. »**

* Joseph-Marie Verlinde dans son livre L’idéologie verte ou les dérives de l’écologisme (éditions lelivreouvert, 2013, p.67)

** déclaration en 1982 de l’Eglise luthérienne américaine ; « La Terre : un don de Dieu, notre responsabilité »