Mois : août 2013

Achetons Moins, beaucoup moins de iPhone

 Dans les transports publics, on ressent souvent une impression de morbidité, entouré de passagers qui ont leurs yeux rivés sur leur iPhone. Privé du contact physique avec ses semblables, l’être humain s’expose à des troubles mentaux et affectifs. Si on accepte d’expérimenter cette technologie innaturelle, c’est qu’elle nous donne une illusion de toute-puissance. La télécommunication nous affranchit des limites spatiotemporelles. Au niveau du temps, la technologie flatte l’exigence d’immédiateté de l’individu postmoderne. Mais le sms et l’absence de contexte réel fait disparaître les nuances humaines du discours, celles qui rendent possible la communication des émotions. L’illusion de se connecter à des personnes à l’autre bout du monde empêche l’amour ; à toutes les époques, la distance a toujours représenté un obstacle à l’affectif. La télécommunication, initialement conçue pour rapprocher les personnes, exerce aujourd’hui une fonction opposée.

Le temps consacré à des interlocuteurs lointains, c’est le temps que l’on soustrait à ses proches. Entre 1987 et 2007, les heures quotidiennes passées en Grande Bretagne à parler avec des humains en chair et en os se sont réduites de 6 à 2, les heures consacrées chaque jour aux moyens de communication sont passées de 4 à 8. Les paroles virtuelles sont devenues plus nombreuses que celles réelles. Ce n’est qu’un exemple de la privation sensorielle à laquelle nous exposent les nouvelles technologies.

Il y a un siècle à peine, plus de 90 % des gens vivaient dans les campagnes, y compris dans les pays occidentaux. On ne connaissait guère plus de 200 à 300 personnes. Nous sommes conçus pour reconnaître, mémoriser et accueillir avec bienveillance un nombre restreint de présences. L’explosion actuelle du nombre de gens que nous contactons par nos mobiles ou d’inconnus que nous croisons quotidiennement dans les transports publics et les villes plonge nos mécanismes cérébraux dans un état d’alerte permanent. Il en découle absence de sourires, stress et méfiance. Pour se rassurer, on allume la télévision. Les sourires impersonnels des vedettes de l’écran constitue une nouvelle famille, technologisée et impersonnelle. D’où la nécessité d’être vigilants face aux technologies qui rendent nos mains passives.

(Propos résumés de Luigi Zoja, psychanalyste italien, initialement parus dans le journal des objecteurs de conscience suisses « Moins », repris par le mensuel La décroissance de septembre 2013)

Procréer ou consommer, il va falloir choisir

 Le problème démographique dans sa complexité est enfin abordé publiquement par un intellectuel : « A quel niveau la population mondiale va-t-elle se stabiliser ? L’hypothèse médiane des Nations unies de 11 milliards d’habitants en 2100 est encadrée d’une hypothèse basse (6,5 milliards) et d’une hypothèse haute (18 milliards). Ce degré d’incertitude se double d’une interrogation majeure sur la qualité de ce que sera le modèle de consommation moyen de la population mondiale à cet horizon ? Le développement généralisé à l’Occidentale que l’on croyait être l’antidote par l’excellence à l’explosion démographique se retrouve le fossoyeur de la planète. Aurons-nous majoritairement adopté un modèle de consommation à l’Occidentale ou un modèle partagé de sobriété ?»* That’s the question!

La réponse de Stéphane Madaule est honnête : « Pour cesser d’être balloté de Charybde en Scylla, la solution réside peut-être dans une double rupture : un changement drastique des modes de production et de consommation afin de les rendre durables, c’est-à-dire beaucoup plus sobres en ressources naturelles ; une acception réelle de mises en œuvre de politiques de population qui régulent, dans le respect des libertés individuelles. C ‘est la démographie verte : maîtrise collective de la variable démographique considérée comme endogène et non plus exogène, associée à la maîtrise de la consommation. Il convient d’agir politiquement. Nos libertés futures en dépendent. »

Le diagnostic est bon, mais il fait l’hypothèse que les politiques humains peuvent être rationnelles alors que nous aimons par dessus tout nous entretuer, par le verbe ou par le glaive, plutôt que de raisonner. De toute façon, l’expansion exponentielle d’humains est principalement due à l’abondance énergétique fossile. Comme cette manne gratuite va se tarir, la descente énergétique s’accompagnera nécessairement d’une décroissance du nombre d’humains. Celle-ci se fera comme l’avait prévu Malthus quand nous ne sommes pas raisonnables : guerres, famines et épidémies. Dommage, nous aurions pu adopter une démographie responsable.

lemonde.fr du 26 août 2013, Evolution de la population mondiale: de Charybde en Scylla

Procréer ou consommer, il va falloir choisir

 Le problème démographique dans sa complexité est enfin abordé publiquement par un intellectuel : « A quel niveau la population mondiale va-t-elle se stabiliser ? L’hypothèse médiane des Nations unies de 11 milliards d’habitants en 2100 est encadrée d’une hypothèse basse (6,5 milliards) et d’une hypothèse haute (18 milliards). Ce degré d’incertitude se double d’une interrogation majeure sur la qualité de ce que sera le modèle de consommation moyen de la population mondiale à cet horizon ? Le développement généralisé à l’Occidentale que l’on croyait être l’antidote par l’excellence à l’explosion démographique se retrouve le fossoyeur de la planète. Aurons-nous majoritairement adopté un modèle de consommation à l’Occidentale ou un modèle partagé de sobriété ?»* That’s the question!

La réponse de Stéphane Madaule est honnête : « Pour cesser d’être balloté de Charybde en Scylla, la solution réside peut-être dans une double rupture : un changement drastique des modes de production et de consommation afin de les rendre durables, c’est-à-dire beaucoup plus sobres en ressources naturelles ; une acception réelle de mises en œuvre de politiques de population qui régulent, dans le respect des libertés individuelles. C ‘est la démographie verte : maîtrise collective de la variable démographique considérée comme endogène et non plus exogène, associée à la maîtrise de la consommation. Il convient d’agir politiquement. Nos libertés futures en dépendent. »

Le diagnostic est bon, mais il fait l’hypothèse que les politiques humains peuvent être rationnelles alors que nous aimons par dessus tout nous entretuer, par le verbe ou par le glaive, plutôt que de raisonner. De toute façon, l’expansion exponentielle d’humains est principalement due à l’abondance énergétique fossile. Comme cette manne gratuite va se tarir, la descente énergétique s’accompagnera nécessairement d’une décroissance du nombre d’humains. Celle-ci se fera comme l’avait prévu Malthus quand nous ne sommes pas raisonnables : guerres, famines et épidémies. Dommage, nous aurions pu adopter une démographie responsable.

lemonde.fr du 26 août 2013, Evolution de la population mondiale: de Charybde en Scylla

JDE (août 2013) : Quelle nature voulons-nous protéger ?

 Le compte-rendu ci-dessous montre que cette question n’a pas été vraiment traitée à Marseille lors des journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts (23 août 2013). Pourtant CatherineLarrère est le co-auteur du livreDu bon usage de la nature (pour une philosophie de l’environnement) qui faisait le tour du problème. Extraits : « Faute d’avoir interrogé la vision moderne de la nature, on avait dramatisé le conflit entre défenseurs de l’humanité et protecteurs de la nature. Si l’homme fait partie de la nature, nul besoin de dramatiser ; il n’y a pas à choisir entre la nature et l’homme. On peut les protéger tous les deux, lier la préservation de la diversité biologique, par exemple, à celle de la diversité culturelle… Toutes les éthiques reposent sur un seul présupposé : que l’individu est membre d’une communauté de parties interdépendantes. L’éthique de la Terre élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux… Mais inclure l’homme dans l’analyse écosystémique s’avère extrêmement difficile. L’homme est une boîte noire particulièrement fantasque. Ses activités ne sont pas des ajustements automatiques à un contexte de sélection. Il s’agit en effet de stratégies intentionnelles. Les logiques économiques, sociales et culturelles qui président à la variabilité de ces actions échappant à l’analyse de l’écologue, l’homme apparaît comme une population sujette à de perpétuelles mutations… »

Atelier de la Fondation écologique : Quelle nature voulons-nous protéger ?

Catherine Larrère, présidente de la Fondation :

« Aux Etats-Unis, où une partie du territoire était encore récemment vierge et sauvage, est née l’idée de wilderness, une nature dans laquelle l’homme n’intervient pas. Il n’est qu’un visiteur. En France, pays artificialisé depuis longtemps, on s’est d’abord préoccupé des beaux paysages. Ce sont des peintres qui ont œuvré pour la protection de la forêt de Fontainebleau. »

Patrick Blandin, du Museum :

« La nature n’a pas eu besoin de nous pendant des millions d’années. Plusieurs espèces sont très anciennes, mais nous avons la particularité d’être la plus envahissante… alors que nous voulons éradiquer les autres espèces envahissantes. Nous provoquons un bouleversement des écosystèmes en introduisant de nouvelles molécules qui n’avaient jamais existé auparavant ! Même s’il n’y a pas d’état idéal de la nature, nous détournons son évolution du cours qu’elle aurait suivi si l’espèce humaine n’avait jamais existé. Nous sommes l’Homo tranformator, mais aussi le compagnon d’aventure de la nature. Mon point de vue, c’est qu’il faut rendre la biosphère durablement adaptable. Cette adaptabilité tient à la diversité. Or nous détruisons la biodiversité. Quelle valeur accorder aux autres êtres vivants ? »

Gilbert Cochet, président de l’association Forêts sauvages :

« L’homme se prend pour Dieu ; le forestier croit qu’au premier jour, il a créé la forêt. Pourtant l’homme n’est pas indispensable, on pourrait laisser la nature évoluer librement. Je suis garant de la protection des gorges de l’Ardèche qui accepte le tourisme : tout dépend de comment nous nous comportons. Par exemple les parcours d’escalade sont en nombre très limités. Mais les parcs et réserves naturelles ne couvrent que 1 % du territoire. Vouloir protéger ces 1 % n’est certainement pas de l’intégrisme. Plus un territoire est petit, plus la biodiversité est réduite. Je constate aussi que 98 % de la biomasse des vertébrés est constituée de l’espèce humaine et de ses animaux domestiques. Il reste seulement 2 % pour les écureuils et tous les animaux sauvages. Et puis quand je me retrouve au sein de Mère nature non transformée, je me sens bien. Une certaine sanctuarisation de lieux naturels est nécessaire. »

Baptiste Lanaspèze, fondateur de la maison d’édition wildproject :

« Après avoir été un défenseur de l’écologie profonde, je suis maintenant passionné par la randonnée pédestre en ville. La moitié des Bouches du Rhône est classée en zone Natura 2000, mais il existe un mélange d’une anthropisation violente et de paysages infiniment variés. J’aime passer lentement sous un pont autoroutier, cela transforme mon regard sur le péri-urbain. »

Catherine Larrère :

« Un pour cent du territoire est protégé, que faire des 99 % qui restent ? On ne peut pas faire n’importe quoi. Comment en décider ensemble, c’est une question à la fois scientifique, politique ET philosophique. Le réjouissant, c’est l’herbe qui repousse sur les trottoirs… »

Le droit absolu des crocodiles… à manger de l’humain

 Un ingénieur de 26 ans vivant à Darwin (Australie) a été attrapé et emporté par un crocodile dans la Mary River. Sean Cole, bien alcoolisé, avait ignoré tous les panneaux d’interdiction de baignade. Quatre crocodiles ont été abattus. Commentaires (judicieux) des internautes* :

– Pourquoi sommes-nous si arrogant ! Nous exterminons chaque jours des millions d’animaux pour nous nourrir mais nous ne supportons pas d’être les proies d’animaux pour qui, sur leur terrain de chasse, nous ne sommes que du gibier potentiel.

– Il s’est baigné dans une zone appartenant aux crocodiles, qui ne savent pas lire les pancartes interdisant de manger des hommes.

– Il y a 7 milliards d’humains… Comptez le nombre de crocos. Donc un imbécile (on peut être ingénieur et imbécile) de moins, ça manquera pas.

– Avec le nombre incroyable d’attaques d’humains sur les animaux, il est tant que le règne animal réagisse pour limiter la population de cette espèce nuisible qui détruit les ressources disponibles. Un écosystème c’est un état d’équilibre ou la chaîne alimentaire permet de réguler les populations en fonction des ressources. Et puis il y a l’humain, qui consomme tout et épuise désormais la production annuelle mondiale en 8 mois.

– Sur terre chaque espèce à sa place, si un ours vient dans une habitation on l’abat, si on va sur le territoire de lions ou de crocodiles ils nous mangent. Alors pourquoi jouer avec le feu ? Les crocodiles n’ont rien demandé à personne, si on veut leur servir d’appât, il ne faut s’en prendre qu’à soi.

– Ce bonhomme a joue a la roulette russe et il a perdu. Si tu ne veux pas te faire attaquer par un tigre, tu ne mets pas le nez dans sa cage. Que je sache le croco n’est pas allé attaquer notre nageur chez lui, en plein milieu de son lit. C’est triste ? Certainement, mais c’est la nature avec ses prédateurs.

– Nous sommes des prédateurs pas bien différents des crocodiles. Je suis sûr que vous avez déjà bouffé des animaux qui éprouvaient des sentiments envers des amis ou la famille.

– Il n’y aura bientôt plus la moindre parcelle de terre sans panneau, feu rouge, avertissement en tout genre, assurance obligatoire, et toutes ces imbécilités afin de rassurer nos petits aventuriers incapable de comprendre que le monde ne leur appartient pas.

– Aucune espèce de pitié ou tristesse à l’endroit de ce sinistre imbécile qui a causé l’abattage de 4 crocodiles par sa bêtise crasse. Si on était logique, ce serait à l’abattage d’êtres humains qu’il faudrait procéder, sur des critères transparents et objectifs – ce serait infiniment plus bénéfique à la planète entière par rapport à la mise à mort de 4 pauvres sauriens.

– Comme à la Réunion, dès qu’un nageur se fait croquer, on bute un requin ou deux…! Se poser la question de tenter de réguler ou non le nombre de crocodiles est une chose, mais organiser des expéditions punitives parce que certains ne réfléchissent pas, c’est lamentable… Soyons cohérent, puisqu’ils ne sont pas doués de raison comme nous, on ne peut pas les punir comme s’ils en avaient.

– Que faire pour les ivrognes qui se cognent contre des poteaux en roulant a 100 km/h ? On coupe tous les poteaux ?

– Il s’est produit un terrible accident de voiture faisant trois morts : suppression de tous les véhicules à moteur, sans sommations.

– J’ai un copain qui est allé visiter un volcan en activité, il est mort. Il faut éliminer tous les volcans, ils sont méchants.

– L’espèce humaine est la dominante, qui se dit la plus évoluée… on peut se poser la question !

* http://sydney.blog.lemonde.fr/2013/08/26/la-mort-dun-homme-relance-le-debat-sur-labattage-des-crocodiles/

Une journée d’été d’EELV, prospérité sans croissance

 Le titre de la plénière des JdE était prometteur : « Prospérité sans croissance et Villes en Transition ». Enfin ! 3 ans après le vote d’une motion au CNIR demandant que « Les Verts.. se doivent d’initier ou de mener à terme l’éclosion de territoires en transition en France. Les Verts décident d’intégrer la résilience aux crises dans leur programme et leurs objectifs politiques, en s’inspirant des principes appliqués dans les territoires en transition« , 3 ans après l’invitation de Tim Jackson, l’auteur de « Prospérité sans croissance », EELV resservait enfin une plénière complète à ces principes. Mieux vaut tard que jamais, comme on dit.

Hélas, quelle désillusion. Le texte de l’annonce aurait dû attirer mon attention: on évoquait un « nécessaire découplage entre richesse et consommation énergétique« ,  découplage que Tim Jackson estime improbable , de même que les acteurs anglais des « villes en transition ». Mais, bon, on verrait pendant le débat. Et on a vu.

Était invité un économiste américain, Skip Laitner,  travaillant pour Jeremy Rifkins sur la Troisième Révolution Industrielle (TRI),  qui nous a expliqué que, grâce à la technologie (les smartgrids, réseaux d’hydrogène, NTIC,  …)  la croissance de l’activité économique mesurée par le PIB pourrait tripler d’ici 2050 (*). Quid de la prospérité sans croissance ? Il a ensuite dit tout le bien possible de la région Nord-Pas de Calais, qui avait la bonne idée de payer Rifkins pour une étude sur la TRI, et dont 2 des élus EELV participaient justement à la plénière. Il faut préciser a ce stade que les villes en Transition prennent l’hypothèse exactement inverse de la TRI, i.e. que la technologie ne permettra PAS de compenser la déplétion des ressources fossiles (comme le rappelle d’ailleurs la motion du CNIR qui critique le « technocratisme scientiste ») et qu’il faut anticiper, organiser la décroissance de l’activité économique.

Après une bonne présentation d’Agnès Sinaï des analyses de l‘Institut Momemtum (qui développe une expertise sur la résilience, les limites des ressources,   les limites du découplage« , les quotas énergétiques  … ), vinrent sous forme de « bilan de mandat » les expériences municipales de Jean François Caron (maire de Loos-en-Gohelle, et promoteur de la TRI en NPdC)  et Dominique Voynet. Expériences intéressantes  et remarquables, certes,  mais sans réel rapport avec les fondements de l’approche des Villes en Transition, qui sont proches du mouvement de la décroissance, et utilisent une pédagogie de « catastrophisme éclairé » (lire Luc Semal,  « Politiques de la catastrophe » ). Aucun mot par exemple sur une possible fin de la croissance, la résilience au pic pétrolier, la permaculture, … De pédagogie,  on aurait pu croire que Philippe Meirieu allait en parler. Mais on a entendu a la place un discours, intéressant au demeurant,  traitant essentiellement du système scolaire.  Discours  identique à celui publié dans le journal de la motion majoritaire d’EELV.

Ma conclusion est que,  loin d’être un débat pour « faire des villes Françaises des villes en Transition« , comme l’annonçait l’affiche, cette plénière avait pour but principal de faire valoir un courant du parti, en vue du congrès, en utilisant et détournant les concepts et principes de prospérité sans croissance et villes en transition, étrangers à ce courant. Entendons-nous bien : les débats entre une écologie politique « positive, concrète … »  (tel que développé par les motions issues de « Maintenant ») et une écologie prenant davantage en compte les limites des ressources, l’éducation citoyenne et l’inéluctabilité de la décroissance sont utiles, et nécessaires !

On peut, on doit débattre pour choisir entre l’approche de Rifkin de « 3e révolution industrielle » ou l’approche anglaise des villes en Transition, entre une vision d’un avenir technologique ou « low tech », entre un discours techno-optimiste socialo-compatible ou du « catastrophiste éclairé », entre du « top-down » et du botton-up, …   Mieux, on doit comprendre ce qui rapproche, différencie ou rend complémentaire ces approches pour en tirer une approche EELV, adaptée à notre pays et chaque situation, combinant les deux avec intelligence pour convaincre les citoyens, guider et rendre cohérente nos actions et nos prises de position  (par ex. sur Linky…),  et barrer la route au FN.

Mais le débat doit être honnête pour être constructif, sans récupération ni déformation du sens des mots-clefs, sans blocage des discussions au niveau des commissions, sans utilisation de la position hégémonique au sein du parti pour créer de la confusion, manipuler les concepts dans le but de maintenir cette position hégémonique et accaparer les lieux de pouvoir. Ça n’a pas été le cas, et on ne peut que le regretter. Combien d’années encore pour comprendre que « la prise de conscience du pic pétrolier et de ses conséquences pourrait être un formidable moyen d’accélérer la transformation écologique, permettant aux citoyens de se mobiliser autour d’un projet alternatif de société, porteur de nouveaux modes de démocratie participative. »  (extrait de la motion CNIR) ?

Tel sera un des enjeux du prochain congrès, peut-être, et qu’à la suite la campagne municipale prendra réellement la voie des villes en Transition, et développera ainsi un discours en rupture avec la technophilie croissantiste du PS et UMP qui, de mon point de vue, nous conduit dans le mur.

Une journée d’été d’EELV, prospérité sans croissance

 Le titre de la plénière des JdE était prometteur : « Prospérité sans croissance et Villes en Transition ». Enfin ! 3 ans après le vote d’une motion au CNIR demandant que « Les Verts.. se doivent d’initier ou de mener à terme l’éclosion de territoires en transition en France. Les Verts décident d’intégrer la résilience aux crises dans leur programme et leurs objectifs politiques, en s’inspirant des principes appliqués dans les territoires en transition« , 3 ans après l’invitation de Tim Jackson, l’auteur de « Prospérité sans croissance », EELV resservait enfin une plénière complète à ces principes. Mieux vaut tard que jamais, comme on dit.

Hélas, quelle désillusion. Le texte de l’annonce aurait dû attirer mon attention: on évoquait un « nécessaire découplage entre richesse et consommation énergétique« ,  découplage que Tim Jackson estime improbable , de même que les acteurs anglais des « villes en transition ». Mais, bon, on verrait pendant le débat. Et on a vu.

Était invité un économiste américain, Skip Laitner,  travaillant pour Jeremy Rifkins sur la Troisième Révolution Industrielle (TRI),  qui nous a expliqué que, grâce à la technologie (les smartgrids, réseaux d’hydrogène, NTIC,  …)  la croissance de l’activité économique mesurée par le PIB pourrait tripler d’ici 2050 (*). Quid de la prospérité sans croissance ? Il a ensuite dit tout le bien possible de la région Nord-Pas de Calais, qui avait la bonne idée de payer Rifkins pour une étude sur la TRI, et dont 2 des élus EELV participaient justement à la plénière. Il faut préciser a ce stade que les villes en Transition prennent l’hypothèse exactement inverse de la TRI, i.e. que la technologie ne permettra PAS de compenser la déplétion des ressources fossiles (comme le rappelle d’ailleurs la motion du CNIR qui critique le « technocratisme scientiste ») et qu’il faut anticiper, organiser la décroissance de l’activité économique.

Après une bonne présentation d’Agnès Sinaï des analyses de l‘Institut Momemtum (qui développe une expertise sur la résilience, les limites des ressources,   les limites du découplage« , les quotas énergétiques  … ), vinrent sous forme de « bilan de mandat » les expériences municipales de Jean François Caron (maire de Loos-en-Gohelle, et promoteur de la TRI en NPdC)  et Dominique Voynet. Expériences intéressantes  et remarquables, certes,  mais sans réel rapport avec les fondements de l’approche des Villes en Transition, qui sont proches du mouvement de la décroissance, et utilisent une pédagogie de « catastrophisme éclairé » (lire Luc Semal,  « Politiques de la catastrophe » ). Aucun mot par exemple sur une possible fin de la croissance, la résilience au pic pétrolier, la permaculture, … De pédagogie,  on aurait pu croire que Philippe Meirieu allait en parler. Mais on a entendu a la place un discours, intéressant au demeurant,  traitant essentiellement du système scolaire.  Discours  identique à celui publié dans le journal de la motion majoritaire d’EELV.

Ma conclusion est que,  loin d’être un débat pour « faire des villes Françaises des villes en Transition« , comme l’annonçait l’affiche, cette plénière avait pour but principal de faire valoir un courant du parti, en vue du congrès, en utilisant et détournant les concepts et principes de prospérité sans croissance et villes en transition, étrangers à ce courant. Entendons-nous bien : les débats entre une écologie politique « positive, concrète … »  (tel que développé par les motions issues de « Maintenant ») et une écologie prenant davantage en compte les limites des ressources, l’éducation citoyenne et l’inéluctabilité de la décroissance sont utiles, et nécessaires !

On peut, on doit débattre pour choisir entre l’approche de Rifkin de « 3e révolution industrielle » ou l’approche anglaise des villes en Transition, entre une vision d’un avenir technologique ou « low tech », entre un discours techno-optimiste socialo-compatible ou du « catastrophiste éclairé », entre du « top-down » et du botton-up, …   Mieux, on doit comprendre ce qui rapproche, différencie ou rend complémentaire ces approches pour en tirer une approche EELV, adaptée à notre pays et chaque situation, combinant les deux avec intelligence pour convaincre les citoyens, guider et rendre cohérente nos actions et nos prises de position  (par ex. sur Linky…),  et barrer la route au FN.

Mais le débat doit être honnête pour être constructif, sans récupération ni déformation du sens des mots-clefs, sans blocage des discussions au niveau des commissions, sans utilisation de la position hégémonique au sein du parti pour créer de la confusion, manipuler les concepts dans le but de maintenir cette position hégémonique et accaparer les lieux de pouvoir. Ça n’a pas été le cas, et on ne peut que le regretter. Combien d’années encore pour comprendre que « la prise de conscience du pic pétrolier et de ses conséquences pourrait être un formidable moyen d’accélérer la transformation écologique, permettant aux citoyens de se mobiliser autour d’un projet alternatif de société, porteur de nouveaux modes de démocratie participative. »  (extrait de la motion CNIR) ?

Tel sera un des enjeux du prochain congrès, peut-être, et qu’à la suite la campagne municipale prendra réellement la voie des villes en Transition, et développera ainsi un discours en rupture avec la technophilie croissantiste du PS et UMP qui, de mon point de vue, nous conduit dans le mur.

Ce qui doit arriver, c’est la perte de pouvoir d’achat

Il paraît que le gouvernement se prépare pour l’année 2025 (séminaire gouvernemental de 4 heures le 19 août). Le président Hollande y cite Bergson : « L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. » Vaste question qui n’est pas philosophique du point de vue écologique : nous savons de source sûre que le pétrole va bientôt manquer, donc nous devons dès à présent préparer politiquement la civilisation de l’après-pétrole. LE MONDE* prend comme une nouveauté l’annonce par le ministre de l’écologie Philippe Martin d’une « contribution climat énergie ». Il ne nous donne pas la mémoire de l’événement, l’instauration d’une telle taxe n’est pas seulement une revendication d’EELV.

– 2007, le terme « contribution climat-énergie » est utilisé par Nicolas Hulot dans son pacte écologique et validé par les présidentiables Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

– 1er juillet 2009, le secrétariat national du PS avait validé, après intense réflexion d’un groupe de travail, une contribution climat-énergie universelle (CCEU).  Le groupe de travail était composé de parlementaires socialistes (dont Philippe Martin) et de responsables nationaux. Il avait auditionné un certain nombre d’experts (Jean-Marc Jancovici, Alain Grandjean, Pierre Radanne, la CGT, le Medef, l’OCDE).

– juillet 2009, conclusion de la commission Rocard (mise en place par Sarkozy) : « Il faut atteindre en 2030 un prix du gaz carbonique émis de 100 euros la tonne en démarrant à 32 euros. »

– novembre 2011, l’accord programmatique entre PS et EELV prévoyait le retour de la taxe carbone en évoquant une « contribution climat-énergie ». Rien de bien précis.

– janvier 2012 : dans ses 60 engagements pour la France, François Hollande reprend l’idée d’une Contribution climat-énergie « aux frontières de l’Europe » ; rien sous la rubrique réforme fiscale comme taxes écologiques au niveau national.

– avril 2013 : des parlementaires proposent officiellement une résolution « pour une fiscalité écologique  au cœur d’un développement soutenable ». Ils déclarent que l’énergie la plus propre et la plus économique est celle que l’on saura ne pas consommer. La principale mesure envisagée, qui permet de taxer l’ensemble des dépenses d’énergie, est la contribution climat énergie (CCE). Il  leur paraît opportun de la mettre en place dès 2014, au moins dans son volet carbone.

Aujourd’hui Philippe Martin semble très en deçà de ce qu’il faudrait ; il ne donne pas les contours de cette « taxe carbone ». Si cette contribution était présente dès le budget 2014, il y aurait un « débat sur son montant et sur son rythme ». La porte-parole du gouvernement est encore plus en retrait : « Il ne s’agit pas de créer une nouvelle taxe, il s’agit simplement de verdir les taxes déjà existantes sur l’énergie. » Le ministre de l’écologie en rajoute : « Cela doit nous permettre de préserver le pouvoir d’achat des Français, notamment modestes, qui est rongé chaque jour davantage par la hausse du coût de l’énergie. » Le social l’emporte sur l’écologique, aucun politique ne veut expliquer aux Français que la hausse du prix des hydrocarbures est inéluctable et que le pouvoir d’achat va en pâtir nécessairement. On veut faire la transition énergétique sans s’en donner les moyens.

Comme l’exprime l’ex-ministre socialiste de l’écologie Delphine Batho, « l’enjeu pour le gouvernement est de dépasser une vision de l’écologie qui serait seulement sectorielle ou tactique, liée à des équations électorales »**. On ne devient vraiment écolo que quand on a quitté le gouvernement ! Pour terminer de façon constructive, une petite citation : « Pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens. (Ivan Illich, énergie et équité, 1973) »  Le pouvoir d’achat des plus riches devrait bien sûr diminuer d’ici 2025 de façon bien plus rapide que celui des catégories qui peuvent encore s’acheter une petite voiture individuelle.

* LE MONDE du 24 août 2013, aux journées d’EELV le ministre de l’écologie a annoncé la création d’une « contribution climat énergie »

** LE MONDE du 22 août, Delphine Batho : « L’écologie n’est pas un enjeu sectoriel »

Ce qui doit arriver, c’est la perte de pouvoir d’achat

Il paraît que le gouvernement se prépare pour l’année 2025 (séminaire gouvernemental de 4 heures le 19 août). Le président Hollande y cite Bergson : « L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. » Vaste question qui n’est pas philosophique du point de vue écologique : nous savons de source sûre que le pétrole va bientôt manquer, donc nous devons dès à présent préparer politiquement la civilisation de l’après-pétrole. LE MONDE* prend comme une nouveauté l’annonce par le ministre de l’écologie Philippe Martin d’une « contribution climat énergie ». Il ne nous donne pas la mémoire de l’événement, l’instauration d’une telle taxe n’est pas seulement une revendication d’EELV.

– 2007, le terme « contribution climat-énergie » est utilisé par Nicolas Hulot dans son pacte écologique et validé par les présidentiables Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

– 1er juillet 2009, le secrétariat national du PS avait validé, après intense réflexion d’un groupe de travail, une contribution climat-énergie universelle (CCEU).  Le groupe de travail était composé de parlementaires socialistes (dont Philippe Martin) et de responsables nationaux. Il avait auditionné un certain nombre d’experts (Jean-Marc Jancovici, Alain Grandjean, Pierre Radanne, la CGT, le Medef, l’OCDE).

– juillet 2009, conclusion de la commission Rocard (mise en place par Sarkozy) : « Il faut atteindre en 2030 un prix du gaz carbonique émis de 100 euros la tonne en démarrant à 32 euros. »

– novembre 2011, l’accord programmatique entre PS et EELV prévoyait le retour de la taxe carbone en évoquant une « contribution climat-énergie ». Rien de bien précis.

– janvier 2012 : dans ses 60 engagements pour la France, François Hollande reprend l’idée d’une Contribution climat-énergie « aux frontières de l’Europe » ; rien sous la rubrique réforme fiscale comme taxes écologiques au niveau national.

– avril 2013 : des parlementaires proposent officiellement une résolution « pour une fiscalité écologique  au cœur d’un développement soutenable ». Ils déclarent que l’énergie la plus propre et la plus économique est celle que l’on saura ne pas consommer. La principale mesure envisagée, qui permet de taxer l’ensemble des dépenses d’énergie, est la contribution climat énergie (CCE). Il  leur paraît opportun de la mettre en place dès 2014, au moins dans son volet carbone.

Aujourd’hui Philippe Martin semble très en deçà de ce qu’il faudrait ; il ne donne pas les contours de cette « taxe carbone ». Si cette contribution était présente dès le budget 2014, il y aurait un « débat sur son montant et sur son rythme ». La porte-parole du gouvernement est encore plus en retrait : « Il ne s’agit pas de créer une nouvelle taxe, il s’agit simplement de verdir les taxes déjà existantes sur l’énergie. » Le ministre de l’écologie en rajoute : « Cela doit nous permettre de préserver le pouvoir d’achat des Français, notamment modestes, qui est rongé chaque jour davantage par la hausse du coût de l’énergie. » Le social l’emporte sur l’écologique, aucun politique ne veut expliquer aux Français que la hausse du prix des hydrocarbures est inéluctable et que le pouvoir d’achat va en pâtir nécessairement. On veut faire la transition énergétique sans s’en donner les moyens.

Comme l’exprime l’ex-ministre socialiste de l’écologie Delphine Batho, « l’enjeu pour le gouvernement est de dépasser une vision de l’écologie qui serait seulement sectorielle ou tactique, liée à des équations électorales »**. On ne devient vraiment écolo que quand on a quitté le gouvernement ! Pour terminer de façon constructive, une petite citation : « Pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens. (Ivan Illich, énergie et équité, 1973) »  Le pouvoir d’achat des plus riches devrait bien sûr diminuer d’ici 2025 de façon bien plus rapide que celui des catégories qui peuvent encore s’acheter une petite voiture individuelle.

* LE MONDE du 24 août 2013, aux journées d’EELV le ministre de l’écologie a annoncé la création d’une « contribution climat énergie »

** LE MONDE du 22 août, Delphine Batho : « L’écologie n’est pas un enjeu sectoriel »

Bientôt un système d’autodéfense dans les campagnes

« Depuis quelques années, les larcins agricoles prennent de l’ampleur, surtout en périphérie des grandes agglomérations. Les gendarmeries sont mobilisées… sans grand effet ! Les réservoirs des tracteurs sont siphonnés, parfois c’est un coup de pioche dans le réservoir. Les câbles électriques en cuivre des travées d’irrigation, les piquets en fer des clôtures, les asperseurs, des morceaux de serre… disparaissent. Sans compter les animaux d’élevage, parfois dépecés sur place pour leur viande, les fruits et légumes dont des champs entiers sont pillés le temps d’une nuit. On vient saccager un travail pénible et peu rémunérateur, les paysans deviennent fous ! Alors on creuse des fossés, s’entoure de chiens, s’équipe de caméras de vidéosurveillance à infrarouge. Des rondes de surveillance nocturne s’organisent, un trufficulteur de la Drôme a abattu un voleur à coups de fusil à pompe. Quand l’alarme se déclenche quelque part en pleine nuit, les gars n’y vont pas avec un bâton. L’ambiance a bien changé dans les campagnes, jadis réputées accueillantes. Le Front national grimpe chez ces bosseurs qui ne supportent plus le laxisme. La République les a abandonnés à leur sort. »

Nous n’avons rien changé, ce sont les expressions exactes d’un article du MONDE*. Quand la misère dans les villes va exploser après le choc pétrolier tout proche, quand il n’y aura plus grand chose à manger dans les banlieues difficiles, des bandes vont saccager les campagnes. Il faudra être bien armé. C’est ce que pensent les survivalistes :

« D’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement… La concurrence pour des ressources de plus en plus rares sera féroce. On observe très bien, dans le cas d’effondrements d’Etats ou de révolutions, des comportements violents dont les gens ne se croyaient pas capables : massacre atroces, viols, pillages, enfants-soldats. Une arme à fort impact psychologique dissuasif est le fusil à pompe : le clic-clac caractéristique de celui-ci lorsqu’on charge une cartouche est généralement suffisant pour que les agresseurs se calment et quittent la zone. Un voleur de volaille s’est fait attraper et a été immédiatement jugé par le chef coutumier du village. Il a été lapidé. On ne plaisante pas avec la nourriture. C’est trop important. »**

* LE MONDE du 22 août 2013, Les agriculteurs exaspérés et démunis face aux vols sur leurs exploitations

** Survivre à l’effondrement économique de Piero San Giorgo (2011)

Le contre-modèle existe, l’écologie l’a rencontré

Le modèle économique actuel ne se préoccupe pas des lois de la biologie, de la chimie, de la physique, notamment de la thermodynamique. Ce modèle orthodoxe pose comme un dogme la substituabilité entre capital artificiel et capital naturel, c’est à dire qu’il considère qu’une quantité accrue d’équipements et de connaissances compensera naturellement la perte de capital naturel. Il considère que ce capital artificiel étayé par la science et la technique va résoudre tous les problèmes. Il ignore l’entropie, la non réversibilité de la transformation de l’énergie et de la matière. Il ne semble confronté à aucune limite écologique, alors qu’il est manifestement en train de buter sur le seuil des rendements décroissants : perte de fertilité des terres, épuisement des ressources naturelles, difficultés de poursuivre l’exploitation minière. Nous verrons bien, quand il n’y aura plus d’eau douce et de charbon, si nous pouvons boire et manger brevets ou machines.

Des contre-modèles existent, par exemple celui décrit par le Petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche.

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Ce blog édite un bimensuel électronique auquel vous pouvez vous abonner gratuitement. Il suffit d’envoyer un courriel à biosphere@ouvaton.org. Pour en donner un avant-goût, voici les numéros déjà parus en 2013 :

300 Tous les BIOSPHERE-INFO de 2012 (1er janvier 2013)

301 les livres écolos parus en 2012 (16 janvier 2013)

302 Merci la Terre, livre d’Alain HERVÉ (1er février 2013)

303 Panorama des BD écolos (16 février 2013)

304 Apparition de la bioéconomie (1er mars 2013)

305 Dissonance cognitive et écologie (16 mars 2013)

306 Ellul et la société technicienne (1er avril 2013)

307 Bonheur et décroissance (16 avril 2013)

308 Lanceurs d’alerte, la  citoyenneté ne se divise pas (1er mai 2013)

309 Carte carbone et rationnement de l’énergie (16 mai 2013)

310 Ecologie et publicité (1er juin 2013)

311 Hommage à René Dumont (16 juin 2013)

312 Ecologie et bicyclette (juillet-août 2013)

Manifeste convivialiste, déclaration d’interdépendance

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources matérielles et de compétences techniques et scientifiques. Personne ne peut croire que cette accumulation de puissance puisse se poursuivre indéfiniment. Des menaces entropique et anthropiques nous assaillent : comment faire obstacle à la puissance potentiellement auto-destructrice sur les hommes et sur la nature ? Comment gérer la violence entre les êtres humains ?

Les initiatives qui vont dans le sens d’une alternative à l’organisation actuelle du monde sont innombrables, portées par des dizaines de milliers d’organisations ou d’associations, et par des dizaines ou des centaines de millions de personnes.  Elles se présentent sous des formes infiniment variées : coopératives de production ou de consommation, mutualisme, monnaies parallèles ou complémentaires, mouvements slow food, slow town, slow science, éloge de la Pachamama, mouvements de la sobriété volontaire, de l’abondance frugale, nouvelles pensées des communs, etc. Il est décisif de regrouper leurs énergies, d’où l’importance de souligner ce qu’elles ont en commun. Ce qu’elles ont en commun, c’est la recherche d’un convivialisme, d’un art de vivre ensemble (con-vivere) qui permette aux humains de prendre soin les uns des autres et de la Nature.

Considérations morales

Ce qu’il est permis à chaque individu d’espérer c’est de se voir reconnaître une égale dignité avec tous les autres êtres humains, d’accéder aux conditions matérielles suffisantes pour mener à bien sa conception de la vie bonne, dans le respect des conceptions des autres. Ce qui lui est interdit c’est de basculer dans la démesure (l’hubris des Grecs), i.e. de violer le principe de commune humanité et de mettre en danger la commune socialité. Concrètement, le devoir de chacun est de lutter contre la corruption.

Considérations écologiques

L’Homme ne peut plus se considérer comme possesseur et maître de la Nature. Posant que loin de s’y opposer il en fait partie, il doit retrouver avec elle, au moins métaphoriquement, une relation de don/contredon. Pour laisser aux générations futures un patrimoine naturel préservé, il doit donc rendre à la Nature autant ou plus qu’il ne lui prend ou en reçoit.

Considérations économiques

Il n’y a pas de corrélation avérée entre richesse monétaire ou matérielle, d’une part, et bonheur ou bien-être, de l’autre. L’état écologique de la planète rend nécessaire de rechercher toutes les formes possibles d’une prospérité sans croissance. Il est nécessaire pour cela, dans une visée d’économie plurielle, d’instaurer un équilibre entre Marché, économie publique et économie de type associatif (sociale et solidaire), selon que les biens ou les services à produire sont individuels, collectifs ou communs.

Considérations politiques

Les États légitimes garantissent à tous leurs citoyens les plus pauvres un minimum de ressources qui les tienne à l’abri de l’abjection de la misère, et interdisent progressivement aux plus riches, via l’instauration d’un revenu maximum, de basculer dans l’abjection de l’extrême richesse en dépassant un niveau qui rendrait inopérants les principes de commune humanité et de commune socialité.

Que faire ?

La traduction du convivialisme en réponses concrètes doit bâtir une alternative qui cessera de vouloir faire croire que la croissance économique à l’infini pourrait être encore la réponse à tous nos maux. Toute politique convivialiste concrète devra nécessairement prendre en compte :

– l’impératif de la justice et de la commune socialité, qui implique la résorption des inégalités vertigineuses qui ont explosé partout dans le monde entre les plus riches et le reste de la population depuis les années 1970.

– le souci de donner vie aux territoires et aux localités, et donc de reterritorialiser et de relocaliser ce que la mondialisation a trop externalisé.

– l’absolue nécessité de préserver l’environnement et les ressources naturelles.

– l’obligation impérieuse de faire disparaître le chômage et d’offrir à chacun une fonction et un rôle reconnus dans des activités utiles à la société.

Ce texte est un abrégé du Manifeste convivialiste, publié le 14 juin 2013 aux éditions Le Bord de l’eau (40 p, 5 €). Les lecteurs qui se sentiront en accord avec les principes qu’il expose peuvent déclarer leur soutien à l’adresse Internet suivante : http://lesconvivialistes.fr ou https://www.facebook.com/LesConvivialistes.

Source : http://www.reporterre.net/spip.php?article4356

Nous allons boire le pétrole jusqu’à la dernière goutte

Tout un chapitre de la Constitution Équatorienne de 2008 est dédié aux droits de la Nature ; son article 71 dispose que la « Nature ou Pacha Mama, où se reproduit et réalise la vie, a le droit à ce que soient intégralement respectés son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses  fonctions et ses processus évolutifs. Toute personne, communauté, peuple ou nationalité pourra exiger à l’autorité publique, l’accomplissement des droits de la nature. » Or le président de l’Equateur, Rafael Correa, a demandé au Congrès le jeudi 15 août 2013 l’autorisation d’exploiter le pétrole dans une importante réserve écologique du Parc Yasuni.

Le Parc Yasuni est une forêt tropicale humide avec la plus grande biodiversité par kilomètre carré de toute l’Amazonie. Environ 11 000 indigènes quichuas et huaorani vivent dans ce parc. En 2007, Rafael Correa avait proposé à l’ONU de ne pas exploiter ce pétrole en échange d’une compensation de 3,6 milliards de dollars à titre de contribution pour la lutte contre le réchauffement climatique. L’Equateur n’a obtenu qu’à peine 13,3 millions de dollars. Rafael Correa en conclut : « Avec une profonde tristesse, mais aussi avec une absolue responsabilité envers notre peuple et envers l’histoire, j’ai été obligé de prendre une des décisions les plus difficiles de tout mon gouvernement. »*

Nous allons boire le pétrole jusqu’à la dernière goutte, manger les forêts et vider les océans. Nos générations futures auront en échange le réchauffement climatique, l’absence de ressources fossiles, une terre soumise à la désertification et beaucoup trop d’armes dont ils se serviront à foison. Dans un livre prémonitoire de 1979, Vivre sans pétrole, J.A. GREGOIRE s’exclamait : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! »

* Le Monde.fr avec AFP | 16.08.2013, L’Equateur se résout à exploiter le pétrole du parc Yasuni

Comment le gouvernement actuel envisage l’avenir en 2025

Pendant l’été, les ministres devaient plancher sur la France telle qu’elle serait en 2025. Rien de neuf, que du réchauffé : réindustrialisation, dynamique du progrès technique, société numérique, économie dématérialisée, essor des « nouvelles technologies ». L’indigence de ces invocations aux « nouvelles technologies », fétiche à l’usage des néo-obscurantistes du scientisme, est simplement pathétique. La réalité sera bien différente.

En 2025,  ce qu’a construit la société thermo-industrielle en deux siècles sera complètement modifié : descente énergétique dont tous les systèmes sophistiqués basés sur l’électricité à bas coût seront les premières victimes (l’électronique), restriction drastique des importations de pétrole et donc de leur consommation, explosion des prix et du chômage, désarroi croissant de l’Etat central. La synergie des crises alimentaires, énergétiques, climatiques et démographiques va entraîner une dégradation rapide et brutale du niveau de vie à l’occidentale. Des gens bien informés nous avertissent :

« La puissance publique continue de concevoir des plans pour l’avenir qui supposent de mettre le bateau sous spi quand l’ouragan arrive. Nous fonçons droit sur la crise massive par manque de ressources environnementales… Sur le plan de l’énergie et des ressources naturelles, tous nos grands élus sont à peu près aussi nuls les uns que les autres, à quelques rares exceptions près. Pour en avoir lu et écouté un certain nombre, la note moyenne que nous leur donnerions ne dépasserait pas 2 ou 3 sur 20… Il est plus que jamais stratégique de rendre imaginable la catastrophe annoncée afin de l’éviter. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. Une interruption soudaine de l’approvisionnement en gaz russe supprimerait 15 % de l’électricité européenne et nous ferait courir des risques perpétuels de black-out… Rappelons que la production mondiale mesurée par le PIB a été multipliée par presque 9 de 1950 à 2008 et que cela est parti pour s’inverser dans moins d’une génération, peut-être d’ici à cinq ans ! »*

* C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici Jean-Marc et Grandjean Alain (Seuil, 2009)

Comment le gouvernement actuel envisage l’avenir en 2025

Pendant l’été, les ministres devaient plancher sur la France telle qu’elle serait en 2025. Rien de neuf, que du réchauffé : réindustrialisation, dynamique du progrès technique, société numérique, économie dématérialisée, essor des « nouvelles technologies ». L’indigence de ces invocations aux « nouvelles technologies », fétiche à l’usage des néo-obscurantistes du scientisme, est simplement pathétique. La réalité sera bien différente.

En 2025,  ce qu’a construit la société thermo-industrielle en deux siècles sera complètement modifié : descente énergétique dont tous les systèmes sophistiqués basés sur l’électricité à bas coût seront les premières victimes (l’électronique), restriction drastique des importations de pétrole et donc de leur consommation, explosion des prix et du chômage, désarroi croissant de l’Etat central. La synergie des crises alimentaires, énergétiques, climatiques et démographiques va entraîner une dégradation rapide et brutale du niveau de vie à l’occidentale. Des gens bien informés nous avertissent :

« La puissance publique continue de concevoir des plans pour l’avenir qui supposent de mettre le bateau sous spi quand l’ouragan arrive. Nous fonçons droit sur la crise massive par manque de ressources environnementales… Sur le plan de l’énergie et des ressources naturelles, tous nos grands élus sont à peu près aussi nuls les uns que les autres, à quelques rares exceptions près. Pour en avoir lu et écouté un certain nombre, la note moyenne que nous leur donnerions ne dépasserait pas 2 ou 3 sur 20… Il est plus que jamais stratégique de rendre imaginable la catastrophe annoncée afin de l’éviter. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. Une interruption soudaine de l’approvisionnement en gaz russe supprimerait 15 % de l’électricité européenne et nous ferait courir des risques perpétuels de black-out… Rappelons que la production mondiale mesurée par le PIB a été multipliée par presque 9 de 1950 à 2008 et que cela est parti pour s’inverser dans moins d’une génération, peut-être d’ici à cinq ans ! »*

* C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici Jean-Marc et Grandjean Alain (Seuil, 2009)

La chasse aux étrangers et immigrés a commencé

Les conflits d’espace vital et de ressources auront, dans les décennies à venir, des effets radicaux sur la forme que prendront les sociétés occidentales. Cela commence déjà. Illustrations !

Au Royaume-Uni, le premier ministre David Cameron s’est engagé à réduire l’afflux de migrants extra-communautaires. Une campagne de publicité, baptisée « Go Home », incite les illégaux à rentrer chez eux sous peine d’arrestation et de déportation. En Grèce, des hommes végètent derrière de hautes grilles surmontées de fils barbelés. Ce pays a été condamné onze fois en trois ans par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions de rétention des migrants, traités comme des criminels. En Russie l’opposant à Poutine, Alexei Navalny, veut enrayer l’immigration illégale et propose d’inciter les Russes à prendre les emplois tenus par les immigrés. Objet de la détestation populaire, les immigrés subissent même des raids punitifs de milices nationalistes. En Egypte, des inconnus tracent des croix sur les rideaux de fer des échoppes chrétiennes et des « Allah Akbar » sur les musulmanes. Plus tard des boutiques seront pillées et incendiées. En Corse, le président du conseil exécutif propose de limiter l’accès à la propriété pour les non-résidents. Cette suggestion trouve un large écho au sein de la population corse. Tous ces éléments sont issues d’un seul numéro du quotidien de référence*.

Il se pourrait qu’un jour le modèle occidental, avec toutes ses conquêtes en matière de démocratie, de libertés, de tolérance, de créations artistiques, apparaisse aux yeux d’un historien du XXIIe siècle comme un vestige incongru. Si du moins il y a encore des historiens au XXIIe siècle. Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins  évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. La violence a toujours été une option de l’action humaine. Quand des hommes interprètent des problèmes comme menaçants leur propre existence, ils tendent à prendre des solutions radicales, telles qu’ils n’y avaient jamais pensé avant. Une fois un conflit défini comme opposant des groupes « nous » et « eux » comme des catégories différentes, les solutions de conciliation deviennent impensables, et cela a pour effet que ces conflits sont partis pour durer, en tout cas jusqu’à ce qu’un côté ait vaincu l’autre. Le fait de faire de groupes humains des catégories distinctes aboutit régulièrement au meurtre. Quelle sera la réaction d’un Etat le jour où augmentera le nombre de réfugiés chassés par leur environnement et où ils causeront aux frontières des problèmes massifs de sécurité ?**

* LE MONDE du 13 août 2013

** Harald Welzer, Les guerres du climat (Gallimard, 2009)

Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB

La croissance est partout, même au Bhoutan. Ce petit pays, adepte du bonheur national brut, possède un jeune roi qui préfère marcher pour se rendre dans les hameaux isolés plutôt que se déplacer en hélicoptère. Mais il y est accueilli avec des boissons américaines, Fanta ou Coca-Cola, plutôt qu’avec la boisson locale, l’ara*. Ecrasé par le poids de sa dette, le Bhoutan dépend aussi de l’assistance financière indienne qui manipule le cours du gaz importé et exploite des centrales surpuissantes le long des fleuves bhoutanais. La réalité de la croissance économique fait peu de cas du bonheur national brut.

La croissance est partout, surtout en Chine. Les journalistes du MONDE** sont dithyrambiques : « Ce pays pourrait bénéficier d’une croissance du PIB de 7,5 % en 2013… Il a profité d’un regain de la demande extérieure et d’un rebond de la demande intérieure… Bons résultats des ventes au détail et des ventes de véhicules individuels… Bonne nouvelle, la production industrielle progresse de 9,7 %… » Si l’article se termine sur le mode dubitatif sur le rythme futur de cette croissance, il ne remet nullement en question l’idée même de croissance.

Or nous savons que le Produit intérieur brut n’a rien à voir avec le Bonheur national brut. Nous savons que la mondialisation des échanges commerciaux est source de déséquilibres durables. Nous savons que la course à la consommation est une course à l’abîme. Nous savons que la multiplication des véhicules individuels est une aberration à l’heure où le pétrole se raréfie. Nous savons que la production industrielle globale ne dit rien de l’utilité réelle de cette production. Nous savons aussi que l’appétit gargantuesque de la Chine pour les ressources naturelles qui contribue à leur raréfaction sera source de conflits entre nations. Nous savons que la croissance économique de la Chine s’accompagne d’un bilan écologique désastreux. Tout cela, les journalistes Alain Faujas et Brice Pedroletti font semblant de l’ignorer. Leur article d’éloge de la croissance n’est pas un bon article. Mais il est significatif d’une société globalisée qui a oublié le sens des limites en répétant constamment : « croissance, croissance, croissance. » D’ailleurs le président français François Hollande ne s’exprime pas autrement !

* LE MONDE du 9 août 2013, L’Elvis du Bhoutan décoiffe la monarchie

** LE MONDE du 11-12 août 2013, L’économie chinoise montre des signes de rebond

Journaliste = poser les limites des gens au pouvoir

Edward Snowden, le « lanceur d’alerte » à l’origine des révélations sur la surveillance des communications menée en secret par les Etats-Unis, avait confié ses documents à Glenn Greenwald. Cet Américain se voit autant comme un « activiste » que comme un « journaliste ». Ses prises de position radicales et ses billets souvent longs et enflammés sur son blog lui ont valu des critiques, y compris de ses pairs, qui ont parfois contesté son travail journalistique. Glenn Greenwald précise : « Pour moi, le journalisme, c’est deux choses : rassembler des faits sur ce que font les gens au pouvoir, mais aussi leur poser une limite. Je pense que j’ai rempli ces deux critères dans mes articles sur la NSA. C’est peut-être de l’activisme, mais c’est aussi du journalisme… Pour moi, la différence n’est pas entre les journalistes qui défendent leur opinion et ceux qui ne le font pas, mais entre les journalistes honnêtes par rapport à leurs positions politiques et ceux qui mentent. Je n’accepte pas ce journalisme où l’on est censé ne pas avoir un certain point de vue sur le monde. » Pas très étonnant qu’Edward Snowden se soit tourné vers lui, il savait que Glenn Greenwald considérait la NSA et la surveillance en général comme néfastes et l’attitude trop respectueuse des médias américains vis-à-vis du pouvoir.*

Cette position, LE MONDE la faite sienne : « L’affaire Snowden n’en finit pas de réveiller le traumatisme du 11 septembre 2001. Et de démontrer l’érosion des libertés publiques qui a accompagné la politique antiterroriste, aux Etats-Unis, mais également en Europe… Le président américain n’a en rien annoncé un démantèlement du programme Prism de la NSA (National Security Agency), grâce auquel des masses énormes de métadonnées sont passées au peigne fin… L’évolution de Barack Obama est spectaculaire. Brillant théoricien de la « guerre juste » devant le comité Nobel, il s’est révélé grand praticien des guerres secrètes : le recours abondant aux drones et les écoutes électroniques mondiales… La DGSE française dispose d’un programme de surveillance similaire à celui de la NSA… Les démocraties perdent la bataille si elles sacrifient l’exigence de garde-fous solides, sanctuarisant la liberté de chacun de communiquer sans avoir la crainte d’être surveillé pour des raisons opaques. Ce sont ces garanties qui distinguent les démocraties des régimes autoritaires… »**

Obama a cependant rendu un paradoxal hommage en creux à Snowden. Tout en lui récusant toute circonstance atténuante – non, il « n’est pas un lanceur d’alerte », et non, son acte n’a rien de « patriotique » – il a dû convenir que « ses révélations ont déclenché beaucoup plus rapidement la réponse » à l’enjeu d’un meilleur contrôle des écoutes.*** Edward Snowden mérite un hommage à part entière, dénoncer le manque de transparence du pouvoir en place renforce forcément le processus démocratique. Glenn Greenwald est un journaliste véritable que nous voudrions voir plus nombreux au sein de la rédaction du MONDE ! Pour en savoir plus, lire l’à propos de ce blog

* LE MONDE du 10 août 2013, Glenn Greenwald, le blogueur derrière les révélations sur les écoutes de la NSA

** Edito du « ’MONDE : Guantanamo et Prism, perversions de l’antiterrorisme

*** LE MONDE du 11 août 2013, Renseignement : Obama promet de mieux respecter les libertés

Les tours à la conquête du ciel, signe de notre déclin

La tour de Babel s’est effondrée, les tours jumelles sont tombées le 11 septembre 2001. Mumford le disait, just glass-and-metal filing cabinets. Les gratte-ciel sont à l’image de notre démesure, c’est la perte du sens des limites qui signera notre perte.

Pourtant la critique des immeubles qui veulent se faire plus grand que la raison humaine est rare. C’est pourquoi un article du MONDE** mérite d’être signalé : « Shanghai Tower atteindra 632 mètres… La tour de l’assureur Ping An, à Shenzhen atteindra les 660 mètres de hauteur… Toutes les autres villes chinoises veulent la leur… Démonstration de mégalomanie, le milliardaire Zhang Yue envisage de construire la plus haute tour du monde à 838 mètres… Auteur de recherches sur la corrélation historique entre la course vers le ciel et l’avènement des grandes crises, Mark Thornton, économiste à l’institut Mises à Auburn (Etats-Unis), prévient : « La construction des gratte-ciel est un événement précurseur et le signe des troubles économiques d’une région. L’Empire State Building et la tour Chrysler, inaugurés à New York alors que l’Amérique sombrait dans la Grande Dépression, ou les tours jumelles Petronas à Kuala Lumpur achevées après la crise financière de 1997 en Asie du Sud-Est en portent le témoignage… Les tours les plus élevées sont un syndrome d’économies coupées de la réalité. Les gratte-ciel sont juste un symptôme de politiques économiques extravagantes de la part d’un gouvernement… » On veut une tour qui en jette au moment même où la croissance se ralentit en Asie.

« Les villes deviennent si grandes et les forêts si petites. Les gratte-ciel de Manhattan sont trop immenses et rendent l’homme trop petit. »*

* LE MONDE du 4-5 août 2013, les villes chinoises veulent toutes leurs gratte-ciel géants

** Fatu Hiva, le retour à la nature de Thor Heyerdahl (1974, traduction française 1976, éditions du Pacifique)