Mois : juin 2015

Le Sénat contre le droit de mourir dans la dignité

Le Sénat avait vidé de son contenu la loi « fin de vie ». Voici quelques éléments de réflexion exprimés par l’ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité)

Le parcours législatif de la proposition de loi Leonetti/Claeys sur la fin de vie tourne au fiasco…
Depuis son élaboration, en passant par la trahison de l’engagement 21 et maintenant son naufrage au Sénat : le parcours de la proposition de loi sur la fin de vie frôle le désastre.
Pourquoi le Sénat a rejeté la proposition de loi ? Que devons-nous en penser ?
CLIQUEZ ICI

«Aide au suicide» et justice française : la grande hypocrisie…
Le suicide n’est ni un crime ni un délit et l’«aide au suicide» n’existe pas en droit pénal. Alors comment la justice en arrive-t-elle à poursuivre Jean Mercier, 87 ans, qui a aidé sa femme en fin de vie à mourir ?
Françoise Rollin, juriste de l’ADMD, nous apporte des éléments de réponse.
CLIQUEZ ICI

Quatre livres indispensables sur le droit de mourir dans la dignité !
Ces derniers mois, de nombreux livres sont parus sur le sujet de la fin de vie. L’ADMD en a séléctionné quatre qui vous permettront de poursuivre votre réflexion pendant la période estivale.
CLIQUEZ ICI

ADMD 50, rue de Chabrol 75010 Paris
Services administratifs : 01.48.00.04.16
ADMD-Ecoute : 01.48.00.04.92
Fichier national des directives anticipées : 01.48.00.09.89

Le Sénat contre le droit de mourir dans la dignité

Le Sénat avait vidé de son contenu la loi « fin de vie ». Voici quelques éléments de réflexion exprimés par l’ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité)

Le parcours législatif de la proposition de loi Leonetti/Claeys sur la fin de vie tourne au fiasco…
Depuis son élaboration, en passant par la trahison de l’engagement 21 et maintenant son naufrage au Sénat : le parcours de la proposition de loi sur la fin de vie frôle le désastre.
Pourquoi le Sénat a rejeté la proposition de loi ? Que devons-nous en penser ?
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«Aide au suicide» et justice française : la grande hypocrisie…
Le suicide n’est ni un crime ni un délit et l’«aide au suicide» n’existe pas en droit pénal. Alors comment la justice en arrive-t-elle à poursuivre Jean Mercier, 87 ans, qui a aidé sa femme en fin de vie à mourir ?
Françoise Rollin, juriste de l’ADMD, nous apporte des éléments de réponse.
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Ces derniers mois, de nombreux livres sont parus sur le sujet de la fin de vie. L’ADMD en a séléctionné quatre qui vous permettront de poursuivre votre réflexion pendant la période estivale.
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Le pape François, l’encyclique et la démographie

Nombreux sont ceux, même parmi les non croyants, qui se réjouissent de la prise de position du pape en faveur de protection la nature à l’occasion de la publication de l’encyclique Laudato si. Il était temps en effet qu’une autorité morale du plus haut niveau rappelle aux hommes la gravité des menaces qui pèsent sur notre monde et la responsabilité qui est la leur. Quelques mois avant la tenue des négociations sur le climat (COP 21) cela ne pouvait mieux tomber.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pape s’exprime sur le temporel et un tel message est bienvenu tant ce temporel-là renvoie à une question morale. Comment nous comportons-nous avec la nature, avec le monde, avec la « maison commune »  pour reprendre les mots mêmes du pape (1) ? On ne peut donc qu’applaudir une telle initiative, même si parfois il ressort des propos de François un certain anthropocentrisme qui appuierait la nécessaire protection  de  la nature sur les besoins des hommes et non sur un respect intrinsèque dû à l’ensemble du vivant, démarche plus utilitariste que morale, hélas partagée par nombre d’écologistes.

Toutefois, si le courage et le modernisme du pape sont incontestables, sa position sur la démographie reste absolument conventionnelle et fait bon marché des contraintes écologiques au profit de la défense séculaire d’un natalisme militant. Alors qu’au cours du dernier siècle le monde a multiplié ses effectifs par quatre, alors qu’au cours des 45 dernières années ce sont 50 % des vertébrés qui ont disparu (2) du fait de notre envahissement de tous les territoires, alors que les océans se vident à grande vitesse, alors qu’un continent, l’Afrique, voit nombre de ses efforts de développement obérés par une croissance démographique encore non maîtrisée (au cours du 20ème siècle l’Afrique devrait passer de 1 à 4 milliards d’habitants), voici ce que dit le pape François de la question (chapitre 50 de son encyclique Laudato si)

« Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “ santé reproductive ”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ». Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes ».

Le pape offre là une douche froide à tous ceux chez qui était né l’espoir que l’Eglise Catholique s’oriente vers une position plus raisonnable en matière de contrôle de la fécondité. Espoir né en janvier dernier suite à ses déclarations lors d’un voyage aux Philippines. A cette occasion François avait en effet affirmé qu’il n’était pas nécessaire de se reproduire comme des lapins pour être de bons catholiques. Il avait également  réprimandé une femme enceinte déjà mère de nombreux enfants. Las, de toute évidence cette remarque visait à éviter les situations personnelles difficiles mais elle n’indiquait en aucun cas une prise de conscience des limites écologiques à l’explosion démographiques.

François signe là aussi une assez grande méconnaissance du problème. Une méconnaissance du problème écologique proprement dit (mais où le pape mettra-t-il toutes les autres créatures de Dieu si l’Homme augmente encore ses effectifs ? Jésus n’a pas multiplié les mètres carrés, même dans les écritures). Mais aussi méconnaissance des propos des antinatalistes. Dans leur grande majorité, ceux-ci sont profondément écologistes. Ils ne se contentent pas « seulement de proposer une réduction de la natalité », ils affirment que c’est une condition nécessaire bien que non suffisante. Ils regrettent qu’elle soit si souvent passée sous silence mais ils savent aussi qu’elle s’insère dans un ensemble de problèmes encore plus vaste qui est celui de notre rapport à la nature. Caricaturer ainsi leur propos n’est pas très juste et ne fait pas avancer la prise de conscience.

Rien au contraire  « n’indique que la croissance démographique soit pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire » Et surtout elle est clairement incompatible avec la protection de la nature qui est pourtant l’objet de cette encyclique.

Plusieurs personnalités ont répondu à cette prise de position du pape François (…) Pour connaître la suite, aller à la source de ce texte :

http://economiedurable.over-blog.com/2018/06/le-pape-l-encyclique-et-la-demographie.html

Le pape François, l’encyclique et la démographie

Nombreux sont ceux, même parmi les non croyants, qui se réjouissent de la prise de position du pape en faveur de protection la nature à l’occasion de la publication de l’encyclique Laudato si. Il était temps en effet qu’une autorité morale du plus haut niveau rappelle aux hommes la gravité des menaces qui pèsent sur notre monde et la responsabilité qui est la leur. Quelques mois avant la tenue des négociations sur le climat (COP 21) cela ne pouvait mieux tomber.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pape s’exprime sur le temporel et un tel message est bienvenu tant ce temporel-là renvoie à une question morale. Comment nous comportons-nous avec la nature, avec le monde, avec la « maison commune »  pour reprendre les mots mêmes du pape (1) ? On ne peut donc qu’applaudir une telle initiative, même si parfois il ressort des propos de François un certain anthropocentrisme qui appuierait la nécessaire protection  de  la nature sur les besoins des hommes et non sur un respect intrinsèque dû à l’ensemble du vivant, démarche plus utilitariste que morale, hélas partagée par nombre d’écologistes.

Toutefois, si le courage et le modernisme du pape sont incontestables, sa position sur la démographie reste absolument conventionnelle et fait bon marché des contraintes écologiques au profit de la défense séculaire d’un natalisme militant. Alors qu’au cours du dernier siècle le monde a multiplié ses effectifs par quatre, alors qu’au cours des 45 dernières années ce sont 50 % des vertébrés qui ont disparu (2) du fait de notre envahissement de tous les territoires, alors que les océans se vident à grande vitesse, alors qu’un continent, l’Afrique, voit nombre de ses efforts de développement obérés par une croissance démographique encore non maîtrisée (au cours du 20ème siècle l’Afrique devrait passer de 1 à 4 milliards d’habitants), voici ce que dit le pape François de la question (chapitre 50 de son encyclique Laudato si)

« Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “ santé reproductive ”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ». Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes ».

Le pape offre là une douche froide à tous ceux chez qui était né l’espoir que l’Eglise Catholique s’oriente vers une position plus raisonnable en matière de contrôle de la fécondité. Espoir né en janvier dernier suite à ses déclarations lors d’un voyage aux Philippines. A cette occasion François avait en effet affirmé qu’il n’était pas nécessaire de se reproduire comme des lapins pour être de bons catholiques. Il avait également  réprimandé une femme enceinte déjà mère de nombreux enfants. Las, de toute évidence cette remarque visait à éviter les situations personnelles difficiles mais elle n’indiquait en aucun cas une prise de conscience des limites écologiques à l’explosion démographiques.

François signe là aussi une assez grande méconnaissance du problème. Une méconnaissance du problème écologique proprement dit (mais où le pape mettra-t-il toutes les autres créatures de Dieu si l’Homme augmente encore ses effectifs ? Jésus n’a pas multiplié les mètres carrés, même dans les écritures). Mais aussi méconnaissance des propos des antinatalistes. Dans leur grande majorité, ceux-ci sont profondément écologistes. Ils ne se contentent pas « seulement de proposer une réduction de la natalité », ils affirment que c’est une condition nécessaire bien que non suffisante. Ils regrettent qu’elle soit si souvent passée sous silence mais ils savent aussi qu’elle s’insère dans un ensemble de problèmes encore plus vaste qui est celui de notre rapport à la nature. Caricaturer ainsi leur propos n’est pas très juste et ne fait pas avancer la prise de conscience.

Rien au contraire  « n’indique que la croissance démographique soit pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire » Et surtout elle est clairement incompatible avec la protection de la nature qui est pourtant l’objet de cette encyclique.

Plusieurs personnalités ont répondu à cette prise de position du pape François (…) Pour connaître la suite, aller à la source de ce texte :

http://economiedurable.over-blog.com/2018/06/le-pape-l-encyclique-et-la-demographie.html

L’animal humain qui veut la mort des autres espèces

La biodiversité s’érode sous la pression des hommes sur les habitats ou par introduction d’espèces invasives. Au moins 130 000 espèces animales auraient déjà disparu. Depuis le XVIIIe siècle, environ 7 % de l’ensemble des espèces animales terrestres, plus de cent fois le rythme « naturel » des extinctions d’espèces. C’est suffisant pour parler d’une « sixième extinction ». S’en tenir à la Liste rouge de l’UICN conduit à sous-estimer considérablement le rythme d’extinction des espèces*. Dès fois je doute de l’utilité de l’existence de notre espèce sur cette planète… Il est vrai que les humains préfèrent s’intéresser à la « pub sans retouche pour montrer que la cellulite n’empêche pas d’être sexy sur la plage » ou à « Courtney Love prise à parti par les taxis grévistes ». Par contre sur ce blog nous parlons de 6ème extinction depuis 2005 :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2005/02/02/2005_02_la_biodiversit_/
… Selon l’Union mondiale pour la nature, 12 à 52 % des espèces actuelles seraient menacées. Le manque de précision provient des lacunes de l’inventaire des espèces, mais on peut déjà penser à une sixième extinction (la dernière a vu la disparition des dinosaures il y a 85 millions d’années) et cette fois l’activité humaine en est presque le seul et unique responsable…

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2010/05/26/la-sixieme-extinction/
… Comment combattre la perte de biodiversité, 6ème extinction des espèces, quand on ne connaît pas la signification du mot biodiversité ? Selon un sondage récent, 79 % des Français déclarent avoir « entendu parler » de biodiversité, mais seuls 23 % en connaissent la signification (LeMonde du 25 mai 2010). En cette année mondiale de la biodiversité, y’a un manque ! …

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/11/14/anthropocene-anthropocentrisme-anthropisation%E2%80%A6-extinction-des-especes/
… Plus d’un oiseau sur huit, plus d’un mammifère sur cinq, plus d’une espèce de conifère sur quatre, un amphibien sur trois sont menacés d’extinction… dans l’indifférence générale. Pourquoi ? La Liste rouge de l’UICN* ne donne lieu qu’à 2/3 de page sur LE MONDE**. Pourtant dans le même numéro, le contre-budget de la gauche prend une page entière et une vague affaire de 1997 presque une page. LE MONDE est orienté surtout vers l’événementiel des petites affaires humaines, pas sur les débats de fond. Ainsi va la vie, humain, trop humain ! Il n’y a que le nombril de l’Homme qui intéresse…

* LE MONDE du 27 juin 2015, 130 000 espèces animales auraient déjà disparu

Technologos : résistons à la démesure technicienne

Les prochains ateliers d’été de Technologos se dérouleront les 17-19 juillet à Notre-Dame-des-Landes sur le thème de l’État. Quel est le rapport entre l’idéologie technicienne et l’État et pourquoi organiser là-bas ces rencontres ? Au fil du temps, l’État s’est transformé en une « machine » gigantesque et complexe, dotée d’une multiplicité de services interconnectés et recourant à une multiplicité de techniques organisationnelles et de propagande. Une majorité d’humains attendent de lui toutes sortes de solutions à leurs problèmes, tant en matière de santé, d’enseignement et d’économie que dans les domaines des transports ou de la recherche scientifique : l’État joue très exactement le rôle que jouait la providence avant que nos sociétés ne se sécularisent. Au détriment de la démocratie – mais avec pourtant l’assentiment général – une myriade d’experts et de conseillers techniques prennent l’État en main, le considérant comme une « affaire à gérer ». Les « chefs » d’État, dont les médias entretiennent l’image de leaders prenant des décisions réfléchies et efficaces et maîtrisant tous les circuits, sont en réalité dépassés. Non pas parce que l’État est devenu technocratique, comme on l’entend parfois dire, mais parce que la société toute entière est technicienne (… et non post-industrielle, terme qui ne veut strictement rien dire). Dans ce contexte, « l’impuissance de l’homme politique est voilée par la puissance et l’efficacité des moyens d’action qui interviennent toujours plus profondément dans la vie quotidienne. Fût-il dictateur, il n’en a finalement aucune maîtrise. Réciproquement paraît l’illusion du citoyen qui, vivant encore sur l’idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques, croit pouvoir contrôler et orienter le cours des choses » (Ellul, L’illusion politique, 1965).

Tout au long du XXe siècle, la plupart des intellectuels se sont polarisés sur l’antagonisme entre le capitalisme et le communisme, sans réaliser que ces deux systèmes s’appuyaient sur une même base, le productivisme, lui-même boosté par l’idéal du progrès technique et validé par les États, quelle que soit leur coloration politique. Aujourd’hui encore, qui est prêt à reconnaître que le communisme n’a été qu’un capitalisme d’État ? Et qui veut bien admettre, y compris dans les sphères militantes, que le capitalisme (au sens usuel du terme) ne serait rien, ou bien peu de chose, sans, d’une part la fascination exercée par la high tech et les grands groupes qui la génèrent (Apple, Google, Facebook, etc…); sans d’autre part le pouvoir de légitimation de ces sociétés par l’État ? La synergie entre Technique et État a beau être considérable et déterminante, ses fondements ne sont pour ainsi dire jamais analysés. Les esprits keynésiens, qui voient dans l’État une voie de régulation du capitalisme, et même les militants anti-capitalistes peuvent-ils saisir un jour que le capitalisme n’est pas tant le problème que le « mariage sacré » État-Technique, qui le stimule toujours plus ? C’est tout l’effort que nous déployons dans notre association. Faut-il pour autant diaboliser l’État et vouloir le dissoudre, comme bon nombre d’ultra-libéraux et d’anarchistes, chacun de leurs côtés, en rêvent ? C’est en revanche un pas que nous ne voulons pas franchir, tant les problèmes nous semblent beaucoup trop ancrés dans les consciences pour pouvoir rechercher dans l’immédiat des solutions en termes institutionnels.

Quoi qu’il en soit, ces questions ne peuvent trouver de réponses solides que dès lors qu’est reconnu un fait majeur : les chefs d’État reçoivent dans leurs palais les magnats de la high tech et mettent en place avec eux toutes sortes de « grands projets » pour la raison que, comme tant d’autres, ils sont subjugués par les technologies, inféodés à l’idéologie technicienne et totalement inconscients de l’être. Au final, les consortiums États-entreprises s’avèrent extrêmement onéreux (constituant l’une des causes majeures de la dette publique), contre-productifs, voire inutiles et parfois même ultra-dangereux et nuisibles, comme l’ont démontré les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Dans l’immédiat, bien peu semblent prêts à tirer les enseignements ultimes de ces tragédies, tant l’idéologie technicienne anesthésie les esprits. Dans notre association, nous œuvrons pour que celle-ci soit enfin reconnue comme telle, condition indispensable pour qu’elle soit un jour jugulée.

Le projet d’aéroport international du Grand Ouest étant actuellement le plus médiatisé de ces « grands travaux imposés et inutiles » en raison de la résistance citoyenne qu’il suscite, il était naturel que Technologos soit invité un jour dans la ZAD. Chacun peut s’y inscrire mais, attention ! les places sont limitées et les inscriptions closes au 7 juillet.
Résister à la démesure technicienne par les idées et par les actes
ateliers d’été de Technologos
17-19 juillet 2015, Université autonome autogérée du Haut-Fay
Programme détaillé et inscriptions :
http://www.technologos.fr/textes/ateliers_d_ete_2015.php

NB : Fondée en 2012, Technologos est une association militante dont l’objectif est d’organiser un vaste débat public sur la place que prend la technique dans nos quotidiens. Autrefois – et pendant des siècles – simple prolongement du corps, la technique a progressivement changé de statut : elle qui n’était qu’un ensemble de moyens permettant de parvenir à des fins constitue désormais une finalité à part entière, une promesse de bonheur, une idéologie en bonne et due forme. De fait, tout laisse à penser qu’elle représente « la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace », pour reprendre la célèbre formule de Jacques Ellul. Or, malgré les technoprophéties des transhumanistes, cette idéologie s’exprime rarement au travers de textes manifestes, comme c’était par exemple le cas au XIXème siècle avec le scientisme : elle est subliminale, fortement ancrée dans l’inconscient collectif.
La plupart des humains considèrent en effet les techniques comme « neutres », « ni bonnes ni mauvaises », et s’évertuent à croire que « tout dépend de l’usage que l’on en fait ». Comme s’il suffisait de ne pas utiliser Internet pour se mettre à l’abri d’ondes hi-fi ! Le « progrès technique » constitue aujourd’hui l’horizon d’attente de l’humanité : nos congénères, dans leur immense majorité, se départissent de tout sens critique à son égard au point que plus les technologies envahissent leurs vies, et même leurs corps, plus ils s’y conforment servilement et en réclament de nouvelles. Cette addiction généralisée est la marque d’une aliénation d’un type totalement nouveau, qui est parfois ressentie comme telle mais n’est jamais vraiment analysée comme il se devrait : une pandémie mentale.

Technologos : résistons à la démesure technicienne

Les prochains ateliers d’été de Technologos se dérouleront les 17-19 juillet à Notre-Dame-des-Landes sur le thème de l’État. Quel est le rapport entre l’idéologie technicienne et l’État et pourquoi organiser là-bas ces rencontres ? Au fil du temps, l’État s’est transformé en une « machine » gigantesque et complexe, dotée d’une multiplicité de services interconnectés et recourant à une multiplicité de techniques organisationnelles et de propagande. Une majorité d’humains attendent de lui toutes sortes de solutions à leurs problèmes, tant en matière de santé, d’enseignement et d’économie que dans les domaines des transports ou de la recherche scientifique : l’État joue très exactement le rôle que jouait la providence avant que nos sociétés ne se sécularisent. Au détriment de la démocratie – mais avec pourtant l’assentiment général – une myriade d’experts et de conseillers techniques prennent l’État en main, le considérant comme une « affaire à gérer ». Les « chefs » d’État, dont les médias entretiennent l’image de leaders prenant des décisions réfléchies et efficaces et maîtrisant tous les circuits, sont en réalité dépassés. Non pas parce que l’État est devenu technocratique, comme on l’entend parfois dire, mais parce que la société toute entière est technicienne (… et non post-industrielle, terme qui ne veut strictement rien dire). Dans ce contexte, « l’impuissance de l’homme politique est voilée par la puissance et l’efficacité des moyens d’action qui interviennent toujours plus profondément dans la vie quotidienne. Fût-il dictateur, il n’en a finalement aucune maîtrise. Réciproquement paraît l’illusion du citoyen qui, vivant encore sur l’idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques, croit pouvoir contrôler et orienter le cours des choses » (Ellul, L’illusion politique, 1965).

Tout au long du XXe siècle, la plupart des intellectuels se sont polarisés sur l’antagonisme entre le capitalisme et le communisme, sans réaliser que ces deux systèmes s’appuyaient sur une même base, le productivisme, lui-même boosté par l’idéal du progrès technique et validé par les États, quelle que soit leur coloration politique. Aujourd’hui encore, qui est prêt à reconnaître que le communisme n’a été qu’un capitalisme d’État ? Et qui veut bien admettre, y compris dans les sphères militantes, que le capitalisme (au sens usuel du terme) ne serait rien, ou bien peu de chose, sans, d’une part la fascination exercée par la high tech et les grands groupes qui la génèrent (Apple, Google, Facebook, etc…); sans d’autre part le pouvoir de légitimation de ces sociétés par l’État ? La synergie entre Technique et État a beau être considérable et déterminante, ses fondements ne sont pour ainsi dire jamais analysés. Les esprits keynésiens, qui voient dans l’État une voie de régulation du capitalisme, et même les militants anti-capitalistes peuvent-ils saisir un jour que le capitalisme n’est pas tant le problème que le « mariage sacré » État-Technique, qui le stimule toujours plus ? C’est tout l’effort que nous déployons dans notre association. Faut-il pour autant diaboliser l’État et vouloir le dissoudre, comme bon nombre d’ultra-libéraux et d’anarchistes, chacun de leurs côtés, en rêvent ? C’est en revanche un pas que nous ne voulons pas franchir, tant les problèmes nous semblent beaucoup trop ancrés dans les consciences pour pouvoir rechercher dans l’immédiat des solutions en termes institutionnels.

Quoi qu’il en soit, ces questions ne peuvent trouver de réponses solides que dès lors qu’est reconnu un fait majeur : les chefs d’État reçoivent dans leurs palais les magnats de la high tech et mettent en place avec eux toutes sortes de « grands projets » pour la raison que, comme tant d’autres, ils sont subjugués par les technologies, inféodés à l’idéologie technicienne et totalement inconscients de l’être. Au final, les consortiums États-entreprises s’avèrent extrêmement onéreux (constituant l’une des causes majeures de la dette publique), contre-productifs, voire inutiles et parfois même ultra-dangereux et nuisibles, comme l’ont démontré les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Dans l’immédiat, bien peu semblent prêts à tirer les enseignements ultimes de ces tragédies, tant l’idéologie technicienne anesthésie les esprits. Dans notre association, nous œuvrons pour que celle-ci soit enfin reconnue comme telle, condition indispensable pour qu’elle soit un jour jugulée.

Le projet d’aéroport international du Grand Ouest étant actuellement le plus médiatisé de ces « grands travaux imposés et inutiles » en raison de la résistance citoyenne qu’il suscite, il était naturel que Technologos soit invité un jour dans la ZAD. Chacun peut s’y inscrire mais, attention ! les places sont limitées et les inscriptions closes au 7 juillet.
Résister à la démesure technicienne par les idées et par les actes
ateliers d’été de Technologos
17-19 juillet 2015, Université autonome autogérée du Haut-Fay
Programme détaillé et inscriptions :
http://www.technologos.fr/textes/ateliers_d_ete_2015.php

NB : Fondée en 2012, Technologos est une association militante dont l’objectif est d’organiser un vaste débat public sur la place que prend la technique dans nos quotidiens. Autrefois – et pendant des siècles – simple prolongement du corps, la technique a progressivement changé de statut : elle qui n’était qu’un ensemble de moyens permettant de parvenir à des fins constitue désormais une finalité à part entière, une promesse de bonheur, une idéologie en bonne et due forme. De fait, tout laisse à penser qu’elle représente « la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace », pour reprendre la célèbre formule de Jacques Ellul. Or, malgré les technoprophéties des transhumanistes, cette idéologie s’exprime rarement au travers de textes manifestes, comme c’était par exemple le cas au XIXème siècle avec le scientisme : elle est subliminale, fortement ancrée dans l’inconscient collectif.
La plupart des humains considèrent en effet les techniques comme « neutres », « ni bonnes ni mauvaises », et s’évertuent à croire que « tout dépend de l’usage que l’on en fait ». Comme s’il suffisait de ne pas utiliser Internet pour se mettre à l’abri d’ondes hi-fi ! Le « progrès technique » constitue aujourd’hui l’horizon d’attente de l’humanité : nos congénères, dans leur immense majorité, se départissent de tout sens critique à son égard au point que plus les technologies envahissent leurs vies, et même leurs corps, plus ils s’y conforment servilement et en réclament de nouvelles. Cette addiction généralisée est la marque d’une aliénation d’un type totalement nouveau, qui est parfois ressentie comme telle mais n’est jamais vraiment analysée comme il se devrait : une pandémie mentale.

GES, l’interdépendance entre économie et démographie

L’équation de KAYA présente les causes du réchauffement climatique Elle met en relation l’influence et le poids de l’activité humaine en termes d’émission direct de gaz à effet de serre :
CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
C’est l’intensité énergétique de l’économie ou inverse de l’efficacité énergétique (qui serait PIB : TEP)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Tout est interdépendant, on ne peut agir sur un des termes sans considérer ce qui se passe ailleurs.
–  si on divise par 3 les émissions de gaz à effet de serre, il faut aussi que l’ensemble des autres éléments soit divisés par trois. Peu importe mathématiquement ce qui est réduit.
Cette division par 3 au niveau mondial est une approximation liée à un seuil (politiquement décidé) de 2°C de réchauffement. Les dernières indications scientifiques montrent qu’il ne faudrait pas dépasser le seuil de 1,5°C d’ici 2050, soit une division par 4 (c’est-à-dire – 75%). Ce facteur 4 était envisagé par la premier ministre Raffarin dès 2003 (voir annexe)

– Jean-Marc Jancovici : « Quand Bush a annoncé qu’il allait diminuer l’intensité énergétique de l’économie américaine de 18% en 10 ans, il est facile de voir que cela ne porte que sur l’un des termes de cette égalité (TEP/PIB). Et le reste ? Si la production économique par personne (PIB/POP) augmente de 25% dans le même temps (ce qui représente une croissance de 2,5% par an, soit un objectif conservateur pour n’importe quel gouvernement), avec une population (POP) qui augmente de quelques % dans le même temps (simple prolongation des tendances aux USA), et un contenu en carbone qui reste constant (assertion raisonnable compte tenu des tendances actuelles aux USA), le résultat sera une hausse des émissions de CO2, pas une diminution ! » »

– la tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050, soit un peu plus de 9 milliards d’habitants. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs. On mesure les efforts à demander à la population, gigantesque, sachant qu’on ne peut agir dans le court terme sur l’évolution démographique étant donné son inertie.

– Hypothèse d’une croissance annuelle moyenne du PIB de 2 % (2,3 % est atteint en 2012 et 2013) sur 40 ans, soir une multiplication de 2,2. La population serait multipliée par 1,33. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 9. Or le « contenu en gaz carbonique de l’énergie » a juste diminué de 10 % sur les 40 dernières années. D’autre part le découplage entre TEP et PIB se heurte à l’effet rebond.

étant donné ce qui précède, on est voué à une décroissance économique (récession, voir dépression) et démographique (épidémies, guerres et famine) forcée qu’il s’agit politiquement de maîtriser le mieux possible.

conclusion
Il est donc politiquement absurde d’ignorer la variable démographique et le concept de décroissance économique lors de la COP21. La solution au réchauffement climatique passe obligatoirement par ces deux axes.

GES : trop d’automobiles ou trop d’automobilistes ?

Un petit exercices simple pour comprendre les émission de gaz à effet de serre et confondre leurs auteurs:
Une automobile A brûle des combustibles fossiles
Il y a émission de gaz à effet de serre I (impact écologique)
Elle ne roule pas sans un automobiliste P au volant.
D’où la formule I = PxA
100 automobilistes possédant une voiture polluent 100 fois plus qu’un automobiliste possédant 100 voitures. On ne peut pas donc dire comme certains décroissants qu’il y a trop d’automobiles, peu importe le nombre d’automobilistes. Mais il faut préciser l’influence des inégalités, un 4X4 pollue plus qu’une petite voiture… et un riche préfère l’avion !
Il faut donc considérer en plus la puissance du moteur, sa consommation, son niveau technique T

D’où la formule célèbre I = PAT (Ehrlich) avec A = Abondance ou consommation ou niveau de vie
Conséquence : Cette équation veut dire qu’il y a responsabilité conjointe dans le réchauffement climatique de P, A et T. Si on bride les moteurs mais qu’il y a plus d’automobilistes, il n’y a pas d’avantage conséquent.

Si on rend l’équation plus complexe, cela devient l’équation de Kaya :
CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole). Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire…
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB). C’est l’intensité énergétique de l’économie
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

A toi de considérer ce qu’il faut décroître !

SILENCE, le mensuel qui prépare les temps futurs

Il y a toujours quelque chose à capter de l’air du temps dans ce mensuel*. Morceaux choisis :

1/4) La présence d’arbres au bord des routes joue un rôle positif sur la limitation de vitesse en créant un « effet de paroi » qui pousse les automobilistes à lever le pied. Ce sont les véhicules qui sont impliqués par les accidents, pas les arbres…

2/4) La question est de savoir si la couche de 8m d’épaisseur de béton sous les coeurs en fusion de Fukushima a été percée ou non. Si oui, cela signifie que la réaction nucléaire a atteint la nappe phréatique, ce qui est gravissime et malheureusement probable…

3/4) Podemos en Espagne est seulement le miroir dans lequel la société se mire. Son nom renvoie bien à « ce que nous pouvons », c’est-à-dire « ce que la société est capable de penser, de dire et de faire ». De leur côté ses Décroissants doivent donc continuer parallèlement à « faire de la pédagogie » afin de préparer la population à accepter des changements de plus en plus radicaux.

4/4) … Les « mesures de compensation » consistent à déplacer des populations (par exemple d’une zone humide supprimée). Mais dans la nouvelle zone de transfert, il y aussi une flore et une faune préexistente, lequels vont être perturbés par l’arrivée des nouvelles espèces. Il faut donc trouver pour ces espèces, en toute logique, des mesures compensatoires. De là à conclure que les « mesures de compensation » ne sont que la poudre aux yeux du « développement durable », il n’y a qu’un pas que je franchirais résolument.

Silence n°435, juin 2015

dossier « Sauver le climat par le bas »

SILENCE, le mensuel qui prépare les temps futurs

Il y a toujours quelque chose à capter de l’air du temps dans ce mensuel*. Morceaux choisis :

1/4) La présence d’arbres au bord des routes joue un rôle positif sur la limitation de vitesse en créant un « effet de paroi » qui pousse les automobilistes à lever le pied. Ce sont les véhicules qui sont impliqués par les accidents, pas les arbres…

2/4) La question est de savoir si la couche de 8m d’épaisseur de béton sous les coeurs en fusion de Fukushima a été percée ou non. Si oui, cela signifie que la réaction nucléaire a atteint la nappe phréatique, ce qui est gravissime et malheureusement probable…

3/4) Podemos en Espagne est seulement le miroir dans lequel la société se mire. Son nom renvoie bien à « ce que nous pouvons », c’est-à-dire « ce que la société est capable de penser, de dire et de faire ». De leur côté ses Décroissants doivent donc continuer parallèlement à « faire de la pédagogie » afin de préparer la population à accepter des changements de plus en plus radicaux.

4/4) … Les « mesures de compensation » consistent à déplacer des populations (par exemple d’une zone humide supprimée). Mais dans la nouvelle zone de transfert, il y aussi une flore et une faune préexistente, lequels vont être perturbés par l’arrivée des nouvelles espèces. Il faut donc trouver pour ces espèces, en toute logique, des mesures compensatoires. De là à conclure que les « mesures de compensation » ne sont que la poudre aux yeux du « développement durable », il n’y a qu’un pas que je franchirais résolument.

Silence n°435, juin 2015

dossier « Sauver le climat par le bas »

GES, la France n’a toujours pas de politique crédible

La France se fixe un objectif de réduction de 40 % en 2030 des émissions de gaz à effet de serre et une division par quatre en 2050, par rapport au niveau de 1990*. Mi-octobre 2015 sera publié par décret des « budgets carbone », c’est-à-dire des plafonds d’émissions à ne pas dépasser. Mais pour l’heure, il n’existe encore qu’un document de travail de 89 pages, élaboré par les différents ministères concernés (écologie, transports, agriculture…) ! La ministre de l’écologie Ségolène Royal préfère s’attaquer au nutella et Laurent Fabius fait semblant de s’occuper du climat. De toute façon ce scénario de transition vers une économie moins carbonée ne précise pas les mesures qui permettront de la mettre en place. La taxation du carbone reste par exemple indéfinie. Voici quelques mesures qui rentreront, peut-être, en application à Pâques ou à la Trinité alors qu’elles sont connues depuis 1936 :

Transports : renforcement de l’efficacité des véhicules routiers » (généralisation de la voiture consommant 2 litres aux 100 km et développement des modèles électriques). On reste encore dans le tout voiture, sans considérer le bridage des moteurs, le coût de fabrication de l’électricité et encore moins le dévoiturage ou sortie de la voiture individuelle. Notons que la « promotion de la marche à pied et du vélo » ne peut aller qu’avec de profondes modifications par la localisation des lieux de travail et de consommation près des domiciles. Ah qu’il était bon le temps où, avec les premiers congés payés en 1936, les couples partaient en tandem en vacances !

Bâtiments, « plus dense et très sobre en énergie ». C’est une antienne depuis des années sans qu’on note d’avancées véritables. On devrait expliquer aux ménages qu’une maison passive, c’est une maison qu’on ne chauffe pas… comme en 1936.

Industrie, « amélioration de l’efficacité ». On parle toujours d’efficacité énergétique, qui est un problème technique, et non de la réduction des besoins en énergie, et donc de la fin de la civilisation du tout jetable. On prône pour ainsi dire les valeurs de 1936, Recyclage, Récupération, Réparation…

Agriculture et élevage, vers le « projet agroécologique » avec une moindre artificialisation des sols « limitée à 10 000 hectares par an », six fois moins qu’aujourd’hui. En 1936 on ne connaissait pratiquement que l’agriculture biologique et les villes n’étaient encore que des bourgs, sans autoroutes ni supermarchés.

* Le Monde.fr | 16.06.2015, La France dévoile sa stratégie bas carbone

L’arrêt des migrations sur une planète close et saturée

Les politiques de droite ou de gauche prennent deux attitudes opposées sur l’immigration de masse. L’écologie politique devrait présenter la sienne, vraiment écolo. D’un côté il y a la pensée « de droite », pour la régulation des flux migratoires. Au nom du FN, ce serait plutôt au nom de la défense de la patrie et/ou du racisme. Nicolas Sarkozy, représentant de la droite dure, y va de son discours imagé sur les canalisations qui explosent*. La droite peut avoir un discours plus complexe, envisageant les difficultés socio-économiques de la France, les problèmes de co-existence de cultures différentes, etc. De l’autre il y a Cécile Duflot, députée EELV et représentante d’une ligne d’extrême gauche apparemment contre toute restriction à l’accueil des migrants. L’ex-secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts est d’ailleurs plus connue pour son positionnement contre Valls à propos des Roms ou contre les méthodes policières employées vis-à-vis de campements illégaux que pour ses propos sur le réchauffement climatique. Il faut dire aussi que la commission « immigration » d’EELV est une annexe des associations de défense des sans-papiers. C’est une option qui se veut humaniste et chaleureuse, mais dont on ne connaît pas les motivations écologiques. La gauche classique genre PS hésite entre la ligne Sarkozy et les propos de Duflot.

Le point de vue des écologistes véritables n’est ni de droite, ni de gauche. Il s’appuie sur des données scientifiques qui montrent que quand une espèce dépasse la capacité de charge de son milieu, elle régresse obligatoirement en nombre. Mais l’équilibre de l’espèce humaine avec son biotope est extrêmement difficile à définir. Les humains sont une espèce opportuniste qui sait utiliser un grand nombre de stratagèmes pour survivre même dans des milieux très dégradés. Historiquement le procédé le plus utilisé a été la migration quand le nombre d’humains sur un territoire donné arrivait à saturation. Or la situation présente est absolument nouvelle, elle n ‘a jamais été rencontrée dans le passé. Les humains sont partout sur cette planète, en grand nombre, même dans les milieux les plus inhospitaliers. On commence à s’apercevoir que pour l’espèce humaine, c’est la biosphère elle-même qui est devenue close et saturée. C’est ce que montrait un chapitre du livre « Moins nombreux, plus heureux »**.

Dans cette situation, un flux migratoire important dans un pays déséquilibre nécessairement les rapports sociaux, les possibilités économiques, et parfois même l’accès à la nourriture. Malheureusement les humains ne s’attachent pas encore aux possibilités de leur biotope, mais aux frontières artificiellement tracéee. Des conflits plus ou moins sanglants se déroulent dans beaucoup de pays qui accentuent la pression migratoire. Accueillir tous les migrants sans aucune restriction accentue les difficultés du milieu d’accueil sans résoudre structurellement les causes des migrations. Les « écologistes » d’EELV devraient apprendre à connaître l’exemple du mouvement Ecopop qui essaye de réfléchir en Suisse sur l’idée d’une migration acceptable…

*lemonde.fr avec AFP du 19.06.2015, vives réactions après les propos de Sarkozy : « Il n’y a plus d’argent, plus d’emplois, plus de logements, mais ils ont trouvé un truc (…), ils ont considéré que la solution au problème d’immigration c’était pas de réduire, c’était de répartir (..) Dans une maison (…), il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit j’ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants. »

** Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) aux éditions Sang de la Terre (2014)

L’écopsychologie qui soigne l’esprit et sauve la Terre

Les psychothérapeutes adaptent le patient à une société déstabilisante, ils soignent les symptômes et pas la cause du mal. Les écopsychologues estiment au contraire que notre rupture avec la Terre est la source profonde de notre malaise social. C’est pourquoi le livre de Michel Maxime Egger « Soigner l’esprit, sauver la Terre (introduction à l’écopsychologie) » nous paraît indispensable. Il montre historiquement l’émergence de cette nouvelle approche qui lie écologie et psychologie, très répandue dans le monde anglo-saxon mais malheureusement encore ignorée dans l’espace francophone. La traduction de l’ouvrage de Joanna Macy (écopsychologie pratique et rituels pour la Terre) est une heureuse exception détaillée par Michel Maxime Egger.

Celui-ci témoigne d’ailleurs d’une forte érudition sur la question, il expose les différentes facette de l’écopychologie et donne quelques précieuses indications sur les modalités d’un retour à la Terre qui pourrait atténuer l’anthropocentrisme dominant. Cela présuppose une certaine rééducation dans une société industrielle qui a voulu systématiquement couper nos liens avec la nature. Comme l’indique l’auteur, « une écopsychologie responsable et cohérente devrait encourager une démarche critique et libératrice envers un système économique qui tend aujourd’hui à détruire la nature et épuiser les humains. » L’humanité est à un carrefour, elle ne sauvera pas la Terre si elle ne soigne pas l’esprit du mal : la bataille sera pour une bonne part dans nos têtes.

Labor et Fides 2015, 290 pages, 25 euros
http://www.laboretfides.com/wp-content/uploads/2015/04/9782830915693-.jpg

un homme mi-chair, mi-machine, l’utopie technicienne

Allons-nous vers un homme mi-chair, mi-machine ? C’est la voie promue par Guy Vallancien, auteur de « La Médecine sans médecin ? Le numérique au service du malade ».

Interrogé par Rue89*, il croit que « nous n’avons jamais aussi bien vécu qu’aujourd’hui » et occulte le malaise social qui mine nos sociétés occidentales. Il dit que « le capitalisme favorise le progrès » alors qu’il détruit toutes les solidarités traditionnelles pour mettre la planète au pillage. Il utilise les résultats de scanners et d’IRM, opère avec un échographe, extrait les tumeurs d’une prostate avec les bras robotisés d’une machine ou à l’aide de lasers. Ses mains lui servent de moins en moins, il manipule souvent des joysticks. Il pratique même la télémédecine. Il pense que la technologie nous servira à dégager du temps pour revenir à l’essentiel : l’échange et la confiance. Alors que chacun travaille dans son coin pour se réfugier ensuite devant l’écran de sa télé ou de sa tablette. Il pratique aussi la consultation à distance et veut ignorer la chaleur humaine que peut dégager la « présentielle ». Il voit un avenir au cyborg, l’humain avec un pancréas artificiel, des prothèses audio et un cœur mécanique : « Le scénario est déjà écrit : nous allons commencer par nous réparer, puis on saura s’augmenter. »

Il déclame « je ne suis pas un transhumaniste », mais favorise la voie qui y mène. Un transhumanisme en marche auquel ne pourront avoir accès que les plus riches. Guy Vallancien n’a aucune conscience que le blocage énergétique à venir va supprimer la presque totalité des prothèses électriques pour redonner du sens au geste manuel du chirurgien… sauf pour les sociétés et les personnes qui continueront impunément à piller la planète et à exploiter autrui.

http://rue89.nouvelobs.com/2015/05/10/allons-vers-homme-mi-chair-mi-machine-259091

Les robots domineront le monde, nous serons leur esclave

Un militaire est déjà un robot au service du pouvoir en place, et notre épargne sera gérée par un robot. Nous sommes entourés de robots, deux articles du MONDE en témoignent.

Le « soldat augmenté », dont le corps aura été modifié par la technologie pour être plus performant, a été envisagé pour la première fois publiquement lors d’un colloque à l’Ecole militaire*. Selon Didier Danet, « une interdiction de principe, comme certains la réclament pour les robots tueurs, est « illégitime » face aux avancées de la technoscience« . Des équipements sont déjà à l’étude, tels que des capteurs de réalité augmentée, des robots collaboratifs, des exosquelettes. La pharmacologie est envisagée, par exemple les drogues inhibitrices des émotions comme le captagon. « Il est évident que les progrès de la médecine seront exploités au bénéfice des performances, c’est inéluctable », estime le médecin chef Lionel Bourdon. Nous nous trouvons encore une fois devant l’hymne à l’illimité, les avancées de la technoscience sont inéluctables, personne ne doit pouvoir le contester. Rappelons qu’il peut en être autrement.

Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est sous contrôle social. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. Parce que la société vernaculaire avait adapté son mode de vie à son environnement elle était durable ; parce que la société industrielle moderne s’est au contraire efforcée d’adapter son environnement à son mode de vie, elle ne peut espérer survivre. Il est urgent de soumettre de nouveau les sciences et les techniques à un contrôle social, de les réenchâsser dans les rapports sociaux. A ceux qui pourraient craindre que cela compromette notre capacité de résoudre les problèmes sociaux et écologiques réels, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.

Malheureusement nous continuons notre foi aveugle en la technoscience. Bientôt la technologie gérera votre épargne, les « robo-advisors » débarquent en France : des sites Internet proposent aux particuliers l’allocation d’actifs la plus adaptée à leur profil grâce à une batterie d’algorithmes et de statistiques**. Heureusement toutes les avancées robotiques ont besoin d’électricité et de beaucoup d’énergie pour fonctionner. Sans centrales nucléaires et sans combustibles fossiles, nous serons bien obligés à définir les limites à une volonté de toute puissance gérée par les machines !

* LE MONDE du 11 juin 2015, L’armée française à la recherche du « soldat augmenté »
** Le Monde.fr | 10.06.2015, Des robots pour gérer votre épargne

L’Eglise à la traîne en matière d’écologie, Dieu aussi

Dieu ne dit rien par lui-même, ce sont toujours des humains qui disent que dieu leur a dit. Comme les religions monothéistes ont été inventées à une époque où on croyait la terre sans limites, il n’y avait donc aucune mention dans les interprétations des textes sacrés d’une quelconque préoccupation écologique. Ceux qui disent le contraire sont de mauvaise foi en faisant dire à des phrases isolées ce qui ne fait que correspondre à leur propre attente. Pire, le judaïsme et le christianisme ont été bâtis sur une contestation du paganisme et du culte de la nature pour célébrer un dieu abstrait et désincarné. L’écologie qui pourrait amener à déifier la Terre est vu comme un possible concurrent spirituel à éviter. Jean-Paul II ne s’y était pas trompé : « Au nom d’une conception inspirée par l’écocentrisme et le biocentrisme, on propose d’éliminer la différence ontologique et axiologique entre l’homme et les autres êtres vivants, considérant la biosphère comme une unité biotique de valeur indifférenciée. On en arrive ainsi à éliminer la responsabilité supérieure de l’homme au profit d’une considération égalitariste de la dignité de tous les êtres vivants. Mais l’équilibre de l’écosystème et la défense d’un environnement salubre ont justement besoin de la responsabilité de l’homme. (Discours de Jean-Paul II au Congrès Environnement et Santé, 24 mars 1997) ».

Il faut donc constater que l’encyclique Laudato si’ de juin 2015 est la première consacrée à l’écologie. Le pape François se veut moderne et dans l’air du temps. Mais il ne s’agit pas en matière de position environnementale d’un prolongement des textes sacrés, uniquement de la position d’un seul homme qui certes a beaucoup consulté mais qui ne représente que lui-même. Les textes des précédents papes ne lui ont pas été d’un réel secours. L’environnement a fait sa très discrète entrée, un seul paragraphe, dans une lettre apostolique : « Brusquement, l’homme en prend conscience : par une exploitation inconsidérée de la nature, il risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation (Octogesima adveniens – mai 1971). »* Il faudra attendre plusieurs années pour que le nVatican revienne sur le sujet. Jean Paul II donne un signal important, un an après son élection, le 29 novembre 1979, en proclamant « céleste patron » des écologistes l’ami de la nature François d’Assise. Mais François d’Assise n’était qu’un dissident de la pensée unique, anthropocentrique. Benoît XVI n’a pas fait grand chose de plus, et même beaucoup mois que Jean Paul II**.

C’est pourquoi on attendait beaucoup du dernier pape qui a pris comme patronyme la figure de François d’Assise. Mais LE MONDE, après avoir consacré sa Une au plaidoyer du pape François pour une écologie « intégrale » (et non pas seulement « humaine ») est déjà passé à autre chose le lendemain… Et ce pape reste encore profondément anti-malthusien !

* LE MONDE du 17 juin 2015, Pour l’Eglise, un demi-siècle d’apprentissage de l’écologie
** lire Dans les pas de Saint François d’Assise (l’appel de Jean-Paul II en faveur de l’écologie) de Marybeth Lorbiecki

Le pape François va-t-en-guerre pour le climat

L’encyclique papale sur l’environnement, Laudato Si (loué sois-tu), va bientôt être officialisée. Cette encyclique est importante, même pour les non-croyants : « Aujourd’hui, croyants et non-croyants sont d’accord sur le fait que la Terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous. ». C’est d’ailleurs le premier texte de ce type exclusivement consacré par un pape à la crise écologique. Cette analyse du pape François a vocation à devenir un élément du magistère officiel de l’Eglise et aider à la prise en compte du réchauffement climatique. Selon le pape, réduire les émissions de gaz à effet de serre demande « de l’honnêteté et du courage, notamment de la part des pays les plus puissants et les plus polluants »… « Les négociations internationales ne peuvent pas progresser de manière significative à cause de la position de pays qui privilégient leurs intérêts nationaux plutôt que le bien commun »… « Ceux qui pâtiront des conséquences de ce que nous essayons de cacher se souviendront de ce manque de conscience et de responsabilité. »*

Le pape François en appelle à « toute la famille humaine », croyants ou non, catholiques ou autres, à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation »**. Il réfute l’idée que « l’économie actuelle et la technologie résoudront tous les problèmes environnementaux », tout comme celle qui voudrait que « les problèmes de la faim et de la misère dans le monde se résolvent simplement par la croissance du marché ». Mais, fidèle à la doctrine de l’Eglise, il assure que la croissance de la population mondiale n’est pas une cause des problèmes écologiques. Rappelons à tous les chrétiens et à bien d’autres que le nombre d’habitants sur notre petite planète est un multiplicateur de nuisances. On ne peut contredire l’équation de Kaya qui présente les causes du réchauffement climatique

CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Si on veut diviser par 3 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui est un minimum au niveau mondial, il faudrait aussi que l’ensemble des autres éléments soit divisé par trois. Peu importe mathématiquement ce qui est réduit. Or la tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs. On mesure les efforts d’économies d’énergie à demander à la population ou à la technique, gigantesque, sachant qu’on ne peut agir dans le court terme sur l’évolution démographique étant donné son inertie. Nous allons payer en termes climatiques le fait que l’Eglise catholique ait toujours œuvré contre le planning familial, la contraception « non naturelle » et l’avortement. Le pape François a encore du chemin à faire pour arriver à la vérité…écologique !

* Le Monde.fr | 16.06.2015, Environnement : le pape en appelle au « courage » et à l’action urgente
** LE MONDE du 17 juin 2015, Climat : le blâme du pape aux pays riches

Le pape François va-t-en-guerre pour le climat

L’encyclique papale sur l’environnement, Laudato Si (loué sois-tu), va bientôt être officialisée. Cette encyclique est importante, même pour les non-croyants : « Aujourd’hui, croyants et non-croyants sont d’accord sur le fait que la Terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous. ». C’est d’ailleurs le premier texte de ce type exclusivement consacré par un pape à la crise écologique. Cette analyse du pape François a vocation à devenir un élément du magistère officiel de l’Eglise et aider à la prise en compte du réchauffement climatique. Selon le pape, réduire les émissions de gaz à effet de serre demande « de l’honnêteté et du courage, notamment de la part des pays les plus puissants et les plus polluants »… « Les négociations internationales ne peuvent pas progresser de manière significative à cause de la position de pays qui privilégient leurs intérêts nationaux plutôt que le bien commun »… « Ceux qui pâtiront des conséquences de ce que nous essayons de cacher se souviendront de ce manque de conscience et de responsabilité. »*

Le pape François en appelle à « toute la famille humaine », croyants ou non, catholiques ou autres, à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation »**. Il réfute l’idée que « l’économie actuelle et la technologie résoudront tous les problèmes environnementaux », tout comme celle qui voudrait que « les problèmes de la faim et de la misère dans le monde se résolvent simplement par la croissance du marché ». Mais, fidèle à la doctrine de l’Eglise, il assure que la croissance de la population mondiale n’est pas une cause des problèmes écologiques. Rappelons à tous les chrétiens et à bien d’autres que le nombre d’habitants sur notre petite planète est un multiplicateur de nuisances. On ne peut contredire l’équation de Kaya qui présente les causes du réchauffement climatique

CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Si on veut diviser par 3 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui est un minimum au niveau mondial, il faudrait aussi que l’ensemble des autres éléments soit divisé par trois. Peu importe mathématiquement ce qui est réduit. Or la tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs. On mesure les efforts d’économies d’énergie à demander à la population ou à la technique, gigantesque, sachant qu’on ne peut agir dans le court terme sur l’évolution démographique étant donné son inertie. Nous allons payer en termes climatiques le fait que l’Eglise catholique ait toujours œuvré contre le planning familial, la contraception « non naturelle » et l’avortement. Le pape François a encore du chemin à faire pour arriver à la vérité…écologique !

* Le Monde.fr | 16.06.2015, Environnement : le pape en appelle au « courage » et à l’action urgente
** LE MONDE du 17 juin 2015, Climat : le blâme du pape aux pays riches

BIOSPHERE-INFO, introductions à l’écopsychologie

Souvent les psychothérapeutes adaptent le patient à une société déstabilisante, ils soignent les symptômes et pas la cause du mal. Les écopsychologues estiment de leur côté que notre rupture avec la Terre est la source profonde de notre malaise social. C’est pourquoi le livre de Michel Maxime Egger, « Soigner l’esprit, sauver la Terre – introduction à l’écopsychologie », paraît indispensable. Il montre historiquement l’émergence de cette nouvelle approche qui lie écologie et psychologie, très répandue dans le monde anglo-saxon mais malheureusement encore ignorée dans l’espace francophone. La traduction de l’ouvrage de Joanna Macy (écopsychologie – pratique et rituels pour la Terre) est une heureuse exception détaillée par Michel Maxime Egger. Nous présentons ici une synthèse de ces deux livres. Pour s’abonner à BIOSPHERE-INFO, il suffit de nous envoyer un courriel à biosphere@ouvaton.org. Merci.

Introductions à l’écopsychologie

bimensuel BIOSPHERE-INFO (16 au 30 juin 2015)

I) Soigner l’esprit, sauver la Terre (introduction à l’écopsychologie) de Michel Maxime Egger
Un « retour à la Terre » pourrait atténuer l’anthropocentrisme dominant. Cela présuppose une certaine rééducation dans une société industrielle qui a voulu systématiquement couper nos liens avec la nature. L’humanité est à un carrefour, elle ne sauvera pas la Terre si elle ne soigne pas l’esprit du mal : la bataille sera pour une bonne part dans nos têtes. Voici quelques extraits de cet ouvrage fondamental.

1/4) Définition de l’écopsychologie
La notion d’écopsychologie est attribuée à Theodore Roszack dans son livre « the Voice of the Earth. An Exploration of Ecopsychology » (1992). Il a lancé cette idée avec l’espoir que les relations environnementales deviendraient une composante de chaque orientation thérapeutique, au même titre que les relations familiales. La nature est en effet une forme de famille élargie dont nous sommes membres. L’expression « toile de la vie » est parlante : tout est en interrelation est obéit à des dynamiques de réseaux. L’enjeu est de sortir du double dualisme nature/humain et extérieur/intérieur pour développer une conscience de l’unité du réel. Les humains ne sont pas au-dehors de la nature.
L’approche de l’écopsychologie est transdisciplinaire, sa philosophie holistique, sa vision du monde écocentrique et sa visée thérapeutique. Ses sources d’inspiration sont multiples : écologie profonde (Arne Naess, psychologie trans-personnelle, éthologie animale, spiritualités des peuples premiers, théorie des systèmes, littérature naturaliste, etc. Les approches thérapeutiques ne sont pas moins hétérogènes : séjours dans la nature sauvage, thérapies assistées par les plantes et les animaux, travail qui relie, etc. Interrogez n’importe quel écothérapeute sur son parcours personnel et vous entendrez le récit émouvant de l’expérience d’un lien avec le monde autre qu’humain. Vous entendrez des histoires d’amour et d’émerveillement.
Une grande part des désordres écologiques sont le fruit de la démesure d’un système économique – productiviste, consumériste, techniciste – en voie de globalisation. Fondé sur la réduction de la nature à un objet et sur l’illusion d’une croissance matérielle et énergétique illimitée, le modèle de développement dominant excède les limites et capacités de régénération de la biosphère et de l’être humain. Les changements seront et devront être plus importants que ce à quoi nous sommes préparés. L’écopsychologie vise à unir la sensibilité des thérapeutes, l’expertise des écologistes et l’énergie éthique des militants de l’environnement. Car la planète est malade, elle a besoin de soins, elle nous parle à travers les plus sensibles d’entre nous. L’écopsychologie se veut radicale, elle entend remonter aux racines de la crise écologique.

2/4) Superficialité de la psychothérapie
La psychologie a besoin de l’écologie. En effet, chercher à soigner l’âme sans référence au système écologique dont nous sommes partie intégrante constitue une forme d’aveuglement autodestructeur. Si la crise écologique et nombre de troubles psychiques sont la manifestation d’une société malade et d’une économie qui détruit la vie, à quoi doit servir la thérapie : aider la personne à se réadapter au système ou à acquérir les ressources pour s’en libérer et œuvrer à sa transformation ?
La psychologie a très peu intégré la nature dans sa théorie et dans sa pratique. Comme si un environnement dégradé n’affectait pas la santé mentale de celles et ceux qui y vivent. Comme si, à l’inverse, des troubles psychiques ne se répercutaient pas sur l’environnement naturel. Si les patients traitaient les autres humains comme ils traitent la Terre, les thérapeutes prendraient ces comportements comme la preuve d’une sérieuse pathologie ; ils seraient même légalement obligés d’en informer les autorités. Or aucune catégorie du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) publié par l’Association américaine de psychiatrie ne prend en compte la relation de l’humain avec la Terre. L’approche se focalise sur la souffrance personnelle sans la resituer dans le contexte global. La psychothérapie dominante est le miroir de la culture occidental urbaine où elle est née. Elle promeut une conception atomisée de la personne qui n’est pas étrangère à la crise systémique que nous vivons. Comme si les êtres et les forces avec lesquelles nous partageons l’espace planétaire n’étaient pas partie intégrante de notre identité.
Joanna Macy exprimait sa colère face à la destruction des forêts vierges. Une psychothérapeute lui dit que les bulldozers représentaient sa libido et que sa souffrance venait de la peur de sa propre sexualité ! Mary-Jayne Rust avait l’impression d’être une thérapeute sur le Titanic : « Nous faisions peut-être du bon travail dans le cabinet, mais personne ne mentionnait que le bateau était en train de couler. » Que signifie « aller bien » dans un système que l’on peut considérer comme globalement pathologique ?

3/4) L’artificialisation de la vie
Que reste-t-il de la vraie nature dans nos villes, nos intérieurs aseptisés, nos supermarchés climatisés, nos jardinets engazonnés et nos autoroutes embouteillées ? Nous avons perdu le contact avec la texture de la terre, la lumière naturelle, les cycles de la vie.
De par notre formatage dès la petite enfance, nous sommes existentiellement et émotionnellement trop séparés de la nature pour être réellement touchés par les maux qui l’affectent. Le temps passé par les enfants dans la nature n’a cessé de se réduire durant les dernières décennies. L’enfant des villes est contraint de passer directement de la symbiose avec la mère à la maîtrise des relations sociales. L’adolescent entre dans la société sans avoir été initié aux mystères du monde naturel et croit que les seules réalités vivantes sont humaines. L’adulte prête plus d’attention à l’indice Dow Jones qu’au grand Tao de l’univers.
Une espèce qui s’obstine à détruire l’environnement naturel dont elle a besoin pour vivre dans la quête de chimères matérialistes et le déni de ce qu’elle fait, n’est-elle pas « folle » ? N’est-il pas fou de charger l’atmosphère de CO2 pour une semaine de soleil à l’autre bout du monde ? N’est-il pas fou d’anéantir des aires de nature préservée pour construire des supermarchés, des golfs et des parkings ? N’est-il pas fou de détruire des milliers d’hectares de forêts amazoniennes pour produire des agrocarburants destinés à nos voitures ? La liste des aberrations irrationnelles envers la nature est longue. Pour Roszack, la rupture avec notre mère la Terre est semblable à un parricide : « Je crois que l’allégorie qui domine toute ma pensée est celle de Frankenstein. Ce mythe montre comment l’homme est capable de créer quelque chose qui peut se retourner contre lui et le détruire. »

4/4) La tâche des écopsychologues
On ne peut comprendre les troubles d’un sujet si l’on n’étudie pas sérieusement son environnement global. Une écopsychologie responsable et cohérente devrait encourager une démarche critique et libératrice envers un système économique qui tend aujourd’hui à détruire la nature et épuiser les humains. L’écopsychologie cherche à savoir comment libérer les gens des addictions du supermarché et à encourager des valeurs qui servent la vie de la planète plutôt qu’elles ne la mettent en péril.
L’enjeu est, par un travail de conscience, de déconstruire le « faux moi » conditionné par la technologie et la consommation, de dévoiler le formatage par la publicité, le marché et les pressions sociales. Au moi égocentré, séparant et individuel qui a conditionné la culture dominante en occident, les écopsychologues substituent un « moi écologique », écocentré, reliant et transpersonnel. Le soleil ne brille pas sur nous, mais en nous. Les rivières ne coulent pas sur nous, mais à travers nous. Certains parlent des bois comme de leur « église ». Poser des questions est une composante essentielle du processus de prise de conscience. Des aspects personnels pourront être approfondis avec le patient au cours de la thérapie : Peut-il raconter une expérience positive vécue dans la nature ? A-t-il au contraire des souvenirs négatifs ? Va-t-il marcher, camper ou nager ? Que ressent-il ? La nature est-elle pour lui un espace de loisir ou une présence ? Passe-t-il la majeure partie de son temps dedans ou dehors, dans la lumière naturelle ou artificielle, assis ou en mouvement ? Nous sommes à la fois la victime et l’agresseur. Nous sommes la cause et nous sommes la solution.
La solution réelle ne réside pas tant dans des innovations technologiques et des lois vertes que dans une (r)évolution de la conscience permettant d’allier action écologique et transformation psychologique. Une mutation intérieure fondée sur la convergence des besoins de la planète et de ceux de la personne. Il convient d’inviter sur le divan la pollution atmosphérique, le réchauffement climatique et les insecticides. La question n’est plus : « De quoi ai-je besoin et comment l’obtenir ? » mais : « Quelle est ma place dans le monde et que puis-je faire pour qu’adviennent des relations plus justes avec la nature ? » Le respect de la nature doit faire l’objet d’une transmission de parents à enfants. Il ne saurait émerger sans une telle formation. L’enseignant guérisseur n’est pas spécifiquement le thérapeute, mais la nature elle-même. Les adultes devraient devenir des guides sur le chemin du devenir humain en connexion avec la terre. On pourrait définir la reconnexion à la nature comme un retour à la maison.
(Editeur : Labor et Fides, 290 pages, 25 euros)

II) Ecopsychologie pratique, retrouver un lien avec la nature de Joanna Macy et M.Y. Brown
Joanna Macy pense que nous avons besoin d’un travail d’écologie profonde, besoin de nous appuyer sur le sentiment de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Parce que ce travail nous relie les uns les autres et avec tous les êtres vivants, nous pouvons l’appeler plus simplement le « travail qui relie ». Elle imagine que les générations futures nommeront ce XXIe siècle le « Changement de cap ». Il s’agira d’un passage radical d’une société de croissance industrielle autodestructrice à une société compatible avec la vie.
Molly Young Brown ajoute : « La plus grande destruction sur notre planète n’est pas infligée par des terroristes ou des tyrans psychopathes. Elle est le fait de personnes ordinaires, respectant la loi, allant à l’église, aimant leur famille, des personnes moralement normale qui profitent de leurs quatre-quatre, de leurs croisières et de leurs hamburgers, inconscientes de la provenance de ces plaisirs et de leur coût réel ». Nous semblons penser que nous pourrions survivre sans le sol, les arbres et l’eau, le tissage complexe de la vie. Alors que la Terre est en train de mourir, nous avons oublié que sous sommes la terre de la terre, les os de ses os. En dépit de notre conditionnement issu de deux siècles de société industrielle, nous pouvons retrouver l’aspect sacré de la Biosphère.

1/2) les présupposés théoriques
Quand les humains parviennent à voir au travers de leurs couches d’autosatisfaction anthropocentrique, un profond changement dans la conscience commence à s’opérer. L’aliénation diminue. Notre humanité est simplement reconnue comme l’étape la plus récente de notre existence, nous commençons à entrer en contact avec nous-même comme mammifère, comme vertébré, comme une espèce qui vient seulement d’émerger de la forêt tropicale. Lorsque le brouillard de l’amnésie se dissipe, une transformation s’effectue dans notre relation aux autres espèces, et dans notre engagement envers elles.
Je protège la forêt tropicale se transforme en « Je fais partie de la forêt tropicale et je me protège moi-même ». Cette identité élargie au sens de John Seed, Arne Naess l’appelle le soi écologique.

2/2) Retrouver un lien avec la nature par la pratique
Le livre de Joanna Macy et MY Brown est surtout une présentation de tous les exercices qui peuvent être accomplis pendant des stages, exercices qui permettent de retrouver un lien vivant avec la Terre. Trouver notre vocation, c’est trouver l’intersection entre notre joie profonde et les besoins profonds du monde. Quel que soit le lieu du stage de formation, il faut se souvenir que le véritable cadre du travail est la planète menacée, qui est notre corps plus large et notre maison.
(Editions Le souffle d’or, 2008)