Mois : janvier 2016

Où va le monde ? Il court trop vite à la catastrophe

Tous les discours médiatisés ont un point commun : la croissance va revenir, on va s’en tirer, le cours ordinaire des choses reprendra à terme. C’est là l’illusion qui expose au danger. Car si rien ne change, nous savons que nous allons à la catastrophe.

1/4) Yves Cochet, devant la catastrophe

Il y a des domaines qui dépendent d’un accord entre humains, d’autres des ressources naturelles. Or la nature ne négocie pas avec les humains. A cet égard, le projet de loi sur les retraites, adopté en octobre 2010, est non seulement injuste lorsqu’on examine ses fondements socioéconomiques, mais il est surtout irréaliste dans sa conception même, fondé sur un rapport du Conseil d’orientation des retraites publié en avril 2010. Celui-ci fondait ses calculs les plus pessimistes sur une croissance annuelle moyenne de 1,5 % jusqu’en 2050, soit une augmentation du PIB de 100 % à cet horizon. Comment peut-on sérieusement supputer cela aujourd’hui ? Aucun de ces auteurs ne partage le point de vue écologiste de la singularité absolue de la situation actuelle. Je suis du côté des objecteurs de croissance. J’estime que la récession probable – voire la dépression – sera un passage fatal vers toute société de décroissance.

En effet, à la manière de Marx, je crois que ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence  sociale n’est pas déterminée par notre conscience, mais dépend plutôt d’une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez Marx, la géologie chez moi.

Ce sont ceux qui nient la proximité de la catastrophe, ceux qui croient à la continuité, ceux qui s’enivrent de l’illusion de la croissance, qui sont catastrophistes sans le savoir, par aveuglement.

2/4) Jean-Pierre Dupuy, faire comme si le pire était inévitable

En conclusion de son film Une vérité qui dérange (2006), Al Gore pose un problème philosophique considérable : « Les générations futures auront vraisemblablement à se poser la question suivante, « A quoi donc pouvaient bien penser nos parents, Pourquoi ne se sont-ils pas réveillés alors qu’ils pouvaient encore le faire ?  » Cette question qu’ils nous posent, c’est maintenant que nous devons l’entendre. »

Les catastrophes naturelles et les catastrophes morales, de plus en plus, seront indiscernables. Il est encore temps de faire que jamais il ne pourra être dit par nos descendants : « Trop tard ! » Un trop tard qui signifierait qu’ils se trouvent dans une situation où aucune vie humaine digne de ce nom n’est possible. C’est l’avenir qui donne sens au passé.

3/4) Susan George : Où va le monde ? Dans le mur, si nous laissons faire

Nous aurions dépensé 14 000 milliards de dollars en Occident pour sauver les banques et remettre le système financier en place depuis le début de la crise financière en septembre 2008. Un audit de la Réserve fédérale, en juillet 2011, révélait des prêts et garanties d’urgence de 16 000 milliards de dollars aux banques américaines et étrangères. Un chercheur indépendant arrive au total ahurissant de 29 000 milliards. On a convaincu les banques qu’on allait les sauver quoi qu’elles fassent, elles ont donc tout encouragement pour prendre à nouveau des risques inconsidérés. L’économie de casino est repartie de plus belle. Je prévois donc dans les dix ans qui viennent une autre crise financière qui sera plus dévastatrice encore.

Avec la finance, il est cependant possible de dire : « On s’est trompé et il faut se réorganiser du tout au tout. » Avec le climat, ce n’est pas possible. Je pense que la conscience qu’ont les gens de la gravité de la situation augmente, de façon probablement exponentielle. Nous voyons des initiatives absolument partout. Il faut en quelque sorte reconnaître la planète comme la « loi suprême ».

4/4) Serge Latouche, l’Europe de Charlemagne va éclater

Nous sommes en post-démocratie, des systèmes représentatifs manipulés par les lobbies et les médias. Avec l’extraordinaire versatilité des opinions publiques, les évolutions des sociétés sont imprévisibles. Comme les Romains à la chute de leur empire, on ne peut supporter ni les maux, ni les remèdes.

Le modèle systémique World 3 (Limits to Growth, The 30-year Update – 2004), testé sur plus d’un siècle est un bon outil pour prévoir les tendances lourdes. Selon que l’on prenne des mesures palliatives plus ou moins sérieuses, l’effondrement – le collapse – se situe en 2030 et 2070 : 2030, en raison de la crise des énergies non renouvelables (pétrole, gaz, charbon, uranium, terres rares, autres minéraux) ; 2070, en raison des pollutions, des dérèglements climatiques, de la désertification  dans un monde qui compterait entre neuf et dix milliards d’habitants.

Les études des historiens nous apprennent que la vie perdure, tant bien que mal. En raison de la logique routinière, les grands projets programmés se poursuivent : autoroutes, aqueducs, aéroports, tunnels, centrales nucléaires et autres projets insoutenables comme le Grand Paris – alors que très probablement, il n’y aura bientôt plus de pétrole pour les faire fonctionner. Les avions repartent jusqu’à ce que, de blocages des dépôts de pétrole en faillites de compagnies aériennes, de plus en plus de destinations ne soient plus assurées. Et puis un beau jour plus un seul avion ne vole dans le ciel. Mais à ce moment-là, cela ne dérange plus personne. Les supermarchés ont fermé leurs portes, mais les Villes en transition s’efforcent de résoudre les problèmes d’intendance, y réussissant tant bien que mal.

L’Euroland était une tentative de contrecarrer la tendance lourde, celle de l’effondrement. Sa réussite provisoire constitue une parenthèse historique dans l’évolution à long terme qui va vers l’émiettement des organisations sociales et politiques. L’éclatement de la Belgique, après celui de la Tchécoslovaquie, de l’URSS, de la Yougoslavie et, demain, de l’Espagne, de l’Italie et de bien d’autres, est le signe manifeste de cette logique. Des fiefs plus ou moins fascistes dominés par des dictateurs populistes et xénophobes se dessinent déjà en Italie, en Autriche, en Hongrie et ailleurs, voire par des chefs de guerre comme dans l’ex-Yougoslavie. Bien sûr cela n’ira pas sans grèves, émeutes, saccages, grenades lacrymogènes et aussi, selon toute vraisemblance, kalachnikovs… A moins de remettre en question la société de croissance, on n’échappera pas au chaos.

Les mouvements antisystèmiques se développent, dans les villes en transition, les cités postcarbone, au sein des AMAP, par le biais d’échanges effectués avec des monnaies locales… Tout cela va dans un sens favorable au renforcement des organisations résilientes, autonomes et conviviales, constituant des oasis qui peuvent féconder le désert ou, au contraire être étouffées par lui. Outre le jardin familial et le bricolage qui résistent en toutes circonstances, deux institutions témoignent depuis le Néolithique d’une extraordinaire résilience : la petite exploitation paysanne et l’atelier artisanal. Ces deux institutions expliquent pourquoi et comment les Russes ont survécu à la décomposition de l’Union soviétique. Le message final est simple : le bonheur, la félicité se trouve dans la capacité à savoir limiter ses besoins.

in « Où va le monde ? (une décennie 2012-2022 au-devant des catastrophes) »

(mille et une nuits, 2012)

Daniel Cohn-Bendit, celui qui ne parle pas d’écologie

Dommage que les soi-disant écolos qui ont la faveur des médias ne parlent pas vraiment d’écologie. Dany Cohn-Bendit imagine dans Libération* ce que sera l’Europe en 2046.

– Une Europe « sortie de l’austérité » alors que la vie austère est la première des priorités d’un écolo ! Mais bien sûr il s’agit de sobriété partagée et de sens des limites. Dany emploie des mots sans les définir. Car s’il s’agit de sortir de l’austérité par une politique de relance de type keynésien, la réponse écolo est encore NON.

– L’accueil en Europe de « centaines de milliers de réfugiés » alors que les chocs climatiques et environnementaux vont faire en sorte que des dizaines de millions d’êtres humains voudront vivre en Europe. Comment trier les candidats à l’intégration ? La « liberté de circulation » a nécessairement des limites. L’Europe a-t-elle une capacité de charge suffisante pour accueillir autant de monde dans la dignité ? La question démographique n’est pas abordée par Dany alors que c’est essentiel.

– Dany énumère : « Transition énergétique, efficacité maximale dans l’usage des ressources, sortie du nucléaire fossile, développement des monnaies locales, renforcement du rôle international de l’euro et mise au pas des marchés financiers, innovations technologiques et sociales, changement des pratiques consuméristes, développement de l’agriculture paysanne post-agro-industrie : une révolution tranquille s’est enclenchée dans tous les domaines. » Et il croit que « Merkel et Hollande ont su écrire l’histoire (pour un meilleur monde en 2046) » alors que ce sont tous deux des porte-parole de croissancistes qui n’ont rien compris à l’urgence écologique.

– Dany rêve : « Des innovations ont émergé, comme la déconnexion de l’activité et du revenu et le revenu d’existence pour tous. (dotation inconditionnelle d’autonomie) » D’ici 2046, nous aurons connu la descente énergétique et la déstabilisation des sociétés trop complexes… et Dany croit encore qu’il suffira de demander pour obtenir. De toute façon un filet de sécurité au niveau social est absolument lié à un revenu maximum autorisé. Il faut d’abord réduire les inégalités avant de penser à donner plus, et ça Dany ne l’envisage pas.

– Dany est un apôtre de la mondialisation perpétuelle : « Des dizaines de milliers d’Européens se lancent dans de généreuses aventures planétaires et codéveloppent des infrastructures dans le monde entier. » C’est en contradiction totale avec le sens de l’histoire. Quand une civilisation comme la nôtre s’effondre, ce qui arrive c’est la démondialisation, un éclatement en petites communautés le plus possible autonome au niveau alimentaire et énergétique. Ce n’est pas les petites blancs qui apporteront le sac de riz qui seront à l’honneur, encore moins la multiplication de Grands Projets (d’infrastructures) inutiles.

Dany, t’es trop vieux dans ta tête

pour imaginer l’avenir…

* http://www.liberation.fr/france/2016/01/25/en-2046-trente-ans-apres-la-revolution-culturelle-du-vieux-continent_1428925

Ni euthanasie, ni suicide assisté, une molle décision !

Les partisans d’un « droit à mourir » et le statu quo défendu par les pro-vie sont renvoyés dos à dos. C’est la ligne médiocre, comme tout ce que font les politiciens actuels, mené par un président Hollande qui a toujours le mou milieu… sauf quand il s’agit d’envoyer des soldats sur le front extérieur ! Plus de dix ans après la loi Leonetti, à l’issue d’un long et houleux processus d’élaboration entamé en 2012, la France devrait se doter, mercredi 27 janvier, d’une nouvelle loi sur la fin de vie : droit à la « sédation profonde et continue » jusqu’au décès pour les malades en phase terminale, et des directives anticipées contraignantes pour le médecin… sans être toutefois opposables. Ni euthanasie, ni suicide assistée, un « droit de dormir avant de mourir pour ne pas souffrir ».* Encore faut-il être atteint d’une « affection grave et incurable », dont le « pronostic vital est engagé à court terme » et qui présente une « souffrance réfractaire aux traitements ». En fait le nouveau texte propose « pour seule issue la déshydratation et la dénutrition ». La sédation « palliative ou bientraitante » n’est pas responsable du décès !! Le soignant pourra en effet déroger aux directives anticipées « en cas d’urgence vitale pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation » et lorsqu’elles « apparaissent manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale ». Voici les réactions appropriées de quelques internautes sur lemonde.fr :

Stavogrine : Encore une promesse non tenue sous la pression des religions . A qui fera t ‘ on croire encore que l ‘ on vit dans un état laïque . M r Valls , Mme Touraine à quand le suicide assisté , à ce jour réservé aux personne aisée pouvant se rendre en Suisse ( on en revient à l époque des voyages en Angleterre pour avorter!!!!!!) La France , patrie des Lumières( éteintes )

Itavodev : Ceux qui ont les moyens vont le faire à l’extérieur de la France dans les pays des paradis fiscaux et les autres trop souvent se suicident seuls dans leur appartement et un médecin d’urgence signe un certificat de décès. Belle France ou la religion mène toujours la politique n’est-ce-pas ?

Et la liberté de tout un chacun : Sédation profonde et arrêt de tous les traitements, un petit progrès depuis la loi Léonetti. Pas une victoire pour tous ceux qui veulent pouvoir choisir le moment de leur mort. N’en déplaise aux religieux de tout poil qui ont l’indécence de vouloir faire porter à tous le poids de leurs propres engagements , engagements qui ne concernent qu’eux. Marre, vraiment marre, de tous les fanatiques religieux – religions confondues- qui veulent absolument soumettre tout le monde à LEURS principes.

Oui mais : Mais ces religieux nous aiment tellement et se soucient tant de nous et de notre salut qu’ils tiennent à nous faire respecter leurs principes…

Cohelet : Le débat n’est pas entre religieux et non. La question de fond pour chacun/e est le rapport à sa propre finitude. Comment décider en conscience des derniers jours de sa vie sans laisser aux survivants, ses proches, un poids trop lourd à porter.

Pierre J : Le suicide assiste puis l’euthanasie, de toutes façons, on y viendra. Ca demandera plus ou moins d’étapes et de temps. On y viendra, qu’on le veuille ou non, ne serait-ce que pour des raisons économiques.

* LE MONDE du 29 janvier 2016, Fin de vie : ce que va changer la nouvelle loi Claeys-Leonetti

La démocratie représentative élargie aux acteurs absents

Comment représenter les forêts, les pôles et les océans ? Bruno Latour s’attachait dans LE MONDE à répondre à cette question tout en ignorant l’expression « acteurs absents ». Voici quelques éléments pour éclairer la lanterne de Bruno et satisfaire la curiosité de nos lecteurs.

Acteur absent (ou tiers absent), un mot du dictionnaire

Acteur qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. EXEMPLE : milieu naturel, êtres vivants non humains, générations futures. (Dictionnaire du développement durable, AFNOR 2004).

Acteur absent, une notion utilisée dans la démarche écologique

https://developpementdurable.revues.org/1133

L’homme moderne, considéré à travers la théorie de l’acteur social, a ainsi été construit seulement social et seulement actuel. Deux aspects fondamentaux ont été dissociés de son étude et lui sont pourtant intimement et intrinsèquement liés : la nature (milieu naturel et vivant biologique) et la ‘tradition’ (générations futures et passées)…

Il s’agit ici de comprendre comment les humains contemporains (acteurs du territoire) perçoivent les acteurs absents afin d’évaluer ce qui relie aujourd’hui acteurs et territoire. Pour chaque acteur, nous choisissons de mesurer sa volonté de cohabiter (dimension cohabitation) avec son territoire ou de le dominer (dimension domination), grâce à une série d’indicateurs. Grossièrement, un acteur aura tendance à cohabiter avec son territoire s’il tient compte des générations futures et du vivant biologique dans ses projets ; un acteur aura tendance à dominer son territoire s’il ne tient compte que de ses intérêts propres.

On peut par exemple identifier les acteurs les plus disposés à négocier, c’est-à-dire les plus ouverts au dialogue ; ensuite, ceux qui portent au sein de leurs objectifs les enjeux des acteurs absents, qu’il sera essentiel d’intégrer au processus de négociation.

https://tem.revues.org/1262

Les désordres écologiques posent, au niveau global comme local, la question centrale : comment vivre ensemble ? ou plus précisément : comment décider ensemble ? A ce propos, nous montrons que les théories de la négociation dévoilent leurs faiblesses quand elles sont confrontées aux acteurs faibles et aux acteurs absents ; deux entités importantes à considérer dans une problématique environnementale.

Afin de faciliter la négociation environnementale dans un contexte multi-acteurs, nous avons mis au point le modèle de l’Acteur en 4 Dimensions (A4D). Testé sur plusieurs territoires dont deux en France (Adour, Forez), ce modèle conceptuel d’analyse issu d’une réflexion transdisciplinaire s’attache à appréhender les jeux d’acteurs sur un territoire par l’étude des liens entre humains et des liens homme-nature ainsi que par leurs interactions. Nous parvenons à identifier les acteurs absents et faibles d’un territoire et soulignons le fait qu’un consensus entre acteurs forts peut mener à une dégradation environnementale. Nous présentons également 4 types de comportements face à l’idée de concertation. L’objectif est d’atteindre une négociation environnementale portée par un médiateur qui puisse mettre en lumière les enjeux des faibles et des absents : une base de travail pour l’organisation d’une démarche de gestion intégrée et participative des ressources naturelles.

La démocratie représentative élargie aux acteurs absents

Comment représenter les forêts, les pôles et les océans ? Bruno Latour s’attachait dans LE MONDE à répondre à cette question tout en ignorant l’expression « acteurs absents ». Voici quelques éléments pour éclairer la lanterne de Bruno et satisfaire la curiosité de nos lecteurs.

Acteur absent (ou tiers absent), un mot du dictionnaire

Acteur qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. EXEMPLE : milieu naturel, êtres vivants non humains, générations futures. (Dictionnaire du développement durable, AFNOR 2004).

Acteur absent, une notion utilisée dans la démarche écologique

https://developpementdurable.revues.org/1133

L’homme moderne, considéré à travers la théorie de l’acteur social, a ainsi été construit seulement social et seulement actuel. Deux aspects fondamentaux ont été dissociés de son étude et lui sont pourtant intimement et intrinsèquement liés : la nature (milieu naturel et vivant biologique) et la ‘tradition’ (générations futures et passées)…

Il s’agit ici de comprendre comment les humains contemporains (acteurs du territoire) perçoivent les acteurs absents afin d’évaluer ce qui relie aujourd’hui acteurs et territoire. Pour chaque acteur, nous choisissons de mesurer sa volonté de cohabiter (dimension cohabitation) avec son territoire ou de le dominer (dimension domination), grâce à une série d’indicateurs. Grossièrement, un acteur aura tendance à cohabiter avec son territoire s’il tient compte des générations futures et du vivant biologique dans ses projets ; un acteur aura tendance à dominer son territoire s’il ne tient compte que de ses intérêts propres.

On peut par exemple identifier les acteurs les plus disposés à négocier, c’est-à-dire les plus ouverts au dialogue ; ensuite, ceux qui portent au sein de leurs objectifs les enjeux des acteurs absents, qu’il sera essentiel d’intégrer au processus de négociation.

https://tem.revues.org/1262

Les désordres écologiques posent, au niveau global comme local, la question centrale : comment vivre ensemble ? ou plus précisément : comment décider ensemble ? A ce propos, nous montrons que les théories de la négociation dévoilent leurs faiblesses quand elles sont confrontées aux acteurs faibles et aux acteurs absents ; deux entités importantes à considérer dans une problématique environnementale.

Afin de faciliter la négociation environnementale dans un contexte multi-acteurs, nous avons mis au point le modèle de l’Acteur en 4 Dimensions (A4D). Testé sur plusieurs territoires dont deux en France (Adour, Forez), ce modèle conceptuel d’analyse issu d’une réflexion transdisciplinaire s’attache à appréhender les jeux d’acteurs sur un territoire par l’étude des liens entre humains et des liens homme-nature ainsi que par leurs interactions. Nous parvenons à identifier les acteurs absents et faibles d’un territoire et soulignons le fait qu’un consensus entre acteurs forts peut mener à une dégradation environnementale. Nous présentons également 4 types de comportements face à l’idée de concertation. L’objectif est d’atteindre une négociation environnementale portée par un médiateur qui puisse mettre en lumière les enjeux des faibles et des absents : une base de travail pour l’organisation d’une démarche de gestion intégrée et participative des ressources naturelles.

Réparation des dommages écologiques et chaos législatif

L’article 4 de la Charte de l’environnement (2005) indique : « Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi. » Mais que dit la loi ? L’article 1382 du code civil est restrictif, “celui dont la faute cause un dommage à autrui est tenu de le réparer« . Nulle trace d’environnement en soi !

lire  : préjudice écologique et crime écologique
Un nouvel article du code civil est donc en gestation : « toute personne qui cause un dommage grave et durable à l’environnement est tenue de le réparer. » Cette réparation « s’effectue prioritairement en nature », c’est-à-dire par une remise en état du milieu au frais de celui qui l’a dégradé. Ou, si une telle restauration est impossible, par « une compensation financière versée à l’Etat ou à un organisme désigné par lui et affectée (…) à la protection de l’environnement ».

LE MONDE* relate la lente élaboration de cet article. Après le naufrage de l’Erika en 1999, relâchant 20 000 tonnes de fioul lourd sur les côtes françaises, la Cour de cassation avait reconnu en 2012 le préjudice écologique. Le président du conseil général de Vendée dépose alors en mai 2012 une proposition de loi visant à inscrire le préjudice écologique et son indemnisation dans le code civil, afin de lui « donner un fondement juridique incontestable ». Elle sera votée par le Sénat, mais jamais inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée. Or le code de l’environnement reconnaît déjà la responsabilité environnementale depuis une loi de 2008, mais avec des modalités d’application restreintes. Un groupe de travail formule en septembre 2013 dix propositions, ce rapport Jégouzo reste lettre morte. En novembre 2015, la ministre de la justice Christiane Taubira reconnaît qu’elle ne parvient pas à inscrire le texte à l’ordre du jour du Parlement. Le gouvernement bloque toute écologie qu’il considère comme «punitive» pour les finances de l’Etat, et les lobbies industriels s’activent en coulisse pour éliminer tout risque juridique pour les entreprises. Le principe du pollueur-payeur reste un principe respectable du moment qu’il n’est pas respecté !

Encore une fois les considérations économiques l’emportent, la planète continue de se détériorer sous les assauts du court-termisme humain. Notre gouvernement dit «socialiste» n’a encore aucune conscience de l’urgence écologique.

* LE MONDE du 23 janiver 2016, Le Sénat sort le préjudice écologique des limbes

Les prises de poisson témoignent de notre surpuissance

Il y a plus de quarante ans, l’impossibilité de poursuivre une croissance indéfinie dans un monde fini était déjà démontrée par le rapport au Club de Rome dont voici ci-dessous un extrait centré sur la pêche : « Rares sont ceux qui imaginent devoir apprendre à vivre à l’intérieur de limites rigides lorsque la plupart espèrent les repousser indéfiniment. Cette foi s’est trouvée renforcée par une croyance en l’immensité de la terre et de ses ressources et en la relative insignifiance de l’homme et de ses activités dans un monde apparemment vaste. Ce rapport entre les limites de la terre et les activités humaines est en train de changer. Même l’océan, qui, longtemps, a semblé inépuisable, voit chaque année disparaître, espèce après espèce, poissons et cétacés. Des statistiques récentes de la FAO montrent que le total des prises des pêcheries a pour la première fois depuis 1950 accusé une baisse en 1969, malgré une modernisation notable des équipement et des méthodes de pêche (on trouve par exemple de plus en plus difficilement les harengs de Scandinavie et les cabillauds de l’Atlantique. »

Il est français mais inconnu en France. Il est pourtant le premier à alerter la communauté internationale sur la surexploitation des ressources halieutiques. S’appuyant principalement sur les statistiques de la FAO, Daniel Pauly prouve en 2001 que les stocks de poissons diminuent depuis la fin des années 1980… Il démontre que les humains pêchent des poissons de plus en plus bas dans la chaîne alimentaire des océans : nous finirons par manger du zooplancton… Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, la pêche mondiale a connu un pic en 1996, avec 86 millions de tonnes de poissons sortis de l’eau, puis elle est restée quasiment « stable ». Daniel Pauly et Dirk Zelly approfondissent la question par une étude de janvier 2016*. Ils chiffrent le maximum à 130 millions de tonnes en 1996. Puis les performances de la pêche ont régressé de 1,2 million de tonnes par an. Malgré la forte croissance des armements, la diffusion des techniques industrielles de pêche jusque dans les coins les plus reculés de la planète et la sophistication toujours plus poussée du matériel, les tonnages des captures ne cessent de diminuer. Or le poisson reste un apport de protéines essentielles auprès de beaucoup de populations côtières,

L’humanité aura besoin en 2050 du double de ce que produit la planète tous les ans. Nous devrons donc puiser dans les réserves. A force d’y puiser, les réserves qui ne seront pas encore épuisée à cette époque ne seront ni nombreuses, ni importantes, que ce soit en énergie fossiles, en eau potable ou en matière premières naturelles. La plupart des experts prédisent que les stocks de poissons commerciaux seront épuisés, des forêts presque totalement détruites et des réserves d’eau douce faibles et polluées. Il n’est pas raisonnable d’espérer que d’hypothétiques découvertes miraculeuses nous mettront à l’abri des effets de l’interaction entre une population une demi-fois plus nombreuse qu’aujourd’hui en 2050 (ndlr : soit 9 milliards d’êtres humains), des ressources rares et chères, des écosystèmes déréglés et un climat moins complaisant. Il est même assez probable que le tout génère des troubles sociaux, voire géopolitiques généralisés.

* LE MONDE du 21 janvier 2016, La surpêche et le déclin des ressources ont été largement sous-estimés

L’ONU et ces humains en état de guerre permanente

Des archéologues ont découvert au Kenya les dépouilles des victimes d’un féroce combat, qui s’est déroulé il y a 10 000 ans. Ils étaient un peu moins d’une trentaine, des hommes, des femmes, dont l’une enceinte, et quelques enfants. Morts au combat, ou simplement massacrés. Un homme le genou cassé, une pointe de flèche fichée dans le crâne. Ces populations étaient des nomades, vivant de chasse et de cueillette. Dans deux anciens cimetières d’environ 9 000 ans en Roumanie, environ un tiers des défunts avaient été atteints par des flèches et autres projectiles. Il n’y a pas de « bon sauvage », il y a tout au long de la préhistoire des signes de violence*. Dans une vallée allemande il y a environ 3200 ans, des ossements et des armes marquent le lieu d’un champ de bataille en Europe pendant la troisième période de l’âge du bronze. La bataille semble avoir opposé des tribus d’origines géographiques différentes**. La notion de territoire et de recherche de territoire faisait déjà ces ravages, même pour de petits groupes. À partir de cette époque, les archéologues retrouvent de plus en plus de sites fortifiés et d’hommes enterrés avec des lances, des haches, des hallebardes ou des poignards. Au XXe siècle les massacres localisés ont fait place à deux guerres mondiales.

A l’issue de la seconde guerre mondiale la mission centrale de l’ONU, inscrite dans sa charte, reste la paix et la sécurité internationales***. Soixante-dix ans plus tard, pourtant forte de ses 193 Etats membres, l’ONU a connu bien des tragédies : l’impossible réconciliation israélo-palestinienne, un génocide rwandais qui a fait 800 000 morts en cent jours, le massacre de Srebrenica où la population était normalement sous protection des casques bleus, plus récemment, les fiascos libyen, ukrainien et sud soudanais, la crise syrienne et ses 250 000 morts en près de cinq ans, l’émergence de l’organisation terroriste Etat islamique… pourtant jamais l’ONU n’a été aussi indispensable. Si l’ONU n’existait pas, la situation serait encore plus désastreuse. Comme le disait Dag Hammarskjöld qui fut son ecrétaire général de 1953 à 1961, l’ONU rester le lieu indispensable de la diplomatie, « pas pour nous faire accéder au Ciel, mais pour nous sauver de l’enfer ».

Mais la réponse institutionnelle à l’état de guerre permanente n’est rien si on ne transforme pas les ressorts psychologiques des citoyens et le contexte socio-écologique. La cause profonde des conduites les plus cruelles est beaucoup moins le sadisme de quelques individus que la soumission collective à l’autorité. La connaissance des mécanismes de la soumission à l’autorité dans la plupart des sociétés peut permettre à une personne de se détacher des commandements proférés par sa société d’appartenance. C’est seulement à ce prix que tu peux accéder à une véritable liberté et désobéir en toute connaissance de cause. Désobéir à la militarisation des conflits résulte d’un contre-conditionnement. Utilisez simplement, dit Gandhi, ce petit mot magique qui existe dans toutes les langues : « non ». Ma tâche sera terminée, ajoutait-il, si je réussis à convaincre l’humanité que chaque homme ou chaque femme est le gardien de sa dignité et de sa liberté. Encore faut-il que le contexte économique et écologique s’y prête. Or il y a de fortes chances aujourd’hui que commence une période de grandes turbulences, marquée par des crises financières à répétition liées à l’épuisement des ressources naturelles. Agir pour la paix, c’est aussi revendiquer l’objection de croissance, la préoccupation écologiste et la décentralisation politique. La paix, c’est comme la démocratie, elle ne peut être imposée de l’extérieur, elle résulte d’une maturité des peuples qui ont pris goût à leur autonomie alimentaire et énergétique.

Autant la défense nationale armée convient à une société hiérarchisée, orientée vers la production et la consommation de masse, autant la défense civile n’est concevable qu’au sein d’une société décentralisée dans tous les domaines, relativement égalitaire, organisée en unités de vie et de production autonomes.

* http://archeo.blog.lemonde.fr/2016/01/20/decouverte-de-la-plus-ancienne-bataille/

** http://www.larecherche.fr/savoirs/archeologie/champ-bataille-age-du-bronze-01-01-2012-88367

*** LE MONDE du 19 janvier 2016, L’ONU face aux guerres du XXIe siècle

Comment représenter les forêts, les pôles et les océans ?

Nous les écologistes, nous voulons être les représentants des acteurs absents, ceux qui ne participent pas à nos délibérations démocratiques, c’est-à-dire les éléments de la biosphère, les générations futures, les non-humains. Un texte de Bruno Latour* recoupe cette nouvelle conception de la démocratie représentative, sauf qu’il semble ignorer l’existence de l’expression « acteurs absents », pourtant officialisé par le dictionnaire AFNOR de 2004.

« Les Nations unies rassemblent tous les pays, et, par conséquent, le territoire légal de ces nations. Toutefois, même si vous regardez une carte politique du monde, vous vous apercevrez aussitôt que toutes ces nations mises ensemble ne recouvrent pas le globe terrestre. Ni l’océan ni les pôles n’entrent dans ces frontières. Si vous regardez plus attentivement et passez d’une carte administrative à une carte géologique ou météorologique, vous verrez clairement que de vastes pans de l’existence terrestre, dont pourtant les nations dépendent, ne sont représentés par personne : ni l’atmosphère, ni le pétrole, ni le charbon, ni les animaux, ni les forêts. Plus curieux encore, les sols, dont le soin et le maintien sont indispensables à la définition même d’un territoire, n’ont pas de représentants officiels, si bien qu’on peut les piller comme s’ils ne formaient pas le socle de l’Europe, de la Chine ou de l’Ethiopie.

Si l’on définit le territoire par ce dont on dépend pour subsister, ce que l’on est prêt par conséquent à défendre, ce qui a des bords à peu près délimités et que l’on est capable de représenter par des sentiments, des cartes, des chiffres et des récits, on s’aperçoit que le système des Nations unies n’a rassemblé jusqu’ici que les Etats. Or les Etats, on l’a compris avec la lenteur des décisions sur le climat, poursuivent les intérêts des populations humaines, mais nullement des territoires dont ceux-ci dépendent. Le système de sécurité mondiale est donc schizophrène : on prétend protéger des populations que l’on prive de leurs conditions d’existence. Les Etats sont pensés hors sol, à peu près comme on cultive des salades hydroponiques…

On objectera qu’il est difficile de faire représenter les forêts, les océans, les animaux sauvages, le phosphore ou le pétrole, par un humain parlant, puisqu’ils sont muets et sans voix. L’objection est doublement fallacieuse : il existe d’innombrables moyens de les faire parler – c’est d’habitude ce qu’on appelle les sciences des forêts, des océans, des sols et de la terre ; et, d’autre part, si l’on peut représenter la « France » ou le « Canada », qui sont des êtres de raison, on doit pouvoir représenter l’atmosphère, dont le découpage est sûrement moins arbitraire…Représenter, c’est toujours donner à un individu, à une personne physique, la tâche d’incarner le collectif, la personne morale. Tant que les territoires véritables dont nous dépendons ne sont pas représentés dans une deuxième Chambre par des individus en chair et en os, nous n’entendrons pas les protestations de l’océan, la révolte des sols, l’indignation des bêtes. Par conséquent, nous serons incapable de définir nos propres intérêts. Les populations resteront sans défense. »

* LE MONDE du 19 janvier 2016, Bruno Latour : Comment représenter les forêts, les pôles et les océans

A Ungersheim, on mange local et on paye en radis

Ungersheim, commune de 2 200 habitants du Haut-Rhin, est sans doute à l’image de la France dans un siècle : une mosaïque de communautés restreintes qui s’efforcent de vivre une certaine autonomie alimentaire et énergétique. Voici un résumé de l’article du MONDE*.

« Une fois par semaine, une entreprise maraîchère les Jardins du Trèfle rouge, la toute jeune conserverie locale ainsi qu’un marchand d’œufs du cru vendent leur production sur la place de la mairie. Assurer la souveraineté alimentaire de la commune, en créant une filière locale « de la graine à l’assiette », autrement dit en proposant aux villageois des aliments produits localement : c’est l’objectif poursuivi depuis quatre ans par la municipalité d’Ungersheim. « Aujourd’hui, la nourriture que nous consommons, venant de centaines, voire de milliers de kilomètres, est essentiellement livrée par camion. Or en cas de choc, pétrolier notamment, nous pourrions nous trouver rapidement en situation de pénurie. Alors même que nous sommes entourés d’une centaine d’hectares de terres agricoles, mais vouées à des monocultures de maïs ou de céréales, destinées à l’exportation », explique son maire, Jean-Claude Mensch. Sous égide municipale, les Jardins du Trèfle rouge, employant 25 personnes, produit une trentaine de tonnes de légumes de saison par an (soit une centaine de variétés sur toute l’année). Elle confectionne chaque semaine quelque 150 paniers de légumes et fournit chaque jour en nourriture la cantine de l’école du village. La conserverie a démarré son activité en août 2015. Elle confectionne déjà entre 600 et 1 000 bocaux par semaine. Pour inciter les habitants à consommer les denrées issues du territoire, la municipalité s’est dotée le 13 juillet 2015 d’une monnaie locale, qui ne peut donc être utilisée que sur place : le radis. Mais toutes ces initiatives appellent une évolution dans les modes de vie, une évolution culturelle, qui ne se décrète pas d’un claquement de doigts et demande du temps. »

Belle expérience, du type « communauté de transition » comme le prône Rob Hopkins. Mais comment adapter ce système qui tend à l’autonomie alimentaire et énergétique à une ville de plus de 22 000 habitants… ou la transposer à une ville de plus de 200 000 ou 2 millions d’habitants. Ne peut-on craindre que des urbains affamés aillent se nourrir à Ungersheim. Faut-il armer les ruraux et les transformer en « survivalistes » ?

* Le Monde.fr | 14.01.2016, A Ungersheim, manger local et payer en radis

loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

En mars 2015 le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages avait été voté en première lecture à l’Assemblée nationale par 325 voix contre 189. La quasi-totalité des députés UMP a voté contre un texte pénalisant pour les agriculteurs et chasseurs. Les scientifiques démontrent qu’il n’y aura pas de planète de rechange, pourtant rien ne change politiquement ! Ce projet de loi n’arrive que le 19 janvier 2016 en première lecture au Sénat !! C’est peu de dire que la biodiversité n’est pas au centre des préoccupations du gouvernement socialiste. Cette loi n’aura pas les moyens de peser sur les grandes politiques agricoles, de transports ou industrielles qui portent le plus atteinte à la biodiversité. Tout l’enjeu réside dans la notion de compensation. Depuis la loi de 1976, l’idée est que tout maître d’ouvrage doit « éviter, réduire et compenser » les impacts de ses projets sur les milieux naturels. Le fait d’avoir commis un acte répréhensible se traduit par l’obligation de se rattraper dans un autre domaine. Cela permet de jouir plus longtemps de ce qui est contestable. Le monsieur qui offre un cadeau à sa femme après l’avoir trompée, c’est vieux comme l’adultère. Concrètement, le bétonneur Vinci pourrait financer la restauration de terrains ailleurs en France pour imposer son projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Audrey Garric dans LE MONDE* est claire : « Le projet de loi sur la biodiversité insiste surtout sur la compensation, en généralisant ce qui n’était alors qu’une expérimentation : des réserves d’actifs naturels, gérées par des acteurs privés, qui fourniront des mesures compensatoires « clé en main » aux aménageurs. Cela donne un droit à détruire la nature et laisse entendre qu’on peut remplacer ce qu’on a détruit à un endroit par un bout de nature supposé équivalent à un autre endroit. Or, nombre d’études scientifiques ont prouvé que la fonctionnalité des écosystèmes restaurés n’atteint jamais celle de ceux détruits, tant il est difficile de récréer des milieux constitués au fil des siècles. Au final, il y a « financiarisation de la biodiversité », banques de compensation, transfert des actifs naturels, reprise du vocabulaire de l’économie. »

La compensation carbone est un autre domaine, le réchauffement climatique, où ce trafic d’indulgence fait encore ses ravages. Le trafic des indulgences était une rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle encourue en raison d’un péché pardonné, ce qui se faisait généralement contre espèces sonnantes et trébuchantes. L’économie se passe de la religion, mais utilise quand même ses artifices…

* LE MONDE du 19 janvier 2016, La nature, un bien marchand ?

loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

En mars 2015 le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages avait été voté en première lecture à l’Assemblée nationale par 325 voix contre 189. La quasi-totalité des députés UMP a voté contre un texte pénalisant pour les agriculteurs et chasseurs. Les scientifiques démontrent qu’il n’y aura pas de planète de rechange, pourtant rien ne change politiquement ! Ce projet de loi n’arrive que le 19 janvier 2016 en première lecture au Sénat !! C’est peu de dire que la biodiversité n’est pas au centre des préoccupations du gouvernement socialiste. Cette loi n’aura pas les moyens de peser sur les grandes politiques agricoles, de transports ou industrielles qui portent le plus atteinte à la biodiversité. Tout l’enjeu réside dans la notion de compensation. Depuis la loi de 1976, l’idée est que tout maître d’ouvrage doit « éviter, réduire et compenser » les impacts de ses projets sur les milieux naturels. Le fait d’avoir commis un acte répréhensible se traduit par l’obligation de se rattraper dans un autre domaine. Cela permet de jouir plus longtemps de ce qui est contestable. Le monsieur qui offre un cadeau à sa femme après l’avoir trompée, c’est vieux comme l’adultère. Concrètement, le bétonneur Vinci pourrait financer la restauration de terrains ailleurs en France pour imposer son projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Audrey Garric dans LE MONDE* est claire : « Le projet de loi sur la biodiversité insiste surtout sur la compensation, en généralisant ce qui n’était alors qu’une expérimentation : des réserves d’actifs naturels, gérées par des acteurs privés, qui fourniront des mesures compensatoires « clé en main » aux aménageurs. Cela donne un droit à détruire la nature et laisse entendre qu’on peut remplacer ce qu’on a détruit à un endroit par un bout de nature supposé équivalent à un autre endroit. Or, nombre d’études scientifiques ont prouvé que la fonctionnalité des écosystèmes restaurés n’atteint jamais celle de ceux détruits, tant il est difficile de récréer des milieux constitués au fil des siècles. Au final, il y a « financiarisation de la biodiversité », banques de compensation, transfert des actifs naturels, reprise du vocabulaire de l’économie. »

La compensation carbone est un autre domaine, le réchauffement climatique, où ce trafic d’indulgence fait encore ses ravages. Le trafic des indulgences était une rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle encourue en raison d’un péché pardonné, ce qui se faisait généralement contre espèces sonnantes et trébuchantes. L’économie se passe de la religion, mais utilise quand même ses artifices…

* LE MONDE du 19 janvier 2016, La nature, un bien marchand ?

Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant

Une proposition de loi supprimant la publicité dans les programmes pour enfants sur France Télévisions a été adoptée le 14 janvier 2016*. Le texte vise les émissions destinées aux enfants de moins de douze ans ainsi que durant les quinze minutes qui les précèdent et qui les suivent. Notons que « la quasi-totalité des spots diffusés dans les émissions pour enfants demeurent orientés vers des produits saturés en sucre ou en gras ». Le temps passé devant la télévision et devant les spots promotionnels est corrélé à l’augmentation de la consommation d’aliments denses en énergie et pauvres nutritionnellement. Une étude montre aussi que plus des trois quarts des demandes ou des achats effectués par les enfants de 4 à 10 ans sont en lien avec une publicité. Et 82 % des enfants interrogés disent qu’il leur arrive régulièrement de demander ou d’acheter un produit « vu à la télévision ». D’autres pays ont déjà fait le choix de supprimer la publicité en direction des enfants. C’est par exemple le cas au Québec depuis 1980, en Suède depuis 1991 et en Norvège depuis 1992.

Mais l’adoption de la proposition de loi n’a été possible qu’en raison du faible nombre de députés socialistes présents dans l’Hémicycle. En effet, la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin et le groupe socialiste à l’Assemblée nationale avaient affiché leur désaccord face à ce texte. Ils mettent en garde contre la situation économique de France Télévisions. Selon la ministre, « La situation financière de France Télévisions est préoccupante. Les recettes publicitaires ont diminué de 100 millions d’euros entre 2010 et 2014 et ce dispositif se traduira par un manque de 15 à 20 millions d’euros. » Encore une fois l’économique essaye de l’emporter sur l’intérêt des enfants, sur la nécessité écologique de réduire notre consommation et sur l’importance d’échapper à l’aliénation consumériste. On n’aliène jamais mieux autrui qu’en lui rappelant sa liberté. Affirmer dans chaque slogan publicitaire la liberté de choix des consommateurs, c’est vouloir faire coïncider une production industrielle décidée à l’avance avec les envies de chacun. Le schéma classique du besoin qui porte vers l’objet s’est renversé, les objets génèrent des désirs qui, à leur tour, créent des besoins. Le désir d’objet a pris le pas sur le désir d’être.

Sur ce blog, notre conception est claire, interdiction de la publicité, il nous suffit pour choisir d’avoir le résultat de tests comparatifs qualité/prix. Quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix. » Un écologiste raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.

* lemonde.fr | 15.01.2016, La suppression de la publicité pour enfants fait débat entre socialistes et écologistes

Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant

Une proposition de loi supprimant la publicité dans les programmes pour enfants sur France Télévisions a été adoptée le 14 janvier 2016*. Le texte vise les émissions destinées aux enfants de moins de douze ans ainsi que durant les quinze minutes qui les précèdent et qui les suivent. Notons que « la quasi-totalité des spots diffusés dans les émissions pour enfants demeurent orientés vers des produits saturés en sucre ou en gras ». Le temps passé devant la télévision et devant les spots promotionnels est corrélé à l’augmentation de la consommation d’aliments denses en énergie et pauvres nutritionnellement. Une étude montre aussi que plus des trois quarts des demandes ou des achats effectués par les enfants de 4 à 10 ans sont en lien avec une publicité. Et 82 % des enfants interrogés disent qu’il leur arrive régulièrement de demander ou d’acheter un produit « vu à la télévision ». D’autres pays ont déjà fait le choix de supprimer la publicité en direction des enfants. C’est par exemple le cas au Québec depuis 1980, en Suède depuis 1991 et en Norvège depuis 1992.

Mais l’adoption de la proposition de loi n’a été possible qu’en raison du faible nombre de députés socialistes présents dans l’Hémicycle. En effet, la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin et le groupe socialiste à l’Assemblée nationale avaient affiché leur désaccord face à ce texte. Ils mettent en garde contre la situation économique de France Télévisions. Selon la ministre, « La situation financière de France Télévisions est préoccupante. Les recettes publicitaires ont diminué de 100 millions d’euros entre 2010 et 2014 et ce dispositif se traduira par un manque de 15 à 20 millions d’euros. » Encore une fois l’économique essaye de l’emporter sur l’intérêt des enfants, sur la nécessité écologique de réduire notre consommation et sur l’importance d’échapper à l’aliénation consumériste. On n’aliène jamais mieux autrui qu’en lui rappelant sa liberté. Affirmer dans chaque slogan publicitaire la liberté de choix des consommateurs, c’est vouloir faire coïncider une production industrielle décidée à l’avance avec les envies de chacun. Le schéma classique du besoin qui porte vers l’objet s’est renversé, les objets génèrent des désirs qui, à leur tour, créent des besoins. Le désir d’objet a pris le pas sur le désir d’être.

Sur ce blog, notre conception est claire, interdiction de la publicité, il nous suffit pour choisir d’avoir le résultat de tests comparatifs qualité/prix. Quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix. » Un écologiste raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.

* lemonde.fr | 15.01.2016, La suppression de la publicité pour enfants fait débat entre socialistes et écologistes

Le juste prix du pétrole, le même en 2009 et en 2016 !!!

Le « Juste Prix » fait penser à un jeu télévisé, The Price Is Right, aux multiples variations ! C’est dire si nous rentrons dans l’inconnu avec une telle expression. Mais le journaliste Jean-Michel Bezat* se contente de ce qu’il connaît, le jeu marchand de l’offre et de la demande : « juste prix du baril, prix qui assure la rentabilité des investissements de production sans tuer la demande de pétrole ». Donc pour faire plaisir à tout le monde, « un cours oscillant autour de 70 dollars ». Ce n’est que dans ses deux dernières lignes que Bezat se fait plus perspicace : « Une dernière composante intervient : la lutte contre le réchauffement climatique. Plus le pétrole est cher, plus les énergies alternatives et propres sont compétitives et moins les automobilistes sont incités à utiliser leur voiture. »

Rien de nouveau sous le soleil, Bezat avait écrit exactement la même chose… en 2009 : Sous la rubrique matières premières (29-30 mars 2009), il s’interrogeait doctement sur le juste prix du pétrole ou optimum économique. Avait-il la réponse ? Oui, il avait la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffisait au journaliste de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe. Mais n’occultons pas la conclusion que faisait Jean-Michel : « Le sursis que les pétroliers s’accordent ne fera que rendre plus difficile la résolution de l’équation climatique. » La même conclusion qu’en 2016 !

En fait Bezat ne considère que deux paramètres, un baril bon marché pour soutenir la demande ou un brut plus cher afin de poursuivre les investissements. Ni le journaliste, ni les pétromonarchies, ne s’interrogent réellement sur la raréfaction croissance du pétrole, le pic pétrolier imminent et le réchauffement climatique provoqué par la combustion de pétrole. Le long terme n’existe pas pour ces « spécialistes », rien ne vaut le bon temps du court et moyen terme. Mais les générations futures se passeront de pétrole, l’ère de la facilité se termine. Comme disait Colin Campbell dans LaRevueDurable (février-mars-avril 2008) : «  Ce que fournit aujourd’hui au monde l’énergie du pétrole, c’est l’équivalent de 22 milliards d’esclaves travaillant nuit et jour. La société vit grâce au pétrole depuis plus d’un siècle et doit maintenant  réaliser qu’elle devra se débrouiller sans énergie alternative aussi pratique à utiliser et facile à extraire. Bien sûr, on peut toujours remonter à cheval… »

* Le Monde.fr | 13.01.2016, Quel est le « juste prix » du pétrole ?

Le juste prix du pétrole, le même en 2009 et en 2016 !!!

Le « Juste Prix » fait penser à un jeu télévisé, The Price Is Right, aux multiples variations ! C’est dire si nous rentrons dans l’inconnu avec une telle expression. Mais le journaliste Jean-Michel Bezat* se contente de ce qu’il connaît, le jeu marchand de l’offre et de la demande : « juste prix du baril, prix qui assure la rentabilité des investissements de production sans tuer la demande de pétrole ». Donc pour faire plaisir à tout le monde, « un cours oscillant autour de 70 dollars ». Ce n’est que dans ses deux dernières lignes que Bezat se fait plus perspicace : « Une dernière composante intervient : la lutte contre le réchauffement climatique. Plus le pétrole est cher, plus les énergies alternatives et propres sont compétitives et moins les automobilistes sont incités à utiliser leur voiture. »

Rien de nouveau sous le soleil, Bezat avait écrit exactement la même chose… en 2009 : Sous la rubrique matières premières (29-30 mars 2009), il s’interrogeait doctement sur le juste prix du pétrole ou optimum économique. Avait-il la réponse ? Oui, il avait la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffisait au journaliste de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe. Mais n’occultons pas la conclusion que faisait Jean-Michel : « Le sursis que les pétroliers s’accordent ne fera que rendre plus difficile la résolution de l’équation climatique. » La même conclusion qu’en 2016 !

En fait Bezat ne considère que deux paramètres, un baril bon marché pour soutenir la demande ou un brut plus cher afin de poursuivre les investissements. Ni le journaliste, ni les pétromonarchies, ne s’interrogent réellement sur la raréfaction croissance du pétrole, le pic pétrolier imminent et le réchauffement climatique provoqué par la combustion de pétrole. Le long terme n’existe pas pour ces « spécialistes », rien ne vaut le bon temps du court et moyen terme. Mais les générations futures se passeront de pétrole, l’ère de la facilité se termine. Comme disait Colin Campbell dans LaRevueDurable (février-mars-avril 2008) : «  Ce que fournit aujourd’hui au monde l’énergie du pétrole, c’est l’équivalent de 22 milliards d’esclaves travaillant nuit et jour. La société vit grâce au pétrole depuis plus d’un siècle et doit maintenant  réaliser qu’elle devra se débrouiller sans énergie alternative aussi pratique à utiliser et facile à extraire. Bien sûr, on peut toujours remonter à cheval… »

* Le Monde.fr | 13.01.2016, Quel est le « juste prix » du pétrole ?

Un groupe parlementaire pour ramasser les miettes

Mesures d’urgence automatiques en cas de pics de pollution de l’air, dispositions pour favoriser le « manger local », ou encore élimination des substances toxiques dans les entreprises : l’Assemblée nationale a examiné, le jeudi 14 janvier, dans le cadre d’une journée réservée au groupe écologiste (dite « niche parlementaire »), cinq propositions de loi cosignées par l’ensemble des députés EELV*. Passons sur le fait que ces députés ne peuvent s’exprimer que dans une « niche ». Examinons deux de leurs propositions.

La proposition de loi EELV « Detox », faire « la chasse aux toxiques », doit pousser les entreprises à substituer les substances préoccupantes par des alternatives sans danger, « dans la mesure du possible et à un coût économique raisonnable ». autant dire que ces précisions permettent aux entreprises de la chimie de faire ce qu’elles veulent. Déjà qu’avec des réglementations contraignantes, elle en font à leur tête ! En plus on fait un beau cadeau ! Le texte propose une incitation fiscale pour les entreprises vertueuses, une majoration du crédit d’impôt recherche. Donc normalement aucun risque pour les entreprises… Pourtant cette proposition « Detox » a rencontré des oppositions au sein du gouvernement, en particulier Matignon, qui ont conduit à son rejet en commission du développement durable le 16 décembre. « Le gouvernement n’a pas souhaité que nous imposions un audit externe aux entreprises pour établir la liste des substances préoccupantes utilisées, […] car il estime que cela crée une charge supplémentaire, notamment pour les PME. » Le premier ministre Valls est encore plus anti-écolo que son prédécesseur Ayrault… qui avait viré les deux premières ministres (socialistes) de l’écologie.

La proposition de loi qui entend « favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation » prévoit dans la restauration collective publique « 40 % de produits issus de l’alimentation durable, locaux et de saison dès 2020 ». Mais aucune pénalité, notamment financière, n’est prévue en cas de non-respect de cet objectif. Rien n’est dit, également, de la définition de « local », en termes de distance. Enfin, le texte n’aborde pas directement la question de la surconsommation de protéines animales, néfastes pour l’environnement.

Conclusion générale : le groupe des parlementaires écolos se fait rouler dans la farine…

* Le Monde.fr | 13.01.2016, Pollution, manger local : l’Assemblée étudie 5 propositions écologistes

Un groupe parlementaire pour ramasser les miettes

Mesures d’urgence automatiques en cas de pics de pollution de l’air, dispositions pour favoriser le « manger local », ou encore élimination des substances toxiques dans les entreprises : l’Assemblée nationale a examiné, le jeudi 14 janvier, dans le cadre d’une journée réservée au groupe écologiste (dite « niche parlementaire »), cinq propositions de loi cosignées par l’ensemble des députés EELV*. Passons sur le fait que ces députés ne peuvent s’exprimer que dans une « niche ». Examinons deux de leurs propositions.

La proposition de loi EELV « Detox », faire « la chasse aux toxiques », doit pousser les entreprises à substituer les substances préoccupantes par des alternatives sans danger, « dans la mesure du possible et à un coût économique raisonnable ». autant dire que ces précisions permettent aux entreprises de la chimie de faire ce qu’elles veulent. Déjà qu’avec des réglementations contraignantes, elle en font à leur tête ! En plus on fait un beau cadeau ! Le texte propose une incitation fiscale pour les entreprises vertueuses, une majoration du crédit d’impôt recherche. Donc normalement aucun risque pour les entreprises… Pourtant cette proposition « Detox » a rencontré des oppositions au sein du gouvernement, en particulier Matignon, qui ont conduit à son rejet en commission du développement durable le 16 décembre. « Le gouvernement n’a pas souhaité que nous imposions un audit externe aux entreprises pour établir la liste des substances préoccupantes utilisées, […] car il estime que cela crée une charge supplémentaire, notamment pour les PME. » Le premier ministre Valls est encore plus anti-écolo que son prédécesseur Ayrault… qui avait viré les deux premières ministres (socialistes) de l’écologie.

La proposition de loi qui entend « favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation » prévoit dans la restauration collective publique « 40 % de produits issus de l’alimentation durable, locaux et de saison dès 2020 ». Mais aucune pénalité, notamment financière, n’est prévue en cas de non-respect de cet objectif. Rien n’est dit, également, de la définition de « local », en termes de distance. Enfin, le texte n’aborde pas directement la question de la surconsommation de protéines animales, néfastes pour l’environnement.

Conclusion générale : le groupe des parlementaires écolos se fait rouler dans la farine…

* Le Monde.fr | 13.01.2016, Pollution, manger local : l’Assemblée étudie 5 propositions écologistes

Conclusion : « décroissance et joie de vivre » (4/4)

Une société de décroissance peut s’accompagner d’une croissance de la joie de vivre. C’est notre CONCLUSION : une décroissance positive.

La décroissance est notre destin, ce n’est pas à l’origine un projet politique. La décroissance n’est pas signe de pessimisme, mais de réalisme géologique. Qu’on l’appelle croissance négative, récession ou dépression, la crise écologique et financière devient une composante structurelle de la civilisation thermo-industrielle. Autant organiser volontairement les restrictions plutôt que subir une société écolo-totalitaire. Car la décroissance peut être positive.

La décroissance positive, qu’est-ce que c’est ? C’est la décroissance des inégalités et la croissance du bien-être généralisé. C’est la décroissance de la morosité et l’ouverture vers un avenir durable. C’est la décroissance de notre impact sur la planète et l’amélioration de nos relations sociales. La décroissance positive consiste par exemple à manger moins de viande et à acheter beaucoup plus de produits locaux. Il faut aussi économiser l’énergie, réduire nos gaspillages, recycler autant que faire se peut, arrêter d’imiter le modèle de consommation dominant en diminuant les revenus des riches. Il nous faudra bien un jour égaliser la consommation de carbone par habitant, l’ère du 4×4 appartient définitivement à notre passé. La décroissance positive, c’est quelque chose de complexe et de formidable à la fois. Ce n’est certainement pas la décroissance d’un PIB auquel plus personne ne devrait faire confiance.

Car la décroissance positive, c’est aussi un projet politique, c’est l’inverse du libéralisme économique qui conjugue la loi du profit à court terme et la destruction de notre environnement. Le libéralisme économique, ce sont les externalités négatives, les déchets que notre planète ne peut plus recycler, les pollutions qui détériorent la santé humaine. Le libéralisme économique, c’est la dilapidation de notre capital naturel pour l’avantage principal de quelques nantis. La décroissance positive, c’est au contraire la protection des travailleurs exploités, la protection de la nature sur-exploitée, la protection des besoins du présent sans oublier les besoins de nos générations futures. C’est l’action de l’Etat et le principe du pollueur-payeur, c’est le principe de précaution et la réalité de l’action. C’est le récit du futur que nous allons construire ensemble. C’est la conscience des limites. Tout n’est pas possible quel qu’en soit le prix. (Michel Sourrouille)

NB : Pour recevoir gratuitement notre bimensuel BIOSPHERE-INFO sur la décroissance, envoyez un mail à biosphere@ouvaton.org

Conclusion : « décroissance et joie de vivre » (4/4)

Une société de décroissance peut s’accompagner d’une croissance de la joie de vivre. C’est notre CONCLUSION : une décroissance positive.

La décroissance est notre destin, ce n’est pas à l’origine un projet politique. La décroissance n’est pas signe de pessimisme, mais de réalisme géologique. Qu’on l’appelle croissance négative, récession ou dépression, la crise écologique et financière devient une composante structurelle de la civilisation thermo-industrielle. Autant organiser volontairement les restrictions plutôt que subir une société écolo-totalitaire. Car la décroissance peut être positive.

La décroissance positive, qu’est-ce que c’est ? C’est la décroissance des inégalités et la croissance du bien-être généralisé. C’est la décroissance de la morosité et l’ouverture vers un avenir durable. C’est la décroissance de notre impact sur la planète et l’amélioration de nos relations sociales. La décroissance positive consiste par exemple à manger moins de viande et à acheter beaucoup plus de produits locaux. Il faut aussi économiser l’énergie, réduire nos gaspillages, recycler autant que faire se peut, arrêter d’imiter le modèle de consommation dominant en diminuant les revenus des riches. Il nous faudra bien un jour égaliser la consommation de carbone par habitant, l’ère du 4×4 appartient définitivement à notre passé. La décroissance positive, c’est quelque chose de complexe et de formidable à la fois. Ce n’est certainement pas la décroissance d’un PIB auquel plus personne ne devrait faire confiance.

Car la décroissance positive, c’est aussi un projet politique, c’est l’inverse du libéralisme économique qui conjugue la loi du profit à court terme et la destruction de notre environnement. Le libéralisme économique, ce sont les externalités négatives, les déchets que notre planète ne peut plus recycler, les pollutions qui détériorent la santé humaine. Le libéralisme économique, c’est la dilapidation de notre capital naturel pour l’avantage principal de quelques nantis. La décroissance positive, c’est au contraire la protection des travailleurs exploités, la protection de la nature sur-exploitée, la protection des besoins du présent sans oublier les besoins de nos générations futures. C’est l’action de l’Etat et le principe du pollueur-payeur, c’est le principe de précaution et la réalité de l’action. C’est le récit du futur que nous allons construire ensemble. C’est la conscience des limites. Tout n’est pas possible quel qu’en soit le prix. (Michel Sourrouille)

NB : Pour recevoir gratuitement notre bimensuel BIOSPHERE-INFO sur la décroissance, envoyez un mail à biosphere@ouvaton.org