Mois : février 2018

L’aveuglement de Patrick Pouyanné, PDG de Total

Qu’on fasse des investissements ou non, un jour prochain le pétrole viendra à manquer, c’est une inéluctabilité d’origine biophysique. Alors autant se préparer déjà à la pénurie de ressources fossiles non renouvelables. Dautant plus que lutter contre le réchauffement climatique implique de laisser la plus grand partie du pétrole sous terre, ce qu’oublie de dire Patrick Pouyanné ! L’essentiel est de diminuer nos besoins en énergie, tout le reste n’est que gesticulation financière. Reprenons les propos du PDG de Total dans LE MONDE*.

Pouyanné reconnaît « qu’on ne maîtrise pas les prix du pétrole ». C‘est en effet une variable qui n’obéit pas seulement aux lois du marché, l’offre et la demande à court terme, mais aussi à des considérations géopolitiques. Le premier choc pétrolier de 1973 était le résultat de la guerre du Kippour, celui de 1979 suivait l’arrivé au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny. Il n’est pas écrit que le baril (environ 159 litres) va rester à son niveau de 70 dollars, Pouyanné travaille « sur des scénarios de replis à 50 dollars ». Mais il se pourrait aussi bien que le prix quadruple comme en 1973 et atteigne 280 dollars le baril. Pouyanné fait de l’écologisme à la petite semaine : « Le gaz se porte bien, ce qui est une bonne nouvelle pour les défenseurs du climat, car il émet deux fois moins de CO2 que le charbon. » Selon le BP Statistical Review de 2016, compte tenu de la production actuelle, la durée des réserves mondiales prouvées de gaz naturel serait de 55 ans – contre 53 pour le pétrole. Différence infime ! Le gaz est aussi une ressource non renouvelable dont on a déjà épuisé plus de la moitié. Son horizon mental s’arrête en 2022, « avec une hausse moyenne de la production de 5 % par an ». Après cela le déluge ou la sécheresse ! Pouyanné pense qu’en 2040, « le monde consommera encore 80 ou 90 millions de barils par jour », ce qui n’engage que lui. L’idée d’une crise généralisée de la société thermo-industrielle dans les années 2020 ou 2030 ne l’effleure visiblement pas. L’inéluctable décroissance n’existe pas dans son logiciel cérébral. Son discours est centré sur des considérations politiques de courte vue, rapports avec la Chine, l’Iran, la Russie… qu’il ne faut surtout pas sanctionner car « les sanctions sont un système pervers qui fait souffrir les peuples, ne fait que renforcer les régimes autoritaires et nourrir le nationalisme. » Il affirme sa volonté de « produire de l’électricité à partir du gaz et des renouvelables », ce qui reconnaît implicitement que l’électricité n’est pas une source primaire d’énergie, il faut la fabriquer. Et ce n’est pas parce que la demande en électricité croît plus vite que la demande moyenne en énergie que la production d’électricité pourra alimenter un parc de voitures individuelles correspondant au nombre actuel de voiture thermiques : plus de un milliard dans le monde, une voiture pour 7 habitants, une aberration.

Avec un bénéfice supérieur à 10 milliards de dollars en 2017 et 10 % du marché mondial, Pouyanné dirige une entreprise prospère, une multinationale. Il est donc victime de l’illusion du pouvoir, quand on croit que tout est possible, que tout est permis. Tout n’a pourtant qu’un temps, son prédécesseur Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué. Et le pic pétrolier du pétrole conventionnel, le maximum de pétrole qu’on puisse facilement sortir de terre, est déjà daté de 2006. Quant au réchauffement climatique, il est clair que Pouyanné ne pense jamais (officiellement) aux générations futures. Dans deux ou trois siècles, on regardera sûrement les patrons des firmes multinationales qui dévastent la nature, asservissent leur main d’œuvre et manipulent les consommateurs comme on regarde aujourd’hui les seigneurs de lAncien régime qui pouvaient faire ce qu’ils voulaient de la vie des serfs : des salauds.

* LE MONDE du 7 février 2018, Patrick Pouyanné, PDG de Total : « Après 2020, on risque de manquer de pétrole »

Branson ou Musk, l’idiotie de la conquête spatiale

Folie humaine, une Tesla rouge cerise envoyée dans l’espace par le milliardaire (à crédit) Elon Musk pour un vol d’essai. Un type à enfermer, une info qui prend pourtant une page du MONDE*. La conquête spatiale, mais pour quoi faire ? L’ambition ultime d’Elon Musk est l’installation sur Mars. En attendant on prépare des trucs ridicules comme multiplier les petits satellites autour de la terre et un vol privé autour de la Lune. Même dans ces projets démesurés, il y a concurrence entre la société SpaceX d’Elon Musk et Blue Origin du fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Sans compter Boeing dont le patron « pense fermement que la première personne qui mettra les pieds sur Mars arrivera là-bas grâce à une fusée de Boeing. » Le Space Launch System (SLS) de la NASA, dont le premier vol est prévu en 2019, pourra emporter 130 tonnes ; le Big Falcon Rocket (BFR) d’Elon Musk est attendu pour 2020 et pourra transporter jusqu’à 150 tonnes. Arianespace s’inquiète pour son avenir de lanceur. Pour l’internaute Richard Kutry, c’est l’euphorie : « Passionnant ! voila un type qui fait avancer la conquête spatiale, et du coup, les technologies et sciences associées avec sa fortune. » Comme si la fortune privée devait continuer à financer n’importe quoi. Tourisme spatial ! N’oublions pas le milliardaire Charles Branson et l’explosion du vaisseau suborbital SpaceShipTwo. Ce sont les riches qui propagent un style de vie destructeur pour la planète : palais, yachts, avions privés, saut spatial, etc.

Nous faisions déjà le point sur ce blog il y a quelques années sur la conquête spatiale dans objectif lunaire ! L’espèce homo sapiens a essaimé dans l’espace géographique tout en améliorant ses capacités de déplacement. Autrefois les migrations à pied, puis à cheval ou en pirogue, hier les avions et aujourd’hui les fusées. On a même marché sur la lune ! Les humains préfèrent la conquête à la stabilité, le déséquilibre plutôt que la vie en harmonie avec un territoire déterminé. Vive la con-cu-rrence et le conflit. La fusée a d’abord été inventée pour la guerre, ainsi des V2 mis en œuvre par les Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’ensuit une compétition entre nations : comme l’URSS socialiste a lancé le premier spoutnik dans l’espace en 1957, l’Amérique capitaliste a voulu poser le premier homme sur le sol lunaire le 21 juillet 1969. Tintin dans l’espace se retrouve en BD. On a besoin de rêve, on nous vend du rêve !!! En fait la guerre des nations a été remplacé par le goût de l’exploit techniciste au prix d’une débauche de ressources non renouvelables. Les humains croient encore qu’ils pourront aller sur mars, mais ils n’iront jamais sur la plus proche étoile, Alpha du centaure : la masse de carburant pour parcourir 40 000 milliards de kilomètres nécessiterait une masse de carburant équivalente à deux fois la masse de l’univers connu. L’humanité a atteint les frontières de son monde, il n’y a plus d’expansion possible. Il faut maintenant reconnaître que nous n’avons qu’une Terre et qu’elle est bien trop petite pour assurer nos fantasmes de nouvelles frontières perpétuelles.

Que les humains gèrent au mieux leur propre territoire, qu’ils se contentent pour le reste de contempler la lune et les étoiles. Et à chacun ses rêves dans son propre sommeil, cela ne coûte rien.

* LE MONDE du 6 janvier 2018, SpaceX s’apprête à lancer la Falcon Heavy, sa fusée ultrapuissante

Climat, fermeture prévue des stations de sports d’hiver

Les bronzés ne feront plus de ski. Ainsi se termine un article du MONDE*. Dans les zones de moyenne altitude des Alpes italiennes, les squelettes des pylônes des téléskis s’accrochent aux pistes désertées, et les nacelles vides se balancent au vent. La hausse des températures fait son travail de sape. L’OCDE faisait déjà en 2007 une prévision alarmante : que la température croisse de 2 degrés Celsius, et 40 % des 666 stations alpines ne seront plus rentables faute de neige. En 2010, à Vancouver, la température supérieure à zéro avait empêché le recours aux canons à neige et imposé le transport d’énormes quantités de la précieuse matière première… par hélicoptère. A quoi bon s’obstiner à organiser de coûteux Jeux olympiques (JO) d’hiver ? Huit des vingt et une villes hôtes de ces joutes hivernales seraient trop chaudes en 2050 pour les accueillir de nouveau. Cette industrie est à la fin d’un cycle.

Peu importe que le journaliste Jean-Michel Bezat plagie un article de The Economist quand l’information importe. Cet expert en énergie du MONDE occulte la fin du pétrole. Or il devrait toujours relier combustion du pétrole et réchauffement climatique qui sont les jumeaux de l’hydrocarbure. Sans pétrole à bon marché, vous n’auriez pas la possibilité de skier vu l’énergie que ce sport nécessite. Quand vous vous mettez vraiment à y penser, ce n’est pas seulement le ski de masse qui n’existerait pas, mais la plupart des choses qui nous entourent et dépendent du pétrole pour leur fabrication et leur transport. Le changement climatique nous dit que nous devrions changer, tandis que le pic pétrolier nous dit que nous allons être forcés de changer. Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre et ne plus faire de ski. Quelques commentaires sur le ski trouvés sur lemonde.fr :

manon troppo : Depuis le temps que vous nous bourrez le crane avec vos prévisions catastrophiques laissez nous vivre encore un peu ! si on vous écoutait il y a 10 ans, la mer devrait être à Rouen et la neige disparaître de l’Everest…

Robert-Denis RAULT @ manon troppo : Il ne s’agit pas de prévisions catastrophistes que l’on pourrait réfuter. Il s’agit de la description de ce qui a déjà eu lieu au cours des quarante dernières années. Originaire d’une région de montagne, et observateur passionné de la nature, je peux vous dire que l’enneigement a changé du tout au tout. J’ai skié autrefois dans des stations dont le bas des pistes était équipé jusqu’à 700 m d’altitude. Allez maintenant skier à 700 m !

Le kéké d’Yssingeaux : « manon troppo » nous affirmait il y a quelques années (sur le défunt blog du Monde « Big Browser ») que « il n’y a jamais eu autant d’ours polaires qu’aujourd’hui » et que « toute cette culpabilisation est mauvaise pour notre jeune génération ».

Le skieur : Hmmm pendant ce temps dans les Alpes, c’est ‘tout va bien madame la marquise’. Le roitelet de la région a donné le feu vert pour subventionner des canons à neige à tout va. On ne va surtout rien changer.

GILLES SPAIER : Le tourisme de masse génère une forte production de CO2 qui amplifie le réchauffement. Il génère aussi des barres de HLM en pleine montagne comme à Tignes. Il est utile que s’expriment ceux qui relèvent ce non sens écologique et environnemental. Évidemment, cela froisse les nostalgiques du « bon temps », l’époque du pétrole bon marché où on gaspillait sans remords l’énergie et l’espace naturel au nom du développement. Il y a toujours des gens qui ont du mal à s’adapter aux nouvelles donnes.

le sceptique : Reconvertir environ 60 000 emplois « neige » (en partie saisonniers) en 2 générations, cela ne paraît pas un défi impossible à relever.

R @ le sceptique : Plus de neige en montagne, pas de problème : on va reconvertir, s’adapter, faire pousser des cactus, tout va bien se passer, c’est juste un petit défi à relever. C’est pas vraiment ce qu’on appelle du scepticisme ça, plutôt un sorte d’optimisme béat : le réchauffement n’est pas un problème, continuons de l’avant, du passé faisons table rase.

Eric : Mais oui… Pour ma part, ça fait 30 ans que je n’ai pas skié. Mes enfants ne skieront sans doute jamais (du moins du ski de descente). L’idée de traverser le pays, se taper les bouchons sur les routes de montagne, et puis maintenant les canons à neige pour continuer à faire comme si de rien n’était, à faire semblant que rien de tout cela n’est aberrant, non merci, ça me coupe franchement l’envie…

* LE MONDE du 6 janvier 2018, Réchauffement climatique : « Une armada de stations de sports d’hiver devront fermer ou se réinventer »

Climat, fermeture prévue des stations de sports d’hiver

Les bronzés ne feront plus de ski. Ainsi se termine un article du MONDE*. Dans les zones de moyenne altitude des Alpes italiennes, les squelettes des pylônes des téléskis s’accrochent aux pistes désertées, et les nacelles vides se balancent au vent. La hausse des températures fait son travail de sape. L’OCDE faisait déjà en 2007 une prévision alarmante : que la température croisse de 2 degrés Celsius, et 40 % des 666 stations alpines ne seront plus rentables faute de neige. En 2010, à Vancouver, la température supérieure à zéro avait empêché le recours aux canons à neige et imposé le transport d’énormes quantités de la précieuse matière première… par hélicoptère. A quoi bon s’obstiner à organiser de coûteux Jeux olympiques (JO) d’hiver ? Huit des vingt et une villes hôtes de ces joutes hivernales seraient trop chaudes en 2050 pour les accueillir de nouveau. Cette industrie est à la fin d’un cycle.

Peu importe que le journaliste Jean-Michel Bezat plagie un article de The Economist quand l’information importe. Cet expert en énergie du MONDE occulte la fin du pétrole. Or il devrait toujours relier combustion du pétrole et réchauffement climatique qui sont les jumeaux de l’hydrocarbure. Sans pétrole à bon marché, vous n’auriez pas la possibilité de skier vu l’énergie que ce sport nécessite. Quand vous vous mettez vraiment à y penser, ce n’est pas seulement le ski de masse qui n’existerait pas, mais la plupart des choses qui nous entourent et dépendent du pétrole pour leur fabrication et leur transport. Le changement climatique nous dit que nous devrions changer, tandis que le pic pétrolier nous dit que nous allons être forcés de changer. Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre et ne plus faire de ski. Quelques commentaires sur le ski trouvés sur lemonde.fr :

manon troppo : Depuis le temps que vous nous bourrez le crane avec vos prévisions catastrophiques laissez nous vivre encore un peu ! si on vous écoutait il y a 10 ans, la mer devrait être à Rouen et la neige disparaître de l’Everest…

Robert-Denis RAULT @ manon troppo : Il ne s’agit pas de prévisions catastrophistes que l’on pourrait réfuter. Il s’agit de la description de ce qui a déjà eu lieu au cours des quarante dernières années. Originaire d’une région de montagne, et observateur passionné de la nature, je peux vous dire que l’enneigement a changé du tout au tout. J’ai skié autrefois dans des stations dont le bas des pistes était équipé jusqu’à 700 m d’altitude. Allez maintenant skier à 700 m !

Le kéké d’Yssingeaux : « manon troppo » nous affirmait il y a quelques années (sur le défunt blog du Monde « Big Browser ») que « il n’y a jamais eu autant d’ours polaires qu’aujourd’hui » et que « toute cette culpabilisation est mauvaise pour notre jeune génération ».

Le skieur : Hmmm pendant ce temps dans les Alpes, c’est ‘tout va bien madame la marquise’. Le roitelet de la région a donné le feu vert pour subventionner des canons à neige à tout va. On ne va surtout rien changer.

GILLES SPAIER : Le tourisme de masse génère une forte production de CO2 qui amplifie le réchauffement. Il génère aussi des barres de HLM en pleine montagne comme à Tignes. Il est utile que s’expriment ceux qui relèvent ce non sens écologique et environnemental. Évidemment, cela froisse les nostalgiques du « bon temps », l’époque du pétrole bon marché où on gaspillait sans remords l’énergie et l’espace naturel au nom du développement. Il y a toujours des gens qui ont du mal à s’adapter aux nouvelles donnes.

le sceptique : Reconvertir environ 60 000 emplois « neige » (en partie saisonniers) en 2 générations, cela ne paraît pas un défi impossible à relever.

R @ le sceptique : Plus de neige en montagne, pas de problème : on va reconvertir, s’adapter, faire pousser des cactus, tout va bien se passer, c’est juste un petit défi à relever. C’est pas vraiment ce qu’on appelle du scepticisme ça, plutôt un sorte d’optimisme béat : le réchauffement n’est pas un problème, continuons de l’avant, du passé faisons table rase.

Eric : Mais oui… Pour ma part, ça fait 30 ans que je n’ai pas skié. Mes enfants ne skieront sans doute jamais (du moins du ski de descente). L’idée de traverser le pays, se taper les bouchons sur les routes de montagne, et puis maintenant les canons à neige pour continuer à faire comme si de rien n’était, à faire semblant que rien de tout cela n’est aberrant, non merci, ça me coupe franchement l’envie…

* LE MONDE du 6 janvier 2018, Réchauffement climatique : « Une armada de stations de sports d’hiver devront fermer ou se réinventer »

Ne skiez pas, ni au Pla d’Adet ni ailleurs

Avec ses remontées mécaniques modernes et ses domaines skiables reliés, la France offre 350 stations de ski dans 7 massifs. Comment résister devant les snowparks, le snowboard, le freestyle, les boarder cross, les slaloms et les bosses, l’espace ludique Ludo’Glyss et le speed-riding ? Comment expliquer qu’il ne faut pas skier ? Comment expliquer cela dans un monde sur-développé où les loisirs sont devenus un art de vivre ? Comme amener les touristes des sommets à ne plus aimer les vacances à la neige ? Comment faire ressentir que la montage ensevelie dans son manteau neigeux ne peut que mieux se porter sans tire-fesses, nacelles et autres remonte-pentes ? Le skieur qui ne s’occupe que de la réussite de ses vacances peut-il glisser sans se poser quelques questions sur une neige vomie par des canons alimentés par l’eau qu’on est allé chercher deux mille mètres plus bas dans la rivière ? Comment convaincre des gamins qu’on amène en classes de neige que skier n’est pas bon pour la planète ?

Dès les années 1930, Ellul et Charbonneau écrivaient déjà : « Décrire la civilisation actuelle sans tenir compte du tourisme, c’est commettre une grave erreur parce que, dans bien des pays ou régions, il joue un rôle plus important que l’industrie lourde. Il s’agit maintenant d’énormes organisations et de milliards de capitaux. Une publicité intense a dirigé les foules vers certains points aménagés de la montagne… » Tout notre système thermo-industriel est construit pour nous inciter à envahir tous les espaces terrestres, même ceux qui étaient de tout temps considérés comme inhabitables. La griserie de la vitesse ne devrait pas occulter toute l’énergie exosomatique dépensée pour ce loisir de luxe. Le territoire des autochtones des montagnes, bouquetins, chamois et marmottes, est lacéré par des routes, striés par les skieurs hors piste, pollué par la présence de milliers de personnes. Pour ce tourisme de masse, il faut ériger des HLM en altitude, établir des parkings, damer les pistes chaque nuit, entretenir d’énormes chasse-neige. La consommation d’eau pour produire de la neige nécessite des millions de mètres cubes et des millions de kWh. Sans parler du bruit infernal de ces canons à neige. Ce n’est pas un loisir qui préserve la Biosphère que de déplacer des citadins en mal d’air pur vers de lointaines destinations où on va recréer la ville et poursuivre des activités sans intérêt. Car quoi de plus débile que de faire des va-et-vient entre la queue en bas de piste et la queue en bas de piste ? Mouvement pendulaire, vertige des installations techniques, on brûle du pétrole pour des instants de bonheur factice. Sans parler des chutes et des jambes cassé. On peut même rencontrer dans les Pyrénées celle qui a fait 8 500 kilomètres depuis Madagascar pour se traîner sur la piste sans pouvoir se relever. Tout ça pour dire que les quelques mètres parcourus coûtent très cher à la biosphère, à la collectivité et aux vacanciers.

Moi, j’étais au Pla d’Adet, arrivé en covoiturage, refusant toute remontée mécanique, descendant à pied à Saint Lary, quasiment seul sur l’étroit sentier neigeux, au milieu du silence vertigineux et des sapins ployant sous le poids de la neige. Le plaisir physique et l’éloge de la lenteur. Mais n’est-ce pas déjà trop que de faire 300 kilomètres pour un plaisir solitaire même s’il est partagé en couple ?

Ne skiez pas, ni au Pla d’Adet ni ailleurs

Avec ses remontées mécaniques modernes et ses domaines skiables reliés, la France offre 350 stations de ski dans 7 massifs. Comment résister devant les snowparks, le snowboard, le freestyle, les boarder cross, les slaloms et les bosses, l’espace ludique Ludo’Glyss et le speed-riding ? Comment expliquer qu’il ne faut pas skier ? Comment expliquer cela dans un monde sur-développé où les loisirs sont devenus un art de vivre ? Comme amener les touristes des sommets à ne plus aimer les vacances à la neige ? Comment faire ressentir que la montage ensevelie dans son manteau neigeux ne peut que mieux se porter sans tire-fesses, nacelles et autres remonte-pentes ? Le skieur qui ne s’occupe que de la réussite de ses vacances peut-il glisser sans se poser quelques questions sur une neige vomie par des canons alimentés par l’eau qu’on est allé chercher deux mille mètres plus bas dans la rivière ? Comment convaincre des gamins qu’on amène en classes de neige que skier n’est pas bon pour la planète ?

Dès les années 1930, Ellul et Charbonneau écrivaient déjà : « Décrire la civilisation actuelle sans tenir compte du tourisme, c’est commettre une grave erreur parce que, dans bien des pays ou régions, il joue un rôle plus important que l’industrie lourde. Il s’agit maintenant d’énormes organisations et de milliards de capitaux. Une publicité intense a dirigé les foules vers certains points aménagés de la montagne… » Tout notre système thermo-industriel est construit pour nous inciter à envahir tous les espaces terrestres, même ceux qui étaient de tout temps considérés comme inhabitables. La griserie de la vitesse ne devrait pas occulter toute l’énergie exosomatique dépensée pour ce loisir de luxe. Le territoire des autochtones des montagnes, bouquetins, chamois et marmottes, est lacéré par des routes, striés par les skieurs hors piste, pollué par la présence de milliers de personnes. Pour ce tourisme de masse, il faut ériger des HLM en altitude, établir des parkings, damer les pistes chaque nuit, entretenir d’énormes chasse-neige. La consommation d’eau pour produire de la neige nécessite des millions de mètres cubes et des millions de kWh. Sans parler du bruit infernal de ces canons à neige. Ce n’est pas un loisir qui préserve la Biosphère que de déplacer des citadins en mal d’air pur vers de lointaines destinations où on va recréer la ville et poursuivre des activités sans intérêt. Car quoi de plus débile que de faire des va-et-vient entre la queue en bas de piste et la queue en bas de piste ? Mouvement pendulaire, vertige des installations techniques, on brûle du pétrole pour des instants de bonheur factice. Sans parler des chutes et des jambes cassé. On peut même rencontrer dans les Pyrénées celle qui a fait 8 500 kilomètres depuis Madagascar pour se traîner sur la piste sans pouvoir se relever. Tout ça pour dire que les quelques mètres parcourus coûtent très cher à la biosphère, à la collectivité et aux vacanciers.

Moi, j’étais au Pla d’Adet, arrivé en covoiturage, refusant toute remontée mécanique, descendant à pied à Saint Lary, quasiment seul sur l’étroit sentier neigeux, au milieu du silence vertigineux et des sapins ployant sous le poids de la neige. Le plaisir physique et l’éloge de la lenteur. Mais n’est-ce pas déjà trop que de faire 300 kilomètres pour un plaisir solitaire même s’il est partagé en couple ?

LE MONDE et la guerre en Libye, bonjour l’aveuglement !

L’initiative de Nicolas Sarkozy en 2011 pour mettre fin au régime de Mouammar Kadhafi s’est révélée un vrai désastre. Emmanuel Macron confirme le 1er février 2018 : « Je n’oublie pas que plusieurs ont décidé qu’il fallait en finir avec le dirigeant libyen sans qu’il y ait pour autant de projet pour la suite … L’idée qu’on règle la situation d’un pays de façon unilatérale et militaire est une fausse idée … Quoi qu’on pense d’un dirigeant, imaginer qu’on pouvait se substituer à la souveraineté d’un peuple pour décider de son futur n’est pas responsable … Nous avons collectivement plongé la Libye, depuis ces années, dans l’anomie, sans pouvoir régler la situation… »* En mars 2011, ce n’était pas l’avis des éditorialistes du MONDE** qui appelaient à l’intervention armée en Libye. LE MONDE constatait par la suite que « la France et ses alliés n’ont pas anticipé la phase de l’après-guerre ». Il n’était pourtant pas difficile de mesurer les effets d’une intervention extérieure, il suffisait de savoir ce qui s‘était passé en Irak ou en Afghanistan. Un autre éditorial du MONDE*** s’attaquait à l’Allemagne car ce pays s’était abstenu à propos d‘une résolution de l’ONU. Le non-engagement allemand dans l’imbroglio libyen illustrerait selon l’éditorial son « manque de maturité » ! Ce sont les Allemands qui avaient raison.

Sarkozy voulait compenser le désastre vécu par son parti aux élections cantonales, il a instrumentalisé Bernard-Henri Lévy, membre du conseil de surveillance du MONDE, il a déclaré la guerre en Libye. Comment un président vivant au XXIe siècle peut-il avoir oublié la leçon de l’histoire : aucune guerre n’a été victorieuse. Comment un média comme LE MONDE peut ignorer où sont nos priorités : nous avons à construire la paix avec une biosphère malmenée, nous n’avons plus de temps à perdre dans des conflits armés inter-humains. Il y a une espèce de collusion entre les politiques occidentaux et les médias pour utiliser l’appareil militaro-industriel et nous cacher la force de la non-violence. Seule la non-violence fait avancer une cause car toute violence à court terme contredit la réduction à long terme de la violence. Il n’existe pas de guerre juste, l’exemple de la Seconde Guerre mondiale est le test suprême. Les nazis étaient des assassins pathologiques. Nous devions les arrêter et seule la force pouvait y arriver. Mais la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne s’opposaient au fascisme que parce qu’il menaçait leur propre domination sur certaines ressources naturelles et sur certaines populations. Et les ingrédients du fascisme (le militarisme, le racisme, l’impérialisme, la dictature et le nationalisme exacerbé) survécurent sans problème à la guerre. Nous conseillons aux éditorialistes du  Monde de lire  Désobéissance civile et démocratie d’Howard Zinn.

Il devient essentiel dans un monde surarmé de réaliser le désarmement généralisé. La Libye n’avait pas besoin que la France lui fournisse des armes, ni d’ailleurs aucun autre pays. Il était paradoxal que des Rafales français attaquent des Mirages français acquis  par Kadhafi. Les avions de combat ne devraient pas s’exporter, ni même se fabriquer. La guerre n’est plus la continuation de la politique par d’autres moyens, elle est devenue le résidu d’un passé qui a décimé bien des populations civiles et enrichi bien des marchands d’armes. Libérons-nous des politiques militaristes, devenons objecteurs de conscience, consacrons-nous à l’essentiel, la perte de biodiversité, la descente énergétique et le réchauffement climatique. Quant aux conflits locaux, que les peuples se libèrent de leurs chaînes par leurs propres moyens : un tyran n’a que le pouvoir qu’on lui concède. Lisez « La servitude volontaire » d’Étienne de la Boétie.

* LE MONDE du 3 février 2018, Macron critique l’intervention militaire en Libye en 2011

** LE MONDE va-t-en guerre en Libye

*** LE MONDE du 20-21 mars, Berlin face à ses responsabilités internationales (Editorial)

LE MONDE et la guerre en Libye, bonjour l’aveuglement !

L’initiative de Nicolas Sarkozy en 2011 pour mettre fin au régime de Mouammar Kadhafi s’est révélée un vrai désastre. Emmanuel Macron confirme le 1er février 2018 : « Je n’oublie pas que plusieurs ont décidé qu’il fallait en finir avec le dirigeant libyen sans qu’il y ait pour autant de projet pour la suite … L’idée qu’on règle la situation d’un pays de façon unilatérale et militaire est une fausse idée … Quoi qu’on pense d’un dirigeant, imaginer qu’on pouvait se substituer à la souveraineté d’un peuple pour décider de son futur n’est pas responsable … Nous avons collectivement plongé la Libye, depuis ces années, dans l’anomie, sans pouvoir régler la situation… »* En mars 2011, ce n’était pas l’avis des éditorialistes du MONDE** qui appelaient à l’intervention armée en Libye. LE MONDE constatait par la suite que « la France et ses alliés n’ont pas anticipé la phase de l’après-guerre ». Il n’était pourtant pas difficile de mesurer les effets d’une intervention extérieure, il suffisait de savoir ce qui s‘était passé en Irak ou en Afghanistan. Un autre éditorial du MONDE*** s’attaquait à l’Allemagne car ce pays s’était abstenu à propos d‘une résolution de l’ONU. Le non-engagement allemand dans l’imbroglio libyen illustrerait selon l’éditorial son « manque de maturité » ! Ce sont les Allemands qui avaient raison.

Sarkozy voulait compenser le désastre vécu par son parti aux élections cantonales, il a instrumentalisé Bernard-Henri Lévy, membre du conseil de surveillance du MONDE, il a déclaré la guerre en Libye. Comment un président vivant au XXIe siècle peut-il avoir oublié la leçon de l’histoire : aucune guerre n’a été victorieuse. Comment un média comme LE MONDE peut ignorer où sont nos priorités : nous avons à construire la paix avec une biosphère malmenée, nous n’avons plus de temps à perdre dans des conflits armés inter-humains. Il y a une espèce de collusion entre les politiques occidentaux et les médias pour utiliser l’appareil militaro-industriel et nous cacher la force de la non-violence. Seule la non-violence fait avancer une cause car toute violence à court terme contredit la réduction à long terme de la violence. Il n’existe pas de guerre juste, l’exemple de la Seconde Guerre mondiale est le test suprême. Les nazis étaient des assassins pathologiques. Nous devions les arrêter et seule la force pouvait y arriver. Mais la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne s’opposaient au fascisme que parce qu’il menaçait leur propre domination sur certaines ressources naturelles et sur certaines populations. Et les ingrédients du fascisme (le militarisme, le racisme, l’impérialisme, la dictature et le nationalisme exacerbé) survécurent sans problème à la guerre. Nous conseillons aux éditorialistes du  Monde de lire  Désobéissance civile et démocratie d’Howard Zinn.

Il devient essentiel dans un monde surarmé de réaliser le désarmement généralisé. La Libye n’avait pas besoin que la France lui fournisse des armes, ni d’ailleurs aucun autre pays. Il était paradoxal que des Rafales français attaquent des Mirages français acquis  par Kadhafi. Les avions de combat ne devraient pas s’exporter, ni même se fabriquer. La guerre n’est plus la continuation de la politique par d’autres moyens, elle est devenue le résidu d’un passé qui a décimé bien des populations civiles et enrichi bien des marchands d’armes. Libérons-nous des politiques militaristes, devenons objecteurs de conscience, consacrons-nous à l’essentiel, la perte de biodiversité, la descente énergétique et le réchauffement climatique. Quant aux conflits locaux, que les peuples se libèrent de leurs chaînes par leurs propres moyens : un tyran n’a que le pouvoir qu’on lui concède. Lisez « La servitude volontaire » d’Étienne de la Boétie.

* LE MONDE du 3 février 2018, Macron critique l’intervention militaire en Libye en 2011

** LE MONDE va-t-en guerre en Libye

*** LE MONDE du 20-21 mars, Berlin face à ses responsabilités internationales (Editorial)

Françoise Degert, responsable de la catastrophe écolo.

Françoise Degert : « Pour masquer le véritable responsable de la catastrophe écologique, quelques scientifiques bien vus des néo-conservateurs tels Paul Ehrlich ressortent à chaque fois la responsabilité humaine dans la catastrophe. Humaine seulement, car il ne faut surtout pas mettre en cause la responsabilité du système économique – le capitalisme – , il est hors de question d’en changer. Ce ne sont pas les hommes dans leur ensemble qui détruisent le monde mais le système économique aux mains d’une infime minorité qui détient le pouvoir. Cette idéologie de conservation liée au malthusianisme fonde toute la politique environnementale que nous subissons actuellement… »*

Biosphere : le point de vue écosocialiste véhiculé par Françoise Degert relève de la pensée magique ; supprimons le capitalisme et toutes les tares du système thermo-industriel seront anéanties. Il ne faut pas avoir une connaissance de l’histoire très prononcé pour ne pas se rendre compte que la suppression du capitalisme par la révolution bolchevique n’a fait concrètement qu’empirer l’état de la biosphère. Cela ne veut pas dire que le capitalisme, par sa soif du profit et son appendice, la volonté de croissance, ne sont pas responsables de la situation. Le lauréat récent du prix Veblen, Antonin Pottier, exprime bien l’idée que le capitalisme et l’écologie sont incompatibles. Les calculs de rentabilité des entreprises n’intègrent pas les dégradations écologiques. Pour internaliser ces externalités négatives, l’intervention de l’État et donc nécessaire. Sauf que le capitalisme est plus rapide que les normes, il continue d’innover en provoquant de nouvelles externalités. Pour contrer cet aspect du capitalisme, il nous faut donc un État fort, allergique à la pression des lobbies industriels et adepte du principe de précaution. Si on délimite fortement l’emprise du capital technique sur la nature, à ce moment-là le système juridique d’appropriation du capital devient secondaire. Mais l’Etat n’applique au mieux sa force que si les citoyens sont bien informés et se sentent concernés, cercle vicieux bien connu de la démocratie.

D’autre part le billet de Françoise Degert est trop imprécis. Elle confond dans un premier temps « responsabilité humaine » et surpopulation. Or ses références à Paul Ehrlich et au malthusianisme montre bien qu’il s’agit en réalité de critiquer ceux qui pensent que la forte fécondité humaine est responsable des désastres écologiques… Pourtant les malthusiens peuvent démontrer que la population est un multiplicateur des menaces, les méfaits du capitalisme constituant un autre paramètre, complémentaire. En effet la thèse malthusienne de la surpopulation absolue n’est pas incompatible avec celle de Marx de la surpopulation relative ; l’exclusion dogmatique de l’une ou de l’autre est dommageable à la compréhension du monde actuel. Mais il y a une forte probabilité que Françoise Degert n’a lu ni Marx, ni Malthus. Sa méconnaissance des analyses crédibles est telle qu’elle en arrive même à critiquer le concept d’anthropocène dans son billet : « on nous a récemment servi « l’anthropocène ». Là encore, il s’agit de convaincre l’opinion que l’humanité est tellement responsable de la catastrophe écologique qu’elle a laissé une empreinte géologique sur terre ». Françoise Degert est superficielle, elle emploie des mots sans les connaître, il lui suffit de les aligner à la suite l’un de l’autre. Françoise Degert est même dangereuse, elle voudrait déresponsabiliser l’humanité, pourtant coupable non seulement du réchauffement climatique, de bien d’autres crises et de la disparition de la biodiversité. Personne ne devrait pouvoir contester dans le désastre écologique en cours les responsabilité croisées du natalisme, d’un système économique prédateur, mais aussi du consumérisme forcené du citoyen ordinaire.

* https://www.pauljorion.com/blog/2017/07/14/les-malthusiens-ont-encore-frappe-par-francoise-degert/#more-97121

Morceaux choisis sur ce blog parmi nos 3800 articles

Nous espérons beaucoup de commentaires sur ce post apportant d’autres éléments de réflexion sur la destinée humaine.

– Les dinosaures ont vécu cent cinquante millions d’années. Comment envisagez-vous une croissance équilibrée de cent cinquante millions d’années ?

– La gouvernance économique est aveugle à sa fin imminente Louis XVI, écrivant dans son journal le 14 juillet 1789: « Aujourd’hui, rien »

– Guillaume Sarkozy, ex vice-président du Medef, avait dit un jour publiquement au journaliste Hervé Kempf : « Et demain, vous allez retourner à la bougie, sans votre téléphone portable ? ». Il répliquait : « Si ceux qui ont le plus de capacité et de richesse ne reprennent pas notre destin par rapport à la crise écologique, nous irons précisément à un état de chaos social qui ne sera peut-être pas celui de l’âge des cavernes, mais qui serra extrêmement négatif. Donc, s’il vous plaît, monsieur Sarkozy, employons des arguments sérieux, et ne nous envoyons pas des bougies et des blocs de pierre à la figure. » 

– Haroun Tazieff : « Pour moi, la Terre doit servir l’humanité. Si l’humanité disparaît, le sort de la Terre n’a plus aucune importance pour personne. » On pourrait aisément inverser la proposition : « L’humanité doit servir la Terre. Car si la Terre disparaît, le sort de l’humanité n’a plus aucune importance. » 

– Comme disait une planète qui en rencontre une autre : « J’ai un problème terrible, l’espèce humaine ! Ca prolifère, ça change le climat, ça écrase mes montagnes, ça prend mes océans pour des poubelles, j’en peux plus. » Et la deuxième planète de répondre : « T’en fais pas, j’ai déjà attrapé cette maladie, mais ça passe sans rien faire… il suffit d’attendre un peu ! ».

– François Terrasson met en scène deux personnages, un nommé « Nature » et l’autre « Humanité » : « Le personnage Humanité tape à grands coups de marteau redoublés sur la tête de l’autre. Autour de la Nature se pressent quantité de gens, pour compter le nombre de coups de marteau, l’emplacement précis de l’impact, l’intensité des dégâts, le temps de survie possible, les modalités détaillées de l’agonie… Et personne ne songe à se demander pourquoi l’Humanité donne des coups de marteau, et comment on pourrait l’arrêter. »

Je livre la sage parole qu’on m’a renvoyée un jour ou j’étais anéantie par mon (notre) incapacité à améliorer le monde : « Tu es dans l’illusion de la toute puissance, comme les enfants. Mais tu es un adulte et ton engagement témoigne tous les jours de ce que tu es et de ce que tu crois. Ce n’est pas rien. Tu fais ta part. Même si elle est infime. »

– Pour qu’un écolo soit élu président, il faudrait que les arbres puissent voter (Coluche)

– L’optimisme et le pessimisme expriment sous des formes différentes la même capitulation face au futur ; car tous les deux le traitent comme une fatalité et non comme un choix.

– Un bon économiste est d’abord un bon écologiste. Le circuit économique qui lie production, consommation et flux monétaire n’a pas de fonctionnement autonome : il dépend entièrement des ressources naturelles. Un bon politique est aussi un bon écologiste. S’il ne défend que des intérêts particuliers à court terme, il oublie les acteurs absents, les générations futures, les habitants des autres territoires, les non-humains. Ses décisions doivent relever de la durabilité des écosystèmes, de leur résilience qui dépend de la biodiversité naturelle et culturelle. Un bon journaliste reflète ce que doivent être un bon économiste et un bon politique.

– Le catastrophisme médiatique, c’est l’art de monter en épingle des faits divers anodins de telle manière à dramatiser le contexte social. Cela permet de donner une place moindre à l’émergence des véritables catastrophes comme le pic pétrolier, le réchauffement climatique et l’extinction des espèces.

– La même conclusion s’impose aujourd’hui comme il y a 200 000 ans : il y a quelque chose d’absurde sur cette planète. Et cela s’appelle l’espèce humaine

Sur ce blog, le point de vue des écologistes ?

Nous avons tous rencontré des personnes qui veulent toujours avoir le dernier mot, qui ne veulent pas écouter les autre ou qui refusent de s’avouer à bout d’arguments. Le consensus paraît donc difficile. Entre ce qu’un écologiste pense et ce qu’il exprime, entre ce qu’il dit et ce qu’il croit dire, entre ce que tu as envie d’entendre et ce que tu entends, entre ce que tu perçois et ce que tu comprends, il y a une forte probabilité que nous ne soyons pas sur la même ligne… mais essayons quand même. Considérons l’hypothèse d’un univers où tout le monde imite tout le monde, à l’exception d’un individu qui, lui, n’imite personne. Faisons une hypothèse supplémentaire : cet individu n’imite personne parce qu’il sait qu’il est dans le vrai. Il est alors facile de montrer que cet individu pourrait devenir la clé de voûte d’un nouveau système car tous vont finir par l’imiter. Après tout, qu’est-ce qu’une religion institutionnalisée qu’une secte qui a réussi ? Pourtant l’expérience montre qu’une attitude écolo a beaucoup plus de difficulté à se généraliser qu’une dérive de type religieuse ou un comportement de type fasciste. Malheureusement les simplismes attirent les foules alors que les raisonnements éclairés font fuir les masses. Car le point de vue des écologistes est divers, mouvant, complexe. Il demande un engagement profond au service de la réflexion. Nous ne pouvons arriver à un consensus que sous certaines conditions :

  • avoir le temps de la réflexion

  • avoir des connaissances de base en matière de philosophie, de sciences économiques, de sociologie, d’histoire…

  • avoir la capacité de se remettre en cause, ce qui nécessite une prise de distance avec soi-même

  • avoir une écoute de l’autre, être ouvert à une argumentation différente de la sienne

  • avoir une maîtrise de ses affects, de ses sentiments personnels, de ses préjugés et a priori

  • adopter une démarche scientifique : c’est vrai, mais uniquement tant qu’on ne m’a pas démontré le contraire

  • Chercher à approfondir ses connaissances par le choix de ses lecture, de sa fréquentation des médias

  • Ne pas être prisonnier de sa fonction sociale (son métier, ses responsabilités familiales ou politiques…), être libre de sa réflexion.

Notre blog biosphere s’intitule de façon peut-être un peu exagérée « le point de vue des écologistes ». Mais comme nous essayons sincèrement de remplir à peu près toutes les conditions ci-dessus, il serait sans doute utile que vous fassiez connaître autour de vous l’existence de ce blog. Merci d’avance, il nous serait agréable de passer de 700 visiteurs par jour en moyenne à 7 millions… de personnes qui veulent devenir écologistes.

PS : Un livre de référence parmi d’autres, « On ne naît pas écolo, on le devient »

Avec ce blog, vous arrêterez de croire n’importe quoi

L’analyse de Maurizio Ferraris* semble réaliste. Toute vérité est fondée sur des croyances partagées qui se retrouvent dans un document. Quand le document était rare, il faisait autorité. A une époque, la bible était le seul texte de référence, d’où une certaine homogénéité culturelle. La perception de la vérité a profondément changé à cause de la révolution numérique. A présent, avec la navigation sur le Web, nous sommes dans la bibliothèque de ­Babel, où l’on trouve toutes les vérités mais aussi tous les mensonges du monde. C’est la cacophonie de millions de personnes, le smartphone par exemple est non seulement un récepteur, mais aussi un émetteur de tweets. Chaque humain, qu’il soit n’importe qui ou président des États-Unis peut dire n’importe quoi sans être vraiment détrompé. Les catégories du vrai et du faux sont neutralisées par le nombre. La vérité est atomisée. Chacun peut se convaincre d’avoir raison. Jamais nous n’avons eu des opinions et croyances aussi discordantes. Les critères classiques de la vérité selon Maurizio Ferraris deviennent alors inopérants. Prenons le premier principe des Lumières selon Kant : apprends à penser par toi-même. Mais le contenu de notre cerveau est régi par notre expérience préalable. Dans un monde complexe et fluctuant, la pensée personnelle devient alors fluide et incertaine. Le deuxième principe selon Kant, c’est d’apprendre à penser en se mettant dans la tête des autres.

Mais si nous sommes beaucoup plus informés de la pensée d’autrui, nous sommes noyés dans un magma de contre-vérités et de post-vérités : à qui faire confiance ? La recherche de la vérité, c’est s’exposer à la critique, à la discussion, à la vérification. Nous nous imposons sur ce blog d’avoir des témoins. Les commentaires sont normalement là pour servir de vérification. En réalité, on obtient assez peu de témoignages constructifs, juste quelques passants plus ou moins fidèles qui s’empressent de parler d’autre chose que de l’article de départ et qui s’empoignent de façon plus ou moins véhémente. Mais cela valide indirectement le contenu de notre message puisqu’il n’est pas la plupart du temps contesté en tant que tel.

Ce blog se présente comme le point de vue des écologistes. Il prétend énoncer des rationalités et contribuer à une culture commune valable pour le XXIe siècle. Comme l’indique notre « à propos« , nous combattons la déformation de l’information dans une société dont l’idéologie dominante nous a fait oublier depuis deux siècles les limites de la planète et le sens des limites. Il y a des seuils à ne pas dépasser, qui sont à définir pour la plupart, mais qui servent de première référence à la pensée écologique : niveau de CO2 dans l’atmosphère, taux de renouvellement des ressources, maximum de captation des ressources fossiles, capacité de charge d’un territoire, etc. Le deuxième principe de réflexion, c’est de privilégier les conséquences à long terme sur la myopie du court terme. Là aussi, c’est un questionnement dont les réponses sont relatives : par exemple, faut-il faire des enfants, combien, dans quel contexte socio-économique. Le point de vue des écologistes ne laisse pas de place au sentimentalisme et au sens commun. Il s’appuie sur l’écologie scientifique, elle-même analyste des réalités biophysiques. Partager les richesses est une bonne idée, encore faut-il qu’il y ait quelque chose à partager. Dans le contexte d’une empreinte écologique qui a dépassé les possibilités de la planète, la culture commune devrait tourner autour de l’idée de sobriété partagée, c’est-à-dire tout le contraire de l’idéologie croissanciste. Sens des limites ainsi que comportement présent favorable aux générations futures et à la biodiversité pourraient devenir un socle commun de ce qu’on appelle « vérité ».

* LE MONDE idées du 30 décembre 2017, En 2018, avec le philosophe Maurizio Ferraris, vous arrêterez de croire n’importe quoi

BIOSPHERE-INFO, Jean DORST (1965)

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Avant que nature meure de Jean DORST (1965)

Cet ouvrage est pour ainsi dire le premier en langue française à défendre la Nature contre l’emprise démesurée de l’homme. Il est édité juste après le livre de Rachel Carson, « Le printemps silencieux (1963) », mais bien avant le rapport du Club de Rome (1972, Limits to growth) et le premier sommet de la Terre (1972).

« Le livre auquel je tiens sans doute plus que nul autre » écrivait Jean Dorst dans une dédicace à sa femme de son livre paru en 1965. Il était nécessaire de le rééditer, ce qui fut fait en 2012 avec la collaboration de l’éditeur Delachaux et Niestlé et du Muséum national d’Histoire naturelle. Jean Dorst était un ornithologue de valeur internationale, titulaire au Muséum d’une chaire où les recherches scientifiques sur les Mammifère et les Oiseaux ont toujours été accompagné d’un souci profond de leur protection. Il s’est aussi exprimé sans ambages sur la gravité d’une explosion démographique à laquelle bien des pays sont aujourd’hui exposés. A propos de la pullulation urbaine, Dorst écrivait : « Une conséquence de ce développement monstrueux des villes a été de leur faire perdre leur âme. On pourrait ajouter que la politique de surnatalité aurait pour effet d’entraîner la France vers la situation des pays sous-développés, alors que certains en attendent l’inverse. » Voici quelques extraits significatifs :

1/5) Le déséquilibre du monde moderne (avant-propos de Jean Dorst, le 23 mars 1964)

Conservation de la nature et exploitation rationnelle de ses ressources, opposition qui remonte dans son essence même à l’apparition de l’homme sur la terre. En fait, si l’on envisage l’histoire du globe, l’apparition de l’homme prend aux yeux des biologistes la même signification que les grands cataclysmes à l’échelle du temps géologique. A l’époque contemporaine la situation atteint un niveau de gravité inégalé. Tous les phénomènes auxquels l’homme est mêlé se déroulent à une vitesse accélérée et à un rythme qui les rend presque incontrôlables. L’homme dilapide d’un cœur léger les ressources non renouvelables, ce qui risque de provoquer la ruine de la civilisation actuelle. Les ressources renouvelables, celles que nous tirons du monde vivant, sont gaspillées avec une prodigalité déconcertante. Il manifeste un véritable culte à l’égard de la technique que nous croyons dorénavant capable de résoudre tous nos problèmes sans le secours du milieu dans lequel ont vécu des générations nombreuses. Beaucoup de nos contemporains estiment de ce fait qu’ils sont en droit de couper les ponts avec le passé. Le vieux pacte qui unissait l’homme à la nature a été brisé. Loin de nous l’idée de préconiser un retour en arrière, au stade de la cueillette dont se sont contentés nos lointains ancêtres du Paléolithique. Nous sommes néanmoins en droit de nous interroger sur la valeur universelle d’une civilisation technique appliquant aux esprits et à la matière des lois dont le bien-fondé n’a été vérifié que dans des cas particuliers. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que l’homme dépense de plus en plus de son énergie et de ses ressources pour se protéger contre ses propres activités et contre leurs effets pernicieux, à se protéger contre lui-même au fond ; l’Homo sapiens a besoin d’être protégé contre l’Homo faber.

Chacun d’entre nous a eu parfois l’impression d’avoir sa place dans un train emballé dont il ne pouvait plus descendre. Nous ne savons où il nous mène. Peut-être vers un grand bien-être ; mais plus vraisemblablement dans une impasse, voire à une catastrophe. L’homme a imprudemment joué à l’apprenti sorcier et mis en marche des processus dont il n’est plus le maître. En dépit de la foi que professent la plupart de nos contemporains en une civilisation mécanique, l’homme continue de dépendre étroitement des ressources renouvelables et avant tout de la productivité primaire, la photosynthèse en étant le stade premier. L’homme peut se passer de tout, sauf de manger . L’homme doit respecter un certain équilibre et se soumettre à certaines lois écologiques qui font véritablement partie de la constitution de la matière vivante elle-même.

Theodore Roosevelt disait en 1908 lors de la Conference on the Conservation of Natural Resources : « Nous nous sommes enrichis de l’utilisation prodige de nos ressources na truelles. Mais le temps et venu d’envisager sérieusement ce qui arrivera quand nos forêts ne seront plus, quand le charbon, le fer et le pétrole seront épuisés, quand le sol aura encore été appauvri et lessivé vers les fleuves… »

2/5) L’explosion démographique

Le Seigneur a dit : « croissez et multipliez… » – Oui, mais il n’a pas dit par combien ! Si on voulait caractériser le XXe siècle par un phénomène unique, ce ne serait pas par la découverte d’innombrables perfectionnements techniques, ni même par la fusion nucléaire, mais bien plus par l’explosion démographique aux conséquences incalculables. Quand on a présent à l’esprit l’accroissement démographique selon une progression géométrique, on ne peut que nourrir de sombres inquiétudes sur le destin de l’humanité. Il a fallu 600 000 ans pour que l’humanité atteigne un effectif de 3 milliards (en 1965) ; si la tendance actuelle se poursuit, il suffira de 35 ans pour que ce chiffre soit doublé (ndlr : 6,1 milliard ont été effectivement atteint en 2000). Pour le naturaliste, ce phénomène a les caractéristiques d’une véritable pullulation. Comme l’a souligné un rapport des Nations unies en 1958, si le rythme actuel d’accroissement se poursuivait pendant encore 600 ans, le nombre d’êtres humains serait tel que chacun n’aurait plus qu’un mètre carré de surface à sa disposition. Autant dire que c’est là un événement qui n’aura pas lieu. Quelque chose se passera pour arrêter cette prolifération intempestive ; souhaitons que ce ne soit pas une catastrophe à l’échelle de la planète. Peu d’entre nous ont conscience du problème de la surpopulation du fait de sa nouveauté et de tout l’obscurantisme qui en masque la gravité. D’ardents zélateurs continuent à prôner la famille nombreuse. La Suisse oublieuse de la peine qu’elle eut à nourrir ses enfants de 1940 à 1945, a explosé de joie imbécile en 1964 lorsqu’elle apprit qu’était né son cinq millionième citoyen ! Et pendant ce temps, les peuples dits sous-développés continuent de se développer à une vitesse plutôt digne de Lapins que d’êtres doués de raison.

Il faut constater que l’augmentation massive et accélérée des humains finit par rendre le problème de leur subsistance absurde ; les ressources alimentaires ne pourront jamais suivre cette progression et tôt ou tard se produira un décrochement. Nous sommes parfaitement conscients que les rendements agricoles ont été considérablement augmentés depuis les première ères de l’humanité. Le chasseur paléolithique avait besoin de 10 km² pour se nourrir ; le pasteur néolithique 10 hectares ; le paysan médiéval 2/3 d’ha de terre arable ; le cultivateur japonais peut se sustenter maintenant avec 1/16 d’hectare. Mais tout se passe comme si la quantité de nourriture et celle des multiples produits que l’homme demande à la terre essayaient de rattraper leur retard sur les effectifs de consommateurs, sans jamais y parvenir. Il faut aussi tenir compte du fait que les difficultés de répartition des denrées et les inégalités de ressources entre les différentes fractions de population ne disparaîtront pas facilement, sans doute jamais. Même si chaque homme était assuré d’une ration suffisante, il est néanmoins plus agréable de ne pas être obligé de manger debout ! Aussi est-il sage que chacune des fractions de l’humanité proportionne son expansion démographique à ses ressources propres.

L’humanité, envisagée comme une population animale, a réussi à se débarrasser de la plupart des freins à sa prolifération au risque non négligeable de multiplier les maladies héréditaires, autrefois éliminées en plus grande proportion par la sélection naturelle. On a parfois tenté de se poser la question : faut-il condamner Pasteur en raison de ses découvertes ? Certes non. Mais l’homme se doit de trouver dans les plus brefs délais, un moyen de contrôler une prolificité exagérée, véritable génocide à l’échelle de la planète. Un premier moyen de régulation est l’émigration. Or cela n’est plus guère possible à l’heure actuelle car toute la planète est strictement compartimentée et coupée de barrières. Un deuxième procédé est l’augmentation du taux de mortalité. Certaines sociétés primitives éliminent les vieillards, tandis que d’autres préconisent l’infanticide. C’est impossible à envisager dans le cas de l’humanité évoluée. Le troisième procédé consiste à une diminution du taux de natalité. Aucune religion, aucune morale et aucun préjugé ne doivent nous en empêcher. Le jour où les peuples se jetteront les uns contre les autres, poussés par des motifs en définitive écologiques, cela serait-il plus hautement moral que d’avoir maintenu les populations humaines en harmonie avec leur milieu ?

3/5) L’homme contre la nature

Une large partie du globe demeurait pratiquement intacte à l’époque des grandes découvertes. L’équilibre primitif se trouve compromis dès que l’homme dispose de moyens techniques quelques peu perfectionnée et dès que la densité de ses populations dépasse un certain seuil. Au cours de l’expansion accélérée des peuples européens à travers le globe, des vagues d’hommes se succédèrent à la conquête des richesses mondiales, exploitant à outrance les terres demeurées vierges ou presque. Si la destruction quasi totale du bison est sans nul doute l’épisode le plus tragique de toute l’histoire des rapports de l’homme avec la faune dans le Nouveau Monde, elle ne fut hélas pas la seule.

La survie et la prospérité de l’ensemble des communautés biotiques terrestres dépendent en définitive de la mince strate qui forme la couche la plus superficielle des terres. Il existe une érosion accélérée consécutive à une mauvaise gestion du sol dont l’homme est l’unique responsable. La morphogenèse anthropique affecte gravement la fertilité par perte de substances et par transformation de la structure physique, chimique et biologique des sols. L’homme a même empiété sur des terres marginales, sans vocation agricole, et dont l’équilibre ne peut être assuré que par le maintien des biocénoses naturelles. Il y a eu déboisement, perturbations dans le régime des fleuves, destruction des habitats aquatiques, abus des insecticides, déchets de la civilisation technique à l’assaut de la planète, pollution des mers et de l’atmosphère, pollution radioactive, pillage des ressources des mers…

La nature ne sert à rien, disent les technocrates actuels. Bien plus elle nous gêne en prenant la place de nos cultures, en hébergeant des parasites et en nous empêchant de faire régner partout la loi de l’homme, basée sur la rentabilité commerciale. L’extension des villes se fait souvent au détriment d’excellentes terres agricoles. Aucune des grandes agglomérations ne peut, et ne pourra jamais plus constituer une communauté humaine. La vie des citadins est devenue une vie en commun, puis une existence concentrationnaire. Les hommes ont dorénavant à choisir entre un encasernement dans des « boîtes à loger » ou l’hébergement dans de petites maisons individuelles implantées de plus en plus loin de leur lieu de travail. L’énergie dilapidée en pure perte dépasse toute évaluation. Même si l’homme arrive à se sustenter, les problèmes psychologiques posés par son grouillement demeureront entiers. Le bien-être matériel de l’humanité, mais aussi sa dignité et sa culture, sont compromis dans leurs fondements.

Une confiance aveugle en notre technicité nous a poussés à détruire volontairement tout ce qui est encore sauvage dans le monde, et à convertir tous les hommes au même culte de la mécanique. Notre ambition est de faire des Pygmées et des Papous des adeptes de notre civilisation « occidentale », convaincus que la seule manière de concevoir la vie est celle des habitants de Chicago, de Moscou ou de Paris. Les historiens du futur décriront peut-être la civilisation technique du XXe siècle comme un cancer monstrueux qui a failli entraîner l’humanité à sa perte totale. L’homme est apparu comme un ver dans un fruit, comme une mite dans une balle de laine, il a rongé son habitat en sécrétant des théories pour justifier son action. Et si l’homme s’était trompé ? Et si la confiance dans les nouveaux jouets qu’il s’est donné était mal placée ? La civilisation que nous sommes en train de créer, en supprimant tout ce qui faisait le contexte de notre vie jusqu’à présent, est peut-être une impasse. Les historiens du futur décriront alors la civilisation technique du XXe siècle comme un cancer monstrueux.

4/5) Vers une réconciliation de l’homme et de la planète

Même si l’homme décide de suivre aveuglément les bergers modernes, il a le devoir de prendre une assurance et de ne pas rompre tous les liens avec le milieu dans lequel il est né. Certains philosophes ne craignent pas d’affirmer que l’humanité fait fausse route. S’il ne nous appartient pas de les suivre, nous pouvons néanmoins affirmer avec tous les biologistes que l’homme a fait une erreur capitale en croyant pouvoir s’isoler de la nature et ne plus respecter certaines lois de portée générale. Il y a depuis longtemps divorce entre l’homme et son milieu. Il convient, même si cela coûte à notre orgueil, de signer un nouveau pacte avec la nature nous permettant de vivre en harmonie avec elle.Il faut chasser de notre esprit les concepts selon lesquels la seule manière de tirer profit de la surface du globe est une transformation complète des habitats et le remplacement des espèces sauvages par quelques végétaux et animaux domestiques. La conservation de la nature sauvage doit être défendue par d’autres arguments que la raison et notre intérêt immédiat. Un homme digne de la condition humaine n’a pas à envisager uniquement le côté utilitariste des choses. Le Parthénon ne sert à rien, Notre-Dame de Paris est complément inutile, en tout cas mal placé. On demeure confondu devant la négligence des technocrates qui laissent subsister des monuments aussi désuets et anachroniques alors qu’on pourrait faciliter la circulation et aménager des parkings. L’homme pourrait refaire dix fois le Parthénon, mais il ne pourra jamais recréer un seul canyon, façonné par des millénaires d’érosion patiente, ou reconstituer les innombrables animaux des savanes africaines, issues d’une évolution qui a déroulé ses méandres sinueux au cours de millions d’années, avant que l’homme ne commence à poindre dans un obscur phylum de Primates minuscules. Il faut avant tout que l’homme se persuade qu’il n’a pas le droit moral de mener une espèce animale ou végétale à son extinction, sous prétexte qu’elle ne sert à rien. Un humble végétal, un insecte minuscule, contiennent plus de splendeurs et de mystères que la plus merveilleuse de nos constructions.

Quelle que soit la position métaphysique adoptée et la place accordée à l’espèce humaine, l’homme n’a pas le droit de détruire les autres espèces. Nous n’avons pas le droit d’exterminer ce que nous n’avons pas créé. L’homme a assez de raisons objectives pour s’attacher à la sauvegarde du monde sauvage. Mais elle ne sera préservée que si ‘homme lui manifeste un peu d’amour. La nature ne doit pas être préservée uniquement parce qu’elle est la meilleure sauvegarde de l’humanité mais parce qu’elle est belle. La nature ne sera en définitive sauvée que par notre cœur.

5/5) Robert Barbault, une actualisation en 2012 du livre de 1965

Où en est-on vraiment, près de cinquante ans après la parution d’ « Avant que nature meure » de Jean Dorst ? Son objectif premier était d’attirer l’attention sur ce que l’on appelle aujourd’hui la sixième extinction en masse des espèces. L’effondrement annoncé est toujours d’actualité. Engagée par la Convention sur la diversité biologique ratifiée après le sommet planétaire de Rio de Janeiro en 1992, les délégations rassemblée en 2002 au sommet de Johannesburg s’engagèrent à freiner l’érosion de la biodiversité à l’horizon 2010. L’échéance est passée et le bilan est décevant. Jean Dorst expliquait très bien dans son essai l’articulation que présente les milieux naturels entre, d’une part, la dynamique des activités humaines et, d’autre part, l’évolution des effectifs de plantes et d’animaux : disparition, fragmentation ou transformation des habitats ; surexploitation des populations d’espèces sauvages ; pollutions ; espèces introduites qui deviennent envahissantes. La prise de conscience du changement climatique et de ses conséquences sur la biodiversité est postérieure à la parution de son livre. Pourquoi les menaces n’ont-elles pas fléchies. Parce que nous sommes une espèce qui a particulièrement réussi. Un succès qui s’exprime à travers une croissance démographique impressionnante, l’appropriation totale de la planète et de ses ressources, des développements scientifiques et techniques qui semblent sasn limites. Et comme la Terre a des limites, il y a problème ! C’est ce que Jean Dorst appelait « le déséquilibre du monde moderne ».

Son diagnostic peut s’énoncer comme suit : le problème majeur entre humains et non-humains est de l’ordre d’une concurrence pour l’espace – et les ressources que celui-ci renferme. L’aménagement du territoire doit inclure les besoins de la nature, puisque ce sont aussi les nôtres. Cela suppose que nous ménagions la Terre. Cela suppose une gestion complexe d’espaces diversifiés. Dans une telle conception, l’homme n’est pas extérieur à la nature, il en fait partie. Il s’agit de passer de l’artificialisation complète de la nature à l’inscription des systèmes de production dans le cadre des écosystèmes locaux ; de renoncer à la spécialisation avec standardisation des cultivars ; de ne spa chercher l’éradication des maladies et ravageurs potentiels mais plutôt une gestion de la diversité. En promouvant les relations de marché, les économistes sapent la réciprocité, l’altruisme et l’obligation mutuelle, et de ce fait la nécessité de la communauté. Il faut rappeler que la valeur économique de toute chose ne nous dit rien sur la valeur intrinsèque de ladite chose.

Et si, depuis l’essai de Jean Dorst, l’évolution la plus importante était l’émergence dans les années 1970 d’un nouveau courant philosophique, l’éthique environnementale ? On retrouvait déjà sous sa plume tous les ingrédients susceptibles de nourrir une telle pensée écologique.

(Pour que nature vive)

(Delachaux et Niestlé 1965 – réédition 2012)