Mois : août 2018

et l’humanité fit deux pas de plus vers le précipice…

1) climat et politique : En Australie, le premier ministre renonce aux engagements pris par l’Australie en 2015 à l’occasion de l’accord de Paris sur le climat. Malcolm Turnbull était fortement contesté au sein de son propre camp. Dernièrement, sa volonté d’inscrire dans la loi les engagements pris par son prédécesseur avait provoqué une fronde parmi les élus de droite. * Rappelons que pour le Führer Hitler les traités ne sont que « des chiffons de papier » que l’on peut détruire quand l’occasion s’en présente.

2) climat et charbon : Une nouvelle directive prévoit d’annuler les restrictions de pollution produite par les centrales à charbon, une des sources d’énergie les plus polluantes. Le président des États-Unis, fervent défenseur de cette source d’énergie qui compte parmi les plus polluantes, devrait s’en féliciter. Donald Trump ne cesse de vanter sans plus d’explications un « charbon propre ».** Rappelons que le charbon, le pétrole et le gaz, c’est-à-dire toutes les ressources fossiles, détériorent le climat par leur combustion qui accroît l’effet de serre.

* LE MONDE du 22 août 2018, En Australie, le premier ministre Malcolm Turnbull sauve son poste en renonçant à ses engagements sur le climat

**LE MONDE du 22 août 2018, Comment les Etats-Unis comptent sauver leurs vieilles centrales thermiques à charbon

et l’humanité fit deux pas de plus vers le précipice…

1) climat et politique : En Australie, le premier ministre renonce aux engagements pris par l’Australie en 2015 à l’occasion de l’accord de Paris sur le climat. Malcolm Turnbull était fortement contesté au sein de son propre camp. Dernièrement, sa volonté d’inscrire dans la loi les engagements pris par son prédécesseur avait provoqué une fronde parmi les élus de droite. * Rappelons que pour le Führer Hitler les traités ne sont que « des chiffons de papier » que l’on peut détruire quand l’occasion s’en présente.

2) climat et charbon : Une nouvelle directive prévoit d’annuler les restrictions de pollution produite par les centrales à charbon, une des sources d’énergie les plus polluantes. Le président des États-Unis, fervent défenseur de cette source d’énergie qui compte parmi les plus polluantes, devrait s’en féliciter. Donald Trump ne cesse de vanter sans plus d’explications un « charbon propre ».** Rappelons que le charbon, le pétrole et le gaz, c’est-à-dire toutes les ressources fossiles, détériorent le climat par leur combustion qui accroît l’effet de serre.

* LE MONDE du 22 août 2018, En Australie, le premier ministre Malcolm Turnbull sauve son poste en renonçant à ses engagements sur le climat

**LE MONDE du 22 août 2018, Comment les Etats-Unis comptent sauver leurs vieilles centrales thermiques à charbon

Hans Jonas confronté au problème de l’euthanasie

Hans Jonas (1903-1993) est le philosophe qui, en 1979, a opposé « Le principe responsabilité  » au « principe espérance » : sans changement de mode de vie, nous courrons au désastre. De bonnes analyses qui débouchent sur une nouvelle éthique et même une certaine conception de l’euthanasie. En 1989, voici ce qu’il répondait à la question suivante : « Estimez-vous que le débat sur l’euthanasie et nécessaire, admissible ou interdit ? »*

Hans Jonas : Je n’estime en aucun cas qu’un tel débat soit interdit. L’euthanasie constitue, dans des cas extrêmes, une forme d’intervention justifiée, mais que je déconseillerais de façon pressante. On doit parler d’un « droit de mourir » alors que, jusqu’à présent, toutes les discussions aussi bien éthiques que juridiques traitaient d’un « droit de vivre ». L’évolution de la technique médicale, c’est-à-dire l’accroissement de notre puissance grâce à l’appareil technique, a rendu possible ce droit de mourir. On maintient en vie des moribonds en dépit de leur propre décision et souvent au mépris de la volonté de ceux qui leur sont proches. Mais le fait de laisser mourir, par exemple en débranchant le respirateur artificiel, conduit aux cas limites. Il est difficile de décider si l’on se contente d’omettre quelques choses ou si l’on fait effectivement quelque chose. La frontière entre euthanasie active et euthanasie passive est flottante. L’interruption du traitement après que l’on a constaté de façon irréfutable qu’on ne pouvait plus escompter un retour à la conscience est tout autre chose que la délivrance d’une piqûre mortelle. La décision de la mort ne doit pas échoir au médecin car cela mettrait en danger le rôle du médecin dans la société. Le médecin peut guérir, soulager, adoucir, mais la mort ne doit pas relever de ses prérogatives. Mais voici un exemple de ce qui est possible et de ce qu’on ne peut inscrire dans aucun code législatif : l’époux ou l’épouse aimante qui connaît les souffrances de son conjoint peut éventuellement abréger ses souffrances au risque d’une peine d’emprisonnement.

On ne doit pas se laisser conditionner par le point de vue d’une éthique de la compassion, mais uniquement par la responsabilité des conséquences qui découlent de notre manière de voir. C’est là mon opinion, mais je conçois fort bien qu’on puisse en avoir une autre. Quel est le critère qui permet de dire « cela ne vaut plus la peine de vivre » ou bien « cela vaut encore la peine de vivre » ? Ma réponse est : je ne sais pas. Que sommes-nous autorisés à imposer au nouveau-né, jusqu’à quel degré pouvons-nous contraindre un être à l’existence lorsqu’il est amené à mener une vie complètement étiolée ? Le concept de vie « indigne d’être vécue » entre naturellement en jeu, mais aux yeux de qui cette vie est-elle « indigne d’être vécue » ? Il peut également s’agir de l’État. Il faut donc entendre : qui ne vaut pas la peine d’être vécue par cet être lui-même. Les considérations en vertu desquelles ce maintien en vie serait trop coûteux alors que l’argent pourrait être consacré à de bien meilleures choses ne devraient jouer aucun rôle. Si nous avions décidé de faire de l’épilepsie le critère de l’avortement, nous n’aurions pas eu un Dostoïevski. L’enfant nous est d’emblée confié comme quelqu’un dont la personnalité doit se développer sous notre protection.

* Hans Jonas, la compassion à elle seule ne fonde aucune éthique (dans Une éthique pour la Nature – Arthaud poche 2017)

Hans Jonas confronté au problème de l’euthanasie

Hans Jonas (1903-1993) est le philosophe qui, en 1979, a opposé « Le principe responsabilité  » au « principe espérance » : sans changement de mode de vie, nous courrons au désastre. De bonnes analyses qui débouchent sur une nouvelle éthique et même une certaine conception de l’euthanasie. En 1989, voici ce qu’il répondait à la question suivante : « Estimez-vous que le débat sur l’euthanasie et nécessaire, admissible ou interdit ? »*

Hans Jonas : Je n’estime en aucun cas qu’un tel débat soit interdit. L’euthanasie constitue, dans des cas extrêmes, une forme d’intervention justifiée, mais que je déconseillerais de façon pressante. On doit parler d’un « droit de mourir » alors que, jusqu’à présent, toutes les discussions aussi bien éthiques que juridiques traitaient d’un « droit de vivre ». L’évolution de la technique médicale, c’est-à-dire l’accroissement de notre puissance grâce à l’appareil technique, a rendu possible ce droit de mourir. On maintient en vie des moribonds en dépit de leur propre décision et souvent au mépris de la volonté de ceux qui leur sont proches. Mais le fait de laisser mourir, par exemple en débranchant le respirateur artificiel, conduit aux cas limites. Il est difficile de décider si l’on se contente d’omettre quelques choses ou si l’on fait effectivement quelque chose. La frontière entre euthanasie active et euthanasie passive est flottante. L’interruption du traitement après que l’on a constaté de façon irréfutable qu’on ne pouvait plus escompter un retour à la conscience est tout autre chose que la délivrance d’une piqûre mortelle. La décision de la mort ne doit pas échoir au médecin car cela mettrait en danger le rôle du médecin dans la société. Le médecin peut guérir, soulager, adoucir, mais la mort ne doit pas relever de ses prérogatives. Mais voici un exemple de ce qui est possible et de ce qu’on ne peut inscrire dans aucun code législatif : l’époux ou l’épouse aimante qui connaît les souffrances de son conjoint peut éventuellement abréger ses souffrances au risque d’une peine d’emprisonnement.

On ne doit pas se laisser conditionner par le point de vue d’une éthique de la compassion, mais uniquement par la responsabilité des conséquences qui découlent de notre manière de voir. C’est là mon opinion, mais je conçois fort bien qu’on puisse en avoir une autre. Quel est le critère qui permet de dire « cela ne vaut plus la peine de vivre » ou bien « cela vaut encore la peine de vivre » ? Ma réponse est : je ne sais pas. Que sommes-nous autorisés à imposer au nouveau-né, jusqu’à quel degré pouvons-nous contraindre un être à l’existence lorsqu’il est amené à mener une vie complètement étiolée ? Le concept de vie « indigne d’être vécue » entre naturellement en jeu, mais aux yeux de qui cette vie est-elle « indigne d’être vécue » ? Il peut également s’agir de l’État. Il faut donc entendre : qui ne vaut pas la peine d’être vécue par cet être lui-même. Les considérations en vertu desquelles ce maintien en vie serait trop coûteux alors que l’argent pourrait être consacré à de bien meilleures choses ne devraient jouer aucun rôle. Si nous avions décidé de faire de l’épilepsie le critère de l’avortement, nous n’aurions pas eu un Dostoïevski. L’enfant nous est d’emblée confié comme quelqu’un dont la personnalité doit se développer sous notre protection.

* Hans Jonas, la compassion à elle seule ne fonde aucune éthique (dans Une éthique pour la Nature – Arthaud poche 2017)

Pour connaître l’écopsychologue Joanna Macy

Nous semblons penser que nous pourrions survivre sans le sol, les arbres et l’eau, le tissage complexe de la vie. Alors que la Terre est en train de mourir, nous avons oublié que sous sommes la terre de la terre, les os de ses os. En dépit de notre conditionnement issu de deux siècles de société industrielle, nous pouvons retrouver l’aspect sacré de la Biosphère.

C’est pourquoi Joanna Macy pense que nous avons besoin d’un travail d’écologie profonde. Il lui semble nécessaire de nous appuyer sur le sentiment de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Elle imagine que les générations futures nommeront ce XXIe siècle le « Changement de cap ». Il s’agira d’un passage radical d’une société de croissance industrielle autodestructrice à une société compatible avec la vie. Dans le changement de cap vers une civilisation soutenable, nous, membres de la Société de croissance industrielle, devons nous rendre compte à quel point nous sommes coupés du monde naturel. Parce que le travail sur soi fait dans ses stages nous relie les uns les autres et avec tous les êtres vivants, nous pouvons l’appeler plus simplement le « travail qui relie ».

Molly Young Brown ajoute : « La plus grande destruction sur notre planète n’est pas infligée par des terroristes ou des tyrans psychopathes. Elle est le fait de personnes ordinaires, respectant la loi, allant à l’église, aimant leur famille, des personnes moralement normales qui profitent de leurs quatre-quatre, de leurs croisières et de leurs hamburgers, inconscientes de la provenance de ces plaisirs et de leur coût réel ».

Source : Ecopsychologie pratique, retrouver un lien avec la nature de Joanna Macy et M.Y. Brown

Pour connaître l’écopsychologue Joanna Macy

Nous semblons penser que nous pourrions survivre sans le sol, les arbres et l’eau, le tissage complexe de la vie. Alors que la Terre est en train de mourir, nous avons oublié que sous sommes la terre de la terre, les os de ses os. En dépit de notre conditionnement issu de deux siècles de société industrielle, nous pouvons retrouver l’aspect sacré de la Biosphère.

C’est pourquoi Joanna Macy pense que nous avons besoin d’un travail d’écologie profonde. Il lui semble nécessaire de nous appuyer sur le sentiment de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Elle imagine que les générations futures nommeront ce XXIe siècle le « Changement de cap ». Il s’agira d’un passage radical d’une société de croissance industrielle autodestructrice à une société compatible avec la vie. Dans le changement de cap vers une civilisation soutenable, nous, membres de la Société de croissance industrielle, devons nous rendre compte à quel point nous sommes coupés du monde naturel. Parce que le travail sur soi fait dans ses stages nous relie les uns les autres et avec tous les êtres vivants, nous pouvons l’appeler plus simplement le « travail qui relie ».

Molly Young Brown ajoute : « La plus grande destruction sur notre planète n’est pas infligée par des terroristes ou des tyrans psychopathes. Elle est le fait de personnes ordinaires, respectant la loi, allant à l’église, aimant leur famille, des personnes moralement normales qui profitent de leurs quatre-quatre, de leurs croisières et de leurs hamburgers, inconscientes de la provenance de ces plaisirs et de leur coût réel ».

Source : Ecopsychologie pratique, retrouver un lien avec la nature de Joanna Macy et M.Y. Brown

un enseignement économique et social (SES) aux ordres

Le cancre et cependant universitaire Philippe Aghion*, un proche d’Emmanuel Macron, pilote la réécriture des programmes de sciences économiques et sociales (SES). Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, désignait le 3 juillet l’objectif : « Si l’approche pluridisciplinaire (des SES), qui s’appuie sur les sciences sociales, a tout son sens, il convient de renforcer les approches microéconomiques, nécessaires pour comprendre les mécanismes fondamentaux ». Les « regards croisés » entre économie, sociologie et sciences politiques, les trois piliers de la matière, seront limités au maximum.** N’importe quoi ! Voici quelques commentaires pertinents sur lemonde.fr parmi les 134 à cette heure :

Jean Léonguy : Est il bien raisonnable de mobiliser des professeurs au Collège de France et peut être des prix Nobel, pour modifier le programme des SES? Alors qu’il suffit d’expliquer aux lycéens futurs salariés qu’il n’est pas raisonnable de vouloir un salaire décent. Ces malheureux élèves vont être noyés de théories économiques et de modèles mathématiques pour apprendre juste une chose : baisser la tête.

Marx Atac : Ne pas confondre économie et business.

Syfre : l’économie n’est pas une science exacte, c’est même pas une science du tout c’est une pseudo science.

Vox : Plutôt que de parler de science on pourrait parler de théories économique, il y a plusieurs chapelle ou philosophies différentes en la matière, on peut même parler de position dogmatique dans certains cas, quand une de ces chapelles pense détenir la vérité absolue. Le rôle de l’enseignement est de mettre en perspective, pas d’enseigner une religion.

DUH : Pour mieux discuter, il faudrait distinguer trois choses qu’on mélange dans le mot « Economie » : 1) le fonctionnement concret des échanges marchands et des institutions (les banques centrales, « la finance ») ; 2) l’économie-discipline, avec ses théories et pratiques hétérogènes et 3) les interventions des ci-devant institutions et scientifiques dans la vie publique (notamment saisies par d’autres sciences sociales). Aghion se limite au (2) et porte un regard fort peu critique sur le (3).

Thierry Piot : tant qu’il n’y aura pas quelques grands principes éprouvés fixés dans le marbre, quel est l’intérêt d’enseigner une matière à des enfants ? Pour moi tant que l’enseignement de l’eco reste aux mains de suicidaires,je le rejette. Combien sont-ils, en cours, à expliquer que l’exploitation exponentielle des ressources d’un monde fini, conduit à l’effondrement de l’économie qui repose sur ce principe ? Et, à terme, à la fin du monde qui vit sur ce principe..

JOSEPH MOUTIEN : Ce qui est très important, c’est d’indiquer aux lycéens que l’économie actuelle est basée sur un postulat irresponsable de croissance de consommation infinie dans un monde fini, et que ce modèle prend fin dans quelques années avec la fin des ressources énergétiques et minières (le pic de production des métaux essentiels est au cours des 3 ou 4 prochaines décennies). C’est donc la décroissance de la consommation, par rapport au modèle actuel, choisie ou subie, qui est notre avenir proche.

MICHEL LEPESANT : DécroissanceS de la consommation, bien sûr ; et donc, en amont, décroissance de l’extraction et de la production ; et en aval décroissance des déchets. Tout cela va supposer d’imaginer politiquement un nouveau contrat démocratique. Bref, de tous les côtés, il va falloir remettre l’économie à sa place ← comme on remet à sa place un garnement mal élevé. Mais à l’époque de l’enfant-tyran, notre société sera-t-elle assez adulte pour assumer de telles responsabilités ?

100000 : Il faut enseigner aux élèves la physique, la biologie et la philosophie. L’économie ne peut trouver ses conditions de scientificité que si elle prend en compte le monde physique et la critique épistémologique. Sans quoi ce n’est qu’une métaphysique de la valeur, délirante et hors sol, épouvantablement dangereuse quand elle devient comme elle l’est aujourd’hui l’objet d’une idolâtrie ou à tout le moins d’un dogmatisme à velléités totalitaires et autoritaires.

Vox : L’économie est surtout un puissant instrument de pouvoir, l’économie c’est de la politique, en tous cas c’est l’usage qui en est fait…

Lucide : De toute façon la parole et le pouvoir restent aux enseignants. S’ils veulent continuer à dire que le libéralisme est une horreur qui entraîne le malheur des peuples et que le marxisme est la seule solution, personne ne pourra l’empêcher. Il n’y a pas de contrôle de l’éducation nationale sur le contenu des cours.

PMF : Il y a de ça, c’est vrai. L’EN est une institution administrée certes, mais pas vraiment dirigée.

@ PMF et Lucide : Exactement. Pas plus dirigée que la liberté de conscience et la liberté de penser. Et c’est heureux. Étonnant que le soi-disant « libéralisme » économique s’en trouve mécontent… Lui qui prône partout la dérégulation voudrait donc contrôler les consciences ?

accro po : Le regretté Bernard Maris ne disait-il pas qu’un économiste est un type qui passe sa journée a expliquer pourquoi il s’est trompé la veille. Autre remarque, dans les SES du lycée, il y a Sociales, je n’en vois pas traces dans les réactions. Bizarre…

* Pour en savoir plus sur Aghion, lire sur ce blog Prêcheurs d’apocalypse, Ph. Aghion et Marc Fontecave

** LE MONDE du 17 août 2018, La polémique s’échauffe sur l’enseignement de l’économie au lycée

un enseignement économique et social (SES) aux ordres

Le cancre et cependant universitaire Philippe Aghion*, un proche d’Emmanuel Macron, pilote la réécriture des programmes de sciences économiques et sociales (SES). Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, désignait le 3 juillet l’objectif : « Si l’approche pluridisciplinaire (des SES), qui s’appuie sur les sciences sociales, a tout son sens, il convient de renforcer les approches microéconomiques, nécessaires pour comprendre les mécanismes fondamentaux ». Les « regards croisés » entre économie, sociologie et sciences politiques, les trois piliers de la matière, seront limités au maximum.** N’importe quoi ! Voici quelques commentaires pertinents sur lemonde.fr parmi les 134 à cette heure :

Jean Léonguy : Est il bien raisonnable de mobiliser des professeurs au Collège de France et peut être des prix Nobel, pour modifier le programme des SES? Alors qu’il suffit d’expliquer aux lycéens futurs salariés qu’il n’est pas raisonnable de vouloir un salaire décent. Ces malheureux élèves vont être noyés de théories économiques et de modèles mathématiques pour apprendre juste une chose : baisser la tête.

Marx Atac : Ne pas confondre économie et business.

Syfre : l’économie n’est pas une science exacte, c’est même pas une science du tout c’est une pseudo science.

Vox : Plutôt que de parler de science on pourrait parler de théories économique, il y a plusieurs chapelle ou philosophies différentes en la matière, on peut même parler de position dogmatique dans certains cas, quand une de ces chapelles pense détenir la vérité absolue. Le rôle de l’enseignement est de mettre en perspective, pas d’enseigner une religion.

DUH : Pour mieux discuter, il faudrait distinguer trois choses qu’on mélange dans le mot « Economie » : 1) le fonctionnement concret des échanges marchands et des institutions (les banques centrales, « la finance ») ; 2) l’économie-discipline, avec ses théories et pratiques hétérogènes et 3) les interventions des ci-devant institutions et scientifiques dans la vie publique (notamment saisies par d’autres sciences sociales). Aghion se limite au (2) et porte un regard fort peu critique sur le (3).

Thierry Piot : tant qu’il n’y aura pas quelques grands principes éprouvés fixés dans le marbre, quel est l’intérêt d’enseigner une matière à des enfants ? Pour moi tant que l’enseignement de l’eco reste aux mains de suicidaires,je le rejette. Combien sont-ils, en cours, à expliquer que l’exploitation exponentielle des ressources d’un monde fini, conduit à l’effondrement de l’économie qui repose sur ce principe ? Et, à terme, à la fin du monde qui vit sur ce principe..

JOSEPH MOUTIEN : Ce qui est très important, c’est d’indiquer aux lycéens que l’économie actuelle est basée sur un postulat irresponsable de croissance de consommation infinie dans un monde fini, et que ce modèle prend fin dans quelques années avec la fin des ressources énergétiques et minières (le pic de production des métaux essentiels est au cours des 3 ou 4 prochaines décennies). C’est donc la décroissance de la consommation, par rapport au modèle actuel, choisie ou subie, qui est notre avenir proche.

MICHEL LEPESANT : DécroissanceS de la consommation, bien sûr ; et donc, en amont, décroissance de l’extraction et de la production ; et en aval décroissance des déchets. Tout cela va supposer d’imaginer politiquement un nouveau contrat démocratique. Bref, de tous les côtés, il va falloir remettre l’économie à sa place ← comme on remet à sa place un garnement mal élevé. Mais à l’époque de l’enfant-tyran, notre société sera-t-elle assez adulte pour assumer de telles responsabilités ?

100000 : Il faut enseigner aux élèves la physique, la biologie et la philosophie. L’économie ne peut trouver ses conditions de scientificité que si elle prend en compte le monde physique et la critique épistémologique. Sans quoi ce n’est qu’une métaphysique de la valeur, délirante et hors sol, épouvantablement dangereuse quand elle devient comme elle l’est aujourd’hui l’objet d’une idolâtrie ou à tout le moins d’un dogmatisme à velléités totalitaires et autoritaires.

Vox : L’économie est surtout un puissant instrument de pouvoir, l’économie c’est de la politique, en tous cas c’est l’usage qui en est fait…

Lucide : De toute façon la parole et le pouvoir restent aux enseignants. S’ils veulent continuer à dire que le libéralisme est une horreur qui entraîne le malheur des peuples et que le marxisme est la seule solution, personne ne pourra l’empêcher. Il n’y a pas de contrôle de l’éducation nationale sur le contenu des cours.

PMF : Il y a de ça, c’est vrai. L’EN est une institution administrée certes, mais pas vraiment dirigée.

@ PMF et Lucide : Exactement. Pas plus dirigée que la liberté de conscience et la liberté de penser. Et c’est heureux. Étonnant que le soi-disant « libéralisme » économique s’en trouve mécontent… Lui qui prône partout la dérégulation voudrait donc contrôler les consciences ?

accro po : Le regretté Bernard Maris ne disait-il pas qu’un économiste est un type qui passe sa journée a expliquer pourquoi il s’est trompé la veille. Autre remarque, dans les SES du lycée, il y a Sociales, je n’en vois pas traces dans les réactions. Bizarre…

* Pour en savoir plus sur Aghion, lire sur ce blog Prêcheurs d’apocalypse, Ph. Aghion et Marc Fontecave

** LE MONDE du 17 août 2018, La polémique s’échauffe sur l’enseignement de l’économie au lycée

EELV à l’assaut des européennes pour 15 % ?

Yannick Jadot, désigné tête de liste Europe écologie-Les Verts (EELV) pour les Européennes de 2019, exclut dans le JDD la possibilité d’une liste commune avec le mouvement Génération.s de Benoît Hamon : « L’élection européenne est le seul scrutin où les électeurs votent par conviction. C’est un vote de clarté. Notre priorité est de rassembler les écologistes autour d’une ligne claire, pas de faire de la vieille politique avec ses accords d’appareils et ses confusions. » Sur la liste EELV, le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, qui « a parfaitement géré le dossier des réfugiés », doit être « aux avant-postes », fait valoir M. Jadot. Il confirme en outre son objectif d’obtenir 15 % des voix lors du scrutin européen, jugeant que « jamais l’écologie n’aura autant irrigué la société, les entreprises, les initiatives citoyennes »*. Quelques réactions sur lemonde.fr qui font le tour du problème de l’écologie politique institutionnelle :

untel : Jadot + Hamon = 6% alors que Jadot seul = 15%. Les mathématiques ont du mal à adouber cette histoire, surtout en faisant campagne sur les migrants, le seul thème évoqué ici.

Réaliste : Habituellement, les verts réussissent lors du scrutin européen. Ils ont raison de ne pas s’encombrer d’un boulet qui collectionne les vestes. En revanche, je ne suis pas sur que le charisme de Jadot vale celui de Cohn Bendit. Les 15 % semblent très optimistes.

Andy : « Notre priorité est de rassembler les écologistes autour d’une ligne claire, pas de faire de la vieille politique avec ses accords d’appareils et ses confusions » Ah bon !? Mais justement Jadot a fait de tels accords avec Benoît Hamon — c’est-à-dire le pire du pire en matière de déconnexion des convictions affichées et des actions (quand il y en a) — aux présidentielles. Je suis à 200% pour l’écologie, mais je voterai pour un homme ou une femme de vraies convictions !

Sara : Il ne faut pas oublier que le ralliement d’EELV à Hamon a été organisé par le clan Duflot, piteusement éliminée dès le premier tour d’une primaire des verts qu’elle n’a pas voulu. Il s’agissait surtout d’une manœuvre d’appareil pilotée par une faction avide de pouvoir et d’une vengeance plus que la construction d’un projet politique.

* LE MONDE du 20 août 2018, Européennes : Jadot confirme exclure une liste commune avec Hamon

EELV à l’assaut des européennes pour 15 % ?

Yannick Jadot, désigné tête de liste Europe écologie-Les Verts (EELV) pour les Européennes de 2019, exclut dans le JDD la possibilité d’une liste commune avec le mouvement Génération.s de Benoît Hamon : « L’élection européenne est le seul scrutin où les électeurs votent par conviction. C’est un vote de clarté. Notre priorité est de rassembler les écologistes autour d’une ligne claire, pas de faire de la vieille politique avec ses accords d’appareils et ses confusions. » Sur la liste EELV, le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, qui « a parfaitement géré le dossier des réfugiés », doit être « aux avant-postes », fait valoir M. Jadot. Il confirme en outre son objectif d’obtenir 15 % des voix lors du scrutin européen, jugeant que « jamais l’écologie n’aura autant irrigué la société, les entreprises, les initiatives citoyennes »*. Quelques réactions sur lemonde.fr qui font le tour du problème de l’écologie politique institutionnelle :

untel : Jadot + Hamon = 6% alors que Jadot seul = 15%. Les mathématiques ont du mal à adouber cette histoire, surtout en faisant campagne sur les migrants, le seul thème évoqué ici.

Réaliste : Habituellement, les verts réussissent lors du scrutin européen. Ils ont raison de ne pas s’encombrer d’un boulet qui collectionne les vestes. En revanche, je ne suis pas sur que le charisme de Jadot vale celui de Cohn Bendit. Les 15 % semblent très optimistes.

Andy : « Notre priorité est de rassembler les écologistes autour d’une ligne claire, pas de faire de la vieille politique avec ses accords d’appareils et ses confusions » Ah bon !? Mais justement Jadot a fait de tels accords avec Benoît Hamon — c’est-à-dire le pire du pire en matière de déconnexion des convictions affichées et des actions (quand il y en a) — aux présidentielles. Je suis à 200% pour l’écologie, mais je voterai pour un homme ou une femme de vraies convictions !

Sara : Il ne faut pas oublier que le ralliement d’EELV à Hamon a été organisé par le clan Duflot, piteusement éliminée dès le premier tour d’une primaire des verts qu’elle n’a pas voulu. Il s’agissait surtout d’une manœuvre d’appareil pilotée par une faction avide de pouvoir et d’une vengeance plus que la construction d’un projet politique.

* LE MONDE du 20 août 2018, Européennes : Jadot confirme exclure une liste commune avec Hamon

Pour connaître John Seed et l’écologie profonde

Il semble que nous devons porter en nous une vision fondamentale de ce à quoi nous croyons. Dans « Thinking Like a Mountain », John Seed  correspond à cette attente. Tout a commencé à Terrania Creek, une forêt située en Australie :

« En 1979, je vivais dans une communauté située aux abords de la forêt. Alors que l’État s’apprêtait à abattre les arbres, des voisins ont organisé une manifestation, la première du genre en Australie, et m’ont appelé à l’aide. Je ne me sentais pas particulièrement concerné par la situation. Durant la manifestation cependant, j’ai tout à coup senti que j’agissais non seulement pour moi-même, en tant qu’humain, mais aussi au nom de la forêt dont je faisais partie intégrante. Celle-ci se défendait à travers moi, je me suis senti appelé à parler en son nom. En devenant profondément conscient de mon lien avec la forêt, je me suis éveillé à toute la Terre. J’étais renversé par cette révélation. Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à expliquer ce qui s’est passé, mon expérience demeure pour ainsi dire miraculeuse. À partir de là, ma vie a pris une toute nouvelle direction… Humblement, nous pouvons nous rappeler que nous ne sommes pas le pilote ou le contrôleur de la Biosphère, mais plutôt un être parmi les dix millions d’espèces différentes sur la Terre. On peut alors prendre conscience de toute la beauté de la nature, on peut trouver l’inspiration et se sentir guidés dans notre action.

En 1982, j’ai lu un essai du maître zen Aitken Roshi. C’est alors que j’ai découvert l’écologie profonde. Selon cette approche, le problème écologique provient de l’anthropocentrisme qui place les humains au sommet de la création et les considère comme la mesure de toutes choses. Dans l’écologie profonde au contraire, les humains sont plutôt un fil dans la toile de la vie ; si nous détruisons les autres fils, nous nous détruisons nous-mêmes. En découvrant l’écologie profonde, je me suis senti profondément soulagé car elle rejoignait et conceptualisait mon expérience initiale dans la forêt. Pour moi, il s’agit presque d’une religion car je n’avais plus besoin de vivre par l’intermédiaire de Bouddha, Dieu, Jésus ou Mahomet. Ma vie est devenue une prière car au rythme où nous allons, nous allons détruire le tissu même de la vie en quelques centaines d’années ou moins. De timides réformes et quelques lois environnementales ne suffiront pas. Je ne sais pas si cette transformation fondamentale de notre conscience se généralisera, mais sans cette transformation, il n’y a pas d’avenir pour les humains.

  Il n’est pas suffisant de savoir qu’on fait partie de la Terre, il faut aussi le ressentir. Les autochtones, qui vivent en harmonie relative avec leur milieu environnant, pratiquent tous des rituels pendant lesquels ils se rappellent que les humains font partie du corps même de la Terre et de la grande communauté terrestre. Avec la philosophe et activiste américaine Joanna Macy et d’autres, nous avons développé des rituels et autres processus adaptés aux humains contemporains. Il me semble important de passer du temps dans la nature. Un peu partout dans le monde, des gens se réunissent déjà régulièrement en l’honneur de la Terre. Ces rituels pourraient s’insérer dans la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines bien mieux que le consumérisme qui est un bien piètre substitut pour l’expérience religieuse authentique. L’industrie publicitaire dépense plusieurs milliards de dollars pour nous inciter à acheter notre chemin vers l’illumination et le bonheur. Mais les humains sentent qu’il leur manque quelque chose, ils se sentent vides à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils essaient de combler ce vide avec un plus gros téléviseur, un four à micro-ondes ou une nouvelle voiture. Comme ils n’arrivent jamais à la satisfaction finale, ils achètent encore davantage. Pour produire tous ces objets, il nous faut ouvrir la Terre, la couper en morceaux et détruire le fondement même de notre être. Mais ce que nous faisons à la Terre, c’est à nous que nous le faisons. Pendant nos rituels, nous entrons en contact avec toute la souffrance que la destruction de la Terre provoque en nous ; il est important de ressentir le désespoir, l’horreur, la colère, la peur et la tristesse engendrés par ce qui arrive à la Terre. Nous exprimons ces émotions difficiles dans un cercle sécurisant de personnes qui vivent la même chose que nous. Une fois reconnues et validées, ces émotions se transforment en une conscience de nos capacités et une détermination à vouloir travailler de façon positive pour la Terre. Parfois, j’imagine que le monde entier deviendra prêt à travailler en harmonie avec la Terre. En même temps, je ne vis pas dans l’attente de résultats, j’essaie plutôt de vivre de façon intègre et en harmonie avec ce que je crois. Cette expérience est d’autant plus remarquable que j’ai grandi en ville. Que ce soit arrivé à quelqu’un d’aussi perdu et ignorant que moi à cette époque me donne espoir que cela peut arriver à tout le monde. »

avec Cyril Dion, résistons à ce monde qui déraille

La recension du MONDE du livre de Cyril Dion, « Petit manuel de résistance contemporaine » nous paraît peu claire : « Manifester, signer des pétitions, agir localement, occuper des lieux, boycotter… Toutes ces propositions faites dans d’innombrables ouvrages, articles, émissions et réseaux sociaux « n’ont aucune utilité, ou presque, si elles sont mises en œuvre de façon isolée. Quant aux perspectives plus radicales d’insurrection, elles conduisent certainement à reproduire ce que nous prétendons combattre ».Il s’agit alors moins de prendre les armes que de transformer notre façon de voir le monde, mener une vie dans laquelle chaque chose que nous faisons, depuis notre métier jusqu’aux tâches les plus quotidiennes, participe à construire le monde dans lequel nous voulons vivre. « Il m’aura fallu des années et des années de militantisme dans les ONG pour parvenir à ce simple constat : si nous voulons emmener des millions de personnes avec nous, nous devons leur dire où nous allons. »*

Nous préférons le résumé que nous en avons fait le 17 juin dernier :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2018/06/17/ecologie-changer-dhistoire-pour-changer-lhistoire/

Laissons maintenant la parole aux commentateurs sur lemonde.fr pour montrer l’âpreté des débats :

le sceptique : L’argument écologiste sur les ressources peut être vrai, mais il convainc peu. Sa forme logique simplifiée revient à dire : « comme nous allons manquer de ressources demain et en souffrir, autant souffrir dès aujourd’hui en cessant d’exploiter les ressources ». Or on préfère user des moyens de s’enrichir quand ils sont disponibles (il sera toujours temps de stagner et décroître)…

Jul @ Le sceptique. Vous oubliez dans votre raisonnement les phénomènes irréversibles… et il y en a plein dans le domaine du vivant, de la physique, etc… Autrement dit, le « il sera toujours le temps de décroitre », lorsque nous y serons obligé, peut nous conduire à un état qui sera nettement moins enviable que si la décroissance avait eu plus tôt.

Perlimpinpin : les rouges/verts toujours en croisade contre l’idéologie matérialiste néolibérale. Ils veulent renverser le système, surtout pas au commande quand nous voyons à l’oeuvre les clowns sectaires d’EELV ou les insoumis. Qu’ils restent dans leur bulle utopique à brasser de l’air et à faire des rodomontades. Quant aux sauveurs, la planète a déjà beaucoup donné avec tous marxistes, communistes, staliniens, maoïstes, castristes….qui nous ont apporté que famines, massacres, camps de rééducation….

SARAH PY : S’unir et ne pas diviser, ne pas chercher l’affrontement mais convaincre. S’il s’agit de nous sauver, alors le défi est commun et les moyens d’y répondre multiples. Une évolution des logiques économiques, la mobilisations des forces des entreprises, c’est ensemble que le combat est à mener. Si l’on perçoit le caractère urgent et dramatique des changements climatiques, alors cette acte de lucidité doit se prolonger dans les moyens de le combattre: l’union des volontés en est la première condition

le sceptique : Si l’écologie politique veut détourner l’humain de sa quête du bonheur terrestre, elle est mal barrée. Et si par malentendu elle prenait le pouvoir, c’est l’humain qui serait mal barré ! Bien sûr, des gens qui ont une certaine idée du bonheur (à savoir l’expression rationalisée de leur propre existence) jugent facilement que leur voisin ne comprend rien à ce qu’est réellement le bonheur.

JOSEPH MOUTIEN : Ce qui est impressionnant chez les climatosceptiques, ou les négationnistes de l’effondrement en cours, c’est qu’ils accusent les écolos de la responsabilité des crises, alors qu’il s’agit bien de leur propre responsabilité de promoteurs du capitalisme et de son dieu, la croissance.

* LE MONDE du 18 août 2018, Sauver la planète, ensemble

avec Cyril Dion, résistons à ce monde qui déraille

La recension du MONDE du livre de Cyril Dion, « Petit manuel de résistance contemporaine » nous paraît peu claire : « Manifester, signer des pétitions, agir localement, occuper des lieux, boycotter… Toutes ces propositions faites dans d’innombrables ouvrages, articles, émissions et réseaux sociaux « n’ont aucune utilité, ou presque, si elles sont mises en œuvre de façon isolée. Quant aux perspectives plus radicales d’insurrection, elles conduisent certainement à reproduire ce que nous prétendons combattre ».Il s’agit alors moins de prendre les armes que de transformer notre façon de voir le monde, mener une vie dans laquelle chaque chose que nous faisons, depuis notre métier jusqu’aux tâches les plus quotidiennes, participe à construire le monde dans lequel nous voulons vivre. « Il m’aura fallu des années et des années de militantisme dans les ONG pour parvenir à ce simple constat : si nous voulons emmener des millions de personnes avec nous, nous devons leur dire où nous allons. »*

Nous préférons le résumé que nous en avons fait le 17 juin dernier :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2018/06/17/ecologie-changer-dhistoire-pour-changer-lhistoire/

Laissons maintenant la parole aux commentateurs sur lemonde.fr pour montrer l’âpreté des débats :

le sceptique : L’argument écologiste sur les ressources peut être vrai, mais il convainc peu. Sa forme logique simplifiée revient à dire : « comme nous allons manquer de ressources demain et en souffrir, autant souffrir dès aujourd’hui en cessant d’exploiter les ressources ». Or on préfère user des moyens de s’enrichir quand ils sont disponibles (il sera toujours temps de stagner et décroître)…

Jul @ Le sceptique. Vous oubliez dans votre raisonnement les phénomènes irréversibles… et il y en a plein dans le domaine du vivant, de la physique, etc… Autrement dit, le « il sera toujours le temps de décroitre », lorsque nous y serons obligé, peut nous conduire à un état qui sera nettement moins enviable que si la décroissance avait eu plus tôt.

Perlimpinpin : les rouges/verts toujours en croisade contre l’idéologie matérialiste néolibérale. Ils veulent renverser le système, surtout pas au commande quand nous voyons à l’oeuvre les clowns sectaires d’EELV ou les insoumis. Qu’ils restent dans leur bulle utopique à brasser de l’air et à faire des rodomontades. Quant aux sauveurs, la planète a déjà beaucoup donné avec tous marxistes, communistes, staliniens, maoïstes, castristes….qui nous ont apporté que famines, massacres, camps de rééducation….

SARAH PY : S’unir et ne pas diviser, ne pas chercher l’affrontement mais convaincre. S’il s’agit de nous sauver, alors le défi est commun et les moyens d’y répondre multiples. Une évolution des logiques économiques, la mobilisations des forces des entreprises, c’est ensemble que le combat est à mener. Si l’on perçoit le caractère urgent et dramatique des changements climatiques, alors cette acte de lucidité doit se prolonger dans les moyens de le combattre: l’union des volontés en est la première condition

le sceptique : Si l’écologie politique veut détourner l’humain de sa quête du bonheur terrestre, elle est mal barrée. Et si par malentendu elle prenait le pouvoir, c’est l’humain qui serait mal barré ! Bien sûr, des gens qui ont une certaine idée du bonheur (à savoir l’expression rationalisée de leur propre existence) jugent facilement que leur voisin ne comprend rien à ce qu’est réellement le bonheur.

JOSEPH MOUTIEN : Ce qui est impressionnant chez les climatosceptiques, ou les négationnistes de l’effondrement en cours, c’est qu’ils accusent les écolos de la responsabilité des crises, alors qu’il s’agit bien de leur propre responsabilité de promoteurs du capitalisme et de son dieu, la croissance.

* LE MONDE du 18 août 2018, Sauver la planète, ensemble

Incontestable, le vélo va bien plus vite que l’auto

Ivan Illich le démontrait déjà en 1973 pour les Américains, les calculs de Jean-Pierre Dupuy ont confirmé en 1975 pour la France que le vélo va bien plus vite que l’auto. Leur raisonnement :

Ivan Illich : L’Américain moyen dépense 1600 heures chaque année pour parcourir 10 000 kilomètres ; cela représente à peine six kilomètres à l’heure. Car qu’on soit dans sa voiture en marche ou à l’arrêt, qu’on travaille pour payer le premier versement des traites ou l’essence, les péages, l’assurance, les impôts et les contraventions, l’Américain donne quatre heures chaque jour à sa voiture, qu’il l’utilise ou qu’il gagne les moyens de le faire. Passé un seuil critique, l’industrie du transport fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner. Ce seuil franchi, le transport fait de l’homme un éternel absent toujours éloigné de son lieu de destination, incapable de l’atteindre par ses propres moyens. Aujourd’hui les gens travaillent une bonne partie de la journée seulement pour gagner l’argent nécessaire pour aller travailler. Depuis deux générations (ndlr, nous sommes en 1973), la durée du trajet entre le logement et le lieu de travail dans les pays industrialisés a augmenté plus vite que n’a diminué, pour la même période, la durée de la journée de travail. L’utilité marginale d’un accroissement de la vitesse de quelques-uns est acquise au prix de la désutilité marginale croissante de cette accélération pour la majorité. En d’autres termes, chaque privilégié se transforme en voleur qui dérobe le temps d’autrui et dépouille la masse de la société. Dans un pays dépourvu d’industrie de la circulation, les gens atteignent la même vitesse, mais ils vont où ils veulent à pied, en y consacrant non plus 28 %, mais seulement de 3 à 8 % du budget temps social. *

Jean-Pierre Dupuy : Nous avons calculé la vitesse généralisée de l’automobile. Loin d’être un instrument de gain de temps, l’automobile apparaît comme un monstre chronophage. On estime toutes les dépenses annuelles liées à la possession et à l’usage d’une automobile : amortissement des frais d’acquisition, frais fixes payables annuellement, dépenses courantes d’utilisation… Ces dépenses sont converties en temps, en les divisant par le revenu horaire. On l’additionne au temps passé effectivement à se déplacer. Le temps global ainsi obtenu, mis en rapport avec le kilométrage annuel parcouru, permet d’obtenir la vitesse généralisée recherchée. Extrait d’un tableau comparatif de différentes catégories professionnelles : en 1967, la vitesse généralisée d’un ouvrier spécialisé est de 13 km/h en bicyclette, 10 en Citroën 2CV, 8 en Simca 1301 et 6 en Citroën DS 21. Plus un engin permet d’atteindre une vitesse effective de déplacement élevée, plus sa vitesse généralisée est faible. Le temps social que nous mange l’automobile est de l’ordre de trois à plus de quatre heures par jour.

Il y a deux sortes de temps, le temps-tribut et le temps-épanouissement. Le temps-tribut est celui que l’on consacre à des activités intermédiaires dont le seul avantage est de procurer des ressources matérielles. Pour un calcul économique rationnel, il doit être le plus faible possible à qualité du temps-épanouissement donné. Une heure de travail ou de déplacement représente un temps-tribut. Une structuration de l’espace-temps social qui induit une activité occupant trois à quatre heures par jour pour la seule automobile apparaît comme scandaleuse, absurde. Dans l’hypothèse où nous aurions à nous déplacer à bicyclette dans l’espace-temps actuel, l’absurdité de la situation éclaterait si vivement que cette situation ne pourrait être tolérée alors que la situation présente nous paraît « rationnelle ». La structuration de notre espace-temps social nécessite pour y vivre cette prothèse qui constitue l’institution « transport ». Ceux qui n’ont pas les moyens de se payer cette prothèse (l’automobile) sont les dindons de la farce. Les moyens ont une influence sur les besoins. La recherche du temps gagné par automobile ressemble étrangement au remplissage du tonneau des Danaïdes.**

* « Énergie et équité » d’Ivan Illich (texte initialement publiée en mai 1973 par LE MONDE, mai 2018 pour la présente version, Arthaud poche pour 5,90 euros)

** en annexe du livre précédent

Ivan Illich en 1973, l’énergie contre la performance

Dans la circulation, l’énergie se transforme en vitesse. L’utilisation de hauts quanta d’énergie a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour le milieu physique. Un tel emploi de l’énergie viole la société et détruit la nature. Le transport est un mode de circulation fondé sur l’utilisation intensive du capital, et le transit sur un recours au travail du corps. Le transit n’est pas un produit industriel, c’est l’opération autonome de ceux qui se déplacent à pied. Il a par définition une utilité, mais pas de valeur d’échange, car la mobilité personnelle est sans valeur marchande. Dès que le rapport entre force mécanique et énergie métabolique dépasse un seuil déterminable, le règne de la technocratie s’instaure. Toute société qui impose sa règle aux modes de déplacement opprime en fait le transit au profit du transport.

En semant dans le tiers monde la nouvelle thèse de l’industrialisation économie en énergie, on apporte plus de maux aux pauvres qu’on ne leur en enlève, et on leur cède les produits coûteux d’usines déjà démodées. Quand les pauvres acceptent de moderniser leur pauvreté en devenant dépendant de l’énergie fossile, ils renoncent définitivement à la possibilité d’une technique libératrice. Au Brésil, l’ambulance fait reculer le cabinet du médecin au-delà de la courte distance sur laquelle on peut porter un enfant malade. Dès que les poids lourds atteignent un village reculé des Andes, une partie du marché local disparaît. L’expert en développement qui, dans sa Land Rover, s’apitoie sur le paysan qui conduit ses cochons au marché refuse de reconnaître les avantages relatifs de la marche. Choisir un type d’économie consommant un minimum d’énergie demande aux pauvres de renoncer à leurs lointaines espérances et aux riches de reconnaître que la somme de leurs intérêts économiques n’est qu’une longue chaîne d’obligations. Une contre-recherche devrait déterminer le seuil au-delà duquel l’énergie corrompt. Au XIXe siècle en Occident, dès qu’un moyen de transport public a pu franchir plus de 25 kilomètres à l’heure, il a fait augmenter les prix, le manque d’espace et de temps. Durant les cinquante années qui ont suivi la construction du premier chemin de fer, la distance moyenne parcourue par un passager a presque été multipliée par cent. Un véhicule surpuissant engendre lui-même la distance qui aliène. Les transformateurs mécaniques de carburants minéraux interdisent aux hommes d’utiliser leur énergie métabolique et les transforment en consommateurs esclaves des moyens de transport. Dis-moi à quelle vitesse tu te déplaces, je te dirai qui tu es. La vitesse de leur voiture rend les gens prisonniers de la rotation quotidienne entre leur logement et leur travail. Une élite franchit des distances illimitées, tandis que la majorité perd son temps en trajets imposés. Le rêve hasardeux de passer quelques heures attaché sur un siège propulsé à grande vitesse rend l’ouvrier complice de la déformation imposée à l’espace humain et le conduit à se résigner à l’aménagement du pays non pour les hommes mais pour les voitures. Chacun augmente son rayon quotidien en perdant la capacité d’aller son propre chemin. Seule une basse consommation d’énergie permet une grande variété de modes de vie.

Entre des hommes libres, des rapports sociaux efficaces vont à l’allure d’une bicyclette, et pas plus vite. L’homme forme une machine thermodynamique plus rentable que n’importe quel véhicule à moteur. Pour transporter chaque gramme de son corps sur un kilomètre en dix minutes, il dépense 0,75 calories. Grâce au roulement à billes, l’homme à bicyclette va de trois à quatre fois plus vite qu’à pied tout en dépensant cinq fois moins d’énergie. Le vélo est le seul véhicule qui conduise l’homme à n’importe quelle heure et par l’intermédiaire de son choix. Le cycliste peut atteindre n’importe quel endroit sans que son vélo désorganise un espace qui pourrait mieux servir à la vie. Un cycliste est maître de sa propre mobilité sans empiéter sur celle des autres. Cet outil ne crée que des besoins qu’il peut satisfaire au lieu que chaque accroissement de l’accélération produit par des véhicules à moteur crée de nouvelles exigences de temps et d’espace. Au Vietnam, une armée sur-industrialisée n’a pu défaire un petit peuple qui se déplaçait à la vitesse de ses bicyclettes. Il reste à savoir si les Vietnamiens utiliseront dans une économie de paix ce que leur appris la guerre. Il est à craindre qu’au nom du développement et de la consommation croissante d’énergie, les Vietnamiens ne s’infligent à eux-mêmes une défaite en brisant de leurs mains ce système équitable, rationnel et autonome, imposé par les bombardiers américains à mesure qu’il les privaient d’essence, de moteurs et de routes.

Résumé de « Énergie et équité » d’Ivan Illich (texte initialement publiée en mai 1973 par LE MONDE, mai 2018 pour la présente version, Arthaud poche pour 5,90 euros)

C’était mieux avant ? Oui, car ce sera pire après !

« C’était mieux avant ? », une nouvelle série en six épisodes du MONDE qui commence par un entretien avec Michel Serres*, un vieux monsieur plein de bon sens, donc conscient des contradictions de notre présent. Quelques extraits :

+ Nombreux sont ceux qui pensent que c’était mieux avant, avec l’alimentation traditionnelle, le biologique pur… Or, c’est entièrement faux ! Je suis né en 1930, je suis donc assez vieux pour me souvenir exactement du gradient qui a été parcouru en matière de santé, d’éducation, d’alimentation.

+ Entre 1990 et aujourd’hui, le nombre de pauvres a diminué de plus d’un milliard, alors que dans le même temps, la population mondiale augmentait de 3 milliards ; dans la même période, la mortalité infantile a chuté de moitié ; les humains vivent désormais 70 ans en moyenne (contre 47 ans en 1950)…

+ L’évangile des médias, c’est : « On ne dit pas que les avions arrivent à l’heure, on en parle quand ils se crashent. » Sauf qu’ils oublient parfois de rappeler que la circulation aérienne est la plus sûre du monde.

+ Avant la seconde guerre mondiale, quand un médecin recevait 10 malades, il y avait 4 tuberculeux, 4 syphilitiques et deux autres. A partir des années 1960, il ne reste que les deux autres grâce à l’arrivée des antibiotiques. Du coup, l’espérance de vie a bondi, on a gagné entre trente et quarante ans en un siècle.

Aujourd’hui, on commence à comprendre que la situation est tragique. C’est précisément parce que tout va mieux qu’on ne s’aperçoit pas que tout peut aller beaucoup plus mal. On a un système tellement productif qu’on a du mal à imaginer qu’il peut se détruire demain.

Le plus difficile consisterait à changer nos manières de nous déplacer, de manger, de boire… Mais bouleverser les facteurs économiques et financiers, c’est un vrai défi. Tout va de mieux en mieux pour nous, mais cette courbe ne sera pas éternellement croissante. Donc, ce n’était pas mieux avant, mais ça pourrait être pire après.

Plusieurs choses ont choqué avec mon livre « Le Contrat naturel ». Tout d’abord, le fait qu’il n’y avait personne pour signer le contrat naturel, en face de nous. Ce à quoi j’ai répondu que c’était la même chose pour le contrat social de Rousseau. Aujourd’hui, dans les législations de quelques pays, on commence à faire entrer la nature dans des sujets de droit.

Compléments de réflexion tirés du livre de Michel Serres, Le contrat naturel (1990)

– Afin que l’eau des océans se mélange, il faut que s’achève un cycle estimé à cinq millénaires. Or nous ne proposons que des réponses et des solutions de terme court, parce que nous vivons à échéances immédiates. Comment réussir dans une entreprise de long terme avec des moyens de court terme ?

– Il nous faut payer un tel projet par une révision déchirante de notre culture dominante. Il nous faut laisser le cap imposé par la philosophie de Descartes de l’homme maître et possesseur de la nature. Voici la bifurcation de l’histoire : ou la mort, ou la symbiose. Cela signifie : au contrat exclusivement social, ajouter la passation d’un contrat naturel de symbiose et de réciprocité où l’écoute admirative, la contemplation et le respect laisse de côté maîtrise et possessions.

– Le symbiote admet le droit de l’hôte, alors que le parasite – notre statut actuel – condamne à mort celui qu’il pille et qu’il habite sans prendre conscience qu’à terme il se condamne lui-même à disparaître. Le droit de symbiose se définit par la réciprocité : autant la nature donne à l’homme, autant celui-ci doit rendre à celle-là, devenue sujet de droit.

– Dans quel langage parlent les choses du monde pour que nous puissions nous entendre avec elles, par contrat ? En fait la Terre nous parle en termes de forces, de liens et d’interactions, et cela suffit à faire un contrat. Mais tout cela resterait lettre morte si on n’inventait un nouvel homme politique.

* LE MONDE du 12-13 août 2018, C’était mieux avant ? (1/6)), Michel Serres

C’était mieux avant ? Oui, car ce sera pire après !

« C’était mieux avant ? », une nouvelle série en six épisodes du MONDE qui commence par un entretien avec Michel Serres*, un vieux monsieur plein de bon sens, donc conscient des contradictions de notre présent. Quelques extraits :

+ Nombreux sont ceux qui pensent que c’était mieux avant, avec l’alimentation traditionnelle, le biologique pur… Or, c’est entièrement faux ! Je suis né en 1930, je suis donc assez vieux pour me souvenir exactement du gradient qui a été parcouru en matière de santé, d’éducation, d’alimentation.

+ Entre 1990 et aujourd’hui, le nombre de pauvres a diminué de plus d’un milliard, alors que dans le même temps, la population mondiale augmentait de 3 milliards ; dans la même période, la mortalité infantile a chuté de moitié ; les humains vivent désormais 70 ans en moyenne (contre 47 ans en 1950)…

+ L’évangile des médias, c’est : « On ne dit pas que les avions arrivent à l’heure, on en parle quand ils se crashent. » Sauf qu’ils oublient parfois de rappeler que la circulation aérienne est la plus sûre du monde.

+ Avant la seconde guerre mondiale, quand un médecin recevait 10 malades, il y avait 4 tuberculeux, 4 syphilitiques et deux autres. A partir des années 1960, il ne reste que les deux autres grâce à l’arrivée des antibiotiques. Du coup, l’espérance de vie a bondi, on a gagné entre trente et quarante ans en un siècle.

Aujourd’hui, on commence à comprendre que la situation est tragique. C’est précisément parce que tout va mieux qu’on ne s’aperçoit pas que tout peut aller beaucoup plus mal. On a un système tellement productif qu’on a du mal à imaginer qu’il peut se détruire demain.

Le plus difficile consisterait à changer nos manières de nous déplacer, de manger, de boire… Mais bouleverser les facteurs économiques et financiers, c’est un vrai défi. Tout va de mieux en mieux pour nous, mais cette courbe ne sera pas éternellement croissante. Donc, ce n’était pas mieux avant, mais ça pourrait être pire après.

Plusieurs choses ont choqué avec mon livre « Le Contrat naturel ». Tout d’abord, le fait qu’il n’y avait personne pour signer le contrat naturel, en face de nous. Ce à quoi j’ai répondu que c’était la même chose pour le contrat social de Rousseau. Aujourd’hui, dans les législations de quelques pays, on commence à faire entrer la nature dans des sujets de droit.

Compléments de réflexion tirés du livre de Michel Serres, Le contrat naturel (1990)

– Afin que l’eau des océans se mélange, il faut que s’achève un cycle estimé à cinq millénaires. Or nous ne proposons que des réponses et des solutions de terme court, parce que nous vivons à échéances immédiates. Comment réussir dans une entreprise de long terme avec des moyens de court terme ?

– Il nous faut payer un tel projet par une révision déchirante de notre culture dominante. Il nous faut laisser le cap imposé par la philosophie de Descartes de l’homme maître et possesseur de la nature. Voici la bifurcation de l’histoire : ou la mort, ou la symbiose. Cela signifie : au contrat exclusivement social, ajouter la passation d’un contrat naturel de symbiose et de réciprocité où l’écoute admirative, la contemplation et le respect laisse de côté maîtrise et possessions.

– Le symbiote admet le droit de l’hôte, alors que le parasite – notre statut actuel – condamne à mort celui qu’il pille et qu’il habite sans prendre conscience qu’à terme il se condamne lui-même à disparaître. Le droit de symbiose se définit par la réciprocité : autant la nature donne à l’homme, autant celui-ci doit rendre à celle-là, devenue sujet de droit.

– Dans quel langage parlent les choses du monde pour que nous puissions nous entendre avec elles, par contrat ? En fait la Terre nous parle en termes de forces, de liens et d’interactions, et cela suffit à faire un contrat. Mais tout cela resterait lettre morte si on n’inventait un nouvel homme politique.

* LE MONDE du 12-13 août 2018, C’était mieux avant ? (1/6)), Michel Serres

Condition animale : Hulot a fort à faire !

Nicolas Hulot, avant de devenir ministre, avait une vision très claire de la détérioration de la condition animale, vision qu’il a exposé dans plusieurs livres : « Il faut reconnaître que l’homme sait aussi vous donner la nausée tant parfois il excelle dans l’indifférence, l’ignorance, la cupidité, la vanité, la lâcheté, la cruauté. Les élevages intensifs d’animaux sous l’effet d’une mode, où les bêtes croupissent lorsque celle-ci est passée, sont inadmissibles. Combien de huskies ont grandi dans des vitrines minuscules. Les murs épais des laboratoires cosmétiques qui dissimulent le martyre d’animaux innocents me rendent malade. Que pour satisfaire quelques coquetteries futiles on se fasse tortionnaire illustre le peu de cas que notre société fait de la condition animale. Concernant la chasse ou les abattoirs, j’appelle à limiter au maximum la souffrance de l’animal. L’animal n’a plus le temps de s’adapter aux modifications de son environnement. Son univers a trop vite évolué en moins d’un siècle pour que ses gènes conditionnent de nouveaux réflexes. Surtout, l’homme, dans son développement, ne les prend pas en compte. S’échapper, pour les animaux, c’est s’exposer à des projectiles monstrueux lancés sur toutes les routes. Partout dans le monde, en modifiant le paysage, l’humanité dans son expansion fait fi de la condition animale… Si vous me demandez mon sentiment sur l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques, évidemment ça ne me plaît pas. Le mouvement contre la présence d’animaux sauvages dans les cirques prend de l’ampleur. Les 2 000 animaux sauvages qui y sont détenus en France présentent des troubles du comportement et des souffrances chroniques. Le plus choquant, c’est que cette activité a pour fin le divertissement. On fait des animaux des produits de consommation.  J’ai de l’estime pour les gens du cirque, mais je sais combien les prouesses des animaux sont le fruit de privations et parfois de sévices. Rien de plus désolant, l’été, que ces bêtes en cage étroite, agglutinés et exposés au regard de promeneurs distraits. J’ai en horreur ceux qui privent l’animal de liberté à des seules fins mercantiles…. »

Brigitte Bardot était donc satisfaite de sa nomination au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire. En juin 2017, elle se battait avec le maire du Luc pour empêcher l’installation d’un cirque avec animaux sauvages sur son sol. Elle appelle Hulot par téléphone, il lui répond : « Je suis ministre, mais je ne sais pas ce que je peux faire. » * Début août 2017 sur France Inter, il déclare en tant que ministre ne pas être favorable à la captivité des animaux, pas favorable à l’idée que l’on fasse du spectacle avec cette activité-là. « Artistes à quatre pattes » pour les uns, « êtres emprisonnés et brisés » pour les autres. Mais il préfère mener une réflexion globale plutôt que l’interdiction. Le gouvernement crée par décret une commission consultative interministérielle afin d’organiser une concertation permanente entre les cirques, les ministères concernés (Culture, Intérieur, Transition écologique, Agriculture) et les élus. Dans le monde, 27 pays ont totalement interdit les cirques avec animaux (parmi lesquels l’Autriche, la Belgique, la Grèce, l’Inde, le Pérou, la Slovaquie et la Suède) et 16 partiellement (dont l’Allemagne, l’Australie et le Canada).

Janvier 2018, lors de ses vœux à la presse, il en reste encore aux intentions : « J’ai décidé de réfléchir cette année à un sujet qu’on reporte régulièrement au prétexte qu’il est un peu touchy, celui de la condition animale, un sujet de civilisation. J’ai convié à cette réflexion la présidente de la FNSEA (la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), ainsi que les chasseurs. J’estime que l’animal a une conscience et je souhaite conduire bientôt une grande réflexion sur sa condition avec le ministre de l’Agriculture. Je suis convaincu que les mentalités ont énormément évolué sur ce sujet, et c’est un indice de civilisation. Ces questions convoquent souvent de vieilles traditions. On peut les aborder sans stigmatiser personne, mais on ne peut plus les occulter. » Dans le programme du présidentiable Macron, il était écrit : « Pour le bien-être animal, nous prendrons notamment l’engagement d’interdire d’ici 2022 de vendre des œufs de poules élevées en batterie. » Il n’y avait pas grand-chose d’autre !

Cet article est initialement paru sur le site des JNE. Il a été rédigé à partir d’éléments du livre de Michel Sourrouille, à paraître le 1er octobre 2018 : Nicolas Hulot, dans la peau d’un ministre écolo.

* Larmes de combat de Brigitte Bardot (avec Anne-Cécile Huprelle) aux éditions Plon.

L’écologie superficielle et irréaliste de Brice Lalonde

La mission des écologistes est la sauvegarde des conditions de vie à la surface de la Terre que le changement climatique va profondément altérer. Ils doivent collectivement se montrer à la hauteur de cette mission et s’affranchir des dogmes que leurs aînés ont forgés dans les années 1970 – et dont j’ai fait partie. Nous avons la chance d’avoir un excellent ministre écologiste qui ne vient pas des courants les plus rigides de l’écologie politique. Au lieu de lui reprocher de n’être pas assez vert, il faut l’aider à ne pas l’être trop ! » Telle est, à propos du ministère de Nicolas Hulot, la conclusion de Brice Lalonde dans LE MONDE*.

Pour beaucoup de commentateurs sur le monde.fr, favorables à cette tribune, « il est temps que le pragmatisme remplace le dogmatisme ». Tout dépend ce qu’on appelle pragmatisme et dogmatisme ! Plutôt que de mots-valise, nous préférons parler de réalisme. Nous devrions savoir avec certitude que la société thermo-industrielle court réellement et de plus en plus vite vers la catastrophe et qu’il nous faudrait être extrémiste pour être en phase avec les réalités biophysiques. Le réalisme c’est cela, constater que la planète est au pillage mais que nous ne pourrons rien reconstruire sur une terre brûlée jusqu’à la moelle. Brice Lalonde est pris dans un contexte socio-culturel qui l’empêche, malgré son expérience historique de l’écologie politique, de percevoir les fondements d’un discours opposé à celui dont il a l’habitude. C’est le processus de dissonance cognitive, on croit ce qui paraît le plus simple et rassurant même si on a conscience que c’est beaucoup plus compliqué et inquiétant. En d’autres termes, il faudrait que Brice abandonne sa bulle de rentier de l’écologie politique pour ressentir vraiment l’urgence écolo. Son parcours politique montre qu’il a été constamment un propagandiste de l’écologie superficielle, celle qui aménage notre société à la marge… comme le fait Macron. L’effondrement de la civilisation basée sur les énergies fossiles est déjà en cours, mais il faudra un certain temps pour que nos dirigeants s’en aperçoivent. Le comportement anti-écolo de Trump est un exemple parfait de notre aveuglement actuel.

Contrairement aux propos de Brice Lalonde, il faut classer Hulot dans le camp des écologistes radicaux, radical dans le sens qui prend les choses à la racine. Il est vrai que Nicolas essaye de tester depuis longtemps l’hypothèse qu’on peut faire progresser la conscience écologique en faisant de l’entrisme dans un système fondamentalement vicié. Il a échoué en tant que ministre d’État aux yeux de l’ensemble des associations environnementalistes, le gouvernement actuel est trop libéral et croissanciste pour écouter véritablement son discours de fond. Toutes les mesures qu’il a prises en tant que ministre sont bien en dessous de ce qu’il faudrait face à l’urgence climatique qui pointe, la biodiversité qui défaille et la descente énergétique qui s’amorce. Monsieur Lalonde, parlez-nous de votre action personnelle, si discrète qu’elle en est invisible ! Pour en savoir plus sur Brice Lalonde, lire à propos de son dernier livre :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2015/11/06/le-ciel-nous-tombe-sur-la-tete-brice-lalonde-aussi/

* LE MONDE du 11 août 2018, Brice Lalonde : « Pas besoin d’être un ministre vert pour être un ministre écologiste »

L’écologie superficielle et irréaliste de Brice Lalonde

La mission des écologistes est la sauvegarde des conditions de vie à la surface de la Terre que le changement climatique va profondément altérer. Ils doivent collectivement se montrer à la hauteur de cette mission et s’affranchir des dogmes que leurs aînés ont forgés dans les années 1970 – et dont j’ai fait partie. Nous avons la chance d’avoir un excellent ministre écologiste qui ne vient pas des courants les plus rigides de l’écologie politique. Au lieu de lui reprocher de n’être pas assez vert, il faut l’aider à ne pas l’être trop ! » Telle est, à propos du ministère de Nicolas Hulot, la conclusion de Brice Lalonde dans LE MONDE*.

Pour beaucoup de commentateurs sur le monde.fr, favorables à cette tribune, « il est temps que le pragmatisme remplace le dogmatisme ». Tout dépend ce qu’on appelle pragmatisme et dogmatisme ! Plutôt que de mots-valise, nous préférons parler de réalisme. Nous devrions savoir avec certitude que la société thermo-industrielle court réellement et de plus en plus vite vers la catastrophe et qu’il nous faudrait être extrémiste pour être en phase avec les réalités biophysiques. Le réalisme c’est cela, constater que la planète est au pillage mais que nous ne pourrons rien reconstruire sur une terre brûlée jusqu’à la moelle. Brice Lalonde est pris dans un contexte socio-culturel qui l’empêche, malgré son expérience historique de l’écologie politique, de percevoir les fondements d’un discours opposé à celui dont il a l’habitude. C’est le processus de dissonance cognitive, on croit ce qui paraît le plus simple et rassurant même si on a conscience que c’est beaucoup plus compliqué et inquiétant. En d’autres termes, il faudrait que Brice abandonne sa bulle de rentier de l’écologie politique pour ressentir vraiment l’urgence écolo. Son parcours politique montre qu’il a été constamment un propagandiste de l’écologie superficielle, celle qui aménage notre société à la marge… comme le fait Macron. L’effondrement de la civilisation basée sur les énergies fossiles est déjà en cours, mais il faudra un certain temps pour que nos dirigeants s’en aperçoivent. Le comportement anti-écolo de Trump est un exemple parfait de notre aveuglement actuel.

Contrairement aux propos de Brice Lalonde, il faut classer Hulot dans le camp des écologistes radicaux, radical dans le sens qui prend les choses à la racine. Il est vrai que Nicolas essaye de tester depuis longtemps l’hypothèse qu’on peut faire progresser la conscience écologique en faisant de l’entrisme dans un système fondamentalement vicié. Il a échoué en tant que ministre d’État aux yeux de l’ensemble des associations environnementalistes, le gouvernement actuel est trop libéral et croissanciste pour écouter véritablement son discours de fond. Toutes les mesures qu’il a prises en tant que ministre sont bien en dessous de ce qu’il faudrait face à l’urgence climatique qui pointe, la biodiversité qui défaille et la descente énergétique qui s’amorce. Monsieur Lalonde, parlez-nous de votre action personnelle, si discrète qu’elle en est invisible ! Pour en savoir plus sur Brice Lalonde, lire à propos de son dernier livre :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2015/11/06/le-ciel-nous-tombe-sur-la-tete-brice-lalonde-aussi/

* LE MONDE du 11 août 2018, Brice Lalonde : « Pas besoin d’être un ministre vert pour être un ministre écologiste »