Mois : décembre 2018

Apprendre aux enfants à ne pas croire au père Noël

Une enseignante remplaçante du New Jersey a annoncé à ses élèves, âgés de 6 et 7 ans, que le père Noël n’existait pas. Face au traumatisme enduré, le directeur de l’école élémentaire a envoyé une lettre aux parents pour s’excuser et leur recommande de « prendre les mesures appropriées pour préserver l’innocence des enfants ». L’enseignante a été renvoyée.* Elle aurait du être remerciée, félicitée, montrée en exemple.

Car l’innocence des enfants est exploitée, dénaturée. le Père Noël est devenu le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Tous ces marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue, sévissent dans les médias et les devantures. « Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël. Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet. »**

Noël est une chiotte ignoble et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! D’ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des EPR nucléaires, EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets électroniques. On a été horrifié par ce ballon qui, quand on l’envoyait plus loin, disait « suis-moi, suis-moi… » !

* LE MONDE l’époque du 16-17 décembre 2018

** la Gueule ouverte de janvier 1973… un texte qui reste toujours d’actualité en 2018 !

Apprendre aux enfants à ne pas croire au père Noël

Une enseignante remplaçante du New Jersey a annoncé à ses élèves, âgés de 6 et 7 ans, que le père Noël n’existait pas. Face au traumatisme enduré, le directeur de l’école élémentaire a envoyé une lettre aux parents pour s’excuser et leur recommande de « prendre les mesures appropriées pour préserver l’innocence des enfants ». L’enseignante a été renvoyée.* Elle aurait du être remerciée, félicitée, montrée en exemple.

Car l’innocence des enfants est exploitée, dénaturée. le Père Noël est devenu le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Tous ces marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue, sévissent dans les médias et les devantures. « Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël. Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet. »**

Noël est une chiotte ignoble et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! D’ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des EPR nucléaires, EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets électroniques. On a été horrifié par ce ballon qui, quand on l’envoyait plus loin, disait « suis-moi, suis-moi… » !

* LE MONDE l’époque du 16-17 décembre 2018

** la Gueule ouverte de janvier 1973… un texte qui reste toujours d’actualité en 2018 !

Ségolène Royal veut perturber les Européennes écolo

Il y a des opportunistes qui utilisent le label écolo uniquement comme faire-valoir de leur propre personne. Ségolène Royal est l’exemple type. Elle suggère aujourd’hui non pas de prendre la tête d’une liste « écolo » comme précédemment , mais d’être numéro deux sur une liste d’union qui serait conduite par l’écologiste Yannick Jadot*. La madone du Poitou a évoqué cette ambition au cours d’un petit-déjeuner au Sénat, en présence d’une trentaine de membres du Parti socialiste. Le hic, c’est que le parti écologiste EELV s’est montré jusqu’ici fermé à toute alliance avec des partenaires de gauche. Et l’entourage de M. Jadot affirme que cette stratégie n’a pas changé : « Cela fait un mois que Ségolène Royal essaie de joindre Yannick Jadot  😆

PC : C’est le loup Ségolène dans la bergerie de la gauche. Celle qui a tué l’éco-taxe sur les camions, celle qui a inventé la notion d’écologie punitive, celle qui a défendu les autoroutes et la bagnole, celle qui a proposé de faire coudre des drapeaux français aux filles dans les écoles, celle qui symbolise l’hypocrisie politique tout autant que Wauquiez… ne peut pas réunir la gauche européenne et écologiste. À la retraite ! Point…

arthur : Difficile de faire plus faux écolo que Ségolène, quelle comédienne !

Keops : « Ségolène Royal estime que l’aventure Glucksmann est terminée, alors elle reprend du poil de la bête », commente un fin connaisseur du Parti socialiste. En remontant tout le fil de ces informations, jusqu’à Twitter, il est facile de comprendre que cette journaliste n’est pas neutre, c’est une blogueuse du PS (elle n’écrit que sur ces sujets), voire une partisane tant ses capacités à réaliser des entretiens de personnalités du PS sont douteuses. Que vaut LE MONDE aujourd’hui en crédibilité ?

JS : Je suis écologiste et JAMAIS je ne voterai dans une liste qui accueillerait Royal. C’est une opportuniste qui a, à de nombreuses reprises, trahi la cause écologiste pour un plat de lentilles électorales !

Ezec : Il y a déjà près de 40 ans elle proposait spontanément ses services à Mitterrand : elle n’en finira jamais d’essayer de se mettre sous les feux de la rampe sous : allez ouste à l’EPHAD !

Olivier Morel : Reconnaissez au moins à cette dame une certaine constance dans ses convictions . Elle croit en elle. Même si elle est la seule. Elle se trouve merveilleuse. Elle est la seule.

Pop : Déprimant. Une blagounette de comptoir pour se remettre : quelle différence y a-t-il entre Ségolène Royal et une éolienne ? L’éolienne produit de l’énergie quand elle brasse de l’air.

* LE MONDE du 21 décembre 2018, Européennes : Ségolène Royal propose d’être numéro deux sur une liste écologiste menée par Yannick Jadot

Ségolène Royal veut perturber les Européennes écolo

Il y a des opportunistes qui utilisent le label écolo uniquement comme faire-valoir de leur propre personne. Ségolène Royal est l’exemple type. Elle suggère aujourd’hui non pas de prendre la tête d’une liste « écolo » comme précédemment , mais d’être numéro deux sur une liste d’union qui serait conduite par l’écologiste Yannick Jadot*. La madone du Poitou a évoqué cette ambition au cours d’un petit-déjeuner au Sénat, en présence d’une trentaine de membres du Parti socialiste. Le hic, c’est que le parti écologiste EELV s’est montré jusqu’ici fermé à toute alliance avec des partenaires de gauche. Et l’entourage de M. Jadot affirme que cette stratégie n’a pas changé : « Cela fait un mois que Ségolène Royal essaie de joindre Yannick Jadot  😆

PC : C’est le loup Ségolène dans la bergerie de la gauche. Celle qui a tué l’éco-taxe sur les camions, celle qui a inventé la notion d’écologie punitive, celle qui a défendu les autoroutes et la bagnole, celle qui a proposé de faire coudre des drapeaux français aux filles dans les écoles, celle qui symbolise l’hypocrisie politique tout autant que Wauquiez… ne peut pas réunir la gauche européenne et écologiste. À la retraite ! Point…

arthur : Difficile de faire plus faux écolo que Ségolène, quelle comédienne !

Keops : « Ségolène Royal estime que l’aventure Glucksmann est terminée, alors elle reprend du poil de la bête », commente un fin connaisseur du Parti socialiste. En remontant tout le fil de ces informations, jusqu’à Twitter, il est facile de comprendre que cette journaliste n’est pas neutre, c’est une blogueuse du PS (elle n’écrit que sur ces sujets), voire une partisane tant ses capacités à réaliser des entretiens de personnalités du PS sont douteuses. Que vaut LE MONDE aujourd’hui en crédibilité ?

JS : Je suis écologiste et JAMAIS je ne voterai dans une liste qui accueillerait Royal. C’est une opportuniste qui a, à de nombreuses reprises, trahi la cause écologiste pour un plat de lentilles électorales !

Ezec : Il y a déjà près de 40 ans elle proposait spontanément ses services à Mitterrand : elle n’en finira jamais d’essayer de se mettre sous les feux de la rampe sous : allez ouste à l’EPHAD !

Olivier Morel : Reconnaissez au moins à cette dame une certaine constance dans ses convictions . Elle croit en elle. Même si elle est la seule. Elle se trouve merveilleuse. Elle est la seule.

Pop : Déprimant. Une blagounette de comptoir pour se remettre : quelle différence y a-t-il entre Ségolène Royal et une éolienne ? L’éolienne produit de l’énergie quand elle brasse de l’air.

* LE MONDE du 21 décembre 2018, Européennes : Ségolène Royal propose d’être numéro deux sur une liste écologiste menée par Yannick Jadot

Les « gilets jaunes », conséquence de la vie à crédit

Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », relève que la crise des « gilets jaunes » illustre les limites d’une logique qui a conduit les gouvernements successifs à recourir à la dette : « Annulation de la hausse de la taxe sur les carburants, gel de la hausse de l’électricité, cent euros de plus par mois, annulation de la hausse de la CSG… Cet inventaire à la Prévert a fait des treize minutes du discours de Macron le prime time le plus cher de l’histoire de la télévision : environ 1 milliard d’euros les soixante secondes. Ces annonces ont pourtant été tournées en dérision : « Des miettes ! », s’est plaint Jean-Luc Mélenchon, « Opération pièces jaunes », a renchéri Alexis Corbière… La valeur de l’argent public dans ce pays est décidément à géométrie variable. Ceux qui permettent d’assurer les fins de mois non seulement des « gilets jaunes », mais de la nation tout entière payeront l’essentiel de la dizaine de milliards nécessaires au financement de l’annulation de rentrées fiscales inscrites au budget ou de nouvelles dépenses non prévues. C’est tout de même 42 milliards d’euros qui ont été finalement consacrés en 2018 au remboursement de la dette. Il est irresponsable de faire croire que la France pourra continuer à consommer plus qu’elle ne produit et vivre au-dessus de ses moyens jusqu’à la fin des temps... » Face à ce constat indiscutable, nous avions déjà suggéré sur ce blog, avant les reniements de l’Etat macroniste, le virement des recettes de la taxe carbone au remboursement de la dette publique. Mais la logique financière n’existe plus dans les pays riches où l’endettement sert d’exutoire aux colères sociales. Quelques commentaires sur le monde.fr* :

YL : Excellent éditorial, qui rattrape un peu beaucoup d’articles du Monde très inspirés par LFI, ou qui soufflent sur les braises des barbecues installés aux carrefours.

ThRz : Donc on continue comme d’habitude: les pauvres c’est fait pour être très pauvres et les riches pour être très riches. Je pense qu’avec ce type de logique les gilets jaunes ne sont pas près de s’arrêter après les fêtes de fin d’année. De même les partis populistes et extrémistes en profiteront aux prochaines élections européennes.

MARTIN : On aurait souhaité cet article en plein cœur de la crise des GJ. Mais la rédaction du Monde n’a pas été à la hauteur des enjeux. Il y a un populisme de gauche, un populisme de droite et un populisme du journal de « référence ». (merci de ne pas censurer !)

Libérez les ronds-points : Article trop compliqué pour les Gilets Jaunes qui désormais dictent leur agenda depuis leurs gares de péages saccagées. Leurs « doléances » impliquent de la dette ? Endettons la France, c’est la démocratie directe horizontale participative on vous dit !

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : « Mais il est irresponsable de faire croire que la France pourra continuer à consommer plus qu’elle ne produit et vivre au-dessus de ses moyens jusqu’à la fin des temps. » Ce qui est irresponsable c’est de croire que l’humanité pourra vivre longtemps au-dessus des moyens de la planète. Car c’est aux dépends de celle-ci que les hommes construisent l’illusion de s’enrichir. C’est dur de reconnaître que la Terre tourne autour du soleil.

Ciel bleu, mer belle à Marseille : Oui, les ressources de la planète sont limitées. Il est plus que temps de modifier nos modes de consommation…. si l’on veut un jour pouvoir régler nos dettes.

* LE MONDE du 18 décembre 2018, « Il est irresponsable de faire croire que la France pourra continuer à vivre au-dessus de ses moyens jusqu’à la fin des temps »

Climat, un débat bête et souvent trop méchant

La jeune Greta Thunberg, qui mène une « grève scolaire » pour le climat tous les vendredis, a été le visage de la COP24. Elle a réussi à porter son message jusque dans les assemblées de la 24e conférence mondiale sur le climat : «  Nous sommes à court d’excuses et de temps. Nous sommes venus ici pour vous informer que le changement s’annonce, que cela vous plaise ou non », a prévenu la jeune fille. Les réactions sur lemonde.fr* montrent que nous sommes encore loin d’un discours commun sur l’action climatique à mener. L’anti-écologisme est omniprésent :

Untel : Les écolos ont échoué à convaincre les adultes; ils essaient maintenant avec un public moins sceptique. Arrheu

Claude Hutin : La culpabilisation est le degré zéro de l’argumentation, même sous forme de soupe écolo ânonnée par une gamine. Les gens meurent de faim dans le monde et vous ne faites rien ? Il y a une guerre au Yemen et vous ne faites rien ?La culpabilisation ne fait pas une politique.

nicopra : Greta Thunberg est loin d’être une gamine instrumentalisée juste pour la COP. Et à 15 ans, on est plus une enfant mais bien une jeune adulte qui pense même si ça dérange certains. J’espère que ces messieurs Untel, Hutin, … ne sont pas de vieux c… mais encore assez jeunes pour être là quand les conséquences du réchauffement nous frapperont de plein fouet.

Untel : Supposons qu’un pays soit dirigé un jour par un écolo décroissant. Vous verrez alors, si vous êtes assez jeune, que les pays dirigés par des sceptiques s’en sortiront mieux vis-à-vis du réchauffement que le pays dirigé par un écolo.

décroissant au beurre : Instrumentaliser une gamine c’est pas beau! A t-elle un prix Nobel ou récite t-elle son catéchisme écolo? Laissons le marché innover et s’occuper de ça. Le reste c’est juste de l’idéologie.

ERIC TENU : @ décroissant: Je connais pire qu’une instrumentalisation de gamine, vous concernant. De la mauvaise foi : le fameux marché ne convient plus à la planète et est lui-même en cause. C’est ce que dit la science de l’écologie. C’est à distinguer d’une opinion, comme d’un mouvement politique.

Gilet Vert : Mon fils de 9 ans s’est écroulé en larmes devant le dernier « RV en Terre Inconnue », quand les Indiens Kogis suppliaient les « petits frères » (les occidentaux) de respecter la « terre mère » dont il ne faut pas oublier qu’elle nous donne tout. Ému aux larmes par le mal et la pollution que l’on génère ! Du coup cela m’a aussi bouleversé !

Claude Hutin : Pfff. Les indiens Kogis c’est une sorte de Corée du Nord arriérée et autarcique, ça ne fait pas rêver tout le monde, mais vous pouvez y partir, on ne vous retient pas. Vous pourriez avant de partir suggérer à votre fils quelques reportages sur le paludisme, pour lequel on espère de grandes avancées, sur les développements de l’IA et sur la révolution génétique.

le sceptique : L’écologisme correspond à la définition totalitaire chez une partie de ses partisans : persuadés que c’est l’alpha et l’oméga, la clé expliquant le tout qui doit être repensé par là, que l’Etat doit devenir autoritaire si le peuple ne comprend pas, que chaque geste de la vie privée est un enjeu politique, que la nature est référent et norme non discutables, etc. Il y a des fanas de toute idéologie, le danger vient surtout de l’appel au pouvoir fort.

JEAN PIERRE PEYRARD @ le sceptique : En l’occurrence, il s’agit de savoir comment on répond aux prévisions apparemment fondées des climatologues. Il ne s’agit donc pas d’écologisme mais, au bout du compte, de la (sur)vie de l’humanité. L’état de la planète n’est pas le fait du hasard ou de la malchance, mais d’un fonctionnement propre à notre espèce qui met en route des processus avant de se poser les questions de leurs effets.

ARMAND DANCER : Il y a bien eu les jeunesses communistes, les gardes rouges, les jeunesses hitlériennes, les Opera Nazionale Balilla, les JEC, les JOC, etc… pourquoi n’aurait-on pas les « jeunesses écologistes »… avec le même enthousiasme imbécile et le même manque de réflexion ?

Dance Fly : C’est vrai que vous quand on lit vos messages on se dit tout suite que côté réflexion vous êtes au dessus de la moyenne hein ?

CHRISTOPHE NICOLAS : Le 4×4 ou le vélo…la bourse ou la vie ? Pas sûr que cela soit si simple L’écologie c’est la préservation de notre milieu naturel mais pour beaucoup d’entre nous qui sont nés dans les villes le retour à un mode de vie rural est un non-sens.

Thierry Oiseau : Gandhi nous le rabâche, vivre tous simplement pour que tous puissions simplement vivre. Notre maison est unique et fragile, nous devons en prendre soin, économie, partage, justice, de toute urgence nous devons guérir avec Gaïa.

Tagadatsointsoin : est il possible de lutter contre le déréglement climatique dans le système économique actuel ? La mondialisation sans aucune règle met les pays en concurrence, et en concurrence par tous les moyens ou alors on n’est plus compétitif, on perd des emplois et c’est le chômage. C’est donc la surenchère mondiale au moins disant social, fiscal (il faut attirer les entreprises et Starbuck paie moins d’impôts que le café du coin …)

* lemonde.fr du 17.12.2018, « Nous sommes à court d’excuses »

Effondrement, un appel à témoignage dans LE MONDE

LE MONDE lance un appel ce jour dont voici le contenu : « Vous avez adhéré aux théories de l’effondrement, racontez-nous comment vous le vivez

Dépendance au pétrole, dérèglement climatique, extinction de la biodiversité, monde capitaliste fragile… Adoptant une démarche transdisciplinaire, de nombreux théoriciens, regroupés sous le nom de « collapsologues », prédisent depuis quelques années, l’effondrement prochain de notre civilisation thermo-industrielle. Très en vogue, les penseurs de l’effondrement appellent notamment à repenser notre rapport individuel et collectif au monde, prônant des valeurs comme la décroissance et la résilience.

Avez-vous lu des ouvrages de collapsologie ? Comment en êtes-vous arrivé à ces lectures ? Quel impact cela a-t-il eu sur vous ? Avez-vous décidé de changer votre façon de vivre ? Comment ont réagi vos proches ? Avez-vous ressenti un sentiment de déprime et comment l’avez-vous dépassé ? Comment agissez-vous au quotidien ? Comment voyez-vous le monde d’après ? Votre témoignage pourra être publié sur Le Monde.fr. »

https://lemonde.fr/climat/live/2018/12/18/vous-avez-adhere-aux-theories-de-l-effondrement-racontez-nous-comment-vous-le-vivez_5399331_1652612.html?xtref=https://www.lemonde.fr/

COP24, une mascarade sur le climat, un échec avéré

Le constat : il est possible que nos sociétés industrielles, suite au déséquilibre des écosystèmes, se dégradent beaucoup plus rapidement que l’empire romain. Notre système socio-économique a en effet la caractéristique d’avoir tout interconnecté de manière rapide et homogène (la globalisation), ce qui accélère les dynamiques de ruptures catastrophiques. Il y a effets en chaîne, des cercles vicieux. Or les engagements pris lors de la COP21 en 2015 sont insuffisants, puisqu’ils mettaient la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3,2 °C – d’autant que les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont en hausse en 2018. Lors de la COP24, qui s’est tenue du 2 au 15 décembre, les 196 pays ne sont pas parvenus à s’entendre sur les règles d’application de l’accord de Paris conclu en 2015. Les discussions, très techniques, ont été freinées par une succession de confrontations et de blocages. On a « insisté sur l’urgence d’une ambition accrue »* sans donner de calendrier ! On fait comme si les conclusions catastrophistes du rapport du GIEC n’existaient pas.

Les solutions selon le collapsologue Pablo Servigne :  « Le problème est que si tous s’accordent sur les faits (climat, biodiversité, etc.), chacun a ensuite sa petite idée sur quoi faire… et tout le monde se chamaille.Certains voudront faire du lobbying en direction de l’Europe, d’autres s’engager dans une ZAD [zone à défendre], d’autres créer des groupes d’écoute, d’autres créer un journal, aller manifester à la COP [conférence des parties], etc. L’action est possible à toutes les échelles (personnelle, familiale, municipale, régionale, nationale, européenne, internationale, humaine, biosphère) ! Ce serait bien présomptueux de ma part de dire aux gens ce qu’ils doivent faire. Personnellement, je n’aime pas trop les grandes échelles (au-delà de la région), car elles ouvrent la porte aux pouvoirs et aux rapports de domination (aux abus). Elles nécessitent une trop grande complexité, ce qui peut décevoir. Je pense qu’il ne faut pas tout miser sur le rôle (sauveur) de l’Etat. L’enjeu, aujourd’hui, est de s’accorder sur un récit (ou plusieurs), et de le co-construire ensemble. Si vous êtes convaincu que la décroissance (ou tout autre mot : récit, concept…) sera grande et belle, et donnera du sens à votre monde, alors vous vous mettrez en action, et personne ne vous arrêtera… Mais les récits se font ensemble, et c’est là que ça se corse ! Il faut arriver à faire “communauté de destin”, comme dirait Edgar Morin. Je pense que notre époque est devenue un grand champ de bataille des récits (conscients) et des mythes (inconscients), et bien malin qui arrivera à deviner celui qui l’emportera…Pour conclure, il faut aussi dire que cette question climatique est un grand chantier qui ne fait que commencer. »**

La conclusion de Mohamed Nashreed, ex-président des Maldives : « Les émissions de CO2 continent d’augmenter, augmenter, augmenter. Et tout ce que nous semblons capable de faire, c’est parler, parler, parler… »

* lemonde.fr du 15 décembre 2018, Climat : la COP24 adopte les règles d’application de l’accord de Paris

** lemonde.fr du 14 décembre 2018, Pablo Servigne : « Il est possible que nos sociétés se dégradent beaucoup plus rapidement que les anciennes civilisations »

Le pape de la décroissance et la question démographique

Serge Latouche, surnommé à juste titre le pape de la décroissance tant il a développé cette idée par ses écrits, a une position bizarre sur la question démographique. Voici ce qu’il répond au MONDE et les réactions sur lemonde.fr :

LE MONDE* : La décroissance peut-elle être compatible avec une population mondiale en constante augmentation ?

Serge Latouche : « Poser la question démographique comme un frein à la décroissance est une bonne façon de ne pas remettre en cause une société fondée sur l’accumulation illimitée de biens matériels. Le problème n’est pas que les Chinois soient près de 1,4 milliard, mais que 325 millions d’Américains émettent 2,5 fois plus de CO2 par personne que les Chinois. En outre, puisqu’une croissance infinie de la population est incompatible avec les limites de la planète, la question démographique va, je pense, se réguler naturellement. Il est donc inutile, dès lors, de mettre en place une politique restrictive de natalité. » Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Desideriusminimus : « Le problème n’est pas que les Chinois soient près de 1,4 milliard, mais que 325 millions d’Américains émettent 2,5 fois plus de CO2 par personne que les Chinois« . Quel manque de lucidité et quelle carence dans l’analyse ! M. Latouche ne sait-il pas que l’ambition de tout chinois – et de tout africain, prochainement par milliards – est d’émettre dans 10 ou 20 ans au moins autant de CO2 que l’américain moyen ?

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : Je cite : « En outre, puisqu’une croissance infinie de la population est incompatible avec les limites de la planète, la question démographique va, je pense, se réguler naturellement. Il est donc inutile, dès lors, de mettre en place une politique restrictive de natalité. » Ah, les experts théoriciens. Toujours prêts à contourner l’obstacle. Tout en reconnaissant le rôle central de la démographie, il l’élimine d’un revers de…discours. À quel prix et quelles souffrances se fera cette régulation ?

Obéron : « Il est inutile de mettre en place une politique restrictive de natalité ». Il ne s’agit bien sûr pas d’un « tout ou rien » ! On peut encourager la contraception, le planning familial, l’éducation, sans pour autant user de coercition. Si à l’horizon 2050, les humains ne sont « que » 9,5 milliards au lieu de 10, ça fait déjà un bon 5% du problème en moins. La décroissance prônée (du moins celle liée aux ressources non renouvelables) est-elle si aisée qu’on ne soit pas à 5% près ?

NB : Quelques livres de Latouche et leur présentation : Le pari de la décroissance (2006), Petit traité de la décroissance sereine (2007), L’âge des limites (2012), Bon pour la casse (les déraisons de l’obsolescence programmée)…

* lemonde.fr du 13 décembre 2018, Serge Latouche : « La décroissance vise le travailler moins pour travailler mieux »

Serge Latouche et la pédagogie des catastrophes

Serge Latouche* : « Lorsque j’ai commencé à prêcher la décroissance, j’espérais que l’on puisse bâtir une société alternative pour éviter la catastrophe. Maintenant que nous y sommes, il convient de réfléchir à la façon de limiter les dégâts. En tout cas, la transition douce, je n’y crois plus. Seul un choc peut nous permettre de nous ressaisir. Je crois beaucoup à la pédagogie des catastrophes – dans ces conditions, le virage peut être très rapide. L’histoire n’est pas linéaire. »

Aramis : Le thème de la décroissance que je trouve personnellement assez séduisant, se heurte d’emblée à un écueil infranchissable. Admettons que des millions/milliards de personnes se mettent effectivement à moins consommer : des milliards de marchandises diverses ne trouvent plus preneur, les usines ferment : des centaines de millions de personnes perdent leur emploi : misère, émeutes, violences, gouvernements renversés : chaos généralisé.

Melvin : Admettons qu’on continue comme aujourd’hui: Accroissement intolérable pour les masses des inégalités, réchauffement, crises de l’eau, migration massives, misère, émeutes, violences, gouvernements renversés : chaos généralisé. On a le choix : on meurt en essayant, ou on meurt en ne faisant rien.

Tom : Le problème avec la décroissance, dont je pense pourtant qu’elle est extrêmement sensée, c’est que en parler à la Chine, aux USA, à l’Inde, et à une grande majorité de pays en développement est une totale utopie. Ce qu’il va se passer,? C’est la guerre à l’accumulation de ressources entres états, et ceux qui ne joueront pas le jeu de la réduction d’activité ou du développement durable seront les grands gagnants économiques. On va tous cramer, la terre recommencera son cycle avec d’autres.

LOUIS A : Un peu de provoc. Son programme à Latouche c’est tous assignés à résidence à manger des rutabagas, une orange à Noël et deux pulls pour dormir. La France de 1940 à 1945. Faut aimer.

le sceptique : Voilà des bonnes idées pour les futurs discours de Macron. « Chers gilets jaunes, j’entends votre colère. Mais sachez que votre pauvreté est le premier chemin vers la douce frugalité des sociétés traditionnelles. Mettez un pagne, faites une danse de la pluie autour du rond-point, croyez aux esprits des forêts et des parkings, apprenez par cœur les noms de vos 74 cousins : vous serez dans la solidarité vraie de la sobriété heureuse. Les derniers de cordée sont les premiers, sachez-le. »

Basco : Le Monde expose les thèses de quelqu’un qui promeut là un système qui ne peut être que totalitaire. Le capitalisme ou le totalitarisme ?

Saornil : Le capitalisme est déjà un totalitarisme. Dans les sociétés décroissantes, certaines choses continuent de croître, comme la culture, la santé, l’éducation… La décroissance c’est pas au fond d’une grotte avec une bougie.

* LE MONDE du 14 décembre 2018, Serge Latouche : « La décroissance vise le travailler moins pour travailler mieux »

Les décroissants contre les « gilets jaunes »

Un mois que l’insurrection des gilets jaunes a débuté, le mensuel « La Décroissance »* avait porté un regard critique qui nous semble pertinent.

Fièvre jaune : Bravo Nostra Decroissanssus ! Ce jour du 17 novembre 2018 est à marquer d’une pierre « jaune » ! Depuis dix ans que je te lis, tu nous a toujours prédit le scénario d’une France « imbécile » manifestant pour « plus de fric, de pétrole, de bagnoles et autres bimbeloteries inutiles », se révoltant et bloquant un système consumériste qu’elle idolâtre. La bêtise absolue s’est emparée d’une France dont le gilet « jaune » lui va si bien, tous unis dans l’absurde, quel spectacle pitoyable ! (Serge Wallpott, lecteur de La Décroissance)

Autoroutes cyclables : Je pensais naïvement que, vu les cataclysmes dus au réchauffement climatique qui se sont abattus ces derniers mois sur notre planète, les gens aillaient être volontaires pour changer de mode de vie ! Eh bien non, ils protestent parce que le prix des carburants ont augmenté de quelques centimes alors que le prix de l’essence devrait au minimum être doublé. Il est inadmissible que se déplacer en voiture coûte moins cher que de prendre le train. (Jean-Claude Tosan, lecteur)

A bout de souffle : Je ne suis pas fan des gilets jaunes. La classe moyenne qui étale son exaspération sur la place publique et revendique son pouvoir d’achat a bien été séduite, d’abord, par les sirènes de la consommation permanente érigée en art de vivre. L’accumulation de bien matériels a créé un édifice instable, prêt à s’écrouler dès qu’un imprévu apparaît (ici hausse du carburant). Lorsque surgira une vraie crise, il y aura bien des réveils douloureux. (Pierre Marthouret, lecteur)

Le piège se referme : Quant au mode d’action adopté pour exprimer la révolte des gilets jaunes, il a de quoi réjouir les vélorutionnaires que nous sommes : bloquer des ronds-points, des rocades, des autoroutes, des accès aux centre commerciaux, mais aussi des dépôts pétroliers, ça a tout de même plus d’impact que les habituelles manifs-balades… Profitons-en pour balayer un lieu commun utilisé par les adversaires de la décroissance afin de nous discréditer : « Comment osez-vous parler de décroissance alors que des gens n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois ? » Rappelons-le, la décroissance a pour premiers impératifs l’auto-limitation et le partage, c’est un combat égalitaire qui s’en prend aux modes de vie les plus prédateurs. Ceci posé, on ne va tout de même pas railler la défense du veau de tôle de notre civilisation, la sacro-sainte bagnole. Car même si les gilets jaunes posent des questions essentielles, il n’en reste pas moins que la défense de l’automobile et du style de vie consumériste qui va avec est au cœur de leur lutte. C’est leur intraveineuse de pétrole que les dépendants du volant réclament au meilleur marché… Et évidemment il ne faut pas croire une seconde ce gouvernement quand il jure mordicus de vouloir sauver la planète avec sa petite taxe carbone : s’il se piquait d’écologie, il mettrait fin au déploiement des infrastructures routières. Comme le disait Nicolas Sarkozy lors de la crise économique de 2008, « l’État est prêt à tout pour sauver l’industrie automobile »… Malgré l’hypocrisie de la taxe carbone, nous soutenons, à l’opposé des gilets jaunes, que les carburants ne sont pas assez chers, vu les ravage qu’ils provoquent. (Pierre Thiesset, journaliste)

* extraits de « La Décroissance », décembre 2018-janvier 2019

Fin du pétrole, les gilets jaunes n’en savaient rien !

Journaliste du MONDE* : « En 2010, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonçait que le pic de production du pétrole avait été atteint en 2006. Et pourtant, huit ans plus tard, la production continue à augmenter et le prix du baril est aujourd’hui loin du record atteint en 2008. Donner une date pour la fin du pétrole semble donc particulièrement difficile. » L’article reste vague, ce que ne fait pas le blog de Matthieu Auzanneau, un spécialiste qui a écrit une monumentale histoire du pétrole, Or noir. Résumé de son article Minuit et quart :

Oilman : Mes pires craintes sont en train de se réaliser. Les signes du changement climatique deviennent évidents à qui veut bien les voir. Mais qu’advient-il de l’autre grand péril qui menace nos sociétés techniques, et qui est lui aussi engendré par notre consommation d’énergie ? Que dire aujourd’hui de l’imminence du pic pétrolier, c’est-à-dire d’une possible cure de sevrage forcée de notre première source d’énergie ? Sans le shale oil (pétrole de schiste), et sans la résurgence du pétrole en Irak (au terme de près de quarante ans de guerres, la production mondiale de brut aurait effectivement atteint depuis 2005 un pic, ou plus exactement un plateau ondulant. Cette stagnation de la somme des extractions des principaux pays pétroliers mondiaux se produit en dépit du fait que les dépenses d’investissement (les « Capex ») dans le développement de la production d’hydrocarbures ont plus que doublé entre-temps. Autre élément persistant du diagnostic : les découvertes de pétrole conventionnel ont atteint un nouveau point bas en 2017 ; elles n’ont jamais été aussi rares et faibles depuis les années 1940, en dépit des efforts d’investissements et des quelque progrès techniques accomplis depuis plus d’un demi-siècle. Bref, les limites physiques à la croissance économique, telle qu’elle est alimentée depuis 150 ans par le pétrole, me paraissent se dessiner de plus en plus nettement.

Il serait judicieux d’être prudent, et prévoyant, et consistant, mais non…La France n’est pas à la hauteur de l’accord de Paris sur le climat. Une chose encore : la Syrie et le Yemenle Venezuela et peut-être même le Mexique démontrent aujourd’hui avec quelle soudaineté et quelle cruauté peuvent s’effondrer des nations à la suite (à cause ?) d’un déclin de leurs ressources énergétiques. Un historien russo-américain, Peter Turchin, a démontré de façon convaincante l’existence de cycles historiques de croissance et d’effondrement des sociétés liés à la capacité – ou à l’incapacité – des ressources naturelles à perpétuer le développement de ces sociétés. A travers les exemples de l’empire romain, de la France du Moyen Age, ou encore de la Russie impériale, on y voit les sociétés d’abord croître sans développement des inégalités entre le peuple et les élites, puis la population et les revenus des classes populaires passer par un maximum, permettant aux élites de proliférer grâce à la captation d’une rente abondante comme jamais. Puis : les guerres, les famines, longtemps…

La sobriété que je souhaite n’est pas juste une somme de choix individuels. Il est question de la sobriété des grands systèmes complexes qui nous permettent de vivre, d’une réorganisation favorisant systématiquement la simplicité et la robustesse de nos modes de production et de nos modes de vie. Ceci réclame une conversation collective historique, adulte et raisonnable. Nous sommes de plus en plus nombreux à percevoir clairement cela. Faisons-le savoir, et vite.

* LE MONDE du 14 décembre 2018, Quand commencera-t-on à manquer de pétrole ?

Nicolas Hulot confronté à la brûlure du pouvoir

Pour en savoir plus sur la démission de Nicolas Hulot, un livre de Michel Sourrouille est paru en octobre dernier, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir » aux éditions Kiwi. En voici une recension sur le blog des JNE (Journalistes pour la nature et l’écologie) :

« Bouclé » avant la démission fracassante de Nicolas Hulot à la fin du mois d’août, ce livre considérait cette issue comme « probable », car, comme l’indique son auteur dès les premières lignes de son préambule, « il y a trop d’écart entre les déterminants des politiques actuelles engluées dans le ‹ on fait comme d’habitude › et la rupture de civilisation qu’exige l’urgence écologique ». Cette « chronique d’une démission annoncée » se définit comme « un hommage qui se veut le plus objectif possible de l’action permanente, depuis quelques décennies, de Nicolas Hulot en faveur de la cause écologique ». 

Pour en faciliter la lecture, Michel Sourrouille, militant associatif depuis plus de 40 ans, et auteur de  « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (2016), a choisi de présenter son livre sous la forme d’un abécédaire, de A pour « (Auto)biographie, juste ce qu’il faut pour faire connaissance » à Z pour « Zoo, mettre fin à la captivité » en passant par D comme « Démographie, le poids du nombre sur l’environnement » ou encore H comme « Hulot bashing, ma résistance à l’épreuve ». Cet ouvrage patiemment tissé à partir de textes tirés de nombreux ouvrages écrits par l’ancien ministre présente la particularité de voir Nicolas Hulot s’exprimer à la première personne. L’objectif de Michel Sourrouille est de nous faire « mieux comprendre la difficulté de l’engagement écologique et la complexité de l’exercice du pouvoir politique ». Cet essai qui dresse le bilan de son action comme militant et comme ministre nous révèle aussi la richesse de la pensée de Nicolas Hulot, qui, si elle emprunte à de nombreux auteurs, n’en constitue pas moins une excellente synthèse de la réflexion écologiste en ce début de XXIe siècle. 

« Le livre que vous avez entre les mains, se voulait à l’origine plus qu’un hommage ; il avait l’objectif de mettre en œuvre un processus d’identification avec une personnalité dans laquelle on pouvait se reconnaître », écrit Michel Sourrouille dans son épilogue. « En d’autres termes, je ne suis pas Nicolas Hulot, et pourtant je suis aussi Nicolas Hulot, comme à une époque nous étions tous Charlie, par solidarité, animés d’un même mouvement. (…) Qu’il soit remercié pour son courage. Même si certains de ses actes sont à débattre, il n’a jamais personnellement changé d’avis sur les sujets essentiels. Il n’a été ni naïf, ni angélique. Il a été obligé d’avancer pas à pas, mais il n’a jamais reculé de son plein gré. Au fond j’admire Nicolas Hulot qui a persisté à jouer assez longtemps une partie perdue d’avance dans le contexte actuel. (…) Il avait clairement conscience que sa tâche au gouvernement paraissait impossible, mais que ce n’était pas une raison pour ne rien tenter

http://jne-asso.org/blogjne/2018/11/05/nicolas-hulot-la-brulure-du-pouvoir/

On peut aussi en lire une présentation sur ce blog biosphere :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2018/10/01/biosphere-info-nicolas-hulot-et-la-brulure-du-pouvoir/

La synergie entre Isabelle Autissier et Nicolas Hulot

En écologie militante, trop de personnes opposent l’action individuelle type colibri (cf. Pierre Rabhi) et l’attente du grand soir politique. Or, comme l’a souligné Nicolas Hulot lors de l’émission politique du 22 novembre, l’écologie meurt de ses dissensions alors qu’il faudrait tous œuvrer au rassemblement. Action individuelle, vie associative et intrusion politique sont absolument complémentaires. Voici pourquoi nous reprenons le discours d’Isabelle Autissier qui préside la branche française du WWF depuis 2009 et certains propos de l’ancien ministre de l’écologie :

Isabelle Autissier : « Dans mes premiers boulots, déjà, j’avais alerté sur l’impact de la surpêche. Ensuite, en naviguant, j’ai vu les amas de plastique, et les animaux morts d’en avoir ingéré, dans les endroits les plus éloignés, les plages du nord Spitzberg (Norvège), le fin fond des Malouines. J’ai entendu les Inuits dire qu’ils n’allaient plus sur la banquise l’hiver, parce qu’elle n’est plus assez solide. J’ai vu les mers du Grand Nord bouillir, les bulles de méthane qui remontent parce que le permafrost dégèle… Mon engagement n’est pas idéologique, je constate les phénomènes physiques, chimiques. Alors je fais le colibri, je prends ma part, je me bats autant que je peux. Il y a vingt ans, les écolos étaient perçus comme ceux qui voulaient revenir à l’âge des cavernes. Aujourd’hui, les citoyens comme le président nous prennent au sérieux. Aucune idée n’a avancé aussi vite que l’écologie. Mais cela me dévaste qu’elle ne soit pas encore au cœur des décisions gouvernementales, que le système économique pousse encore à tant de mauvaise foi. Qu’est-ce qu’on va le payer cher ! La planète n’en a rien à faire de nous. Elle peut devenir un gros caillou chauve. Mais quelle sera la qualité de vie des êtres humains ? On va vers beaucoup de souffrances, vers des guerres qui naîtront de situations explosives engendrées par les problèmes de terre, d’eau, de climat. On n’a pas assez d’imagination pour se représenter ce que seront les crises environnementales. On nous décrit la montée des eaux, l’acidification des océans, la disparition des espèces, la raréfaction des terres arables, les grandes villes submergées, mais on ne visualise pas, sinon on arrêterait tout instantanément. C’est dément ce qui nous attend. Pourtant, il y a de belles énergies en action, et nous avons déjà tant de solutions… Mettons-les en œuvre ! »*

Nicolas Hulot : « A partir du moment où je restais ministre, je cautionnais les choses, je donnais le sentiment qu’on était à la hauteur de l’enjeu, alors qu’on ne l’était pas.  Je regrette qu’Emmanuel Macron ne voit dans le dérèglement climatique qu’une bronchite alors qu’il s’agit pour moi d’un « cancer ». Le chef de l’Etat n’est plus « disruptif » dans ses réponses, je passais mon temps à entendre : c’est pas possible ! »**

synthèse biosphèrique : Nicolas sait qu’il y a une complémentarité absolue entre l’engagement politique des écologistes et l’engagement individuel des colibris. Ceux qui fabriquent l’imaginaire écolo du XXIe siècle, que ce soit pas leur comportement personnel et familial, l’action associative ou l’entrisme politique sont actuellement très minoritaires. Mais ces différentes branches de l’action ont un point commun : ce n’est pas l’imagination qui précède l’action, c’est la détérioration de nos ressources vitales qui nous oblige progressivement à changer de mode de vie et de décisions politiques. Aujourd’hui la planète est surexploitée. Nous considérons que le nouveau grand récit en train de se concrétiser résulte de l’allié principal des écologistes, l’état de la planète, notre Terre-mère. Ses paramètres biophysiques sont indispensables au bon fonctionnement du système socio-économique humain, nous ne pouvons passer outre. Il n’est pas anodin que dans le système d’enseignement, ce sont les professeurs de biologie qui font le plus réfléchir, pas ceux qui enseignent les sciences économiques ou sociales ou l’histoire géographie, matières inféodées au système marchand. Et personne n’empêche un instituteur de créer un jardin potager avec ses élèves.

* LE MONDE du 25-26 novembre 2018, Isabelle Autissier : « La planète peut devenir un gros caillou chauve »

** LE MONDE du 24 novembre 2018, Nicolas Hulot regrette une crise évitable liée à la fiscalité verte

rappel : l’époque où Macron se croyait écolo !

Emmanuel Macron il y a un an* : Notre modèle de développement n’est pas viable pour l’humanité. Il faut donc un choc dans nos modes de production :
COP21 à Paris. Cet accord ne comporte pas de mécanisme de sanction. Les engagements internationaux nous placent aujourd’hui sur une trajectoire de 3,5°C de réchauffement de la planète. Ce qui sauvera le climat, ce ne sont plus des grands sommets diplomatiques classiques. Depuis l’accord de Paris, plein de sujets ont été abandonnés ou laissés en jachère.
Renoncement à exploiter les réserves mondiales de ressources fossiles, qui représentent 85 % des émissions humaines de gaz à effet de serre : la France est le premier pays à le faire concrètement a l’horizon 2040. Chacun va dorénavant devoir se mettre en cohérence avec ses engagements internationaux.
Deux coalitions pour accélérer les investissements dans le renouvelable et dans les nouveaux modes de production : la coalition des philanthropes pour contribuer beaucoup plus à la lutte climatique avec, en particulier, les financeurs américains qui sont prêts à compenser une partie de l’engagement public fédéral américain, et une coalition des fonds souverains. Grâce, notamment, à l’implication très forte de la Norvège, plusieurs fonds souverains vont s’engager à financer massivement la transition énergétique. Outre la Norvège, il s’agit des fonds souverains des Emirats arabes unis, du Koweït et de la Nouvelle-Zélande. Ils représentent, ensemble, des milliers de milliards de dollars.
Taxe sur les transactions financières (TFF) à l’échelle européenne, mais celle-ci continue de diviser les Européens : Nous relancons la coalition autour du modèle de TTF à la française. La Belgique est prête à la faire, nous pouvons avoir une vraie discussion avec l’Italie, et l’Allemagne peut également se joindre à nous. Nous affrontons sur beaucoup de sujets tout le problème du fonctionnement de l’Europe. Il faut assumer d’avoir une avant-garde composée de pays qui ont envie d’aller plus loin, notamment sur les questions énergétiques.
Un prix plancher de la tonne de CO2 à 30 euros à l’échelle européenne pour faire changer les comportements. Là où le sommet fera apparaître un manque européen, c’est sur le prix du CO2. Il faut prévoir un mécanisme qui associe le plus grand nombre d’Etats possible. Je sais que beaucoup de lobbys sont contre – le lobby de l’automobile, celui de l’industrie lourde –, mais sans ce choc pour modifier les comportements productifs, nous n’obtiendrons pas de résultat.
Sortie du nucléaire. Nous allons descendre le plus vite possible vers 50 % de nucléaire, mais à condition de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre. Je souhaite que la programmation pluriannuelle de l’énergie qui sera présentée en 2018 puisse fixer une trajectoire qui soit, cette fois-ci, crédible.Si l’on est d’accord pour considérer que la première priorité, c’est le réchauffement climatique, l’urgence est alors de fermer des centrales thermiques et celles au charbon. Or, personne ne l’avait fait. Nous allons le faire avant la fin du quinquennat, je ne renvoie pas cette décision à mes successeurs. La dépend d’une accélération sur la production d’énergie renouvelable, de l’avancée de nos recherches sur le stockage pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables, et le calendrier de l’ASN [Autorité de sûreté nucléaire] sur le plan de la sûreté des centrales nucléaires aujourd’hui en service. Je ne transigerai en rien sur la sûrete.
Sur le glyphosate… J’entends et je respecte les activistes qui voudraient sortir avant-hier, mais je suis en charge de l’intérêt général. Je refuse les débats polarisés entre ceux qui ne veulent jamais rien changer et ceux qui voudraient tout changer tout de suite. Aujourd’hui, il y a des agriculteurs français qui, en toute honnêteté, ne savent pas faire sans Roundup. Nous allons accélérer la recherche et lancer une coopération renforcée au niveau europeen. Je me bats aussi contre les lobbys et au niveau européen pour avoir une expertise indépendante. Il est intolérable d’avoir une expertise faussée par des intérêts partisans.
Notre-Dame-des-Landes. Les intérêts climatiques seront évidemment pris en compte dans notre décision. Il y a aussi les aspects démocratiques et économiques. Quelle que soit notre décision, la cohérence avec tous nos choix environnementaux au niveau national, européen et mondial, sera un des éléments de notre choix.

* LE MONDE du 13 décembre 2017, Emmanuel Macron  : « Il faut un choc dans nos modes de production »

rappel : l’époque où Macron se croyait écolo !

Emmanuel Macron il y a un an* : Notre modèle de développement n’est pas viable pour l’humanité. Il faut donc un choc dans nos modes de production :
COP21 à Paris. Cet accord ne comporte pas de mécanisme de sanction. Les engagements internationaux nous placent aujourd’hui sur une trajectoire de 3,5°C de réchauffement de la planète. Ce qui sauvera le climat, ce ne sont plus des grands sommets diplomatiques classiques. Depuis l’accord de Paris, plein de sujets ont été abandonnés ou laissés en jachère.
Renoncement à exploiter les réserves mondiales de ressources fossiles, qui représentent 85 % des émissions humaines de gaz à effet de serre : la France est le premier pays à le faire concrètement a l’horizon 2040. Chacun va dorénavant devoir se mettre en cohérence avec ses engagements internationaux.
Deux coalitions pour accélérer les investissements dans le renouvelable et dans les nouveaux modes de production : la coalition des philanthropes pour contribuer beaucoup plus à la lutte climatique avec, en particulier, les financeurs américains qui sont prêts à compenser une partie de l’engagement public fédéral américain, et une coalition des fonds souverains. Grâce, notamment, à l’implication très forte de la Norvège, plusieurs fonds souverains vont s’engager à financer massivement la transition énergétique. Outre la Norvège, il s’agit des fonds souverains des Emirats arabes unis, du Koweït et de la Nouvelle-Zélande. Ils représentent, ensemble, des milliers de milliards de dollars.
Taxe sur les transactions financières (TFF) à l’échelle européenne, mais celle-ci continue de diviser les Européens : Nous relancons la coalition autour du modèle de TTF à la française. La Belgique est prête à la faire, nous pouvons avoir une vraie discussion avec l’Italie, et l’Allemagne peut également se joindre à nous. Nous affrontons sur beaucoup de sujets tout le problème du fonctionnement de l’Europe. Il faut assumer d’avoir une avant-garde composée de pays qui ont envie d’aller plus loin, notamment sur les questions énergétiques.
Un prix plancher de la tonne de CO2 à 30 euros à l’échelle européenne pour faire changer les comportements. Là où le sommet fera apparaître un manque européen, c’est sur le prix du CO2. Il faut prévoir un mécanisme qui associe le plus grand nombre d’Etats possible. Je sais que beaucoup de lobbys sont contre – le lobby de l’automobile, celui de l’industrie lourde –, mais sans ce choc pour modifier les comportements productifs, nous n’obtiendrons pas de résultat.
Sortie du nucléaire. Nous allons descendre le plus vite possible vers 50 % de nucléaire, mais à condition de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre. Je souhaite que la programmation pluriannuelle de l’énergie qui sera présentée en 2018 puisse fixer une trajectoire qui soit, cette fois-ci, crédible.Si l’on est d’accord pour considérer que la première priorité, c’est le réchauffement climatique, l’urgence est alors de fermer des centrales thermiques et celles au charbon. Or, personne ne l’avait fait. Nous allons le faire avant la fin du quinquennat, je ne renvoie pas cette décision à mes successeurs. La dépend d’une accélération sur la production d’énergie renouvelable, de l’avancée de nos recherches sur le stockage pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables, et le calendrier de l’ASN [Autorité de sûreté nucléaire] sur le plan de la sûreté des centrales nucléaires aujourd’hui en service. Je ne transigerai en rien sur la sûrete.
Sur le glyphosate… J’entends et je respecte les activistes qui voudraient sortir avant-hier, mais je suis en charge de l’intérêt général. Je refuse les débats polarisés entre ceux qui ne veulent jamais rien changer et ceux qui voudraient tout changer tout de suite. Aujourd’hui, il y a des agriculteurs français qui, en toute honnêteté, ne savent pas faire sans Roundup. Nous allons accélérer la recherche et lancer une coopération renforcée au niveau europeen. Je me bats aussi contre les lobbys et au niveau européen pour avoir une expertise indépendante. Il est intolérable d’avoir une expertise faussée par des intérêts partisans.
Notre-Dame-des-Landes. Les intérêts climatiques seront évidemment pris en compte dans notre décision. Il y a aussi les aspects démocratiques et économiques. Quelle que soit notre décision, la cohérence avec tous nos choix environnementaux au niveau national, européen et mondial, sera un des éléments de notre choix.

* LE MONDE du 13 décembre 2017, Emmanuel Macron  : « Il faut un choc dans nos modes de production »

Ni Ruffin, ni Leclerc ! A bas le pouvoir d’achat !

Les syndicats (ex-)rouges sont pour le pouvoir d’achat. Les syndicats jaunes itou. La droite et l’extrême droite, idem. Point commun avec la gauche et l’extrême-gauche. Et Mr Leclerc, Mme Carrefour, etc. « Le pouvoir d’achat doit croître ! » Une touchante convergence historique. Pour une société écologique, vous repasserez ! Y a-t-il une institution, une organisation aujourd’hui qui soit opposée au pouvoir d’achat ? Si je ne compte pas les derniers moines et bonnes sœurs prudemment retirés du monde, à ma connaissance aucun. Sauf La Décroissance bien entendu ?*

« Trop de taxes », « trop de pauvres », « trop de riches », « rendez l’argent »… sur les gilets et les banderoles, les slogans de ces dernières semaines tournent tous, lancinants, autour de la question du pouvoir d’achat… Emmanuel Macron a fait le pari de libéraliser l’économie française pour favoriser le retour de la croissance sur le long terme. Mais sans répondre à l’impatience d’une France qui ne croit plus aux promesses.**

Tous sauf trop rares exceptions veulent plus de pouvoir d’achat… les gouvernements veulent donc plus de croissance. Cercle infernal qui épuisent les ressources naturelles et détraquent les équilibres vitaux. En 1972, le remède était clairement posé dans le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance : « Dès qu’une société reconnaît qu’elle ne peut pas tout donner à tout le monde, elle doit commencer à procéder à des choix. Doit-il y avoir davantage de sites préservés ou davantage d’automobiles, davantage de nourriture pour les pauvres ou encore plus de services pour les riches, davantage de naissances ou un revenu individuel plus élevé ? L’essence même de la politique consiste à ordonner les réponses à ces questions et à traduire ces réponses en un certain nombre d’orientations. » Quarante-six ans après, aucune des limites écologiques de notre croissance, aucun des risques majeurs que traversent notre société thermo-industrielle ne sont envisagées ni par les gilets jaunes, ni par les médias, ni donc par les politiques. Pour préserver le pouvoir d’achat, le gouvernement Macron en est même arrivé à supprimer la taxe carbone… qui aurait pu modifier nos comportements et éviter le krach climatique. Les gilets jaunes vivent le moment présent de leurs besoins de bagnole, quelques centimes de hausse du carburant met la France en pétard. Pourtant on a bien vécu à une époque sans voiture ni smartphone, sans ronds-points ni chômage. L’écologie se pratiquait autrefois sans le dire, aujourd’hui les contraintes biophysiques sont au plus bas dans les mentalités bercées par la publicité et les prix d’appel… Les gilets jaunes veulent plus de pouvoir d’achat, plus de croissance et la démission d’un gouvernement pourtant croissanciste et adepte du pouvoir d’achat. Les cris d’alarme des années 1970, renouvelés depuis par maintes et maintes études scientifiques, sont resté inaudibles. Quelqu’un de sensé devrait être terrifié par l’avenir que nous préparent ensemble syndicats et partis, droite et extrême droite, gauche et ultra-gauche, et Mr Leclerc et Mme Carrefour, et gilets jaunes et Macron !

* Ni Ruffin, ni Leclerc ! A bas le pouvoir d’achat ! In La Décroissance de décembre 2018, janvier 2019

** LE MONDE économie du 6 décembre 2018, « L’équation impossible du pouvoir d’achat : pour apaiser la colère de l’un, on alimente celle de l’autre »

L’illusion technologique confrontée au climat

Bertrand Piccard croit au miracle : « Grâce aux progrès technologiques, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus une contrainte. Nous pouvons parvenir à une croissance propre et qualitative. Saviez-vous que les bâtiments peuvent maintenant être si bien isolés qu’ils sont neutres sur le plan énergétique ? Ou que l’énergie nécessaire au chauffage peut être divisée par quatre et celle nécessaire à l’éclairage public et privé par dix ? Nous sommes même capables aujourd’hui de dessaler l’eau de mer avec l’énergie solaire. Le plastique biodégradable peut être produit à partir de protéines de lait. Les émissions de méthane de vache peuvent être réduites de 30 % avec un simple additif alimentaire. Ce ne sont là que quelques exemples de technologies propres. Je suis convaincu que nous pouvons décarboner nos économies bien avant 2050. Mieux encore, nous avons l’opportunité d’une transition vers une croissance durable à l’échelle mondiale. Les solutions technologiques d’aujourd’hui sont logiques autant qu’elles sont écologiques. »*

Trop beau pour être vrai cet exercice de technophilie. Prenons les rots et pets des vaches. Une étude de 2015 voulait démontrer que des bovins émettaient 30 % de méthane en moins grâce à un complément alimentaire. Mais les différentes molécules testées tardent à sortir des stations de recherche. En cause notamment, des impacts potentiels sur la santé de l’animal. Reste la question du coût d’une telle molécule ; les éleveurs laitiers sont dans une telle situation qu’ils ne peuvent pas se payer un inhibiteur de méthane. De toute façon l’efficacité énergétique dans les autres domaines indiqués par Piccard a non seulement un coût en énergie et en métaux rares, mais des innovations ponctuelles ne sont pas à l’échelle de la division nécessaire par quatre ou cinq de nos émissions de gaz à effet de serre. Par leur optimisme sans preuve et leur discours hors sol, Piccard et consorts empêchent que notre société aborde de front la véritable transition énergétique qui peut se résumer ainsi : réduire nos besoins, recycler, relocaliser, mais aussi démondialiser, désurbaniser, dévoiturer, mais aussi miser sur les technologies douces adaptées aux hommes et à la planète, ce qui exclut toute technique complexe et gourmande en ressources naturelles. Quelques compléments d’analyse avec les commentateurs sur lemonde.fr :

ALAIN LE COMTE : C’est beau l’optimisme !! …Ma grand-mère, à moins que ça ne soit Einstein, disait « la technologie ne peut pas réparer les dégâts de la technologie » !!

ChP : C’est noël. Il nous ont sorti le ravi Helvète, qui s’esbaudit et lève les bras au ciel,dès qu’il entend innovation, croissance verte ou durable. Réjouissez vous mes frères, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus une contrainte mais une joie. Le Grand Technologue nous a envoyé son messager dans son avion aux grandes ailes blanches. Prions, car Satan a réuni ses pires serviteurs à Katowice ! Le beau rêve risque de s’effondrer, la belle promesse va s’évanouir dans les vapeurs du réchauffement.

Balzamine : J’espère que les « groupes de pression » (pro pétrole, pro charbon, pronucléaire, j’en passe et des pires) ne feront pas obstacle à la circulation et au développement de ces innovations technologiques que nous promet M. Piccard !

le sceptique @ Balzamine : Comment cela pourrait être le cas ? Ce qui marche se diffuse. Cela fait 20 ans que je lis de ci de là des propos vaguement complotistes comme quoi on aurait des sources d’énergie ou des machines énergétiques super-efficaces mais que ces inventions seraient brimées par les magnats du pétrole (ou autres). Le problème : c’est juste faux, après examen, les trucs « super » ont un gros défaut, genre ne savent pas stocker une énergie fatale, coûtent 2 fois plus cher que leur équivalent thermique, etc. Par ailleurs, déposer un brevet sur une bonne idée et ne pas l’exploiter est parfaitement stupide si l’idée est plus rentable que son propre business. La propriété intellectuelle peut retarder parfois des démocratisations d’invention, mais depuis deux siècles qu’elle existe, il faudrait être assez aveugle pour prétendre que l’innovation technologique a été ralentie !

* LE MONDE du 5 décembre 2018, Bertrand Piccard : « Grâce aux technologies, la lutte contre le réchauffement n’est plus une contrainte »

Incompatibilités entre « gilets jaunes » et écolos

Ce blog n’a pas appelé à la marche pour le climat ce Samedi 8 décembre* car on n’y voit aucune complémentarité avec les manifestations des Gilets jaunes le même jour. L’origine est similaire, mouvements horizontaux nés sur Facebook, mais les objectifs sont complètement contradictoires. Cela va entretenir la confusion dans les esprits. Laissons la parole aux commentateurs sur le monde.fr* :

PIERRE DUMONT : D’emblée de jeu et sans aller plus loin, les mouvements horizontaux non structurés et animés par la colère ou le ressentiment ne mènent à rien

DR : Difficile d’imaginer la convergence d’un mouvement pour le bien commun et la planète d’un côté, et un autre centré sur les biens personnels et nihilistes. Déjà voir Mélenchon et Le Pen main dans la main s’est étonnant mais là ce serait la cohabitation de la glace et du feu…

JS : L’alliance des gilets-jaunes avec les écologistes ? Quelle bonne blague… les gilets-jaunes dans leur immense majorité haïssent les écologistes, les « bobos » parisiens, les néos-ruraux illuminés, le bio et les végétariens. Cette convergence est un fantasme de l’extrême gauche qui a paralysé « Les Verts » pendant des années et décrédibilisé le mouvement écologiste.

PATRICK ROSA : Un mouvement contre le réchauffement climatique qui voudrait fusionner avec les gilets jaunes? C’est-à-dire le mouvement limite insurrectionnel dans la droite lignée des bonnets rouges qui nous avait coûté à l’époque l’instauration de l’écotaxe et qui nous coûte maintenant le relèvement du prix des carburants??? C’est pas la carpe et le poisson là, c’est le mammifère et le dinosaure qu’on essaie de marier.

JS : Après l’alliance Le Pen – Mélenchon – Dupont Faignant -Wauquiez… voilà l’alliance de ceux qui s’opposent à la taxe carbone, la limitation de vitesse, le diesel et le contrôle technique avec ceux qui défendent la taxe carbone, les limitations de vitesse, la fin du diesel et le contrôle anti-pollution des véhicules. Les français sont-ils devenus fous ???

GILLES SPAIER : Le monde publie plein d’articles sur l’écologie, le réchauffement qui nous menace et « en même temps » a maintenant une rubrique consommation directement liée à amazon qui vante les trucs « high tech » fabriqués en Chine. Vous commandez, demain c’est vous par avion. Bonjour l’empreinte carbone!. Le Monde est de plus en plus schizophrène.

TROPTARD : Les démarches sont antinomiques. La démarche des gilets jaunes c’est poursuivre la société de consommation, pouvoir consommer comme avant… La démarche des mains rouges c’est réduire le PIB et s’orienter vers la décroissance… La décroissance, c’est diminuer le travail, réduire les revenus, le périmètre de vie… Il faut comprendre que de toutes façons c’est perdu et que le seul moyen de s’en sortir c’est le survivalisme…

* LE MONDE du 8 décembre 2018, La mobilisation citoyenne pour le climat prend racine

Peuple et dirigeants ont un problème avec l’écologie

Le problème actuel, c’est que la population n’a pas du tout la fibre écologiste, surtout quand il s’agit du prix de l’essence. Ainsi du mouvement des gilets jaunes qui a dégénéré au nom de la « démocratie ». 162 personnes ont été prises en charge dans neuf hôpitaux à la suite des incidents de samedi dernier. La crise des « gilets jaunes » s’est aussi invitée à l’Assemblée nationale, son président Richard Ferrand estimant que « la démocratie doit reprendre ses droits ». Marine Le Pen de son côté caresse le peuple dans le sens du poil : « Il faut immédiatement que Macron annonce la suppression de l’augmentation des taxes sur l’essence, la baisse des prix de l’électricité et du gaz, l’augmentation des salaires minimum et retraites minimum. » Dans ce contexte délétère, la fiscalité carbone est bien oubliée. La démocratie se révèle un amas de revendications multiples qu’on ne pourra jamais satisfaire car elles elles cultivent le slogan du « toujours plus » sur une planète exsangue. La politique écologique n’a pas l’assentiment d’agitateurs qui ne font aucune référence aux réalités biophysiques.

Écoutons maintenant la réponse d’un vieux sage qui, à la question du MONDE (Le président français Emmanuel Macron s’est engagé à agir en faveur de l’environnement. Peut-il réussir ?), répondait ainsi : « Non. Il n’est pas différent des autres. Les problèmes engendrés par le changement climatique et la pollution exigent de déployer des mesures extrêmement coûteuses à court terme mais dont les effets ne se mesureront pas avant des décennies. Aucun homme politique ou parti ne remportera une élection avec un tel programme. C’est la limite de la démocratie, qui a échoué à traiter le problème environnemental – même si elle reste le meilleur régime que nous connaissions… Mais les politiques peuvent bien faire ce qu’ils veulent : les contraintes naturelles détermineront notre futur, pas eux. » (LE MONDE du 3 décembre 2018, Dennis Meadows : « La démocratie a échoué à traiter le problème environnemental »)

Notons aussi qu’au niveau international, la COP24 sur le réchauffement climatique a de fortes chances de se terminer en eau de boudin… comme les précédentes. Aucun des dirigeants des États membres du G20 (qui regroupent 80 % des émissions mondiales) n’a inclus Katowice dans son agenda diplomatique en décembre. Il est d’ailleurs paradoxal de voir une conférence sur le climat s’établir au cœur de la région charbonnière de la Silésie. On espère l’adoption des règles de mise en œuvre de l’accord de Paris (COP21), autant dire déjà que cette conférence mondiale n’était qu’un leurre. Une hausse des engagements des États pour réduire leurs émissions et s’adapter aux effets du réchauffement dans un système où la « démocratie » consiste à faire plaisir au bon peuple est une impossibilité manifeste. On a discuté pour rien pendant 24 ans alors que les émissions de gaz à effet de serre atteignent des sommets.

Quant aux médias, il est significatif que LE MONDE refait sa page de présentation sur le net et que la rubrique planète n’arrive qu’après les rubriques « Live, sélection de la rédaction, Opinions, Les plus lus, Vidéos, International, Politique, les décodeurs, Société, M le mag, Pixel, Sport ». La rubrique Planète n’arrive donc à la lumière qu’après le sport, en treizième position. Où va la démocratie quand le contre-pouvoir médiatique ne joue plus son rôle ? A l’occasion du décès de Roger Cans dont LE MONDE fait la nécrologie, nous tirons des archives de notre blog biosphere le récit suivant : Quand Roger Cans reprend la rubrique environnement au MONDE en 1982, il se retrouve seul et isolé. Son chef de service lui dit carrément que l’important était la décentralisation et la régionalisation, qui devraient occuper 80 % de son temps. Le directeur de la rédaction d’alors, Daniel Vernet, le croise dans le couloir et lui demande « l’agriculture bio, combien de divisions ? ». Certains de ses articles passent à la trappe. Même avec des catastrophes écologiques, la rubrique environnement a du mal à s’imposer. L’affaire de Bhopal, cette fuite de gaz mortel qui tue ou blesse des milliers d’habitants d’une grande ville indienne en décembre 1984 ne donne lieu qu’à une brève le premier jour. Et le correspondant à New-Delhi n’ira à Bhopal que plusieurs mois après la catastrophe, lorsque l’affaire deviendra politique. Idem pour Tchernobyl, en avril 1986 : le correspondant à Moscou n’ira jamais enquêter sur place, la couverture de l’événement est donc minimale. L’écologie n’est toujours pas un service ni un département rédactionnel, l’environnement reste un problème technique. Et l’écologie politique reste considérée comme une nuisance puisqu’elle affaiblit la gauche lors des élections. Les colonnes du quotidien ne s’ouvrent véritablement à l’écologie qu’à partir du numéro du 23 septembre 2008 ; une page est consacrée à la Planète…