Mois : février 2019

L’exaspération des apiculteurs et apicultrices

Pascale, une apicultrice : Pascale est venu de Bretagne pour s’installer en Charente. Son mari s’occupe de récolter le miel, elle préfère multiplier le nombre d’abeilles. Un bon choix à une époque où la pollinisation est d’autant plus indispensable que les industriels de l’agriculture font n’importe quoi. Elle en a marre, vraiment marre  : « Si ça ne tenait qu’à moi, je quitterai le métier tout de suite. J’ai une centaine de ruches, je me consacre à la reproduction des abeilles, mais si c’est pour avoir une mortalité de 70 %, à quoi bon continuer ? Je sais que nous courrons à la catastrophe, mais que faire quand tout se ligue pour vous empêcher de faire votre boulot. J’aime les abeilles, les abeilles c’est ma compétence, c’est mon choix, mais on fait tout pour nous dégoûter du métier. Monsanto avait un rêve, ne plus avoir besoin ni des abeilles, ni des apiculteurs. Ce rêve se réalise. Il faudrait vraiment des drames pour secouer les gens, qu’ils comprennent qu’on ne peut pas continuer comme on le fait. Il faudrait que tout le monde devienne écologiste car l’équilibre de nos écosystèmes, c’est une nécessité pour tous… » Pascale voudrait quitter le métier sans abandonner les abeilles, mais à 57 ans difficile de trouver un emploi.*

Michel, un apiculteur : « Quand j’ai commencé l’apiculture, j’étais peu sensibilisé à l’écologie. Pendant longtemps tout se passait bien. J’étais essentiellement un « cueilleur » insouciant ! Je retrouvais mes essaims au printemps sans perte de colonies. Le climat breton est certes humide et capricieux, mais il n’est pas trop chaud, ce que les abeilles craignent. Et puis j’ai commencé à trouver des ruches complètement dépeuplées à la sortie de l’hiver. J’ai compté les colonies mortes sans raison apparente. 5, puis 10, puis 20… jusqu’à 40 % de pertes. C’est comme l’histoire de la grenouille dans l’eau progressivement chaude et qui ne se doute de rien. La destruction de l’environnement se fait petit à petit. Les autorités publiques nous expliquaient qu’on ne savait plus travailler ! Pour moi la bascule est très claire : c’est au milieu des années 1990 avec l’introduction des néonicotinoïdes. Je comprends que si les abeilles meurent, ce n’est pas que je sois devenu mauvais mais que c’est l’environnement qui déconne ! Les parasites massacrent une population d’abeilles déjà très affaiblie par la dégradation écologique générale. Lorsque tu prends conscience de ça, lorsque tu as sous les yeux tes ruches complètement dépeuplées et que tu fais le lien avec l’économie croissanciste, tu es obligé de quitter ta zone de confort, un beau métier tranquille où tout se passait bien. Il nous faut revoir entièrement nos pratiques agricoles, productivistes. Non pour aller vers l’autarcie, mais la sobriété. A mon niveau j’ai décidé de passer en bio, d’avoir le label. A la FFAP (Fédération française des apiculteurs professionnels) nous travaillons pour identifier les problèmes professionnels et toujours faire le lien avec le global. »**

Pascal, cofondateur de la FFAP : « Nous avons fondé en 2009 cette association pour mieux faire entendre la voix des professionnels par un gouvernement qui était resté sourd à nos appels au secours. Cela n’a pas beaucoup changé depuis. On intervient aussitôt quand il y a fermeture d’un centre industriel, on ferme les yeux quand l’agriculture intensive fait mourir les abeilles. Une toute récente association, Interapi, a été promu comme interlocuteur privilégié de l’Etat, mais à sa tête il y a le représentant du leader européen du miel, la famille Michaud. Les petits producteurs locaux passeront après la vente de miel par les grossistes importateurs. Il y a de moins en moins de zones préservées en France, même la migration des ruches devient inopérantes. La GDSA n’a pas de réponse à la surmortalité des abeilles, il est difficile de s’y retrouver dans la cascade des causes. On trouve souvent une maladie finale, on ne remonte pas aux intoxications multiples qui ont affaibli irrémédiablement la ruche. Ainsi un fongicide contamine l’eau dont les abeilles ont besoin. Elles souffrent ensuite de nosémose, des diarrhées aiguës pouvant entraîner la mort. Les abeilles domestiques bénéficient du suivi des apiculteurs, du dédoublement des essaims, d’une attention constante. Mais tous les pollinisateurs sauvages disparaissent, comme d’ailleurs l’ensemble des insectes. Ils ne sont pas protégés par l’homme des néonicotinoïdes, fongicides, herbicides… D’autre part il devient de plus en plus difficile de vivre de son métier d’apiculteur. Comme les abeilles meurent, comme les prix du miel sont tirés vers le bas par la grande distribution, il y a de moins en moins d’artisans amoureux des abeilles. A l’heure actuelle, je ne trouve personnellement pas preneur de mon miel à un prix qui permettrait de couvrir mes frais de production. Il faudrait une révolution culturelle, la fin de l’industrialisation de l’agriculture, pour faire en sorte que la mort des abeilles ne signifie pas la mort des apiculteurs. Beaucoup d’entre nous sont au bord du suicide, ou sont même parfois passés à l’acte. »***

* interview réalisé par Michel Sourrouille, du blog biosphere

** mensuel La décroissance de février 2019, rubrique « simplicité volontaire » page 7

*** interview réalisé par Michel Sourrouille, du blog biosphere

PS : le président d’INTERAPI n’est plus Vincent Michaud (passé vice président quand même), mais Eric LELONG apiculteur pro-FNSEA.

Contrat naturel, santé inclusive et démocratie

L’impératif socio-écologique est dans tous les esprits. L’Association pour le contrat naturel a élaboré une approche intégrée construite sur les écrits de Michel Serres (1) et la notion de santé inclusive, la « santé commune ». Cette approche permet de repenser les défis entrelacés auxquels nous sommes confrontés, d’imaginer les solutions les plus à même d’y répondre et de cibler les moyens permettant de les mettre en œuvre. Cette tribune présente ce cadre conceptuel et esquisse les enjeux d’une transformation sociétale : au-delà du climat, ressources et territoires, santé et démocratie alimentaire, nature et agriculture, la pollution globale. Le Contrat naturel est le cadre de pensée d’une nouvelle coexistence avec la terre et les vivants : « Nous dépendons de ce qui dépend de nous« , dit Michel Serres. La santé est l’expression d’une symbiose: le soin renoue les liens, fait passer de la « bataille universelle à la sollicitude rare ». Cela appelle une philosophie de l’action et suppose de reconnaître, dans un souci de justice sociale et de responsabilité écologique, toute leur place à des territoires sur lesquels se forment des socio-écosystèmes à dimensions plurielles aux multiples valeurs partagées et nécessaires à la vie sociale de ces territoires. La santé commune. La modernité a cru pouvoir, par démesure, renoncer à penser dans un même monde global les relations infinies entre la santé humaine et la santé de la Terre. Une approche inclusive de la santé affirme au contraire qu’il existe une communauté de destin entre l’épanouissement de la santé personnelle, la santé des sociétés et celle des milieux naturels. Ainsi, la santé commune incite à fonder la paix sociale sur l’inséparabilité du bien-vivre des gens et du soin des ressources dont ils dépendent. Prenons l’alimentation et la santé. En partant de la fourchette à la fourche et non l’inverse, la démocratie alimentaire permet de dire comment les gens souhaitent se nourrir et partant qu’elle agriculture et quelles politiques publiques ils veulent pour relier alimentation, santé et nature. Cela revient à votez avec l’ assiette (2).

Priorités et moyens. L’urgence climatique, le soin d’une biodiversité en détresse, la transition énergétique qui occupent des agendas politiques et sociétales disparates, laissent dans l’ombre des défis plus englobants. Deux de nos publications s’attachent à définir une approche systémique des grands défis du présent mettant en lumière des facteurs interdépendants d’une intensification du dumping social et écologique. Ils engagent des décisions politiques vitales en matière de santé commune, sécurité alimentaire, etc. La première (3), pose les fondements juridiques et politiques permettant de relier la gestion responsables des ressources et la santé commune. Dans la deuxième publication (4), le système de « seuils planétaires » a été disséqué pour identifier les processus qui concentrent les grands enjeux pour les 5-10 années à venir: il s’agit de l’agriculture et du dérèglement physico-chimique global. Ce dernier concerne les pollutions dans leur ensemble (eau, sols, air) qui exposent tous les êtres vivants à des cocktails chimiques dont la composition change avec l’espace-temps. L’intensification chimique correspondante affecte quotidiennement les sociétés à grande échelle: l’industrie chimique et autres activités humaines représentent 144 000 produits distincts libérés dans la nature, dont les volumes ne font qu’augmenter. Ainsi chaque individu vit en intimité (à table, au travail, à l’école, en vacances) avec des cocktails fait d’antibiotiques, pesticides et herbicides, perturbateurs endocriniens, sans oublier des matières plastiques, des métaux lourds et micro-particules. La caractéristique principale de cette boite noire est la nature insidieuse des risques qu’elle comporte pour la santé des personnes et des milieux. La solution proposée: une simplification chimique visant à réduire massivement, à repenser le design, à recycler autrement nos molécules et particules.

Utopie concrète. Notre approche est l’amorce d’une réaction en chaîne visant la purge du système actuel. Elle voit dans les multiples initiatives citoyennes les briques d’un nouveau contrat social et écologique au service de l’intérêt général, des communs. Celui-ci exige une compréhension approfondie du fonctionnement des milieux naturels dans des territoires divers, et donc des connaissances locales nécessaires à la mise en œuvre des transitions écologiques et solidaires contextualisées. Une synergie de terrain des expérimentations « écotopiques » engagées en France et à l’international devient possible, avec comme objectif politique l’émergence par le bas d’un socle universel de protection sociale. Une pièce essentielle dans la matérialisation d’une santé commune assumée et partagée. C’est ce projet fondé sur une relation pacifiée avec la nature que porte l’Association pour le contrat naturel (5).

Texte réunissant des idées formulées par François Collart Dutilleul, Patrick Degeorges, Gérard Escher, Olivier Hamant, Ioan Negrutiu (ioan.negrutiu@ens-lyon.fr)

Lyon, 10/02/2019

(1) 1990, réédité en 2018, éd. Le Pommier

(2) http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article290; http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article528; http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article512; http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article446

(3) Acunzo D, Escher G, Ottersen OP, Whittington J, Gillet Ph, Stenseth N, Negrutiu I (2018) Framing planetary health: Arguing for resource-centred science. Lancet Planetary Health 2: e101-e102 et http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article570

(4) Arguello Velazquez J, Negrutiu I (2019) Agriculture and global physico-chemical deregulation / disruption: planetary boundaries that challenge planetary health. Lancet Planetary Health 3 (2019) pp. e10-e11 (https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S2542-5196%2818%2930235-3)

(5) http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article585

Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange

L’écologie penche pour le protectionnisme, la démondialisation, en définitive la relocalisation. Historiquement les vagues de protectionnisme et de libre-échange se sont succédé depuis l’abolition en 1838 des Corn Laws qui protégeaient l’agriculture britannique. Dans les années 1930, un protectionnisme extrême finit par l’effondrement du commerce mondial. Même Keynes allait jusqu’à plaider pour « l’autosuffisance nationale » en 1933 pour protéger l’emploi britannique. Après 1945, le libre-échange était revenu en force*. Depuis la crise de 2008, la protection est à nouveau à l’ordre du jour. Les effets positifs du libre-échange n’existent que par l’accélération de la croissance économique que cela entraîne, mais les conséquences globales sont néfastes. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de montée des inégalités, de chômage structurel et de déséquilibres socio-écologiques. Le « doux » commerce est en réalité une affaire de puissance, c’est le plus fort qui impose sa loi. Pensez à la guerre de l’opium qui a ouvert le marché chinois à l’empire britannique. Regardez aujourd’hui le bras de fer entre Trump et la Chine. Le libre-échange est un rapport de force qui fait quelques gagnants et beaucoup de perdants.

Rappelons qu’un libre-échange basé sur le va-et-vient de produits quasi-similaires est une absurdité. Un jour Fritz Schumacher vit un camion à l’effigie d’une marque de biscuits écossais entrer dans Londres ; peu après il apprit qu’une entreprise fabriquant des biscuits à Londres acheminait sa production jusqu’en Écosse. Cette découverte le troubla profondément. En tant qu’économiste, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi des être compétents se voyaient contraints de conduire un camion d’un bout à l’autre des îles britanniques dans le seul but de transporter des biscuits. N’était-ce pas absurde ? Le coût humain et environnemental d’une tel manœuvre n’avait donc alerter personne ? Schumacher eut beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il faut incapable d’y déceler la moindre logique. Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. Fritz Schumacher entreprit alors de faire un livre, Small is beautiful, publié en 1973. 

Au niveau écologique, la descente énergétique qui s’amorce va de toute façon entraîner une contraction des échanges dans un monde interconnecté. Dur, dur ! Il nous faut donc préparer dès aujourd’hui les moyens d’une souveraineté alimentaire et la possibilité de sources d’énergies renouvelables. Cela passe surtout par la réduction des besoins, la relocalisation, l’instauration de communautés de résilience, etc. La démondialisation est notre avenir. Pour en savoir plus sur ce blog biosphere :

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

1er juillet 2011, la démondialisation contre Pascal Lamy

30 juin 2011, la démondialisation contre Zaki Laïdi (suite)

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

3 mai 2011, Montebourg, de la démondialisation à la décroissance

17 juin 2011, tout est écolo, y compris le protectionnisme

29 décembre 2010, Démondialisation féroce

* LE MONDE économie du 10-11 février 2019, un combat récurrent entre économistes

Prenez l’avion, c’est bon pour nos générations futures

Qu’on prenne l’avion par plaisir ou par obligation, le résultat est le même : en brûlant le kérosène on accélère l’assèchement des dernières poches de pétrole. Sans même y penser, on fait en sorte que le choc pétrolier ultime, c’est-à-dire l’augmentation brutale et simultanée du prix de tous les combustibles fossiles, arrive encore plus tôt qu’envisagé. Par contre celui qui se prive de voyages au long cours vers des destinations paradisiaques pour montrer l’exemple d’un comportement écologique sans faille ne fait que retarder l’échéance fatale. Son sacrifice offre aux avionneurs invétérés un répit avant d’arriver aux limites biophysiques de la planète : le kérosène qu’il économise, c’est autant de plus à la disposition des destructeurs. Cela ne veut pas dire qu’il faut choisir son camp, opter pour encore plus d’usage des plus lourds que l’air ou appeler à la sobriété énergétique. Notre analyse comportementale montre que les deux options arrivent plus ou moins vite à un résultat identique, la pénurie des ressources fossiles qui obligera tout le monde ou presque à vivre la descente énergétique. La classe globale, celle qui non seulement possède un véhicule personnel mais pratique le tourisme ailé, est beaucoup trop nombreuse pour que la sobriété soit équitablement partagée. Les informations que nous donne au compte-gouttes LE MONDE* arrivent trop tard pour qu’on puisse modifier en douceur le cours de l’histoire humaine :

« Tout trajet national ou européen en avion pollue quarante fois plus que le TGV, sept fois plus que le bus, deux fois plus qu’une voiture avec trois passagers. Un aller-retour Paris-New York envoie plus d’une tonne de gaz carbonique dans l’atmosphère par passager, soit autant qu’une année de chauffage et le cinquième des émissions annuelles d’un Français. Soit deux fois plus qu’un pays comme la France. Le secteur aéronautique est responsable de 2 % des émissions mondiales de CO2. Ce secteur connaît une croissance exponentielle (quatre milliards de passagers en 2018, le double prévu dans vingt ans), et les progrès technologiques qui y sont attendus ne suffiront pas à ­absorber l’explosion de ses émissions de gaz à effet de serre. Pourtant tout pousse à emprunter le prochain couloir aérien. Les incessantes publicités incitant à « succomber aux ­envies d’ailleurs », les billets low cost, les promotions du Web, les programmes de fidélisation, les pouvoirs publics se félicitant de la croissance du secteur aérien – et le subventionnant. Contrairement à l’essence et au diesel, le kérosène n’est pas taxé. Sur un trajet de 500 kilomètres, l’avion bat souvent le train, côté porte-monnaie. »

Nous rejoignons la conclusion du MONDE. Au vu de l’impact considérable de l’aéronautique sur le réchauffement climatique planétaire, impact qu’on peut évaluer à 5 % si l’on prend en compte l’ensemble des gaz à effet de serre émis, et pas seulement le CO2 , il est urgent de rechercher une baisse du trafic aérien… Il n’y aura pas de tourisme par avion dans un monde dévasté. Alors LE MONDE liste à bon escient ce qu’il faudrait faire. Rejoindre la campagne de boycottage « We stay on the ground 2019 » ou le réseau international « Stay grounded » (pour en « finir avec l’avion roi »), suivre sur Twitter les hashtags incitant à la détox aérienne (#flyingless, #stopflying, #flightfree2019, #flugscham, #flygskam…). Quelques mouvements contre l’avion à l’étranger, presque inexistence en France. « Moins vite, moins loin, moins souvent », c’est ce que répète depuis plusieurs années Yves Cochet ainsi que notre blog biosphere. Le problème des Cassandres, c’est qu’ils (elles) ne sont pas écoutés.

* LE MONDE « M le mag » du 23 février 2019, L’avion, plaisir coupable de l’écolo voyageur

La France en 2049 sera le Nigeria de 2019

Même en France les temps sont devenus très difficiles. En 2049 il est très loin le Paris clinquant des défilés de mode, les SUV pour tous et les panneaux publicitaires partout. Le pays est complètement désorganisée, l’État est en faillite. Pendant des années les gouvernements successifs avaient privatisé nombre de services publics, maintenant plus personne n’a les moyens de payer des fonctionnaires. Le secteur informel explose, mais ne nourrit pas son monde. Les classes intermédiaires sont déclassées, les zones périurbaines se transforment en bidonvilles, les égouts sont bouchés et des montagnes d’ordures s’étendent sur des centaines de mètres. Dans certains quartiers, les conflits communautaires tuent en silence, blancs contre arabes, arabes contre noirs, l’apparence des gens est source de conflits infinis. Un prêtre a prononcé ces mots comme si c’était parole de Dieu, que l’islam incite à la guerre et à la haine, que les musulmans sont dangereux. Le djihad a commencé. On dit que les combattants de l’islam se sont infiltrés depuis plusieurs siècles dans nos communautés, sournoisement. On croit se battre pour sa foi. En réalité, ils ne savent même plus pourquoi la situation a dégénéré. Personne ne connaît les chiffres, ni ne sait dans quel camp on tue le plus. Les victimes sont enterrées dans des fosses communes.

Dans les triangles d’or de ce qui reste des métropoles, les loyers sont inaccessibles. Dans les quartiers préservés, le vrombissement de quelques rares générateurs forme un bruit de fond permanent. Mais sans eux, la lumière ne serait pas. Les coupures de courant sont récurrentes et l’accès à l’électricité reste extrêmement coûteux. Cela plombe l’économie du pays, empêche la réalisation de certaines opérations chirurgicales… même les enfants ne peuvent pas étudier le soir ! L’armée, accusée de corruption et d’inefficacité, a perdu la confiance des habitants. Les politiciens instrumentalisent les jeunes, dont la plupart sont au chômage, désœuvrés. A quelques jours des élections générales, on ne croit plus à rien : « Bien sûr, on aime entendre que les acteurs politiques vont réduire le chômage et endiguer l’inflation. Mais ce sont des promesses en l’air, comme toujours. On sait bien que, quel que soit l’élu, cela ne changera rien. » A quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote, la présidentielle a finalement été reportée.

Vous avez sans doute compris que les désordres dont il s’agit ont bien eu lieu, mais il s’agit du Nigeria en 2019. Mais l’enchevêtrement des crises climatiques, énergétiques, halieutiques, agricoles, démographiques… feront en sorte que dans le futur il y aura effondrement de la civilisation thermo-industrielle au niveau mondial. La France n’a pas été épargné et comme les autres nations nous connaîtrons le sort du Nigera* si on n’y prend garde. Si la crise ultime n’a pas lieu en 2049, ce sera un peu plus tôt ou un peu plus tard ! Les Trente Glorieuses (1945-1974) s’étaient transformés en Trente Piteuses (1974-2008), elles sont devenues la Grande Catastrophe. Le choc pétrolier aura lieu aux environs de 2027. Le prix du baril montera à 200 dollars, ne s’arrêtera pas, il pourra quintupler dans l’année. L’évidence est devenue réalité, le pétrole ne coule plus à flot. Fini définitivement les 100 millions de barils consommés chaque jour en 2018 au niveau mondial. La croissance du PIB ne résultait que de la manne noire, on appelle désormais le pétrole la merde du diable. Et les températures sont devenus étouffantes, mortelles en certains endroits, sans eau potable à portée de la bouche. Malheur à tous ceux qui aujourd’hui veulent ringardiser les lanceurs d’alerte, les décroissants, l’écologie scientifique et politique.

* LE MONDE du 13 février 2019, Nigeria : à Lagos, « c’est un crime d’être pauvre ! »

* LE MONDE du 16 février 2019, Au Nigeria, « les start-up qui marchent sont celles qui remplissent le vide laissé par l’État »

Grand débat national, ce sera la grande désillusion

Corinne Lepage, ex-ministre de l’écologie : « A l’heure qu’il est, nul ne sait, sauf peut-être le président de la République, comment s’achèvera le « grand débat national » et sur quelles sortes de propositions, qu’elles soient organisationnelles ou de fond, il débouchera. Mais le malheur veut que, « en même temps », tous les instruments du débat public soient progressivement déconstruits ou programmés pour l’être. Tout d’abord, la suppression des enquêtes publiques… Vient ensuite la réduction massive du champ de l’étude d’impact environnemental… S’ajoute l’objectif du conseil d’État qui vise à réduire au minimum la recevabilité des recours… La France est désormais un pays dans lequel il est quasiment impossible, quelles que soient les illégalités, de gagner un procès contre EDF, Total et quelques autres totems de notre système… Enfin, cerise sur le gâteau, il s’agit désormais de supprimer le seul sas de débat public qui existait réellement, celui de la Commission nationale du débat public (cf. mediapart)»* Place aux commentateurs perspicaces sur lemonde.fr :

Jean Nébavé : On peut ajouter la loi sur le « secret des affaires », on peut ajouter la récente tentative de perquisition à Médiapart…

Fourmaintraux Alain : La Commission Nationale du Débat Public ? Mais n’a t-elle pas été écartée après les révélations de Médiapart, précisément, sur la rémunération de sa présidente ?

HdA @ Fourmaintraux : Non. Sa présidente s’est mise de côté pour que son salaire ne perturbe pas le débat (elle a aussi proposé que son salaire soit débattu). La commission a été dessaisie par le gouvernement. Retournez dans les archives du journal.

Graphisto : Sur le dessaisissement de la Commission Nationale du Débat Public, Il faut lire l’article complet de Mediapart http://savons-ficelles.com/web/grand-debat-les-secrets-d-un-hold-article_788370.pdf pour voir que le gouvernement a tout fait pour saboter le potentiel débat, réduit maintenant à la Campagne Macron, + quelques thèmes bien choisis par lui. Une farce.

Lectrice 75 : La main-mise de l’Etat sur l’organisation et les suites éventuelles du grand débat suffit à justifier qu’on le boycotte.

Rajeu : La principale lacune de la CNDP se posera dans tous les types de débats au final : les gens s’en fichent. Qu’il s’agisse d’une enquête publique, ou d’une consultation ou d’un débat public, on peine à attirer des gens qui ne sont pas déjà fortement mobilisés pour ou contre un projet. A la limite c’est un peu mieux pour l’enquête publique en raison de la délimitation géographique plus stricte, mais même là, on peine à attirer des gens.

En fait le « Grand débat » imite le fonctionnement des groupes locaux de LRM tel qu’il existe depuis l’élection de Macron. On impose une grille de lecture d’un événement, on fait des petits groupes de travail pour en discuter, chacun y va de ses propres revendications, on réalise ensuite une simili-synthèse, ce qui débouche sur une vaste cacophonie. Ensuite on fait remonter vers le haut on ne sait pas trop quoi, on ne sait pas bien vers qui, et une proposition, oh miracle, aboutirait sur une prise de position du pouvoir central, c’est ce qu’on nous dit, et ce qui en même temps ne veut pas dire décision. Il y a bien mieux que ce grand débat, cela s’appelle conférence de consensus. Pour mieux comprendre le grand débat, les articles précédents de notre blog biosphere :

16 janvier 2019, Macron : le débat écolo a avorté avant de commencer

9 janvier 2019, Quelle démocratie pour une société écologisée ?

* LE MONDE du 19 février 2019, Corinne Lepage : « La question se pose de savoir si la France est encore un Etat de droit »

Inventons un hymne et un drapeau pour Terriens

Donnez à un idiot un drapeau à agiter, apprenez-lui un hymne à chanter et quelques âneries patriotiques à répéter frénétiquement, et il marchera vers la bataille pour tuer d’autres idiots marchant en chantant sous un drapeau adverse. Malheureusement beaucoup de pays sont en train de multiplier volontairement les idiots, y compris en France.

en Russie : Le manuel d’un professeur à l’École des hautes études économiques à Moscou vient d’être retiré de la liste fédérale des livres scolaires, les seuls pouvant être achetés par les établissements, au motif que l’ouvrage « ne contribue pas à donner l’amour du pays ». Page 60 par exemple : l’évocation des files d’attente dans l’ex-URSS « ne crée pas de fierté pour la patrie ». La maison d’édition Vita-Presse a tenté de sauver le manuel en enjoignant à l’auteur d’apporter quelques modifications : établir une « présentation plus correcte de la situation économique actuelle » ; « exclure un certain nombre de sujets de discussions pouvant amener à un débat négatif et non constructif… » La censure a commencé au milieu des années 2000, il est devenu de plus en plus clair que l’Etat obligerait les enseignants à exposer l’histoire dans un sens favorable au régime actuel. Résultat : entre 2014 et 2018, la liste des manuels autorisés, toutes matières confondues, a diminué comme peau de chagrin de 71 %, passant de 2 982 à 863.*

en France : Les élus de l’aile gauche de la majorité n’ont pas digéré l’attitude du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer lors de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi « pour une école de la confiance ». On rend obligatoire dans les classes la présence des drapeaux tricolore et européen, ainsi que des paroles de La Marseillaise. Furieux, un de ses collègues a lâché : « Blanquer malmène la majorité avec ses cartes postales réactionnaires et conservatrices ! »

Commentaire biosphèrique : cette résurgence du chauvinisme n’est pas nouveau en France, ainsi notre article*** de juillet 2010. Nous appartenons symboliquement à la Terre, nullement à un morceau de terre. Le nationalisme est un signe de repli sur soi qui dénature la préoccupation écologique, surtout à une époque où les risques sont systémiques et planétaires, réchauffement climatique, pic pétrolier, atteintes aux ressources renouvelables, etc. Ce n’est plus la confrontation entre nations qui devrait s’imposer, mais la coordination des peuples. C’est pourquoi la pénalisation de « l’outrage au drapeau tricolore » (LeMonde du 25-26 juillet 2010) semble d’une incongruité totale. Un délit institué en 2003 punissait déjà de 7500 euros d’amende « le fait au cours d’une manifestation organisée ou réglementaire par les autorités publiques d’outrager publiquement l’hymne national ou le drapeau tricolore ». Tout cela parce que des supporters de l’équipe de foot algérienne eurent sifflé l’hymne national, acte compréhensible dans une manifestation sportive où les symboles nationaux n’ont rien à faire. C’est le fait de chanter la Marseillaise et d’agiter le drapeau tricolore lors d’un match de foot qui paraît au contraire obscène. Maintenant une contravention est créée par décret suite à la publication d’une photo représentant un homme qui s’essuyait les fesses avec le drapeau national : 1500 euros pour « Le fait de détériorer le drapeau ou l’utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou même commis dans un lieu privé ». Délit ou contravention, ces lois de circonstances paraissent d’un autre âge, celui du XIXe siècle et de l’apparition des nationalismes qui ont ensanglanté l’Europe et le monde. Pour un réfractaire à la guerre, la question de fond reste posé : est-ce que le drapeau bleu-blanc-rouge ou la Marseillaise font partie des valeurs de la République ? Si les seules valeurs à reconnaître sont les principes de liberté, d’égalité et de fraternité ainsi que la déclaration universelle des droits de l’homme, les symboles qui ont alimenté tant de guerres n’en font pas partie.

Plusieurs propositions ont été émises pour la création d’un « drapeau de la Terre ». Aucune de ces propositions n’a recueilli la reconnaissance officielle d’un quelconque État. Les deux seuls drapeaux approchant de cet idéal et ayant obtenu une certaine reconnaissance politique et morale à l’échelle planétaire sont le drapeau des Nations unies et dans une moindre mesure celui – non-officiel – du Jour de la Terre. Quant à un hymne à la planète, nous attendons encore notre Rouget de Lisle.

* LE MONDE du 20 février 2019, En Russie, censure des manuels scolaires qui ne « créent pas de fierté pour la patrie »

** LE MONDE du 19 février 2019, Hymne national, drapeau… Jean-Michel Blanquer irrite les députés LRM avec ses « marqueurs de droite »

*** outrage au drapeau qui outrage la Terre 

LE MONDE est l’otage des lobbies automobiles

Tout le monde devrait savoir que nous allons vers une société sans bagnoles individuelles, mais LE MONDE en tant que quotidien ne le sait pas encore. Son journaliste mondialiste progressiste Philippe Escande est un véritable adepte de la religion automobile: « Deux pistes sont possibles. La première est celle de la frugalité. C’est la méthode 2CV, un produit simple, peu performant mais bon marché, et qui reste totalement réparable, y compris par l’utilisateur lui-même. Cette Citroën est bruyante, ne respecte pas les critères de sécurité actuels et ne dépasse que rarement les 80 kilomètres-heure, mais elle est réparable à l’infini. L’autre solution est celle du produit haut de gamme, increvable, mais cher. Avec Mercedes ou Miele, les Allemands s’en sont fait une spécialité. Faudra-t-il ralentir la marche du progrès pour réduire le gaspillage ? »

Six mois plus tard, il se lamente encore : « Donald Trump frappe là où ça fait mal, au cœur de la compétence industrielle germanique, l’automobile. Il menace d’invoquer l’état d’urgence pour imposer des droits de douane qui pourraient atteindre les 25 %… La politique s’invite aussi en Grande-Bretagne où la décision du groupe Honda de fermer sa seule usine européenne déchaîne les passions… L’industrie automobile mondiale connaît un retournement spectaculaire du marché, les ventes de voitures en Chine se sont effondrées... »*

Normal de pleurer sur la fin de la civilisation automobile, LE MONDE est victime de la nécessité de recettes publicitaires dont une grande partie provient du lobby automobile. Dans le numéro de mardi dernier, la dernière page en son entier est un hymne à Peugeot, « Motion & émotion » ! Un tiers de la page 7 pour la Nouvelle classe C coupé (jusqu’à 228 g de CO2 au km !). Sans oublier la rubrique habituelle « Styles » consacrant toute la page à l’automobile, ici la Toyota hybride… sans oublier les voitures d’avant-guerre !!

C’est pourquoi Philippe Escande se veut un véritable adepte de la civilisation motorisée doublé d’un croyant technologisé : « Les constructeurs doivent investir massivement pour préparer la plus importante transition technologique de leur histoire, celle vers la voiture électrique et le véhicule autonome… Mais l’automobile devient malgré elle l’otage du retour des passions nationalistes.»* Il ne faut pas s’étonner dans un tel contexte que la moindre attaque contre l’automobile, par exemple la minimaliste taxe carbone, fasse se révolter pendant des mois les Gilets jaunes. Pourtant nous devons penser au-delà du pétrole, Beyond Petroleum, et sans voiture électrique ni informatisation totale de la bagnole. La voiture comme consommation de masse a tout juste un siècle (la Ford T à partir de 1908), nous pouvons parier sans nous tromper que dans un siècle il n’y aura plus de voitures pour tous. Le dévoiturage est déjà en marche, les 80 km/h avec les ralentisseurs qui se multiplient dans tous les petits villages en sont un signe précurseur. Le capitalisme est par essence un système d’auto-digestion, il assure durablement l’ordre social en exploitant la soif infinie de richesses dans un monde limité et qui ressemble de plus en plus à un trognon. Cette situation ne changera que lorsque nous aurons achevé de nous entre-dévorer après avoir digéré tout ce qui se trouve sous nos pieds. Tout le reste, c’est du blabla. Dans un siècle, des outils très simples, le vélo et la brouette, c’est tout ce qui nous restera après avoir jeté et encore jeté sans réparer. Pari tenu ?

* LE MONDE du 20 février 2019, « L’automobile devient malgré elle l’otage des passions nationalistes »

Européennes : un appel individuel pour l’union sacrée

L’idée de catastrophe/effondrement fait son chemin, même chez les acteurs. Ainsi Philippe Torreton : « La tragédie humaine a commencé et promet d’être terrible. Les animaux disparaissent, les contrées sauvages rétrécissent, les glaces fondent de plus en plus vite, les eaux montent, les records de chaleur s’accumulent, les matières premières se raréfient, les peuples se crispent et les populismes prolifèrent. Le migrant, ce bouc émissaire, va payer le prix fort. L’idée commencera à germer qu’une partie de la population mondiale doit disparaître, en laissant faire les famines, les agents infectieux ou même par les armes si cela ne suffit pas, et l’on expliquera que « c’était eux ou nous ». Les plus pauvres disparaîtront en premier, les riches leur survivront quelque temps dans des bunkers dorés. Alors que deviennent nos habituelles luttes politiques dans ce compte à rebours ? Aujourd’hui, face à l’urgence de changer nos modes de vie, il serait logique de rassembler toutes les forces vives du pays pour se lancer dans la mère de toutes les batailles : la sauvegarde de l’habitabilité de la planète. Il nous faut une seule liste aux européennes… » Voici quelques commentaires sur le monde.fr :

DIDIER SEYLER : Les femmes et les hommes capables de chercher le bien public se comptent sur les doigts d’une main. Alors imaginer que ceux qui détiennent tout autour de la planète le vrai pouvoir et qui sont ceux qui nous conduisent dans le mur de plus en plus vite, puissent spontanément et tous en cœur, renoncer au pouvoir pour tenter d’arrêter la catastrophe qui s’annonce est une perte de temps !

MICHEL SOURROUILLE : « famines, agents infectieux ou même les armes », Torreton c’est du Malthus tout craché, sauf que Philippe ne parle pas du choc démographique, la mère de tous nos maux ! Notre choix personnel de fécondité est un facteur déterminant des désastres en cours, un multiplicateur de toutes les menaces. Mais même les colibris de Pierre Rabhi n’en ont pas conscience. Alors, les politiques, faut pas compter sur eux, il n’y aura pas d’union sacrée avant l’arrivée des grands massacres…

Pessicart : M. Torreton, vous devez simplement vous habituer à vivre dans un monde où tout ce que vous listez va disparaître. J’étais au Qatar pendant 3 jours, ils ont le plus grand projet planétaire d’exploitation de gaz, ils vivent déjà avec plus de 40 degrés à l’extérieur 6 mois par an, ils n’ont plus de poissons dans la mer, plus d’animaux sauvages sur terre. A ce jour ici ou ailleurs aucune action n’est enclenchée pour changer les choses et les cris d’alarme n’y changeront rien.

Ifig : Il est impossible de baisser le niveau de vie, en démocratie mais aussi en dictature. Les utopies rousseauistes ne sont que des utopies. La crise climatique se résoudra par des solutions technologiques. Les discours catastrophistes comme celui ci n’aident pas à mobiliser vers les solutions.

bad cop : Discours eschatologique formidable, nous avons honte, nous nous flagellons pauvres humains pauvres français que nous sommes qui n’avons pas compris que nous sommes condamnés par notre consumérisme aveugle à nous entre-tuer pour le moindre brin d’herbe ou la moindre molécule non synthétique d’oxygène. Ouf ! Je n’aime pas beaucoup Torreton chroniqueur, son faux nez et son lyrisme… le problème c’est qu’il a raison !

Arpagon : Je suis d’accord, il y a urgence à limiter les émissions de CO2. Taxer les combustibles qui les génèrent serait un bon point de départ. Pas besoin d’union nationale pour cela: un gouvernement ayant une majorité claire et conscience des enjeux peut le faire s’il est courageux. M. Torreton je compte sur vous pour aider à convaincre les gilets jaunes que c’est une nécessité pour l’avenir de leurs enfants.

Pm42 : On est dans un pays où la population veut rouler vite, ne pas payer son essence trop chère et avoir plus de pouvoir d’achat. Et où personne ne vote écolo. Les hommes politiques ont bon dos… En démocratie, le peuple est souverain mais apparemment absolument pas responsable des conséquences de son vote. Amusant.

le sceptique : Soit le corps électoral partage les idées de cet acteur, et il donnera tout seul une large majorité à la liste EELV qui portera ce discours ; soit le corps électoral ne partage pas les idées de cet acteur, et rêver d’une liste unique exprime sa difficulté à vivre en démocratie, avec des gens n’ayant pas la même sensibilité ou les mêmes priorités.

* LE MONDE du 22 février 2019, Philippe Torreton : « Le combat pour enrayer le réchauffement climatique conditionne tous les autres »

Beyond Petroleum, des mouvements vers cet objectif

Jean-Michel Bezat, journaliste au MONDE, était un « spécialiste » du pétrole qui se contentait de commenter l’état du marché, c’est-à-dire le jeu de l’offre et de la demande. Aucune perspective à long terme, aucune mention des dangereux rapports entre pétrole et réchauffement climatique. Il était un adepte du court-termisme. Dans une chronique récente, il donne au slogan de BP, « Beyond Petroleum », une toute autre dimension. Sa prise de conscience des enjeux écologiques est réelle. Extraits avant commentaires : « Il y a vingt ans, le patron de British Petroleum décida que les lettres BP signifieraient désormais « Beyond Petroleum » (« au-delà du pétrole »). Sir John Browne dépensa 210 millions de dollars pour installer la marque et le nouveau logo, un soleil. Aujourd’hui c’est business as usual pour BP et ses concurrents. La production mondiale a franchi la barre des 100 millions de barils par jour en 2018, il faudrait la réduire de 55 % en 2050 pour limiter à 1,5 °C la hausse de la température du globe. Adieu, « peak oil » ! « On ne va pas faire disparaître les hydrocarbures dans aucun scénario à horizon 2040 ou 2050 », tranche le PDG de Total. Patrick Pouyanné, qui réclame du « temps » pour la transition énergétique. Du temps ? Il est compté, lui a répondu par avance le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ; sans baisse rapide et forte des émissions de gaz à effet de serre, le pire est sûr. Les moins de 25 ans ont déjà le sentiment d’avoir été trahis ; ils ressentent depuis peu l’urgence de la situation et se mobilisent enfin. « Au-delà du pétrole » n’est pas un slogan marketing trompeur, mais un objectif prioritaire. »* Les médias commencent à tenir un discours moins croissanciste parce que la société civile se réveille aux enjeux écologiques. Exemples** :

– Mouvement Fridays for Future, grèves scolaires pour le climat aux quatre coins du monde

– Collectif Youth for Climate en France

– Projet Petits citoyens pour le climat, prépare des kits de sensibilisation aux enjeux environnementaux à destination des classes.

– Appel des Enseignants pour la planète, qui appelle à des « écoles mortes ».

Manifeste des étudiants d’universités franciliennes, « Zéro degré ou zéro pointé », appelant l’Etat à « déclarer l’état d’urgence écologique et sociale ».

Association Ecocampus à l’Ecole normale supérieure qui a construit un potager et des ruches sur les toits.

Manifeste des étudiants pour un réveil écologique

Manifeste pour un réveil écologique des étudiants des grandes écoles

Les étudiants des grandes écoles mettent en accusation le système business as usual : « Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes… A quoi cela rime-t-il de se déplacer à vélo quand on travaille pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou à l’épuisement des ressources ? Nous aimerions faire une révolution de l’intérieur…  Nous sommes les futurs employés des entreprises, des grands groupes mondiaux, c’est à nous de changer leur fonctionnement »***. Rappelons à ces étudiants d’écoles prestigieuses la venue de Satish Kumar à la London School of Economics il y a quelques années. Cette grande école ne disposait pas d’un véritable département consacré à l’étude de l’écologie, si ce n’est englué dans des cours sur le développement durable. Satish a mis les points sur les i : « Vous savez certainement que le terme économie signifie « gestion de la maison » et que celui d’écologie, désigne la connaissance de la maison. Pour les philosophes grecs, la notion de maisonnée s’étend bien au-delà de nos quatre murs : elle comprend notre voisinage, notre ville, notre pays et toutes les espèces qui vivent sur la Terre et sont liées entre elles. Comment pouvez-vous gérer quelque chose que vous ne connaissez pas ? Rendez-vous compte : la LSE envoie chaque année des centaines de diplômés dans le monde entier pour gérer une « maison » dont ils ignorent tout. Pas étonnant que économie mondiale soit en crise… Je suis monté sur l’estrade et j’ai expliqué aux étudiants pourquoi l’économie dépend entièrement de l’écologie. »****

En conclusion, on ne peut pas être un bon économiste sans être d’abord un écologiste, on ne peut pas faire du management en ignorant que le contexte biophysique l’emporte sur les flux financiers, on ne peut pas échapper aux risques climatiques et pétrolier sans agir contre la société thermo-industrielle.

* LE MONDE du 19 février 2019, Climat : « Les optimistes croyaient que la prise de conscience était réelle. Mais non, l’orchestre continue de jouer »

** LE MONDE du 15 février 2019, Climat : les jeunes montent au front

*** LEMONDE du 15 février 2019, Les étudiants des grandes écoles interpellent leurs futurs employeurs sur l’écologie

**** Satish Kumar, « Pour une écologie spirituelle » (Belfond 2018)

Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

En bref, cet appel que nous relayons : « Nous sommes des scientifiques et universitaires de diverses disciplines. Nous avons alerté mille fois l’opinion publique et les décideurs. Nous avons nourri le débat public, nous avons tout essayé. Et pourtant… le péril ne cesse de croître, et se dérobe même ce qui sauve ! Des effondrements de la civilisation thermo-industrielle sont probables par épuisement de nos ressources naturelles. Épouser et soutenir le mouvement d’une civilisation mortifère, c’est loin d’être neutre. A l’opposé des destructeurs se situent les lycéens et étudiants qui suivent le mot d’ordre de grève climatique de Greta Thunberg ; et au-delà la jeunesse de la planète entière. Nous comprenons un mouvement de désobéissance civile comme Extinction Rebellion, dont la radicalité relève du réflexe de survie. C’est un impératif moral et politique d’accompagner et d’encourager cette mobilisation pour ceux qui possèdent une parcelle de savoir. Nous ferons nous aussi la grève scolaire pour le climat le 15 mars.« 

Lecteurs, relayez dans vos réseaux ce message, faites en sorte que la mobilisation internationale fasse enfin réfléchir les décideurs, utilisez les possibilités d’Internet pour mieux préparer l’avenir tous ensemble, tous ensemble…

* LE MONDE papier du 21 février 2019, « Nous, scientifiques, ferons aussi la grève scolaire du 15 mars »

 

Le web, toile des communications devenue sangsue

Écologistes, débranchez vos écrans ! L’utopie technologique est devenue un monstre qui vit de nos pensées et manipule nos actes. Tim Berners-Lee invente le worldwideweb en 1989. Il est persuadé que le « véritable potentiel » du Web peut être libéré s’il devient « un espace universel » où n’importe qui, en n’importe quel lieu, peut aller chercher librement des ressources, cela « gratuitement » et « sans permission ». Aujourd’hui il déplore que les entreprises numériques collaborent avec les gouvernements dans des opérations de surveillance et les « régimes répressifs » en abusent, il s’inquiète que « la désinformation se répande sur le Web comme une traînée de poudre », il dénonce le micro-ciblage de masse du marketing politique en ligne, qu’il juge « contraire à l’éthique ». Il n’est pas le seul à dénoncer la créature qu’il a fabriquée :

Jaron Lanier, un autre pionnier du monde numérique et chercheur en intelligence artificielle (IA) publie en mai 2018 Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now (« dix arguments pour fermer immédiatement vos comptes sur les réseaux sociaux »). Il dresse ce réquisitoire grinçant contre Facebook : « Pourquoi les gens doivent-ils être bombardés de messages de guerre psychologique bizarres avant les élections ou après une fusillade dans une école ? Pourquoi tout un chacun doit-il être soumis à des techniques de modification du comportement provoquant chez lui une dépendance simplement parce qu’il veut regarder des photos de ses amis et de sa famille ? »

Nicholas Carr dans Utopia Is Creepy (« l’utopie est effrayante ») montre combien les réseaux sociaux sont sources de déception, les zélotes du high-tech bornés et « solutionnistes », nos vies privées bafouées, le Web dangereux pour notre capacité de concentration.

Tristan Harris, ancien de chez Google, a publié en 2016 sur le site Thrive Global un court essai où il compare à des « machines à sous » nos portables aux écrans design, avec leurs applications colorées, leurs touches « Like », leurs icônes. Addictives.

Guillaume Chaslot, un informaticien qui a travaillé sur l’algorithme de YouTube,a observé de l’intérieur comment l’extraordinaire média social qu’est YouTube, avec ses 1,8 milliard d’utilisateurs connectés en 2018, a dérapé dès qu’il s’est politisé. Plus de 80 % des vidéos politiques recommandées par YouTube pendant la campagne électorale américaine étaient favorables à Trump. Comment expliquer un tel biais ? Suivant une logique marchande, l’algorithme de YouTube recommande une vidéo quand l’usager passe beaucoup de temps à la visionner – plus elle est regardée, plus la plate-forme génère des revenus publicitaires, et plus elle est recommandée. Or, ce sont les vidéos choquantes, extrémistes, conspirationnistes, mensongères qui retiennent l’attention.

Shoshana Zuboff appelle « capitalisme de surveillance » ce big data basé sur la manipulation et la prédiction des comportements individuels (The Age of Surveillance Capitalism, 2019). Ce nouveau capitalisme se fonde sur une idée forte : vendre, heure après heure, en temps réel, « l’accès à toute notre vie » en captant nos épanchements sur les réseaux sociaux, en analysant toutes nos activités numériques. Nous sommes dans le contrôle total des comportements à la « Big Other, un régime omniprésent qui enregistre, modifie, commercialise l’expérience quotidienne, du grille-pain au corps biologique, de la communication à la pensée, de manière à établir de nouveaux chemins vers les bénéfices et les profits. » (Journal of Information Technology, 2015)

source : LE MONDE idées du 16 février 2019, Les 30 ans du Web : de l’utopie à un capitalisme de surveillance

Que retenir de l’ex-secrétaire des Verts Cécile Duflot

Interviewé récemment, Cécile Duflot montre que l’exemplarité d’un militant écolo n’est pas son fort. Elle parle de tout et de rien, et à la fin de la rencontre on ne sait pas qu’elle a été un jour « représentative » du mouvement écolo. Il en était déjà de même dans son livre « Le grand virage ». Extraits de l’article du MONDE *:

Cécile Duflot ne trouve plus la photo. Elle fait défiler les images sur l’écran fissuré de son téléphone. « Comment c’est possible ? Il est passé où, ce papier peint ? Je comprends rien à ces trucs. » La photo disparue, celle que la nouvelle directrice d’Oxfam France cherche avec une certaine persévérance, est celle du revêtement qu’elle a choisi pour décorer sa chambre dans sa maison familiale des Landes. Devant son verre de bourgogne, Cécile Duflot raconte : « J’ai fait le réveillon du Nouvel An avec des potes de mon fils. C’est eux qui m’ont demandé si je voulais bien le passer avec eux – je me suis dit, “putain ! en fait, je suis cool comme nana”. » Du bon vin, de la bonne bouffe. « Qu’est-ce qu’on a mangé le 31 décembre ? Ah ben, oui, des côtes de bœuf au feu. On a aussi mangé du foie gras – faut pas l’écrire dans votre article. Mais on était dans les Landes ! C’est la mère du voisin qui le fait ! » Quant à la question démographique, cela n’a jamais été sa tasse de thé. Pour faire court : il y a les trois premiers enfants, Émile, Anémone et Bleuette, d’un premier mariage. Puis la benjamine, Térébentine, qu’elle a eue avec Xavier Cantat, qui lui-même a trois autres enfants. Puis les deux filles de son nouveau compagnon. C’est le moment enfants de l’apéro. Pour être exact, c’est l’un des moments enfants. Car Duflot, en « vieille guenon », raconte qu’elle est capable de prendre un nouveau-né dans ses bras pour sauver une mère en détresse dans le train. « J’adore l’odeur du lait caillé dans le cou. » Et encore : les caresses du doigt entre les sourcils, les ruses pour endormir Térébentine, les trois règles de la parentalité facile.

Pour l’incitation au végétarisme et à l’intérêt pour ce qui compte vraiment, on repassera. Dans une émission « Des paroles et des actes », notre démographie conquérante avait été deux fois évoquée, par Jacques Attali… et par Cécile Duflot. Elle fait un bon diagnostic sur la consommation exagérée de ressources, mais ne semble pas voir qu’une France de 80 millions consommera forcément plus d’espace/habitats et de ressources avec l’état actuel de nos modes de vie. Voici maintenant quelques repères sur notre blog biosphere pour mieux cerner le personnage :

6 avril 2018, Cécile Duflot quitte la politique, l’écologie respire

6 juin 2017, Erreurs tacticiennes de Cécile Duflot et mort d’EELV

21 mai 2017, Législatives, EELV est foutu, Cécile Duflot l’a voulu

23 septembre 2016, Cécile DUFLOT, en course pour la présidentielle 2017

22 septembre 2015, François de Rugy condamne le putsch de Cécile Duflot

15 juin 2015, Cécile Duflot, vers un fiasco aux présidentielles 2017

6 mars 2015, Nous voudrions faire confiance à Cécile Duflot, mais…

7 août 2014, Analyses (im)pertinentes du discours de Cécile Duflot

29 août 2014, Duflot : de l’intérieur (voyage au pays de la désillusion)

7 juin 2012, Dépénalisation du cannabis, Duflot pour, l’écologie contre

* LE MONDE du 17-18 février 2019, Un apéro avec Cécile Duflot : « Je n’ai pas quitté la politique pour vendre des yaourts »

Trop nombreux pour la planète, vive la démographie verte

LE MONDE* ose ce titre : « Trop d’humains pour la planète ? » L’article de Martine Valo donne quelques indications précieuses : « Le nombre d’humains a été multiplié par sept en deux siècles, nous sommes donc désormais sept fois plus à consommer, émettre toujours plus de gaz à effet de serre, à occuper l’espace jusqu’alors dévolu à d’autres espèces… Face à la crise écologique, certains plaident en faveur d’une décroissance de la population… Après les pays anglo-saxons, apparaissent en France des associations comme Démographie responsable, qui plaide pour que le nombre d’habitants n’y dépasse pas 70 millions, puis tende à diminuer…Yves Cochet assure qu’il faut commencer par limiter les naissances dans les pays développés car leur mode de vie pèse le plus lourdement sur les ressources… Le nombre de Terriens augmente moins vite (+ 1,2 % chaque année), mais il augmente tout de même… Combien la planète pourrait-elle nourrir de personnes  ? Pour tenir compte de ces variables, les experts répondent par une équation : le nombre de personnes multiplié par leur niveau de consommation, pondéré par les technologies plus ou moins renouvelables qui ont permis de produire leurs biens, voilà ce qui définit l’impact environnemental (ndlr, il s’agit de l’équation I = PAT). En d’autres termes, le partage des ressources compte autant sinon plus que le nombre d’humains à la surface du globe… Les Nations unies rappellent d’ailleurs que la sous-alimentation repart à la hausse dans le monde pour la troisième année d’affilée. En 2017, 821 millions de personnes en souffraient… La question des migrations, encouragées par les dégradations de l’environnement, est posée. »

La tribune** de Stéphane Mandaule complète l’analyse : Si la démographie de notre monde avait abouti à une stabilisation de la population, telle qu’elle était il y a deux siècles (1 milliard d’habitants), il n’y aurait pas de problèmes de ressources finies à partager, pas de modèle de développement à changer dans l’urgence. Mais tel n’est pas le cas. La stabilisation de la population mondiale est sans cesse repoussée. On évoque aujourd’hui non plus 9,5 milliards d’habitants, mais plutôt 11 milliards en 2100 en scénario moyen, voire 17 milliards en hypothèse haute. Or, quand on observe les dix-sept objectifs du développement durable (définis en 1992 à Rio), aucun ne fait référence à la taille de la population mondiale. Certains « spécialistes » de la démographie considèrent que la stabilisation de la population mondiale s’établira d’elle-même avec le développement pour tous. On n’hésite pas à invoquer sans précaution le progrès technique à venir pour faire des miracles : repousser les limites, rendre compatible ce qui ne l’est toujours pas, découvrir les clés de modèles de développement capables de nous extraire des contingences naturelles de notre Terre. Cela évite ainsi d’aborder la question délicate de la définition d’une population soutenable pour notre planète, dans un monde aux ressources finies. Mais les faits sont têtus. La stabilisation de la population mondiale n’a pas eu lieu, et les modèles de développement des pays riches, de plus en plus partagés par les pays émergents, sont toujours plus nocifs pour l’environnement. La démographie – son évolution, la question de sa maîtrise individuelle ou collective, sa compatibilité ou non avec les ressources disponibles, son influence sur les problèmes de sécurité et de migrations – est bien le chaînon manquant du développement durable. Lier modèles de développement et populations qui les utilisent devient incontournable. Pourquoi s’interdire de jouer sur ces deux variables à la fois, dans le respect des choix de chacun ? C’est ce que l’on pourrait appeler la « démographie verte ».

Pour la tribune de Jacques Véron*** nous renvoyons le lecteur à son livre de 2013 « Démographie et écologie »

* LE MONDE du 17-18 février 2019, Trop d’humains pour la planète ?

** LE MONDE du 17-18 février 2019,« La démographie est bien le chaînon manquant du développement durable »

*** LE MONDE du 17-18 février 2019, Environnement : « Il faut arrêter de mettre la démographie en accusation et promouvoir un développement durable »

Un site à connaître, QQF, qu’est-ce qu’on fait ?!

Moins on est de fous, plus on rit ? Un des collaborateurs de ce blog biosphere a été interrogé par le journaliste Brice Perrier, en voici le passage sur QQF : « Face à cette décroissance démographique programmée avec une inertie si pesante qu’elle rendrait toute recherche de solution alternative vaine, certains trouvent toutefois matière à se réjouir, comme Michel Sourrouille, auteur écologiste qui a coordonné Moins nombreux, plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie un livre collectif paru en 2014. Selon lui, « sur une planète surpeuplée qui a vu sa population tripler depuis ma naissance, il est bien sûr positif de voir des pays où la population baisse ». Plus soucieux de l’épuisement des ressources de la Terre, il ne s’inquiète pas outre mesure des considérations économiques induites pas un vieillissement qui pose la question du financement des retraites : « De toute façon, les comptes seront dans le rouge ! Il faudra seulement ré-envisager les relations entre les générations et l’équilibre entre actifs et inactifs. Mais quand la société est confronté à des difficultés, elle sait prendre des initiatives. Le problème est que le sujet reste aujourd’hui tabou. Personne n’ose parler de diminution de la population ». Qu’elle soit souhaitée ou redoutée d’ailleurs. Cette lame de fond démographique doit pourtant être regardée en face, préalable nécessaire pour imaginer ces nouveaux équilibres que nous imposeront des données macro-économiques complètement chamboulées, et de moins en moins en phase avec les impératifs de la société de consommation. »

Alors qu’est-ce qu’on fait ?! Voici les conseils donnés par QQF :

  • On peut écouter les démographes de l’Institut national d’études démographiques (INED) parler de manière simple des enjeux contemporains liés à l’évolution de la population sur cette plateforme.
  • On peut dévorer l’ouvrage Moins nombreux, plus heureux un ouvrage écrit à 12 plumes et coordonné par Michel Sourrouille, qui défend leur conviction commune :  la réduction démographique est une principales solutions à tous les tracas climatiques.
  • Pour lutter contre la baisse de la natalité, on s’inspire du Danemark en incitant les couples à avoir un enfant ! 😉 L’agence de voyage Spies Rejser articule avec beaucoup d’humour l’une de ses publicités autour de l’enjeu démographique rencontré par le pays en clamant « Si vous ne le faites pas pour le Danemark, faites-le pour votre mère » dans ce spot datant de 2016
  • On développe les bébés robots, comme au Japon, pour inciter la population à en avoir des vrais, en chair et en os !

http://www.qqf.fr/article/moins-on-est-de-fous-plus-on-rit

James Howard Kunstler, vivre la fin du pétrole

James Howard Kunstler en 2005*

– Il n’est pas inutile de répéter que la banlieue généralisée est le plus gigantesque dévoiement des ressources de l’histoire humaine. La banlieue va perdre sa valeur de façon catastrophique.

– Les gens qui ont fait des mauvais choix en investissant l’essentiel de leurs économies dans de coûteuses maisons de banlieue vont avoir de sérieux ennuis.

– Tous les conforts, luxes et miracles de notre temps doivent leur origine ou leur existence durable aux carburants fossiles. Or nous sommes confrontés à la fin de l’ère de l’énergie fossile bon marché.

– La radio, le téléphone et le cinéma que nous connaissons ne sont que des fantaisies fugitives qui disparaîtront un jour…

– Même nos centrales nucléaires dépendent en fin de compte du pétrole pour tous les processus de construction, entretien, extraction et transformation des combustibles nucléaires. Les sources d’énergie renouvelables ne sont pas compatibles avec des systèmes éminemment complexes à des échelles gigantesques.

– Croire que l’économie de marché fournira automatiquement un substitut aux combustibles fossiles est une forme de pensée magique. La plupart des gens ne peuvent tout simplement pas considérer la possibilité que la civilisation industrielle ne sera pas sauvée par l’innovation technologique.

– La plupart des Américains imaginent que le pétrole est surabondant, voire inépuisable et que de nouvelles technologies de forage accompliront de prodigieux miracles. La réflexion s’arrête là.

– La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie.

– Dans l’ensemble, j’imagine le futur proche comme une période de contraction généralisée et chronique. La dimension de toutes les entreprises humaines se contractera en même temps que l’énergie disponible. J’appelle cette évolution la « réduction » de l’Amérique : on pourrait la qualifier de retour à de justes proportions.

James Howard Kunstler en 2019**

– Dans la banlieue américaine, les jeunes sont totalement dépendants du chauffeur familial qui doit passer des heures chaque jour dans sa grosse voiture à faire la navette pour les amener à leurs activités sportives et culturelles hautement organisées. Il y a une profonde déconnexion de la réalité.

– La banlieue n’a pas d’avenir car elle a été conçue sur l’espoir d’un pétrole bon marché qui coulerait sans fin. Elle n’a donc pas d’avenir sauf sous forme de taudis, de lieu de récupérations des matériaux et de ruines.

– La plupart des programmes sociaux risquent d’apparaître comme un luxe dans une économie en plein déclin.

– Les merveilles technologiques de notre époque peuvent être vues comme une sorte de « magie », et elles ont favorisé des croyances très répandues comme le moteur à eau. Cela représente un grand danger, on croit qu’il est possible d’obtenir quelque chose contre rien.

– Le techno-narcissisme, c’est une croyance démesurée dans notre capacité à susciter toujours plus de magie. Au cœur de cette croyance, il y a l’idée erronée selon laquelle énergie et technologie sont interchangeables : si vous manquez d’énergie, comptez sur l’innovation technologique pour tout résoudre.

– Je doute que le système nucléaire puisse fonctionner sans l’infrastructure des combustibles fossiles qui permet son exploitation.

– Aux États-Unis, l’industrie du pétrole de schiste a été un magnifique tour de passe-passe technologique, rendu possible par des taux d’intérêt extrêmement bas. Elle ne va plus durer bien longtemps, personne n’y gagne assez d’argent.

– Si les classes pesantes sont incapables de mettre des mots sur la réalité à laquelle nous sommes confrontés, alors il y a de fortes chances pour que le grand public reste dans la confusion, la colère et le ressentiment. D’où l’élection de M Trump et sa promesse simple mais vide de « rendre sa grandeur à l’Amérique ».

– Nous devons absolument redéfinir le projet de civilisation à une moindre échelle en termes de puissance. La nature le fera pour nous dans tous les cas. Je parle parfois en plaisantant du « Moyen Age qui vient ». Mais je ne plaisante qu’à moitié !

* dans son livre La fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle)

** mensuel La décroissance de février 2019, « la faillite de la banlieue totale » page 3 et 4 (extraits)

LE MONDE complice de la disparition des insectes

On prend aujourd’hui plus intérêt à suivre le mouvements des Gilets jaunes qu’à s’inquiéter de la disparition des insectes. En effet dans une société de masse comme la nôtre, c’est le classement des priorités par les médias qui font l’événement. Ainsi la rubrique « les articles les plus lus » sur lemonde.fr du 14 février met en évidence trois événements « Gilets jaunes » sur 9 items . On me dira que c’est le nombre d’électeurs qui fait l’importance de l’article. Mais quand on voit que l’article le plus lu, c’est le fait que le GJ Christophe Dettinger est condamné à un an de détention, on doute de la perspicacité des lecteurs. C’est au fond la faute au MONDE : ce fait insignifiant n’aurait même pas du figurer en brève dans les colonnes d’un journal de référence. En numéro 5, nous constatons que le GJ Jérôme Rodrigues aurait (peut-être) perdu l’usage de son œil (193 commentaires) : beaucoup de bruit pour rien. Un manifestant digne de ce nom ne devrait jamais être en position d’affrontement avec les forces de l’ordre. Et le fait que la GJ Ingrid Levavasseur renonce à mener la liste RIC aux européennes, on devrait ignorer l’info puisqu’il n’y a pas d’info. Alors parlons plutôt des insectes, l’événement qui compte vraiment.

Sur une page entière du MONDE*, on nous annonce que depuis trente ans, la biomasse totale des insectes diminue de 2,5 % par an. A ce rythme-là, d’ici un siècle, il ne restera plus d’insectes sur la planète. Ou alors à peine quelques espèces nuisibles qui se seront développées au détriment des autres. La nature a horreur du vide, lorsqu’une niche écologique est libre, elle est vite occupée par une nouvelle espèce. Mais il ne faut pas compter sur la disparition généralisée des insectes pour nous débarrasser des espèces qui nous posent problème. Avec la diminution des insectes, on observe un effet boule de neige : leurs prédateurs meurent de faim. On voit déjà certaines espèces de grenouilles et d’oiseaux disparaître. Ensuite viendra le tour des prédateurs des oiseaux et ainsi de suite jusqu’à bouleverser la totalité de la biodiversité. C’est aussi un cercle vicieux : plus nous utiliserons des pesticides pour améliorer les rendements, plus, au final, nous allons perdre en rendement par la disparition des insectes. Ce déclin des insectes commence au moment de l’industrialisation, apparition des premiers fertilisants synthétiques dans les années 1920, pesticides organiques des années 1950, est mise en circulation des nouveaux groupes d’insecticides des années 1990. Les pesticides tels que les néonicotinoïdes et le fipronil, introduits il y a vingt ans, sont dévastateurs. L’éditorial du MONDE** fait fort. En bref : « Les cultures pollinisées par les insectes assurent plus du tiers de l’alimentation à l’échelle mondiale. Face à cette menace majeure, l’impuissance des autorités publiques est aussi évidente qu’accablante. La France ne fait pas exception, loin de là. Le plan Ecophyto, adopté en 2008, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, prévoyait de diviser par deux, en dix ans – « si possible », était-il prudemment précisé –, l’usage de pesticides. Le constat d’échec est patent : en 2018, loin de diminuer, leur utilisation a augmenté de 22 %. Les palinodies des gouvernements successifs sur la suppression du glyphosate confirment cette coupable cécité. »

Sur ce blog biosphere, nous pouvons conclure que si les politiques accordent aussi peu d’importance à la perte de biodiversité, c’est parce que les Gilets jaunes accaparent le haut du pavé. Et si les Gilets jaunes acquièrent cette importance démesurée, c’est parce que les comités de rédaction, y compris celui du MONDE ne font pas un tri pertinent entre les différentes informations. Notons pour finir que la rubrique « Planète » devrait être en première ligne sur lemonde.fr… elle vient après la rubrique « Sport » et bien après la rubrique « Vidéos » ! Nous avons la disparition des insectes que nous méritons, nous aurons donc beaucoup moins à manger demain.

* LE MONDE du 14 février 2019, La disparition des insectes, un phénomène dévastateur pour les écosystèmes

** LE MONDE du 14 février 2019, éditorial : Un cruel besoin d’insectes

AJOUT

L’écologisme contre le populisme, qui va gagner ?

Le populisme et l’écologisme sont deux axes de la pensée humaine incompatibles, si ce n’est complètement opposés. Le mouvement des « Gilets jaunes » en est un exemple frappant : mieux vaut épuiser le pétrole qu’accepter une taxe carbone. Précisons :

LE MONDE* expose des définitions simplistes du populisme : « idéologie peu substantielle qui considère que la société se divise en deux camps homogènes et antagonistes, le “peuple pur” et “l’élite corrompue” et qui affirme que la politique devrait être l’expression générale de la volonté du peuple »… « le populisme est une stratégie de construction de la frontière politique sur le mode “ceux d’en bas contre ceux d’en haut” ». Le populisme n’a pas de contenu programmatique spécifique, il s’agit de revendication diverses, pour le pouvoir d’achat et pour l’emploi, contre les immigrés, contre les élites, contre le « pouvoir ». Le populisme est en fait l’art de se servir des sentiments du peuple pour prendre le pouvoir, et de manière annexe le lui confisquer. En effet la colère est mauvaise conseillère, elle fait le jeu de quelques leaders autoproclamés. Si le mot « populisme » est souvent utilisé en politique pour disqualifier un adversaire, trop de dirigeants se révèlent populistes. Extrême droite et ultragauche se rejoignent. « Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple », affirmait Marine Le Pen lors du lancement de sa campagne présidentielle de 2017. L’affiche électorale de Jean-Luc Mélenchon était du même tonneau : un portrait de lui-même surmonté du slogan « La force du peuple ». Ils disent qu’ils sont à l’écoute du peuple, ils vont le faire parler par l’intermédiaire d’un référendum ou de la démocratie participative, ils en reviennent toujours à leur point de départ, la voix du peuple s’expriment par leur propre bouche. Illusion, illusionnistes. Le « peuple » est en réalité un ensemble hétérogène de voix dissemblables et dissonantes, qui peut dire oui un jour et non le lendemain, qui cherche surtout à voter selon son propre intérêt, qui cherche le plus souvent à satisfaire ses avantages catégoriels et non à promouvoir le bien commun, qui soutient en fin de compte un dictateur. Au niveau international, les populistes profitent du malaise socio-économique pour se multiplier, Chavez/Maduro, Trump, Bolsonaro, etc.

Le populisme actuel des « Gilets jaunes » se nourrit à la fois du rejet des grandes vagues migratoires, ainsi que des bouleversements induits par la société thermo-industrielle, par exemple la nécessité de la bagnole. Les atteintes constamment portées aux règles en vigueur du langage public civilisé deviennent des sources de mobilisation chez ceux “d’en bas”. C’est une manière de se façonner une nouvelle identité, un nouveau sentiment du “nous”. Mais le désir de sortir du sentiment d’exclusion conduit en fin de compte à rechercher une contrainte imposée de l’extérieur par une instance autoritaire. Les leaders d’extrême droite ou d’extrême gauche inventent alors des coupables désignés, des boucs émissaires venus de l’étranger ou issus du capitalisme. Eux, ils vont « représenter » le peuple, le populisme a gagné contre l’écologisme. En agrégeant toutes les crises à un niveau inouï, en combinant inégalités des richesses et pénurie des ressources, le drame écologique a une capacité de nuisance sans précédent : celle de nous ramener au pire de l’homme et de la barbarie. On pourrait espérer qu’il en soit autrement car toute dictature, même exercée au nom du peuple ou de l’écologie, mène irrémédiablement au désastre : les manipulations des foules ne sont jamais porteurs de bonne nouvelle. Il reste donc à mettre en œuvre ce que Hans Jonas envisageait incidemment : « Naturellement il serait préférable qu’on puisse confier la cause de l’humanité à une conscience authentique qui se propagerait. »

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

Le peuple n’existe pas, c’est une abstraction construite

Ochlocratie : les peuples contre la démocratie

Pourquoi l’inéluctable montée des populismes ?

BIOSPHERE-INFO, L’écologie sans dictature

LE MONDE du 13 février 2019, Des essais pour comprendre ce qu’est le populisme

Les aliments ultra-transformées nous assassinent

Une augmentation de 10 % de la proportion d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation est associée à une augmentation de 14 % de la mortalité. C’est la conclusion d’une équipe française de recherche en épidémiologie nutritionnelle. Pour expliquer cette corrélation, plusieurs hypothèses : ces produits contiennent souvent des quantités plus élevées de sucres et de sels ajoutés, de lipides saturés, ainsi qu’une plus faible densité en fibres, vitamines et autres micronutriments, autant d’éléments liés à des risques sur la santé. De plus, ils contiennent des additifs. Or les aliments ultra-transformés ont envahi les rayons, jusqu’à représenter entre 25 % et 50 % de notre alimentation totale. Cette catégorie comprend une grande variété d’aliments : plats préparés, céréales, gâteaux… tout produit contenant des colorants, des conservateurs, des arômes et d’autres additifs. Aujourd’hui, le nombre d’additifs autorisés en Europe est de 338. Un rapport d’une Commission parlementaire sur l’alimentation industrielle a préconisé de réduire ce nombre à 48 d’ici à 2025, soit le nombre autorisé dans l’alimentation biologique.* Voici quelques réactions sur lemonde.fr :

MEUH COINCOIN : Sur le fond de l’article, très bien d’avoir des enquêtes sur la question. Même si clairement, on se doute que manger un truc dont la liste des ingrédients ressemble plus à une expérience chimique qu’à de la nourriture ne peut pas être sans conséquence sur la santé…

ALAIN PANNETIER : Les conservateurs sont par essences des antimicrobiens (antibactériens, antifongiques). C’est-à-dire des poisons pour bactéries ou moisissures. Le problème c’est que nous partageons un très grand nombre de voies métaboliques avec ces organismes plus primitifs et aussi qu’une même biomolécule peut intervenir dans de nombreuses voies métaboliques.

Victor M : Avec des lasagnes à 5€/kg, quand on arrive déjà pas à terminer le mois, on oublie la cuisine maison quand on voit le prix des aliments de base. Beaucoup de personnes ne savent pas non plus cuisiner.

Les trois Règles d’Or d’une alimentation durable et saine sur notre blog biosphere:

1) privilégier les produits végétaux sur les produits animaux dans un ratio calorique d’environ 85 % / 15 %.

2) au sein des produits végétaux et animaux, privilégier les aliments pas ou peu transformés.

3) diversifiez en privilégiant les aliments bio, de saison et locaux dans la mesure du possible.

Si j’achète un aliment ultra-transformé contenant des ingrédients issus des quatre coins de la planète je contribue souvent à l’appauvrissement de pays en voie de développement, à la maltraitance animale et à la déforestation de certaines parties du globe. A nous de choisir notre alimentation, nous sommes responsables.

Complément d’analyse : Un régime alimentaire aux mains des marchands

* LE MONDE du 13 février 2019, Une nouvelle étude suggère un effet néfaste des aliments ultra-transformés sur la santé

Yves Cochet : carte carbone mieux que taxe carbone

Yves Cochet : « Pour dépasser la contradiction entre « gilets jaunes » et taxe sur les carburants, nous proposons la « carte carbone ». Elle se déploie ainsi : chaque habitant de la France reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie (pétrole, gaz, charbon, électricité…). Si, par exemple, vous voulez faire le plein dans une station-service, vous payez le carburant en euros et votre carte carbone à puce est également décrémentée des droits d’émissions correspondant à la quantité de carburant que vous avez achetée. Le budget carbone de la France – c’est-à-dire la quantité nationale d’émissions de CO2 – doit diminuer régulièrement jusqu’en 2050 pour atteindre alors moins de 75 % du volume de nos émissions de 1990 (objectif des COP et engagement de la France). Les quotas individuels annuels, strictement égaux d’une personne à l’autre, diminuent en même proportion. C’est en limitant la demande des plus gros consommateurs qu’on assure une consommation minimale pour tous. Au vu de la corrélation très forte entre niveaux de revenu et niveaux de consommation d’énergie, la possibilité d’acheter et de vendre des quotas bénéficie aux plus pauvres. En effet, ces derniers sont à la fois ceux qui consacrent la plus grande proportion de leur revenu à l’achat d’énergie et ceux qui en consomment le moins en quantité, d’où l’injustice sociale flagrante des politiques de taxe sur les carburants. Conséquemment, une politique énergétique qui s’appuie plus sur les quantités (quotas de carbone) que sur les prix (taxe sur les carburants) est socialement plus juste, et même plus redistributive. Au-delà de son intérêt écologique et social, la carte carbone correspond à notre propre vision du monde : il existe des limites écologiques à ne pas dépasser sous peine de précipiter l’ensemble de l’humanité vers un effondrement de la civilisation thermo-industrielle*. » 

Sur ce blog biosphere, nous avons depuis longtemps informé sur cette carte carbone :

26 octobre 2018, Fiscalité carbone inepte, carte carbone inéluctable

26 août 2015, carte carbone, des quotas individuels de CO2

27 mars 2013, facture énergétique, bientôt la carte carbone !

9 septembre 2010, Sarkozy a-t-il pensé à la carte carbone ?

13 septembre 2009, après la taxe, la carte carbone

10 avril 2009, carte carbone ou taxe ?

* LE MONDE du 12 février 2019, Mon idée pour la France : « Une carte carbone plutôt qu’une taxe carbone »