Mois : avril 2019

Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

Le 25 avril, il aura fallu attendre près de quarante minutes de discours avant qu’Emmanuel Macron n’aborde la question de l’urgence écologique. Et le Grand Débat National se traduit par… une nouvelle consultation. Une convention citoyenne, avec 150 membres tirés au sort, aurait l’impossible tâche de définir les mesures permettant de traiter de l’urgence climatique ! Macron a également annoncé la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, il y a quelques mois, un Haut-Conseil pour le Climat, dont il n’y a rien à attendre. Au-delà de l’aspect climatique, on ne peut que regretter l’impasse faite sur la transition énergétique, la biodiversité, la pollution, la transition agro-alimentaire… autant de sujets éminemment liés, qui restent sans réponse. L’augmentation de la taxe carbone qui avait mis le feu aux poudres en novembre 2018 n’a même pas été évoquée. De toute façon il y a absence totale d’annonces concrètes. Le premier ministre devra mettre en musique cette partition-brouillon. Quelques réactions complémentaires :

France Nature Environnement reste coi face au pacte productif proposé par le Président de la République pour restaurer le plein emploi en 2025. « Le modèle présenté, digne du 20ème siècle, n’intègre pas la nécessaire évolution de notre modèle de développement et de ses impacts sur la planète, le nécessaire partage des ressources, les questionnements sur notre mode de croissance effréné qui est loin d’être pourvoyeur d’emplois… »

Delphine Batho, ex-ministre de l’environnement : « Il y a de la part du président de la République une incompréhension du mouvement pour le climat, avec les grèves scolaires, les marches, et une négation de la dimension systémique des enjeux écologiques. Il n’a évoqué que le climat. Il reste sur les schémas caducs de la croissance économique, alors qu’on doit passer d’un modèle où le pouvoir vivre remplace le pouvoir d’achat ».

Wojtek Kalinowski, codirecteur de l’Institut Veblen : « L’écologie figurait pourtant comme l’un des quatre thèmes du grand débat national, et, dans sa lettre aux Français du 13 janvier, le chef de l’Etat en avait identifié les enjeux-clés : comment financer la transition et « qui doit être concerné en priorité » ? Comment rendre les « solutions concrètes accessibles à tous » ? Comment protéger la biodiversité et comment « garantir scientifiquement » nos choix ? Autant de questions qui restent sans réponse au moment où le débat est clôturé. »

Maxime Nicolle, l’une des figures des « gilets jaunes » : « Il n’a pas écouté ce qu’on a dit dans la rue depuis cinq mois »

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI) : « Macron sait-il que son discours était censé conclure la crise politique ? Il vient de la relancer en se défilant. »

Raphaël Glucksmann, tête de liste (Place publique et PS) aux européennes : « Où est la vision à la hauteur de la crise sociale et de l’apocalypse écologique ? Rien n’est au niveau du moment que nous traversons. Tout était dit à la 5e minute : pas de fausse route, pas de nouveau cap. »

Fabien Roussel, premier secrétaire du Parti communiste : « Les Français demandent un changement de politique. Le président répond : je continue et j’accélère »

Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes : « On attendait un plan Marshall sur le climat (logement et renouvelables), une sanctuarisation des services publics (gares, maternités…) et des infrastructures vitales (aéroports, barrages…) », et à la fin, « rien ! ou si peu ».

Fondation Nicolas Hulot : « Nous appelions à un tournant social et écologique du quinquennat. Aujourd’hui, il est clair que le gouvernement ne changera pas de cap »

Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde : Le chef de l’État a pris un risque en manifestant « sa volonté d’aller de l’avant et de ne rien renier des orientations prises au début du quinquennat ». » La stratégie d’Emmanuel Macron, c’est de renvoyer la patate chaude aux citoyens. On a l’impression que le gouvernement a pris conscience que l’écologie punitive ne marchait pas, et qu’il était en quête d’une nouvelle méthode dont il n’a pas encore les clés.

Télé de maçon, télé de merde, techniques invasives

Quand Bouygues a eu la mainmise sur une chaîne de télévision, on pouvait à juste titre déjà dire « Télé de maçon, télé de merde »*. Mais ce n’était que le début de la fin. Aujourd’hui il y a une multiplicité de chaînes gratuites, mais le contenu est si indigent qu’il faut beaucoup chercher dans les programmes pour trouver la perle rare. Ainsi ce soir 30 avril, rendez-vous d’urgence pour la soirée Arte à 20h50. D’abord un documentaire sur « Pauvres poulets, une géopolitique de l’œuf ». En France, l’élevage en cage représente encore 69 % de la production (13 poules au m²) et les conditions d’élevage « au sol » (dans des hangars sans accès à l’extérieur) ne sont guère plus enviables. Il faut bien procurer aux consommateurs les 15 milliards d’œufs dont ils ont besoin chaque année. Mais achetez les œufs « 0FR », le zéro pour l’élevage en bio et FR pour l’origine française. Suit à 22h10 un autre documentaire au titre coup de poing : « L’homme a mangé la Terre » . Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs… En deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète. Très bien, bonnes émissions, mais cela aurait une autre portée de passer sur une chaîne d’information unique, sans être concurrencé par tous ces faiseurs d’inattention que constituent les séries télévisée, les divertissements autour de nos animaux de compagnie et autres jeux, les comédies de tous ordres, avec des femmes tueuses et des mystères révélés !

Il en est malheureusement de la télévision comme de la plupart de nos objets techniques qui utilisent le numérique, ils installent une économie de « l’extraction de l’attention ». C’est ce que dénonce Tristan Harris**, ex-employé de Google. Pour lui, la technologie « dégrade l’humain », parce qu’elle a installé « une course pour pirater nos instincts » et transformé nos smartphones en « machines à sous ». Il voit en cette industrie sous-tendue par l’impérialisme publicitaire la source  de la plupart des dangers de l’époque connectée : « la baisse de notre attention », « l’addiction de nos enfants aux écrans », « la polarisation du débat démocratique », « la transformation de la vie en une compétition de “J’aime” et de “partages” »… Éthicien du design , il a lancé un « appel à minimiser les distractions et à respecter l’attention des utilisateurs » et créé le Center for Humane Technology pour combattre les maux engendrés par la technologie. Mais son discours est plus convaincant sur les constats que sur les solutions. Qui peut échapper à l’emprise du numérique quand tout devient interconnecté ? Ne va-t-on pas même nous reprocher d’utiliser l’ordinateur pour porter le message de la sobriété énergétique sur les réseaux ? Tristan Harris en est réduit à la même conclusion que nous : il faut que s’instaure un langage partagé, un trait commun entre tous ceux qui combattent l’omniprésence de techniques pernicieuses et la diffusion de comportements humains inadaptés au monde de demain. En toute modestie, et au nom de la biosphère, ne pourrions-nous pas proposer de se retrouver autour de ces dix commandements de la Biosphère :

Tu as autant de devoirs que de droits ;

Tu pratiqueras la simplicité volontaire ;

Tu aimeras ta planète comme toi-même ;

Tu réagiras toujours de façon proportionnée ;

Tu protégeras l’avenir des générations futures ;

Tu respecteras chaque élément de la Biosphère ;

Tu ne laisseras pas les machines te dicter leur loi ;

Tu adapteras ta fécondité aux capacités de ton écosystème ;

Tu ne causeras pas de blessures inutiles à ton environnement ;

Tu vivras des fruits de la Terre sans porter atteinte au capital naturel.

* Après la privatisation de TF1 en 1987, son propriétaire Francis Bouygues congédie Michel Polac quelques mois plus tard après que l’animateur a lu à l’antenne et en direct la légende d’un dessin de Wiaz : « Une maison de m.., une télé de m… »

** LE MONDE du 25 avril 2019, Tristan Harris, l’ex-ingénieur qui veut empêcher la technologie de « dégrader l’humain »

Fin des blogs abonnés sur lemonde.fr, pourquoi ?

A la fin de l’année 2019, le groupe célébrera les 75 ans du MONDE. Ce sera sans nous ! « Ce service (les blogs abonnés) prendra fin le 5 juin 2019. Cette fermeture est liée aux évolutions techniques de notre site internet« , est-il envoyé au blogueurs du monde.fr pour solde de tout compte. Il est difficile de comprendre pourquoi on supprime aussi brutalement les 411 blogs d’abonnés, donc celui-ci.

Des raisons financières ? Ces blogs ne coûtent rien en main d’œuvre, les auteurs font office de journalistes entièrement bénévoles et concourent à la notoriété du site lemonde.fr. La seule dépense est la mise en place d’une modération des blogs pour que LE MONDE reste juridiquement inattaquable. Mais pour un groupe qui a réalisé plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, cette dépense reste proche du zéro absolu. Alors la concurrence des réseaux sociaux ? Il y a certes un basculement médiatique avec Internet. Même LE MONDE ne peut plus être un quotidien de référence quand les Internautes ont à leur disposition d’innombrables sources d’information. Notons d’ailleurs que si en 2010 le groupe avait environ 140 000 abonnés papier pour un total de 170 000, en 2018 on atteint seulement 100 000 « print » pour 160 000 abonnés numériques. Une telle évolution, de plus en plus centrée sur le numérique, devrait favoriser les blogs ! Ce n’est pas l’analyse des responsables du MONDE. Il est vrai que les blogs sont en concurrence directe avec les vidéos à une époque où le culte de l’image s’accompagne d’une aversion envers la lecture. L’offre vidéos du monde.fr s’est largement étoffé sur la chaîne YouTube et compte désormais plus de 500 000 abonnés. N’oublions pas l’édition quotidienne sur Snapchat Discover, il faut appâter les jeunes dont certains deviendront les abonnés numériques de l’avenir. Alors les blogs « abonnés », ça fait tellement rétro et ça rapporte si peu ! Ainsi va le management des entreprises aujourd’hui, on utilise le plus possible et on jette sans ménagement. Notons que lemonde.fr accepte toujours les blogs « invités », eux ils sont soumis à annonces publicitaires…

De toute façon nous sommes fiers du travail accompli depuis notre premier article mis en ligne le 13 janvier 2005, solidarité avec les bonobos… Chaque jour nous explorons un aspect de l’écologie. Ce serait dommage de ne pas continuer notre boulot au service de l’impératif écologique. Nous allons œuvrer pour que le contenu de ce blog BIOSPHERE soit sauvegardé et durablement accessible à tous, à savoir à ce jour 4329 articles et plus de 9740 commentaires. Nous continuerons chaque jour à essayer de mieux cerner avec vous le point de vue des écologistes. D’ici le 5 juin prochain, notre blog biosphere aura émigré vers d’autres cieux plus cléments… Nous serons probablement hébergé par le serveur ouvaton.org comme l’est déjà notre site www.biosphere.ouvaton.org

Mais nous continuerons à nous appuyer principalement sur les informations du MONDE, nous sommes abonnés à ce quotidien depuis plus de quarante ans. Rappelons l’à propos de ce blog biosphere : La déformation de l’information est perceptible dans une société dont l’idéologie dominante nous a fait oublier depuis deux siècles les limites de la planète et le sens des limites. Alors que la situation actuelle devrait nous inciter à la simplicité du mode de vie et à la sobriété énergétique, c’est toujours l’achat de la plus récente automobile qui structure les pages du MONDE et qui manipule la pensée collective. Ce blog biosphere s’est donc donné pour objectif depuis début 2005 de commenter au jour le jour LE MONDE, journal qui nous semble le plus « objectif » de la presse française. Si nous sommes personnellement satisfaits de l’éventail des connaissances que nous fournissent ce quotidien, nous ne sommes pas entièrement convaincus par la manière dont les journalistes font leur boulot de tri et de hiérarchisation. Car qu’est-ce qui fait sens ? Quelle place relative donne-t-on à tel événement ou à telle démarche ? Quel doit être le commentaire pertinent d’une information ? Quelle est l’idéologie qui sous-tend l’article d’un journaliste ? LE MONDE n’est pas à l’abri des critiques.Historiquement les premiers journaux n’étaient que de simples instruments pour organiser le bavardage, et ils le sont plus ou moins restés. Ce blog veut rompre avec le bavardage, c’est la tentative désespérée de porter un autre regard sur l’actualité, un regard un peu moins économico-libéral, un peu moins anthropocentrique, un regard que nous voudrions plus ouvert, plus glocal, plus écolo. Pour que change LE MONDE…

Pas de bol, l’impossible retour à la nature sauvage

La « première nature » est celle qui existe « à l’état sauvage », « vierge de toute intervention humaine ». La deuxième est retravaillée par l’homme : « Nous semons le blé, plantons des arbres, fertilisons les sols par l’irrigation, maîtrisons les fleuves et redressons ou détournons leurs cours. En résumé, par le travail de nos mains, nous essayons, pour ainsi dire, de créer une seconde nature au sein du monde naturel. (Cicéron, De natura deorum, 45 avant J.-C.)» L’anthropologue Anna Lowenhaupt Tsing propose dans Le Champignon de la fin du monde une autre vision. La troisième nature, explique-t-elle, est celle qui « réussit à exister malgré le capitalisme ». Dans les friches urbaines et les interstices de l’agriculture intensive survivent les espèces végétales et animales dites « férales » – sauvages. A Tchernobyl, la vie naturelle reprend, vaille que vaille, « avec ses bleuets irradiés ». Anna ne s’inscrit pas dans la lignée des utopistes d’un « retour à la nature » , il est trop tard pour que l’humanité emprunte cette voie.*

Pas de bol, « Il est trop tard ». Trop tard pour revenir à l’époque de la chasse et de la cueillette. Trop tard pour que l’agriculture nourrisse l’humanité tout en préservant les sols, les zones humides et les forêts. Trop tard pour espérer vivre avec des loups et des ours à nos portes. Trop tard pour avoir un sentiment océanique au milieu des vacanciers des bords de mer. Trop tard pour aller dans un lieu préservé de l’homme car il devient la destination prévue d’un tourisme organisé. Trop tard pour que nos enfants des villes sachent goûter l’aventure dans la nature. Trop tard pour définir des zones naturelles sauvegardées étant donnée la prolifération de l’espèce humaine. Trop tard pour limiter le nombre de nos animaux d’élevage pour laisser plus de place aux espèces férales. Trop tard, trop tard ! Je me souviens des regrets de François Terrasson** :

– La Terre n’est pas la planète des hommes. Pendant des centaines de millions d’années, d’autres êtres vivants ont occupé les lieux où se trouvent maintenant nos maisons, nos lits et nos chaises.

– La protection tue la nature, en ce sens qu’elle élimine l’ambiance de l’involontaire, essence du concept de nature.

– La vague d’urbains se précipitant sur de fausses pistes, qu’elles soient de ski ou de grande randonnée, diffuse ses modèles jusqu’au cœur des sociétés rurales dont l’idéal se situe, en sens contraire des arrivants, en milieu urbain.

– Le sentiment de la nature, de la nature puissante, le sentiment cosmique, métaphysique, presque religieux, cette chose là on ne l’aura plus, parce que justement, cela nécessite un endroit non réglementé, et un endroit relativement vaste. On rencontre déjà des gens qui n’ont plus le concept de nature, qui ne peuvent pas concevoir un lieu sans homme, un lieu sans aménagement.

– Une ruine, c’est l’endroit où la nature reconquiert un lieu de civilisation humaine. Une puissance étrangère faite de mousses, de ronces, d’orties, de lézards et de limaces s’infiltre, s’installe, triomphe là où l’homme avait dressé le symbole de sa puissance face à l’environnement : sa maison. Pour le visiteur qui « prend son pied » dans les ruines, la nature n’est pas perçue comme une force étrangère.

– Nous sommes hommes, mais nous pourrions être aussi bien blaireau, pierre ou serpent (…) Nous ne possédons pas la terre, c’est la terre qui nous possède.

– Le monde s’écroulerait peut-être moins vite s’il n’y avait pas de présence d’homme…

* LE MONDE du 25 avril 2019, Histoire d’une notion : la « troisième nature » ou les dynamiques vitales du sauvage

** La peur de la nature de François TERRASSON (1988, réédition Sang de la Terre, 2007)

L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens

Euthanasie en suspens, il y a des décisions qu’on n’arrive pas à prendre. Appelé à se prononcer pour la seconde fois sur le cas de Vincent Lambert, le Conseil d’Etat a jugé, mercredi 24 avril, que la décision d’arrêt des traitements prise le 9 avril 2018 à l’issue d’une procédure collégiale portée par le docteur Vincent Sanchez, le chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims (Marne), était conforme à la loi.* Sur ce blog biosphere, nous avons suivi les pérégrinations de la loi :

10 mai 2018, Le purgatoire à perpétuité pour Vincent Lambert

8 juin 2015, Affaire Vincent Lambert : la loi européenne tranche

7 juin 2015, Vincent Lambert et le droit de mourir dans la dignité

16 janvier 2014, Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ?

Pour complément d’analyse, donnons la parole aux commentateurs sur lemonde.fr, tous unanimes pour condamner l’acharnement thérapeutique :

jjdr : Ça c’est de l’agonie de professionnel, bravo ! Au passage on dirait que les lois Léonetti ne servent à rien juste à leurrer les gogos !

Ac : Ce qui est le plus tragique dans cette histoire, c’est l’hypocrisie de nos lois. Les médecins vont arrêter les traitements et laisser « la nature suivre son cours ». Donc, laisser M. Lambert mourir de faim et de soif (surtout de soif) jusqu’à ce que son cœur lâche. Car ils n’ont pas le droit (et pour certains pas l’envie) d’agir autrement. Chaque dose de morphine administrée est surveillée, documentée. Quand on est en fin de vie, mieux vaut ne pas avoir le cœur trop solide (ni un pacemaker).

Sur : Une sédation profonde et continue empêche toute ressenti de douleur, d’etouffement, de faim ou de soif ou …, et aboutit rapidement à un décès. C’est certain.

Olivier : Le CHU mobilise combien de personnes pour s’occuper de lui ? Et combien de personnes bien vivantes sont elles négligées, subissent elles des retards de prise en charge ? C’est une aberration de notre système. Aux USA ils auraient déjà été mis dehors pour non paiement, idem en Inde ou en Chine. C’est à cause de tels excès que notre système est fragilisé. C’est inhumain mais tellement divin. Je me demande qui paie leurs divers actions en justice, et quand leur sera envoyée la facture du CHU !

advitem eternam : Ces parents sont ignobles, ils empêchent leur belle fille de refaire sa vie, usent et abusent de la générosité de leurs concitoyens (qui financent la sécu), maintiennent artificiellement leur fils (qui n’aurait pas souhaité cela) et n’assument aucun frais de justice. Mais Dieu observe et pour tout cela il les enverra en enfer, la justice humaine et divine passera.

Domnick : Des parents qui préfèrent une idéologie à leur fils sont immatures et dangereux. Quel acharnement, quelle cruauté au nom de grands principes. Là et ailleurs, l’intégrisme n’a pas un beau visage.

Pognon dingue : Si on faisait payer aux parents la journée de soins intensifs ils changeraient d’avis

Bibi de Bordeaux : Qu’en est-il réellement de l’intérêt de ce pauvre garçon, pris en orage par des jusqu’au-boutistes ? Plus généralement, une immense majorité de français est favorable à une loi reconnaissant le droit de mourir dans la dignité et le suicide assisté. Par quelle lâcheté des hommes politiques sommes-nous pris en otage ?

Maï : Même si la loi sur la fin de vie n’est pas parfaite, mieux vaut que tout adulte dès 18 ans exprime ses directives personnelles de fin de vie et désigne sa-es personne-s de confiance chargée-s de faire appliquer les dites directives au cas où il ne pourrait plus s’exprimer.

Enkidou : Quand on voit les conséquences humaines et le coût pour la collectivité engendrés par l’obstination déraisonnable de ces gens, difficile d’admettre que la loi française ne doive pas être modifiée. Il est incompréhensible et inadmissible que, s’agissant d’une personne majeure au moment de l’accident, les parents de la victime aient ce droit de tourment perpétuel, au détriment, en l’occurrence, de son épouse. Cf. Genèse 2:24 : l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme …

Pierre HUBU : Puisque les parents sont cathos tradis, je ne comprends pas pourquoi ils ne laissent pas leur fils bien aimé s’envoler loin de cette vallée de larmes pour rejoindre un monde meilleur où des angelots à ailes blanches lui chanteront de jolies chansons en attendant le Résurrection. Pendant ce temps là, il ne coûtera plus rien à la Sécu dont l’argent pourra être mieux employé à soigner les vivants plutôt que de maintenir les quasi morts en une vie artificielle..

Épilogue de cette histoire sans fin : Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision du Conseil d’Etat, Pierre et Viviane Lambert, proches des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ont annoncé via leurs avocats le dépôt de deux recours au fond, « sur des fondements différents », devant la CEDH et devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. « La décision du Conseil d’Etat n’est donc pas définitive et la décision de provoquer la mort de Vincent Lambert ne peut pas être exécutée », écrivent-ils.

* LE MONDE du 25 avril 2019, Affaire Vincent Lambert : le Conseil d’Etat valide la décision d’arrêt des traitements

Plus de garçons que de filles, que du bonheur

Un garçon à tout prix : 23,1 millions de filles viennent à manquer à l’appel depuis 1970. Une partie de l’humanité refuse de s’en remettre au hasard de la conception. Dans des circonstances ordinaires, il naît autour de 105 garçons pour 100 filles selon les années. En 2017, sont arrivés en moyenne 106,8 Terriens pour 100 Terriennes. Les distorsions apparaissent à partir des années 1970, avec les technologies de détermination prénatale du sexe de l’enfant. La généralisation de l’échographie va se traduire par le développement des avortements sélectifs.*

Une bonne nouvelle dans cet article de Martine Valo, les humains sont devenus des Terriens. Un peu moins d’anthropocentrisme fait toujours un peu de bien. Mais cet enchaînement de statistiques se déroule sans en tirer les conséquences, on en reste dans le registre froid des dénombrements. En démographie, on considère les femmes comme le facteur limitant en natalité pour d’évidente raison biologique. 23 Millions de filles en moins, c’est donc autant de naissances prévisibles en moins, ce n’est que du bonheur sur une planète où nous serons bientôt 9 milliards. Notre nombre asphyxie la planète, dilapide le capital naturel, restreint l’espace vital de toutes les autres espèces. En ce sens nous ne sommes pas véritablement des Terriens, des responsables de la viabilité du domaine que nous occupons. Un commentateur sur lemonde.fr s’exclame : « Que dire de vivre sur une planète avec 4 milliards de mecs en moins ? Pas mal ! Ahhahahah » L’autre leçon à tirer de cette diminution des naissances féminines, c’est que nous avons techniquement la possibilité de choisir le nombre de nos descendants avec l’avortement. En France, il y a entre 215 000 et 230 000 interruptions volontaires de grossesse chaque année et ça ne trouble personne. Il s’agit bien d’un avortement sélectif, sauf qu’il n’a dans notre pays aucune tournure d’esprit misogyne. Nous ne voyons pas pourquoi avorter parce qu’on ne veut pas une fille serait moralement plus choquant qu’avorter parce qu’on ne veut pas d’enfant. Réduire volontairement notre descendance à un seul enfant pas couple serait faire en sorte que l’avenir soit moins sombre pour nos générations futures. Que du bonheur !

Martine Valo dénonce (implicitement) l’avortement sélectif des petites filles, elle obéit à des considérations égalitaristes, il faudrait traiter garçons et filles sur un pied d’égalité à la naissance. Et tant pis si le ratio naturel est de 105 garçons pour 100 filles et qu’il y a ensuite une surmortalité masculine. Trop de vieilles sur terre et pas assez de vieux, quelle injustice devant la mort ! Quant à l’échographie, on s’aperçoit encore une fois qu’une technique n’est pas bonne en soi, tout dépend de l’usage qu’on en fait…

* LE MONDE du 18 avril 2019, Entre garçons et filles, le grand déséquilibre démographique

Le penseur débile d’un club de réflexion libéral

Un texte invraisemblable dans les colonnes du MONDE* que nous laissons détricoter par les commentateurs sur lemonde.fr :

– « Les apôtres de la décroissance ne nous apprennent rien en soulignant que les ressources dont nous dépendons sont rares et disponibles en quantité limitée. Mais la ressource ultime est l’intelligence humaine. »

Ouf! : Moi qui m’inquiétais justement devant mon frigo aux 3/4 vide, suis rassuré. Je vais faire appel à mon intelligence et produire des milliers de recettes avec très peu d’ingrédients. Je suis sauvé.

Saint-Thomas : De la grande fumisterie. La connaissance ne va pas créer du pétrole, des minerais, et dont l’incertitude réside seulement sur la date du pic d’extraction puisqu’il y a une quantité limitée sur Terre. Il faudrait aussi s’intéresser au second principe de la thermodynamique, qui lui régit le monde.

gagarine Youri : L’argument principal consiste à dire que notre intelligence est ce qui nous a permis de pallier les manques en ressource de notre environnement (soit du fait de leur absence, soit du fait de notre méconnaissance) et qu’il faut développer notre intelligence plutôt que limiter notre consommation de ressources. Bien. Mais que se passe-t-il quand c’est précisément notre intelligence (rationnelle) qui nous indique de consommer moins plutôt que d’avoir une foi irrationnelle dans un progrès infini ?

moi-même : L’argument de fond est : puisque ça a fonctionné jusqu’à maintenant, ça fonctionnera toujours. Ce n’est pas un raisonnement, c’est un pari. Le réchauffement, incontestable et qui s’accélère, est en train de démontrer la bêtise d’un tel pari. Pour que cela fonctionne, il faudrait que nos capacités à trouver et utiliser les ressources croisse à l’infini, à tout le moins à proportion de ce que la nature est capable de fournir. Ce n’est pas le cas.

ZURBACH MICHEL : Physiquement il y a moins de ressources mais grâce à notre connaissance nous avons pu augmenter leur disponibilité : en clair, on a appris comment aller fouiller tout au fond de la cave ou du grenier pour dénicher quelques surplus inaccessibles auparavant. Un jour on arrive quand même au mur ou au toit..

– « La « suprématie du marché » ne conduit pas à l’épuisement irrationnel des ressources. Le mécanisme des prix fonctionne tellement bien que les métaux sont aujourd’hui présents en plus grande quantité car notre connaissance s’est améliorée. »

agnès : Le mécanisme des prix va tout régler : seuls les riches auront accès aux ressources; Quid de l’épuisement des terres, de la progression des déserts.

Ciel bleu, mer belle à Marseille : Faute de pommes de terre, durant la guerre, nous avons mangé des topinambours, puis des panais, et parfois même nous avons utilisé les pelures de ces légumes… notre génie a pourvu à notre survie, notre connaissance nous fit surmonter l’épreuve… Ah, que ne faut il lire ? ! Dans un monde fini, régi par le libéralisme, notre intelligence nous sauverait ? !! Être condamnés à sucer les pelures serait la solution, notre avenir !! Qu’on lui laisse les pelures, changeons nos modes de vie !!

DH : Ce monsieur fait l’apologie des entreprises minières, néglige les oppositions des indigènes dont la vie sera durablement perturbée, niée sinon enlevée, néglige les effets sur le climat, néglige les effets sur les prix de matières toujours plus chères à extraire, néglige le problème des déchets.

Maxleg : L’eau en quantité suffisante, l’air pur, une mer propre, un climat agréable… dont de nombreux habitants de la planète manquent déjà, voilà des produits de base dont il sera difficile de découvrir de nouveaux gisements à l’avenir. Mais de ça l’auteur n’a pas l’air de s’en soucier.

– « Les rêveurs de la décroissance devraient aller faire un tour dans les pays qui l’ont réellement expérimentée – le Venezuela en est l’exemple le plus contemporain. »

DH : Le Venezuela comme exemple de décroissance? Mauvaise foi idéologique! Le libéralisme autant dévoyé par de tels imbéciles endoctrinés aux extrêmes est dangereux.

GILLES SPAIER : Il y a un espace entre Maduro et l’expansionnisme exacerbé qui nous mène dans le mur. La décroissance du Venezuela est subie et non volontaire. Cette tribune se déprécie elle même par ses arguments qui n’en sont pas. Quoiqu’il dise, au rythme de croissance actuel, l’humanité va dans le mur. Et l’auteur, très occupé à déprécier le socialisme, oublie que la croissance des inégalités actuelle fait aussi partie du problème. A aucun moment il n’en parle.

Alta : C’est aussi oublier que malgré notre si éclatante prospérité, ces 200 ans de croissance ont été aussi deux siècles de dévastation des éco-systèmes, de la diversité, et la dégradation de l’espérance de vie en occident se profile inexorablement. S’il faut choisir entre l’humanisme et la survie de la vie sur la planète, je préfère la survie. En exploitant toujours plus pour le profit, le capitalisme nous condamne.

– « L’augmentation de la population mondiale est le signe d’un progrès humain dont nous devrions nous féliciter. En prônant la décroissance économique et démographique, la gauche rejette le progrès et abandonne son humanisme. »

Agnès : Quant à l’ode final au natalisme voir les suppressions de crédit des néo-cons US aux programmes de planning familial.

Georges : Incroyable! Qu’il commence par nous dire quelle est sa religion. Un nataliste qui a le culte de la croissance, qui appelle cela humanisme et mesure l’humanisme des autres à l’aune de ce qu’il pense être lui-même.

Paul-Henri : C’est un discours de vieux, inadapté quand les conditions climatiques changent, ce n’est pas le moment de faire comme les lapins ni de continuer à produire n’importe quoi et se déplacer n’importe comment. La modernité il faut l’inventer en tenant compte de l’état du monde. Il ne faut pas compter sur ces théories là, ces modernes là sont en fait des conservateurs, il veulent que ça continue toujours pareil…

Inhumanité : juste écœurant, j’ai arrêté de lire à la troisième ligne. Parier sur l’intelligence humaine quand on voit les massacres passés et en cours, il faut avoir une bonne dose d’idéologie et d’anthropocentrisme. Le seul salut de l’homme a été le pétrole abondant, mais de la même façon que les civilisations ont péri par manque de bois, la nôtre périra par manque de pétrole ou par cuisson.

* citations issues de la tribune de Guillaume Moukala Same, porte-parole du club de réflexion « Les Affranchis – Students for Liberty » in « La gauche décroissante rejette le progrès et abandonne son humanisme » (LE MONDE économie du 12 janvier 2019)

NB : Students for Liberty est une émanation de Charles Koch, grand opposant d’Al Gore. Koch Industries est une multinationale américaine avec des filiales dans des domaines comme le génie pétrolier, le génie chimique, la finance, le courtage de matières premières, l’élevage. A quand une déclaration d’intérêt systématique des « auteurs » pour savoir qui parle…

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète

A qui la faute si la planète est en cours de destruction ? A notre cerveau, et plus particulièrement au striatum répond Sébastien Bohler*. En neuroanatomie, le striatum est une structure nerveuse subcorticale. Cette structure profonde de notre cerveau fonctionne à grand renfort de dopamine et ne possède pas de fonction stop ; il y a recherche incessante du plaisir. Ainsi, avec la consommation de masse du sexe, le problème n’est plus la quantité, le problème est de s’arrêter. L’addict au sexe virtuel ne découvre l’impasse que lorsqu’il commence à souffrir de troubles sexuels et de dysphorie ; les troubles de l’érection ont doublé au cours de la dernière décennie, de façon parallèle à l’essor de la pornographie sur Internet. Il y a impossibilité de maîtriser son envie de surfer sur les sites porno, besoin d’augmenter les doses (phénomène de tolérance), symptômes de manque en cas d’impossibilité d’y accéder, perte de sensibilité aux stimulations sexuelles, et bien entendu conséquences néfastes sur le plan du couple et des relations sociales. Le striatum est fait pour que nous recherchions activement et sans limite sexe, nourriture, pouvoir, rang social, information. Quand nous les trouvons, le circuit de la récompense asperge alors les neurones avec de la dopamine et procure un plaisir addictif plus puissant que les parties raisonnables de notre cerveau.

Sébatien Bohler espère un allié, le conditionnement social, le sens des limites par socialisation. Mais toutes les tentatives passées de bloquer le striatum par des commandements moraux ont échoué. D’ailleurs son livre, « Le Bug Humain », ne s’avance pas jusqu’à proposer une solution politique claire. A l’époque actuelle du consumérisme généralisé, nous sommes comme ces rats dans une cage munie d’un levier qui délivre des biens en abondance, nous devenons cornucopiens, nous ne pouvons plus réfléchir au fait que nos activités quotidiennes préparent une montée des océans qui engloutira des millions d’habitations dans les années à venir. Ce sont les limites de la planète qui vont changer notre mode de socialisation, pas les dénonciations et les bonnes résolutions. En situation de pénurie, on devra se contenter de peu et y trouver le bonheur .

Nous avons déjà traité un problème biologique similaire dans l’article Dopamine/sérotonine, le plaisir est ennemi du bonheur. La clé du « circuit de la récompense », c’est la dopamine. C’est ce mécanisme de la récompense qui a été « piraté » [hacking en anglais] par les industriels, pour induire toujours plus de consommation… le tout en organisant, grâce au marketing, la confusion entre plaisir et bonheur. Le neurotransmetteur impliqué dans le bonheur, ce sentiment de plénitude et de contentement, c’est la sérotonine ; mais elle a un fonctionnement beaucoup plus complexe que la dopamine. Lorsque vous avez une interaction sociale avec quelqu’un, l’échange de regards avec cette personne active vos neurones dits « miroirs » – les neurones de l’empathie. Ce type d’interaction induit la synthèse de sérotonine. Mais si cette interaction se fait par le biais d’un réseau social comme Facebook, à travers les « likes » par exemple, elle active le circuit de la récompense, l’absence de contact visuel laisse les neurones miroirs de marbre… D’où, là encore, une baisse potentielle des niveaux de sérotonine et une moindre capacité au contentement. Quand on est heureux, on n’a pas besoin de stimulation, on se contente de ce qu’on a, de ce qu’on est, de quelques phrases échangées avec le voisin, du travail dans son potager, de l’amour avec son conjoint. Lisez le Manifeste pour le bonheur.

* Sébastien Bohler, « Le bug humain, Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher« 

Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Discours de Clément Choisne lors de la remise de son diplôme (Centrale Nantes) le 30 novembre 2018 : « Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités ne cessent de s’aggraver, que le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] pleure et que les êtres se meurent : je suis perdu, incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur, en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. » La vidéo, qui a fait plus de 270 000 vues sur YouTube, est l’un des nombreux échos du désarroi éprouvé par les jeunes diplômés face à un monde économique qu’ils jugent en décalage avec l’urgence climatique. Deux mois plus tôt, en septembre 2018, un groupe d’étudiants issus de grandes écoles prestigieuses, Polytechnique, Ensta, HEC, ENS – lançaient un manifeste en ligne pour appeler les futurs diplômés à soutenir un changement radical de trajectoire. « Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes ».*

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Electron : Lors de ma longue carrière d’ingénieur au service de grandes entreprises j’ai ressenti la même gêne. Mais si l’on arrête tout je me demande ce que le monde va devenir. mais je crains que la fin programmé du pétrole nous y mène peut être encore plus, dans les décors. Et s’il existe une prise de conscience de certaines personnes, la majorité (cf Gilets Jaunes) ne veut pas en entendre parler.

Claude Hutin : Si la peste verte gagne totalement ces esprits le pire est à craindre pour notre économie. Industrie ravagée, exportations atrophiées, récession. Veut-on un pays de composteurs ahuris, de décroissants rétrogrades, de colapsologues béats ? Ne laissons pas l’avenir de nos enfants, leur santé, leur éducation, leur sécurité, s’assombrir à cause de l’écologisme qui ravage déjà notre pays.

Simon @ Claude : rassurez-moi et dites-moi que vous n’avez pas d’enfant !

Germaine Kouzain @Hutin : achetez vous une ile déserte sans écolo, ET sans internet SVP.

GUILLAUME SERRE : Je trouve ces réactions d’étudiants plutôt saines. Ce sont eux qui vont changer le monde, pas les gadgets avec label « développement durable ». On est beaucoup trop nombreux sur la planète pour que les solutions alternatives au pétrole soient suffisantes et efficaces. On n’échappera pas à une réduction drastique de nos consommations, déplacements. On ne veut pas voir qu’on va vers un recul très important de notre confort mais on y va et très vite. L’Histoire n’est pas synonyme de progrès.

ALAIN PANNETIER : De nombreuses universités américaines, chinoises et européennes proposent des cours de développement durable ou de chimie verte. On sortira de cette crise par le haut, avec plus de scientifiques, plus de techniques et surtout plus d’éthique.

LEE PAMPEAST : « Si tous les plus convaincus et les plus écolos fuient les entreprises comme Total, il ne restera plus que ceux intéressés par l’argent et donc qui ne feront rien pour le réchauffement climatique ». C’est une très grande illusion que de croire qu’on peut « faire quelque chose » depuis l’intérieur de cette compagnie. Le management par objectifs et les différents outils de gestion du personnel y règlent très efficacement la question des têtes qui pourraient dépasser.

GUILLAUME SERRE : J’ai bien peur que vous n’ayez raison. Les changements de l’intérieur ne peuvent se faire qu’à la marge et encore… Difficile pour un ingénieur de privilégier une solution plus « propre » écologiquement si elle coûte plus cher. Je crois plus efficace le refus de rentrer dans ces entreprises : elles seront alors peut-être obligées de revoir leurs stratégies si elles ne trouvent pas les cadres dont elles ont besoin. Comme il y a un vrai problème de recrutement de cadres, cela semble jouable.

thierry piot : La prise de conscience des ces petits maîtres est salutaire. Dommage qu’il faille l’écroulement du monde pour réaliser la nocivité des études dans lesquelles, eux, leurs familles et leurs pairs, ont choisi de s’inscrire. A coups de cours sur les meilleurs moyens de gérer, de produire, de rentabiliser, d’organiser, de commercer, financer, ces Hautes Études abîment l’humanité. Ne reste plus qu’à changer l’orientation politique des cours : réparer, partager, construire, protéger, aider…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Le malaise des jeunes ingénieurs face au climat)

Les ingénieurs doivent-ils renoncer à leur métier ?

Extraits du débat dans le mensuel La décroissance d’avril 2019 :

Laurent Castaignède : Le développement de la technique dans les rouges de la société a été à l’origine de la création, à l’aube de la révolution industrielle, de nos célèbres écoles d’ingénieurs aux noms évocateurs, Ecole polytechnique, Arts et Manufactures, etc. Ces ingénieurs sont à un tournant de leur histoire, du moins faut-il l’espérer. Des « Rubicon de la technologie » pourraient être érigées pour exclure certaines recherches ou autres développements d’évidence insoutenables, en se demandant simplement « à quoi ça servirait » (et subsidiairement « à qui ça servirait »). Les vols spatiaux habités par exemple n’ont d’autre objet que de coloniser l’imaginaire d’une alternative d’installation de l’espèce humaine vers d’autres cieux, comme pour oublier notre incapacité à gérer correctement notre propre planète.

Le Postillon : En école d’ingénieur, on apprend à répondre aux questions « comment ? », mais jamais « pourquoi ? ». Alors de plus en plus d’ingénieurs savent résoudre plein de problèmes techniques, mais ne trouvent pas de réponse à la question du sens de leur activité. On voit donc dans les médias des portraits du type « Daniel a quitté son poste chez Thalès pour aller planter des céleris-raves ».

François Briens : De même qu’Alexandre Grothendieck demandait en 1972 dans une conférence au CERN : « Allons-nous continuer la recherche scientifique », des ingénieurs s’interrogent : faut-il démissionner ? » Quand la contribution de l’ingénieur au délitement du monde est évidente, oui, c’est une exigence morale élémentaire.. Mais cela n’implique pas nécessairement de renoncer au métier d(ingénieur. Car pour reconstruire une société à la mesure de l’homme, il faudra un bonne dose d’ingéniosité pour réduire les impacts des processus productifs, explorer des futurs possibles, développer les outils participatifs et conviviaux, etc.

Guillaume Carnino : De nombreux ingénieurs se sont engagés professionnellement contre les pratiques industrielles contemporaines. Lydia et Claude Bourgignon ont quitté l’INRA pour fonder le Laboratoire d’analyse microbiologiques des sols, le polytechnicien Cédric Sauviat a fondé l’Association française contre l’intelligence artificielle, les ingénieurs de l’association SystExt dénoncent les ravages de l’extraction minière planétaire, le centralien Philippe Bihouix propose les low tech comme alternative au modèle productiviste…

Pour compléter cette analyse, lire sur notre blog biosphere :

9 novembre 2017, Les Écoles d’ingénieurs au service des entreprises

18 octobre 2018, Appel à démissionner de tous les métiers inutiles

CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

Au premier jour d’une « semaine internationale de rébellion », plusieurs milliers de militants ont mené des actions de désobéissance civile afin de dénoncer l’inaction politique face au réchauffement climatique. Lundi 15 avril, plusieurs milliers de militants ont bloqué cinq lieux majeurs du centre de la capitale anglaise – Marble Arch, Oxford Circus, Waterloo Bridge, Parliament Square et Piccadilly Circus. « Notre idée, c’est l’escalade des perturbations. Si nous parvenons à stopper le trafic automobile des jours durant, nous allons finir par provoquer une crise et le gouvernement n’aura plus d’autre choix que d’agir », assure Tatiana Jacout, l’une des organisatrices de ce mouvement horizontal suivi par 130 000 personnes sur les réseaux sociaux et soutenu par plusieurs centaines d’intellectuels et de scientifiques. Les militants de « XR » (Extinction Rebellion), comme ils se surnomment, attendent de leurs dirigeants qu’ils « disent la vérité », déclarent un état d’urgence climatique, réduisent les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025 et créent des « assemblées de citoyens » supervisant cette transition. Ces activistes disent craindre davantage le changement climatique que la prison et multiplient les actions ; au total, plus de 200 d’entre eux ont déjà été arrêtés, dont certains jugés.* Quelques réactions sur lemonde.fr :

untel : Il est surprenant de voir que des Anglais n’apprécient pas l’amélioration de leur climat. La promenade des Anglais à Nice nous rappelle l’amour des Anglais pour le soleil qu’ils n’ont pas chez eux… qu’ils n’avaient pas chez eux.

MICHEL SOURROUILLE : Cher untel, les russes aussi n’auront plus besoin de parkas en hiver et les vignes s’épanouiront sur leur sol… tandis qu’une grande partie de l’humanité deviendra réfugiés climatiques. On ne peut parler écologie qu’en ayant une vision globale des choses…

le sceptique : L’idée d’Extinction Rebellion, « Si nous parvenons à stopper le trafic automobile des jours durant, nous allons finir par provoquer une crise et le gouvernement n’aura plus d’autre choix que d’agir », c’était l’idée des Gilets jaunes. Les décideurs devraient demander au groupe 3 du GIEC de faire un rapport spécial sur « Réussir le zéro carbone 2050 » car le bureaucrate environnemental planétaire a encore des paramètres manquants dans ses cogitations.

Baz : Au vu des réactions à l’incendie de Notre Dame, il nous faut des catastrophes tellement visibles que nous ne pouvons les occulter pour réagir ! Bravo aux jeunes du monde entiers, les premiers concernés, bravo aux britanniques qui défilent enfin pour autre chose qu’un couronnement ou un baptême royal !

* LE MONDE du 17 avril 2019, Crise climatique : Extinction Rebellion bloque des lieux emblématiques de Londres

PS: Plusieurs milliers de militants du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion bloquent depuis lundi cinq lieux emblématiques de la capitale britannique. La « semaine de la rébellion internationale » se déroule dans un climat de répression au Royaume-Uni. Cinq militants ont notamment été arrêtés lundi après avoir dégradé l’entrée du siège du grand groupe pétrolier Royal Dutch Shell. Les autres arrestations ont été menées sur le pont de Waterloo, pour trouble à l’ordre public, entrave à la circulation, et, pour l’une d’entre elles, « obstruction » à l’action de la police. (Le Monde avec AFP 17 avril 2019, Crise climatique : près de 300 militants arrêtés à Londres à la suite de blocages « écologiques »)

Pour Marine Le Pen, l’écologie se résume au localisme

« Localisme », l’ex-FN a définitivement trouvé son concept totem pour les Européennes. Sa tête de liste, Jordan Bardella, d’affirme qu’« on ne peut pas faire d’écologie sans frontières ». Marine Le Pen jure que le RN défend désormais « une vision totalement alternative » de l’écologie, à savoir « la protection des écosystèmes, à commencer par les écosystèmes humains que sont les nations ». Derrière la défense des circuits courts, il s’agit de promouvoir plus largement une forme d’autarcie grand-continentale dans la continuité des théories nationales-révolutionnaires. Avec le nouvel « intello écolo » du parti, Hervé Juvin, s’affiche le supposé virage vert du RN : « Tout écologue sait bien qu’un système vivant complexe ne survit pas à des espèces invasives, la finance mondialisée, les migrations de masse…  » A part le repli sur l’hexagone et le prisme anti-immigré, l’extrême droite n’a rien à dire sur l’écologie. Elle est résolument pronucléaire, opposée à la taxe carbone, pourfend les éoliennes,etc. Sans propositions concrètes pour la transition énergétique ou pour lutter contre le réchauffement, M. Juvin et le RN s’en remettent à des recettes classiques : combattre le libre-échange et encourager les échanges au niveau local. Comment mettre en œuvre une telle logique ? Hervé Juvin ne formalise pas d’autres propositions qu’une sortie partielle du marché intérieur de l’Union européenne sur certains produits, sans préciser lesquels.*

Au Grand Jury de RTL, le 25 avril 1974, cet échange prémonotoire. Serge de BEKETCH (représentant de Jean-Marie Le Pen) : « Vous proposez de demander au peuple français des sacrifices comme jamais on ne lui en a demandés. Je ne pense pas que le peuple français les acceptera de grand cœur. Par conséquent, vous vous trouverez réduit à une alternative très simple : ou céder à la pesanteur des habitudes de la société de consommation ou imposer votre vision d’une société que l’on pourra qualifier de « non-consommation ». Comment y parvenir sans faire appel à cette conséquence inéluctable des systèmes utopiques qu’est la coercition ? » René DUMONT (candidat écologiste à la présidentielle) : « La société de non-consommation est une hypothèse que nous n’avions pas envisagée. Nous préconisons une société ayant un autre genre de consommation, c’est-à-dire une consommation qui ne détruise pas le patrimoine national. Une société qui au lieu du stimulant argent qui est la base de notre société, aurait le stimulant bonheur. » Exagération par l’extrême droite des propos de l’adversaire politique avec agitation de l’épouvantail d’un « écofascisme » qui se cacherait derrière le discours écologiste. Ce procédé n’a malheureusement pas vieilli.**

Bien plus tard l’extrême droite a essayé de récupérer les thèses écologistes. Marine Le Pen avait jugé le Pacte écologique de Nicolas Hulot était compatible avec celui de son propre parti : « On a relu avec mes conseillers le projet qu’il avait fait en 2007… Il y a énormément de choses qui sont tout à fait compatibles avec le projet du Front national. » Pourtant le programme du présidentiable Jean-Marie Le Pen en février 2007 était tout sauf écolo. On voit l’épouvantail de l’écofascisme resurgir : « La liberté de millions de Français est déjà entravée par des règlements et des politiques inspirées par les Verts. Leur autophobie révèle un esprit totalitaire. La voiture constitue en effet pour les Français un moyen d’évasion, réservé jusque dans les années 1950 aux plus fortunés. L’écologie ainsi dévoyée peut conduire à l’établissement d’un système totalitaire mondial, rationnant nos activités et nos dépenses et imposant des normes sociales contre-nature. » Jean-Marie Le Pen attaque ardemment les objecteurs de croissance : « Une autre idéologie, née en 1972 avec les thèses du Club de Rome, préconise pour sauver la planète de la surpopulation et de la surproduction, l’arrêt de la croissance. Elle considère que l’humanité constituant une espèce dangereuse pour l’environnement, il faut en réduire les activités et la population… Les plus modérés suggèrent juste un ralentissement de la croissance, les plus radicaux militent pour un retour à un âge d’or. Cette idéologie, d’apparence bucolique, est en réalité plus criminelle que celles qui ont ensanglanté le siècle dernier… Ce n’est pas en freinant la croissance économique de nos nations que nous protégerons notre environnement. » Jean-Marie Le Pen croit posséder LA solution ultime, le nationalisme : « Dans le domaine économique et social, le bon sens nous amène à penser qu’une nation dotée de frontières constitue le modèle politique le plus performant. Il en est de même dans l’ordre écologique. Les frontières, bien sûr, ne protègent pas de toutes les pollutions, notamment climatiques. Mais des frontières nous permettraient d’imposer des droits de douane spécifiques sur les marchandises produites dans les pays ne respectant pas les normes environnementales. Le rétablissement de nos frontières nous permettrait enfin de lutter contre la pollution automobile en imposant, comme le fait déjà la Suisse et comme veut le faire la Belgique, un droit de passage aux véhicules immatriculés à l’étranger » (...) Pour conclure, cette phrase d’Eva Joly, présidentiable 2012 : « Nous, les écolos, nous portons la complexité du monde, le FN porte une simplification mensongère. »

Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

30 décembre 2016, Front National, un programme superficiellement écolo

27 décembre 2014, Le Front national écolo ? Son passé plaide contre lui

* LE MONDE du 16 avril 2019, Derrière le virage écologique de Marine Le Pen, l’obsession de l’immigration

** « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » un livre de Michel Sourrouille

Le CESE, une Chambre du futur ?

A quoi sert le CESE (Conseil économique, social et environnemental), 233 membres ? L’institution est chargée de conseiller les pouvoirs exécutif et législatif mais son avis n’est que consultatif. Le mardi 9 avril 2019, la section de l’environnement propose une nouvelle trajectoire de la taxe carbone avec des aides pour les plus précaires. « Les conditions ne sont absolument pas réunies pour le faire à court terme », balaye la secrétaire d’Etat à la transition écologique, Emmanuelle Wargon. Qu’importe, l’avis est largement adopté.

Créé en 1925, le conseil est inscrit dans la Constitution à la Libération et en 2008 inclut les organisations environnementales. La troisième chambre se veut le porte-voix de la « société civile organisée ». Son originalité tient à sa composition, dominée par les partenaires sociaux. Mais confronté à la concurrence des multiples structures d’expertise qui entourent le gouvernement, ses avis ne sont guère suivis par l’exécutif. Comment le réformer ? Comment créer les bons outils pour que les expressions citoyennes soient entendues ? Expérimenter le tirage au sort ? Instaurer un droit d’interpellation de l’exécutif et du Parlement ?*

La réforme institutionnelle, annoncée dès le départ par Emmanuel Macron, satisfaisait les écologistes : « Le CESE doit devenir la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation. Pour cela nous devons revoir, tout en réduisant le nombre de ses membres d’un tiers, de fond en comble les règles de sa représentativité. Celle-ci étant acquise, nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques. L’Etat ne travaille pas, il ne réforme pas, sans consulter. L’actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre République. Il réunira toutes les sensibilités et toutes les compétences, du monde de l’entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salariés comme des indépendants, donnera un lieu d’expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l’Etat la grande instance consultative qui fait aujourd’hui défaut. » (Discours du président devant le congrès le 5 juillet 2017) »

Ce CESE nouvelle formule pourrait être une véritable assemblée du long terme ayant le pouvoir d’imposer, dans la fabrication de la loi, la prise en compte des évolutions climatiques et écologiques. Pour la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), cette assemblée devrait même avoir un pouvoir d’initiative spéciale sur les grands projets liés aux questions de long terme et un « droit de veto suspensif » vis-à-vis de projets de loi adoptés mais pas encore promulgués. Ce droit de veto contraindrait le Parlement à revoir sa copie. Dans le projet de la FNH, la Chambre du Futur serait composée de « deux collèges tirés au sort: un collège de scientifiques et de personnes reconnues pour leurs compétences environnementales et un collège de citoyens ». Aux côtés de cette « assemblée du long terme », des scientifiques assureraient une « veille scientifique ». Telle était l’intention de Nicolas Hulot quand il était ministre…**

* LE MONDE du 14 avril 2019, Le CESE, institution méconnue à l’avenir incertain

** « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », un livre de Michel Sourrouille

Ras-le-bol de l’injustice fiscale et des inégalités

Hulot et Berger plaident pour un sursaut politique : « Plutôt qu’un « ras-le-bol fiscal », « nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale. La nuance est de taille, réduire certaines dépenses ne ferait pas de mal à notre pays, ainsi des 12 milliards d’euros dépensés chaque année en soutien aux énergies fossiles, alors qu’il manque tant de moyens pour isoler les 7 millions de passoires énergétiques… » Comme d’habitude, les commentateurs sur lemonde.fr* détournent le débat :

MICHEL BRUNET : Ils disent « nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale », sans préciser en quoi consiste cette « injustice » dans ce pays où la « redistribution » figure parmi la plus importante des pays de l’OCDE. Faire « payer plus » les 0,01%, 0,1%, 1%, 10%, 20% …bref les plus « aisés » de ce pays alors dites le franchement que les choses soient claires.

le sceptique : Il paraît nécessaire que les gilets jaunes partagent les maisons, voitures et billets d’avion de Nicolas Hulot. Il en a beaucoup trop à lui tout seul pour un homme politique aussi généreux et aussi écolo.

Basco : On aimerait savoir si on compte les allocations diverses que reçoivent les plus pauvres. Je me souviens d’une allocataire des minima sociaux qui ne voulait pas travailler m’expliquant, un peu désolée, qu’elle n’aurait qu’un petit salaire avec des contraintes mais perdrait plein d’avantages genre centre aéré gratuit ou presque ou cartes de bus gratuites etc… je la comprenais. Mais quelle conclusion ?

Analyse de Biosphere : Nos principes de base sur l’égalisation des conditions reposent sur trois points :

La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. Il n’a aucun droit absolu sur « son » entreprise », « son » capital, « sa » maison, « son » salaire, etc. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise (pour le paiement des salaires ou le bénéfice)….

A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre, ils ont les mêmes besoins matériels. Alors pourquoi alors à travail égal un revenu différencié ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail, on gagnerait la même chose qu’on soit dirigeant ou dirigés. Pratiquons la simplicité volontaire, exigeons des cadres et des patrons de faire de même.

Le même enseignement pour tous. Les injustices, les fausses valeurs, viennent le plus souvent de l’ignorance de la masse. C’est par l’éducation permanente et égalitaire qu’on arrivera à éliminer disparités et résistances aux réformes nécessaires.

Rappelons l’essentiel de notre article « Salaire élevé d’un patron, n’acceptons pas l’injustifiable » : Salaire de base, bonus annuel, exceptionnel ou pluriannuel, stock-options, actions gratuites et actions fantômes, prime d’arrivée ou de présence, indemnités de départ, avantages en nature, sans oublier les fameuses retraites chapeaux… A décortiquer les « packages de rémunération » des dirigeants des grandes entreprises, on ne peut qu’avoir envie de dégueuler. L’inégalité des revenus permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. Qu’est-ce qui justifie cet état de fait ? Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces, artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose. L’autre aspect est le chiffre d’affaires de l’entreprise, c’est-à-dire l’apport d’argent par les consommateurs. Plutôt que de rémunérer le seul patrons sur les bénéfices, on peut aussi bien distribuer l’argent à l’ensemble du personnel ou, mieux, redonner l’argent en trop aux consommateurs en diminuant les prix de vente. D’ailleurs les montants versés aux dirigeants dépendent moins de leur « performance » individuelle que de la taille de l’entreprise. Plus l’entreprise est grande, plus sa valeur ajoutée permet les fortes rémunérations d’une seule personne… avec la bienveillance d’un conseil d’administration inféodé à ce patron. Admettons qu’un patron travaille 15 heures par jour sept jours sur sept en rêvant la nuit à son entreprise. Même dans ce cas il ne devrait être payé que trois fois la somme donné au travailleur de base de son entreprise, il ne turbine pas du chapeau plus de 100 heures par semaine ! En savoir plus grâce à notre blog :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/06/supprimons-les-inegalites-de-salaires/
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/07/supprimons-les-inegalites-de-salaires-suite/
Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil, 2007)

* LE MONDE du 14-15 avril 2019, Social et écologie : Hulot et Berger plaident pour un « sursaut politique »

Rubrique faits divers, Notre-Dame de Paris en flammes

Étonnant qu’un discours qui devait clore le Grand débat en France soit complètement oublié pour une cathédrale qui brûle. Le musée du Louvre brûlerait-il intégralement que rien ne serait véritablement changé sur cette Terre. A plus forte raison quand Notre-Dame de Paris connaît un incident de parcours. Notre république est soumise à la dictature des faits-divers. Dès 18h50, les premières flammes sont apparues sur le toit de l’édifice touristique ; quelques instants plus tard, Emmanuel Macron reporte à une date non déterminée l’allocution télévisée qu’il devait prononcer ce lundi 15 avril à 20 heures pour conclure le Grand débat. Qu’est-ce qui était le plus important, la manière de structurer notre avenir ou quelques pensées éparses pour notre passé religieux ? Qu’est-ce qui est le plus important, se laisser emporter par une émotion artificiellement construite autour de quelques pierres et charpente ou agir rationnellement contre les émissions de gaz à effet de serre ? Faisons le tour des réactions politiques*, unanimes pour masquer leurs différences en célébrant l’unité nationale autour des vestiges d’un passé dédié à un dieu abstrait, trop loin de nos contingences bio-physiques  :

Emmanuel Macron : « Notre-Dame de Paris en proie aux flammes. Emotion de toute une nation. Pensée pour tous les catholiques et pour tous les Français. Je suis triste ce soir de voir brûler cette part de nous. Notre-Dame c’est notre histoire, notre littérature, notre imaginaire, le lieu où nous avons vécu tous nos grands moments, nos épidémies, nos guerres, nos libérations. Cette histoire, c’est la nôtre, et elle brûle.  »

Jean-Luc Mélenchon : « Notre-Dame est depuis plus d’un millier d’années le métronome des Français. (…) Ce bâtiment est un membre de notre famille à tous et, pour l’instant, nous sommes en deuil… Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame », souligne le député des Bouches-du-Rhône, qui a demandé « vingt-quatre heures de pause politique ».

Laurent Wauquiez : « Désolation en voyant partir en fumée ce symbole de nos racines chrétiennes, de la littérature de Victor Hugo. C’est tout une part de notre histoire, de nous-mêmes, qui brûle ce soir ».

Marine Le Pen : « Les dégâts sont terrifiants. Tous les Français ce soir ressentent un chagrin infini et un vertigineux sentiment de perte. »

De François Hollande à Nicolas Sarkozy, en passant par François Fillon ou Jean-Marc Ayrault, la plupart des anciens dirigeants français sont sortis de leur retraite pour dire leur émotion et appeler à l’implication de chacun dans la reconstruction de l’édifice. Ah, si la même unanimité pouvait se réaliser autour de la condamnation d’une croissance économique sans issue…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Incendie de Notre-Dame de Paris : et soudain, le monde politique français se rassemble dans l’émotion

Pascal Bruckner incarne l’infantilisme de l’adulte

« Greta Thunberg ou la dangereuse propagande de l’infantilisme climatique* », dixit Pascal Bruckner. Il est terrifié par une jeune fille de 16 ans qui a le culot de faire la leçon aux mâles dominants. Bruckner en reste aux temps bénits où la philosophie était reine et la hiérarchie sociale bien en place : « 315 avant J.-C., Platon met en garde contre la corruption de la démocratie qui consiste en une inversion des hiérarchies, par excès de liberté : quand le père traite son fils comme un égal, que les maîtres flattent les disciples et que les vieillards imitent la jeunesse. Nous y sommes. Quiconque a vu les manifestations de jeunes gens pour le climat ces dernières semaines en Europe, où l’on avait mobilisé jusqu’aux maternelles et jardins d’enfants, où d’adorables petites têtes brunes ou blondes récitaient pieusement les slogans que leurs parents leur avaient appris ne peut que s’inquiéter de ce véritable exercice de ventriloquie. » L’engagement des jeunes pour le climat est pour lui une « infâme propagande de la peur contre laquelle je m’élève, avec d’autres, depuis 25 ans ».

Pascal Bruckner est une incompétence faite homme, un négateur du changement civilisationnel, un cas avéré de dissonance cognitive ! Cet « intellectuel » veut pourfendre tous ceux et celles qui sont terrifiés par les bouleversements socio-écologiques alors qu’il n‘est qu’un intégriste à la solde du libéralisme économique. Son livre, Le fanatisme de l’apocalypse faisait écho à la cabale organisée avec ses copains/coquins Bruno Tertrais (L’apocalypse n’est pas pour demain) ou Jean de Kervasdoué (Les prêcheurs de l’apocalypse). Le 10 avril 2019 dans le Figaro, Bruckner vocifère contre une jeune fille que la fonte des glaces alarme alors que le Figaro raconte le même jour l’effet désastreux du choc climatique sur les glaciers. Bruckner est non seulement une insulte à la jeunesse, mais aussi un exemple frappant des dérives de l’intelligence humaine, ancrée dans un écolo-bashing stupide. Nous regrettons que le mensuel La décroissance titre en ce mois d’avril « Non aux enfants soldats du climat » et fasse par son sous-tire « L’écologie infantilisée » écho aux élucubrations de Bruckner. Le journaliste Pierre Thiesset s’en prend courageusement au physique de Greta Thunberg, « jeune fille chétive » au « visage poupon », mais sa conclusion contredit sun titre trop expéditif : « Quand une Greta Thunberg réclame dans ses discours de laisser tous les combustibles fossiles dans le sol nous ne pouvons que l’approuver. Non seulement pour lutter contre le réchauffement, mais surtout pour en finir avec le mode de vie délirant qui repose entièrement sur l’abondance énergétique, et dont la jeunesse est bien malgré elle le produit. »

Greta Thunberg est une adolescente suédoise, militante pour le climat. Elle a notamment initié la Skolstrejk för klimatet (« grève étudiante pour le climat ») et donné un discours à la conférence de Katowice de 2018 sur les changements climatiques. Elle a influencé sa famille qui a réduit sa consommation de viande, et a arrêté de prendre l’avion. C’est ainsi qu’elle se serait rendue compte de sa capacité à convaincre les autres. Elle se rend à Davos en janvier 2019, en y allant en train, ce qui a pris 32 heures depuis Stockholm. À la suite de la grève mondiale du 15 mars 2019, elle s’exprime sur Facebook pour dire : « Il nous faut une nouvelle façon de penser. Le système politique que vous, les adultes, avez créé n’est que compétition. Vous trichez dès que vous pouvez car tout ce qui compte, c’est de gagner. Nous devons coopérer et partager ce qui reste des ressources de la planète d’une façon juste. » Un tel discours, exprimé par une jeune fille de 16 ans, est efficace. Le discours de résistance de Greta est salutaire puisqu’il ne fait que répercuter la réalité d’un effondrement civilisationnel en cours. Pourtant, même sur wikipedia, on reprend énormément de critiques injustes à son égard…

* http://www.lefigaro.fr/vox/societe/pascal-bruckner-greta-thunberg-ou-la-dangereuse-propagande-de-l-infantilisme-climatique-20190409

Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

Dans une tribune au « Monde », quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents, dont ceux de l’Amazonie brésilienne, lancent un appel à protéger le caractère « sacré » de la nature et à s’opposer aux projets du président du Brésil : « Nous, gardiens et enfants de la Terre Mère, peuples indigènes et alliés, nos prophéties, notre sagesse et nos savoirs nous ont permis de constater que la vie sur la Terre Mère est en danger et que l’heure d’une grande transformation est arrivée. Nous appelons l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers. Il est vital de transformer notre approche de la nature en l’envisageant non comme une propriété, mais un sujet de droit, garante de la vie… Nous devons évoluer vers un paradigme basé sur la pensée et la philosophie indigènes, qui accorde des droits égaux à la Nature et qui honore l’interrelation entre toute forme de vie. Il n’y a pas de séparation entre les droits des peuples indigènes et les droits de la Terre Mère… Il est plus que jamais urgent que le monde adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère… Il est vital de sanctuariser de toute urgence la totalité des forêts primaires de la planète qui sont traditionnellement sous la garde des peuples indigènes, puisque l’Organisation des nations unies a déjà reconnu que leur présence est un facteur garantissant la non-détérioration de ces environnements inestimables… Nous avons la responsabilité de dire à la terre entière que nous devons vivre en paix les uns avec les autres et avec la Terre Mère, pour assurer l’harmonie au sein de ses lois naturelles et de la création… Nous souhaitons qu’il en soit ainsi, avec le soutien de tous les peuples du monde, notamment de tous les citoyens. Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature pour œuvrer et veiller tous ensemble aux générations futures.« 

DOMINIQUE GREUSARD sur lemonde.fr : Pas grand-chose à ajouter ou à retrancher à cette tribune. Elle montre que des peuples extraordinairement différents doivent pouvoir s’entendre sur un socle commun pour ce que, massivement, nous percevons désormais comme essentiel : laisser une planète en état de vie à nos enfants. Défendre une Amazonie gravement menacée, ce n’est pas seulement défendre le peu de ses autochtones qui ont réussi à survivre, c’est aussi défendre l’air que nous pourrons respirer demain.

Fantasmes Écolos-Bobos  :Pourquoi devrions-nous prendre au sérieux tous ces poncifs pour écolos-bobos: la « Terre-Mère » (mère de quoi? de qui? Avec quel père ? ), le « caractère sacré de l’eau, du feu, du ciel » (vive la religion!) ou encore « les relations interpersonnelles avec la Nature » (n’oublions pas la majuscule, c’est une dame !) ?Et pourquoi devrions-nous accorder du crédit à un anathème envers les entreprises ? Halte aux fantasmes des ONG !

JEAN-PIERRE ROUSSET : Que vous le vouliez ou non, d’un point de vue strictement scientifique la vie est le résultat de l’action du soleil (le père) sur la terre (la mère). Vous n’êtes pas obligé de considérer la vie comme sacrée, ni l’eau que vous buvez, ni l’air que vous respirez, mais quand ils seront devenus toxiques à cause des industries (et c’est déjà le cas un peu partout), vous viendrez pleurer comme ces Indiens dont on vole le territoire ancestral. Mais il sera trop tard.

MARC PIEPLU : Je ne suis ni bourgeois ni bohème. Il est plus que temps de considérer que les humains font partis du vivant qui se trouve sur terre et que nous ne vivons que grâce à l’interaction au sein du vivant. Si nous poursuivons la destruction de ce vivant, y’a pas besoin d’être bobo pour comprendre ce qu’il va se passer.

G F : S’ils espèrent que l’UE va se priver d’un juteux accord de libre-échange, alors que c’est sa raison d’être .. S’ils pensent que les citoyens européens ont leur mot à dire, alors que le CETA est appliqué ´provisoirement’ depuis 2 ans sans vote…

OLIVIER RIOU @ GF : Ils se contentent de nous rappeler que nous ne pouvons vivre sans eau, air et aliments. Trop difficile pour nous de comprendre? Bolsonaro, trump, etc…incarnent notre fuite en avant: à nous de réfléchir

le sceptique : Je ne reconnaîtrais aucune valeur à un texte quelconque (et aucune légitimité à un gouvernement quelconque) s’engageant à reconnaître un caractère « sacré » à la nature ou utiliser l’expression « terre mère » comme dénomination de la planète. Je comprends et respecte le point de vue de ces autochtones, mais je n’entends pas pour autant renier ma propre vision dénuée de sacré, qui est aussi celle des sciences et (à mon avis) des majorités de citoyens dans les sociétés modernisées.

Michel PHILIPS au sceptique : La notion de « sacré » fait ici référence, non pas à une religion, mais à l’absolue nécessité de respecter la terre qui nous permet tout simplement d’être là, de vivre. En ne respectant pas cette planète, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis

SARAH PY : Terre mère, jolie formule qui met de l’affectif à notre rapport à notre Planète. Et ce lien de subjectivité est essentiel pour vouloir la défendre et la protéger. Ce lien de l’affectif est ce qui fait le propre de l’homme et c’est avec les hommes qui ont du cœur qu’il est heureux d’échanger : les qualités du cœur l’emportent toujours sur celles du seul esprit. …. même le sceptique a un cœur, je n’en doute pas :).

Jub : Terre mère, terre nourricière etc, c’est juste le bon sens de ceux qui vivent au contact de la nature et qui survivent avec ce que la nature offre. Nos sociétés sont remplis de sceptiques qui croient que les poissons sont carrés. Ils vénèrent le Carrefour qui les nourrit.

* LE MONDE du 11 avril 2019, Appel des peuples indigènes : « Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, nous vivons les prémices d’une apocalypse »

Les signataires : Cacique Ivanice Pires Tanone, peuple Kariri Xocó, Brésil ; Cacique Paulinho Paiakan, peuple Kayapó, Brésil ; Cacique Ninawa Inu Pereira Nunes Huni Kuí, peuple Huni Kuí, Brésil ; Jorge Quilaqueo, peuple Mapuche, Chili ; Mindahi Crescencio Bastida Munoz, peuple Otomi, Mexique ; Magdalene Setia Kaitei, peuple Maasaï, Kenya ; Hervé Assossa Soumouna Ngoto, peuple Pygmée, Gabon ; Vital Bambanze, peuple Batwa, Burundi ; Tom B.K. Goldtooth, peuple Navajo, Etats-Unis ; Mihirangi Fleming, peuple Maori, Nouvelle-Zélande ; Edouard-Jean Itopoupou Waia, peuple Kanak, Nouvelle-Calédonie ; Hairudin Alexander, peuple Dayak, Indonésie ; Su Hsin, peuple Papora, Taïwan; Appolinaire Oussou Lio, peuple Tolinou, Bénin.

LE MONDE supprime tous les blogs qu’il héberge

En tant qu’administrateur de ce blog, nous avons reçu le message suivant : Décryptages (Publié le 11 avril 2019, mis à jour le 12 avril 2019). Le service des blogs abonnés du Monde prendra fin le 5 juin 2019. Votre blog ne sera plus accessible à partir de cette date, et ses contenus, y compris les photos et textes, seront supprimés. Nous vous invitons à les sauvegarder le plus rapidement possible.

Sur ce blog biosphere, nous avons d’abord cru à un canular. L’annonce était froide et impersonnelle, aucune explication n’était avancée pour cette suppression de masse. Il y a actuellement 411 blogs (pour les abonnés au MONDE) auxquels il faut ajouter les blogs des invités de la rédaction. Il faut y joindre les 119 blogs des journalistes du MONDE. Cette suppression ne concernerait que les blogs des abonnés…

Nous allons œuvrer d’ici le 5 juin prochain pour que le contenu de ce blog BIOSPHERE soit sauvegardé et durablement accessible à tous. Notre blog contient ce jour 4315 articles et 9690 commentaires. Notre premier article a été mis en ligne le 13 janvier 2005, solidarité avec les bonobos

Merci de votre attention, chers amis lecteurs

Biosphere-Info existe depuis bientôt quatorze années

Notre premier numéro de Biosphere-Info est paru le 3 septembre 2005. Il était hebdomadaire et récapitulait ce que nous écrivions chaque jour sur notre site biosphere. En voici la teneur :

Faucheurs volontaires. Des faucheurs d’OGM (organismes génétiquement modifiés, ou plutôt chimères) ont été incarcérés en France. L’ordre public, a expliqué le procureur, « c’est la protection de la propriété de chacun, mais par-dessus tout, c’est la loi avec un grand L qui est le fondement de la démocratie, de vos libertés. Si la loi n’est plus respectée, c’est la loi de la jungle qui s’installe, la loi du plus fort : les faucheurs volontaires balayant les décisions du Parlement et les avis de nombreux experts ». Mais l’avocat des disciples de la désobéissance civile rétorque que 80 % des gens en France sont opposés aux OGM, la démocratie est donc présente dans la destruction des parcelles et, de toute façon, l’intérêt général est bien plus fort que l’ordre public.

La Biosphère ne comprend d’ailleurs pas pourquoi les gens mangeraient des produits à base d’OGM : ils n’ont pas meilleur goût, ils ne sont pas moins chers pour le consommateur et c’est un coût supplémentaire pour l’agriculteur : les seuls avantages sont pour les multinationales productrice de semences. Alors vive l’action directe contre la recherche appliquée même si des agriculteurs vendus aux multinationales endommagent lâchement les voitures des faucheurs volontaires.

Hymne biosphèrique. A la rentrée scolaire 2005, l’enseignement de l’hymne national et son histoire sont par la loi du 23/4/2005 devenus obligatoires. Ecrite en 1792, la Marseillaise est à l’origine le chant de guerre pour l’armée du Rhin. Aujourd’hui encore de très jeunes enfants chantent les « allons enfants de la patrie… contre les féroces guerriers » et on appelle aux armes pour faire « couler un sang impur » dans les manifestations les plus hétéroclites, le 14 juillet ou la coupe du monde de foot. Pourtant « l’amour sacré de la patrie » a été fort mal employé depuis l’invention du nationalisme au XIXe siècle puisqu’il a jeté les humains dans des guerres fratricides et inutiles : ce n’est pas la guerre qui a rapproché les Français et les Allemands, c’est la construction pacifique de l’Europe.

Mieux vaudrait chanter tous en cœur « Allons’enfants de la Biosphère » pour un hymne de réconciliation non seulement entre les humains, mais aussi avec la Nature. Un concours est ouvert, envoyez-nous vos paroles de substitution à l’hymne guerrier en faisant bien gaffe : tout outrage à « la Marseillaise » est redevable de 7500 euros d’amende !

La rente pétrolière. Le triplement du prix du baril, passé de 20 à 60 dollars depuis l’an 2000, entraîne l’enrichissement des pays exportateurs, de Riyad à Lagos, de Caracas à Moscou. Mais le pétrole n’est que malédiction. Cet argent facile soutient artificiellement le budget d’un Etat parasitaire, la corruption augmente plus que proportionnellement aux « investissements » somptuaires en palais, yachts et bijoux, des proportions importantes des pétrodollars prennent le chemin des paradis bancaires internationaux, les populations locales restent le plus souvent pauvres ou asservies. Même si de nouvelle infrastructures routières, portuaires ou touristiques sont mises en chantier, la croissance démographique va de pair avec un chômage structurel que nulle croissance économique dans un monde fini ne pourra résorber.

La Biosphère attend avec impatience la fin de cette malédiction pétrolière qui pèse sur la planète, que ce soit dans l’impasse de tous ces pays qui perdent une partie de leur sous-sol au profit de richesses apparentes, ou dans l’aveuglement d’un monde mue par un système thermo-industriel sans lendemain, si ce n’est le réchauffement climatique qui en résulte.

Fin de vacances, la Biosphère respire. On chiffre les déplacement annuels internationaux à un milliard dont 70 % sont consacrés au tourisme. Ces déplacements au paroxysme pendant les vacances est une pratique dégradante intimement liée à la consommation et au commerce. Pour accueillir les touristes, il faut construire des aéroports, des routes, des équipements, des parkings et donc stériliser des territoires pour dévorer une énergie considérable nécessaire pour voler dans les airs ou rouler dans un camping car. Le touriste est aussi une agression insupportable contre une culture particulière, que ce soit la messe à Notre Dame de Paris couverte par le piétinement des visiteurs qui résonne sous les voûtes, ou le tourisme « solidaire » dans les ghettos de Soweto, les cimetières de Belfast ou les folklores reconstitués dans les lieux les plus divers qu’on veut rendre semblable à leurs stéréotypes.

La liberté de se déplacer semble devenu un droit de l’Homme alors que c’est un acte terriblement destructeur non seulement pour les sociétés humaines, mais aussi pour la Biosphère : supprimez le tourisme !

Richesse de la niche. A l’opposé de la théorie neutraliste, la théorie de la niche prédit une augmentation de la productivité primaire en fonction de la diversité végétale. Pour trancher en pratique, un projet européen a étudié la diversité végétale sur près de 500 parcelles pour 8 sites différents. On a alors observé en moyenne une augmentation de la production de biomasse aérienne en fonction de la richesse spécifique ; ce résultat s’explique par la complémentarité fonctionnelle entre espèces. On a aussi montré que la biodiversité agit comme une sorte d’assurance contre des changements de l’environnement : si les différentes espèces ne réagissent pas de façon identique à ces fluctuations, les réactions tendent à se compenser mutuellement, ce qui entraîne une stabilisation du fonctionnement d’ensemble du système malgré le fait que chaque espèce continue à fluctuer fortement. Enfin la biodiversité est un réservoir d’adaptation à des changements de l’environnement.

Du point de vue des écosystèmes, il n’y a pas d’avenir durable pour une société humaine qui détruit la biodiversité.

Qui peut être contre la décroissance ? Un ouvrage très sérieux « Le développement durable, les termes du débat » (coll. Compact civis), indique dès le début de son premier chapitre ce qui sous-tend l’évolution actuelle des idées :  « Le slogan de la décroissance générale interdirait la réduction de la pauvreté et n’est guère compatible avec nos systèmes démocratiques. Il convient, en revanche, de disjoindre le dynamisme de nos sociétés de la croissance des flux de matières et d’énergie qui l’a toujours sous-tendu. C’est la croissance de ces flux qui met en péril la viabilité pour l’espèce humaine, notamment la biosphère(…) Il convient encore d’ajouter à la nécessaire décroissance des flux de matières et d’énergie la décroissance, non moins impérative à long terme, des effectifs démographiques planétaires ».

La Biosphère ne peut que se réjouir d’un tel discours de Dominique Bourg, mais cela implique de condamner à mort (mentale bien entendu) tous les économistes et politiques qui ne jurent que par la croissance !

Neutre pour le climat. Pour réaliser leur livre, « 80 hommes pour changer le monde », Sylvain Darnil et Mathieu le Roux ont interrogé des entrepreneurs dans différents pays. Pour rester neutre par rapport au climat, les auteurs ont alors calculé l’empreinte climatique de leur voyage autour du monde grâce au site Internet futureforests.com. Ils ont en conséquence financé un projet de plantation, au pied du Kilimandjaro, de 1300 pousses de M’pingo, une espèce rare d’ébène africain. La croissance de ces arbres devrait absorber, tout au long de leur vie, l’équivalent des 11 tonnes de CO2 émises par l’ensemble de leurs trajets.

L’initiative est louable, mais si la croissance d’une forêt fixe le carbone, un incendie détruira tous les efforts accomplis. La seule énergie utilisable pour les déplacements humains doit résulter des énergies renouvelables, on ne peut recouvrir la terre toute entière d’arbres.

PS : Aujourd’hui Biosphere-Info est devenu un mensuel. Il paraît tous les 1er de chaque mois sur ce blog biosphere.

Pour le recevoir gratuitement par mail, il suffit d’en faire la demande à biosphere@ouvaton.org

Quelle démocratie en situation d’urgence écologique ?

L’urgence écologique serait-elle incompatible avec la démocratie, lente dans son fonctionnement ? Les problèmes à long terme sont toujours masqués par les problématiques de court terme. C’est notre croyance individualiste en la possibilité à déterminer nous-mêmes les sociétés politiques indépendamment de la nature qui fait que nous avons du mal à passer à une écologie politique, à considérer l’urgence écologique, parce que nous continuons de faire comme si les politiques n’étaient que des artifices consistant à poser les rapports de gouvernement entre les hommes.*

Actuellement, c’est une certaine perception du temps occidental – devenu une référence mondiale – qui est proposée, reposant sur le principe essentiel que celui-ci n’a pas de limites et, qui plus est, qu’il peut être soumis à nos intentions, puisqu’il nous permettra d’améliorer, sans cesse, le confort humain et ses conditions de vie. Les ruptures sont ponctuelles, provisoires. Nos capacités techniques, sur lesquelles nous projetons nos espérances de toujours plus de bien-être, permettront de les dépasser. La « modernité » constitue un vaste processus d’homogénéisation , le social et l’économique est ajusté aux normes de la rationalité instrumentale. La mondialisation actuelle ne fait que poursuivre et amplifier cette homogénéisation, cet homme unidimensionnel (Marcuse) que façonne peu à peu le modèle productiviste et consumériste. La démocratie continue à proposer ce modèle de l’individualisme consumériste, qui n’est en rien compatible, à court terme comme à long terme, avec les enjeux de justice sociale et de respect de la biosphère. L’abandon par le gouvernement Sarkozy de la taxe carbone est un signe évident d’une impossibilité des élites politiques à prendre en compte l’enjeu écologique dans la hiérarchie des décisions. Paradoxalement, il est d’autres domaines où la réactivité des responsables politiques est plus vive. Leur capacité à réagir à la crise financière contribue à valoriser la fonction politique et à montrer que les ressources financières peuvent être mobilisées lorsque le personnel dirigeant estime que cela est nécessaire, pour la survie du système financier. L’écologie politique a, dès le début de son existence, mis en avant la violence faite à la nature. Elle a dénoncé l’amnésie culturelle et politique de la modernité face aux exactions commises en son nom. L’urgence est désormais avérée et non plus prophétisée. Désormais, nous sommes face à la nécessité de gérer les conséquences de ces quarante années perdues depuis 1974 (candidature de l’écologiste René Dumont à la présidentielle) à dénier la pertinence du constat. L’écologie politique doit envisager une contraction démocratique, résultant d’une réduction du temps qu’il nous reste pour produire des solutions au cumul des urgences naturelles et sociales. Cette contraction démocratique résulte d’une quadruple contrainte. La contrainte temporelle : nous sommes face à un ultimatum que nous ne pouvons continuer à nier. Elles concernent ensuite la contrainte exogène, « on ne négocie pas avec la nature  (Y. Cochet)» . Nous devons aussi faire face à une contrainte égalitaire, qui redessine les relations entre humains et non-humains. Enfin, il y a contrainte sociale : le rationnement devient une condition nécessaire du partage dans un monde fini (la carte carbone, le revenu maximum autorisé…). Le long terme révèle un décalage fondamental entre le court-termisme de la politique et la réalité matérielle des phénomènes écologiques (dérèglement climatique, pénuries énergétiques, épuisement des ressources, sixième extinction de la biodiversité, empoisonnement de l’environnement…) et sociaux (explosion des inégalités sociales, développement de la surveillance généralisée…).
L
a réduction du délai pour réagir amène à s’interroger sur la compatibilité des modèles décisionnels dans une démocratie avec les contraintes environnementales qui vont accroître les tensions sociales. Cela peut conduire à l’adoption de règles restrictives à l’autonomie politique des individus. Ce qui caractérise la démocratie – la possibilité de se construire, librement, un destin individuel et collectif – se trouve ainsi de plus en plus limité. L’idée de finitude s’est installée comme l’un des leitmotivs angoissants des mouvements écologistes. Il ne reste plus qu’à évaluer le délai restant à nos sociétés avant d’atteindre la phase ultime de la désagrégation. Les communautés scientifiques multiplient les appels à une action désormais considérée comme extrêmement urgente : chaque sommet mondial sur le climat est maintenant qualifié de « sommet de la dernière chance ». L’urgence nous imposera des situations de façon non négociable. On doit faire face à la limitation des choix qu’imposent de plus en plus la crise écologique. Selon l’image de Luc Semal, il s’agit du sablier des choix, si l’on considère que chaque sortie de secours est un grain de sable qui tombe à son tour irréversiblement dans l’impossible, tandis que de moins en moins de solutions demeurent encore envisageable. À vouloir maintenir une relation déséquilibrée entre nos besoins de ressources fossiles et la capacité de la Terre à les mettre à disposition, nous entrerons dans une récession économique. Des seuils d’irréversibilité géologiques ont été dépassés sans que nous nous en rendions réellement compte. Nous devrons gérer un enchaînement de conséquences. Comment dès lors conserver notre maîtrise des processus de décision sans sombrer dans l’utilisation de méthodes totalitaires ? Anders témoigne qu’il est aisé de se résoudre à détruire une partie de l’humanité dès lors que cette solution apparaît comme justifiable pour notre propre survie. Il n’aura fallu que huit années aux nazis pour mettre en place des « politiques » jusque-là inconcevables, rappelle Arendt… En état d’urgence écologique, le capitalisme va être contraint d’adopter des mesures contraignantes. Le catastrophisme est une préparation à la soumission anticipée aux états d’exception, l’acception des disciplines à venir, l’adhésion à la puissance bureaucratique qui prétend, par la contrainte, assurer la survie collective. Plus nous reportons les décisions à prendre, plus nous serons dans la gestion de crise… ce qui n’est pas très propice à un partage équitable des ressources.**

Pour en savoir plus :

* https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/philosophie-de-lecologie-24-la-democratie-est-elle-a-la-hauteur-de-lurgence-ecologique

** https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2010-2-page-95.htm