2020, placé sous les auspices de l’écologisme ?

Signe d’une année 2020 un tantinet meilleure que les précédentes, on n’entend plus vociférer sur Internet et sévir dans les médias égationnistes du climat et autres écolo-sceptiques. Ils ne vitupèrent plus sur les Khmers verts et le retour à l’âge des cavernes, ils sont devenus plus policés et se contentent de sourire sur le boboécologisme. Mais tout n’est pas gagné pour faire face à l’urgence écologique, le système bio-industriel récupère déjà le discours pour le dénaturer, l’écoblanchiment est partout, et les politiques s’activent dans les couloirs pour perpétuer le business as usual. Deux exemples ces derniers temps, l’huile de palme et les tickets de caisse :

En France le gouvernement sert coûte que coûte les intérêts de Total, quitte à contourner une loi durement acquise, exclusion de l’huile de palme de la liste des agrocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal. Or une note technique de la direction générale des douanes et des droits indirects, en date du 19 décembre 2019, fait une exception, la nouvelle règle ne s’applique pas aux agrocarburants à base de palm fatty acid distillate (PFAD)*. Ce point de vue favorise en tout cas le business plan de Total et son usine de la Mède qui utilise des distillats d’acide gras et des huiles usagées pour au moins un quart de son approvisionnement. Selon le ministère de la transition écologique et solidaire, les PFAD « ne sont pas de l’huile de palme », mais constituent de simples « résidus ».

en Allemagne, pour lutter contre la fraude fiscale, on va produire des tonnes de déchets difficilement recyclables. A partir du 1er janvier 2020, l’émission d’un ticket de caisse deviendra obligatoire pour toutes les transactions, y compris pour les petits achats, comme à la boulangerie ou à l’épicerie**. Outre-Rhin, les commerces et même les supermarchés, n’impriment un reçu qu’à la demande du client. Mais cette habitude permet à de nombreux établissements de dissimuler une partie de leur chiffre d’affaires. Berlin estime le montant de la fraude à plus de 10 milliards d’euros par an. Pour y remédier, le Bundestag avait voté, en décembre 2016, une loi qui généralisera, dès janvier 2020, l’impression d’un Kassenbon. L’impact écologique de la réforme fait débat, le ticket de caisse obligatoire produira des montagnes de déchets de papier thermique, non recyclable et dangereux pour la santé.

La société thermo-industrielle trouve toujours quelque chose pour contourner l’impératif écologique, faut préserver l’emploi nous dit-on, et les entrées fiscales, et surtout ne pas être pu-ni-tif. Donc les générations futures vivront avec des températures insupportables, des terres stérilisées et des conflits généralisés… les écolo-sceptiques trouveront ce qu’ils ont cherché, un avenir bouché.

* LE MONDE du 3 janvier 2020, Une exemption fiscale relance le débat sur l’huile de palme

** LE MONDE du 22-23 décembre 2019, En Allemagne, polémique sur la généralisation des tickets de caisse

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2 réflexions sur “2020, placé sous les auspices de l’écologisme ?”

  1. Que ce soit en France ou en Allemagne ou encore ailleurs, les gouvernements privilégieront toujours le commerce et l’encadrement technique fiscal qui va avec parce que les états avec leurs régimes sociaux ont besoin d’énormément de ressources, surtout que la parasitocratie au pouvoir ne tient pas à lâcher ses rentes étatiques non plus, alors les charges courantes et de fonctionnement des états sont considérables…. Ils sont enfermés dans une logique dont seul l’effondrement nous sortira… L’Ogre étatique a toujours besoin de toujours plus de ressources l’année suivante ! Alors la logique de croissance se poursuivra jusqu’à son terme de l’effondrement, pas avant ! Appliquer un programme écologique revient à couper les rentes étatiques des parasitocrates, et honnêtement vous voyez Macron, Mélenchon, Cohn Bendit et toute la clique UmPs cultiver des patates ?

  2. C’est vrai que ces temps-ci on entend moins le discours climato-sceptique. Toutefois le chant écolo dominant ne vaut guère mieux, il est tout aussi désespérant. Et il est peut-être encore plus hypocrite que celui des faux sceptiques.
    Mais il n’y a même pas lieu de nous en étonner, nous connaissons cette formidable capacité du Système à tout récupérer et à tout recycler, à tout valoriser en carburant pour le faire tourner. Tout ça est donc normal, nous sommes en 2020, nous devons sauver le climat, et la planète aussi, et patati et patata. Et vive la sacro-sainte Transition !
    Comme nos bagnoles modernes, «bagnoles propres» et autres hybrides, aujourd’hui le Système carbure aussi, ou et en même temps, à l’écologie. Ou à «l’écologie». Ne chipotons pas sur ce genre de détails, une vessie ou une lanterne, au stade où nous en sommes c’est kif-kif bourricot. Parce que ça fait maintenant des années qu’on nous amuse (qu’on nous abuse) avec cette écologie de façade, cette écologie de bouts de ficelles, celle des petits gestes, celle du Green-Business etc. etc. Alors il ne faut pas s’étonner d’en être arrivé là ! Bref, à moins d’avoir la tête dans le sable, on ne peut que constater que Le Système a encore gagné.
    En France, en Allemagne ou ailleurs, pour récupérer la bagatelle de 100 milliards annuels de fraude fiscale, là on ne peut rien faire. Par contre quand il s’agit de récupérer les 10 milliards d’euros détournés par les petits épiciers, là on est disposé à déployer les grands moyens. Et si nos «écolos» font trop de bruit avec cette histoire de tickets en papier non recyclable, se sera alors l’occasion d’équiper toute une population de toutes ces technologies de pointes, censées justement nous sauver. Smartphones super-intelligents dernières générations, puces RIFD greffées dans le pouce et Jean Passe.
    Nous sommes en 2020, nous sommes mûrs. En 2021, Total et Compagnie pourront rédiger eux-mêmes les notes techniques de la direction générale des douanes, ou toutes les lois qui les concernent. Tout ce «joli» monde pourra très bien, en toute légalité, se contrôler lui-même, veiller au strict respect de leurs «engagements», de leurs magnifiques chartes «éthiques» et blablabla.

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