5/6) Jacques Chirac, un cancre de l’écologie à l’Elysée

Jacques Chirac entre à l’Elysée le 17 mai 1995. Jusque là, Chirac n’avait jamais montré un réel intérêt pour la protection de la nature, l’environnement, l’écologie. Bien qu’il ait été ministre ou Premier ministre pendant 28 ans, de 1967 à 1995, on peine à dénicher une vraie pensée ou une action décisive en matière d’environnement. Ce petit-fils de paysan a cependant gardé le goût de la vie rurale. En mars 2004, on arrive à un accord avec la FNSEA, les paysans acceptent de contribuer davantage à la dépollution des  rivières. Mais les sondages donnent la majorité battue aux élections régionales. Chirac déclare alors : « Il ne sera pas touché aux redevances sur les nitrates. » Comme Premier ministre de Chirac en 1975, il avait porté sur les fonts baptismaux le Conservatoire du littoral auquel il voue un véritable attachement. Mais en 2006, le Premier ministre Villepin annonce triomphalement que les sommes que le Conservatoire pourra affecter à l’achat des terrains de bord de mer en 2007 atteindront 33 millions d’euros ; c’est le prix d’un kilomètre d’autoroute.

Des quatre Premiers ministres qu’il a lui-même désignés, aucun ne montre le moindre intérêt pour l’écologie. Il n’est donc pas surprenant qu’en 1995 il stoppe la procédure de désignation des sites Natura 2000, édulcore les propositions d’une commission du développement durable et refuse de muscler le ministère de l’environnement. La première titulaire, Corinne Lepage, au 22e rang du gouvernement Juppé, dresse dans son livre On ne peut rien faire, Madame le ministre la longue liste des mesures que les lobbies et l’administration ont enterrées. Balladur en 1994 et Juppé en 1996 distribuent des subventions pour soutenir le marché automobile. Dominique de Villepin lancera même en 2006 l’idée de subventionner les employés prenant leur voiture pour aller au bureau. Erratique sur la pollution automobile, la politique chiraquienne sera plus courageuse sur l’amiante. Pendant son mandat cesse enfin un scandale qui durait depuis De Gaulle.

Il y au moins un élément de la politique écologique dont on ne pourra enlever la paternité à Chirac, c’est la Charte de l’environnement, promise au cours de la campagne pour les présidentielles de 2002. Ses propres ministres sont réticents, évidemment rejoints par les représentants des milieux économiques. Quant aux parlementaires, ils sont soit épouvantés par cette innovation, soit, pour ceux de l’opposition, hostiles par principe à la « marotte » de Chirac. Au terme de quatre années d’obstination, le Chef de l’Etat parvient à faire voter sa Charte adossée à la Constitution, le 28 février 2005, par le Congrès réuni à Versailles.

Chirac a évolué en 12 ans. Après avoir appréhendé l’écologie comme un sujet politiquement risqué, il a compris à l’aube de son deuxième mandat et avec l’aide de Nicolas Hulot, que cette politique être un thème porteur. Pour populariser les concepts écologiques, il s’est montré le plus éloquent des cinq présidents successifs de la République.  Mais il n’a pas eu le courage de se donner les moyens de sa politique. Par exemple un grand ministère de l’Environnement et des ministres ayant un véritable poids politique. Son « écologie humaniste » lui donne une vision anthropocentriste de la crise planétaire, une approche probablement trop frileuse pour être véritablement efficace.

Chirac ne fait pas exception. Nos présidents élus au suffrage universel, si volontaristes, si constants dans l’effort quand il s’agit de l’atome, n’ont rien fait de semblable dans le domaine de la crise écologique. Les présidents ont bien tenté de planifier leur ambition écologique : des catalogues de bonnes intentions et des mesures le plus souvent homéopathiques. La réponse à la crise écologique est restée balbutiante, quasiment marginale. Pourquoi ? Tous partagent la croyance chrétienne selon laquelle l’homme a été créé pour dominer la nature. Que l’univers ait ses propres lois, que l’homme n’en soit qu’un rouage, qu’il dépende de la nature pour survivre, voilà un renversement de perspective difficile à accepter. Tous sont persuadés que la croissance économique est seule capable de répondre aux besoins croissants de l’humanité. Tous sont convaincus que la recherche scientifique et ses applications techniques trouveront réponse aux problèmes écologiques planétaires. Ces trois credos – religieux, économique et scientifique – les confortent dans le sentiment que rien ne presse. Surtout, ils ont tous compris que la crise écologique mondiale est un sujet à la fois trop technique et trop anxiogène pour être électoralement vendeur. Issus du sérail, nos présidents sont des politiques comme les autres. Dès 1995, Chirac donnait l’ordre de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique !

Marc Ambroise-Rendu dans son livre Des cancres à l’Elysée (5 Présidents de la république face à la crise écologique)

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1 réflexion sur “5/6) Jacques Chirac, un cancre de l’écologie à l’Elysée”

  1. VGE, Mitterand, Chirac, Sarkozy.. ils se partagent tous la première place !
    Et pourtant l’anthropocentrisme a vécu. Ça ne fait que ramer à contre-courant.

Les commentaires sont fermés.

5/6) Jacques Chirac, un cancre de l’écologie à l’Elysée

Jacques Chirac entre à l’Elysée le 17 mai 1995. Jusque là, Chirac n’avait jamais montré un réel intérêt pour la protection de la nature, l’environnement, l’écologie. Bien qu’il ait été ministre ou Premier ministre pendant 28 ans, de 1967 à 1995, on peine à dénicher une vraie pensée ou une action décisive en matière d’environnement. Ce petit-fils de paysan a cependant gardé le goût de la vie rurale. En mars 2004, on arrive à un accord avec la FNSEA, les paysans acceptent de contribuer davantage à la dépollution des  rivières. Mais les sondages donnent la majorité battue aux élections régionales. Chirac déclare alors : « Il ne sera pas touché aux redevances sur les nitrates. » Comme Premier ministre de Chirac en 1975, il avait porté sur les fonts baptismaux le Conservatoire du littoral auquel il voue un véritable attachement. Mais en 2006, le Premier ministre Villepin annonce triomphalement que les sommes que le Conservatoire pourra affecter à l’achat des terrains de bord de mer en 2007 atteindront 33 millions d’euros ; c’est le prix d’un kilomètre d’autoroute.

Des quatre Premiers ministres qu’il a lui-même désignés, aucun ne montre le moindre intérêt pour l’écologie. Il n’est donc pas surprenant qu’en 1995 il stoppe la procédure de désignation des sites Natura 2000, édulcore les propositions d’une commission du développement durable et refuse de muscler le ministère de l’environnement. La première titulaire, Corinne Lepage, au 22e rang du gouvernement Juppé, dresse dans son livre On ne peut rien faire, Madame le ministre la longue liste des mesures que les lobbies et l’administration ont enterrées. Balladur en 1994 et Juppé en 1996 distribuent des subventions pour soutenir le marché automobile. Dominique de Villepin lancera même en 2006 l’idée de subventionner les employés prenant leur voiture pour aller au bureau. Erratique sur la pollution automobile, la politique chiraquienne sera plus courageuse sur l’amiante. Pendant son mandat cesse enfin un scandale qui durait depuis De Gaulle.

Il y au moins un élément de la politique écologique dont on ne pourra enlever la paternité à Chirac, c’est la Charte de l’environnement, promise au cours de la campagne pour les présidentielles de 2002. Ses propres ministres sont réticents, évidemment rejoints par les représentants des milieux économiques. Quant aux parlementaires, ils sont soit épouvantés par cette innovation, soit, pour ceux de l’opposition, hostiles par principe à la « marotte » de Chirac. Au terme de quatre années d’obstination, le Chef de l’Etat parvient à faire voter sa Charte adossée à la Constitution, le 28 février 2005, par le Congrès réuni à Versailles.

Chirac a évolué en 12 ans. Après avoir appréhendé l’écologie comme un sujet politiquement risqué, il a compris à l’aube de son deuxième mandat et avec l’aide de Nicolas Hulot, que cette politique être un thème porteur. Pour populariser les concepts écologiques, il s’est montré le plus éloquent des cinq présidents successifs de la République.  Mais il n’a pas eu le courage de se donner les moyens de sa politique. Par exemple un grand ministère de l’Environnement et des ministres ayant un véritable poids politique. Son « écologie humaniste » lui donne une vision anthropocentriste de la crise planétaire, une approche probablement trop frileuse pour être véritablement efficace.

Chirac ne fait pas exception. Nos présidents élus au suffrage universel, si volontaristes, si constants dans l’effort quand il s’agit de l’atome, n’ont rien fait de semblable dans le domaine de la crise écologique. Les présidents ont bien tenté de planifier leur ambition écologique : des catalogues de bonnes intentions et des mesures le plus souvent homéopathiques. La réponse à la crise écologique est restée balbutiante, quasiment marginale. Pourquoi ? Tous partagent la croyance chrétienne selon laquelle l’homme a été créé pour dominer la nature. Que l’univers ait ses propres lois, que l’homme n’en soit qu’un rouage, qu’il dépende de la nature pour survivre, voilà un renversement de perspective difficile à accepter. Tous sont persuadés que la croissance économique est seule capable de répondre aux besoins croissants de l’humanité. Tous sont convaincus que la recherche scientifique et ses applications techniques trouveront réponse aux problèmes écologiques planétaires. Ces trois credos – religieux, économique et scientifique – les confortent dans le sentiment que rien ne presse. Surtout, ils ont tous compris que la crise écologique mondiale est un sujet à la fois trop technique et trop anxiogène pour être électoralement vendeur. Issus du sérail, nos présidents sont des politiques comme les autres. Dès 1995, Chirac donnait l’ordre de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique !

Marc Ambroise-Rendu dans son livre Des cancres à l’Elysée (5 Présidents de la république face à la crise écologique)

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1 réflexion sur “5/6) Jacques Chirac, un cancre de l’écologie à l’Elysée”

  1. VGE, Mitterand, Chirac, Sarkozy.. ils se partagent tous la première place !
    Et pourtant l’anthropocentrisme a vécu. Ça ne fait que ramer à contre-courant.

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