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Comprendre l’équation de KAYA avec un blog du MONDE

En résumé : Même si Meadows a récemment réaffirmé qu’il était trop tard pour l’humanité, comprendre l’équation de Kaya, qui permet de dynamiser les rapports entre les composantes d’un écosystème, est primordial pour penser l’avenir. La fameuse équation porte le nom de l’économiste japonais Yoichi Kaya qui propose cette représentation dans son ouvrage Environment, Energy, and Economy : strategies for sustainability paru en 1993. Elle illustre et met en relation l’influence et le poids de l’activité humaine en termes d’émission direct de gaz à effet de serre, sans considérer par ailleurs l’impact de la déforestation ou le fait qu’un océan qui se réchauffe absorbera moins de Co2. En d’autres termes, elle traduit les flux d’émissions de gaz à effet de serre.

CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

On y trouve d’abord le contenu carbone d’une unité d’énergie, ensuite la quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire, puis la richesse par personne et finalement la taille de la population. Le premier terme de l’équation appelle à réduire les émissions de carbone dans notre production d’énergie. L’indicateur suivant reflète la quantité d’énergie nécessaire à la création d’une unité monétaire : il illustre alors le volume d’énergie requis pour la confection d’un produit ou l’accomplissement d’un service. Imaginer un monde ou la création de valeur monétaire n’est pas uniquement le reflet d’une transformation qui fait appel à une source d’énergie relève du casse tête. Exemple ? Les jardiniers à la pioche ou bien encore les coiffeurs à ciseaux. Que vient faire le pouvoir d’achat (dollars : Population) dans une histoire d’émission de gaz à effet de serre ? Il s’agit de faire face à la réalité : au niveau mondial, une augmentation globale de la richesse par habitant aura mécaniquement – considérant les autres paramètres constants – une conséquence à la hausse sur les émissions de gaz à effet de serre. L’équation de KAYA nous amène donc a repenser jusqu’au partage des richesses. C’est finalement un phénomène fréquemment observé, que celui des personnes aux revenues élevées, sont en mesure d’accéder à une variété d’activité et un certain confort qui leur confie une empreinte écologique au dessus de la moyenne.

Les questions d’éthique viennent aussi à la rencontre du dernier paramètre de l’équation, la population. Dennis Meadows a des mots difficiles à entendre dans sa compréhension de ce paramètre : « Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de l’humanité : la réduction du taux de natalité ou l’accroissement du taux de mortalité. Laquelle préféreriez-vous ?  » Récemment, cette interrogation a été abordée dans un essai collaboratif coordonné par Michel Sourrouille, Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) dont le titre évocateur laisse supposer la position de l’auteur sur cette question au centre de toute réflexion écologique.  Parmi les professeurs, chercheurs on y trouve l’atypique Théophile de Giraud écrivain anti-nataliste dont une intervention (1:16:00) peut-être trouvé suivant ce lien, et l’ancien député européen Yves Cochet qui avait proposé de réduire les allocations familiales à partir du troisième enfant.

Pour être plus complète, la question démographique devrait être abordée au cas par cas quand on regarde le caractère hétérogène de la puissance énergétique disponible -donc indirectement des émissions de gaz à effet de serre- dans le monde.Le Quatari moyen dissipe 30kW, l’Américain 10kW, l’Européen 5kW, le Chinois 2kW, L’indien 0,5kW et le Sénégalais 0,3kW.Spécifiquement pour les émissions de gaz à effet de serre, le cabinet Carbone 4 a créé une application permettant de mettre en pratique l’équation Kaya. Elle permet de supposer l’évolution de la Terre dans un futur plus ou moins lointain en contrôlant l’évolution de chaque ratio. Comme on le voit, chaque facteur est dépendant de la totalité de l’équation et une hypertrophie de l’un des facteurs ne peut être équilibrée que par une diminution radicale d’un autre facteur. Si la population globale de la Terre augmente à raison de 5 % par an, la résilience n’est possible qu’en diminuant à -5 % le PIB par personne par an, l’énergie par PIB de -2 % par an et le contenu Co2 de l’énergie à -1 % par an. D’autres configurations sont possibles, mais toutes impliquent des sacrifices.

Nous l’aurons compris, une discussion point par point n’a de sens que pour sensibiliser la population à une compréhension précise du problème. Chaque paramètre ayant son importance, il faut considérer chacun des facteurs pour atteindre l’objectif de réduction globale d’émission de gaz à effet de serre.

Source : http://lecentiemesinge.blog.lemonde.fr/2014/11/30/kaya/

L’équation de KAYA, une approche globale des émissions de Co2 liées aux activités humaines

L’écologie en équation, à lire dans BIOSPHERE-INFO

Notre bimensuel BIOSPHERE-INFO permet à tous les écologistes en formation de recevoir périodiquement une analyse de fond ; rapport qualité/prix assuré, l’abonnement est gratuit, il suffit de nous écrire à biosphere@ouvaton.org.

Notre dernier numéro (16 au 31 décembre 2014) se penche sur les équations de l’écologie. En voici l’introduction :

« Beaucoup trop d’analystes présentent la réalité en n’envisageant qu’une de ses facettes  alors qu’il y a une interpénétration continue de ses différents éléments. Par exemple on ne peut pas dire que sur une planète au pillage, il y a trop d’automobiles sans tenir compte du nombre d’automobilistes, de l’efficacité énergétique du véhicule et de la disponibilité en pétrole et métaux. Une analyse globale ou systémique a été présentée pour la première fois sous forme de modèle par le rapport du MIT en 1972. De nos jours, on peut aussi s’appuyer pour raisonner sur la formule  I = PAT et l’équation de Kaya. Nous sommes loin de l’équation simpliste Y = f (K,L) avec laquelle la production Y est fonction du capital K et du travail L sans qu’on se pose la question essentielle de la disponibilité des ressources naturelles.« 

Permalien : http://biosphere.ouvaton.org/vocabulaire/2836-equations-et-ecologie

La question démographique au sein d’EELV

Michel S .: La question démographique, abordée frontalement par René Dumont, le premier présidentiable écolo en 1974, semble aujourd’hui largement ignorée par le mouvement écologiste. Voici une synthèse sur Thomas Robert MALTHUS (1766-1834) à la disposition de tous et toutes nos candidat(e)s aux élections… Le terme « malthusien » est entré dans le dictionnaire pour qualifier ceux qui veulent limiter la fécondité humaine pour l’adapter à l’état des ressources naturelles. Cette relation entre population et ressources est à la base du raisonnement des écologistes. Pour en savoir plus, ce lien :

Tout savoir sur le malthusianisme

Jean-Michel G. : Encore une fois, il n’y a de « question démographique » que dans la tête de ceux qui estiment qu’il y en a une. Encore une fois, nous sommes entrés partout, dans tous les pays, dans la transition démographique. Et même un peu trop dans certains d’entre eux, même en Chine ou pour la première fois la population diminue, et il y aurait plutôt un problème de financement des retraites.

Michael L : Pas de question démographique ? Sauf que plus de la moitié des pays recensés ont encore des taux de fécondité supérieurs au taux de renouvellement de la population. Par ailleurs de nombreuses régions sont loin de l’autosuffisance alimentaire et n’ont d’ailleurs aucune chance d’y parvenir. Sans parler d’autres facteurs de bien-être qui nécessitent base industrielle, ressources minières et émissions de CO2.  Il n’y a pas une « question démographique », mais d’ennuyeux paramètres démographiques que l’on doit forcément prendre en compte pour traiter la question plus large de la soutenabilité à l’échelle mondiale. Selon Karl Marx l’histoire de l’humanité se confondait avec celle de la lutte des classes. Mais en fait l’histoire de l’humanité c’est aussi, l’histoire des crises démographiques, de ces moments où la capacité de charge d’un système territorial ne correspond plus à l’essor démographique… Qui osera affirmer que si la population avait cessé de croître à partir des années soixante, nous ne serions pas mieux en mesure d’envisager un futur heureux pour l’humanité ?

Michel W : Autant selon moi les écologistes sont d’accord sur le risque que fait poser l’expansion démographique de l’humanité sur sa survie, autant nous ne savons pas trop quel remède y apporter. Certainement un fort investissement dans la formation des femmes et leur autonomisation devrait avoir des résultats dans ce sens. Mais qui va décider cela ? Et surtout payer pour que cela se mette en place le plus tôt possible ?

Thierry S. : Il existe des pratiques et cultures sexuelles non reproductives très efficaces pour empêcher la croissance démographique si cela vous intéresse. Comme disait le FHAR dans les années 1970, « avec nous, l’héritage c’est foutu ». Mais en réalité, la transition démographique de l’occident est déjà terminée depuis longtemps tandis que les régions du monde les plus pauvres qui continuent à faire plus d’enfants sont les moins polluantes et les moins productrices d’empreinte carbone. Autant je suis pour qu’on promeuve l’homosexualité, l’éducation des filles, la contraception, etc, partout où on peut, autant il faut être conscientEs que ce n’est pas ce qui réglera nos problèmes climatiques et environnementaux. Tuer les plus riches qui vivent dans nos pays me paraîtrait plus efficace car c’est cette minorité de profiteurs et d’exploiteurs qui est la plus grande responsable, et coupable, surtout si on compare avec les pauvres qui font des enfants et à qui on fait la morale.

Françoise A. :Comme dit par Jean Michel G, la transition démographique est, selon le modèle proposé par les géographes et démographes, en passe de se réaliser partout. Pour faire baisser la natalité, bien sûr, l’autonomie des femmes, donc leur éducation, mais aussi une sécurité sociale, une retraite. Mais pour la question climatique, ce sont les plus riches qui émettent le plus de co2, donc la question démographique concerne nos continents, dont les plus riches, et les plus fortunés des autres continents. Le malthusianisme s’il était nécessaire devrait donc les concerner en premier lieu… Compliqué, non ? On a largement de quoi nourrir les milliards d’humains ( même en bio), et permettre des conditions de vie correctes si les ressources n’étaient pas concentrées entre quelques un-es ; et peu de  territoires sont  surpeuplés.

Michel S. : Pour nous écologistes, on peut résumer la situation ainsi : beaucoup trop de paramètres actuels nous indiquent que le niveau de population mondiale a largement dépassé la capacité de la Terre à combler nos besoins actuels. D’ailleurs les migrations internes et internationales (à commencer par l’époque de la colonisation… et elles vont s’amplifier avec le réchauffement climatique) montrent que la planète terre, espace fermé, est saturée d’humains. Cela pose à l’écologie politique un dilemme, soit accompagner une décroissance démographique, soit vouloir maîtriser la décroissance économique, soit agir sur les deux paramètres à la fois. C’est un choix politique à assumer quand on se veut « écologie politique ». Et c’est un acte de foi de croire que l’agriculture biologique peut nourrir des milliards de personnes ; on ne peut échapper à la loi des rendements décroissants en agriculture. Puisqu’on ne peut agir qu’à la marge sur les ressources alimentaires, Malthus en 1798 préférait qu’on agisse de manière volontaire sur la fécondité et non par suite d’épidémies, de guerres ou de famines… Il n’a pas été écouté sauf par de rares politiques comme le présidentiable René Dumont ou l’ex-ministre de l’écologie Yves Cochet. Et notre population connaît structurellement non seulement les inégalités, mais aussi les épidémies, les guerres et les famines. Quant à la transition démographique, elle ne s’opère que si un pays peut se développer. Or la croissance économique est bloquée dans beaucoup trop de pays du tiers monde et la population mondiale connaît encore un doublement tous les 70 ans environ. Quant au financement des retraites, tout dépendra du nombre d’actifs dans l’avenir, et nous sommes partis vers un avenir où le chômage va exploser, même en France. N’oublions pas que ce sont les ressources fossiles qui sont à la base des taux de croissance du PIB et nous allons connaître une inéluctable descente énergétique. La question malthusienne est en lien avec tous les autres paramètres, c’est ce qu’indique par exemple l’équation de Kaya qu’en tant qu’écologistes nous devrions connaître. La situation démographique est toujours plus complexe que ce qu’on peut en dire par échange Internet. Mais il n’y a pas un seul problème qui puisse commencer à se résoudre si la population humaine diminuait.

Post-Covid, nous allons mourir de chaleur

Si rien n’est fait pour limiter les émissions de CO2, 3,5 milliards de personnes pourraient sortir de la « niche climatique » dans laquelle les humains ont prospéré depuis six mille ans. Des conditions climatiques presque invivables. Dans un scénario où les émissions continuent d’augmenter sans relâche, la température mondiale devrait s’élever de 3 °C d’ici à 2070 par rapport à l’ère préindustrielle, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Mais, en réalité, selon les auteurs de l’étude américaine publiée le 4 mai 2020, la majorité des humains subira une température deux fois plus élevée : elle pourrait atteindre 7,5 °C, en l’absence de migrations. Cette différence s’explique par le fait que les terres se réchauffent davantage que les océans et parce que la croissance démographique se fera principalement dans les zones les plus chaudes. Si rien n’est fait pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, un tiers de l’humanité pourrait vivre, d’ici à cinquante ans, dans des endroits aussi chauds que le Sahara aujourd’hui. Les commentateurs sur le monde.fr s’inquiètent à juste titre et n’oublient pas la variable démographique :

Captainbeagle : La voici la deuxième vague. Pas une vaguelette, mais une grosse vague qui arrive sur nous et qui est annoncée, confirmée et reconfirmée par les scientifiques depuis de nombreuses années. Des milliards de personnes vont être contraintes de se déplacer pour rejoindre les endroits de la Planète plus habitables. C’est à cette vague qu’il faut se préparer (vite) et c’est celle-ci qu’il est urgent de limiter par la prise des mesures fortes. Ne pas « profiter » de la période actuelle pour mettre sur pied un monde meilleur, plus juste et plus sain, ce ne serait pas une erreur, ce serait criminel.

le sceptique : L’article du MONDE est plus prudent que d’habitude. On commence par dire que le monde n’évolue pas vers un scénario BAU (business as usual), lequel suppose des usages croissants peu réalistes du pétrole, du gaz et du charbon jusqu’en 2080 au moins. Cela dit, le premier paramètre de l’équation de Kaya est la population, qui devrait croître au moins jusqu’en 2050. Si le CO2 / hab baisse, la hausse du nombre d’habitants à nourrir, loger, soigner, etc. compense cette baisse. Et le CO2 n’est pas tout, un humain exploite des équivalents-ha (l’empreinte écologique) avec un niveau de vie moderne au-dessus de celui d’un seigneur du Moyen Age pour notre classe moyenne (pas juste la mythologie confortable des 1% de riches causes de tous les maux).

Grand Enfant : Il faut dire qu’il y a 6000 ans, nous n’étions pas 8 milliards mais moins de 100 millions… La surpopulation, ce n’est pas seulement une histoire d’espace mais d’utilisation des ressources et de production de pollution. En ce sens, il y a une surpopulation dans l’UE (France comprise). Donc, il faut diminuer la population, ce qui aura monstrueusement plus d’efficacité que tout le reste, y compris en France donc. C’est simple : 33 millions de Français, ça pollue 2 fois moins que 66 millions de Français (sans toucher au niveau de vie !). Je préfère que mes descendants vivent riches et peu nombreux dans un monde luxuriant plutôt que dans un monde végétarien surpeuplé et où la campagne aura remplacé tous les espaces sauvages. Hélas, la cécité humaine, le tabou vis à vis du malthusianisme, feront que nous ne vivrons pas cela.

Gaston : la première chose a faire c est la contraception obligatoire donc limiter les naissances surtout dans certains pays dont le nom est tabou du moins ici… La chine a réussi son virage démographique, c est donc possible, mais il faut une volonté politique et un refus des idéologies religieuses qui sont criminelles comme lors de l épidémie du sida et la condamnation des préservatifs en Afrique par les religieux…

Lidae : Il apparaît clairement que l’hypocrisie des dirigeants mondiaux, avec leur soi-disant principe de « la santé quel qu’en soit le prix », ne concerne que les crises immédiates, visibles et médiatiques.
Pourtant les réfugiés climatiques ne seront pas quelques centaines de pauvres gens arrivant par bateaux de fortune. Mais des dizaines de millions de gens affamés. Êtes-vous prêts ?

Hein : L’article du MONDE donne une évaluation de l’objectif : « réduire » la population mondiale d’au moins 3,5 milliards de personnes – en évacuant les régions devenues inhabitables, sans accroître la densité dans les zones restées vivables. Inhumain, impensable? Mais ce ne serait que revenir au chiffre de population de 1970 : 3,5 milliards. On pourrait aussi viser en revenir à celui de 1910 : 1,5 milliard. Ou même à celui estimé en 1789 de 800 millions – qui est aussi celui de la « sustainability » à long terme. Soit environ 10% de maintenant. La hausse de population incroyable du dernier siècle est liée aux antibiotiques, à la réduction de la mortalité infantile, à la production de nourriture – inutile de revenir sur cela, mais la médecine offre tous les moyens de contraception efficace. Un grand plan rationnel à la chinoise nous pend de toute façon au nez. Sinon les zones tempérées seront submergées par les foules fuyant les déserts. Quant à maîtriser le climat : too late!

1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

1) blocage énergétique

En 1929, la consommation annuelle de pétrole avait atteint un milliard et demi de barils, en 2020 on consomme 100 millions de baril par jour, environ deux litre par jour et par habitant, soit pour l’année 36 milliards de baril. La relance de l’économie mondiale après 1929 n’a été possible que par l’abondance pétrolière, la guerre n’étant qu’un des moyens d’utiliser l’énergie fossile pour faire fonctionner la société thermo-industrielle. Or les réserves de pétrole sont en train de se tarir, le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu par Jancovici en 2020. Vouloir après 2020 retrouver une croissance économique est physiquement impossible.

Il faut donc préparer politiquement une société post-carbone et, au-delà de la taxe carbone, déjà envisager une carte carbone, c’est à dire un rationnement de l’énergie. Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. T »

2) blocage démographique

En 1929 la population mondiale était de 2 milliards de personnes, elle est en 2020 de 7,8 milliards. Autant dire que nos problèmes globaux pour manger, se loger, se chauffer, se déplacer ont été multiplié par au moins 4, sachant que la taille d’une population démultiplie les problèmes. C’est ce qu’indique par exemple l’équation de Kaya qui relie démographie et réchauffement climatique : CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

La surpopulation entraîne des problèmes de concentration humaine en certains lieux (sur-urbanisation, regroupements festifs ou religieux, etc), ce qui a facilité la propagation du virus actuel. La planète devient une ville. D’à peine 11 % en 1800, le taux d’urbanisation moyen des futures régions développées s’élève à 30 % en 1900 . Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville (près de 70 % prévue en 2050) alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Cela s’accompagne d’une bidonvilisation dans les pays pauvres. Comment opérer un confinement efficace en Inde ou en Afrique ?

La maîtrise de la fécondité liée la désurbanisation apparaît alors comme une politique à mener. Cela implique que les pays riches montrent l’exemple, d’où l’abandon des politiques natalistes en France, et une aide publique au développement mieux concentrée sur la généralisation du planning familial.

3) double blocage analytique

La durée de la crise de 1929 découle d’un refus de libérer des liquidités. Non seulement on croyait aux vertus du libre jeu du marché avec non intervention de l’État, mais l’étalon-or faisait que toute monnaie devait être gagée par un équivalent en or, ce qui restreignait la création monétaire. La crise ne pouvait que s’amplifier. C’est l’analyse par Keynes en 1936 qui a changé la donne. Face à une crise de grande ampleur, il faut adopter une politique monétaire volontariste par la baisse des taux d’intérêt et une politique budgétaire de relance de l’économie par le déficit. Cette politique a été adoptée systématiquement après la seconde guerre mondiale, ce qui est une des explications des Trente Glorieuses. Mais elle a fait se succéder périodes d’expansion et politiques d’austérité pour aboutir dans les années 1970 à la stagflation et au pillage généralisé de la planète. On ne peut structurellement appliquer une politique de laxisme monétaire et budgétaire, politique qui selon Keynes ne devrait être que conjoncturelle. Il faut donc changer de paradigme, ni le laisser faire du libéralisme économique comme en 1929, ni le déversement de liquidité et la croissance par la dette comme on l’a fait lors de la crise financière de 2008. Pourtant Donald Trump veut déverser aujourd’hui des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engage à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros , c’est le retour de la bonne vieille planche à billets. On revient au mantra, « business as usual » comme sortie de la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Il nous faut une nouvelle  conception de l’économie politique adaptée à la situation présente, c’est la bio-économie, ou économie biophysique, c’est-à-dire l’écologie. Il faut prendre en compte le fait que la circulation des richesses fabriquées dans une société n’est que la sous-partie des richesses globales que nous offre la biosphère. Une sobriété partagée ne découle pas d’une distribution globale d’argent, mais d’une régulation secteurs d’activité par secteurs d’activité, c’est-à-dire une planification indicative dont la France avait donné l’exemple au sortir de la seconde guerre mondiale ; il s’agit de revitaliser un commissariat au plan qui devra arbitrer entre les activités à soutenir publiquement et celles laissées au libre jeu du marché. Cela doit s’accompagner de mesures impératives comme le rationnement de l’énergie par une taxe carbone. Pour que cette politique de rigueur soit acceptée par la population, il faut éliminer le plus possible les inégalités de revenus. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir après la crise de 1929, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941… pour un revenu supérieur à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). A ces niveaux d’indécence, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, des prises de risque excessives, une position médiatique illusoire (sportifs, acteurs…). Ce n’est qu’un exemple de ce qu’on pourrait faire à nouveau, taxer les riches pour partager l’effort de sobriété. La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible, mais écologiquement nécessaire.

Comme l’exprime Hervé Kempf dans son livre Comment les riches détruisent la planète, « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » L’épidémie de coronavirus met en lumière toute une série de métiers jusqu’ici mal considérés, chauffeurs-livreurs ou caissiers, devenus, à la faveur de la crise, vitaux. Le ministre de l’économie annonçait récemment que les entreprises qui demandent le report de leurs échéances fiscales et sociales ne pourront pas verser de dividendes. Ce nest qu’un premier pas dans la bonne direction.

Terre inhabitable, chute démographique

Plus de 11 000 scientifiques, climatologues mais aussi biologistes, physiciens, chimistes ou agronomes, issus de 153 pays, préviennent que les humains risquent des « souffrances indescriptibles » liées à l’urgence climatique*. Les décès, les maladies augmentent déjà rapidement ; des industries et des économies entières sont menacées, en particulier dans les régions les plus pauvres du monde. Pour éviter de « rendre de grandes parties de la Terre inhabitables », ces scientifiques exposent des solutions que plus personne n’ignore, sortir des énergies fossiles, fixer un prix du carbone élevé, baisser la consommation de viande, protéger les zones humides, etc. La nouveauté, c’est que ces scientifiques osent s’aventurer dans le domaine démographique : il faudrait stabiliser, et « idéalement », réduire la population en promouvant l’accès de tous, et en particulier des filles, à l’éducation et à la contraception. Cette proposition relative à la maîtrise de la démographie a alimenté la verve de certains critiques, pour eux les pays du Sud ne sont pas responsables de la gabegie d’émissions de gaz à effet de serre par ceux qui vivent au Nord. Comme l’écrit Bruno Clémentin, «  On l’a déjà dit, on va le répéter : il n’y a pas trop de monde sur notre planète, il y a trop d’automobilistes (et de motards) »**.

On l’a déjà dit et on va le répéter, Biosphere connaît les auteurs de ce genre d’affirmation gratuite. Pour avoir directement « dialogué » avec Bruno Clémentin, Vincent Cheynet ou Clément Wittmann, nous savons qu’on ne peut pas discuter avec ce genre d’anti-malthusiens assujettis à leurs préjugés. Ils sont comme les inquisiteurs face à Galilée, refusant de regarder dans la lunette qui prouvait l’héliocentrisme. Opposons au constat partiel des natalistes une réalité incontestable : le nombre d’automobiles est lié au nombre de conducteurs de façon absolument interdépendante. Nous avons dépassé les 7 milliards d »automobilistes en puissance, et il y plus d’un milliard d’automobiles en circulation. Un niveau de vie motorisé basé sur les ressources fossiles est un multiplicateur des menaces, mais le nombre de personnes qui accèdent à l’automobile (à la moto et au camion) est réciproquement un multiplicateur des effets de serre entraînés par l’automobile. Bruno, Vincent, Clément et les autres devraient regarder de plus près en ajustant leurs lunettes l’équation de Kaya. Elle met en relation l’influence et le poids de l’activité humaine en termes d’émissions de gaz à effet de serre :

CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

Notons d’abord que tous les éléments de cette équation sont des multiplicateurs des autres paramètres. On y trouve d’abord le contenu carbone d’une unité d’énergie, ensuite la quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire, puis la richesse par personne et finalement la taille de la population. Le premier terme de l’équation appelle à réduire les émissions de carbone dans notre production d’énergie. L’indicateur suivant reflète cette réalité : au niveau mondial, une augmentation globale de la richesse par habitant aura mécaniquement – considérant les autres paramètres constants – une conséquence à la hausse sur les émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc faire en sorte que la réduction de notre niveau de vie empêche la possession d’une voiture individuelle, riches compris pour des raisons d’équité. La question éthique percute aussi le dernier paramètre de l’équation, la population.  Mais Dennis Meadows nous met devant le véritable enjeu de la problématique malthusienne : « Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de la population : la réduction du taux de natalité ou l’accroissement du taux de mortalité. Laquelle préférez-vous ?  » En résumé, pour sortir de l’impasse où nous mène la civilisation thermo-industrielle, la sobriété partagée doit s’accompagner d’une décroissance démographique. Les Gilets jaunes et les chauffeurs routiers auront du mal à comprendre la première solution au réchauffement climatique, les natalistes auront du mal à comprendre la seconde.

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Crise climatique : l’appel de 11 000 scientifiques pour éviter des « souffrances indescriptibles »

** éditorial du mensuel La décroissance de novembre 2019

Faut pas rêver de devenir maman !

Sophie Arseneault, 18 ans, fait partie des plus de 3400 signataires du pacte « Pas d’avenir, pas d’enfant » : « Si nous (notre génération) avons des enfants , ils n’auront pas la sécurité. Nous nous demandons à quel point c’est raisonnable, c’est réaliste, d’avoir des enfants dans un environnement bien pire que présentement... »

Emma Lim, 18 ans : « Je fais face à un futur inévitable d’instabilité économique, de pénuries alimentaires et de météo extrême. Je dois abandonner mes chances de bâtir une famille parce que je ne peux me permettre d’avoir des enfants dans un monde aussi instable… »

Sara Montpetit : « Je veux que mes enfants puissent voire la beauté du monde qu’il nous reste encore. Pourquoi mettre au monde la vie si je ne sais même plus, à ce jour, ce qu’il va nous en rester ? » »

Naia Lee, 16 ans : « Ce n’est pas que je ne veux pas avoir d’enfant, mais je ne lui souhaiterais pas une vie d’attaques d’écoanxiété... »

On voit de plus en plus de collectifs de jeunes s’engager dans l’action climatique parce qu’agir est le meilleur moyen de combattre l’anxiété. Ce mouvement au Canada rejoint la tendance internationale child free (en français nullipares) pour des motivations écologiques. De toute façon la grève du ventre est un moyen structurellement plus efficace qu’une grève scolaire pour lutter contre les maux de la société thermo-industrielle. Yves Cochet avait rappelé que la « grève du troisième ventre », lancé par Marie Huot en 1890, était un mouvement libertaire ayant pour objectif de s’opposer aux politiques natalistes belliqueuses du gouvernement en place. Le natalisme est une doctrine qui accompagne tous les régimes potentiellement fascistes. Ces mouvements pour l’ordre moral sont sous-tendus par une idéologie nationaliste (plus de chair à canon) tout en préservant la paix sociale (plus d’enfants, c’est la crainte du chômage et l’acceptation d’un régime autoritaire). A brandir le malthusianisme hors de tout contexte, on veut faire oublier que les avocats de la natalité ne se retrouvent pas du côté des humanistes.

Aujourd’hui le natalisme ajoute à ces méfaits le réchauffement climatique ; tout future mère devrait connaître l’équation de Kaya avant de se faire engrosser… en toute connaissance de cause !

Un écologiste ne peut qu’être anti-populationniste

Une infographie publiée par l’AFP a placé parmi les gestes permettant de réduire son empreinte carbone le fait d’« avoir un enfant de moins ».

L’AFP n’a fait que reprendre l’évaluation effectuée l’an dernier par la revue scientifique Environmental Research Letters. Du reste, les calculs associant l’impact environnemental d’une société à la consommation individuelle multipliée par l’effectif des consommateurs (en tenant compte du type de technologie utilisée) sont présents de longue date dans la réflexion écologiste la plus sérieuse. Citons l’équation de Ehrlich-Holdren (« I = PAT »), au début des années 1970, ou encore l’équation de Kaya, utilisée par le GIEC. L’évidence mathématique provoque pourtant des cris d’orfraie, car la question démographique a cette particularité d’associer deux dimensions que l’on préférerait sans doute dissocier : d’une part la vaste échelle géographique où se mesure l’impact du nombre, et d’autre part l’échelle familiale et individuelle où toute perspective d’ingérence suscite méfiance ou scandale, comme une atteinte aux droits fondamentaux

Yannick Jadot, cité par le Figaro, affirme pourtant que « ces thèses ne pèsent plus rien dans l’écologie politique »…

Les représentants de l’écologie institutionnelle se sont discrédités en évacuant de leur discours les données scientifiques les moins compatibles avec leur programme politique qui se veut « progressiste ». Le fait de ne pas chercher à séduire les foules a un avantage : on peut dès lors ne pas tenir compte du tabou démographique. Tout récemment, les scientifiques signataires d’une tribune dans LE MONDE l’ont répété eux-mêmes clairement : « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue pour sauver l’habitabilité de notre planète d’un désastre annoncé. » Yves Cochet avait d’ailleurs déjà évoqué en 2009 une « grève du troisième ventre », suscitant la gêne de ses collègues Verts. Cochet a également raison quand il souligne qu’agir sur ce paramètre n’est pas plus illusoire que prôner le sacrifice du confort matériel : renoncer à la voiture, au smartphone, à l’entrecôte…

Un écologiste immigrationniste commettrait-il un contresens ?

Le problème, c’est que le « malthusianisme dans un seul pays », dans le cadre d’une « planète migratoire », c’est un peu l’équivalent d’un désarmement unilatéral dans un contexte belliqueux. Se contenter d’inciter les Européens à réduire leur fécondité sans remettre en cause les flux migratoires en provenance des zones à forte pression démographique ne contribue guère à résoudre le problème global, bien au contraire. Pour les pays récepteurs, l’apport migratoire réduit à néant les amorces de stabilisation voire de décrue démographique. Quant aux pays émetteurs, la perspective migratoire leur offre un bassin déversoir qui a pour effet de retarder les mesures de régulation interne. Le bilan global en terme de pression démographique et écologique n’est donc en rien amélioré par l’ouverture migratoire.

Réaffirmons-le : la prise en compte de la démographie est une absolue nécessité écologique. S’aveugler à ce sujet revient à nier que deux fois trois fassent six. Dans une planète saturée, il est même indispensable d’envisager le compartimentage de l’écoumène, la relocalisation.

Extraits de l’interview de Fabien Niezgoda

http://blogelements.typepad.fr/blog/2018/10/%C3%A9cologie-et-d%C3%A9mographie-le-n%C3%A9cessaire-compartimentage-dune-plan%C3%A8te-satur%C3%A9e.html

John Magufuli le fou et Antonio Guterres le sage

John Magufuli, le fou : « Vous avez du bétail, vous êtes de grands fermiers, vous pouvez nourrir vos enfants. Pourquoi alors recourir au contrôle des naissances ? J’ai voyagé en Europe et ailleurs, et j’ai vu les effets néfastes du contrôle des naissances ; certains pays font face à un déclin démographique, il leur manque de la main d’œuvre… Il est important de se reproduire ! Les femmes peuvent désormais abandonner les moyens de contraception. »* C’est le discours hallucinant prononcé le 9 septembre 2018 par le président tanzanien. Notons que le taux de fécondité en Tanzanie est de 5,2 enfants par femme, supérieur au taux moyen africain de 4,6 ! La Tanzanie comptait 7,7 millions d’âmes en 1950, 12,5 millions en 1967, 30 millions en 1994 et aujourd’hui elle en accueille près de 56 millions. Selon l’ONU, les projections sont de 138 millions pour 2050, et de 316 millions pour 2100. Cette multiplication par 41 en un siècle et demi équivaudrait à atteindre 1,7 milliards de français ! C’est sûr, la Tanzanie sera bientôt peuplée de crève la faim et de bandits, alors que ses lions et chimpanzés seront devenus espèces disparues.

Antonio Guterres, le sage : « Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici 2020, nous risquons des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent. Il est impératif que la société civile — jeunes, groupes de femmes, secteur privé, communautés religieuses, scientifiques et mouvements écologiques dans le monde — demande des comptes aux dirigeants. » C’est l’avertissement donné le 10 septembre 2018 par le secrétaire général des Nations unies. En dressant un tableau noir des menaces pesant sur la chaîne alimentaire et l’accès à l’eau, M. Guterres a jugé que le monde faisait « face à une menace existentielle directe » et au « plus grand défi » de notre époque : « Nous devons arrêter la déforestation, restaurer les forêts détériorées et changer notre manière de cultiver. Il faut aussi revoir la manière de chauffer, de refroidir et d’éclairer nos bâtiments pour gaspiller moins d’énergie. ».**

Bien entendu niveau de population et niveau de consommation sont reliés, on ne peut parler de bombe démographique en ignorant la croissance démographique et réciproquement. C’est ce que démontre l’équation de Kaya au niveau climatique :

CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

* http://lesinfos.online/2018/09/10/tanzanie-il-faut-abandonner-la-contraception/

** LE MONDE du 11 septembre 2018, Climat : « Nous devons rompre avec la paralysie », dit Antonio Guterres

John Magufuli le fou et Antonio Guterres le sage

John Magufuli, le fou : « Vous avez du bétail, vous êtes de grands fermiers, vous pouvez nourrir vos enfants. Pourquoi alors recourir au contrôle des naissances ? J’ai voyagé en Europe et ailleurs, et j’ai vu les effets néfastes du contrôle des naissances ; certains pays font face à un déclin démographique, il leur manque de la main d’œuvre… Il est important de se reproduire ! Les femmes peuvent désormais abandonner les moyens de contraception. »* C’est le discours hallucinant prononcé le 9 septembre 2018 par le président tanzanien. Notons que le taux de fécondité en Tanzanie est de 5,2 enfants par femme, supérieur au taux moyen africain de 4,6 ! La Tanzanie comptait 7,7 millions d’âmes en 1950, 12,5 millions en 1967, 30 millions en 1994 et aujourd’hui elle en accueille près de 56 millions. Selon l’ONU, les projections sont de 138 millions pour 2050, et de 316 millions pour 2100. Cette multiplication par 41 en un siècle et demi équivaudrait à atteindre 1,7 milliards de français ! C’est sûr, la Tanzanie sera bientôt peuplée de crève la faim et de bandits, alors que ses lions et chimpanzés seront devenus espèces disparues.

Antonio Guterres, le sage : « Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici 2020, nous risquons des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent. Il est impératif que la société civile — jeunes, groupes de femmes, secteur privé, communautés religieuses, scientifiques et mouvements écologiques dans le monde — demande des comptes aux dirigeants. » C’est l’avertissement donné le 10 septembre 2018 par le secrétaire général des Nations unies. En dressant un tableau noir des menaces pesant sur la chaîne alimentaire et l’accès à l’eau, M. Guterres a jugé que le monde faisait « face à une menace existentielle directe » et au « plus grand défi » de notre époque : « Nous devons arrêter la déforestation, restaurer les forêts détériorées et changer notre manière de cultiver. Il faut aussi revoir la manière de chauffer, de refroidir et d’éclairer nos bâtiments pour gaspiller moins d’énergie. ».**

Bien entendu niveau de population et niveau de consommation sont reliés, on ne peut parler de bombe démographique en ignorant la croissance démographique et réciproquement. C’est ce que démontre l’équation de Kaya au niveau climatique :

CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

* http://lesinfos.online/2018/09/10/tanzanie-il-faut-abandonner-la-contraception/

** LE MONDE du 11 septembre 2018, Climat : « Nous devons rompre avec la paralysie », dit Antonio Guterres

COP23, vingt trois années de blabla climatique

Il existe un « écart catastrophique » entre les engagements pris par les Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et les efforts nécessaires pour respecter l’accord de Paris adopté lors de la COP21, en décembre 2015. C’est la mise en garde qu’adresse l’ONU Environnement (ex-Programme des Nations unies pour l’environnement) dans un rapport publié le 31 octobre*. Cette énième alerte prend tout son sel à quelques jours de l’ouverture de la COP23 (du 6 au 17 novembre à Bonn, en Allemagne). La solution est connue : laisser sous terre entre 80 et 90 % des réserves de charbon, la moitié de celles de gaz et environ un tiers de celles de pétrole. Ce qui suppose, en première priorité, de ne plus construire de nouvelles centrales à charbon et de programmer l’arrêt de près de 6 700 unités actuellement en service. Nous avons suffisamment dénoncé l’inanité des grandes conférences internationales, la COP20 au Pérou, la COP21 un succès d’apparence, la COP22 s’achève sur un bide… pour en rajouter. Laissons la parole aux commentateurs-trices sur lemonde.fr :

Léo-Paul : Rien de surprenant, on nous a présenté la Cop21 comme une grande victoire mais il suffisait de se pencher un peu plus profondément sur la question pour s’apercevoir que ce n’était qu’une vaste blague. Des engagements reconnus comme insuffisants par les experts et surtout non contraignant dont on savait dés le départ que certains pays ne les respecterait pas (puisque non contraignant). Des promesses et du vent c’est ça les Cop.

Pinpon : Mais là où moi, je vais me marrer, c’est quand, tout comme les Brexiteurs commencent à le faire pour l’avenir de UK, les anti-écolos commenceront à constater que l’avenir de cette plaie qu’est l’espèce humaine sur la planète est définitivement condamné. Et pourquoi ont-ils fait des enfants pour les fracasser comme sur un mur.

Léo-Paul : Bah au moins les écolos quand leurs petits enfants leur demanderont pourquoi ils ne peuvent pas sortir dehors sans masque de protection (comme c’est déjà le cas dans les villes chinoises) ils pourront dire qu’ils ont essayés de changer les choses. Les autres ils pourront juste dire que ce qui leur importait c’était pas les conditions de vie de leur descendance mais leur petit confort personnel et la sacro-sainte croissance.

le sceptique : L’équation de Kaya est têtue. Le CO2 évolue en fonction du PIB, de la population, de la part carbone de l’économie. Il faudrait que l’intensité carbone baisse en proportion des hausses (factorisées) économiques et démographiques. Va-t-on dire aux populations : on vous interdit de faire des enfants, on gèle le PIB pour 2 générations, on consacré l’essentiel de la dépense publique à baisser le carbone? Non. Donc l’humanité devra s’adapter au réchauffement climatique au cours du siècle. Selon son intensité, et selon le degré de préparation, il provoquera des troubles ou contribuera à en aggraver.

Loulou : Le cataclysme ne sera pas du type Hollywoodien. On peut anticiper des choses comme celles qui se passe en Syrie (ou une grande sécheresse depuis 2004 a bouleversé la Syrie rurale). On peut s’attendre à de très gros problèmes dans les zones arides : Sahel, Rajasthan/Pakistan, Iran, etc. Certains parlent de millions de réfugiés climatiques aux portes de l’Europe : que fera-t-on ? On coulera les bateaux ? Les questions sont très difficiles.

Bill : Et on est content parce que la croissance repart en France Haha !! Quand est-ce que les journalistes et les scientifiques mettront en avant le fait qu’il est impossible de tenir de tels objectifs avec un système dont la santé dépend de la croissance ?? TOUJOURS PLUUUUUUUS

Phil69 : Aucune personne sérieuse ayant des connaissances en histoire et anthropologie ne croit possible d’espérer en une modération de la consommation énergétique. Y renoncer, c’est abdiquer l’idée d’humanité forgée depuis 5 siècles. Il est bcp plus réaliste de se préparer à une lutte darwinienne entre les nations dans un contexte de stress climatique généralisé.Et que fait Trump, si ce n’est préparer la guerre?

Mumuche : Il ne se passera rien, tant qu’un gigantesque cataclysme ne nous aura pas fait retrousser les manches. C’est comme ça que l’humanité marche : a posteriori. L’anticipation, connaît pas. Mais l’inertie du réchauffement est telle qu’au moment du dit cataclysme, il sera sûrement trop tard.

* LE MONDE du 1er novembre 2017, Réchauffement climatique : la bataille des 2 °C est presque perdue

COP23, vingt trois années de blabla climatique

Il existe un « écart catastrophique » entre les engagements pris par les Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et les efforts nécessaires pour respecter l’accord de Paris adopté lors de la COP21, en décembre 2015. C’est la mise en garde qu’adresse l’ONU Environnement (ex-Programme des Nations unies pour l’environnement) dans un rapport publié le 31 octobre*. Cette énième alerte prend tout son sel à quelques jours de l’ouverture de la COP23 (du 6 au 17 novembre à Bonn, en Allemagne). La solution est connue : laisser sous terre entre 80 et 90 % des réserves de charbon, la moitié de celles de gaz et environ un tiers de celles de pétrole. Ce qui suppose, en première priorité, de ne plus construire de nouvelles centrales à charbon et de programmer l’arrêt de près de 6 700 unités actuellement en service. Nous avons suffisamment dénoncé l’inanité des grandes conférences internationales, la COP20 au Pérou, la COP21 un succès d’apparence, la COP22 s’achève sur un bide… pour en rajouter. Laissons la parole aux commentateurs-trices sur lemonde.fr :

Léo-Paul : Rien de surprenant, on nous a présenté la Cop21 comme une grande victoire mais il suffisait de se pencher un peu plus profondément sur la question pour s’apercevoir que ce n’était qu’une vaste blague. Des engagements reconnus comme insuffisants par les experts et surtout non contraignant dont on savait dés le départ que certains pays ne les respecterait pas (puisque non contraignant). Des promesses et du vent c’est ça les Cop.

Pinpon : Mais là où moi, je vais me marrer, c’est quand, tout comme les Brexiteurs commencent à le faire pour l’avenir de UK, les anti-écolos commenceront à constater que l’avenir de cette plaie qu’est l’espèce humaine sur la planète est définitivement condamné. Et pourquoi ont-ils fait des enfants pour les fracasser comme sur un mur.

Léo-Paul : Bah au moins les écolos quand leurs petits enfants leur demanderont pourquoi ils ne peuvent pas sortir dehors sans masque de protection (comme c’est déjà le cas dans les villes chinoises) ils pourront dire qu’ils ont essayés de changer les choses. Les autres ils pourront juste dire que ce qui leur importait c’était pas les conditions de vie de leur descendance mais leur petit confort personnel et la sacro-sainte croissance.

le sceptique : L’équation de Kaya est têtue. Le CO2 évolue en fonction du PIB, de la population, de la part carbone de l’économie. Il faudrait que l’intensité carbone baisse en proportion des hausses (factorisées) économiques et démographiques. Va-t-on dire aux populations : on vous interdit de faire des enfants, on gèle le PIB pour 2 générations, on consacré l’essentiel de la dépense publique à baisser le carbone? Non. Donc l’humanité devra s’adapter au réchauffement climatique au cours du siècle. Selon son intensité, et selon le degré de préparation, il provoquera des troubles ou contribuera à en aggraver.

Loulou : Le cataclysme ne sera pas du type Hollywoodien. On peut anticiper des choses comme celles qui se passe en Syrie (ou une grande sécheresse depuis 2004 a bouleversé la Syrie rurale). On peut s’attendre à de très gros problèmes dans les zones arides : Sahel, Rajasthan/Pakistan, Iran, etc. Certains parlent de millions de réfugiés climatiques aux portes de l’Europe : que fera-t-on ? On coulera les bateaux ? Les questions sont très difficiles.

Bill : Et on est content parce que la croissance repart en France Haha !! Quand est-ce que les journalistes et les scientifiques mettront en avant le fait qu’il est impossible de tenir de tels objectifs avec un système dont la santé dépend de la croissance ?? TOUJOURS PLUUUUUUUS

Phil69 : Aucune personne sérieuse ayant des connaissances en histoire et anthropologie ne croit possible d’espérer en une modération de la consommation énergétique. Y renoncer, c’est abdiquer l’idée d’humanité forgée depuis 5 siècles. Il est bcp plus réaliste de se préparer à une lutte darwinienne entre les nations dans un contexte de stress climatique généralisé.Et que fait Trump, si ce n’est préparer la guerre?

Mumuche : Il ne se passera rien, tant qu’un gigantesque cataclysme ne nous aura pas fait retrousser les manches. C’est comme ça que l’humanité marche : a posteriori. L’anticipation, connaît pas. Mais l’inertie du réchauffement est telle qu’au moment du dit cataclysme, il sera sûrement trop tard.

* LE MONDE du 1er novembre 2017, Réchauffement climatique : la bataille des 2 °C est presque perdue

Le tabou démographique face au choc climatique

Le journaliste Jean-Michel Bezat est un « spécialiste » du pétrole qui se contente de commenter au jour le jour l’état du marché, c’est-à-dire le jeu de l’offre et de la demande. Aucune perspective à long terme, aucune mention des dangereux rapports entre pétrole et réchauffement climatique. Il est un adepte du court-termisme. Alors, quand il s’aventure sur la question malthusienne, on parcourt son article* avec attention. On n’est pas déçu. En minimisant le péril démographique et en maximisant le climato-scepticisme de Sarkozy, Bezat empêche toute réflexion. Il est vrai que le candidat à la primaire très à droite brouille lui aussi les cartes : « La première cause de dégradation de l’environnement, c’est le nombre d’habitants sur la planète. » Il est absurde de donner un classement aux périls qui nous guettent, la démographie est toujours un multiplicateur des menaces. Si un Européen de l’Ouest émet 13 tonnes de CO2 par an et un Chinois 6 tonnes, il n’empêche qu’en multipliant cela par les populations respectives, la Chine émet globalement autant que l’Europe ! Même si l’Africain émet actuellement peu de CO2, soit 1,9 tonne, quel est le potentiel de réchauffement climatique quand ce continent comptera 4 milliards d’habitants en 2100 ?

Encore une fois nous constatons que la démographie reste un tabou pour les journalistes comme pour la plupart des politiques. Il est donc étonnant d’entendre Sarkozy insister sur « choc démographique dont l’homme est directement responsable » « Et personne n’en parle ! » Ce populiste s’appuie pour une fois sur des conséquences concrètes : la poussée démographique entraîne un exode accru des populations et un afflux de réfugiés entraînant à son tour une dilution de l’identité et une recrudescence de l’insécurité. C’est déjà une réalité présente que Bezat veut ignorer. Pourtant le journaliste effleure quand même les question qui fâchent : comment maîtriser notre fécondité de façon acceptable ? Comment remettre en question notre niveau de vie qui, multiplié par notre nombre, nécessite beaucoup d’énergies fossiles ? George H. W. Bush père prévenait que « le mode de vie des Américains n’est pas négociable ». M. Sarkozy semble dire que celui des Français ne se négocie pas davantage. On ne peut scinder les problèmes, tout est lié, c’est une des leçons de base de l’écologie politique. Une leçon que devrait méditer journalistes et politiciens !

La meilleure façon d’aborder les interrelations globales est l’équation de Kaya que nous avons déjà développé plusieurs fois sur ce blog :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2016/09/17/etonnant-nicolas-sarkozy-serait-devenu-malthusien/

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2015/06/26/ges-linterdependance-entre-economie-et-demographie/

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2014/12/08/comprendre-lequation-de-kayaavec-un-blog-du-monde/

* LE MONDE du 19-17 octobre 2016, Climat : « Notre maison brûle » et M. Sarkozy…

étonnant, Nicolas Sarkozy serait devenu malthusien

Jeudi 15 septembre sur France 2, le (re)présidentiable Nicolas Sarkozy précise : «  Vous me dites le changement climatique est le premier défi de l’humanité. Permettez-moi de m’inscrire en faux . Le premier défi n’est pas celui-là, c’est le défi démographique. » Une telle déclaration est détonnante. Au niveau politique, l’enjeu démographique était resté un véritable tabou, et les malthusiens voués aux gémonies. Jusqu’à présent, seuls de rares écologistes ont alerté sur la surpopulation de la planète : René Dumont dans les années 1970 et Yves Cochet plus récemment. Ce dernier avait même suggéré en 2009 « que l’on agisse en France sur les allocations familiales de manière à dissuader les couples de procréer au-delà des deux enfants qui assurent le renouvellement minimal des générations ». Les autres politiciens préfèrent vanter la vitalité de la fécondité française.

Mais Sarkozy fait l’erreur courante de classer les chocs que rencontrent l’humanité alors qu’il y a interdépendance. Le réchauffement climatique est un multiplicateur des risques autant que l’explosion démographique : une menace entraîne l’autre et réciproquement. Une équation montre d’ailleurs parfaitement ces enchaînements qui aboutissent à amplifier les émissions de gaz à effet de serre, l’équation de Kaya.

CO2 = (CO2 : TEP)  x (TEP : PIB) x (PIB : Pop) x Pop => CO2

(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole). Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire…

(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre globalement au PIB). C’est l’intensité énergétique de l’économie ou inverse de l’efficacité énergétique. Mais l’innovation technologique ne permet pas de faire suffisamment baisser ce paramètre.

(PIB : Pop) : production par personne ou niveau de vie moyen. Il est nécessaire de mettre en place une politique d’austérité partagée. C’est la variable à laquelle aucun politique ne pense, et pourtant c’est le seul critère qui peut baisser fortement… quand il y a récession économique !

Pop : population, nombre d’habitants. Les questions d’éthique s’imposent dans ce dernier paramètre de l’équation. Mais Dennis Meadows montrent que nous n’avons pas le choix : « Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de l’humanité : la réduction du taux de natalité ou l’accroissement du taux de mortalité. Laquelle préféreriez-vous ?  » Cette interrogation a été abordée dans un essai collaboratif coordonné par Michel Sourrouille, Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) dont le titre évocateur laisse supposer la position de l’auteur sur cette question au centre de toute réflexion écologique.

Au niveau mondial il faudrait diviser par 3 d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre (CO2) si on ne veut pas dépasse le seuil de 2°C de réchauffement. En fait ce seuil n’est qu’un élément de langage politique. Les dernières indications scientifiques montrent qu’il ne faudrait pas dépasser le seuil de 1,5°C, soit une division par 4 (c’est-à-dire – 75%). Mais quand on divise par 3 ou 4 les émissions de CO2, cela implique qu’il faut diviser par 3 ou 4 en moyenne tous les autres membres de l’équation. Personne n’a expliqué cela au sortir de la COP21 à Paris sur le climat !

étonnant, Nicolas Sarkozy serait devenu malthusien

Jeudi 15 septembre sur France 2, le (re)présidentiable Nicolas Sarkozy précise : «  Vous me dites le changement climatique est le premier défi de l’humanité. Permettez-moi de m’inscrire en faux . Le premier défi n’est pas celui-là, c’est le défi démographique. » Une telle déclaration est détonnante. Au niveau politique, l’enjeu démographique était resté un véritable tabou, et les malthusiens voués aux gémonies. Jusqu’à présent, seuls de rares écologistes ont alerté sur la surpopulation de la planète : René Dumont dans les années 1970 et Yves Cochet plus récemment. Ce dernier avait même suggéré en 2009 « que l’on agisse en France sur les allocations familiales de manière à dissuader les couples de procréer au-delà des deux enfants qui assurent le renouvellement minimal des générations ». Les autres politiciens préfèrent vanter la vitalité de la fécondité française.

Mais Sarkozy fait l’erreur courante de classer les chocs que rencontrent l’humanité alors qu’il y a interdépendance. Le réchauffement climatique est un multiplicateur des risques autant que l’explosion démographique : une menace entraîne l’autre et réciproquement. Une équation montre d’ailleurs parfaitement ces enchaînements qui aboutissent à amplifier les émissions de gaz à effet de serre, l’équation de Kaya.

CO2 = (CO2 : TEP)  x (TEP : PIB) x (PIB : Pop) x Pop => CO2

(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole). Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire…

(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre globalement au PIB). C’est l’intensité énergétique de l’économie ou inverse de l’efficacité énergétique. Mais l’innovation technologique ne permet pas de faire suffisamment baisser ce paramètre.

(PIB : Pop) : production par personne ou niveau de vie moyen. Il est nécessaire de mettre en place une politique d’austérité partagée. C’est la variable à laquelle aucun politique ne pense, et pourtant c’est le seul critère qui peut baisser fortement… quand il y a récession économique !

Pop : population, nombre d’habitants. Les questions d’éthique s’imposent dans ce dernier paramètre de l’équation. Mais Dennis Meadows montrent que nous n’avons pas le choix : « Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de l’humanité : la réduction du taux de natalité ou l’accroissement du taux de mortalité. Laquelle préféreriez-vous ?  » Cette interrogation a été abordée dans un essai collaboratif coordonné par Michel Sourrouille, Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) dont le titre évocateur laisse supposer la position de l’auteur sur cette question au centre de toute réflexion écologique.

Au niveau mondial il faudrait diviser par 3 d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre (CO2) si on ne veut pas dépasse le seuil de 2°C de réchauffement. En fait ce seuil n’est qu’un élément de langage politique. Les dernières indications scientifiques montrent qu’il ne faudrait pas dépasser le seuil de 1,5°C, soit une division par 4 (c’est-à-dire – 75%). Mais quand on divise par 3 ou 4 les émissions de CO2, cela implique qu’il faut diviser par 3 ou 4 en moyenne tous les autres membres de l’équation. Personne n’a expliqué cela au sortir de la COP21 à Paris sur le climat !

BIOSPHERE-INFO : spécial démographie (et climat)

Il est étonnant que les différentes conférences sur le climat ne se soient jamais penchées sur la question démographique. Pourtant l’équation de Kaya montrait la complémentarité absolue entre évolution de la population humaine, niveau de vie par personne, intensité énergétique et choix des énergies utilisées (cf. BIOSPHERE-INFO n° 355).

Pour avoir quelques éléments de réflexion sur l’évolution de la population, voici un résumé de l’intervention de Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie Responsable à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Pour recevoir gratuitement notre bimensuel BIOSPHERE-INFO, s’inscrire à cette adresse : biosphere@ouvaton.org

COP21 : et la question démographique ?

BIOSPHERE-INFO n° 359 (1er au 15 novembre 2015)

1/6) Un point généralement ignoré
Le rapport Planète vivante publié conjointement fin 2014 par le WWF, la Société Zoologique de Londres et d’autres partenaires signalait que depuis 1970, en 45 ans seulement, 50 % des effectifs des animaux sauvages (plus précisément des vertébrés) avaient disparus. En moins d’un demi-siècle nous avons donc éliminé la moitié de la faune. Si nous continuons ainsi, dès 2060 n’y aura-t-il plus un seul animal sauvage sur la Terre ?
Le fait est assez effrayant et a été largement repris par nombre de mouvements écologistes, mais curieusement, il a rarement été souligné que l’on pouvait rapprocher cette division par deux du nombre des animaux d’une multiplication par deux aussi, du nombre des hommes et cela exactement sur la même période. En effet, de 1970 à 2015 les effectifs de l’humanité sont passés de 3,7 à 7,3 milliards. Cela veut dire que depuis 1970, pour un homme vivant sur la Terre il y a 4 fois moins d’animaux sauvages !
Ces deux évolutions, le doublement des hommes et la division par deux du nombre d’animaux ne sont pas, hélas, sans lien de cause à effet. On peut à la fois s’interroger sur ce qui les relie. Tel est l’objet de cette conférence.

2/6) Les ordres de grandeurs de la question démographique
Comme en tout domaine, il est utile d’avoir en tête les ordres de grandeur, je vous propose 4 références
– Depuis les débuts de notre ère (il y avait environ 200 millions d’habitants sur la Terre en l’an zéro environ) les effectifs de l’humanité ont été multipliés par plus de 35 ! Notez que l’on associe cette époque à la fameuse phrase de la Genèse, « Croissez et multipliez » : elle est en fait antérieure de 500 ou 600 ans, mais il est intéressant de constater qu’elle sert encore de référence, pas seulement en démographie et pas seulement dans la sphère religieuse. C’est en fait l’ensemble de notre monde qui est un adepte forcené de la croissance. Cette phrase a été écrite par les hommes dans un monde de 150 millions d’habitants, soit 50 fois moins densément peuplé que celui d’aujourd’hui et elle constitue encore une référence. Excellente illustration des règles adaptées à un monde donné mais qui restent appliquées et vénérées dans un autre contexte, pourtant tout différent. Il serait sans doute temps de s’interroger sur leur bien-fondé et temps aussi de les revoir.
– Depuis le début du 20ème siècle (il y avait 1,6 milliard d’habitants en 1900) c’est par un peu plus de 4 qu’ont été multipliés nos effectifs. Un savant comme Claude Lévi Strauss a presque vu le nombre d’hommes quadrupler au cours de son existence. Il en était d’ailleurs effrayé et ce fut l’un de ces derniers messages. Alors qu’il a fallu des dizaines de milliers d’années à l’humanité pour atteindre 1 milliard de représentants, c’est aujourd’hui tous les 12 ou 13 ans que nous ajoutons un milliard d’habitants de plus à la planète. Cette augmentation de la population n’est pas liée à une hausse de la fécondité, celle-ci tend plutôt à baisser (5 enfants par femme en moyenne dans le monde en 1950, 2,5 aujourd’hui) mais cette baisse n’est pas assez rapide et est venue trop tard pour enrayer la hausse qu’a provoqué l’allongement de la durée de vie et notamment la baisse de la mortalité infantile qui fait que désormais (heureusement) presque tous les enfants survivent jusqu’à atteindre, à leur tour, l’âge de la reproduction.

3/6) Quelques données sur les prévisions
Les prévisions sont de plus en plus pessimistes, puisque depuis le début de notre siècle l’ONU a revu déjà 2 fois à la hausse ses projections démographiques planétaires.
En 2008, nous pensions que nous serions 9,1 milliards en 2050, en 2010 les projections se sont élevées à 9,3 milliards (toujours pour 2050 bien sûr) et en 2013 enfin, le chiffre est monté à 9,7 milliards. Les prévisions pour 2100 sont également passées de 10,1 milliards en 2010 à 11,2 milliards en 2014, tout en confirmant que sans doute en 2100 la situation ne serait pas stabilisée (en contradiction complète donc avec les propos généralement optimistes des démographes notamment en France). Je précise qu’il s’agit là des estimations moyennes il existe en réalité une fourchette de projections présentant une borne inférieure et une borne supérieure (respectivement à 6,8 et 16,6 milliards pour 2100 selon la prévision de l’ONU de 2012)
L’Afrique est un cas très préoccupant car la transition démographique (passage d’une forte mortalité et forte fécondité à une faible mortalité et à une faible fécondité, passage durant lequel naturellement la population croit fortement) tarde à s’établir. Le continent est passé de 200 millions d’habitants en 1950 à 1,2 milliard aujourd’hui (soit une multiplication par 6 en 65 ans) elle devrait atteindre, selon l’ONU, 2,4 milliards en 2050 et plus de 4 milliards en 2100. Nous aurons alors une multiplication par 20 en 150 ans !
Tous ces éléments, associés bien entendu aux changement de mode de vie, font dire au philosophe Dominique Bourg, que nous sommes en train de changer de planète et que la nouvelle planète sera beaucoup moins accueillante. Je ne puis hélas que souscrire à cette analyse.

4/6) La question du Tabou démographique
L’une des difficultés pour aborder cette question démographique est le tabou qui l’entoure.
La quasi-totalité des mouvements politiques sont natalistes. Il y a de ce point de vue une unanimité touchante de l’extrême gauche à l’extrême droite pour se réjouir des chiffres élevés de la natalité en France. Les journaux eux-mêmes, abandonnant leur nécessaire devoir de réserve, présentent toujours comme une bonne nouvelle les chiffres que présentent l’Insee et qui confortent la bonne tenue de la fécondité. C’est d’autant plus surprenant qu’aux débuts de l’écologie politique en France avec René Dumont ou le commandant Cousteau le sujet était loin d’être tabou ; le facteur démographique avait toute sa place. Aujourd’hui, même le principal parti écologiste français (EELV) est majoritairement nataliste et ne présente jamais le facteur surpopulation parmi les éléments de dégradation du biotope.
Trois éléments peuvent justifier ce tabou
– En s’attaquant à la natalité, certains ont peur de donner l’impression de s’attaquer aux enfants, au droit à l’enfantement et donc au sacré.
– Comme les taux de fécondité les plus élevés sont actuellement connus dans les pays les plus pauvres, en s’attaquant à cette question quelques-uns auraient peur d’être taxés d’anti-pauvres et préfèrent par prudence se rallier à la « bien-pensance » générale.
– Il y a une méconnaissance des chiffres, beaucoup se rassurent en se disant que la transition démographique est en marche et que bientôt la démographie mondiale sera stabilisée. Par exemple on nous rappelle qu’entre 1960 et 1970 le taux de croissance était d’environ 2 % par an alors qu’aujourd’hui il a presque baissé de moitié (il est à 1,2 %). On oublie tout simplement que s’appliquant à une population plus importante ces 1,2 % de plus tous les ans conduisent à ajouter sur la planète 80 millions de personnes chaque année (l’équivalent de la ville de Paris tous les 10 jours !) tandis que dans la décennie 1960-70 les 2 % de croissance annuelle ne conduisaient qu’à une augmentation de 70 millions. En valeur brute, la croissance a augmenté et bien sûr tous ces effectifs s’ajoutent à une population déjà doublement plus nombreuse.

5/6) Que faire ?
Agir dans les pays en voie de développement
Plusieurs études ont montré qu’un nombre important de femme étaient en attente insatisfaite de contraception (au moins 30 %). Il faut donc tout faire pour rendre cette contraception accessible, par des moyens matériels (développement des centres de planning familial) et par des aides financières, parfois la contraception ayant encore un coût significatif pour les populations les plus pauvres.
Ainsi l’association Démographie Responsable a lancé une campagne (encore modeste) d’envoi et de distribution de préservatifs gratuits dans plusieurs pays d’Afrique – Togo, Bénin et Côte d’Ivoire – ainsi qu’à Haïti). Elle encourage évidemment ce genre d’action. Certaines associations américaines ont aussi lancé des campagnes comparables (avec des moyens plus importants d’ailleurs).
Il faut également réorienter l’aide au développement dans ce sens, il semble qu’un euro investi dans la planification familiale soit l’euro le plus rentable pour réduire la pauvreté. Démographie Responsable a d’ailleurs lancé une pétition pour qu’une partie significative de l’aide au développement (25 %) y soit consacrée. Notons que dans les grandes instances internationales (l’AFD, agence Française de Développement) ou l’UNFPA (Fonds des Nations Unis pour la Population) nombreux sont les dirigeants qui en sont conscients. L’ancien Secrétaire des Nations Unis, Kofi Annan, s’était d’ailleurs prononcé en ce sens : « Si nous continuons dans cette voie, si nous ne faisons rien pour enrayer l’accroissement de la population, nous allons en payer le prix, nous allons nous retrouver dans un monde surpeuplé. La démographie a un impact sur le développement économique, sur l’environnement et sur les ressources de la Terre qui sont limitées.»
Une autre pétition a aussi été lancée en faveur de la gratuité de la contraception dans le monde (vous pouvez encore les signer toutes deux)
Il faut également favoriser l’éducation et en particulier l’éducation des filles. Il y a une forte corrélation – négative – entre le niveau d’instruction des femmes et leur nombre d’enfants. Bien entendu ce domaine est aussi lié au développement et dépasse les compétences et le domaine d’action possible pour une association comme Démographie Responsable.

– Agir dans les pays déjà développés
Agir dans ces pays est important aussi. Dans un pays comme la France où la fécondité est élevée on peut imaginer une réorientation de la politique familiale qui serait plus favorable aux familles moins nombreuses et moins favorable aux familles nombreuses.
Ainsi Démographie Responsable propose de revoir le système d’allocations familiales français en attribuant :
– 100 € mensuels pour le premier enfant (actuellement il n’y a quasiment aucune aide).
– 200 € mensuels pour une famille de 2 enfants (actuellement 129 €)
– Puis, quel que soit le nombre d’enfants, laisser cette aide à ce niveau de 200 € (actuellement 295 € pour 3 enfants, 460 € pour 4 puis 165 € de plus par enfant supplémentaire).
De façon à ne mettre aucune famille dans l’embarras, ces mesures seraient annoncées à l’avance et bien sûr non rétroactives envers les droits acquis. Mais bien entendu le but est de faire cesser les incitations financières à la natalité. Enfin la fiscalité et les aides diverses aux familles pourraient être revues dans un sens comparable. La politique des retraites pourraient également être revue puisque, dans certains cas, avoir eu beaucoup d’enfants constitue un avantage, ce qui fait que paradoxalement ce sont les gens qui auront de la famille pour les aider quand ils seront vieux qui bénéficient le plus des aides de l’Etat. Il y a là sans doute une injustice.

6/6) Conclusion
Beaucoup de gens n’envisagent d’améliorer notre monde qu’en modifiant nos habitudes et qu’en optimisant nos comportements, c’est une intention certes louable mais probablement insuffisante. Indépendamment de ces efforts d’optimisation nous devons prendre en compte les ordres de grandeurs.
La démographie constitue donc un facteur essentiel par la maîtrise duquel nous pouvons à la fois lutter contre la pauvreté et contre la dégradation des équilibres de notre planète notamment en sauvegardant des territoires pour le reste de ses habitants : la faune et la flore.
Le tabou est encore important et rares sont les auteurs ayant le courage de mettre ce facteur au premier rang des préoccupations, il est temps d’oser le faire.

Pour en savoir plus : « Moins Nombreux plus heureux » (L’urgence écologique de repenser la démographie) aux éditions Sang de la Terre, 2014.

 

 

Faut-il décroître pour sauver le climat ?

Les journées d’été d’EELV (Europe Ecologie Les Verts), c’est en fait une université temporaire qui a rassemblé et formé cette année près de 2000 participants du 20 au 22 août à Lille. Du matin au soir se succèdent les plénières et s’enchevêtrent forums, ateliers, réunion de commissions thématiques, etc. Tout citoyen voulant progresser dans sa conception de l’écologie pouvait venir, ces journées sont ouvertes à tous.

Dans ce BIOSPHERE-INFO, nous vous présentons une intervention lors d’un atelier qui fait le point sur ce qui devrait résulter d’une conférence internationale sur le climat. Michel Sourrouille s’exprimait au nom de l’association Démographie Responsable. Cet atelier a été organisé en collaboration entre deux groupes de travail EELV, « imaginez une économie écologiste » et « démographie ».

Pour s’abonner à ce bimensuel, écrire à biosphere@ouvaton.org

Faut-il décroître pour sauver le climat ?

BIOSPHERE-INFO n°355 (1er au 15 septembre 2015)

Je m’exprime au nom de l’association « Démographie responsable ». Elle a été fondée en 2008 et reste la seule en France sur la question malthusienne. Il s’agit de militer pour que la question démographique ait toute sa place au sein des débats liés à la protection de l’environnement. DR a d’ailleurs préparé deux conférences à Paris en vue de la COP21 le 19 et 21 novembre 2015. Je vais m’appuyer sur deux équations qui montrent qu’il y a interdépendance absolue entre croissance démographique et croissance économique dans le réchauffement climatique.

On peut d’abord exprimer les interrelations sous la forme de l’équation I = PAT. Quand une automobile A brûle des combustibles fossiles, il y a émission de gaz à effet de serre I (impact écologique). Or elle ne roule pas sans un automobiliste P au volant. On ne peut donc pas  dire qu’il y a trop d’automobiles, peu importe le nombre d’automobilistes. La population des pays émergents rêve de rouler en voiture et un Iranien, dans la perspective de la libéralisation du commerce, exprimait récemment à la radio française son souhait d’acheter une automobile allemande. Il faut aussi considérer le niveau technique T, c’est-à-dire la puissance du moteur, sa consommation, son mode de fonctionnement électrique, hybride, etc. Si on bride les moteurs mais qu’il y a augmentation du nombre d’automobilistes, il n’y a pas d’avantage conséquent. L’inventeur de la formule IPAT, Paul Ehrlich, avait publié en 1968 The Population Bomb (la bombe P). Il plaçait l’expansion de la population comme la menace écologique prioritaire : « Trop de voitures, trop d’usines, trop de pesticides. Pas assez d’eau, trop de dioxyde de carbone, tout peut être attribué à une cause unique : trop de personnes sur Terre. » L’expression est un peu trop radicale, il y a forcément responsabilité conjointe dans le réchauffement climatique de P, A et T et il faut agir sur ces trois variables en même temps.

Une autre manière d’exprimer la multiplicité des causes du réchauffement climatique se retrouve dans l’équation de KAYA.
CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire…
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
C’est l’intensité énergétique de l’économie ou inverse de l’efficacité énergétique (qui serait PIB : TEP)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Notons la ressemblance avec l’équation I = PAT. L’impact écologique I se mesure ici en terme d’équivalent CO2. La population P est toujours présente. Le rapport PIB/POP est en fait le niveau de vie moyen, c’est-à-dire le facteur A comme abondance ou niveau de consommation. La technologie employée T se retrouve dans le rapport TEP/PIB. Reste le rapport CO2/TEP, non pris en compte par IPAT, mais qui va à l’essentiel. Sans ressources naturelles, en l’occurrence ici les énergies fossiles, l’humanité ne pourrait pas assurer son mode de vie actuel : on prend à la nature et on retourne cela sous forme de pollution ! Interprétons maintenant l’équation de KAYA.

Au niveau mondial il faudrait diviser par 3 d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre (CO2) si on ne veut pas dépasse le seuil de 2°C de réchauffement. En fait ce seuil n’est qu’un élément de langage politique. Les dernières indications scientifiques montrent qu’il ne faudrait pas dépasser le seuil de 1,5°C, soit une division par 4 (c’est-à-dire – 75%). Mais quand on divise par 3 ou 4 les émissions de CO2, cela implique qu’il faut diviser par 3 ou 4 tous les autres membres de l’équation. Quand Bush avait annoncé qu’il allait diminuer l’intensité énergétique de l’économie américaine de 18 % en 10 ans, il est facile de voir que cela ne porte que sur l’un des termes de cette égalité (TEP/PIB). Et le reste ? Si la production économique par personne (PIB/POP) augmente de 25 % dans le même temps (ce qui représente une croissance de 2,5 % par an, soit un objectif conservateur pour n’importe quel gouvernement), le résultat sera une hausse des émissions de CO2, pas une diminution ! D’autant plus que l’évolution démographique sera de son côté positive.

On ne peut agir dans le court terme sur l’évolution démographique étant donné son inertie. La tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050, pour arriver à un peu plus de 9 milliards d’habitants. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4 et non par 3 en moyenne, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs. Si on ajoute l’hypothèse d’une croissance annuelle du PIB mondial de 2 % moyenne (2,3 % est atteint en 2012 et 2013) sur 40 ans, soit une multiplication de 2,2 et une population multipliée par 1,33, il faudrait alors diviser les autres indicateurs par 9. Or le « contenu en gaz carbonique de l’énergie » a juste diminué de 10 % sur les 40 dernières années. Ce qui implique que la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) est à trouver presque exclusivement dans le rapport CO2/TEP, ce qui est irréaliste. Etant donné ce qui précède, les négociations lors de la COP21 à Paris ne devrait pas porter essentiellement sur un chiffre mythique de division des GES, mais sur les moyens de programmer une décroissance économique et une décroissance malthusienne. La démographie est un multiplicateur des risques, cela est bien démontré depuis le rapport au club de Rome de 1972 sur les limites de la croissance.

S’il n’y a pas diminution drastique de nos GES, la violence des changements climatiques aura des effets délétères sur les moyens de nourrir l’humanité et sur la stabilité socioéconomique. Cela entraînera des récessions économiques et une limitation démographique par des moyens non contrôlés (épidémies, guerres et famine). L’organisatrice EELV de ces journées d’été a demandé à notre atelier de permettre l’expression des différents points de vue sur la problématique posée. Mais à cette question « Faut-il décroître pour sauver le climat ? », il n’y a qu’une réponse possible, c’est OUI. Notons qu’une division par 4 des émission de GES équivaut à diviser par deux notre consommation d’énergie. Il serait donc politiquement absurde d’ignorer la pensée malthusienne de maîtrise de la fécondité et le concept de décroissance économique. Le problème, c’est comment arriver, dans une société qui reste profondément croissanciste, de porter ce message. Ce n’est plus la responsabilité d’une association comme Démographie Responsable), c’est une responsabilité politique, et pas seulement celle d’EELV. Maintenant il faudrait décider pour agir, ne pas se contenter de « YAKA » (y’a qu’à) financer l’adaptation, (y’a qu’à) organiser une autre conférence, (y’a qu’à) attendre que les autres agissent … La conférence au sommet de Copenhague en 2009 a été un échec, mais faute de considérer les équations IPAT et KAYA, celle de la COP21 à Paris a de fortes chances d’arriver au même résultat.

Pour prolonger cet exposé
www.demographie-responsable.org pour s’inscrire à l’association ou en savoir plus
michelsourrouille@gmail.com pour s’inscrire au groupe de travail EELV « démographie »
www.biosphere.ouvaton.org réseau de documentation des écologistes
livre : Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) aux éditions Sang de la Terre

GES, l’interdépendance entre économie et démographie

L’équation de KAYA présente les causes du réchauffement climatique Elle met en relation l’influence et le poids de l’activité humaine en termes d’émission direct de gaz à effet de serre :
CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
C’est l’intensité énergétique de l’économie ou inverse de l’efficacité énergétique (qui serait PIB : TEP)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Tout est interdépendant, on ne peut agir sur un des termes sans considérer ce qui se passe ailleurs.
–  si on divise par 3 les émissions de gaz à effet de serre, il faut aussi que l’ensemble des autres éléments soit divisés par trois. Peu importe mathématiquement ce qui est réduit.
Cette division par 3 au niveau mondial est une approximation liée à un seuil (politiquement décidé) de 2°C de réchauffement. Les dernières indications scientifiques montrent qu’il ne faudrait pas dépasser le seuil de 1,5°C d’ici 2050, soit une division par 4 (c’est-à-dire – 75%). Ce facteur 4 était envisagé par la premier ministre Raffarin dès 2003 (voir annexe)

– Jean-Marc Jancovici : « Quand Bush a annoncé qu’il allait diminuer l’intensité énergétique de l’économie américaine de 18% en 10 ans, il est facile de voir que cela ne porte que sur l’un des termes de cette égalité (TEP/PIB). Et le reste ? Si la production économique par personne (PIB/POP) augmente de 25% dans le même temps (ce qui représente une croissance de 2,5% par an, soit un objectif conservateur pour n’importe quel gouvernement), avec une population (POP) qui augmente de quelques % dans le même temps (simple prolongation des tendances aux USA), et un contenu en carbone qui reste constant (assertion raisonnable compte tenu des tendances actuelles aux USA), le résultat sera une hausse des émissions de CO2, pas une diminution ! » »

– la tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050, soit un peu plus de 9 milliards d’habitants. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs. On mesure les efforts à demander à la population, gigantesque, sachant qu’on ne peut agir dans le court terme sur l’évolution démographique étant donné son inertie.

– Hypothèse d’une croissance annuelle moyenne du PIB de 2 % (2,3 % est atteint en 2012 et 2013) sur 40 ans, soir une multiplication de 2,2. La population serait multipliée par 1,33. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 9. Or le « contenu en gaz carbonique de l’énergie » a juste diminué de 10 % sur les 40 dernières années. D’autre part le découplage entre TEP et PIB se heurte à l’effet rebond.

étant donné ce qui précède, on est voué à une décroissance économique (récession, voir dépression) et démographique (épidémies, guerres et famine) forcée qu’il s’agit politiquement de maîtriser le mieux possible.

conclusion
Il est donc politiquement absurde d’ignorer la variable démographique et le concept de décroissance économique lors de la COP21. La solution au réchauffement climatique passe obligatoirement par ces deux axes.

GES : trop d’automobiles ou trop d’automobilistes ?

Un petit exercices simple pour comprendre les émission de gaz à effet de serre et confondre leurs auteurs:
Une automobile A brûle des combustibles fossiles
Il y a émission de gaz à effet de serre I (impact écologique)
Elle ne roule pas sans un automobiliste P au volant.
D’où la formule I = PxA
100 automobilistes possédant une voiture polluent 100 fois plus qu’un automobiliste possédant 100 voitures. On ne peut pas donc dire comme certains décroissants qu’il y a trop d’automobiles, peu importe le nombre d’automobilistes. Mais il faut préciser l’influence des inégalités, un 4X4 pollue plus qu’une petite voiture… et un riche préfère l’avion !
Il faut donc considérer en plus la puissance du moteur, sa consommation, son niveau technique T

D’où la formule célèbre I = PAT (Ehrlich) avec A = Abondance ou consommation ou niveau de vie
Conséquence : Cette équation veut dire qu’il y a responsabilité conjointe dans le réchauffement climatique de P, A et T. Si on bride les moteurs mais qu’il y a plus d’automobilistes, il n’y a pas d’avantage conséquent.

Si on rend l’équation plus complexe, cela devient l’équation de Kaya :
CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole). Cela correspond à un choix de ressources naturelles, charbon ou gaz, électricité, énergie renouvelable ou non, nucléaire…
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB). C’est l’intensité énergétique de l’économie
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

A toi de considérer ce qu’il faut décroître !

Le pape François va-t-en-guerre pour le climat

L’encyclique papale sur l’environnement, Laudato Si (loué sois-tu), va bientôt être officialisée. Cette encyclique est importante, même pour les non-croyants : « Aujourd’hui, croyants et non-croyants sont d’accord sur le fait que la Terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous. ». C’est d’ailleurs le premier texte de ce type exclusivement consacré par un pape à la crise écologique. Cette analyse du pape François a vocation à devenir un élément du magistère officiel de l’Eglise et aider à la prise en compte du réchauffement climatique. Selon le pape, réduire les émissions de gaz à effet de serre demande « de l’honnêteté et du courage, notamment de la part des pays les plus puissants et les plus polluants »… « Les négociations internationales ne peuvent pas progresser de manière significative à cause de la position de pays qui privilégient leurs intérêts nationaux plutôt que le bien commun »… « Ceux qui pâtiront des conséquences de ce que nous essayons de cacher se souviendront de ce manque de conscience et de responsabilité. »*

Le pape François en appelle à « toute la famille humaine », croyants ou non, catholiques ou autres, à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation »**. Il réfute l’idée que « l’économie actuelle et la technologie résoudront tous les problèmes environnementaux », tout comme celle qui voudrait que « les problèmes de la faim et de la misère dans le monde se résolvent simplement par la croissance du marché ». Mais, fidèle à la doctrine de l’Eglise, il assure que la croissance de la population mondiale n’est pas une cause des problèmes écologiques. Rappelons à tous les chrétiens et à bien d’autres que le nombre d’habitants sur notre petite planète est un multiplicateur de nuisances. On ne peut contredire l’équation de Kaya qui présente les causes du réchauffement climatique

CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP => CO2
(CO2 : TEP) : contenu carbone d’une unité d’énergie (qui peut s’exprimer en TEP, tonnes d’équivalent pétrole)
(TEP : PIB) : quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire (qui peut correspondre au PIB)
(PIB : POP) : production par personne ou niveau de vie moyen
POP : nombre d’habitants.

Si on veut diviser par 3 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui est un minimum au niveau mondial, il faudrait aussi que l’ensemble des autres éléments soit divisé par trois. Peu importe mathématiquement ce qui est réduit. Or la tendance moyenne d’augmentation démographique est de 30 % d’ici 2050. Il faudrait donc diviser les autres indicateurs par 4, ce qui veut dire par beaucoup plus que 4 pour les pays les plus émetteurs. On mesure les efforts d’économies d’énergie à demander à la population ou à la technique, gigantesque, sachant qu’on ne peut agir dans le court terme sur l’évolution démographique étant donné son inertie. Nous allons payer en termes climatiques le fait que l’Eglise catholique ait toujours œuvré contre le planning familial, la contraception « non naturelle » et l’avortement. Le pape François a encore du chemin à faire pour arriver à la vérité…écologique !

* Le Monde.fr | 16.06.2015, Environnement : le pape en appelle au « courage » et à l’action urgente
** LE MONDE du 17 juin 2015, Climat : le blâme du pape aux pays riches