À lire, mensuel « La décroissance », extraits

Raoul Anvélaut : Nous remettons fondamentalement en cause l’hypermobilité et appelons à en finir avec la grande vitesse, que ce soit sur mer, dans les airs, sur rail, sur route ou dans des tubes à faible pression d’air. Ni TGV, ni Hyper-loop, ni avion à réaction. De la lenteur, de l’enracinement, de l’enclavement. Les transports rapides et les télécommunications instantanées n’ont abouti qu’à uniformiser le monde, à anéantir l’espace, à transformer la planète en un vaste banlieue où tous les réseaux convergent vers les métropoles.

Francis Jarrige : L’an dernier la France renouait avec un Grand prix de formule 1 après dix ans d’absence. Comme si tourner en rond le plus vite possible sur un circuit automobile était un besoin fondamental dont l’interdiction serait inacceptable. Pourtant chacun sent qu’il faudrait freiner l’essor des mobilités, réduisant les consommations d’énergie. Comment imaginer une transiton fondée que la sobriété énergétique alors que des circuits continuent un peu partout d’entretenir le désir de vitesse et le culte de la bagnole ?

Philippe Pongy : J’ai eu l’ineffable bonheur de connaître un temps où à partir de rien (un caillou, une pétale de fleur, un mot) on découvrait et créait le monde. Aujourd’hui, à partir d’un monde sans limite, il semblerait qu’on ne découvre et ne crée plus rien. La réalité augmentée permet de mixer et de confondre totalement la réalité extérieure et réalité virtuelle.

Julien Lebrun : Les écrans sont pires que l’automobile. Car leur développement fulgurant témoigne en effet que nus sommes loin, bien loin, de plus en plus loin d’intégrer ce que suppose notre vie sur terre.

Hervé Krief : Voiture et smartphone contribuent au mêmes fantasme de liberté, de vitesse, d’enivrement technologique, de déstructuration de l’espace qui sont utilisé par les industriels et les États pour nous convaincre de leur bien-fondé et du caractère inéluctable de leur présence. Ils portent en eux la volonté d’asservir les populations en leur fabricant une vie simplifiée et vide. Ils participent activement à la déstructuration concomitante de la vie sur Terre et de notre condition humaine.

Florent Busssy : Le numérique crée une dépendance qui fait qu’on ne se déconnecte plus jamais. Tout est fait pour accroître nos besoins dans la logique d’une recherche de profits fondés sur la consommation de masse. L’économie capitaliste ne peut se passer de croissance et production cette dépendance. C’est à elle qu’il faut résister.

La décroissance n° 162, septembre 2019

10 réflexions sur “À lire, mensuel « La décroissance », extraits”

  1. @ Marcel

    T’embête pas trop avec Hyperloop, car selon moi à terme le projet sera abandonné ! Pour cause ? Non rentable ! En effet, selon un ingénieur de la Sncf, Hyperloop présente l’inconvénient au niveau freinage, qui fait que l’intervalle entre 2 trains se trouvant sur la même voie est beaucoup plus grand que sur une ligne classique de Tgv. Autrement dit, même si l’Hyperloop va plus vite au final on transporte beaucoup moins de passagers d’un point A vers un point B au cours d’une journée. Voir lien

    https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/hyperloop-escroquerie-selon-ex-directeur-alstom-n80395.html

    1. Merci BGA pour ce lien. Cette analyse, venant d’un expert, François Lacôte, vient confirmer ce que dit Raoult Anvélaut au sujet cette innovation à la con, l’Hyperloop (prononcer «aïe-peur-loupe»), sortie du cerveau de notre brillantissime Elon Musk.
      Sur cet article, j’aime bien la photo. Bien entendu il s’agit d’une image bricolée, sur Photoshop ou autre. Aujourd’hui ce ne sont pas les images de ce genre qui manquent, merci le Progrès. Ces images sont tellement réalistes qu’on en est arrivé à ne plus faire de différence entre le réel et le virtuel, c’est encore là un exemple de la grande confusion qui règne. Pour reprendre la citation de Jules Vernes, on en est arrivé à penser que tout ce qu’un homme peut dessiner… un jour d’autres hommes le réaliseront. Misère misère ! L’infographiste s’est donc appliqué ici à nous représenter un paysage de demain, du moins comme il imagine demain. Aujourd’hui encore, ce ne sont pas ces « artistes » qui manquent. Bref, ici un superbe coucher de soleil au dessus d’une nature luxuriante, sur fond d’éoliennes et de tubes sur pilotis. C’est d’une toute beauté !
      Mais j’aime peut-être encore plus la conclusion de l’expert : « Pourquoi faire compliqué quand on peut faire si simple ? » Eh oui ! Je devine alors que François Lacôte connait bien les Shadoks. Ce serait alors dommage qu’il considère le TGV comme un bel exemple de simplicité.

    1. Je suis d’accord avec vous, « ce serait vécu comme tel » (une privation de liberté). Autrement dit il y aura un manque. Et quand il y a un manque on souffre. Si on vous met en prison, je parie que vous allez ressentir un terrible manque. En ce qui me concerne j’en suis sûr.
      Je voulais dire que ce manque sera plus ou moins douloureux selon le degré de l’addiction, à tous ces objets et gadgets qui nous aliènent, plus ou moins. Quant à ce ressenti de privation de liberté, tout dépend de l’idée qu’on se fait de la liberté. Je ne sais plus qui disait «Je ne me suis jamais senti aussi libre qu’en prison» … mais c’est Sartre qui a dit «Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande». En tous cas, je ne pense pas que tout le monde puisse voir (et ressentir, ou vivre) ça comme ça.
      Personnellement ce n’est pas le smartphone qui va me manquer (je n’en ai pas), ni l’ordi (j’ai fait sans jusqu’à il n’y a pas longtemps), mais plutôt la bagnole. Particulièrement pour mes petits loisirs de petit-bourgeois. Pour aller à la montagne, à la mer, à la pêche. Mais j’espère que j’aurais toujours la liberté d’y aller à vélo, avec une petite chariote pour trimbaler tout le barda. Comme à l’époque des premiers congés payés, et c’était quand même pas le Moyen-Age 😉
      En attendant… je suis donc moi aussi addict à la bagnole, et plus généralement à mon petit confort dit « moderne » (l’eau froide et l’eau chaude au robinet, la lumière au plafond etc.) Je ne suis donc pas vraiment libre, j’en suis conscient, c’est déjà ça.

  2. Il sera bien plus facile de faire passer la pilule ou le stérilet ou la stérilisation de la décroissance démographique que de renoncer pour des millions de gens aux appareils que sainte technocul produit ad nauseam ! Qu’ on se le dise !

  3. Pour les adeptes du vroum vroum , interdire les courses de F1 …, F n – 1, Fn , ce sera l’ enfer , Harry !
    Cellulaire de rien , les adeptes du téléphone portable se verront administrer un kNokia out si on limite leur accès à ces appareils démoniaques .

    Sans être en désaccord avec ce qui est énoncé dans le numero 162 du journal , je vois mal comment ils vont supprimer les courses de Formule 1 à n ou limiter les hyperloop , les TGV ,shitphones et autres appareils diaboliques à haute teneur en addiction !
    Comme le dit D. Barthes , comment revenir en arrière ?

    Une polpotisation de la société , peut -être ?

    1. Je plains les adeptes et autres accros de vroum-vroum et de bidulphone, parce que quand ça va s’arrêter, ceux-là vont terriblement souffrir. Pour eux ce sera pire que l’enfer.
      Pas de besoin d’un Paul Pote ou d’un autre dingue, rouge, vert ou brun peu importe. Par la force des choses (si ce n’est la Force des Choses) on va « revenir en arrière », comme dit Didier Barthès.

  4. Ah, cette fois elle est bonne, la PUB ! Je suis con tant ! Bien sûr qu’il faut la lire, «La Décroissance». Et non pas la brûler !
    Dans ce N°162 on peut notamment lire la chronique de François Jarrige, qui appelle à foutre le feu aux circuits de courses de vroum-vroum. On peut aussi se faire une opinion sur la question de savoir qui de la «peste automobile» ou du «choléra numérique» est le pire. On peut lire celle (l’opinion) de Raoult Anvélaut au sujet de cette innovation à la con, l’«aïe-peur-loupe» d’Elon Musk. Tout dépend si on aime les BD ou pas, on peut également se marrer ou pas, avec «Yves le décroissant»… qui finit contre un platane, le pauvre. Et puis avec Delphine en consultation chez le professeur Foldingue, la pauvre. Et à la dernière page on peut voir que «notre phare de la Pensée, Luc Ferrire» est en grande forme, en forme de quoi peu importe, le pauvre lui aussi.
    Bref, ce n’est pas pour rien que ce journal est sous-titré «Le journal de la joie de vivre». Se foutre de la gueule du monde, c’est une façon comme une autre de faire passer un message, et en même temps… d’aimer la vie.

  5. La difficulté est : « Comment revenir en arrière ? ».
    Car si, effectivement, beaucoup des « facilités » (hyper mobilité, communications larges et instantanées) sont, pour une part, des libertés un peu superficielles, pour autant, s’en passer sera certainement vécu comme une grand privation de liberté.
    Les mouvements de l’Histoire dans un sens ou dans l’autre ne seront jamais vus comme de simples symétries et les retours en arrière probablement vécus comme des drames. Une grande partie de la population n’a connu que ce monde, aussi il lui apparait naturel (et c’est bien normal).

    1. Bonjour Didier Barthès.
      Les mouvements de l’histoire peuvent se voir comme le mouvement d’un balancier. Seulement, à chaque retour de ce balancier, l’humanité ne revient jamais exactement au même endroit. A chaque cycle, nous observons un déplacement, disons transversal. Après, il reste à voir et nous entendre pour dire dans quelle direction s’opère ce mouvement transversal. Vers le bas, ou bien vers le haut ? Mais bon, nous sortons peut-être là du cadre du sujet.

      Bien sûr, «comment revenir en arrière ?» … en admettant qu’on puisse «revenir en arrière». Comment déjà, ne serait-ce que ralentir ? Je ne vois pas… par contre je vois très bien le crash. Qu’on revienne à l’équivalent du Moyen-Age, en ce qui concerne le mode vie et de penser, c’est possible. Et après le Moyen-Age, théoriquement… c’est la Renaissance. Maintenant je ne crois pas qu’on puisse revenir à l’époque des cavernes. Quoi qu’il se passe nous garderons la connaissance de la roue, de l’arc, du métal et de bien d’autres techniques. Pour ce qui est des autres connaissances, dont certaines nous sont transmises depuis des millénaires, rien n’est garantit. Les récits des Anciens, leur pensée etc. nous ont été transmises notamment sur du papier. Or le papier ça brûle. Et nos supports modernes (numériques) ne sont pas plus durables. Mais là encore, on peut parier qu’ici ou là résisteront quelques traces, qui viendront alors alimenter cette nouvelle renaissance. Ou pas. Evidemment, s’il n’y a plus personne pour penser, il ne peut pas y avoir de renaissance.

      Vous dites «pour autant, s’en passer sera certainement vécu comme une grand privation de liberté.»
      Justement, la liberté. C’est quoi la liberté ? Ce n’est certainement pas la possibilité de choisir entre 50 modèles de smartphones, entre 500 modèles de bagnoles et autant si ce n’est plus de destinations pour les vacances ou les week-end.
      Alors certes, il y aura un manque, plus ou moins grand selon le degré de l’addiction. Je parle bien sûr de l’addiction au smartphone et/ou à la bagnole, pas à la liberté 😉

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