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EELV face au concept de « décroissance »

Le concept de « Décroissance » semble pour certains membres d’Europe Ecologie Les Verts utilisable politiquement, mais pour d’autre à rejeter. Exemple, Alain Coulombel (membre du Bureau exécutif) avec Claire Lejeune (Les jeunes écologistes) se positionnent dans un projet de Charte et principes de gouvernance pour un « Principe de décroissance choisie et sélective (ou principe de post-croissance choisie et sélective) ». Ils justifient ainsi leur point de vue : « Parce que le PIB, la croissance pour la croissance, ne peuvent plus être notre boussole, nous nous engageons à réévaluer l’ensemble de nos activités à l’aune du bien vivre et des limites de la planète. Contre le productivisme et son pendant consumériste, certaines activités doivent décroître rapidement (automobile, aérien, activité spéculative, industrie du luxe, élevage industrielle, industrie touristique…) et laisser la place à d’autres activités (énergie renouvelable, low tech, mobilité douce, soin…) . De l’autre côté Esther Benbassa, sénatrice EELV : « Si les écologistes d’EELV étaient décroissants, les Français n’auraient pas voté pour eux ! Je tiens à vous dire que les écologistes ne sont pas décroissants. Il y a peut-être eu des branches de la pensée décroissante parmi la pensée écologiste, mais il n’y a pas d’écologie pratique qui soit décroissante ! » ( CNews, 29 juin 2020)

Le débat sur le concept de décroissance est ouvert à EELV depuis longtemps. Le 21 avril 2011, une motion de Thierry Pradier proposait que les futurs programmes électoraux d’EELV intègre l’idée d’une société de décroissance et proposait 12 mesures concrètes pour une décroissance sélective, solidaire et favorable à l’emploi. Depuis il existe une commission post-croissance à EELV (motion du 14 mars 2017) : « La croissance vide de sens, telle qu’elle est comptabilisée aujourd’hui, n’est autre qu’une fuite en avant… Nous savons que la croissance illimitée se réalise forcément au détriment de l’écosystème de la planète, à travers les « incrémentations cumulatives »… Une décroissance du PIB semble inévitable, tellement nous vivons à crédit sur la planète, mais elle ne doit pas être synonyme de chaos. C’est tout l’enjeu de la période transitoire qui doit être anticipée… » Le 16 janvier 2020, le projet écologiste d’EELV (programme Bien Vivre) intitule le premier de ses 6 piliers « Vers une société de post-croissance » : «  à la démesure, les écologistes opposent la conscience des limites ; au dogme de la croissance infinie, la décroissance des excès ; à la dictature du PIB, les indicateurs de bien être, d’égalité et d’émancipation... ».

Les tenants de la société thermo-industrielle accusent les écologistes d’être des apôtres de la décroissance, c’est ce que montrait un article récent sur ce blog biosphere. Les représentants médiatisés de l’écologie politique peuvent retourner l’argument, ce sont les Croissancistes qui nous amènent à la crise économique, en d’autres termes à la décroissance. Nous écologistes, nous voulons une activité économique en équilibre durable avec les possibilités de la biosphère, donc une société post-croissance qui nécessite forcément une décroissance sélective. L’écologie politique présente une vision complexe des réalités humaines face aux contraintes biophysiques. La forte probabilité d’une crise durable du système croissanciste est bien documenté depuis le rapport de 1972 sur les limites de la croissance. Nos adversaires idéologiques confondent la décroissance sélective et maîtrisée que nous voulons et la décroissance forcée où nous mène la perpétuation d’un système croissanciste dans un monde fini dont nous avons déjà dépassé les limites. Il faut leur rappeler que le système marchand traverse depuis son origine au XIXe siècles des décroissances économiques récurrentes dont la grande crise de 1929 ou plus récemment la récession de 2008. Une récession cyclique du système actuel qui se transforme en dépression économique, c’est bien l’équivalent d’une décroissance, sauf qu’elle est forcée, induite par l’expansion désordonnée du capitalisme marchand. L’écologie politique veut au contraire éviter la crise économique en mettant en place une décroissance sélective permettant de revenir à un état d’équilibre durable entre l’activité humaine et les possibilités de la planète. Une société post-croissance implique que l’on décide collectivement des arbitrages entre la décroissance de certains secteurs économique carbonés et le soutien à des activités créatrices d’emploi et économes en énergie. Quelques exemple de ce qui devrait décroître : énergies carbonées, centrales nucléaires, circuits alimentaires longs, produits ultra-transformés, alimentation carnée issue des élevages intensifs, pesticides et engrais chimiques, artificialisation des sols, hyper-concentrations urbaines, transports routiers, paquebots de croisière, aéroports surdimensionnés, publicité pour des produits superflus, etc. Bien entendu il y a tout ce qui devrait au contraire croître, énergie renouvelable, sobriété énergétique, circuits courts, alimentation végétale, agriculture biologique, etc. Cette écologie n’est pas punitive, elle est positive et réaliste.

Le résultat final se concrétisera sans doute par une décroissance globale du PIB, mais la sobriété partagée peut devenir une source meilleure de bien-être qu’une addiction à l’accumulation de marchandises. Il nous faut aussi préciser publiquement que le PIB est un indicateur de croissance très imparfait puisqu’une pollution entraîne des dépenses pour réduire cette pollution et donc on mélange à la fois un mal et un bien. Il est même fort possible que si on enlevait toutes les externalités négatives du PIB, on mesurerait déjà une décroissance de la richesse réelle produite. Il nous faut collectivement utiliser des indicateurs alternatifs comme l’IBED (indicateur de bien-être véritable). En clair, atteindre le bonheur national brut est un meilleur projet politique que sacraliser le produit intérieur brut comme le font les Croissancistes. Ceux qui attaquent les écologistes en simplifiant indûment la complexité de la notion de décroissance ne font que soutenir le système « business as usual ». Les Croissancistes nous mènent au désastre et à l’appauvrissement collectif en retardant la rupture écologique nécessaire pour enrayer les émissions de gaz à effet de serre, l’extinction des espèces, le stress hydrique, l’épuisement des ressources non renouvelables, etc.

Petites manœuvres entre Hamon et Duflot

Les éliminés de la dernière présidentielle veulent revenir sous les feux de la rampe. Les relations entre Génération.s de Hamon et Europe Ecologie-Les Verts (Bayou/Duflot) sont aujourd’hui au beau fixe. Ils organiseront ensemble les journées d’été d’EELV. Les autres « coorganisateurs » (Génération écologie, CAP 21, Alliance écologiste indépendante, Mouvement des progressistes) ne sont là que pour sauver les apparences d’une ligne « l’écologie d’abord ». On croit créer une « dynamique unitaire » préparatoire à la présidentielle et aux législatives de 2022. On croit encore à une « maison commune » des écologistes « de gauche ». Eric Piolle, le maire de Grenoble, ne cache plus ses ambitions élyséennes. Dans son duel à distance avec Yannick Jadot, l’apport des militants de Génération.s pourrait être décisif, surtout en cas de désignation du candidat vert par une primaire. Les commentateurs sur lemonde.fr s’en donnent à cœur joie :

Chouette96 : Ouh là…. belle erreur stratégique… Hamon est un looser .. il ne pèse rien… il a juste quelques potes dans les médias qui lui donnent la parole on se demande pourquoi… ça y est les verts s’autodétruisent… C’est Manu qui va être content !!

Maryse Chevasseau : La taxation des robots, le revenu universel et la légalisation de la drogue sont en effet des apports formidables susceptibles de mobiliser les électeurs. Laissez-moi rire!

lila : C’est donc cela qui nous est promis: une lutte fratricide au sein d EELV entre Jadot et les ex-Macron compatibles et Piolle et les « vraie- gauche -gauche-on pourrait même s’allier avec LFI s’ils ne rêvaient pas de nous bouffer tout cru ». Ça promet son lot de psychodrames.

Super Sara : Claire Monod, femme d’Yves Contassot, qui a quitté les verts car il n’a pas pu être réinvesti aux municipales pour cause de cumul des mandats dans le temps, essaye de revenir à la soupe via une alliance d’un parti minuscule et d’un courant socialiste devenu parti. Cette analyse a la faiblesse de masquer le véritable enjeu : assurer au courant duflotiste, qui n’est pas complètement majoritaire, de fusionner avec toutes les cartes d’Hamon pour empêcher que la mère Duflot se prendne une veste face à Jadot en cas de primaire.

Ricardo Uztarroz : En clair, on se rassemble pour mieux se diviser après. Ce rassemblement a tout l’air d’un front anti-Jadot. Or, pour l’instant, c’est bien lui le candidat légitime puisqu’il a été l’artisan du succès des Verts, sur liste propre, aux Européennes. Les municipales sont un trompe-l’œil. Les maires écolos doivent leur élection non pas aux mérites de l’écologie mais une alliance de circonstance qui forcément ne résistera pas à l’attrait d’une candidature à la présidentielle. La preuve le combat de coqs Piolle-Jadot a commencé sans vraiment round d’observation.

JNE journalistes pour la nature et l’écologie

Pour mieux connaître cette association fondée en 1969, deux années avant la création du ministère de l’Environnement (intervenue le 2 janvier 1971), voici quelques témoignages écrits par des membres des JNE, journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie, ordonnée selon la date de leur adhésion à cette association :

1969, Jean-Claude Chantelat : Mon adhésion aux JNE, ou plus exactement à l’époque « Association des Journalistes et Écrivains pour la Protection de la Nature et de l’Environnement », s’est faite tout naturellement quand Pierre Pellerin a créé l’association en 1969. Je connaissais alors Pierre et collaborais régulièrement à Bêtes et Nature, la revue animalière dont il était rédacteur-en-chef… J’ai effectivement été un chasseur dans l’âme, passionné mais, je crois, mesuré. J’ai abandonné aujourd’hui toute activité cynégétique, après avoir déjà démissionné il y a bien longtemps de mes fonctions de responsable de revues de chasse, jugeant alors qu’il ne m’était plus possible de défendre les chasseurs dans leur grande majorité. A l’heure actuelle, je ne me reconnais plus dans la majorité de ces personnages vêtus de couleurs vives et ignorant tout pour la plupart de cette Nature qui les entoure.

1969, Claude-Marie Vadrot : j’ai rejoint l’association, alors en cours de formation, à la demande de la Fédération Nationale des Sociétés de Protection de nature (devenue plus tard France-Nature-Environnement), pour me sentir moins seul dans ma préoccupation personnelle et journalistique pour l’écologie. J’étais alors, et suis resté, grand reporter spécialisé dans la couverture des conflits et des événements internationaux. Tout en bataillant, au sein d’un quotidien, pour obtenir en plus un « petit coin » de mon journal pour la nature et l’environnement. Un rôle double que j’ai assumé dans toutes les rédactions desquelles j’ai été salarié. Devenu président des JNE en 1995, j’ai souhaité et obtenu que notre association rompe ses liens institutionnels avec France-Nature-Environnement. Nous ne pouvions être à la fois juge et partie, même si nous restions des journalistes non pas militants mais « concernés ». Nuance qui nous a toujours caractérisés.


1971, Marc Ambroise-Rendu : J’ai rédigé mon premier papier sur les périls de la pollution de l’air à Paris dès 1958. J’ai adhéré aux JNE en 1971, deux ans après leur création par Pierre Pellerin, Jean Carlier et une poignée de collègues. J’aurais pu faire carrière. Impossible  : la fièvre environnementaliste montait dans les villes et les campagnes. Une époque effervescente. 1970-1980 les dix glorieuses de l’écologie ! Les alarmes arrivaient de partout  : de Jean Dorst au Muséum, de Pompidou à Chicago, de Rachel Carson dans le middle-west, du Club de Rome, de Robert Poujade au ministère, de Bernard Laponche au Commissariat à l’énergie atomique. Mais aussi de nos confrères Pierre de la Garde qui crie «  Chefs d’oeuvres en péril  !  », de Louis Bériot dénonçant ceux qui «  défigurent la France  », d’Alain de Swarte qui traque les démembreurs de nos campagnes, de Jean Carlier dont le micro fustige les promoteurs sur la Vanoise. Moi qui suis né au cul des vaches dans le Sud-Ouest mais dans une famille d’artistes, je souffre personnellement de ces multiples agressions.

1971, Alain Hervé : En complet désaccord avec la politique agricole de la FAO à Rome, je démissionne en 1968 du Ceres. En 1971 je crée les Amis de la Terre et le Courrier de la Baleine. En 1973, création et direction du Sauvage (jusqu’en 1981). Mais les intellectuels dominants ont vu dans l’écologie une menace électorale pour la gauche et ses vieilles bastilles. Le public était ivre des délices de la modernité, une menace pour son tout neuf paradis de la consommation. Je me suis inscrit en 1971 à l’association de l’ami Pierre Pellerin l’AJEPN (devenue les JNE) de 1971 à 1995 pour rencontrer tous ceux qui chacun à sa manière commençaient à exprimer les mêmes convictions. Je me suis réinscrit aux JNE en 2008, pour rencontrer ces phénomènes qui ont mieux compris ce qui se passait, que toute notre classe politique bouchée à l’émeri à propos de l’écologie. (ndlr, Alain Hervé nous a quitté le 8 mai 2019)

1974, Jean-Philippe Beau-Douëzy : Je deviens membre des J.N.E. avant la présidentielle de 74. René Dumont y porte la parole écologique. Les J.N.E sont un lieu d’intenses débats entre conservationnistes et « écologistes politiques ». Nous menons de belles campagnes sur les préceptes du Cdt Cousteau : « on ne peut protéger que ce que l’on n’aime, on ne peut aimer que ce que l’on connait ». Les JNE évoluent. Ils sont toujours pour moi un espace unique dans lequel la communication, le journalisme, l’activisme, le militantisme, « écologique », sont liés dans un vortex humaniste insufflé par ses fondateurs dont Pierre Pellerin.

1983, Roger Cans : Après six ans au département Éducation du journal Le Monde, je peux enfin reprendre la rubrique Environnement en 1983, qu’abandonne alors Marc Ambroise-Rendu. Je ne connais pas encore les associations, ni de protection de la nature, ni de journalistes. Au printemps 1983, je reçois une invitation d’EDF pour un voyage de presse à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly. Bien entendu, j’y participe car je ne connais encore rien en la matière. Lorsque je monte dans le car qui nous y emmène, quelqu’un me dit : « Tu n’as pas payé ta cotisation ». Stupeur de ma part, car j’ignore alors qu’il s’agit d’un voyage de presse conjoint EDF et JNE. Une fois renseigné sur cette association de journalistes, je fais mon chèque d’adhésion dans le car. Pour moi, ancien journaliste gâté d’un grand quotidien, je suis resté reconnaissant à cette association qui mélange tout le monde, aussi bien des journalistes en carte que des pigistes, des illustrateurs, des photographes ou des écrivains. (ndlr, Roger Cans nous a quitté le 27 novembre 2018)

Olivier Nouaillas : Après presque 40 ans de journalisme à l’hebdomadaire La Vie, dont la moitié à la rubrique «.environnement.» et dix ans comme vice-président des JNE, l’heure est – peut-être – venue d’un premier bilan. D’abord celui d’une prise de conscience du jeune étudiant que j’étais avec la campagne présidentielle de René Dumont en 1974 et bien sûr la lecture de «La Gueule Ouverte», dont le sous-titre était déjà «le journal qui annonce la fin du monde». A rappeler (avec humour) à certains collapsologues qui – pas tous  ! – nous abreuvent aujourd’hui de prédictions plus apocalyptiques les unes que les autres. Ce que j’ai appris justement en 40 ans de métier c’est que l’histoire n’est jamais écrite .C’est pour cette raison qu’il faut continuer à se battre pour chaque dixième de degré en moins, chaque ver de terre, coquelicot, hirondelle préservés… Les sociétés qui s’effondrent donnent souvent naissance – hélas, on l’a vu dans l’histoire – à la barbarie et au règne du chacun pour soi. Après 40 ans de journalisme, je préfère continuer à agir pacifiquement à travers ce que j’aime le plus  : l’information, c’est-à-dire les faits et les mots. De préférence ceux qui introduisent la complexité, la nuance, la modération, le questionnement. Bref tout ce qui manque de plus en plus dans un monde où les réseaux dits sociaux et les tweets de 140 signes (dont ceux de Donald Trump, le climato-sceptique en chef) tiennent lieu d’arguments et nous entraînent chaque jour un peu plus vers l’ignorance et le chaos. C’est aussi à cela qu’il faut résister.

Macron, le magicien de l’écologie politique

Entrez, entrez, mesdames et messieurs, le spectacle va commencer ! L’écologie politique a trouvé son Grand Illusionniste, il s’appelle Emmanuel Macron. Ce qui sort de son chapeau s’appelle relance verte, 7 tours de magie font croire que l’on fait quelque chose.

– Tour n°1 : réinventer le démocratie participative. Fort d’avoir entendu les Gilets jaunes, Macron lance bien après le grand débat national, une CCC qui travaillera 9 mois pour présenter une série de propositions dont quasiment toutes avaient déjà été élaborées par des ONG, collectifs, scientifiques, députés ou partis à vocation écologique. La démocratie pour gagner du temps !

– Tour n°2 : entretenir le flou. Un bon exemple, le nucléaire, grand absent des analyses de la CCC. Au delà de la fermeture de Fessenheim décidée par son prédécesseur, impossible de distinguer les intentions profondes du Président sur l’avenir du nucléaire, le renouvellement des centrales existantes, l’évolution de la structure d’EDF et les enjeux des EPR. Il annonce un nouveau mix énergétique mais lequel exactement ?

– Tour n°3 : faire mine de découvrir ce qui existe déjà. Exemple n°1, l’objectif ZAN (Zéro artificialisation nette) que l’on promet d’atteindre alors qu’il existe déjà dans le plan biodiversité de 2018. Exemple n°2, le plan vélo qui figure dans la loi d’Orientation des Mobilités (LOM). Exemple n°3, l’extension des ZFE (Zones à faibles émissions) interdisant les centres-villes aux véhicules les plus polluants. Sauf que celles annoncées auparavant n’ont pas toutes été réalisées, donnant lieu à pression du Conseil d’Etat et amende de la Commission européenne.

– Tour n°4 : jouer habilement de l’échelle de temps, en allongeant les délais de mise en oeuvre. La transition écologique, nous dit le Président, est un chantier de longue haleine. Ainsi le calendrier de mise en oeuvre des 146 propositions acceptées de la CCC est déjà repoussé, un texte devant être présenté à la concertation à l’automne pour être examiné en 2021. Quant à la nécessaire réforme de la fiscalité écologique, elle est remise à 2022, c’est à dire à la prochaine mandature.

– Tour n°5 : promouvoir la compensation carbone. Un joli subterfuge consistant à compenser les émissions de carbone issues des énergies fossiles par des plantations d’arbres. Un droit d’investir dans le marron, du moment que l’on investit dans le vert, neutralisant ainsi le bilan carbone. Compenser c’est un peu comme si on donnait un permis de chasse pour certaines espèces tout en faisant promettre au chasseur de bichonner les autres espèces. Compenser c’est plus facile qu’éviter ou réduire. Et la compensation est trop mise en avant par les entreprises (cf Air France) pour être tout à fait honnête.

– Tour n°6 : se déguiser en champion de l’Europe. Le Président nous rappelle à juste titre que de nombreuses propositions de la CCC sont de niveau européen : taxer l’empreinte carbone aux frontières, faire évoluer les accords commerciaux et renégocier le CETA, réviser la PAC en faveur de l’agroécologie et d’une production autonome de protéines végétales. On pourra compter sur lui pour porter haut ces revendications ! Le problème est que l’évaluation du CETA qu’il prétend exiger à Bruxelles a déjà été effectuée par la commission Schubert en 2017 et que son rapport concluait à l’absence de cohérence du CETA avec l’Accord de Paris. Le problème, plus généralement, est qu’il doit composer des alliances avec d’autres chefs d’Etats et de gouvernements et donc s’aligner sur un plus petit dénominateur commun négocié dans le temps long. Toutes choses que notre Magicien sait pertinemment.

– Tour n°7 : placer le ministère de l’écologie tout en haut de l’affiche, au n°3 du gouvernement. Un affichage de volontarisme écologique qui ne franchira pas le seuil de l’action. Car pour agir, il fallait ajouter les compétences « énergie » ainsi qu' »alimentation et agriculture » au portefeuille de la nouvelle ministre, ce que Total et la FNSEA bien entendu n’auraient pas accepté. Il fallait également s’assurer d’un rapport de force équilibré entre ministres de l’écologie et de l’économie, ce qui ne sera pas le cas, Bruno Lemaire étant puissant car bien installé dans sa fonction.

Pendant que le Grand Magicien officie, l’horloge carbone continue à tourner, inexorablement. Me viennent alors des pensées attendries pour Barbara, Dany, François, Pascal et la floppée de pseudo-écolos Macron-compatibles qui ont su préserver leur âme d’enfant et ne demandent qu’à croire et croire encore aux tours de magie.

Texte de Patrick Salez déjà paru dans le cadre de la coopérative écologique. Pour télécharger leur lettre en format pdf : https://coop.eelv.fr/files/2020/07/INFOLETTRE-DU-MOIS-DE-JUILLET-2020.pdf

EELV, sa face désirable et celle plus obscure

JDE, Journée d’été des écologistes. On vous attend nombreuses et nombreux à « La cité fertile » de Pantin les 20, 21 et 22 août prochain. Ce rendez-vous sera inédit  à plus d’un titre. Premièrement parce que nous comptons bien avoir un certain nombre de victoires aux municipales à célébre . Deuxièmement parce que cette 36ème édition sera la première à être co-organisée avec nos collègues des autres formations politiques écologistes. Corinne Lepage (Cap21), Delphine Batho (Génération Ecologie), Jean-Marc Governatori (Alliance écologique indépendante) seront en effet présents, ainsi que les militants de leurs formations respectives, venant ainsi compléter la liste des partenaires écologistes traditionnels de nos Journées d’été (Délégations des député écologistes à Bruxelles, FEVE, Jeunes Ecologistes, Fondation de l’Ecologie politique, Fondation Heinrich Boll, etc). Cette 36ème édition sera également la première à se dérouler en état d’urgence sanitaire. Nous avons entrepris de « déconfiner », nous les ouvrirons au public sous réserve que les règles sanitaires en vigueur le permette. Mais tout sera également diffusé en direct sur 3 chaînes de webTV éphémères ! Les gestes barrières seront de rigueur mais ils n’empêcheront pas « l’esprit JDE » de vous gagner (concerts, cours de danse/yoga…). Côté programme, les commissions et parlementaires EELV, ainsi que les partenaires de l’événement, vous réservent un condensé de formation et d’entretiens, sous forme d’émissions de télé, qui seront enregistrées en public dans des studios télé prévus pour pouvoir accueillir beaucoup de monde. On évoquera bien sûr les mandats municipaux qui s’ouvrent, pour outiller nos nouveaux élus. Il faudra également préparer les séquences électorales à venir: les départementales, les régionales et la séquence présidentielles-législatives de 2022, le tout dans un contexte « post-covid » qui apparaî comme un moteur inédit de changement… mais jusqu’à quel point ? (Marine Tondelier)

Les Verts ont « vitriolé » l’écologie. Ni positive, ni punitive, l’écologie est d’abord une discipline scientifique, pratiquée par des écologues, alors que les écologistes (qui ne sont pas forcement des scientifiques) tentent de mettre en pratique une politique en tenant compte des enseignements de l’écologie Science. Ce que semble omettre EELV. Par ses combinaisons d’accord politiciens parfois « contre-nature » avec des partis de gauche traditionnel, réputés pour leur conservatisme idéologique productiviste et une conception économique et sociale d’un autre temps, aujourd’hui EELV est un parti de gauche qui s’éloigne toujours plus de l’écologie. Dernier acte avec les municipales, intercommunalités et métropoles, dans 9 cas sur 10, EELV confirme son alliance avec la gauche. Si un accord avec les partis de gauche peut parfois s’avérer nécessaire, en faire une règle absolue au niveau national par une organisation se réclamant de l’écologie, avec des opérations de « tambouille politicienne » des plus détestables, est une faute grave qui envoie à tort une très mauvaise image de tous les écologistes… Bon courage pour une lecture approfondie sur Agoravox, certain(e)s n’apprécieront pas forcément… (Daniel Martin)

Démonstration par l’exemple : Alexis Braud, personnage éminent d’EELV, a pourtant été suspendu par son groupe local car il trouvait dommageable l’alliance pour les municipales avec l’ex ministre Stéphane Le Foll, maire sortant au Mans. Pour mieux connaître celui avec qui on veut partager le plat de lentilles : Stéphane Le Foll pendant le quinquennat de François Hollande avait été nommé « ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire », cela témoignait clairement de la dérive productiviste de ce gouvernement de gauche. Car qui dit « agroalimentaire » dit agro-business. Jamais encore le mot « agroalimentaire » n’avait été utilisé pour le Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture, de la Pêche… Selon le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, les limites fixées voilà trente ans par la directive de 1991 (sur les nitrates) « doivent être renégociées à l’échelle européenne » (c’est-à-dire assouplies)… Stéphane Le Foll a aussi adressé une lettre de près de quatre pages pour inciter à ne pas voter l’interdiction totale des néonicotinoïdes ; pourtant Le Foll reconnaissait la neurotoxicité prouvée des sept molécules de cette catégorie de pesticides. Stéphane Le Foll se disait également favorable au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. La conception globale de cette figure de la gauche  : « Je ne suis pas pour la sobriété mais pour une croissance sûre qui porte le progrès. Ce n’est pas l’écologie comportementale individuelle en ne prenant plus l’avion ou en ne mangeant plus de viande qui va régler la question du réchauffement, mais des investissements dans l’efficacité énergétique. »

Quelle stratégie pour l’écologie en 2022 ?

Depuis 1974 l’écologie politique aux présidentielles n’étaient que des candidatures de témoignage, ne dépassant jamais 5 % (sauf Noël Mamère en 2002). Or l’écologie c’est notre destinée, de plus en plus de monde le ressent. Il faut donc dépasser le blocage électoral pour qu’un mouvement social-écologique devienne un parti de gouvernement en 2022. Comment faire ? Dans ses multiples facettes l’écologie constitue en soi tout un programme, à la fois de comportement individuel, de gestion des territoires, de place de la France dans le monde et même d’avenir pour la planète. L’usage et le mésusage des ressources naturelle de la Terre ne connaît pas de frontières. Dans ce contexte, voici quelques caractéristiques d’un positionnement de l’écologie politique qui se voudrait gagnant lors de la présidentielle 2022.

1) Nouveau créneau électoral. L’abandon en rase campagne de Yannick Jadot en 2017 était apparemment une erreur, l’écologie perdait son porte-voix. Mais son ralliement au PS apparaît a posteriori comme un tournant, l’écologie devenait incontournable pour l’ensemble des partis. Aux dernières municipales, même la droite est devenue écolo. L’écologie est maintenant un paramètre omniprésent aux yeux des médias et de la population. Encore faut-il une personnalité qui rassemble au-delà des étiquettes partisanes habituelles, qu’elle soit de droite, de gauche… ou d’ailleurs. L’idée écologique est par définition trans-partisane, nous avons tous intérêt en tant que citoyen à préserver des conditions d’existence durables tant pour les générations présentes que futures. Un tel positionnement, l’écologie comme fondement premier du système socio-économique, ne peut que rassembler un jour ou l’autre une majorité d’électeurs autour de l’idée que nous portons. La présidentielle se gagne « au centre », avec les électeurs sans étiquette stable qui font basculer l’élection d’un côté ou de l’autre.

2) Leadership. Dans une démocratie de masse où il faut entraîner à sa suite des millions d’électeurs lors d’une présidentielle, il est nécessaire d’avoir un leadership par lequel se faire reconnaître. Il était significatif que trois des quatre mouvements politiques qui sont arrivés en tête à la présidentielle française de 2017 étaient animés par une personnalité charismatique autoproclamée, Macron, Le Pen et Mélenchon. Le CF devrait réfléchir dès à présent à l’incarnation que nous voulons pour l’écologie politique en 2022 en tenant compte du point précédent : la candidature écolo est par essence trans-partisane.

3) Principe de notoriété. L’électorat vote pour une personnalité plus que pour un parti, et la connaissance de cette personne découle de son accès aux médias. La victoire de Macron, un type inconnu qui a démarré sans parti et sans programme, n’a été qu’un accident de parcours, une construction médiatique résultant des multiples erreurs de François Fillon et de la déconsidération des partis actuels. Il faut une dimension de plus si on veut conquérir le pouvoir au moment de la présidentielle, il faut une notoriété pré-existante et surtout une notoriété « politique », pas simplement un effet d’image comme avec Nicolas Hulot.

4) Exigence de compétence. Dans des conditions normales, tous ceux qui deviennent président de la république ont avant l’élection un long passé de responsabilités gouvernementales et/ou un parcours de premier plan en politique. La notoriété politique se crée sur plusieurs années ; en 1981, basculement historique de la droite vers la gauche, Mitterrand se présentait pour la troisième fois. Si on veut dépasser la candidature dite « de témoignage », il ne semble pas que le parti EELV (ou plus généralement l’écologie politique) ait en son sein une personnalité suffisamment expérimentée pour une présidentielle.

6) Unité introuvable. Jamais nous n’arriverons à bâtir d’ici 2022 une quelconque « fédération de tous les partis écologistes » ou un « archipel de l’écologie et des solidarités ». C’est tâche impossible, les variantes de l’écologisme sont innombrables, les débats sans fin, la concrétisation dans une structure impossible. On tente d’y parvenir depuis plusieurs années, on ne pourra pas y arriver en deux ans. D’où la nécessité d’une personnalité représentative pré-existante qui va fédérer sur son nom. C’est d’ailleurs une caractéristique première d’une présidentielle, la cristallisation sur une seule personne qui va personnifier la France aux yeux des électeurs.

7) Programme commun illusoire. Les programmes pour la période post-covid ont envahi les tribunes des médias, mais on ne peut accéder au rassemblement sur des bases aussi hétérogènes. Historiquement il faut des conditions institutionnelles spécifiques pour y arriver, comme « l’Union de la gauche sur la base d’un programme commun de gouvernement » en 1972 qui permettra à François Mitterrand de se présenter comme « candidat de la gauche » lors de la présidentielle 1974. L’expérience d’une présidentielle habituelle montre au contraire que le projet politique de ce type d’élection nationale, c’est uniquement celui du candidat à la présidentielle. Ce n’est pas celui de son parti d’origine ou de n’importe quelle autre instance délibérative. D’ailleurs peu importe au fond le programme, l’image remplace le contenu dans une démocratie de masse où il s’agit de voter pour celui ou celle qui va « représenter la France ».

5) Primaire peu fiable. EELV a toujours été erratique quant à la désignation de son représentant : sac d’embrouilles Mamère/Lipietz en 2002, refus du médiatique Nicolas Hulot en 2012, valse-hésitation autour de Mélenchon en 2017. Même la droite regrette amèrement cette procédure d’une primaire ouverte instaurée pour elle en 2017, sans compter le fiasco Hamon issu des rangs de la primaire PS. De toute façon les prétendants jouent le jeu des médias en dehors des partis ; les mérdias connaissent déjà deux présidentiables autoproclamés, Eric Piolle et Yannick Jadot. Delphine Batho est aussi sur les rangs, exigeant une “primaire ouverte” après constitution d’une fédération de tous les partis écologistes. Si on persiste dans ces déchirements internes, si l’écologie ne trouve pas une candidature externe, c’est le massacre électoral assuré.

8) Parti ex post plutôt qu’ex ante. La présidentielle 2017 a montré qu’on peut créer un nouveau parti avec la dynamique porté par un(e) présidentiabl(e). Cela relativise complètement l’idée qu’il faut obligatoirement qu’un parti déjà institutionnalisé désigne un candidat de son choix. Bien plus 2017 a relativisé l’existence même des partis traditionnels.

9) Législatives, confirmation de la présidentielle. A cause de l’inversion de calendrier voulu par Jospin, les législatives ne font que confirmer le choix de la présidentielle. Dans l’état de déliquescence dans lequel se trouve les partis, il s’agira pour EELV d’accompagner dès le début la candidature d’une personne ayant à la fois notoriété, compétence… et programme résolument écolo. Ainsi peut-on obtenir un groupe parlementaire écolo de meilleure façon que par d’obscures tractations comme avec le PS en 2011. On peut même envisager un miracle : au nom d’un rassemblement très large autour d’une personnalité dépassant le cadre restrictif de l’axe vert-rose, on pourrait voir en 2022 la naissance d’un Mouvement Social-Écologique digne de gouverner face à une droite anti-écolo et contre les populismes.

10) Positionnellement d’EELV pour le premier tour. Dans le cadre donné par les points précédents, il n’y a plus lieu pour EELV de présenter un ou une candidat(e), mais d’être prêt à soutenir la personne ayant à la fois notoriété, compétence… et programme résolument écolo. Au niveau médiatique, cela peut donner à l’écologie politique un statut d’arbitre pour la présidentielle 2022. Attendre et voir venir, c’est souvent une bonne stratégie. D’autant plus qu’un tel positionnement nous économise les frais d’une campagne de présidentiable ; si un ou une candidate issu(e) de l’écologie politique se lançait par ses propres moyens, à lui ou à elle d’assumer.

11) valorisation des législatives : Libéré des conflits sans fin en notre sein pour une candidature autonome de présidentiable (ou autour d’une alliance improbable avec un autre parti), nous pourrons consacrer tout notre temps à préparer les législatives, élection dont les paramètres fluctuent pour chaque circonscription. Soit il existera un présidentiable suffisamment écolo et les candidats du mouvement écologique se présenteront aux législatives comme force d’appoint, soit le président élu après le second tour ne le sera pas et dans chaque circonscription des candidats écolos se présenteront comme parti d’opposition pour le quinquennat à venir.

NB : cette analyse de Michel Sourrouille était en ligne sur le site des JNE (association des journalistes-écrivant pour la nature et l’écologie),

Laissons les araignées dans notre demeure !

Voici quelques petits gestes qui vous positionneront comme Terrien et non plus seulement comme Humain : laisser les toiles d’araignée dans les recoins de la maison, ne plus avoir d’animaux domestiques, pratiquer la marche attentive tout autour de son domicile, accepter sur son trottoir les herbes folles, rouler très lentement sur les petites routes (et même sur les grandes route) et faire preuve en toutes circonstances de sentiment océanique.

Abandonnons le grand récit national qui commence à nos ancêtres les gaulois, retrouvons le sens de la nature que nous avons perdu depuis 10 000 ans avec l’invention de l’agriculture, cultivons une éthique de la Terre et le goût de la nature sauvage (wilderness). Pour les colons puritains de l’Amérique du XVIIe siècle, au sens de la Bible, la nature c’est le désert, la solitude dans laquelle se trouvent les hommes lorsqu’ils sont abandonnés de Dieu. Contre ce reniement de la beauté de la Terre, le mouvement s’inverse au XVIIIe siècle, la wilderness devient la nature que l’homme n’a pas corrompue, un symbole de pureté. Pour le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson (1803-1882), la priorité est de chercher ce qui unit l’homme et la nature. En 1858, l’activiste américain Henry David Thoreau (1817-1862) appelle à créer des parcs nationaux, acte fondateur dans l’émergence de la protection de la nature. John Muir (1838-1914) a notamment contribué à sauver la vallée de Yosemite, en Californie. De leur combat naîtront les premiers parcs nationaux – à commencer par Yellowstone, en 1872. Selon les termes du Wilderness Act (loi américaine sur la protection de la nature) voté en 1964), « dans ses lieux, l’humain est un visiteur qui ne fait que passer ». En parallèle émerge une approche plus philosophique, fondée sur le respect que nous devons à la planète.

Dans un livre publié à titre posthume en 1949, Almanach d’un comté des sables, Aldo Leopold (1887-1948) défend une « éthique de la terre » (land ethic),une manière d’être au monde qui « élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux » – ce qui, ajoutait-il, ne peut exister « sans amour, sans respect, sans admiration pour [la terre], et sans une grande considération pour sa valeur ». Les éléments de la nature n’ont pas une simple valeur instrumentale, mais surtout une valeur intrinsèque qui forme ontologie. C’est ce qui pose comme principe premier le philosophe Arne Naess dans sa plate-forme de l’écologie profonde : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » Il nous faut agir avec la nature comme partenaire, pas comme une esclave qui doit satisfaire tous nos désirs même les plus criminels.

Pour en lire un peu plus grâce à notre réseau de documentation biosphere.ouvaton :

1854 « Je vivais seul dans les bois » (1er chapitre de Walden) de Henry David Thoreau  …

1946 Almanach d’un comté des sables d’Aldo LEOPOLD  …

1976 Ecologie, communauté et style de vie d’Arne NAESS

1992 Arne NAESS, Vers l’écologie profonde avec David Rothenberg  …

1997 Du bon usage de la nature (pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère

2003 Quelle éthique pour la nature ? de Jean-Claude Génot (Edisud)

2010 Ethique de la terre de John Baird Callicott (recueil de divers textes) – édition wildproject

2010 Crise écologique, crise des valeurs (Défis pour l’anthropologie et la spiritualité) sous la direction de Dominique Bourg et Philippe Roch

2010 Philosophie et écologie d’Anne Dalsuet

2010 philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril) de Virginie Maris

2011 Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique (DEEPWATER HORIZON) de Stéphane Ferret

2012 Pour une philosophie de l’écologie de Juliette Grange

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

11 décembre 2007, écologie et éthique

Le faux dualisme entre nature et culture

« Fin de la nature, nature out ? » Catherine Vincent s’attaque à cette question à la fois philosophique et cruciale. Pour les uns la na­ture, ça n’existe pas, ce n’est qu’une construction de l’esprit, tout est culture. Or ce dualisme a mené l’humanité à une exploitation effrénée et suicidaire des res­sources naturelles. Pour d’autres comme l’anthropologue Philippe Descola, les tribus amérindiennes entrent en connivence avec les autres « existants », tous dotés d’une vie autonome dont dépend la qualité de vie des humains. Des forêts luxuriantes de l’Amazonie aux étendues glacées de l’Arctique canadien, certains peuples ne se conçoivent pas comme des collectifs sociaux gérant leurs relations à un écosystème, mais comme de simples composantes d’un ensemble plus vaste. Pour Bruno Latour, Nature et Kultur constituent les deux parties d’un même concept reliées « par un fort élastique » qui se battent à coups de poing sans cesser de partager le même tronc. Baptiste Morizot préfère référer au « tissu du vivant ». Isabelle Stengers l’affirme, « L’idée que “la nature n’existe pas” me semble faire partie de l’arsenal académique destiné à choquer. Au fond, les scientifiques qui s’occupent d’aspects dispersés de ce qu’on appelle “nature” se révoltent si on leur dit que “ce n’est qu’une construction”. Non, la nature “tient” indépendamment des humains. » Satish Kumar a fait une formidable « Déclaration de dépendance » :

« Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « je » dans son « je pense, donc je suis ». Il fonde tout seul sa vérité, tout ce qui vit autour de lui n’existe plus ! D’ailleurs il a eu cette révélation en méditant enfermé dans une chambre. S’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire. En posant l’ego comme le moteur de l’être humain, votre Descartes a institué un dangereux dualisme, il a isolé l’homme de son environnement, il l’a proclamé indépendant. Les bouddhistes indiens se sont évertués au contraire à libérer l’homme des illusions de l’ego, ont développé le principe de co-dépendance entre tout ce qui vit. »

Voici le genre de « dialogue » qui peut s’instaurer entre commentateurs sur lemonde.fr :

Alazon : Sidérant comme certains ont l’impression de faire preuve de génie en redécouvrant l’animisme le plus naïf, pour ne pas dire niais. Il y a quelques millénaires pourtant de vrais penseurs s’en sont extraits pour dire que l’homme n’est pas juste un petit bout d’un grand tout mais la seule conscience de l’univers. Ils ont posé les fondements d’une autre pensée : l’humanisme, qui fait de l’humain la mesure de toute chose. La vision de la nature a été revue en conséquence. On a découvert qu’elle est le plus souvent hostile à l’homme. On a découvert l’horreur du sort qu’elle nous réserve, avec la mort pour perspective mais aussi la cruauté de voir périr la plupart des ses enfants avant même qu’ils sachent marcher. Peu à peu le progrès est apparu dans sa dimension émancipatrice. Malgré les résistances des esprits obtus, il a permis à une majorité d’humains de sortir de la famine, de réduire la mortalité infantile, de conquérir des loisirs. C’est ces progrès que menace l’animisme écolo.

Michel SOURROUILLE @ Alazon : Une nature profondément détérioré grâce à notre « humanisme » ne pourra plus permettre à une très grande partie de nos générations futures de survivre dignement. On pourra même s’entre-tuer un jour pour quelques gouttes d’eau, on verra périr des enfants avant même qu’ils sachent marcher. Cela a déjà commencé. Appeler cela le « progrès », c’est ne pas connaître le sens des mots qu’on utilise. Il n’est que temps que l’humanité cesse de se croire le nombril du monde et arrive plus d’humilité et de sens du terroir. On ne peut vivre qu’en fonction de ce que nous offrent comme services (de moins en moins gratuits) les écosystèmes. Et çà, ce n’est pas de l’animisme, c’est à la fois du réalisme culturel et économiques. Mais les poncifs d’Alazon resteront sans doute bien ancrés dans sa tête, les évidences biophysique ne peuvent rien contre les croyances humaines.

Clabbez : Si je ne m’abuse, le travail de l’anthropologue Descola n’était pas tant de dire que la nature n’existe pas mais plutôt de détricoter les concepts introduits par les humanistes qui voulaient opposer la culture « humaine » à la « nature » vue comme hostile, sauvage et dangereuse. Il est temps de changer de mythe avant que l’on finisse de couper la branche sur laquelle nous sommes assis…

Faut-il abattre les écologistes activistes ?

Pierre Rigaux : « Un homme est venu chez moi, il m’a montré une balle en me disant que si je continuais à parler de chasse, je la recevrai entre les deux yeux. Pendant le confinement, j’étais à pied au bord de la route quand deux chasseurs se sont arrêtés pour me menacer… »

Les actes d’intimidation minent le combat des défenseurs de l’environnement. Le documentariste Jean-Michel Bertrand s’est vu adresser plusieurs menaces de mort, après la sortie de son film Marche avec les loups. Des lettres de menaces, l’Association de protection des animaux sauvages (Aspas) en reçoit aussi régulièrement. « Tous les moyens seront utilisés pour mettre les amis des loups hors d’état de nuire : saccage des locaux, sabotage des voitures, matraquage si nécessaire… » En février par exemple, la FDSEA s’en est pris au siège de FNE Midi-Pyrénées en taguant la façade, pour protester contre l’instauration de zones de non-traitement aux pesticides à proximité des habitations .Pour les associations environnementales,, la création de la cellule Déméter en octobre 2019 a marqué un tournant. Cette cellule cible toutes les atteintes au monde agricole, y compris des actes militants comme les vidéos filmées dans des élevages.

Le débat entre écolos et anti-écolos n’est pas tendre sur le monde.fr :

Erwann Le Meur : Pour qui a connu la violence et l’impunité constantes depuis 50 ans des actions revendicatives de FNSEA et JA, leurs destructions des matériels et locaux publics, les ciblages, menaces et intimidations individuels de leurs opposants ou même de fonctionnaires faisant leur travail, la création de la cellule Demeter est une vraie forfaiture.

claupi : Article du MONDE courageux. Il met le doigt là où ça fait mal. Les militants de l’environnement sont menacés partout dans le monde. Menaces et assassinats sont orchestrés par ceux qui détruisent impunément notre planète. mais ils ne bénéficient d’aucune protection. La France qui devrait être un modèle en matière de liberté d’expression ne donne pas l’exemple. Car le fond du problème, ce n’est pas d’être pour ou contre l’ours, un barrage, ou la chasse. Peu importe. Le problème c’est que ceux qui dénoncent n’ont pas le droit de le dire, de l’exprimer dans les médias, d’organiser une manif, une réunion. Comment appelle t-on un Etat qui empêche la Liberté d’Expression avec Demeter ?

Vieux : C’est exactement ça. La FNSEA tout comme les syndicats de policiers suit une stratégie maximaliste : présenter la critique comme une négation de la profession et de son activité. Autrement dit, disqualifier par avance toute critique.

untel : Il est nécessaire d’avoir un arbitrage indépendant, via la gendarmerie, pour surveiller les tentatives intimidation des écolos sur certains citoyens, afin de leur faire adopter un comportement différent, et les tentatives d’intimidation des citoyens sur certains écolos, pour leur faire adopter d’autres méthodes d’action. On est ici dans un phénomène de parfait miroir. Personne ne sera surpris que la Page Planète ne voit que d’un seul côté.

ThreeRavens : Non. Aucun « effet miroir ». Les causes sont différentes et différemment exprimées. Et l’Etat affiche officiellement son soutien, sans discernement, au monde de la chasse et de l’élevage. Je n’ai pas entendu parler d’une cellule d’investigation sur les violences, verbales et physiques, de certains éleveurs et du milieu de la chasse, alors qu’elles sont légion. Le sentiment d’impunité justifie les agressions. Pour certains d’entre eux, le seul fait de révéler leur pratique au public (nommer, photographier, filmer) constitue une menace. Le fait de filmer une chasse à courre serait plus violent que la pratique elle-même. On croit rêver. La divulgation, le débat, font peur. Il me semble que, du côté des associations écologistes et environnementales, c’est plutôt le contraire.

Jean Bonblanc : Arrêtez de présenter les activistes écolos comme des victimes, alors que ce sont des excités qui veulent imposer leur vision de la société et non discuter pour trouver des réponses à des questions qui peuvent se poser.

JMBEGUE : parce que les fabricants et les marchands de pesticides, les créateurs d’usines à viande, les destructeurs de l’environnement ne sont pas des activistes voulant et ayant imposé leur vision de la société et sont des modèles de dialogue???

Dance Fly : Face à la prise de conscience des enjeux environnementaux constatés dans toutes les couches de la société, c’est tout un monde professionnel qui tente de s’accrocher à ses privilèges: depuis la centaine de milliers de tonnes de pesticides déversés dans la nature chaque année jusqu’aux traditions débiles de chasse à courre. Ce vieux monde, représentés par les lobbies de l’agrobusiness, de la chasse ou encore de la malbouffe a de plus en plus de mal à ouvrir les portes des hautes sphères du pouvoir. Reste la menace exercée sur les acteurs de terrain; au Brésil ou aux Philippines les menaces se seraient déjà traduites en assassinats de militants écolos.

JPMart : Des militants écologistes sont tués par centaines dans le monde. Des chasseurs par milliers… Mais eux par d’autres chasseurs…

jea.vie : Et quand des militants ecolo s introduisent dans les centrales nucléaires en affichant une volonté de sabotage, c est pas pareil ? C est moins grave qu un renard mort sur un capot de voiture ?

Néo2020 : Où voyez vous la tentative de sabotage ? Ils ne rentrent dans les Centrales que pour prouver leur manque de sécurité. Après l’intelligence ne sied pas aux chasseurs ou destructeurs de Nature

CLIMAT, faut-il saboter les pipelines ?

Comment lutter sur une planète qui brûle ? Contre le réchauffement climatique, nous bloquons, nous nous enchaînons aux grilles, nous nous collons au bitume, nous manifestons à nouveau le lendemain. Nous sommes toujours parfaitement, impeccablement pacifiques. Nous sommes plus nombreux, toujours plus nombreux. Et pourtant, les affaires continuent tout à fait comme avant – business as usual. « À quel moment nous déciderons-nous à passer au stade supérieur ? Comment cesser d’être à ce point inoffensif ? », s’interroge Andreas Malm*. A son avis le mouvement pour le climat devrait s’attaquer directement aux biens de consommation les plus néfastes en termes d’émissions. Il rêve d’actions nocturnes pour dégonfler les pneus des SUV en ville. Il veut forcer le mouvement écologiste à se poser des questions plus radicales : « Le problème, bien sûr, c’est que faire sauter un pipeline dans un monde à six degrés de plus, ce serait agir un peu tard. Doit-on attendre un assentiment quasi général ? Celui de la majorité ? D’une importante minorité ? »

Confrontant l’histoire des luttes à l’immense défi du réchauffement climatique, Andreas Malm interroge un précepte tenace du mouvement pour le climat : la non-violence et le respect de la propriété privée. La violence comporte des périls, mais le statu quo nous condamne. Il ravive une longue tradition de sabotage des infrastructures. Sur ce blog biosphere, nous préférons cette expression lumineuse, « contre-violence » au débat biaisé « violence ou non-violence ?». Il faut lutter contre la violence de la société thermo-industrielle en détruisant ses moyens, champs d’OGM, pipelines, panneaux publicitaires, voitures arrogantes, etc. Car endommager du matériel qui condamne notre avenir sur une planète surchauffée n’est qu’un acte d’autodéfense. Est-ce vraiment incompréhensible de lutter contre un système prédateur pour sauvegarder les générations futures tout en épargnant les personnes présentes  ? L’insurrection climatique devrait paraître une évidence pour les militants écologistes.

Il faut se rappeler les propos de Françoise d’Eaubonne au début des années 1970, le jour où elle fut scandalisée d’entendre un ami lui dire : « Le problème de la révolution passe au second plan devant l’urgence écologique. Le prochain acte réellement révolutionnaire sera l’attentat contre une centrale nucléaire en construction. Le Capital en est au stade du suicide, mais il tuera tout le monde avec lui ». Il lui aura fallu plus d’un an pour assimiler la profondeur de cette vérité. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne participera à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres un attentat à l’explosif le 3 mai 1975 contre la centrale de Fessenheim, retardant de quelques mois son lancement. Elle a assumé cette position radicale jusqu’au bout puisque dans ses derniers tomes de mémoires elle écrit encore : « La contre-violence semble très indiquée comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même ; il va de soi que les attentats ne visent que des points de rupture précis du front ennemi, économisant au maximum les vies humaines, n’employant la prise d’otages qu’à bon escient et jamais avec n’importe qui, utilisant les moyens destructifs pour supprimer les coupables les plus évidents ou instruire le plus grand nombre possible d’abusés du sens de cette guérilla urbaine. »

Voici quelques exemples de ce débat sur lemonde.fr :

le sceptique : Déloger les « nombreuses personnes » de leur propriété privée et interdire leurs préférences? L’histoire du 20e siècle est claire avec les issues de ce raisonnement : fascisme, nazisme, communisme, intégrisme religieux et autres régimes où l’Etat prive les citoyens de leurs libertés.

François C.H. : Encore une fois de trop nombreuses personnes font passer leurs valeurs (respect absolu de la propriété privé) et leur désirs (on n’entravera pas ma liberté de consommer et vivre comme je l’entends) avant les réalités physiques du système Terre. Andreas Malm pose une question pourtant essentielle : puisque les COP sont des échecs, puisque les manifestations ne servent à rien, regardons comment eurent lieu les grandes avancées sociales et politiques de l’Histoire humaine. L’argument démocratique ne tient pas une seule seconde par ailleurs, le choix de la majorité n’a heureusement jamais été une raison éthique pour fermer sa gueule.

Novi : La réalité physique de la Terre, c’est un enfer pour l’homme. L’homme doit déployer un travail immense pour se nourrir, se vêtir pour se protéger du froid qui règne partout. Il a fallu s’asseoir sur le dos d’un cheval pendant des dizaines de milliers d’années pour enfin disposer ne serait ce que d’un vélo électrique. Imaginez la somme d’efforts que l’homme a du faire pour en arriver au vélo et au vélo électrique. Cette Terre est redoutable, il faut la dompter, la creuser, dominer son climat, dominer ses océans, vaincre son atmosphère et sa pesanteur. Et face à ça, des ahuris qui vivent pépère s’amusent à crever des tuyaux. Risible.

DMA : « On anticipe plus de souffrance à être pauvres qu’à avoir chaud ». Soyons optimistes, le changement climatique, est généreux, il nous donnera très probablement l’opportunité d’expérimenter les 2.

Pouch : Dans la même veine que le livre Comment saboter un pipeline, mais en roman débridé et jouissif, je recommande ‘Le Gang de la clef à molette‘ d’Edward Abbey

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

16 octobre 2019, Quelle critique faire à Extinction Rebellion ?

20 mars 2019, Un hymne à la violence des GJ dans LE MONDE

13 juillet 2018, Deep Green Resistance, ne nous trompons pas d’ennemi

12 juillet 2018, Faut-il casser des vitrines pour manger moins de viande ?

26 mai 2018, Nous serons des millions, pas une poignée de radicaux

21 mai 2018, NDDL, la violence symbolique de l’écologie politique

6 décembre 2012, Où sont les écoguerriers ? Partout et près de vous !

24 avril 2007, le code de l’écoguerrier

* Comment saboter un pipeline, de Andréas Malm. Traduit de l’anglais par Etienne Dobenesque, éd. La Fabrique, 216 pages, 14 euros.

Manger de la viande et en mourir

Le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans le monde augmente en corrélation non seulement avec la perte de biodiversité mais aussi avec la densité croissante d’animaux d’élevage. Le nombre de bovins est passé de 1 milliard en 1960 à 1,6 milliard aujourd’hui, celui des porcins de 500 millions à 1,5 milliard et celui de la volaille de 5 milliards à 25 milliards. Dans le même temps, les épidémies humaines sont passées d’environ une centaine par an en 1960 à 500 à 600 par an en 2010. Les épidémies animalières augmentent encore plus vite, car elles sont passées de moins d’une centaine en 2005 à plus de 300 en 2018. (étude publiée dans la revue Biological Conservation)

Corrélation signifie ici relation de causalité. Beaucoup de maladies infectieuses humaines viennent des animaux, car nous partageons avec eux beaucoup de nos microbes. Au total, 60 % des maladies infectieuses et 75 % des maladies émergentes ont une origine animale. De plus, moins de biodiversité signifie plus de circulation des pathogènes. Dans les paysages très diversifiés, avec une forte biodiversité, on a peut-être une diversité de pathogènes, mais la compétition entre espèces permet également cette régulation. La simplification des paysages augmente la possibilité de passage chez l’humain ; dès que quelque chose arrive, ça devient une épidémie. Les animaux domestiques sont souvent un maillon de la chaîne de contamination, tout est lié. Il faudrait donc diminuer la part de protéine animale dans la consommation humaine . Mais de nombreux autres éléments sont à prendre en compte, l’explosion démographique, le changement climatique, ou encore l’urbanisation. Le fait de l’élevage en batterie accroît les risques de pandémie, la circulation industrielle de la viande animale fait le reste.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

21 juillet 2020, Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

12 janvier 2020, Des vaches à notre image et réciproquement

27 avril 2017, étonnant, une vache peut même brouter de l’herbe !

2 octobre 2013, Vaches en batterie : l’immonde étable à 1000 laitières

1er octobre 2013, Poules en batterie : maltraitance censurée par la justice

16 octobre 2011, épandage du lisier et désertification des océans

22 octobre 2010, lapins en cage, travailleurs en clapier

Pas d’alternative, nous manquerons d’eau

Pour ne pas manquer d’eau l’été, certaines nappes phréatiques peuvent être rechargées artificiellement. Une technique simpl(ist)e pour faire face au réchauffement climatique, stocker l’eau qu’il y a l’hiver en abondance pour l’utiliser l’été quand le temps est plus sec. C’est là un des points du plan B en video du MONDE, les commentateurs rétorquent que ce n’est pas si simple :

Raymond : « certaines nappes phréatiques peuvent être rechargées artificiellement  » : Tout à fait, mécaniser le plus de processus naturels possibles, la planète fonctionnera mieux sous notre contrôle.

ChrisL : Pour faire cette recharge de nappe, il faut un cours d’eau qui n’a de problème de débit. Or il y a de plus en plus de cours d’eau qui connaissent des étiages sévères, notamment à l’amont de la Seine (ou du Rhône et de la Loire), d’ailleurs il y a des arrêtés sécheresse dans ces régions. Sans parler que la Seine étant un fleuve navigable, elle doit garder un certain niveau et qu’une rivière naît généralement de la résurgence d’une nappe et que les nappes sableuses à proximité des cours d’eau sont généralement les nappes d’accompagnement de ces cours d’eau et donc ont des échanges avec (en hiver la rivière recharge la nappe, en été c’est l’inverse).

PPF : A 45 km. au sud de Toulouse, à 40° au moment où je rédige ces lignes, je suis entouré de champs de maïs arrosés pendant la journée. L’eau ruisselle et les fossés sont pleins. Tout ça pour faire de la barbaque. Mais chuuuut, ne dites rien, les « agris » sont des gens très susceptibles. Les « barbaqueux « aussi.

Michel SOURROUILLE : On retrouve là les errements de nos sociétés thermo-industrielles, s’adapter pour ne rien changer à nos habitudes de combustion des énergies fossiles. Or pour inverser l’ordre naturel de circulation des eaux, il faut de l’énergie, et l’énergie en abondance, il n’y en aura plus quand les poches pétrolières et gazières s’épuiseront, sans compter la fermeture prochaine des centrales nucléaires. On préfère faire confiance aux mirages de la technique qui sauve plutôt que de prendre réellement les choses en main et pratiquer la sobriété énergétique. Mais chuuuuuut il ne faut pas le dire, les politiciens n’attendent qu’une chose, le moment de leur réélection. Ils ne pratiquent ni la taxe carbone, encore moins la carte carbone, seules solutions pour faire face à l’urgence écologique. Nos générations futures auront donc la canicule extrême et l’impuissance de se procurer de l’eau, ce qui commence d’ailleurs à arriver ici et là sur cette planète à bout de souffle.

Alain Hervé : L’écologie n’est pas un luxe, le souci des petits oiseaux… c’est la gestion globale du monde vivant dont nous faisons partie. Difficile à admettre. Mais nous allons y être aidés par la nature elle-même qui va prendre des décisions pour nous. Elles seront sans appel. Elles seront dramatiques. Le réchauffement climatique, l’effondrement des nappes phréatiques, l’avancée des déserts… ne sont pas des données négociables. Ce n’est pas la planète qui est en danger. C’est l’animal humain qui s’agite à la surface qui se suicide.

Pour en savoir plus sur les nappes phréatiques grâce à notre blog biosphere :

22 mars 2019, Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie

29 juillet 2018, Un futur sans eau potable, très probable

11 mai 2018, Mourir de faim ou de soif, le résultat est le même

21 février 2018, On interdit l’avortement, donc nous manquons d’eau

23 mars 2014, Eau et énergie, nous croyons l’impossible réalisable

24 janvier 2008, eau virtuelle à Almeira

Carte carbone, bientôt généralisée à tous

Le gel de la taxe carbone par Macron en 2018 était catastrophique, la France se cantonne désormais dans l’écologie déclarative. Le Haut Conseil pour le climat considère le sujet comme seulement optionnel. La convention citoyenne a reporté à plus tard toute décision sur ce point. Les priorités d’action rappelées par la convention citoyenne, comme la rénovation énergétique des bâtiments va buter sur les questions de financement. La chute actuelle du prix du pétrole aggrave les perspectives pour les générations futures. Il nous faudra donc attendre d’avoir les pieds dans l’eau et la sécheresse partout ailleurs pour réagir politiquement au réchauffement climatique… par une carte carbone qui organisera le rationnement de l’énergie. Voici sur notre blog biosphere le long historique de l’émergence d’une carte carbone :

10 avril 2020, post-Covid, une société sans pétrole ?

24 janvier 2020, Code minier et carte carbone, aux oubliettes

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

11 mars 2019, Neutralité carbone en 2050, la volonté de ne rien faire

12 février 2019, Yves Cochet : carte carbone mieux que taxe carbone

7 décembre 2018, Victoire des gilets jaunes, la taxe carbone est morte

5 décembre 2018, Malheur, les Gilets jaunes enterrent la taxe carbone

4 décembre 2018, Moratoire sur la taxe carbone, une grave régression

15 novembre 2018, Yannick JADOT : « La taxe carbone est utile SI… »

26 octobre 2018, Fiscalité carbone inepte, carte carbone inéluctable

24 septembre 2018, taxe carbone, un vrai serpent de mer

29 août 2017, Le rationnement, outil convivial (selon Mathilde Szuba)

15 juin 2017, Augmenter le prix du carbone, le serpent de mer

7 mars 2016, Une taxe carbone, passage obligé vers une société sobre

26 août 2015, carte carbone, des quotas individuels de CO2

11 octobre 2014, Ségolène Royal supprime l’écotaxe, c’est n’importe quoi

6 avril 2014, Ecotaxe sur le gaz et CCE, la parole aux contribuables

5 avril 2014, Ségolène Royal contre l’écotaxe, une grossière erreur

16 novembre 2013, la fuite éperdue des politiques devant la taxe carbone

19 avril 2013, du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable

27 mars 2013, facture énergétique, bientôt la carte carbone !

9 septembre 2010, Sarkozy a-t-il pensé à la carte carbone ?

6 juin 2010, volontarisme ou rationnement carbone ?

8 janvier 2010, l’illusion de la compensation carbone

13 septembre 2009, après la taxe, la carte carbone

4 septembre 2009, une taxe carbone au rabais

12 juillet 2009, rationnement carbone

10 avril 2009, carte carbone ou taxe ?

11 février 2009, taxe carbone généralisée

5 janvier 2009, carte carbone

2 février 2008, compensation carbone ?

Récemment un article du MONDE compare d’une part une proposition de loi de Delphine Batho et François Ruffin visant à instaurer des quotas individuels d’utilisation du transport aérien et d’autre part une carte carbone universelle. Pour les deux députés, toute personne disposerait d’un quota carbone individuel de transport aérien, calculé en fonction des distances parcourues, de la « catégorie de confort » du service aérien concerné et de sa performance énergétique. Pour être « acceptable », le schéma proposé par les députés se retrouve perclus d’exceptions. Restent ainsi autorisés les déplacements professionnels, ceux à destination des régions éloignées de la métropole et ceux « strictement nécessaires » à un besoin familial ou sanitaire. L’Etat s’arrogerait le droit de déterminer ce qui relève de l’important et de l’accessoire ! Il faut donc mettre en place un autre système, universel, qui puisse respecter les choix de vie de chacun. Il pourrait prendre la forme d’une carte carbone applicable à tous les types de consommation, couplée à un système d’échange entre individus. Chaque personne disposerait d’un quota annuel global d’émission qu’elle pourrait dépenser librement. Ceux souhaitant dépasser la limite allouée pourraient racheter à d’autres leurs droits, assurant ainsi une certaine flexibilité sans remettre en cause l’objectif global d’un plafonnement des émissions, ce qui permettrait même d’assurer une redistribution entre les plus et les moins fortunés. A minima, plutôt que de nous lancer dans de grandes interdictions, taxons tout de suite le kérosène des avions… Qu’en pensent les Gilets jaunes ?

À lire pour se faire peur, très peur

voir la rubrique « lecture « des JNE (Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie). Quelques recensions :

• Les pieds sur terre. Retrouver le bon sens ou disparaître – Philippe Labre (JNE) – Éditions Femenvet >> lire

• Comment rester écolo sans devenir dépressif – Laure Noualhat – Tana éditions >> lire

• 5G et virus, les vraies peurs par Marie-Paule Nougaret >> lire

• Entre utopies et monde d’après par Anne Henry-Castelbou >> lire

• Le numérique responsable, ça existe ? par Marie-Hélène Léon >> lire

• L’enfant et la nature – Frédéric Plénel (JNE) – Éditions du Rocher. >> lire

• La grande dame du cannabis se dévoile – Michka (JNE) – Mama éditions >> lire

• Proverbes et dictons du jardin – Michel Damblant, illustrations Angeline Damblant – Géorama éditions >> lire

Biosphere-ouvaton, parlez-en autour de vous

Quelques milliers de personnes reçoivent par mail un mensuel gratuit « Biosphere-Info » ; il paraît aussi le 1er de chaque mois sur ce blog. Nous vous devons quelques précisions. Cet envoi est issu de notre réseau de documentation des écologistes « biosphere ». Biosphere est une association loi 1901 ayant pour raison d’être de défendre les intérêts de la biosphère, un espace-temps dans lequel chacun de nous n’est qu’une maille dans la trame du vivant. Michel SOURROUILLE en est le président-fondateur. La première tâche de l’association a été de mettre à disposition de tous sur Internet en 2005 une base de documentation des écologistes, http://biosphere.ouvaton.org/.Grâce à ce support, vous pouvez consulter une bibliothèque (résumés de livres), parcourir un lexique, prendre connaissance de quelques repères institutionnels, etc.

Très rapidement le site s’est accompagné d’un blog http://biosphere.ouvaton.org/blog/ qui émet quotidiennement 365 jours sur 365 un article, le plus souvent sur l’actualité immédiate, mais qui propose aussi compte-rendu d’un livre, synthèse thématique, controverses idéologiques, évolution de l’écologie politique, etc. En voici quelques principes : « Ce blog existe depuis le 13 janvier 2005, il était à l’origine hébergé par le groupe de presse LE MONDE jusqu’au 13 mai 2019. Ressuscité grâce à l’hébergeur ouvaton de notre site, il propose toujours une analyse du « point de vue des écologistes ». Comme l’écologie est multiple, chaque article est soumis aux commentaires des lecteurs. Vous pouvez aussi proposer un texte, il suffit de l’envoyer à biosphere@ouvaton.org. »

Cliquez pour en savoir plus sur le site de documentation, participez aux commentaires sur le blog , cela contribuera à la formation d’un peuple écolo. Faites-le connaître autour de vous si vous y trouvez avantage, merci.

CLIMAT et décisions, il est urgent d’attendre

Comme d’habitude l’urgence écologique attendra devant les impératifs économiques du court terme. Une réunion au ministère de la transition écologique le 29 juillet 2020 a mis les « 150 » membres de la convention citoyenne pour le climat face à face avec les députés. La route jusqu’à la discussion au Parlement, annoncée pour janvier 2021, d’un projet de loi « pour le climat » est encore longue : phase d’écriture, d’échange avec les parlementaires, de débat parlementaire, de suivi du texte qui sera voté… Barbara Pompili, la ministre  de la transition écologique: « Ce n’est qu’une étape dans un processus qui va durer encore longtemps..».

Les citoyens ont donc touché du doigt la complexité des futurs travaux. Ils ont découvert que des réserves apparaissaient çà et là dès que la discussion devenait plus concrète. Avec Elisabeth Borne, ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, et avec Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la relance, les conventionnels ont bien compris que certaines de leurs propositions avaient peu de chance d’être reprises telles quelles. Et il y aura aussi l’avis du ministre de l’agriculture, sans compter les « arbitrages » du premier ministre, les diktats du patronat et les revendications corporatistes. Ainsi le Medef a tenu à mettre en garde conventionnels sur l’interdiction de la publicité pour les produits les plus polluants, évoquant « la liberté de choix » des citoyens. Bruno Le Maire a cité le modèle de la Peugeot 3008 hybride, « un SUV produit à Sochaux, qui émet peu de CO2 par kilomètre ». Il se demande si « ce n’est pas la facilité que d’interdire la publicité des SUV » Idem pour le moratoire demandé par les citoyens sur la construction des plates-formes logistiques pour l’e-commerce. « Les entrepôts Amazon, cela ne représente que 0,5 % de l’artificialisation des sols, alors que les maisons individuelles en représentent 48 %. », a avancé M. Le Maire.Sur la demande des citoyens de deux repas végétariens dans les cantines scolaires à partir de 2025, ou sur les menus bio, le maire (Les Républicains) de Reims se rebelle : « La production française de bio est insuffisante …Les jeunes enfants ont besoin de manger de la viande ».

Macron se veut le maître de l’illusion en organisant des débats qui n’ont que le seul intérêt (médiatique) de faire semblant d’agir. Autrefois les politiques créaient des commissions qui se réunissaient pour arriver à la même destination préétablie, la poubelle. Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

2 juin 2020, Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

Avortement, euthanasie… droit à la mort

Avortement : «  En 1971, le manifeste des 343 femmes proclamant avoir avorté a lancé un sacré pavé dans la mare. Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, Delphine Seyrig… et moi ! J’avais tenu à le signer malgré ma profession d’avocate et le blâme probable qui en résulterait. Car j’avais moi aussi, à 19 ans, connu la plus profonde détresse après un avortement réalisé par un jeune médecin sadique, un monstre, qui avait fait un curetage à vif en disant : « Comme ça, tu ne recommenceras pas. » J’ai beaucoup pleuré cette nuit-là, avec le sentiment qu’on m’avait torturée pour sanctionner ma liberté de femme et me rappeler que je dépendais des hommes. Mais je ne regrettais pas. La biologie m’avait tendu »n piège. Je l’avais déjoué. Je voulais vivre en harmonie avec mon corps, pas sous son diktat. » (Gisèle Halimi, défenseuse des droits des femmes, morte le 28 juillet 2020)

Euthanasie : En 1995, un médecin japonais a été condamné pour meurtre à du sursis pour avoir mis fin aux jours d’un cancéreux en phase terminale. L’affaire, la première impliquant un praticien, avait fait grand bruit. Les juges avaient alors défini quatre critères pour l’euthanasie. Le patient devait être affecté d’une douleur insupportable et être condamné à court terme. Il ne fallait pas qu’il existe de méthode pour soulager la douleur et le malade devait avoir donné son accord pour mettre fin à ses jours. Par la suite, le ministère de la santé a défini la « planification préalable des soins », qui oblige le patient, sa famille et le médecin traitant à décider, par écrit, du recours ou non à des traitements pour prolonger la vie. L’arrestation de deux médecins soupçonnés d’avoir aidé à mourir une femme atteinte de la maladie de Charcot (la sclérose latérale amyotrophique) relance en juillet 2020 le débat sur l’euthanasie au Japon.

Suicide : «  En 1949 je me présente à un tournoi d’éloquence ouvert aux jeunes avocats. Je suis la première femme à m’inscrire à ce concours, le thème : « Le droit de supprimer la vie. » Le sujet me passionne, et quand je commence à parler, je me sens m’envoler. Non à la peine de mort, bien sûr ; je cite Camus et Victor Hugo. Oui à l’euthanasie et au droit au suicide ; et je cite les stoïciens. Je suis proclamée lauréate à l’unanimité. Et, dès le lendemain, je suis embauchée par l’un des meilleurs avocats de Tunisie.(Gisèle Halimi)

Triage médical : « Il y a eu une forme de régulation qui, a privé d’accès à l’hôpital des personnes âgées, notamment les résidents des Ehpad. La commission a réclamé des données chiffrées auprès de la DGS. Nous venons de les recevoir, ces chiffres sont éloquents. Au pic de la crise, début avril, le nombre des personnes âgées de plus de 75 ans admises en service de réanimation chute brutalement. Nous passons de 25 % en moyenne (à la même période, au cours des années précédentes) à 14 % pendant la crise, et même à 6 % en Ile-de-France. Notre système a donc bel et bien été débordé. On a réduit les chances des personnes âgées. Beaucoup auraient pu vraisemblablement être sauvées. » (Eric Ciotti, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur le Covid)

Ces quatre informations sont issues de MONDE papier du 30 juillet 2020. Nous les avons regroupées car on nous parle toujours du droit à la vie ou à la mort. Notons que la fin de vie dès la conception, la fin de vie des personnes âgées, le droit au suicide et le triage médical sont ressentis comme des avancées sociales, mais qu’il existe un blocage sur la peine de mort, interdit de couper un homme en deux  !

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

18 avril 2020, Covid, regardons sans ciller la mort en face

26 mars 2020, Covid-19, le « droit à la vie » est relatif

20 février 2020, L’euthanasie en Belgique, facile ?

1er juillet 2019, Droit à la vie ou droit à une mort digne ?

13 mars 2018, Le suicide assisté, atteinte à la liberté individuelle ?

29 novembre 2014, L’avortement serait-il contraire à la nature humaine ?

17 juillet 2013, Pour limiter le nombre de morts, vive l’avortement…

5 juillet 2013, Suicide mode d’emploi, voici les nouvelles recettes

28 janvier 2011, assistance au suicide et liberté humaine

25 janvier 2011, l’avortement dans la dignité

9 juillet 2010, significations du suicide

Croissance exponentielle, un défi cognitif

Une croissance exponentielle se produit quand une quantité augmente d’autant plus vite qu’elle est déjà grande. C’est le cas par exemple du nombre de malades infectés par le coronavirus. En France, il double en moyenne tous les 4 jours. Au bout de 8 jours, ce nombre est multiplié par 4, au bout de 24 jours, il est multiplié par 64 et par 256 après un mois. Donc rapidement, on obtient des nombres faramineux. Un nombre de nouvelles infections qui double tous les 4 jours signifie que la moitié des personnes infectées depuis le début de l’épidémie l’ont été depuis moins de 4 jours ! Ce phénomène d’emballement est donc difficile à appréhender, le modèle linéaire d’évolution de l’épidémie reste une référence du commun des mortels. Ce biais cognitif a d’aillerus eu un impact sur l’adhésion (difficile) aux mesures de distanciation physique.

La rapidité du réchauffement climatique constitue pour la Terre ce que la pandémie est pour l’humanité : un bouleversement brutal, qui peut très vite échapper à tout contrôle. Cette fois, l’élément perturbateur n’est pas un virus, mais l’espèce humaine, en particulier sa fraction vivant à l’ occidentale. L’action humaine sur la Terre a un temps de doublement de l’ordre de 40 ans qu’il s’agisse de notre emprise sur les minéraux, sur les ressources énergétiques, sur la biodiversité ou sur la pollution. L’ennui pour la Terre, c’est que cette échelle est extrêmement courte : les systèmes vivants, les écosystèmes, sans parler de la géologie, ont des échelles de temps évolutives qui sont plutôt de l’ordre de cent mille à un million d’années. Autrement dit, le parallèle entre la fulgurance de l’épidémie de Covid19 pour l’humanité et la fulgurance du changement climatique pour la planète paraît quasi-parfait, et doit nous aider à prendre conscience de l’urgence qu’il y a à agir. Pour un écologiste averti, le mirage des exponentielles n’est pas une découverte. C’est ce mécanisme qui avait été mis en évidence par le rapport de 1972 sur les limites de la croissance. L’évolution trop rapide de la population humaine, de l’emprise agricole, de l’industrialisation, du pillage des ressources na truelles et des pollutions nous mène au désastre. C’est ce même mécanisme qu’avait déjà mis en évidence Malthus en 1798 : la progression géométrique (exponentielle) de la démographie est en décalage croissant avec la progression arithmétique (linéaire) des ressources alimentaires. On ne peut sortir de ce dilemme qu’en maîtrisant la fécondité humaine.

Tout citoyen devrait comprendre ce que veut dire une exponentielle et en tirer les conclusions qui s’imposent  : il est impératif d’agir politiquement de façon radicale afin d’instaurer une société post-croissance.

NB : Texte de Michel Sourrouille déjà paru dans le cadre de la coopérative écologique. Pour télécharger  leur lettre en format pdf : https://coop.eelv.fr/files/2020/07/INFOLETTRE-DU-MOIS-DE-JUILLET-2020.pdf

Gilles Lacan définit l’écologie résiliente

 Ce texte s’inscrit dans la conjecture d’une incapacité de la société industrielle mondialisée à poursuivre sa course technologique sans détruire de manière irréversible, à l’horizon d’une génération, les équilibres systémiques planétaires qui ont permis et accompagné depuis quelque dix mille ans l’avènement de l’humanité. Il porte un projet, limité à la France, de décroissance économique et démographique, dans le contexte, sans doute subi, d’une contraction du commerce international et d’une relocalisation de la production. Dans ce contexte, l’Etat et les autorités décentralisées, aux ressources amoindries, auront pour première mission d’assurer la protection physique et la sécurité alimentaire de la population, ainsi que de veiller aux conditions générales de la santé publique. 

I : Protectionnisme / Economie de marché / Dette : L’un des enjeux majeurs d’un projet écologiste doit être de relocaliser la production des biens agricoles et industriels, de manière à les rapprocher de leurs lieux de consommation, tout en assurant la résilience du pays et de ses territoires en cas de rupture des approvisionnements ou de pénurie énergétique (1). Le mode de production qui s’est avéré le plus efficace dans l’allocation des ressources est celui de la libre entreprise, en ce qu’il est fondé sur la responsabilisation des agents économiques sur des critères économiques. C’est aussi historiquement le seul qui se soit montré compatible avec une société de liberté, la liberté politique étant logiquement tributaire de la liberté économique. Cependant, la puissance publique doit garder la capacité de réguler l’activité des entreprises de manière à protéger les écosystèmes ; d’assurer les missions régaliennes de l’Etat : défense, sécurité intérieure, état de droit, recherche ; de fournir des services, en matière de santé et d’éducation, financés par l’impôt. La dette, publique et privée, entretient artificiellement la croissance et l’emploi dans une économie qui n’est plus en mesure de répondre, sans importations massives, aux besoins élémentaires de la population. Elle rend la France dépendante de ses prêteurs, limitant sa souveraineté (2). La doctrine officielle est que la dette ne peut être résorbée que par la croissance économique, censée générer les ressources nécessaires à son propre remboursement, mais la réalité est qu’elle n’a cessé d’augmenter depuis 40 ans malgré une croissance économique à peu près constante. Elle devra désormais être remboursée dans une trajectoire de décroissance, ce qui rendra cette résorption plus difficile.

  1. Rétablir des droits de douane, aux frontières extérieures et intérieures de l’Europe, pour protéger la production nationale dans l’agriculture et l’industrie.
  2. Réduire le volume des importations en pourcentage de celui du Pib.
  3. Garantir la liberté d’entreprendre, mais dans un cadre régulé par des normes contraignantes et des prélèvements obligatoires, destinés à protéger les écosystèmes, à assurer le fonctionnement des services publics et à maintenir les équilibres sociaux.
  4. Réduire la dépense publique, par la baisse des transferts sociaux (3), des effectifs de la fonction publique et des subventions aux entreprises ou aux associations, de manière à réduire la dette publique à moins de 60 % du Pib.
  5. Réduire l’endettement privé, en limitant l’offre de crédit et en augmentant le niveau obligatoire des fonds propres des banques commerciales.
  6. Orienter l’économie vers une déflation limitée.

II : Démographie / Immigration (déjà paru sur notre blog biosphere )

III : Transports / Tourisme : Le droit d’aller et de venir est fondamental dans une société de liberté. Mais il ne doit pas être assimilé à un droit à la mobilité qui consisterait à mettre à la disposition de chaque humain les moyens matériels et financiers de parcourir le monde selon ses envies. L’extension des déplacements aériens, générateurs d’émission de gaz à effet de serre (GES), aggrave les conditions de vie sur la planète. Leur restriction risque de pénaliser la France, première destination touristique mondiale (7), mais elle est indispensable.

De la même manière, les transports routiers de marchandises sur de longues distances comme les déplacements quotidiens en véhicules individuels motorisés contribuent au réchauffement climatique et à la pollution de l’air. Il est donc souhaitable de favoriser des alternatives fondées, pour le transport des marchandises, sur le raccourcissement des circuits de distribution et le ferroutage, et pour les déplacements de personnes, sur la promotion des transports collectifs et des mobilités douces.

  1. Instaurer une taxe aéroportuaire significative (8) sur l’ensemble des vols à l’arrivée et au départ des aéroports français.
  2. Supprimer les vols intérieurs, si les villes desservies sont reliées par train en moins de 3 heures.
  3. Instaurer une écotaxe intérieure sur les transports routiers de marchandises.
  4. Augmenter le prix des carburants et des péages routiers, et décréter un moratoire immédiat sur la construction d’autoroutes.
  5. Ne plus conditionner à l’achat d’un nouveau véhicule l’allocation de la prime à la casse.
  6. Brider la vitesse des automobiles immatriculées en France à 160 km/h dès 2023.
  7. Interdire l’accès des navires de croisière aux ports et eaux territoriales français.
  8. Renoncer à l’organisation à Paris des Jeux Olympiques de 2024, quel que soit le montant des pénalités de forfait.

IV : Energie / Logements et bâtiments publics / Exode urbain : La résilience énergétique consiste principalement en la réduction de la consommation d’énergie. Elle devrait conduire à l’abandon des énergies fossiles : pétrole, charbon, gaz. A terme, l’énergie utilisée ne devra pas dépasser les capacités offertes par la force humaine et la traction animale, par l’usage du vent et des courants marins et fluviaux, par l’énergie solaire et, de cet abandon des énergies fossiles ne peut être que progressif et ne sera rendu possible qu’à la suite de modifications importantes de nos comportements en matière de transports et de chauffage urbain, comme de nos méthodes de production dans l’agriculture et dans l’industrie. Au contraire, l’énergie nucléaire, largement décarbonée (9), devrait demeurer pour plusieurs décennies l’une des composantes importantes de notre production d’électricité, de manière à accompagner la transition et la rendre socialement plus supportable. Un tel choix implique toutefois que les normes de sécurité soient renforcées et strictement appliquées. Malgré cette contrainte, le nucléaire est en mesure de produire de l’électricité à un coût moins élevé que celui de l’éolien ou du photovoltaïque, avec surtout une souplesse d’utilisation bien supérieure. Enfin, l’abandon du nucléaire civil pourrait préjudicier à la nécessaire modernisation de notre force de dissuasion. Une autre cause majeure du réchauffement climatique est l’émission de GES générée par le chauffage des bâtiments une grande partie de l’année et par leur rafraîchissement durant l’été. La part importante du nucléaire dans le mix énergétique contribue à la limitation de ces émissions mais ne peut tenir lieu de panacée. Il est nécessaire de faire baisser la consommation d’énergie, en isolant les locaux de bureaux et d’habitation et en réduisant les dépenses de confort : l’Etat et les collectivités locales doivent donner l’exemple en imposant des économies d’énergie aux services placés sous leur autorité. Enfin la métropolisation, forme urbaine de la mondialisation, corrélée à l’installation d’un lourd réseau d’infrastructures de transports, accroît l’empreinte écologique globale et participe à la destruction de l’environnement. Dès à présent, les pouvoirs publics doivent inscrire la gestion spatiale du territoire dans la perspective d’un inéluctable exode urbain.

  1. Augmenter le prix de l’énergie (fuel, carburants, gaz, électricité) payés par les particuliers et les entreprises.
  2. Sécuriser et moderniser la filière nucléaire.
  3. Baser la réduction des émissions de GES sur la baisse de la consommation d’énergie plutôt que sur le recours massif aux ENR.
  4. Geler la construction nette de logements dans les aires métropolitaines de plus de 500 000 habitants (10).
  5. Isoler progressivement l’ensemble des bâtiments publics existants et interdire la construction de nouveaux bâtiments par l’Etat ou les collectivités locales qui ne soient pas à énergie positive.
  6. Interdire progressivement aux bailleurs sociaux et privés de donner à bail des locaux non isolés.
  7. Interdire le chauffage des bâtiments publics comme des établissements et commerces ouverts au public, hors hôpitaux et maisons de retraite, au-dessus de 18°C ainsi que leur climatisation en dessous de 30°C.

V : Biodiversité / Condition animale / Santé publique : Chaque année, 60 000 ha de terres agricoles sont transformés en logements, bureaux, routes, parkings, carrières, aires commerciales et de loisirs, jardins individuels. Cela représente plus d’un millième du territoire national et plus de deux millièmes de la surface agricole du pays. Au bout de dix années, c’est la superficie moyenne d’un département français qui est ainsi perdue, en réalité de deux départements si l’on rapporte cette perte à la surface agricole utile (SAU). Une telle hémorragie, en augmentation depuis les années 2000, compromet notre souveraineté alimentaire et, réduisant les espaces naturels, contribue à l’effondrement de la biodiversité. Elle se double de ce que l’on a nommé la déforestation importée, qui consiste en la consommation de produits importés – soja transgénique pour l’alimentation du bétail, huile de palme utilisée comme agrocarburant ou pour l’alimentation humaine – issus de la déforestation massive au Brésil, en Indonésie et en Malaisie (11). Les vidéos des établissements dans lesquels sont élevés et abattus les animaux destinés à la consommation humaine : bovins, porcs, volailles, en contradiction avec les prescriptions du code rural (12), ont sensibilisé l’opinion à la maltraitance animale. Celle-ci résulte moins d’actes individuels de cruauté que de l’organisation méthodique d’un système qui traite les animaux comme des marchandises, sans considération de leur souffrance : l’élevage intensif. L’interdiction de cette forme d’élevage ne peut être immédiate car elle ruinerait un grand nombre d’exploitations de la filière agro-industrielle, mais elle doit être progressive et engagée sans délai. Pour cela, il faut obliger les éleveurs à se conformer aux impératifs biologiques des espèces dont ils ont la garde, tout en protégeant leurs exploitations de la concurrence des pays qui pratiquent les méthodes de l’élevage intensif. La pollution de l’air et des sols n’est pas due à l’incivisme ou à la négligence de telle ou telle catégorie d’agents, elle est la conséquence mécanique des modes de production, de distribution et de consommation des sociétés dans lesquelles nous vivons. La santé publique est devenue la variable d’ajustement d’un système économique, tourné prioritairement vers la productivité et la compétitivité. Il appartient aux responsables politiques d’inverser ces priorités et d’imposer des choix principalement dictés par la santé de la population, l’économie devant être mise au service des hommes et non l’inverse.

  1. Etablir des plans départementaux d’arrêt progressif et chiffré de l’artificialisation des sols, avec l’objectif d’aboutir à une artificialisation nulle dans l’ensemble du territoire en 2030.
  2. Décréter un moratoire immédiat de toute aide publique à la création de parcs de loisir.
  3. Interdire l’importation de produits issus de la déforestation : soja transgénique et huile de palme.
  4. Adopter des normes en matière d’élevage conformes aux impératifs biologiques des différentes espèces, conduisant à l’abandon progressif et accompagné de l’élevage intensif.
  5. Imposer l’obligation d’étourdissement dans les abattoirs.
  6. Interdire l’importation d’animaux et d’aliments d’origine animale provenant de pays ne respectant pas ces règles d’élevage ou d’abattage.
  7. Interdire immédiatement l’épandage des pesticides au-delà d’une zone tampon de 50 mètres en bordure des habitations ; interdire totalement les pesticides en 2025.
  8. Interdire la commercialisation des voitures et fourgons à moteur diesel (neufs et d’occasion) dès 2025.
  9. Protéger les eaux souterraines et de surface contre la pollution d’origine agricole, par l’application effective de la directive « nitrates » du 12 décembre 1991, notamment en Bretagne et en Picardie-Nord-Pas-de-Calais.

VI : Institutions : A l’heure de la décroissance et de l’exode urbain, il est souhaitable que les lieux de la décision politique soient les plus proches possible des citoyens afin d’accompagner, au niveau des institutions, le mouvement de relocalisation de l’économie. Il convient donc de transformer les relations entre l’Etat et les collectivités territoriales en renforçant les compétences de celles-ci, et en particulier des régions, de préférence dans leurs limites d’avant la réforme de 2015.

  1. Doter les régions de compétences propres, exclusives de celles de l’Etat.
  2. Leur conférer une partie du pouvoir législatif dans leur sphère de compétence, incluant le droit de lever l’impôt, ainsi que la tutelle des collectivités locales sises sur leur territoire.
  3. Leur attribuer la gestion des principaux services publics – santé, éducation, police, justice – par application du principe de subsidiarité.
  4. Maintenir à l’Etat, par application du même principe, la défense du territoire et la diplomatie, la monnaie continuant à relever de la BCE.

VII : Défense / Europe / International : Avec 551 000 km², la France métropolitaine représente 0,37 % des terres émergées de la planète (13). Les 67 millions d’habitants qui vivent sur son territoire, y compris les dom-tom, ne représentent plus que 0,86 % de la population mondiale. Sans profondeur géographique, avec une population de taille modeste et devant néanmoins assurer la protection de la deuxième plus grande zone maritime du monde, la France est devenue plus vulnérable dans un contexte de montée des tensions géopolitiques et des migrations, marqué par un réarmement généralisé des grandes puissances (14). Le traité de Rome (1957) puis l’Acte unique (1986) prévoient la création d’un marché intérieur européen fondé sur les « quatre libertés » : liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes. Depuis l’instauration effective de ce marché, au début des années 1990, la Commission européenne a fait le choix d’une politique libre-échangiste à l’égard des pays tiers, par une sorte d’osmose entre les relations commerciales intérieures et celles extérieures de l’Union. Sous couvert de supprimer les obstacles « non tarifaires » aux échanges internationaux, les traités négociés par la Commission ont remis en cause différentes normes protectrices, européennes ou nationales, en matière de santé publique et d’environnement.

Par ailleurs, le système institutionnel issu des traités et du droit dérivé tend à s’affranchir de l’imperium traditionnellement attaché au vote populaire. Les règles de droit et les lois du marché non seulement priment sur la souveraineté des Etats, mais encore sont hors d’atteinte du vote démocratique des peuples (15). Enfin, la politique de commerce international de Commission, fondée sur la théorie ricardienne de l’avantage comparatif, accentue la division internationale du travail et l’intégration des pays européens dans l’économie globalisée, sans que soient pris en compte les graves dommages environnementaux générés par la mondialisation. Les alliances entre les nations sont moins déterminées par des considérations idéologiques que par la géographie et par l’histoire. L’Europe ne peut construire son avenir contre la Russie, ni même sans la Russie, héritière de l’empire byzantin et d’une civilisation chrétienne remontant au IXe siècle, dotée d’un immense territoire et de la deuxième armée du monde. Sans rien céder sur la philosophie des Lumières et le respect des droits de l’homme, qui sont une part constitutive de la culture européenne, il est temps de mettre fin à l’affrontement avec la Russie, préjudiciable pour tous, et de construire ensemble le partenariat stratégique de la Grande Europe de Lisbonne à Vladivostok.

  1. Maintenir la capacité opérationnelle actualisée des forces armées française, y compris dans leur composante de dissuasion nucléaire, et porter le budget de la défense à 3 % du Pib d’ici à 2030.
  2. Orienter la construction européenne vers une confédération, régie par le principe de subsidiarité, dans laquelle les Etats recouvrent la majeure partie de leur souveraineté.
  3. Promouvoir une conférence réunissant la Russie, le Royaume-Uni, l’Union Européenne et les autres Etats du continent pour jeter les bases d’un avenir commun et d’une défense commune de la Grande Europe.

Conclusion : La décroissance ne sera possible qu’avec une baisse substantielle du niveau de consommation et des services publics (16). Elle s’accompagnera d’un exode urbain qu’il faudra réguler. Toutes les classes sociales seront atteintes, sans que par un effet de magie les inégalités, qui ne se sont pas réduites durant des siècles de « progrès », disparaissent d’un seul coup. La décroissance créera des emplois dans une agriculture respectueuse de la nature et dans une industrie relocalisée, mais en fera disparaître d’autres, en plus grand nombre au début, dans les services et dans l’administration, faute de demande solvable de la société civile et de ressources suffisantes de l’Etat et des autorités publiques. La sobriété heureuse, comme la croissance verte, est un paradigme illusoire, inspiré des solutions « gagnant-gagnant » de la pensée néo-libérale. Pour sauver l’essentiel, notre survie en tant que peuple, nous devons entrer, avec les restrictions que cela implique, dans une économie de guerre.

(Ce texte a été proposé comme base de réflexion programmatique aux journées d’été de 2019 du Mouvement Écologiste Indépendant. Il ne fait naturellement pas référence à l’épidémie de Covid-19. Il n’engage que son auteur, Gilles Lacan (10/08/2019))

Notes

1. Le volume des importations rapporté à celui du Pib est passé de 12 % en 1962 à 32,1 % en 2018. Source : Banque Mondiale.

2. La dette publique française était de 2 359 milliards d’euros au premier trimestre 2019, soit 99,6 % du Pib. Elle était de 58,6 % du Pib au premier trimestre 2002. Source : JDN.

3. Les dépenses de protection sociale s’élevaient à 775 Mds € en 2017, soit 34 % du Pib, ce qui classe la France au premier rang en Europe. 46 % de ces sommes sont consacrées à la vieillesse, 35 % à la santé. Source : ministère des solidarités et de la santé.

4. En pouvoir d’achat mensuel, l’équivalent du smic en 1973 (avec la semaine de 40 heures).

5. Soit 35 millions d’habitants en métropole, correspondant à la population française en 1842.

6. La grande majorité des personnes entrées irrégulièrement forment une demande d’asile, ce qui permet d’en connaître approximativement le nombre.

7. La France a accueilli 90 millions de touristes étrangers en 2018. Le secteur du tourisme (450 millions de nuitées par an) représente plus de 7 % du Pib. Source : ministère de l’économie.

8. Comme ordre de grandeur, cette taxe pourrait être de 60 € pour les vols nationaux, de 100 € pour les vols européens et de 150 € pour les vols internationaux.

9. La production d’énergie électrique par les centrales nucléaires est consommatrice de pétrole, ne serait-ce que pour l’extraction et le transport de l’uranium ou la construction de la centrale elle-même. Mais l’émission globale de GES nécessaire à la production d’1 MW d’électricité par une centrale nucléaire est bien plus faible que celle nécessaire à la même production par une centrale thermique. En 2016, les émissions de GES étaient de 11,4 tonnes d’équivalent CO2 par habitant en Allemagne et de 7,1 tonnes en France. Source : Eurostat.

10. Paris, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice.

11. Les forêts constituant le deuxième puits de carbone après les océans, la déforestation accélère le réchauffement climatique.

12. « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. » Art. L. 214-1 du code rural et de la pêche maritime.

13. La Russie représente 11,48 %, les Etats-Unis 6,60 % et la Chine 6,44 % des terres émergées.

14. Entre 2000 et 2016, le budget militaire de la France a augmenté de 13 %, celui des Etats-Unis de 43 %, celui de la Russie de 239 % et celui de la Chine de 423 %. En termes de dépenses militaires, la France est passée durant la même période de la 2e à la 5e place mondiale. Source : SIPRI.

15. « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » a déclaré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, dans une interview au Figaro, le 28 janvier 2015.

16. Les seuls pays ayant significativement diminué leur empreinte écologique sont l’URSS et les pays du Comecon, après l’effondrement de leur appareil industriel et de leur bureaucratie au début des années 1990, ainsi que Cuba à la même période, après l’arrêt de l’aide soviétique. Il faut y ajouter la Grèce, lors du plan d’austérité mis en œuvre entre 2008 et 2013. Source : Global Footprint Network.

http://economiedurable.over-blog.com/2020/06/pour-une-ecologie-de-la-resilience-6.html

les principes d’une société post-croissance

Au sein de l’Archipel écolo, on a rédigé dix principes de conception d’une société post-croisssance :

1) Principe de sobriété : le modèle de développement issu du capitalisme industriel ne tient pas compte des limites biophysiques de la planète. C’est un modèle prédateur, extractiviste, fondé sur la recherche du profit, de l’optimisation, de la compétition au détriment du bien vivre des populations humaines et non humaines. Nous nous engageons à lutter contre le productivisme, le consumérisme et l’extractivisme qui détruisent les conditions de vie sur Terre et à promouvoir une politique de la Terre – c’est-à-dire une politique au service de l’humanité et du vivant dans tous ses aspects- fondée sur la sobriété des usages (sobriété énergétique, sobriété dans l’utilisation des matières premières, sobriété dans l’usage du sol, sobriété numérique…). Notre slogan, c’est « sauvons l’habitabilité de la Terre ».

2) Principe de résilience ( : afin de renforcer notre capacité individuelle et collective à subir les chocs à venir (choc climatique, choc économique, choc sanitaire, choc lié à la perte de la biodiversité) . Pour cela, nous nous engageons à renforcer le rôle et l’autonomie des territoires (via par exemple les biorégions), à relocaliser une partie de nos activités,  en particulier celles dont dépendent la santé et l’alimentation, à privilégier les circuits courts, la permaculture…

3) Principe de décroissance choisie et sélective : parce que le PIB, la croissance pour la croissance, ne peuvent plus être notre boussole, nous nous engageons à réévaluer l’ensemble de nos activités à l’aune du bien vivre et des limites de la planète. Contre le productivisme et son pendant consumériste, certaines activités doivent décroitre rapidement (automobile, aérien, activité spéculative, industrie du luxe, élevage industrielle, industrie touristique…) et laisser la place à d’autres activités (énergie renouvelable, low tech, mobilité douce, soin…) ?

4) Principe de solidarité intra et inter-espèces : alors que la domination du néolibéralisme n’a su ni réduire les inégalités sociales ou de genre, ni préserver les conditions d’un monde habitable sur Terre, l’Anthropocène ouvre une nouvelle époque pour l’humanité, ce moment où l’espèce humaine est devenue une force géologique capable de bouleverser les équilibres du système-Terre. Face à cette situation, notre rapport au vivant humain et non humain est à reconsidérer de fond en comble, de nouvelles solidarités se mettre en place. Nous devons réapprendre notre dépendance aux autres, aux milieux et aux communautés biotiques. 

5) Principe de coopération : plutôt que la compétition et l’appropriation privée des ressources de la planète, plutôt que la prédation et l’accumulation sans bornes, nous nous engageons à protéger les communs mondiaux comme l’eau, l’air, les paysages, les sols…Le travail ne doit plus être fondé sur l’exploitation de la ressource humaine et non humaine, mais sur le ménagement, le soin, la prise en compte de notre commune vulnérabilité.

6) Principe de cosmopolitisme : aucune politique de la Terre ne saurait s’envisager sans une prise en compte de l’ordre international et de l’interdépendance des communautés humaines entre elles. Le réchauffement climatique et ses conséquences, l’effondrement de la biodiversité, n’ont que faire des frontières et des Etats-nations.

7) Principe de démétropolisation : parce que les métropoles, par leur densité et leur surpeuplement représentent un élément de vulnérabilité supplémentaire, nous devons repenser la ville et l’aménagement du territoire et mettre fin à terme à la métropolisation. Réduire l’étalement urbain, la consommation et l’artificialisation des sols, rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, réduire les distances domicile-travail, doivent être au coeur d’une nouvelle approche « ville-campagne ».

8) Principe de démocratie horizontale : aucun changement profond, aucun tournant civilisationnel ne peut être envisagé dans le cadre de nos institutions actuelles. La démocratie doit être réinventée à l’aune des enjeux écologiques planétaires et de la nécessaire participation de toutes et de tous à la définition du nouveau cadre commun. Face à l’urgence et à la profondeur des transformations à engager, le modèle de la démocratie représentative n’est plus suffisant. L’implication et la mobilisation passent par l’avènement d’une démocratie horizontale et l’innovation sociale. 

9) Principe d’émancipation individuelle et collective permettant de donner toute sa place au « non économique » à éducation, art, culture, sport, relations interpersonnelles et collectives et permettre à chacun et à tous de participer démocratiquement à la lutte.

10) Principe de justice sociale : l’exploitation des salarié.es constitue le rapport social au fondement du capitalisme. Dans sa phase actuelle, celle du néolibéralisme, il n’a de cesse de revenir sur les droits sociaux arrachés par les mobilisations passées et aggrave encore plus les inégalités sociales. La gestion des entreprises, basée sur la « création de valeur pour l’actionnaire », est dominée par une logique de stricte rentabilité financière au détriment des conditions de vie et de travail des salarié.es comme des impératifs écologiques. Cette logique financière tend à dominer aujourd’hui la totalité de la vie économique. La remise en cause de ce rapport social doit être au cœur d’un projet d’émancipation.