biosphere

Pour l’avion tous bords confondus

Pour confirmer les analyses de ce blog biosphere sur la distinction entre écologie superficielle et écologie d’approfondissement, cette tribune* signée par plusieurs sénateurs et députés de gauche, du Centre, de droite et macronistes, « Arrêtez de taper sur l’avion » . L’alliance de l’ancien monde économico-politique contre l’urgence écologique !

« Honte de prendre l’avion (‘flygskam’), amendement à la loi d’orientation des mobilités prévoyant d’augmenter la taxe sur le kérosène et le taux de TVA sur les billets d’avion, proposition de loi visant à interdire les vols ­domestiques lorsqu’il est possible de prendre le train avec un temps supplémentaire de deux heures et demie ou moins… Ces dernières semaines, nous assistons, interloqués, à une multiplication des attaques contre l’avion. Sans remettre en cause l’urgence écologique et la nécessité de ­réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, nous souhaitons mettre en garde contre des solutions démagogiques qui sacrifieraient les territoires les plus éloignés des métropoles. Les lignes aériennes interrégionales sont souvent le seul moyen de leur éviter un isolement mortifère. L’avion est indispensable pour permettre aux dirigeants et salariés de rencontrer rapidement leurs clients à Paris et à l’étranger. Nous avons conscience de l’importance de changer nos modes de transport et de consommation pour lutter contre le réchauffement climatique… mais privilégions l’écologie incitative plutôt que punitive. Aidons le secteur aérien à adopter une stratégie bas carbone en développant la recherche sur l’hydrogène et le biokérosène. L’avion nuit au climat, certes ; mais si on le compare à l’automobile, il consomme deux fois moins par passager. S’y attaquer sans ­discernement aggraverait considérablement la fracture territoriale et sociale de notre pays. »

Même s’il y a une « oscillation perpétuelle » des résultats électoraux de l’écologie politique, on sait de source sûre que la psychologie de l’électeur moyen s’est mis au vert et qu’une angoisse de l’avenir se fait ressentir de plus en plus ouvertement. Cette tribune de parlementaires tous bords confondus le confirme, la situation écologique est bien présente dans leurs propos. Se pose alors le type de stratégie électorale à mener pour les écologistes, ce que tranche actuellement les dirigeants d’EELV : «  Ce que nous ne voulons plus c’est utiliser des mots vides de sens pour masquer la réalité de la crise que nous vivons. Trop facile de se dire de gauche ou de droite et de ne pas agir pour l’intérêt général. » En d’autres termes les mots droite ou gauche, à plus forte raison « centre », sont des mots valises auxquels on peut donner le sens que l’on veut ; c’est la même chose que le mensonge statistique déjà abordé. La venue surprise de Macron au pouvoir c’est d’ailleurs joué sur une stratégie droite ET gauche ET centre, ce qui a contribué en à en finir électoralement avec cette vieille distinction qui date du siècle précédent. Aller chercher des voix nouvelles se résume dorénavant à tenir un discours simpliste comme l’extrême-droite OU BIEN montrer les interdépendances du vivant et les limites de la planète ; ce discours n’est ni de droite ni de gauche, c’est l’approche complexe de l’écologie politique. Bien entendu la majorité des urnes restera un moment encore à ceux qui soutiennent comme Macron le business as usual tout en faisant croire au peuple que c’est pour leur bien . Les tenants de l’alliance à gauche se gardent bien de définir la « gauche » dont il veulent l’appui. Nous rappelons que la gauche à une audience électorale proche de 6 % pour chacune de ses composantes, pas de quoi en faire une base électorale élargie. Rappelons aussi la difficulté d’une alliance entre ces différentes composantes malgré les tentatives de la présidentielle (triumvirat Hamon/Jadot/Mélenchon) et bien d’autres initiatives d’unification. Chaque gauche veut conserver son pré-carré et/ou son leader, le mot « gauche » ne veut plus rien dire. Mieux vaut utiliser directement le mot social qui est au-delà des étiquettes : tous les individus sans exception, même s’ils se croient d’extrême droite, ont intérêt à ce que nous mettions politiquement en place une stabilisation durable de cet environnement qui nous fait vivre. Seul le mot « écologie » peut politiquement rassembler.

Il faut s’appuyer sur une base sociale élargie, celle qui a compris que la somme des urgences impose une nouvelle radicalité. Une radicalité écologique donc, pas une resucée deS gaucheS historiques. C’est là où la stratégie électorale de l’écologie politique devient délicate. En effet l’urgence sociale-écologique impose de tenir un discours qui s’apparente à une écologie « punitive », il suffit de penser aux mésaventures de la taxe carbone avec les Gilets jaunes ou à cette tribune pro-avions de parlementaires. Il n’y aura plus distinction entre une écologie de gauche et une écologie du centre, il y aura opposition entre une écologie superficielle (croissance verte, nucléaire sans CO2, charbon propre, biokérosène, etc.) et une écologie approfondie, celle qui montre aux électeurs la vérité des réalités biophysiques : il faudra donc faire beaucoup d’efforts pour sortir de l’impasse dans laquelle nous a mené le business as usual… Les électeurs ont besoin de politiques qui montrent leur détermination dans une situation globale où on a oublié le sens des limites. Il ne va pas être facile d’inverser un électorat moyen bercé par la profusion de marchandises issus des Trente Glorieuses et des énergies fossile gracieusement données par la planète… à titre temporaire ! Il ne va pas être facile de montrer à des parlementaires que les vieux concepts comme « attractivité d’un territoire », « progrès technologique » ou « écologie punitive » perdent toutes leurs pertinences. Ce n’est pas facile, mais si on n’essaye pas, on ne changera rien au désastre en cours.

* https://www.lejdd.fr/Politique/arretez-de-taper-sur-lavion-la-tribune-de-93-elus-de-tous-bords-3906012

Nécessité pour la foule, partager un langage commun

« Comment se passent les interactions entre individus dans un groupe ? Prenons l’exemple de la construction d’un bâtiment. Un auto-constructeur prend toutes les décisions seul, en fonction de sa culture et de ses connaissances. Il n’a à se mettre d’accord avec personne… sauf peut être avec sa femme ! Il n’en est pas de même pour une équipe de bâtisseurs. Les regards portés sur la mise en œuvre seront aussi divers et nombreux que le nombre de personnes participant au groupe de travail. Or on ne peut être d’accord que sur ce que l’on partage clairement, sur les idées qui sont communes à tous. Schématiquement, l’entente se fait sur l’intersection des idées des protagonistes. Plus le nombre de personnes ayant à se mettre d’accord sur une décision à prendre est important, plus les points communs à leur réflexion sont réduits.

Exemple : Si 195 personnes sont nécessaires à la construction d’un bâtiment, on voit mal comment, en mettant ces 195 personnes à égalité dans la discussion menant à la prise de décision, on parviendrait à tomber d’accord sur un projet qui satisfasse suffisamment chacune des 195 personnes. Tiens !? Il me semble qu’à la COP 21 à Paris, il y avait 195 pays… quelle coïncidence ! On peut donc dire que les considérations de chaque individu (ou États) ne s’ajoutent pas, au contraire, elles s’annihilent ! Pourtant des immeubles construits par plus de 195 personnes, il y en a beaucoup. Mais ils ne sont jamais le fruit de la volonté d’un si grand nombre de personnes. C’est là qu’on retrouve la structure pyramidale habituelle de la société… avec un « chef » architecte qui décide en définitive tout seul, comme notre auto-constructeur. Souvenons-nous : L’homme est un animal de petit groupe, de clan, de tribu. Alors oui : lorsqu’il s’agit de réfléchir en petit groupe, au niveau de son clan, POUR SON CLAN, les hommes qui composent ce clan, sont capables d’aboutir à une réflexion commune, un consensus comme l’ont fait notre auto-constructeur et sa femme. Mais au niveau mondial, les compétences dans la réflexion s’annulent (accord COP 21 pudiquement appelé « a minima » ). En d’autres termes : 8 milliard de personnes, cela fait une capacité d’action qui tend vers l’infini. 8 milliard de personnes, cela fait une capacité de réflexion qui tend vers zéro. Ou encore : L’humanité a la capacité physique de se détruire. L’humanité est dans l’incapacité de maîtriser politiquement cette capacité physique. »

De cette démonstration menée par Lucie Forêt  (pourquoi ça ne marche pas, ou les 3 paradoxes), nous retenons l’idée qu’un consensus entre personnes multiples ne peut aboutir que s’il y a à la base un langage commun, « des idées qui sont communes à tous ». Sur notre blog biosphere, nous essayons justement de promouvoir le point de vue des écologistes comme éléments de langage commun aux protecteurs de la Terre-mère. Nous proposons par exemple de nous retrouver collectivement autour d’un certain nombre de thèmes bien analysés sur notre blog : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (et biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). D’accord ?

CLIMAT, Greta Thunberg s’explique

Greta Thunberg explique la genèse de son projet « #grevepourleclimat » à tous ceux qui ont déversé rumeurs et haine à son encontre. Extraits :

«  En mai 2018, j’ai figuré parmi les gagnants d’un concours d’articles concernant l’environnement. A cette occasion, j’ai eu plusieurs rendez-vous téléphoniques avec des activistes. Bo Thorén de Fossil Free Dasland a émis le projet assez vague de grève de l’école. C’était inspiré des lycéens de Parkland qui avaient refusé de retourner à l’école après la tuerie qui y avait eu lieu. J’ai bien aimé cette idée de grève scolaire. J’ai essayé de mobiliser quelques jeunes autour de moi. Mais personne n’était vraiment intéressé. J’ai donc fait la grève de l’école toute seule. Quand j’ai annoncé mon projet à mes parents, ils ne l’ont pas adoré. Ils m’ont dit que si je me lançais, ce serait toute seule, sans aucune aide de leur part. Le 20 août 2018, je me suis assise au pied du Parlement suédois. J’ai distribué des tracts avec une longue liste de données au sujet de la crise du climat et des explications sur mon acte. Mes posts sur Twitter et Instagram sont vite devenu viral.

Beaucoup de gens aiment répandre des rumeurs affirmant « qu’il y a des gens derrière moi », que je suis « utilisée » pour faire ce que je fais. Mais la seule personne derrière moi, c’est moi-même ! Mes propres parents étaient tout sauf des activistes du climat jusqu’à ce que je les rende conscients de la catastrophe. Je fais cela de façon bénévole et cela restera comme ça. Je ne connais aucun activiste du climat qui fait cela pour l’argent. Cette insinuation est totalement absurde. Et j’écris mes propres discours. Je demande de l’aide à quelques scientifiques pour ne véhiculer aucune information fausse ou qui pourrait être mal comprise.

Quand je dis que je veux que vous paniquiez, je veux dire que nous devons traiter cette crise comme une urgence absolue. Quand votre maison est en feu, vous ne vous asseyez pas pour parler de combien elle sera belle quand elle sera reconstruite une fois que vous aurez éteint les flammes. Si votre maison brûle, vous courez dehors et vous vous assurez que tout le monde a pu s’échapper pendant que vous appeliez les pompiers. Cela demande un certain niveau de panique. Il y a un autre argument contre moi, le fait que « je suis juste une enfant et que nous ne devrions pas écouter les enfants ». Cela peut facilement se résoudre : écoutez les scientifiques à la place. Parce que si tout le monde écoutait les scientifiques et les faits auxquels je me réfère tout le temps, personne n’aurait à m’écouter moi ou les centaines de milliers d’enfants en grève de l’école pour le climat. Je suis juste une messagère. Cela ne devrait pas être aux enfant de faire cela. Mais l’attitude des adultes ne nous laisse pas le choix. Merci à vous tous pour votre soutien ! Cela me donne de l’espoir. »

Source : « Rejoignez-nous, #grevepourleclimat », petit fascicule de 38 pages pour 3 euros

CLIMAT, rejoignez Greta Thunberg

Greta Thunberg a écrit « Rejoignez-nous, #grevepourleclimat »*, un texte poignant à faire circuler. Extraits :

« C’est à huit ans que pour la première fois j’ai entendu parlé du réchauffement global. Je me souviens avoir pensé que c’était très étrange que les humains, qui ne sont rien d’autre qu’une espèce animale, soient capables de modifier le climat. Parce que si c’était vraiment le cas, on ne parlerait de rien d’autre dès qu’on allumerait la télévision. Comme si une guerre mondiale avait éclaté. Mais personne n’en parlait jamais. Si brûler de l’énergie fossile était si mauvais que cela pouvait menacer notre propre existence, comment pouvions-nous continuer comme si de rien n’était ? Pourquoi n’y avait-il aucune restriction ?

Je pense que nous les autistes sommes les « normaux » et que vous, les autres, êtes des gens plutôt étranges. On m’a diagnostiqué un mutisme sélectif : je parle uniquement quand cela est nécessaire. On ne sait pas mentir et on a peu d’intérêt pour ce jeu social que beaucoup semblent particulièrement apprécier. Pour moi c’est blanc ou noir : il n’y a pas de zone grise quand on parle de survie. Si les émissions carbone doivent s’arrêter, alors nous devons arrêter les émissions carbone. Si je vis jusqu’à cent ans, je verrai l’an 2103. Les dirigeants du monde, quand ils pensent au futur, ne voient jamais au-delà de 2050. Mais ce que nous faisons ou ne faisons pas maintenant, tout de suite, aujourd’hui, va affecter l’intégralité de ma vie et celle de mes enfants et de mes petits-enfants. Ce que nous faisons ou ne faisons pas maintenant ne pourra être défait par ma génération.

Certains me disent que je ferais mieux d’aller à l’école. Que je ferais mieux d’étudier et de devenir à mon tour une scientifique du climat, pour « résoudre la crise climatique ». Mais nous avons déjà tous les faits et les solutions. Pourquoi au juste est-ce que je devrais étudier pour un avenir qui pourrait bien ne plus exister parce que personne ne fait rien pour le sauver? Les gens se mettent à évoquer l’espoir, les panneaux solaires, l’économie circulaire et tout cela. Nous avons parlé de toutes ces choses pendant trente ans avec nos beaux discours et nos jolies histoires optimistes de changement. Je suis désolée, mais cela ne marche pas. Car si cela avait marché, les émissions de gaz à effet de serre auraient diminué. Et ce n’est pas le cas. Nous utilisons 100 millions de barils de pétrole par jour. Il n’y a aucun programme politique pour changer cela. Bien sûr nous avons besoin d’espoir, mais nous avons encore plus besoin d’action. Quand on commence à agir, l’espoir est partout. Alors au lieu d’attendre, cherchez l’action. Et c’est seulement à ce moment-là que l’espoir sera là.« 

* petit fascicule de 38 pages pour 3 euros dans les kiosques et librairies

Stations de ski et réchauffement climatique

Les Neiges Catalanes, ce sont 6 stations de ski alpin dans le parc naturel régional des Pyrénées catalanes. Entre Andorre et Méditerranée, la question brûlante de leur avenir a été soulevée lors d’une réflexion initiée par les JNE le 17 mai 2019 : « Changement climatique en zone de montage ». Tous les intervenants, la directrice du parc, le représentant de son comité scientifique, une chercheuse au CNRS… ont été unanimes : à l’horizon 2050, il y aura en moyenne lissée 3 à 4° Celsius en plus dans la région. Tous ont aussi notés les difficultés de penser l’adaptation à ce choc thermique, d’autant plus que les stations de skis locales pratiquent déjà la « neige cultivée ». Les chutes de neige sont aléatoires d’une année sur l’autre et la saison dure à peu près un mois seulement. La question de l’emploi présent et à venir inquiète donc tous les élus. Le parc régional compte 66 communes où vivent quelque 21 000 habitants, le potentiel agricole est limité dans ce territoire où on trouve des sommets à 3000 mètres d’altitude, l’industrie absente. Les familles et les municipalités ne trouvent leur équilibre financier que dans la saison d’hiver avec l’arrivée des skieurs. Un million d’euros investis dans un remonte-pente produit des revenus en cascade et des emplois induits. Mais quand il ne fera plus assez froid pour faire fonctionner les canons à neige, n’aura-t-on pas gaspillé en pure perte l’argent public ? Tel est le dilemme. Les intervenants parlent de catastrophe, de multiplication des friches touristiques. Déjà certaines stations de ski ont mis la clé sous la porte. L’hyper-spécialisation dans la neige est une impasse à laquelle on ne voit pas d’issue. Ce ne sont pas les bourdons qui vivent en nombre et en multiplicité d’espèces dans la réserve naturelle de la vallée d’Eyne qui vont produire un nouveau tourisme de masse. Comme l’exprime brutalement un des locaux, « sans la neige, il n’y a plus rien ». On ne peut pas revenir d’un coup de baguette magique à la situation d’autrefois, une région qui vivait quasi en autarcie. Alors la question se pose dorénavant au niveau national, réfléchir à une improbable adaptation ou agir vraiment pour que les émissions de gaz à effet de serre soient drastiquement réduites.

Un rapport rédigé par les sénateurs Ronan Dantec et Jean-Yves Roux sur l’adaptation de notre pays aux dérèglements climatiques au mitan du siècle a été publié le 16 mai dernier. Il nous annonce d’ici 2050 une France à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle avec un climat méditerranéen sur la moitié de l’Hexagone. Il conclut en substance que la France n’est pas préparée au choc. Après un premier « plan national d’adaptation au changement climatique » en 2011 suivi de nul effet, on envisage un deuxième pour la période 2018-2022, avec 3,5 milliards d’euros voués entre autres à l’accompagnement des territoires les plus vulnérables face au changement climatique » (dont le tourisme associé aux sports d’hiver). Mais ces deux textes sont non normatifs, ils appartiennent à la catégorie de la langue de bois, une caractéristique de notre monde politique, qui dit et redit que demain tout ira mieux ! Entre les deux stratégies, « éviter l’ingérable » et « gérer l’inévitable », les sénateurs penchent pour l’idée de privilégier l’adaptation : « Nous nous adapterons, car c’est le propre de l’humanité de s’adapter ». Mais on vient de voir que cette méthode est inapplicable dans certains territoires. N’oublions pas qu’il ne s’agit pas seulement de nos montagnes où l’enneigement continue de diminuer, mais aussi des zones littorales, grignotées par l’érosion et menacées de submersion. Sans parler des effets en chaîne du réchauffement climatique sur l’ensemble de la planète.

Le climatologue Hervé Le Treut, qui dirige le comité scientifique du projet AcclimaTerra en Nouvelle Aquitaine est bien plus incisif que nos sénateurs. Il pointe le risque qu’en disant qu’il fallait s’adapter, les gens comprennent qu’on peut s’adapter à tout et ne fassent rien pour lutter contre le réchauffement. Je pense qu’il a raison, il s’agit d’abord de s’attaquer aux causes du changement climatique et non de causer sans fin sur l’adaptation aux conséquences. Mais faute d’une politique (internationale) d’interdiction programmée des combustibles fossiles, on assistera sans doute aux environs de 2050 à l’afflux de réfugiés climatiques qui viendront de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur même de notre pays… entre autres de nos stations de ski.

Michel Sourrouille (texte initialement paru sur le site JNE, Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie)

Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie »

« L’article du MONDE (ainsi titré) n’est qu’un galimatias de journalistes pour le coup franchement bobo. Stop stop à ce déferlement de pessimisme, l’ humanité sait s’adapter. » Pour savoir ce que ce commentateur sur le monde.fr critique, voilà quelque ressentis de ceux qui se sentent mal à la Terre :

En novembre 2018, Clémence Bertolini apprenait que les deux tiers de ses compatriotes accordaient plus d’importance au pouvoir d’achat qu’à la transition écologique. « La goutte d’eau, trois mois après la démission de Nicolas Hulot du gouvernement… J’ai réalisé que rien ne changerait. C’était foutu. » Clémence a abandonné ses illusions de pionnière de la couche lavable pour se claquemurer durant huit mois chez elle. : « J’étais dévastée, je ressentais la culpabilité dévastatrice d’avoir donné vie à deux enfants qui allaient connaître des guerres et des rationnements de nourriture… J’ai fait une dépression. » Comme l’icône suédoise de la jeunesse en rébellion écologique, Greta Thunberg, qui, à 11 ans, a sombré après avoir vu un documentaire sur les ours polaires. Ou encore Aurélie Valognes, depuis peu « consciente que la planète commence à exploser ». Au point de ne plus pouvoir écrire une autre histoire que celle d’une conversion écologique (La Cerise sur le ­gâteau). Le vidéaste écolo Vincent Verzat confie « avoir du mal à dormir une nuit sur trois… En décembre 2018, je me suis rendu compte que, mes vidéos satisfaisaient un besoin de sens et de communauté mais n’allaient pas changer la donne ». Pour Clément Sénéchal, chargé de campagne chez Greenpeace France, travailler sur le sujet est « usant » : « Cela crée un rapport au monde en tension permanente ». Un trajet en voiture ? « La dégradation des conditions de survie de l’humanité. » Une balade dans un square ? « La préservation du vivant. » Forcément se pose la question de la paternité « car mettre au monde des enfants accroît l’empreinte carbone dans un monde dont on ne sait pas s’il va durer ».

La psychiatre Antoine Pelissolo : « La crise environnementale est un parfait sujet d’anxiété. Il est potentiellement très grave, nous n’avons pas de prise directe, nous sentons le danger approcher… Il peut donc devenir envahissant, alimenter une sensibilité à la dépression, et priver les soignants de leviers pour remobiliser la personne, comme la projection dans l’avenir. » Les adolescents que reçoit la psychiatre Marion Robin ne se privent pas de lui faire savoir auque« les adultes ont bousillé la planète ». Laissons la conclusion à un autre commentateur sur lemonde.fr, Gérard de Vire : « Je fais partie de ces angoissés. Ça a commencé au milieu des années 2000. Il y avait certes, le réchauffement climatique mais c’est davantage le manque de ressources qui m’inquiétais. Tous les événements géopolitiques, toutes les études scientifiques, tout donne raison à cette musique devenue assourdissante dans ma tête. Je travaille dans l’industrie chimique, je me bats au quotidien pour limiter les gaspillages énergétiques et les émissions de protoxyde d azote. J’en éprouve une forme extrême de solitude lorsque je vois l’énergie à dépenser juste pour convaincre de ne plus utiliser de gobelets en plastique… Bref, le burn-out est pour bientôt. »

NB : solastalgie, sentiment d’être en deuil du monde qu’on imaginait pour nos enfants

L’IFOP évaluait, en octobre 2018, à 85 % la proportion des Français inquiets du réchauffement climatique, 8 points de plus qu’en 2015. Chez les 18-24 ans, ce taux culmine à 93 %.

Les victimes du réchauffement se battent déjà

Le présidentiable René Dumont avait prévenue en 1974, «L’écologie ou la mort » ; il a obtenu 1,3 % des voix.  Certains croyaient encore dans les années 2000 à la pédagogie de la catastrophe… La responsable académique au développement durable a accusé un référent EEDD dans son lycée d’être « catastrophiste ». Eviter le réalisme des mots en matière d’urgence écologique, c’est le meilleur moyen d’accélérer l’effondrement. Les gens conscients des réalités biophysiques en arrivent à penser aujourd’hui que même la catastrophe ne peut plus servir de pédagogie : chacun se battra pour accaparer les ultimes ressources terrestres, et la dernière goutte de pétrole ira sans doute à un tank. L’article* de Jean-Baptiste Fressoz confirme :

«  Les climatologues n’hésitent plus à relier les inondations au réchauffement : une terre plus chaude, c’est une évaporation plus intense, davantage d’eau retenue dans l’atmosphère et donc des inondations plus fréquentes et plus dévastatrices. Alors que de nombreuses inondations frappent partout la planète et que les grandes plaines du Midwest américain sont sous l’eau, le président Trump aggrave les sanctions économiques contre l’Iran, lui-même submergé. Le désastre dans le Midwest ouvre des opportunités commerciales aux concurrents, incités à déforester davantage l’Amazonie et La Pampa argentine, et donc à accroître le réchauffement. Pis : pour amadouer les agriculteurs américains lessivés par les inondations et la guerre commerciale avec la Chine, le président Trump cherche à encourager la production de carburant à partir de maïs et de soja. Enfin, les évangéliques, très actifs dans le Midwest, expliquent à qui veut l’entendre que le réchauffement climatique est un mythe et que les inondations sont une sanction des péchés d’une Amérique qui a tourné le dos à Dieu ! L’idée d’une pédagogie de la catastrophe est décidément beaucoup trop optimiste… »

Voici sur notre blog biosphere quelques autres points de vue complémentaires de Jean-Baptiste qui méritent la lecture :

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

en résumé : En avril 1855, alors que la foule se presse à l’exposition universelle de Paris pour y admirer machines, locomotives et inventions, paraît « La Fin du monde par la science », écrit par un avocat, Eugène Huzar  : Je ne fais la guerre ni à la science, ni au progrès, mais je suis l’ennemi implacable d’une science ignorante, d’un progrès qui marche à l’aveugle sans critérium ni boussole. La science expérimentale ne peut anticiper les conséquences lointaines de ses productions toujours plus puissantes. Et ce décalage entre capacités techniques et capacités de prévision conduit inexorablement à l’apocalypse…

25 octobre 2018, L’addition des énergies mène droit à la crise ultime

en résumé : Jean-Baptiste Fressoz souligne à juste titre que la « transition » devrait s’appeler « crise énergétique » ou « gap énergétique ». Mais dire « transition » plutôt que « crise » rend le futur beaucoup moins anxiogène en l’arrimant à une rationalité planificatrice et gestionnaire. Ainsi va un monde où il ne faut plus culpabiliser les gens, ni parler d’écologie punitive, encore moins de sang, de larmes et de sueurs

* LE MONDE du 13 juin 2019, « Les victimes du réchauffement se battent au lieu de s’entraider »

échec flagrant au bac Sciences économiques

Lors de leur création au début des années 1970, les sciences économiques et sociales (SES) était un nouveauté incontestable : elle refusait la segmentation propre à l’université (sociologie d’un côté, psychologie de l’autre, histoire, économie…) pour aborder une analyse transversale de la société. Cependant les SES souffrent de deux défauts structurels. Le premier était de séparer trop ostensiblement enseignement économique et sociologique, ce qui recrée une spécialisation interne dommageable à l’apprentissage d’une perspective globale par les lycéens. Le deuxième consiste à ne considérer textuellement que l’économique et le social, oubliant l’importance de l’écologie dans un monde dont on a outrepassé les limites. Rêvons à une profonde mutation des SES qui appliquerait les propos de Bertrand de Jouvenel.
Il préconisait lors d’une conférence* en 1957 « le passage nécessaire de l’économie politique à l’écologie politique » . Il précisait : « l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique ». Pour lui, notre espèce est en co-évolution avec les autres espèces dans une situation de dépendance forcée à l’égard de notre environnement naturel : « Aussi bien qu’un organisme inférieur, la plus orgueilleuse société est un parasite de son milieu : c’est seulement un parasite intelligent et qui varie ses procédés. »  En tant que membre de la Commission des comptes de la Nation, Bertrand de Jouvenel appartenait à la corporation des économistes de sorte que la critique de la science économique qu’il amorçait ne procèdait pas d’un point de vue extérieur mais bien plutôt interne. En 1968 dans « Arcadie, essai sur le mieux vivre », Bertrand de Jouvenel reprenait cette idée d’écologie politique : « Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. Ceci est nécessaire puisque nous ne pouvons plus considérer l’activité humaine comme une chétive agitation à la surface de la terre incapable d’affecter notre demeure. Le terme d’infrastructure est à présent populaire, il est bon d’avoir conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. » En d’autres termes, on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un écologiste bien informé. Or les sujets du bac SES cette année sont très loin de cette perspective et donne de l’économie une image hors sol.
Le sujet de raisonnement de l’épreuve composée fait l’impasse sur les dysfonctionnements flagrants de la mondialisation : « À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les firmes multinationales cherchent à améliorer leur compétitivité par des stratégies de localisation ». Les sujets de spécialité « Economie approfondie » sont de la même manière formulés pour éliminer toute analyse critique.  Sujet A : Comment peut-on expliquer le processus de globalisation financière ? ; Sujet B : Montrez par quelle stratégies les entreprises peuvent exercer un pouvoir de marché. Les « sciences » » économiques et sociales continuent de promouvoir l’idéologie libérale : marché et financiarisation, mondialisation et compétitivité, aucun recul sur un système sans avenir puisque la planète est dévastée.
Rappelons qu’après le premier choc pétrolier de 1973, le bac SES insistait sur les limites de la croissance : « On découvre seulement aujourd’hui que la prospérité de l’Occident était en partie fondée sur l’énergie à bon marché et sur la croyance aveugle que cette situation pourrait durer indéfiniment. Après avoir apprécié les conséquences de la « crise du pétrole » sur la croissance de ces économies, vous montrerez que le problème de l’énergie et des matières premières est de nature à transformer les rapports existants entre les économies développées occidentales et les pays « en voie de développement (Toulouse 1974) ». Nous sommes en 2019, nous n’avons écouté aucune des analyses qui nous incitait à modifier notre mode de vie. Pourtant la collapsologie est devenue une expression à la mode…
* texte paru dans le Bulletin du SEDEIS du 1er mars 1957 sous le titre « De l’économie politique à l’écologie politique »

Mettre à terre le lobby aérien

Comment lutter contre plus fort que soi ? Comment mettre à terre le lobby aérien ? Comment de minuscules activistes dispersés et sans moyens peuvent-ils culpabiliser tous ceux qui prennent l’avion ? Nous avons reçu une déclaration écœurante du GIFAS. Créé en 1908, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales est un syndicat professionnel  qui  regroupe  près  de  400  sociétés dont les membres constituent une filière cohérente, solidaire et dynamique de haute technologie. Tous les deux ans, le GIFAS organise le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace de Paris-Le Bourget. Il représente un chiffre d’affaires 2018 de 65,4 Mds€ et emploie directement 195 000 personnes et consacre chaque année 11% de son chiffre d’affaires à la Recherche & Développement. Et il ose dire que Le secteur aérien français est mobilisé en faveur de la lutte contre le changement climatique :

« En connectant des milliards de personnes à travers le monde, le transport aérien permet un monde meilleur et plus prospère. Nous nous engageons à assurer une croissance durable du transport aérien dans le respect de notre planète. Le secteur aérien émet aujourd’hui de l’ordre de 2% des émissions de CO2 d’origine humaine à l’échelle mondiale, soit moins qu’Internet, tout en connectant plus de 4 milliards de passagers chaque année. La performance environnementale du secteur aérien ne cesse de s’améliorer. Les émissions unitaires de CO2 (par passager transporté) du transport aérien ont baissé de 80% au cours des 60 dernières années. Et pour que la croissance du trafic aérien ne contribue pas à une hausse des émissions de CO2 à l’avenir, l’ensemble des acteurs du secteur s’est mobilisé pour garantir une croissance neutre en carbone du transport aérien mondial à partir de 2020. Le transport aérien est ainsi le premier secteur économique à s’être doté d’un dispositif de compensation carbone au niveau mondial dans le cadre de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). Toutes nos entreprises sont déterminées à atteindre l’objectif de réduction de 50% des émissions de CO2 à l’horizon 2050 (comparé à 2005) en actionnant de nombreux leviers : procédures opérationnelles conduisant à réduire la consommation de carburant, développement des biocarburants aéronautiques, etc. Notre secteur investit chaque année près de 5 milliards d’euros dans la recherche et la technologie pour mettre en ligne des avions plus verts, un effort soutenu par l’État français dans le cadre de l’Engagement pour la Croissance Verte. Les aéroports constituant des réserves d’espaces protégés à proximité, voire au cœur des zones urbanisées (50% des surfaces de prairies du Grand Paris !). Le secteur aérien concourt comme aucun autre à la protection de la biodiversité. Notre vision est de permettre aux générations futures de continuer à voyager dans le respect total de notre planète. »

C’est plus que du greenwashing (écoblanchiment), c’est une entreprise de déstructuration mentale face à un avenir qui connaîtra à coup sûr un choc pétrolier final qui clouera presque tous les avions au sol… Ne désespérez pas, militants écolos, votre alliée c’est la planète qui un jour ou l’autre nous dira « allez vous faire voir, je n’ai plus rien à vous offrir ». Et là les survivants devront s’adapter…

Après le DDT, le Chlorpyrifos empoisonne !

En 1962 dans son livre « Printemps silencieux », le constat de la biologiste Rachel Carson était sans appel, l’usage du DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) tue les insectes, donc les oiseaux, le silence règne sur les champs : « Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue » … « Vouloir contrôler la nature est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal. » 

En 2019, nous ne sommes toujours pas sortis de la guerre chimique que nous menons contre le tissu du vivant, y compris l’espèce humaine. Censé remplacer le DDT et ses effets délétères en 1965, le Chlorpyrifos de la firme américaine Dow est pulvérisé sur les cultures pour éliminer pucerons ou chenilles. Mis au point comme gaz innervant pendant la seconde guerre mondiale, les organophosphorés, dont fait partie le chlorpyrifos, ont ensuite été adaptés pour l’agriculture induqtrielle. Il poursuit son existence sous la forme de traces dans les oranges, les pommes, la laitue, l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes. On a prouvé qu’il endommage le cerveau des enfants de manière irréversible : c’est une famille de pesticides qui vole en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel (QI) à chaque enfant européen*. Le chlorpyrifos est en effet toxique pour le système nerveux central, c’est-à-dire neurotoxique, et c’est un perturbateur endocrinien qui agit notamment sur la signalisation thyroïdienne. Il peut donc interférer avec le développement du cerveau. La dernière étude en date montre une augmentation de la fréquence de l’autisme et de lésions cérébrales précoces chez des enfants exposés au chlorpyrifos avant et après la naissance. Facteur déterminant : leurs mères vivaient à moins de 2 000 mètres d’un lieu de pulvérisation.

Or les autorités sanitaires ont misprès de vingt ans avant d’évaluer les données du fabricant. Des données qui, de plus, étaient erronées. Cet insecticide est pourtant toujours autorisé au niveau fédéral, l’administration Trump en a décidé ainsi. A peine arrivé à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) début2017, Scott Pruitt avait torpillé le processus lancé par sa propre institution, alors qu’elle s’apprêtait à l’interdire au vu des données scientifiques. Le feuilleton continue, DDT, chordécone aux Antilles, glyphosate et Roundup, néonicotinoïdes, perturbateurs endocriniens, Chlorpyrifos, chlorpyrifos-méthyl, les poisons se multiplient. Normal dans le système business as usual. Les études sont effectuées ou financées par les entreprises chimiques, protégées par le secret commercial et défendues par un lobbying où l’argent coule à flot. Circulez, y’a rien à voir. C’est à désespérer de l’intelligence humaine…

* LE MONDE du 18 juin 2019, Chlorpyrifos : les dangers ignorés d’un pesticide toxique

Beaucoup trop de touristes de trop

Notre société va s’effondrer sous son propre poids. On parle trop des migrants en Méditerranée alors que c’est un problème secondaire pour l’Europe, bordée de mers et de pays tampons. Par contre trop peu de monde s’inquiètent du flux de touristes venant en Europe, une vraie plaie. 90 millions de visites en France, 1,3 milliard de touristes sur cette petite planète dont la moitié à destination de l’Europe… Sur ce blog biosphere, cela fait longtemps que nous critiquons le surtourisme : 1,3 milliard de déplacements inutiles, une vraie imbécillité écologique, un tourisme qui tue le tourisme. Il y a nécessité de se déplacer moins vite, moins loin, moins souvent, de retrouver le sens de la mesure, de se satisfaire de ce qu’il y a autour de son lieu d’appartenance, pourquoi pas de protéger ce territoire contre les intrus. Nous sommes un petit peu rassurés de lire que de plus en plus d’articles du MONDE commencent à partager notre point de vue :

12 juin 2019, Tourisme « La croisière a le dos bien large »

Un rapport de Transport & Environnement annonce : Carnival – l’un des croisiéristes les plus importants –aurait émis en 2017 des quantités de pollution atmosphérique 10 fois supérieures à celles produites par les 260 millions de voitures du parc automobile européen. Le tourisme de croisière, menace à l’intégrité des écosystèmes et des cultures. Ce n’est que la pointe d’un iceberg : celui de nos choix… de touriste. Je voyage, donc je suis ! De l’avènement des transporteurs à rabais résulte un « surtourisme ». Notre système économique actuel ne parle que de création de richesse, qu’en est-il de l’environnement ? Le drame est la croissance illimitée du tourisme, observable dans tous les milieux, du balnéaire (tout inclus) au tourisme urbain (sites culturels, patrimoniaux, religieux, etc.), en passant par le tourisme sportif et d’aventure (pensez Everest), et même au prétendu « éco »-tourisme qui laisse les milieux naturels plus souillés que jamais (pensez Galápagos ou Grande Barrière de corail). On peut apprendre à dire non, à voyager moins souvent.

6 mars 2019, Le tourisme international creuse les écarts entre visiteurs et visités, entre l’homme et l’environnement

Un même refrain extasié s’impose, repris en chœur par monts et par vaux. Parée de toutes les vertus argentées, cohésives et douces du « développement durable », l’expansion touristique est « la » bonne nouvelle à répétition. Suivre le mouvement (le « tourisme de masse » au risque du « surtourisme ») ou s’en distinguer (le « tourisme de niche » au risque de l’« exclusivisme »), la quête de dépaysement opère. Dans le meilleur des mondes. Pourtant le tourisme international crée certes des bénéfices, mais aussi d’importants coûts. Le tourisme international tend à creuser les écarts, entre ceux qui en jouissent et ceux qui en pâtissent, entre les tour-opérateurs transnationaux et les acteurs locaux, entre les visiteurs et les visités, entre l’homme et l’environnement. Si demain chaque individu sur terre se retrouvait en position d’exercer son droit à la mobilité de plaisance sans frontières, les capacités d’absorption écologique n’y suffiraient pas. De l’immobilité des majorités, assignées à résidence, dépend la propension des privilégiés à « se faire » telle ville ou telle contrée, au gré de leurs envies. Mais il ne faut surtout pas toucher à « l’avenir radieux du tourisme international ». (Bernard Duterme, coordinateur du livre La Domination touristique. Points de vue du Sud).

23 novembre 2018, Le touriste entre-t-il pour la culture dans la catégorie des nuisibles ?

Le touriste entre-t-il pour la culture dans la catégorie des nuisibles ? La question ne se posait pas il y a vingt ans. On disait même qu’il était, par son portefeuille, un soutien précieux aux musées, monuments, salles de spectacle. Il l’est toujours. Mais l’est-il trop ? Les visiteurs consomment les lieux comme s’il était dans un centre commercial. Christian Mantei, directeur général d’Atout France : « La France n’est pas encore dans le surtourisme, mais, si on ne bouge pas, on y sera dans trois ou quatre ans. » La France, qui est a première destination touristique dans le monde, a accueilli 88 millions de visiteurs en 2017 et en attend 100 millions en 2020. Le surtourisme va s’amplifier partout. Il y avait 525 millions de touristes en 1995, il devrait y en avoir près de 2 milliards en 2030. On rêve d’un touriste de proximité, qui tisse des liens avec la population. C’est marginal, face à un tourisme de masse porté par une classe moyenne mondialisée qui ne cesse de croître, des compagnies low-cost, des tour-opérateurs, des ferrys qui s’apparentent à des immeubles sur l’eau, et l’explosion du phénomène Airbnb.

4 octobre 2018, éditorial /La France championne du monde du tourisme, au bord de l’overdose

La France n’est pas seulement championne du monde de football, elle l’est aussi en tant que destination touristique.Le secteur éponge 27 % de notre déficit commercial. Mais la

nécessaire course à l’attractivité ne doit toutefois pas faire perdre de vue la montée des conséquences négatives du tourisme de masse. Comme la plupart des destinations les plus courues, la France est désormais confrontée à un phénomène que les professionnels désignent sous le néologisme de « surtourisme ». Le premier secteur économique mondial n’est plus l’industrie pétrolière ou l’automobile, mais le tourisme. Le fait que davantage de gens puissent voyager est plutôt une bonne nouvelle pour la croissance et l’emploi. Le problème est que ces foules de voyageurs ont tendance à se concentrer sur un nombre limité de destinations, au point de créer d’importants déséquilibres au niveau local. Un peu partout, les autochtones expriment leur ras-le-bol face à cette invasion incontrôlée, alors que la manne financière apportée par les touristes a du mal à compenser les dégâts collatéraux. Les prix de l’immobilier s’envolent, l’emploi se concentre sur des métiers saisonniers et mal payés, l’environnement se dégrade, les villes se transforment en musées, en parcs d’attractions ou en lieux de beuverie permanente. Les vacances des uns deviennent un enfer pour les autres.

L’agroécologie face à notre prolifération

  1. L’agroécologie va-telle nous sauver ? L’agronome Marc Dufumier* le pense : « Raisonner uniquement en termes de génétique, de rendement, d’engrais, etc., ne mène nulle part. L’erreur de l’agriculture industrielle est d’avoir oublié que l’écosystème est un enchevêtrement d’interactions incroyablement complexes. Pour être efficace, il faut d’abord bien connaître le fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité. Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable. Si aujourd’hui 820 millions de personnes ont faim, et si un milliard souffrent de carences alimentaires, cela n’a rien à voir avec un manque de nourriture, mais avec les écarts de revenus. Pour nourrir convenablement une personne, il faut environ 200 kilos de céréales (ou équivalents) par an. La production mondiale est d’environ 330 kilos aujourd’hui. Cherchez l’erreur… Si des pauvres des favelas brésiliennes ont faim, c’est parce que le pays exporte son maïs et son soja vers les pays occidentaux pour nourrir nos cochons ou pour fabriquer des agrocarburants et donner à boire à nos voitures. En réduisant la viande, ce sont autant de terres agricoles destinées à l’élevage qui deviennent disponibles pour nourrir des êtres humains… »**

On arrête de manger de la viande et on peut nourrir 10 milliards d’humains ! On partage un peu plus et on peut nourrir 20 milliards !! On… et on peut nourrir… X milliards !!! Quel est l’intérêt de nous multiplier ? Marc Dufumier ne voit-il pas que c’est une course sans fin entre prolifération humaine et déperdition des possibilités nourricières de la terre ?? Les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ; le consommateur est-il prêt a s’asseoir sur le dernier iphone à la mode pour se payer des produits bio ? De toute façon le mouvement des campagnes vers les villes, même constituées de favellas, se poursuit ; des mégapoles cauchemardesques paraissent préférable au travail à la campagne. Si l’on ne s’attaque pas au problème démographique et à la regrettable nécessité d’étendre nos surfaces agricoles pour nourrir toujours plus d’humains, nous laisserons encore moins de place au reste des êtres vivants. Il est urgent de rappeler que cette planète n’est pas peuplée que par les humains, nous devons apprendre à laisser de la place à la nature.

Marc Dufumier devrait lire l’Essai sur le principe de population de Malthus pour s’apercevoir qu’on ne peut parler d’alimentation sans remettre en question la fécondité humaine.

Nos textes sur l’agriculture industrielle et la surpopulation

2 janvier 2017, Quelle agriculture en France, quel niveau de population ?

22 mars 2016, L’agriculture industrielle coûte plus que ça rapporte

23 mai 2016, La science ne soutient pas l’agriculture productiviste

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

24 juillet 2013, pour casser le cercle vicieux agriculture-surpopulation

23 février 2013, crise des engrais, crise de l’agriculture industrielle

Notre texte antérieur sur Marc Dufumier : pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle (9 février 2016)

* « L’agroécologie peut nous sauver » vient de paraître aux éditions Actes Sud

** LE MONDE du 18 juin 2019, « L’agroécologie peut parfaitement nourrir 10 milliards d’humains »

Quelle ligne politique pour EE-LV ?

Le clivage gauche/droite compte moins que la lutte pour le climat

Yannick Jadot est-il suffisamment « de gauche » aux yeux des militants d’EE-LV de la Vienne, où la liste a fait d’excellents scores aux européennes? On pensait que notre question était légitime, les militants nous l’ont renvoyée à la volée: « C’est quoi la gauche? La sociale démocratie qui a eu le pouvoir en Europe? Celle du quinquennat de François Hollande? Ou celle qui attend le « grand soir » pour agir pour le climat? » Autour de la table de l’interview, il y a des historiques, Robert Rochaud et Chantal Nocquet, un militant plus récent, Didier Dargère, et une jeune élue régionale, Léonore Moncond’huy. Des parcours différents, mais une réponse commune : le clivage politique gauche/droite compte moins, aujourd’hui, que la lutte contre le réchauffement climatique.

« Le clivage, il est entre les écolos, les libéraux et l’extrême droite »

« On se reconnaîtrait dans une gauche qui prendrait en compte la finitude de la planète », précise Robert Rochaud. « Mais pas dans celle dont l’horizon est borné par des lignes ferroviaires à grande vitesse et des voitures électriques, renchérit Léonore Moncond’huy. Ce n’est pas à Yannick Jadot qu’il faut demander des garanties sur tel ou tel positionnement. C’est à tous ceux qui s’affichent écologistes à gauche, mais qui ne veulent pas changer le système. » La ligne de Jadot, « dont l’engagement écologiste ne fait aucun doute », est donc la bonne, aux yeux des militants: « Les électeurs, en tout cas, ont été pragmatiques, ils savent que le groupe des Verts pèsera au Parlement européen. On a notamment rallié les suffrages de nombreux jeunes. A nous d’être ouverts à cette demande. A nous de les accueillir, de les former. » Pragmatiques, mais radicaux quand même. « On soutient les formes d’action des jeunes pour le climat, ou encore ceux qui décrochent les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies », insistent-ils, histoire de tracer une frontière politique. « Le prochain clivage politique, c’est celui qui opposera un mouvement écologiste comme le nôtre, aux libéraux comme les macronistes, et à l’extrême droite », prophétise Robert Rochaud. Et le bon programme politique, désormais, « c’est celui qui proposera aux collectivités locales d’aller contre le système et de se mettre en situation d’être le plus autonomes possible en matière d’énergie, de nourriture, d’eau et de mobilités ». La résilience écologique est en marche.

Philippe Bonnet

https://www.centre-presse.fr/article-683732-ee-lv-prone-une-ligne-politique-pragmatique.html

Savoir dire non au politiquement correct

Nous sommes victimes de ce qu’on appelle l’interaction spéculaire, comme par l’intermédiaire d’un miroir nous devenons ce que notre groupe d’appartenance attend de nous et tout le monde veut faire de même dans le groupe. Nous accédons souvent à une information inadéquate pour bien juger ce ce qui devrait être en raison de notre statut apparent ou de nos fréquentations, que ce soit dans la vraie vie ou sur Internet. Contre cette dépendance, l’esprit critique n’a jamais été enseigné à l’école. Il faut apprendre à se méfier de ses propres intuitions sur ce qu’il est normal de penser ou de vivre car notre raisonnement peut s’égarer de bien des façons. On enseigne à l’école des fragments de savoir, lire-écrire-compter ne fait pas des esprits éclairés. Les études en lycée ne disent pas assez que l’on doit apprendre à réfléchir, à critiquer, à opposer les différents points de vue, à se construire une opinion personnelle. On le faisait parfois en sciences économiques et sociales, mais la réforme des programmes appliquée en septembre 2019 pour les premières renonce assez largement à cette approche, remplacée par l’apprentissage d’un catéchisme économique. A l’université, la fragmentation entre les disciplines est tellement prégnante qu’elle forme des spécialistes, l’esprit critique est en berne. Ne parlons pas des Grandes écoles où le conformisme est de mise. Nous sommes soumis à un mécanisme de servitude volontaire. Approfondissement :

La soumission s’imprime dès l’enfance, c’est un passage obligé de notre élaboration cérébrale. Avec la socialisation primaire, la conformité sociale est acquise dans les premiers âges. On se soumet aux contraintes du milieu familial, l’enrobage affectif facilitant la reproduction des schèmes ancestraux. Ensuite l’école, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, fait passer l’idée que réciter la vulgate enseignée par des professeurs est gage du succès dans la vie. Plus tard, le cursus dans une entreprise ou une administration apprendra le code spécifique à sa structure d’appartenance professionnelle. Tout passe par des filtres cognitifs, notre cerveau ne laisse passer que les informations qui nous confortent dans une vision du monde partagée par notre entourage. Nous sommes victimes d’un processus de conservatisme social auquel nous nous soumettons sans même y penser. Le problème, c’est que notre comportement ainsi conditionné, s’il se révèle inadapté aux circonstances nouvelles, nous fait accepter une situation anormale. L’esclavage a été légitimité et accepté pendant des millénaires, de même l’infériorité imposée à la femme ou à d’autres « races ». Il n’y a que quelques personnes, rares, qui dès l’origine ont voulu combattre l’esclavage, la phallocratie, le racisme. Elles ont été marginalisées jusqu’à ce que l’évidence d’une autre conception s’impose socialement. Il faut pour cela un bouleversement interne ou un choc extérieur. La fin de l’esclavage n’a pas tellement découlé de l’action des abolitionnistes, mais de l’arrivée des esclaves énergétiques qui ont rendu la main d’œuvre servile moins attrayante. La fin du primat des hommes ne s’est pas opérée simplement par l’action des suffragettes et des féministes, mais par la découverte que le cerveau féminin avait des potentialités identiques au cerveau masculin, donnant droit à l’égalité des sexes. La condamnation du racisme a découlé des avancées de l’ethnologie, montrant qu’il n’y avait pas des « civilisations » supérieures ou inférieures, mais des organisations sociales différentes. La découverte de la structure génétique identique d’un bout à l’autre de la planète a rendu perceptible l’unicité de l’espèce humaine. Nous ne pouvons évoluer que si on peut nous (dé)montrer que nous pouvons penser autrement.

Aujourd’hui dans les démocraties occidentales, la fin de l’esclavage, l’égalité des sexes ou la diversité culturelle apparaissent comme des évidences. Mais les nouvelles thématiques à la mode, croissance économique et progrès technique, sont devenues les pensées incontournables du monde contemporain : une croyance sociale bien implantée. Le même processus de soumission volontaire est à l’œuvre. Quand la crise financière des subprimes a eu lieu en 2008, ce fut à la surprise générale, sauf pour de rares experts non-conformistes. Le sens commun avait accepté qu’on puisse vivre indéfiniment à crédit dans une société de croissance. L’alignement collectif était devenu une abdication partagée. En effet, la capacité d’un raisonnement personnel devient négligeable quand on se retrouve dans un milieu partisan, où la pression sociale tend à l’homogénéisation des comportements. Il y a donc interaction spéculaire, les autres sont le miroir dans lequel nous retrouvons notre propre attitude. La capacité d’avoir une action éthique ou raisonnée est de 100 % quand une personne est en situation de pouvoir juger personnellement. Elle n’est que de 50 % lorsqu’on se retrouve confronté aux attitudes d’une autre personne, la conscience de soi est divisée par deux. Dans un groupe, nos possibilités de faire différemment sont négligeables.

Se renouvelle l’enjeu : comment sortir de la soumission volontaire et échapper aux diktats du temps présent ? La fin de la société de croissance n’arrivera que quand l’activisme des marché se sera fracassé sur les limites écologiques de la planète ; nous ne pourrons plus relancer artificiellement les finances par injection de monnaie. Ce sera des chocs extérieurs, les soubresauts de la biosphère, qui nous feront évoluer culturellement. A ce moment, le mécanisme de l’interaction spéculaire pourra agir pour inverser nos sentiments. Les militants de la simplicité volontaire dont tout le monde se gausse à l’heure actuelle deviendront les exemples à suivre. Il y aura un phénomène boule de neige qui fera collectivement admettre l’austérité partagée. A la société du gaspillage nécessaire à sa perpétuation succédera l’économie, au sens propre de savoir économiser : une écologie du quotidien pratiquée par des individus éclairés.

Reprise actualisée de notre texte du 1er mai 2014, Soumission/ volontaire, comment sortir de cet oxymore ?

Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

Hier nous considérions les propos de Canfin vantant les avantages d’une écologie « réaliste » sur ce blog biosphere. Aujourd’hui nous en analysons une application, c’est l’art de l’immobilisme. L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques) alors que les automobilistes sont taxés sur le carburant. La ministre des transports, Elisabeth Borne, botte en touche :

« Il faut qu’on ait cette réflexion sur la taxation du transport aérien à l’échelle européenne. »  Elle a aussi jugé « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone ». L’amendement visant à interdire les vols intérieurs qui ne font pas économiser plus de temps par rapport à un même trajet en train seraient selon la ministre « contraires à la liberté d’entreprendre et à la liberté d’aller et venir ». Les députés ont aussi rejeté un amendement suggérant l’application, sur les billets, d’une taxe d’empreinte carbone aérienne, en cas d’alternative ferroviaire comparable à l’avion. La ministre a mis en garde contre les « distorsions de concurrence » et les risques de « dumping écologique et social ».

Il y a peu super Macron, par la voix d’Edouard Philippe, promettait une accélération sur l’écologie. Aujourd’hui on appuie sur le frein. « La question doit être réglée à un autre niveau » (par exemple l’UE) et « soyons confiant dans la capacité de la technique à apporter demain des solutions propres (plus tard, on peut rêver) sont les deux grandes argumentations des immobilistes. Le parler vrai aurait été de dire : on ne veut pas risquer de mettre en danger l’aéroport de Roissy, vaut mieux le privatiser. Quand on peut légiférer en France, on attend l’Europe. Quand l’Europe légifère, on crie au diktat européen… on n’est pas prêts de progresser. Quand la Ministre juge « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone », on cauchemarde ! Construire puis faire voler des avions de plusieurs dizaines de tonnes sur des milliers de kilomètres avec un bilan = zéro carbone ! J’ai du mal à y croire ! Je n’y crois pas. L’immobilisme du gouvernement et de ses députés est en réalité un négationnisme de l’urgence écologique, et n’oublions pas que l’aspect climatique se double de l’aspect ressource/pic de production de pétrole. N’oublions pas que les avions, ce sont des hordes de touristes pour visiter en troupeau la Tour Eiffel, les plages paradisiaques ou les pyramides d’Égypte. A force de prôner la liberté de circuler et de faire n’importe quoi, c’est un régime dictatorial qui nous guette. Si on voulait avoir une chance même minimale de transitionner, il faudrait même avoir vraiment commencé depuis longtemps, depuis 1972 et le rapport sur les limites de la croissance. Alors que la planète suffoque, il est plus que jamais indispensable de prendre des mesures très radicales. Lire sur notre blog :

19 septembre 2009, la fin de l’avion plus lourd que l’air

8 octobre 2010, trop de touristes prennent l’avion

21 octobre 2014, Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué

10 août 2015, gaz à effet de serre de l’aéronautique, ça flambe

13 mai 2016, Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

13 mai 2018, L’imbécillité écologique du tourisme mondial

26 avril 2019, Prenez l’avion, c’est « bon » pour nos générations futures

Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo

Pascal Canfin, tout nouveau député européen macroniste, cire les pompes de son nouveau maître : « L’écologie s’installe comme un des éléments-clés de l’ADN de la majorité présidentielle. Dans la vraie vie, il faut négocier, passer un compromis… Toutes les études montrent que plus de transition écologique, c’est plus d’emplois et plus de croissance. Nous n’avons pas à choisir entre écologie et emploi, ou entre écologie et pouvoir d’achat.C’est ce qui fédère les macronistes issus de la gauche et ceux qui viennent de la droite… Plus aucun parti n’a le monopole de l’écologie et c’est une excellente nouvelle… Si les Verts veulent être sur une logique d’écologie décroissante et anticapitaliste, je leur laisse, ça n’est pas la mienne… Quand le gouvernement a lancé le conseil de défense écologique, Yannick Jadot  a dit? « C’est du foutage de gueule. » Soit EELV est dans la critique permanente, soit ils adoptent une ligne plus réaliste… Aux Verts français de faire cette révolution culturelle… Certaines générations ont construit leur identité politique sur l’anticapitalisme, l’anticommunisme, l’antiracisme. Là, c’est le climat, et le président de la République l’a parfaitement compris… L’écologie réaliste, efficace et ambitieuse correspond à une attente croissante dans la société. Cet électorat-là sera indispensable au chef de l’Etat en 2022… »

Canfin, un clampin aux dents longues barbouillées de vert ! Es-tu l’homme de la « révolution culturelle », entouré de révolutionnaires écolos comme Edouard Philippe ou François de Rugy. Rappelons que c’est un ex- lobbyiste d’Areva qui promeut aujourd’hui l’écologie à l’Assemblée et au Sénat. Marre de tous ces opportunistes qui disent parler écologie et persévèrent dans le culte de la croissance et du marché. Rien de nouveau sous le soleil macroniste : une pseudo écologie soluble dans la chasse, le nucléaire, l’agriculture intensive et les glyphosates… Hulot avait tiré les conclusions de cette « écologie réaliste », il avait démissionné. Au moment même des grandes déclarations lyriques pendant les élections Européennes, des textes contraires, nocifs à l’environnement, étaient votés à l’Assemblée macroniste. Il faut arrêter de prendre les citoyens électeurs pour des imbéciles. Refusez donc le grand soir de l’écologie, M. Canfin, nous allons irréversiblement vers le « grand soir de la Terre » ; pas la fin du monde, certes, pas la mort de la Terre mais un bouleversement profond du Vivant et de tous les équilibres écosystèmiques. Continuez ainsi et nous irons vers la grande nuit de la Terre… Petite rétrospective sur notre blog biosphere à propos de Canfin :

27 mars 2019, Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

extraits : Pascal Canfin, ex-membre d’EELV et ex-ministre–alibi écolo de François Hollande est propulsé numéro 2 de la liste « Nathalie Loiseau ». Il justifie naïvement son ralliement en assurant que l’écologie représentera le cœur du programme porté par la majorité aux européennes : « Les échanges que j’ai eus depuis dix jours avec le président de la République sur ce sujet m’ont apporté les assurances nécessaires… »

16 septembre 2014, Pascal Canfin : social-libéralisme contre social-écologie

extraits : A force de s’être éloigné des promesses de 2012, la base politique du gouvernement de Manuel Valls est extrêmement étroite et ne représente désormais qu’une seule partie du PS, dont on ne sait même pas si elle est vraiment majoritaire… Nous sommes désormais à gauche dans une bataille entre un modèle social-libéral, et un modèle social-écologique…

5 septembre 2014, « Imaginons », le livre sans imagination de Pascal Canfin

extraits : Canfin quitte Hollande et le gouvernement, il en fait aussitôt un livre. Ainsi va la médiatisation de la vie publique. Nous avons eu les gémissements de Valérie Trierweiler sur ses mois passés avec François Hollande, nous avons eu la charge violente contre François Hollande faite par sa ministre du logement EELV Cécile Duflot. L’ex-ministre du Développement EELV Pascal Canfin ne pouvait être en reste… Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup plus d’écologie chez Canfin qu’il n’y en avait dans le livre de Duflot…

* LE MONDE du 15 juin 2019, Pascal Canfin : « Aux Verts de faire leur révolution culturelle »

Notre ami Yves Cochet, effondriste assumé…

Yves Cochet dit avec une étonnante gaieté des choses déprimantes. Le mathématicien, et toujours Vert, ministre de l’Environnement de Lionel Jospin de 2001 à 2002, nous reçoit dans son bastion breton où il prépare… la fin du monde :

« Elle peut d’abord prendre la forme d’une guerre liée à la raréfaction des ressources. Ou provenir d’épidémies dues à une insécurité sanitaire – le moustique-tigre remonte les latitudes, amenant le chikungunya ou la dengue –, ou de famines. Au lieu d’être 10 milliards en 2050, ce que prévoit l’ONU, on ne sera que 2 ou 3 milliards. Jusqu’à 24 paramètres peuvent entrer en jeu, comme la qualité et la quantité de l’eau potable, les cycles du phosphore et de l’azote, les émissions de méthane dues à la fonte du pergélisol. Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Les Kurdes sont quelques millions, entre les Turcs, qui les détestent, et le régime syrien, qui les déteste aussi. Ils sont le plus autonomes possible pour la nourriture et l’énergie. Car c’est le cœur du problème. Sans la nourriture et l’énergie, vous êtes mort. Si Rungis s’effondre, à Paris, en trois jours, c’est la guerre civile.Avec ma fille, on a acheté une longère près de Rennes . Il fallait de l’eau, on a une mare, un ruisseau, un puits.. Il fallait du bois, on dispose de 3 hectares de forêt. Il fallait ne pas être trop proche de la ville, parce que les citadins iront saccager ce qu’il y a autour. On a des chevaux pour la traction animale – en 2035, il n’y aura plus de pétrole – et des panneaux photovoltaïques. Si ça s’effondre, avec qui vous allez survivre ? Avec vos voisins. Or les gars, ici, sont des paysans. Ils font du maïs, ont des vaches laitières. On n’est pas des survivalistes avec des carabines et des conserves. Ce n’est pas qu’on croit à l’espèce humaine, mais la survie est collective. Tout seul, vous tenez trois jours. C’est à l’échelle d’une bio-région que l’on peut survivre. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Ces propos tenus au Parisien (7 juin 2019, «L’humanité pourrait avoir disparu en 2050») n’étonnent pas. Toutes les personnes conscientes de l’effondrement en cours envisagent un avenir éclaté en de multiples relocalisations plus ou moins saignantes. Pour Yves Cochet, c’est l’aboutissement d’un parcours au service de l’écologie politique que nous avons relatés sur ce blog biosphere :

12 février 2019, Yves Cochet : Carte carbone mieux que taxe carbone

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

1er février 2016, BIOSPHERE-INFO et l’écologiste Yves COCHET

9 décembre 2015, Démographie et climat, un entretien avec Yves Cochet (Michel Sourrouille)

3 août 2013, Contribution du vert Yves Cochet au débat politique

25 décembre 2012, Yves COCHET, Cassandre en 2003, çà décoiffait déjà !

25 mai 2012, un fondateur de l’écologie politique, Yves COCHET

11 mars 2012, Yves Cochet devant la catastrophe

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

18 août 2010, la décroissance selon Yves Cochet

2005, Pétrole apocalypse, un livre d’Yves Cochet

2003, Sauver la Terre, un livre d’Yves Cochet et Agnès Sinaï

PS : un petit coup de pub sur son prochain ouvrage : « Devant l’effondrement » (Ed Les liens qui libèrent), à paraître en septembre 2019

Édouard Philippe devient plus vert que vert

Quelques réactions au discours de politique générale d’un premier ministre qui annonce l’« accélération écologique » :

Jean-Patrick : « accélération sur l’écologie » déjà les termes choisis montrent que c’est mal parti. Pour l’écologie on a avant tout besoin de faire l’éloge de la lenteur : train (au lieu de l’avion), vélo et piétons (à la place des voitures), slow food.…

Jane : Une accélération verte de 80 à 90 km/heure ?

Gorgone : les promesses politique ne valent rien.Si ils ne font pas de lois, ca ne vaut même pas le papier sur lequel son discours est écrit.

Noodle : Bla bla bla… Il n’y aura aucune accélération en ce domaine et il faut être un sacré naïf ou un fieffé menteur pour le croire ou l’affirmer. Quelques mesurettes dans le bon sens feront office de spectacle pour amuser la galerie. Pas de normes strictes dans la construction, des aides limitées et surtout facultatives pour les déplacements travail maison… pas de projet d’ampleur sur le renouvelable, sur le ferroutage…rien pour corriger les échecs de la loi alimentation… bref de beaux discours creux et peu d’action réelle. En matière environnementale ce gouvernement procrastinateur n’est qu’une perte de temps… une de plus malheureusement. Mais comme c’est le cas dans de nombreux pays très pollueurs il vaut mieux expliquer au enfants et aux jeunes en général qu’ils vont sérieusement en baver et qu’ils doivent se préparer à un certainement forme d’attrition… et chercher des trèfles à 4 feuilles, on sait jamais.

Bibi de Bordeaux : J’ai beau chercher, je ne vois rien qui soit à la hauteur des menaces qui se profilent l’horizon. On nous annonce une extinction massive des espèces animales et végétales, une montée inéluctable des températures avec son cortège de catastrophes en tous genres et, alors qu’on attendrait un effort colossal pour isoler nos logements-passoires, inventer le moteur non polluant (hydrogène ?), mettre des millions de camions sur le rail, etc, on se contente de mesures cosmétiques alliées à un discours ronflant.
Bien entendu aussitôt salué par le ramasse-miettes de service, tout le monde aura reconnu de Rugy.

HK : Du vent une nouvelle fois ! On ne peut pas concilier croissance et écologie, espérons que les verts vont résister aux appels, il n’y aura que la compromission et la soumission au bout de la route si EELV va gouverner avec LREM.

Michel SOURROUILLE : en fait Edouard Philippe souffre de dissonance cognitive : il sait ce qu’il faudrait faire, une écologie radicale, mais il choisit la voie de la facilité, faire comme d’habitude. Il voudrait concilier l’inconciliable, « la force de la croissance » et l’impossibilité d’une croissance dans un monde fini dont on a déjà dépassé les limites. Il choisit donc le marché, c’est-à-dire la préférence pour le court terme. Il ne faut surtout pas envisager le dévoiturage, on préfère aider un million de familles à acheter un véhicule grâce à « la prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule moins polluant ». On ne sort pas des oxymores « croissance verte » et « moteur propre ». A l’heure où la décision sur la montagne d’or en Guyane n’est pas encore tranché, il ose le lyrisme : « En finir avec un mode de consommation dans lequel les mines sont toujours plus profondes et les montagnes de déchets toujours plus haute ».

CLIMAT, prendre aux riches, donner au pauvres

Thomas Piketty* : « les responsables Verts, enivrés par leur succès, notamment en France, refusent de dire s’ils souhaitent gouverner avec la gauche ou la droite. Pourtant tout indique de plus en plus clairement que la résolution du défi climatique ne pourra se faire sans un puissant mouvement de compression des inégalités sociales. On voit mal comment les classes moyennes accepteraient de changer leur mode de vie si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. Avec l’ampleur actuelle des inégalités, la marche en avant vers la sobriété énergétique restera un vœu pieux. D’abord parce que les émissions carbone sont fortement concentrées parmi les plus riches. Au niveau mondial, les 10 % les plus riches sont responsables de près de la moitié des émissions, et les 1 % les plus riches émettent à eux seuls plus de carbone que la moitié la plus pauvre de la planète**. La réduction drastique du pouvoir d’achat des plus riches aurait donc en tant que telle un impact substantiel sur la réduction des émissions au niveau mondial. » Quelques réactions sur le monde.fr

CM : J’ai arrêté la lecture de l’article arrivé à cette phrase : « Au niveau mondial, les 10% les plus riches sont responsables de plus de la moitié des émissions carbone ». D’où sort ce chiffre ? Et comment il est calculé ? L’utilisation du mot « responsable » annonce déjà l’escroquerie intellectuelle. On devine que Piketti inclut ceux qui détiennent des actions dans une industrie polluante par exemple. Donc en fait, les millions de voitures et de camions qui roulent dans le monde, c’est à cause des 10% les plus riches (qui en sont les actionnaires). Donc si on suit le raisonnement probable de M Piketti, si on ruine les 10% les plus riches, on ruine l’industrie automobile et, miracle, plus d’émissions carbone.

GGir : La relation entre redistribution et écologie est assez ténue. Si on redistribue des plus riches aux plus pauvres, et que ceux ci s’en vont consommer des produits carbonés, le problème n’aura été que déplacé. Une société très égalitaire dont la principale source d’énergie serait le pétrole contribuera toujours plus au changement climatique qu’une société très inégalitaire dont la principale source d’énergie reposerait sur une inégalité énergétique. Faire du changement climatique un combat anti-capitaliste est le meilleur moyen de n’arriver à rien. Un problème d’une telle envergure ne peut être résolu que si toute la société s’y attelle.

jacques Fauvet : Si on effectue des transferts de richesse des riches aux pauvres pourquoi cela aurait-il un effet sur le réchauffement climatique ? Les anciens « pauvres » prendront l’avion, auront plus de voitures, etc. Piketty est un militant politique aveuglé par son idéologie.

Olivier Godard : De façon générale les problèmes écologiques ne sont pas directement attribuables aux inégalités, mais à l’absence de régulation de nombreux usages de la nature (droits de propriété et d’usage, réglementations, taxes et marchés de quotas, etc.), ce que les économistes appellent des externalités. Dommage que Piketty se soit transformé en idéologue.

PHILEMON FROG : Une fois n’est pas coutume, l’analyse de T.Piketty s’égare en s’attardant sur un aspect de l’écologie politique qui n’est pas mineur mais qui n’est pas l’axe autour duquel doivent s’articuler les actions en la matière. Cet axe c’est la régulation de l’activité humaine pour la rationaliser (fixer des normes pour maîtriser les impacts, interdire les activités nocives, etc). C’est en cela que l’écologie est fondamentalement progressiste (par opposition aux formes conservatrices qui ne sont que des traditionalismes régressifs, une sorte de culte passéiste de la terre nationale). La justice sociale par la solidarité, en d’autres termes la redistribution (accompagner les défavorisés dans la transition afin que les coûts soient soutenables), est un moyen d’atteindre les objectifs écologiques. Mais T.P. semble en faire un objectif en soi et même le seul. En absolu, pourquoi pas mais ce n’est pas un objectif écologique. Le propos est donc bien trop restrictif.

Jogg : T.Pikkety devrait regarder attentivement la carte du vote écologiste en Europe. Dans les pays pauvres (Est et Sud de l’Europe), les écologistes n’ont obtenu aucun siège. Ce sont les pays riches (du Nord-ouest) qui votent écologistes. L’écologie est une préoccupation de « riches », pas chez les pauvres qui ont d’autres priorités. A l’échelle de la planète, les régions les plus pauvres sont celles qui polluent le plus (air, eaux, sols) et où la démographie n’est pas maîtrisée. Donc tuer les riches pour que la planète aille mieux semble une très mauvaise idée.

NRVé : Je suis assez admiratif sur la méthode « Piketty ». Prenez n’importe quel sujet. Dites que les riches sont responsables de X% du problème. Brodez autour. Regrettez que les choses n’aillent pas mieux. Dire qu’elles iraient mieux sans riches. Parlez de la suppression de l’ISF. Recommencer la même argumentation sur un autre sujet.

Bullocrate : Piketty et ses erreurs, l’écologie a eu comme origine, non pas la gauche mais le courant malthusien plutôt de droite et comme vecteur essentiel, la religion protestante. Piketty et ses errements, on additionne des chèvres et leurs fromages pour faire une majorité puisque la gauche n’a jamais existé comme force unique.

le sceptique : Si les socialistes adoptent un point de vue écolo consistant à appauvrir tout le monde chez les industrialisés et bloquer le développement chez les émergents, ils sont politiquement morts, l’ensemble vert+gauche fera entre 10 et 20% car les électeurs fuiront vers le centre ou la droite. Il n’y a en fait qu’une écologie écologiste (ni libérale ni socialiste), c’est une construction intellectuelle ne correspondant pas aux préférences majoritaires des individus pour le moment.

MBS : Être de gauche, plus personne ne sait trop ce que cela veut dire. Aucune raison de considérer une sensibilité particulière à la problématique écologique. Elle l’a prouvé lorsqu’elle était au pouvoir. Ce qui est certain c’est qu’elle n’est pas fédéraliste. Poser déjà comme prérequis l’acceptation par les partis se disant de gauche d’un transfert de souveraineté vers l’Europe, ainsi que plus d’autonomie aux régions. le PC est contre, LFI est contre, le PS est contre…EELV est pour. Passer d’un bipartisme PS-LR à un bipartisme EELV-LREM ne me pose pas de problème. Le PS a échoué et trahi ses électeurs, très peu en sont nostalgiques.

* LE MONDE du 9-10-11 juin 2019, Thomas Piketty : « L’illusion de l’écologie centriste »

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Trop malsaine, cette « démocratie » en berne

Un tour des infos du MONDE (numéro du 8 juin 2019) rendrait une personne normale complètement désespérée face aux jeux pernicieux des combines de la démocratie « représentative ».

– La démocratie anglaise à vau-l’eau : Boris Johnson est favori pour succéder à May. Spécialiste des Fake news qu’il émettait pour pousser au Brexit, son amateurisme en tant que chef de la diplomatie a fait le tour du monde. Le bagou, l’europhobie et le nationalisme tiennent lieu de passe-partout pour accéder aux postes de responsabilité. Les membres de la Chambre des communes ne voteront certes pas pour ses qualités, mais comme seul rempart qui paraisse « « crédible » au Parti du Brexit de Nigel Farage. Le choix entre Charybde et Scylla, comme en France Macron ou Le Pen aux européennes, exit l’importance de l’Union ! (page 3)

– « Comme il est généralement admis dans la société japonaise que porter des hauts tallons est nécessaire et approprié au travail », le ministre du travail Kanako Otsuji refuse de légiférer pour interdire aux entreprises d’obliger ses salariées à porter des chaussures à talon. Peu importe que cela nuise à la marche et entretienne des douleurs, la tradition est plus forte que la volonté des femmes ! (page 4)

– Au Kazakhstan, une élection de pure façade. Le successeur désigné de Nazarbaïev doit être élu sans surprise à la présidence. La seule interrogation, pourra-il obtenir les 97,5 % des voix qu’avait récolté celui-ci en 2015 ? Les clans oligarchiques continueront à se partager les richesses du pays (pétrole, gaz, uranium). (page 5)

– Il n’y a pas de démocratie mondiale, c’est chacun pour soi dans la défense de ses propres intérêts. L’enjeu, prendre le contrôle d’une organisation qui aura une influence sur les standards agricoles et alimentaires. Pour l’élection au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), la candidate française Catherine Geslain-Lanéelle défendra un « projet mondial incluant les intérêts américains. » Elle s’est engagée à « ne pas défendre les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM ». Le candidat géorgien David Kirvalidze est partisan du libre-échange ; il se targue d’avoir « le soutien d’un grand nombre de pays en voie de développement ». Cette élection est phagocytée par la règle « un pays, un vote ». De son côté, la Chine travaille activement à faire élire son candidat, Qu Dongyu ; on n’hésite pas à sortir le carnet de chèques et à user de son influence pour obtenir les voix de pays ­africains. La lutte contre l’insécurité alimentaire , objectif premier de la FAO, passe clairement au second plan ! (page 6)

– La démocratie participative devient un véritable marché. Les entreprises du secteur dépendent pour beaucoup de leurs commanditaires, élus et administrations, qui ne font pas souvent la différence entre participation et communication. Pensons au Grand débat de Macron qui n’a pas respecté l’éthique de la participation équitable de tous : interventions répétées du président de la République, questions orientées et qui excluent des sujets comme l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), commentaires désactivés sur la plate-forme en ligne… (page 16)

Comment voulez-vous que dans un contexte général aussi éloigné de l’intérêt public on puisse prendre des mesures radicales pour assurer la transition énergétique et écologique. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, cette dénomination est devenue officiellement « France, finance verte » dans le code de l’environnement !!!