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L’Inde sera submergée par la Covid-19

Que faire dans un pays surpeuplé ? Claude Lévi-Strauss pouvait déjà écrire en 1955 : « Les grandes villes de l’Inde sont une lèpre, l’agglomération d’individus dont la raison d’être est de s’agglomérer par millions, quelles que puissent être les conditions de vie : ordure, désordre, ruines, boue, immondices, urine. Ils forment le milieu naturel dont la ville a besoin pour prospérer. » Le 18 mars, nous écrivons sur notre blog : Quand le Covid-19 s’attaquera à l’Inde. Sur une population de 1,35 milliard d’habitants, le nombre de cas de COVID-19 en Inde était estimé à seulement 137 le mardi 17 mars ; mais la faiblesse des chiffres officiels s’expliquait par le nombre encore très réduit de dépistages : 6 000 à ce stade en Inde. Les médias locaux persiflaient, « absence de preuve n’est pas preuve d’absence ». Le gouvernement dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi montre du doigt les étrangers ; à compter du 18 mars, l’ensemble des ressortissants européens sont persona non grata. Le premier ministre indien a lancé un concours d’idées sur Twitter faisant miroiter une récompense de 100 000 roupies (1 210 euros) à celui qui trouvera une « solution technologique » pour éviter le Covid-19… C’est un aveu d’impuissance.

L’indienne Arundhati Roy ne mâche pas ses mots : « Que dire de l’Inde, mon pays, mon pays pauvre et riche, suspendu quelque part entre féodalisme et fondamentalisme religieux, castes et capitalisme, gouverné par des nationalistes hindous d’extrême droite ?Le premier cas de Covid-19 détecté en Inde a été annoncé le 30 janvier 2020, quelques jours après que l’invité d’honneur de la parade du Jour de la République, Jair Bolsonaro, dévorateur de la forêt amazonienne, négateur du Covid-19, a quitté Delhi. Le 11 mars, l’OMS a haussé le développement du Covid-19 du niveau d’épidémie à celui de pandémie. Le 13, le ministère indien de la santé déclarait que le coronavirus ne représentait pas une « urgence sanitaire ». Enfin, le 19 mars, le premier ministre, Narendra Modi, s’est adressé à la nation. Il n’avait pas beaucoup planché sur ses dossiers, calquant ses stratégies sur celles de la France et de l’Italie. Il a parlé de la nécessaire « distanciation sociale ». Au lieu d’informer les gens des mesures qu’allait prendre son gouvernement pour faire face à la crise, il leur a demandé de sortir sur leurs balcons, de sonner des clochettes et de taper sur des ustensiles de Lcuisine pour rendre hommage aux soignants. La requête de Narendra Modi a soulevé l’enthousiasme. On a assisté à des marches de percussions domestiques, à des danses traditionnelles, à des processions. Peu de distanciation sociale ! Le 24 mars à 20 heures, Modi est passé à la télévision pour annoncer qu’à partir de minuit, l’Inde tout entière entrait en confinement. Les marchés seraient fermés. Tous les moyens de transport publics et privés étaient interdits. Le confinement destiné à assurer la distanciation sociale a eu le résultat inverse : la contiguïté physique à une échelle inconcevable. Le même phénomène se produit dans les villes grandes et petites de l’Inde. Les voies principales peuvent bien être vides, les pauvres sont enfermés dans des espaces exigus à l’intérieur de bidonvilles et de baraquements. Les hôpitaux et les dispensaires sont déjà incapables de faire face au million, ou presque, d’enfants qui meurent chaque année de diarrhée et de dénutrition, aux centaines de milliers de tuberculeux (un quart des cas mondiaux), à la vaste population de mal-nourris et d’anémiques, vulnérables à toutes sortes d’affections mineures qui, dans leurs cas, se révèlent mortelles. Il leur sera impossible d’affronter le coronavirus. » Monsieur Modi porte bien son nom.

Moralité : Des cercle vicieux sont en place. L’Inde subit une surpopulation manifeste, ce qui entraîne la misère qui à son tour provoque la sur-fécondité, l’exode rural, une urbanisation non maîtrisée et des conditions de densité qui ne peuvent que favoriser la diffusion d’un virus. Au niveau politique, le gouvernement gère la multitude humaine de façon autocratique ; pour chercher une impossible issue, il attise les tensions ethniques et désigne comme ennemi les musulmans, ce qui ne peut qu’accroître les tensions et empêche tout développement partagé. De toute façon le virus pourrait faire 17 millions de victimes que la population de l’Inde n’en serait pas affectée. En effet que pèsent quelques millions de morts de plus en Inde quand dans une année ordinaire il y a déjà 10 millions de morts (pour 27 millions de naissances).

Nous avions écrit sur ce blog en 2016, des Rafale en Inde, tout le monde se réjouit. Pas moi !

Démographie et pandémie, relation étroite

La question démographique reste la grande absente des réflexions sur la crise du coronavirus. Pourtant, trois éléments au moins peuvent lier nos effectifs à l’épidémie présente.

– L’émergence de l’épidémie est susceptible d’être liée aux contacts obligés avec la faune sauvage que provoque notre expansion permanente sur les territoires du vivant.

– L’épidémie est de façon certaine favorisée par la promiscuité, et la promiscuité est largement fonction de la densité de peuplement, elle-même liée à l’importance de nos effectifs.  Dans un habitat dispersé, elle resterait un problème mineur, mais elle se répand comme une traînée de poudre  dans les grandes agglomérations ou dans les régions peuplées comme la métropole de Wuhan ou la Lombardie. D’ailleurs, la première des mesures que prennent tous les gouvernements est d’éviter les rassemblements, or, dans une grande agglomération, on est rassemblés par nature. Toute la politique actuelle valide cette corrélation entre densité et épidémie (sinon, aucune des mesures prises n’aurait de sens).

– La lutte contre l’épidémie dans une société urbaine et densément peuplée passe par des mesures très autoritaires, restreignant fortement les libertés. Ces mesures sont parfois efficaces (on le voit par exemple en Chine où l’épidémie semble sur la voie descendante, mais aussi à Hong Kong ou à Taiwan qui, malgré leur forte densité, ont peu ou prou réussi jusqu’à présent à contenir le phénomène au prix… de la fin des libertés: contrôle par caméra, confinement, suivi des personnes, peines très sévères…un monde digne de la science-fiction. En ce sens, la démocratie risque d’être la principale victime de l’explosion démographique. Nous rejoignons là une conclusion proche de celle que tire Jean-Marc Jancovici des crises à venir de l’énergie. Plus généralement, face à toute contrainte, les États sont tentés de réagir ainsi, et, plus l’habitude se prend de restreindre les libertés face à un problème, plus cette possibilité s’ancrera et plus la démocratie sera mise à mal dans l’acceptation plus ou moins passive des populations. 

A ce facteur démographique on peut ajouter la question de la mondialisation qui favorise les échanges de personnes et de biens. Remarquons cependant que la démographie peut, là aussi, être considérée comme à l’origine du problème, car avec des effectifs de 8 milliards – presque 10 au milieu de ce siècle –  il n’existe guère de moyen de nourrir et approvisionner en biens divers l’ensemble de la population sans recourir à la spécialisation internationale et donc à la mondialisation de l’économie avec tous les échanges de biens et de personnes que cela suppose. Chacun pourra sourire à l’extraordinaire retournement de nombre de personnages politiques, adeptes forcenés de la mondialisation et de la croissance, économique comme démographique, qui, sous l’urgence tournent casaque, et  prennent des mesures à terrasser l’économie et à interrompre les échanges. Urgence oblige dira-t-on ! Certes, mais l’urgence n’excuse pas les erreurs passées et si Paris vaut bien une messe, il ne faudra pas oublier.(Didier Barthès sur son blog)

NOTA BENE : Démographie responsable lance une pétition,

Pandémies et surpopulation : appel pour la décroissance démographique

En résumé : Afin de minimiser autant que faire se peut l’apparition et la diffusion de futures pandémies, nous demandons aux autorités françaises de favoriser la stabilisation de la population de notre pays en prenant des mesures incitatives comme le plafonnement des allocations familiales…

objectif du confinement, l’immunité collective

Le déconfinement, une équation complexe. Une population sera IMMUNISEE lorsqu’elle aura été SUFFISAMMENT CONTAMINEE. Comme d’autres pandémies l’ont montré dans l’histoire, notamment celle de la grippe espagnole de 1918-1919, une immunité collective insuffisante expose à une ou plusieurs vagues successives qui font des ravages. En freinant la vague épidémique par le confinement, les autorités ont donc retardé le moment où suffisamment de Français seront immunisés pour stopper définitivement la propagation du coronavirus. Faute de disposer d’un vaccin, cette « immunité de groupe » ne peut être acquise que par un contact avec le SARS-CoV-2, le virus responsable du Covid-19. Pour l’atteindre, les épidémiologistes estiment qu’environ 60 % de la population devrait avoir été infectée. Quelques analyses pertinentes sur lemonde.fr :

J.olive : La stratégie du stop and go (confinement/déconfinement) consiste à laisser mourir toutes les personnes vulnérables sur la durée plutôt que d’un seul coup. Le gain est minime sur le nombre de victimes au final. L’inquiétude vient de la durée de l’immunisation obtenue après ce contact ; durable et on ne fait la rougeole qu’une fois dans sa vie ou transitoire comme avec d’autres virus ( grippe saisonnière) . Le vaccin aura-t-il une efficacité maintenue dans le temps malgré les mutations virales ?
IP 88.185.49.110 : L’immunité collective (60% de la population contaminée) ne marche…que si l’immunité face au virus est permanente, ou, au moins très longue. Or l’immunité face aux coronavirus des rhumes est tout sauf permanente et longue. Pis, en Corée ils ont publié le cas de 50 malades qui avaient des résurgences virales bien après guérison… La route pour un vaccin…..efficace semple bien longue. Imaginons le pire: le virus, non saisonnier, provoque une immunité efficace pour 3 à 6 mois….Tous les 3 à 6 mois vous jouez donc au dés pour savoir qui va mourir du coronavirus, celui ci circulant sans restriction au sein de la population !
Starqman : Pour atteindre l’immunité collective en minimisant le nombre de mort, Il serait intéressant de modéliser le déconfinement en 2 catégories en incluant les obèses avec les vieux. Le résultat devrait être encore meilleur.

Jackpot : Bref, se dépêcher d’attraper le virus quand on est jeune et en bonne santé, c’est l’acte le plus citoyen qui soit. Et pas de rester vautré sur son canapé comme certains adorent le raconter pour se donner bonne conscience. Ce confinement généralisé et strict est une hérésie depuis le départ, qui ne résout rien sur le moyen terme, il décale simplement le pic.

SuperChomeur @ J&ckpot : Le confinement décale le pic, l’atténue et sauve donc des vies qui ne pourraient pas l’être sans confinement. Si vous souhaitez rejoindre Boris Johnson, allez y seul.

Totoro : Finalement je me demande si je ne serais pas content de l’avoir déjà eu (forme bénigne bien sûr ??) pour pouvoir sortir plus tôt…

sur notre blog biosphere, nos articles sur la fausse opposition immunité collective / distanciation sociale

3 avril 2020, Le confinement recule en vain l’échéance ?

23 mars 2020, Covid-19, le vertige des exponentielles

20 mars 2020, Covid-19, droit de vivre ou de mourir (suite)

14 mars 2020, Covid-19, la « distanciation sociale » en France

14 mars 2020, Covid-19, choix de l’immunité collective en GB

11 mars 2020, Covid-19, nécessité d’un triage médical

Covid-19, pouvoir mourir sans souffrir

Un décret du 28 mars 2020 autorise l’utilisation temporaire (aujourd’hui, jusqu’au 15 avril), dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire lié à l’épidémie de COVID-19, du Rivotril injectable (clonazepam) pour prendre en charge la dyspnée ou la détresse respiratoire chez les patients COVID-19 dont l’état clinique le justifie. Cette molécule est un sédatif (et non un produit létal) utilisé quand les malades souffrent d’une atteinte pulmonaire telle qu’il y a un risque de suffocation ; elle pourra être délivrée comme traitement de confort, pour l’apaisement. Habituellement, le midazolam (Hypnovel) est utilisé pour cela, mais des tensions sur les stocks de médicaments existent actuellement et font redouter un risque de pénurie. Dans ce cas, le décret permet d’utiliser le Rivotril pour assurer l’accompagnement des patients en soins palliatifs, confrontés à un état d’asphyxie, y compris en Ehpad. Pour les patients dont le pronostic vital est engagé à très court terme, cette molécule peut permettre une sédation profonde et continue.

« Administrer du Rivotril à un patient ne veut pas dire arrêter les soins. Il s’agit, au contraire, lorsque la situation se dégrade et dans certaines circonstances d’un accompagnement pour soulager sa souffrance en le plaçant dans une sédation lorsque la détresse respiratoire devient insupportable, mais il ne s’agit certainement pas, encore une fois d’un médicament destiné à pratiquer une euthanasie. L’asphyxie en fin de vie est inacceptable », indique le président de la Société française de gériatrie et gérontologie. Ce décret est une application de la loi du 2 février 2016, dite loi Claeys-Leonetti, qui, dans son article 3, permet « la sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu’au décès, associée à une analgésie ». Pour aller plus loin, voici la fiche-conseil publiée par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs à propos de la prise en charge des détresses respiratoires asphyxiques à domicile ou en Ehpad.

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité rappelle son combat en faveur du droit de chacun à décider de sa propre fin de vie, y compris en bénéficiant d’une aide active à mourir avec administration d’un produit létal. Dans tous les cas, c’est le patient qui doit décider et il convient qu’il ait préalablement rédigé ses directives anticipées et désigné des personnes de confiance.

Communiqué de l’ADMD du 6 avril, COVID-19 : à propos de l’apaisement des souffrances par les équipes soignantes

https://www.admd.net/articles/decryptages/covid-19-propos-de-lapaisement-des-souffrances-par-les-equipes-soignantes.html?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=avril

Les USA font triste mine face à la Covid-19

Tous les dirigeants américains tiennent le même discours, anti-écolo. Le président George H. W. Bush père prévenait déjà la planète que « le mode de vie des Américains n’est pas négociable ». Ne nous trumpons pas, Obama a le même fond, les Américains d’abord. Lors de son discours d’investiture le 20 janvier 2009, Barack Obama affirmait :  « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche.» Lors de son discours d’investiture le vendredi 20 janvier 2017 Donald Trump confirmait : « A compter de ce jour, il n’y aura plus que l’Amérique d’abord, l’Amérique d’abord ». Les différences importent peu dans ce contexte en phase avec la culture américaine. Pourtant Obama se voudrait plus perspicace. Lors d’une conférence à Paris le 2 décembre 2017, son discours valait plus que parole d’évangile à 4000 dollars la minute ; l’ex-président avait listé ses trois principales « peurs » : le changement climatique, la prolifération nucléaire et la crainte d’une pandémie mondiale à l’image d’une grippe espagnole décuplée par le développement fulgurant des transports aériens. De son côté , Donald Trump avait qualifié en novembre 2012 les changements climatiques de canular lorsqu’il avait envoyé un tweet dans lequel il déclarait : « Le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois afin de rendre le secteur manufacturier américain non compétitif. » De nos jours le même Trump persiste à appeler le Covid-19 « virus chinois » !

« Keep America great … » ! Pour préparer sa réélection en novembre 2020, décidément Donald Trump voudrait être le premier en tout : courbe asymptotique du Corona, nombre de gens au chômage en quelques jours, nombre de personnes sans couverture sociale… être citoyen américain est sûrement great, voire super great, à condition d’être du bon coté des statistiques, parce que sinon c’est la loi de la jungle. Et puis franchement, une société avec de telles contradictions ne fait pas envie, des communautés religieuses dans tout le pays dont la compassion ne dépasse pas les frontières de leur catégorie socio-économique, un racisme quasi institutionnalisé, l’utilisation d’armes à feu pour résoudre n’importe quel problème. En mars 2020, il s’est vendu 2 millions d’armes aux Etats-Unis, le double du mois précédent*. Cette frénésie est alimentée par la crainte que la pandémie aboutisse à des pénuries et des débordements. Depuis que Donald Trump a décrété que les marchands d’armes sont des commerces « essentiels » pouvant bénéficier d’une dérogation au confinement, les faits divers liés au Covid-19 alimentent les infos locales. Il faut dire que les Amerloques sont mal armés pour lutter contre le virus avec des taux de comorbidités démentiels : 40 % des Américains sont obèses, un sur trois souffre de diabète, un sur deux de maladie cardiovasculaire. De toute façon les États-Unis comptent 30 millions de personnes qui n’ont aucune couverture santé, tandis qu’un Américain sur deux déclare être sous-assuré. Soulignons que 40 % des Américains ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue de plus de 400 dollars, on peut alors facilement imaginer qu’avec l’explosion du chômage les défauts sur les crédits à la consommation vont se multiplier, ce qui accentuera la crise bancaire. Les USA font triste mine face à la Covid-19.

Aujourd’hui c’est Pearl Harbor et le 11-Septembre réunis en Amérique, sauf que ce n’est pas localisé, l’épidémie embrase tout le pays. Dimanche 5 avril, on annonçait que 1 200 personnes étaient mortes des suites du Covid-19 au cours des dernières vingt-quatre heures. Mais Dieu est aux côtés de Trump. Un pasteur célébrissime demander, en pleine transe, à Dieu de détruire le virus, le tout diffusé en prime time, pour mieux apprécier l’absurdité qui caractérise ce pays.Tony Spell, pasteur d’une autre église géante de Louisiane, la « Life Tabernacle Church », a organisé une messe en dépit d’une interdiction : « Nous avons le mandat de Dieu pour nous réunir et nous rassembler, et continuer à faire ce que nous faisons, cette pandémie est motivée par des motifs politiques (empêcher la réélection de Trump) ». Un chroniqueur de Fox News assure : « Vous ne pouvez simplement pas laisser les épidémiologistes diriger un pays de plus de 320 millions d’habitants. » La messe est dite, les Américains ne voudront rien comprendre, rien changer, ils vont réélire leur clown et sanctifier le »business as usual », avant la chute finale, après le choc pétrolier ultime.

Sur notre blog le 11 novembre 2016, Ne nous TRUMPons pas, nous l’avons bien cherché

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/06/face-au-covid-19-le-modele-americain-n-a-jamais-semble-aussi-fragile_6035666_3232.html

La Covid-19 fait rigoler grave Ecolomaniak

J’ai tant pleuré pendant des années, on se foutait de la gueule de l’écolo que j’étais, le nucléaire c’est bon pour la santé, le kérosène on peut le respirer, les pesticides faut préférer, etc. Ce que je disais, on s’en foutait, on me rigolait au nez : les gaz à effet de serre, ça n’existe pas, la croissance c’est bon pour l’emploi, la technique nous sauve… Aujourd’hui un minuscule virus fout en l’air ce système à la con, l’air devient respirable, tout est arrêté ou presque. Les vacances sont supprimées, fini l’école assis le cul sur une chaise et enfermé dans des salles, fini les transhumances et ses embouteillages. Les touristes sur leur HLM flottant deviennent des cobayes pour la Covid-19 et les avions sont cloués au sol ; sur le tarmac, on se contente de se disputer des masques sanitaires à coup de dollars Repartir dans les îles de rêve ne va pas être facile, les frontières se ferment. Les routes sont désertes, on n’a plus besoin de taxe carbone. Les gens, en France et même aux USA, apprennent à se passer de tout sauf du nécessaire, bouffer car on laisse encore ouvert les supermarchés. On ne peut plus acheter de plantes d’ornement, mais on fait exception pour les semences paysannes : il va falloir cultiver son jardin si on veut des légumes. On ne dépense plus rien, il n’y a rien à acheter. La pub à la télé n’a plus aucune signification même si on voit encore des restes du passé, faut bien divertir les confinés. On revient à l’essentiel, le travail paysan sans lequel aucune ville n’aurait pu se construire, aucun gourou nous gouverner, aucun privilégié se goinfrer.

La simplicité volontaire que je disais, pour une société sans école, non au tourisme de masse, soyons casseurs de pub, la voiture ça pue, ça pollue et ça rend con, l’avion ça fout les boules, faisons sauter les centrales thermiques, pensons à nos enfant et à nos arrière petits-enfants, vive la décroissance. Mon utopie est devenue réalité, merci Covid-19, c’est maintenant moi qui rigole !

NB : si vous voulez être publié, envoyez votre histoire d’Ecolomaniak à biosphere@ouvaton.org, merci. (2000 caractères maximum)

post-covid, dette économique/dette écologique

 Le monde de demain tel qu’on le voit aujourd’hui : « Les immenses plans de soutien à l’économie lancés depuis le début de la pandémie liée au coronavirus sont en train de faire entrer les pays occidentaux dans une nouvelle ère de dettes colossales… La France passerait d’une dette de 101 % à 141 % du PIB. » On se rassure à bon compte : « En France, le ratio atteignait 270 % en 1944, avant de chuter à 15 %, vingt-cinq ans plus tard. Ce recul impressionnant est venu d’une forte inflation, qui a rendu les taux d’intérêt réels négatifs, et d’une forte croissance (les « trente glorieuses »). »*

Malheureusement, le monde occidental ne peut pas utiliser aujourd’hui la recette de l’après-guerre. A l’époque, une large partie des capacités de production avaient été détruites, les investissements étaient très productifs, il était facile d’identifier les besoins, la croissance allait de soi. Aujourd’hui c’est différent, l’accumulation de capital technique est à son maximum possible, l’investissement productif a fait place à une financiarisation de l’économie depuis plusieurs années et à des mouvements spéculatifs hors sol. L’autre différence avec la sortie de la guerre mondiale, c’est que l’Etat, les entreprises et les ménages son extrêmement endetté alors qu’en 39/45 , l’endettement global était très limité. Le déficit budgétaire des USA en 2012 était de 1300 milliards de dollars, le seul paiement des intérêts de la dette était d’environ 360 milliards de dollars par an, soit 15 % des recettes fiscales. Pour soutenir une croissance économique défaillante on a usé et abusé depuis cinquante ans des moyens de gestion d’une crise conjoncturelle (faibles taux d’intérêt et déficits publics ), et maintenant face à une crise structurelle, il ne nous reste plus rien, les taux d’intérêt sont devenus négatifs et les niveaux d’endettement sont déjà à un niveau insupportable. Et puis on oublie un paramètre incontournable, la dette écologique se rajoute à la dette monétaire.

Le fait de puiser davantage que la part renouvelable des ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique. Le créancier, c’est celui qui prête le capital emprunté. Pour le  capital naturel, le créancier est donc la Terre, ou la biosphère ou la nature, peu importe le nom. D’où une dette écologique des humains envers la Terre. Le fait par exemple de pêcher une espèce de poisson plus que ce qui permet son renouvellement est bien un découvert vis-à-vis des richesses de la mer. Ce découvert, on est normalement obligé de l’acquitter, par exemple en fixant un moratoire sur la pêche, sinon nos contemporains et successeurs seront appauvris. C’est comme si on avait brûlé notre maison… plus d’héritage possible ! Ce n’est pas parce qu’on remplira des brouettes de papier-monnaie qu’on évitera le fait qu’on vit déjà à crédit par rapport aux ressources naturelles comme l’indique l’empreinte écologique. En 2008, notre planète était entrée le 9 octobre dans le rouge. Chaque année, on calcule la date à laquelle la consommation des ressources de la planète dépasse la capacité de renouvellement. Cette date anniversaire a été baptisée Jour de la dette écologique ou Jour du dépassement (Overshoot day). Passée cette date, on est en situation d’épuisement des réserves. Depuis vingt ans, cette date intervient chaque année de plus en plus tôt, ce qui signifie que les ressources disponibles pour une année sont consommées de plus en plus vite. En 1987, l’humanité était passée dans le rouge un 19 décembre. En 2009, ce sera sans doute en septembre. Ce n’est pas durable, on consomme le capital naturel.

Une seule solution, en finir avec les distributions d’argent gratuit aux États, aux entreprises et aux particuliers ; place à une politique d’austérité, de sobriété partagée, de condamnation des inégalités criantes ou ordinaires. Rappelons qu’entre le repas du soir pour le Nouvel An et le 2 janvier, une famille américaine aura déjà consommé, par personne, l’équivalent en combustible fossiles des besoins d’une famille tanzanienne pour toute l’année ! Selon Andrew Simms, un des directeurs de la New economics foundation de Londres, « à moins que les riches ne s’acquittent de leur dette écologique, il ne s’écoulera guère de temps avant que les huissiers du climat ne frappent à toutes nos portes. » Le monde tel qu’il sera demain: d’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement…

sur notre blog biosphere : 18 mars 2012, Définitions de la dette écologique

17 juin 2009, endettés jusqu’au cou

5 décembre 2008, dette écologique

* https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/02/apres-la-pandemie-le-monde-face-a-une-montagne-de-dettes_6035326_3234.html

post-covid, décroissance et relocalisation !

Les modèles alternatifs à la société thermo-industrielle existe chez quelques théoriciens de l’effondrement, mais les partis politiques que se veulent « de pouvoir » n’ont pas leur manifeste déjà préparé pour indiquer le chemin à suivre. Le PS réunit autour de sa direction des intellectuels et chercheurs pour « imaginer avec d’autres ce qui arrive à notre société » ! EELV compte sur un Conseil programmatique pour savoir comment la tête leur tourne, mais cette instance n’est pas encore nommée. Voici quelques bribes de société post-croissance trouvé sur LE MONDE* :

La tentation planificatrice : « Soit c’est un virus de gauche et on réfléchit aux frontières, aux nationalisations et au plafonnement des prix. Soit c’est un virus de droite et on a le confinement, l’individualisme, les écrans…  Au Royaume-Uni, pendant la seconde guerre mondiale, ils ont établi un rationnement. L’espérance de vie est remontée et le taux de pauvreté a baissé. C’est le partage.  », estime François Ruffin. LFI (La France insoumise) propose un déconfinement planifié, des solutions pour éviter une « rechute ». Mais on s’immobilise sur les urgences présentes. Jean-Luc Mélenchon évoque la « planification », la nationalisation de Luxfer et Famar, deux usines qui produisent des bouteilles d’oxygène ou des médicaments ; il réclame que des industries textiles soient réquisitionnées pour produire des masques. Pour Thomas Porcher, il y a nécessité à « reprendre le contrôle de certains secteurs vitaux comme les médicaments et l’énergie et arrêter de les laisser fonctionner comme des entreprises privées ». Nous sommes loin d’un horizon politique exigeant de revitaliser un commissariat au plan qui puisse indiquer ce qu’il est nécessaire de fabriquer ou d’abandonner. Nous sommes très loin d’une planification écologique.

L’irruption de la décroissance : « Ce débat aura lieu après la crise, mais ce sera concret et pas théorique, prédit Delphine Batho. Par exemple, doit-on sauver toutes les banques et leurs actifs dans le charbon et le pétrole ? Doit-on sauver toutes les compagnies aériennes ? » Ségolène Royal, pour une fois pas tellement autocentrée : « L’environnement a du souci à se faire avec la relance à tous crins portée par le gouvernement. On voit déjà qu’ils espèrent que cela reparte comme avant : regardez les déclarations d’Air France sur la nécessité de remettre en cause certaines normes sur le kérosène ou sur les taxes sur les billets d’avion. » Charbon, pétrole, avions, voitures individuelles, tout cela n’a aucun avenir et il faudrait le dire clairement, parler de décarbonisation de l’économie, dévoiturage,  honte de prendre l’avion (‘flygskam’)…

L’imparable relocalisation : La critique de la mondialisation est remise au goût du jour, relocalisation des productions au plus proche des besoins. « Il faut se poser la question : on relocalise pour quoi faire ? », précise Aurélie Trouvé, qui prône une relocalisation « écologique et sociale », avec l’aide d’une taxe kilométrique qui met en lumière les distances, et pas les frontières. Pourquoi éviter de parler de taxe carbone, pourquoi éviter de dire qu’il faudra bien un jour instituer une carte carbone ? En période de confinement, nous apprenons à faire nos course au plus près du domicile, les circuits courts sont recherchés, changer de comportement est facile quand on y est obligé.

Adrien sur lemonde.fr : Tout ceci est remplis de sophismes qui profitent de l’angoisse de certains et surtout de tous les biais de raisonnement possible et imaginable pour vendre une soupe frelatée et des solutions qui ont montré leur inefficacité.

Albane Delipovać @ Adrien : Sauf que des millions de personnes vont mourir. Peut être que vous, vous vous en sortirez bien en étant propriétaire de votre logement et en télé-travaillant, avec un accès à l’hôpital public gratuit. La France passera la vague grâce à une dette assise sur ces actifs. Mais quid des autres pays, pris dans le piège de la mondialisation ? Que l’on a invité à importer nourriture et médicament au nom du sacro-saint « avantage comparatif » ? Quid des millions de travailleurs journaliers indiens ? Des paysans pauvres du monde entier qui dépendent des engrais issus de la pétrochimie pour vivre ?

Friday : Comme je le lisais récemment, « tous ces gens qui vous parlent de bâtir « l’après » et qui sont absolument incapables de changer une roue de bicyclette du présent ça laisse rêveur en matière de grand soir et de lendemain qui chantent. » Rien à ajouter…

Albane Delipovać : Moi ce qui m’effraye, c’est l’impréparation de notre société, la vulnérabilité du système mondialisé, et l’explosion des inégalités face à la crise. Combien de millions de gens dans le monde vont mourir du covid, puis de faim, puis des conflits ?

* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/03/effondrement-decroissance-relocalisation-comment-la-gauche-pense-l-apres-coronavirus_6035379_823448.html

Covid-19, comment gérer la fin de vie

communiqué de l’ADMD sur les directives anticipées : Ceux qui s’inquiètent de la nature et des conditions des soins prodigués en milieu hospitalier peuvent rédiger, sur papier libre, un document spécifique intitulé Directives anticipées COVID-19, et y exprimer de façon exhaustive leurs volontés pour le cas où elles seraient atteintes (par exemple refus de la réanimation et souhait, dans cette hypothèse, d’une aide à mourir afin d’éviter les souffrances liées aux détresses respiratoires…). Il n’y a aucun formalisme particulier à respecter pour la rédaction de ce document (commencez par « Dans le cas où…, voici quels sont mes souhaits médicaux :… »). S’agissant d’un document personnel, il ne nous appartient pas de proposer un modèle.Ce document sera annexé aux directives anticipées existantes. Il est conseillé de le porter sur soi en cas de symptômes de la maladie.

https://www.admd.net/articles/decryptages/covid-19-faire-respecter-ses-souhaits-pour-sa-fin-de-vie.html?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=[Copie%201]%20mars

Coronavirus : le difficile accompagnement des malades en fin de vie : Afin d’« aider les équipes à “inventer” une réponse à l’urgence imposée par l’épidémie de Covid-19 », un document a été diffusé le 19 mars aux établissements de l’AP-HP. Plusieurs options sont détaillées pour organiser la prise en charge des patients incurables et leur permettre « de finir leur vie le plus sereinement possible, ou tout au moins le moins mal possible, dans ce contexte exceptionnel ». Il suggère notamment que des unités de soins palliatifs temporaires soient créées « lorsque les capacités de services de soins qui accueillent les patients atteints du Covid-19 sont mises en difficulté ». Afin d’aider les soignants des services de réanimation dans leur décision de récuser un patient, des « cellules éthiques de soutien » pourront être mises en place.

https://www.admd.net/articles/medias/coronavirus-le-difficile-accompagnement-des-malades-en-fin-de-vie-le-monde.html?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=[Copie%201]%20mars

Fin de vie : coronavirus et réveil des consciences… Il est de plus en plus souvent nécessaire, à cause du manque de moyens matériels, de faire un tri entre les patients qui « mériteront » une réanimation et les autres. Je n’ai pourtant jamais vu apparaître la question qui en découle logiquement et qui, vu mon âge, me préoccupe personnellement : que fait-on de ces autres ? Les abandonne-t-on à leur triste sort en les laissant agoniser jusqu’à leur mort « naturelle » ? Quand on sait que cette agonie par asphyxie est parmi les plus atroces, ne pourrait-on demander à ces patients (sans jamais les y forcer, bien sûr) s’ils ne préfèrent pas qu’on leur procure une fin de vie douce et rapide ? Ne pourrait-on autoriser officiellement alors les médecins à pratiquer cette assistance au suicide (à ne pas confondre avec une euthanasie dont ils porteraient seuls la responsabilité) qui leur est aujourd’hui encore formellement interdite par les lois françaises ?

https://www.admd.net/articles/temoignages/fin-de-vie-coronavirus-et-reveil-des-consciences.html?utm_source=Sarbacane&utm_medium=email&utm_campaign=[Copie%201]%20mars

Le confinement recule en vain l’échéance ?

Il n’est pas certain que la période de confinement réussisse. Notre refus de la sélection naturelle n’est-elle qu’une vaine tentative ? L’idée s’est installée à tort que les progrès scientifiques font reculer toutes les maladies. Or la réalité montre qu’au contraire de nouveaux virus et des bactéries plus résistantes continuent d’apparaître. La stratégie la plus efficace, pour réduire de 99 % le nombre d’infections semble être la panoplie complète utilisée en France : fermeture des écoles, quarantaine des malades et éloignement du travail. Mais les spécialistes se risquent à une prévision ; la fin d’un confinement sévère causera un rebond de la courbe épidémique car il n’y aura pas eu assez de « contaminés », donc « d’immunisés ». Comme le bon vieux modèle de 1927* le laisse entendre…

A l’époque trois études publiés par la Royal Society décrivait un épisode de peste en Inde en 1906. L’idée est de mettre les individus en trois compartiments : les « sains », S, susceptibles d’être contaminés, les « infectés », I, et les « retirés », R, ceux qui ne sont plus malades, car soit morts, soit immunisés après une infection. En conclusion de leur premier article, les deux mathématiciens notaient qu’« une épidémie, en général, prend fin avant que la population sensible n’ait été éradiquée ». Autrement dit, les lois mathématiques protègent une partie de la population : tout le monde n’a pas besoin d’être touché pour observer un reflux. La force de cette approche est qu’un seul paramètre donne une intuition simple de la dynamique épidémique. Il s’agit du taux de reproduction, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’un infecté peut contaminer. S’il vaut 2, cela signifie qu’un malade contaminera deux personnes, qui ensuite, au total, en contamineront 2×2 = 4, puis 2×2×2 = 8… Le moteur infernal est enclenché, et le nombre de cas suit une loi exponentielle, qui, selon la légende, a ruiné un empereur. Ce derniers, croyant attribuer une modique récompense à l’inventeur du jeu d’échecs, accepta l’accord consistant à doubler le nombre de grains de riz sur chaque case d’un échiquier. Il y a 64 cases. Même partant d’un seul grain, à la fin le total sur la 62e est d’environ des milliards de milliards de grains dépasserait de loin la production mondiale actuelle. En épidémiologie le taux de reproduction, baptisée R0, est parmi la première que les statisticiens essaient d’évaluer ; il varie dans le cas du Covid-19 entre 2,39 et 2,58. Ce paramètre permet de comprendre l’intérêt d’un confinement.

Réduire les contacts diminue le taux de reproduction, et donc la flambée épidémique. Au pic, le nombre de nouveaux cas chute car le taux de reproduction devient inférieur à 1 : une personne contamine moins d’une nouvelle personne. Au moment du pic, le pourcentage de la population touchée est d’environ « 1 – 1/R0 », ce qui correspond au pourcentage à atteindre pour immuniser le groupe. Si R0 vaut 2, c’est 50 %. Si R0 vaut 3, c’est 66 % environ. Il permet aussi d’estimer rapidement le pourcentage total de personnes infectées (un R0 de 2 donne environ 80 %). Mais après une période de confinement, un rebond de l’épidémie est attendu en raison du grand nombre de personnes susceptibles d’être encore infectés. La croissance exponentielle de l’épidémie pourrait donc repartir. Les épidémies sont différées, cela pourrait même tourner autour du globe comme pour les grippes saisonnières. Une deuxième vague de contamination en Europe pourrait aussi venir de l’Afrique, c’est très probable, et si les échanges aériens reprennent, c’est certain. Nous n’allons pas sortir rapidement de l’épidémie ! Il nous faudra des masques et des tests pendant un certain temps.

* https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/03/30/comment-l-epidemiologie-tente-de-cerner-l-epidemie-due-au-nouveau-coronavirus_6034947_1650684.html

post Covid-19, quelles activités suspendre ?

A la demande « relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! » C’est maintenant qu’il faut se battre pour qu’ une fois la crise passée ne se ramène pas le même ancien régime climatique. Si nous avons de bonne chance de « sortir » du Covid-19, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Mais la preuve est faite qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails « à cause de la globalisation ». A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là ! Si la demande de virer de bord à 90 degrés pour atterrir sur terre paraissait encore en janvier une douce illusion, elle devient réaliste.Les globalisateurs semblent avoir une idée très précise de ce qu’ils veulent voir renaître après la reprise : la même chose en pire, industries pétrolières et bateaux de croisière géants en prime. C’est à nous de leur opposer un contre-inventaire.

L’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prête à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

De fil en aiguille, si nous commençons, chacun pour notre compte, à poser de telles questions sur tous les aspects de notre système de production, nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation – aussi efficaces, millions que nous sommes, que le fameux coronavirus dans sa façon bien à lui de globaliser la planète. Comme le montre Pierre Charbonnier, après cent ans de socialisme limité à la seule redistribution des bienfaits de l’économie, il serait peut-être temps d’inventer un socialisme qui conteste la production elle-même. Ce qui ne veut pas dire décroître ou vivre d’amour ou d’eau fraîche, mais apprendre à sélectionner chaque segment de ce fameux système prétendument irréversible et d’éprouver de proche en proche ce qui est désirable et ce qui a cessé de l’être. Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire.

Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ?

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ?

Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

extraits du discours de Bruno Latour

Biosphere-Info, Covid-19 au jour le jour

Bonjour à toutes et tous

Notre mensuel est consacré à la maladie Covid-19 causée par le virus SARS-CoV-2 qui provoque un syndrome respiratoire aigu sévère. Dire qu’à une époque des laboratoires officiels préparaient la guerre bactériologique ! Tous les liens de ce mail font référence à des articles sur notre blog biosphere, nous avons suivi l’évolution de la situation au jour le jour.

Le confinement généralisé au niveau mondial nous fait vivre un état de guerre en temps de paix. Nous vivons des choses inimaginables auparavant, rester à la maison en famille, ne pratiquer que les activités professionnelles vraiment indispensables, ne plus se déplacer inutilement, se contenter de l’essentiel. Les écologistes l’ont rêvé, le Covid-19 l’a fait, nous vivons la décroissance sur une période qui s’annonce longue et mondialisée. Mais c’est un minuscule virus, pas un choc pétrolier ni le réchauffement climatique, qui a entraîné ce bouleversement et montré la fragilité de nos sociétés trop complexes. Cette pandémie nous met face à nos responsabilités multiples. Nous pouvons collectivement en tirer des conclusions, prendre un nouveau départ à la hauteur de l’urgence écologique sur une planète pillée et au bout du rouleau ou tout refaire comme avant, business as usual. Les mécanismes boursiers et les largesses budgétaires ne peuvent être d’aucun secours en état de catastrophe, tout au contraire. La magie de l’argent est un mythe.

Nous avons constaté que tous les pays ne sont pas à la même enseigne pour affronter des catastrophes, l’Inde ou l’Afrique par exemple. Mais le problème est général, c’est celui de la surpopulation qui entraîne des concentrations humaines propices à la diffusion non seulement des germes pathogènes, mais aussi du mal-vivre ensemble. Plus profondément cette pandémie a révélé notre rapport à la mort. Il y avait deux stratégies en présence pour enrayer les contaminations, l’immunité collective ou la distanciation sociale. L’avenir dira quelle aurait été la meilleure méthode. Notre système hospitalier a même été amené à déterminer qui avait le droit de vivre ou de mourir. Les difficultés du système de santé ont donné de l’importance au triage médical, une sélection sociale volontairement assumée. Le droit à la vie est un droit relatif, comme l’exprime toute l’histoire de l’humanité. Nous avions cru pouvoir échapper à la sélection naturelle, il nous faudrait revenir à plus d’humilité.

Nos politiciens doivent aussi se rendre compte que la lutte contre le réchauffement climatique peut reposer sur des bases similaires aux méthodes utilisées lors de cette pandémie, en résumé une « sobriété partagée » imposée par l’État. Cela implique une reconsidération de nos besoins, il nous faut aller à l’essentiel. Il n’est plus temps de ressasser les mythes de l’ultra-gauche, plus prête à la surenchère qu’à la modération des besoins. Ni à appliquer des politiques de relance aveugle ; la situation est bien différente de la grande crise de 1929 ou de la crise des subprimes en 2008. Il s’agit de remplacer la société croissanciste par une déprogrammation de la société de consommation et du spectacle (skippers, footeux, etc). Nous devons remettre en question notre goût immodéré pour la croissance économique, il nous faut sortir du vertige des exponentielles. Cela présuppose de combattre les inégalités de revenus pour parvenir à une sobriété partagée, remplacer les refinancement des banques comme après le krach de 2008 par la distribution d’un revenu de substitution. La mondialisation par le libre-échange a multiplié les déplacements de marchandise et de services tout en déstabilisant les filières locales de production, de consommation et d’échange. Contre ce système prédateur, il nous faut donc penser dorénavant démondialisation et relocalisation. Il est plus que temps d’élaborer des stratégies écolos en temps de crise, et après l’épisode du Covid-19 de pas retomber dans des politiques croissancistes qui ne peuvent qu’accroître le nombre de morts dans l’avenir sur une planète grillée par le soleil.

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1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

1) blocage énergétique

En 1929, la consommation annuelle de pétrole avait atteint un milliard et demi de barils, en 2020 on consomme 100 millions de baril par jour, environ deux litre par jour et par habitant, soit pour l’année 36 milliards de baril. La relance de l’économie mondiale après 1929 n’a été possible que par l’abondance pétrolière, la guerre n’étant qu’un des moyens d’utiliser l’énergie fossile pour faire fonctionner la société thermo-industrielle. Or les réserves de pétrole sont en train de se tarir, le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu par Jancovici en 2020. Vouloir après 2020 retrouver une croissance économique est physiquement impossible.

Il faut donc préparer politiquement une société post-carbone et, au-delà de la taxe carbone, déjà envisager une carte carbone, c’est à dire un rationnement de l’énergie. Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. T »

2) blocage démographique

En 1929 la population mondiale était de 2 milliards de personnes, elle est en 2020 de 7,8 milliards. Autant dire que nos problèmes globaux pour manger, se loger, se chauffer, se déplacer ont été multiplié par au moins 4, sachant que la taille d’une population démultiplie les problèmes. C’est ce qu’indique par exemple l’équation de Kaya qui relie démographie et réchauffement climatique : CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

La surpopulation entraîne des problèmes de concentration humaine en certains lieux (sur-urbanisation, regroupements festifs ou religieux, etc), ce qui a facilité la propagation du virus actuel. La planète devient une ville. D’à peine 11 % en 1800, le taux d’urbanisation moyen des futures régions développées s’élève à 30 % en 1900 . Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville (près de 70 % prévue en 2050) alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Cela s’accompagne d’une bidonvilisation dans les pays pauvres. Comment opérer un confinement efficace en Inde ou en Afrique ?

La maîtrise de la fécondité liée la désurbanisation apparaît alors comme une politique à mener. Cela implique que les pays riches montrent l’exemple, d’où l’abandon des politiques natalistes en France, et une aide publique au développement mieux concentrée sur la généralisation du planning familial.

3) double blocage analytique

La durée de la crise de 1929 découle d’un refus de libérer des liquidités. Non seulement on croyait aux vertus du libre jeu du marché avec non intervention de l’État, mais l’étalon-or faisait que toute monnaie devait être gagée par un équivalent en or, ce qui restreignait la création monétaire. La crise ne pouvait que s’amplifier. C’est l’analyse par Keynes en 1936 qui a changé la donne. Face à une crise de grande ampleur, il faut adopter une politique monétaire volontariste par la baisse des taux d’intérêt et une politique budgétaire de relance de l’économie par le déficit. Cette politique a été adoptée systématiquement après la seconde guerre mondiale, ce qui est une des explications des Trente Glorieuses. Mais elle a fait se succéder périodes d’expansion et politiques d’austérité pour aboutir dans les années 1970 à la stagflation et au pillage généralisé de la planète. On ne peut structurellement appliquer une politique de laxisme monétaire et budgétaire, politique qui selon Keynes ne devrait être que conjoncturelle. Il faut donc changer de paradigme, ni le laisser faire du libéralisme économique comme en 1929, ni le déversement de liquidité et la croissance par la dette comme on l’a fait lors de la crise financière de 2008. Pourtant Donald Trump veut déverser aujourd’hui des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engage à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros , c’est le retour de la bonne vieille planche à billets. On revient au mantra, « business as usual » comme sortie de la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Il nous faut une nouvelle  conception de l’économie politique adaptée à la situation présente, c’est la bio-économie, ou économie biophysique, c’est-à-dire l’écologie. Il faut prendre en compte le fait que la circulation des richesses fabriquées dans une société n’est que la sous-partie des richesses globales que nous offre la biosphère. Une sobriété partagée ne découle pas d’une distribution globale d’argent, mais d’une régulation secteurs d’activité par secteurs d’activité, c’est-à-dire une planification indicative dont la France avait donné l’exemple au sortir de la seconde guerre mondiale ; il s’agit de revitaliser un commissariat au plan qui devra arbitrer entre les activités à soutenir publiquement et celles laissées au libre jeu du marché. Cela doit s’accompagner de mesures impératives comme le rationnement de l’énergie par une taxe carbone. Pour que cette politique de rigueur soit acceptée par la population, il faut éliminer le plus possible les inégalités de revenus. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir après la crise de 1929, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941… pour un revenu supérieur à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). A ces niveaux d’indécence, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, des prises de risque excessives, une position médiatique illusoire (sportifs, acteurs…). Ce n’est qu’un exemple de ce qu’on pourrait faire à nouveau, taxer les riches pour partager l’effort de sobriété. La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible, mais écologiquement nécessaire.

Comme l’exprime Hervé Kempf dans son livre Comment les riches détruisent la planète, « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » L’épidémie de coronavirus met en lumière toute une série de métiers jusqu’ici mal considérés, chauffeurs-livreurs ou caissiers, devenus, à la faveur de la crise, vitaux. Le ministre de l’économie annonçait récemment que les entreprises qui demandent le report de leurs échéances fiscales et sociales ne pourront pas verser de dividendes. Ce nest qu’un premier pas dans la bonne direction.

Covid-19, les footballeurs en complet désarroi

Qui dit championnats à l’arrêt, dit absence de recettes de billetterie et, surtout non-versement d’une partie des droits télévisuels. Un gros trou dans les caisses ! La Juventus Turin a annoncé, samedi 28 mars, qu’elle ne versera pas de salaires à ses joueurs de « mars à juin ». Ces différentes décisions ne sont pas du goût des représentants des joueurs. « Nous sommes extrêmement inquiets qu’un nombre important de clubs, dans plus d’une demi-douzaine de pays, aient commencé à mettre [les joueurs] au chômage technique ou réduire unilatéralement leurs salaires », a déclaré, vendredi 27 mars, le syndicat mondial des footballeurs professionnels. Quelques commentaires sur lemonde.fr* :

yeux ouverts : Dans l’Equipe « Di Maria vit mal son confinement » dans son 350 m2 parisien, alors que Neymar fait du beau volley à Copacabana… no comment !

Hawthorne Abendsen : Personne n’est à plaindre dans ce monde irréel déconnecté de la réalité. Mes enfants sont médecins avec des salaires inférieur a une secrétaire de club de foot… Sans autres commentaires.

JLMUL : Cela serait le summum du cocotier que l’on paie les stars avec nos impôts comme si c’était des smicards sans réserve !

Pascalou : Dans l’article, « Le danger, c’est d’avoir des disparités colossales. On a des situations très hétéroclites, qui nécessitent un accompagnement ». Oui, que les footeux les plus riches soient solidaires avec les footeux les plus pauvres. On n’a pas à payer pour eux.

L’équipe : Dans le journal L’Equipe du vendredi 7 février 2020, un article : Les salaires de la Ligue 1, La valse des millions. Le champion de France paie à prix d’or ses stars et sait les retenir avec des augmentations pharaoniques. Salaires mensuels bruts en euros de : Neymar: 3 060 000. M.bappé : 1 910 000. Thiago Silva : 1 500 000. Cavani : 1 345 000. Marquinos : 1 200 000. M.Verrati : 1 200 000. A.Di Maria : 1 100 000. K. etc.

Bruno BOUSSUGE : La démesure de certaines rémunérations de stars sportives qui semble « éclater » au plein jour sont parfaitement connues. Peut-être simplement, mais ce n’est même pas sûr, que cela n’est plus tolérable dans le nouveau contexte qui émerge en ramènant brutalement a l’essentiel. et qui éloigne, au moins provisoirement, d’une vacuité faussement emplie de divertissements…

BobZ : Si le covid-19 pouvait débarrasser la planète de tous les excès du football pro, en finir avec ce business obscène et ramener ce sport à une pratique amateur ce serait une vraie bonne nouvelle ! Je crois que personne ne va pleurer sur les footballeurs pro.

Sur notre blog le 29 août 2018, Un intellectuel ne devrait pas faire l’éloge du football

* https://www.lemonde.fr/sport/article/2020/03/29/football-les-clubs-reduisent-les-salaires-les-syndicats-de-joueurs-reclament-un-cadre-commun_6034813_3242.html

Covid-19, les skippers en complet désarroi

Un bateau sous cloche c’est toujours des salaires qu’il faut continuer à verser et des amortissements à assumer. C’est selon la taille des armements entre 2 et 3 millions par an… que l’on courre ou pas. En conséquence les skippeurs s’interrogent sur la capacité qu’auront leurs sponsors « à encaisser le séisme économique » provoqué par la pandémie. Ils savent ce que valent les contrats, du moins tant que la croissance des entreprises permet de dégager des budgets de communication. Or, quand la machine est grippée, ces budgets sont les premiers sacrifiés. Nous connaissons la règle : « c’est la réclame qui saute quand les affaires ne vont pas bien. » Quelques commentaires sur le monde.fr* :

Régis F : Les journalistes sportifs au chômage technique svp. Ne cherchez pas à occuper votre temps à écrire ce type d’articles obscènes.

Test : Ils peuvent faire le Vendée Globe à la maison, comme nous !

Izy : Qu’ils rament. Comme tout le monde.

Michel Brun : Voila effectivement une question essentielle qui peine la planète entière, le sort des skippers. Ils sont gentils les skippers. Ils naviguent à la voile. Cela ne pollue pas, c’est bien pour le climat. Et les footballeurs ? Ils vont bien les footballeurs ? Pas de problèmes de sponsors ? Et les patineuses confinées chez elles et à l’abri de leurs entraîneurs. Elle sont soulagées ? Racontez nous !

Nezrond : J’insiste sur ce sujet essentiel : et les primes de match des joueurs de D1, on y pense ?

Ektor : Les sponsors pourraient’ils sponsoriser les hôpitaux publics ?

Philippe de Bretagne : En direct de Bretagne, je vous avoue trouver quelque peu indécent de pleurer à ce sujet lorsque des milliers de personnes se battent pour la vie d’autres. Dans la même veine, que les JO soient supprimés ne m’émeut pas le moins du monde au regard de la gabegie financière qu’ils représentent. Et si le covid 19 nous donnait d’entrevoir l’espace d’un instant, ce que pourrait être un monde qui pollue moins, dont les loisirs dépensent moins que pour la solidarité avec les plus fragiles…

CamilledeLyon : Si cette crise pouvait mettre un coup d’arrêt aux excès du sport-spectacle dont ces « formules 1 des mers » sont, avec quelques autres sports terrestres, le symbole, je ne pleurerai pas sur le sort de cette industrie et de ses quelques équipages qui se prétendent, pour justifier leur existence vaniteuse, à la pointe de la technologie et du Progrès…

Sur notre blog le 30 juin 2008, bateau, coulé

* https://www.lemonde.fr/sport/article/2020/03/28/coronavirus-les-skippers-se-demandent-si-leurs-sponsors-vont-encaisser-le-seisme-economique_6034743_3242.html

Covid-19, la magie de l’argent inopérante

C’était le 5 avril 2018, Emmanuel Macron répondait à une aide-soignante qui réclamait plus de moyens pour l’hôpital : « Il n’y a pas d’argent magique. » Le 25 mars 2020, le même Macron promettait « un plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières ». Avec le Covid-19 viendrait donc le temps de la magie, où les liquidités pourront apparaître là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. Mais comment mobiliser l’argent nécessaire à la rupture écologique vers une économie en phase avec les limites de la planète ? Une monnaie « libre » ou « hélicoptère » pourrait-elle être créée sans la contrepartie de la dette ? Le risque économique est celui de l’inflation. Le risque écologique, c’est que le système thermo-industriel recommence à fonctionner comme avant, dilapidant les ressources naturelles, réchauffant le climat et anéantissant ce qui reste de la biodiversité.

Toute monnaie est un répertoire de futures possibilités donné à des individus qui peuvent n’avoir aucune conscience écologique, l’utilisant uniquement pour leurs égoïsme personnel sans jamais penser à l’intérêt collectif ni même à leur prochain. La monnaie n’est normalement qu’un voile, qu’un instrument pour faciliter les échanges. Elle est devenue un monstre, nourrissant la spéculation boursière et finançant aussi bien l’explosion des déplacements au long cours, les grands travaux inutiles ou les futilités de la mode. Normalement il n’y a pas création de monnaie ex-nihilo, pas de « magie économique » ; la création monétaire résulte d’une dette, avec une contrepartie future en biens ou en services. Mais la dette publique et privée a explosé depuis longtemps, on finance l’emprunt avec un nouvel emprunt, c’est un système de Ponzi. La volonté actuelle des États de fournir des liquidités à volonté pour sortir de la crise provoquée par le confinement et l’arrêt d’une grande partie de l’activité marchande est donc un non-sens. Ce sont des traites sur l’avenir dont on peut déjà dire qu’elles ne seront jamais honorées. En Inde par exemple un plan doté de 1 700 milliards de roupies (20,6 milliards d’euros) vise à garantir l’approvisionnement en nourriture des 800 millions de personnes les plus pauvres du sous-continent. Chacune d’entre elles va avoir droit, à compter du 1er avril et tant que durera le confinement imposé par la pandémie due au coronavirus à « 5 kg de riz ou de blé et à 1 kg de lentilles de leur choix par mois ». Le prix du riz, du blé et des lentilles va exploser, le marché noir prospérer et l’aide de l’État devra cesser un jour faute de moyens. L’argent a besoin d’une contre-partie matérielle sinon il ne vaut plus rien.

Ouvrir les vannes du financement public de l’économie c’est à coup sûr davantage de ravages environnementaux. Jusqu’à maintenant, l’argent créé et déversé sur l’économie est plutôt utilisé pour créer davantage de pollutions multiples. Qu’est-ce qui permet de croire que demain ce sera le contraire ? Les gens veulent le dernier jouet technologique, une voiture plus grosse, des vacances plus loin. La création monétaire va surtout permettre aux industries du gaz de schiste et du sable bitumineux de continuer leurs activités destructrices, il faut bien continuer à rouler en voiture individuelle puisque s’exclament les Gilets jaunes « c’est in-dis-pen-sable ». Dès que le problème sanitaire sera passé, les retraités vont continuer à bousiller la planète avec leurs voyages à gogo. Il faut être extrêmement naïf pour croire que des politiques monétaires laxistes peuvent être favorables à la protection de la nature. Elles feront exactement le contraire. La mauvaise foi des humains en ce qui concerne la déplétion pétrolière, le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité ne vont pas disparaître comme par magie. Notre seul avenir durable, c’est un retour à la seule satisfaction des besoins de base, ce qui veut dire sobriété partagée et système de rationnement. Mais qui va penser à la carte carbone en ces temps d’affolement sanitaire ?

Le point de vue de Stéphane Foucart : « C’est peut-être un virus qui fera la révolution monétaire que nous n’avons pas faite »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/28/c-est-peut-etre-un-virus-qui-fera-la-revolution-monetaire-que-nous-n-avons-pas-faite_6034750_3232.html

L’économie, plus importante qu’une pandémie

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique : « On perd des milliers et des milliers de personnes chaque année à cause de la grippe, et on ne met pas le pays à l’arrêt. On peut perdre un certain nombre de personnes à cause de la grippe. Mais on risque de perdre plus de personnes en plongeant le pays dans une récession grave ou une dépression. Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent. Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le problème lui-même… »

Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE : « L’heure est venue d’apporter des réponses immédiates et à grande échelle relever l’économie et la remettre en mouvement. faire en sorte que les initiatives prises dans de nombreux pays pour atténuer le ralentissement de l’activité économique et protéger les plus vulnérables produisent les meilleurs résultats possibles, qu’elles rassurent les marchés. La dislocation de l’économie causée par la crise due au coronavirus altère le fonctionnement des marchés financiers et fragilise les revenus et les bilans des banques. Il conviendrait, une fois passé le pic de la crise, de donner la priorité à un programme d’investissement coordonné entre les pays, notamment en faveur de la recherche médicale, du développement et des infrastructures.il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges… »

Commentaires sur lemonde.fr :

soyez le premier à réagir : Gurria exprime la véritable angoisse des économistes modernes : perdre l’économie de marché, le libre échange, la financiarisation du monde, les (bull-shit) jobs, bref, tout ce qui ne marche pas en temps de crise et qui détruit la planète. J’ai trouvé cet article écœurant à un moment où le monde est contraint se remettre en cause.

Quand les bornes : Extraordinaire ! En résumé le système capitaliste mondialisé et dérégulé a totalement échoué il faut donc…supprimer les dernières fragiles barrières pouvant protéger les populations et accélérer l’édification d’une administration mondiale qui sera encore plus inefficaces. C’est tellement logique…

Gilles SPAIER : Nulle part, il n’est question avec Gurria de changement de mode de vie. De cesser de faire le tour de la terre pou un oui ou pour un non et donc de transporter les virus avec les voyages incessants, d’arrêter le tourisme de masse et les immenses paquebots pollueurs et inutiles, de produire notre alimentation en respectant la nature et en arrêtant les élevages intensifs etc. etc.

Vert de Terre : Comme toujours, quand ça va mal, on demande aux états d’agir et quand ça va bien on demande aux états de ne pas perturber le business. Le nerf de la guerre étant l’argent, il est indispensable d’instaurer des règles commune de taxation des entreprises pour éviter un dumping fiscal suicidaire, indispensable de taxer le kérosène, indispensable de réguler et de taxer la finance et indispensable de taxer ce pour-cent d’hyper-riches qui on tant gagné ces dernières années. Ce faisant, les états auront enfin plus de marges de manœuvres pour s’occuper de santé, d’éducation, de protéger l’environnement, etc.

Super Sara : Le monsieur Gurria semble oublier la question climatique dont le Covid n’est qu’une gentille répétition si on ne fait rien. « il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges. » –> en fait, non, chéri, on ne veut plus d’échanges, plus de produits chinois produit comme des sagouins au détriment de l’environnement, plus de frelons asiatiques, plus des ces produits minables de chez H&M. La mondialisation, basta !

BOLAND : Je ne vois pas en quoi une diminution de la consommation est un énorme drame. Se mettre à jeûner , à manger plus équilibré, parce qu’on devient obèse avec tous les risques que cela comporte semble un comportement judicieux. Dans un monde fini, on ne peut plus rêver une croissance sans limites … On doit penser à vivre autrement, peut-être plus « pauvrement » …

Georges : les pays très mal gouvernés sont évidemment plus à risque : les USA, que l’OMS décrit comme le prochain Hubei, le Brésil dont le président appelle le virus une fake news, l’Iran dont le pouvoir niait l existence du covid jusqu aux élections… En Turquie la population se jette sur l’eau de Cologne, qu’elle pense être un remède.

AliBobo : Néanmoins il n’est pas faux de dire que la crise économique majeure qui se profile pourrait faire de 20 à 30 % de chômeurs aux US selon les analyses entraînera aussi des morts directement ou indirectement (misère, violences, usage des opiacés et drogues diverses). Chaque pays est confronté à cette redoutable ligne de crête entre protection sanitaire et défense de l’économie, les deux indispensables pour défendre la population.

Thymie : En dépit du caractère évident des traits du canard Trump (narcissisme, inculture, cynisme, absence de compassion, impulsivité maladive, tendance pathologique aux mensonges… on en passe…), il exerce une sorte de fascination sur des millions d’électeurs, fascination pas encore éteinte. En fait, ce n’est pas en dépit, mais finalement à cause de ces traits qu’il est arrivé là où il est, et qu’il a ces partisans. Car autant il y a des admirateurs de la dictature poutinienne (« joueur d’échecs »…), voire chinoise (« efficaces »…), autant il y a des soutiens de Duarte aux Philippines (« moins de dealers »…), autant il y a des trumpophiles voire trumpôlâtres EN RAISON de son désintérêt absolu pour les notions de morale, équité, concorde…

Soupir : Selon l’Imperial College de Londres, 3 scénarios sont envisageables pour les USA : dans le premier, aucune mesure de confinement. Résultat : 81 % de la population US serait atteinte, il y aurait 2,2 millions de morts (dont 4 à 8% de personnes de plus de 70 ans). La demande de lits en établissements de soins serait 30 fois supérieure à la capacité d’accueil existante. 2ème scénario : en associant mise en quarantaine des malades, confinement à la maison et évitement des contacts sociaux, le nombre de morts serait divisé par deux. En combinant toutes ces mesures de précaution et en y ajoutant la fermeture des écoles et des universités, 5 mois durant, la pandémie pourrait être stoppée. Faute de quoi, les USA vont devenir rapidement le nouvel épicentre du COVID-19. Très mauvais pour le business de Trump… et l’économie en général.

* https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/24/donald-trump-perd-patience-face-au-coronavirus_6034181_3210.html?contributions&page=4

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/angel-gurria-c-est-la-troisieme-et-plus-grave-crise-economique-financiere-et-sociale-du-xxie-siecle_6034237_3232.html

À lire en période de confinement

lectures conseillées par le site JNE des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie :

Dossier Covid-19

Coronavirus : pouce, on ne joue plus par Danièle Boone >> lire

Covid-19, le vertige des exponentielles par Michel Sourrouille >> lire

Scénario catastrophe numéro dix : les nouvelles épidémies par Yves Paccalet >> lire

Covid-19 : #BienSinformer avec quelques sites clefs par Anne-Sophie Novel >> lire

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance par Michel Sourrouille >> lire

La santé environnementale, grande absente du débat sur la crise sanitaire du coronavirus par Jean-Claude Noyé >> lire
Un message à la jeunesse par Frédéric Plénard >> lire
Effet du coronavirus ? La transition énergétique passe au vert en Algérie par M’hamed Rebah >> lire

Livres

Mon cahier cocooning avec les plantes en mode garden thérapie ! par Adeline Gadenne (JNE) et Vanessa Bozec Solar éditions >> lire
Je sauve les oiseaux – Danièle Boone (JNE) – Illustrations Melody Denturck – Rustica éditions >> lire
On a marché sur la Terre – Allain Bougrain Dubourg (JNE) – Les Échappés >> lire
Le pari fou du bio – Claude Aubert – Éditions Terre vivante >> lire
Le hérisson d’Europe – Philippe Jourde – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Étonnants lapins – Pierre Rigaux – illustrations Marion Jouffroy – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Faune des villes – Vincent Albouy et André Fouquet – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Tibet en harmonie avec la panthère des neiges – Frédéric Larrey et Yves Fagniart – Éditions Regard du vivant/Biotope >> lire
Des pigeons dans la ville – Didier Lapostre et Marie-Hélène Goix – Éditions AERHO >> lire
Sur le Rhône – Jean-Louis Michelot – Éditions du Rouergue >> lire
Conservatoires d’espaces naturels – à la découverte de sites remarquables – Éditions Glénat >> lire
Le potager d’Olivier – Olivier Puech – Éditions Terre vivante >> lire
Des canards coureurs indiens dans mon jardin – Sylvie La Spinaz – Éditions Terre vivante >> lire
Des papillons dans mon jardin – Bruno P. Kremer – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Les insectes de mon jardin – Adeline Ruel – Éditions Flammarion >> lire
Papillons des Alpes – Gianluca Ferreti – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
On n’est pas du bétail ! – Jean-Fred Cambianica et le Cil Vert – Éditions Delcourt >> lire

Actualités nationales

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Covid-19, une crise plus profonde qu’en 1929 

Si nous ne faisons pas de décroissance maîtrisée, alors nous aurons une décroissance forcée qui peut être très brutale. Souvenons-nous de la crise de surprimes en 2008, rappelons-nous de la profondeur de la crise de 1929 qui a débouché sur une guerre mondiale. La décroissance, c’est le résultat inéluctable de l’inertie politique et sociétale face à détérioration de la planète. La décroissance, c’est une condamnation de la société croissanciste et c’est surtout un comportement à suivre. C’est ce que nous écrivions sur ce blog biosphere le 31 mai 2019, bien avant l’apparition de la pandémie. Aujourd’hui ce sont les milieux officiels qui abordent le sujet.  « Ce que nous vivons n’a pas d’autres comparaison que la Grande Dépression de 1929″, a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire le 24 mars*. Comparaison effrayante. La crise économique née à la suite du krach boursier du 24 octobre 1929 a provoqué un cataclysme financier sans égal dans le XXe siècle, qui se transmettra à la planète entière et attendra la deuxième guerre mondiale pour disparaître complètement. Avec son cortège de morts et de troubles socio-politiques, dont l’avènement du nazisme. Les deux événements sont similaires. Entre 1929 et 1932, le commerce et la production industrielle ont baissé de 30 % un peu partout dans le monde ; les estimations actuelles font état d’une perte de PIB de l’ordre de 30 % dans la zone euro au deuxième trimestre 2020 par rapport au premier trimestre. En 1933, le chômage touchait 25 % de la population américaine ; en 2020 le taux d’utilisation des capacités industrielles est de 25 %. Un salarié sur quatre est au travail.

Mais comparaison n’est pas raison, il s’agit aujourd’hui d’une crise de l’économie réelle et non d’un krach financier comme en 1929 ou en 1929. Pas de banques fragiles, mais un arrêt brutal et simultané de la demande – les personnes confinées n’achètent plus de voitures – et de l’offre – toutes les usines automobiles européennes sont désormais à l’arrêt. Le risque est donc inverse : que cette paralysie contamine la finance par le biais des difficultés des entreprises. Va-t-on à nouveau sauver le système thermo-industriel en le noyant à nouveau sous un flot de liquidités ? Donald Trump déverse des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engagea à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros ; le retour de la bonne vieille planche à billets. C’est le mantra, « business as usual » après la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Rappelons notre écrit de juillet 2005 : Les Américains ont refusé de ratifié le protocole de Kyoto parce qu’ils ont d’abord nié la réalité du changement climatique. Puis ils ont mis en cause le lien entre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre, tout cela à l’encontre de l’évidence scientifique. Ils ont aussi prétexté de l’absence de contraintes sur les grands pays du Sud, exclu en effet des efforts recommandés par le protocole d’ici 2012, mais il fallait bien que le pays le plus pollueur de la planète montre l’exemple : les USA génèrent 21 à 25 % des GES pour seulement 5 % de la population mondiale. Enfin les Américains ne veulent pas voir leur croissance amputée, les emplois détruits et la modification d’un mode de vie si agréable que les prisons américaines sont les plus pleines de la planète. La Biosphère s’exclame : « Vivement la pétro-apocalypse pour que les Américains se souviennent de la crise de 1929. » Peut-on aujourd’hui s’exclamer « Vive la virus-apocalypse » ?

* https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/25/coronavirus-le-spectre-du-krach-de-2008-voire-de-1929_6034349_3234.html

Covid-19, le « droit à la vie » est relatif

« En France, les personnes âgées  sont plusieurs millions et les plus exposées au risque de mourir du coronavirus. Une immense hécatombe menace, se résigner à cette issue est humainement inacceptable, et les moyens de lutter efficacement existent. C’est pourquoi nous rappelons le principe éthique du droit à la vie de toute personne humaine. Que chaque personne âgée prenne en toute liberté la décision de donner la priorité aux plus jeunes, libre à elle ! Mais que l’État le fasse est une perspective insupportable. Il faut s’assurer de la distribution effective d’équipements de protection individuelle aux soignants, donner des tests de dépistage, que les soins palliatifs soient pleinement assurés... » (tribune collective dans LE MONDE*, Pascal Bruckner, Axel Kahn, etc.)

Commentaire : cette très courte tribune parle du « droit à la vie »  comme un droit absolu alors que sa perception varie selon l’époque et le lieu. A l’origine, c’est une simple réprobation générale de l’homicide qui se résumer au « Tu ne tueras point » du décalogue ; elle été reprise dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Si ce principe avait été bien respecté, il n’y aurait aucune guerre, tout le monde serait objecteur de conscience (pour le droit de ne tuer personne et de ne pas être tué). Par la suite, le « droit à la vie » a été invoqué en matière de peine de mort, ce qui ne dit rien du respect des personnes en fin de vie ni du droit des victimes. Le « droit à la vie » est aussi invoqué paradoxalement pour promouvoir l’euthanasie, le droit de mourir certes, mais seulement si c’est une vie digne d’être vécue n’est plus possible. Le « droit à la vie » est aussi utilisé comme droit à naître, il est particulièrement, utilisé par les opposants à l’avortement ; c’est l’opposition pro-vie contre pro-choix. En clair, les signataires de cette tribune ne justifient nullement leur position de principe, garder nos vieux le plus longtemps possible. Autre manque flagrant à la rigueur intellectuelle, ces signataires du haut de leurs gradins partent du présupposé que les moyens de soigner actuellement nos innombrables contaminés, jeunes ou vieux, sont accessibles, « il suffit de demander ». Ils n’ont donc jamais lu un seul article sur le manque criant de personnel et de matériel (masques, respirateur artificiel…). Y’a qu’à, faucon., c’est pas une analyse, c’est une prière. Bruckner, Kahn et consorts devraient savoir que nous vivons une médecine de guerre, tout n’est pas possible dans de telles circonstances. On a mis en place parce qu’on ne pouvait faire autrement un triage médical, on détermine concrètement un score de fragilité, que le patient soit jeune ou moins jeune. Quelques commentaires complémentaires sur lemonde.fr :

F. P. : Les malades seraient tous soignés, tous ne pourront être sauvés. Faute de moyens. Comment décidera-t-on ? Dans le tourment d’avoir à le faire, les médecins le disent, c’est-à-dire d’avoir à choisir. Selon quels critères ? L’âge en sera un, c’est incontestable. Est-ce barbare ? Donnons un exemple. Il se trouve que ma mère vit dans l’un de ces EHPAD. Vendredi dernier, elle a déclaré une fièvre assez forte pour qu’elle soit testée, ce dont mon frère, médecin généraliste retraité, m’a informé, non sans me rappeler que si elle était testée positive, elle ne serait pas hospitalisée. Est-ce barbare ? Eu égard à son grand âge, 94 ans, il ne nous l’a pas semblé.

Philippe Rizzo : Je tente de lever le masque sur ce qui sous-tend la théorie du « Herd Immunity » chère aux anti-vax et aux demi-malins, à savoir laisser mourir les personnes faible pour que le reste de la population soit immunisée. Elle n’est ni plus ni moins que le vieil eugénisme si cher aux nazis.

nicoca nicola : Les signataires sont tous éminents et fort sympathiques mais ils sont en moyenne bien plus proches de l’Ephad que de la maternelle. Nous sommes en crise et il faut faire des choix : faisons le choix de l’avenir, pourquoi sacrifier notre belle jeunesse et l’empêcher de vivre pour préserver les petits vieux et leur permettre de continuer à regarder BFM TV 15 heures par jour ?

Pessicart : les signataires, Agid, 80 ans, Cyrulnick 83 ans, Bruckner 72 ans, Pol droit 71 ans, Jeandel 66 ans, Kahn 76 ans, Sicard 82 ans, Tiercelin 67 ans… ils ont peur qu’on les euthanasie ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/25/coronavirus-combattre-cette-barbarie-insidieuse-qui-porte-a-s-imaginer-que-les-plus-vieux-seraient-moins-a-defendre_6034421_3232.html