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Fin de vie, prendre du midazolam ?

Le midazolam et célèbre, on en a parlé devant la Cour suprême américaine à propos de la peine de mort. Il revient en France sur le devant de la scène à propos de la fin de vie. Jean Méheut-Ferron, un médecin généraliste titulaire d’un diplôme universitaire de soins palliatifs, est sous le coup d’une « interdiction totale » d’exercer après avoir été mis en examen pour « administration de substance nuisible ayant entraîné la mort sans intention de la donner à une personne vulnérable ». La justice lui reproche d’avoir donné à plusieurs patients du midazolam (distribué sous le nom d’Hypnovel), un puissant sédatif exclusivement délivré par les pharmacies hospitalières et recommandé par la Haute Autorité de santé (HAS) pour mettre en place les sédations profondes et continues jusqu’au décès. Dans le cadre de l’enquête, les corps de sept anciens patients ont été exhumés. Des traces de midazolam ont été trouvées chez cinq d’entre eux.Jean Méheut-Ferron assure qu’il n’était pas question d’euthanasie : « Il ne s’agissait ni d’accélérer la mort ni de prolonger inutilement le patient. Il s’agissait vraiment, au sens strict, d’un accompagnement. » La mise en cause du praticien par la justice a relancé le débat sur l’accompagnement de la fin de vie à domicile. Cette information du MONDE* est largement commentée sur lemonde.fr :

Jean Rouergue : Quand je vois mes vieux oncles en EPHAD, j’ai pas envie d’y aller, je préfère choisir ma mort plutôt que de finir légumes. Vois ceux qui nous sont chers transformés en légumes est douloureux. Vous me direz vous ne pensez qu’à votre confort personnel. Non, car ils nous disent aussi,  » le temps est long »… dans un éphémère éclair de lucidité. Personnellement je préférerais pour voir disposer de midazolam plutôt que d’une corde ou d’une balle, par respect pour ceux qui passeront la porte. Une majorité de français est favorable à une mort digne.

Kotelk : Je viens de relire l’article. Nulle part il est fait mention de l’accord du malade, et aucune contribution n’y fait allusion. Il n’est question que du courageux médecin qui a bien voulu permettre à des patients de mourir. Mais toutes ces personnes à qui il a été généreusement donné la mort le voulaient-elles ? C’est la seule question et je suis très étonnée qu’elle ne soit pas abordée. Si c’est le vrai désir du patient alors, oui il faut l’aider. Si c’est l’initiative d’un praticien, c’est tout simplement une mise à mort et personne n’a le droit de tuer, même avec un diplôme de médecine. Seul le malade doit avoir le droit de décider et sa décision doit être respectée.

Ana : Vous avez mal lu l’article: il ne s’agit pas de donner la mort mais d’aider une fin de vie. Quand j’ai vu ma mère en unité de soins palliatifs, j’aurais préféré qu’elle puisse vivre ses derniers jours chez elle.

J.C.M : Attention à cette situation particulière. Le problème n’est pas l’utilisation du MIDAZOLAM que nous pouvons nous procurer de façon assez simple (HAD/ Réseau), mais la nécessité d’une procédure collégiale. On ne peut accepter que le médecin décide seul d’une sédation terminale, sans concertation, sans procédure collégiale, ni à l’hôpital ni à domicile. On peut être médecin généraliste, c’est déjà bien, mais pas « Dieu le père ».

Antoine Martin : Profondément anormal ce qui arrive à ce collègue manifestement à l’écoute de ses patients et de leurs familles. On marche sur la tête et il n’y a eu aucune plainte de celles-ci mais on a été déterrer les corps pour faire des recherches toxicologiques !!! On a tous aidé des patients à mourir et l’Hypnovel endort mais ne tue pas ; il ne s’agit pas de Kcl (clorure de portassium) intraveineux ! On utilisait très volontiers l’association Dolosal/Phenergan/Largactil il y a une vingtaine d’années.

PATIN Claude : je suis médecin rural dans le Jura et avec l’aide du service hospitalisation a domicile, j’ai accès à la pose d’un pouce seringue d’imidazolan quand je le décide (contexte de fin de vie) et en accord à l’avance avec le médecin du service HAD et c’est une infirmière formée à cette tâche qui vient au domicile le poser !!!!

Sam D : S’il y a bien un médicament qui n’est utilisé dans le cadre des soins palliatifs que parce que le laboratoire a su se placer, c’est le midazolam. Il faudrait qu’on m’explique l’intérêt d’une benzodiazépine ayant une demi-vie courte pour des patients dont les problèmes nécessitent généralement une solution agissant de façon prolongée…

doc : Manifestement Sam D ignore les soins palliatifs en général et les dispositifs de perfusion continue automatisées et réglables en particulier…On a les outils pour aider à la fin de vie, manque la volonté politique…

Ricardo Uztarroz : Puisque ces jours-ci le mot « consentement » est à la mode, au nom de quoi peut-on interdire à quelqu’un de mettre fin à sa vie si celle-ci lui est devenue insupportable ? Selon Albert Camus, la seule question philosophique qui méritait considération était celle du suicide.

Charles Condamines : Souffrant d’un cancer du poumon inguérissable, j’ai toujours manifesté le désir de demander l’heure venue, la dite sédation. Pendant plus d’un an tous les soignants qui m’entourent m’ont fait croire que ce serait possible à mon domicile ; ce n’est qu’après mes demandes réitérées de plus de précision qu »une réunion au sommet a finalement conclu que non, ce ne sera pas possible. Je parle d’une réunion au sommet parce ce qu’ils sont venus à 7 m’annoncer la nouvelle à mon domicile.

* 3 janvier 2020, Fin de vie : le débat sur le rôle des médecins généralistes relancé par une affaire judiciaire

Tout savoir sur la dissonance cognitive

Nous sommes tous soumis à des injonctions contradictoires, l’obligation d’obéir à ce que dicte notre milieu social ou professionnel et notre attachement profond à l’idée de l’acte juste, conforme à notre conscience. Soumission / volontaire, comment sortir de cet oxymore ? Le texte de 1576 d’Etienne de la Boetie sur la servitude volontaire est plus que jamais d’actualité à l’heure où nous savons pertinemment qu’il est urgent de lutter contre la surexploitation de la planète mais où tout nous incite à conforter le système croissanciste qui nous mène à notre perte. Les lanceurs d’alerte sont très rares, les complices du business as usual innombrables. C’est comme pendant la dernière guerre, les résistants sont une poignée, les collaborateurs un peu partout. Il faudrait apprendre à désobéir alors que nous sommes prédisposés par notre socialisation à suivre la voie de la facilité, à se conformer. Ce mécanisme d’injonction contradictoire peut être appelé schisme de réalité, double pensée ou dissonance cognitive. Voici quelques exemples sur ce mécanisme qui nous rend à la fois complice et victime de la société thermo-industrielle :

Philippe Gruca dans « Pouvons-nous compter sur une prise de conscience ? »

Le psychosociologue Leon Festinger a appelé « dissonance cognitive » la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter deux croyances contradictoires. De ce sentiment d’inconfort, nous tendons inconsciemment vers un état de stabilité, d’apaisement, vers un état dans lequel cette tension puisse être résolue. Lors d’une projection du film We Feed the World, une amie m’a dit avoir été particulièrement choquée par les images sur l’élevage des poulets en batterie : « Ecoute, pendant trois semaines, je n’ai plus mangé de viande. Et depuis, bon… j’en remange comme avant. » Sa conscience a refoulé les informations, elle nous fait éviter d’y penser. Un autre choix était possible, intégrer les informations nouvelles et veiller à ce que cette prise de conscience se traduise en actes. Mais la conscience ne joue pas à pile ou face : que valent vingt minutes d’images animées contre des journées, des mois et des années entières au cours desquelles nous nous mouvons dans des espaces qui n’ont que peu à voir avec la désagréable intrusion de l’élevage en batterie. Les vitrines brillent, les rues sont nettoyées, les publicités caressent de promesses, les intérieurs sont bien chauffés. Où est le problème ? Nos sociétés modernes se caractérisent par la maximisation du rapport entre l’internalisation des commodités et l’externalisation des nuisances. Quant à mon amie, elle travaille depuis chez Total et, aux dernières nouvelles, l’ambiance dans son équipe est sympa et les conditions de travail plus que confortables.

James Howard Kunstler dans « la fin du pétrole » : « C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables. On peut qualifier ce processus de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent comprendre les informations disponibles. On peut aussi l’appeler « dissonance cognitive ». La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Cela explique pourquoi les Américains se précipitent vers l’avenir en somnambules. La plupart des Américains imaginent que le pétrole est surabondant, voire inépuisable et que de nouvelles technologies de forage accompliront de prodigieux miracles. La réflexion s’arrête là. »

Stéphane Foucart, dans un article sur la COP21, emploie deux dénominations significatives de la dissonnance cognitive: « schisme de réalité » et « double pensée » : « Les politiques savent que nous allons dépasser le seuil de 2°C, passage vers des perturbations ingérables. Ou bien la conscience trouve le moyen d’éviter d’y penser en participant à une mascarade nommée COP21. Il y a une telle opposition entre ce qu’on sait de dramatique (ou catastrophique) de source sûre et le besoin absolu de pouvoir conserver son statut social qu’on veut ignorer ce qui fait mal pour croire à ce qui n’est qu’illusoire. Les politiques choisissent la voie du moindre effort. »

2 mars 2013, les écrits de Pascal Bruckner, cas de dissonance cognitive

11 novembre 2012, Michel Rocard souffre de dissonance cognitive, toi aussi !

Maison passive, la maison qu’on ne chauffe pas

Plus besoin de conférences mondiales sur le climat, les médias nous présentent de plus en plus les gestes qui sauvent la planète. Ainsi chaque premier lundi du mois dans LE MONDE*, cette fois pour le chauffage : le bâtiment, en France, c’est 45 % de la consommation d’énergie et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Comment s’y prendre pour passer l’hiver au chaud de façon écolo ? Niveau débutant : lutter contre l’humidité, se calfeutrer et réguler son chauffage… Niveau intermédiaire : fermer les volets, baisser le chauffage, mettre un pull… Niveau confirmé : entreprendre des travaux de rénovation thermique, convaincre les copropriétaires, passer aux énergies renouvelables.

Rien n’est dit sur le niveau de température acceptable. Si vous augmentez la température de votre logement de 1°C, vous augmentez mécaniquement votre facture de chauffage de 7 %. Mais jusqu’où aller à la baisse ? L’émission pour la Terre » sur France 2 le 15 octobre 2019 avait l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « se chauffer à 19 degrés. » C’est la température dite « de confort » selon le code de la constrution et de l’habitat avec 16 à 17 ° dans les chambres. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés. Mais les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Aujourd’hui on parle de précarité énergétique, il y a même un Observatoire pour cela (l’ONPE), on offre même des chèques énergie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. Aujourd’hui on parle de « maison passive », qui consomme autant d’énergie qu’elle en produit. Demain la maison passive sera une maison qu’on ne chauffe pas.

La résistance au froid est une habitude à prendre. Mais faire entendre à des gens habitués à vivre avec 23 ou 24 °C qu’ils doivent se chauffer à moins, c’est déjà compliqué, alors quand on leur dira qu’il ne faut plus du tout chauffer son appartement, ce sera une révolution !

* LE MONDE du 7 janvier 2020, Des gestes pour passer l’hiver au chaud sans monter le thermostat

Une politique agricole commune écologique ?

Dès la signature du traité de Rome en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) a mis en place une politique agricole commune (PAC), dont les objectifs étaient multiples : accroître la productivité de l’agriculture, garantir la sécurité des approvisionnements agroalimentaires, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais les mécanismes de soutien différencié par des prix garantis ont surtout incité à produire et à exporter à bas prix les productions protégées et à ne plus produire assez de légumineuses et protéagineux. La recherche incessante de compétitivité est allée de pair avec une intensification et une spécialisation exagérée des systèmes de production agricole. Cette agriculture productiviste se révèle destructrice pour l’environnement et génératrice d’exclusion pour les hommes. D’où le départ des paysans vers les villes et la désertification de régions entières.

Lors de la présidentielle 1974, le programme de l’agronome écolo René Dumont remettait en question cette agriculture intensive : l’agriculture sur-industrielle stérilise le sol, déséquilibre les plantes cultivées et leur ôte toute résistance face à leurs ennemis naturels, ce qui rend nécessaire l’emploi d’une quantité de pesticides, insecticides, fongicides. Les marchands d’insecticides et d’engrais, comme par hasard, sont les mêmes. La solution, c’est de régénérer les sols par des façons culturales qui stimulent l’activité bactérienne dans l’humus ; par une polyculture raisonnable ; par la protection de la flore et de la faune sauvages ; par le respect de l’équilibre écologique qui va du minéral à l’homme en passant par toutes les formes de vie microbienne, végétale et animale ; par la diversité des cultures avec priorité à la production vivrière pour le marché intérieur et non monoculture destinée à l’exportation. Nous avons tourné le dos à ce programme.

« Un regard sur la PAC est offert, ces jours-ci, par le New York Times. La conclusion de l’enquête est que la PAC est « un système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts ». En 2018, elle a distribué quelque 60 milliards d’euros aux exploitants des Etats membres. Le fait que la plus grande part des subventions de la PAC puisse être indexée sur la taille des exploitations, conjugué aux marges de manœuvre dont chaque État membre dispose dans l’attribution des fonds, a favorisé des mécanismes d’annexion ou de captation frauduleuse du foncier agricoles, surtout en Hongrie, en République tchèque, en Slovaquie et en Bulgarie, ces aides nourrissent « des procédés mafieux d’accaparement des terres ». Cela contribue à agrandir la taille des exploitations, donc à favoriser les systèmes agricoles les plus industriels, ceux qui simplifient le plus les paysages, fonctionnent avec le moins d’emplois et le plus d’intrants. Le résultat est un bilan environnemental désastreux, les gaz à effet de serre émis par l’agriculture européenne ont augmenté de 5 % au cours de la dernière décennie, les populations d’insectes et d’oiseaux des champs s’effondrent, les nitrates polluent les rivières. Qu’une politique européenne subventionne tout à la fois la destruction de l’emploi, le saccage de l’environnement, la concentration du pouvoir économique et les oligarchies d’Europe centrale est un tour de force. L’année qui s’ouvre sera celle de la renégociation de la PAC, le Green Deal européen risque de rester un vœu pieux. » (Stéphane Foucart)*

La responsabilité de la PAC est lourde, mais le système hyperconsumériste l’est tout autant, façonné par la Grande Distribution et ses centrales d’achat qui broient les agriculteurs dans la mécanique du toujours moins cher, ce qui pousse à l’industrialisation et au gigantisme ! Cet article du New York Times n’est d’ailleurs pas une enquête sur la PAC à proprement parler mais sur la façon dont les dirigeants des gouvernements nationalistes en tirent parti, s’enrichissent ainsi que leurs proches en s’adonnant à toutes sortes de prévarications. Viktor Orban étant le meilleur exemple. Le titre d u NYT est d’ailleurs restrictif : « Comment oligarques et populistes soutirent des millions à l’Europe ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur « l’agro-business américain » : Monsanto, OGM, antibiotiques, hormones de croissance, fermes gigantesques, poulets au chlore, …etc…etc, tout ça vient de l’autre côté de l’atlantique. Conclusion, on est pas près d’avoir un monde agricole écolo quand concurrence internationale, désirs formatés des consommateurs, structure de production hyper-concentrée et politiciens à la solde de l’agro-industrie font cause commune. C’est pourquoi nous attendons le Grand Soir, pas la Révolution qui ne fait que redistribuer les cartes du pouvoir central, mais le choc pétrolier ultime qui nous obligera à revenir (dans l’affolement général) à une agriculture paysanne. Ça va pas être triste !

* LE MONDE du 5-6 janvier 2020, « La PAC, une catastrophe agricole commune »

2020, placé sous les auspices de l’écologisme ?

Signe d’une année 2020 un tantinet meilleure que les précédentes, on n’entend plus vociférer sur Internet et sévir dans les médias égationnistes du climat et autres écolo-sceptiques. Ils ne vitupèrent plus sur les Khmers verts et le retour à l’âge des cavernes, ils sont devenus plus policés et se contentent de sourire sur le boboécologisme. Mais tout n’est pas gagné pour faire face à l’urgence écologique, le système bio-industriel récupère déjà le discours pour le dénaturer, l’écoblanchiment est partout, et les politiques s’activent dans les couloirs pour perpétuer le business as usual. Deux exemples ces derniers temps, l’huile de palme et les tickets de caisse :

En France le gouvernement sert coûte que coûte les intérêts de Total, quitte à contourner une loi durement acquise, exclusion de l’huile de palme de la liste des agrocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal. Or une note technique de la direction générale des douanes et des droits indirects, en date du 19 décembre 2019, fait une exception, la nouvelle règle ne s’applique pas aux agrocarburants à base de palm fatty acid distillate (PFAD)*. Ce point de vue favorise en tout cas le business plan de Total et son usine de la Mède qui utilise des distillats d’acide gras et des huiles usagées pour au moins un quart de son approvisionnement. Selon le ministère de la transition écologique et solidaire, les PFAD « ne sont pas de l’huile de palme », mais constituent de simples « résidus ».

en Allemagne, pour lutter contre la fraude fiscale, on va produire des tonnes de déchets difficilement recyclables. A partir du 1er janvier 2020, l’émission d’un ticket de caisse deviendra obligatoire pour toutes les transactions, y compris pour les petits achats, comme à la boulangerie ou à l’épicerie**. Outre-Rhin, les commerces et même les supermarchés, n’impriment un reçu qu’à la demande du client. Mais cette habitude permet à de nombreux établissements de dissimuler une partie de leur chiffre d’affaires. Berlin estime le montant de la fraude à plus de 10 milliards d’euros par an. Pour y remédier, le Bundestag avait voté, en décembre 2016, une loi qui généralisera, dès janvier 2020, l’impression d’un Kassenbon. L’impact écologique de la réforme fait débat, le ticket de caisse obligatoire produira des montagnes de déchets de papier thermique, non recyclable et dangereux pour la santé.

La société thermo-industrielle trouve toujours quelque chose pour contourner l’impératif écologique, faut préserver l’emploi nous dit-on, et les entrées fiscales, et surtout ne pas être pu-ni-tif. Donc les générations futures vivront avec des températures insupportables, des terres stérilisées et des conflits généralisés… les écolo-sceptiques trouveront ce qu’ils ont cherché, un avenir bouché.

* LE MONDE du 3 janvier 2020, Une exemption fiscale relance le débat sur l’huile de palme

** LE MONDE du 22-23 décembre 2019, En Allemagne, polémique sur la généralisation des tickets de caisse

Le sport-spectacle, on tourne en rond

Taylor Phinney, ex-prodige du cyclisme mondial, perd les pédales à 29 ans et devient réaliste : « Mon ego était énorme quand j’ai commencé la compétition. Mes héros de jeunesse n’étaient guidés que par cela. Ces rencontres m’ont laissé un goût amer mais, dans le même temps, j’encourageais cela chez moi… Ce qui rend le cyclisme magnifique à regarder, c’est la hiérarchie du peloton qui repose sur la souffrance. Celui qui dicte le rythme fait mal aux autres. Les autres suivent jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus ou deviennent à leur tour celui qui fait souffrir le reste. On est dans une cage et soit on est le plus fort, soit on se fait fouetter… Les cyclistes sont malheureux, insatisfaits, déprimés, mais excellent à faire taire ces voix, comme ils arrivent à repousser la souffrance… En course, c’est un océan de négativité, bouffe pourrie, temps pourri, voyages pourris. C’est toxique, je ne le supportais plus. C’était dangereux pour ma santé mentale… J’ai pris beaucoup de décontractants musculaires, de somnifères. Quant aux antidouleurs, bien sûr, ça rend la course plus facile, ça te permet d’aller plus loin dans tes retranchements. Mais ceux qui en prennent sont accros à l’opium. Ils en souffriront toute leur vie… La vie de cycliste est une chose absurde : pourquoi partir d’un point A pour y revenir après quatre heures de selle ? Pourquoi pédaler contre les autres plutôt que de réfléchir à la façon dont le vélo peut résoudre la crise environnementale ? » Ses futurs enfants ne feront pas de sport de haut niveau.*

Critiquer le vélo parce que c’est se rendre d’un point A et y revenir, autant le dire pour tous les sports spectacles : course à pieds, vélo, natation, etc. etc. Il y a une contradiction flagrante entre les termes activité physique et sport professionnel… Le sport-spectacle qui empêche les gens de pédaler pour la planète devrait être interdit, le Tour de France cycliste n’a aucune raison valable de perdurer, les courses automobiles et autres compétitions qui tournent en rond et détériorent la planète sont une abomination climatique, chacun devrait percevoir l’absurdité du sport-spectacle et quitter son fauteuil et sa télé pour s’activer par soi-même.

* LE MONDE du 27 décembre 2019, Taylor Phinney, le cyclisme et ses « 99 % d’emmerdes »

Bonne année 2020, ça va chauffer

L’argument collapsologue : L’Australie flambe, la COP 25 de décembre 2019 a été un échec… Il est plus que temps de transformer nos incantations outrées sur le dérèglement climatique en actes. Or ce réveillon est une catastrophe écologique programmée : pensons à ces centrales à charbon qu’il va falloir remettre en marche pour fournir toute cette électricité afin de vous permettre de danser jusqu’au petit matin à Berlin dans une boîte de nuit ­surchauffée, à cette débauche de viande issue d’élevages qui épuisent la planète, et aux mangues venues en avion du Pérou pour agrémenter la salade de fruits ­censée vous aider à digérer… Trop, c’est vraiment trop. (M le magazine du MONDE)

Le contre-argument de bon sens : Si 2019 a été triste à mourir, 2020 s’annonce excitante. Vous êtes mordu de politique ? Les municipales seront une merveilleuse saga qui promet moult trahisons. Vous êtes footeux ? Chouette, 2020, c’est l’Euro. Pour les théâtreux, c’est le retour de Joël Pommerat, quatre ans après son génial Ça ira (1) Fin de Louis. Pour les fanas de cinéma, c’est le premier film de Wes Anderson tourné en France avec un casting insensé et la première série musicale de Damien Chazelle, The Eddy, elle aussi tournée dans l’Hexagone. Et cerise sur la bûche de Noël : Christo a prévu cette année d’emballer l’Arc de triomphe. Alors ? Champagne ! (M le magazine du MONDE)

Le malthusien Nicolas Sarkozy : Je veux souligner l’ampleur pharaonique du défi démographique qui est devant nous. La population mondiale passera dans les 30 prochaines années de 7,5 à 9,5 milliards d’habitants et atteindra 11 milliards à la fin du siècle. Jamais la planète n’a connu une explosion aussi violente, aussi rapide, autant à même de mettre en cause l’avenir de l’humanité. Tous les autres défis globaux, qu’il s’agisse du réchauffement climatique ou des migrations, y sont directement liés. Il en va de même du décollage du continent africain, qui dépendra de sa capacité à faire face au doublement de sa population dans les 3 prochaines décennies, le plus puissant choc démographique de toute l’histoire humaine. Cette angoissante question est quasiment absente de nos débats. Pour preuve, il n’est pas un seul organisme international qui soit chargé du suivi de cette évolution. Cela ne peut plus attendre. (Paris-Match décembre 2019)

Mister Z : Finalement, et si le meilleur argument pour fêter l’An nouveau était celui de la continuité ? Rien de plus angoissant qu’un monde qui change, non ? Alors, soyons sereins : ils seront encore là, nous les retrouverons en pleine forme ! Trump, Poutine, Xi Jinping, Kim Jong un, Duterte, Modi, Bolsonaro, Le Pen, Salvini, Boris Johnson, Abdel Fattah al-Sissi, Bashar al-Assad, Al Khamenei et les Gardiens de la révolution, Maduro, Ortega, Orban et j’en oublie… De quoi envisager avec sérénité 2020 et fêter dignement son avènement ! Alleluia ! J’oubliais : Benyamin Netanyahou, sorry. (commentateur sur lemonde.fr)

IPAT, soit I = P x A x T, désastre en vue

Entre décroissance économique, décroissance démographique ou enterrement des technologies nouvelles, que choisir ? L’équation d’Ehrlich, dite IPAT, nous donne une approche globale. I = PAT (P x A x T) montre que l’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la Population (P), les consommations de biens et de services ou niveau de vie (A pour « Affluence » en anglais) et les Technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui se passe en ce moment, on constate au niveau mondial que le taux annuel de la croissance de la population est de 1 % (x 1,01), le taux de croissance du PIB est en moyenne de 3 % (x 1,03). L’amélioration de l’intensité énergétique des techniques est difficile à estimer, si ce n’est par le rapport entre tonnes équivalent pétrole et PIB. Considérons pour simplifier que T est égal à 1, neutre par rapport à la croissance démographique et l’explosion consumériste. L’impact environnemental est donc de 1,01×1,03×1, soit environ 4 % (pour simplifier, l’approximation 1 % + 3 % + 0 % = 4% est assez bonne pour ce genre de taux assez proches). On voit les conséquences de ce taux de croissance global tous les jours dans les médias, dérèglement climatique, épuisement des ressources, pollutions diverses, etc. Que faire ? L’équation nous montre la voie, il faut agir en même temps sur P, A et T. Aucun des termes ne peut être considéré indépendamment des deux autres. La population est un multiplicateur des menaces tout comme la croissance économique, l’automobile ne peut pas se concevoir sans son conducteur ni le nombre de chevaux de son moteur.

Il importe de conseiller aux couples de ne pas avoir trop d’enfants, y compris dans les pays dits développés où un bébé est beaucoup plus « lourd » pour les écosystèmes que des naissances multiples dans un pays pauvre. Dire et redire « Un enfant ça va, trois enfants, bonjour les dégâts » est une vérité. Un seul enfant par femme devrait devenir un objectif connu de tous. Il faut mettre fin aux politiques natalistes en France et faire du planning familial un volontarisme politique dans tous les pays. Facile à dire, difficile à appliquer tant le culte de la fécondité se retrouve partout. Pour le facteur « A », la notion de décroissance économique est encore un repoussoir puisque le culte de la croissance est généralisé au niveau mondial, il faudrait interdire la publicité. Allez dire aux Gilets jaunes français qu’il faut instituer une forte taxe carbone pour changer le mode de déplacement, allez dire aux syndiqués que la hausse du pouvoir d’achat ne doit plus être mis en avant, allez dire aux retraités présents et futurs que leur niveau de vie doit baisser, allez dire aux milliardaires qu’un écart de revenu de 1 à 3 est le maximum admissible ! De plus au niveau « T » joue un phénomène pervers  : avec l’adoption de technologies moins consommatrices d’énergie, on n’observe pas de ralentissement des dégâts environnementaux, c’est l’effet rebond. Bien que les véhicules automobiles consomment moins qu’il y a 20 ans, la consommation de carburants des ménages a augmenté car les gens parcourent plus de kilomètres vu le moindre coût que cela représente pour eux… Il apparaît même aux yeux de nos contemporains que le « toujours plus de technologies innovantes » entraîne un gaspillage d’énergie insensé, mais que c’est si bon de changer de modèle de smartphone.

Autant dire pour conclure que l’humanité veut accélérer, mais que le mur (ou le précipice) est de plus en plus proche car nous voulons mener à toute vitesse la marche du « progrès » pour une société d’abondance factice. « En marche », dit Macron, le « niveau de vie des Américains avant tout » dit Trump, bousillons la forêt amazonienne dit Bolsonaro, bientôt on n’aura plus besoin de lutter contre le froid en Sibérie dit Poutine… et nous sur ce blog biosphere qui indiquons gentiment que l’équation IPAT devrait être connu de tous, dirigeants et dirigés, c’est à mourir de rire.

La population mondiale au 1er janvier 2020

La Terre héberge environ 7,7 milliards d’habitants en ce 1er janvier 2020. Le taux de croissance annuel (+,1,1 %) reste élevé au regard de l’Histoire et conduit à une augmentation de 80 millions de personnes chaque année (soit près de 220 000 personnes chaque jour). 

Projection mondiale  pour 2100 (ONU) : 10,9 milliards

Signalons la signature, en novembre dernier, par 11 000 scientifiques d’un appel sur la crise climatique faisant clairement référence au facteur démographique.

Source : http://economiedurable.over-blog.com/2019/12/la-population-mondiale-au-1er-janvier-2020.html

Biosphere-Info, l’échec renouvelé des COP

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COP25 fin 2019 à Madrid, 25 années que ça dure. Les Conférence des parties sur le réchauffement climatique (dites COP) se succèdent et l’échec de ces délibérations inter-étatiques est tragique. C’est en effet l’art de contempler la Terre brûler tout en se disant qu’il va peut-être falloir un jour faire quelque chose. L’idée que chacun prenne un saut d’eau et fasse sa part n’effleure presque personne.

La conséquence funeste de ces mascarades diplomatiques, c’est qu’elles incitent les populations à ne pas se sentir personnellement engagé dans la réduction de ses émissions personnelles de gaz à effet de serre : pourquoi faire des efforts, les États s’occupent du climat et ils trouveront bien un jour quelque chose… La taxe carbone est encore loin de devenir une réalité, l’avenir est donc à la carte carbone au niveau de certains pays, puis sa généralisation au niveau mondial, sauf que çà se passera dans une situation de conflits extrêmes au niveau de certains territoires. C’est une prévision réaliste, la catastrophe est déjà présente dans certains pays, famine, État défaillant, bandes armées, inondations, sécheresses, épidémies, etc. Voici nos articles antérieurs sur le blog biosphere :

L’historique du fiasco climatique (de 1857 à 2019)

17 décembre 2019, COP25, des résultats insignifiants

16 décembre 2019, COP25, le réveil très progressif des élites !

14 décembre 2019, COP25, heureusement qu’il y a Greta

13 décembre 2019, COP25, article 6 et sac de nœuds

6 décembre 2019, COP25, un unanimisme de façade

29 novembre 2019, GIEC, prévisions climatiques trop prudentes

28 novembre 2019, COP25 et concentration record de GES

18 décembre 2018, COP24, une mascarade sur le climat, un échec avéré (Katowice)

2 novembre 2017, COP23, vingt trois années de blabla climatique (Bonn)

19 novembre 2016, La COP 22 s’achève à Marrakech sur un bide

22 décembre 2015, La Surpopulation, absente des résultats de la COP21

14 décembre 2015, COP21, encore un succès d’apparence, le 21ème ! (Paris)

4 décembre 2015, François Hollande préfère l’état d’urgence à la COP21

27 novembre 2015, COP21, manifestons à Paris malgré les interdictions

26 novembre 2015, COP21 : interdire les manifs, c’est un abus de pouvoir

17 novembre 2015, la question démographique, un tabou pour la COP21

25 octobre 2015, COP21 : accord préparatoire de Bonn, le fiasco

4 octobre 2015, Les forages pétroliers, incompatibles avec la COP21

3 octobre 2015, Le CO2 de l’aérien sera-t-il invité à la COP21 à Paris ?

10 juin 2015, COP21, l’article le plus perspicace enfin dans la presse

15 décembre 2014, Climat : les trois chiffres clés, zéro / zéro / cent (COP20 à Lima)

30 novembre 2009, le fiasco de Copenhague (COP15)

novembre 2007, Echec de la COP13 à Bali

Pour en savoir encore plus sur le réchauffement climatique, nos articles sur l’effet de serre sont classés :

http://biosphere.ouvaton.org/blog/category/effet-de-serre/

Un jour de réveillon en 2050, la galère

En ce jour de réveillon de 2050, Léa confectionne un repas 100 % local, ce qui réduit considérablement la variété des mets possibles. Elle se souvient comme d’un rêve des papayes que ses parents lui achetaient à la fin du XXe siècle, sans se soucier du fait qu’il avait fallu dépenser pour cela plusieurs litres de pétrole. De toute façon elle est bien seule, il ne lui reste plus qu’un dernier descendant. Ses deux autres petits-enfants sont décédés il y a trois ans, ils ont succombé à l’une de ces nouvelles maladies à côté desquelles l’épidémie de grippe aviaire, qui avait frappé la France en 2010, n’avait été qu’une discrète entrée en matière. Ils avaient été victimes d’un virus apparu en Sibérie du Nord, là où le permafrost a cédé la place à des marais à partir de l’année 2025. Léa a renoncé depuis longtemps à l’idée d’acheter une automobile ; en 2035, l’Union européenne avait réservé l’usage des biocarburants aux véhicules utilitaires. Même l’utilisation du charbon liquéfié a été proscrite car les sols et surtout les océans qui séquestraient le carbone depuis toujours, ne jouaient plus leur rôle, renforçant ainsi très brutalement l’effet de serre anthropique et les dérèglements du climat. Cet été, Léa avait appris par une amie que le thermomètre était monté jusqu’à 45°C à Caen. Maintenant des millions de personnes sont au chômage. Le gouvernement français vient d’interdire toute manifestation et même les rassemblements de protestation. Le ministre de l’Intérieur vient de prendre un de ces décrets maudits, c’est l’armée qui réprimera d’éventuels troubles de l’ordre public.

Deux caractéristiques du changement en cours rendent plus difficiles notre perception du phénomène et notre aptitude à agir : l’inertie et l’irréversibilité. L’inertie renvoie au temps long de réponse de la biosphère aux dégradations que nous lui infligeons. Une fois que nous aurons réchauffé les océans, ce réchauffement perdurera durant des millénaires, et nous n’aurons aucun moyen de les refroidir ; c’est l’irréversibilité. Nous nourrissons de grandes illusions quant à la résistance de nos sociétés. En effet, la sophistication des technologies modernes a deux conséquences : une intensification de la division sociale du travail ; des infrastructures et des équipements de plus en plus nombreux et coûteux. L’une comme l’autre ont accru la vulnérabilité de nos sociétés. Au XIVe siècle, la peste noire avait emporté un Européen sur deux sans entraîner un effondrement total. Les trois quarts de la population se composaient en effet de paysans qui, pour la plupart, se nourrissaient eux-mêmes. Qui en revanche nous nourrirait si la moitié des quelques centaines de milliers d’agriculteurs qui nous alimentent venaient à disparaître ? Quelle entreprise résisterait à la disparition d’un salarié sur deux ? Quelle société contemporaine pourrait faire face aux coûts financiers induits par des ouragans, des sécheresses et des inondations extrêmes à répétition ? (Extraits du livre « Le développement durable, maintenant ou jamais » de D.Bourg et G.Rayssac)

La Biosphère vous souhaite un bon réveillon 2019, coloré de sobriété joyeuse.

Croissance, un objectif économique complètement débile

Au début des années 1970, l’idiotie de la croissance économique n’était encore perceptible par personne. Étudiant en faculté de sciences économiques entre 1967 et 1971, j’en sais quelque chose. Tout autour de moi on ne jurait déjà que par la croissance, les « Trente  Glorieuses ». C’est idiot, c’est un déni de réalité. Le 15 Juin 1972, je découpe un article sur le cri d’alarme de Sicco Mansholt, président de la commission du Marché commun : « La race humaine, menacée par la pollution, l’accroissement démographique et la consommation désordonnée de l’énergie, doit modifier son comportement, si elle veut tout simplement ne pas disparaître… La grande crise devrait culminer autour de l’an 2020. » Même jour, un autre article où s’exprime Philippe Saint Marc : « Nous sommes dans un train qui roule à 150 km/h vers un pont coupé. Le monde court à la catastrophe écologique s’il ne procède pas rapidement à une réorientation fondamentale de la croissance économique. » Ces déclarations se basaient sur le rapport au club de Rome (sur les limites de la croissance) publié en juillet 1971. J’ai lu ce livre aussitôt que paru en langue française.

Considérant le temps de doublement relativement court de nombreuses activités humaines, on arrivera aux limites extrêmes de la croissance en un temps étonnamment court. Notre modèle d’analyse des systèmes traite cinq tendances fondamentales : l’industrialisation, la population, l’alimentation, les ressources naturelles non renouvelables et la pollution. Les interactions sont permanentes. Ainsi la population plafonne si la nourriture manque, la croissance des investissements implique l’utilisation de ressources naturelles, l’utilisation de ces ressources engendre des déchets polluants et la pollution interfère à la fois avec l’expansion démographique et la production alimentaire. Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. [Donella H.Meadows, Dennis L.Meadows, Jorgen Randers et William W.Behrens III du Massachusetts Institute of Technology, The Limits to Growth (traduction française Halte à la croissance ? aux édition Fayard, 1972)]

Exactement comme un cancer qui étend ses métastases et finit par détruire les système vitaux sur lesquels il repose, une économie en expansion continue détruit de plus en plus rapidement l’hôte qui le nourrit, la Biosphère. La croissance pour la croissance, c’est l’idéologie de la cellule cancéreuse. Que faut-il faire ? Sicco Mansholt répondait : « Il faut réduire notre croissance purement matérielle, pour y substituer la notion d’une autre croissance, celle de la culture, du bonheur, du bien-être. C’est pourquoi j’ai proposé de substituer au PNB « l’Utilité nationale brute » ou, comme on le dit plus poétiquement en français, le Bonheur national brut. » Sauf à attendre une avancée technique improbable qui de toute façon va créer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra, il n’y avait pour moi qu’une seule réponse, en phase avec les réalités biophysiques : je suis devenu objecteur de croissance avant la popularisation de cette expression car la volonté d’augmenter indéfiniment le PIB dans un monde fini me paraissait une absurdité. La décroissance humaine, qu’elle soit décroissance démographique, décroissance productive ou décroissance de la vanité humaine, est la seule issue raisonnable à la crise qui s’annonce. L’histoire de notre vie est rythmée par la naissance, la croissance et la mort. On ne peut échapper aux cycles de la nature, surtout quand on se croit une grande et admirable civilisation.

(extraits de « On ne naît pas écolo, on le devient », Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre)

Tout savoir sur l’écologie et les spiritualités

Sur ce blog biosphere, nous classons les articles par thème, rubrique « Catégories ». Voici pour 2019 le récapitulatif sur les spiritualités au pluriel. Pour nous le XXIe scièle verra l’émergence d’une nouvelle religion, dans le sens de ce qui relie et donne une cohérence à la société humaine. Ethique de la Terre, Pacha Mama, peu importe la dénomination exacte et le nom de ses prophètes du moment qu’il ne s’agit plus d’anthropocentrisme, mais d’une humanité qui se ressent à nouveau immergée dans la biosphère. Comme le point de vue des écologistes sur cette question est très diversifié, allant d’un culte particulier à une indifférence totale envers la spiritualité, nous comptons sur les commentaires postés par les internautes pour témoigner de cette exubérance. Vous avez toujours la possibilité de nous envoyer un article de votre cru, il suffit d’écrire à biosphere@ouvaton.org. A vous de nous lire selon vos centres d’intérêt.

4 décembre 2019, Ouf, l’écologie devient intelligence collective

29 octobre 2019, Coline Serreau, réalisatrice écolo

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie (Arturo Escobar)

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité (Satish Kumar)

16 juillet 2019, Alain Hervé, la religion, le terrorisme…

16 avril 2019, Rubrique faits divers, Notre-Dame de Paris en flammes

15 avril 2019, Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

11 avril 2019, L’Écologie sera l’idéologie première du XXIe siècle

10 avril 2019, En Uttar Pradesh, le cauchemar de la vache errante

1er février 2019, BIOSPHERE-INFO, Hans Jonas et notre responsabilité

et les moments forts de 2018

1er septembre 2018, Biosphere-info septembre, l’espérance en mouvement (Joanna Macy et Chris Johnston)

20 août 2018, Pour connaître l’écopsychologue Joanna Macy

19 août 2018, Pour connaître John Seed et l’écologie profonde

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

Tout savoir sur la société spectacle et bien plus

Sur ce blog biosphere, nous classons les articles par thème, rubrique « Catégories ». Voici pour 2019 le récapitulatif sur « sports et loisirs ». Pour nous la société du spectacle, donc le sport médiatisé et les loisirs futiles, sont une source de divertissement, dans le sens « qui nous empêche d’aller à l’essentiel ». Nous traitons ces activités humaines selon le point de vue des écologistes, varié comme de bien entendu… il suffit de lire les commentaires postés par les internautes. Vous avez toujours la possibilité de nous envoyer un article de votre cru, il suffit d’écrire à biosphere@ouvaton.org. A vous de nous lire selon vos centres d’intérêt.

15 décembre 2019, Miss France 2020, que disent les féministes ?

22 octobre 2019, SUV ou Climat, faut savoir choisir !

29 juillet 2019, Fortnite lobotomie, oublier la réalité

8 juillet 2019, Jean-Marc Rochette, adepte de la décroissance (et auteur de BD)

7 juillet 2019, Le Canard enchaîné, tout contre le tourisme

24 juin 2019, Stations de ski et réchauffement climatique

20 juin 2019, Beaucoup trop de touristes de trop

8 mai 2019, Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance (Larry Ellison)

et une petite escapade en 2018 sur notre bête noire, le foot spectacle

29 août 2018, Un intellectuel ne devrait pas faire l’éloge du football

1er août 2018, BIOSPHERE-INFO, futilité du mondial de foot

14 juillet 2018, Total football. Mondial, une arme de diversion massive

10 juillet 2018, Les Belges ou les Français en finale, on s’en foutait

29 juin 2018, Mondial 2018, pour l’élimination de l’équipe de France

13 juin 2018, Le football est coupable de notre décervelage

Tout savoir sur la démographie et même plus

Sur ce blog biosphere, nous classons les articles par thème, rubrique « Catégories ». Voici pour 2019 le récapitulatif sur la démographie. Pour nous l’étude des populations ce n’est pas une simple description de l’accroissement naturel et des mouvements migratoires, c’est un vaste domaine qui inclut aussi bien le sens de la vie que nos conceptions de la mort, notre rapport à la biodiversité et notre souci des générations futures, et bien entendu notre approche de la sexualité, le tout selon le point de vue des écologistes, varié comme de bien entendu… il suffit de lire les commentaires postés par les internautes. Vous avez toujours la possibilité de nous envoyer un article de votre cru, il suffit d’écrire à biosphere@ouvaton.org. A vous de nous lire selon vos centres d’intérêt.

22 novembre 2019, Conférence internationale sur la population (Nairobi)

16 novembre 2019, COP25 et la sinistre réalité somalienne (le haut commissariat aux réfugiés)

11 novembre 2019, Transformer notre corps en humus, le pied

10 novembre 2019, La guerre des natalistes contre le clitoris

9 novembre 2019, Pierre Fournier (1937-1973), malthusien sans le dire

8 novembre 2019, Terre inhabitable, chute démographique

25 octobre 2019, discuter PMA, c’est interdit par les LGBT

23 octobre 2019, Faut pas rêver de devenir maman ! Pacte, « pas d’avenir pas d’enfant »

26 septembre 2019, La mono-procréation, un homo-sexisme

24 septembre 2019, PMA, qui voudrait vivre sans père ?

24 août 2019, Écologie et politique démographique (Gilles Lacan)

11 août 2019, Naissance de l’eugénisme… dans la lignée de Darwin

10 août 2019, Il y a cinq milliards d’hommes en trop sur Terre (Jean-Michel et Jean-Claude HERMANS)

9 août 2019, Ah, si la population française diminuait !

8 août 2019, La démographie fait polémique au sein des décroissants (Alain Adriaens)

7 août 2019, Que sais-je sur la décroissance… démographique ! (Serge Latouche)

6 août 2019, Des chasseurs-cueilleurs moins prolifiques

5 août 2019, Les limites à la croissance démographique (rapport au Club de Rome 1972)

4 août 2019, Faire un enfant quand tout est foutu (Marianne Durano, l’écologie intégrale)

3 août 2019, Ethologie, économie et démographie (Pierre Jouventin et Serge latouche)

18 juillet 2019, Les enfants face à l’effondrement global (Pablo Servigne…)

17 juillet 2019, Malthus avait raison, la faim existe !

1er juillet 2019, Droit à la vie ou droit à une mort digne ?

29 juin 2019, Bidonvilisation démentielle de la planète

3 juin 2019, Les pro-malthusiens face à la saturation de l’espace (Philippe Bihouix)

2 juin 2019, Conférence-débat sur la Décroissance démographique (organisé par Démographie Responsable))

21 mai 2019, L’acharnement à maintenir « en vie » à tout prix (le cas Vincent Lambert)

26 avril 2019, L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens

25 avril 2019, Plus de garçons que de filles, que du bonheur

5 avril 2019, Insécurité alimentaire aiguë et insouciance politique

18 février 2019, Trop nombreux pour la planète, vive la démographie verte

17 février 2019, Un site à connaître, QQF, qu’est-ce qu’on fait ?! (Michel Sourrouille)

28 janvier 2019, Serions-nous plus heureux si nous étions moins nombreux

17 janvier 2019, Cocorico, vive la baisse de la fécondité française (1,87 enfant par femme)

10 janvier 2019, Ne disons plus de conneries sur la fécondité humaine (Jane Goodall)

Retour en arrière toute, ce que dit la sagesse indienne

Notre mode de vie s’est fait sur la destruction des autres modes de vie, au début par souci d’impérialisme et aujourd’hui essentiellement pour accéder à leurs ressources en sous-sol. Au final nous avons nettement plus détruit que construit : que les cultures d’avant étaient douces ! Nous les avons détruites pour notre seul petit rêve de progrès qui a répandu la misère partout. Nous, oui, pas eux : car nous nous en satisfaisons, massivement. Un océan de destruction pour un îlot de modernité déshumanisée. Non seulement le mythe des sociétés premières précaires et violentes est faux, archi-faux, mais la nôtre de société est violente, réellement, et a créé la précarité partout ailleurs, au nom de sa réussite locale et de son idéologie qui nous aveuglent par médias interposés. Je vais vous proposer quelques sources qui contredisent votre schéma de pensée erroné, par exemple dans « Pieds nus sur la terre sacrée », c’est la nature qui parle au travers des paroles des Peaux-Rouges :

« Nous avons toujours eu beaucoup ; nos enfants n’ont jamais pleuré de faim, notre peuple n’a jamais manqué de rien… Les rapides de Rock River nous fournissaient en abondance un excellent poisson, et la terre fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, de citrouilles et de courges… Ici était notre village depuis plus de cent ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée du Mississippi sans qu’elle nous fût jamais disputée… Notre village était sain et nulle part, dans le pays, on ne pouvait trouver autant d’avantages ni de chasses meilleures que chez nous. Si un prophète était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui devait advenir, et qui est advenu, personne dans le village ne l’aurait cru. »

« Jadis nous étions heureux sur nos terres et nous avions rarement faim parce qu’alors les deux-jambes [êtres humains] et les quatre-jambes [animaux quadrupèdes] vivaient ensemble comme une grande famille et il y avait assez de tout, pour eux comme pour nous. »

« Il n’y a pas d’Indien qui ne se regarde comme infiniment plus heureux et plus puissant que le Français. »

« Le soleil du matin, la douce terre nouvelle et le grand silence » écrit par Black Hawk, le chef des Souks et des Foxes.

Il faut ajouter que leur mode de vie était non seulement heureux et confortable, mais écologique au sens qu’il ne détruisait rien. Mais un tel témoignage vous fera-t-il remettre en cause le progrès dont vous êtes seulement 20 % à tirer les bénéfices chimériques et pervers ? Je suis plutôt certain du contraire, au vu de ma triste et désastreuse expérience pour tenter d’ouvrir les yeux de ceux qui vivent dans les pays riches et de changer les consciences occidentales. Je vous le répète, la destruction des sociétés traditionnelles était et est encore consubstantielle à notre développement. Et nous en sommes complices lorsque nous décrétons, en boucle et en cœur, qu’on ne peut pas revenir en arrière, ou que la recherche trouvera une solution. Le fait qu’il faille arrêter de nous culpabiliser n’y changera rien : soit nous entrons en décroissance en renouant avec des manières de produire artisanales, soit nous nous fascisons encore davantage. Jusqu’à y passer à notre tour.

Robin Branchu

pour en savoir plus, http://gorgerouge.unblog.fr/2018/06/06/retour-en-arriere-toute-5-6-juin-2018/

Des vacances de Noël sans chausser les skis

Sur ce blog biosphere, nous allons à contre-courant, vomissant les loisirs à ski alors que cette activité a envahi la planète. Dans les années 1990, la Chine comptait seulement 500 skieurs à peine, pour la plupart des professionnels. Aujourd’hui le ski est la nouvelle coqueluche chinoise ; les stations aménagées autour de Pékin fonctionnent toutes avec de la neige artificielle, on compte dix usines à touristes à moins de 80 kilomètres de la capitale. Sous le dôme de Ski à Dubai, qui contient 6000 tonnes de « vraie » neige, les pistes en poudre de neige ont été disposées en terrasses pour prévenir tout risque d’avalanche dans la chaleur torride du désert !

Avec ses remontées mécaniques modernes et ses domaines skiables reliés, la France offre 350 stations de ski dans 7 massifs. Comment résister devant les snowparks, le snowboard, le freestyle, les boarder cross, les slaloms et les bosses, l’espace ludique Ludo’Glyss et le speed-riding ? Comment expliquer qu’il ne faut pas skier ? Comment expliquer cela dans un monde sur-développé où les loisirs sont devenus un art de vivre ? Comme amener les touristes des sommets à ne plus aimer les vacances à la neige ? Comment faire ressentir que la montage ensevelie dans son manteau neigeux ne peut que mieux se porter sans tire-fesses, nacelles et autres remonte-pentes ? Le skieur qui ne s’occupe que de la réussite de ses vacances peut-il glisser sans se poser quelques questions sur une neige vomie par des canons alimentés par l’eau qu’on est allé chercher deux mille mètres plus bas dans la rivière ? Comment convaincre des gamins qu’on amène en classes de neige que skier n’est pas bon pour la planète ?

On ne peut maintenir la montagne « propre » quand on y multiplie les immeubles et les remonte-pentes. Ce n’est pas un loisir qui préserve la Biosphère que de déplacer des citadins en mal d’air pur vers de lointaines destinations où on va recréer la ville pour poursuivre des activités inutiles. On remplace les files dans les embouteillages par les files devant un remonte-pente. Ce n’est plus l’a montagne quand on pratique la neige « cultivée ». La consommation d’eau en France pour produire de la neige atteint 15 millions de mètres cubes, un chiffre presque comparable aux 25 milliards de m3 qui servent au remplissage des piscines privées. Il faut aussi 108 millions de kWh pour nourrir les canons à neige qui se multiplient pour pallier réchauffement climatique. De toute façon nous sommes sereins, l’avenir est à la disparition des stations de ski avec le réchauffement climatique.

Apprendre aux enfants à se passer de Noël

Une enseignante remplaçante du New Jersey a annoncé à ses élèves, âgés de 6 et 7 ans, que le père Noël n’existait pas. Face au traumatisme enduré, le directeur de l’école élémentaire a envoyé une lettre aux parents pour s’excuser et leur recommande de « prendre les mesures appropriées pour préserver l’innocence des enfants ». L’enseignante a été renvoyée.* Elle aurait du être remerciée, félicitée, montrée en exemple.

Car l’innocence des enfants est exploitée, dénaturée. « Le Père Noël est devenu le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Tous ces marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue, sévissent dans les médias et les devantures. Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël. Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet. »**

Noël est une chiotte ignoble et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! D’ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des EPR nucléaires, EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets électroniques !

* LE MONDE l’époque du 16-17 décembre 2018

** la Gueule ouverte de janvier 1973… un texte qui reste toujours d’actualité en 2019 !

Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

En cette période d’insouciance festive et de retrouvailles familiales plus ou moins houleuses, voici le message déprimant que nous a été délivré en décembre 2019 : puisque nous avons été incapables de faire du volontarisme politique en matière écologique, nous entrerons de force dans une économie de guerre, sauf que dans un premier temps ce sera la guerre de tous contre tous, chacun pour son propre pays ou territoire.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU,  à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) à Madrid : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre.

Yves Cochet , ancien ministre français de l’écologie: « Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Gilles Lacan, association Démographie Responsable : « Au cours des trois derniers quinquennats, ce sont à peu près les mêmes politiques qui ont été suivies, tournées vers la mondialisation, la croissance et l’emploi. S’il est vrai que l’écologie a été de plus en plus présente dans les programmes des partis politiques, au fur et à mesure que la conscience du danger progressait dans l’opinion, elle n’a jamais consisté qu’en l’habillage d’un même projet économique dans les différentes déclinaisons de la croissance verte. Une telle situation appelle une réorientation radicale , donner une place centrale à l’écologie dans la conduite des affaires publiques, ce par rapport à quoi tout prend sens et s’organise. Nous allons entrer dans une économie de guerre comme l’ont été celle de la France entre 1914 et 1918 ou celle des États-Unis entre 1941 et 1945. Nos décisions en matière de production de biens et services, de mix énergétique, de consommation et de ravitaillement, de commerce extérieur, de démographie et d’immigration, de protection des frontières et de sécurité intérieure, de prélèvements obligatoires, de santé publique et d’éducation, devront être déterminées par l’objectif prioritaire de notre survie collective, si du moins nous ne nous résignons pas à subir l’effondrement.

Pour mener cette politique, il faut un État. L’Europe n’en est pas un, non seulement politiquement mais surtout administrativement : il y a moins de fonctionnaires dans l’ensemble des institutions de l’Union Européenne que dans la seule ville de Paris. Or, notre société va devoir affronter des épisodes de pénurie, qu’il s’agisse de l’énergie, des denrées alimentaires, sans doute de l’eau potable, qui devraient eux-mêmes générer, les métropoles étant devenues peu vivables, un exode urbain incontrôlé et peut-être chaotique. S’il n’y a pas d’État, c’est-à-dire de force publique, sous contrôle démocratique, capable d’assurer un minimum d’état de droit, cela sera, selon la formule de Hobbes, un « état de guerre de chacun contre chacun ». Cet État ne pourra pas être confiné à ses fonctions régaliennes, il devra en outre pourvoir au ravitaillement et au logement de la population, à la santé publique et, dans la mesure du possible, à l’éducation.

Enfin, il nous faut changer complètement de paradigme : ralentir, réduire notre consommation, notre population, nos déplacements, nos connexions, relocaliser notre économie, protéger nos frontières, revenir aux basses technologies pour la production de nos biens. La différence posée ici avec certains « collapsologues » est qu’il faut le faire dès maintenant, en tout cas le plus vite possible, sans attendre d’un effondrement, secrètement espéré, les vertus salvatrices du Déluge, de l’Apocalypse ou du Grand Soir. Il n’y aura pas de catharsis de l’effondrement, l’homme ne sera pas meilleur après la catastrophe. Malheureusement. »

Le père Noël a tué la symbolique de Noël

« NOËL C’EST QUOI ? Des échanges de cadeaux, généralement superflus. Une fête pour les enfants, avec un arbre et des lumières qui n’ont plus aucun sens. Bien entendu une occasion exceptionnelle de vente et d’affaires pour les commerçants. Et puis, la tradition veut maintenant que les autorités politiques s’en mêlent, et dans chaque commune, on tient à dresser le plus beau sapin, et de mettre dans toutes les rues importantes des guirlandes de lumière. Finalement, je crois que, dans l’opinion commune, Noël ce n’est rien d’autre qu’une occasion pour faire la fête. Autrement dit, il ne reste rien de la signification. Qui donc se demande le sens de ce qu’il est en train de faire ?

Il faudrait se rappeler que Noël est en réalité deux fêtes confondues et superposées. La fête païenne était celle du solstice d’hiver : la fin de la progression de la nuit, et le début de la reprise de l’allongement des jours. D’où les lumières allumées partout. Fête païenne, celle de l’arbre toujours vert, du sapin, qui a traversé le froid, la neige, attestant la permanence de la vie contre cet hiver qui symbolise la mort. Mais Noël se fonde aussi dans la plus ancienne tradition religieuse : la naissance de Jésus. Bien entendu, le 25 décembre n’est nullement la date réelle de la naissance de Jésus. On a choisi le moment de la fête païenne. Ainsi chaque détail de ce Noël se rattachait à une croyance qui donnait à chacun une signification de ce qu’il faisait. Tout ce qui constituait Noël était « symbolique », destiné à nous rappeler quelque chose de plus important, à nous faire revivre un événement qui avait une valeur essentielle. Mais voici que tout cela est parfaitement oublié, on fait la fête parce que c’est la fête et on donne des cadeaux parce que c’est l’habitude. Par conséquent, cette « fête » n’en est pas une.

Elle est un moment absurde où on est bien content de gaspiller pour gaspiller, la publicité nous y aidant. Et ces jours n’ont plus aucun sens, par conséquent aucune profondeur, et je dirai aucune vie. C’est ce qui me frappe souvent pendant ces journées, cette activité fiévreuse me parait extraordinairement morte. Dépouillée de ses significations, la fête de Noël, devenue simple coutume, est en réalité une fête morte et dévoile notre superficialité. Nous, hommes modernes, nous nous agitons sans que cela ait le moindre sens, nous agissons sans savoir ni le pourquoi ni le but et il en est ainsi non seulement un jour de Noël, mais hélas ! pour tous les jours de notre vaine vie.« 

résumé d’un article de Jacques Ellul (Sud-Ouest du 23 décembre 1984)