biosphere

Les thuriféraires de « l’écologiste » Macron

« Le monde d’après sera résolument écologique. » Cela fait penser à une motion de congrès en 2008, « Pour un parti socialiste résolument écologique », 1,58 % des voix, aucune avancée. Cette fois c’est une tribune de 265 parlementaires sous la coupe de Macron qui reprend l’antienne. Un peu de communication et beaucoup de vent, c’est vide et ennuyeux, cela se nomme greenwashing. La première partie est un hymne au passé immédiat et au futur proche. Ils affirment vouloir défendre une écologie progressiste, pertinente sur le plan économique et créatrice d’emplois. La triangulaire infernale, croissance et emploi, sans oublier l’écologie. L’autosatisfaction est permanente, « Nous avons pris des mesures sans précédent… Nous avons fait des choix courageux et concrets… Nous avons changé en profondeur… nous, parlementaires de la majorité présidentielle, sommes fiers de tout ce qui a déjà été entrepris… Nous voulons aller encore plus loin et encore plus vite afin d’agir face à l’urgence écologique… Nous avons fait de l’écologie un élément clé de l’influence française en Europe… Nous réinventons les règles de la mondialisation sans tomber dans le repli sur soi nationaliste Nous construirons en France et en Europe les voitures électriques et leurs batteries… Nous voulons être les premiers à inventer et produire à l’échelle industrielle l’avion décarboné… »

Ces parlementaires obséquieux envers leur maître font preuve de l’optimisme techniciste en vogue actuellement. Voiture électrique et avion décarboné, laissez-moi rire ! Ils se réfèrent à la loi Hulot d’arrêt des permis d’hydrocarbures sur le territoire, ils oublient de dire que Hulot a démissionné avec fracas le 28 août 2018* d’un gouvernement qui faisait de l’écologie à reculons. Ils font croire que « Les ONG environnementales européennes classent la France dans le top 3 pour son action climatique ». Nous avons trouvé sur le net cela : « Les trois premières places de ce classement ont été laissées vides. Ce n’est pas une erreur. GermanWatch a volontairement laissé ces places vides afin de symboliser l’incapacité des Etats à mettre en place des politiques efficaces pour réduire leurs émissions de CO2. Aucun pays n’est pour l’instant dans la bonne dynamique pour respecter les efforts de réduction de CO2 nécessaires pour lutter contre le changement climatique. Voilà pourquoi aucun n’est sur le podium. »** La France arrivait en 15ème position ! Si Macron était écolo, ça se saurait sans le dire dans une tribune médiatisée.

Ces parlementaires se réfèrent à la convention citoyenne pour le climat qui vient de sortir ses propositions. Ils se gardent bien d’en commenter le contenu, il restent dans le vague le plus absolu : « Ces propositions devront être écoutées et largement mises en œuvre, à travers les lois votées au Parlement, à travers notre mobilisation en Europe lorsque la compétence se situe à cet échelon, et avec l’organisation possible d’un référendum à choix multiples pour garantir que la majorité des Français soutienne cette ambition. » Sachant ce que Macron a fait du grand débat concédé aux Gilets jaunes, beaucoup de vent, on sait d’avance le résultat. Le climat sera enterré, comme l’a été le Grenelle de l’environnement sous Sarkozy. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

16 juin 2019, Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo

30 avril 2019, Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

27 mars 2019, Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

16 janvier 2019, Macron : le débat écolo a avorté avant de commencer

13 janvier 2019, Macron, un bilan écologique globalement négatif

5 mai 2017, L’écologie n’était pas à la fête avec Macron et Le Pen

2 février 2015, Loi Macron, l’écologie tenue pour quantité négligeable

* Michel Sourrouille en a tiré tout un livre, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », octobre 2018

** https://youmatter.world/fr/top-classement-pays-lutte-rechauffement-climatique-2017/

les leçons à tirer de la Convention Climat

« Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique… La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. ». Durant neuf mois, 150 citoyen.e.s ont réfléchi dans le cadre de la convention citoyenne pour le climat. Voici quelques extraits de leur rapport de 600 pages  :

Validité de la convention en introduction : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. Pour répondre à la question qui nous était posée, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre [(GES)] d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? », nous avons échangé librement dans la pluralité de nos opinions. Nous nous sommes nourris d’échanges avec des experts et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d’être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance. Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique : la Terre peut vivre sans nous, mais, nous ne pouvons pas vivre sans elle. Si nous ne rattrapons pas le retard pris, beaucoup de régions du globe deviendront inhabitables, du fait de la montée des eaux ou de climats trop arides. C’est une question de vie ou de mort ! »

Rupture civilisationnelle en conclusion : « Nous ne sommes pas en compétition avec les élus ou les autres acteurs de la société française : nous devons tous changer nos comportements en profondeur pour laisser à nos enfants et petits-enfants une planète viable. L’urgence climatique nous impose des décisions difficiles mais indispensables . Il apparaît inévitable de revoir nos modes de vie, nos manières de consommer, de produire et de travailler, de nous déplacer, de nous loger et de nous nourrir. Nous, les 150 citoyennes et citoyens, sommes conscients que les mesures que nous préconisons peuvent être difficiles à comprendre et parfois à accepter pour tous ceux qui verront leur métier disparaître et devront se réorienter, et qu’elles impliquent de nouvelles contraintes pour tous les Français. La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. Pour autant, il est vraisemblable qu’elles soient encore insuffisantes pour atteindre l’objectif de réduction de 40 % des émissions de GES et maintenir l’augmentation de la température de la terre en deçà de 2 degrés. Nous pensons donc important que nos concitoyennes et concitoyens se saisissent de tous les sujets que nous avons travaillés pendant neuf mois avec le souci constant de l’intérêt commun..

Nous considérons que la réussite de cette convention dépendra en grande partie du respect par l’exécutif de son engagement à transmettre nos propositions « sans filtre », c’est-à-dire dire sans être reformulées ni adaptées, mais également de leur prise en compte par le pouvoir législatif. Nous attendons des pouvoirs publics une prise en compte immédiate de nos propositions permettant une accélération de la transition écologique, notamment en faisant du climat la priorité des politiques publiques, en évaluant les résultats et en sanctionnant les écarts. Nous invitons les acteurs économiques à mener une action plus volontariste en faveur de la transition écologique, repensant en profondeur nos modes de production et de consommation, et favoriser une meilleure distribution des richesses. Les référendums sur la Constitution et la reconnaissance du crime d’écocide que nous demandons permettront à tous les Français de prendre conscience, comme nous l’avons fait, des enjeux et des dangers du réchauffement climatique, et d’une sixième extinction de masse, de débattre et de s’approprier la transformation de la société qu’impliquent nos mesures. »

l’infernal triangle emploi/climat/croissance

L’infernale triangulaire des politiques, « stimuler la croissance tout en créant des emplois tout en éviter un rebond des émissions de CO2 ! » L’Agence internationale de l’énergie (AIE) résout le problème par « trente propositions pour une relance favorable au climat » ! L’éternel directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, l’affirme : « L’économie mondiale risque de s’effondrer mais la calotte polaire est aussi en train de fondre. Il faut faire face à ces deux défis en même temps. » On voudrait stimuler la croissance mondiale avec1 000 milliards de dollars d’investissements pour créer chaque année seulement 9 millions d’emplois. Rappelons que la population mondiale s’accroît de 80 millions de personnes chaque année, il faudrait donc structurellement créer au moins autant d’emplois. De toute façon rien de nouveau, l’AIE enfile les perles : efficacité énergétique (pour éviter de parle d’économiser l’énergie), rénovation des bâtiments (dans les bidonvilles?), moteurs électriques (sans s’interroger sur comment produire l’électricité), énergies renouvelables (qui ne seront jamais à la hauteur des énergies fossiles), développer les réseaux de trains à grande vitesse (et supprimer les lignes secondaires de chemins de fer), investir dans l’hydrogène (qu’il faudrait produire avec des énergies renouvelables!), etc. Précisons que l’AIE est une émanation du club des pays riches (l’OCDE) chargé de garantir l’approvisionnement en combustibles du monde développé. Les problèmes du tiers-monde, on s’en moque.

Faisons le point sur l’AIE grâce à notre blog biosphere :

13 novembre 2019, World Energy Outlook, l’avenir énergétique !

World Energy Outlook, rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE – 13 novembre 2019), rien de nouveau sous le soleil ! On croit encore que les panneaux solaires et les éoliennes permettront de produire des énergies « propres »…

11 mars 2017, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

Pour les investisseurs, le scénario de la production de pétrole jusqu’à la dernière goutte reste le plus attractif. Pourtant l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans son rapport World Energy Outlook 2011, révélait que la combustion de l’énergie fossile produite actuellement et dans les années à venir par les équipements existants en 2010 provoquerait à l’horizon 2050 un réchauffement du climat de 6° C. L’AIE précisait que « notre économie planétaire ne pourrait absorber sans catastrophe majeure qu’une élévation de température de 2°C. » Aujourd’hui l’AIE croit nécessaire une hausse des investissements (capex) dans l’exploration-production de brut : « L’offre mondiale de brut pourrait avoir du mal à répondre à la demande peu après 2020. »* Notre société cultive les oxymores, l’illusoire union des contraires.

14 novembre 2013, Fatih Birol, prévisionniste déjanté d’un infini pétrole

Fatih Birol : «  Je crois que grâce aux gaz de schiste, le secrétaire d’Etat américain doit se sentir dans une situation plus confortable lorsqu’il est en tournée à l’étranger ». Ils ont certes réduit la dépendance des Etats-Unis aux hydrocarbures du Moyen-Orient, mais ce n’est que temporaire. Nulle mention dans l’article du MONDE de l’opposition internationale aux gaz de schiste, nulle référence à une quelconque avancée technologique pour limiter les effets environnementaux désastreux de la fracturation de la roche mère. Si on vous dit que Fatih Birol est aussi en faveur du nucléaire, vous ne serez donc pas étonné. Un avenir sans pétrole ni nucléaire n’est pas abordé…

16 mai 2013, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

Créée à la suite du choc pétrolier de 1973 par les pays riches de l’OCDE, l’Agence internationale de l’énergie est surtout destinée à faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays membres afin de soutenir la croissance économique. L’AIE a toujours minimisé le danger d’une pénurie de pétrole afin de ne pas générer un mouvement de panique. Car si on annonçait que le pic pétrolier menaçait notre économie, Wall Streeet s’effondrerait…

14 novembre 2012, Fatih Birol et l’AIE contre la démarche Négawatt

Fatih Birol fait la promotion d’une stratégie de l’offre : « La future autonomie énergétique américaine est due au développement des technologies de pointe qui lui permettent notamment d’exploiter les hydrocarbures non conventionnels comme le pétrole et le gaz de schiste. » Fatih Birol croit que la demande d’énergie va croître de plus d’un tiers d’ici à 2035, nulle mention dans son discours de la nécessaire sobriété énergétique. ..

16 décembre 2007, en panne d’énergie

Dans son rapport World Energy Outlook 2007, l’AIE commence enfin à s’affoler : « Une crise de l’offre, avant 2015, s’accompagnerait d’une envolée des cours pétroliers » et «  Il sera extrêmement difficile d’assurer des approvisionnements fiables à des prix abordables ». Pourtant ce pessimisme se double d’un optimisme effréné puisque, selon l’AIE, le pétrole ne manquera pas avant vingt-cinq ans !!! L’AIE conclut sur l’urgence d’agir pour sauver la planète des retombées désastreuses du réchauffement climatique. Il faudrait s’engager dans une « transition » visant à « décarboniser «  l’énergie pour émettre moins de gaz à effet de serre tout en admettant qu’il n’existe pas de substitut au pétrole pour le transport…

Le colibri inspire la convention citoyenne

« Faire sa part » comme un colibri n’empêche nullement de délibérer collectivement, de voter. L’écrivain et réalisateur Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibris, est d’ailleurs l’un des garants de la convention citoyenne pour le climat, qui vient de rendre publiques ses propositions. Aucune ne prône le maintien du statu quo thermo-industriel, voici quelques propositions iconoclastes qu’ils ont votées : « réduire la vitesse sur les autoroutes de 130 à 110 km/h, limiter les déplacements des salariés et des fonctionnaires. renforcer l’écocontribution kilométrique du transport aérien, interdire les terrasses chauffées,et l’éclairage des magasins la nuit,interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension de ceux existants, obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici à 2030, renoncer à la climatisation en deçà de 30 °C, tous les produits manufacturés vendus en France devront pouvoir être réparés, plastiques à usage unique supprimés dès 2023, deux repas végétariens par semaine dans la restauration collective à partir de 2025, légiférer sur le crime d’écocide. » Tout cela constitue-t-il une atteinte à nos libertés ? C’est ce que pense des commentateurs sur lemonde.fr, mais heureusement le bon sens est souvent présent :

NicoLoco : Est ce qu’il y a une contribution bienveillante dans le lot ? Tout est interdiction, culpabilisation et obligations …

aztechk : Bienvenue en Urss.

Cathy Penflam : Bienvenue dans un monde sinistre de curés hygiénistes et trouillard. Les Sagan d’aujourd’hui vivent leur fureur de vivre en vélib et James dîne d’un steak de soja aux légumes oubliés.

Prm : Interdire les nouveaux aéroports alors qu’on sait que la demande aérienne explose ? Mais sérieusement qu’est ce que c’est que cette bande de bolcheviques ? On peut pas remplacer le train par la course à pieds aussi ? Et encore pieds nus parce que fabriquer des chaussures c’est polluant.

Judilat : Quelle légitimité ces 150 personnes ? Une nouvelle monarchie ?

Carol Langloy : Le ridicule et la bêtise crasse de ces propositions montrent une fois de plus que le gouvernement par le peuple est une horreur. Seule la démocratie, le gouvernement par les élus, peut fonctionner…

Jean.ne Monde : C’est un excellent travail d’un point d’écologie politique et scientifique. C’est aussi un bel exemple de renouveau démocratique. Et un pied de nez à certains discours à base de « on n’y peut rien les gens sont idiots » ou « c’est trop complexe » qu’on entend parfois dans les milieux CSP+. On peut soumettre des questions importantes et techniques au débat démocratique, en prenant le temps et les moyens d’en expliquer les enjeux à des citoyens. C’est une belle voie pour l’avenir, faisons en sorte de la prendre

tokolosh : Eh oui : tous les habituels flingueurs anti-écolos du forum, ceux qui nous balancent à longueur d’année leurs sempiternels « bobos », « khmers verts », « écologie punitive », etc. , se rendent compte de ce qu’on savait déjà, à savoir que ce sont eux les ringards, eux les minoritaires. Regardez l’origine sociale et géographique des 150 : pas un ramassis d’intermittents du spectacle de Paris 10e arrondissement. Autrement dit, des citoyens lambda, qui réfléchissent, écoutent, discutent, au lieu d’éructer, et sortent avec des propositions qui font ressembler le programme d’EELV à un communiqué tiédasse d’Elisabeth Borne.

Q Brique : Ça ne sert à rien de vous écharper sur les propositions bonnes ou pas bonnes selon chacun. Tout est bien mais c’est trop tard. Cela fait au moins 45 ans que les écologistes nous alertent sur notre impact sur notre environnement et tout le monde s’en moque. Maintenant c’est fini la rigolade et il nous reste nos yeux pour pleurer. Et nous allons beaucoup beaucoup pleurer.

Climat, pour ou contre la Convention des 150

Editorial du MONDE, en bref : « La conclusion des travaux de la convention citoyenne sur le climat apparaît prometteuse. Il n’était pas écrit d’avance que 150 citoyens tirés au sort parviennent à formuler des propositions précises visant à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 « dans un esprit de justice sociale ». Il aura fallu développer toute une ingénierie participative. Près de 140 experts ont été auditionnés, des animateurs ont encadré les travaux de chaque groupe de travail, un comité de pilotage a veillé à la bonne marche de la convention. Le message est clair : la démocratie participative peut être l’une des réponses convaincantes à la crise de la représentativité, à condition que la réponse du président de la République soit, maintenant, à la hauteur. En 2007, le Grenelle de l’environnement avait soulevé un grand espoir avant d’accoucher d’une souris après la crise de 2008. Cette fois, il n’y a plus le choix : l’urgence climatique est telle qu’il faut agir vite et fort. Mais deux sujets essentiels ont été éludés, le sort de la taxe carbone et la part du nucléaire dans le mix énergétique... »

Les commentateurs sur lemonde.fr nous permettent d’y voir un peu plus clair.

le sceptique : Si l’on avait un doute sur le caractère vicié du processus de la convention citoyenne, la satisfaction d’un édito du Monde le lève définitivement ! L’outil fiscal efficace – taxe carbone – a été évacué au profit de 150 mesurettes bureaucratiques qui sont autant de petites usines à gaz pour fonctionnaires et/ou vexation collective des Français. L’enjeu industriel – comment on produit à bonne échelle de l’énergie et des machines énergétiques bas carbone sans planter le PIB, la balance commerciale, le déficit – a été évacué au profit de chouineries écolo-socialistes à la sauce Dion-Tubiana. L’enjeu (géo-)politique – la capacité de la France et de l’Europe à influencer les émetteurs mondiaux – est absent alors qu’essentiel.

Sarah Py  : En quoi l’urgence climatique est-elle à lier à ce qui serait une urgence sociale ? Nous avons une décennie pour changer de modèle économique. Et l’impérieuse nécessité de l’équité sociale, oui, mais alors pensons au paysan du Bangladesh, et à l’habitant des faubourgs de Lagos. Aïe, ça se complique. Déjà, accélérons dans la réduction de notre empreinte carbone, cessons ces idéologisations des débats ; il va bien l’antiracisme mais que faisons nous pour ceux qui subissent déjà les effets de cette crise climatique au lointain du golfe du Bengale. Il est des situations qui exigent hauteur du regard et pas la banalité du convenu. Urgence climatique oui, mais dans l’équité d’un monde global.

Zahnstocher : Le problème est bêtement pratique. Sans un minimum d’acceptation sociale, les belles mesures souhaitées pour répondre à l’urgence climatique seront rejetées. Tant que nous sommes en démocratie. Et nous sommes encore quelques uns à apprécier être en démocratie. On a bien vu qu’une fois informés, ces 150 citoyens ont pris conscience des efforts nécessaires. Mais ils ne sont que 150 et on voit bien aussi en lisant les commentaires de ces derniers jours que de très nombreux concitoyens vivent encore dans un rêve de toujours plus de confort.

Gramoune : Les écolos n’ont toujours pas compris que le premier pollueur au niveau mondial, c’est LA SURPOPULATION, d’où vient tout le reste CO2, manque d’eau, d’électricité, de production alimentaire… Proposez plutôt des programmes de « limitations » de naissances, voire même des « offres » de stérilisations de femmes ayant déjà 4/5 enfants… et dans 30 ans, on en reparlera.

Schindma37 : Macron s’est piégé lui-même : avec le Covid-19 et la crise économique, comment financer les solutions proposées, qui coûteraient des milliards, et organiser un référendum sur une réforme constitutionnelle qui serait certainement rejetée ?

Obéron : Shindma, nous sommes bien plus « piégés » que vous ne le pensez. Agir contre le réchauffement climatique aura forcément un coût (et ceux qui reprocheront aux membres de la convention citoyenne de ne pas l’avoir suffisamment évalué sont des hypocrites : on définit d’abord ce qu’on souhaite, puis on chiffre plus précisément, les moyens nécessaires ne sont pas les mêmes). Si ce coût est social, alors la solution n’est pas la bonne, il faut revoir sa copie. Mais le coût de ne rien faire, vous intéresse-t-il ? Combien de milliards ? Beaucoup plus, sans aucun doute ! (même si vos enfants le paieront plus que vous) Et le coût social de ne rien faire ? Qui le paiera selon vous ?

limitation des naissances à une par femme

« Le président des États-Unis, le Secrétaire général du parti communiste chinois, le Président russe… ont annoncé ce jour la création d’une Organisation mondiale qui aura vocation à réguler tout phénomène économique, social ou environnemental qui, de par ses causes ou ses conséquences, dépasse le cadre des frontières étatiques et ne peut qu’être abordé au niveau mondial dans l’intérêt général de l’Humanité. Ses principaux objectifs seront la maîtrise démographique et la réduction des inégalités, la construction d’une économie mondiale saine, l’entretien de systèmes soutenables en termes de ressources naturelles, de terres, d’énergie, de biodiversité, et enfin la régulation du climat. Face à l’urgence , des mesures s’imposent à tous dès le 1er septembre de cette année, notamment la limitation stricte des naissances à une par femme dans le monde entier, une taxation mondiale sur les gaz à effet de serre, tant pour les entreprises que pour les particuliers, une interdiction de la production et de la consommation de viande rouge, une interdiction de l’abattage des arbres sauf dans les zones strictement délimitées, un couvre-feu mondial à 22h30 pour économiser l’énergie dans les zones non équipées en énergies renouvelables .» (Dans Un monde pour Stella de Gilles Boyer… qui a été directeur de campagne du présidentiable Alain Juppé et conseiller politique d’Édouard Philippe, premier ministre de Macron)

Gilles Boyer poursuivait : « Ces mesures peuvent sembler autoritaires et brutales. Elles nous sont imposées par notre laisser-aller collectif depuis des décennies. Toutes ont en commun la recherche de l’intérêt général du genre humain. Leur application sera assurée par une force de police, reconnaissables par leurs casques verts, et qui auront tout pouvoir pour signaler et réprimer les manquements constatés. La Déclaration universelle des droits de l’Homme sera refondée pour y inclure des devoirs… »

Sur ce blog biosphere, nous pensons dorénavant de même ; une réponse aux crises écologiques ne peut advenir qu’au plus haut niveau et de façon imposée. Si les dysfonctionnements de la nature impactent la pensée collective, si les idées précèdent toujours les incarnations, aucune instance actuelle ne peut à elle seule assumer une rupture avec la société thermo-industrielle. La simplicité volontaire ne peut agréger qu’une infime partie d’une population aliénée par la société de consommation. Il existe certes des leaders temporaires, José Bové par exemple, ou les défenseurs des causes indigènes, ou les associations qui luttent pour défendre tel ou tel morceau de la planète… mais il n’y a pas de cohérence globale dans ces luttes. De plus nous avons toujours été déçu par ceux qui on voulu incarner médiatiquement l’urgence écologique. Avec nos faibles moyens, nous avons soutenu régulièrement diverses personnalités politiques. Ainsi nous avons relayé périodiquement les faits et gestes de Nicolas Hulot, actif aussi bien dans les médias que dans le milieu politique ; mais il a été obligé de démissionner de son poste de ministre de l’écologie. Nous avons salué l’avancée médiatique de Yannick Jadot qui a remplacé avantageusement Cécile Duflot en termes de notoriété ; mais il a abandonné son statut de présidentiable pour se jeter dans les bras de Benoît Hamon. Nous avouons avoir eu à une époque déjà lointaine un faible pour Arnaud Montebourg, qui nous paraissait pouvoir devenir le Jaurès de l’écologie ; mais il s’agit d’un velléitaire. Yves Cochet reste à notre avis le seul politique qui compte quant à l’incarnation de la cause écologique au niveau politique et livresque : mais il est complètement marginalisé dans son propre parti et maintenant reclus dans sa maison de campagne. Nous nous souvenons encore avec émotion de René Dumont, l’initiateur de l’écologie politique au moment de la présidentielle 1974 ; mais qui se souvient encore aujourd’hui de son nom ? Faute de candidat écolo consensuel, on en est encore réduit à encenser des figures symboliques comme Greta Thunberg.

Alors il faut attendre que la planète flambe un peu plus, que des catastrophes fassent des millions de victimes, que la famine gronde ici et là, que la guerre de tous contre tous se généralise et que des peuples se révoltent en ordre dispersé. Alors on fera à ce moment-là ce que Gilles Boyer envisageait dans son livre.

Pour une France de 30 millions d’habitants

La France ne peut nourrir que 30 millions de personnes « sobres » alors que ce pays compte déjà actuellement 67 millions d’habitants et qu’on arrive à 7,8 milliards d’humains sur la planète qui aimeraient bien vivre en France. ll faudrait en arriver à quelques conclusions déplaisantes… si on est logique ! Voici ce que dit l’article de Jean-Marc Tagliaferri qui justifie ce chiffre de 30 millions :

Quelle est la population maximum que peut théoriquement accepter la France, avec ses propres ressources et au niveau de vie que l’on estime comme minimum décent (manger, se loger, se chauffer, s’éduquer, se soigner)… tout en préservant les écosystèmes qui nous fournissent tout cela ? Cette question fondamentale n’est jamais posée. Voici quelques éléments de réponse. Aux deux dernières périodes « sans pétrole »  c’est à dire  avant 1900 et entre 1941 et 1944, le sol français abritait entre 39 et 40 millions de personnes, qui se nourrissaient dans le premier cas et qui survivaient à peine dans le second (on estime que l’Allemagne pompait en France de quoi nourrir 10 à 15 millions de personnes) SAUF :

1°) qu’à la première période la France possédait plusieurs millions de chevaux de trait (on les a encore utilisés en 1914 voire en 1940), des boeufs de labour,  des ânes et des mulets. Tout cela a disparu. Donc sans énergie fossile, la productivité des champs sera moindre, à la fois parce qu’ils ne seront pas désherbés et qu’ils ne seront pas fumés ! Quand à la permaculture, certes ça peut très bien marcher, mais ça ne s’improvise pas du jour au lendemain (et mon copain permaculteur passe 10 heures par jour dans ses 1000m2, rien à voir avec le jardin d’Eden où on tend la main de son hamac quand on a faim!

 2°) qu’à l’époque les sols français étaient vivants, épais, riches en humus, les entreprises chimiques n’ayant pas encore eu à écouler leurs surplus d’explosifs comme engrais et la majorité des exploitations fumant les sols avec les déjections animales et humaines !

 3°) qu’en outre la plupart des français ne mangeait pas de la viande ou du poisson à tous les repas comme une bonne partie le fait maintenant, ce qui diminuait la demande globale.

 4°) qu’un certain nombre d’infrastructures ne sont plus disponibles, par exemple les petits canaux d’irrigation qu’on a laissé se dégrader et qui pour la plupart ne sont plus alimentés par des rivières qui s’assèchent grâce aux « aménagements » dont elles ont bénéficié. Certes il y a de grands ouvrages qui survivront au post-pétrole (barrages, grands canaux) mais pour la plupart ils nécessitent des systèmes de pompage , des tuyaux et des arroseurs et l’énergie pour les faire fonctionner. Ajoutons que le 1/3 des terres agricoles de l’époque sont parties en forêt ou en urbanisation, autoroutes, TGV, etc. Donc mon pronostic est que le territoire français actuel pourrait nourrir durablement peut-être 30 millions de personnes « sobres » s’il venait à être privé d’engrais et de pétrole pour les machines agricoles, si on trouvait une dizaine de millions de bras pour aller remplacer les machines et si on adoptait des pratiques culturales aptes à sauver les sols.

 En réalité ceux qui veulent des immigrants supplémentaires se trompent quand ils croient que nous allons économiquement bénéficier de la présence des dentistes et écrivains du Moyen-Orient.  Pour être très cynique, les seuls immigrants « utiles » désormais sont ceux qui savent survivre en grattouillant une terre hostile, mais j’ai l’impression que c’est en train de devenir une denrée rare, car il n’y a pas qu’en France que l’éducation des jeunes est catastrophique du point de vue pratique : combien de jeunes africains qui survivent dans les bidonvilles de cités millionnaires  sauraient-ils cultiver un jardin ? Je ne pose même pas la question pour les jeunes français, j’ai déjà eu la réponse avec mon neveu et mes nièces:-

(Article de Jean-Marc Tagliaferri, envoyé pour notre blog biosphere le 24 septembre 2017 et qui méritait rediffusion)

Migrant·e·s, pour un accueil inconditionnel

La position de la commission « immigration » d’EELV peut être caractérisée par cette phrase ,« Pro-migrant·e·s : la rationalité de l’accueil inconditionnel ». Selon cette commission, la solidarité voudrait l’accueil inconditionnel, celui qui fait qu’une dynamique de concertation entre les présents et arrivants peut advenir… et des cultures nouvelles naître pour le bénéfice collectif. Voici quelques éléments sur la position officielle du parti EELV pour « le devoir d’accueil et la solidarité active aux réfugié·e·s politiques, économiques et environnementaux » telle que posée par la charte des valeurs et principes fondamentaux du mouvement, d’une part, en faveur d’une « politique d’accueil efficiente » pour répondre à la « crise de l’accueil » telle que votée par le conseil fédéral. On va s’efforcer de « quitter le terrain de la morale et de l’émotivité » pour « déplacer le débat sur le terrain des faits » : elles ne sont pas toujours là où la rhétorique de l’appel d’air, du grand remplacement et autres fantasmes malheureusement plus répandus qu’on croit dans le spectre politique.

1. Flux migratoires et empreinte écologique : D’abord, de combien de personnes parle-t-on ? Le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) estime à 740 millions le nombre de migrant·e·s internes dans le monde, contre 200 millions de déplacés pour les migrations internationales. On parle de 3 % de la population mondiale, un pourcentage resté stable ces cinquante dernières années. 37 % des migrations ont lieu d’un pays en développement vers un pays développé, seulement, 60 % se déplaçant entre pays développés ou entre pays en développement. 7 % des migrant·e·s (15 millions de personnes) sont des réfugié·e·s dont la plupart vit à proximité du pays qu’ils ont fui : j’ai coutume de citer le chiffre de 1 réfugié·e pour 6 libanais·e·s contre 1/300 français·e·s. Enfin, on estimait à 50 millions le nombre de réfugié·e·s environnementaux·ales en 2010 et 200 millions d’ici 2050. Dans ces conditions, j’avoue m’interroger sur l’analyse qui consiste à acter qu’un·e Français·e a une empreinte écologique respectivement 9 fois supérieure à celle d’un·e Érythréen·ne et presque trois fois supérieure à celle d’un·e Malien·ne pour arriver à la conclusion que « ce type d’immigration est donc néfaste sur un plan écologique ». En revanche, il y a une corrélation claire entre empreinte écologique française et déplacements forcés de populations pour raisons environnementales. Quant à ceux qui imputeraient malthusiennement à « une plus grande fertilité des femmes immigrées » l’empreinte écologique supplémentaire, les chiffres les plus récents montrent que, si la fécondité des immigrées est plus élevée que celle du reste des femmes : le surcroît de fécondité des immigrées ne pèse guère dans la moyenne nationale (il la fait passer seulement de 1,65 à 1,72, soit 0,07 enfant) ce qui est peu. En outre, il·elle·s « évacuent le problème général » de l’accès aux soins et – plus spécifiquement féministe – de l’accès aux soins, à la santé sexuelle et à la contraception dans une situation de cumul de vulnérabilités (femme, racisée, en situation de précarité administrative, etc.).

2. Accueil inconditionnel et domination néocolonialiste : Là encore, je m’interroge sur une approche qui consiste à imputer exclusivement au états du continent africain et, par extension, aux ressortissant·e·s de ces états, la responsabilité d’inégalités mondiales héritées justement d’une situation de domination coloniale, puis néocolonialiste qui perdure. L’exploitation par la France de l’uranium nigérien en est un triste exemple : même en simplifiant les causes des conflits à la seule question des ressources, leur exploitation étant globalisée, on ne peut éluder les responsabilités occidentales dans les conflits (pas seulement africains, d’ailleurs). L’accueil inconditionnel ne résout pas les causes de départ des pays d’origine, certes, mais il n’en est pas responsable et, surtout, il n’est pas incompatible avec le changement de comportements économiques prédateurs qui les favorisent. Si l’émigration sert de soupape à quelque chose, c’est bien plutôt à ces causes dont la « pression démographique » est la résultante. Je ne reviens pas sur l’accès à la santé qui illustre les inégalités sanitaires à un niveau mondial, cette fois : « investir dans l’éducation et améliorer le statut des femmes pourrait provoquer une « révolution contraceptive » dont les bénéfices couvriraient d’ailleurs de larges domaines de la santé, bien au-delà de la limitation des naissances, » disait Henri Léridon de l’INED. Toute la question est de savoir si cela est possible dans un contexte de dette pour grande partie coloniale et de réduction austéritaire de l’aide publique au développement. À titre de comparaison, elle représentait 135,2 Md$ en 2014, contre 554 Md$ en 2019 pour les transferts de fonds privés : difficile d’affirmer dans ces conditions que « ces pays ont besoin de ces émigré·e·s sur place et non de l’argent qu’il·elle·s envoient au pays, » d’autant plus au vu de l’impact très négatif de la crise sanitaire sur ces transferts de fonds vitaux pour les pays d’origine.

3. Éthique, humanisme et rationalité… parlons-en : Il est du devoir de l’État de faire droit à l’hébergement inconditionnel, c’est-à-dire quelle que soit la situation administrative des personnes en situation de rue. Cette situation de crise de l’accueil est la résultante d’une défaillance organisée de l’accueil par la puissance publique au prétexte de maîtrise de la dépense publique (mettons de côté la rhétorique de l’appel d’air qui consiste à considérer comme tellement attractif d’ouvrir un point d’eau potable au milieu d’un campement de rue, sic.). Or, le coût d’une politique de non accueil, voire de répression systématique de l’immigration, interroge lui aussi sur le bon emploi des fonds publics : dès 2009, la cour des comptes (institution pas tout à fait no border, guidée par la morale et l’émotivité) estimait en 2008 à environ 190,5 millions d’euros le coût de la rétention administrative en France, soit 5 550 euros par retenu·e (je ne sais pas combien vous payez de loyer mais ça paraît tout de même un brin exorbitant pour enfermer quelqu’un·e). Ceci sans compter qu’à 58,3 % des retenu·e·s ne seront finalement pas expulsé·e·s, la question de l’efficacité d’une telle politique au regard de ses objectifs mérite d’être posée. Je vous laisse imaginer le coût budgétaire et écologique d’une politique d’expulsion par avion, au profit de compagnies privées. Enfin, le coût de l’externalisation de la gestion des frontières de l’UE à la Turquie et à la Libye (avec au passage des marchés d’esclaves à ciel ouvert) se compte en milliards d’euros d’argent public. Je ne sais pas vous mais encore une fois à titre personnel, j’apprécierais que l’argent de mes impôts serve à accueillir et inclure, plutôt qu’à une maltraitance absurde de personnes à raison de leur origine, disons-le xénophobe d’État.

Pour ce qui est de considérer que la majorité des Français·e·s « subissent l’immigration plutôt qu’il·elle·s ne l’approuvent, » c’est aller un peu vite. Déjà, d’après une enquête Elabe d’octobre 2019, seul·e·s 10 % des Français·e·s estiment correctement la proportion de la population immigrée dans la société (en partant sur les estimations du ministère de l’Intérieur, pas particulièrement connu pour être gauchiste, on parle de 0,57 % maximum de la population française en réalité). Par ailleurs 2/3 Français·e·s se disent favorables à l’accueil des réfugié·e·s, selon la même étude. Il y a quelque chose de l’ordre du serpent qui se mord la queue entre une grosse partie de la classe politique persuadée que la population attend d’elle un rejet xénophobe et une opinion publique qui reçoit à longueur de journée des discours de cette partie de la classe politique à base d' »appel d’air », de « vagues ou crises migratoires » : le « grand remplacement » brandi comme un chiffon rouge par certain prendrait quelque siècles, sans doute l’argent dépensé à réprimer le serait mieux à accueillir.

Toutefois et si vous n’êtes toujours pas convaincu·e·s à ce stade, la seule Méditerranée a fait d’après le Missing Migrants Project depuis le 1e janvier 2020, environ un·e mort·e toutes les 11 heures et 37 minutes. J’ai coutume de parler d’une « horloge macabre, » on peut aussi s’interroger sur le coût de ces pertes humaines. Je l’écrivais déjà aux côtés d’Éva Sas et de Claire Grover, « refusons le populisme migratoire » : il tord la réalité, est aussi coûteux qu’inefficace et, enfin, tue. Je laisse le soin de compléter en tant que de besoin. Avec humanisme et réalisme, j’espère vous avoir convaincu·e·s que les deux n’étaient pas incompatibles…

Problème, anti-migrants ou anti-immigration ?

Problématique : J’ai plusieurs amis qui accueillent chez eux des migrants et j’ai beaucoup de sympathie pour leur engagement. Dois-je renoncer à convaincre mes amis d’adhérer à l’association  « Démographie Responsable » si elle est en désaccord ?

Analyse : La question n’est pas si l’on est « anti-migrants »car qui pourrait être insensible à la misère des migrants venus du tiers monde ? La question est plutôt de savoir si l’on est  » anti-immigration « . La réponse à cette question est difficile et doit être nuancée. Malheureusement, les interlocuteurs  » pro-migrants » ne veulent pas quitter le terrain de la morale et de l’émotivité et évacuent le problème général des flux migratoires avec des slogans de type « l’accueil d’abord « . Comme ils reprochent , souvent implicitement, à leur contradicteurs d’être des égoïstes qui ne veulent pas partager leur confort, il faut déplacer le débat sur le terrain des faits :

1. L’empreinte écologique. Celle d’un habitant d’Érythrée est de 0,5 gha, celle d’un Malien de 1,6 gha, et celle d’un Français métropolitain de 4,5 gha ( en 2016). En s’installant en France un immigré venu du tiers monde multiplie son empreinte écologique personnelle et augmente l’empreinte générale de la France et de la terre . Cet effet est encore renforcé, à terme, par la plus grande fertilité des femmes immigrées. Ce type d’immigration est donc néfaste sur un plan écologique. Les accueillants qui sont souvent des écologistes devraient être sensibles à cet aspect. Mais cela ne semble pas être le cas.

2. pression démographique et colonialisme. Même l’accueil le plus vaste ne change rien au problème démographique qui est à la base des flux migratoires, même si la cause immédiate sont souvent des conflits armés pour les ressources que doivent se partager une population toujours plus grande : même si l’Europe accueillait 100 millions Africains, cela ne baisserait que marginalement la pression démographique en Afrique dont la population de 1 350 000 000 habitants en 2019 est prévue de passer à 2 450 000 000 en 2050 ! Je rappelle que , contrairement à une idée reçue, l’Afrique est déjà en déficit écologique lequel augmente d’année en année. Pire, l’accueil sans discernement aggrave les problèmes des pays d’origine. D’une part, l’émigration sert de soupape de sûreté à la pression démographique et retarde par cela la prise de conscience que la solution ne peut venir que des pays concernés eux-mêmes. C’est un principe bien connu en psychiatrie : pour guérir, le malade doit être conscient qu’il est malade et cette prise de conscience passe souvent par la souffrance. Le malade ne peut pas guérir par des anti-douleurs. Pourtant, la soit-disant aide au développement des occidentaux consiste à donner des anti-douleurs. De l’autre, ce sont souvent les forces vives qui émigrent, les plus pauvres n’en ont pas les moyens. Or, ces pays ont besoin de ces émigrés sur place et non de l’argent qu’ils envoient au pays, rendant ainsi ces pays encore plus dépendant de l’extérieur. On estime à 1000 le nombre des médecins syriens qui soignent les seniors allemands au lieu de la population restée sur place. C’est une forme de colonialisme !

3. Ethique et humanisme. En dernier lieu je voudrais mentionner un aspect qui n’est pas en rapport direct avec la démographie mais qui me paraît important pour la clarté du débat. En général, les « pro-migrants » hébergent les immigrés le temps de régulariser leur situation administrative, souvent à force de pression médiatique. Ensuite ils les remettent aux bons soins de l’État français,c’est-à-dire l’ensemble des Français qui, au demeurant, dans leur majorité subissent cette immigration plutôt qu’ils ne l’approuvent. Sur un plan éthique, les accueillants exercent donc une sorte charité au frais d’autrui. Ce type de miséricorde, à bon prix, n’est prévue ni par la bible ni par la pensée humaniste. La conviction, et parfois la fierté, des accueillants d’être « bon », et les autres « mauvais », n’est pas justifiée. Ils agissent, pour reprendre la fameuse distinction de Max Weber, selon une éthique de conviction et non selon une éthique de responsabilité laquelle prend en compte tous les effets d’une action et pas seulement les effets immédiats qui dans le cas présent, donnent la bonne conscience à certains mais s’avèrent, à plus long terme, négatifs pour tous.

Martin Rott

Démographie Responsable et immigrations

L’association Démographie Responsable mérite d’être connue, c’est une des rares instances officielles qui aborde de front la question démographique. Cela n’empêche pas les débats internes, voici un échange significatif sur la question migratoire :

IY : J’ai plusieurs couples d’amis qui accueillent chez eux des migrants et j’ai beaucoup de sympathie pour leur engagement. Démographie Responsable défend-elle une position anti-migrants ? Dois-je renoncer à convaincre mes amis d’adhérer à notre association ?

GD, responsable de l’association DR : Démographie Responsable est une association et non un parti politique. Elle n’a donc pas vocation à s’exprimer sur tous les sujets de société qui peuvent régulièrement apparaître (PMA, GPA, Gilets Jaunes, retraites, racisme et j’en passe). Il n’empêche, lorsqu’un de ces sujets a une influence évidente sur la démographie, nous nous sommes inévitablement amenés à nous exprimer.Concernant l’immigration et en dehors de tout aspect moral ou humain du sujet, il me semble que la position de DR est assez bien contenue dans la pétition intitulée « La population française ne doit pas dépasser 70 millions d’habitants » où il est écrit ceci : « Chaque habitant supplémentaire ajoute en effet à la pression sur la nature et sur les écosystèmes aggravant ainsi notre empreinte écologique. Il ne faut plus inciter les couples à avoir plus de deux enfants, via les allocations et le quotient familial, et faire en sorte que le solde migratoire tende vers zéro.» Pour être plus précis, cela signifie que puisqu’un nombre assez significatif de français partent s’installer à l’étranger nous ne sommes pas opposés à ce qu’un nombre équivalent d’étrangers puissent venir s’installer en France. Au-delà, heureusement, chacun est libre individuellement d’avoir un avis sur la question des migrations et de l’exprimer. Un exemple assez marqué vient d’un de nos plus éminents membres d’honneur, à savoir Yves Cochet, qui se prononce ouvertement dans les médias sur ce sujet en déclarant ceci « la limitation des naissances nous permettrait de mieux accueillir les migrants qui frappent à nos portes ». La question démographique est suffisamment difficile à porter pour éviter de se cliver sur chaque sujet de société. Il faut donc se rassembler autour de ce qui nous unit.

MS : À ma connaissance, Démographie Responsable n’a pas de position de groupe par rapport aux migrations, il suffit de taper le mot « migrant » sur le moteur de recherche de notre site DR pour s’en rendre compte. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas réfléchir collectivement sur ces questions migratoires, l’évolution démographique inclut nécessairement les faits de natalité, mais aussi la mortalité et les mouvements migratoires. Si la France ne peut nourrir que 30 millions de personnes « sobres » alors qu’elle compte pourtant actuellement 67 millions d’habitants et qu’on arrive à 7,8 milliards d’humains sur la planète qui voudraient bien vivre en France, il faut en arriver à quelques conclusions déplaisantes… si on est logique ! Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas secourir les migrants à titre personnel, ma femme s’occupe de l’apprentissage du Français par des migrants et j’ai beaucoup d’amis issus de l’immigration, mais il faut comme en toutes choses savoir instaurer politiquement une régulation globale.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

2 mars 2018, Organisation mondiale pour une démographie responsable

13 décembre 2016, Le point de vue de « Démographie Responsable »

3 octobre 2016, Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

31 mai 2014, Démographie et Ecologie, un sujet extrêmement tabou

17 septembre 2012, Agir avec l’association « Démographie responsable »

3 septembre 2010, démographie responsable

Un spécialiste prévoit la fin du pétrole

La crise liée à la pandémie de Covid-19 va-t-elle accélérer la transition énergétique, et donc la fin rapide du pétrole ? Le journaliste Jean-Michel Bezat estime que oui, la planète pétrole n’est plus dans la situation des contre-chocs précédents de 1986, 2008 et 2014. Il n’y a pas si longtemps, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoyait une production à 120 millions de barils par jour en 2030. Mais au plus fort de la récession d’avril-mai, la demande quotidienne est tombée de 100 millions à 70 millions de barils. Elle reculera de l’ordre de 8 % sur l’année. Et après ? Des tendances réduisent sa consommation, la limitation des voyages en avion, la percée des véhicules électriques, le développement de l’hydrogène comme à la SNCF, la réduction du transport maritime sous l’effet de relocalisations industrielles. Le directeur général de Shell admet qu’il est « très difficile » de dire si la consommation retrouvera rapidement son niveau d’avant-crise. Au sein des compagnies pétrolières, l’ambiance n’est plus à l’euphorie des heures fastes. Depuis cinq ans, elles ont réduit leurs dépenses d’exploration et n’ont jamais découvert aussi peu de brut : 10 milliards de barils en 2019, deux fois moins qu’en 2015. Dissipés les mirages des sables bitumineux du Canada, la multiplication exubérante des forages par 7 000 mètres de fonds marins, les projets fous dans l’Arctique, région déclarée « no-go zone » par Goldman Sachs fin 2019. La Bourse est un juge de paix implacable, les valeurs pétrolières reculent depuis des années. Les investisseurs institutionnels tiennent de plus en plus compte du risque systémique du réchauffement climatique : une partie importante des réserves, qui constituent l’actif de ces « zinzins », devra rester sous terre si l’on veut réduire les émissions de CO2.

Jean-Michel Bezat, le spécialiste énergie du MONDE, peaufine sa conversion aux réalités biophysiques. Adepte autrefois du tout-pétrole, militant du court-termisme du prix du baril fixé par le jeu de l’offre et de la demande, il se penche maintenant sur les problèmes structurels de la merde du diable, c’est-à-dire la raréfaction des ressources en énergie fossile, la contrainte climatique, la chute des cours en bourse. Bienvenue Jean-Michel au pays des militants de la descente énergétique liée au fait qu’on a déjà dépassé le pic du pétrole conventionnel depuis 2006. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 avril 2020, post-Covid, une société sans pétrole ?

extraits : L’éditorial du MONDE titre : « Après la crise, sortir de notre addiction au pétrole. » Il s’intéresse au conjoncturel, le contre-choc pétrolier, une baisse du prix du baril manigancé politiquement par la Russie et l’Arabie saoudite. Il s’intéresse à la baisse de la demande qui risque d’être durable confinement oblige, et qui accentuera un cours à la baisse de l’or noir. Pourtant l’éditorial constate que le climat exige une diminution de la consommation de pétrole… mais il ne dit pas que le prix du baril doit augmenter !…

21 février 2019, Beyond Petroleum, des mouvements vers cet objectif

extraits : Jean-Michel Bezat, journaliste au MONDE, était un « spécialiste » du pétrole qui se contentait de commenter l’état du marché, c’est-à-dire le jeu de l’offre et de la demande. Aucune perspective à long terme, aucune mention des dangereux rapports entre pétrole et réchauffement climatique. Il était un adepte du court-termisme. Dans une chronique récente, il donne au slogan de BP, « Beyond Petroleum », une toute autre dimension. Sa prise de conscience des enjeux écologiques est réelle…

17 janvier 2016, Le juste prix du pétrole, le même en 2009 et en 2016 !!!

extraits : Le journaliste Jean-Michel Bezat* se contente de ce qu’il connaît, le jeu marchand de l’offre et de la demande : « juste prix du baril, prix qui assure la rentabilité des investissements de production sans tuer la demande de pétrole ». Donc pour faire plaisir à tout le monde, « un cours oscillant autour de 70 dollars ». Rien de nouveau sous le soleil, Bezat avait écrit exactement la même chose… en 2009 : Sous la rubrique matières premières (29-30 mars 2009), il s’interrogeait doctement sur le juste prix du pétrole ou optimum économique. Avait-il la réponse ? Oui, il avait la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffisait au journaliste de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe. Mais n’occultons pas la conclusion que faisait Jean-Michel : « Le sursis que les pétroliers s’accordent ne fera que rendre plus difficile la résolution de l’équation climatique. »…

25 septembre 2011, Jean-Michel Bezat occulte la fin du pétrole

extraits : Jean-Michel Bezat occulte la fin du pétrole en laissant trop de place à un écolo-sceptique, Daniel Yergin. Son article du MONDE* est d’autant plus biaisé qu’il dévalorise les analystes du pic pétrolier, traités d’adeptes du peak oil alors que ce sont des géologues confirmés…

La responsabilité des MBA, fermer Air France

Air France est incompatible avec les enjeux écologiques. Or notre monde organisé est peuplé de milliers d’organisations similaires, c’est-à-dire d’entités qui ont fait proliférer des réseaux de dépendance offrant, dès lors, très peu de prises au politique. Nous ne pouvons pas imaginer la fermeture d’Air France comme nous ne pouvons pas imaginer la fermeture d’une compagnie pétrolière, d’une entreprise de croisière ou d’une société qui promet des voyages spatiaux. La compagnie pétrolière est encore plus essentielle qu’Air France pour faire tourner nos économies sous perfusion aux énergies fossiles. L’entreprise de croisière offre des milliers d’emplois et des vacances bon marché à des cohortes de classes moyennes du monde entier. Les voyages spatiaux, du point de vue de la construction de nouvelles mythologies cherchant à forcer le possible, ne sont pas mal non plus ! Cette impossibilité nous dit beaucoup de cette incapacité du management à penser autrement que par la continuité. Pourtant l’avion, comme milles autres réalités de notre héritage industriel, est une « technologie zombie » à cause de sa dépendance à des énergies fossiles. Pour assurer notre mode de vie à l’occidentale, nous dépendons d’organisations qui sont elles-mêmes dépendante d’une source d’énergie en voie d’épuisement et source de réchauffement climatique. Comment résoudre cette contradiction ? 

Actuellement les formations MBA (Master of Business Administration) abordent les problèmes écologiques sous l’angle de l’économie. Les concepts mobilisés (développement durable, compensation, RSE, externalités, capital naturel…) renvoient à une conception soumise au « business as usual ». Les business schools ont une faculté extraordinaire à détourner tout ce qui pourrait contraindre la croissance du profit : faire de l’éthique une « éthique des affaires » ; faire de la pauvreté dans le monde un secteur d’« opportunités » ; une innovation intensive pour résorber le CO2 , le géo-entrepreneuriat ; créer des start-up en intelligence artificielle pour sauver les glaciers des Alpes… Or ces écoles de gestion ont un atout essentiel face à l’urgence écologique, elles sont en prise directe avec les firmes multinationales et les infrastructures technologiques qui ont été à la racine du développement industriel responsable de l’explosion des émissions de CO2 depuis plus d’un siècle. Elles doivent désormais former à la « redirection écologique », s’inscrire non plus dans le paradigme du développement durable, mais dans celui d’une « transition anthropocénique ».

Un protocole de redirection écologique consiste à imaginer la fin de ces entreprises pour des raisons d’urgence écologique. Il ne s’agit plus de maintenir en vie coûte que coûte, mais de penser le protocole de soin dans l’accompagnement d’une fermeture d’entreprise qui ne soit pas une faillite brutale. Le projet de décroissance va devenir le principal sujet des écoles de management. La redirection écologique offre aussi un nouvel horizon d’intervention aux pouvoirs publics, accompagner lucidement la fermeture d’organisations incapables d’envisager autre chose que la persévérance coûte que coûte dans leur être. En d’autres termes, il faut organiser la rupture avec le système thermo-industriel. Cela ne se fera pas en manifestant dans la rue.

NB : article librement composé à partir de la matière donnée au MONDE par des enseignants-chercheurs qui pilotent le projet « Closing Worlds Initiative »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/05/inaugurer-le-temps-des-arbitrages-ou-tout-ne-pourra-heureusement-ou-malheureusement-etre-maintenu_6041915_3232.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/04/les-grandes-ecoles-doivent-former-a-la-redirection-ecologique_6014262_3232.html

Une démocratie véritable par tirage au sort

Il est possible d’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes à un niveau national, c’est ce que démontre la convention citoyenne pour le climat. Le recours à des panels de citoyens désignés par le hasard fait un retour significatif dans les démocraties libérales. Cette démarche rompt avec une théorie politique fondée sur l’élection comme mode de désignation légitime des représentants. Elle s’inscrit dans une ancienne tradition. Au IVe siècle avant J.-C.  était selon la formule d’Aristote « considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu’elles soient électives ». Dans un contexte marqué par la professionnalisation du politique et une crise de défiance envers les élus, le recours au sort présente une rupture. La compétence collective d’un groupe repose moins sur les aptitudes personnelles de ses membres que sur leur diversité cognitive ; une assemblée tirée au sort a plus de chances de produire des décisions justes et intelligentes qu’une assemblée élue. On s’y expose à la diversité et on se débarrasse des logiques partisanes, des lignes fixes, ce qui amène à évoluer dans ses opinions. Le temps de la délibération amène à réfléchir collectivement pour produire du consensus. Reste la question qui tue, posée par Claire Legros dans LE MONDE : « Puisque les participants ne sont pas élus, au nom de qui parlent-ils ? »

Soulignons d’abord qu’un élu ne représente qu’une fraction du peuple, il n’a pas une véritable légitimité. C’est d’autant plus vrai que ses votes décisionnels sont personnels, en fait il ne représente que lui-même, soumis non seulement à ses préjugés mais aussi aux diktats du parti qui l’a fait élire et aux lobbies qui tournent autour de lui. Par contre un citoyen ordinaire désigné par tirage au sort se fait une opinion au contact collectif d’experts de différents horizons, une convention citoyenne est d’abord un processus d’apprentissage. L’objectif est d’arriver à définir le bien commun, pas de se soumettre à un programme politique préexistant défini unilatéralement par un leader. La démocratie ne sera réalisée que si les citoyens ne délibèrent pas au nom d’intérêts particuliers, mais au nom des acteurs absents, les générations futures et les autres espèces vivantes, tous ceux qui ne participent pas à nos procédures « démocratiques » actuelles mais qui sont pourtant concernées au premier chef par nos décisions présentes. Malheureusement cet idéal de délibération démocratique se heurte aux pesanteurs de la démocratie élective. La représentation issue des urnes veut avoir le dernier mot. En Islande, le projet de nouvelle constitution élaboré en 2011 par une assemblée citoyenne a été remisé aux oubliettes par le Parlement. Les recommandations du G1000, vaste panel organisé pour repenser le système politique belge, n’ont pas été suivies d’effets. Et la démocratie référendaire fait aussi preuve de son incompétence ; en Colombie- Britannique, les propositions de 150 citoyens réunis pendant près d’un an ont été rejetées par référendum. En France, si les recommandations de la convention pour le climat ne sont pas mises en application, les citoyens n’auront aucun recours juridique : les suites à donner dépendent de la seule volonté du président Macron.

La solution d’avenir serait d’utiliser le hasard pour compléter, si ce n’est remplacer, le processus électoral. La réforme constitutionnelle de 2018, reportée à deux reprises, prévoyait en France de transformer la troisième chambre consultative, l’actuel CESE, en « Conseil de la participation citoyenne », avec la capacité de réunir notamment des conventions de citoyens tirés au sort. A défaut de réforme officielle, le CESE invite depuis deux ans des participants tirés au sort à travailler aux côtés de ses membres officiels. La démarche que nous poursuivons sur ce blog biosphere depuis des années consiste à vouloir remplacer complètement, dans un système de démocratie de masse, le cirque électoral par le tirage au sort généralisé, cf nos articles antérieurs :

15 mars 2016, Le tirage au sort peut remplacer les procédures électives

extrait : Les fondateurs des républiques modernes souhaitaient une sorte d’aristocratie élective, laquelle ne pouvait pas provenir du tirage au sort, et ils voulaient que soit légitimée sans conteste l’autorité politique grâce au vote formel des citoyens. Cette justification de l’oligarchie élue témoigne d’un mépris certain pour les capacités du peuple…

15 mai 2016, Pour le tirage au sort des députés et sénateurs

extrait : Il serait bon que soit généralisé le tirage au sort parmi les différents candidats à un poste de responsabilité. Tout conflit interpersonnel et/ou clanique serait ainsi évité. Avec ce système, il serait impossible de devenir permanent du parti et très difficile de cumuler les mandats…

26 août 2016, Votons pour des députés désignés par tirage au sort

extrait : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie », résumait Montesquieu. A l’époque de Périclès, son usage concernait la grande majorité des magistratures. C‘est une nécessité aujourd’hui face à la professionnalisation de la politique, l’homogénéité sociale des élus, l’absence de rotation des mandats. Dans des démocraties minées par la médiocrité des campagnes électorales, le tirage au sort présente une précieuse vertu : alors que l’élection suscite passions et divisions, le tirage au sort assure le sérieux et la neutralité des débats. L’attention pour le bien commun se renforce car les citoyens tirés au sort ont un atout majeur : la liberté. Ils n’ont pas à combattre pour se faire élire ou réélire. Un livre paru début juillet 2016, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », envisage cette idée de faire de la politique autrement…

3 janvier 2017, Biosphere-Info comment faire de la politique autrement ?

Extrait : Comment envisager des procédures démocratiques pour faire de la politique autrement. Yannick Jadot, présidentiable écolo pour 2017, définit trois possibilités : « Instaurons des votations citoyennes, des conférences de consensus et des assemblées citoyennes tirées au sort. » . Analysons ces trois procédures…

21 mars 2017, Allons bien au-delà de la démocratie représentative

extrait : En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, on a souvent oublié cela. L’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent…

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

extrait : Le nombre de personnes pour représenter le peuple en réflexion est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Une Conférence de consensus avec une vingtaine de participants suffit. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui…

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

extrait : Emmanuel Macron annonçait le 25 avril 2019, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. 150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale »…

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

extrait : Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus…

La publicité commerciale est indéfendable

Un rapport consacré à la « publicité et à la transition écologique » et commandité par la ministre de l’écologie vient d’être rendu public. Mais à la différence des associations qui s’attaquent à la publicité de manière frontale, les deux rapporteurs préfèrent « une stratégie permettant au secteur publicitaire de devenir un acteur de la transition écologique… évitant  des blocages de la profession. » Les rapporteurs espèrent simplement que la profession saura se doter de« règles d’autodiscipline pour une fonction plus responsable » !Autant dire qu’il ne faut rien faire contre le système marchand qui dévore la planète et nous avec. Pourtant beaucoup d’arguments amènent à penser que la publicité commerciale devrait être complètement interdite  :

1/3) La publicité ne relève pas de la liberté d’expression : Le fondement constitutionnel de la liberté d’expression en France repose sur l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789  : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Le Constituant entendait favoriser le débat d’idées. Il ne visait explicitement que la libre communication « des pensées et des opinions », certainement pas des informations ordinaires et encore moins de la publicité commerciale qui n’existait pas à l’époque. La publicité n’a nullement pour objectif de transmettre des idées mais de faire vendre des produits. Elle a donc plutôt pour fondement la liberté d’entreprendre ou la liberté du commerce et de l’industrie, des libertés dont la portée est susceptible de limitations dans l’intérêt général. De plus « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui » est-il écrit à l’article 4 de la Déclaration de 1789, laquelle précise, dans son article 5, que la loi peut défendre les « actions nuisibles à la société ». Or, l’affichage publicitaire porte fréquemment atteinte à des droits fondamentaux et en premier lieu à la conception libérale de la liberté d’expression. La liberté d’expression apparaît, en effet, comme la liberté de celui qui s’exprime, qui parle, qui écrit… mais on ne saurait oublier qu’elle doit être totalement conciliée avec la liberté de celui qui est susceptible de recevoir le message. Nul ne peut être contraint, sauf abus, d’entendre, de lire, de voir un message contre son gré. La liberté d’expression ne saurait en aucun cas se confondre avec une quelconque liberté d’agression.Même si la Déclaration de 1789 mentionne explicitement la liberté de l’émetteur, elle ne néglige pas pour autant la liberté du receveur. Le juge constitutionnel donne, en cas de conflit, la préférence à la liberté du receveur sur celle de l’émetteur (décision des 10-11 octobre 1984 sur les entreprises de presse).

2/3) La publicité, c’est de la propagande : On retrouve dans le phénomène publicitaire tout ce qui caractérise la propagande : manipulation, désinformation, aveuglement, idéologie confinant à l’idolâtrie religieuse et même tendance totalitaire. Il est totalitaire en ce ce qu’il détourne, en en inversant le sens, toutes les valeurs et tous les imaginaires vers le consumérisme. Le naturel fait vendre de l’artifice, le sport de l’obésité, l’écologie de la pollution, l’artisanat des marchandises industrielles, la liberté de la dépendance. Selon Hitler, pour attirer l’attention des masses, la propagande doit « se limiter à un petit nombre d’objets et les répéter constamment… Son action doit toujours faire appel au sentiment et très peu à la raison… Son niveau spirituel doit être situé d’autant plus bas que la masse des hommes à atteindre est plus nombreuse. » La publicité a même techniquement surclassé la propagande du passé. Fondé sur les sciences humaines, elle a dépassé le stade du bricolage empirique, ce qui la rend plus efficace. Par exemple John B. Watson, fondateur du behaviorism et vice-président d’une des premières transnationales de la publicité, disait vouloir éliminer les « attitudes sociales qui résistent à la consommation. » (De la misère humaine en milieu publicitaire (comment le monde se meurt de notre mode de vie) par le groupe Marcuse)

3/3) La publicité, c’est le règne des marchands : Il est toujours plus facile de faire croire aux gens qu’ils sont libres et souverains que de leur faire comprendre que ce n’est pas si simple. La publicité peut être définie comme un processus de communication orienté émanant d’une organisation, structurée de façon à favoriser l’émetteur du message, dans le but de convaincre la cible d’aimer et d’acheter un produit et un service. Au service des pouvoirs économiques qui disposent du capital requis pour s’offrir ses coûteuses prestations, son rôle est de redorer leur blason en propageant des bobards qu’ils voudraient que les populations gobent. Dans la publicité, il ne s’agit ni d’échanger, ni de confronter des idées. On veut imposer des « images ». C’est une communication à sens unique. N’admettant de réponse qu’en termes d’achat, la suggestion publicitaire est de l’ordre de l’hypnose. La création artistique au Moyen Age était au service du pouvoir féodal et de la religion. Aujourd’hui l’imagerie publicitaire est au service de la religion consumériste et de ces nouvelles puissances féodales que sont les marques.

La publicité dévore la planète et nous avec

La publicité dévore la planète et pollue nos sentiments. Vingt-deux associations, dont Les Amis de la Terre France, Foodwatch, l’institut Veblen, Résistance à l’agression publicitaire (RAP), Sherpa, Communication sans frontières…, dénoncent dans un rapport l’influence des milliards d’euros investis en dépenses publicitaires sur les comportements, en contradiction avec la transition écologique. Les dépenses annuelles mondiales de publicité et de communication des grandes entreprises dépasseront les 1 500 milliards de dollars (1 320 milliards d’euros) en 2021. En France, elles seraient de 46,2 milliards d’euros. D’autant plus que le pouvoir d’influencer est complètement déséquilibré. Parmi les quelque trois millions d’entreprises en France, moins de 1 % ont accès au marché publicitaire. Le secteur automobile se dispute chaque année avec celui de la grande distribution la place de premier investisseur publicitaire. Propositions des associations : « Dans le cadre d’une approche progressive, il s’agirait d’interdire la publicité uniquement pour les véhicules plus polluants, pour les offres de voyage à haute intensité de transport ,pour tous les aliments de la malbouffe ». On demande des mesurettes alors qu’il faudrait supprimer complètement la publicité !

Il est regrettable que le mouvement écologiste ne soit pas tellement à la manœuvre pour combattre la publicité, cet instrument décisif de la surconsommation et du gaspillage de ressources naturelles. Nous saluons les ouvrages de référence, De la misère humaine en milieu publicitaire (par le groupe Marcuse) et Le bonheur conforme (essai sur la normalisation publicitaire) de François Brune. Nous avons aussi réalisé des synthèses sur la publicité, ainsi ce Biosphere-info de juin 2013, écologie et publicité, ou cette autre référence à François Brune, Nature et publicité. Mais vous pouvez agir avec le R.A.P (résistance à l’agression publicitaire) ou les déboulonneurs…  A chacun d’entre nous de trouver sa voie, collective ou individuelle, pour se libérer de la publicité.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

2 février 2016, Faire disparaître les riches, l’innovation… et la publicité

18 janvier 2016, Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant

30 décembre 2015, Ascèse ou désir, l’emprise de la publicité sur nos vies

26 novembre 2014, Action municipale contre la publicité, autres actions…

6 septembre 2014, Halte à la publicité sur les chaînes publiques et privées

3 décembre 2013, « déboulonneurs » de publicité, des publiphobes ?

4 septembre 2013, Publicité, désinformation et dévastation du monde

3 septembre 2013, Publicité, règne des marchands et de la propagande

2 septembre 2013, La publicité ne relève pas de la liberté d’expression

L’effet débond et la définition du suffisant

« Nous consommons trop, nous produisons trop, nous polluons trop, nous détruisons trop, collectivement. La décroissance doit être une décroissance des inégalités. Cette décroissance des inégalités ne doit en aucun cas se traduire par une augmentation du pouvoir d’achat global , cela ne saurait constituer un objectif raisonnable. Comment croire sérieusement qu’il ne faudra pas réduire aussi la production et, avec elle, faire baisser le revenu moyen ? Il nous faut abandonner le mécanisme d’ostentation, cette logique de « compétition positionnelle », cette volonté de vouloir dépasser les autres qui est un moteur de la croissance économique et qui devient un jeu à somme négative. Cette logique digne des Shadoks démontre l’incapacité à appréhender la question du suffisant … (Baptiste Mylondo) » 

Bien entendu certains commentateurs sur lemonde.fr y vont de leur méchanceté gratuite : « On a déjà essayé dans les pays communistes… Bienvenue en URSS… En général, définir le et limiter au suffisant aboutit à ce que le nécessaire ne soit pas produit… Ce rêve égalitaire de décroissance supposerait la fin des libertés pour tous… On a le cours du prof de philo, manque juste celui du prof de TP. Une paille… ça commence à devenir lassant ces tribunes du Monde qui disent la même chose… » Les commentaires du genre « bienvenue en URSS » me font franchement rire ! Ils ne voient pas qu’aujourd’hui, les producteurs et leurs publicitaires décident pour nous, ce qu’on appelle la filière inversée. Mais d’autres vont à l’essentiel : « Qui va définir ce qui est suffisant? Quel contenu mettre dans ce terme? Est-ce avoir un toit, trois repas par jour et un service de santé ? Y ajouterait-on la culture, mais là on entre dans une spirale infernale ? » Si on considère que la croissance est un choix de société, la décroissance pourrait en être un autre. Voici quelques modalités du suffisant rapportées par le livre qu’a supervisé Mylondo en 2009 :

Les stratégies de débond vont à l’opposé des stratégies de rebond. Il faut identifier les facteurs limitant : temps, monnaie, infrastructures, propriété, aliénation, inégalités. Des activités telles que le jardinage, la randonnée, les repas qui s’étirent en longueur, l’usage de la bicyclette réduisent le temps disponible pour d’autres activités polluantes ; elles créent un « débond temporel ». La baisse du temps de travail et le partage du travail est incontournable. Une période de crise est un moment privilégié pour passer par exemple à la semaine de trois jours. Il s’agit globalement d’allouer plus de temps à la rencontre humaine, à la relation avec la nature, plutôt qu’à produire et consommer. Limiter la monnaie, c’est réduire la capacité financière d’exploiter. Ce serait une politique de décroissance post-keynésienne, dans le sens où elle agirait sur le budget et la monnaie mais viserait à réduire la demande plutôt que de l’augmenter. Une autre piste consiste à remplacer les monnaies existantes par des monnaies alternatives locales. Les politiques de décroissance réduisent les infrastructures dédiées à la production et à la consommation, par exemple les infrastructures de transport. De manière très concrète, il faut diminuer les incinérateurs, les aéroports, les autoroutes, les lignes haute tension, les infrastructures touristiques, etc. Il s’agit de promouvoir des infrastructures basées sur le local.

Les droits de propriété sont des droits à exploiter. Il faudrait donc réduire les droits de propriété sur le biologique, le sol et les minéraux ainsi que la capacité à exploiter. Par ailleurs les droits de propriété sont des freins à la mutualisation de nombreux biens et donc à la satisfaction individuelle et collective des besoins. L’information sur l’effet rebond doit être diffusée ; cette sensibilisation peut en réduire l’ampleur. Favoriser une prise de conscience impliquerait évidemment d’imposer des restrictions à l’industrie de la publicité. Il s’agit globalement de promouvoir la communication et la compréhension mutuelle et de réduire la dépendance extrême au confort, la peur de la nature, la non-compréhension des conséquences de nos actions. Limiter l’incitation à la production et à la consommation liée aux inégalités nous invite à explorer les solutions telles que le revenu maximal, le revenu minimal inconditionnel, la remise en question du secret bancaire et fiscal. Bien sûr cela passe par l’exploration de toutes les possibilités liées à la réduction de l’échelle des salaires et à la valorisation du travail bénévole. (François Schneider) 

Payer en billets cash ou par carte bancaire ?

Damnation, la peur non fondée de la transmission du coronavirus par l’intermédiaire des pièces et billets a favorisé l’accélération des paiements digitaux. Cela facilite l’évolution mortifère vers une société sans argent liquide. Un tiers environ des billets en euros « partent à l’exportation », parce que l’euro, comme le dollar, constitue, en tant que monnaie stable, un instrument de thésaurisation, notamment en Afrique, en Russie, en Europe orientale ou au Moyen-Orient. Un autre tiers des billets imprimés est conservé sous le matelas en Europe. Enfin le dernier tiers sert à payer, mais cette part « évolue à la baisse ». Pour LE MONDE, « Il n’y aura pas de retour en arrière » : « Le cash était déjà sur une pente descendante. Au milieu des années 2000, les paiements en espèces soutenaient un cinquième du PIB, l’an prochain ce sera un septième. » L’innovation pour l’innovation se déchaîne, carte bancaire biométrique avec capteur d’empreintes digitales, cryptomonnaies et bitcoin, projet commercial Libra de Facebook, etc. Les afficionados du langage binaire suivent la mode. Mais l’argent liquide ne va pas disparaître brutalement, les populations fragiles n’ayant souvent pas d’autres moyens de paiement que le cash . La Banque de France a dû rappeler à des commerçants que les espèces bénéficiant du cours légal en France, elles ne pouvaient pas être refusées.

Nous n’avons pas besoin de carte bancaire. Comme le portable, c’est signe de l’informatisation forcenée de notre société. Les pièces et billets était un système qui avait atteint son degré de maturité. Les échanges étaient de fait plus limités, le capital et le travail ne pouvaient que difficilement s’exporter dans les pays étrangers. Avec le chèque, la dématérialisation de la monnaie était arrivée à un point tel qu’elle permettait déjà toutes les dérives financières. Les échanges étaient simplement indiqués dans des lignes de compte au niveau bancaire, non tangible pour l’utilisateur, non contrôlable. Les banques sont capables de créer de la monnaie ex nihilo, à partir de rien, de faire crédit à des entreprises insensées comme les placements pourris qui ont conduit à la crise des surprimes en 2008. Jetons nos cartes bancaires en 2021et gardons nos billets. Ce n’est pas revenir au troc, à l’or ou à l’argent, c’est revaloriser une monnaie fiduciaire en laquelle il fallait faire confiance, mais qui ne profitait pas aux marchés financiers !

Revenir aux années 1960, sans portable ni carte bancaire, c’est revenir à une époque où les États et les ménages ne croulaient pas sous les endettements… En tant qu’écologiste, il nous faut penser à l’ancienne, ni portable, ni GPS, ni carte bancaire. La simplicité volontaire contribue à la réduction de notre poids sur la planète. Mais l’exemplarité d’une minorité ne sera suivi que quand les gens y seront obligés… comme ils sont obligés aujourd’hui à ne pas se passer de carte bancaire. Il n’y a jamais d’évolution linéaire sur le long terme, il y a aussi des retours en arrière. En effet les gens seront inéluctablement obligés d’en revenir aux pièces et aux billets. La raréfaction des hydrocarbures et autres ressources naturelles montreront à tous dans l’avenir qu’il nous fallait ressentir les limites de la planète et l’exprimer dans notre mode de vie. On se passera d’électricité, du moins pour une très grande part, et les serveurs de nos monnaies électroniques dépériront en période de descente énergétique jusqu’à en mourir. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

6 mars 2017, La menue monnaie interdite par le tout électronique

14 juillet 2016, dématérialisation, histoire de la catastrophe monétaire

L’économie circulaire, une vraie entourloupe

« Une grosse partie des déchets n’est pas recyclable. Prenons une simple canette : il y en a en acier, en alu, d’autres qui ont la paroi en alu et le culot en alliage. En tant qu’ayant fondée une start-up de l’économie circulaire pour recyclage des canettes, La Boucle verte, je me suis rendu compte qui’il y avait une telle complexité des modes de consommation, des matériaux, des filières de tri, de revalorisation, que c’était impossible d’arriver à l’objectif utopique de tout recycler. Par exemple 22 % des canettes finissent comme sous-couche routière à l’issue de leur incinération. De plus la canette consommée à Marseille doit partir à Strasbourg pour être refondue, ce n’est pas viable. Quand on voit qu’on n’est même pas capable de recycler parfaitement un emballage aussi basique, et que cela nécessite des filières lourdes à forte empreinte écologique, on se demande comment ce serait possible pour tous les objets bien plus complexes qui nous entourent. Un téléphone est composé de dizaines de métaux et de différents plastiques. Le recyclage d’une quantité toujours plus grande de déchets est une équation qu’on ne peut pas résoudre. Il faut arrêter de se mentir en se disant qu’on va trouver une énième solution qui va sauver la planète. Vouloir résoudre un problème qui a trouvé sa source dans la technologie par une nouvelle technologie, c’est une complexification sans fin du système. On devra détechnologiser progressivement pour utiliser des techniques simples, déjà éprouvées, avec de faibles impacts sur l’environnement. Chacun devra faire des efforts, mais c’est vital. Sinon le confort, on le perdra quand on se prendre un effondrement écologique.J ’ai perdu la foi en une croissance verte, maintenant je suis partisan d’une décroissance choisie ; c’est la seule manière de faire de la vraie écologie. » (Charles Dauzet, interviewé par le mensuel La Décroissance de juin 2020, extraits)

Bibliographie

2010 2010 Quel futur pour les métaux ? Sous la direction de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon

2011 Cradle to cradle (du berceau au berceau ou créer et recycler à l’infini) de William McDonough et Michael Braungart

2014 L’âge des Low tech (Philippe Bihouix)

Pour en savoir plus sur l’économie circulaire grâce à notre blog biosphere :

24 septembre 2013, économie circulaire, écologie industrielle, un leurre

Dans leur livre Cradle to cradle (du berceau au berceau ou créer et recycler à l’infini), les auteurs espèrent qu’un jour tout ce que l’humain peut produire pourra littéralement être mangé ou tout au moins digéré sous forme d’humus, éliminant ainsi jusqu’à la notion même de déchets. C’est l’économie circulaire de « l’écologie industrielle ». Notons pourtant que William McDonough et Michael Braungart définissent une éco-bénéficience sans jamais donner de moyens sérieux pour la réaliser… Ils travaillent pour les grandes entreprises et rêvent de moquettes et de pérennité de la voiture individuelle !

2 mars 2016, Pour une stratégie industrielle circulaire et fonctionnelle

Nicolas l’a dit : « En lieu et place d’une économie « linéaire » qui, d’un même mouvement épuise les ressources et accumule les déchets, c’est vers une économie « circulaire » (selon l’appellation germanique) qu’il faut s’orienter, en cherchant à rapprocher nos écosystèmes industriels du fonctionnement quasi cyclique des écosystèmes naturels. L’ambition industrielle s’inverse : elle ne consiste pas à produire pour produire, mais à réduire, récupérer, réutiliser, re-fabriquer et recycler les productions. Il y a transformation des déchets en ressources et les matières utilisées en matières premières. Il faut sortir de l’ère du jetable et du gâchis… Ouvrir ce chantier, l’encadrer, le planifier et le mener à son terme n’ira pas sans imposer des contraintes réglementaires. (Le pacte écologique de Nicolas Hulot, 2006 »

24 avril 2018, Économie circulaire, on en parle, on le fera peut-être

Nicolas Hulot l’a (presque) fait, douze ans plus tard ! C’est le premier ministre en personne, accompagné de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’écologie Nicolas Hulot, qui a présenté la feuille de route de ce modèle économique qui veut rompre avec l’ère du « fabriquer, consommer, jeter ». Les cinquante mesures reprennent les anciennes, tendre vers 100 % de plastiques recyclés en 2025 », réduire de 30 % la consommation de ressources ou encore créer jusqu’à « 300 000 emplois supplémentaires » dans l’économie circulaire… JEROME GONSOLIN sur lemonde.fr : « Je vois mal comment ces mesures peuvent produire les objectifs affichés: « mieux informer », « valoriser les déchets », « simplifier les règles de tri »…, tout ça n’agit en rien sur le volume de déchets ! J’étais à McDo ce midi, pour un menu à 5,3 € on produit un emballage de hamburger, un gobelet avec couvercle+paille, un sachet pour frites, un set de table, et avec les divorces tous les parents qui ont la garde de leurs enfants et la flemme de faire à manger sont venus polluer… et moi aussi !« 

14 décembre 2009, Économie, l’art de réduire les dépenses

La fable de l’économie telle que l’expose la quasi-totalité des manuels de sciences économiques en fait un système circulaire d’échanges de valeurs entre la sphère des entreprises et la sphère des ménages. C’est un système conceptuellement clos, une sorte de machine intellectuelle réalisant le mouvement perpétuel à l’intérieur d’un grand parc aménagé pour la satisfaction à court terme des plus riches, et pour le plus grand malheur de tous à moyen terme. Mon petit Larousse me dit : «  Economie, Art de réduire les dépenses » ou « ce que l’on ne dépense pas ». Ce sens traditionnel a malheureusement  été bien oublié au profit d’une économie de croissance qui a épuisé la biosphère.

Décroissance de la logistique commerciale

Toi qui me lis, tu es sans doute esclave d’une logistique. « Nos modes de consommation repose sur l’approvisionnement en continu de points de vente ou de livraison à partir de grandes plates-formes logistiques, en clair de vulgaires entrepôts. Que ce soit pas le biais des supermarchés, des magasins de prêt à porter, ou avec le e-commerce, la très grande majorité de ce que nous consommons transitent par ces plate-formes. Le confinement sanitaire a démontré que nous avons absolument besoin des entrepôts puisque nos modes de vie sont dépendants de ces circuits logistiques. La circulation, et non plus tellement la production, est devenue un élément central des économies libérales. Un quart des ouvriers travaille dans la logistique contre seulement 15 % autrefois. Les salariés ne disent pas les robots nous remplacent, mais nous ne sommes que des robots.On a besoin des cargos et des conteneurs, des ports et des aéroports, des camions et des avions, des routes et autoroutes Plusieurs éléments expliquent cette nouvelle structuration. D’abord la phase de délocalisation des activités manufacturières ; on produit dans les pays à bas coût, on les consomme chez nous. De plus, depuis le début des années 1980, les multinationales ont découpé leurs activités par externalisation.Un smartphone transite par des dizaines de sites industriels avant d’arriver sur un point de vente ou directement à domicile. Le hors-sol à bas prix devient possible, le local est décrédibilisé. Sortir de ce système est un chantier monumental. En effet la dépendance des consommateurs s’est accru pendant la période de pandémie, le e-commerce, les livraisons à domicile, ou l’usage des drives ont gagné en légitimité en se portant garant d’une continuité d’approvisionnement. Pourtant cette structure logistique consomme des quantités phénoménales d’énergies fossiles et rejettent massivement du CO2 par le bais des transports multimodaux. » (propos de David Gaborieau, sociologue des « usines à colis », interrogé par le mensuel La Décroissance, juin 2020)

Pourtant l’avenir est clair, sans énergie fossile il n’y a plus de logistique possible. Citons James Howard Kunstler : « D’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement… » Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

11 mai 2020, post-Covid, l’espoir ténu de l’autosuffisance

19 avril 2020, post-covid, pour une écologie de rupture

Connaître Yannick Jadot, présidentiable 2022

Yannick Jadot en tête lors de la présidentielle 2022 ? Un écolo institutionnellement crédible ? Avec quel discours ? « Se réconcilier avec l’avenir, c’est se réconcilier avec la nature » ; « Le combat écologique, c’est la défense du beau de l’humanité » ; « Si vous voulez être ministre, ça s’organise, vous appelez machin… Je n’ai jamais fait ça. »

Mais qu’est-ce qui se niche vraiment dans la tête de Jadot, LA cause écolo ou SA cause perso ? Jérôme Gleyzes n’est pas jadotiste : « Les médias considèrent que Yannick est l’interlocuteur officiel du parti, mais il n’est même pas membre du conseil fédéral ! Il n’est qu’une construction spectaculaire. Ce qui m’intéresse, c’est d’imposer l’écologie, pas de construire sa carrière. » En 2005, Francine Bavay membre des Verts. « J’ai immédiatement diagnostiqué chez Jadot une ambition démesurée. Autant pour la transformation de l’écosystème que pour lui. » En 2007, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie : « Le Grenelle de l’environnement, c’était très technique et Yannick était ultra-ultra-présent. Il bossait, il bossait. Très pointu, acharné, méticuleux, d’une grande précision technique. » En 2011 Dominique Voynet accueille Yannick Jadot au siège des Verts : « Salut, gros connard… Pardon, sale enculé de ta race. Je me demande ce qui me retient de te casser la gueule. » ; Jadot vient de lâcher sur un coup de tweet la campagne présidentielle d’Eva Joly, candidature dont il était pourtant le promoteur ­originel .

Lors de la présidentielle de 2017 Yannick passe également du zig au zag en un temps record : 1) Jadot participe au projet avorté de grande primaire de la gauche ; 2) Jadot est investi candidat des Verts à la présidentielle 3) Jadot se désiste de son propre chef au profit de Benoît Hamon, le candidat du PS. Maintenant il travaille sa présidentialisation 2022 avec l’énarque Pascal Brice, l’économiste Daniel Cohen ou le patron de Danone Emmanuel Faber, celui d’Orange Stéphane Richard ou encore celui de Veolia Antoine Frérot. Que du beau monde, pas particulièrement connu pour sa fibre écolo ! L’écologie n’en finit plus de devenir cause nationale, tout est aligné pour l’avènement du moment vert, c’est même un mystère de la nature qu’un écolo ne soit pas déjà président. Mais la vie politicienne n’est qu’attente d’un monde meilleur… depuis des milliers d’années. Pour en savoir plus sur Jadot grâce à notre blog biosphere :

bibliographie : Climat, la guerre de l’ombre (Yannick Jadot)

articles 10 mai 2020, Post-covid, qui sera président en 2022 ?

7 juin 2019, Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

15 novembre 2018, Yannick JADOT : « La taxe carbone est utile SI… »

24 février 2017, Yannick Jadot veut dissoudre EELV dans le PS

21 février 2017, Yannick, votons pour une écologie autonome et libre

14 janvier 2017, B.Hamon et Y.Jadot, pour quel revenu d’existence ?

8 février 2017, Pourtant Yannick Jadot mange des tomates en hiver !

12 janvier 2017, Yannick Jadot, « un programme écologiquement pur »

7 janvier 2017, Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde

22 décembre 2016, Quel espace politique pour le candidat Yannick Jadot ?

12 décembre 2016, Yannick JADOT, le présidentiable qui monte, qui monte

5 décembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable meilleur que Mélenchon

17 novembre 2016, Ni Juppé, ni Valls/ Macron, ni Mélenchon, Jadot !

8 novembre 2016, Un candidat écolo à la présidentielle 2017, Yannick Jadot

26 septembre 2016, Yannick JADOT, en course pour la présidentielle 2017

21 septembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable qui mérite d’être connu

19 septembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable de la relocalisation