biosphere

contre le désastre

La rubrique « le livre du jour » nous résume La stratégie du Choc de Noami Klein (LeMonde du 15.05.2008). Selon l’ultra-libéral Milton Friedman, le capitalisme doit profiter du choc créé dans l’opinion par un coup d’Etat, une guerre ou un tsunami pour imposer des réformes impopulaires, en fait réduire le rôle de l’Etat qui « croit qu’on peut faire le bien avec l’argent des autres ». Passons sur le fait que les capitalistes ne peuvent amasser de l’argent que sur le dos des travailleurs, en expropriant la plus-value. La catastrophe à venir va certainement prendre la figure d’une pétroapocalypse. Le capitalisme fordiste est la source de cette catastrophe, il ne devrait pas être celui qui en tirera profit.

Pourtant rien ne va dans le bon sens. Deux pages après avoir parlé de Noami Klein, LeMonde nous lance à la figure une énorme publicité en pleine page : « Les pauvres sont dégueulasses, ils polluent ». Il s’agit d’imposer à l’Etat une prime à la casse pour inciter les catégories modestes à acheter une voiture moins polluante que leurs vieux modèles. D’un côté les théoriciens du libéralisme vomissent l’Etat, de l’autre les constructeurs automobiles et les organismes financiers appellent l’Etat à l’aide.

 Ne soyons pas  dupes, Milton Friedman et les stratèges libéraux ne pensent qu’à une chose, faire en sorte que  les entreprises tirent profit des malheurs de l’humanité et de la planète. Soyons réalistes, descendons de notre voiture pour aller à pied. Sinon ce sont les capitalistes qui continueront à nous fournir le volant de notre esclavage.

non à la concurrence de l’ULC

La concurrence est le pilier de l’économie marchande. Contraint par la concurrence des autres marchands, aucune entreprise ne peut imposer le prix de vente et élargir ses profits. Mais quand tout le monde veut faire autant, sinon mieux que le concurrent, la planète court au désastre. A peine la voiture la moins chère du monde, la Nano, est-elle lancée sur le marché par le groupe indien Tata que Renault s’allie avec un autre groupe indien pour lancer l’ULC (Ultra Low Cost). LeMonde du 14.05.2008 nous indique que cette voiture sera au même prix que la Nano, soit 2500 dollars. Il faut conquérir l’Inde où seulement sept indiens sur mille possède une automobile et où les ventes progressent en moyenne annuelle de 15 %. Après les 4×4, les petites voitures s’ajoutent les unes aux autres, la Logan, la Nano, l’ULC en 2011, la voiture d’un groupe chinois bientôt, celle du japonais Toyota, de General Motors l’américain… Le désastre est à l’horizon, le réchauffement climatique ne pourra qu’être accéléré par ce surcroît de combustion du pétrole. Pourtant rien dans LeMonde sur ce contexte, si ce n’est un timide « Le moteur de l’ULC pourrait consommer moins de carburant que la Nano ».

On nous parle des générations futures, mais ce n’est qu’un slogan pour tous ces vendeurs de boîtes en métal qui préfèrent équiper les générations présentes. En fait la concurrence est le soutien de l’économie de marché, une recherche de l’équilibre par la rencontre de l’offre (les fabricants d’automobiles) et de la demande (cette classe globale qui veut posséder un moyen personnel de locomotion que quatre roues). Mais il ne s’agit que d’un équilibre à court terme, prolongeant la croissance du fordisme et la manipulation des besoins du consommateur. Ce libéralisme économique n’a aucune vison de l’équilibre à long terme qui devrait reposer sur l’harmonie entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère.

 Alors, l’ULC en 2011 ? Alors qu’on nous cache de moins en moins que la révolution industrielle est confrontée au troisième choc pétrolier et que le réchauffement de la planète s’accélère !!! Mais qui donc est chargé de la prospective dans l’entreprise Renault- Nissan ?

croisement Homme-Nature

Une rubrique nécrologique bien faite nous donne souvent à réfléchir, ainsi celle de Mildred Dolores Loving  (LeMonde du 13.05.2008) dont je n’avais jamais entendu parler. J’apprends ainsi que cette femme noire avait épousée en 1958 hors de cet Etat un Blanc alors que les lois de Virginie bannissaient tout mariage interracial, comme d’ailleurs 38 autres Etats. Le couple, réveillé aux premières lueurs de l’aube, a été condamné à un an de prison ou à l’obligation de quitter l’Etat. Lasse de ne pouvoir rendre visite à sa famille, Mildred s’était adressée au ministre de la justice en 1963. Elle avait obtenu gain de cause devant la Cour suprême par un arrêt de 1967 intitulé Loving contre Virginie. Il est temps d’aller encore plus loin dans le croisement des espèces.

Après l’émancipation des Noirs, des femmes et des couples mixtes est en effet venu la fin de l’anthropocentrisme. Pour l’écologisme radical, alors que les femmes ne sont plus considérées dans le monde moderne comme la propriété des hommes et les Noirs la propriété des Blancs, il n’y a toujours pas d’éthique traitant de la terre ainsi que des animaux et des plantes : ces éléments de la Biosphère sont encore considérés comme des esclaves. Il faut alors prendre la nature au sérieux et la considérer comme douée d’une valeur intrinsèque qui force le respect. Cette conversion à l’holisme écologique suppose une véritable déconstruction du préjugé anthropocentrique qui conduit à considérer l’univers comme le simple théâtre de nos actions.

 Aldo Leopold (1887-1948), l’auteur d’un classique consacré à la nature publié pour la première fois en 1949 à titre posthume, écrit : « La terre en tant que communauté, voilà l’idée de base de l’écologie, mais l’idée qu’il faut aussi l’aimer et la respecter, c’est une extension de l’éthique ». Pour Aldo Leopold, toute créature est membre de la communauté biotique, et comme la stabilité de celle-ci dépend de son intégrité, elle doit avoir le droit d’exister. « En bref, une éthique de la terre fait passer l’Homo sapiens du rôle de conquérant de la communauté-terre à celui de membre et citoyen parmi d’autres de cette communauté. Elle implique le respect des autres membres, et aussi le respect de la communauté en tant que telle. »

l’effet Giffen

Le président de la Banque mondiale, Robert Zellick, s’alarme de la montée du prix des denrées alimentaires de base, 80 % depuis 2005 (LeMonde du 12.05.2008). Il nous rappelle que la nourriture représente 50 à 75 % de la consommation des pauvres, contre moins de 15 % en moyenne pour les Français. Il est vrai que ce coefficient budgétaire, c’est-à-dire la part des consommations de première nécessité dans la consommation totale, diminue au fur et à mesure que le revenu s’élève : c’est la loi d’Engel, une loi qui peut s’inverser quand le revenu diminue. Pour les plus pauvres, c’est encore plus terrible ; les spécialistes parlent de l’effet Giffen, situation parfois subie au XIXe siècle en Europe. Lorsque le prix de biens essentiels, comme le pain, augmente, il reste moins d’argent pour acheter d’autres aliments et la consommation de pain augmente malgré la hausse de son prix. Cet effet s’explique par l’impossibilité de substituer d’autres aliments au pain, car aucun n’est aussi bon marché.

 Encore faut-il que le gouvernement contrôle le prix de la denrée alimentaire de base : le prix du pain (ou du maïs pour la tortilla) doit être juste selon les normes collectives, c’est-à-dire qu’il doit rester accessible. Les émeutes de la faim ont donc de l’avenir alors que la Banque mondiale et la théorie économique avaient oublié depuis des années que ce qui permet aux hommes de vivre résulte d’abord du soin apporté à la productivité de la Biosphère, la quantité de biomasse produite par unité de surface. On a préféré bétonner ou goudronner les terres cultivables ; en Egypte, on arrive même à construire dans la nuit une maison au milieu des champs. Les anciens étaient plus prévoyants, ils construisaient à l’orée du désert. Nous préférons transformer la terre en désert.

le baril a 200 dollars

Albert Hoffman, ce chimiste suisse qui a isolé la substance psychoactive connue sous le nom de LSD, est mort à 102 ans (rubrique nécrologique, LeMonde du 10.05.2008). La Biosphère ne retiendra de sa vie que cette conception du monde : « A notre époque où l’humanité devient toute urbaine, l’homme perd le contact avec la nature. Il n’éprouve plus son unité avec le vivant, il ne voit plus la splendeur de l’univers, alors il désespère… ». Bonne raison pour prendre encore du LSD à 97 ans ? Moi je préfère me shooter au prix du baril, bientôt à 200 dollars.

Il paraît que Arjun N.Murti a eu du nez. Analyste chez Goldman Sachs, c’est lui qui avait prédit, en mars 2005, que le baril du brut atteindrait 105 dollars alors qu’il était encore à 57 dollars. Mais mes archives personnelles me permettent de trouver un prédécesseur, Michel Sourrouille, qui dans le  courrier des lecteurs (LeMonde 9 septembre 2004) écrivait sous le titre :

Bientôt un baril à plus de 100 dollars

            « Un expert européen estime qu’un baril à 44 dollars ne peut casser la reprise (Le Monde du 24 août 2004). Cela me fait penser à tous ces spécialistes qui, pendant les débuts du conflit en Irak, pensaient que le marché permettrait de rester durablement en dessous de 30 dollars. Je n’ai pas grand mérite à prévoir un baril à plus de 100 dollars dans les mois ou les années qui viennent puisque le pétrole est une ressource limitée : l’ère utile du pétrole en tant que combustible s’achèvera avant le milieu du XIXe siècle, autant dire demain.

« Or toute rareté implique un prix élevé. Le prix du pétrole est artificiellement bas depuis le début de son exploitation puisqu’il a permis aux humains de gaspiller en moins de deux siècles un don de la nature accumulée pendant des millions d’année. Le problème essentiel n’est pas seulement l’effet de serre, mais un système de croissance basé sur l’éloignement entre domiciles et lieux de travail, entre localisation de la production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme.

« Le changement structurel qui s’est opéré sur plus d’un siècle ne peut être modifié brutalement sauf à provoquer une crise économique et sociale sans précédents. La société thermo-industrielle est très fragile puisqu’elle est basée sur une facilité de déplacement et un confort de vie issue du bas prix de l’essence et du gasoil, du fioul et du kérosène.

 « Dès aujourd’hui il faut se préparer au plus vite à des changements structurels de nos modes de vie pour éviter la pétroapocalypse. Seule une augmentation du prix du pétrole constante et progressive, dont les royalties iraient à la promotion des économies d’énergie et non aux rentiers du pétrole, permettrait une prise de conscience mondiale. »

Claude Lévi-Strauss

Le Monde des livres (supplément du vendredi) est assez désespérant, comme d’habitude. Centré sur des romans et des vieux trucs, il n’y a pratiquement rien comme analyse économique ou sociologique, uniquement de la culture au sens classique de « cultivé », c’est-à-dire sachant beaucoup de choses qui n’ont aucune importance. D’ailleurs il n’est pas utile de chercher des écrits en faveur de la Nature, ils sont carrément absents de ce mausolée à la gloire de l’anthropocentrisme satisfait. Cependant, on en trouve parfois (9.05.2008) quelques traces.

Il faut par exemple que Claude Lévi-Strauss entre avec 2000 pages dans la Bibliothèque de la Pléiade » pour pouvoir lire dans Le Monde des livres ces quelques lignes sur la nudité des Bororos : « La nudité des habitants semble protégée par le velours herbu des parois et la frange des palmes » Bien que Lévi-Strauss semble ici regretter cette nudité qui ne lui semble qu’apparente, le célèbre ethnologue a retenu de Jean Jacques Rousseau la fraternité de la nature perdue. Voici quand même deux éléments pour mieux connaître Lévi-Strauss, né le 28 novembre 1908 et toujours vivant :

– L’association « Les Amis de la Terre » déposèrent leurs statuts à la préfecture de Paris le 11 juillet 1970. Le Comité de parrainage comprenait Claude Lévi-Strauss, Jean Dorst, Pierre Gascar, Théodore Monod et Jean Rostand ; il ne s’agissait donc pas d’un club de tourisme ! Cette association prend pour thème les destructions perpétuées par l’homme au détriment de la vie sur la petite planète Terre. On aborde son corollaire, le désordre démographique de l’espèce humaine.

 – A la question « Que diriez-vous de l’avenir ?, Claude Lévi-Strauss répondit à 96 ans : « Ne me demandez rien de ce genre. Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai aimé avait 1,5 milliard d’habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d’humains. Ce n’est plus le mien. Et celui de demain, peuplé de 9 milliards d’hommes et de femmes, même s’il s’agit d’un pic de population, comme on nous l’assure pour nous consoler, m’interdit toute prédiction ».

le gaz part

Le prix du gaz a une tendance à la croissance exponentielle. Après une hausse de 4 % le 1er janvier 2008 et de 5,5 % le 30 avril, il devrait encore augmenter de 1,5 % le 1er juillet (LeMonde du 8.05.2008). Normal ! Comme les autres énergies fossiles, le gaz est une ressource limitée : on pense qu’il n’y en a que pour cinquante ans étant donc la consommation actuelle. Cela veut dire que dans  50 ans, il n’y aura plus du tout de gaz et que, bien avant d’arriver à ce terme ultime, le prix du gaz sera tel qu’on ne pourra plus se chauffer avec.

Rappelons que Gaz De France voulait augmenter ses tarifs de 7,5 % au 1er janvier 2006. Le ministre de l’économie et des finances de l’époque, Thierry Breton, s’y était opposé en ne respectant pas les règles qu’il avait lui-même édictées. La CGT avait proposé de contrôler « démocratiquement » le prix du gaz grâce à une commission regroupant les consommateurs, les syndicats, les élus et GDF. Cette proportion qui tendait à empêcher la hausse inéluctable du prix de gaz n’a jamais eu de suite.

 Dans le texte de la motion finale du Mans (novembre 2005), le PS avait constaté que  « L’équilibre de la planète est en danger, la fin des énergies faciles est programmée ». La Biosphère serait bien curieuse de savoir si les socialistes auraient décidé une augmentation ferme et résolue du prix du gaz s’ils étaient parvenus au pouvoir en 2007…

LeMonde en grève

LeMonde fait grève. Rien au courrier ! Par quoi remplacer l’indispensable ? Par un retour aux fondamentaux, ces textes anciens qui balisent la route de notre avenir.

 

René Dumont s’exprimait ainsi dans la Gueule ouverte (mensuel, mai 1974) :

 

« J’enseigne à l’Institut national d’agronomie. L’agronomie, d’après ma définition, c’est l’artificialisation du milieu naturel. Ce milieu naturel, en l’artificialisant, on peut l’améliorer ou le démolir. Très tôt dans ma carrière, j’ai vu les dégâts de l’érosion en Algérie, j’ai aussi vu les dégâts de la désertification du nord du Sénégal en 1951. J’étais donc en contact avec des problèmes écologiques. J’avais pédalé avec les Amis de la Terre, j’avais assisté à la manifestation annuelle « Combat pour la survie de l’homme ». Tous ces amis sont venus me chercher pour me présenter aux présidentielles au nom du Mouvement Ecologique. Jusqu’à présent, tout ce que pouvaient faire les écologistes, c’était d’aller frapper à la porte des candidats en leur disant, dites donc, soyez gentils, tenez compte de la gravité de la situation. Les candidats nous répondaient : « Oh ! Combien vous avez raison », et dès que nous avions tourné le dos, ils oubliaient tout ce que nous leur avions dit. Maintenant, devant le mouvement qui s’est très vite développé autour de ma candidature, je pense que notre utopie peut aboutir à des réalisations si nous parvenons à percer le mur d’incompréhension, le mur d’ignorance. D’où l’importance des mass média.

 

Après… je suis en ce moment le porte-parole parce qu’il en fallait un, mais je ne suis pas le leader. Mais pour le mouvement écologique, je fais un petit testament dans lequel je lui conseille de se structurer pour continuer un groupe ayant une possibilité de pression politique. Je ne dis pas la forme à trouver, mais cette action politique est destinée à faire un projet révolutionnaire de changement total de la société, condamnant l’économie de profit, l’économie capitaliste. Il n’y a pas de défense écologique qui ne passe par une solution politique. »

 La Biosphère remercie René Dumont (1904-2001) d’avoir été la première figure de proue du mouvement politique de défense de la Terre. Comme disait aussi René, il faut écologiser les politiques et politiser les écologistes… Je pensais étant jeune au slogan « Elections, piège à  cons ». Mais aux présidentielles de 1974, René représentait enfin à mes yeux un candidat crédible, non par les masses à sa dévotion, mais par son projet radical de changer la vie.

Sarko, an I

            Une année de règne pour rien. Sarko a été élu le 6 mais 2007, LeMonde lui consacre un dossier de 8 pages, mais il n’y a rien à dire. On ne sait plus ce qu’il a fait, si ce n’est donner aux riches. On ne sait pas ce qu’il va faire, si ce n’est prendre aux pauvres. En matière biosphérique, les OGM sont admis sans être admis, et pour le reste du Grenelle de l’environnement, faudra attendre le temps qu’il faut. Alors, examinons plutôt la future présidence américaine.

             Le candidat de droite John McCain a proposé un allégement de la taxe fédérale sur les carburants de 18,4 cents par gallon (3,785 litres), même pas cinq centimes de dollar par litre, N’importe quoi ! La candidate Hillary Clinton marche dans la combine, mais pour financer ce dégrèvement, elle propose de taxer les superbénéfices des compagnies pétrolières. Y’en a deux qui n’ont rien compris au choc pétrolier en marche : on ne peut rien faire contre la réalité géologique, l’épuisement  des nappes pétrolifères, sauf à accepter l’augmentation de prix. Barack Obama a parlé presque vrai, il a traité les autres de démagogues et rappelé que la taxe sert à alimenter l’entretien des infrastructures routières. Mais il n’a pas compris qu’il n’y aura plus besoin d’entretenir les routes puisqu’il n’y aura plus d’auto pour les parcourir au prix où sera bientôt l’essence. Mme Clinton partage la peine des électeurs, elle se bat pour qu’ils puissent continuer à piller la planète au volant de leurs 4×4. Mr Obama avouera un jour que l’Amérique est mal partie, et le reste du monde avec…

René Dumont, président

            La médiatrice Véronique Maurus retrace ce que proposent les lecteurs pour sauver notre quotidien préféré (LeMonde du 5.05.2008). Il y a ceux qui sont pour un journal plus dense, d’autres pour un journal exhaustif, ceux qui veulent des explications, ceux qui privilégient les faits… La formule miracle n’existe pas ! Moi je propose que soit mis en évidence la vraie information, celle qui nous ouvre des perspectives d’avenir. Ainsi ce 5 mai Le Monde aurait-il du fêter comme il se doit  l’échec de René Dumont aux présidentielles françaises de 1974.

Au premier tour le candidat écologiste René Dumont a obtenu le 5 mai 1974, 1,32 % des suffrages exprimés. Dans son article de la Gueule ouverte (mensuel, juin 1974), intitulé sobrement « mouvement inéluctable », le militant aux Amis de la Terre Roland Miller estimait que « le rassemblement créé par la campagne pour René Dumont doit survivre, le mouvement écologique doit s’organiser et s’interdire les exclusives extrémistes et les excommunications dérisoires que caractérisent tant de mouvements contestataires. » Son analyse de fond reste toujours d’actualité trente-quatre ans plus tard :

« Il faut vraiment être un banquier, un technocrate ou un président de la république pour affirmer que seule la croissance économique pourra financer la justice sociale et la protection de l’environnement. Nous devons nous battre contre cette illusion impardonnable, cette profonde perversion de la pensée qui consiste à faire de la politique de l’environnement un moteur de la croissance économique. En l’absence de la volonté de s’attaquer aux véritables causes de la dégradation de l’environnement, celle-ci ne peut que se poursuivre. La croissance illimitée ne repose pas seulement sur une recherche aveugle du profit capitaliste, elle dépend également d’une volonté de puissance profondément ancrée dans la mentalité collective de nos sociétés occidentales judéo-chrétiennes et conquérantes. L’écologie, dont le caractère global et synthétique en fait une science subversive, doit inspirer un mouvement de résistance à la société industrielle, et finalement une véritable contre-société décentralisée, autogérée et pluraliste. Le mouvement écologique doit souligner deux orientations essentielles : les changements de mentalité et les changements de style de vie. »

 Trente-quatre ans plus tard ou trente-quatre ans trop tard ? Si les médias faisaient vraiment leur travail de formation, la Biosphère pourrait être sauvée.

se nourrir, un luxe ?

 C’est une interview à lire sans respirer tellement elle coupe le souffle (LeMonde du 3.04.2008) : M. de Schutter prédit « la fin de la nourriture à bas prix ». Le nouveau rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation attaque à la fois la Banque mondiale (qui finance des éléphants blancs dans les pays pauvres), le FMI (le gendarme financier qui taxe les pays pauvres), l’OCDE (le club des pays riches qui exploite les pays pauvres). « On paye vingt années d’erreurs », affirme-t-il à juste titre. Il faut dire que les années 1980 ont été marquées par le tournant libéral (la liberté pour les chefs d’entreprises) : libre-échange généralisé, y compris en faisant en sorte que les pays pauvres remplacent leurs cultures vivrières par des cultures d’exportation, investissements tous azimuts sauf dans l’agriculture… Mais je ressens quand même un malaise après avoir lu cette interview. Pas un mot de Schutter sur la démographie humaine. Il préconise une aide financière plutôt que des cargos de blé, mais tout humain raisonnable porterait aussitôt quelques regards sur la population. Ressources alimentaires et niveau de population sont en effet deux éléments indissociables.

 Sur la gouvernance démographique, ce n’est plus vingt ans d’erreurs que l’on paye, c’est cinquante ans. Voici en 1971le diagnostic de Paul Ehrlich dans son livre La bombe P (P pour population) : « Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains. Si nous ne soignons que les symptômes du cancer, le malade peut en être soulagé quelques temps : mais tôt ou tard il mourra, souvent après d’atroces souffrances. Tel sera le destin d’un monde atteint d’explosion démographique si les symptômes seuls sont traités. Nous devons reconvertir nos efforts et tenter l’ablation du cancer. Cette opération demandera de nombreuses décisions qui sembleront brutales et sans pitié. La douleur pourra être intense. Mais la maladie a fait de tels progrès que seule la chirurgie la plus énergique pourra désormais  sauver le malade. »

 De même en 1972 ces avertissements de B.Ward et R.Dubos dans leur livre Nous n’avons qu’une terre : « Il est clair qu’un désastre écologique nous menace. Dans ces conditions, nous allons peut-être nous trouver acculés à des solutions sans nuance : pas d’expansion économique ou tout pour l’expansion économique, un taux de croissance de la population réduit à zéro ou une croissance familiale sans aucunes contraintes, pas d’économie de marché ou pas de planification. Si nous prenons modèle, à l’occasion de ce débat, sur les systèmes écologiques, nous nous rendrons compte qu’on peut parvenir à un équilibre non par une seule solution, mais par la combinaison d’une grande variété de solutions partielles qui ne donneront pas de réponses définitives ; la Biosphère est trop dynamique pour qu’on puisse y établir rien de définitif. »

 

luddite, je suis

DMC en cessation de paiements (LeMonde du 2.04.2008), quel avenir pour le textile ? Revenons sur le passé. On ne peut pas pleurer sur des entreprises qui n’ont pas vérifié la destination de leur production : le groupe DMC est issu d’un atelier créé en 1756 à Mulhouse pour produire des toiles indiennes utilisées comme monnaie d’échange pour la traite des esclaves en Afrique. Cas particulier, vas-tu me rétorquer ! Analysons alors le processus moderne de production de textiles.

En 1776, le pionnier du libéralisme Adam Smith constate que l’élimination du travail à domicile pour mettre à la place des manufactures est un avantage pour la richesse des nations. Le rôle de l’industrie textile dans la révolution industrielle est considéré comme décisif car le « factory system » a permis l’expérimentation de nouvelles formes de travail et diffusé un nouveau mode de consommation en faisant baisser fortement les prix. Mais à l’époque des grands progrès des métiers à tisser, à la fin du XVIIIe siècle, était-il plus efficace de multiplier la production de tissus de coton par dix en créant une société de miséreux, ou bien de laisser évoluer le tissage artisanal à petits cadres ? L’efficacité est une réponse purement idéologique qui correspond aux intérêts des puissants du moment. De plus la théorie suppose que le progrès technique supprime des emplois à brève échéance, mais les multiplie à long terme. La vérité est que cette théorie est fausse, ce sont les guerres, le  colonialisme et les dépenses publiques qui en ont créé de nouveaux. 

 Partout où ils se trouvent, les néo-luddites tentent de fait entendre ce constat : quels qu’en soient les avantages présumés en termes de rapidité, de commodité, de gain de richesse ou de puissance, la technologie industrielle a un prix ; dans le monde contemporain, ce prix ne cesse de s’élever et de se faire plus menaçant. Les néo-luddites (les objecteurs de croissance) ne sont pas opposés à toutes les machines, mais à « toutes les machines préjudiciables à la communauté », comme le dit déjà une lettre de mars 1812. Pour l’introduction d’une nouvelle technique, les critères suivants peuvent servir de guide : un nouvel outil devrait être moins cher, plus petit et plus efficace que celui qu’il remplace, avoir besoin de moins d’énergie et utiliser de l’énergie renouvelable, être réparable, provenir d’un petit magasin local et ne devrait pas faire obstacle à quelque chose de bien qui existe déjà, relations familiales et politiques incluses. Il faut ajouter bien entendu le respect de toutes les autres espèces, plantes et animaux, ainsi que les écosystèmes dont ils dépendent.

éloge de la dénatalité

Malheureusement je ne peux faire aujorud’hui de commentaire sur mon quotidien préféré puisque le facteur n’est pas passé. Aussi je vous donne quelques extraits d’un livre qui va peut-être créer le scandale : « Faire des enfants tue (éloge de la dénatalité) », éditions du Temps.

  

Michel Tarrier, entomologiste qui analyse depuis quinze ans les écosystèmes du Maroc, a déjà écrit Sauve qui peut la Terre avant de nous offrir cet éloge de la dénatalité avec Daisy. Ils se situent à la fois (sans le dire explicitement) dans la mouvance du malthusianisme (la limitation des naissances) et des amoureux de la Biosphère (l’écologie profonde), ainsi de ces extraits : « Pour ceux qui préfèrent la Nature à l’humain (ce n’est pas dissocié !), la préservation du biopatrimoine, le militantisme à la cause animale, etc., sont de louables activités aptes à compenser l’instinct de reproduction, justifiant socialement le fait de ne pas avoir enfanté. (…) Faire des enfants tue, tue la Planète. Posséder une famille nombreuse est un délit environnemental, une grave atteinte à la Planète et à notre avenir commun ». Les Tarrier citent même le fondateur de l’écologie profonde, Arne Naess : «  L’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une telle diminution. » Nous avons donc classé les citations en deux parties :

  

1) Le malthusianisme

– « Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux : la leur était immense, la nôtre est petite ». (Bertrand de Jouvenel)

– Contrairement à toute logique, la décroissance démographique reste un énorme tabou qui n’ose pas dire son nom. Suggérer de modérer la démographie d’un monde en proie à la surpopulation semble relever de l’outrage, de l’infamie. Personne ne veut entendre que nous ne devons plus faire autant de petits. Mais sachez-le bien, ce qui semble radical aujourd’hui revêtira demain toute normalité.

– La puissance et la richesse nationales n’ont toujours été perçues que par le nombre de ses âmes. Souverains, dictateurs, tyrans n’ont pu qu’encourager la croissance démographique pour s’offrir ainsi la défense de leur territoire et de leurs privilèges.

– Le mouvement décroissant vise à alléger notre empreinte écologique en sortant de la prolifération nataliste, pour retrouver les traces d’un chemin qui ne mette plus en péril la biosphère, qui ne rompe pas les équilibres salutaires.

– Nous feignons d’ignorer la finitude d’un Monde dans laquelle notre multitude puise allègrement et sans relâche. Nous n’avons nul besoin d’une descendance qui ne recevra en héritage que des lambeaux et des restes.

– Il n’y a pas d’autre alternative que de faire globalement le moins d’enfants possibles, ce qui revient pour les privilégiés du Monde développé que nous sommes à ne plus en faire du tout, ou si peu que les statistiques mondiales n’en seront pas effleurées.

  Ressembler à sa mère ou à son père n’est pas une assurance-vie. Il faut quelque chose de plus qu’un couple pour faire un enfant, il faut au moins une planète viable. Les partants pour la procréation ne pensent que  rarement au-delà de l’enfant auquel ils vont donner le jour.

– Quand nous constatons que les couples homosexuels rêvent aussi d’un embryon, les bras nous en tombent.

– L’église catho s’oppose à la procréation médicale assistée, et là elle a toute l’estime des dénatalistes pourtant étrangers à la sainte famille.

– « La Terre vous vomira… », « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », ce ne sont pas les pires intentions qui se dissimulent derrière ces déclarations agressives, mais bien au contraire les plus intelligentes, lucides et généreuses. Mais les cons qui font la désertification ne savent pas lire entre les lignes.

  

2) Les amoureux de la Biosphère

– « Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres avant l’amour-propre ». (Claude Lévi-Strauss)

– Nos exigences égocentriques sont relayées par nos habitudes anthropocentristes et, dans la sphère occidentale la plus gourmande, sont confortées par les dérives électoralistes du jeu démocratique.

– Il faut faire preuve d’un esprit de prospective en acceptant ce banal paradoxe de stratégie collective : en ne donnant pas la vie, on respecte celle des autres.

– Mettre un terme au fléau démographique humain pour alléger la pression anthropique qui s’exerce sans commune mesure sur les ressources et redonner leur place aux autres espèces est une solution à adopter dans la plus grande urgence.

– Imaginons un monde où nous ne serions plus dominants mais dominés par une autre espèce de grande taille, où nous devrions fuir, nous cacher, ne plus respirer quand l’autre se manifeste. Imaginons 7 milliards de rhinocéros.

– Nous sommes la seule et unique espèce à avoir envahi la planète jusqu’à occuper les niches écologiques de la plupart des autres espèces, douteux privilège dû au volume encombrant de la merveilleuse éponge qui nous sert de cerveau.

– (A l’heure actuelle) il n’y a pour ainsi dire pas de fraternité interspécifique positive (commensalisme, mutualisme, symbiose…), mais strictement négative (prédation, parasitisme, pathogénie, antibiose…). Malheur à ceux qui ne savent pas partager.

  Dans ce petit livre, la notion anti-démographie n’est abordée que dans le contexte des intérêts universels de la Planète, toutes vies et tous écosystèmes compris. Il n’y a pas d’écologie humaine qui puisse ignorer les interdépendances et les équilibres.

– Nous nous sommes sciemment engouffrés dans un futur en impasse, il nous reste à partager le désert que nous avons conçu.

– Il faudrait, il faudra choisir entre l’homme et la Planète. Choix épineux, cornélien et auquel notre bonne conscience n’est guère accoutumée.

– Le bon chemin, celui qui ne porte pas un coup fatal aux interdépendances, qui ne met pas en péril l’ordre du cosmos est nommé homéothélique. C’est le chemin originel des peuples natifs. Il ne conduit ni à l’abondance, ni à l’appropriation et ne passe pas par la prolifération d’une espèce humaine arrogante et dominante. Les peuples premiers pouvaient tenir le rôle de sentinelles de notre Planète. Encore aurait-il fallu les respecter, ne pas dépecer leurs communautés.

– Pour les peuples autochtones, toute forme de vie induit le plus total respect et la Terre est l’incontournable mère nourricière. Sans un culte excessif de l’humain contre la biocénose, allant même jusqu’à recourir à l’infanticide, dans la résignation douloureuse de la mère amérindienne, pratique terrible et nécessaire lorsqu’il y va de l’intérêt général. Infanticide ou environnement, certains ont le courage de leurs choix, d’autres ont leurs jugements de valeur.

– Nous ne tuons plus nos nourrissons mais nous allons nous retrouver bientôt avec 3 ou 4 milliards de gens qui vont crier famine. Que ferons-nous ?

  

conclusions ?

– En République populaire de Chine « l’Etat encourage la planification familiale pour assurer l’harmonie entre la croissance démographique et les plans de développement économique et social », c’est l’article 25 de la constitution chinoise et du malthusianisme ainsi constitutionnalisé.

 – Il semblerait que la sexualité serve d’abord à une fonction de lien social plutôt qu’à une fonction strictement procréatrice.

que savoir ?

            La France vient d’expliciter le « socle commun des connaissances » dans le primaire, par exemple connaître sur le bout des doigts le plus-que parfait, le futur antérieur et le subjonctif présent au CM2 (LeMonde du 30.04.2008). La conjugaison au passé antérieur ou au subjonctif présent est reportée au collège… Ouf ! Mais tout cela ne nous indique en rien ce que serait être un socle commun pour les enfants du XXIe siècle. En fait nous avons été trop loin dans le formatages des cerveaux enfantins, en fait nous sommes passés à côté de l’essentiel.

Oublions le cardinal de Richelieu pour qui apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». Mais une école primaire qui impose des valeurs éloignées du monde réel constitue un vrai danger : elle transforme les enfants en adeptes d’une société thermo-industrielle qui va s’effondrer. Les sept savoirs nécessaires pour l’éducation du futur ont déjà été définis par l’Unesco : éducation à la compréhension mutuelle entre les humains, éthique, enseignement des incertitudes et capacité à situer ses connaissances dans un contexte ; la personnalité de chacun doit aussi pouvoir se développer dans le respect des principes démocratiques et dans la recherche de la convivialité. Je rajoute que  l’idée de sauvegarde de la planète et de respect de la nature (cf. Déclaration de principes du Parti socialiste) est aussi nécessaire à l’épanouissement des enfants que les règles qui président à la bonne entente entre les humains.

 Il ne s’agit donc pas simplement d’apprendre à lire, écrire et compter, les trois conditions nécessaires à l’expansion de la société marchande, mais de façon plus complexe à savoir vivre en harmonie. Cette harmonie ne peut être complète que si les êtres humains acquièrent le sentiment de vivre une communauté de destin avec la Biosphère. D’ailleurs la notion d’écosystème peut tout aussi bien se comprendre en observant une mare ou un marigot. Le savoir, c’est connaître les conditions élémentaires de l’hygiène et l’utilisation rationnelle de l’eau, c’est valoriser la culture locale, c’est apprendre à vivre en équilibre avec autrui et la Nature.

capitalisme moribond

Le capitalisme n’est plus en voie de développement, mais en voie d’achèvement, il est en train de s’autodétruire.

Je suis donc personnellement un adepte de la pédagogie de la catastrophe… pour que ce ne soit pas la catastrophe qui nous serve de pédagogie. Cette vision de la pédagogie n’est pas très appréciée. Ainsi un responsable académique  de l’éducation au développement durable pouvait m’écrire publiquement il y a deux ou trois ans : « La notion de « pédagogie de la catastrophe »  est totalement contraire à la circulaire de juillet 2004 (consultable sur le site académique : www.ac-poitiers.fr/daac rubrique EEDD) et dont je vous remets un extrait ci-dessous : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci ainsi qu’au développement d’une solidarité mondiale. »

Il ne m’était pas difficile de répondre ainsi : Bien reçu tes précisons sur le catastrophisme. Mais à mon sens, ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer la réalité aux jeunes que nous éduquons (épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… sans compter le poids des dettes que nous léguons en France aux générations futures).C’est pourquoi je continue de penser (avec des connaissances très précises sur la question, pas seulement environnementales, mais aussi économiques, sociales et politiques) que malheureusement la catastrophe va bientôt sonner à notre porte parce que nous aurons été trop mous pour envisager notre avenir proche et lointain.

 Aujourd’hui LeMonde du 29.04.2008 (supplément économie) confirme mon point de vue et intitule un dossier de 8 pages : « Le XXIe siècle face à un choc d’une nature exceptionnelle ». L’introduction indique que l’avalanche des mauvaises nouvelles traduit la simultanéité de crises de nature et d’origine différentes et leurs interactions.  La crise globale, que j’aime appeler « la crise ultime », possède des aspects à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques. On commence à se souvenir des pronostics du Club de Rome en 1972 sur les limites de la croissance. Ce qui était à l’époque mon livre de chevet va dorénavant nourrir les cauchemars de tous ces politiques qui nous ont mal gouvernés jusqu’à aujourd’hui.

Plus dure sera la chute si nous ne voulons pas voir venir à la catastrophe. Mais certains économistes enfermés dans leurs certitudes se rassurent encore : « Nous n’affrontons pas pour le moment de crise radicale »…

écolo-liberté ou écolo-fascisme ?

LeMonde ne nous propose pas ce jour, 28 avril 2008, de page Environnement & Sciences. Mais, signe des temps, l’écologie se retrouve bien en page LeMonde &vous. On apprend qu’on peut recevoir en région parisienne sa paire de souliers par coursier en vélo : écolo-chic, par coursier écolo ! 0n apprend surtout que la Californie bannit progressivement les feux de cheminée pour réduire l’émission de fines particules polluantes de suie, responsables de problèmes pulmonaires et respiratoires. Les autorités comptent même sur les voisins pour dénoncer les « cheminées qui fument » les jours d’interdiction. Déjà des Américains hurlent contre l’atteinte à leur liberté individuelle et leur droit au bonheur, des étincelles plein les yeux. Alors, montée du fascisme ou inversion de la pensée dominante ?

 

La démocratie est un système de décision dans lequel ce qui a été fait à un moment peut être défait ou même inversé à un autre moment. Le consensus, c’est-à-dire l’état de l’opinion commune à une période déterminée, n’est donc jamais le garant d’une vérité, d’autant plus que l’affectif et la subjectivité détériorent la réflexion du citoyen. C’est pourquoi la démocratie ne pose des références valables que dans la mesure où le citoyen ne tranche pas par rapport à ses intérêts personnels ou ses croyances passées, mais par rapport à ce qui devrait être. Un consensus durable ne peut que reposer sur la considération première des nécessaires équilibres écologiques. Aujourd’hui, le respect de l’environnement devrait l’emporter sur les avantages acquis ; même l’énergie renouvelable et les feux de cheminée doivent être soumis à la critique.

Le monde de demain ne ressemblera pas du tout au monde actuel !

lunette théoriques

Richard Gregg, un américain disciple de Gandhi, est à l’origine en 1936 de l’expression « simplicité volontaire » avec son livre The value of Voluntary Simplicité.  Au Québec, c’est Serge Mongeau qui a écrit pour la première fois sur le sujet en 1985 : La simplicité volontaire, ou comment harmoniser nos relations entre humains et avec notre environnement. Pour le RQSV, la simplicité volontaire, c’est :

 – une façon de vivre qui cherche à être moins dépendante de l’argent et de la vitesse, moins gourmande des ressources de la planète ;

– la découverte qu’on peut vivre mieux avec moins ;

– un processus individualisé pour alléger sa vie de tout ce qui l’encombre ;

– un recours plus grand à des moyens collectifs et communautaires pour répondre à ses besoins et donc un effort pour le développement d’une plus grande solidarité ;

– le choix de privilégier l’être plutôt que l’avoir, le « assez » plutôt que le « plus », les relations humaines plutôt que les biens matériels, le temps libéré plutôt que le compte en banque, le partage plutôt que l’accaparement, la communauté plutôt que l’individualisme, la participation citoyenne active plutôt que la consommation marchande passive ;

– la volonté d’une plus grande équité entre les individus et les peuples dans le respect de la nature et de ses capacités pour les générations à venir ;

            Il est donc certain que c’est un mouvement qui va définitivement à contre-courant du système dominant. C’est un choix de vie individuel qui garde une portée collective. Mais ce n’est pas les 350 membres du RQSV (réseau québécois pour la simplicité volontaire) qui vont changer le monde… La Biosphère a besoin de l’engagement de tous les humains. Plus on est riche, plus il faudra (volontairement ?) abandonner partie de sa richesse ! Car « Il est plus aisé pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille, que pour un homme riche d’entrer au royaume de Dieu. »(Mathieu 19:23-24)

Pour plus d’information : www.simplicitevolontaire.org

catastrophisme ou catastrophe ?

D’un côté il y a les 35 habitants de Mimina Place, au cœur de la mégalopole de Los Angeles. Vélo et sobriété énergétique pour 35 personnes sur une ville de 20 millions d’habitants. Ce sont des purs écolos par rapport au mode de vie de l’Américain moyen, surtout à Los Angeles où il n’y a pas de transports en commun et des autoroutes larges comme des pistes d’aéroport.. Un américain moyen consomme 20 tonnes de CO2 par an, avec grande maison, deux voitures, deux chiens, une vie centrée sur les biens matériels avec longues distances à parcourir dans les embouteillages, de vastes pièces à climatiser et une pelouse à arroser. Tu es coincé dans ta banlieue, puis coincé dans ta voiture, puis coincé dans ton bureau. LeMonde du 26.04.2008 nous présente donc un écovillage, un des seuls lieux qui se veut écologique au beau milieu d’une ville tentaculaire.

D’un autre côté, dans le même numéro de mon quotidien préféré, il y a une dizaine d’adolescents qui enfilent des cagoules ou se dissimulent sous leurs capuches, se munissent de pierres et de cocktails Molotov et se lancent à l’assaut des policiers en patrouille. C’est en France, dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny, un des quartiers les plus difficiles d’Ile-de-France. A l’origine, on avait créé une cité des enfants, des immeubles pas très élevés, des ruelles piétonnes, des places où les anciens prenaient le soleil et où les enfants pouvaient jouer. Cette utopie s’est transformée en cauchemar sécuritaire, des médecins refusent les visites à domicile, des enseignants font grève après plusieurs agressions. Abandonnée de la société marchande, la zone est en effet devenue une plaque tournante du trafic de stupéfiants, au bord de l’autoroute qui apporte le cannabis.

 Aucun avenir de part et d’autres, aucun avenir pour des américains intégrés mais énergivoraces qui vont affronter la crise ultime de la forte progression du prix de l’énergie fossile, aucun avenir pour les jeunes exclus du système de l’intégration thermo-industrielle. Seuls 35 personnes et quelques autres poussières humaines montrent la voie de la simplicité volontaire. Ce n’est pas assez pour que la planète ne connaissent pas les convulsions humaines qui vont s’amplifier un peu partout, des révoltes incessantes, une police omniprésente et de plus en plus débordée… Il ne faut pas voir dans ce constat du catastrophisme, mais la simple description de la catastrophe en marche

si j’étais Président

Si j’étais président en France, mon mandat sera placé sous le signe de la rupture. Une véritable rupture. Une rupture bien plus profonde que lors des nationalisations de 1981 ou de la réforme des retraites. Je parlerais des caisses vides de l’Etat et des richesses de la Biosphère qui ont été dilapidées. Je n’esquiverais pas le problème du pouvoir d’achat, oui l’inflation va augmenter et les salaires diminuer, il faudra se serrer la ceinture, surtout les plus riches bien évidemment. Bolloré n’aura plus de yacht et les bénéfices de la spéculation seront confisqués. Je rappellerais que le réchauffement climatique coûtera dans les prochaines années 5 500 milliards d’euros à l’économie mondiale et provoquera une récession comparable à celle des années 1930. Je martèlerais que « le temps est à la révolution, la révolution des consciences, la révolution de l’économie, la révolution de l’action politique. La planète souffre, la nature souffre, nous sommes au seuil de l’irréversible, il faut se battre pour faire entendre l’urgence environnementale, l’urgence gouvernementale ». (discours de Jacques Chirac, encore président de la France, lors de l’ouverture le 2 février 2007 de la Conférence de Paris pour une gouvernance écologique mondiale).

La rupture sera radicale car nous avons radicalement changé la relation entre l’Homme et la Terre. D’ici 45 ans, nous allons passer de 6 à 8 milliards d’individus. Précédemment, il a fallu 10 000 générations pour atteindre une population humaine de 2 milliards. De plus la puissance des nouvelles technologies a démultiplié l’impact que chaque individu peut avoir sur le monde naturel. Troisièmement, notre concentration obsessionnelle sur la pensée à court terme (individus, marchés, agendas politiques) nous a menés à exclure systématiquement de nos décisions la considération des conséquences à long terme de nos actes. Les résultats sont dévastateurs, ce n’est plus une relation entre notre espèce et la Biosphère, c’est une collision. Nous, habitants du monde industrialisé, disposons maintenant de la capacité à protéger la majorité d’entre nous des maladies, de la famine et des migrations forcées. Mais nous nous protégeons en brûlant toujours plus de combustibles fossiles, et en produisant davantage de gaz carbonique. Tandis que nous poursuivons notre expansion dans toutes les niches écologiques concevables, la fragilité de notre propre civilisation devient tous  les jours  plus manifeste. (je recopie un discours de l’ex-futur président Al Gore)

 Si j’étais Président en France, je ne tiendrais pas les discours soporifiques de Nicolas Sarkozy, il n’y aurait pas d’agitation perpétuelle cherchant sa cohérence dans la parole (éditorial du Monde, 25.04.2008). En effet un Président n’est qu’une personne parmi toutes les autres personnes, c’est à chacun de prendre ses responsabilités. Je montrerais que chacun devra prendre en main son destin en travaillant moins pour gagner moins et vivre mieux.

oui à la nulliparité

Nous avions déjà écrit : « En quoi  la pénurie de dons de gamètes (LeMonde du 29.01.2008) peut-elle concerner la rubrique Environnement  & Sciences dans lequel il est inclus ? Bis repetita placent ?  En quoi un test sur les ovocytes (LeMonde du 24.04.2008) peut-il concerner la rubrique Environnement  & Sciences dans lequel il est inclus ? Pour quel « projet parental » sélectionner les cellules femelles les plus performantes ? En quoi la lutte contre la stérilité peut-elle concerner la Biosphère ?

Il est vrai que l’assistance médicale à la procréation est un vrai gaspillage, seulement 5 % des ovocytes mis en fécondation débouchent sur la naissance d’un enfant !  Mais pourquoi diable deux articles en trois mois seulement  sur l’AMP ? Mon petit doigt me dit que c’est le lobby des médecins spécialisés dans l’AMP qui s’agite pour qu’on parle de leur gagne-pain. D’ailleurs un article annexe s’intitule  « les PMA appelées à augmenter ».

Mais pourquoi s’inquiéter de la stérilité ? Louée soit en effet la stérilité qui permet la baisse de la population, le désir égoïste doit s’effacer devant les intérêts d’une Biosphère déjà surpeuplée. Au lieu de la lutte contre la stérilité, faisons la promotion dans la rubrique Environnement  & Sciences des nullipares, les femmes n’ayant jamais accouché. Il est significatif que le dictionnaire ajoute « se dit d’une femelle de mammifère avant sa première gestation ». Comme si une femelle humaine était vouée à la procréation ! Les femmes italiennes et espagnoles sans enfant représentent déjà 14 % des femmes, les Anglaises 20 %, les Allemandes 30 % et même 45 % lorsqu’elles sont diplômées de l’enseignement supérieur. Dans les pays anglo-saxons des associations de non-parents se sont même crées au milieu des années 1980 et ont imposé l’usage du mot childfree à la place de childless, histoire de montrer que leurs adhérents ne souffrent d’aucun manque.

             La Biosphère rappelle au journal Le Monde l’énorme responsabilité de donner la vie dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Une femme (un homme) devrait être terrifiée devant la décision de produire un être humain supplémentaire car ce n’est pas l’enfant qui donne un sens à la vie de ses parents ; ce qui compte, c’est la place que cet enfant va pouvoir assumer dans l’équilibre de moins en moins durable des écosystèmes.