biosphere

information objective !

Comment évaluer l’objectivité d’un journal d’information ? Prenons le quotidien Lemonde du 15 décembre 2007. Sur 1/6ème de page 35, on nous parle du sang dans les téléphones portable (pour l’extraction de coltan au Congo, nécessaire pour confectionner les  circuits électroniques). Sur une page entière (p.26), on nous informe en long et en large que le téléphone mobile devient bon à tout faire, Internet, vidéos, photos, visio, lecteurs MP3…

Que va lire le lecteur, la grande page ! Que vont retenir les lecteurs, ce qui est jouissif, le plaisir personnel de posséder le monde avec son portable !! Face à cet ego cajolé par le progrès technique, que vaut les enfants massacrés au Congo, les viols, les femmes enceintes éventrés par les guerres autour du coltan ? Rien !!!

 Si un journal d’information était objectif, il mettrait les deux informations au même endroit en privilégiant ce que coûte à l’humanité la possession d’un portable. Il mettrait les deux informations avec une page entière pour l’enquête sur le Coltan diffusée  à la télévision et 1/6ème de page seulement pour les dernières innovations dont les publicités pour le portable nous parlent déjà trop amplement.Puisque l’information n’est pas objective, nous ne pouvons pas avoir des citoyens conscients, des éco-consommateurs responsables et un avenir durable. Car de toute façon le coltan est en quantité limitée et les portables au rebut sont loin d’être recyclés…

viol de la Terre

L’un des problèmes fondamentaux posés par toutes les traditions culturelles concerne la relation entre les hommes et la nature. Les hommes font-ils partie intégrante de la nature ou bien constitue-t-ils une espèce à part et d’une certaine façon supérieure ? La réponse à cette question est cruciale pour déterminer comment les différentes religions ou éthiques décident de la légitimité des actions humaines dans la Biosphère. Nos connaissances sur l’attitude des groupes de chasseurs-cueilleurs montrent une variété de croyances tournant autour de l’interdépendance des hommes, des plantes et des animaux ; ce qui n’a rien d’étonnant étant donné leur étroite relation avec la nature dans leur quête de nourriture. Contrairement aux sociétés modernes, ils ne font pas de distinction entre la nature et la société.

 

On trouve déjà dans la Politique d’Aristote une expression précoce d’une conception profondément anthropocentriste du monde. Partant du principe que les plantes sont faites pour les animaux, il en conclut que, « si la nature ne fait rien d’incomplet et rien en vain, il faut en déduire qu’elle a créé tous les animaux dans l’intérêt de l’homme ». On accorde aussi à l’homme la suprématie sur le reste de la création avec cette bénédiction divine contenue dans la bible : « Croissez et multipliez-vous, remplissez la Terre et vous l’assujettissez, dominez sur le poisson de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui se meuvent sur la Terre… » (Genèse, chap. I). Ces opinions dominatrices réapparaissent sous un aspect à peine différent chez nombre de penseurs modernes. Ainsi John Stuart Mill, dans Trois Essais sur la religion, écrivait de la nature : « Ses pouvoirs s’en prennent souvent de façon hostile à l’homme qui doit lui arracher par la force et par l’ingéniosité le peu qu’il parvient à lui soutirer pour son propre usage. » Parallèlement à cette continuité de la pensée européenne sur la relation homme/nature est né un concept nouveau et puissant : l’idée de progrès. Le monde antique ne connaissait guère ce concept. Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle pour que le développement constant des connaissances scientifiques et les progrès réguliers de la technologie commencent à convaincre les penseurs que l’Histoire pourrait bien être la chronique d’un progrès plutôt que celle d’une décadence. Cette conception du monde a contribué à fournir aux Européens une autojustification intellectuelle aux dégâts qu’ils ont causés à l’environnement, à la façon dont ils ont remodelé à leur gré d’autres sociétés et dont ils ont exploité les ressources naturelles du monde.

 

La notion de l’homme responsable de la préservation de la nature est donc depuis longtemps minoritaire. La Biosphère te demande de tout faire pour qu’une nouvelle éthique de la Terre progresse dans les consciences. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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le frigo GCDT !

Demain me  fait peur, le bouleversement climatique menace, les glaces du Groenland fondent, la menace nucléaire plane encore, le pétrole va disparaître, la biodiversité fout le camp. Seul espoir dans ces ténèbres, une arche de Noé végétale dans l’archipel du Spitzberg, un réfrigérateur géant construit par l’homme et destiné à accueillir toutes les semences du monde. Un projet d’il y a vingt ans concrétisé par la ratification en 2004 par 55 pays d’un traité international sur les ressources génétiques des plantes dans le cadre de la FAO. Par moins 18°C, trois salles pourront héberger pour l’éternité quelque trois millions de variétés parmi lesquelles 4000 sortes de pommes, plus de 10 000 sortes de riz, 14 000 de légumes et 20 000 de froment…

 

Le GCDT (Global Crop Diversity Trust) ouvrira ses portes en février 2008. La Biosphère sourit d’une telle schizophrénie de l’espèce humaine, anéantir le plus possible de biodiversité d’un côté et mettre ce qui reste au frigidaire. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Intégriste ! Qui ?

Où sont les intégristes ?

 De plus en plus de gens sérieux traitent les écolos d’ayatollahs verts. Dans Lemonde du 13.12.2007, le professeur Michel Godet qui officie au CNAM va encore plus loin en utilisant l’expression « Khmers verts pour qui la disparition de l’homme blanc occidental serait une bonne nouvelle pour la nature : place aux loups, eux au moins ne polluent pas ! ».  Un écolo qui veut préserver une espèce en voie de disparition en France ou ailleurs ne peut certainement pas être qualifié de Khmer qui a anéanti une bonne partie  de la population de son pays. On observe malheureusement de plus en plus fréquemment ce recours à un type d’amalgame polémique que Leo Strauss a baptisé une reducio ad hitlerum : Que Hitler, Khomeyni ou Pol Pot ait partagé une opinion ne suffit pas à réfuter cette opinion ! Michel Godet est docteur en statistique et en économie, il ne montre aucune compétence quant au nécessaire respect de la biodiversité, aucune ouverture d’esprit. 

Dans le même article, il assène d’autres énormités du style « Si on appliquait le principe de précaution, on ne ferait pas d’enfants ! ». Il est vrai que Michel Godet est aussi membre du haut conseil de la population auprès du Président de la République. Pas étonnant qu’il se lance dans des diatribes sur le développement  durable qui s’accompagne nécessairement d’enfants et de berceaux pour éviter le « suicide démographique ». Est-ce cela les scientifiques qui nous conseillent ? 

Pourtant Michel Godet est aussi membre de l’Académie des technologies, cette jeunette créée en l’an 2000 dans le but « d’éclairer la Société sur le meilleur usage des technologies ». Quand je vois le niveau de raisonnement de Michel Godet, sa croyance à la pléthore de pétrole cher, sa confiance aveugle en Claude Allègre qui à lui tout seul raisonne mieux que tous les experts du GIEC, je sais déjà que les lumières pour éclairer notre avenir sont bien éteintes.

 L’avenir est aux mains des nouveaux intégristes de la croissance pour qui tout principe de précaution  est un frein à l’innovation et à la concurrence internationale. J’ai peur…

divine DIVA

Il ne faut pas rechercher un seul mode d ’agriculture pour gérer la biodiversité en général. Des dispositifs construits sur le mode de la normalisation des pratiques par respect d’un cahier des charges ne suffisent pas, il faudrait que l’homme apprenne à vivre à nouveau en symbiose avec les possibilités de la Biosphère. Ce n’est pas parce qu’une tâche parait impossible qu’il ne faille pas s’y engager corps et âme ! 

 Les paysages agricoles européens abritent une flore et une faune diversifiées par 3 000 ans d’agriculture,  ce qui a produit une diversité de paysages ayant chacun leur spécificité. Le programme DIVA [www.ecologie.gouv.fr/­DIVA] vise à apporter des références scientifiques quant aux enjeux de préservation et de prise en compte de la biodiversité dans l ’évolution de l’agriculture. Alors que le souhait des agriculteurs est de faire comme les autres, diminuer leur temps de travail, ils utilisent des techniques défavorables à la biodiversité, par exemple en utilisant des herbicides plutôt que la fauche pour entretenir les bordures de champ. Il faudrait sans doute sortir de l’opposition « défense des petites fleurs » contre « productivisme à tout prix » qui a souvent inspiré les actions en faveur de la biodiversité. Il faudrait engager le dialogue entre agriculteurs et associations de protection de la nature, prendre en compte les connaissances et les valeurs des uns comme des autres. Par exemple la combinaison de recherches en écologie, écotoxicologie et ethnologie a permis de mettre en évidence le rôle positif des espèces nécrophages, comme le Vautour Fauve, dans la gestion de l’équarrissage. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

IMoSEB

L’UICN (Union mondiale pour la conservation de la nature) estime que 15 000 espèces sont déjà menacées d’extinction et, parmi elles, un amphibien sur trois, un mammifère sur quatre et un oiseau sur huit. Pourtant le maintien de la biodiversité est une véritable assurance vie pour les pays pauvres. De plus l’agriculture intensive est aussi un gros tueur de diversité. En 1903, on comptait aux Etats-Unis 46 variétés d’asperge, aujourd’hui une seule ! C’est pourquoi la conférence « Biodiversité, science et gouvernance » tenue à paris en 2005 avait prévu la mise en place d’un organisme international du type GIEC (groupe d’experts qui s’occupe du réchauffement climatique). La conférence de Montpellier (15 au 17 novembre 2007) pense avoir finalisé cette initiative en décidant les modalités d’un Mécanisme mondial d’expertise scientifique sur la biodiversité dit IMoSEB.

 

En fait il ne s’agit que de 80 spécialistes qui « appellent » les gouvernements à se magner le cul.  Ils « proposent » donc une nouvelle conférence pour 2008. Le comité de pilotage d’IMoSEB ose même aller beaucoup plus loin : il « souhaite » que le nouvel organisme tienne compte des avis de l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire. Ce programme, qui a déjà fait plancher 1360 experts, avait conclu que 60 % des services fournis par les écosystèmes pour maintenir la vie sur Terre sont déjà dégradés ou surexploités. Au moins les humains auront fait beaucoup de réunions pour se rendre compte qu’ils sont des cons. 

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écologie et éthique

« Il existe plusieurs types d’approche à la question de la perte de biodiversité. Une approche éthique estime que les autres espèces ont un droit à l’existence, une valeur intrinsèque, et qu’elles devraient être respectées en tant que telles (ndlr, l’écologie profonde). De son côté une approche culturelle (ou esthétique) considère la biodiversité comme un patrimoine naturel, équivalent au patrimoine artistique de l’humanité ; puisqu’on dépense beaucoup d’argent pour préserver notre patrimoine artistique, pourquoi ne pas préserver également le patrimoine naturel dont nous avons hérité ? Une approche plus utilitaire, voire économique, met l’accent sur le fait que la biodiversité nous fournit tout un éventail de biens ayant des valeurs directes d’usage. Enfin il existe une approche plus écologique, que je vais développer ici, selon laquelle la biodiversité soutient des processus écologiques dont les sociétés humaines dépendent indirectement. (…)

 

Je ne veux pas opposer ces différentes perspectives, qui sont en réalité complémentaires. Toutefois, je voudrais mentionner qu’au départ mon point de vue ne s’inspire nullement de l’approche éthique, bien que ma perspective écologique aboutisse, en fin de compte, à des conclusions très proches. J’entends souligner par là qu’il n’est pas nécessaire d’adopter une position dogmatique sur le fait que les autres espèces ont une valeur intrinsèque ou qu’elles ont le droit d’exister. La perspective écologique aboutit au même genre de recommandations sur une base rationnelle, sans avoir besoin d’invoquer des arguments de ce type. L’éthique a certainement sa place, mais je pense qu’on peut la fonder sur des données scientifiques solides (…)

 

            La perspective écologique que j’ai développée sur une base scientifique aboutit finalement à une position philosophique assez proche de la perspective éthique, mais à partir de prémisses très différentes. Tout mon propos mène à la conclusion suivante : plutôt que de prétendre contrôler et maîtriser la nature à tout prix, les humains devraient apprendre à se reconnaître comme une partie consciente de la nature et à vivre avec la vie qui les entoure. Par conséquent, l’écologie scientifique appelle à une nouvelle relation entre l’humanité et la nature, qui accepte et même célèbre la diversité de la vie. C’est là que l’écologie rencontre l’éthique : une nouvelle éthique est nécessaire pour prendre en compte ces données de l’écologie scientifique. »

 

Loreau Michel,  Entretiens  du XXIe siècle, Signons la paix avec la Terre (éditions Unesco, Albin Michel, 2007) 

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chronique du beurre

Bonjour Monsieur Le Boucher

Ce n’est pas parce que je suis un ayatollah vert en herbe, et donc très critique envers vous, que je ne sais pas reconnaître de vrais arguments. Dans votre chronique du 2-3 décembre, vous dites qu’ « il n’y a pas de problème de pouvoir d’achat, car en fait il y a trop de pouvoir d’achat ». Vous justifiez en citant le déficit commercial et le déficit public. Vous avez parfaitement raison. Je vous prie seulement de considérer qu’il y a aussi un poids trop important de la consommation de la classe globale (tous les ménages qui possèdent le luxe d’utiliser un véhicule personnel) sur les ressources de la planète. Il suffit de rappeler comme justification les deux phénomènes liés, combustion de ressources fossiles et réchauffement climatique.

 Par contre  l’autre aspect de votre raisonnement, qui repose sur une hausse de la production, me paraît infondé. Vous restez un fervent adepte de la croissance économique dans un monde fini, relancée par une politique libérale plutôt que par une pratique keynésienne. Il ne me semble pas que le résultat va différer, cela entraînera de la même façon une détérioration accentuée de notre planète. La situation est d’autant plus critique que, comme vous le soulignez, beaucoup de travailleurs souffrent. J’ajoute que ce n’est pas seulement en France que des personnes souffrent, et que ceux qui vont le plus souffrir sont ceux dont on est en train de détériorer le milieu environnant avec notre croissance quantitative.

Cordialement

 Réponse d’Eric Le Boucher : je ne partage pas votre avis. La croissance est la seule façon de résoudre le problème social et elle peut être propre.

mais merci de me lire

 La seule réponse possible en retour : Monsieur Le Boucher, vous avez tout à fait raison. D’ailleurs la Terre est plate comme vous l’avez déjà remarqué. Merci de m’avoir répondu, amicalement

syndrome d’effondrement

Tout allait pour le mieux depuis des millions d’années, rien n’était venu déranger le tête-à-tête entre les plantes à fleurs et les abeilles qui puisaient le nectar entre leurs pétales. La survie de 80 % des plantes à fleurs et la production de 35 % de la nourriture des hommes dépendent de cette pollinisation. Mais le désastre s’annonce.

 

Autrefois les colonies d’abeilles, élevées dans des troncs d’arbres étaient asphyxiées par les hommes en fin de saison. Vers 1870, l’adoption de la ruche à cadre mobile permet de récolter sans anéantir la colonie. Jusqu’aux années 1960, tout était simple, on ne bougeait pas les ruches, il y avait des fleurs partout. Puis les cultures spécialisées ont commencé, la transhumance des ruchers a suivi, ainsi que le cache-cache avec les pesticides. Aux Etats-Unis, on parle de syndrome d’effondrement des colonies, quelque 25 % des abeilles aurait disparu au cours de l’hiver 2006-2007. La plupart des pays européens sont aussi touchés par cette surmortalité. En effet, les abeilles peuvent supporter virus et parasites, mauvaise alimentation, empoisonnement aux pesticides, changement climatique, mais quand tous les facteurs de perturbation sont réunis, il arrive un moment où l’abeille ne peut plus résister. Les abeilles sont aussi aux prises avec un parasite de l’abeille asiatique, le Varroa destructor, qui suce l’hémolymphe (le sang) des abeilles ; l’abeille asiatique s’en était accommodé, mais l’acarien s’est répandu dans le monde entier avec les activités humaines ; alors on traite avec des anti-acariens. Or l’exposition à de faibles doses répétées de poison peut avoir des effets encore plus importants que de fortes doses. Pesticides encore et toujours !  L’homme est en train de tuer l’industrieux insecte qu’il avait tant bien que mal domestiqué depuis l’Antiquité.

 

Aucun pays n’a réussi à mettre sur pied un réseau de suivi des pertes, aucune recherche véritable n’a été faite sur les produits phytosanitaires. Les humains se comportent dans la Biosphère comme ils se comportent entre eux, de manière sauvage et irresponsable. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

concept de biodiversité

Le terme biological diversity est récent, il n’est employé par Thomas Lovejoy qu’en 1980. Peu après le père de la sociobiologie, Edward Osborn Wilson, publie à l’automne 1985 un article qui connaît un retentissement mondial : The Crisis of Biological Diversity. Il souligne les enjeux et les implications d’un appauvrissement de la diversité biologique dans le domaine animal, végétal et microbien. Dans la lignée de ce texte fondateur, le National Research Council (organisme dépendant de l’Académie des sciences américaine) organise à Washington, en 1986, le premier forum américain sur la diversité biologique. À l’issue du colloque, les responsables du NRC suggèrent, pour l’édition des actes, d’utiliser la contraction « biodiversité », qu’ils jugent plus efficace médiatiquement que « diversité biologique » ; E.O. Wilson accepte. Sa conception devrait rester gravée dans nos mémoires : « L’humanité ne se définit pas par ce qu’elle crée, mais par ce qu’elle choisit de ne pas détruire. »

 

            Mais le désastre est en marche. Dans Regards sur la Terre 2008 (sous la direction de Pierre Jacquet et Laurence Tubiana), on parle de la destruction de la biodiversité comme d’une crise silencieuse : « Des gènes aux écosystèmes en passant par les espèces, tous les éléments de la biodiversité se détériorent. Bien que brutale et rapide, cette détérioration sans précédent de notre environnement échappe pourtant largement à l’attention de l’humanité ». Les travaux scientifiques suggèrent pourtant que les dégâts engendrés seraient comparables à ceux liés au réchauffement climatique. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour que la préoccupation des experts devienne enfin la préoccupation de tous. La biodiversité est un bien public global ; dans les pays les plus pauvres, le capital naturel représente en moyenne 25 % de la richesse d’un individu, moins de 1 % dans nos sociétés riches et urbanisées ; les pauvres sont menacés. L’ensemble de l’humanité devra faire beaucoup d’efforts en vue de la préservation de la nature, sinon les riches subiront la vengeance des pauvres

 

L’équilibre des écosystèmes est donc menacé. Quelle sera la résistance des écosystèmes aux interférences humaines ? Quelle sera la réaction de la biodiversité face aux changements climatiques ? Il faudra bientôt choisir entre le rapport à la nature d’un écologiste néo-zélandais ou américain, marqué par l’idée que l’homme est avant tout un prédateur indigne, ou celui d’un Européen, pour lequel l’homme à travers l’agriculture peut aussi façonner les paysages. Les Européens, les occidentaux, devront faire beaucoup d’efforts en vue de la préservation de la nature, sinon ils subiront la vengeance de la Biosphère.

 

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avions et climat

Pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %. Les climatologues rappellent aussi qu’à consommation égale un avion a un impact climatique qui vaut plusieurs fois celle d’un transport routier, en raison des émissions de gaz à haute altitude. Avec un transport aérien qui connaît une croissance annuelle de 10 % et qui représente une source majeure de pollution au CO2, certains veulent donc limiter les déplacements en avion. L’Association Flight Pledge prône une telle mesure, notamment pour les vols de loisirs de courtes distances et les courts séjours, rendus récurrents depuis l’avènement du low cost et qui sont aujourd’hui une tendance forte. Il semblerait que la seule régulation effective possible à grande échelle soit d’ordre économique, par le biais de taxes, d’augmentation de tarifs, de primes compensatoires pour l’environnement… Mais cela revient à poser la question de savoir s’il est réellement possible et souhaitable de limiter le nombre de voyageurs aériens. Cette régulation économique progressivement mise en place aurait pour effet de limiter l’accès au voyage pour une partie de la population sans revenus conséquents, mais elle ne laisse pas envisager véritablement de fléchissement des flux touristiques car les perspectives ne tiennent pas compte de l’explosion de la classe globale. Le concept de « classe globale » concerne l’émergence de nouveaux groupes sociaux qui, bien qu’évoluant dans des contextes sociétaux différents, – un pays anciennement développé comme la France, ou des nations-continents émergentes comme l’Inde ou la Chine – présentent les mêmes aspirations. Ces aspirations sont hélas calquées sur le modèle économique occidental actuel au moment même ou ce dernier accuse ses limites et où il convient de le redéfinir.

 

La difficulté réside dans le fait que cette classe globale émergente aspire à une mobilité sans restriction, dans la mesure ou elle y accède enfin, mais dans le même temps, il faudrait qu’elle prenne conscience des conséquences de son comportement avant même d’avoir pu l’expérimenter. Le climat de la Biosphère n’est pas près de s’améliorer ! 

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la mort du sport

On peut se demander si le sport, qui penche de plus en plus vers le spectacle, va pouvoir garder son statut de sport. Le sport est devenu une industrie qui transforme l’activité physique en produit marchand, c’est-à-dire l’inverse de l’épanouissement personnel. Le sport d’élite n’est plus que pharmacopée ambulante pour spectateurs en manque d’efforts physiques personnels. C’est pourquoi certains spécialistes prédisent la disparition du sport du fait du développement du dopage. Le coureur allemand Jörg Jaksche tendait simplement son bras et se laissait piquer sans même savoir ce qu’on lui administrait : il ne voulait pas savoir et de toute façon tout le monde faisait pareil. Le vélo de  compétition est devenu un monde parallèle où il ne règne plus de conscience de l’interdit. Certains technophiles veulent même aller plus loin, il existe un courant qui préconise de modifier l’homme, par exemple avec l’aide d’une transformation génétique. La psychologie humaine est tellement perverse qu’elle fera ressentir des méthodes transhumaines comme normales quand tout le monde fera de même. Le sport dénaturé n’est plus que le symptôme évident d’une société qui est devenue folle.

 Il est beaucoup plus facile de réaliser des performances et de résoudre ses problèmes existentiels par la fuite en avant plutôt que de se contenter d’être au monde, se ressentir à l’aise à la fois dans le milieu naturel et humain. La Biosphère mérite mieux que le détournement de ses mécanismes physico-chimiques par des humains imprudents et impudents. 

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symphonie pour ver de terre

Sous le titre « Comment calmer la foire d’empoigne » (Le prix du bonheur de Sir Richard Layard, p.174), on trouve  cette évidence : « La publicité a clairement pour objectif d’influencer nos préférences, elle vise à nous faire croire que nous avons besoin de quelque chose dont nous nous passions fort bien. La publicité est une sorte de prophétie auto-réalisatrice, elle nous montre que les gens qui nous ressemblent possèdent tel ou tel produit. C’est sur les enfants qu’elle exerce le plus d’effets, ce qui place les parents sous une pression souvent intolérable les obligeant à acheter la dernière poupée ou le dernier modèle de chaussures de sport. Le gaspillage est ainsi faramineux, et les enfants finissent par être convaincus qu’ils ont besoin de toutes sortes de marchandises simplement pour être enfin eux-mêmes. C’est pourquoi la Suède interdit toute publicité ciblant directement les enfants de moins de douze ans. Chaque pays devrait suivre cet exemple. On entend aussi dire que le capitalisme, pour atteindre le plein-emploi, ne peut se passer de la publicité. Cela est faux. Il est vrai que l’on travaillerait moins, mais, en même temps, le désir de travail serait moindre, tout comme le désir de consommation. L’équilibre entre l’offre et la demande ne s’en trouverait donc pas affecté. Le chômage n’augmenterait pas. »

 

Sir Layard se pose alors une question fondamentale : « La publicité nous rend-elle plus heureux en modifiant nos valeurs ? » Mais il ne se pose pas la question essentielle de la détérioration de la planète par le mode de vie occidental qui se généralise grâce à la publicité. Il pense même comme tant d’autres que « musique » est un mot positif alors que l’expression « ver de terre » dégraderait notre humeur !

 

Pourtant les amoureux de la Biosphère savent tout ce que la formation des sols doit aux lombrics alors que jamais la musique n’a aidé la planète en quoi que ce soit, même pas avec le Live Earth, the concerts for a climate in crisis ! 

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divertissement, abrutissement

Il y a une énorme différence entre le jeu que l’homme a toujours su inventer, et le jeu qui envahit notre société. Dans les sociétés traditionnelles, il y avait les fêtes, il y a le jeu des enfants. Alors que le jeu était participation, il est devenu purement spectacle. Maintenant nous sommes baignés dans l’univers du jeu par la télévision et l’informatique. L’usage du micro-ordinateur était, d’après un sondage de juin 1983, pour 75 % consacré au jeu. Jeu d’échecs électronique ou wargames, on est seul avec la machine. Le jeu cesse d’être ciment social pour devenir un facteur d’enfermement dans des solitudes fascinées par l’engin. De plus, tous ces jeux sont avant tout commerciaux, leur marché se renouvelle à toute vitesse, on passe le temps toujours happé par la possibilité d’avoir du neuf. Cela peut même se présenter avec un aspect de développement intellectuel ! A ces jeux, il faut ajouter le temps de divertissement passé à regarder la télévision. Cela conduit l’homme dans l’irréel fantasmatique, dans un monde totalement falsifié. Tout se passe comme si l’on suivait la politique de la Rome impériale, distraire le peuple pour l’empêcher de penser.

 

Il faut prendre divertissement non pas au sens d’amusement, mais au sens pascalien : l’homme est diverti, c’est-à-dire d’une part détourné de penser à soi-même, à sa condition humaine, et aussi détourné des plus hautes aspirations, du sens de la vie, des objectifs supérieurs. Le divertissement est aussi éparpillement. C’est cela que notre société a réussi grâce à la technique, notre divertissement est universel, collectif, même quand nous sommes séparés chacun devant notre écran. Il va de soi que nous ne supporterions pas la permanence du divertissement si nous prenions conscience de ce qu’il est ; c’est pourquoi il lui faut se parer d’un grand voile : liberté de pouvoir choisir entre quinze chaînes de télévision, liberté de gagner sans cesse du temps par l’avion et le train, liberté de pouvoir faire  du 250 km/heure sur route. Alors que le divertissement est l’anti-liberté, puisque c’est l’anti-réflexion.

 

Nous courons sans souci vers le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de voir.

(Jacques ELLUL, Le bluff technologique, 1986) 

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sport-spectacle

Le sport n’est qu’une invention du XIXe siècle, puis le XXe siècle a transformé l’activité de loisirs des nouvelles classes bourgeoises en sport-spectacle. Au début le sport n’était pratiqué que par des amateurs encadrés par des bénévoles. Mais on commence à parier sur les matches de boxe et à organiser des billetteries pour les matches de football. Dès la fin du XIXe siècle, les clubs britanniques deviennent professionnels. En France le sport reste dominé par l’esprit olympique et cette professionnalisation est jugé condamnable. Ce n’est qu’en 1932 que les clubs professionnels de foot obtiennent en France de leur fédération l’autorisation d’organiser un championnat national. Le journal l’Equipe lance en 1954 l’idée d’un championnat d’Europe. Tout s’emballe dans les années 1980 avec la libéralisation du paysage audiovisuel. Le CIO finit par accepter la professionnalisation des jeux olympiques en 1981 et leur exploitation commerciale en 1986. Toutes les barrières morales tombent et maintenant le monde entier se gargarise devant son poste de télé en voyant courir un ballon rond. Cette marchandisation d’une pratique de loisir  qui se transforme en spectacle de masse assuré par des professionnels se retrouve dans la pratique du vélo comme dans le domaine des chansons et de la musique.

 

Le sport marchand en régression et le temps libéré consacré aux activités de proximité, la Biosphère pourra enfin respirer. 

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sport = drogue

Il faut prendre divertissement non pas au sens d’amusement, mais au sens pascalien : l’homme est diverti, c’est-à-dire détourné de penser à soi-même, à sa condition humaine, mais aussi détourné des plus hautes aspirations, du sens de la vie, des objectifs supérieurs. Pour se rendre compte de l’énorme captation du public par le sport, il suffit de considérer la place qu’il tient dans les médias. Ce qui est le plus remarquable, c’est cet envahissement, toute l’année, cette façon de faire que chaque jour ait sa tranche sportive. Alors le dernier match devient bien plus important qu’un accord international. Bien entendu cette diffusion gigantesque est le support d’une publicité écrasante. Il est vrai que l’homme qui ne se passionne pas pour ces gesticulations n’est pas tout à fait normal !

 

Que devient le sport dans cette spectacularisation totale ? D’abord il y a le passage au professionnalisme, ce qui veut dire qu’à trente ans, l’athlète sera usé ou rentier. Au-delà des dieux du stade, c’est finalement l’argent-roi. Qu’est-ce que prouve un match ? La qualité de l’entraîneur qui a su repérer les meilleurs sur le marché mondial des joueurs ; d’autre part le fait qu’une municipalité ou un sponsor a payé plus cher que les autres ! L’importance du sport étant désormais dominante, il faut créer l’événement sportif, rien que pour le spectacle. On fabrique alors des monstruosités comme cette course de Paris-Dakar, insultante comme gaspillage au milieu des pays de famine, démonstration de la puissance occidentale parmi les impuissants du tiers-monde, parfaite vanité. La brutalité des sportifs gagne le public, ces milliers de fanatiques (pas plus sportifs que moi), montés et remontés par le spectacle, et qui se déchaînent. Je pense que plus la propagande techno-sportive gagnera, plus il y aura d’émeutes dans les stades.

 

Le socialisme n’est pas plus vertueux puisque ce sont les mêmes contraintes qui s’imposent. Il importe assez peu que l’institution sportive soit centralisée par l’appareil d’Etat ou cimentée par l’idéologie bourgeoise. Le sport est maintenant un discours technologique, drogue indispensable de l’Occidental moyen. Nous courons sans souci vers le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de voir.

(Jacques ELLUL, Le bluff technologique, 1986)

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

hystérie du spectacle

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=biblio. Voici par exemple la quintessence du livre de Michel BOUNAN, La folle histoire du monde (éditons Allia).

 

De même que les innovations techniques du XXe siècle ont eu pour moteur la nécessité de neutraliser les résistances au développement industriel, l’organisation socio-politique a été mise en place pour neutraliser le conflit social. L’impossible liberté réclamée par la classe laborieuse a été obtenue de façon illusoire. La négation du vivant et les exigences humaines ont donné son aspect original de « société du spectacle ». Les revendications ont été satisfaites au moyen d’images et de leurres que la nouvelle organisation technicienne pouvait créer en abondance. Ce mode d’organisation a fourni à ses emmurés des images de liberté et de vie. Le « spectacle » n’est rien d’autre que l’ensemble des  compensations mensongères offertes à ceux qui ne sont plus rien (p.73).

 

Cette façon de n’être au monde que par la médiation d’images a donné lieu à d’extravagantes manifestations collectives. L’extraordinaire importance des rassemblements sportifs d’un bout à l’autre du monde, l’intérêt que leur accordent les médias, les violences auxquelles elles donnent lieu de la part du public, relèvent bien de l’hystérie moderne. Les spectateurs d’une exhibition sportive vivent, par procuration, un affrontement dans lequel ils s’engagent personnellement, ils s’identifient à tel joueur, à telle équipe, et par cette identification, ils connaissent d’intenses émotions. Ces manifestations ont bien pour fonction de canaliser des impulsions interdites, de contrefaire une vie absente. Il en est de même des divertissements musicaux actuels, qui se déroulent en outre dans les mêmes lieux que les compétitions sportives (p.110) .

L’écologisme radical, contrairement aux simulacres qui lui sont opposés, proclame que toutes les nuisances actuelles résultent d’un système socio-économique mondial dont la production industrielle est à la fois le moteur et le résultat. C’est pourquoi ses porte-parole préconisent désormais une décroissance massive. Dans les conditions présentes, cette utopie rencontre un succès mitigé auprès d’un public fondamentalement hystérique, c’est-à-dire privé de son être propre et avide des multiples compensations que lui offre le marché moderne, compensations qu’il ne peut obtenir qu’en continuant à faire tourner les rouages du monde économique actuel (p.114)

Baranski et Robin

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre de Baranski et Robin, L’urgence de la métamorphose (éditions Des idées et des hommes) :

 

Pour savoir si tu veux lire ce livre, quelques citations :

– L’homme ravage la planète au point qu’elle se révolte avec le vent, les inondations, le feu. Si l’humanité ne s’achève pas dans toutes ses guerres, la nature finira le boulot.

 

– Des milliards de gens vont mourir du fait du changement climatique ? – Oui. Avec le réchauffement, la plus grande partie de la surface du globe va se transformer en désert. Les survivants se regrouperont autour de l’Arctique. Mais la place manquera pour tout le monde. Alors il y aura des guerres, des populaces déchaînées, des seigneurs de la guerre. Ce n’est pas la Terre qui est menacée, mais notre civilisation.

 

– Notre civilisation occidentale est à bout de souffle. Elle produit plus de maux que de bienfaits. La dégradation de la qualité par rapport à la quantité est la marque de notre crise de civilisation. Or, malheureusement, ni l’amour, ni la souffrance, ni le plaisir , ni l’enthousiasme, ni la poésie n’entrent dans la quantification.

 

– Il est des biens communs de l’humanité – l’air, l’eau, le patrimoine génétique des espèces… – dont les problèmes dépassent les logiques des nations et celles du marché.

 

– Quoi qu’il puisse y avoir à l’extérieur, c’est bien ici que se décide notre destin. Tout ce qui se trouve lié à ce lieu arrive entre nos mains et peut être traité ou trahi par nous. Ayons-en le souci comme si nous étions effectivement seuls dans l’univers.

– Bouddha avait mis en garde les humains en disant : « Ne crois rien que tu n’aies vérifié par toi-même, pas même ce qui dit Bouddha. »

Al Gore, Nobel de la paix

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre d’Al Gore, Urgence planète Terre :

 

L’édifice de la civilisation occidentale a atteint un stupéfiant degré de complexité. Mais plus il devient complexe, plus nous avons l’impression de nous éloigner de nos racines originelles. Plus nous nous engageons dans un monde conçu par nous-mêmes, plus nous abandonnons notre ancrage dans la nature. Mais sommes-nous si uniques et si puissants que nous puissions nous tenir pour séparés de notre terre ? Beaucoup d’entre nous agissent, et pensent, comme si la réponse était OUI. Il n’est de nos jours que trop facile d’envisager la planète comme une collection de « ressources » dont la valeur intrinsèque ne dépasse pas leur utilité momentanée. Nous avons industrialisé le processus de transformation de l’oxygène en gaz carbonique grâce à des inventions telles que la machine à vapeur ou le moteur à explosion sans prendre en considération les limites d’absorption du CO2 par notre planète, nous avons industrialisé la production d’informations (presse à imprimer ou ordinateur) en oubliant de tenir compte de notre capacité limitée à assimiler les connaissances nouvelles. Il y a tellement d’informations nouvelles produites chaque jour que leur avalanche a étouffé le lent mécanisme de maturation qui change la connaissance en sagesse.

 

De plus, la crise de l’environnement illustre la confiance suprême en notre capacité à relever n’importe quel défi en rassemblant à son sujet des tonnes d’informations, en les divisant en éléments simples à étudier et en trouvant finalement la solution technique. Mais l’idée selon laquelle de nouvelles technologies peuvent résoudre tous nos problèmes constitue l’élément central d’un mode de pensée défaillant. Nous nous convainquons que nous n’avons plus à souffrir du froid ou de la chaleur. Nous pouvons guérir nos malades, voler dans les airs, illuminer la nuit. Et pendant que nous croyons que nos besoins et nos caprices sont satisfaits, en réalité nous sommes en train d’écraser le Jardin d’Eden au rouleau compresseur.

 

Se placer dans une perspective écologique implique au contraire d’adopter une vision globale, d’essayer de comprendre comment ces différentes composantes interagissent les unes avec les autres selon des modalités qui tendent à l’équilibre et perdurent à travers les années. Cette perspective ne peut envisager la planète comme un objet séparé de la civilisation humaine : nous appartenons, nous aussi, à l’ensemble. Mais cet ensemble ne fonctionne pas selon les lois simples des rapports de cause à effet auxquels nous sommes accoutumés.

 

Hervé-René Martin

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple quelques citations  pour te donner envie de lire l’Eloge de la simplicité volontaire d’Hervé-René Martin :

 

Nul doute que ceux qui n’auront pas oublié que l’effort, la souffrance, la maladie et la mort font partie intégrante de l’existence au même titre que la joie de vivre déclinée sous toutes ses formes seront autrement mieux armés pour affronter les rigueurs nouvelles que ceux élevés aux modélisations informatiques (page 36).

 

« L’objectif affirmé de Porsche est de réduire au minimum les effets préjudiciables à l’environnement et de soutenir les efforts internationaux visant à réduire les problèmes écologiques globaux. » Ce n’est qu’une déclaration d’intention  (p.44) !

 

Laurence Summers, vice-président de la Banque mondiale : « J’ai toujours pensé que les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués : la qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico (46). » 

 

Lorsque nous échangeons une heure de notre labeur contre un produit dont la fabrication en nécessite dix, nous en volons neuf à quelqu’un. C’est une estimation très loin du compte : il faut 300 ans à un producteur de café colombien pour gagner l’équivalent du revenu médian français (64).

 

La civilisation n’a rien changé aux fins, seulement aux moyens, on ne chasse plus l’autre à coups de gourdins, mais de billets de banque. Le résultat reste le même (72).

 

Nous avons beaucoup plus à apprendre de la germination d’une plante que d’un voyage sur la Lune (104).

 

Le développement industriel dopé par l’usage d’une énergie bon marché n’aura duré que peu de temps. Les mots retrouveront bientôt leur véritable valeur que la société du superflu leur a fait perdre (196).

 

Jadis je marchais vite, roulais vite, lisais vite, aimais vite, et mal. M’éloignant de la civilisation, j’apprends la lenteur (247).

 

La Terre rencontre une planète qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps : « Tu as bien pâle mine, lui dit celle-ci. – Je suis malade, dit la Terre, j’ai attrapé l’humanité. – Oh ! Ne t’inquiète pas, la rassure l’autre, je l’ai eue moi aussi, ça passe tout seul (236). »

 

Hervé-René pense en conclusion que si nous n’avons pas la sagesse d’apprendre à nous passer de ce qui encombre l’existence, la nature (la Biosphère ?) se chargera avec rudesse de nous l’enseigner.