biosphere

Bonheur National Brut

Le Bonheur National Brut, c’est ce que cherchait à conserver le Bhoutan. Il était sur la bonne voie, il gardait des villes toutes petites (la capitale Thimphu compte 50 000 habitants seulement) et refusait les feux rouges, et surtout il éloignait la cigarette et les touristes en imposant des taxes colossales. Mais le ver est déjà dans le fruit, le Bhoutan a cédé aux vertiges de l’éducation scolaire et aux ravissements de la télévision, en conséquence le contact avec la Nature va disparaître au triple galop : la Biosphere ne peut plus être tranquille même sur les bords de l’Himalaya.

la biodiversité en péril

Selon l’Union mondiale pour la nature, 12 à 52 % des espèces actuelles seraient menacées. Le manque de précision provient des lacunes de l’inventaire des espèces, mais on peut déjà penser à une sixième extinction (la dernière a vu la disparition des dinosaures il y a 85 millions d’années) et cette fois l’activité humaine en est presque le seul et unique responsable.

Il ne suffit pas d’accroître les connaissances comme la Conférence internationale qui vient de se terminer à Paris le voudrait, encore faut-il ressentir la nécessité impérieuse de passer à l’action. La gouvernance, qui désigne les moyens politiques et institutionnels d’action en faveur de la biodiversité, reste un sujet délicat dans le système actuel. Il suffirait pour les libéraux de calculer les services rendus par la biodiversité (les avantages) pour qu’on puisse les comparer au coût de la sauvegarde. Mais on sait déjà que les activité pétrolières développées dans des régions très fragiles et les mines autorisées par dérogation dans des forêts protégées sont le résultat d’une pondération à très courte vue de ce rapport bénéfice/coût.

Pour François d’Aubert, ministre délégué à la recherche, « l’instruction de ce dossier devra être rapide afin qu’un rapport soit finalisé pour la prochaine conférence des parties à la Convention de la diversité biologique » (en l’an 2006 au Brésil). Combien d’espèces auront-elles disparues d’ici-là ? C’est comme la tragédie du changement climatique, le processus d’atteinte à la biodiversité est assez invisible pour que seuls les scientifiques soient à même d’en détecter les signes, alors les politiques attendent.

Mais un seuil d’irréversibilité approche rapidement, chaque politique doit réagir à son niveau de compétence, commune, département, région ou plus, chaque citoyen doit se comporter en écocitoyen.

quelle recherche ?

une recherche sans avenir
Le Parlement examinera avant l’été (Le Monde du 28/01) la loi d’orientation et de programmation sur la recherche. Déjà le mouvement « Sauvons la recherche » dénonce un projet de loi inacceptable, déjà un député PS passe en première ligne pour soutenir les OGM. Pourtant la question essentielle est ailleurs : il faudrait considérer la recherche non comme un tout dont l’objectif serait d’accaparer au moins 3 % du PIB, mais comme des études spécifiques dont les domaines d’application seraient réellement utiles et sans danger pour la société humaine et pour le reste de la planète. Par exemple, faut-il financer principalement la biologie moléculaire et les OGM ou faut-il favoriser la recherche des naturalistes sur les avantages de la biodiversité dont on nous a rappelé lors de la dernière conférence internationale à Paris qu’elle était en péril extrême. Faut-il consacrer plus de 80 % du financement de la France en matière d’énergie à la recherche nucléaire et laisser seulement quelques miettes pour les énergies renouvelables. Faut-il toujours plus de recherche en tous genres sans s’interroger sur les risques pour la santé humaine de nos applications techno-scientifiques alors que nous accumulons déjà des tas de produits chimiques dans notre corps et que les cas de cancers et d’allergie se multiplient. Finalement notre polarisation sur d’éventuels sauts technologiques dans la recherche à la mode (une mode déterminée par les industriels) nous empêche de consacrer toutes nos forces et notre attention à l’endiguement des dégâts que nous infligeons aujourd’hui à notre planète, donc à nous-mêmes. Le débat politique ne peut plus porter sur une enveloppe financière globale qui va sauver quelques emplois de chercheurs, mais sur notre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures.

démographie

En Allemagne, le nombre de naissances a été divisé par deux en quarante ans, passant de 1,3 million naissances en 1964 à environ 700 000 en 2003. Cette baisse s’explique par la pauvreté des équipement collectifs de prise en charge (crèches, écoles maternelles), mais aussi par la difficulté de trouver le bon partenaire pour fonder une famille ou par la profonde crise qui secoue le monde du travail et accentue l’ampleur du chômage. On peut donc noter l’émergence d’un climat général hostile à l’enfant et même aux parents qui veulent en avoir ; une vie sans enfant semble procurer plus de satisfaction qu’avec des enfants. La biosphère ne peut qu’être en accord avec un tel type de comportement, la voie malthusienne est la première des solutions au désordre planétaire actuel. Le seul modèle qui mérite d’être défendu, c’est celui d’un seul enfant par famille, qu’elle soit allemande, chinoise ou d’une autre nationalité.

solidarité avec les bonobos

Solidarité avec les bonobos
D’un côté le tsunami pourrait faire aujourd’hui 150 000 victime humaines, de
l’autre chimpanzés, gorilles, orangs-outans et bonobos risquent de
complètement disparaître dans une ou deux décennies. D’un côté les
soubresauts de la planète laissent en vie largement plus de 6 milliards
d’humains, de l’autre l’activité de ces mêmes humains élimine leurs plus
proches cousins par la déforestation, la chasse et la pression de la
démographie humaine. D’un côté les aides publiques d’urgence en faveur de
l’Asie dépassent déjà 1,2 milliards de dollars (sans compter la générosité
privée), de l’autre il faudrait seulement 25 millions de dollars pour
enrayer l’irrésistible baisse des populations de primates.

L’humanité envoie en avion ses touristes occidentaux à l’autre bout du monde pour accélérer le changement climatique, mais elle n’a presque aucun respect pour la vie
des non-humains sous toutes ses formes ; l’humanité s’apitoie sur son propre
sort, mais elle n’a pas beaucoup de considération pour le déclin de la
biodiversité dont elle est pourtant le principal responsable.

Il y a quelque chose d’absurde sur cette planète…