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chronique du beurre

Bonjour Monsieur Le Boucher

Ce n’est pas parce que je suis un ayatollah vert en herbe, et donc très critique envers vous, que je ne sais pas reconnaître de vrais arguments. Dans votre chronique du 2-3 décembre, vous dites qu’ « il n’y a pas de problème de pouvoir d’achat, car en fait il y a trop de pouvoir d’achat ». Vous justifiez en citant le déficit commercial et le déficit public. Vous avez parfaitement raison. Je vous prie seulement de considérer qu’il y a aussi un poids trop important de la consommation de la classe globale (tous les ménages qui possèdent le luxe d’utiliser un véhicule personnel) sur les ressources de la planète. Il suffit de rappeler comme justification les deux phénomènes liés, combustion de ressources fossiles et réchauffement climatique.

 Par contre  l’autre aspect de votre raisonnement, qui repose sur une hausse de la production, me paraît infondé. Vous restez un fervent adepte de la croissance économique dans un monde fini, relancée par une politique libérale plutôt que par une pratique keynésienne. Il ne me semble pas que le résultat va différer, cela entraînera de la même façon une détérioration accentuée de notre planète. La situation est d’autant plus critique que, comme vous le soulignez, beaucoup de travailleurs souffrent. J’ajoute que ce n’est pas seulement en France que des personnes souffrent, et que ceux qui vont le plus souffrir sont ceux dont on est en train de détériorer le milieu environnant avec notre croissance quantitative.

Cordialement

 Réponse d’Eric Le Boucher : je ne partage pas votre avis. La croissance est la seule façon de résoudre le problème social et elle peut être propre.

mais merci de me lire

 La seule réponse possible en retour : Monsieur Le Boucher, vous avez tout à fait raison. D’ailleurs la Terre est plate comme vous l’avez déjà remarqué. Merci de m’avoir répondu, amicalement

syndrome d’effondrement

Tout allait pour le mieux depuis des millions d’années, rien n’était venu déranger le tête-à-tête entre les plantes à fleurs et les abeilles qui puisaient le nectar entre leurs pétales. La survie de 80 % des plantes à fleurs et la production de 35 % de la nourriture des hommes dépendent de cette pollinisation. Mais le désastre s’annonce.

 

Autrefois les colonies d’abeilles, élevées dans des troncs d’arbres étaient asphyxiées par les hommes en fin de saison. Vers 1870, l’adoption de la ruche à cadre mobile permet de récolter sans anéantir la colonie. Jusqu’aux années 1960, tout était simple, on ne bougeait pas les ruches, il y avait des fleurs partout. Puis les cultures spécialisées ont commencé, la transhumance des ruchers a suivi, ainsi que le cache-cache avec les pesticides. Aux Etats-Unis, on parle de syndrome d’effondrement des colonies, quelque 25 % des abeilles aurait disparu au cours de l’hiver 2006-2007. La plupart des pays européens sont aussi touchés par cette surmortalité. En effet, les abeilles peuvent supporter virus et parasites, mauvaise alimentation, empoisonnement aux pesticides, changement climatique, mais quand tous les facteurs de perturbation sont réunis, il arrive un moment où l’abeille ne peut plus résister. Les abeilles sont aussi aux prises avec un parasite de l’abeille asiatique, le Varroa destructor, qui suce l’hémolymphe (le sang) des abeilles ; l’abeille asiatique s’en était accommodé, mais l’acarien s’est répandu dans le monde entier avec les activités humaines ; alors on traite avec des anti-acariens. Or l’exposition à de faibles doses répétées de poison peut avoir des effets encore plus importants que de fortes doses. Pesticides encore et toujours !  L’homme est en train de tuer l’industrieux insecte qu’il avait tant bien que mal domestiqué depuis l’Antiquité.

 

Aucun pays n’a réussi à mettre sur pied un réseau de suivi des pertes, aucune recherche véritable n’a été faite sur les produits phytosanitaires. Les humains se comportent dans la Biosphère comme ils se comportent entre eux, de manière sauvage et irresponsable. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

concept de biodiversité

Le terme biological diversity est récent, il n’est employé par Thomas Lovejoy qu’en 1980. Peu après le père de la sociobiologie, Edward Osborn Wilson, publie à l’automne 1985 un article qui connaît un retentissement mondial : The Crisis of Biological Diversity. Il souligne les enjeux et les implications d’un appauvrissement de la diversité biologique dans le domaine animal, végétal et microbien. Dans la lignée de ce texte fondateur, le National Research Council (organisme dépendant de l’Académie des sciences américaine) organise à Washington, en 1986, le premier forum américain sur la diversité biologique. À l’issue du colloque, les responsables du NRC suggèrent, pour l’édition des actes, d’utiliser la contraction « biodiversité », qu’ils jugent plus efficace médiatiquement que « diversité biologique » ; E.O. Wilson accepte. Sa conception devrait rester gravée dans nos mémoires : « L’humanité ne se définit pas par ce qu’elle crée, mais par ce qu’elle choisit de ne pas détruire. »

 

            Mais le désastre est en marche. Dans Regards sur la Terre 2008 (sous la direction de Pierre Jacquet et Laurence Tubiana), on parle de la destruction de la biodiversité comme d’une crise silencieuse : « Des gènes aux écosystèmes en passant par les espèces, tous les éléments de la biodiversité se détériorent. Bien que brutale et rapide, cette détérioration sans précédent de notre environnement échappe pourtant largement à l’attention de l’humanité ». Les travaux scientifiques suggèrent pourtant que les dégâts engendrés seraient comparables à ceux liés au réchauffement climatique. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour que la préoccupation des experts devienne enfin la préoccupation de tous. La biodiversité est un bien public global ; dans les pays les plus pauvres, le capital naturel représente en moyenne 25 % de la richesse d’un individu, moins de 1 % dans nos sociétés riches et urbanisées ; les pauvres sont menacés. L’ensemble de l’humanité devra faire beaucoup d’efforts en vue de la préservation de la nature, sinon les riches subiront la vengeance des pauvres

 

L’équilibre des écosystèmes est donc menacé. Quelle sera la résistance des écosystèmes aux interférences humaines ? Quelle sera la réaction de la biodiversité face aux changements climatiques ? Il faudra bientôt choisir entre le rapport à la nature d’un écologiste néo-zélandais ou américain, marqué par l’idée que l’homme est avant tout un prédateur indigne, ou celui d’un Européen, pour lequel l’homme à travers l’agriculture peut aussi façonner les paysages. Les Européens, les occidentaux, devront faire beaucoup d’efforts en vue de la préservation de la nature, sinon ils subiront la vengeance de la Biosphère.

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

avions et climat

Pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %. Les climatologues rappellent aussi qu’à consommation égale un avion a un impact climatique qui vaut plusieurs fois celle d’un transport routier, en raison des émissions de gaz à haute altitude. Avec un transport aérien qui connaît une croissance annuelle de 10 % et qui représente une source majeure de pollution au CO2, certains veulent donc limiter les déplacements en avion. L’Association Flight Pledge prône une telle mesure, notamment pour les vols de loisirs de courtes distances et les courts séjours, rendus récurrents depuis l’avènement du low cost et qui sont aujourd’hui une tendance forte. Il semblerait que la seule régulation effective possible à grande échelle soit d’ordre économique, par le biais de taxes, d’augmentation de tarifs, de primes compensatoires pour l’environnement… Mais cela revient à poser la question de savoir s’il est réellement possible et souhaitable de limiter le nombre de voyageurs aériens. Cette régulation économique progressivement mise en place aurait pour effet de limiter l’accès au voyage pour une partie de la population sans revenus conséquents, mais elle ne laisse pas envisager véritablement de fléchissement des flux touristiques car les perspectives ne tiennent pas compte de l’explosion de la classe globale. Le concept de « classe globale » concerne l’émergence de nouveaux groupes sociaux qui, bien qu’évoluant dans des contextes sociétaux différents, – un pays anciennement développé comme la France, ou des nations-continents émergentes comme l’Inde ou la Chine – présentent les mêmes aspirations. Ces aspirations sont hélas calquées sur le modèle économique occidental actuel au moment même ou ce dernier accuse ses limites et où il convient de le redéfinir.

 

La difficulté réside dans le fait que cette classe globale émergente aspire à une mobilité sans restriction, dans la mesure ou elle y accède enfin, mais dans le même temps, il faudrait qu’elle prenne conscience des conséquences de son comportement avant même d’avoir pu l’expérimenter. Le climat de la Biosphère n’est pas près de s’améliorer ! 

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la mort du sport

On peut se demander si le sport, qui penche de plus en plus vers le spectacle, va pouvoir garder son statut de sport. Le sport est devenu une industrie qui transforme l’activité physique en produit marchand, c’est-à-dire l’inverse de l’épanouissement personnel. Le sport d’élite n’est plus que pharmacopée ambulante pour spectateurs en manque d’efforts physiques personnels. C’est pourquoi certains spécialistes prédisent la disparition du sport du fait du développement du dopage. Le coureur allemand Jörg Jaksche tendait simplement son bras et se laissait piquer sans même savoir ce qu’on lui administrait : il ne voulait pas savoir et de toute façon tout le monde faisait pareil. Le vélo de  compétition est devenu un monde parallèle où il ne règne plus de conscience de l’interdit. Certains technophiles veulent même aller plus loin, il existe un courant qui préconise de modifier l’homme, par exemple avec l’aide d’une transformation génétique. La psychologie humaine est tellement perverse qu’elle fera ressentir des méthodes transhumaines comme normales quand tout le monde fera de même. Le sport dénaturé n’est plus que le symptôme évident d’une société qui est devenue folle.

 Il est beaucoup plus facile de réaliser des performances et de résoudre ses problèmes existentiels par la fuite en avant plutôt que de se contenter d’être au monde, se ressentir à l’aise à la fois dans le milieu naturel et humain. La Biosphère mérite mieux que le détournement de ses mécanismes physico-chimiques par des humains imprudents et impudents. 

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symphonie pour ver de terre

Sous le titre « Comment calmer la foire d’empoigne » (Le prix du bonheur de Sir Richard Layard, p.174), on trouve  cette évidence : « La publicité a clairement pour objectif d’influencer nos préférences, elle vise à nous faire croire que nous avons besoin de quelque chose dont nous nous passions fort bien. La publicité est une sorte de prophétie auto-réalisatrice, elle nous montre que les gens qui nous ressemblent possèdent tel ou tel produit. C’est sur les enfants qu’elle exerce le plus d’effets, ce qui place les parents sous une pression souvent intolérable les obligeant à acheter la dernière poupée ou le dernier modèle de chaussures de sport. Le gaspillage est ainsi faramineux, et les enfants finissent par être convaincus qu’ils ont besoin de toutes sortes de marchandises simplement pour être enfin eux-mêmes. C’est pourquoi la Suède interdit toute publicité ciblant directement les enfants de moins de douze ans. Chaque pays devrait suivre cet exemple. On entend aussi dire que le capitalisme, pour atteindre le plein-emploi, ne peut se passer de la publicité. Cela est faux. Il est vrai que l’on travaillerait moins, mais, en même temps, le désir de travail serait moindre, tout comme le désir de consommation. L’équilibre entre l’offre et la demande ne s’en trouverait donc pas affecté. Le chômage n’augmenterait pas. »

 

Sir Layard se pose alors une question fondamentale : « La publicité nous rend-elle plus heureux en modifiant nos valeurs ? » Mais il ne se pose pas la question essentielle de la détérioration de la planète par le mode de vie occidental qui se généralise grâce à la publicité. Il pense même comme tant d’autres que « musique » est un mot positif alors que l’expression « ver de terre » dégraderait notre humeur !

 

Pourtant les amoureux de la Biosphère savent tout ce que la formation des sols doit aux lombrics alors que jamais la musique n’a aidé la planète en quoi que ce soit, même pas avec le Live Earth, the concerts for a climate in crisis ! 

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divertissement, abrutissement

Il y a une énorme différence entre le jeu que l’homme a toujours su inventer, et le jeu qui envahit notre société. Dans les sociétés traditionnelles, il y avait les fêtes, il y a le jeu des enfants. Alors que le jeu était participation, il est devenu purement spectacle. Maintenant nous sommes baignés dans l’univers du jeu par la télévision et l’informatique. L’usage du micro-ordinateur était, d’après un sondage de juin 1983, pour 75 % consacré au jeu. Jeu d’échecs électronique ou wargames, on est seul avec la machine. Le jeu cesse d’être ciment social pour devenir un facteur d’enfermement dans des solitudes fascinées par l’engin. De plus, tous ces jeux sont avant tout commerciaux, leur marché se renouvelle à toute vitesse, on passe le temps toujours happé par la possibilité d’avoir du neuf. Cela peut même se présenter avec un aspect de développement intellectuel ! A ces jeux, il faut ajouter le temps de divertissement passé à regarder la télévision. Cela conduit l’homme dans l’irréel fantasmatique, dans un monde totalement falsifié. Tout se passe comme si l’on suivait la politique de la Rome impériale, distraire le peuple pour l’empêcher de penser.

 

Il faut prendre divertissement non pas au sens d’amusement, mais au sens pascalien : l’homme est diverti, c’est-à-dire d’une part détourné de penser à soi-même, à sa condition humaine, et aussi détourné des plus hautes aspirations, du sens de la vie, des objectifs supérieurs. Le divertissement est aussi éparpillement. C’est cela que notre société a réussi grâce à la technique, notre divertissement est universel, collectif, même quand nous sommes séparés chacun devant notre écran. Il va de soi que nous ne supporterions pas la permanence du divertissement si nous prenions conscience de ce qu’il est ; c’est pourquoi il lui faut se parer d’un grand voile : liberté de pouvoir choisir entre quinze chaînes de télévision, liberté de gagner sans cesse du temps par l’avion et le train, liberté de pouvoir faire  du 250 km/heure sur route. Alors que le divertissement est l’anti-liberté, puisque c’est l’anti-réflexion.

 

Nous courons sans souci vers le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de voir.

(Jacques ELLUL, Le bluff technologique, 1986) 

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sport-spectacle

Le sport n’est qu’une invention du XIXe siècle, puis le XXe siècle a transformé l’activité de loisirs des nouvelles classes bourgeoises en sport-spectacle. Au début le sport n’était pratiqué que par des amateurs encadrés par des bénévoles. Mais on commence à parier sur les matches de boxe et à organiser des billetteries pour les matches de football. Dès la fin du XIXe siècle, les clubs britanniques deviennent professionnels. En France le sport reste dominé par l’esprit olympique et cette professionnalisation est jugé condamnable. Ce n’est qu’en 1932 que les clubs professionnels de foot obtiennent en France de leur fédération l’autorisation d’organiser un championnat national. Le journal l’Equipe lance en 1954 l’idée d’un championnat d’Europe. Tout s’emballe dans les années 1980 avec la libéralisation du paysage audiovisuel. Le CIO finit par accepter la professionnalisation des jeux olympiques en 1981 et leur exploitation commerciale en 1986. Toutes les barrières morales tombent et maintenant le monde entier se gargarise devant son poste de télé en voyant courir un ballon rond. Cette marchandisation d’une pratique de loisir  qui se transforme en spectacle de masse assuré par des professionnels se retrouve dans la pratique du vélo comme dans le domaine des chansons et de la musique.

 

Le sport marchand en régression et le temps libéré consacré aux activités de proximité, la Biosphère pourra enfin respirer. 

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sport = drogue

Il faut prendre divertissement non pas au sens d’amusement, mais au sens pascalien : l’homme est diverti, c’est-à-dire détourné de penser à soi-même, à sa condition humaine, mais aussi détourné des plus hautes aspirations, du sens de la vie, des objectifs supérieurs. Pour se rendre compte de l’énorme captation du public par le sport, il suffit de considérer la place qu’il tient dans les médias. Ce qui est le plus remarquable, c’est cet envahissement, toute l’année, cette façon de faire que chaque jour ait sa tranche sportive. Alors le dernier match devient bien plus important qu’un accord international. Bien entendu cette diffusion gigantesque est le support d’une publicité écrasante. Il est vrai que l’homme qui ne se passionne pas pour ces gesticulations n’est pas tout à fait normal !

 

Que devient le sport dans cette spectacularisation totale ? D’abord il y a le passage au professionnalisme, ce qui veut dire qu’à trente ans, l’athlète sera usé ou rentier. Au-delà des dieux du stade, c’est finalement l’argent-roi. Qu’est-ce que prouve un match ? La qualité de l’entraîneur qui a su repérer les meilleurs sur le marché mondial des joueurs ; d’autre part le fait qu’une municipalité ou un sponsor a payé plus cher que les autres ! L’importance du sport étant désormais dominante, il faut créer l’événement sportif, rien que pour le spectacle. On fabrique alors des monstruosités comme cette course de Paris-Dakar, insultante comme gaspillage au milieu des pays de famine, démonstration de la puissance occidentale parmi les impuissants du tiers-monde, parfaite vanité. La brutalité des sportifs gagne le public, ces milliers de fanatiques (pas plus sportifs que moi), montés et remontés par le spectacle, et qui se déchaînent. Je pense que plus la propagande techno-sportive gagnera, plus il y aura d’émeutes dans les stades.

 

Le socialisme n’est pas plus vertueux puisque ce sont les mêmes contraintes qui s’imposent. Il importe assez peu que l’institution sportive soit centralisée par l’appareil d’Etat ou cimentée par l’idéologie bourgeoise. Le sport est maintenant un discours technologique, drogue indispensable de l’Occidental moyen. Nous courons sans souci vers le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de voir.

(Jacques ELLUL, Le bluff technologique, 1986)

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

hystérie du spectacle

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=biblio. Voici par exemple la quintessence du livre de Michel BOUNAN, La folle histoire du monde (éditons Allia).

 

De même que les innovations techniques du XXe siècle ont eu pour moteur la nécessité de neutraliser les résistances au développement industriel, l’organisation socio-politique a été mise en place pour neutraliser le conflit social. L’impossible liberté réclamée par la classe laborieuse a été obtenue de façon illusoire. La négation du vivant et les exigences humaines ont donné son aspect original de « société du spectacle ». Les revendications ont été satisfaites au moyen d’images et de leurres que la nouvelle organisation technicienne pouvait créer en abondance. Ce mode d’organisation a fourni à ses emmurés des images de liberté et de vie. Le « spectacle » n’est rien d’autre que l’ensemble des  compensations mensongères offertes à ceux qui ne sont plus rien (p.73).

 

Cette façon de n’être au monde que par la médiation d’images a donné lieu à d’extravagantes manifestations collectives. L’extraordinaire importance des rassemblements sportifs d’un bout à l’autre du monde, l’intérêt que leur accordent les médias, les violences auxquelles elles donnent lieu de la part du public, relèvent bien de l’hystérie moderne. Les spectateurs d’une exhibition sportive vivent, par procuration, un affrontement dans lequel ils s’engagent personnellement, ils s’identifient à tel joueur, à telle équipe, et par cette identification, ils connaissent d’intenses émotions. Ces manifestations ont bien pour fonction de canaliser des impulsions interdites, de contrefaire une vie absente. Il en est de même des divertissements musicaux actuels, qui se déroulent en outre dans les mêmes lieux que les compétitions sportives (p.110) .

L’écologisme radical, contrairement aux simulacres qui lui sont opposés, proclame que toutes les nuisances actuelles résultent d’un système socio-économique mondial dont la production industrielle est à la fois le moteur et le résultat. C’est pourquoi ses porte-parole préconisent désormais une décroissance massive. Dans les conditions présentes, cette utopie rencontre un succès mitigé auprès d’un public fondamentalement hystérique, c’est-à-dire privé de son être propre et avide des multiples compensations que lui offre le marché moderne, compensations qu’il ne peut obtenir qu’en continuant à faire tourner les rouages du monde économique actuel (p.114)

Baranski et Robin

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre de Baranski et Robin, L’urgence de la métamorphose (éditions Des idées et des hommes) :

 

Pour savoir si tu veux lire ce livre, quelques citations :

– L’homme ravage la planète au point qu’elle se révolte avec le vent, les inondations, le feu. Si l’humanité ne s’achève pas dans toutes ses guerres, la nature finira le boulot.

 

– Des milliards de gens vont mourir du fait du changement climatique ? – Oui. Avec le réchauffement, la plus grande partie de la surface du globe va se transformer en désert. Les survivants se regrouperont autour de l’Arctique. Mais la place manquera pour tout le monde. Alors il y aura des guerres, des populaces déchaînées, des seigneurs de la guerre. Ce n’est pas la Terre qui est menacée, mais notre civilisation.

 

– Notre civilisation occidentale est à bout de souffle. Elle produit plus de maux que de bienfaits. La dégradation de la qualité par rapport à la quantité est la marque de notre crise de civilisation. Or, malheureusement, ni l’amour, ni la souffrance, ni le plaisir , ni l’enthousiasme, ni la poésie n’entrent dans la quantification.

 

– Il est des biens communs de l’humanité – l’air, l’eau, le patrimoine génétique des espèces… – dont les problèmes dépassent les logiques des nations et celles du marché.

 

– Quoi qu’il puisse y avoir à l’extérieur, c’est bien ici que se décide notre destin. Tout ce qui se trouve lié à ce lieu arrive entre nos mains et peut être traité ou trahi par nous. Ayons-en le souci comme si nous étions effectivement seuls dans l’univers.

– Bouddha avait mis en garde les humains en disant : « Ne crois rien que tu n’aies vérifié par toi-même, pas même ce qui dit Bouddha. »

Al Gore, Nobel de la paix

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Voici par exemple la quintessence du livre d’Al Gore, Urgence planète Terre :

 

L’édifice de la civilisation occidentale a atteint un stupéfiant degré de complexité. Mais plus il devient complexe, plus nous avons l’impression de nous éloigner de nos racines originelles. Plus nous nous engageons dans un monde conçu par nous-mêmes, plus nous abandonnons notre ancrage dans la nature. Mais sommes-nous si uniques et si puissants que nous puissions nous tenir pour séparés de notre terre ? Beaucoup d’entre nous agissent, et pensent, comme si la réponse était OUI. Il n’est de nos jours que trop facile d’envisager la planète comme une collection de « ressources » dont la valeur intrinsèque ne dépasse pas leur utilité momentanée. Nous avons industrialisé le processus de transformation de l’oxygène en gaz carbonique grâce à des inventions telles que la machine à vapeur ou le moteur à explosion sans prendre en considération les limites d’absorption du CO2 par notre planète, nous avons industrialisé la production d’informations (presse à imprimer ou ordinateur) en oubliant de tenir compte de notre capacité limitée à assimiler les connaissances nouvelles. Il y a tellement d’informations nouvelles produites chaque jour que leur avalanche a étouffé le lent mécanisme de maturation qui change la connaissance en sagesse.

 

De plus, la crise de l’environnement illustre la confiance suprême en notre capacité à relever n’importe quel défi en rassemblant à son sujet des tonnes d’informations, en les divisant en éléments simples à étudier et en trouvant finalement la solution technique. Mais l’idée selon laquelle de nouvelles technologies peuvent résoudre tous nos problèmes constitue l’élément central d’un mode de pensée défaillant. Nous nous convainquons que nous n’avons plus à souffrir du froid ou de la chaleur. Nous pouvons guérir nos malades, voler dans les airs, illuminer la nuit. Et pendant que nous croyons que nos besoins et nos caprices sont satisfaits, en réalité nous sommes en train d’écraser le Jardin d’Eden au rouleau compresseur.

 

Se placer dans une perspective écologique implique au contraire d’adopter une vision globale, d’essayer de comprendre comment ces différentes composantes interagissent les unes avec les autres selon des modalités qui tendent à l’équilibre et perdurent à travers les années. Cette perspective ne peut envisager la planète comme un objet séparé de la civilisation humaine : nous appartenons, nous aussi, à l’ensemble. Mais cet ensemble ne fonctionne pas selon les lois simples des rapports de cause à effet auxquels nous sommes accoutumés.

 

Hervé-René Martin

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Voici par exemple quelques citations  pour te donner envie de lire l’Eloge de la simplicité volontaire d’Hervé-René Martin :

 

Nul doute que ceux qui n’auront pas oublié que l’effort, la souffrance, la maladie et la mort font partie intégrante de l’existence au même titre que la joie de vivre déclinée sous toutes ses formes seront autrement mieux armés pour affronter les rigueurs nouvelles que ceux élevés aux modélisations informatiques (page 36).

 

« L’objectif affirmé de Porsche est de réduire au minimum les effets préjudiciables à l’environnement et de soutenir les efforts internationaux visant à réduire les problèmes écologiques globaux. » Ce n’est qu’une déclaration d’intention  (p.44) !

 

Laurence Summers, vice-président de la Banque mondiale : « J’ai toujours pensé que les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués : la qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico (46). » 

 

Lorsque nous échangeons une heure de notre labeur contre un produit dont la fabrication en nécessite dix, nous en volons neuf à quelqu’un. C’est une estimation très loin du compte : il faut 300 ans à un producteur de café colombien pour gagner l’équivalent du revenu médian français (64).

 

La civilisation n’a rien changé aux fins, seulement aux moyens, on ne chasse plus l’autre à coups de gourdins, mais de billets de banque. Le résultat reste le même (72).

 

Nous avons beaucoup plus à apprendre de la germination d’une plante que d’un voyage sur la Lune (104).

 

Le développement industriel dopé par l’usage d’une énergie bon marché n’aura duré que peu de temps. Les mots retrouveront bientôt leur véritable valeur que la société du superflu leur a fait perdre (196).

 

Jadis je marchais vite, roulais vite, lisais vite, aimais vite, et mal. M’éloignant de la civilisation, j’apprends la lenteur (247).

 

La Terre rencontre une planète qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps : « Tu as bien pâle mine, lui dit celle-ci. – Je suis malade, dit la Terre, j’ai attrapé l’humanité. – Oh ! Ne t’inquiète pas, la rassure l’autre, je l’ai eue moi aussi, ça passe tout seul (236). »

 

Hervé-René pense en conclusion que si nous n’avons pas la sagesse d’apprendre à nous passer de ce qui encombre l’existence, la nature (la Biosphère ?) se chargera avec rudesse de nous l’enseigner.

tyrannie technologique

Résumé de L’emprise des écrans (La tyrannie technologique, éditions l’Echappée)

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54

Travailler, consommer, se faire des amis, draguer, écouter de la musique, voir des films, lire, s’informer, voter, jouer, etc., tout cela sur un ordinateur. Désormais rares sont les activités humaines qui ne nécessitent pas la  présence d’un écran. Depuis une décennie, les écrans ont envahi les espaces publics, les supports se multiplient et nous subissons un véritable déferlement technologique : ordinateur, téléphone mobile, GPS, iPod, Palm Pilot, appareil photo numérique, caméscope, console de jeux, etc. Les moments de la journée que l’on ne passe pas devant un écran deviennent exceptionnels. Même les chômeurs doivent utiliser Internet. Des individus connectés en permanence, surinformés, se croient omniscients et tout-puissants alors que leur impuissance politique et sociale n’a jamais été aussi grande. Ne pas posséder de télévision ne nous protège pas totalement de son emprise car une véritable culture s’est développée autour d’elle, avec sa presse, ses multiples objets dérivés,  ses codes langagiers et vestimentaires, ses références historiques, ses héros et ses mythes, sa manière d’appréhender le monde.

Quand on regarde la télé ou un ordinateur, on constate une baisse de l’activité cérébrale. L’appareil nous met dans un état réceptif passif. La source lumineuse attire en effet l’œil et déclenche une adhésion immédiate, alors que la lecture nécessite une démarche, voire un effort,  relevant de la volonté. Comme le montrent les expériences, regarder un écran met en sommeil l’intellect, ramollit physiquement et – contrairement à ce que l’on pense communément -, ne repose pas du tout.  De plus l’échange direct, de visu, et la véritable rencontre se raréfient. Nous vivons de moins en moins dans le monde et de plus en plus dans ses représentations, nous vivons dans cette culture de l’illusion où règne la confusion entre le signe et ce qui est signifié. Cette réduction du réel à l’image abolit toute distance nécessaire à la compréhension des choses. D’ailleurs le neurophysiologiste Manfred Spitzer explique qu’un cerveau ne s’imprègne correctement des choses que s’il les découvre par le biais de plusieurs sens. Et, de ce point de vue, l’écran est bien pauvre en comparaison avec le monde réel.

 L’écran lance même un super-concept : « La chaîne météo qui donne le temps 24 heures sur 24 ! » Mais pour la Biosphère cela existe déjà, ça s’appelle une fenêtre…

P.A. Taguieff

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre La bioéthique ou le juste milieu de Pierre-André TAGUIEFF (Fayard)

 

Le sous-titre donne l’idée de fond : une quête de sens à l’âge du nihilisme technicien.  Pour clarifier le débat sur la bioéthique, Pierre-André Taguieff identifie trois courants de pensée : la religion, le prométhéen, et l’écologie profonde.

 

Taguieff conserve une attitude ambiguë par rapport à l’écologie profonde. Parfois il en envisage les potentialités : « Ce que nous ferons en matière d’écologie dépend de l’idée que nous nous faisons de la relation entre l’homme et la nature. Plus de science et plus de technologie ne nous sortirons pas de la crise écologique actuelle tant que nous n’aurons pas trouvé une nouvelle religion ou que nous n’aurons pas repensé l’ancienne » p.313.

Parfois il est assez critique : « Par l’admiration qu’on lui porte, la nature relie la perception esthétique et la disposition éthique, le sentiment du beau et la vertu du respect. Esquisse d’un humanisme élargi qui ne se définirait pas contre tout ce qui n’est pas strictement humain, mais qui, à l’inverse, n’opposerait plus absolument le naturel et l’artificiel, au contraire d’une vision fondamentaliste et globalement anti-moderne portée notamment par les partisans de l’écologie profonde, les écosophes p.349.

 

Malgré quelques réticences, la parenté entre bioéthique et écologie profonde est récurrente dans le livre de Pierre-André Taguieff : « Le camp des défenseurs de la sacralité n’est pas occupé par les seuls théologiens chrétiens ; la diffusion de la pensée écologique a fait surgir de nouveaux adeptes de la religion de l’intouchabilité, ceux qui s’affirment, avec de bonnes raisons de le faire, les « amis de la Terre » ou les admirateurs et protecteurs de la biodiversitép.144 ».

Alan Weisman

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre Homo disparitus d’Alan Weisman :

 

Après les dinosaures, l’extinction de l’espèce humaine ! C’est alors que les réseaux péniblement entretenus par des myriades d’humains se briseraient rapidement, les canalisations d’eau exploseraient avec le gel, les métros souterrains seraient envahis par les eaux, les barrages et canaux engorgés de vase déborderaient, la végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtraient du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans. Il faudra même attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

 

La lecture du livre d’Alan Weisman incite parfois à penser que le pire aurait, pour la Biosphère, la couleur du meilleur… D’autant plus qu’Alan se situe clairement du côté de l’écologie profonde, les bons sont ceux qui viennent restaurer l’harmonie et hâter la régénération de la nature : «  Nous tous, humains, sommes redevables à d’innombrables espèces. Sans elles, nous n’existerions pas. C’est aussi simple que cela, et nous ne pouvons pas plus nous permettre de les ignorer que je ne peux me permettre de négliger ma précieuse femme – ou notre mère la Terre qui nous enfante et nous garde tous. Sans nous la Terre continuera malgré tout d’exister ; sans elle, nous, nous n’existerions même pas » (p.361)

 

Alain Gras

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre d’Alain Gras, Le choix du feu (chez Fayard)

 

Voici un résumé de l’idée générale du livre Le choix du feu. Alain Gras démontre à la perfection que si la Biosphère va mal, c’est à cause de l’utilisation forcenée par l’espèce humaine de la puissance du feu : l’agriculture est devenue un chaudron, l’alimentation fournit des calories en trop, les voitures correspondent au feu dans le moteur, sans oublier la bouilloire nucléaire et l’eau esclave du  feu ; même la croissance démographique a un coût énergétique majeur.

 

L’humanité avait vécu jusqu’au XIXe siècle dans un usage relativement équilibré des sources naturelles d’énergie. A un moment donné, l’Occident est sorti de cet équilibre, certes un équilibre instable, mais qui jusque là avait fonctionné comme principe de précaution, un principe implicite dans toutes les civilisations. Nous avons ainsi rompu un pacte avec la nature, un pacte qui n’était pas du tout synonyme de technophobie, comme aiment à le dire les ennemis des écologistes, mais qui au contraire laissait ouverte de multiples voies au devenir mécanique. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a un siècle et demi à peine allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage des énergies renouvelables. Pourquoi l’électricité n’aurait-elle pu être produite dès le début par le vent ou le soleil ? La réaction photovoltaïque n’a-t-elle pas été découverte dès 1839 par Antoine Becquerel ? Loin d’être la conséquence d’une évolution technique, la machine à vapeur, puis à explosion, n’est qu’un hasard du devenir. Mais c’est un évènement qui crée une trajectoire technologique, celle du feu mis à la planète. L’éventualité d’affrontements cataclysmiques justifie largement la recherche, même utopique, d’une localisation des sources d’énergie et l’abandon, dans la mesure du possible, de la puissance motrice du feu.

 

Les énergies naturelles imposent des limites, elles contraignent à la prise en compte d’éléments extérieurs à la volonté de l’homme : le vent parce qu’il est instable, le bois parce qu’il se reproduit lentement, l’eau parce qu’elle délivre sa force sur des lieux précis. Le  feu de l’énergie fossile débloque ce verrouillage. Alors que les autres éléments se perçoivent dans la durée et la continuité, le feu est discontinu, il doit être produit, entretenu. Alors que le vent pousse, l’eau entraîne, la terre fait croître la plante, le pouvoir du feu passe par sa capacité à réduire en cendres, c’est-à-dire à faire retourner au néant ce qui existait avant sous forme de substance. Mais la volonté de domination des forces de la nature est un fait historique, c’est-à-dire provisoire.  Il n’y a pas d’évolution programmée.

 

Le rôle de l’industrie textile dans la révolution industrielle est considéré comme décisif car le « factory system » a permis l’expérimentation de nouvelles formes de travail et diffusé un nouveau mode de consommation en faisant baisser fortement les prix. Mais à l’époque des grands progrès des métiers à tisser, à la fin du XVIIIe siècle, était-il plus efficace de multiplier la production de tissus de coton par dix en créant une société de miséreux, ou bien de laisser évoluer le tissage artisanal à petits cadres ? L’efficacité est une réponse purement idéologique qui correspond aux intérêts des puissants du moment. En termes contemporains, ce sont les lobbies qui définissent l’efficacité. Les inventeurs de l’amélioration de la productivité par la mécanisation, l’organisation « rationnelle » du travail (autrement dit la militarisation du processus productif) et l’utilisation de l’énergie thermique (Arkwrigth, Hargreaves, Crompton, Watt, etc.) sont tous des protestants puritains originaires des Midlands ou d’Ecosse. Ainsi, c’est un territoire minuscule par rapport à la surface de la planète qui va engendrer la bifurcation de l’histoire des techniques vers la machine à feu. En 1800, les 10 millions de tonnes de charbon consommés par le monde le sont presque entièrement en Grande-Bretagne. Au milieu du XIXe siècle, on consommera en Amérique du Nord moins de trois millions de tonnes par an.

 

Mais un événement majeur, extérieur à l’histoire des techniques, la Grande Guerre, va permettre l’essor de l’industrie américain qui, depuis 1859, avait découvert une nouvelle énergie fossile, le pétrole. L’industrie a introduit ce nouveau carburant dans les mœurs, d’abord très modestement avec la lampe à éclairage, puis brutalement avec le moteur à explosion. Ce moteur sortira grand vainqueur du premier conflit mondial grâce aux camions et aux avions. La chaleur de l’explosion remplacera ainsi, peu à peu, celle de la vapeur. Sans le concours de l’énergie fossile, le capitalisme aurait peut-être survécu, mais sous des traits différents de celui d’aujourd’hui ; la question écologique ne se poserait pas du tout avec la même acuité ! Même le socialisme utopique avait abandonné, après la victoire de la vapeur, la contestation de la machine et ouvert la voie à la conception de la « neutralité » de la technique, slogan que Lénine portera au plus haut point d’aveuglement : « Le communisme, c’est l’électricité plus les soviets. »

 

En conclusion, Alain Gras fait référence à Andreu Sole : « Avec des exemples autant ethnologiques que contemporains, cet auteur analyse la manière dont chaque société imagine ses limites et pense le changement comme impossible. » Une des principales tâches d’une pensée libre consiste donc à donner du sens aux événements. Alain Gras a essayé d’ajouter un élément-clé dans la compréhension du processus social, l’idolâtrie du feu. La société thermo-industrielle entretient une dynamique fondée sur l’idée de croissance et sur un dispositif technique centré sur l’usage immodéré de la chaleur comme source de puissance. Le réchauffement climatique se trouve évidemment en arrière-plan de ce récit. La maison brûle, c’est une réalité indéniable. Ce livre n’est qu’un avertisseur d’incendie. Une remise en cause des fondements de notre existence matérielle est inévitable, tout le confort contemporain étant fondé sur la puissance du feu. Il existe une solution que de plus en plus de penseurs critiques proposent : la décroissance. Il faut rechercher systématiquement les moyens de diminuer notre dépendance thermique ; la plus grande part de la responsabilité n’incombe pas directement à la machine, mais à l’organisation sociale qui l’accompagne.

 

Les problèmes posés par les réseaux qui ne cessent de s’étendre ne sont pas nouveaux. Non seulement l’empire romain avait épuisé les sols de sa périphérie, mais aussi ceux de l’Egypte, de la Tunisie et même de la Gaulle, pour nourrir sa population urbaine. L’effondrement de Rome fut d’abord un effondrement des villes, de l’approvisionnement, des transports, de la sécurité. La migration se fit très vite des villes vers les campagnes. Après la chute de Rome, au Ve siècle après Jésus-Christ, les paysans du nord de la France firent naître des petites communautés à la place des villas des nobles gallo-romains. Ils connurent un changement de mode de vie, sans doute pas désagréable. Ce n’était pas un retour en arrière mais simplement un aller-ailleurs, et cela dura jusqu’aux Carolingiens et l’invention du vassal et du suzerain.

 

Aujourd’hui un autre monde auparavant impossible se crée ; la décroissance est un des ces impossibles nécessaires.

Ph. Saint Marc

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livre dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence d’un livre de Philippe Saint Marc, publié en 1971, qui montre que les prophètes ne sont jamais écoutés !

« Voici maintenant rompue la vieille alliance de la Genèse entre l’homme et la création et surgit, toute proche, la menace de l’Apocalypse. La crise de civilisation est désormais ouverte par la dilapidation des richesses naturelles. C’est une étape nouvelle – et sans doute la dernière – dans les relations de l’Humanité avec la Nature. Nous sommes maintenant entrés dans l’âge de la Nature, nouvelle époque où la rareté et la fragilité de l’espace naturel deviennent un problème dramatique pour l’avenir de l’homme et sa survie. C’est un tournant historique dans les relations d’affrontement entre ces deux systèmes vivants : le monde de l’homme et celui de la Nature. Il ne s’agit plus aujourd’hui de protéger l’homme contre la Nature mais la Nature contre l’homme, contre le débordement de puissance et de vitalité de l’espèce humaine, afin qu’elle n’en vienne pas, en détruisant la Nature, à se détruire elle-même.

Ce serait une étrange erreur que penser conserver la Nature en maintenant inchangé le système économique qui la détruit. Matérialisme, libéralisme, urbanisation aggravent en effet considérablement la pénurie de Nature résultat de l’encombrement de l’espace par la croissance démographique et économique. Tant que notre civilisation matérialiste donnera au milieu naturel une grande valeur lorsqu’il est détruit, une valeur faible ou nulle lorsqu’il est sauvegardé, comment s’étonner qu’il disparaisse ? La seule réponse, la clef de voûte de cette construction nouvelle est la socialisation de la Nature. Ce serait reconnaître qu’elle est le bien commun universel, qu’elle doit être ouverte à tous et que son maintien est une mission de service public. D’où la nécessité d’affecter une forte part du Revenu National à un « budget de la Nature » et d’en faire supporter le poids principal aux responsables des nuisances : les pollueurs doivent être les payeurs. Cette civilisation nouvelle devra donner la primauté aux biens immatériels sur les biens matériels, au socialisme sur le libéralisme, à la ruralisation sur l’urbanisation. 

L’indépendance des Etats est bien souvent un masque derrière lequel s’abritent les compagnies industrielles, commerciales, financières qui les ont colonisés. Nous sommes citoyens du monde. L’espace est un, commune est notre Terre. Vents, courants marins, nappes phréatiques, bassins fluviaux ignorent les frontières et tissent une solidarité écologique des territoires nationaux. Au-delà des nationalismes qui traînent leur bric-à-brac de ferraille guerrière et de haines sanglantes, sauver l’homme en sauvant la Nature est une entreprise qui peut rassembler dans une communauté d’action les hommes de toutes les races et de toutes les idéologies. Rétablir l’amitié de l’homme avec la Nature et par là même ouvrir la voie à une amitié nouvelle entre les peuples, n’est-ce pas la source d’une fraternité universelle par un idéal commun ? Aussi noble que concret, ce but  rapproche les savants autant que les industriels, les artistes autant que les juristes. »

 La socialisation de la nature (éditions Stock)

du GEO.4 au Grenelle

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement vient de publier (Le Monde du 28-29 octobre) son 4ème rapport Global Environment Outlook. Selon cet organisme, notre société n’affronte pas des crises séparées, la « crise environnementale », la « crise du développement », et la « crise de l’énergie » ne font qu’une. Cette crise n’inclut pas uniquement le changement climatique, les taux d’extinction de la biodiversité et des ressources naturelles (selon l’EWG, la moitié des réserves pétrolières seraient déjà épuisées, le Monde du 27 octobre 2007), mais bien d’autres problèmes liés à la croissance de la population, à la hausse de la consommation des riches et au désespoir des pauvres.

            Le Grenelle de l’environnement n’est donc pas une fin en soi, mais le début d’une révolution qui va modifier tous nos modes de vie et de pensée. Les politiques qui n’ont pas compris cela ne doivent pas être élus, les économistes qui continuent de propager l’idéologie de la croissance doivent être condamnés. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

Grenelle-citoyen

Comment mettre le citoyen au centre d’une politique environnementale ? Tel était l’enjeu en France du Grenelle de l’environnement. On propose d’institutionnaliser les associations écologiques en leur donnant des sièges au Conseil économique et social. Mais certains pensent à juste titre que la parole des experts est insuffisante, mieux vaudrait instaurer des conférences citoyenne dites « de consensus » comme cela se pratique dans les pays scandinaves. La France a  tenté une seule fois l’expérience en 1998, sur les organismes génétiquement modifiés, mais sans la mener à terme. Pour arriver à un consensus, il faut pendant des semaines prendre en charge (hôtel, revenu de substitution…) quelques citoyens afin qu’ils puissent formuler un avis en prenant en compte tous les paramètres possibles. Mais cela présuppose aussi que leur avis aura force de loi, que les politiques s’empresseront d’entériner une décision qui fasse la synthèse entre tous les arguments, que les lobbies agro-industriels ne tentent pas de dénaturer le processus de décision, que l’ensemble des citoyens acceptent la mise en application d’une politique définie par quelques-uns seulement…

 

La révolution écologique a encore un long chemin à parcourir, chemin jalonné par des catastrophes multiples dans une Biosphère qui a été trop dénaturée par notre société thermo-industrielle. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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