Beyond Petroleum, des mouvements vers cet objectif

Jean-Michel Bezat, journaliste au MONDE, était un « spécialiste » du pétrole qui se contentait de commenter l’état du marché, c’est-à-dire le jeu de l’offre et de la demande. Aucune perspective à long terme, aucune mention des dangereux rapports entre pétrole et réchauffement climatique. Il était un adepte du court-termisme. Dans une chronique récente, il donne au slogan de BP, « Beyond Petroleum », une toute autre dimension. Sa prise de conscience des enjeux écologiques est réelle. Extraits avant commentaires : « Il y a vingt ans, le patron de British Petroleum décida que les lettres BP signifieraient désormais « Beyond Petroleum » (« au-delà du pétrole »). Sir John Browne dépensa 210 millions de dollars pour installer la marque et le nouveau logo, un soleil. Aujourd’hui c’est business as usual pour BP et ses concurrents. La production mondiale a franchi la barre des 100 millions de barils par jour en 2018, il faudrait la réduire de 55 % en 2050 pour limiter à 1,5 °C la hausse de la température du globe. Adieu, « peak oil » ! « On ne va pas faire disparaître les hydrocarbures dans aucun scénario à horizon 2040 ou 2050 », tranche le PDG de Total. Patrick Pouyanné, qui réclame du « temps » pour la transition énergétique. Du temps ? Il est compté, lui a répondu par avance le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ; sans baisse rapide et forte des émissions de gaz à effet de serre, le pire est sûr. Les moins de 25 ans ont déjà le sentiment d’avoir été trahis ; ils ressentent depuis peu l’urgence de la situation et se mobilisent enfin. « Au-delà du pétrole » n’est pas un slogan marketing trompeur, mais un objectif prioritaire. »* Les médias commencent à tenir un discours moins croissanciste parce que la société civile se réveille aux enjeux écologiques. Exemples** :

– Mouvement Fridays for Future, grèves scolaires pour le climat aux quatre coins du monde

– Collectif Youth for Climate en France

– Projet Petits citoyens pour le climat, prépare des kits de sensibilisation aux enjeux environnementaux à destination des classes.

– Appel des Enseignants pour la planète, qui appelle à des « écoles mortes ».

Manifeste des étudiants d’universités franciliennes, « Zéro degré ou zéro pointé », appelant l’Etat à « déclarer l’état d’urgence écologique et sociale ».

Association Ecocampus à l’Ecole normale supérieure qui a construit un potager et des ruches sur les toits.

Manifeste des étudiants pour un réveil écologique

Manifeste pour un réveil écologique des étudiants des grandes écoles

Les étudiants des grandes écoles mettent en accusation le système business as usual : « Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes… A quoi cela rime-t-il de se déplacer à vélo quand on travaille pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou à l’épuisement des ressources ? Nous aimerions faire une révolution de l’intérieur…  Nous sommes les futurs employés des entreprises, des grands groupes mondiaux, c’est à nous de changer leur fonctionnement »***. Rappelons à ces étudiants d’écoles prestigieuses la venue de Satish Kumar à la London School of Economics il y a quelques années. Cette grande école ne disposait pas d’un véritable département consacré à l’étude de l’écologie, si ce n’est englué dans des cours sur le développement durable. Satish a mis les points sur les i : « Vous savez certainement que le terme économie signifie « gestion de la maison » et que celui d’écologie, désigne la connaissance de la maison. Pour les philosophes grecs, la notion de maisonnée s’étend bien au-delà de nos quatre murs : elle comprend notre voisinage, notre ville, notre pays et toutes les espèces qui vivent sur la Terre et sont liées entre elles. Comment pouvez-vous gérer quelque chose que vous ne connaissez pas ? Rendez-vous compte : la LSE envoie chaque année des centaines de diplômés dans le monde entier pour gérer une « maison » dont ils ignorent tout. Pas étonnant que économie mondiale soit en crise… Je suis monté sur l’estrade et j’ai expliqué aux étudiants pourquoi l’économie dépend entièrement de l’écologie. »****

En conclusion, on ne peut pas être un bon économiste sans être d’abord un écologiste, on ne peut pas faire du management en ignorant que le contexte biophysique l’emporte sur les flux financiers, on ne peut pas échapper aux risques climatiques et pétrolier sans agir contre la société thermo-industrielle.

* LE MONDE du 19 février 2019, Climat : « Les optimistes croyaient que la prise de conscience était réelle. Mais non, l’orchestre continue de jouer »

** LE MONDE du 15 février 2019, Climat : les jeunes montent au front

*** LEMONDE du 15 février 2019, Les étudiants des grandes écoles interpellent leurs futurs employeurs sur l’écologie

**** Satish Kumar, « Pour une écologie spirituelle » (Belfond 2018)

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4 réflexions sur “Beyond Petroleum, des mouvements vers cet objectif”

  1. En tout cas, je comprends une chose. Ceux du monde d’avant avec leur idée du monde d’avant ne feront rien jusqu’à l’effondrement de leur système.
    Et je ne vois pas trop de jeune insider changer les choses. Il ferait mieux de se développer à côté en attendant que le gros arbre tombe et laisse les autres se partager la lumière.

  2. Piero san Giorgio disait à propos du Maroc que le critère principal du Maroc pour sélectionner les élites, c’est la loyauté, alors qu’en Europe c’est la méritocratie pour filtrer les meilleurs talents à travers la démocratie, et ben quand j’ai entendu ça sur sa vidéo, j’ai bien ri ! Non pas que le système marocain fonctionne mieux que le nôtre, il ne vaut gère mieux, mais quand on voit l’âge moyen de nos élus qui s’agrippent au pouvoir depuis tant d’années sans savoir diriger, notre système de sélection d’élites ressemble plutôt à une gérontocratie maffieuse, ça fonctionne comme chez les racailles en France, on ne devrait pas dire députés, sénateurs, présidents, etc mais plutôt les parrains de la pègre ! Autant dire, que les bonnes décisions écologiques,on n’est pas prêt de les voir arriver !

  3. Bonjour Bga80,

    Vous avez raison, mais quand même je préciserais les « mauvais économistes », car quand même il y en a qui sont conscients des contraintes physiques et qui n’oublient pas que toute l’activité des hommes dépend in fine de la nature.
    D’une certaine façon, je trouve que Jean Marc Jancovici est un (bon) économiste

  4. C’est clair, comme le dit si bien Jancovici, les économistes sont féconds d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de violer les lois de la physique… Pour les économistes, il s’agit de simplement augmenter la production monétaire afin d’injecter la masse monétaire produite dans des investissements d’extraction de ressources fossiles puis le problème il est réglé. En somme, d’après leur raisonnement la nature et la planète Terre n’attendent seulement à ce que les humains produisent de la monnaie pour offrir sa bienveillance en donnant sa contre-partie en ressources fossiles, en gros dame nature suit les courts de la bourse et les taux directeurs des banques centrales pour savoir à quel rythme elle doit produire les ressources fossiles. Ça paraît idiot, mais c’est bien ainsi que ces économistes raisonnent…

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