bien-être et religion

La religion a cela de sublime qu’elle permet à des gens plus pauvres que pauvres de trouver la transcendance et le bonheur en écoutant les boniments d’une secte comme par exemple l’Eglise catholique. Pour les peuples riches, cette religion extraterrestre a été remplacée par la religion économique, c’est-à-dire « la religion du chiffre et la religion du marché ». Je trouve d’ailleurs paradoxal que cette analyse vienne de Sarkozy (LeMonde du 15 septembre) à l’occasion du rapport Stiglitz. En fait la religion de la croissance permet la transcendance (vous serez riches plus tard puisqu’il y a accroissement du PIB) et les riches peuvent, en attendant l’abondance pour tous, se vautrer sans remords dans le bonheur du consumérisme.

Mais si le rapport Stiglitz veut inventer une nouvelle croissance qui privilégie le bien-être humain (titre en première page du Monde), il y a maldonne. La nouvelle politique de civilisation qu’appellent de leurs vœux aussi bien la gauche socialiste que la droite sarkozyste ne peut plus nous illusionner avec l’idée de croissance. Pourquoi ? Parce que le bien-être n’a rien à voir en soi avec l’économie marchande, le sentiment de bonheur résulte d’une élaboration subjective que nous ne pouvons pas mesurer. Ensuite la croissance capitaliste a tellement  détruit de capital naturel que les générations futures devront se contenter de beaucoup moins qu’aujourd’hui. Comme dit J.P.Fitoussi, «  la croissance du PIB est une mauvaise chose puisqu’elle se fait au détriment de l’environnement ». Il ne peut donc pas y avoir soutenabilité du bien être, c’est-à-dire sa capacité à se maintenir dans le temps (point 11 du rapport Stiglitz) parce qu’il n’y a pas de soutenabilité de la croissance économique. Nous devrons bientôt raisonner en terme de baisse du niveau de vie des riches (la classe globale, toutes les personnes qui ont l’idée saugrenue de posséder un véhicule personnel) et nous apprendrons, j’espère, que pauvreté n’est pas misère.

PS : Nous ne sommes pas encore préparés mentalement au changement de civilisation qui s’annonce, l’ère de l’après-pétrole ; le rapport Stiglitz ne changera rien. Mais la bonne nouvelle, c’est que les « experts » commencent à changer d’avis ! J.P.Fitoussi écrivait dans LeMonde du 12 février 2008 que l’avenir de nos petits-enfants était garanti. Peu importe la raréfaction des ressources naturelles non renouvelables et la surexploitation des renouvelables, nos petits-enfants seront assurément au moins 5 ou 6 fois plus riches que nous !

4 réflexions sur “bien-être et religion”

  1. Le goût est une donnée construite socialement chez chaque individu. On pourrait même faire apprécier à des enfants une glace au parfum de piment de cayenne.

    Ensuite l’échelle des préférences (vanille, fraise, chocolat, piment de caeynne, etc.) pose une autre difficulté de mesure qui ne peut trouver de solution chiffrée.

    Il n’y a que des valeurs morales prescrites socialement qui permettent vraiment de poser des hiérarchies propres à une culture particulière.

  2. Youenn Leborgne

    Je ne peux que soutenir votre opinion quant au fait qu’une baisse du « niveau de vie » dans les pays développés peut très souver contribuer à augmenter le bien-être des personnes qui y vivent : renoncer à prendre la voiture pour les transports en communs permet des interractions sociales bien plus fondamentales que la liberté donnée par la voiture.
    Par contre, je vous contredis au sujet de la mesure des données subjectives : dire qu’on préfère le goût d’une glace (le goût est très subjectif) par rapport à une autre constitue une mesure de ce goût (tout comme dire que 2€ est supérieur à 1€). On peut tout à fait mesurer les données subjectives (système éducatif, culture, patrimoine naturel et qualité de vie, etc.) et j’espère que ces mesures seront mises en place.

  3. Leduc Jean-Francois

    Les religions (qui ne sont jamais que des sectes ayant « réussi »), ont assez démontré à travers l’histoire qu’elles étaient, qu’elles sont, des entreprises manipulatrices et qu’elles doivent, comme telles, être surveillées de près et contrecarrées dès qu’elles essaient d’imposer leur point de vue à la majorité. Leur dictature est insupportable pour les non-croyants qui doivent demeurer vigilants. Les bûchers ne sont jamais très loin. Le bien-être se trouve également hors du giron des églises, temples, synagogues et autres cavernes.

  4. Monsieur, vous qui introduisez votre propos en qualifiant l’Eglise Catholique de « secte » delivrant des « boniments », avez-vous lu la derniere encyclique de Benoit XVI ? Ce document reprend la doctrine sociale de l’Eglise au regard des problemes et enjeux de notre temps, et vous y trouverez certainement des paroles qui feront echo aux votres, denoncant le consumerisme, l’epuisement des richesses naturelles dans une croissance non controlee et peu respectueuse de l’homme. En revanche, vous semblez lier « bien etre » et « niveau de vie » [materiel], il est peu probable que l’Eglise, dans ses « boniments », vous suive sur ce point. Le bonheur de l’homme ne peut se limiter, ni se mesurer, a l’accumulation de richesses materielles, DIEU merci !

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