« Casseurs de pub » vingt ans après

1999 : Automobile, la solution finale ! La civilisation automobile nous conduit tout droit à l’holocauste écologique. Épuisement des ressources naturelles, fossiles, minières… Pollution atmosphérique… Bétonnage massif. Plus sûrement que toutes les dictatures, automobile extermine la vie sur Terre, sasn différence de sexe, de race, d’espèces, animale ou végétale. Le régiment des hommes nouveaux, dans leur armure d’acier, écrase toute résistance. Rien d’étonnant, alors, que des groupes industriels, fleurons d’anciens régimes totalitaires, collaborent à cette destruction annoncée…. Armura, voiture propre ! Dans son habitacle filtré, vous voilà enfin protégé de totue pollution. L’insonorisation très soignée vous épargne tout bruit extérieur et la caisse renforcée ne vous fait craindre aucun violence. D’ailleurs de nouvelles vitres teintées à cristaux liquides vous isolent du monde, effaçant la laideur environnante. Au volant de l’Armura, vous ressentez un sentiment de puissance jusqu’à présent inconnu. Vous accédez à une nouvelle dimension. Les grands espaces s’ouvrent devant vous, vous vous sentez redevenir ce prédateur que vous n’avez jamais cessé d’être. Vous dominez l’Armura, vous faites corps avec l’Arura, vous êtes l’Armura. (Casseurs de pub n° 1 ( dossier de novembre 1999, 25 francs))

2019 : L’idée selon laquelle la voiture n’est qu’un objet, et non un système demeure. Les gens se disent que la voiture privée est nécessaire, car il n’y a actuellement aucune alternative à l’utilisation de la voiture pour certains trajets. On ne comprend pas que c’est le système automobile qui a créé ce problème : en étendant les villes au-delà des limites d’un piéton, en rendant les alternatives moins accessibles voire inexistantes, et en générant un besoin accru de déplacements. Nous devrions nous rappeler qu’il existait autrefois des alternatives, et qu’elles réapparaîtront si, d’une manière ou d’une autre, automobile était mise hors d’usage… Je suis naturellement optimiste, mais je ne peux pas non plus ignorer que l’époque de l’Anthropocène a été catastrophique pour le monde naturel. Tous les indicateurs montrent que la situation s’aggrave. Les nécessaires changements radicaux ne doivent pas être considérés comme des fardeaux ; ils sont avant tout des opportunités pour améliorer notre qualité de vie. (Randall Ghent, premier président de Casseurs de pub, fondateur de la revue Carbusters in La décroissance, numéro double décembre 2019-janvier 2020 (dossier Casseurs de pub, vingt ans))

éditorial de novembre 1999 : Quand la planète arrivera au bout de ce qu’elle peut nous donner. Quand tout sera devenu rare, l’air, le pétrole, l’eau. Quand apeurés, nous réclamerons des pouvoirs forts pour nous sauver de notre soif sans fin de consommation. Ils seront là tapis dans l’ombre, tous les petits Mao, Benito, Adolphe, Joseph… prêts à assouvir leur soif de pouvoir absolu. Ce numéro de Casseurs de pub, revue de l’environnement mental, est là pour que nous changions librement avant qu’on ne nous l’impose par la force. La sortie de la crise écologique ne se trouve pas dans un ordinateur, mais dans la tête de chacun de nous. Le pouvoir réel nous appartient, il est au bout de chacun de nos actes, quand nous prenons le vélo plutôt que la voiture, achetons dans une épicerie plutôt que dans une grande surface. Le pouvoir nous le détenons ; changeons, et le monde changera. (Raoul Anvélaut)

NDLR : « La Décroissance est le prolongement de « Casseurs de pub ». Que ce soit en 1999 ou en 2019, les protagoniste de cette critique radicale de notre système sont toujours Vincent Cheynet, Bruno Clémentin… et leur pseudo Anvélault. Bravo à ces deux-là pour leur constance sur vingt ans. Notre blog biosphere n’a que 14 ans, mais nous avons tous leurs numéros en archives, de 1999 à 2019.

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1 réflexion sur “« Casseurs de pub » vingt ans après”

  1. – « 2019 : L’idée selon laquelle la voiture n’est qu’un objet, et non un système demeure.»

    En effet la voiture n’est pas un objet au même titre qu’un marteau ou un casse-noix, on peut en effet dire que la voiture est un système. Je dirais plutôt que la Bagnole est l’objet d’un culte, une véritable religion. Elle a ses curés et ses bedeaux (concessionnaires et vendeurs), ses papes (gros patrons de l’industrie), ses saints (Ford, Peugeot, Ferrari, Schumacher, Senna …), ses symboles (cheval cabré, jaguar, quatre anneaux, chevrons …) ses églises et ses cathédrales (concessions, salons, circuits ), ses fêtes annuelles, ses saintes Écritures (AutoPlus, AutoMag…) Et bien sûr ses fidèles, parmi lesquels des dogmatiques et des fanatiques. À ma connaissance il n’existe pas de magasines spécialisés ni de salons internationaux consacrés au culte du marteau, du casse-noix, de la machine à laver etc. Nous pouvons également comparer les budgets alloués à la publicité pour la sacro-sainte Bagnole à la pub pour l’électroménager, les outils de jardinage, comme seuls exemples. Nous pouvons enfin observer l’augmentation des investissements des constructeurs automobiles dans la «communication» (propagande, publicité) et le marketing. C’est évident, la Bagnole est vraiment quelque chose de bien à part, quelque chose de sacré.
    Le «système Bagnole» n’est qu’un élément du Système (disons le capitalisme), au même titre que le sont la Publicité (propagande), la Consommation, la Vitesse, la Croissance, ainsi que les idées de liberté, de progrès, de réussite, de puissance donc de domination. La caractéristique de la Bagnole c’est qu’elle porte à elle-seule toutes ces valeurs dictées par Le Système.
    Ainsi on en est arrivé à cette société (ou civilisation) de l’Automobile, avec sa colossale industrie en permanente compétition, à la recherche de perpétuelles innovations, avec ses millions d’emplois et ses milliards d’euros et de dollars, avec ses infrastructures, ses routes et autoroutes, parkings etc. qui sans cesse participent à détruire sur ce qu’il reste de nature. Ainsi tout a été pensé et conçu autour de la Bagnole et ainsi la voiture privée est devenue indispensable (ou nécessaire) pour beaucoup. Ne serait-ce que pour aller bosser ou pour aller à Pôle-Emploi, et pour aller faire ses courses, désormais à la périphérie des villes et des villages, dans ces grands et petits temples de la Consommation, faisant ainsi disparaître les petits commerces. Et la boucle est bouclée, Le Système a gagné, du moins pour le moment.

    Ceci dit je suis ravi de cet hommage rendu aux « affreux » du journal La Décroissance. Bravo et merci Biosphère.

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