anthropisation

Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

LE MONDE en page Une et gros titre : « Un million d’espèces menacées de disparition… Il n’est pas trop tard pour agir. » Bonne nouvelle, on commence dans l’éditorial* à s’éloigner de l’anthropocentrisme dominant : « La planète s’achemine vers la sixième extinction de masse avec un unique responsable : l’homme… Rien ne saurait justifier qu’une espèce – la nôtre – s’arroge le droit de vie et de mort sur toutes les autres… L’humanité fait partie intégrante de la biodiversité, elle a un destin lié avec l’ensemble du vivant… » Mauvaise nouvelle, l’utilitarisme refait très vite surface : « En sapant la biodiversité, nous mettons en péril notre propre avenir… La qualité de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la terre qui nous nourrit, est aussi tributaire de celle des milieux naturels. » Le problème, c’est que pour ce média « La réponse à l’extinction des espèces est désormais entre les mains des gouvernements ». Faire confiance à des gouvernements qui n’ont jamais considéré l’épuisement en ressources fossiles, qui organisent depuis bientôt 25 ans des conférences sur le péril climatique sans rien changer à nos modes de vie, c’est un non-sens. D’autant plus que la biodiversité, tout le monde s’en tape le coquillard. Nous aurons ce que nous méritons, famines, guerres et épidémies sur un sol où ciment, goudron et friches industrielles conserveront les ultimes traces de la civilisation thermo-industrielle.

Pour agir vraiment il faudrait verser dans l’écocentrisme prosélyte, pratiquer la sobriété partagée et combattre la société de croissance. C’est notre envahissement de l’espace de toutes les espèces vivantes par notre population et nos activités qui entraîne la chute de la biodiversité. Quelques points de vue sur lemonde.fr :

Hum : « Rien ne saurait justifier qu’une espèce, la nôtre.. » Attention, l’homme a peut-être tous les défauts du monde mais cette planète est d’abord la sienne, il y a créé ce qu’aucune autre espèce n’est capable de faire, civilisations, cultures, valeurs, histoires.

Animal poilu mais pas méchant : Pour sauver je ne sais pas combien des millions d’espèces dans les siècles à venir, il y a une seule espèce à supprimer : l’espèce humaine et sa cupidité, son arrogance, son ignorance et son incompréhension de la place qui lui revient dans l’ordre naturel.

HdA : Depuis la sortie d’Afrique d’Homo Erectus, partout où il est passé, des centaines d’espèces ont disparu. L’agriculture a accéléré le phénomène. La vie moderne met la barre un peu plus haut. Et rien ne vient enrayer cette détermination à détruire, des mammouths aux loups de Tasmanie et passant par les mégathériums, le dodo, la vache marine de Stelléride, la perruche de Caroline et des milliers d’autres. Nous avons toujours une bonne raison de les détruire.

Claude Hutin : Qu’une grenouille à pattes vertes endémique à Bornéo disparaisse, ça fait quoi au juste concrètement ? Pendant ce temps il y a des vraies personnes qui meurent, du paludisme par exemple, et les écologistes s’en fichent. La sauvegarde de la biodiversité n’est pas une fin en soi, il faut savoir ce qu’on veut préserver et pourquoi.

Alphonse : A moins que cette petite grenouille ne soit capable de se nourrir des larves de moustiques porteurs du paludisme? Pauvre petit Hutin.

JEAN-PHILIPPE PETIT : L’origine humaine de l’effondrement prévu est attestée, mais rien de vraiment très concret ne l’empêche et l’humanité le sait. Nous colloquons. En 2018, total des dépenses militaires mondiales : 1 565 milliards d’euros. Les rogner ou « suicider » l’humanité prochaine ?

SIMON M : il faudra quand même parler de l’éléphant dans la pièce… la destruction des habitats, c’est la surpopulation, et l’incapacité (ou l’absolu manque de volonté) de certains états à contrôler/limiter les naissances… C’est sûr qu’à plus de 7 milliards d’êtres humains (d’autant que nous sommes une espèce relativement auto-centrée sur nos besoins), ça laisse moins de place aux autres espèces…

Marcel : La nature poursuit tranquillement son chemin, elle n’a que faire de l’avenir de l’humain. L’avenir est au plus malin, et ce n’est pas l’humain, mais le cafard qui existe depuis 355 millions d’années…

Un ministre de l’environnement planifie le désastre

Ricardo Salles, le ministre de l’environnement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, estime que son travail consiste plus à « défaire qu’à faire ». Le quadragénaire démantèle, les unes après les autres, les organisations étatiques chargées de la préservation de l’environnement : « Le Brésil souffre de graves problèmes depuis [l’adoption de] la Constitution de 1988 qui a créé appareillage idéologique et bureaucratique freinant le développement économique du pays ». Jair Bolsonaro, aux anges, saluait, le 29 avril, le « nettoyage » effectué par son disciple. Entre 1985 et 2017, l’Amazonie, a perdu 18 % de sa surface.* Quelques commentaires acerbes sur lemonde.fr :

jobst : L’ONU ne peut rien faire, par principe : chaque pays souverain est maître chez lui d’assassiner des minorités ou de détruire les derniers grands massifs forestiers ; tant qu’on est pas en guerre civile, pas d’ingérence.

Pas de programme : Bolsonaro a réalisé la prouesse d’être élu sans se prêter aux moindres débats pré-électoraux. Il s’est présenté et exprimé presque exclusivement sur les réseaux – et twitter n’est pas un moyen de développer une pensée. Son programme – si on peut l’appeler ainsi – a été fait de provocations et de menaces. Sur le fond il a dit très peu de choses. Mais ses orientations et décisions gouvernementales étaient largement prévisibles.

le pesticique : Si 51% des gens décident de passer l’Amazonie au napalm pour s’en foutre plein les poches en plantant du soja OGM, c’est OK, c’est la démocratie. Tant pis si les moins de 18 ans n’ont pas pu voter, si les indiens n’ont pas réussi à faire 51% des voix, ou si les sols seront bousillés en 10 ans. C’est la démocratie on vous dit… Si vous êtes contre vous êtes anti-démocratique.

le sceptique : En tant qu’Européens, nous avons nous-mêmes rasés 75% de nos forêts de feuillus au fil des siècles pour faire de l’agriculture, de l’extraction minière, de l’énergie, des villes et des infrastructures. Outre que nous avons pillé le reste du globe. Il en résulte un PIB par habitant et des services publics meilleurs en UE qu’au Brésil, notamment pour les classes pauvres des populations. Partant de là, négocier avec un tiers souverain se fait avec une certaine modestie et un certain réalisme.

Vatenguère : Justement les Indiens d’Amazonie sont pour la protection de leur forêt…leurs prérogatives sont donc bafouées…renseignez vous.. Les orpailleurs, les forestiers, les mineurs ne sont pas des locaux mais une immigrations économiques. Genre ruée vers l’or jaune noir blanc, laissant derrière eux ruines, délabrement et désastre écologique..

CLAUDE HUTIN : Les indiens d’Amazonie c’est 0,3% de la population qui mobilise 13% des terres. Si, en France métropolitaine, 200 000 personnes occupaient 13 départements, vous seriez le premier à trouver cela discutable. Et puis leurs enfants doivent avoir le droit aussi à la santé, à l’éducation… Cela ne dérange pas les écolos qu’ils meurent du palu ou de n’importe quelle maladie infectieuse en forêt, du moment qu’ils forment réserve exotique : c’est une attitude anti-humaniste voire criminelle.

Pierre @ C.Hutin : Les indiens ne sont pas assez nombreux certes, les envahisseurs eux sont un peu trop nombreux, non?

L’indienbécile @Claude Hutinbécile : Les indiens d’Amazonie représentent 0,3% de la population.Ils représentaient 100% de la population avant que les occidentaux viennent y foutre le bordel, notamment en y apportant toutes leurs maladies contagieuses,puis en s’appropriant les terres.Les voila les grands humanistes tant admirés par C Hutin.Il faudrait plutôt s’excuser, leur demander ce qu’ils veulent et non pas leur dire ce qui est bon pour eux.D’ailleurs nous n’avons rien fait pour eux depuis que nous y avons mis le pied chez-eux.

CLAUDE HUTIN : Une belle démonstration que l’écologisme fait le lit du populisme. On peut se désoler pour la forêt amazonienne mais encore faut-il appréhender le sujet dans sa globalité. Pourquoi le Brésil, où des millions de personnes manquent encore de tous, aurait comme devoir sacré de ne pas utiliser ses ressources naturelles pour complaire à des pays étrangers qui ne sont évidemment pas prêts à payer quoi que ce soit en compensation ?

AM : La planète est un système global. Vous détruisez la forêt amazonienne, vous perturbez tout le système. Aucun ne devrait être libre de faire ce qu’il veut sur son territoire si ça met en danger l’ensemble de la planète.

R.Berre : Ne vous en faites pas trop, le Brésil sera aux premières loges pour payer les conséquences de cette politique. Le reste de l’humanité suivra de très près.

* LE MONDE du 3 avril 2019, Au Brésil, la mise en place d’une politique de destruction de l’environnement

CLIMAT, une politique toujours aussi désespérante

Éviter une augmentation insupportable de la température moyenne du globe, c’est engager délibérément une contraction du pouvoir d’achat. Personne ne se ferait élire avec une telle promesse. De même, presque personne ne veut renoncer au confort technique actuel orchestré par des centaines d’« esclaves énergétiques ». C’est pourquoi nos élites dirigeantes reculent devant l’effort à faire. Notre système de démocratie représentative est impuissant à gérer les problèmes du long terme et une dictature ne sera jamais bienveillante et « éclairée ». Nos générations futures vont souffrir.

Europe. Alors que le Parlement de Strasbourg a approuvé l’idée d’un objectif neutralité carbone d’ici à 2050, les chefs d’État et de gouvernement ne sont pas parvenus à s’entendre pour rehausser leurs efforts dans la lutte contre le changement climatique. Or, en matière de climat comme de fiscalité, les décisions se prennent à l’unanimité dans l’Union (LE MONDE du 2 avril 2019, Climat : l’inertie coupable de l’Union européenne). Comme on sati aussi que la neutralité carbone entérine le fait que nous ne voulons pas diminuer nos émissions nettes de gaz à effet de serre, le blocage est total !

Suède / France. Le royaume scandinave a été un des premiers pays du monde à adopter la taxe carbone. Elle est passée de 24 euros lors de son introduction en 1991 à 114 euros aujourd’hui sans entraîner d’insurrection, malgré des prix records à la pompe (LE MONDE du 2 avril 2019, En Suède, le succès de la taxe CO2 presque trentenaire). En France le refus de la taxe carbone par les Gilets jaunes ont entraîné son abandon par le gouvernement Macron !

Belgique. Le pays n’aura pas sa « loi climat », demandée à cor et à cri par les manifestants qui, depuis des mois, réclamaient une action politique vigoureuse pour endiguer le réchauffement. La loi aurait permis de mieux coordonner l’action de l’Etat et des régions. Ce qui, pour des responsables flamands, présageait une dangereuse « réfédéralisation » des compétences qu’ils rejettent formellement au nom de l’autonomie régionale (LE MONDE du 2 avril 2019, Pas de « loi climat » en Belgique, les manifestants promettent de durcir leurs actions). La décarbonations de l’économie avec 100% d’énergies renouvelables, cela n’arrivera pas suffisamment à temps !

Terre-mère. Pachamama, la mère nourricière, est le nom que des peuples indigènes latino-américains donnent à la Terre. Puisque la question du climat est une question sans frontière, les politiques de préservation devraient incarner une seule Terre de telle façon que la nationalité du climat soit celle de la nation-Terre (LE MONDE du 2 avril 2019, Climat : « Nous sommes tous dans le même bateau, mais tous n’ont pas accès aux canots de sauvetage »). Mais puisque chaque région du monde présente son propre modèle climatique socio-compatible avec sa culture et ses problèmes, alors les États-Unis et bien d’autres pays ont le climato-scepticisme comme axe politique !

Conclusion : Dans ce contexte politique impuissant à faire face à l’urgence écologique, nous en sommes réduit à des actions complètement symboliques. De l’Opéra de Sydney à la Tour Eiffel en passant par l’Acropole, de nombreux monuments à travers le monde ont été plongés dans l’obscurité pendant une heure samedi 30 mars pour l’« Earth Hour », une opération planétaire désormais rituelle d’extinction des lumières destinée à mobiliser contre le changement climatique et pour la sauvegarde de la nature. Si nous avions de la suite dans les idées, on n’éclairerait pas du tout ces bâtiments, ni les magasins, ni les rues et les routes, etc. Nous sommes la première génération à savoir que nous détruisons la biosphère, nous sommes la dernière à pouvoir y faire quelque chose, mais les fins de mois l’emportent sur la fin du monde.

Le Web, la toile qui nous fait prisonnier de nous-même

François Flückiger : « Ce qu’aucun de nous n’avait prédit à la naissance du Web, c’est qu’il deviendrait un instrument d’exacerbation de l’égocentrisme et du narcissisme. La plupart des créateurs de contenu parlent aujourd’hui, non pas d’idées ou d’informations, mais d’eux-mêmes. Aucun des pionniers de la société numérique d’aujourd’hui n’avait, à ma connaissance, prédit en 1994 l’arrivée de réseaux sociaux, avec leur cortège d’effets négatifs – addiction des plus jeunes, harcèlement, fausses nouvelles, complotisme, négation des faits, refus de la connaissance. Aux travaux du CERN tentant de percer les premiers instants de l’Univers il y a 13,7 milliards d’années on oppose désormais le créationnisme. Aux photos de la planète Terre on oppose une croyance prosélytique en sa platitude. Aux savoirs scientifiques on oppose le relativisme, y compris à l’école : « Monsieur le professeur, vous dites que 2 + 2 font 4. C’est votre droit de le penser mais vous ne pouvez m’enlever mon libre arbitre : c’est mon droit fondamental de croire que 2 + 2 font 3. » Une forme d’obscurantisme rampe insidieusement dans nos consciences. Beaucoup confondent désormais la connaissance, que j’aime définir comme le résultat transmissible et reproductible d’une expérience ou d’un raisonnement ; l’opinion, qui est une pensée basée sur l’expérience, mais avec la conscience de ses limites ; et la foi, qui est une croyance associée au sacré. Les voilà devenues interchangeables : elles sont réduites au terme générique d’« idée ». Il faut donc tenter de revenir aux définitions fondamentales et rappeler qu’une croyance est une ignorance par définition puisque, si l’on croit, c’est que l’on ne sait pas. Tout n’est pas perdu. De même que le Web a amplifié, au cours des trente dernières années, les tendances obscurantistes, il pourrait demain, si les Lumières revenaient, amplifier les progrès de la conscience et de l’intelligence de l’humanité. Nous retrouverions alors la primauté du civisme sur l’individualisme, de l’altruisme sur l’égocentrisme, du savoir sur les croyances. Le Web et l’Internet redeviendraient ce que leurs pionniers avaient imaginé : des instruments d’accélération vers la connaissance, le partage, le progrès. »*

Il y a peu de choses à rajouter à ce constat sans appel des effet pervers d’une technique jugée au départ libératrice. La condamnation peut être généralisable. L’imprimerie de Gutenberg a été un progrès formidable pour propager par l’écrit les idées. Mais en bouleversant de fond en comble (« disrupt ») l’ordre préexistant, c.-à-d. le monopole idéologique d’un système religieux, elle a également engendré les guerres de religion. De nos jours la télévision ou le smartphone nous ôte le plaisir de passer des heures à discuter en face-à-face ou à jouer à la belote avec les voisins, la voiture nous éloigne de notre lieu de travail et de loisirs tout en nous ôtant l’usage de nos jambes, boîtes de conserve et réfrigérateur nous enlève le goût des produits de proximité, etc. Les écologistes dignes de cette appellation savent que la plupart des techniques contemporaines ne sons pas conviviales et nous rendent esclaves des machines. Allons plus loin.

Le mélange du savoir et des croyances a toujours existé sauf qu’à notre époque de connaissances scientifiques accélérées dans quasiment tous les domaines de la connaissance, l’irrationalité devrait être le fait de toutes petites minorités sectaires. Ce n’est pas le cas ! Tout au contraire les climato-sceptiques se foutent complètement des analyses scientifiques du GIEC et les Gilets jaunes refusent la taxe carbone alors que nous avons dépassé le pic du pétrole conventionnel. Le vernis de connaissances offert par Google et les réseaux sociaux fait croire que chacun peut dire ce qu’il veut, « tout devient relatif ». Le relativisme des ethnologues a été une grande avancée de nos connaissances en montrant qu’il n’y a aucune civilisation qui soit en soi supérieure à une autre. Cela permet de dépasser ses préjugés culturels, de chercher une vérité qui se dérobe, d’être à l’écoute des autres, de s’appuyer sur beaucoup de sources d’information différentes, de savoir peaufiner ses propres raisonnements, d’être un lecteur régulier de ce blog biosphere, etc. Le relativisme des ego, MOI je suis le peuple, MOI je veux rester dans ma bulle cognitive, MOI je dis que l’élève est plus fort que le maître, tout cela nous mène dans une impasse. Notre contexte culturel, piloté par les pouvoirs économiques, ont individualisé complètement nos comportement et nous ont fait perdre le sens des limites. Que faire ?

* LE MONDE du 13 mars 2019, François Flückiger : « Le Web a été un amplificateur de l’irrationalité »

François Flückiger a succédé en 1994 à Tim Berners-Lee, l’informaticien qui a inventé le Web en 1989 au CERN.

Le Web, la toile qui nous fait prisonnier de nous-même

François Flückiger : « Ce qu’aucun de nous n’avait prédit à la naissance du Web, c’est qu’il deviendrait un instrument d’exacerbation de l’égocentrisme et du narcissisme. La plupart des créateurs de contenu parlent aujourd’hui, non pas d’idées ou d’informations, mais d’eux-mêmes. Aucun des pionniers de la société numérique d’aujourd’hui n’avait, à ma connaissance, prédit en 1994 l’arrivée de réseaux sociaux, avec leur cortège d’effets négatifs – addiction des plus jeunes, harcèlement, fausses nouvelles, complotisme, négation des faits, refus de la connaissance. Aux travaux du CERN tentant de percer les premiers instants de l’Univers il y a 13,7 milliards d’années on oppose désormais le créationnisme. Aux photos de la planète Terre on oppose une croyance prosélytique en sa platitude. Aux savoirs scientifiques on oppose le relativisme, y compris à l’école : « Monsieur le professeur, vous dites que 2 + 2 font 4. C’est votre droit de le penser mais vous ne pouvez m’enlever mon libre arbitre : c’est mon droit fondamental de croire que 2 + 2 font 3. » Une forme d’obscurantisme rampe insidieusement dans nos consciences. Beaucoup confondent désormais la connaissance, que j’aime définir comme le résultat transmissible et reproductible d’une expérience ou d’un raisonnement ; l’opinion, qui est une pensée basée sur l’expérience, mais avec la conscience de ses limites ; et la foi, qui est une croyance associée au sacré. Les voilà devenues interchangeables : elles sont réduites au terme générique d’« idée ». Il faut donc tenter de revenir aux définitions fondamentales et rappeler qu’une croyance est une ignorance par définition puisque, si l’on croit, c’est que l’on ne sait pas. Tout n’est pas perdu. De même que le Web a amplifié, au cours des trente dernières années, les tendances obscurantistes, il pourrait demain, si les Lumières revenaient, amplifier les progrès de la conscience et de l’intelligence de l’humanité. Nous retrouverions alors la primauté du civisme sur l’individualisme, de l’altruisme sur l’égocentrisme, du savoir sur les croyances. Le Web et l’Internet redeviendraient ce que leurs pionniers avaient imaginé : des instruments d’accélération vers la connaissance, le partage, le progrès. »*

Il y a peu de choses à rajouter à ce constat sans appel des effet pervers d’une technique jugée au départ libératrice. La condamnation peut être généralisable. L’imprimerie de Gutenberg a été un progrès formidable pour propager par l’écrit les idées. Mais en bouleversant de fond en comble (« disrupt ») l’ordre préexistant, c.-à-d. le monopole idéologique d’un système religieux, elle a également engendré les guerres de religion. De nos jours la télévision ou le smartphone nous ôte le plaisir de passer des heures à discuter en face-à-face ou à jouer à la belote avec les voisins, la voiture nous éloigne de notre lieu de travail et de loisirs tout en nous ôtant l’usage de nos jambes, boîtes de conserve et réfrigérateur nous enlève le goût des produits de proximité, etc. Les écologistes dignes de cette appellation savent que la plupart des techniques contemporaines ne sons pas conviviales et nous rendent esclaves des machines. Allons plus loin.

Le mélange du savoir et des croyances a toujours existé sauf qu’à notre époque de connaissances scientifiques accélérées dans quasiment tous les domaines de la connaissance, l’irrationalité devrait être le fait de toutes petites minorités sectaires. Ce n’est pas le cas ! Tout au contraire les climato-sceptiques se foutent complètement des analyses scientifiques du GIEC et les Gilets jaunes refusent la taxe carbone alors que nous avons dépassé le pic du pétrole conventionnel. Le vernis de connaissances offert par Google et les réseaux sociaux fait croire que chacun peut dire ce qu’il veut, « tout devient relatif ». Le relativisme des ethnologues a été une grande avancée de nos connaissances en montrant qu’il n’y a aucune civilisation qui soit en soi supérieure à une autre. Cela permet de dépasser ses préjugés culturels, de chercher une vérité qui se dérobe, d’être à l’écoute des autres, de s’appuyer sur beaucoup de sources d’information différentes, de savoir peaufiner ses propres raisonnements, d’être un lecteur régulier de ce blog biosphere, etc. Le relativisme des ego, MOI je suis le peuple, MOI je veux rester dans ma bulle cognitive, MOI je dis que l’élève est plus fort que le maître, tout cela nous mène dans une impasse. Notre contexte culturel, piloté par les pouvoirs économiques, ont individualisé complètement nos comportement et nous ont fait perdre le sens des limites. Que faire ?

* LE MONDE du 13 mars 2019, François Flückiger : « Le Web a été un amplificateur de l’irrationalité »

François Flückiger a succédé en 1994 à Tim Berners-Lee, l’informaticien qui a inventé le Web en 1989 au CERN.

Bolsonaro au Brésil, le massacre de l’Amazonie

Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro nous ramène aux heures les plus sombres de la colonisation : « Quel dommage que la cavalerie brésilienne ne se soit pas montrée aussi efficace que les Américains. Eux, ils ont exterminé leurs Indiens… » Le 1er janvier, le leader de l’extrême droite, qui avait promis lors de sa campagne qu’une fois élu « pas un centimètre carré de terre ne serait octroyé aux indigènes », a signé la mesure provisoire 870 (MP 870), qui ôte à la Funai le rôle de démarcation des territoires indiens pour l’attribuer au ministère de l’agriculture. Enragé à l’idée de ne pas pouvoir exploiter les richesses des terres indigènes, le président compte ainsi empêcher toute nouvelle démarcation. Une attaque sans nuances aux droits des populations autochtones. A ses yeux, préserver les droits, la culture et les rites indigènes est un frein au développement. Le gouvernement Bolsonaro prétend faire de l’Indien un « Brésilien comme les autres » : « L’armée a fait du beau travail en incorporant les Indiens dans les forces armées »

Désespérés, les Indiens, considérés comme les meilleurs protecteurs de l’environnement, en appellent désormais à la communauté internationale. « Maintenant nous avons besoin de vous, les Européens », plaide le vieux chef Raoni : « Le gouvernement doit comprendre que dans ce pays vivent l’indigène et le Blanc. Que chacun a un mode de vie différent. Nous vivons de la chasse, de la pêche, le Blanc élève du bétail sur de grandes propriétés. Ces activités se rapprochent de nous et menacent nos terres. Nous voulons voir le président, nous voulons dialoguer ! La préservation de la forêt est notre affaire, mais aussi celle de l’homme blanc. Nous avons tous besoin d’air pur pour respirer, d’eau potable pour se désaltérer. »

Sur lemonde.fr, il y a ceux qui comprennent l’importance de la sauvegarde du mode de vie des sociétés premières :

MICHEL LEPESANT : Comme toujours, l’extrême-droite au pouvoir fournit un cas d’école, un miroir grossissant, de ce qu’est le monde du capitalisme : exploitation, colonisation, cynisme… (ce qui n’interdit pas, logiquement, de retrouver les mêmes horreurs quand une certaine « gauche » est au pouvoir).

Abert : Il est temps de judiciariser les crimes contre l’environnement, crimes contre la vie et l’humanité. Des gens comme Bolsonaro ne doivent plus pouvoir sortir de chez eux sans risquer de finir devant une cour de justice comme la CPI

un pavé dans la mort : Mais tout ça est le déroulement normal de la trajectoire du neoliberalisme. L’argent comme seule valeur, négation du vivant, négation de la société. Bolsonaro n’est qu’un bon petit soldat zélé. Il va en pousser d’autres, si vous croyez que le « bon sens » va l’emporter vous rêvez…

YucaFrita : N’oublions pas de mentionner qu’environ 2% des propriétaires terriens possèdent environ 80% des terres agricoles du Brésil.

DOMINIQUE GREUSARD : L’article ne parle pas de la 3e composante de l’alliance BBB, qui joue aussi un grand rôle dans l’ethnocide en cours : la Biblia, les évangélistes qui s’installent partout où ils peuvent en Amazonie, avec les méthodes du Hezbollah (dispensaires, aides sociales et bourrage de crâne…), pour compléter le travail des groupes armés et de l’agrobusiness et éradiquer l’indianité du pays. Le géno/ethnocide n’a jamais cessé depuis 1500 et Pedro Cabral, il s’accélère juste avec le mytho.

Et puis sur le monde.fr, il y a Claude Hutin qui ne comprend rien à rien du monde tel qu’il s’écroule. Florilège de sa pensée sur l’Amazonie:

Je ne suis pas un spécialiste du Brésil, c’est pour cela que j’attends du Monde qu’il donne une information complète sur la situation, sans tomber dans une imagerie à la Disney des bons indiens contre les méchantes multinationales, même si ça brosse le lecteur boboécolo dans le sens du préjugé.

– Je vous suggère de vous grouper pour acheter ces terres amazoniennes, ça sera plus efficace que de faire vos courses dans un biocoop hors de prix. Quant aux indiens, le fait qu’ils vivent dans le dénuement et le sous-développement n’émeut apparemment personne.

– On peut faire remarquer que 13% du territoire pour 0,3% de la population, cela se discute.

– Je ne vois pas pourquoi il y aurait des gentils peuples qui pourraient accaparer la terre. De tous temps les déséquilibres se sont résorbés de gré ou de force. Surtout quand il s’agit d’habitants d’un même pays. Accessoirement c’est l’occasion de faire sortir les peuples indigènes de leur arrriération et de donner les mêmes chances qu’aux autres à leurs enfants.

– Quand un gros propriétaire terrien exploite une terre, il ne le fait pas seul : il donne du boulot à d’autres, dans un pays où il y a 13% de taux de chômage, et il contribue à développer l’économie de son pays. Mais vu de son canapé en France, on s’en fiche des chômeurs brésiliens, on préfère les indiens arriérés mais so romantic. Si 13% de la France métropolitaine était réservée à quelques autochtones, les mêmes qui hurlent contre Bolsonaro seraient les premiers à réclamer une redistribution des terres.

– Eh ben allez vivre chez eux, sans électricité, sans frigo, sans internet (sans le Monde), sans frigo, sans IRM. On ne vous retient pas. Bye.

– Pendant qu’on y est, pensons à poursuivre les crimes écologistes, par exemple le dénigrement absurde du DDT, la lutte contre le riz doré, qualifiée de crime contre l’humanité par 109 prix Nobel visant notamment Greenpeace, les tentatives de blocage du gène drive contre le paludisme, etc.

* LE MONDE du 3-4 mars 2019, Brésil : la détresse des indigènes face au mépris de Jair Bolsonaro

L’idiotie structurelles des contournements routiers

Thèse : Sur le pont qui enjambe le Rhône dans la belle ville d’Arles, les quatre voies de la RN 113 font de la vie un enfer. Le projet de contournement* pour éviter un défilé ininterrompu de poids lourds ne rencontre guère d’hostilité. Avec le nouvel axe, les poids lourds ne seront plus autorisés dans le centre-ville. Les dessertes du premier port de France, Marseille Fos-sur-Mer seront excentrées. Le projet de loi « d’orientation des mobilités » en débat ­actuellement au Parlement estime que « le projet de contournement sud ­d’Arles avancera vers sa réalisation ».

Antithèse : Vive opposition d’associations de défense de l’environnement contre ce projet qui menace 900 hectares de terres agricoles et humides, sept sites Natura 2000, le rollier (petit oiseau de couleur bleu et tabac), etc. « Il faut favoriser le report modal sur le ferroviaire et le fluvial, il faut changer de modèle de développement », plaide Jean-Luc Moya, d’Agir pour la Crau.

Synthèse : « Je préfère le village à la ville, la rivière au grand fleuve, la route à l’autoroute, l’échoppe à la boutique, la boutique aux grandes surfaces, la ruelle à l’avenue, je préfère ces dimensions qui sont à l’échelle de l’homme, là où il garde ses repères. Il faut décréter un moratoire sur les grands projets d’infrastructures et d’équipements. Décider par exemple que la desserte autoroutière et routière est désormais suffisante en France, pays qui détient déjà l’un des réseaux parmi les plus denses du monde. Les grandes infrastructures de transport sont des axes de fracture. Les élus doivent comprendre que leur rôle n’est plus de lancer des projets de « développement » à base d’équipements lourds, mais de mettre en place une gestion du territoire compatible avec la nécessaire sobriété énergétique et la conservation des services rendus par les écosystèmes. » (Nicolas Hulot, cité par le livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »). En juillet 2017, Emmanuel Macron avait annoncé une « pause » dans les grands projets d’infrastructures pour les évaluer au cas par cas. On voit que l’évaluation penche toujours vers le business as usual.

Ping-pong sur lemonde.fr :

Abert : Que faire avec des politiques au mode de pensée dépassé comme il l’était en 1938 et qui ne comprennent rien à rien ? Les Arlésiens vivront-ils mieux avec un contournement et leur pays bétonné ? Certainement pas!

Claude Hutin : Pas d’accord, à ce compte on ne ferait jamais ni ligne TGV no autoroute. Il faut au contraire en finir avec les égoïsmes qui veulent des infrastructures mais jamais en subir les inconvénients.

Henri : Vous défendez un modèle obsolète… 8 millions de véhicules de plus en 20 ans, démontrent que la voiture est une mauvaise solution aux problèmes de transport. Subsidiairement, une 4 voies pour 8000 arlésien, vous avez bien qu’il ne s’agit pas de cela mais d’un projet d’ensemble qui se traduira par du PPP, des dettes, des taxes et des nuisances supplémentaires. Ah, j’oubliais, vive l’outarde canepière!…

PHILI DAN : Y a-t-il un seul projet en France, que ce soit de route, de barrage ou d’industrie, qui ne soit pas contesté par les écologistes ?

Georges : Existe-t-il un projet en France qui ne soit pas de routes, d’autoroutes, de barrages… Jusqu’où va-t-on pousser cette société du tout bagnole. Existe-t-il un parvis d’Eglise en France qui ne soit pas transformé en parking, idem les monument publics…Des routes et de parkings partout ! Ce qui ruine la vie des riverains. Existe-t-il une limite ? Votre choix est-il de tout pourrir ? Qu’allons nous laisser à nos enfants?

Sihanouk : Pour certains écologistes, professionnels de la profession, les préoccupations se portent sur le rollier, l’outarde canepetière, un papillon, et quelques malheureuses orchidées. Et non pas sur l’enfer des poids lourds vécu par les 53 000 habitants d’Arles ! Décidément, ces Khmers Verts ultras minoritaires sont encore et toujours burlesques !

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : Une très grosse partie du problème), c’est une population humaine de plus en plus importante qui, pour vivre, doit faire appel à la mobilité. Sa mobilité propre et la mobilité de toutes les ressources dont elle a besoin. Il faut donc sérieusement réfléchir à la transition démographique afin de contenir le nombre d’êtres humains sur cette planète sans avoir à recourir aux pires solutions génocidaires ou criminelles contre l’humanité.

* LE MONDE du 2 février 2019, Le projet de contournement routier d’Arles vivement contesté par les écologistes

L’idiotie structurelles des contournements routiers

Thèse : Sur le pont qui enjambe le Rhône dans la belle ville d’Arles, les quatre voies de la RN 113 font de la vie un enfer. Le projet de contournement* pour éviter un défilé ininterrompu de poids lourds ne rencontre guère d’hostilité. Avec le nouvel axe, les poids lourds ne seront plus autorisés dans le centre-ville. Les dessertes du premier port de France, Marseille Fos-sur-Mer seront excentrées. Le projet de loi « d’orientation des mobilités » en débat ­actuellement au Parlement estime que « le projet de contournement sud ­d’Arles avancera vers sa réalisation ».

Antithèse : Vive opposition d’associations de défense de l’environnement contre ce projet qui menace 900 hectares de terres agricoles et humides, sept sites Natura 2000, le rollier (petit oiseau de couleur bleu et tabac), etc. « Il faut favoriser le report modal sur le ferroviaire et le fluvial, il faut changer de modèle de développement », plaide Jean-Luc Moya, d’Agir pour la Crau.

Synthèse : « Je préfère le village à la ville, la rivière au grand fleuve, la route à l’autoroute, l’échoppe à la boutique, la boutique aux grandes surfaces, la ruelle à l’avenue, je préfère ces dimensions qui sont à l’échelle de l’homme, là où il garde ses repères. Il faut décréter un moratoire sur les grands projets d’infrastructures et d’équipements. Décider par exemple que la desserte autoroutière et routière est désormais suffisante en France, pays qui détient déjà l’un des réseaux parmi les plus denses du monde. Les grandes infrastructures de transport sont des axes de fracture. Les élus doivent comprendre que leur rôle n’est plus de lancer des projets de « développement » à base d’équipements lourds, mais de mettre en place une gestion du territoire compatible avec la nécessaire sobriété énergétique et la conservation des services rendus par les écosystèmes. » (Nicolas Hulot, cité par le livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »). En juillet 2017, Emmanuel Macron avait annoncé une « pause » dans les grands projets d’infrastructures pour les évaluer au cas par cas. On voit que l’évaluation penche toujours vers le business as usual.

Ping-pong sur lemonde.fr :

Abert : Que faire avec des politiques au mode de pensée dépassé comme il l’était en 1938 et qui ne comprennent rien à rien ? Les Arlésiens vivront-ils mieux avec un contournement et leur pays bétonné ? Certainement pas!

Claude Hutin : Pas d’accord, à ce compte on ne ferait jamais ni ligne TGV no autoroute. Il faut au contraire en finir avec les égoïsmes qui veulent des infrastructures mais jamais en subir les inconvénients.

Henri : Vous défendez un modèle obsolète… 8 millions de véhicules de plus en 20 ans, démontrent que la voiture est une mauvaise solution aux problèmes de transport. Subsidiairement, une 4 voies pour 8000 arlésien, vous avez bien qu’il ne s’agit pas de cela mais d’un projet d’ensemble qui se traduira par du PPP, des dettes, des taxes et des nuisances supplémentaires. Ah, j’oubliais, vive l’outarde canepière!…

PHILI DAN : Y a-t-il un seul projet en France, que ce soit de route, de barrage ou d’industrie, qui ne soit pas contesté par les écologistes ?

Georges : Existe-t-il un projet en France qui ne soit pas de routes, d’autoroutes, de barrages… Jusqu’où va-t-on pousser cette société du tout bagnole. Existe-t-il un parvis d’Eglise en France qui ne soit pas transformé en parking, idem les monument publics…Des routes et de parkings partout ! Ce qui ruine la vie des riverains. Existe-t-il une limite ? Votre choix est-il de tout pourrir ? Qu’allons nous laisser à nos enfants?

Sihanouk : Pour certains écologistes, professionnels de la profession, les préoccupations se portent sur le rollier, l’outarde canepetière, un papillon, et quelques malheureuses orchidées. Et non pas sur l’enfer des poids lourds vécu par les 53 000 habitants d’Arles ! Décidément, ces Khmers Verts ultras minoritaires sont encore et toujours burlesques !

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : Une très grosse partie du problème), c’est une population humaine de plus en plus importante qui, pour vivre, doit faire appel à la mobilité. Sa mobilité propre et la mobilité de toutes les ressources dont elle a besoin. Il faut donc sérieusement réfléchir à la transition démographique afin de contenir le nombre d’êtres humains sur cette planète sans avoir à recourir aux pires solutions génocidaires ou criminelles contre l’humanité.

* LE MONDE du 2 février 2019, Le projet de contournement routier d’Arles vivement contesté par les écologistes

Arditi et Raffarin prônent sans rire la technoscience

La faim dans le monde et la prolifération des insectes inquiète un collectif de « personnalités » (Pierre Arditi, Jean-Pierre Raffarin, etc.)* : « L’aversion d’une partie de la société bloque les recherches sur les biotechnologies… Or les progrès scientifiques et technologiques ont indéniablement permis de réduire la faim dans le monde… On peut nourrir une population qui a été multipliée par 2,3 depuis 50 ans grâce aux engrais, à l’amélioration génétique et aux biotechnologies de la reproduction, à l’emploi de fongicides, d’insecticides… Peut-on se permettre de renoncer à l’augmentation de la productivité des terres agricoles cultivées… Le progrès scientifique ne doit pas être arrêté… L’agriculture de demain devra nécessairement utiliser la biologie moléculaire, les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), la robotique, l’intelligence artificielle… Il nous faut une « agriculture écologiquement intensive »… Il faut favoriser l’émergence rapide des avancées technologiques qui nous permettront de ne pas nous mettre sous la dépendance de pays qui investissent massivement dans la recherche… »

Dans cette tribune, on retrouve comme d’habitude l’absence de la question démographique et l’omniprésence de l’illusion techno-scientifique en agriculture. En termes clairs, plus il y a de technologie dans les champs, moins il y a de paysans ! Et ceux qui restent n’ont plus la maîtrise de leur savoir-faire. Les agriculteurs perdent leur souveraineté technique au profit de filières mondialisées. Nous avons suffisamment traité le culte démesuré du progrès pour laisser la place aux commentateurs sur lemonde.fr :

Henri : Raffarin, Arditi etc… que des spécialistes! Un texte précieux donc et « objectif » :  » le rejet de produits chimiques pourtant nécessaires pour protéger les cultures en l’absence d’autres alternatives ». « l’aversion d’une partie de la société à l’encontre d’une agriculture productive bloque les recherches sur les biotechnologies », (lire OGM) Mais il y a des alternatives Messieurs, ce ne sont pas celles dont vous parlez. On ne veut pas de vos saloperies, c’est clair!

Claude Hutin : L’objectif des signataire est au contraire de combattre le conservatisme et la régression. Vous passez votre temps à défendre le « retour » à une agriculture d’un autre temps (qui n’a en fait jamais existé), avec des rendements dégradés et surtout AUCUNE POSSIBILITÉ DE PROGRES. Le bio est figé dans ses dogmes pour l’éternité (engrais naturels, pesticides naturels, pas de modifications génétiques par des méthodes innovantes) alors que nous avons besoin de ruptures majeures !

Dance Fly : L’objectif des signataires est évidemment de maintenir le système en place (pesticides, mode de consommation inchangé, gaspillage élevé), pas de réfléchir à des alternatives durables (conversion à grande échelle à une agriculture avec peu d’intrants, diminution drastique des protéines animales dans nos régimes alimentaires et réduction massive du gaspillage).

LeBret : Mélange de méconnaissances et de biais de raisonnement dans cette tribune. Ex : la population mondiale a augmenté, mais grâce aux progrès, les rendements agricole ont suivi ce qui a permis de nourrir tout ce monde => c’est exactement le contraire : c’est parce que les rendements ont augmenté que la population a augmenté. Sans ça la population auraient simplement plafonné. Bien sûr que c’est un progrès qu’un maximum de gens (en pourcentage) mangent à leur faim, mais que ce maximum (en absolu) soit de 10 milliards au lieu de 1, en quoi est-ce un progrès ?

ALAIN PANNETIER : Le progrès, ce n’est pas de prendre les rendements, l’augmentation des populations et la concurrence internationale comme alibi pour s’obstiner dans des voies obsolètes et sans issues (épuisement des sols, cascade d’intrants chimiques, OGM augmentant l’usage ou la synthèse de pesticides). Le progrès c’est d’utiliser l’intelligence artificielle pour rendre l’agriculture biologique, la permaculture et l’agroécologie viables à grande échelle. C’est inéluctable.

Claude Hutin : Bravo pour cette tribune qui porte une parole, si rare dans ce journal, d’optimisme et d’humanisme. Le combat contre les marchands de peur, les ayatollahs du bio, les collapsologues et tous les écologistes dogmatiques doit absolument être gagné si nous voulons laisser à nos enfants une Terre à même de nourrir ses habitants dans les meilleures conditions.

ALAIN PANNETIER : Vous voulez rire ? Quelques signataires bien connus pour parrainage scientifique de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique). Coïncidence ? L’AFIS est foncièrement pro-pesticides, pro-OGM, anti-Agriculture Biologique. Or l’Agriculture Biologique est clairement un progrès, elle utilise beaucoup mieux les connaissances scientifiques en biologie et microbiologie. Comble du comble, l’AFIS fut même climato-sceptique dans les années 2000. Depuis, ils ont clairement été obligés de manger leur chapeau. Là encore, l’AFIS a été du côté du déni. Aujourd’hui, le lobby agrochimique est clairement surreprésenté à l’AFIS. Et je n’ai pas regardé l’Association Francaise des Biotechnologies végétales (AFBV).

RV : article qui défend l’industrie phyto dès le premier paragraphe. Ça aurait été sympa de dire que la science du vivant et la technologie peuvent certes être utile tout en favorisant une agriculture sans intrant chimique. La nature existe depuis des milliards d’année et a connu plusieurs extinction massive mais non quelques primates orgueilleux savent mieux qu’elle comment elle devrait être. C’est à l’homme de s’adapter à la nature et pas l’inverse, l’actualité environnementale nous le rappelle.

La Suisse : Il suffit de lire la liste des signataires pour comprendre qu’il s’agit là de ceux qui ont créé ce système agricole (qui est nocif pour les hommes , producteurs ou consommateurs, et la terre) qui essaient encore de défendre leur beurre. Par exemple , La FNSEA, responsable de la situation désastreuse des agriculteurs français aujourd’hui qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts sauf les riches agriculteurs sénateurs faisant des exploitations mortifères… Miam.

Cogito : Qui parle de refuser les sciences ? L’écologie nous a apporté tout une connaissance que l’industrie a voulu étouffer sous des tonnes d’engrais, de pesticides, d’herbicides…. et aujourd’hui la mécanisation agricole veut assujettir davantage le paysan à ses « indispensables » outils….

ARMAND DANCER : anti-OGM, anti-vaccins, anti-gluten, anti-nucléaire, anti-voiture, anti-viande…, pro-homéopathie… = régression économique…

MICHEL SOURROUILLE : anti-écolo aujourd’hui = désastres socio-économiques encore plus grands demain !

Jul : Moi, j’attends le bilan carbone global et l’effet sur le sol à long terme de patates qui poussent à l’aide de tracteurs de 1300 CV, de satellites détectant le manque d’eau, de robots guides par GPS, boostées à l’aide d’intrants dont la dose a été calculés à l’aide d’une IA qui se basera sur un réseau de capteurs disséminés sur l’exploitation et pollinisées par des micro-robots volants. Et qu’on compare ça avec le bilan carbone de la patate produite par un maraîcher… j’attends avec impatience..

SARAH PY : Le savoir scientifique contre le savoir paysan. Ces paysans qui au cours des millénaires ont su apprendre de leur expérience, de leur ténacité; et qui dit expérience dit savoir de la temporalité longue aux conséquences multiples.Ceux des laboratoires qui expérimentent et qui voient la Terre dans la forme restreinte de leur science et veulent aller vite, trop vit

* LE MONDE du 1er mars 2019, « Rejeter les progrès de la science engagera nos activités agricoles dans la voie de la régression »

Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange

L’écologie penche pour le protectionnisme, la démondialisation, en définitive la relocalisation. Historiquement les vagues de protectionnisme et de libre-échange se sont succédé depuis l’abolition en 1838 des Corn Laws qui protégeaient l’agriculture britannique. Dans les années 1930, un protectionnisme extrême finit par l’effondrement du commerce mondial. Même Keynes allait jusqu’à plaider pour « l’autosuffisance nationale » en 1933 pour protéger l’emploi britannique. Après 1945, le libre-échange était revenu en force*. Depuis la crise de 2008, la protection est à nouveau à l’ordre du jour. Les effets positifs du libre-échange n’existent que par l’accélération de la croissance économique que cela entraîne, mais les conséquences globales sont néfastes. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de montée des inégalités, de chômage structurel et de déséquilibres socio-écologiques. Le « doux » commerce est en réalité une affaire de puissance, c’est le plus fort qui impose sa loi. Pensez à la guerre de l’opium qui a ouvert le marché chinois à l’empire britannique. Regardez aujourd’hui le bras de fer entre Trump et la Chine. Le libre-échange est un rapport de force qui fait quelques gagnants et beaucoup de perdants.

Rappelons qu’un libre-échange basé sur le va-et-vient de produits quasi-similaires est une absurdité. Un jour Fritz Schumacher vit un camion à l’effigie d’une marque de biscuits écossais entrer dans Londres ; peu après il apprit qu’une entreprise fabriquant des biscuits à Londres acheminait sa production jusqu’en Écosse. Cette découverte le troubla profondément. En tant qu’économiste, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi des être compétents se voyaient contraints de conduire un camion d’un bout à l’autre des îles britanniques dans le seul but de transporter des biscuits. N’était-ce pas absurde ? Le coût humain et environnemental d’une tel manœuvre n’avait donc alerter personne ? Schumacher eut beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il faut incapable d’y déceler la moindre logique. Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. Fritz Schumacher entreprit alors de faire un livre, Small is beautiful, publié en 1973. 

Au niveau écologique, la descente énergétique qui s’amorce va de toute façon entraîner une contraction des échanges dans un monde interconnecté. Dur, dur ! Il nous faut donc préparer dès aujourd’hui les moyens d’une souveraineté alimentaire et la possibilité de sources d’énergies renouvelables. Cela passe surtout par la réduction des besoins, la relocalisation, l’instauration de communautés de résilience, etc. La démondialisation est notre avenir. Pour en savoir plus sur ce blog biosphere :

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

1er juillet 2011, la démondialisation contre Pascal Lamy

30 juin 2011, la démondialisation contre Zaki Laïdi (suite)

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

3 mai 2011, Montebourg, de la démondialisation à la décroissance

17 juin 2011, tout est écolo, y compris le protectionnisme

29 décembre 2010, Démondialisation féroce

* LE MONDE économie du 10-11 février 2019, un combat récurrent entre économistes

Inventons un hymne et un drapeau pour Terriens

Donnez à un idiot un drapeau à agiter, apprenez-lui un hymne à chanter et quelques âneries patriotiques à répéter frénétiquement, et il marchera vers la bataille pour tuer d’autres idiots marchant en chantant sous un drapeau adverse. Malheureusement beaucoup de pays sont en train de multiplier volontairement les idiots, y compris en France.

en Russie : Le manuel d’un professeur à l’École des hautes études économiques à Moscou vient d’être retiré de la liste fédérale des livres scolaires, les seuls pouvant être achetés par les établissements, au motif que l’ouvrage « ne contribue pas à donner l’amour du pays ». Page 60 par exemple : l’évocation des files d’attente dans l’ex-URSS « ne crée pas de fierté pour la patrie ». La maison d’édition Vita-Presse a tenté de sauver le manuel en enjoignant à l’auteur d’apporter quelques modifications : établir une « présentation plus correcte de la situation économique actuelle » ; « exclure un certain nombre de sujets de discussions pouvant amener à un débat négatif et non constructif… » La censure a commencé au milieu des années 2000, il est devenu de plus en plus clair que l’Etat obligerait les enseignants à exposer l’histoire dans un sens favorable au régime actuel. Résultat : entre 2014 et 2018, la liste des manuels autorisés, toutes matières confondues, a diminué comme peau de chagrin de 71 %, passant de 2 982 à 863.*

en France : Les élus de l’aile gauche de la majorité n’ont pas digéré l’attitude du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer lors de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi « pour une école de la confiance ». On rend obligatoire dans les classes la présence des drapeaux tricolore et européen, ainsi que des paroles de La Marseillaise. Furieux, un de ses collègues a lâché : « Blanquer malmène la majorité avec ses cartes postales réactionnaires et conservatrices ! »

Commentaire biosphèrique : cette résurgence du chauvinisme n’est pas nouveau en France, ainsi notre article*** de juillet 2010. Nous appartenons symboliquement à la Terre, nullement à un morceau de terre. Le nationalisme est un signe de repli sur soi qui dénature la préoccupation écologique, surtout à une époque où les risques sont systémiques et planétaires, réchauffement climatique, pic pétrolier, atteintes aux ressources renouvelables, etc. Ce n’est plus la confrontation entre nations qui devrait s’imposer, mais la coordination des peuples. C’est pourquoi la pénalisation de « l’outrage au drapeau tricolore » (LeMonde du 25-26 juillet 2010) semble d’une incongruité totale. Un délit institué en 2003 punissait déjà de 7500 euros d’amende « le fait au cours d’une manifestation organisée ou réglementaire par les autorités publiques d’outrager publiquement l’hymne national ou le drapeau tricolore ». Tout cela parce que des supporters de l’équipe de foot algérienne eurent sifflé l’hymne national, acte compréhensible dans une manifestation sportive où les symboles nationaux n’ont rien à faire. C’est le fait de chanter la Marseillaise et d’agiter le drapeau tricolore lors d’un match de foot qui paraît au contraire obscène. Maintenant une contravention est créée par décret suite à la publication d’une photo représentant un homme qui s’essuyait les fesses avec le drapeau national : 1500 euros pour « Le fait de détériorer le drapeau ou l’utiliser de manière dégradante, dans un lieu public ou même commis dans un lieu privé ». Délit ou contravention, ces lois de circonstances paraissent d’un autre âge, celui du XIXe siècle et de l’apparition des nationalismes qui ont ensanglanté l’Europe et le monde. Pour un réfractaire à la guerre, la question de fond reste posé : est-ce que le drapeau bleu-blanc-rouge ou la Marseillaise font partie des valeurs de la République ? Si les seules valeurs à reconnaître sont les principes de liberté, d’égalité et de fraternité ainsi que la déclaration universelle des droits de l’homme, les symboles qui ont alimenté tant de guerres n’en font pas partie.

Plusieurs propositions ont été émises pour la création d’un « drapeau de la Terre ». Aucune de ces propositions n’a recueilli la reconnaissance officielle d’un quelconque État. Les deux seuls drapeaux approchant de cet idéal et ayant obtenu une certaine reconnaissance politique et morale à l’échelle planétaire sont le drapeau des Nations unies et dans une moindre mesure celui – non-officiel – du Jour de la Terre. Quant à un hymne à la planète, nous attendons encore notre Rouget de Lisle.

* LE MONDE du 20 février 2019, En Russie, censure des manuels scolaires qui ne « créent pas de fierté pour la patrie »

** LE MONDE du 19 février 2019, Hymne national, drapeau… Jean-Michel Blanquer irrite les députés LRM avec ses « marqueurs de droite »

*** outrage au drapeau qui outrage la Terre 

Beaucoup de cinglés, beaucoup trop peu de sagesse

Histoires de cinglés, CGT et Trump même combat

– En France, la CGT demande un moratoire sur la fermeture des centrales à charbon (LE MONDE économie du 13-14 janvier 2019, Des doutes sur la fermeture de la centrale à charbon de Cordemais)

– Trump a nommé Andrew Wheeler, ancien lobbyiste du secteur du charbon, à la tête de l’EPA (Agence américaine de l’environnement). Depuis son arrivée, Wheeler a œuvré à l’assouplissement de la législation permettant que les sites de production d’énergie puissent émettre davantage de dioxyde de carbone. (LE MONDE du 11 janvier)

Voix de la sagesse, retourner à la terre

– Tu seras un arbre mon fils : un sénateur démocrate de l’État de Washington défend un projet de loi offrant aux habitants la possibilité de faire du compost à partir des cadavres de leurs proches : « Des gens m’ont écrit pour me dire qu’ils étaient très excités à l’idée de devenir un arbre », a précisé le sénateur. (LE MONDE l’époque du 13-14 janvier 2019)

– Dans l’Etat de Sarawak, en Malaisie, une poignée de nomades de l’ethnie penan résiste à l’anéantissement d’une forêt qui a été détruite à 80 % ces trente dernières années.Visage faiblement éclairé à la lumière de l’âtre, le chef Peng use d’expressions qui illustrent la puissante verve poétique de l’oralité de cet univers sans écriture : « La forêt est notre monde, c’est là où l’on chasse, c’est là où l’on pêche, c’est là où l’on trouve à manger, c’est là où l’on boit l’eau des rivières et des bambous, c’est là où l’on jouit de la beauté. Si on détruit la forêt, c’est notre âme elle-même que l’on détruit. » Mutang Yurud, membre de l’ethnie kelabit : « Pour nous comprendre, il faut avoir à l’esprit que notre domaine ancestral est celui où se sont imprimés les pas de nos ancêtres. Détruire la forêt revient à supprimer l’empreinte même de notre histoire… » Poline Bala conclut : « Les indigènes disent : “De toute façon, nous étions là avant que la Malaisie soit constituée comme nation indépendante, avant même qu’arrivent les Anglais” » (LE MONDE du 15 janvier 2019, Sarbacanes contre bulldozers)

Une raison de rester optimiste

Blocage des ponts de Londres, interruption du trafic automobile ou obstruction d’un ministère, des militants écologistes suivent l’appel du mouvement naissant Extinction Rebellion : « Face à l’urgence, nous voulons changer l’ensemble du système et non le climat ». Même en France on prépare activement les actions à venir. (LE MONDE du 27-28 janvier 2019, Extinction Rebellion se prépare à « entrer en résistance » en France). Leur annonce sur le Web :

SE REBELLER POUR LA VIE

Nous faisons face à une urgence mondiale sans précédent. Les gouvernements ont échoué à nous protéger malgré les solutions connues et préconisées. Il est donc de notre devoir d’agir au plus vite. NOUS EXIGEONS :

1. La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet.

2. La réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025, grâce à une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée.

3. L’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant.

4. La création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.

S’ENGAGER : Vous avez envie de rejoindre notre équipe d’organisation et faire avancer les choses ?! Participer à organiser une action, former un groupe local sont autant de manières de s’engager pour lesquelles le temps et la variété de talents dont vous disposez sont appréciés.

REJOIGNEZ-NOUS

Climat 2019, la démocratie à l’épreuve de l’écologie

En agrégeant toutes les crises à un niveau inouï, en combinant inégalités des richesses et pénurie des ressources, le drame écologique a une capacité de nuisance sans précédent : celle de nous ramener au pire de l’homme et de la barbarie. D’ici à 2050, la synergie des crises alimentaires, énergétiques, climatiques et démographiques va en effet entraîner une dégradation rapide et brutale du niveau de vie à l’occidentale. Il y aurait toutes les raisons d’être pessimiste, ce serait la fin de la démocratie. Stéphane Foucart* confirme : « Pour demeurer sous le seuil de 1,5 °C de réchauffement, la transition à accomplir est aujourd’hui hors ­d’atteinte sans des mesures radicales de planification de l’économie mondiale, donc des restrictions massives au droit d’entreprendre et de consommer. Longtemps taboue, l’idée d’une nécessité de la contrainte, de la prise de décisions impopulaires commence à faire son ­chemin. De plus, comme le fait ­remarquer Jean-Marc ­Jancovici, les bouleversements qu’im­posera le réchauffement aux sociétés, notamment en termes de migrations, vont favoriser l’arrivée au pouvoir de mouvements politiques peu enclins à défendre les valeurs démocratiques. L’alternative est sombre : renoncer à la forme actuelle de la démocratie pour endiguer le réchauffement, ou attendre que ­celui-ci ait raison de la démocratie ? » Dans son livre « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », Michel Sourrouille écrivait en 2016 : Face au désordre socio-économique croissant, la tentation d’un écofascisme va devenir omniprésente, préparée par la montée généralisée des extrêmes droite en France et ailleurs. Les différentes sortes de terrorisme amplifient d’ailleurs la militarisation de nos sociétés. Alors une dictature au nom de l’écologie serait-elle un moindre mal ? Bernard Charbonneau (1910-1996) avait fait un raccourci saisissant de l’ambiguïté de la démocratie de masse qui est en fait orientée par un leader : « Toutes les révolutions commencent dans la classe dirigeante. En Russie soviétique, la fin du régime porte un nom : Gorbatchev. » Il avait développé cette analyse dans un livre antérieur :

« Un beau jour, le pouvoir sera bien contraint de pratiquer l’écologie. Une prospective sans illusion peut mener à penser que le virage écologique ne sera pas le fait d’une opposition dépourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour où elle ne pourra plus faire autrement. Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie : ils ne croient qu’au pouvoir. Pour contrôler les dangers de moyens de plus en plus puissants et fragiles parce que complexes, gérer un espace et des ressources qui s’épuisent, prévoir et maîtriser les réactions humaines qui empêcheraient de le faire, on est obligé de renforcer l’organisation. L’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints. Déjà commence à se tisser ce filet de règlements assortis d’amendes et de prison qui protégera la nature contre son exploitation incontrôlée. Que faire d’autre ? » **

Catherine Vincent en arrive même à citer cette horrible conception, si réaliste : « Pour ceux – de plus en plus nombreux – qui considèrent comme inéluctable un ef­fon­drement massif de notre société thermo-industrielle, le chemin le plus sombre est celui emprunté par Pierre-Henri Castel dans Le Mal qui vient, livre à mi-chemin entre la philosophie et la psychanalyse qui pose un pronostic cinglant : l’homme est un loup pour l’homme, et nous allons entrer dans une période où riches et puissants profiteront à fond des ultimes ressources qui nous restent afin de « jouir de la destruction ». »

Il est vrai que la démocratie, on le voit bien avec l’épisode des « gilets jaunes », a échoué à traiter l’urgence écologique.

* LE MONDE du 4 janvier 2018, La démocratie à l’épreuve de l’environnement

** Le Feu vert (1ère édition 1980, réédition Parangon 2009)

*** LE MONDE du 4 janvier 2018, Climat 2019. Les nouveaux récits de l’écologie

Évitons l’optimisme en 2019, cela empêche le réalisme

LE MONDE recycle l’anti-pessimisme de Steven Pinker. L’article du 26 novembre 2017, « Steven Pinker, le bon augure », devient le 1er janvier 2019, Steven Pinker : « Notre pessimisme nous conduit à croire que tout effort pour améliorer le monde est une perte de temps ». Steven Pinker n’est en fait qu’un manipulateur de la réalité. Par exemple dans son livre, il minimisait le nombre absolu de morts de la seconde guerre mondiale en la comparant à la révolte en Chine au VIIIe siècle qui a entraîné la mort d’un sixième de l’humanité d’alors. Il semble oublier qu’il n’y a pas d’évolution positive de l’humanité, les possibilités de violence humaine restent les mêmes aujourd’hui ou avec les chasseurs cueilleurs ! Sauf qu’avec 7,5 milliards de Terriens en 2019, la probabilité croissante de déflagration sociopolitiques et écolo/économiques risque fort de nous faire perdre la « part d’ange en nous » Résumons de façon critique ses propos.

Bien sûr le monde est devenu plus prospère, mais au prix du gaspillage des ressources énergétiques qui vont en s’épuisant rapidement. Bien sûr les famines sont plus rares mais plus de 1 milliards de personnes ne mangent pas à leur faim quand tant d’autres deviennent obèses. Bien sûr il y a de nouveaux antibiotiques, mais l’inefficacité de ce genre de traitement progresse rapidement. Bien sûr l’espérance de vie moyenne progresse mais pas l’espérance de vie en bonne santé. Il n’y a pas de progrès « tangible », seulement une illusion techniciste. Que Pinker fasse confiance aux « réacteurs nucléaires modulaires » en est un exemple. Bien entendu cet illusionniste croit encore à la démocratie et aux marchés. Dormez braves gens, contre-pouvoirs et droits inaliénables empêchent la corruption des dirigeants et les abus de pouvoir. Pinker est un digne représentant de nos élites, adepte de la mondialisation qui « rend les vêtements et la nourriture moins chers ».

Pinker croit que « le biais pessimiste conduit au fatalisme ». C’est au contraire parce qu’il faut considérer que le monde tel qu’il va court à la catastrophe socio-écologique que nous nous donnerions des chances de réagir. L’optimisme conduit à l’immobilisme. Notre seul point commun avec Pinker, c’est le peu de crédit qu’il faut accorder aux médias. La survalorisation de faits événementiels comme le terrorisme est le premier exemple qui lui vient en tête. Alors que les dommages par accidents de voiture sont bien plus conséquents. Donnons maintenant la parole aux internautes.

Jobst : C’est de l’optimisme conservateur, comme Louis Pauwels, en son temps. On fait croire que tout ne va pas si mal et que tout pourrait s’arranger avec du réformisme. C’est aussi mensonger que le pessimisme désabusé. Avec la surpopulation, le triomphe des dictatures hypercapitalistes comme la Chine, des neo fascistes, le monde est déjà dans l’horreur.

Marc Herrera : Pas un mot sur l’environnement et le fait que toutes ces avancées ont été permises en très grande partie par un accès aux énergies fossiles qui sont en train de détruire la planète… Le constat est donc complètement erroné…

Stéphane SARRETE : Tout va mieux mais pas un mot sur le réchauffement climatique qui est la menace systémique qui menace l’Humanité, c’est un peu fort !

Jcb : un réacteur nucléaire modulaire qui ne produit pas de déchet, qui connaît cette avancée technique? En existe-t-il qui ont dépassé la stade théorique ou conceptuel ?

fch/ich @ jcb : « Les PRM n’existent pas encore en Occident, mais les Laboratoires nucléaires canadiens espèrent construire un prototype d’ici huit ans. […] Leur principal avantage : ils pourraient être construits à la chaîne en usine et assemblés sur le site choisi. Comme tous les réacteurs, ils engendreraient toutefois des déchets nucléaires. » Dixit Fannie Olivier, correspondante parlementaire à Ottawa.

Évitons l’optimisme en 2019, cela empêche le réalisme

LE MONDE recycle l’anti-pessimisme de Steven Pinker. L’article du 26 novembre 2017, « Steven Pinker, le bon augure », devient le 1er janvier 2019, Steven Pinker : « Notre pessimisme nous conduit à croire que tout effort pour améliorer le monde est une perte de temps ». Steven Pinker n’est en fait qu’un manipulateur de la réalité. Par exemple dans son livre, il minimisait le nombre absolu de morts de la seconde guerre mondiale en la comparant à la révolte en Chine au VIIIe siècle qui a entraîné la mort d’un sixième de l’humanité d’alors. Il semble oublier qu’il n’y a pas d’évolution positive de l’humanité, les possibilités de violence humaine restent les mêmes aujourd’hui ou avec les chasseurs cueilleurs ! Sauf qu’avec 7,5 milliards de Terriens en 2019, la probabilité croissante de déflagration sociopolitiques et écolo/économiques risque fort de nous faire perdre la « part d’ange en nous » Résumons de façon critique ses propos.

Bien sûr le monde est devenu plus prospère, mais au prix du gaspillage des ressources énergétiques qui vont en s’épuisant rapidement. Bien sûr les famines sont plus rares mais plus de 1 milliards de personnes ne mangent pas à leur faim quand tant d’autres deviennent obèses. Bien sûr il y a de nouveaux antibiotiques, mais l’inefficacité de ce genre de traitement progresse rapidement. Bien sûr l’espérance de vie moyenne progresse mais pas l’espérance de vie en bonne santé. Il n’y a pas de progrès « tangible », seulement une illusion techniciste. Que Pinker fasse confiance aux « réacteurs nucléaires modulaires » en est un exemple. Bien entendu cet illusionniste croit encore à la démocratie et aux marchés. Dormez braves gens, contre-pouvoirs et droits inaliénables empêchent la corruption des dirigeants et les abus de pouvoir. Pinker est un digne représentant de nos élites, adepte de la mondialisation qui « rend les vêtements et la nourriture moins chers ».

Pinker croit que « le biais pessimiste conduit au fatalisme ». C’est au contraire parce qu’il faut considérer que le monde tel qu’il va court à la catastrophe socio-écologique que nous nous donnerions des chances de réagir. L’optimisme conduit à l’immobilisme. Notre seul point commun avec Pinker, c’est le peu de crédit qu’il faut accorder aux médias. La survalorisation de faits événementiels comme le terrorisme est le premier exemple qui lui vient en tête. Alors que les dommages par accidents de voiture sont bien plus conséquents. Donnons maintenant la parole aux internautes.

Jobst : C’est de l’optimisme conservateur, comme Louis Pauwels, en son temps. On fait croire que tout ne va pas si mal et que tout pourrait s’arranger avec du réformisme. C’est aussi mensonger que le pessimisme désabusé. Avec la surpopulation, le triomphe des dictatures hypercapitalistes comme la Chine, des neo fascistes, le monde est déjà dans l’horreur.

Marc Herrera : Pas un mot sur l’environnement et le fait que toutes ces avancées ont été permises en très grande partie par un accès aux énergies fossiles qui sont en train de détruire la planète… Le constat est donc complètement erroné…

Stéphane SARRETE : Tout va mieux mais pas un mot sur le réchauffement climatique qui est la menace systémique qui menace l’Humanité, c’est un peu fort !

Jcb : un réacteur nucléaire modulaire qui ne produit pas de déchet, qui connaît cette avancée technique? En existe-t-il qui ont dépassé la stade théorique ou conceptuel ?

fch/ich @ jcb : « Les PRM n’existent pas encore en Occident, mais les Laboratoires nucléaires canadiens espèrent construire un prototype d’ici huit ans. […] Leur principal avantage : ils pourraient être construits à la chaîne en usine et assemblés sur le site choisi. Comme tous les réacteurs, ils engendreraient toutefois des déchets nucléaires. » Dixit Fannie Olivier, correspondante parlementaire à Ottawa.

2019, psalmodierons-nous encore croissance-croissance

Dans la médiatisation ambiante, la nécessité de la croissance écrase sous une chape de plomb toutes les autres considérations. La recherche des profits nous rend collectivement aveugles à la société, à l’environnement et à l’état général du monde, souligne dans sa chronique* Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». La croissance peut être considérée comme une illusoire défense face à l’altération du lien social et de l’environnement. L’idée de ce cercle vicieux est simple : ce qui était fourni gratuitement par les structures sociales et la nature est remplacé par des biens et services marchands, dont le développement érode à son tour le lien social et l’environnement… Un chercheur américain précise : « La recherche empirique menée au cours de la dernière décennie suggère que la santé physique s’améliore et que la mortalité décline lorsque l’économie s’affaiblit de manière momentanée. Une part de cela est due à la réduction de circulation automobile (…), et à la réduction d’autres risques environnementaux, comme la pollution. La nature même de la croissance a changé depuis la fin des années 1990. Elle n’est plus génératrice de bien-être, elle est en grande partie tirée par les dépenses engendrées par la pollution et le changement climatique. » La croissance et tout son cortège d’indices économiques falsifiés nous rendent aveugles à la société, à l’environnement et à l’état général du monde. Des plus grands États aux plus petites communes, la religion est la même : croissance, croissance, croissance !

C’est ce que soulignait déjà Stéphane Foucart en octobre 2017. La croissance nécessite la destruction de la biosphère. L’érosion des services écosystémiques est, quelle que soit la valeur qui peut leur être attribuée, l’une des conditions déterminantes de l’accroissement du produit intérieur brut. En un mot, la destruction de la nature et de la biodiversité est absolument nécessaire à la croissance. Dans la revue Ecological Economics, Stefano Bartolini et Luigi Bonatti décrivaient ainsi ce phénomène en 2002 : « Nous présentons dans cet article une vision de la croissance différente du paradigme dominant. Nous modélisons la croissance comme un processus dirigé par les réactions de défense des individus face aux externalités négatives générées par le processus de production. » En termes clairs, si des études alarmantes sur la dégradation de la biodiversité ne suscitent aucune réaction adéquate, c’est parce que cette destruction dope la croissance. Plus un écosystème est précieux, plus il peut être rentable, pour maximiser la croissance, de le détruire. La disparition des abeilles n’est pas pour certains économistes une si mauvaise nouvelle, puisqu’elle conduit au développement et à la commercialisation de solutions techniques de pollinisation. Plus globalement, l’activité économique dégrade à la fois l’environnement Et le tissu social. Les services que rendent gratuitement l’environnement social (garder vos enfants, aller vous chercher du pain à la boulangerie, réparer votre système d’exploitation Windows, etc.) ou naturel (polliniser vos cultures, maintenir la fertilité des terres agricoles, etc.) s’érodent. Pour pallier la disparition de ces services gratuits, les agents économiques ont recours à des services marchands. Mais pour y avoir recours, ils doivent disposer de moyens financiers plus importants et doivent donc accroître leur activité économique. Et, ainsi, contribuer à nouveau, un peu plus, à la dégradation du tissu social et environnemental, etc. La boucle est bouclée.

Tant que les responsables politiques seront obnubilés par la quête de la croissance du PIB (produit intérieur brut), il n’y aura pas de solution aux désastres écologiques en cours. C’est ce que nous démontrons sur ce blog depuis quatorze ans maintenant. C’est ce que révélait déjà en 1972 un rapport scientifique intitulé « Les limites de la croissance », à se procurer toutes affaires cessantes et à poser sur la table de travail des politiques que vous connaissez. La décroissance est notre destin, nous aurions préféré qu’elle soit maîtrisée, ce sera comme d’habitude dans notre système croissanciste une crise qui s’apparentera bientôt à la grande dépression de 1929.

* LE MONDE du 23-24 décembre 2018, « La croissance économique peut aussi avoir des effets indésirables »

** LE MONDE du 17-18 octobre 2017,« La destruction de l’environnement est-elle une condition de la croissance ? »

2019, psalmodierons-nous encore croissance-croissance

Dans la médiatisation ambiante, la nécessité de la croissance écrase sous une chape de plomb toutes les autres considérations. La recherche des profits nous rend collectivement aveugles à la société, à l’environnement et à l’état général du monde, souligne dans sa chronique* Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». La croissance peut être considérée comme une illusoire défense face à l’altération du lien social et de l’environnement. L’idée de ce cercle vicieux est simple : ce qui était fourni gratuitement par les structures sociales et la nature est remplacé par des biens et services marchands, dont le développement érode à son tour le lien social et l’environnement… Un chercheur américain précise : « La recherche empirique menée au cours de la dernière décennie suggère que la santé physique s’améliore et que la mortalité décline lorsque l’économie s’affaiblit de manière momentanée. Une part de cela est due à la réduction de circulation automobile (…), et à la réduction d’autres risques environnementaux, comme la pollution. La nature même de la croissance a changé depuis la fin des années 1990. Elle n’est plus génératrice de bien-être, elle est en grande partie tirée par les dépenses engendrées par la pollution et le changement climatique. » La croissance et tout son cortège d’indices économiques falsifiés nous rendent aveugles à la société, à l’environnement et à l’état général du monde. Des plus grands États aux plus petites communes, la religion est la même : croissance, croissance, croissance !

C’est ce que soulignait déjà Stéphane Foucart en octobre 2017. La croissance nécessite la destruction de la biosphère. L’érosion des services écosystémiques est, quelle que soit la valeur qui peut leur être attribuée, l’une des conditions déterminantes de l’accroissement du produit intérieur brut. En un mot, la destruction de la nature et de la biodiversité est absolument nécessaire à la croissance. Dans la revue Ecological Economics, Stefano Bartolini et Luigi Bonatti décrivaient ainsi ce phénomène en 2002 : « Nous présentons dans cet article une vision de la croissance différente du paradigme dominant. Nous modélisons la croissance comme un processus dirigé par les réactions de défense des individus face aux externalités négatives générées par le processus de production. » En termes clairs, si des études alarmantes sur la dégradation de la biodiversité ne suscitent aucune réaction adéquate, c’est parce que cette destruction dope la croissance. Plus un écosystème est précieux, plus il peut être rentable, pour maximiser la croissance, de le détruire. La disparition des abeilles n’est pas pour certains économistes une si mauvaise nouvelle, puisqu’elle conduit au développement et à la commercialisation de solutions techniques de pollinisation. Plus globalement, l’activité économique dégrade à la fois l’environnement Et le tissu social. Les services que rendent gratuitement l’environnement social (garder vos enfants, aller vous chercher du pain à la boulangerie, réparer votre système d’exploitation Windows, etc.) ou naturel (polliniser vos cultures, maintenir la fertilité des terres agricoles, etc.) s’érodent. Pour pallier la disparition de ces services gratuits, les agents économiques ont recours à des services marchands. Mais pour y avoir recours, ils doivent disposer de moyens financiers plus importants et doivent donc accroître leur activité économique. Et, ainsi, contribuer à nouveau, un peu plus, à la dégradation du tissu social et environnemental, etc. La boucle est bouclée.

Tant que les responsables politiques seront obnubilés par la quête de la croissance du PIB (produit intérieur brut), il n’y aura pas de solution aux désastres écologiques en cours. C’est ce que nous démontrons sur ce blog depuis quatorze ans maintenant. C’est ce que révélait déjà en 1972 un rapport scientifique intitulé « Les limites de la croissance », à se procurer toutes affaires cessantes et à poser sur la table de travail des politiques que vous connaissez. La décroissance est notre destin, nous aurions préféré qu’elle soit maîtrisée, ce sera comme d’habitude dans notre système croissanciste une crise qui s’apparentera bientôt à la grande dépression de 1929.

* LE MONDE du 23-24 décembre 2018, « La croissance économique peut aussi avoir des effets indésirables »

** LE MONDE du 17-18 octobre 2017,« La destruction de l’environnement est-elle une condition de la croissance ? »

La bipédie, origine de notre sexualité très encadrée

Sexualité, nature ou culture ?

Les anthropologues ont renouvelé l’approche de la sexualité en montrant l’importance de la perte de l’œstrus. La relation entre les sexes est soumise chez les mammifères, y compris les grands singes, à une horloge biologique et hormonale qui détermine les périodes de rut ; pour les humains au contraire, l’absence de cette détermination naturelle met la sexualité sous le signe de la disponibilité permanente. Cette liberté totale fut certainement une des conditions de l’apparition des normes et des interdits qui limitent, dans toutes les sociétés, les usages et les pratiques de la sexualité. C’est pourquoi le mot sexualité est à double sens… Il a un côté positif, relation, sentiment, bien-être, compréhension, échange… Mais aussi un côté négatif : viol, pédophilie, maladies sexuellement transmissibles, SIDA… Depuis que la contraception a dissocié la fonction de reproduction et le principe de plaisir, nous pensions que la sexualité, enfin associée à l’extase sans angoisse, pouvait devenir une activité banalisée et fréquente comme chez les bonobos. Mais le véritable plaisir des humains, c’est de tout compliquer. Tant que nous n’aurons pas de rite de passage à la vie sexuelle, simple et généralisé à tous, nous connaîtrons l’angoisse et/ou la violence du passage à l’acte qui a abouti au processus #MeToo.

approche paléontologique : Pour les hominidés, la marche permanente et exclusive sur deux pieds implique un remodelage de l’architecture du corps entier. Le squelette s’adapte pour absorber les nouvelles contraintes. Le pied se fortifie et se creuse de plusieurs ­arches, formant la voûte plantaire. Le fémur se redresse et s’allonge. Le ­bassin, qui soutient à présent le tronc et les viscères, s’élargit. Le trou occipital, point de jonction du crâne et des vertèbres, se recentre. Conséquence, le crâne « s’enroule », rendant possible le ­développement des aires frontales et une expansion du cerveau qui va devoir gérer de nouvelles compétences. Les mains se différencient des pieds et se spécialisent dans la préhension et la saisie. Cela rend possible la création d’outils et les premières formes de technologie. La bouche, libérée des nécessités de la préhension, est disponible pour le langage. Mais la station bipède a aussi profondément transformé la sexualité et la sociabilité des premiers au sein des groupes préhumains. L’œstrus, ou période d’ovulation, n’est plus perçu directement par des signes visuels olfactifs (fesses rouges, odeurs, vulve saillante…). Les organes génitaux des femelles sont désormais cachés à la vue des mâles, tandis que les zones érogènes se multiplient. La sexualité des hommes, à la différence de celle des grands singes rythmée par des périodes de rut, tend alors à devenir permanente. D’où, sans doute, la formation de familles et de groupes où s’instaurent de nouvelles règles de sociabilité et de parenté.*

approche physiologique : Le « tubercule génital », présent chez l’embryon humain à la fin de la huitième semaine de grossesse, constitue l’ébauche des organes génitaux externes. Il est, à ce stade, strictement identique chez l’embryon mâle ou femelle. Le façonnage des organes sexuels internes  débute, chez l’embryon mâle, à la sixième semaine et demie du développement. Pourquoi ? Parce que « s’allume » alors, chez le mâle, un gène primordial du déterminisme sexuel : SRY, situé sur le chromosome Y. Le déterminisme du sexe met en jeu, in utero, des processus génétiques d’une grande délicatesse. Chez l’embryon, les gonades [ovaires ou testicules] et les voies génitales sont les seuls organes à être dotés d’une double potentialité initiale, mâle et femelle à la fois. C’est une lutte permanente, lors du développement de l’embryon, entre les gènes qui font pencher la balance dans le sens masculin et ceux qui la font basculer dans le sens féminin.**

approche sociologique : La notion de sexe est supposée renvoyer au biologique, tandis que la notion de genre se référerait aux rapports sociaux entre hommes et femmes. Ce qui fait l’humain, c’est l’interaction constante et réciproque entre des processus biologiques et des processus de socialisation, de façonnage par les cultures. Le biologique n’implique pas la fixité des rôles et des destins. Dans les années 1950, un endocrinologue américain, John Money, s’intéressait aux individus « intersexuels » (on disait « hermaphrodites ») : des personnes qui naissent avec des caractéristiques sexuelles anatomiques, gonadiques et hormonales qui ne coïncident pas. Le schéma binaire « masculin-féminin » ne pouvait rendre compte de la sexuation de ces individus. Peu après, des médecins-psychiatres ont commencé à travailler sur le transsexualisme. Il s’agit, ici, de personnes qui naissent avec une conformation sexuelle homogène, mais considèrent appartenir à un genre différent de leur sexe de naissance. Face à ces cas de disjonction manifeste entre sexe et genre, il fallait bien séparer ces deux notions. La pensée féministe est une manière complémentaire d’affirmer la nécessité de distinguer sexe et genre. Elle montre qu’on ne peut justifier les hiérarchies sociales ni les inégalités de traitements entre hommes et femmes par des différences biologiques. Aucune programmation génétique ne voue les femmes à faire le ménage ni les hommes à être chefs d’entreprise.***

Approche philosophique : Le cynisme ancien préconise un retour total à la nature et refuse de se soumettre aux interdits qui relèvent de l’arbitraire social. Pour un Cynique, le plaisir que procure la sexualité est un plaisir naturel, instinctif, qui ne diffère en rien de celui que connaissent les animaux. C’est pourquoi ces philosophes admettent, en matière de sexualité, des actes qui choquaient les contemporains, tels que la masturbation ou l’union en public, l’inceste, l’union libre ou encore la communauté des femmes et des enfants. Diogène part d’un principe simple, à savoir que rien de ce qui est naturel n’est honteux, et il en tire toutes les conséquences, même les plus ultimes. C’est ainsi qu’il n’hésitait pas à poser tous les actes naturels en public : « Il avait l’habitude de tout faire en public, aussi bien les œuvres de Déméter que celles d’Aphrodite ». Aussi ne s’étonnera-t-on pas de lire chez Diogène Laërce : « Il se masturbait constamment en public et disait : “Ah ! si seulement en se frottant aussi le ventre, on pouvait calmer sa faim” ». Des disciples de Diogène, Cratès de Thèbes est certainement le plus célèbre. Issu d’une riche famille thébaine, il su se défaire de tous ses biens pour s’adonner au cynisme et mener avec son épouse Hipparchia de Maronée une vraie vie de chien qui allait jusqu’à l’union en public. Cratès et Hipparchia firent en effet scandale en consommant leur union aux yeux de tous,A l’arrière de ces prises de position que nous a transmises sous une forme polémique l’Épicurien Philodème (1er siècle ap. J.-C.), se profilent les valeurs qui sous-tendent la morale cynique, à savoir, avant toutes choses, la liberté de l’individu et sa totale indépendance.

* LE MONDE science du 5 décembre 2018, « L’idée du chaînon manquant est un mythe » (Claudine Cohen est auteure de La Femme des origines)

** LE MONDE science du 7 mai 2014, Qu’est-ce qui différencie l’homme de la femme ?

*** LE MONDE science du 7 mai 2014 , « Aucun programme génétique ne voue les femmes à faire le ménage » (Anne-Emmanuelle Berger est directrice de l’Institut du genre au CNRS)

L’immonde père Noël vu au travers des yeux d’enfants

Il s’agit d’enfants de CE1 mais cela peut se passer partout en France. Un garçon dit ne pas croire au père Noël. Les autres lui rétorquent : « Attention, si tu n’y crois pas, tu n’auras pas de cadeaux ! » Ce mécanisme d’intimidation est fréquent : « Attention, si tu ne crois pas en Dieu, tu iras rôtir en enfer… »

Une fillette de cinq ans a fait une liste pour le père Noël longue comme un jour sans pain. Un membre de sa famille lui pose la question : « Si tu n’avais qu’un seul choix à faire, lequel ferais-tu ? » Et la petite fille de répondre sans sourciller, « Premièrement celui-ci, deuxièmement celui-là, et aussi… » Comme chacun sait, la société de consommation ne connaît pas de limites dès le plus jeune âge.

Ce petit garçon ne croit plus trop au père Noël. Son oncle veut lui faire sentir les limites de toute chose : « Et si ta maman n’a pas assez d’argent pour t’offrir des cadeaux à Noël. » Sans se démonter, l’enfant envisage immédiatement de changer de mode de garde et d’aller vivre chez son père. L’affectif dans une famille n’est plus ce qu’il était.

Dans cette famille, c’est terrible. Dès que les cadeaux sont achetés et cachés, les enfants ont un sixième sens pour le deviner ; ils exigent d’avoir ces cadeaux immédiatement tout de suite sans attendre le jour de Noël. Pourtant il y a de fortes chances que ces cadeaux soient oubliés aussitôt qu’ouverts.

Ainsi va le conditionnement dans la société des marchands. Cela commence très tôt, dès le jour de Noël et chaque fois qu’un enfant passe devant la caisse d’un supermarché où s’amoncelle (à sa hauteur !) les friandises. Mais on peut toujours rencontrer pire, par exemple l’objet en caoutchouc que machouille le bébé  et qui a la forme d’un portable.

Si vous avez d’autres histoires d’enfants intoxiqués par la société de consommation, prière de les mettre en commentaire sur ce post, merci.

Le père Noël a fait mourir la symbolique de Noël

NOËL C’EST QUOI ? Des échanges de cadeaux, généralement superflus. Une fête pour les enfants, avec un arbre et des lumières qui n’ont plus aucun sens. Bien entendu une occasion exceptionnelle de vente et d’affaires pour les commerçants. Et puis, la tradition veut maintenant que les autorités politiques s’en mêlent, et dans chaque commune, on tient à dresser le plus beau sapin, et de mettre dans toutes les rues importantes des guirlandes de lumière. Finalement, je crois que, dans l’opinion commune, Noël ce n’est rien d’autre qu’une occasion pour faire la fête. Autrement dit, il ne reste rien de la signification. Qui donc se demande le sens de ce qu’il est en train de faire ?

Il faudrait se rappeler que Noël est en réalité deux fêtes confondues et superposées. La fête païenne était celle du solstice d’hiver : la fin de la progression de la nuit, et le début de la reprise de l’allongement des jours. D’où les lumières allumées partout. Fête païenne, celle de l’arbre toujours vert, du sapin, qui a traversé le froid, la neige, attestant la permanence de la vie contre cet hiver qui symbolise la mort. Mais Noël se fonde aussi dans la plus ancienne tradition religieuse : la naissance de Jésus. Bien entendu, le 25 décembre n’est nullement la date réelle de la naissance de Jésus. On a choisi le moment de la fête païenne. Ainsi chaque détail de ce Noël se rattachait à une croyance qui donnait à chacun une signification de ce qu’il faisait. Tout ce qui constituait Noël était « symbolique », destiné à nous rappeler quelque chose de plus important, à nous faire revivre un événement qui avait une valeur essentielle. Mais voici que tout cela est parfaitement oublié, on fait la fête parce que c’est la fête et on donne des cadeaux parce que c’est l’habitude. Par conséquent, cette « fête » n’en est pas une.

Elle est un moment absurde où on est bien content de gaspiller pour gaspiller, la publicité nous y aidant. Et ces jours n’ont plus aucun sens, par conséquent aucune profondeur, et je dirai aucune vie. C’est ce qui me frappe souvent pendant ces journées, cette activité fiévreuse me parait extraordinairement morte. Dépouillée de ses significations, la fête de Noël, devenue simple coutume, est en réalité une fête morte et dévoile notre superficialité. Nous, hommes modernes, nous nous agitons sans que cela ait le moindre sens, nous agissons sans savoir ni le pourquoi ni le but et il en est ainsi non seulement un jour de Noël, mais hélas ! pour tous les jours de notre vaine vie.

résumé d’un article de Jacques Ellul (Sud-Ouest du 23 décembre 1984)