écologie appliquée

Tu dis blanc, il va dire noir, qui dit vrai ?

Le problème de fond dans notre société de communication réside dans la difficulté pour le citoyen de se faire une opinion valide. Sur toute chose, il y a ceux qui disent noir et ceux qui disent blanc. Prenons un exemple parmi des milliers d’autres, la betterave. « Les néonicotinoïdes, le vrai-faux remède à la crise betteravière », titre LE MONDE. Approuvée par les députés début octobre 2020, la dérogation à l’interdiction de ces pesticides contestés doit être débattue par les sénateurs ce mardi 27 octobre. Le ping-pong verbal s’installe.

La Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) s’est félicitée de l’adoption du projet de loi par les députés. Une victoire pour cet organisme, affilié au syndicat agricole FNSEA,

Le syndicat Confédération paysanne : « Réautoriser les néonicotinoïdes ne protégera pas les paysans, ce texte est au service d’une filière agro-industrielle qui va poursuivre la pression aux rendements et aux prix bas ».

Sophie Primas (Sénatrice Les Républicains) : L’épidémie de jaunisse qui touche les betteraves, principalement au sud de l’Ile-de-France, entraîne des pertes moyennes de rendement sur les parcelles touchées comprises entre 40 % et 50 %. Une telle diminution de l’offre aura aussi de dangereuses conséquences. Elle n’entraînera évidemment pas une baisse de la demande en sucre : par conséquent, il sera importé. Or non seulement le bilan carbone d’un tel transport n’est plus à démontrer, mais en outre le sucre importé proviendra de semences enrobées de néonicotinoïdes, autorisés à l’étranger.

Claude Henry (Professeur à l’Ecole polytechnique) : Il s’agit donc de sauver une filière qui produit, plutôt médiocrement, un aliment dont notre consommation excessive, celle des enfants en particulier, est un problème sérieux de santé publique.

Sophie Primas : L’unique traitement efficace pour contrer la propagation de ce virus est à base de néonicotinoïdes.

Claude Henry : Le recours aux néonicotinoïdes est une manifestation extrême de la dérive d’une forme d’agriculture qui a substitué la chimie à la fertilité des sols, à l’alliance avec la biodiversité et à la variété des compétences des agriculteurs.

Sophie Primas : Le temps des Tweets n’est ni le temps de la recherche ni celui des saisons que la nature ordonne : contre l’écologie de l’injonction, privilégions l’écologie de l’innovation.

Claude Henry : Les avancées scientifiques et techniques ont été prodigieuses depuis Galilée (1564-1642). Cela a radicalement changé les conditions de vie, au moins dans les pays riches. Cependant, c’est aussi le facteur principal dans la destruction du capital naturel que la planète nous offre et sans lequel nous ne pouvons pas survivre.

Sophie Primas : Le débat oppose au contraire deux visions de l’écologie. D’un côté, celle de la défiance, manichéenne et simpliste, proposant interdiction sur interdiction. D’un autre côté, une écologie de la confiance, consciente de l’urgence et s’appuyant sur le terrain et le progrès pour trouver des alternatives vertes et efficaces .

Claude Lévi-Strauss : Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Cette civilisation occidentale n’a pas réussi à créer des merveilles sans contre-parties négatives. Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.(Tristes Tropiques, 1955)

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

4 septembre 2018, Néonicotinoïdes, une victoire posthume de Nicolas Hulot

6 juin 2018, Le biocontrôle, une alternatives aux pesticides ?

4 mars 2018, Néocotinoïdes, le gourdin d’une agriculture chimique

7 juillet 2017, Les dégâts prouvés des néonicotinoïdes sur les abeilles

Alerte, les économistes déconnent grave

Les économistes peuvent-ils sauver la planète ? C’est comme si on demandait à un pyromane de bien vouloir éteindre l’incendie qu’il a allumé. L’économie telle que définie par l’université ne s’occupe que des moyens, et encore, ceux qui permettent d’augmenter à court terme le niveau de vie tout en détériorant le genre de vie. Les modèles économ(étr)iques* ne sont pas en mesure de prévoir les risques de catastrophes environnementales (ou même financières), ils fonctionnent à court terme, business as usual. Dominique Méda  remet les pendules à l’heure : « Les sciences économiques se sont profondément transformées depuis le XIXe siècle en se désencastrant de la Nature et en pensant possible une croissance endogène illimitée autoentretenue. Or c’est non seulement dans la société, mais aussi dans la biosphère que doit s’insérer l’économie, non pas pour en devenir la docile servante, mais pour inscrire résolument ses analyses dans les limites planétaires. L’économie écologique (économie biophysique, ou bioéconomie, ou reproduction durable) doit nous aider à déployer des pratiques réellement économes au sens premier du terme, « économiser.** »

La sociologue Dominique Méda redit ce que beaucoup d’analystes clairvoyants ont dit depuis des années. Prenons l’image de trois cercles concentriques. Alors que l’économie actuellement (le cercle le plus large) a tendance à englober et à dominer les activités sociales (cercle médian), et à ne pas se soucier de la nature (cercle le plus petit), il faut inverser cette hiérarchie. L’économie devient le cercle le plus petit, elle est mise au service de la société qui reste le cercle médian, elle-même contenue dans les limites de la nature (cercle englobant).

En 1968, Bertrand de Jouvenelécrivait : « Les progrès matériels que nous avons faits tiennent à la mise en œuvre de forces naturelles : car il est bien vrai que nos moyens physiques sont très faibles et, relativement à notre taille, bien plus faibles que ceux des fourmis. Aussi J.B. Say avait-il raison de noter qu’Adam Smith s’égare lorsqu’il attribue une influence gigantesque à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature. » Le mot bioéconomie n’était pas utilisé, mais l’intention y était.

En 1971, Nicholas Georgescu-Roegen précise les intuitions de Bertrand de Jouvenel dans The Entropy law and the Economic Process : « La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur.»

En 2009, Yves Cochet, dans son livre « Antimanuel d’écologie », parle d’économie biophysique : « L’économie que nous voulons esquisser – appelons-là l’économie biophysique – part de l’hypothèse que l’énergie et les matières requises pour fabriquer biens et services doivent être tout autant prises en compte que les interactions entre humains. Pourquoi, en effet, l’économie actuelle est-elle devenue une science sociale en excluant le monde biophysique ? Parce que, depuis deux siècles, l’abondance et le faible prix de l’énergie nous ont permis d’ignorer la nature. Cette profusion énergétique seule a été capable d’engendrer d’énormes richesses au XXe siècle pour une part dérisoire de nos salaires et de notre temps. »

En 2011, René Passet utilise le terme de bioéconomie : « Il n’est désormais d’économie viable qu’une bio-économie au sens propre, c’est-à-dire une économie ouverte aux lois de la biosphère. Le paradigme qui s’impose aux sociétés n’est plus celui de la mécanique, mais celui de la biologie et des systèmes complexes régissant la survie évolutive de l’humanité et de la biosphère. Dire que l’humanité consomme plus d’une planète est une façon d’affirmer qu’elle a franchi les limites de la capacité de charge de la biosphère. Il s’agit d’un tournant décisif. L’économie se trouve confrontée à sa vraie nature d’activité transformatrice de ressources et d’énergies réelles ; elle ne saurait se reproduire elle-même dans le temps que dans la mesure où ses règles d’optimisation restent subordonnées au respect des fonctions assurant la reproduction à très long terme de la nature ; elle est amenée à se penser dans la reproduction du monde. »

Quand l’économie est devenue la « science » qui consiste à déterminer comment faire le maximum de profits avec le minimum d’investissements matériels et humains, comment s’étonner qu’elle ait oublié le monde physique, ses limites et ses contraintes ? Dans un article de ce blog, nous n’hésitions pas à titrer : Bioéconomie, l’économie comme sous-partie de l’écologie.

* La fable de l’économie telle que l’expose la quasi-totalité des manuels de sciences économiques en fait un système circulaire d’échanges de valeurs entre la sphère des entreprises et la sphère des ménages. C’est un système conceptuellement clos, une sorte de machine intellectuelle réalisant le mouvement perpétuel à l’intérieur d’un grand parc aménagé pour la satisfaction à court terme des plus riches, et pour le plus grand malheur de tous à moyen terme.

** Mon petit Larousse me dit : «  Economie, Art de réduire les dépenses » ou « ce que l’on ne dépense pas ». Ce sens traditionnel a malheureusement  été bien oublié au profit d’une économie de croissance qui a épuisé la biosphère.

Le faux clivage entre économie et écologie

Martine Valo : Au nom de l’emploi, de la baisse de revenus, de la perte de compétitivité, les dossiers à caractère environnemental sont glissés sous la pile. L’urgence ne désigne pas la même chose pour les uns et les autres : permettre aux acteurs économiques de maintenir leur fonctionnement actuel sans trop de casse, ou bien préserver dans la durée une biosphère qui nous offre des services incommensurables ? Alors, économie et écologie sont-elles définitivement irréconciliables ? Oui, si l’on entend par économie la croissance et la négation que les ressources de cette planète sont limitées ; mais non, si l’on envisage un autre modèle économique. Au fur et à mesure de l’accélération vertigineuse du changement climatique et du déclin des écosystèmes, les gens sont de plus en plus nombreux à penser que le plus important est de rester vivant. »

Jean Pisani-Ferry : Ce serait faire prendre un grand risque à la lutte pour le climat que de vouloir mettre la croissance à l’arrêt. Laissé à lui-même, le capitalisme massacre l’environnement. Adéquatement canalisé, il intègre la contrainte environnementale. C’est en mettant les investisseurs en garde contre le risque de se retrouver avec des actifs carbonés sans valeur qu’on a commencé à faire bouger la finance. C’est en faisant appel à la puissance d’innovation de l’économie privée qu’on a des chances de mobiliser des moyens à la hauteur du problème et de développer des technologies qui n’existent pas encore. La croissance ne sera pas l’adversaire, mais l’alliée de la transition écologique. Il est temps de s’en rendre compte.

Vert de Terre : En tant qu’écologiste, je ne suis pas contre la croissance par idéologie mais je suis contre laisser le monde se réchauffer de plus de 2°C ce qui le rendrait bien moins hospitalier qu’aujourd’hui. Pour éviter ce monde inhospitalier, il faut diminuer nos émissions d’au moins 5% par an dès aujourd’hui or 70% de notre énergie est carbonée. La technologie va bien sûr nous aider dans ce défi mais la sobriété apparaît comme une composante incontournable pour relever le défi. Sobriété et technologie doivent être donc des alliés. Par contre être pour la technologie ne signifie pas qu’il faille considérer que toute technologie est bonne par principe. Bref, il nous faut favoriser la technologie bonne pour l’intérêt commun et réguler les autres. ,

Biosphere : Non seulement les ressources naturelles se raréfient, mais les économiste oublient une loi écologique fondamentale, l’entropie : toute activité économique est en soi un processus de dégradation de l’énergie. C’est ce que nous a montré Nicholas Georgescu-Roegen dans son livre de 1971 majeur « The entropy law and the economic process », repris en France en 1979 sous le titre « La décroissance (entropie – écologie – économie) ». En voici un résumé :

« La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur. L’énergie utilisée par l’activité économique se présente en effet sous forme libre et utilisable, ce qui en résulte est une énergie dégradée, liée et non utilisable. Lorsqu’on brûle un morceau de charbon, son énergie chimique ne subit ni diminution ni augmentation (premier principe de la thermodynamique : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’énergie initiale s’est dissipée sous forme de chaleur, de fumée et de cendres qui ne peuvent être récupérée (deuxième principe ou loi de l’entropie : tout se transforme et échappe alors à l’emprise humaine). En fait tout organisme vivant s’efforce de maintenir constante sa propre entropie ; il y parvient en puisant dans son environnement immédiat de la basse entropie (utilisable) afin de compenser l’augmentation de l’entropie à laquelle son organisme est sujet. Si les humains n’arrivent plus à capter de basse entropie à proximité, ils essayent de la prendre ailleurs. L’énergie atomique n’est ainsi qu’une tentative contemporaine de délier de l’énergie liée. Mais on ne peut produire de façon meilleure ou plus grande qu’en produisant des déchets de manière plus forte et plus grande. Il n’y a pas plus de recyclage gratuit qu’il n’y a d’industrie sans déchets.

Quelques organismes ralentissent la dégradation entropique : les plantes vertes emmagasinent une partie du rayonnement solaire qui autrement serait immédiatement dissipée sous forme de chaleur. C’est pourquoi vous pouvez brûler aujourd’hui de l’énergie solaire préservée de la dégradation il y a des millions d’années sous forme de charbon, ou depuis un plus petit nombre d’années sous forme d’arbres. Tous les autres organismes accélèrent la marche de l’entropie et les humains plus que les autres. Le processus économique, comme tout autre processus du vivant, est irréversible mais beaucoup d’économistes ne connaissent même pas la loi de l’entropie. Certains pensent même de façon illusoire qu’on réussira toujours à trouver de nouvelles sources d’énergie et de nouveaux moyens de les asservir à notre profit.Mais on ne peut pas utiliser des schistes bitumineux si leur extraction coûte plus d’énergie que leur apport. Il y a aussi la thèse que nous pourrions nommer le sophisme de la substitution perpétuelle. Ainsi, selon Solow, on pourra toujours substituer d’autres facteurs (travail ou capital technique) aux ressources naturelles. Mais il faut avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer votre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. »

Faut-il faire décroître le système de santé

Coordination-défense-santé : ll est indispensable de redonner les moyens à la Sécurité Sociale. L’objectif est bien de trouver des moyens, non de les réduire à l’inverse des politiques gouvernementales depuis de nombreuses années. Pour nous le financement de la santé n’est pas un coût mais un investissement solidaire au bénéfice de tous.

Thierry Paquot : Face à n’importe quelle crise agricole, énergétique, économique, etc., généralement l’on réclame davantage de moyens pour y faire face. Avec l’épidémie de coronavirus, on demande à l’État d’accroître les dépenses de santé afin d’engager du personnel, d’augmenter le nombre de lits, d’améliorer le dépistage… sans s’interroger sur une écologie médicale qui viserait à maintenir en bonne santé le milieu et conséquemment ceux qui y vivent.

Yvan Illich : Les soins de santé sont devenus une marchandise, c’est-à-dire quelque chose que l’on consomme et non quelque chose que l’on fait. Guérir n’est plus compris comme l’activité du malade et devient l’acte de celui qui prend en charge le patient. A chaque âge de la vie correspond un environnement spécial pour optimiser la santé-marchandise : le berceau, le lieu de travail, la maison de retraire et la salle de réanimation.

Oliver Rey : Il n’y a pas de sens à s’emporter contre « l’horreur économique » et, en même temps, à réclamer davantage de lits de réanimation à l’hôpital, car c’est la continuation de la première qui autorise la multiplication des seconds.

Ivan Illich : Ce n’est pas un droit aux soins de santé qui changera notre situation de mortel, mais l’acceptation active de trois certitudes : nous n’éliminerons jamais la douleur ; nous ne guérirons jamais toutes les affections ; nous mourrons à coup sûr.

Denis Bayon : Il n’est pas contradictoire de défendre une médecine moins « intrusive » en assumant une possible moindre « espérance de vie », et de rejeter l’imposition des normes capitalistes dans le domaine de la santé comme ailleurs.

Thierry Paquot : Le système de santé enrichit les industries pharmaceutiques et les cliniques privées, il condamne à l’hérésie les savoir-soigner ancestraux et vernaculaires, les rebouteux et les plantes médicinales, etc.

Vincent Cheynet : Évidemment ce type de réflexion ne pourra que susciter le courroux du politicard et l’intellectuel pour qui l’écologie est un moyen de séduire. Mais il ne faut pas confondre confort et sens de la vie.

Source : Mensuel La Décroissance, octobre 2010 (page 14 et 15)

Urgence écologique et destructions de biens

Face à l’inertie du monde politique, aux résistances des lobbies techno-industriels et à l’insouciance des citoyens face à l’urgence écologique, que faire ? L’Américain Henry David Thoreau (1817-1862) a écrit  : « en cas de conflit entre ce que me dit ma conscience et ce que me dit la loi, je dois obéir à ma conscience… sous un gouvernement injuste, la place d’un homme juste est en prison. » Publié à compte d’auteur en 1849 sous le titre Résistance au gouvernement civil, cet opuscule influencera Gandhi et Martin Luther King. L’activisme de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde présente deux différences ­notoires avec Thoreau : il doit être collectif, voire massif, et il doit se fonder sur l’ahimsa (non-violence) – ce que ne spécifiait pas Thoreau. Dans les années 1950, Martin Luther King aura lui aussi recours à la désobéissance civile pour lutter contre la ­ségrégation raciale. Mais à la différence de Gandhi, c’est dans une démocratie qu’il appelle à désobéir, dans un pays où ont lieu des élections régulières – ce qui soulève des questions de légitimité auxquelles le pasteur répondra, notamment dans sa Lettre de la prison de Birmingham (1963). Les lieux et les modalités des manifestations sont soigneusement choisis afin d’aboutir à des confrontations spectaculaires avec les autorités. Les sit-in organisés dans les restaurants, les écoles ou les églises réservées aux Blancs mobilisent plusieurs milliers de personnes, l’idée sous-jacente étant de saturer les prisons.  »

Aujourd’hui la première caractéristique de la désobéissance civile, c’est d’être mis au profit d’une cause nouvelle, la défense de l’environnement : actions de Greenpeace, faucheurs volontaires d’OGM, blocages de ponts de Londres par Extinction Rebellion, grèves scolaires pour le climat, etc. Ces mouvements ont désormais une dimension internationale : du fait des réseaux sociaux, qui permettent une circulation instantanée des informations, mais aussi parce que les conséquences du réchauffement climatique s’exercent à l’échelle planétaire. Le problème, c’est que l’urgence écologique des dérèglements planétaires oblige à des actions de masse dans une société anesthésiée par les délices de la civilisation thermo-industrielle basée sur les ressources fossiles. Andreas Malm donne sa réponse : « Agir spectaculairement, sans atteinte aux personnes, mais avec destruction possible des biens nuisibles à l’équilibre planétaire. ». Mais attention, il ne faudra pas confondre écoguerrier et terroriste !

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

9 octobre 2020, Crever les pneus des SUV, trop difficile ?

8 octobre 2020, Les SUV agressent violemment le climat

16 septembre 2020, Contre-violence par destruction de biens

15 septembre 2020, Saboter les pipelines, un impératif ?

14 septembre 2020, Sea Shepherd et la tentation de la violence

4 septembre 2020, CLIMAT : « Comment saboter un pipeline »

3 septembre 2020, CLIMAT, jusqu’où seriez-vous prêt à aller ?

5 août 2020, CLIMAT, faut-il saboter les pipelines ?

15 octobre 2019, Pour ou contre la désobéissance civique

6 octobre 2019, Quelle critique faire à Extinction Rebellion ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique (synthèse)

3 juillet 2019, Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

21 mars 2019, Nécessité de la violence pour les antispécistes ?

20 mars 2019, Un hymne à la violence des GJ dans LE MONDE

20 février 2019, Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

26 janvier 2019, Action directe, en stage… et en application scolaire

10 octobre 2018, Les écologistes sont-ils prêts à aller en prison ?

13 juillet 2018, Deep Green Resistance, ne nous trompons pas d’ennemi

12 juillet 2018, Faut-il casser des vitrines pour manger moins de viande ?

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

26 mai 2018, Nous serons des millions, pas une poignée de radicaux

21 mai 2018, NDDL, la violence symbolique de l’écologie politique

11 avril 2018, Scènes de batailles à NDDL, un combat d’arrière-garde

24 janvier 2018, Climat : Faut-il faire brûler les centrales à charbon ?

21 janvier 2018, Combattre les GTII, Grands Travaux Inutiles et Imposés

2 janvier 2018, En finir avec les grands travaux inutiles et imposés ?

15 décembre 2017, Peur du terrorisme, insouciance totale pour le climat

29 novembre 2016, Ecoterrorisme, les écologistes sont-ils coupables ?

15 novembre 2016, Les écoterroristes, une invention des anti-écolos

18 octobre 2016, Le terrorisme islamique, plus visible que l’écoterrorisme

3 juin 2016, Procès d’un militant anti-pub, anti-démarchage téléph

2 juin 2016, À lire, La désobéissance civile (H.D.Thoreau, 1849)

27 mai 2016, À lire, Discours de la servitude volontaire (1576)

22 novembre 2015, interdire de manifester pour le climat… antidémocratique

21 octobre 2015, Les centrales à charbon, un terrorisme contre le climat

15 avril 2015, Paul Watson : Earthforce (manuel de l’écoguerrier)

31 janvier 2015, L’appel au sabotage relève de la liberté d’expression

20 août 2014, Les écoguerriers en vert sont-ils des terroristes ?

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

14 avril 2014, A-t-on vraiment le droit de saboter un chantier de TGV ?

3 janvier 2014, Des bombes contre la société industrielle, Kaczynski

15 novembre 2013, Un terroriste comme nous les aimons, pirate Paul Watson

11 septembre 2013, Agir contre les TGV, est-ce terrorisme ou bon sens ?

14 février 2013, Les Khmers verts et autres Ayatollah de l’écologie

6 décembre 2012, Où sont les écoguerriers ? Partout et près de vous !

19 septembre 2012, Ecoterrorisme et écoguerriers, le cas Paul Watson

26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs

24 janvier 2012, Devenir activiste avec Greenpeace

7 décembre 2011, Greenpeace attaque des centrales nucléaires

4 octobre 2011, fauchage des OGM, obscurantisme ou démocratie ?

14 septembre 2011, 2/2) appel à la désobéissance

14 septembre 2011, 1/2) appel à la désobéissance généralisée

30 septembre 2010, Le journal Le Monde et l’action directe

17 septembre 2010, ne pas confondre désobéisseur et désobéissant !

24 juillet 2010, objection de conscience et religion

15 décembre 2008, Kaczynski sans portable

7 novembre 2007, desobeir.net

17 septembre 2007, écoguerrier = terroriste ?

29 avril 2007, Collectif des déboulonneurs

24 avril 2007, le code de l’écoguerrier

23 avril 2007, action directe aux USA

Que lire en ces temps de (re)confinement

Recensions de livre grâce à l’association JNE
..• Que crève le capitalisme, ce sera lui ou nous – Hervé Kempf (JNE) – >> lire
..• Sauvons les forêts – les 10 actions pour (ré)agir ) – Nathalie Tordjman (JNE) – >> lire
..• La fabrique de l’obésité, enquête sur un fléau planétaire – Yves Leers (JNE) – >> lire
..• Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons – Rob Hopkins – >> lire
..• Réparons le monde – Humains, animaux, nature – Corine Pelluchon – >> lire
..• Bienvenue dans ma maison zéro déchet – Julie Niel-Villemin. Illustrations Bérengère Staron – >> lire
..• L’agenda 2021 du jardinier bio – Blaise Leclerc – >> lire
..• Flore de Dordogne – Bernard et Nicole Bédé – >> lire
..• Une vigne bio dans mon jardin – Sonja et Toni Schmid – >> lire
..• Des arbres fruitiers dans mon jardin – Jean-Marie Lespinasse et Danielle Depierre-Martin – >> lire
..• Identifier arbres et arbustes en toutes saisons – Rita Lüder – >> lire
..• L’Adieu aux insectes ? Pourquoi ils disparaissent – Vincent Albouy, Denis Richard et Pierre-Olivier Maquart – >> lire
..• Le lièvre invisible – Olivier Borne et Michel Bouche – >> lire
..• L’exode urbain. Manifeste pour une ruralité positive – Claire Desmares-Poirrier – >> lire
..• Comment saboter un pipeline – Andreas Malm – >> lire
..• Le tour du France du littoral. Regard d’un géologue – François Michel – >> lire

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Opinions et débat

Climat : jusqu’où seriez-vous prêt à aller ? par Michel Sourrouille >> lire

Vive l’ensauvagement par Jean-Claude Génot >> lire

Catastrophe Lubrizol : l’absence de contrôles par Gabriel Ullmann >> lire

Bye, bye, l’âme des étangs de Corot par Bernard Boisson >> lire

Tchekhov, un écolo du désespoir par Jane Hervé >> lire

L’écologie en quête d’incarnation nationale .. par Michel Sourrouille >> lire

Contre-violence par destruction de biens

Je suis personnellement depuis le début des années 1970 fidèle adepte de la non-violence, engagé à l’époque dans un groupe de soutien aux objecteurs de conscience et objecteur moi-même. Gandhi est évidemment une de mes figures de référence. Pourtant je m’interroge aujourd’hui face aux déréglementations écologiques qui frappent presque tous les domaines de la vie sur Terre. Ce n’est plus seulement nos guerres imbéciles qui m’interpellent, mais l’extinction des espèces, les chocs pétroliers, les émissions de gaz à effet de serre, la raréfaction halieutique, etc. Comment lutter sur une planète qui brûle ? Comment lutter contre un système techno-industriel qui soutient le capital fossile ? Comment faire réfléchir une population cernée par des moteurs thermiques ? Les manifestations pour le climat se sont essoufflées aussi vite que commencées, Greta Thunberg se contente de dire aux politiques qu’ils feraient bien d’agir, les Conférences internationales sur le climat depuis plus de 25 ans n’ont absolument rien changé aux émissions de gaz à effet de serre ! Pire, des irresponsables au pouvoir dans plusieurs pays font l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Je me demande maintenant si une action contre les biens qui causent notre perte ne serait pas une obligation pour qui le sort des générations futures importe. L’arrêt brutal de nombre d’activités à cause de la Covid-19 a parfaitement montré qu’il fallait beaucoup déconstruire pour rendre l’air respirable et que c’était possible. Mais on ne parle maintenant que de relance économique et de soutien aux activités même les plus polluantes comme l’automobile ou l’aviation. Il est beaucoup trop rare de rencontrer des personnes qui prônent une action radicale contre la violence anti-écologique des biens consommés et des infrastructures actuelles, une contre-violence qui irait au-delà d’une non-violence jugée trop paisible. Ce genre d’analyse est restée ultra-minoritaires chez les activistes écologistes ; Greenpeace Sea Shepherd ou Extinction Rebellion par exemple ne détruisent aucun biens.

Il faut donc se rappeler les propos de Françoise d’Eaubonne au début des années 1970, le jour où elle fut scandalisée d’entendre un ami lui dire : « Le problème de la révolution passe au second plan devant l’urgence écologique. Le prochain acte réellement révolutionnaire sera l’attentat contre une centrale nucléaire en construction. Le Capital en est au stade du suicide, mais il tuera tout le monde avec lui ». Il lui aura fallu plus d’un an pour assimiler la profondeur de cette vérité. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne participera à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres un attentat à l’explosif le 3 mai 1975 contre la centrale de Fessenheim, retardant de quelques mois son lancement. Elle a assumé cette position radicale jusqu’au bout puisque dans ses derniers tomes de mémoires elle écrit  : « La contre-violence semble très indiquée comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même ; il va de soi que les attentats ne visent que des points de rupture précis du front ennemi, économisant au maximum les vies humaines, utilisant les moyens destructifs pour instruire le plus grand nombre possible d’abusés du sens de cette guérilla urbaine. »*

De même un livre** récent d’ Andreas Malm se pose la question de la nécessité de dégonfler les pneus des SUV et détruire pipelines et autres éléments de l’infrastructure basée sur l’énergie fossile. A son avis le mouvement pour le climat devrait s’attaquer directement aux biens les plus néfastes en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Il veut forcer le mouvement écologiste à se poser des questions radicales : « Le problème, bien sûr, c’est que faire sauter un pipeline dans un monde à six degrés de plus, ce serait agir un peu tard. Doit-on attendre un assentiment quasi général ? Celui de la majorité ? D’une importante minorité ? » L’usage de la violence contre les biens est certes mal accepté socialement, imaginez la réaction du propriétaire d’un SUV qui retrouve au petit matin sa chère voiture avec les pneus crevés ! Pourtant maintenir le statu quo et le business as usual nous condamne à aller vers une planète invivable. Détruire du matériel qui condamne notre avenir sur une planète surchauffée et à bout de souffle n’est qu’un acte d’autodéfense, un acte de dénonciation d’une société ultra-violente qui en arrive même à dérégler les mécanismes de régulation automatique de la biosphère. Détruire des biens néfastes n’est pas du terrorisme, c’est aimer le présent, c’est sauver bien des vies humaines dans l’avenir, c’est le contraire de la violence. Le plus étonnant, c’est de constater que l’usage de la contre-violence est aujourd’hui rarissime alors que les périls se révèlent apocalyptiques…

Michel Sourrouille

* Françoise d’Eaubonne, « Écologie et féminisme (révolution ou mutation ?) », première édition en 1978, réédition 2018 aux éditions Libre & Solidaire

** Andreas Malm, « Comment saboter un pipeline », La Fabrique éditions, 2020

Saboter les pipelines, un impératif ?

La question des différentes formes de non-violence face à la violence de la société thermo-industrielle doit être discuté par tous les militants de l’écologie. Sur ce blog biosphere, nous pensons que la destruction de biens nuisibles à la santé des humains et de la Terre n’est pas une violence, c’est une contre-violence, elle appartient au domaine de la non-violence. La démonstration qu’en fait Andreas Malm* paraît convaincante. Ainsi par cet exemple :

Deux membres des Catholic Workers, Jessica Reznicek et Ruby Montoya, tout au long du printemps 2017, ont perforé à plusieurs reprises un pipeline en construction. Elles justifient : « Après avoir épuisé toutes les formes d’action possibles, dont la participation à des réunions publiques, la collecte de signatures pour réclamer des études d’impact environnemental, la désobéissance civile, les grèves de la faim, les manifestions, boycotts et campements, nous avons constaté l’incapacité évidente de notre gouvernement (américain) à entendre les revendications populaires. » 

Elles savent dorénavant qu’elles doivent obtenir plus de résultats. N’ayant aucune expérience du sabotage, elles optent d’abord pour l’incendie. Elles brûlent alors six pièces de machinerie lourde en enflammant des chiffons imbibés d’un mélange à base d’essence et d’huile de moteur, le tout placé dans des thermos de café. Elles décident ensuite de cibler les tuyaux. Elles étudient comment percer l’acier, et choisissent d’utiliser un chalumeau à oxygène-acétylène pour trouer l’oléoduc au niveau des vannes d’arrêt (qui en sont la portion émergente du tuyau). Après avoir rassemblé les ressources nécessaires, elles perforent les vannes tout le long de l’oléoduc de mars à mai 2017. Voici leur analyse : « Le pétrole qui est sorti de terre et les machines qui le font sortir et l’infrastructure qui permet cela, voilà la violence. Nous n’avons jamais menacé de vie humaine, nous agissons pour tenter de sauver la vie humaine. Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait avec des mains pacifiques, résolues et toujours aimantes. » Elles ont fini par sortir de la clandestinité en revendiquant publiquement leurs actions : « Nous prenons la parole pour encourager d’autres à entrer dans l’action, le cœur pur, pour démanteler l’infrastructure qui nie notre droit à l’eau, à la terre et à la liberté. »

Kelcy Warren, PDG d’Energy Tranger, s’en est pris directement à ces deux femmes selon son expression « abominables » : « Il s’agit de personnes qui devraient être sorti du patrimoine héréditaire de l’espèce ». Des lois prévoyant de lourdes peines pour toute action de protestation contre les pipelines ont été promulguées dans une douzaine d’Etats américains pendant l’ère Trump. En octobre 2019, Jessica et Ruby ont été mises en examen pour des chefs d’accusation passibles de 110 ans emprisonnement… Pourtant Kelcy Warren et Donald Trump passeront un jour au tribunal de l’histoire pour crime écologique. Jessica Reznicek et Ruby Montoya deviendront des héroïnes !

* Comment saboter un pipeline, de Andréas Malm. La Fabrique éditions 2020.

Sea Shepherd et la tentation de la violence

Lamya Essemlali : « Pour ma part, à la mélancolie qui découle immanquablement de la conscience d’un monde qui agonise et de l’apathie ambiante qui l’accompagne vers une fin tragique tel un cortège funéraire, je n’ai pas trouvé de meilleur remède que l’action. Couler des bateaux à quai, s’interposer physiquement pour empêcher la mise à mort d’une baleine, confisquer de filets de pêche illégaux, harceler des braconniers pour les forcer à lâcher leur proie… tel est le modus operandi de Sea Shepherd ; et forcément la question de la violence revient régulièrement. Jusqu’où peut-on aller pour sauver une baleine ? Couler à quai un bateau qui tue en toute impunité des milliers d’animaux serait-il un acte de violence ? La réponse est sans doute oui si l’on considère que la valeur matérielle de l’objet excède celle des vies qu’il détruit. En revanche la question deviendrait grotesque si on l’appliquait à une équivalence humaine. Des activistes qui détruisent le matériel de braconniers, tout en prenant soin de ne blesser personne, se voient reprocher par certains, y compris dans le camp des écologistes, d’être de violents extrémistes, voire des écoterroristes. Et pourtant, parfois l’attentisme peut en soi devenir une forme de complicité de la violence. Einstein n’a-t-il pas dit que le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui laissent faire !

La vraie question qui se pose, derrière celle de la violence, est celle de la hiérarchie des valeurs. A quel point la vision anthropocentrique et les intérêts cupides de certains humains peuvent-ils passer décemment devant les intérêts vitaux d’autres êtres vivants ? A cette question, Sea Shepherd a répondu dès sa création : dépasser la protestation et intervenir de façon « agressive mais non violente » pour empêcher les atteintes illégales à la vie marine, là où les autorités publiques qui devraient le faire se révèlent incompétentes par manque de moyens ou de volonté. Dans la vision de Sea Shepherd, en tant qu’ONG combative, c’est là que se situe la force : s’interdire la violence envers les êtres vivants, comme une cohérence morale qui consiste à ne pas détruire des vies quand on lutte pour sauver le vivant. La réflexion inverse existe aussi ; pourquoi se contenter de neutraliser le matériel et ne pas s’en prendre directement aux auteurs des crimes contre la nature ? C’est à mon avis une réflexion stratégique face à des gouvernements qui détiennent l’exclusivité de la violence dite légitime : ceux-ci feraient de toute action entraînant des morts ou des blessés une justification pour une riposte encore plus forte et la situation risque de dégénérer rapidement. Il nous faut sauver des vies tout en restant cohérent avec les valeur que l’on défend. Il nous faut redéfinir la notion de violence sur les bases d’une hiérarchie nouvelle qui place l’intégrité du monde naturel au-dessus des profits. Voilà sans doute des sujets qui deviendront incontournables pour les activistes de demain au regard du combat qui se profile à l’horizon. » (encadré page 302-303, Faut-il céder à la tentation de la violence ? in Collapsus, livre collectif (Ed. Albin Michel)

Sea Shepherd Conservation society, fondée par Paul Watson, existe depuis 1977 pour sauver des vies et pour soutenir les lois de conservation internationale que les nations n’ont pas la volonté politique de soutenir elles-mêmes. Pour en savoir plus avec notre blog biosphere :

15 avril 2015, Paul Watson : Earthforce (manuel de l’écoguerrier)

15 novembre 2013, Un terroriste comme nous les aimons, pirate Paul Watson

19 septembre 2012, Ecoterrorisme et écoguerriers, le cas Paul Watson

26 mai 2012, Paul Watson de Sea Shepherd contre le Costa Rica

9 avril 2010, l’écoterroriste Paul Watson

Urgence écolo, faut-il faire brûler les SUV ?

Pour vivre comme un écologiste devrait vivre, il faut avoir une conscience morale, celle d’une responsabilité vis-à-vis de ce qui nous dépasse : la planète, les autres espèces vivantes, les générations à venir, ce qu’on appelle les acteurs absents. Mais face aux crises écologiques subsistent plusieurs freins à un basculement de notre comportement.

– Les menaces restent très abstraites pour une grande partie de la population. La fonte des glaces, c’est ailleurs, l’extinction de la biodiversité aussi ;

­- Le syndrome de la goutte d’eau, mécanisme de déresponsabilisation, consiste à considérer que ses efforts sont dérisoires et inutiles par rapport aux véritables pollueurs. Ce serait à l’État d’intervenir, pas à nous ;

– ­l’hyper-individualisme, qui concerne 17 % environ de la population, « ce qui compte, c’est moi d’abord, les autres viennent toujours après . L’égoïsme du présent l’emporte largement dans les mentalités sur l’héroïsme de l’altruisme ;

Le coût – psychologique, organisationnel, économique –, de changer ses habitudes quand il s’agit de s’imposer des contraintes supplémentaires alors qu’on vit le confort et la facilité. Dans un système d’injonctions contradictoires, on suit la voie de la facilité même si on sait qu’il faudrait faire autrement. C’est le mécanisme de la dissonance cognitive.

Conclusion. Face à l’inertie politique et à la passivité globale de la population, on ne peut donc rien attendre des autres, il nous faut tracer notre propre chemin vers la simplicité volontaire, devenir un colibri. « Le pessimisme est une prophétie qui s’auto-alimente. Il s’engendre de lui-même et mine notre volonté d’agir… Les changements révolutionnaires ne s’abattent pas sur nous à la manière d’un cataclysme soudain, mais ils sont le produit d’une succession infinie qui, en un processus erratique, nous conduit vers une société plus digne. Il n’est pas nécessaire d’entreprendre des actions héroïques pour participer à ce processus de changement ; les actes les plus infimes, quand ils sont le fait de millions de personnes, peuvent transformer le monde. Et si nous agissons même très modestement, nous n’aurons pas à nous en remettre à un future utopique. Le futur est une succession infinie de moment présents, et vivre dès aujourd’hui comme nous pensons que les hommes devraient vivre, malgré tous les malheurs qui nous cernent, représente déjà une merveilleuse victoire… Même le plus infime des actes vient s’ajouter aux tas de brindilles auxquelles une circonstance imprévue pourrait bien mettre le feu jusqu’à entraîner de brutaux changements… » (Howard Zinn (1922-2010), qui a accompagné de façon militante et non-violente la reconnaissance des droits civiques pour les Noirs d’Amérique et a lutté contre toutes les guerres, particulièrement celle du Vietnam.

Mais l’urgence écologique relève d’une autre temporalité, nous n’avons pas le temps attendre que les gens arrêtent par eux-mêmes de rouler en voiture, nous sommes confrontés à des déséquilibres planétaires qui rentrent dans le domaine de l’irréversible. C’est pourquoi l’atteinte contre les biens qui causent notre perte nous paraît compréhensible. Ainsi pour les gros SUV, on a toute une palette d’actions possibles. Nous écrivions en 2005 « Son usage incarne une américanisation du mode de vie occidental, c’est devenu une forme d’arrogance, si ce n’est de provocation. Des SUV ont été incendiés en Pennsylvanie, des vitres brisées dans l’Etat de Washington et des slogans « no blood for oil » tagués sur leurs carrosseries dans le Massachusetts. La Biosphère saute de joie devant ces actes, car que faire d’autre contre la bêtise humaine : deux tiers des américains préfèrent embrasser leur voiture plutôt que leur mère ! »

Incendier des SUV ? Notre société est tellement formatée par le croissancisme que de telles actions seraient aujourd’hui assimilées à du terrorisme !

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :
22 octobre 2019, SUV ou Climat, faut savoir choisir !

14 juillet 2015, SUV, sports utility vehicles, l’objet à embraser

François Bayrou, grand planificateur en chef

La décision d’Emmanuel Macron de créer un nouveau Commissariat général au Plan et d’en confier la direction à François Bayrou est un spectaculaire non sens. Pas très glorieux cette nomination d’un dinosaure de la politique à un strapontin contemplant le futur. Rappelons que Bayrou est mis en examen, viré du gouvernement français pour cela, et pourtant rattaché directement à l’Elysée pour « réfélchir ». Cette nomination n’est qu’un prétexte pour se mettre Bayrou dans la poche, Macron a besoin des centristes pour finir cahin-caha son septennat. De toute façon le gouvernement a déjà fait ses annonces de relance plus ou moins verte, alloué des financements et définit les objectifs..Que va donc faire l’ineffable Bayrou, qui dans une interview récente n’a même pas évoqué la crise climatique : son horizon est resté à Pau. Quand on regarde le décret créant sa fonction, le titulaire n’a d’autorité sur aucune administration, même pas celle censée s’occuper plus ou moins de plan et de prospective (France-Stratégie). Bref, Bayrou n’est chef de rien et donc ne fera pas grand chose sur le fond. Qui en doutait ? Cette situation est fort dommageable puisqu’on a absolument besoin d’une planification écologiquement compatible

La résurrection du Commissariat au plan acte l’échec des tentatives d’instaurer une situation économique dominée par la finance. Le retour du plan, c’est en effet l’aveu que les marchés ne peuvent pas grand chose lorsqu’il faut affronter l’urgence. Avec le Covid-19, la libre confrontation des intérêts économiques n’est d’aucun secours. A l’inverse, des Bourses globalisées sont un surcroît de fragilité qui a contraint les autorités à ouvrir grand les vannes de la création monétaire pour empêcher qu’un remake de la panique financière de l’automne 2008 se joue sur fond de pandémie. La finance étant incapable de projeter notre devenir économique collectif, cette fonction incombe au politique. Planifier implique de favoriser certaines activités d’en réduire d’autres, croissance et décroissance simultanément, destruction créatrice. Il s’agit d’ouvrir un espace décisionnel sur la définition de nos besoins réels et de créer ainsi du sens commun. Un tel dispositif est rigoureusement l’inverse d’une concurrence « libre et non faussée » qui régit depuis trop longtemps l’insertion européenne et internationale de nos économies.

La pandémie, la descente énergétique et le réchauffement climatique fournissent des exemples de défis mondiaux qui requièrent une vision à long terme. Lorsque le Commissariat général du Plan est créé en 1946, il fallait faire face à des pénuries omniprésentes (nourriture, moyens de transport, matières premières…), il fallait mettre en œuvre un lieu de répartition des rares ressources. Comment ne pas repenser à planifier une sobriété partagée dans l’état actuel de détérioration brutale des conditions de vie sur Terre ? Les crises écologiques nous amènent à une économie de guerre synonyme de démondialisation, de désurbanisation, de dévoiturage et autres joyeusetés qui vont faire frémir de peur Gilets jaunes et managers. Notre blog biosphere soutient tout ce qui s’apparente à une régulation du présent pour préserver un avenir durable, exemples :

20 juillet 2020, Croissance verte ou décroissance écologique ?

7 juin 2020, Une planification écologique est nécessaire

12 mai 2020, post-covid, pour une planification écologique

2 mai 2020, Climat, gare à la relance économique « grise »

27 mars 2012, la planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

Que vive La Décroissance en septembre 2020

– Qu’est-ce que la vie à travers un écran qui fait écran ? Pare-brise de bagnole, téléviseur, smartphone, masque chirurgical, même combat pour fuir l’Autre ! Il est des morts vivants et des vivants morts. (Vincent Cheynet, rédacteur en chef de La Décroissance, page 3)

– Dans son essai intitulé « On achève bien les enfants », Fabien Lebrun n’y va pas par quatre chemins : il constate la destruction totale de l’enfant par les écrans. Non seulement ils laminent le psychisme, mais ils ramollissent les corps, de plus en plus passifs. Les écrans éloignent du réel et enferment les esprits dans une bulle virtuelle. (rubrique « lectures » page 9)

– La 5G fait partie de ce phénomène d’accélération qui nous entraîne dans le cauchemar du totalitarisme numérique à la chinoise (rubrique « la saloperie que nous n’achèterons pas)

– Quand on voit le débat et le combat des élus Verts contre le développement de la 5G, on voit bien les dégâts d’une idéologie du déclin et du refus du progrès. Je suis un défenseur de la croissance verte – les deux mot sont importants. (Yves Jego, secrétaire d’État chargé de l’Outre-mer, Le Point du 22 août 2020)

– Le système s’effondre sous les conséquences du fanatisme des croissancistes et ils insultent les décroissants. C’est vraiment la double peine. Ainsi le premier ministre Jean Castex : « L’écologie est-elle une priorité ? La réponse est clairement oui. La netteté de cette réponse a été retardée par les tenants d’une écologie décroissante et moralisatrice, voire sectaire qui continue de desservir la cause. (Ouest-France, 27 juillet 2020)« 

– L’ambition écologique du premier ministre est affichée, mais comme un levier de réindustrialisation, pas comme un marteau de la décroissance. (éditorial du Figaro, 16 juillet 2020)

– N’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Lorsqu’une personne exerce son pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un mari ou un patron -, sa justification est toujours la même : cette domination est faite pour le bien du dominé. (citation de Chomski)

– La promotion régulière de la maternité de substitution s’inscrit dans cette tendance, hélas trop durable, qui veut faire croire que les femmes choisissent librement, par « plaisir », des activités qui ont représenté pendant des siècles la raison de leur domination. (Ana-Luana Stoicea-Deram)

– La vérité n’intéresse plus personne. A savoir que les États ne sont pas maîtres de la valeur de l’argent. Pour que celle-ci ne se détériore pas, toute dette doit financer une production de richesses marchandes pour une valeur équivalente… Tôt ou tard, la faillite universelle est le bel avenir de la dette perpétuelle. Ses experts se passeront sans problème de mes félicitations. (Denis Baba page 11)

– Je pense qu’une fois que vous couchez avec ces gens dont l’objectif est le profit, ce ne sont pas eux qui changent, mais vous. Nous n’avons pas d’autre choix que d’affronter l’effondrement en préparant un atterrissage en douceur. (Jeff Gibbs, réalisateur du documentaire Planet of the Humans)

– Quand j’étais adolescente, je me lavais avec une bassine, en utilisant l’eau que je faisais chauffer sur le poêle. Il n’y avait pas de salle de bain. On vivait du jardin et des produits de la ferme… Si on a une carte bleue assez alimentée et qu’on peut acheter ce qu’on veut immédiatement, on n’a plus en tête la valeurs des choses. (Danielle, rubrique « Simplicité volontaire »)

– « La science trouve, l’industrie applique, l’homme se conforme » : telle était la devise de l’Exposition universelle de Chicago en 1933. Ainsi les lois de la bioéthique sont régulièrement révisées pour adapter l’homme et la société aux évolutions techno-scientifiques ? (introduction de l’interview de Jacques Testart page 8)

(extraits du mensuel La Décroissance de septembre 2020)

CLIMAT : « Comment saboter un pipeline »

Le titre du livre d’ Andreas Malm interpelle, parler de sabotage à une époque où le terrorisme est omniprésent dans les médias fait peur. Mais l’auteur, un Suédois à la fois maître de conférences en géographie humaine et activiste écologiste, se réfère aux luttes de libération en montrant que la non-violence absolue n’a jamais abouti à renverser un système bien installé. Même les suffragettes à partir de 1903, après des décennies sans obtenir le droit de vote, ont cassé des vitres, mis le feu à diverses cibles dans le pays, etc. Andreas Malm récuse l’usage de la violence contre les personnes, mais tout son livre tend à montrer que le sabotage devient parfois une nécessité. Il pense que le mouvement pour le climat s’est largement appuyé sur un pacifisme « pieux ». Mais quand le monde est en feu, l’assentiment de l’opinion publique à la destruction des biens qui causent l’incendie augmentera. Dans un contexte où la collapsologie montre que nous courons au désastre, il faudrait d’urgence neutraliser ce qui nous y conduit ou, un jour ou l’autre, nous finirons carbonisés. Il ose : « La dégradation de clôtures (d’une centrale à charbon) pourrait bien apparaître un jour comme un délit très mineur (page 185). »

Bien documenté sur les luttes passées et présentes, ce livre s’interroge sur les différentes conceptions de la « non-violence ». Aujourd’hui les machines de l’économie fossile constituent le problème, les tactiques les plus douces n’ont mené à rien, et rien ne semble justifier l’intégrité physique des dispositifs émetteurs de CO2. A six degré d’augmentation de la température moyenne, l’envie de faire sauter des pipelines pourrait bien être à peu près universelle dans ce qu’il restera d’humanité. Sauf que ce sera trop tard. Agir radicalement contre les biens nuisibles aujourd’hui, c’est donc faire preuve de contre-violence face à la violence de la société thermo-industrielle. Est-ce encore de la non-violence ? Andreas Malm le pense, tout en écrivant qu’il faut faire très attention : « L’extrémisme peut parfois rendre un mouvement si déplaisant qu’il le prive de toute influence (page 152) ».

La Fabrique édition, 2020 (titre original : How to blow up a pipeline (2020)

recension de Michel Sourrouille initialement parue sur le site des JNE

Ce que nous voulons, l’écologie profonde !

Il y a d’innombrables façons de séparer l’écologie en deux entités distinctes. Il y a la version historiquement datée d’André Gorz en 1992 « Écologie scientifique vs écologie politique ». En fait l’écologie scientifique précède l’écologie politique et la nourrit de ses découvertes. Il y a l’approche idéologique et biaisée de Luc Ferry pour qui il faut nécessairement choisir entre l’écologie anti-humaniste (de l’écologie profonde) et une écologie réconciliée avec l’humanisme démocratique. Dans son livre de 1992, Le nouvel ordre écologique, sa méconnaissance de la non violence gandhienne d’Arne Naess est immense. Nous y reviendrons. Il y a le livre de Romain Felli paru en 2008 « les deux âmes de l’écologie » : une écologie « par en haut » dans la lignée du développement durable, une écologie « par en bas » que pratiquerait l’écologie politique. Il y a la préférence des croyants d’opposer écologie humaine et écologie environnementale. Ils préfèrent en 2014 parler d’écologie intégrale : on ne peut protéger le milieu humain sans protéger le milieu naturel, écoutons ce que disent les papes. Il y a l’écologie de droite (vert’libérale) et l’écologie de gauche, opposition qu’on retrouve surtout au moment des élections… en Suisse mais aussi au sein d’EELV. Il y a l’écologie dite « réaliste » de François de Rugy et l’écologie voulue « pragmatique » de Nicolas Hulot quand il était ministre. Il y a l’écologie « molle » et l’écologie « essentielle », distinction exposé fin septembre 2018 par Aymeric Caron devant des membres d’Utopia.

Il y a surtout le livre « L’écologie est politique » de Catherine Larrère, Lucile Schmid, Olivier Fressard pour la Fondation de l’écologie politique qui oppose « écologie superficielle » et « écologie profonde » et redonne ainsi ses lettres de noblesse à Arne Naess. Extraits de leur petit livre de 2013 : « D’un côté des politiques sectorielles de protection de la nature et de prévention des risques, confiées à un ministère en position de faiblesse vis-à-vis d’autres ministères. De l’autre, l’apparition de partis verts porteurs d’un projet global de transformation de la société. Entre politiques écologiques et écologie politique, la dissymétrie semble évidente : c’est celle du superficiel et du profond, du sectoriel et du global. On peut considérer que le développement durable tel qu’il est défini dans le rapport Brundtland relève de l’écologie superficielle ; il ne vise qu’à limiter les excès du capitalisme en cherchant avant tout à le perpétuer (…) Quelle place allons-nous donner dans notre vie aux questions écologiques : marginale ou centrale ? Arne Naess fait une opposition entre shallow ecology et deep ecology. L’une se préoccupe de remédier, par des moyens techniques, aux pollutions et à l’épuisement des ressources, tout en maintenant le bien-être des pays nantis. L’autre cherche à modifier l’ensemble des relations des hommes à leur environnement. Arne Naess insistait non seulement sur le rapport des hommes à la nature, mais aussi sur les droits des êtres de nature. Il distingue des remèdes superficiels aux problèmes écologiques et une transformation de fond de notre mode de vie. »

En tant qu’universitaire à Oslo durant trente ans, Arne Naess a exposé la philosophie de Gandhi. Il en tirait l’enseignement suivant dans « Économie, communauté et style de vie » : « Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié. »

Croissance exponentielle, un défi cognitif

Une croissance exponentielle se produit quand une quantité augmente d’autant plus vite qu’elle est déjà grande. C’est le cas par exemple du nombre de malades infectés par le coronavirus. En France, il double en moyenne tous les 4 jours. Au bout de 8 jours, ce nombre est multiplié par 4, au bout de 24 jours, il est multiplié par 64 et par 256 après un mois. Donc rapidement, on obtient des nombres faramineux. Un nombre de nouvelles infections qui double tous les 4 jours signifie que la moitié des personnes infectées depuis le début de l’épidémie l’ont été depuis moins de 4 jours ! Ce phénomène d’emballement est donc difficile à appréhender, le modèle linéaire d’évolution de l’épidémie reste une référence du commun des mortels. Ce biais cognitif a d’aillerus eu un impact sur l’adhésion (difficile) aux mesures de distanciation physique.

La rapidité du réchauffement climatique constitue pour la Terre ce que la pandémie est pour l’humanité : un bouleversement brutal, qui peut très vite échapper à tout contrôle. Cette fois, l’élément perturbateur n’est pas un virus, mais l’espèce humaine, en particulier sa fraction vivant à l’ occidentale. L’action humaine sur la Terre a un temps de doublement de l’ordre de 40 ans qu’il s’agisse de notre emprise sur les minéraux, sur les ressources énergétiques, sur la biodiversité ou sur la pollution. L’ennui pour la Terre, c’est que cette échelle est extrêmement courte : les systèmes vivants, les écosystèmes, sans parler de la géologie, ont des échelles de temps évolutives qui sont plutôt de l’ordre de cent mille à un million d’années. Autrement dit, le parallèle entre la fulgurance de l’épidémie de Covid19 pour l’humanité et la fulgurance du changement climatique pour la planète paraît quasi-parfait, et doit nous aider à prendre conscience de l’urgence qu’il y a à agir. Pour un écologiste averti, le mirage des exponentielles n’est pas une découverte. C’est ce mécanisme qui avait été mis en évidence par le rapport de 1972 sur les limites de la croissance. L’évolution trop rapide de la population humaine, de l’emprise agricole, de l’industrialisation, du pillage des ressources na truelles et des pollutions nous mène au désastre. C’est ce même mécanisme qu’avait déjà mis en évidence Malthus en 1798 : la progression géométrique (exponentielle) de la démographie est en décalage croissant avec la progression arithmétique (linéaire) des ressources alimentaires. On ne peut sortir de ce dilemme qu’en maîtrisant la fécondité humaine.

Tout citoyen devrait comprendre ce que veut dire une exponentielle et en tirer les conclusions qui s’imposent  : il est impératif d’agir politiquement de façon radicale afin d’instaurer une société post-croissance.

NB : Texte de Michel Sourrouille déjà paru dans le cadre de la coopérative écologique. Pour télécharger  leur lettre en format pdf : https://coop.eelv.fr/files/2020/07/INFOLETTRE-DU-MOIS-DE-JUILLET-2020.pdf

les principes d’une société post-croissance

Au sein de l’Archipel écolo, on a rédigé dix principes de conception d’une société post-croisssance :

1) Principe de sobriété : le modèle de développement issu du capitalisme industriel ne tient pas compte des limites biophysiques de la planète. C’est un modèle prédateur, extractiviste, fondé sur la recherche du profit, de l’optimisation, de la compétition au détriment du bien vivre des populations humaines et non humaines. Nous nous engageons à lutter contre le productivisme, le consumérisme et l’extractivisme qui détruisent les conditions de vie sur Terre et à promouvoir une politique de la Terre – c’est-à-dire une politique au service de l’humanité et du vivant dans tous ses aspects- fondée sur la sobriété des usages (sobriété énergétique, sobriété dans l’utilisation des matières premières, sobriété dans l’usage du sol, sobriété numérique…). Notre slogan, c’est « sauvons l’habitabilité de la Terre ».

2) Principe de résilience ( : afin de renforcer notre capacité individuelle et collective à subir les chocs à venir (choc climatique, choc économique, choc sanitaire, choc lié à la perte de la biodiversité) . Pour cela, nous nous engageons à renforcer le rôle et l’autonomie des territoires (via par exemple les biorégions), à relocaliser une partie de nos activités,  en particulier celles dont dépendent la santé et l’alimentation, à privilégier les circuits courts, la permaculture…

3) Principe de décroissance choisie et sélective : parce que le PIB, la croissance pour la croissance, ne peuvent plus être notre boussole, nous nous engageons à réévaluer l’ensemble de nos activités à l’aune du bien vivre et des limites de la planète. Contre le productivisme et son pendant consumériste, certaines activités doivent décroitre rapidement (automobile, aérien, activité spéculative, industrie du luxe, élevage industrielle, industrie touristique…) et laisser la place à d’autres activités (énergie renouvelable, low tech, mobilité douce, soin…) ?

4) Principe de solidarité intra et inter-espèces : alors que la domination du néolibéralisme n’a su ni réduire les inégalités sociales ou de genre, ni préserver les conditions d’un monde habitable sur Terre, l’Anthropocène ouvre une nouvelle époque pour l’humanité, ce moment où l’espèce humaine est devenue une force géologique capable de bouleverser les équilibres du système-Terre. Face à cette situation, notre rapport au vivant humain et non humain est à reconsidérer de fond en comble, de nouvelles solidarités se mettre en place. Nous devons réapprendre notre dépendance aux autres, aux milieux et aux communautés biotiques. 

5) Principe de coopération : plutôt que la compétition et l’appropriation privée des ressources de la planète, plutôt que la prédation et l’accumulation sans bornes, nous nous engageons à protéger les communs mondiaux comme l’eau, l’air, les paysages, les sols…Le travail ne doit plus être fondé sur l’exploitation de la ressource humaine et non humaine, mais sur le ménagement, le soin, la prise en compte de notre commune vulnérabilité.

6) Principe de cosmopolitisme : aucune politique de la Terre ne saurait s’envisager sans une prise en compte de l’ordre international et de l’interdépendance des communautés humaines entre elles. Le réchauffement climatique et ses conséquences, l’effondrement de la biodiversité, n’ont que faire des frontières et des Etats-nations.

7) Principe de démétropolisation : parce que les métropoles, par leur densité et leur surpeuplement représentent un élément de vulnérabilité supplémentaire, nous devons repenser la ville et l’aménagement du territoire et mettre fin à terme à la métropolisation. Réduire l’étalement urbain, la consommation et l’artificialisation des sols, rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, réduire les distances domicile-travail, doivent être au coeur d’une nouvelle approche « ville-campagne ».

8) Principe de démocratie horizontale : aucun changement profond, aucun tournant civilisationnel ne peut être envisagé dans le cadre de nos institutions actuelles. La démocratie doit être réinventée à l’aune des enjeux écologiques planétaires et de la nécessaire participation de toutes et de tous à la définition du nouveau cadre commun. Face à l’urgence et à la profondeur des transformations à engager, le modèle de la démocratie représentative n’est plus suffisant. L’implication et la mobilisation passent par l’avènement d’une démocratie horizontale et l’innovation sociale. 

9) Principe d’émancipation individuelle et collective permettant de donner toute sa place au « non économique » à éducation, art, culture, sport, relations interpersonnelles et collectives et permettre à chacun et à tous de participer démocratiquement à la lutte.

10) Principe de justice sociale : l’exploitation des salarié.es constitue le rapport social au fondement du capitalisme. Dans sa phase actuelle, celle du néolibéralisme, il n’a de cesse de revenir sur les droits sociaux arrachés par les mobilisations passées et aggrave encore plus les inégalités sociales. La gestion des entreprises, basée sur la « création de valeur pour l’actionnaire », est dominée par une logique de stricte rentabilité financière au détriment des conditions de vie et de travail des salarié.es comme des impératifs écologiques. Cette logique financière tend à dominer aujourd’hui la totalité de la vie économique. La remise en cause de ce rapport social doit être au cœur d’un projet d’émancipation.

Passé dépassé, présent et futur de l’écologie

1/3) un passé anti-écolo

Au XVIIIe siècle, tous les débats d’économie politique portent sur la manière d’avoir plus de grains à manger, plus de bois à couper. La conquête des libertés politiques s’appuie alors solidement sur la dynamique du développement économique et marchand. “Nous ne serons jamais aussi riches que si nous sommes libres, nous ne serons jamais aussi libres que si nous sommes riches, et nous allons nous défaire de l’humiliation que constituent les limites naturelles” : telle est la thèse des libéraux anglais au XVIIIe siècle, qui caractérise le projet moderne. Le pacte entre croissance et démocratie, sur lequel se sont fondées nos sociétés modernes, n’aurait pas été possible sans une mise en coupes réglées des ressources naturelles.

2/3) Un présent de villes écologisées

 Pierre Hurmic, le nouveau maire écologiste de Bordeaux : « On a eu ces dernières années à Bordeaux un urbanisme débridé. La ville a été largement bétonnée. Nous allons prononcer le gel de tous les programmes immobiliers en cours et les réexaminer à la lueur de leur impact climatique et écologique… »

Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo : « Nous allons insuffler un haut niveau d’exigence environnementale dans la conception même de la ville, dans tous les projets, et à toutes les échelles de son renouvellement. C’est la première fois qu’une collectivité de rang mondial se fixe un objectif aussi exigeant de sobriété environnementale.  La question de la densité sera évidemment posée. Quel est le bon niveau démographique pour une ville comme Paris ? Dans le 11e arrondissement, on frôle déjà les 40 000 habitants au km2. Pour 1 m2 construit, on doit trouver 1 m2 de désartificialisation, selon un principe de compensation strict… »

3/3) Perspectives d’un programme écologique

Retour sur Terre, trente-cinq mesures radicales pour réduire drastiquement notre empreinte carbone. Sept figures de l’écologie, emmenées par le philosophe Dominique Bourg, appellent ni plus ni moins à une « bascule de civilisation » pour maintenir l’habitabilité de la planète. Les auteurs appellent à « décélérer brutalement » nos consommations avec l’objectif de réduire l’empreinte écologique à moins d’une planète (contre 1,7 aujourd’hui) afin de ne pas consommer plus de ressources que la Terre ne peut en régénérer. Les Français se verraient attribuer des quotas individuels de consommation, décidés par référendum. « Chaque produit serait marqué d’un prix en énergie/matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel », détaille le collectif. Le programme propose aussi de relocaliser au maximum l’activité « par un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international », de réduire les écarts de revenus, de supprimer les paradis fiscaux, de cesser les subventions aux énergies fossiles, d’effacer 70 % de la dette française ou encore de mettre fin à l’indépendance des banques centrales et de nationaliser totalement ou partiellement le secteur bancaire. Dans le domaine de l’agriculture, les auteurs veulent aller vers une « agroécologie décarbonée » et désirent « réempaysanner les terres ».

NB : tous ces extraits sont issus du même numéro du MONDE papier, 24 juillet 2020… même les médias écologisent leur colonnes !

Notre futur, la résilience alimentaire locale

«  Face aux menaces climatiques, de nombreux collectifs écologistes appellent depuis des années à préparer nos territoires aux chocs qu’ils pourraient subir. Comment ? D’abord en relocalisant une partie de notre alimentation. Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants. » Ce qui n’était jusqu’à aujourd’hui qu’initiatives militantes devient aujourd’hui un impératif d’État. Le premier ministre, Jean Castex, dans sa déclaration de politique générale le 15 juillet 2020, s’approche de ce que nous soutenons sur ce blog biosphere depuis des années, les communautés de résilience : « Développer une alimentation de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et villages de France ». Dans le domaine des « circuits courts », plusieurs collectivités ont pris les devants.

Ainsi le Grand Angoulême. « L’objectif, dans les cinq ans à venir, est de nourrir 150 000 habitants en étant capable de résister à des aléas climatiques, à une crise sanitaire ou économique, à la fin du pétrole… C’est faisable, on a les terres et les savoir-faire pour ça », résume Jean-François Dauré, président de cette intercommunalité. Les vulnérabilités d’un système alimentaire mondialisé deviennent innombrables : changement climatique, effondrement de la biodiversité, dégradation des sols, épuisement des ressources énergétiques et minières, crise économique, conflits armés, crises sanitaires… Les politiques actuelles ne pourront pas éviter des phénomènes de rupture, sur les plans écologique, climatique et/ou énergétique. Le point de dépendance le plus crucial est énergétique : le pétrole, totalement importé, est le sang de notre système alimentaire. Un choc pétrolier et le prix de l’alimentation flambe, les pénuries s’installent. Il faut donc anticiper et adapter nos systèmes alimentaires qui ont une fonction vitale. La collectivité charentaise a fait son calcul. Théoriquement, elle peut prétendre à l’autosuffisance alimentaire grâce à ses 30 000 hectares de surface agricole, à condition de jouer sur certaines variables : par exemple, en réduisant de moitié sa consommation de viande. Mais l question de la résilience du système alimentaire en est encore dans ses balbutiements. La première AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) date de 2001. Le Manuel de transition de Rob Hopkins édité en 2010 reste une référence incontournable. Lancé lors de l’Exposition universelle de 2015 de Milan, un pacte a rallié de nombreuses villes autour de trois engagements : préserver les terres agricoles, favoriser les circuits de proximité et ne pas gaspiller l’alimentation. Plus récemment, la crise due au Covid-19 a rappelé combien le risque alimentaire peut devenir crucial. La grande distribution a limité les dégâts, mais les gens se sont mis à considérer l’utilité des circuits de proximité et même pour certains imposé l’idée de cultiver son jardin. De graves questions existentielles restent en suspens.

La France peut-elle revenir à une agriculture du XIXe siècle basé sur la polyculture et une très nombreuse main d’œuvre agricole ? Comment les grandes villes peuvent-elles reconquérir leurs ceintures vivrières alors qu’on a tout bétonné ? Quelle est le niveau d’interdépendance à garder entres les différentes collectivités ? Faudra-t-il se priver de thé, de café et de fruits exotiques ? Dans un partenariat entre Paris et la Creuse, quelle pourrait être la contribution de Paris… du pigeon ? du rat ? Ne faut-il pas craindre de voir un jour des hordes d’urbains affamés et armés dévaler sur nos campagnes ? Jean Castex n’a sans aucun doute nulle idée de ce genre de questionnaire, pourtant ligne d’horizon de nos politiciens du futur…

Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

23 mars 2012, Schmallenberg : sécurité alimentaire contre libre-échange

10 septembre 2012, transition énergétique, centralisation, autonomies locales ?

27 janvier 2014, Localité et simplicité : les clés de la résilience

24 juin 2017, Biorégions pour le futur, instituer la résilience locale

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

2 mai 2018, Autonome grâce à son potager, c’est possible

30 juin 2019, Créez votre communauté résiliente

7 septembre 2019, la résilience selon Piero San Giorgo

L’autorité environnementale en panne

La démocratie environnementale, c’est-à-dire la participation du public à la prise de décision en matière environnementale, est incontestablement en recul sous l’égide de Macron. La saisine de l’autorité environnementale, dont les avis indépendants sur les impacts gênent manifestement le gouvernement, sera désormais réglée au cas par cas, le choix de la saisir ou pas étant dans les mains du préfet. Voici quelques précisions. L’autorité environnementale de la CGEDD* regroupe tous les acteurs, administrations, associations, maître d’ouvrages pour faire une étude d’impact et élaborer des propositions… Même si l’autorité environnementale n’est pas une autorité administrative indépendante comme la CNIL, la CADA ou le Défenseur des Droits, ses avis ne peuvent pas être ignorés par les décideurs car ils sont publics. Ses rapports sont très édifiants : qualités/défauts des projets, imprécision des documents présentés par le maître d’ouvrage, qualité des études d’impacts, etc. Si les promoteurs d’un projet persistent dans leurs intentions marchandes, tout ces éléments seront autant d’arguments devant le juge lorsque les opposants attaqueront les autorisations administratives. Voici quelques exemples glanés dans LE MONDE :

Autoroutes : « Il est paradoxal et juridiquement fragile que le plan de relance autoroutier, qui induit des incidences environnementales majeures, n’ait pas, à l’inverse de la plupart des plans susceptibles d’incidences environnementales, fait l’objet d’une évaluation environnementale », pointe le document de l’autorité environnementale (AE) qui synthétise ses 104 avis rendus entre sa création en 2009 et début 2018 sur les projets d’infrastructures de transport routières : « La situation n’a pas fondamentalement évolué depuis la publication du premier avis. » Au premier rang des « lacunes significatives persistantes » repérées dans « la plupart » des dossiers : les études de trafic « ne prennent presque jamais en compte les trafics induits par la création ou la transformation de l’infrastructure ».

Stations de ski : La stratégie qui vise à préserver à tout prix l’activité économique du ski est fortement critiquée par la MRAe ** d’Auvergne-Rhône-Alpes. La mission note que « le développement des domaines skiables par le haut, porteur des effets environnementaux en général les plus significatifs, apparaît motivé par une volonté d’augmenter l’attractivité économique à très court terme et ne fait pas l’examen de solutions de substitutions raisonnables ». Pour l’autorité environnementale , « certains de ces projets tels que l’interconnexion de la Croix du Sud, l’extension des domaines skiables de Val Cenis ou d’Aussois, sont susceptibles de causer des dommages très significatifs voire irréversibles, à des milieux écologiques d’une valeur exceptionnelle ».

Sites classés : La dune du Pilat, le massif du Mont-Blanc, le Mont-Saint-Michel, les gorges du Tarn ou celles de l’Ardèche, les calanques de Marseille… Tous ces sites classés – ils sont 2 700 en France, couvrant 2 % du territoire – sont-ils menacés ? Seront-ils moins bien protégés ? Un projet de décret, qui fait l’objet d’une consultation publique qui s’achevait jeudi 20 juin, propose de confier la délivrance des autorisations de travaux sur ces sites au préfet, dans un but de « simplification ». Dans l’entourage du ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, on préfère rappeler que « la décision pourra continuer à revenir au ministère pour tous les projets jugés susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement, puisque le ministre conserve le pouvoir de s’autosaisir ou d’être saisi sur chaque demande d’autorisation ».

Filière éolienne : Le Conseil d’Etat a annulé, en décembre 2017, un décret qui désigne le préfet de région comme autorité environnementale, avec pour compétence de valider les études de nombreux projets ayant un impact sur l’environnement. Ce qui concerne, entre autres, les projets éoliens.

* CGEDD : Le Conseil général de l’environnement et du développement durable est un service d’inspection du ministère de la Transition écologique et Solidaire créé en 2008

** MRAe : Les missions régionales d’Autorité environnementale (sous le sigle MRAe) ont quant à elles été créées en avril 2016 et ont repris une partie des missions d’Autorité environnementale antérieurement confiées aux préfets de région. Les plans et programmes à caractère local (SCOT, PLU, PDU, SRADT, SAGE, etc.) relèvent depuis avril 2016 du « MRAe » du CGEDD.

Remarques du blog biosphere : le droit de l’environnement est devenu un fatras immonde de sigles et d’organismes dont on se rend compte qu’ils ne servent à rien puisque leurs recommandations ne sont presque jamais suivies d’effet. Les politiciens pratiquent contre l’urgence écologique leur objectif premier, « Business as usual ». Ils peuvent le faire en toute impunité, presque aucun citoyen ne connaît « l’autorité environnementale » , une « autorité » sans autorité ! En ne comptez pas sur nous pour fêter le 14 juillet, fête des armées…

Elisabeth Borne, les petits pas de l’écologie

Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne aura duré moins d’un an. Pas plus que ses prédécesseurs l’ancienne ministre n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement. L’avancée des politiques écologiques dépend d’abord des capacités à gagner des arbitrages en réunions interministérielles, et de la confrontation avec des ministères toujours puissants, comme celui de l’économie ou celui de l’agriculture. Il est donc évident que ce ministère est d’une instabilité chronique et renvoie aux choix du président de la République et du premier ministre. Le premier de nos ministres de l’écologie, est nommé en janvier 1971 « délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement ». Dans son livre-témoignage, « Le ministère de l’impossible » (Calmann-Lévy, 1975), Robert Poujade s’appuyait sur sa propre expérience pour montrer l’impossibilité d’une politique écologique au sein d’un gouvernement obnubilé par le PIB. « C’est intéressant, votre ministère. Il ne devrait rien coûter à l’Etat », entend-il dès son arrivée. « Vous n’aurez pas beaucoup de moyens. Vous aurez peu d’action très directe sur les choses. » prévient le président de la République Pompidou ! Depuis 50 ans, on constate que la situation n’a pas beaucoup évolué, et Nicolas Hulot a du démissionner du ministère de l’impossible. La nouvelle ministre, Barbara Pompili, a donc de fortes chances d’être virée par Castex si elle fait bien son boulot… Voici un bilan du ministère Borne :

Quelques semaines après son arrivée, à la mi-septembre 2019, Elisabeth Borne avait signé une lettre au PDG d’EDF qui lui donnait une feuille de route pour envisager la construction de six nouveaux réacteurs EPR. Elisabeth Borne a voulu mettre l’accent sur la rénovation énergétique, mais elle n’a pas pu aller très loin, ses marges de manœuvre ayant été très réduites. Pas plus que ses prédécesseurs Elisabeth Borne n’aura infléchi la politique du gouvernement en matière de lutte contre la pollution de l’air. Elisabeth Borne a organisé une consultation publique sur la question sensible des distances minimales à respecter entre aires de traitement et habitations. On réclamait au moins 150 mètres, son décret a retenu des distances de trois, cinq, dix, voire très exceptionnellement vingt mètres. Elisabeth Borne a transféré aux préfets de nouveaux pouvoirs de décision, ce qui a affaiblit le droit environnemental. Enfin, Elisabeth Borne a été en retrait sur la scène internationale, déléguant à sa secrétaire d’État, Brune Poirson, une grosse partie du travail et de la représentation en matière de négociations climatiques (COP, etc.). Pour conclure, Elisabeth Borne ne pouvait pas mieux faire que ses prédécesseurs au ministère de l’impossible.

Voici nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

17 juillet 2019, Elisabeth Borne, l’écologie à la pein

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

31 août 2018, Nicolas Hulot vivait au ministère de l’impossible

19 mai 2017, Si le 1er ministre n’est pas écolo, il y aura blocage

16 novembre 2014, Etre ministre de l’écologie, une mission impossible

29 avril 2014, Ségolène Royal, une ministre de l’écologie incompétente

14 septembre 2013, un métier à haut risque, ministre de l’écologie

24 juin 2012, éviction de la ministre de l’écologie, un PS anti-écolo