écologie appliquée

Croissance exponentielle, un défi cognitif

Une croissance exponentielle se produit quand une quantité augmente d’autant plus vite qu’elle est déjà grande. C’est le cas par exemple du nombre de malades infectés par le coronavirus. En France, il double en moyenne tous les 4 jours. Au bout de 8 jours, ce nombre est multiplié par 4, au bout de 24 jours, il est multiplié par 64 et par 256 après un mois. Donc rapidement, on obtient des nombres faramineux. Un nombre de nouvelles infections qui double tous les 4 jours signifie que la moitié des personnes infectées depuis le début de l’épidémie l’ont été depuis moins de 4 jours ! Ce phénomène d’emballement est donc difficile à appréhender, le modèle linéaire d’évolution de l’épidémie reste une référence du commun des mortels. Ce biais cognitif a d’aillerus eu un impact sur l’adhésion (difficile) aux mesures de distanciation physique.

La rapidité du réchauffement climatique constitue pour la Terre ce que la pandémie est pour l’humanité : un bouleversement brutal, qui peut très vite échapper à tout contrôle. Cette fois, l’élément perturbateur n’est pas un virus, mais l’espèce humaine, en particulier sa fraction vivant à l’ occidentale. L’action humaine sur la Terre a un temps de doublement de l’ordre de 40 ans qu’il s’agisse de notre emprise sur les minéraux, sur les ressources énergétiques, sur la biodiversité ou sur la pollution. L’ennui pour la Terre, c’est que cette échelle est extrêmement courte : les systèmes vivants, les écosystèmes, sans parler de la géologie, ont des échelles de temps évolutives qui sont plutôt de l’ordre de cent mille à un million d’années. Autrement dit, le parallèle entre la fulgurance de l’épidémie de Covid19 pour l’humanité et la fulgurance du changement climatique pour la planète paraît quasi-parfait, et doit nous aider à prendre conscience de l’urgence qu’il y a à agir. Pour un écologiste averti, le mirage des exponentielles n’est pas une découverte. C’est ce mécanisme qui avait été mis en évidence par le rapport de 1972 sur les limites de la croissance. L’évolution trop rapide de la population humaine, de l’emprise agricole, de l’industrialisation, du pillage des ressources na truelles et des pollutions nous mène au désastre. C’est ce même mécanisme qu’avait déjà mis en évidence Malthus en 1798 : la progression géométrique (exponentielle) de la démographie est en décalage croissant avec la progression arithmétique (linéaire) des ressources alimentaires. On ne peut sortir de ce dilemme qu’en maîtrisant la fécondité humaine.

Tout citoyen devrait comprendre ce que veut dire une exponentielle et en tirer les conclusions qui s’imposent  : il est impératif d’agir politiquement de façon radicale afin d’instaurer une société post-croissance.

NB : Texte de Michel Sourrouille déjà paru dans le cadre de la coopérative écologique. Pour télécharger  leur lettre en format pdf : https://coop.eelv.fr/files/2020/07/INFOLETTRE-DU-MOIS-DE-JUILLET-2020.pdf

les principes d’une société post-croissance

Au sein de l’Archipel écolo, on a rédigé dix principes de conception d’une société post-croisssance :

1) Principe de sobriété : le modèle de développement issu du capitalisme industriel ne tient pas compte des limites biophysiques de la planète. C’est un modèle prédateur, extractiviste, fondé sur la recherche du profit, de l’optimisation, de la compétition au détriment du bien vivre des populations humaines et non humaines. Nous nous engageons à lutter contre le productivisme, le consumérisme et l’extractivisme qui détruisent les conditions de vie sur Terre et à promouvoir une politique de la Terre – c’est-à-dire une politique au service de l’humanité et du vivant dans tous ses aspects- fondée sur la sobriété des usages (sobriété énergétique, sobriété dans l’utilisation des matières premières, sobriété dans l’usage du sol, sobriété numérique…). Notre slogan, c’est « sauvons l’habitabilité de la Terre ».

2) Principe de résilience ( : afin de renforcer notre capacité individuelle et collective à subir les chocs à venir (choc climatique, choc économique, choc sanitaire, choc lié à la perte de la biodiversité) . Pour cela, nous nous engageons à renforcer le rôle et l’autonomie des territoires (via par exemple les biorégions), à relocaliser une partie de nos activités,  en particulier celles dont dépendent la santé et l’alimentation, à privilégier les circuits courts, la permaculture…

3) Principe de décroissance choisie et sélective : parce que le PIB, la croissance pour la croissance, ne peuvent plus être notre boussole, nous nous engageons à réévaluer l’ensemble de nos activités à l’aune du bien vivre et des limites de la planète. Contre le productivisme et son pendant consumériste, certaines activités doivent décroitre rapidement (automobile, aérien, activité spéculative, industrie du luxe, élevage industrielle, industrie touristique…) et laisser la place à d’autres activités (énergie renouvelable, low tech, mobilité douce, soin…) ?

4) Principe de solidarité intra et inter-espèces : alors que la domination du néolibéralisme n’a su ni réduire les inégalités sociales ou de genre, ni préserver les conditions d’un monde habitable sur Terre, l’Anthropocène ouvre une nouvelle époque pour l’humanité, ce moment où l’espèce humaine est devenue une force géologique capable de bouleverser les équilibres du système-Terre. Face à cette situation, notre rapport au vivant humain et non humain est à reconsidérer de fond en comble, de nouvelles solidarités se mettre en place. Nous devons réapprendre notre dépendance aux autres, aux milieux et aux communautés biotiques. 

5) Principe de coopération : plutôt que la compétition et l’appropriation privée des ressources de la planète, plutôt que la prédation et l’accumulation sans bornes, nous nous engageons à protéger les communs mondiaux comme l’eau, l’air, les paysages, les sols…Le travail ne doit plus être fondé sur l’exploitation de la ressource humaine et non humaine, mais sur le ménagement, le soin, la prise en compte de notre commune vulnérabilité.

6) Principe de cosmopolitisme : aucune politique de la Terre ne saurait s’envisager sans une prise en compte de l’ordre international et de l’interdépendance des communautés humaines entre elles. Le réchauffement climatique et ses conséquences, l’effondrement de la biodiversité, n’ont que faire des frontières et des Etats-nations.

7) Principe de démétropolisation : parce que les métropoles, par leur densité et leur surpeuplement représentent un élément de vulnérabilité supplémentaire, nous devons repenser la ville et l’aménagement du territoire et mettre fin à terme à la métropolisation. Réduire l’étalement urbain, la consommation et l’artificialisation des sols, rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, réduire les distances domicile-travail, doivent être au coeur d’une nouvelle approche « ville-campagne ».

8) Principe de démocratie horizontale : aucun changement profond, aucun tournant civilisationnel ne peut être envisagé dans le cadre de nos institutions actuelles. La démocratie doit être réinventée à l’aune des enjeux écologiques planétaires et de la nécessaire participation de toutes et de tous à la définition du nouveau cadre commun. Face à l’urgence et à la profondeur des transformations à engager, le modèle de la démocratie représentative n’est plus suffisant. L’implication et la mobilisation passent par l’avènement d’une démocratie horizontale et l’innovation sociale. 

9) Principe d’émancipation individuelle et collective permettant de donner toute sa place au « non économique » à éducation, art, culture, sport, relations interpersonnelles et collectives et permettre à chacun et à tous de participer démocratiquement à la lutte.

10) Principe de justice sociale : l’exploitation des salarié.es constitue le rapport social au fondement du capitalisme. Dans sa phase actuelle, celle du néolibéralisme, il n’a de cesse de revenir sur les droits sociaux arrachés par les mobilisations passées et aggrave encore plus les inégalités sociales. La gestion des entreprises, basée sur la « création de valeur pour l’actionnaire », est dominée par une logique de stricte rentabilité financière au détriment des conditions de vie et de travail des salarié.es comme des impératifs écologiques. Cette logique financière tend à dominer aujourd’hui la totalité de la vie économique. La remise en cause de ce rapport social doit être au cœur d’un projet d’émancipation.

Passé dépassé, présent et futur de l’écologie

1/3) un passé anti-écolo

Au XVIIIe siècle, tous les débats d’économie politique portent sur la manière d’avoir plus de grains à manger, plus de bois à couper. La conquête des libertés politiques s’appuie alors solidement sur la dynamique du développement économique et marchand. “Nous ne serons jamais aussi riches que si nous sommes libres, nous ne serons jamais aussi libres que si nous sommes riches, et nous allons nous défaire de l’humiliation que constituent les limites naturelles” : telle est la thèse des libéraux anglais au XVIIIe siècle, qui caractérise le projet moderne. Le pacte entre croissance et démocratie, sur lequel se sont fondées nos sociétés modernes, n’aurait pas été possible sans une mise en coupes réglées des ressources naturelles.

2/3) Un présent de villes écologisées

 Pierre Hurmic, le nouveau maire écologiste de Bordeaux : « On a eu ces dernières années à Bordeaux un urbanisme débridé. La ville a été largement bétonnée. Nous allons prononcer le gel de tous les programmes immobiliers en cours et les réexaminer à la lueur de leur impact climatique et écologique… »

Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo : « Nous allons insuffler un haut niveau d’exigence environnementale dans la conception même de la ville, dans tous les projets, et à toutes les échelles de son renouvellement. C’est la première fois qu’une collectivité de rang mondial se fixe un objectif aussi exigeant de sobriété environnementale.  La question de la densité sera évidemment posée. Quel est le bon niveau démographique pour une ville comme Paris ? Dans le 11e arrondissement, on frôle déjà les 40 000 habitants au km2. Pour 1 m2 construit, on doit trouver 1 m2 de désartificialisation, selon un principe de compensation strict… »

3/3) Perspectives d’un programme écologique

Retour sur Terre, trente-cinq mesures radicales pour réduire drastiquement notre empreinte carbone. Sept figures de l’écologie, emmenées par le philosophe Dominique Bourg, appellent ni plus ni moins à une « bascule de civilisation » pour maintenir l’habitabilité de la planète. Les auteurs appellent à « décélérer brutalement » nos consommations avec l’objectif de réduire l’empreinte écologique à moins d’une planète (contre 1,7 aujourd’hui) afin de ne pas consommer plus de ressources que la Terre ne peut en régénérer. Les Français se verraient attribuer des quotas individuels de consommation, décidés par référendum. « Chaque produit serait marqué d’un prix en énergie/matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel », détaille le collectif. Le programme propose aussi de relocaliser au maximum l’activité « par un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international », de réduire les écarts de revenus, de supprimer les paradis fiscaux, de cesser les subventions aux énergies fossiles, d’effacer 70 % de la dette française ou encore de mettre fin à l’indépendance des banques centrales et de nationaliser totalement ou partiellement le secteur bancaire. Dans le domaine de l’agriculture, les auteurs veulent aller vers une « agroécologie décarbonée » et désirent « réempaysanner les terres ».

NB : tous ces extraits sont issus du même numéro du MONDE papier, 24 juillet 2020… même les médias écologisent leur colonnes !

Notre futur, la résilience alimentaire locale

«  Face aux menaces climatiques, de nombreux collectifs écologistes appellent depuis des années à préparer nos territoires aux chocs qu’ils pourraient subir. Comment ? D’abord en relocalisant une partie de notre alimentation. Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants. » Ce qui n’était jusqu’à aujourd’hui qu’initiatives militantes devient aujourd’hui un impératif d’État. Le premier ministre, Jean Castex, dans sa déclaration de politique générale le 15 juillet 2020, s’approche de ce que nous soutenons sur ce blog biosphere depuis des années, les communautés de résilience : « Développer une alimentation de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et villages de France ». Dans le domaine des « circuits courts », plusieurs collectivités ont pris les devants.

Ainsi le Grand Angoulême. « L’objectif, dans les cinq ans à venir, est de nourrir 150 000 habitants en étant capable de résister à des aléas climatiques, à une crise sanitaire ou économique, à la fin du pétrole… C’est faisable, on a les terres et les savoir-faire pour ça », résume Jean-François Dauré, président de cette intercommunalité. Les vulnérabilités d’un système alimentaire mondialisé deviennent innombrables : changement climatique, effondrement de la biodiversité, dégradation des sols, épuisement des ressources énergétiques et minières, crise économique, conflits armés, crises sanitaires… Les politiques actuelles ne pourront pas éviter des phénomènes de rupture, sur les plans écologique, climatique et/ou énergétique. Le point de dépendance le plus crucial est énergétique : le pétrole, totalement importé, est le sang de notre système alimentaire. Un choc pétrolier et le prix de l’alimentation flambe, les pénuries s’installent. Il faut donc anticiper et adapter nos systèmes alimentaires qui ont une fonction vitale. La collectivité charentaise a fait son calcul. Théoriquement, elle peut prétendre à l’autosuffisance alimentaire grâce à ses 30 000 hectares de surface agricole, à condition de jouer sur certaines variables : par exemple, en réduisant de moitié sa consommation de viande. Mais l question de la résilience du système alimentaire en est encore dans ses balbutiements. La première AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) date de 2001. Le Manuel de transition de Rob Hopkins édité en 2010 reste une référence incontournable. Lancé lors de l’Exposition universelle de 2015 de Milan, un pacte a rallié de nombreuses villes autour de trois engagements : préserver les terres agricoles, favoriser les circuits de proximité et ne pas gaspiller l’alimentation. Plus récemment, la crise due au Covid-19 a rappelé combien le risque alimentaire peut devenir crucial. La grande distribution a limité les dégâts, mais les gens se sont mis à considérer l’utilité des circuits de proximité et même pour certains imposé l’idée de cultiver son jardin. De graves questions existentielles restent en suspens.

La France peut-elle revenir à une agriculture du XIXe siècle basé sur la polyculture et une très nombreuse main d’œuvre agricole ? Comment les grandes villes peuvent-elles reconquérir leurs ceintures vivrières alors qu’on a tout bétonné ? Quelle est le niveau d’interdépendance à garder entres les différentes collectivités ? Faudra-t-il se priver de thé, de café et de fruits exotiques ? Dans un partenariat entre Paris et la Creuse, quelle pourrait être la contribution de Paris… du pigeon ? du rat ? Ne faut-il pas craindre de voir un jour des hordes d’urbains affamés et armés dévaler sur nos campagnes ? Jean Castex n’a sans aucun doute nulle idée de ce genre de questionnaire, pourtant ligne d’horizon de nos politiciens du futur…

Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

23 mars 2012, Schmallenberg : sécurité alimentaire contre libre-échange

10 septembre 2012, transition énergétique, centralisation, autonomies locales ?

27 janvier 2014, Localité et simplicité : les clés de la résilience

24 juin 2017, Biorégions pour le futur, instituer la résilience locale

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

2 mai 2018, Autonome grâce à son potager, c’est possible

30 juin 2019, Créez votre communauté résiliente

7 septembre 2019, la résilience selon Piero San Giorgo

L’autorité environnementale en panne

La démocratie environnementale, c’est-à-dire la participation du public à la prise de décision en matière environnementale, est incontestablement en recul sous l’égide de Macron. La saisine de l’autorité environnementale, dont les avis indépendants sur les impacts gênent manifestement le gouvernement, sera désormais réglée au cas par cas, le choix de la saisir ou pas étant dans les mains du préfet. Voici quelques précisions. L’autorité environnementale de la CGEDD* regroupe tous les acteurs, administrations, associations, maître d’ouvrages pour faire une étude d’impact et élaborer des propositions… Même si l’autorité environnementale n’est pas une autorité administrative indépendante comme la CNIL, la CADA ou le Défenseur des Droits, ses avis ne peuvent pas être ignorés par les décideurs car ils sont publics. Ses rapports sont très édifiants : qualités/défauts des projets, imprécision des documents présentés par le maître d’ouvrage, qualité des études d’impacts, etc. Si les promoteurs d’un projet persistent dans leurs intentions marchandes, tout ces éléments seront autant d’arguments devant le juge lorsque les opposants attaqueront les autorisations administratives. Voici quelques exemples glanés dans LE MONDE :

Autoroutes : « Il est paradoxal et juridiquement fragile que le plan de relance autoroutier, qui induit des incidences environnementales majeures, n’ait pas, à l’inverse de la plupart des plans susceptibles d’incidences environnementales, fait l’objet d’une évaluation environnementale », pointe le document de l’autorité environnementale (AE) qui synthétise ses 104 avis rendus entre sa création en 2009 et début 2018 sur les projets d’infrastructures de transport routières : « La situation n’a pas fondamentalement évolué depuis la publication du premier avis. » Au premier rang des « lacunes significatives persistantes » repérées dans « la plupart » des dossiers : les études de trafic « ne prennent presque jamais en compte les trafics induits par la création ou la transformation de l’infrastructure ».

Stations de ski : La stratégie qui vise à préserver à tout prix l’activité économique du ski est fortement critiquée par la MRAe ** d’Auvergne-Rhône-Alpes. La mission note que « le développement des domaines skiables par le haut, porteur des effets environnementaux en général les plus significatifs, apparaît motivé par une volonté d’augmenter l’attractivité économique à très court terme et ne fait pas l’examen de solutions de substitutions raisonnables ». Pour l’autorité environnementale , « certains de ces projets tels que l’interconnexion de la Croix du Sud, l’extension des domaines skiables de Val Cenis ou d’Aussois, sont susceptibles de causer des dommages très significatifs voire irréversibles, à des milieux écologiques d’une valeur exceptionnelle ».

Sites classés : La dune du Pilat, le massif du Mont-Blanc, le Mont-Saint-Michel, les gorges du Tarn ou celles de l’Ardèche, les calanques de Marseille… Tous ces sites classés – ils sont 2 700 en France, couvrant 2 % du territoire – sont-ils menacés ? Seront-ils moins bien protégés ? Un projet de décret, qui fait l’objet d’une consultation publique qui s’achevait jeudi 20 juin, propose de confier la délivrance des autorisations de travaux sur ces sites au préfet, dans un but de « simplification ». Dans l’entourage du ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, on préfère rappeler que « la décision pourra continuer à revenir au ministère pour tous les projets jugés susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement, puisque le ministre conserve le pouvoir de s’autosaisir ou d’être saisi sur chaque demande d’autorisation ».

Filière éolienne : Le Conseil d’Etat a annulé, en décembre 2017, un décret qui désigne le préfet de région comme autorité environnementale, avec pour compétence de valider les études de nombreux projets ayant un impact sur l’environnement. Ce qui concerne, entre autres, les projets éoliens.

* CGEDD : Le Conseil général de l’environnement et du développement durable est un service d’inspection du ministère de la Transition écologique et Solidaire créé en 2008

** MRAe : Les missions régionales d’Autorité environnementale (sous le sigle MRAe) ont quant à elles été créées en avril 2016 et ont repris une partie des missions d’Autorité environnementale antérieurement confiées aux préfets de région. Les plans et programmes à caractère local (SCOT, PLU, PDU, SRADT, SAGE, etc.) relèvent depuis avril 2016 du « MRAe » du CGEDD.

Remarques du blog biosphere : le droit de l’environnement est devenu un fatras immonde de sigles et d’organismes dont on se rend compte qu’ils ne servent à rien puisque leurs recommandations ne sont presque jamais suivies d’effet. Les politiciens pratiquent contre l’urgence écologique leur objectif premier, « Business as usual ». Ils peuvent le faire en toute impunité, presque aucun citoyen ne connaît « l’autorité environnementale » , une « autorité » sans autorité ! En ne comptez pas sur nous pour fêter le 14 juillet, fête des armées…

Elisabeth Borne, les petits pas de l’écologie

Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne aura duré moins d’un an. Pas plus que ses prédécesseurs l’ancienne ministre n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement. L’avancée des politiques écologiques dépend d’abord des capacités à gagner des arbitrages en réunions interministérielles, et de la confrontation avec des ministères toujours puissants, comme celui de l’économie ou celui de l’agriculture. Il est donc évident que ce ministère est d’une instabilité chronique et renvoie aux choix du président de la République et du premier ministre. Le premier de nos ministres de l’écologie, est nommé en janvier 1971 « délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement ». Dans son livre-témoignage, « Le ministère de l’impossible » (Calmann-Lévy, 1975), Robert Poujade s’appuyait sur sa propre expérience pour montrer l’impossibilité d’une politique écologique au sein d’un gouvernement obnubilé par le PIB. « C’est intéressant, votre ministère. Il ne devrait rien coûter à l’Etat », entend-il dès son arrivée. « Vous n’aurez pas beaucoup de moyens. Vous aurez peu d’action très directe sur les choses. » prévient le président de la République Pompidou ! Depuis 50 ans, on constate que la situation n’a pas beaucoup évolué, et Nicolas Hulot a du démissionner du ministère de l’impossible. La nouvelle ministre, Barbara Pompili, a donc de fortes chances d’être virée par Castex si elle fait bien son boulot… Voici un bilan du ministère Borne :

Quelques semaines après son arrivée, à la mi-septembre 2019, Elisabeth Borne avait signé une lettre au PDG d’EDF qui lui donnait une feuille de route pour envisager la construction de six nouveaux réacteurs EPR. Elisabeth Borne a voulu mettre l’accent sur la rénovation énergétique, mais elle n’a pas pu aller très loin, ses marges de manœuvre ayant été très réduites. Pas plus que ses prédécesseurs Elisabeth Borne n’aura infléchi la politique du gouvernement en matière de lutte contre la pollution de l’air. Elisabeth Borne a organisé une consultation publique sur la question sensible des distances minimales à respecter entre aires de traitement et habitations. On réclamait au moins 150 mètres, son décret a retenu des distances de trois, cinq, dix, voire très exceptionnellement vingt mètres. Elisabeth Borne a transféré aux préfets de nouveaux pouvoirs de décision, ce qui a affaiblit le droit environnemental. Enfin, Elisabeth Borne a été en retrait sur la scène internationale, déléguant à sa secrétaire d’État, Brune Poirson, une grosse partie du travail et de la représentation en matière de négociations climatiques (COP, etc.). Pour conclure, Elisabeth Borne ne pouvait pas mieux faire que ses prédécesseurs au ministère de l’impossible.

Voici nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

17 juillet 2019, Elisabeth Borne, l’écologie à la pein

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

31 août 2018, Nicolas Hulot vivait au ministère de l’impossible

19 mai 2017, Si le 1er ministre n’est pas écolo, il y aura blocage

16 novembre 2014, Etre ministre de l’écologie, une mission impossible

29 avril 2014, Ségolène Royal, une ministre de l’écologie incompétente

14 septembre 2013, un métier à haut risque, ministre de l’écologie

24 juin 2012, éviction de la ministre de l’écologie, un PS anti-écolo

Biosphere-Info, un consensus sur le climat

Notre synthèse « Biosphere-Info » paraît le premier de chaque mois. Pour la recevoir gratuitement par mail, il suffit de contacter biosphere@ouvaton.org

Bilan de la CONVENTION CITOYENNE

Durant neuf mois, 150 citoyen.e.s ont réfléchi dans le cadre de la convention citoyenne pour le climat. Nous avons suivi attentivement leurs travaux. Voici d’abord la synthèse de leur rapport de 600 pages présentées par les citoyens et citoyennes réunis dans cet exerce salutaire de démocratie participative. En résumé : « Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique… La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. » Suivent des extraits de nos articles antérieurs sur le blog biosphere. Merci de votre attention, bonne lecture.

Validité de la convention (en introduction) : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. Pour répondre à la question qui nous était posée, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre [(GES)] d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? », nous avons échangé librement dans la pluralité de nos opinions. Nous nous sommes nourris d’échanges avec des experts et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d’être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance. Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique : la Terre peut vivre sans nous, mais, nous ne pouvons pas vivre sans elle. Si nous ne rattrapons pas le retard pris, beaucoup de régions du globe deviendront inhabitables, du fait de la montée des eaux ou de climats trop arides. C’est une question de vie ou de mort ! »

Rupture civilisationnelle (en conclusion) : « Nous ne sommes pas en compétition avec les élus ou les autres acteurs de la société française : nous devons tous changer nos comportements en profondeur pour laisser à nos enfants et petits-enfants une planète viable. L’urgence climatique nous impose des décisions difficiles mais indispensables . Il apparaît inévitable de revoir nos modes de vie, nos manières de consommer, de produire et de travailler, de nous déplacer, de nous loger et de nous nourrir. Nous, les 150 citoyennes et citoyens, sommes conscients que les mesures que nous préconisons peuvent être difficiles à comprendre et parfois à accepter pour tous ceux qui verront leur métier disparaître et devront se réorienter, et qu’elles impliquent de nouvelles contraintes pour tous les Français. La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. Pour autant, il est vraisemblable qu’elles soient encore insuffisantes pour atteindre l’objectif de réduction de 40 % des émissions de GES et maintenir l’augmentation de la température de la terre en deçà de 2 degrés. Nous pensons donc important que nos concitoyennes et concitoyens se saisissent de tous les sujets que nous avons travaillés pendant neuf mois avec le souci constant de l’intérêt commun..

Nous considérons que la réussite de cette convention dépendra en grande partie du respect par l’exécutif de son engagement à transmettre nos propositions « sans filtre », c’est-à-dire dire sans être reformulées ni adaptées, mais également de leur prise en compte par le pouvoir législatif. Nous attendons des pouvoirs publics une prise en compte immédiate de nos propositions permettant une accélération de la transition écologique, notamment en faisant du climat la priorité des politiques publiques, en évaluant les résultats et en sanctionnant les écarts. Nous invitons les acteurs économiques à mener une action plus volontariste en faveur de la transition écologique, repensant en profondeur nos modes de production et de consommation, et favoriser une meilleure distribution des richesses. Les référendums sur la Constitution et la reconnaissance du crime d’écocide que nous demandons permettront à tous les Français de prendre conscience, comme nous l’avons fait, des enjeux et des dangers du réchauffement climatique, et d’une sixième extinction de masse, de débattre et de s’approprier la transformation de la société qu’impliquent nos mesures. »

Articles antérieurs

30 juin 2020, Macron répond à la Convention pour le Climat

Macron : « Vous (la convention citoyenne) proposez un projet humaniste et tout ce que nous (le gouvernement) sommes en train de faire pour l’environnement, c’est non pas parce que nous mettons la nature au-dessus de nous, mais parce que nous considérons que défendre les droits de la nature est un de nos devoirs en tant qu’homme au sens générique du terme. C’est pourquoi il est essentiel de le mettre au bon niveau, mais de ne pas mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains parce que je crois que ce n’est pas cohérent avec le projet et la philosophie des Lumières qui portent notre République…« 

29 juin 2020, Le colibri inspire la convention citoyenne

La convention citoyenne pour le climat vient de rendre publiques ses propositions. Aucune ne prône le maintien du statu quo thermo-industriel, voici quelques propositions iconoclastes qu’ils ont votées : « réduire la vitesse sur les autoroutes de 130 à 110 km/h, limiter les déplacements des salariés et des fonctionnaires. renforcer l’écocontribution kilométrique du transport aérien, interdire les terrasses chauffées,et l’éclairage des magasins la nuit,interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension de ceux existants, obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici à 2030, renoncer à la climatisation en deçà de 30 °C, tous les produits manufacturés vendus en France devront pouvoir être réparés, plastiques à usage unique supprimés dès 2023, deux repas végétariens par semaine dans la restauration collective à partir de 2025, légiférer sur le crime d’écocide. »…

22 juin 2020, Climat, pour ou contre la Convention des 150

Editorial du MONDE, en bref : « La conclusion des travaux de la convention citoyenne sur le climat apparaît prometteuse. Il n’était pas écrit d’avance que 150 citoyens tirés au sort parviennent à formuler des propositions précises visant à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 « dans un esprit de justice sociale ». La démocratie participative peut être l’une des réponses convaincantes à la crise de la représentativité, à condition que la réponse du président de la République soit, maintenant, à la hauteur. En 2007, le Grenelle de l’environnement avait soulevé un grand espoir avant d’accoucher d’une souris après la crise de 2008. Cette fois, il n’y a plus le choix : l’urgence climatique est telle qu’il faut agir vite et fort. Mais deux sujets essentiels ont été éludés, le sort de la taxe carbone et la part du nucléaire dans le mix énergétique... »

15 juin 2020, Une démocratie véritable par tirage au sort

Il est possible d’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes à un niveau national, c’est ce que démontre la convention citoyenne pour le climat. Le recours à des panels de citoyens désignés par le hasard fait un retour significatif dans les démocraties libérales. Cette démarche rompt avec une théorie politique fondée sur l’élection comme mode de désignation légitime des représentants. Elle s’inscrit dans une ancienne tradition. Au IVe siècle avant J.-C.  était selon la formule d’Aristote « considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu’elles soient électives »…

2 juin 2020 Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

Les 150 tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat ont longuement débattu en visioconférence les 30 mai et 31 mai 2020 : près de 150 propositions visant à « changer en profondeur la société ». Il n’était pas facile de se mettre d’accord ! Alors on vote, on élague, et on oublie toute virulence. Les 19, 20 et 21 juin, cette convention présentera à l’exécutif un document final dont on connaît déjà le résultat final : tout ce qu’ils diront a déjà été dit et presque jamais mis en application…

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

150 Français tirés au sort ont débattu du 6 au 8 mars 2020 de cent cinquante propositions destinées à « changer en profondeur la société ». Ces lycéens, médecins, sapeurs-pompiers ou agriculteurs, âgés de 16 à 81 ans et originaires de toutes les régions françaises, ont auditionné plus d’un centaine d’experts, lu des dizaines de rapports, et poursuivi leurs travaux entre les sessions, en participant à des webinaires (« séminaires par Internet »). Les antagonismes ont été particulièrement vifs sur la question de la réduction de la vitesse sur les autoroutes, de l’évolution des régimes alimentaires, de la taxation des entreprises…

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

Cinquième week-end de travail des 150 membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique*. Voici quelques les propositions des groupes de travail thématiques (30 personnes) : 1) se loger, lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, rénover énergétiquement tout le parc immobilier, inciter à ne pas dépasser une température de 19 °C dans les bâtiments… 2) se déplacer, limiter les émissions polluantes du secteur aérien et l’impact carbone du numérique, encourager l’usage du vélo et des transports en commun, covoiturage pour les trajets domicile-travail… 3) se nourrir, ne pas ratifier le CETA en l’état… 4) consommer, éviter le suremballage, interdire les terrasses chauffées et l’éclairage des magasins la nuit après leur fermeture… 5) produire-travailler, limiter la consommation d’énergie dans les lieux publics…

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus…

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

Le site de la convention citoyenne pour le climat vaut le détour. Pratiquer les recommandations qui en émergent mériteraient d’entrer en application tout de suite. Exemples : Faire une commission de citoyens tirés au sort qui déciderait de la commercialisation ou non des produits que les entreprises souhaitent vendre, selon leur impact pour la société ; Faire calculer à tous les élèves de primaire le bilan carbone de leurs parents et le comparer aux objectifs de 2030 afin de les sensibiliser ; Inverser la politique actuelle d’allocations familiales en n’ouvrant des allocations qu’au premier enfant ; Interdire de vendre les produits qui nécessitent de brûler de la forêt (exemple cité : soja) ; Obliger la vente à emporter de ne vendre que des boissons à verser dans des gourdes ; Apprendre aux élèves de l’école primaire à bricoler et réparer les objets ; Faire un quota d’achat d’1kg de vêtements neufs par an ; Produire soi-même sa nourriture…

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

Devant les 150 citoyens qui bossent pour lui, Emmanuel Macron a présenté trois scénarios suite à leurs propositions sur le climat. Dans le premier cas de figure, le chef de l’Etat n’est pas d’accord : « Je n’ai pas fait cet exercice pour en arriver là. » Deuxième possibilité, « le texte que vous avez se tient, et on y va sans filtre … Les propositions trouveront leur cheminement par voie réglementaire, par voie législative ou par référendum ».Troisième option, la proposition n’est pas assez précise et le chef de l’État s’engage à la « finaliser » avec les citoyens…

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

Emmanuel Macron annonçait le 25 avril 2019, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. 150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale »…

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

D’un côté 150 Français tirés au sort, rassemblés dans une convention citoyenne pour le climat, ont commencé à se pencher sur les mesures à prendre lutter contre le dérèglement climatique. Le premier ministre a assuré que cette convention a « vocation à inventer une écologie populaire dans tout ce que ce terme a de plus glorieux ». En fait il s’agit là d’une démagogie démocratique surréaliste, car la question qui est posée, nous savons déjà comment y répondre. Sous Macron la bavardage écolo tient lieu de politique, quand Emmanuel est devenu président il a su imposer une réforme du code du travail sans faire intervenir les citoyens. De l’autre côté les militants du mouvement Extinction Rebellion (XR) ont lancé quinze jours de désobéissance civile à travers la planète visant à dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face au changement climatique…

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

Les conférences de consensus (ou de citoyens) sont un mécanisme qui devrait être mis en avant par les écologistes car c’est une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Voici quelques éléments de présentation de ce système mis en place… par Macron ! Voici aussi nos critiques…

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Le nombre de personnes pour représenter le peuple en réflexion est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Une Conférence de consensus avec une vingtaine de participants suffit. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui…

30 avril 2019, Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

Le 25 avril, il aura fallu attendre près de quarante minutes de discours avant qu’Emmanuel Macron n’aborde la question de l’urgence écologique. Et le Grand Débat National se traduit par… une nouvelle consultation. Une convention citoyenne, avec 150 membres tirés au sort, aurait l’impossible tâche de définir les mesures permettant de traiter de l’urgence climatique ! Macron a également annoncé la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, il y a quelques mois, un Haut-Conseil pour le Climat, dont il n’y a rien à attendre. Au-delà de l’aspect climatique, on ne peut que regretter l’impasse faite sur la transition énergétique, la biodiversité, la pollution, la transition agro-alimentaire… autant de sujets éminemment liés, qui restent sans réponse. L’augmentation de la taxe carbone qui avait mis le feu aux poudres en novembre 2018 n’a même pas été évoquée. De toute façon il y a absence totale d’annonces concrètes…

La publicité commerciale est indéfendable

Un rapport consacré à la « publicité et à la transition écologique » et commandité par la ministre de l’écologie vient d’être rendu public. Mais à la différence des associations qui s’attaquent à la publicité de manière frontale, les deux rapporteurs préfèrent « une stratégie permettant au secteur publicitaire de devenir un acteur de la transition écologique… évitant  des blocages de la profession. » Les rapporteurs espèrent simplement que la profession saura se doter de« règles d’autodiscipline pour une fonction plus responsable » !Autant dire qu’il ne faut rien faire contre le système marchand qui dévore la planète et nous avec. Pourtant beaucoup d’arguments amènent à penser que la publicité commerciale devrait être complètement interdite  :

1/3) La publicité ne relève pas de la liberté d’expression : Le fondement constitutionnel de la liberté d’expression en France repose sur l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789  : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Le Constituant entendait favoriser le débat d’idées. Il ne visait explicitement que la libre communication « des pensées et des opinions », certainement pas des informations ordinaires et encore moins de la publicité commerciale qui n’existait pas à l’époque. La publicité n’a nullement pour objectif de transmettre des idées mais de faire vendre des produits. Elle a donc plutôt pour fondement la liberté d’entreprendre ou la liberté du commerce et de l’industrie, des libertés dont la portée est susceptible de limitations dans l’intérêt général. De plus « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui » est-il écrit à l’article 4 de la Déclaration de 1789, laquelle précise, dans son article 5, que la loi peut défendre les « actions nuisibles à la société ». Or, l’affichage publicitaire porte fréquemment atteinte à des droits fondamentaux et en premier lieu à la conception libérale de la liberté d’expression. La liberté d’expression apparaît, en effet, comme la liberté de celui qui s’exprime, qui parle, qui écrit… mais on ne saurait oublier qu’elle doit être totalement conciliée avec la liberté de celui qui est susceptible de recevoir le message. Nul ne peut être contraint, sauf abus, d’entendre, de lire, de voir un message contre son gré. La liberté d’expression ne saurait en aucun cas se confondre avec une quelconque liberté d’agression.Même si la Déclaration de 1789 mentionne explicitement la liberté de l’émetteur, elle ne néglige pas pour autant la liberté du receveur. Le juge constitutionnel donne, en cas de conflit, la préférence à la liberté du receveur sur celle de l’émetteur (décision des 10-11 octobre 1984 sur les entreprises de presse).

2/3) La publicité, c’est de la propagande : On retrouve dans le phénomène publicitaire tout ce qui caractérise la propagande : manipulation, désinformation, aveuglement, idéologie confinant à l’idolâtrie religieuse et même tendance totalitaire. Il est totalitaire en ce ce qu’il détourne, en en inversant le sens, toutes les valeurs et tous les imaginaires vers le consumérisme. Le naturel fait vendre de l’artifice, le sport de l’obésité, l’écologie de la pollution, l’artisanat des marchandises industrielles, la liberté de la dépendance. Selon Hitler, pour attirer l’attention des masses, la propagande doit « se limiter à un petit nombre d’objets et les répéter constamment… Son action doit toujours faire appel au sentiment et très peu à la raison… Son niveau spirituel doit être situé d’autant plus bas que la masse des hommes à atteindre est plus nombreuse. » La publicité a même techniquement surclassé la propagande du passé. Fondé sur les sciences humaines, elle a dépassé le stade du bricolage empirique, ce qui la rend plus efficace. Par exemple John B. Watson, fondateur du behaviorism et vice-président d’une des premières transnationales de la publicité, disait vouloir éliminer les « attitudes sociales qui résistent à la consommation. » (De la misère humaine en milieu publicitaire (comment le monde se meurt de notre mode de vie) par le groupe Marcuse)

3/3) La publicité, c’est le règne des marchands : Il est toujours plus facile de faire croire aux gens qu’ils sont libres et souverains que de leur faire comprendre que ce n’est pas si simple. La publicité peut être définie comme un processus de communication orienté émanant d’une organisation, structurée de façon à favoriser l’émetteur du message, dans le but de convaincre la cible d’aimer et d’acheter un produit et un service. Au service des pouvoirs économiques qui disposent du capital requis pour s’offrir ses coûteuses prestations, son rôle est de redorer leur blason en propageant des bobards qu’ils voudraient que les populations gobent. Dans la publicité, il ne s’agit ni d’échanger, ni de confronter des idées. On veut imposer des « images ». C’est une communication à sens unique. N’admettant de réponse qu’en termes d’achat, la suggestion publicitaire est de l’ordre de l’hypnose. La création artistique au Moyen Age était au service du pouvoir féodal et de la religion. Aujourd’hui l’imagerie publicitaire est au service de la religion consumériste et de ces nouvelles puissances féodales que sont les marques.

Une planification écologique est nécessaire

David Cormand (la thèse) : « La planification, c’est un mot concept qui plaît à un gaulliste, à un jacobin, à un stalinien ou à un colbertiste parce que son ambiguïté est telle que personne n’y met la même chose. Bien évidemment il faut penser transition. Mais je me méfie du terme de planification, car il renvoie à la technostructure, et donc à la technocratie. Or l’écologie, l’émancipation, et la réorganisation d’une forme d’autonomie démocratique des gens sur leurs territoires, sont peu compatibles avec la technocratie. » («Il ne faut pas une synthèse molle autour d’un candidat» – 28 mai 2020 sur mediapart)

Dominique Plihon (l’antithèse) : « La crise environnementale place la France dans la situation de 1946, lorsque la planification avait permis la reconstructionde l’appareil productif. La Suède s’est dotée d’un système de planification écologique décentralisé. Seize objectifs stratégiques à long terme de qualité de l’environnement ont été fixés, concernant le climat, la couche d’ozone, la biodiversité… Dès 1991, une programmation de l’évolution à moyen-long terme du prix du carbone a été instituée, couplée avec une réforme de la fiscalité comprenant un volet écologique. Résultat : la Suède affiche des performances écologiques supérieures à la moyenne européenne pour les émissions de CO2, le développement des énergies renouvelables, le traitement des déchets, la préservation de la biodiversité. Depuis 1973, la consommation des produits pétroliers y a été divisée par deux, et la part des énergies fossiles est tombée à 49 %, contre 70 % en France. La planification à la française, qui a fonctionné jusque dans les années 1990, était indicative. Elle avait été qualifiée de « réducteur d’incertitude ». La planification écologique ne serait-elle pas un moyen efficace de réduire l’incertitude sur l’avenir ? » (LE MONDE du 15 mai 2020)

Synthèse de biosphere : Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité. Il n’en est pas de même en période de crise, la parenthèse Covid-19 nous a d’ailleurs montré qu’on pouvait rapidement en rester à la couverture des besoins essentiels. Or le blocage énergétique et le réchauffement climatique nécessitent une baisse drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, d’où l’urgence de limiter nos besoins de consommation et de simplifier notre appareil de production. Une planification par l’État des changements structurels nécessaires paraît donc nécessaire, et cela peut s’accompagner de plans territoriaux démocratiquement conçus au niveau local. En fait, il existe déjà une planification indicative nationale (PPE programmation pluri-annuelle de l’énergie, SNBC stratégie nationale bas-carbone) comme il existe déjà une planification indicative régionale (les SRCAE devenus récemment les SRADDET, schéma régionaux d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires), ainsi que divers outils locaux.En fait, il existe déjà une planification indicative nationale (PPE programmation pluri-annuelle de l’énergie, SNBC stratégie nationale bas-carbone) comme il existe déjà une planification indicative régionale (les SRCAE devenus récemment les SRADDET, schéma régionaux d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires), ainsi que divers outils locaux. L’urgence écologique nécessite des débats techniques et non des envolées lyriques. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

12 mai 2020, post-covid, pour une planification écologique

17 janvier 2017, La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

27 mars 2012, la planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

25 juillet 2010, planification impérative des naissances ?

16 mai 2010, liberté contraceptive ou planification ?

Dogmatique traitant autrui de dogmatique

Christophe Ramaux en mai 2020 : « Avec la décroissance, il n’est pas possible d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de « faire payer les riches »… Réduire le PIB c’est réduire la production et la demande, mais aussi automatiquement les revenus distribués… Le découplage entre production et émissions de GES a déjà commencé à l’échelle mondiale en réduisant l’intensité carbone de l’énergie par le recours au nucléaire… La plupart des partisans de la décroissance abandonnent de fait l’objectif du plein-emploi… Un emploi quel qu’il soit augmente la richesse monétaire, le PIB, et partant le niveau de vie… L’émancipation sociale au XXe siècle a été embrumée par le dogmatisme rouge. Puisse le XXIe siècle ne pas l’être par le dogmatisme vert. »

Christophe Ramaux en août 2019 : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux. L’écologie mérite mieux que la régression des nouveaux prophètes de l’apocalypse… Miser sur la réduction de la croissance économique annihilerait le développement (le soulèvement des « gilets jaunes » atteste l’étendue des besoins insatisfait)… L’écologie elle-même exige un surcroît de croissance : rénovation du bâti, etc. .. Le découplage relatif – augmentation des gaz à effet de serre (GES) inférieure à celle du PIB – a déjà commencé à l’échelle mondiale, le découplage absolu n’est pas hors d’atteinte… La réduction de l’intensité carbone de l’énergie implique d’abandonner les énergies fossiles au profit du nucléaire… L’histoire fourmille de promesses d’émancipation abîmées par le dogmatisme. Puisse l’écologie y échapper. »

Les commentateurs sur lemonde.fr étrillent à juste titre ce maître de conférences qui répète toujours la même chose sans se soucier de la validité de ses dires :

20100 : Soyons sérieux il n’y a pas de découplage à cause de l’habituel effet rebond : une amélioration d’efficacité est toujours contrebalancée par une augmentation plus importante de la consommation (croissance oblige…). On est toujours dans la fuite en avant.

ChrisL : Ce mec Ramaux ne connaît que l’argent ! Il n’a jamais entendu parler de solidarité, d’échanges directs de services et de biens sans passer par l’argent. Il oublie que le PIB ne prend pas en compte la dégradation de l’environnement.

JY REHAULT : Si l’on intégrait en négatif dans le PIB l’épuisement la planète, la décroissance serait constatée depuis longtemps !

VDBs : Il n’est nul besoin d’être expert pour réaliser que le modèle actuel ne garantit plus le plein emploi depuis belle lurette et ne le fera jamais. Cela n’est possible que dans certaines régions du monde qui deviennent pendant un temps les usines pour le reste des pays, jusqu’à ce qu’elles se fassent supplanter à leur tour. Ce discours anti-écologique est même assez extraordinaire. Ce ne sont pas les écologistes qui alertent contre la surexploitation de la planète, contre le réchauffement climatique ou contre les dangers du nucléaire ou de la destruction de la biodiversité, ce sont les scientifiques. Les écologistes, dans l’ensemble, ne font que tenter de proposer des solutions, à discuter bien entendu, à ces problèmes incontournables. Cet article donne l’impression qu’il faudrait ignorer pour continuer dans la voie qui les a créé. Je trouve que cette vision d’un économiste « à la Sorbonne» n’est pas à la hauteur des enjeux.

Iphigenie : Ce que l’article ne dit pas, c’est que nous avons 0 solution, nada, rien, pour faire bouger les voitures, produire dans les champs et créer des services sans émettre de CO2. La voiture électrique produit autant de CO2 que celle à pétrole (il faut retourner des millions de tonnes de terre pour isoler les terres rares des batteries). La compensation est un mythe (il faudrait planter 50% de la surface de la France pour compenser nos émissions françaises ). Donc la décroissance viendra, soit organisée, avec ses limites, soit forcée, dans la violence. C’est là notre choix.

Desideriusminimus : Que de sophismes dans ce texte qui n’est informé qu’en apparence ! Pour ce qui est de la décroissance, ce n’est pas une option politique, mais un constat de fait qui relève de la physique : dans un monde fini, une croissance infinie est impossible. ucun décroissant que je sache ne prône «d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de ‘faire payer les riches’. Il s’agit bien plutôt de partager équitablement la baisse du PIB qui nous attend. Celle-ci ne sera pas nécessairement synonyme de perte d’emplois, mais d’une réorganisation de ceux-ci vers des activités moins dépendantes des matériaux et énergies fossiles.

Bobby Videau : Si 90% de la population active est dans les champs à cultiver des patates pour se nourrir (les 10% restants sont les artisans, fonctionnaires, médecins… qui sont nécessaires au fonctionnement de la société), on peut faire de la décroissance économique qui inclut le plein emploi, non ? C’est même plutôt logique : moins d’énergie, moins de machines, c’est aussi un plus grand besoin de main d’œuvre humaine et animale (chevaux, bœufs…).

J.Dupont29 : Et si le vrai sujet était la DÉCROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ? La limitation de la démographie des classes populaires éviterait de créer une demande très forte parmi les emplois peu rémunérés, ce qui pousserait les employeurs à améliorer leur rémunération. Rappelons que l’emploi est aussi un marché…

Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

Les 150 tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat ont longuement débattu en visioconférence les 30 mai et 31 mai 2020 : près de 150 propositions visant à « changer en profondeur la société ». Il n’était pas facile de se mettre d’accord ! Alors on vote, on élague, et on oublie toute virulence. Les 19, 20 et 21 juin, cette convention présentera à l’exécutif un document final dont on connaît déjà le résultat final : tout ce qu’ils diront a déjà été dit et presque jamais mis en application. Rappelons les atermoiements d’Emmanuel Macron quant à la question écologique. Il recule devant la taxe carbone à cause de quelques manifestants en gilets jaunes sur les ronds-points. Il annonce un Grand Débat National dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il est confronté à une pandémie dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il multiplie les organismes consultatifs pour faire croire qu’il fait quelque chose. Il annonce la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, quelques mois auparavant, un Haut-Conseil pour le Climat dont il n’y a rien à attendre. Rappelons aussi que l’urgence climatique ne couvre pas l’ensemble de nos problèmes structurels. La biodiversité, la pollution, la réforme agro-alimentaire… restent toujours sans réponse durable. Il est dommage que la bonne idée de conférence de consensus soient utilisés par le gouvernement uniquement pour cacher son impuissance à remettre en question la société thermo-industrielle. Voici nos articles antérieurs à propos de la convention citoyenne. Merci de votre attention, bonne lecture.

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Scolarité, l’éducation à l’écologie absente

Surtout pas de catastrophisme dans l’éducation nationale : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci (circulaire de juillet 2004, rubrique EEDD, éducation à l’environnement et au développement durable). » Un adepte de la pédagogie de la catastrophe fait-il preuve de lucidité ? Ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer la réalité aux jeunes que nous éduquons (épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… sans compter le poids des dettes que nous léguons en France aux générations futures. La catastrophe va bientôt sonner à notre porte parce que nous aurons été beaucoup trop mous pour s’engager dans une autre voie qu’un croissancisme mortifère. Mais chut, il ne faut pas le dire aux élèves.

« L’histoire des textes officiels en dit long sur la difficulté de l’école à enseigner la transition écologique » dixit de nos jours Anne-Françoise Gibert dans LE MONDE. Apparue en France en 1977, l’éducation à l’environnement a été qualifiée à la rentrée 2019 de « transition écologique ». Mais la transversalité de l’écologie n’est toujours pas au programme, on reste sur organisation bureaucratique « un cours, une matière, un professeur, une classe ». De plus l’école française a une particularité, elle s’inscrit dans une conception de l’enseignement du « vrai »… autant dire que cette conception des savoirs scolaires s’accorde mal avec la réflexion sur l’environnement qui présuppose différents points de vue souvent contradictoires. Patrons et syndiqués peuvent même se retrouver faire cause commune contre les revendications d’ordre écologique. L’enseignement agricole est en avance. Confronté à des questions brûlantes comme les OGM, les pesticides et le bien-être animal, la réforme de 2014 « Enseigner à produire autrement » promeut l’approche agroécologique. Mais nous restons très loin d’une remise en question, au sein de l’éducation nationale, des politiques de maximisation de la production et du profit. Pour en savoir plus grâce » à notre blog biosphere, extraits :

30 mars 2019, L’éducation à l’écologie, déprimante et si nécessaire

Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée…

15 avril 2018, SES, l’avenir de l’écologie passera par le baccalauréat

Le problème de la réforme actuelle du bac n’est pas la suppression des filières L, SES et S**. Le problème de fond, c’est que le tronc commun comporterait les enseignements de français, philosophie, histoire-géographie, enseignement moral et civique, langues vivantes 1 et 2, éducation physique et sportive, humanités scientifiques et numériques. Tout pour les disciplines traditionnelles, rien pour l’écologie alors que cette approche systémique est la seule vraiment transversale, propre à ouvrir nos lycéens à une réflexion approfondie car globale.

1er mars 2016, BIOSPHERE-INFO : spécial « éducation à l’écologie »

La charte de l’environnement de 2005 a été inclus dans la constitution française. Son article 8 explicite clairement que « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte. »…

23 mars 2013, L’écologie, axe central de l’éducation scolaire

Voici quelques directions à prendre :

–          Faire entrer à part entière l’enseignement de la coopération dans les matières enseignées.

–          Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

–          Placer les activités manuelles, indispensables à l’équilibre général des compétences, au cœur des programmes.

–          Mettre au cœur de l’enseignement des enfants, la connaissance, la compréhension, l’interaction avec la Nature.

–          Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature.

–          Encourager les démarches de transition écologique et humaine dans les écoles de son territoire : rénovation thermiques, cantines bio, recyclage, etc. »

Mariage à trois, CGT, Greenpeace et Attac !

Un miracle est arrivé, dix-huit organisations associatives et syndicales ont présenté le 26 mai un plan de « sortie de crise », y compris la CGT, Greenpeace et Attac. Mettre ensemble le vautour, la baleine et un coléoptère serait plus vraisemblable. Jugeons sur pièce de la pusillanimité de leurs représentants:

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT : Le vrai débat, c’est comment produire et consommer autrement. C’est pour cela que notre plan pose la question de la réduction du temps de travail. On peut également s’interroger sur la consommation : est-ce que ça vaut le coup d’avoir tous les deux ans une nouvelle version d’iPhone fabriquée au bout du monde ? S’il y a eu un syndicat qui s’est battu contre la casse de la SNCF et du fret ferroviaire, c’est bien la CGT ! Mais si on dit aux salariés « vous avez le choix entre votre emploi ou la planète », ça va être compliqué !

Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac : La transition écologique est complémentaire avec la création de centaines de milliers d’emplois. Nous voulons une reconversion professionnelle qui permette de maintenir les emplois actuels, d’en créer de nouveaux, et il faut que ce soit des emplois de qualité ! Quand on propose que la dette publique détenue par la Banque centrale européenne soit une dette perpétuelle à taux zéro, ce n’est pas rien du point de vue macroéconomique…

Jean-François Julliard,  directeur général de Greenpeace France : Les écologistes ne disent surtout pas qu’il faut arrêter toute activité productive ! Mais on parle décrue des industries qui polluent et réorientation des investissements vers les secteurs qui font du bien. On porte ensemble l’arrêt de certaines lignes aériennes… Ce n’est pas une approche décroissante.

Les commentaires sur lemonde.fr sont parfois pertinents :

Le roi est mort vive le roi : Le problème de la CGT c’est que quand elle dit un truc intelligent ( ça arrive !), on pense tout de suite à toutes les grèves jusqu au boutistes qu’elle a fait ( docker, sncf, sncm…)

jea.vie : Toujours les mêmes vieilles recettes de le CGT , augmenter les salaires (avec quel argent?), déverser de l’argent public qu’on n’a pas, réduire le temps de travail, alors qu’aucun pays concurrent ne le fait. Pourquoi accorder une telle place à ces sornettes répétées mille fois ? Difficile d être audible après ça.

Munstead : À la lecture, on a l’impression de lire trois discours parallèles. Martinez est excellent dans la récupération pour diffuser les obsessions cégétistes: salaires plus élevés et réduction du temps de travail. On aimerait savoir ce que les militants de Greenpeace pensent de cette association avec le syndicat le plus réactionnaire en matière d’environnement, qui s’est si souvent opposé à Greenpeace, y compris en justice. Quant à ceux d’Attac, ils sont noyautés par les trotskystes et divers groupuscules gauchistes et tout cela doit plutôt leur plaire. Leur problème est que la parole d’Attac est tellement politisée au sens politicard d’extrême-gauche qu’elle est devenue inaudible. Attac vit sur une image ancienne et dépassée d’un mouvement jadis généreux.

Pm42 : Moi aussi je veux plus d’argent tout en travaillant moins et en sauvant la planète. Et aussi rester jeune tout le temps, pouvoir manger tout ce que je veux sans grossir, ne jamais être malade… Tiens, si mon papa en ephad qui ne me reconnaît plus pouvait retrouver sa mémoire et si l’Etat payait 100% de ses frais d’hébergement, ce serait bien. En fait, il n’aurait même plus besoin d’être en ehpad parce qu’il serait à nouveau autonome. Et pouvoir rouler à nouveau vite en voiture (j’aimais bien ça) mais sans polluer, sans impact pour la sécurité et dans une ambiance apaisée où personne ne serait agressif au volant. Mais bon, je suis un adulte et je sais qu’on ne peut tout avoir et son contraire et je ne fais pas de tribune pour prétendre que ma liste au Père Noël est un programme politique.

Michel SOURROUILLE : Tous ensemble, tous ensemble. Bientôt nous serons tous écolos, de gré ou de force, quand on arrivera aux dernières gouttes de pétole et que la température du globe dépassera en moyenne de 5 °C la période pré-industrielle. Autant agir avant. Mais les 34 mesures proposées sur 24 pages aérées sont bien en deçà de ce qu’il faudrait, c’est un fourre-tout indigeste dans lequel l’écologie a la partie congrue : distribution gratuite des masques… pour les droits des étranger-ères et personnes incarcérées… maintien des droits pour les intermittent·es… reprendre le contrôle de la finance…. acter dans la loi l’arrêt des vols courts… les politiques publiques et les plans d’investissement doivent soutenir l’emploi, etc. Il n’est aucunement question de rupture avec la société thermo-industrielle qui nous mène droit au désastre, pas étonnant que CGT signe un texte qui n’engage à rien, plus étonnant que Greenpeace se lance dans les droits des femmes…

Adrien H : Rien que pour voir la CGT et Greenpeace essayer de tenir un discours commun sur le nucléaire, ça mérite de préparer le pop-corn.

Dance Fly : Autant je soutiens la plupart des campagnes de terrain de Greenpeace lorsque cette organisation lutte contre les OGM, les pesticides, le lobby climato-sceptique, les énergies fossiles ou bloque une plate-forme pétrolière ou appose une banderole géante sur un réacteur nucléaire, autant j’aurais tendance à me désolidariser lorsqu’elle se fourvoie avec un syndicat, qui depuis des décennies a toujours promu une politique industrielle productiviste qui est finalement plus proche du système capitaliste traditionnelle (celui qui carbure avec les énergies du XXe siècle et dont les représentants politiques sont Trump et Bolsonaro) que d’un capitalisme en transformation de ses modes de production.

yves9242 : Pour répondre à la question de Philippe Martinez : « On fait des propositions concrètes. Et on dit aux partis : On a bossé, qu’est-ce que vous faites de tout ça ? », la réponse est comme pour tous les autres qui ont déjà sorti leurs catalogues de mesures : « rien du tout ».

Le monde-d’après, l’imagination sans pouvoir

La Convention citoyenne pour le climat reste inaudible, les partis politiques sont tétanisé par le virus, les cercles de réflexion vont dans tous les sens, comme d’habitude ; rien de fiable. On appelle même à une nouvelle assemblée de citoyens tirés au sort, « dédiée à la question du plan de relance ». Nous sommes très loin d’un appel à la sobriété partagée ! La France va sans doute vivre en 2020 sa pire année de récession depuis la fin de la seconde guerre mondiale et battre le record de 2009 – une chute de 2,9 % du produit intérieur brut (PIB). Mais budgétairement les mesures actuelles de soutien pèsent davantage que n’importe quel plan de relance. La facture a déjà explosé pour l’État, 11 milliards d’euros pour le chômage (84 % du salaire net pour les salariés au chômage partiel) et 2 milliards pour le fonds de solidarité pour les indépendant (1 500 euros mensuels). Le plan de relance suite à la crise financière de 2008-2009 avait été conçu sans perspectives écologiques, il en est de même aujourd’hui. « Le monde d’après » la Covid-19 risque fort de ne pas aller très loin si on se contente d’une étude publiée mercredi 1er avril par les chercheurs de l’Institut pour l’économie du climat (I4CE) : favoriser la production d’électricité renouvelable et de voitures électriques avec des infrastructures de recharge.

Alors que faire ? Le député Matthieu Orphelin n’offre pas beaucoup plus de perspectives avec un grand plan sur la sobriété numérique . Par contre le Fonds mondial pour la nature (WWF) propose de suivre su la « taxonomie verte » de l’Union européenne. Il s’agit d’une classification des activités économiques en fonction de leur empreinte écologique ; il faut relever les entreprises mais pas à n’importe quelle condition, en gelant les subventions au secteur fossile par exemple.  Daniel Boy n’est pas très optimiste : « J’ai beaucoup de doutes sur le fait qu’une fois sortis de cette crise on ait des politiques économiques très vertueuses. Je crois que l’on sera plutôt dans une course à retrouver la croissance, le pouvoir d’achat, des industries qui tournent… Une fois de plus l’écologie et l’environnement risquent de passer à la trappe. » Les commentaires sur lemonde.fr* se déchaînent :

Palaski : Les mots clefs de l’après crise seront : Croissance , chômage , dette , pouvoir d’achat , santé. On risque pas d’entendre reparler du climat et d’écologie avant un moment .

Marius Albufera : La question qui va se poser sera beaucoup plus prosaïque : nourrir des populations qui ne produisent plus rien de matériel parce qu’ elles achètent tout (notamment ce qui se mange et qui permet de produire de l’ énergie) dans des pays tiers grâce aux revenus de la finance et du commerce mondial ; s’ ils s’ écroulent, nous n’ auront plus rien. NOUS N’ AVONS PAS DE MATIERES PREMIERES et nous avons perdu NOTRE INDEPENDANCE ALIMENTAIRE. C’est si difficile à comprendre ?

Untel : Il est clair qu’après a crise il faudra relancer avec ce qui marche le mieux et non avec ce qui fait le plus plaisir. La priorité ne sera pas de revenir à ces conceptions d’enfants gâtés, le bobo-écologisme, mais de relancer la machine. Il faut que cette « guerre » soit suivie d’un nouveau baby boom et que ces nouveaux boomers redémarrent tout, dans tous les secteurs, dans une explosion d’activités.

Thibaut : Bref, Untel, réaccélérer à fond, tout droit en direction du mur ? Malin !

DMA : Le changement climatique et sa kyrielle de conséquences ne vont pas s’arrêter en raison du coronavirus, ni de la crise économique. La transformation de notre société de performance, en une société de résilience ne sera pas, à moyens termes, une option parmi d’autres, mais la condition de notre survie. Néanmoins, il y a effectivement fort à parier que nos gouvernants vont essayer , dans un premier temps, d’appliquer les vieilles recettes avant de s’apercevoir que nous ne sommes plus en 1948, ni même en 2008, et que les ressources dont nous disposons sont insuffisantes pour relancer durablement la croissance.

le sceptique : On a eu 10000 tribunes sur la catastrophe climat, 1000 tribunes sur la catastrophe pesticide, 100 tribunes sur la catastrophe fin du pétrole, résultat : on se tape finalement une pandémie. Des gens se contentant d’aligner des risques sans priorisation ni prédiction, de dire « faut tout changer » quoiqu’il arrive, ne sont pas crédibles. L’écolo répétera toujours la même chose qu’on se prenne un astéroïde, une pandémie, un tremblement de terre, un krach boursier, une guerre civile, etc. Pour sortir de la crise covid-19, nous n’avons pas trop besoin de vélos ni de carottes bio (ni de transport en commun où le virus respiratoire se diffuse mieux!), mais d’une bonne répartition des lits d’urgence privés et public, de traitements antiviraux, de vaccins, d’applis numériques, d’industries capables de produire masques, tests, respirateurs, médicaments. Une société ouverte, prospère, éduquée, avancée au plan industriel, technique, scientifique. Résilience? Cf Japon, Corée du Sud, Taiwan…

Frog : Si le covid-19 non montre bien quelque chose, c’est que la mondialisation n’a rien de résilient… pas assez de masques et médicaments chinois pour toute la planète, avions soudains bloqués au sol, chaîne d’approvisionnement de la nourriture sous tension… Qu’est-ce que cela donnera lorsque l’épuisement des ressources deviendra plus visible, couplé au réchauffement climatique ? Un peu d’anticipation et de sagesse aurait pu faire éviter des milliards au monde entier, alors que le risque pandémique était connu depuis longtemps. Ne reproduisons pas la même erreur avec le réchauffement climatique.

* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/07/coronavirus-a-bercy-les-economistes-debattent-de-l-utilite-d-un-plan-de-relance_6035774_823448.html

** https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/06/en-france-les-pistes-pour-imaginer-le-monde-d-apres_6035721_3234.html

Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

En 2008 et 2009, années du précédent plongeon de la croissance, Nicolas Sarkozy avait chargé une commission, dite « Stiglitz-Sen », de redéfinir des indicateurs de progrès « au-delà du PIB » (produit intérieur brut). Votée à l’unanimité en 2015, une loi « visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques » n’est plus appliquée, et ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été. La croissance du PIB reste l’objectif premier des décideurs, elle doit se poursuivre coûte que coûte pour subvenir non seulement aux besoins sociaux individuels et collectifs mais aussi résoudre les problèmes écologiques. Or on sait depuis la fin des années 1960 que le « gâteau du PIB à partager » devient, en grossissant, de plus en plus toxique pour la vie, le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des mers et des sols. Qu’il ne contribue plus au bien-être à partir d’un niveau de richesse économique par habitant correspondant à celui qui était le nôtre il y a un demi- siècle. Qu’il s’est accompagné de l’explosion des inégalités mondiales. Qu’il met le travail sous pression en lui faisant perdre son sens et en provoquant des maladies professionnelles physiques et psychiques.

Pourtant il n’y a aucun besoin de croissance pour améliorer le pouvoir de vivre, pour réduire les inégalités, pour créer des emplois. Le contexte de la crise sanitaire actuelle fait resurgir des questionnements sur « ce qui compte vraiment ». L’alternative à la société thermo-industrielle est simple, c’est une juste répartition des richesses associée à de nouvelles priorités mettant l’utile et les biens communs au-dessus du futile et de l’accumulation privée. Cela implique de se donner d’autres indicateurs comme guides. (résumé d’une tribune de FAIR, Forum pour d’autres indicateurs de richesse)*

Le PIB est un fourre-tout trompeur. Un homme qui épouse sa femme de ménage fait chuter le PIB et diminuer les rentrée fiscales, un accident de la route augmente le PIB, cela fait travailler les garagistes et les pompes funèbres, les dépenses publicitaires boostent le PIB, mais cela nous agace fortement. Si tout se passe bien, nous abandonnerons progressivement l’indicateur PIB (produit intérieur brut), spécialisé dans l’accumulation économique, pour se fier à de nouveaux indicateurs de richesse durable. L’idée de « développement durable » n’opérait guère de saut conceptuel car il assimilait croissance et développement. On peut aussi aller beaucoup plus loin que l’IDH (indicateur de développement humain). L’indice final de performance environnementale en 2010 n’a pas eu beaucoup de succès. L’IBED (indicateur de bien-être véritable) peut être défini comme la somme [consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement)] moins [dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel]. L’empreinte écologique garde aujourd’hui toute sa pertinence. Pour l’instant les « indicateurs d’écologie appliquée » sont multiples et non utilisés par les gouvernants. Le BNB (Bonheur national brut) n’a toujours pas remplacé le PNB (produit national brut). Le tsunami financier de 2008-2009 n’était qu’un épiphénomène, les crises découlent surtout de notre désaccord économique avec les règles de reproduction inhérentes au vivant. L’épisode Covid-19 nous empêche actuellement de concevoir une société post-croissance tellement nous sommes hypnotisés par la sacralisation médicalisée de la vie humaine. Mais au fur et à mesure de l’approfondissement des crises écologiques, la prise en compte de l’économie biophysique deviendra essentielle. Pour en savoir plus grâce à notre réseau de documentation des écologistes :

2016, Faut-il attendre la croissance ? de Florence Jany-Catrice et Dominique Méda

2010 Adieu à la croissance (bien vivre dans un monde solidaire) de Jean Gadrey

2005 Les nouveaux indicateurs de richesse de Gadrey et Jany-Catrice

livre synthèse : une utopie pour 2050

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/15/l-urgence-sanitaire-n-a-pas-fait-oublier-l-urgence-ecologique-et-climatique_6039773_3232.html

L’écologie nous rassemble par définition

Pierre Charbonnier : « L’écologie est au-delà de la droite et de la gauche, une finalité unique doit réunir l’ensemble des humains à travers leur appartenance commune à la Terre. C’est une stratégie de communion universelle style Nicolas Hulot qui nourrit certaines tribunes dans les médias… En vérité l’écologie nous divise bien plus qu’elle nous rassemble. L’écologie apparaît comme une opportunité de profit pour les uns, et comme un fardeau pour les autres…L’écologie est une ligne de clivage qui passe à l’intérieur de chacun d’entre nous... Il n’y a pas deux camps facilement identifiables, les Terriens contre les Destructeurs. ..L’écologie ne nous rassemble pas, elle nous divise..» Les commentateurs sur le monde.fr ne sont pas d’accord :

Ecureil : Eh bien. Si la prise de conscience unanime n est pas la bonne stratégie… quelle meilleure stratégie envisager ?

Babaille : Passer d’une conscience universelle à un manichéisme caricatural ne semble pas un grand progrès conceptuel.

Un romain: L’écologie nous divise, d’accord. Ceci dit nous faisons quoi? Comment surmonterons nous la division, sachant qu’il y a urgence?

Matt59 : Une tribune qui enfonce des portes ouvertes, tout nous divise, l’inégalité sociale, économique, environnementale. L’écologie n’a pas créé ces divisions, elle vise à les réduire. Voilà un philosophe qui plaira aux populistes…

-Alazon- : Le vrai clivage est entre des boboécolos religieux qui mettent la nature au dessus de tout, et les humanistes qui font de l’homme la mesure de toute chose. Ce clivage est aussi entre des gens qui mesurent l’importance de l’économie pour la vie des gens, et surtout des plus pauvres, et des écologistes qui veulent la sacrifier à leurs pulsions rétrogrades, technophobes et décroissantes. Pensons à la prohibition irrationnelle des OGM qui sont l’avenir de l’agriculture ! Les écologistes sont avant tout des nantis qui ne comprennent rien au monde, des Hulots superstitieux, des patineurs de voie sur berge, des gens du passé.

VDBs @ Alazon : Vous avez clairement choisi votre camp en tout cas… Personnellement, si l’humanisme est encore seulement le principe datant de la Renaissance de l’homme centre du monde, ce concept a été taillé en pièces par la science ces deux derniers siècles. Nous ne sommes qu’un composant de la nature et plus nous tentons de la transformer et de la maîtriser, plus nous créons les conditions de notre propre malheur. Être écologiste, contrairement à votre caricature, ce n’est pas être contre la science ou les avancées technologiques, c’est vouloir chercher un chemin dans ce qu’elles nous proposent qui permette de limiter notre impact sur la nature tout en couvrant nos besoins vitaux. Elle s’oppose en cela à votre scientisme qui considère que la seule réponse à l’avenir de l’humanité est toujours plus de transformation des processus naturels au profit du seul homme, généralement sans évaluation réelle de leurs conséquences sur le long terme.

Balturi : Charbonnier écrit « L’écologie nous divise. Et c’est tant mieux » !!! Il y a des individus, qui s’affublent du titre de philosophe, qui se réjouissent de la division… Donner n’importe quelles mauvaises nouvelles à un esprit actif et constructif : il proposera des solutions qui rassembleront le plus grand nombre. L’esprit réactif en dérivera des motifs de division, et s’en réjouira ! L’écologie a besoin des premiers, pas des derniers.

Vince : On peut philosopher tant qu’on veut, dire qu’on est divisés, tiraillés, attachés à nos libertés, nos ambiguïtés et tergiversations ne feront jamais le poids devant la vérité crue : nous détruisons notre maison commune. On ne discute pas avec les lois de la nature, on ne peut pas changer ces lois ni au parlement ni à l’ONU. Les sciences disent ce qui est (la vérité): réchauffement climatique et destruction de la biodiversité, deux éléments qui menacent la vie humaine. Donc soit on essaie solidairement, forcément maladroitement, de faire quelque chose qui aille dans la bonne direction, ou alors on reconnaît qu’on s’en fout et qu’on laissera les prochaines générations avec les conséquences de notre « sainte liberté ».

JFA : Tout divise en permanence. La liberté dont profitent les uns est interdite aux autres, l’égalité est purement juridique, quant à la fraternité, les SDF qui croupissent sur les trottoirs des villes témoignent de son caractère illusoire. On est divisé entre riches et pauvres, entre habitants des champs et ceux des villes, entre progressistes ouverts et réactionnaires bornés, citoyens du monde et nationalistes, gay friendly et homophobes, macronistes et macrophobes, etc. À travers tout cela, il faut concocter une très relative unité permettant à tous de vivre le plus convenablement possible. Une obligation pourtant, quand les excès des hommes ont détraqué le monde dans lequel ils vivent, il est urgent d’agir. Le crash qui nous menace aura des conséquences autrement graves que le covid.

DIEU est avec Nous : Pourquoi il y a autant de commentateurs ou commentatrices qui dénigrent les écologistes. Dire que l’écologie c’est trop sérieux pour la laisser aux mains des écologistes, je trouve ça grave et triste. Nous devons toutes et tous être écologistes ! Et comme je le dis souvent, la véritable écologie est transversale, elle doit être au cœur de tous les sujets, et nous devons faire une écologie holistique qui considèrent la planète dans son Unité. Ainsi, me semble t’il, nous pourrions rassembler tout le monde autour d’un grand Tout : climat, biodiversité, circuit de l’eau, terres clean, océans, forêts anciennes, pollution, propreté, etc, etc, etc. Bien à vous

Michel D. : Et pas un mot de la démographie dans cette tribune ! Le seul combat qui vaille est celui contre la surpopulation galopante, qui annihile tous les progrès permis par les sciences.

Faux rhum : Et donc ? On commence par vous supprimer ? Ou on compte sur vous pour décider qui on va euthanasier ?

As1 @ Miche D: C’est sûr que lutter contre la surpopulation c’est quelque chose de simple. Merci d’avoir trouvé la solution. J’espère que vous avez pris la précaution de ne pas faire d’enfants. Car finalement, nés en France, leur impact écologique aurait été bien plus grand que nés ailleurs.

François C.H. @ Michel D : L’argument massue habituel flirtant sous couvert de bon sens avec le racisme. Avez-vous comparé le bilan carbone d’un occidental avec celui d’un africain? Bon, regardez de plus près et vous verrez que le problème vient peut être moins de la surpopulation (celle des autres, forcément) que de nous-même.

Michel D. : Mes contradicteurs moralistes étant dans un incroyable déni, rappelons des chiffres, à savoir la population en 1950, la population en 2019 et la progression sur la période. Monde: 2,5 => 7,6 milliards, +204%… France: 42 => 67 millions, +59 %… Nigéria: 38 => 190 millions, +400%. Egypte: 21 => 100 millions, +376%. Indonésie: 70 => 270 milliions, + 285%. Etc…. Désolé, connaissant bien Mumbai, Djakarta ou Mexico, je ne me sens absolument pas responsable des problèmes qu’ils connaissant et je ne suis pas prêt à faire le moindre effort tant que les pays dits émergents ne prennent pas des mesures drastiques pour réduire leur natalité.

Covid-19, enfin des contributions stimulantes

La pandémie a donné lieu à une vague de contributions extrêmement stimulantes, voici quelques extraits.

Rony Brauman : « Le plus terrible avec cette pandémie, c’est que toute personne peut être à la fois une aide et une menace pour les autres. Quand on ne peut pas avoir confiance, le rapport à l’autre s’exerce sous la menace d’une amende ou pire. Ce que les êtres humains ont en partage, ce n’est pas une morale commune, mais la conscience de leur commune vulnérabilité. L’habitus, ce qui est profondément inscrit dans les façons de faire, comme la poignée de main et les embrassades en Europe ou le salut à distance en s’inclinant en Asie, est déjà fondamental dans la transmission d’un virus. S’il y a bien un autre invariant dans une situation épidémique, c’est l’intrication du politique et du biologique. La remarquable réaction de Taïwan, avec une conscience très élaborée du risque viral, a été totalement occultée parce que l’OMS a cédé aux pressions de Pékin qui voulait marginaliser le plus possible l’indépendantiste Taïwan. Aujourd’hui, on commence à s’interroger sur les vertus du confinement. Il n’était qu’un pis-aller, dans la mesure où nous ne disposions pas des tests et des masques qui auraient permis le traçage et la protection. Quant au pourcentage d’irréductibles, ce n’est pas à partir de ces gens-là qu’il faut édicter la loi du groupe. Il faut tabler sur la responsabilité des individus. Je suis un peu effrayé de mesures qui peuvent s’inscrire dans une stratégie de surveillance policière généralisée. C’est extrêmement dangereux, car on ne sait pas ce que l’avenir politique nous réserve. Nous devrons vivre désormais sous la menace perpétuelle d’une pandémie, cela fait partie de l’existence humaine. On voit comment des formes d’organisation sociale ont ouvert de véritables autoroutes aux virus : que ce soit dans l’élevage industriel où la reproduction des poulets ou des porcs, de génome identique en génome identique, favorise la transmission, ou dans l’intrication des animaux sauvages et domestiques au bord des grandes métropoles du Sud ou d’Asie. Bref, les modèles de l’urbanisation, de l’élevage, de l’alimentation, doivent être considérés sous un autre angle que celui de la rentabilité immédiate et de l’usage quotidien. Cette épidémie nous incite à porter notre regard au-delà de l’horizon immédiatement perceptible. »

Serge Morand : «  Cette pandémie agit comme un révélateur de nos propres errements ; les écosystèmes ne peuvent plus supporter notre croissance démographique si intiment liée à notre expansion économique. Le passage d’un milliard d’individus en 1800 à 7,5 milliards aujourd’hui a entraîné des impacts sans précédent, nous avons besoin de toujours plus d’espaces pour nos habitations, nos moyens de de déplacement, nos terres à cultiver. Comme les populations humaines interagissent fortement avec les autres espèces, des épidémies comme celle du coronavirus vont se répéter.Survenue en 2003, l’épidémie de Sras est un cas d’école de “métropandémies” touchant quasi simultanément des foyers très éloignés géographiquement mais intensément connectés par le trafic aérien. Elle révèle l’impact sanitaire du haut degré de connexité entre les métropoles du monde globalisé. Aujourd’hui, l’aviation transporte plus de trois milliards de passagers par an. Ces voyageurs qui circulent de plus en plus loin, de plus en plus vite, hébergent chacune et chacun dans leur corps des virus. Toute l’histoire de nos maladies infectieuses est une histoire de circulation des personnes, de mondialisation ; les rythmes de propagation se sont simplement accélérés au fur et à mesure que la vitesse des moyens de transport a augmenté. » 

Jane Goodall : « Cette pandémie a contraint les industries à fermer dans de nombreuses régions du monde. En conséquence, de nombreuses personnes ont découvert pour la première fois le plaisir de respirer un air sain et de voir le ciel étoilé la nuit. Mon espoir est qu’une compréhension de ce que le monde devrait être, accompagné de la prise de conscience que la pandémie actuelle est liée à notre manque de respect pour le monde naturel, encouragera les entreprises et les gouvernements à allouer plus de ressources au développement d’une énergie propre et renouvelable, à l’atténuation de la pauvreté et à aider les personnes à trouver des alternatives pour gagner leur vie sans que cela n’implique d’exploiter la nature ou les animaux… Faites que nous prenions conscience que nous faisons partie du monde naturel et que nous dépendons de lui pour notre nourriture, notre eau et notre air. Faites que nous reconnaissions que la santé des personnes, les animaux et l’environnement sont connectés. Faites que nous soyons respectueux des autres, mais aussi de tous les animaux sensibles et de la nature. Dans l’intérêt du bien-être de nos enfants et des leurs, et pour la santé de cette magnifique planète Terre, notre seule demeure. »

Pablo Servigne : « La pandémie montre l’extrême vulnérabilité de nos sociétés, leur degré d’interconnexion, de dépendances et d’instabilité. J’anticipais beaucoup de crises graves, en particulier financière, climatique ou énergétique, mais celle-là, je ne l’ai pas vue venir, alors que je la connaissais en théorie. J’ai « lissé » ma présentation des risques : dans les conférences ou les articles, je ne citais même plus les pandémies, parce qu’elles font très peur. Le piège serait de considérer cette crise comme uniquement sanitaire. C’est une crise globale, systémique. Si la finance s’effondre, provoque des politiques autoritaires ou identitaires, cela pourrait déboucher sur des guerres, des maladies et des famines, qui, elles, interagissent en boucle. Les catastrophes sont désormais la réalité de la génération présente : nous en vivrons de plus en plus tout au long du siècle. Reste que le confinement est une expérience très intéressante de renoncement : on renonce aux transports, aux voyages, etc. Dans quels cas est-ce désagréable ou agréable ? Quand le déconfinement viendra, on aura goûté à ce qui était vraiment essentiel. Les questions de vie ou de mort nous amènent à une certaine sagesse. Cela nous apprend l’auto-limitation et l’humilité, ce qui est capital pour la suite. Il faut retrouver de l’autonomie à toutes les échelles (individuelle, locale, nationale). Bref, des principes inverses au monde actuel, globalisé, technicisé et libéral… »

Post-covid, le sport-spectacle sans avenir

La marchandisation des pratiques de loisir  transforme le plaisir de vibrer par soi-même en un spectacle de masse assuré par des professionnels. Cette dénaturation du sport-amateur accompagné par du bénévolat se retrouve dans la pratique du football, du vélo, de la voile, etc. La pandémie actuelle a cela de bien qu’elle arrête tous ces jeux de cirque et, même si c’est temporaire, on peut espérer que les graines d’un avenir sans abrutissement des masses ont été semées.

Fin de partie pour le football français : « La saison 2019-2020 de sports professionnels, notamment celle de football, ne pourra pas reprendre »(Edouard Philippe le 28 avril). Le football est devenu un secteur sinistré, comme l’aérien ou le tourisme. Canal+ et BeIN Sports ne verseront pas à la Ligue de football professionnel (LFP) les quelque 244 millions d’euros qui étaient encore attendus. Désormais certains que la dernière tranche des droits télévisuels ne sera pas versée, les dirigeants devraient demander à leurs vedettes de renoncer définitivement à une partie de leurs revenus. Que du bonheur quand on est écolo et adepte du fait maison.

Incertitude des des Jeux olympiques de Tokyo : « Nous devons organiser les JO pour témoigner de la victoire de l’humanité sur le coronavirus. Mais ils ne pourront pas avoir lieu si la pandémie n’est pas contenue », a déclaré le premier ministre M. Abe devant le Parlement japonais le 29 avril. La veille, le président du comité d’organisation des JO, Yoshiro Mori, avait affirmé que les Jeux devraient être annulés si la pandémie n’était pas maîtrisée d’ici à l’année prochaine.

Voile : la Transat anglaise annulée : The Transat, course transatlantique quadriennale à la voile qui devait partir de Brest le 10 mai pour son 60e anniversaire, a finalement été annulée purement et simplement par les organisateurs. Les spécialistes de la course au large voient ainsi tomber le deuxième de leurs grands rendez-vous cette année. Reportée dans un premier temps (le 17 mars), la Transat AG2R – La Mondiale, qui devait débuter initialement le 19 avril, a finalement été annulée le 10 avril.

Le départ du Tour de France contrarié: Les premiers tours de roue du Tour de France, déjà reporté au 29 août, restent dans le flou. Dans son plan de déconfinement, le premier ministre Edouard Philippe a précisé que les événements pouvant rassembler plus de 5 000 personnes, et nécessitant d’être organisés en lien avec les préfectures, ne pourraient « se tenir avant le mois de septembre ». Le maire de Nice, Christian Estrosi, souhaite toujours accueillir le départ du Tour. Il a versé 3,55 millions d’euros à l’ASO pour accueillir le « grand départ ». De là à penser que la grande boucle est une affaire d’argent il n’y a qu’un grand coup de pédalier. Pourquoi pédaler contre les autres plutôt que de réfléchir à la façon dont le vélo peut résoudre la crise environnementale ? 

La F1 à huis clos : La saison de formule 1 aurait dû démarrer le 15 mars, en Australie. Mais les dix premières courses de la saison ont été annulées ou reportées, Covid-9 oblige. Chase Carey, président-directeur général de Formula One Group précise : « Nous nous attendons à ce que les premières courses se déroulent sans spectateurs ». Un peu avant la communication des dirigeants de la F1, la manche française, qui aurait dû avoir lieu le 28 juin sur le circuit Paul-Ricard du Castellet (Var) a été annulée.

Pour militer, NON aux JO de Paris : L’épidémie de coronavirus, a mis en avant la nécessité de changer de modèle de société. Or, dans 4 ans, Paris se propose d’organiser les Jeux Olympiques. Par leur gigantisme ils supposent la construction de lourdes infrastructures artificialisant toujours plus les territoires. Par leur caractère mondial ils généreront de nombreux déplacements énergétiquement coûteux et susceptibles de favoriser la propagation de nouvelles épidémies. Ils entretiendront l’esprit de compétition et le nationalisme quand la coopération devrait être le mot d’ordre. Enfin, ils seront financièrement très lourds au moment où les budgets publics sont déficitaires et où les dépenses devraient être prioritairement consacrées à l’adaptation de nos sociétés à un monde plus résilient et plus respectueux de l’environnement. N’organisons pas les Jeux Olympiques. Il existe déjà beaucoup de compétitions sportives et un tel renoncement constituerait un excellent symbole d’une réelle volonté de changer les choses et d’aller vers un monde plus durable…

Cyril Dion, « Le monde d’après » la covid-19

Il est clair pour ce blog biosphere que la seule organisation d’après crise qui serait durable s’appelle communauté de résilience, autonomie alimentaire et énergétique au niveau d’un territoire peu peuplée ou biorégion. Agir pour le futur, c’est créer une telle communauté. C’est aussi l’avis du médiatique Cyril Dion : « Face aux menaces climatiques, de nombreux collectifs écologistes appellent depuis des années à préparer nos territoires aux chocs qu’ils pourraient subir. Comment ? D’abord en relocalisant une partie de notre alimentation. Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants. Ensuite en renforçant l’indépendance énergétique des pays et des territoires avec des énergies renouvelables. »* Quelques avis de commentateurs sur lemonde.fr qui montrent la complexité pour arriver au monde d’après :

Step : Cyril Dion nous dit qu’il faut plus d’espaces démocratiques. Et si dans ces espaces la majorité s’oppose aux propositions développées dans la tribune, on fait comment ? Une démocratie version AG étudiante ou Constituante melenchonienne ? Peut-on faire une telle rupture dans un cadre démocratique qui permet l’alternance ? Comment gérer la colère, les défiances, les refus de se soumettre à un nouveau modèle de frugalité ?

Alexandre Pasche : L’effet de la crise sera d’abord un effondrement de la biodiversité économique qui rendra plus difficile encore une économie locale. Les premières victimes économiques de la crise du coronavirus sont les petits commerces, artisans, PME, bref les indépendants qui font l’économie de proximité. Qui va profiter de l’aubaine ? Les chaînes, franchisés, les grandes enseignes, les grands groupes bien sûr. Les libraires qui avaient réussi à survivre vont être définitivement gobés par Amazon, les cafés par Starbucks, les marchés ouverts par Carrefour Market, les hôtels indépendants par Accor, les artisans chauffeurs de taxis par Uber, les détaillants de mode multi-marques par Zara, H&M, Uniqlo… !

Dupont-Dupond : Un élément clef manque dans l’analyse de Dion : il y a beaucoup trop d’êtres humains sur terre. C’est la cause de tous ces maux et bizarrement tous ces “intellectuels” évitent ce sujet central. Il est grand temps de réguler les populations humaines, c’est là que se jouera la survie de notre espèce.

Jean Delebon  :Une fois de plus le problème pourtant essentiel de la croissance démographique est totalement ignoré par Dion. En parler est considéré comme une insanité, le monde d’avant c’est : croissez et multipliez ! La diversité assure la pérennité de la vie, quand une espèce se développe trop, elle étouffe les autres et épuise ses propres ressources, mais quand elle a tout absorbé et ainsi assuré sa disparition il reste quelques éléments qui permettent à l’évolution de reprendre son cours paisible, débarrassée du genre prédateur. Est-ce notre avenir ?

Credo Quia Absurdum  :Absolument d’accord avec vous. L’essentiel des problèmes de la planète sont aggravés, sinon créés de toutes pièces, par la pression démographique. En parler vous expose à être traité de malthusien, insulte suprême destinée à clore le débat. Ouvrons-le, au contraire!

DCLT : Dion, un doux rêveur ! Bonne analyse de la situation, juste vision des conséquences à venir, mais grandes illusions sur la nature humaine. Pour contrebalancer avec les fatalistes comme moi, il faut des enthousiastes comme lui mais je crains malgré tout que cela ne suffise pas. Je vais encore une fois rappeler l’expression de Coluche, plus il y a de fous moins il y a de riz. Et c’est bien le problème qui va contrecarrer vos plans, même s’il est encore tabou de parler de la reproduction des humains à la façon des lapins en Australie. La courbe démographique humaine et la courbe de baisse des matières premières vitales vont nécessairement se croiser un jour prochain…

TO : Ça devient caricatural ces tribunes ! Il n’y a que des militants bobos de gauche et des écolos d’extrême gauche qui sont interrogés, et leurs conclusions sont toujours absolument les mêmes ! Moi, mon monde d’après, ce sera de continuer à consommer, à sortir, à voyager, de me faire mettre une piscine dans mon jardin, et surtout de vivre exactement comme avant !

Philippe Clément : Je n’ai aucun espoir de changement. Des choses, oui, à la marge: relocalisations etc. Mais dès qu’on pourra sortir, ce sera la fête totale, la consommation et les voyages à tout va encouragés par les secteurs en agonie avancée. Ce sera « la fête », « la teuf ». L’écologie ?? Premier sujet théorique, dernier sujet d »effort quotidien. Quant à l’ordre du monde, il n’y a qu’à voir l’entrisme de la Chine, ou cher Trump qui regarde plus les cours de Bourse que le compte des morts. Au niveau européen, accord a minima pour les dépenses colossales, dont on a seulement dit qu’on en discuterait. Et au niveau national, pour la reprise du travail dans le secteur automobile, le Medef insiste déjà sur les sacrifices et efforts nécessaires, tandis que les syndicats hurlent au nouvel esclavagisme. Ce n’est pas encore fini loin, de là et RIEN ne change, rien. Quel monde d’après ???

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/13/cyril-dion-la-crise-du-covid-19-peut-nous-aider-a-construire-le-monde-d-apres_6036417_3232.html

post-covid, pour une écologie de rupture

2020 devait être une année cruciale pour le climat et la biodiversité… la crise sanitaire actuelle risque de saper les engagements de long terme en faveur de l’environnement. Le congrès mondial de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) était programmé en juin 2020 et constituer un temps fort de mobilisation de tous les acteurs avant la COP15 (Convention des Nations unies sur la diversité biologique). Son secrétariat exécutif a demandé le report de cet événement. La 15e Conférence des parties (COP15) était prévue fin octobre 2020 en Chine, elle a été officiellement reportée à 2021. A Glasgow devait se tenir en novembre prochain la 26e conférence mondiale des Nations unies sur le climat, considérée comme LE moment de vérité : les États devaient venir avec de nouveaux plans climatiques plus ambitieux. La France, pays hôte de ce rassemblement, doit maintenant se prononcer sur son maintien ou non. A quelle échéance ces grands événements, qui rassemblent jusqu’à des dizaines de milliers de délégués et d’observateurs de très nombreux pays, pourront-ils de nouveau se tenir ? Au-delà des enjeux techniques et de calendrier, la crise sanitaire peut peser sur la volonté des pays à relever leurs ambitions en faveur du climat. Et comment parler au grand public de biodiversité alors que les populations seront occupées par des questions de logistique et de vie quotidienne ? 

Il est difficile d’être optimiste, mais comment faire autrement quand on est écolo, poussé par les gémissements de la planète ? On annonce officiellement des milliards et des milliards pour sauver les entreprises, « quoi qu’il en coûte » . Autant dire sauver le système : celui qui détruit les écosystèmes, bousille notre climat, détruit la vie sur terre, fait exploser les maladies chroniques, et mène l’humanité au désastre. A moins qu’après la pandémie, une rupture écologique s’amorce ! On ne peut que constater : les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait. L’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot-spectacle se joue à huis clos et la plupart des gouvernances sont remises en question. Les politiques commencent alors à réfléchir aux fondamentaux.

Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, s’interroge : « L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation et montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique. Il devient dès lors impératif de relocaliser un certain nombre d’activités. » Il ne pense pas encore à la démondialisation, mais il est sur la voie. Le protectionnisme devient presque une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui a mis la planète au pillage et les humains victimes en retour d’un virus. De même contre la bidonvilisation démentielle ne doit-on pas penser à la désurbanisation. La civilisation thermo-industrielle qui se réchauffe n’est-elle pas vouée à la taxe carbone, à la contestation des plus lourds que l’air cloués actuellement au sol ainsi qu’au dévoiturage ? La surconsommation n’a-t-elle pas comme vaccin suprême la suppression de la publicité ? La surpopulation d’une humanité élevée hors sol pourrait faire place à une certaine dépopulation. La mise en sommeil de la plupart de nos activés productives par le confinement généralisé de l’humanité pourrait nous permettre de réfléchir sur la course absurde au toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus souvent. Le Covid-19 va-t-il permettre de remettre en question notre vanité humaine pour en revenir à la satisfaction de nos besoins essentiels ? Le retour au « business as usual » ne paraîtra plausible que pour les fous et les économistes. Dans un système ouvert, il est possible de concevoir n’importe quelle activité humaine. Dans un système fermé, l’homme ne peut plus agir comme bon lui semble s’il ne veut pas disparaître, dans le cas extrême, de la surface de la Terre.