écologie appliquée

Fessenheim ferme, démantèlement incertain

Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim a été débranché du réseau électrique national le 22 février. Cet arrêt de mort de la centrale alsacienne, bâtie dans les années 1970, débute le cycle de sortie progressive du nucléaire, c’est pas trop tôt. Le réacteur n° 2 sera arrêté le 30 juin. L’évacuation du combustible de la centrale devrait être achevée en 2023. Ensuite doit se poursuivre la phase de « préparation » au démantèlement, processus inédit en France à l’échelle d’une centrale entière qui devrait commencer à l’horizon 2025 et se poursuivre au moins jusqu’en 2040. Les gesticulations des pro-nucléaires se poursuivent, y compris sur lemonde.fr :

Claude Brender, le maire de la commune de Fessenehim : On tue une machine qui aurait pu tourner encore 20 ans et on ne sait toujours pas pourquoi !

Sybarite : Dans les 5000 prochaines années, il y aura des tempêtes qui effondreront des éoliennes, des séismes qui détruiront des barrages, des tsunamis qui noieront des villes entières, des épidémies etc… Et surtout nous seront morts.

Grabotte : Honte sur nous, Français, de ne pas savoir faire la différence entre risques maîtrisés et peur irrationnelles, d’avoir une si mauvaise culture scientifique. Honte sur nos gouvernements de céder au chantage électoral des moutons guidés par Greenpeace. Une très mauvaise décision. Espérons qu’ils ne recommencent plus jamais, et que nos gouvernements successifs d’aujourd’hui et demain se remettent à construire des EPR.

Valentini : Estimation du démentiellement : 1 milliards d’euros…. multiplié par la nombre de centrale en France (car leurs durée de vie est limitée dans le temps), l’addition va être très salée. Alors prétendre que le nucléaire est une énergie propre (déchets) et bon marché, c’est un mensonge. Ce sont avec nos impôts que la facture sera réglée.

Airain : EDF a freiné au maximum pour repousser la fermeture de cette centrale pour une seule raison: cette entreprise ne sait pas démanteler une centrale nucléaire à un coût acceptable. Autrement dit, dans dix ans, quand les premiers chiffres réalistes vont sortir, quand les français vont se rendre compte du vrai coût d’une centrale nucléaire, je crois que l’on va assister à un scandale d’état, un gros.

Un Montreuillois : Il me semble que les fonds nécessaires au démantèlement sont provisionnés et placés depuis longtemps et rapportent des intérêts élevés à EDF. Autrement dit, plus on attend, plus les fonds disponibles pour démanteler sont importants et plus le coûts total de l’énergie produite baisse.

Axel : Trouvé dans un rapport parlementaire : coût de démantèlement estimé du parc français 75 milliard €, provisions déjà réalisée par EDF 36 Md€. Certains jugent l’évaluation sous estimé par rapport aux règles d’autres pays. EDF s’en défend en argumentant sur les économies d’échelle avec l’homogénéité de ses centrales.

The GonZo Man : Comme l’électricité de cette centrale était vendue à l’Allemagne et comme l’Allemagne va démarrer une nouvelle centrale au charbon tout va bien…

Jean Sérien : J’attends de voir dans le programme de Jadot pour la présidentielle, la fermeture progressive mais rapide d’Airbus, d’Air France, des chantiers navals de Saint Nazaire, etc, etc… Et le tonnerre d’applaudissements que vont susciter ces annonces…

synthèse, Le nucléaire a-t-il un avenir ? Certainement pas ! Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

6 octobre 2019, Fessenheim, démantèlement d’un plan de reconversion

25 mars 2016, Un impossible démantèlement des centrales nucléaires

29 mai 2014, Le coût incommensurable du démantèlement des centrales

* LE MONDE du 22 février 2020 ; Malgré la pression des salariés, le réacteur n°1 de Fessenheim débranché du réseau EDF

Le pire et le meilleur de « La Décroissance »

Un mensuel comme La Décroissance (né en 2004) consacre une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes,ces derniers étant jugés « écotartuffes ». On bascule d’une posture politique à une posture moralisatrice. La récupération des questions écologiques est un problème crucial car cet opportunisme qui prétend agir « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing) va à l’encontre de ce qu’il faut faire vraiment. Une des difficultés pour les écologistes décroissants est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières, comme les rédacteurs en donnent parfois l’impression en prenant le risque d’avoir raison tout seuls. Ceci dit, il y a bien d’autres choses qui importent dans cette revue ; nous lisons leurs publications depuis leur origine et nous leur faisons de la publicité depuis des années, ainsi nos articles en 2005 :

– La décroissance, le journal de la joie de vivre. Ce bimestriel est aussi le journal de Casseurs de pub, il résume tout ce que la Biosphère voudrait que les humains pensent. Dans son numéro de juin-juillet 2005, le grand titre nous engage à « Vivre après le pétrole », avec dessin de la bagnole transformée en poulailler. Il nous indique tout ce qu’il faut savoir sur la marche des décroissants pour supprimer le Grand prix de France de F1. Il fait une biographie du père de la décroissance, le mahatma Gandhi et indique qu’il faut aussi décroître l’armée. Une page entière sur le pic du pétrole (nous y sommes presque), c’est-à-dire le commencement de la fin, et un encadré sur la saloperie que nous n’achèterons pas, ce mois-ci la tondeuse à gazon. A chaque fois un petit reportage sur les éco-citoyens qui pratiquent la simplicité volontaire : on y voit Elke et Pascal vivre sans voiture et sans télé, ce qui donne le temps de s’occuper d’un jardin, mais qui vivent aussi dans le péché parce qu’ils ont un ordinateur et pratiquent la sexualité libre. Ils pensent que faire l’amour avec sa voisine ou son voisin ou les deux à la fois n’a pas de sens moral (ndlr, sauf si on fait trop d’enfants !), mais que prendre la voiture pour aller au boulot, ça, oui ! (14 juillet 2005)

– Casseurs de pub. A la fin de chaque année, on a droit à un numéro spécial du journal « La décroissance » (11 place Croix-Pâquet, 69001 Lyon)* pour galvaniser la résistance contre tous ceux qui tendent à détruire la nature, à conditionner nos idées et à réduire nos vies à celles de simples consommateurs. On trouve en particulier un article « Comment Libération (le journal) se convertit à la publicité » (en février 1982). Fondé en 1973 par le philosophe JP .Sartre pour lutter contre le journalisme couché, ce quotidien se voulait pourtant libre de tous pouvoirs économiques afin de porter un regard critique sur la société. Son manifeste initial avait promis : « Il n’y aura pas de publicité car les annonceurs, en finançant la presse, la dirigent et la censurent. » Moi vivant, disait S.July en 1973, il n’y aura jamais de pub dans Libé. Le même assénait en 1982 que sans publicité Libération eût été incomplet, en retard car de nouvelles valeurs sociales se sont imposées qui croisent celles pour lesquelles la publicité est un moyen prédisposé !!! Ce qui devait arriver arriva, en 2005 ce journal aux idées révolutionnaires est détenu à hauteur de presque 40 % par Edouard de Rothschild, « Libération » est restructuré et des licenciement effectués car la publicité ne couvre pas suffisamment les frais ! (4 janvier 2006)

*NB : la rédaction est aujourd’hui à l’adresse 32 rue Crillon(BP36003) – 694111 Lyon cedex 06

Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

Cinquième week-end de travail des 150 membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique*. Voici quelques les propositions des groupes de travail thématiques (30 personnes) : 1) se loger, lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, rénover énergétiquement tout le parc immobilier, inciter à ne pas dépasser une température de 19 °C dans les bâtiments… 2) se déplacer, limiter les émissions polluantes du secteur aérien et l’impact carbone du numérique, encourager l’usage du vélo et des transports en commun, covoiturage pour les trajets domicile-travail… 3) se nourrir, ne pas ratifier le CETA en l’état… 4) consommer, éviter le suremballage, interdire les terrasses chauffées et l’éclairage des magasins la nuit après leur fermeture… 5) produire-travailler, limiter la consommation d’énergie dans les lieux publics.

Si c’est pour ressasser les mêmes rengaines sur le vélo, les suremballages, la température à 19°, l’isolation des logements, était-ce bien la peine ? NON ! Tout le monde connaissait déjà les solutions. Le problème n’est plus à les énoncer, c’est de passer à l’acte, le reste c’est du blabla. On ne s’est même pas interrogés sur pourquoi tout cela n’a pas été mis en place précédemment. La préservation de l’environnement était déjà un objet de valeur constitutionnelle à travers la Charte de 2005, cela n’a servi à rien. Et la relance de la taxe carbone, qui entraînerait des effet globaux, n’a pas été envisagée par les groupes thématiques. D’autant plus que le cirque n’est pas fini. Lors du sixième week-end, 6 au 8 mars, 2020, les propositions seront soumises au vote des 150 citoyens. On va s’écharper ! Celles qui recueilleront plus de 50 % des voix seront transmises à un comité « légistique » pour être transcrites en texte de loi. Les propositions seront également évaluées par un groupe d’experts du point de vue de leur coût. Enfin, le 3 avril, les citoyens voteront sur un paquet final, constitué de simples recommandations. Emmanuel Macron fera ensuite ce qu’il voudra, comme après le Grand Débat suite aux manifs des Gilets jaunes. Voici sur ce blog biosphere nos articles antérieurs :

synthèse, Biosphere-Info, les conférences de consensus

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

* LE MONDE du 12 février 2019, Les 150 citoyens de la convention pour le climat esquissent leur vision de la France en 2030

Un contexte néfaste à l’intelligence humaine

Il y a l’intelligence des plantes, la sensibilité des animaux… et la débilité humaine. Cette dernière est une constante depuis longtemps, mais les perspectives sont encore plus sombres aujourd’hui. L’effet « dysgénique » indique que les familles les moins intelligentes procréent davantage et font baisser le niveau moyen de l’intelligence. D’autres chercheurs pointent les ­migrants et leurs enfants, en moyenne moins éduqués, ce qui ferait diminuer la moyenne des performances. Une étude norvégienne qui compare les performances ­au sein de fratries va marginaliser ces explications. A partir de la génération 1975, il y a une baisse de 0,34 point par an à l’intérieur des familles. On peut donc minimiser penser que les causes de la régression sont plutôt environnementales. Certains perturbateurs endocriniens altèrent la construction cérébrale, et l’exposition massive aux écrans feraient des crétins. Dans une interview à L’Est républicain, Michel Desmurget s’inquiétait ainsi pour « la première génération dont le QI sera inférieur à la précédente ». Sur RMC, il expliquait que « plus les enfants regardent d’écrans, plus le QI diminue ». Michel Desmurget tient à préciser que ce ne sont pas les écrans eux-mêmes qui sont en cause, mais leur usage : « Force est de constater que l’usage récréatif qui en est fait aujourd’hui par les jeunes est débilitant. La question n’est pas de les supprimer – professionnellement je les utilise moi-même largement – mais de limiter drastiquement ces consommations débilitantes ». Quelques réactions sur lemonde.fr :

Boucle d’Or : Je ne sais pas si les fameuses études scientifiques faites du QI peuvent donner des résultats interprétables, mais ce que je constate au quotidien en tant que psychologue de l’EN dans le 1er degré, avec les gens de terrain (enseignants), c’est un effondrement du langage sans précédent, des troubles de l’attention et de la concentration ingérables dans une classe, des crises quotidiennes d’élèves dans toutes les classes… qui affectent de manière catastrophiques la qualité des apprentissages… Bizarrement, ça correspond à l’augmentation démente du temps d’exposition devant écran par les enfants de plus en plus jeunes et de plus en plus longtemps… Bien sûr, ce n’est que de l’empirisme…

Sarah Py : A chacun sa théorie. La mienne reste qu’apprendre s’apprend… Voyez la facilité du « croire » qui s’étend face à l’exigence du savoir. La paresse contre le travail. Le papillonner contre la concentration. L’immédiateté contre la durée. La communication contre l’approfondissement.

Untel : Mon intime conviction est qu’il existe bien une baisse du niveau d’attention et de la capacité d’apprentissage chez les enfants exposés à des images saccadées épileptogènes dans leur petite enfance, au moment même où les connexions synaptiques se mettent en place.

Julius Puech : Décérébration généralisée, omniprésence de la pensée économique libérale, surveillance de masse, amplification des théories extrémistes et complotistes : tout est prêt pour le capitalisme autoritaire, un joyeux mélange de Big Brother et de Soleil Vert.

Sur notre blog biosphere :

10 mars 2014, Perturbateurs endocrines et perturbateurs de l’intelligence

4 janvier 2017, longévité, intelligence…. tout commence à décroître

25 octobre 2019, Écrans, décérébration à grande échelle

liberté du bien vivre / liberté d’entreprendre

Le Conseil constitutionnel a rejeté dans une décision rendue le 31 janvier 2020, la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par l’Union de l’industrie de la protection des plantes (UIPP), qui regroupe Bayer, Syngenta, BASF… La QPC visait l’article 83 de la loi sur l’alimentation (Egalim) d’octobre 2018 interdisant, à partir de 2022, la production, le stockage et la circulation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives non autorisées en Europe pour des raisons liées à la protection de la santé ou à la préservation de l’environnement. De nombreux pesticides interdits sont toujours produits en France dans le but d’être vendus, principalement dans les pays en développement, et tout particulièrement en Afrique. L’UIPP estimait que ledit article portait une « atteinte excessive à la liberté d’entreprendre, protégée par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ». L’interdiction aura « un effet sanitaire nul », dans la mesure où elle est limitée à la France et n’empêchera donc pas les exportations depuis d’autres pays. Elle introduit, en revanche, une « distorsion de concurrence » en défaveur des entreprises implantées sur le territoire national.

Contre cette argumentation, le Conseil constitutionnel reconnaît pour la première fois que « la protection de l’environnement peut justifier des atteintes à la liberté d’entreprendre ». Il estime pour la première fois qu’« il appartient au législateur d’assurer la conciliation des objectifs de valeur constitutionnelle de protection de l’environnement et de protection de la santé avec l’exercice de la liberté d’entreprendre. À ce titre, le législateur est fondé à tenir compte des effets que les activités exercées en France peuvent porter à l’environnement à l’étranger ». Ses membres jugent ainsi qu’avec « l’atteinte portée à la liberté d’entreprendre » par la loi Egalim, « le législateur a entendu faire obstacle à ce que des entreprises établies en France participent à la vente de tels produits partout dans le monde, et donc, indirectement, aux atteintes qui peuvent en résulter pour la santé humaine et l’environnement ». Cette décision constitue un revirement de jurisprudence dans la mesure où elle reconnaît l’environnement comme « patrimoine commun des êtres humains ». De son côté, l’UIPP « étudie les voies juridiques possibles afin de préserver les 2700 emplois menacés de délocalisation ».* Quelques réactions sur lemonde.fr :

Laurent Pigot : Voilà ce qui nous attend, les atteintes à la liberté encouragées par les mous du bulbe enrôlés dans l’armée décérébrée des adorateurs de Greta. La dictature verte sera aussi meurtrière que les autres mais là, les tortionnaires le feront au nom du bien être de la planète. Honte à ceux qui s’en prennent à la liberté.

René B. : Oh ! quel cri de douleur ! tortionnaires, mou du bulbe, dictature ! Vous n’y allez pas de main morte ! Il manque toutefois à ce chapelet de qualificatifs ceux employés par les fanatiques de l’ultra-libéralisme économique : « Ecolobobos, vivant au pays des bisounours, Khmers verts, adeptes du retour à la bougie.. « 

Ulysse : La protection de notre environnement et du climat va à l’encontre même de certaines libertés, oui. La liberté individuel de pouvoir faire n’importe quoi quand on en a les moyens est clairement à remettre en cause.

Frog : La liberté d’entreprendre ne peut pas passer au-dessus de la liberté de ne pas subir d’intoxications….

Alternactif : la liberté… Je rappelle qu’elle s’arrête là où commence celle des autres. Vaut-il mieux être totalement libre de mourir dans un désert aride ou bien s’épanouir avec quelques règles évidentes de respect de la nature ? Nature qui nous nourrit tous.

F. P. : Il devient de plus en plus clair que c’est au plan du droit également que se jouent et se joueront les luttes écologistes. Liberté : ne rien faire qui nuise à autrui. Liberté : droit corrélé à un devoir, celui de ne pas détruire le monde en le rendant à peu près inhabitable. Liberté : limitation de la liberté d’entreprendre toutes les fois qu’elle se confond avec la liberté de détruire le monde !

Vieil observateur : Le cynisme, l’irresponsabilité et la cupidité des industriels sont impressionnants. L’emploi ne les intéresse que comme argument. Un autre argumentaire leur permet de justifier des suppressions de milliers d’emploi là ou ailleurs, sans plus d’états d’âme.

* LE MONDE du 1er février 2020, Le Conseil constitutionnel reconnaît que « la protection de l’environnement » peut justifier des « atteintes à la liberté d’entreprendre »

CLIMAT, Juliana contre les États-Unis

Une Cour d’appel américaine a jugé, vendredi 17 janvier, à une majorité de deux juges contre un, qu’il n’est pas du ressort du pouvoir judiciaire fédéral de contraindre le gouvernement des États-Unis à agir contre les changements climatiques*. Dans le dossier « Juliana contre les Etats-Unis », 21 jeunes requérants reprochaient au gouvernement fédéral d’avoir manqué à leur devoir de les protéger du dérèglement climatique, en soutenant depuis plus de cinquante ans l’utilisation des énergies fossiles. Pour sa défense, le gouvernement a fait valoir que ni la loi ni l’histoire des États-Unis ne peuvent étayer la revendication des plaignants pour un droit fondamental à un « climat vivable ». Remédier au changement climatique, explique la cour d’appel, exige « des décisions politiques complexes confiées, pour le meilleur ou pour le pire, à la sagesse et à la discrétion » de la Maison Blanche et du Congrès. Mais moralement les jeunes ont gagné car il est aussi écrit dans le jugement : « Les plaignants ont fait valoir de façon convaincante la nécessité d’agir ; il sera de plus en plus difficile, à la lumière de ce dossier, pour les branches politiques de nier que les changements climatiques se produisent, que le gouvernement a joué un rôle dans leur apparition et que nos élus ont la responsabilité morale de chercher des solutions, développe la décision. Nous concluons, à contrecœur cependant, que les arguments des plaignants doivent être présentés aux branches politiques ou à l’ensemble de l’électorat, ce dernier pouvant modifier la composition des branches politiques par le biais des urnes. »

La troisième juge a, pour sa part, manifesté ainsi son désaccord : « C’est comme si un astéroïde se dirigeait vers la Terre et que le gouvernement décidait de nous priver de tous nos moyens de défense. En cherchant à annuler ce procès, le gouvernement insiste lourdement sur le fait qu’il a le pouvoir absolu et irrévocable de détruire la nation. (Or) la Constitution américaine ne tolère pas la destruction délibérée de la nation par le changement climatique.» Et pourtant c’est le cas ! Ainsi va la démocratie dans nos systèmes complexes, dans le mur. Le peuple envoie par les urnes à la présidence des États-Unis un climato-sceptique assez ignorant de l’intérêt public pour subir actuellement un procès en destitution. Le peuple élit aussi un sénat aux ordres car fondamentalement conservateur ; il défendra un président en train de mettre la planète en feu avec ses coups de sang type type » assassinat de l’Iranien Ghassem Soleimani. » Poison dans la pomme, Trump démantèle méthodiquement toute la législation américaine de protection de environnement depuis son arrivée au pouvoir.

C’est à cause de cette pseudo-démocratie de citoyens sous-informés et sur-conditionnés que l’année 2019 a été la plus chaude enregistrée (avec 2016) depuis les premiers relevés de température au milieu du XIXe siècle, que la température moyenne à la surface du globe a augmenté de 1,1 °C par rapport à l’époque préindustrielle (1850-1900), tandis que la chaleur accumulée par les océans a atteint un nouveau sommet. Selon l’OMM (Organisation météorologique mondiale) « nous nous dirigeons vers une augmentation de la température de 3 °C à 5 °C d’ici à la fin du siècle  au rythme actuel des émissions de dioxyde de carbone. »

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, Réchauffement climatique : de jeunes citoyens américains perdent leur combat devant la justice

La chasse aux cotons-tiges est ouverte

En France, la mise sur le marché des cotons-tiges à usage unique et en plastique est interdite depuis le 1er janvier 2020. Alors vive le nouveau coton-tige à label écolo. ! Le capitalisme est passé maître dans l’art de récupérer la contestation pour ne rien changer au fond : la sobriété ne doit pas connaître, le consommateur doit consommer. Ainsi

LastSwab, un nouveau concept danois, lance le premier coton-tige lavable et réutilisable breveté au monde : « Conçu intelligemment, son embout est en élastomère thermoplastique (TPE) et la tige en nylon rigide. L’étui, quant à lui, composé de maïs, est biodégradable. LastSwab propose deux versions déclinables: l’une aux embouts rembourrés pour le nettoyage des oreilleset l’autre aux embouts pointus pour les retouches de maquillage. Souhaitez-vous parler de ce nouveau produit éco-responsable ? »

Oui, on en parle, mais pour dire qu’on peut s’en passer. D’abord le maquillage abîme la peau, autant ne rien faire et laisser à notre beauté sans fard l’art de paraître et à nos rides l’a manière de vieillir naturellement. Quant au coton-tige pour les oreilles, on devrait déjà savoir qu’on peut remplacer le coton-tige par des oriculi, des cure-oreilles en bambou réutilisables à vie. Mais après mûre réflexion sur la raréfaction du pétrole et l’apparition du sixième continent*, on peut même comprendre qu’il suffit d’user d’une allumette brûlée au bout de laquelle on tortille un peu de coton. Mieux vaut au final la voie de la simplicité volontaire. Les trucs dans les oreilles, c’est très méchant : ils risquent de provoquer de l’eczéma dans vos conduits auditifs ou provoquer de vilains bouchons de cérumen. Ni coton-tige, ni oriculi, il faut savoir que l’oreille a besoin d’exsuder ses substances pour se sentir bien, et nous avec.

L’Europe accompagne la chasse au plastique menée (de façon très mesurée) par la France. Les eurodéputés avaient soutenu à une large majorité un texte visant même à interdire les produits oxoplastiques, supposés biodégradables, se fragmentent en microparticules de plastique. « Oxoplastique », un terme à connaître mieux que LastSwab ! L’interdiction de couverts et assiettes à usage unique, pailles, cotons-tiges, tiges de ballons, plastiques oxo-dégradables, récipients pour les aliments et gobelets en polystyrène expansé entrera en vigueur au printemps 2021. Les produits concernés par cette interdiction représentent 70 % de l’ensemble des déchets marins selon la Commission européenne. « On trouve des résidus de plastique dans l’organisme de nombreuses espèces marines – tortues de mer, phoques, baleines, oiseaux mais aussi poissons et coquillages – et, partant, dans la chaîne alimentaire humaine« , explique l’exécutif européen. La directive fixe aux Etats membres un objectif de collecte de 90 % des bouteilles en plastique d’ici 2029. Les bouteilles commercialisées dans l’UE devront par ailleurs contenir au moins 25 % de plastique recyclé en 2025 et au moins 30 % en 2030. Le texte adopté instaure également une responsabilité élargie des producteurs (REP) pour deux catégories de produits. Tout d’abord les filtres à cigarettes, qui devront par ailleurs faire l’objet d’un étiquetage obligatoire (tout comme les gobelets en plastique, les lingettes humides et les serviettes hygiéniques). Les engins de pêche ensuite, afin de faire supporter les coûts de collecte des filets perdus en mer par les fabricants.**

* Le vortex de déchets du Pacifique nord est une zone du gyre subtropical du Pacifique nord, également connue sous le nom « soupe plastique », « septième continent », vortex d’ordures, ou encore « grande zone d’ordures du Pacifique ».

** https://www.actu-environnement.com/ae/news/Union-europeenne-interdiction-plastiques-jetables-2021-33170.php4

Maison passive, la maison qu’on ne chauffe pas

Plus besoin de conférences mondiales sur le climat, les médias nous présentent de plus en plus les gestes qui sauvent la planète. Ainsi chaque premier lundi du mois dans LE MONDE*, cette fois pour le chauffage : le bâtiment, en France, c’est 45 % de la consommation d’énergie et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Comment s’y prendre pour passer l’hiver au chaud de façon écolo ? Niveau débutant : lutter contre l’humidité, se calfeutrer et réguler son chauffage… Niveau intermédiaire : fermer les volets, baisser le chauffage, mettre un pull… Niveau confirmé : entreprendre des travaux de rénovation thermique, convaincre les copropriétaires, passer aux énergies renouvelables.

Rien n’est dit sur le niveau de température acceptable. Si vous augmentez la température de votre logement de 1°C, vous augmentez mécaniquement votre facture de chauffage de 7 %. Mais jusqu’où aller à la baisse ? L’émission pour la Terre » sur France 2 le 15 octobre 2019 avait l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « se chauffer à 19 degrés. » C’est la température dite « de confort » selon le code de la constrution et de l’habitat avec 16 à 17 ° dans les chambres. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés. Mais les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Aujourd’hui on parle de précarité énergétique, il y a même un Observatoire pour cela (l’ONPE), on offre même des chèques énergie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. Aujourd’hui on parle de « maison passive », qui consomme autant d’énergie qu’elle en produit. Demain la maison passive sera une maison qu’on ne chauffe pas.

La résistance au froid est une habitude à prendre. Mais faire entendre à des gens habitués à vivre avec 23 ou 24 °C qu’ils doivent se chauffer à moins, c’est déjà compliqué, alors quand on leur dira qu’il ne faut plus du tout chauffer son appartement, ce sera une révolution !

* LE MONDE du 7 janvier 2020, Des gestes pour passer l’hiver au chaud sans monter le thermostat

Une politique agricole commune écologique ?

Dès la signature du traité de Rome en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) a mis en place une politique agricole commune (PAC), dont les objectifs étaient multiples : accroître la productivité de l’agriculture, garantir la sécurité des approvisionnements agroalimentaires, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais les mécanismes de soutien différencié par des prix garantis ont surtout incité à produire et à exporter à bas prix les productions protégées et à ne plus produire assez de légumineuses et protéagineux. La recherche incessante de compétitivité est allée de pair avec une intensification et une spécialisation exagérée des systèmes de production agricole. Cette agriculture productiviste se révèle destructrice pour l’environnement et génératrice d’exclusion pour les hommes. D’où le départ des paysans vers les villes et la désertification de régions entières.

Lors de la présidentielle 1974, le programme de l’agronome écolo René Dumont remettait en question cette agriculture intensive : l’agriculture sur-industrielle stérilise le sol, déséquilibre les plantes cultivées et leur ôte toute résistance face à leurs ennemis naturels, ce qui rend nécessaire l’emploi d’une quantité de pesticides, insecticides, fongicides. Les marchands d’insecticides et d’engrais, comme par hasard, sont les mêmes. La solution, c’est de régénérer les sols par des façons culturales qui stimulent l’activité bactérienne dans l’humus ; par une polyculture raisonnable ; par la protection de la flore et de la faune sauvages ; par le respect de l’équilibre écologique qui va du minéral à l’homme en passant par toutes les formes de vie microbienne, végétale et animale ; par la diversité des cultures avec priorité à la production vivrière pour le marché intérieur et non monoculture destinée à l’exportation. Nous avons tourné le dos à ce programme.

« Un regard sur la PAC est offert, ces jours-ci, par le New York Times. La conclusion de l’enquête est que la PAC est « un système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts ». En 2018, elle a distribué quelque 60 milliards d’euros aux exploitants des Etats membres. Le fait que la plus grande part des subventions de la PAC puisse être indexée sur la taille des exploitations, conjugué aux marges de manœuvre dont chaque État membre dispose dans l’attribution des fonds, a favorisé des mécanismes d’annexion ou de captation frauduleuse du foncier agricoles, surtout en Hongrie, en République tchèque, en Slovaquie et en Bulgarie, ces aides nourrissent « des procédés mafieux d’accaparement des terres ». Cela contribue à agrandir la taille des exploitations, donc à favoriser les systèmes agricoles les plus industriels, ceux qui simplifient le plus les paysages, fonctionnent avec le moins d’emplois et le plus d’intrants. Le résultat est un bilan environnemental désastreux, les gaz à effet de serre émis par l’agriculture européenne ont augmenté de 5 % au cours de la dernière décennie, les populations d’insectes et d’oiseaux des champs s’effondrent, les nitrates polluent les rivières. Qu’une politique européenne subventionne tout à la fois la destruction de l’emploi, le saccage de l’environnement, la concentration du pouvoir économique et les oligarchies d’Europe centrale est un tour de force. L’année qui s’ouvre sera celle de la renégociation de la PAC, le Green Deal européen risque de rester un vœu pieux. » (Stéphane Foucart)*

La responsabilité de la PAC est lourde, mais le système hyperconsumériste l’est tout autant, façonné par la Grande Distribution et ses centrales d’achat qui broient les agriculteurs dans la mécanique du toujours moins cher, ce qui pousse à l’industrialisation et au gigantisme ! Cet article du New York Times n’est d’ailleurs pas une enquête sur la PAC à proprement parler mais sur la façon dont les dirigeants des gouvernements nationalistes en tirent parti, s’enrichissent ainsi que leurs proches en s’adonnant à toutes sortes de prévarications. Viktor Orban étant le meilleur exemple. Le titre d u NYT est d’ailleurs restrictif : « Comment oligarques et populistes soutirent des millions à l’Europe ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur « l’agro-business américain » : Monsanto, OGM, antibiotiques, hormones de croissance, fermes gigantesques, poulets au chlore, …etc…etc, tout ça vient de l’autre côté de l’atlantique. Conclusion, on est pas près d’avoir un monde agricole écolo quand concurrence internationale, désirs formatés des consommateurs, structure de production hyper-concentrée et politiciens à la solde de l’agro-industrie font cause commune. C’est pourquoi nous attendons le Grand Soir, pas la Révolution qui ne fait que redistribuer les cartes du pouvoir central, mais le choc pétrolier ultime qui nous obligera à revenir (dans l’affolement général) à une agriculture paysanne. Ça va pas être triste !

* LE MONDE du 5-6 janvier 2020, « La PAC, une catastrophe agricole commune »

Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

En cette période d’insouciance festive et de retrouvailles familiales plus ou moins houleuses, voici le message déprimant que nous a été délivré en décembre 2019 : puisque nous avons été incapables de faire du volontarisme politique en matière écologique, nous entrerons de force dans une économie de guerre, sauf que dans un premier temps ce sera la guerre de tous contre tous, chacun pour son propre pays ou territoire.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU,  à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) à Madrid : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre.

Yves Cochet , ancien ministre français de l’écologie: « Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Gilles Lacan, association Démographie Responsable : « Au cours des trois derniers quinquennats, ce sont à peu près les mêmes politiques qui ont été suivies, tournées vers la mondialisation, la croissance et l’emploi. S’il est vrai que l’écologie a été de plus en plus présente dans les programmes des partis politiques, au fur et à mesure que la conscience du danger progressait dans l’opinion, elle n’a jamais consisté qu’en l’habillage d’un même projet économique dans les différentes déclinaisons de la croissance verte. Une telle situation appelle une réorientation radicale , donner une place centrale à l’écologie dans la conduite des affaires publiques, ce par rapport à quoi tout prend sens et s’organise. Nous allons entrer dans une économie de guerre comme l’ont été celle de la France entre 1914 et 1918 ou celle des États-Unis entre 1941 et 1945. Nos décisions en matière de production de biens et services, de mix énergétique, de consommation et de ravitaillement, de commerce extérieur, de démographie et d’immigration, de protection des frontières et de sécurité intérieure, de prélèvements obligatoires, de santé publique et d’éducation, devront être déterminées par l’objectif prioritaire de notre survie collective, si du moins nous ne nous résignons pas à subir l’effondrement.

Pour mener cette politique, il faut un État. L’Europe n’en est pas un, non seulement politiquement mais surtout administrativement : il y a moins de fonctionnaires dans l’ensemble des institutions de l’Union Européenne que dans la seule ville de Paris. Or, notre société va devoir affronter des épisodes de pénurie, qu’il s’agisse de l’énergie, des denrées alimentaires, sans doute de l’eau potable, qui devraient eux-mêmes générer, les métropoles étant devenues peu vivables, un exode urbain incontrôlé et peut-être chaotique. S’il n’y a pas d’État, c’est-à-dire de force publique, sous contrôle démocratique, capable d’assurer un minimum d’état de droit, cela sera, selon la formule de Hobbes, un « état de guerre de chacun contre chacun ». Cet État ne pourra pas être confiné à ses fonctions régaliennes, il devra en outre pourvoir au ravitaillement et au logement de la population, à la santé publique et, dans la mesure du possible, à l’éducation.

Enfin, il nous faut changer complètement de paradigme : ralentir, réduire notre consommation, notre population, nos déplacements, nos connexions, relocaliser notre économie, protéger nos frontières, revenir aux basses technologies pour la production de nos biens. La différence posée ici avec certains « collapsologues » est qu’il faut le faire dès maintenant, en tout cas le plus vite possible, sans attendre d’un effondrement, secrètement espéré, les vertus salvatrices du Déluge, de l’Apocalypse ou du Grand Soir. Il n’y aura pas de catharsis de l’effondrement, l’homme ne sera pas meilleur après la catastrophe. Malheureusement. »

L’art de classer ce qui est bien ou mal

La taxonomie écologique devient une préoccupation partagée, désir de classer ce qui est plus ou moins « propre » au niveau des entreprises, des techniques et des ménages. Le 15 juin 2019, les grands investisseurs mondiaux regroupés dans le Carbone Disclosure Project ont publié une liste d’entreprises ne donnant pas assez d’informations sur leur rôle en matière de climat, de préservation de l’eau et de déforestation. La Commission européenne avait publié le 18 juin 2019 une proposition de « référentiel d’activités durables » pour permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux, c’est-à-dire qui contribuent significativement à la lutte contre le changement climatique sans pour autant provoquer des dommages collatéraux. Ainsi les énergies renouvelables vont figurer dans la catégorie verte et le charbon dans la catégorie noire. Mais la chose se complique pour des secteurs comme l’automobile, la construction ou l’agriculture.Et aussi pour le gaz et le nucléaire. Ainsi, le gaz, quand il remplace le charbon, représente une avancée. Mais ne peut constituer une solution satisfaisante à terme. Quant au nucléaire, si, en termes d’émission de CO2, il n’est pas problématique, il pose en revanche de lourdes questions en matière de traitements de déchets. Pour la Commission, ce référentiel a pour objectif essentiel d’inciter les entreprises à passer « du marron au vert ». Mais sur le plan financier, certaines entreprises allaient voir leur valeur s’effondrer du fait d’une transition abrupte vers une économie bas carbone. C’est pourquoi en décembre 2019* la France et le Royaume-Uni ont bloqué la tentative de taxonomie parce qu’elle rendait pratiquement impossible le financement de l’énergie nucléaire par des produits financiers durables. Dans un communiqué, le groupe des Verts au Parlement européen évoque les « tentatives des gouvernements de politiser les critères environnementaux afin d’inclure leurs industries nationales dans les définitions européennes du développement durable ».

Cette préoccupation à propos de l’investissement devrait être relayé par une réflexion sur la classification des techniques, de la plus appropriée à la plus néfaste. Nous pouvons opérer une taxonomie des technologies par les caractéristiques de l’énergie utilisée. Ainsi pour les méthodes de déplacement, nous sommes passés de l’utilisation de notre énergie endosomatique, propre à notre corps, puis nous avons ajouté l’énergie exosomatique, énergie animale, et l’énergie du feu (bois, énergie fossile, nucléaire…) pour finir par se déplacer avec des machines de plus en plus monstrueuses. Ainsi ce tableau donnant la marche de l’histoire vers le « progrès » :

marche cheval vélo train voiture voiture électrique avion fusée

La société de croissance nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite en épuisant les ressources non renouvelables et en créant une pollution dont le réchauffement climatique n’est qu’un des aspects. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, le mot d’ordre deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite… et beaucoup plus cher ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. On peut de même classer toutes nos activités de la plus approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique >société des écrans

Au niveau d’une taxonomie de nos besoins, la notion de sobriété nous invite à nous interroger personnellement sur nos besoins, sur leur importance réelle ou supposée, ainsi que sur les priorités que nous pouvons établir entre eux. Nous pouvons définir une hiérarchie qui passe des besoins vitaux aux essentiels, puis indispensables, utiles, convenables, accessoires, futiles, extravagants et inacceptables. Chacun peut se livrer à l’exercice pour lui-même, en famille ou au travail, de façon à prendre conscience de l’impact de tel ou tel achat ou comportement. Rien ne sera possible sans une adhésion pleine et entière de tous nos concitoyens. Il s’agit de faire jouer à plein ce qui est la contre-partie indissociable de notre liberté : notre responsabilité ! Prenons l’exemple de nos besoins de mobilité individuelle. Ai-je vraiment besoin de me déplacer ? Quels sont les déplacements de loisirs et les déplacement contraints ? Le principe de sobriété nous incite à les réduire en essayant de nous rapprocher de notre lieu de travail. Nous pouvons aussi recourir à un mode doux de déplacement, marche, vélo, rollers, trottinette… La sobriété dimensionnelle nous incite à éviter toute surpuissance inutile dans le choix d’un véhicule. La sobriété coopérative repose sur la mise en commun pour réduire les besoins : mutualisation des équipements, autopartage, co-voiturage, auto-stop. La sobriété d’usage consiste à limiter le niveau et la durée d’utilisation d’un appareil, conduite douce par exemple.

La définition de taxonomies par un gouvernement aurait l’avantage de devenir un élément de langage collectif permettant à une société de retrouver à la fois une certaine cohérence et des perspectives d’avenir moins sombres…

* LE MONDE du 13 décembre, L’Europe peine à s’accorder sur ce qu’est réellement une activité économique « verte »

TV sur l’eau ce soir, à voir absolument

Main Basse sur l’eau, un documentaire de Jérôme Fritel sur Arte à 20h50. Cela nous change du néant dans lequel se dissout les chaînes de télévision ce jour. Sur une planète de plus en plus peuplée et victime de dérèglements climatiques, l’eau, dont 70 % des réserves sont exploitées par l’homme, se raréfie. Les Nations unies estiment que la demande va augmenter de 50 % d’ici à 2030, et que 40 % de la population mondiale souffrira de pénuries. Pour certains fonds spéculatifs, cette richesse naturelle est en passe de devenir un produit financier comme un autre. Un responsable de Citigroup annonce clairement la fin de l’eau gratuite. « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix. Comment convaincre les gens de réduire leur consommation si vous leur donnez l’eau gratuitement ! » Mais pour les financiers vautours, la sécheresse est synonyme de bonnes affaires, avec des rendements rapides et élevés au détriment de ceux qui ont besoin d’eau, c’est-à-dire tout le monde.

Après avoir épuisé les ressources non renouvelables au XXe siècle, nous entrons dans la raréfaction des ressources renouvelables, à commencer par la plus précieuse, celle qui est nécessaire à notre corps et fait vivre l’agriculture, l’eau. Rappelons-nous le verre d’eau de René Dumont lors de la présidentielle 1974, ou alors découvrons, voir la video. Dans combien de temps couperons-nous l’eau pour cause de factures impayées ? C’est déjà fait dans plusieurs pays sur la planète. Il y aura des guerres de l’eau, elles ont déjà commencé. Alors pour donner un peu d’espoir, allez lire Elinor Ostrom. Elle nous donne les principes de gestion durable des ressources communes :

1. des limites aux prélèvements clairement définies ;

2. la concordance entre les règles et les conditions locales ;

3. des dispositifs de choix collectifs sur le mode participatif ;

4. une surveillance et une autosurveillance des comportements ;

5. des sanctions graduelles pour les transgressions ;

6. des mécanismes de résolutions des conflits ou arènes locales ;

7. le droit à s’organiser sans intervention d’autorités externes ;

8. des entreprises imbriquées (pour les systèmes à grande échelle).

Nous sommes loin de la financiarisation de l’eau et des politiques libérales à la Thatcher !

La nouvelle Miss France, Maëva Coucke

Miss Nord-Pas-de-Calais, Maëva Coucke, 23 ans, a été élue Miss France. Contrairement à ce qui a pu être revendiqué, le concours des miss est tout sauf un pendant du féminisme. A moins que le féminisme ne se réduise à la promotion d’un modèle de beauté hyper-standardisé et ouvertement commercialisé ? Au-delà du fait que nous doutions que la beauté puisse être objectivée, d’un point de vue philosophique, ce concours n’a de toute façon pas lieu d’être parce qu’il représente non pas « des beautés » mais « une beauté » ! Le choix est déjà fait d’avance : vous avez voté pour une femme mince, grande, à la peau lisse, aux cheveux longs, aux formes bien proportionnées, et aux dents blanches. Comment est-il possible de cautionner une émission qui réduit la femme à son physique ? C’est bien dans ce but que toutes ces potiches qui nous viennent des quatre coins de la France secouent leur chevelure, remuent leur fessier et se tortillent dans des tenues plus vulgaires les une que les autres, du moins lorsqu’elles en ont, étant donné qu’elles passent les trois quarts de l’émission en maillot de bain et en sous-vêtements, sur talons aiguilles, bien sûr.

Qu’est-ce qui justifie, chères miss, que vous vous exhibiez à la télévision comme de simples objets de désir sans être accablées par la honte ? Nous comprenons que les Français aient besoin de se détendre et de se divertir. Mais n’y a-t- il pas d’autres distractions bien plus enrichissantes qui n’impliquent pas la dégradation de la femme ? Nous imaginons que cela doit procurer une extrême jouissance que de contempler toutes ces jolies femmes, ô combien mises en valeur, qui brillent de mille feux, sous l’effet des projecteurs, mais permettez juste une question : laisseriez-vous votre propre fille se donner en spectacle à la télévision, donc aux yeux du monde, dans le but d’alimenter un fantasme sexuel ? Arrêtons l’hypocrisie et cessons de dire que cette « émission » sert le féminisme. Comme nous savons qu’il s’agit de l’émission la plus regardée de l’année, on est en droit de se demander : où va le monde ?

Manon Secardin

NDLR : C’était, en décembre 2017, l’opinion du médiateur du Monde. Depuis lors, aucun article sur ce « concours » n’a été publié par LE MONDE.

« Casseurs de pub » vingt ans après

1999 : Automobile, la solution finale ! La civilisation automobile nous conduit tout droit à l’holocauste écologique. Épuisement des ressources naturelles, fossiles, minières… Pollution atmosphérique… Bétonnage massif. Plus sûrement que toutes les dictatures, automobile extermine la vie sur Terre, sasn différence de sexe, de race, d’espèces, animale ou végétale. Le régiment des hommes nouveaux, dans leur armure d’acier, écrase toute résistance. Rien d’étonnant, alors, que des groupes industriels, fleurons d’anciens régimes totalitaires, collaborent à cette destruction annoncée…. Armura, voiture propre ! Dans son habitacle filtré, vous voilà enfin protégé de totue pollution. L’insonorisation très soignée vous épargne tout bruit extérieur et la caisse renforcée ne vous fait craindre aucun violence. D’ailleurs de nouvelles vitres teintées à cristaux liquides vous isolent du monde, effaçant la laideur environnante. Au volant de l’Armura, vous ressentez un sentiment de puissance jusqu’à présent inconnu. Vous accédez à une nouvelle dimension. Les grands espaces s’ouvrent devant vous, vous vous sentez redevenir ce prédateur que vous n’avez jamais cessé d’être. Vous dominez l’Armura, vous faites corps avec l’Arura, vous êtes l’Armura. (Casseurs de pub n° 1 ( dossier de novembre 1999, 25 francs))

2019 : L’idée selon laquelle la voiture n’est qu’un objet, et non un système demeure. Les gens se disent que la voiture privée est nécessaire, car il n’y a actuellement aucune alternative à l’utilisation de la voiture pour certains trajets. On ne comprend pas que c’est le système automobile qui a créé ce problème : en étendant les villes au-delà des limites d’un piéton, en rendant les alternatives moins accessibles voire inexistantes, et en générant un besoin accru de déplacements. Nous devrions nous rappeler qu’il existait autrefois des alternatives, et qu’elles réapparaîtront si, d’une manière ou d’une autre, automobile était mise hors d’usage… Je suis naturellement optimiste, mais je ne peux pas non plus ignorer que l’époque de l’Anthropocène a été catastrophique pour le monde naturel. Tous les indicateurs montrent que la situation s’aggrave. Les nécessaires changements radicaux ne doivent pas être considérés comme des fardeaux ; ils sont avant tout des opportunités pour améliorer notre qualité de vie. (Randall Ghent, premier président de Casseurs de pub, fondateur de la revue Carbusters in La décroissance, numéro double décembre 2019-janvier 2020 (dossier Casseurs de pub, vingt ans))

éditorial de novembre 1999 : Quand la planète arrivera au bout de ce qu’elle peut nous donner. Quand tout sera devenu rare, l’air, le pétrole, l’eau. Quand apeurés, nous réclamerons des pouvoirs forts pour nous sauver de notre soif sans fin de consommation. Ils seront là tapis dans l’ombre, tous les petits Mao, Benito, Adolphe, Joseph… prêts à assouvir leur soif de pouvoir absolu. Ce numéro de Casseurs de pub, revue de l’environnement mental, est là pour que nous changions librement avant qu’on ne nous l’impose par la force. La sortie de la crise écologique ne se trouve pas dans un ordinateur, mais dans la tête de chacun de nous. Le pouvoir réel nous appartient, il est au bout de chacun de nos actes, quand nous prenons le vélo plutôt que la voiture, achetons dans une épicerie plutôt que dans une grande surface. Le pouvoir nous le détenons ; changeons, et le monde changera. (Raoul Anvélaut)

NDLR : « La Décroissance est le prolongement de « Casseurs de pub ». Que ce soit en 1999 ou en 2019, les protagoniste de cette critique radicale de notre système sont toujours Vincent Cheynet, Bruno Clémentin… et leur pseudo Anvélault. Bravo à ces deux-là pour leur constance sur vingt ans. Notre blog biosphere n’a que 14 ans, mais nous avons tous leurs numéros en archives, de 1999 à 2019.

Courrier, vouloir la pub, pas la subir

Chaque année en France, ce sont environ 18 milliards de publicités non sollicitées, soit 800 000 tonnes de papier, qui arrivent dans nos boites aux lettres. Chaque foyer français reçoit en moyenne 30 kg de prospectus. Fabrication, distribution, ramassage, traitement des déchets, recyclage, abandon en pleine nature… leur impact carbone peut être estimé à environ 800 000 tonnes de CO21, soit l’équivalent des émissions de 600 000 voitures neuves qui parcourraient 13 300 km dans l’année. Objets « à usage unique », ces imprimés ont une durée vie très courte. Alors que les citoyens ne demandent pas à recevoir ces publicités, ce sont eux qui, in fine, paient la facture. Trois milliards d’euros annuels dépensés par les publicitaires dans les prospectus sont au final payés par les consommateurs au travers de leurs achats, ce qui représente un coût de 200 euros pour une famille de 4 personnes. Plutôt que StopPub sur les boîtes aux lettres, un affichage « Pub acceptée » serait normal et nécessaire.

France Nature Environnement mène le combat contre le gaspillage des publicités non souhaitées dans les boîtes aux lettres depuis 1991. La fédération avait alors imaginé le dispositif « StopPub » pour permettre à chacun de refuser l’intrusion des messages commerciaux dans leur quotidien. Pas toujours respecté par les distributeurs, parfois arraché, abîmé avec le temps, difficile à obtenir ou même refusé par certaines copropriétés pour manque d’esthétisme, le dispositif a malheureusement montré ses limites. Il est donc temps d’inverser la tendance. Ce n’est pas à ceux qui ne souhaitent pas recevoir de publicité de faire un effort, mais bien à ceux qui souhaitent la recevoir, de le signaler. La logique de réduction des déchets, de préservation des ressources et l’urgence environnementale l’imposent : le geste par défaut doit être le geste vertueux. Autrement dit, pas de distribution de prospectus dans les boîtes aux lettres sans autocollant « Publicité acceptée ».

A l’occasion du projet de loi Anti-gaspillage, France Nature Environnement demande au gouvernement et aux parlementaires de soutenir sa proposition. Réduire de 50% les prospectus publicitaires serait deux fois plus efficace en termes de diminution des émissions de CO2 que de passer de 60 à 100% de recyclage sur les bouteilles plastique. Certains avanceront l’excuse de l’emploi pour reculer, alors que près de la moitié des prospectus sont actuellement imprimés à l’étranger.

Grève du 5 décembre et limites planétaires

Les manifestations de masse vont plutôt à la protection des avantages acquis, nous ne serons jamais plusieurs millions dans les rues pour exiger la sobriété partagée. La volonté de combattre le 5 décembre la énième réforme des retraites en était un exemple parmi d’autres. Les limites planétaires, on s’en fout quand on est cheminot ou enseignant, policier ou avocat, on est d’abord au service de sa propre catégorie professionnelle. La COP25, on s’en fout, mieux vaut manifester contre Macron. Pourtant le CO2 émis sur le territoire national représente 4,9 t/hab ; le dépassement est encore plus frappant quand on inclut les émissions liées aux importations, 7,9 t/hab. Pour espérer limiter le réchauffement de la planète à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait limiter les émissions de CO2 entre 1,6 et 2,8 tonnes par an et par habitant sur la période 2018-2100. Cela veut dire en termes clairs chauffer sa maison à 17°C maximum, diviser par quatre ou cinq l’usage de la voiture individuelle, ne jamais faire du tourisme par avion interposé, ne manger de la viande rouge qu’une fois pas semaine, ne plus se nourrir avec des préparations industrielles, etc. Nos émissions de gaz à effet de serre se trouvent en effet à la maison, dans nos déplacements et même dans notre assiette. Des études de plus en plus nombreuses constatent que nous sommes dans le rouge et que nos générations futures n’auront que des miettes au milieu de nos poubelles, y compris nucléaires. L’artificialisation des sols ne cesse jamais. Nos eaux souterraines sont infiltrées par des nitrates, des pesticides et des médicaments. Mais on aime manifester contre l’inéluctable réforme des retraites. Que dire de plus ?

Neuf limites planétaires et la France n’est pas la dernière pour les franchir. Pour la première fois un rapport officiel du ministère de la transition écologique l’affirme, mais qui va lire les 220 pages du rapport ? Qui va changer son mode de vie et faire preuve de sobriété ? Pourtant l’urgence est là, et pas seulement climatique. Une équipe de chercheurs internationaux avait forgé en 2009 cette notion de « limite planétaire ». Leurs travaux identifiaient les seuils-limite à ne pas franchir pour éviter que « le système-Terre ne bascule dans un état bien défavorable au développement des sociétés humaines ». En 2015 la même équipe identifiait quatre limites déjà franchies ou en cours de dépassement.

– Sur le front du climat, les auteurs estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. L’objectif des deux degrés de réchauffement, fixé par la communauté internationale comme limite à ne pas dépasser, représenterait déjà des risques significatifs pour les sociétés humaines partout sur Terre.

– La diversité du vivant pourrait s’éroder à un rythme de 10 espèces par an sur un capital d’un million sans impacts majeurs pour les société humaines. Cette limite est largement dépassée par le taux d’érosion actuel, 10 à 100 fois supérieur.

– Le changement rapide d’usage des sols est, lui aussi, globalement hors limite. Les chercheurs estiment ainsi qu’il faudrait conserver 75 % de couvert forestier dans les zones auparavant forestières ; au niveau mondial, le taux moyen actuel est estimé à tout juste un peu plus de 60 %.

– La quatrième limite franchie est la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore qui assurent la fertilité des sols agricoles. Ces perturbations sont principalement causées par l’utilisation excessive d’engrais et la mauvaise gestion des effluents des exploitations animales. Les phosphates naturels, qui servent à produire les engrais phosphatés, ont été recensés en 2014 par la Commission européenne comme faisant partie des 20 matières premières critiques, et c’est la seule qui concerne directement les questions de sécurité alimentaire.

Biosphere-Info, in memoriam Pierre Fournier

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Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise.

Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le « journal qui annonce la fin du monde », véritable sous-titre prémonitoire. Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. » (mensuel écologique »La Gueule ouverte », parution du n°1 en novembre 1972)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980), 1er éditorial de Pierre Fournier

pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

sur notre blog biosphere

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Pierre Fournier et la décroissance démographique

Pierre Fournier décrit LE MONDE

la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier (1937-1973) a dès les années 1970 perçu l’intérêt de retourner vivre en communautés rurales. Exemple :

17 septembre 1968, lettre à Elise Freinet : Ce sont les barricades de mai 1968 qui m’ont décidé. Elles m’ont fait comprendre qu’une idée se vit, ne se dit pas ; que l’expérience naît de l’action, ne la précède pas ; que tout est encore possible à qui agit pendant que les autres palabrent… »

Hara-Kiri (23 juin 1969) : Mon action (de revitalisation d’un village abandonné) s’insère dans un mouvement naissant visant à l’instauration d’une structure économique parallèle qui doit nous opposer aux structures aliénantes de notre société de consommation. Le but est de maintenir coûte que coûte les bases organiques auxquelles s’attaquent notre civilisation suicidaire, de démontrer par l’exemple que l’épuisement des ressources vitales et la pollution de la biosphère ne sont pas des fatalités inscrites dans un déroulement irréversible. Nous ne fuyons pas la société, au contraire nous allons à sa rencontre, aux sources qu’elle rejoindra bientôt malgré elle. Nous ne cherchons pas des refuges, mais des avant-postes. Dans nos villages, nous aurons nos coopératives pour la commercialisation de produits agricoles biologiques, nos ateliers et même nos laboratoires, car, contrairement à ce qu’on peut penser, nous ne souhaitons pas freiner la connaissance scientifique mais seulement contrôler ses applications. Ce que je cherche encore, c’est le capitaliste génial qui, en participant à la société d’économie mixte fondée par la municipalité pour la mise en valeur de son territoire, investira dans la civilisation de l’avenir.

Hara-Kiri (4 au 18 août 1969) : Il s’agit de cultiver, dans un but d’exemplarité, de contagion (et si la contagion ne se produit pas, tant pis), un art de vivre difficile, un art de vivre en bonne santé, c’est-à-dire en bon accord avec le sol, les saisons, les autres, qu’ils soient plantes, animaux ou humains, et en satisfaisant au mieux, c’est-à-dire sans faire du tort à personne, nos vrais besoin.s Car nous n’avons pas des besoins très différents de ceux du nuage, de la terre et de l’arbre. Nous avons comme eux nos nécessités intimes, inscrites en nous, très profondément, par des millénaires de difficile adaptation aux conditions de vie terrestres.

Charlie Hebdo (1er novembre 1971) : Je suis à peu près persuadé que tout ce qu’il reste à faire d’intelligent est de fonder des communautés. Mais en même temps qu’il n’y a quasiment plus d’endroits où ce soit possible et il n’y a pas encore de gens avec qui ce soit possible. Se lancer là-dedans, c’est le meilleur moyen de se faire bouffer tout cru. J’aime mieux perdre mon temps à bosser pour Charlie que perdre mon temps à faire le con avec des communautaires foireux.

Charlie Hebdo (25 septembre 1972) : Un cultivateur moderne, condamné à la rentabilité selon les normes de l’agriculture industrielle, est un conducteur d’engins, rien de plus. Un paysan traditionnel est un botaniste, un naturaliste, un météorologue, un maçon, un boisselier, un forgeron, et j’en oublie. Il est le dernier dépositaire d’un trésor culturel, mais il a honte devant son fils parce que cet abruti sait lire le Dauphiné libéré, et écrire le nom d’un démagogue sur un bulletin de vote… Nous ne pourrons pas longtemps vivre tous dans les villes, en laissant aux machines le soin d’exploiter à mort ce qu’il restera de désert dans les interstices de la banlieue totale.

La Gueule ouvert (décembre 1972) : Si l’on excepte le cas trop particulier de l’Arche (la communauté fondée il y a vingt ans par Lanza del Vasto) et quelques autres peut-être, qui toutes ont en commun le mysticisme, aucune communauté véritable, à ce jour, n’a tenu assez longtemps pour pouvoir constituer un exemple. Ce n’est pas décourageant. Le mouvement n’en est qu’à ses débuts.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

La brève existence de Pierre Fournier (1937-1973) marque la médiatisation de l’urgence écologique.

janvier 1967, Pierre Fournier devient un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il aura été pendant quatre années l’écologiste le plus lu et le plus inspirant de France, des centaines de pages d’informations, de récits, d’ incitations à faire…

septembre 1968, conférence de la biosphère à l’égide de l’UNESCO, sous le titre « Notre planète devient-elle inhabitable ? »

1970, proclamée « année européenne de la conservation de la nature ».

22 avril 1970, le premier « Earth Day » marque aux États-Unis la naissance du mouvement environnemental.

16 novembre 1970, la couverture d’Hara-Kiri associe la mort du général de Gaulle et l’incendie d’un dancing en Isère : « Bal tragique à l’Élysée – 1 mort ». Le journal est interdit sur le champ, Il ressort en kiosque la semaine suivante sous le titre Charlie Hebdo.

Fin 1970, Alexander Grothendiek du mouvement « Survivre, pour la lutte des scientifiques avec les masses pour survivre », contacte Pierre Fournier.

Début 1971, création du ministère de l’environnement, soit 0,1 % du budget de l’Etat.

12 avril 1971, Prémillieu invite Fournier à participer à la première manifestation anti-nucléaire à Fessenheim, il y aura 1000 manifestants. Dans Charlie Hebdo, Fournier avait écrit : «  il faut aller gueuler contre le dépôt d’une bombe atomique à effet ralenti sur la rive du Rhin. » De toute la presse hebdomadaire pharisienne, il sera le seul à couvrir l’événement.

Fin avril, Fournier confie à Cavanna qu’outre ses actions militantes anti-nucléaires, il devient un « journaliste informatif ». En mai, il adhère à l’association des journaliste et écrivains pour la protection de la nature. Il reprend le vocabulaire de Survivre dont les feuilles, en ce mois de mai, prêchent une révolution fondée sur l’ÉCOLOGIE. Il se sent investi d’une mission : « Je ne vois pas qui pourrait ouvrir sa gueule à ma place dans la situation actuelle. » Pour Pierre, l’écologie est la suite logique de Mai 1968, dorénavant le rôle des politiques est « d’engager la société sur la voie qui conciliera la survie de l’espèce et le libre épanouissement de l’individu ».

Juin 1971, Gébé publie dans les pages de Charlie-Hebdo sa bande dessinée « L’An 01, on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ».

10 juillet 1971, le comité Bugey-Cobayes de Prémillieu et Fournier rassemble 15 000 personnes. A la suite se crée une dizaine d’associations de lutte contre les centrales nucléaires en construction.

Janvier 1972, l’ouvrage « A Blueprint for Survival » préconise la décentralisation de la société en de petites communautés capables d’auto-réguler leur population, d’assurer leur propres besoins alimentaires et de réduire la taille de leurs industries et infrastructures.

Mars 1972, rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Il prévoit un effondrement de la civilisation au cours du XXIe siècle si la trajectoire du développement exponentiel reste inchangé.

Avril 1972, les Amis de la Terre organisent, aux cris de « les vélos, pas l’auto ! » la première manifestation cycliste à Paris : 10 000 participants.

Juin 1972, premier sommet des Nations unies sur « l’environnement et le développement ». Le numéro spécial environnement du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la Terre » se vend à plus de 200 000 exemplaires.

Septembre 1972, Fournier lance son mensuel écologiste, « La Gueule ouverte, journal qui annonce la fin du monde » : 70 000 exemplaires vendus.

15 février 1973, alors qu’il participe au bouclage du numéro 5, Fournier est emporté par un arrêt cardiaque.

1974 : René Dumont se présente à la présidentielle en tant qu’écologiste. L’écologie entre en politique, Pierre Fournier avait facilité ce passage.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

sur notre blog biosphere

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique