écologie appliquée

La nouvelle Miss France, Maëva Coucke

Miss Nord-Pas-de-Calais, Maëva Coucke, 23 ans, a été élue Miss France. Contrairement à ce qui a pu être revendiqué, le concours des miss est tout sauf un pendant du féminisme. A moins que le féminisme ne se réduise à la promotion d’un modèle de beauté hyper-standardisé et ouvertement commercialisé ? Au-delà du fait que nous doutions que la beauté puisse être objectivée, d’un point de vue philosophique, ce concours n’a de toute façon pas lieu d’être parce qu’il représente non pas « des beautés » mais « une beauté » ! Le choix est déjà fait d’avance : vous avez voté pour une femme mince, grande, à la peau lisse, aux cheveux longs, aux formes bien proportionnées, et aux dents blanches. Comment est-il possible de cautionner une émission qui réduit la femme à son physique ? C’est bien dans ce but que toutes ces potiches qui nous viennent des quatre coins de la France secouent leur chevelure, remuent leur fessier et se tortillent dans des tenues plus vulgaires les une que les autres, du moins lorsqu’elles en ont, étant donné qu’elles passent les trois quarts de l’émission en maillot de bain et en sous-vêtements, sur talons aiguilles, bien sûr.

Qu’est-ce qui justifie, chères miss, que vous vous exhibiez à la télévision comme de simples objets de désir sans être accablées par la honte ? Nous comprenons que les Français aient besoin de se détendre et de se divertir. Mais n’y a-t- il pas d’autres distractions bien plus enrichissantes qui n’impliquent pas la dégradation de la femme ? Nous imaginons que cela doit procurer une extrême jouissance que de contempler toutes ces jolies femmes, ô combien mises en valeur, qui brillent de mille feux, sous l’effet des projecteurs, mais permettez juste une question : laisseriez-vous votre propre fille se donner en spectacle à la télévision, donc aux yeux du monde, dans le but d’alimenter un fantasme sexuel ? Arrêtons l’hypocrisie et cessons de dire que cette « émission » sert le féminisme. Comme nous savons qu’il s’agit de l’émission la plus regardée de l’année, on est en droit de se demander : où va le monde ?

Manon Secardin

NDLR : C’était, en décembre 2017, l’opinion du médiateur du Monde. Depuis lors, aucun article sur ce « concours » n’a été publié par LE MONDE.

« Casseurs de pub » vingt ans après

1999 : Automobile, la solution finale ! La civilisation automobile nous conduit tout droit à l’holocauste écologique. Épuisement des ressources naturelles, fossiles, minières… Pollution atmosphérique… Bétonnage massif. Plus sûrement que toutes les dictatures, automobile extermine la vie sur Terre, sasn différence de sexe, de race, d’espèces, animale ou végétale. Le régiment des hommes nouveaux, dans leur armure d’acier, écrase toute résistance. Rien d’étonnant, alors, que des groupes industriels, fleurons d’anciens régimes totalitaires, collaborent à cette destruction annoncée…. Armura, voiture propre ! Dans son habitacle filtré, vous voilà enfin protégé de totue pollution. L’insonorisation très soignée vous épargne tout bruit extérieur et la caisse renforcée ne vous fait craindre aucun violence. D’ailleurs de nouvelles vitres teintées à cristaux liquides vous isolent du monde, effaçant la laideur environnante. Au volant de l’Armura, vous ressentez un sentiment de puissance jusqu’à présent inconnu. Vous accédez à une nouvelle dimension. Les grands espaces s’ouvrent devant vous, vous vous sentez redevenir ce prédateur que vous n’avez jamais cessé d’être. Vous dominez l’Armura, vous faites corps avec l’Arura, vous êtes l’Armura. (Casseurs de pub n° 1 ( dossier de novembre 1999, 25 francs))

2019 : L’idée selon laquelle la voiture n’est qu’un objet, et non un système demeure. Les gens se disent que la voiture privée est nécessaire, car il n’y a actuellement aucune alternative à l’utilisation de la voiture pour certains trajets. On ne comprend pas que c’est le système automobile qui a créé ce problème : en étendant les villes au-delà des limites d’un piéton, en rendant les alternatives moins accessibles voire inexistantes, et en générant un besoin accru de déplacements. Nous devrions nous rappeler qu’il existait autrefois des alternatives, et qu’elles réapparaîtront si, d’une manière ou d’une autre, automobile était mise hors d’usage… Je suis naturellement optimiste, mais je ne peux pas non plus ignorer que l’époque de l’Anthropocène a été catastrophique pour le monde naturel. Tous les indicateurs montrent que la situation s’aggrave. Les nécessaires changements radicaux ne doivent pas être considérés comme des fardeaux ; ils sont avant tout des opportunités pour améliorer notre qualité de vie. (Randall Ghent, premier président de Casseurs de pub, fondateur de la revue Carbusters in La décroissance, numéro double décembre 2019-janvier 2020 (dossier Casseurs de pub, vingt ans))

éditorial de novembre 1999 : Quand la planète arrivera au bout de ce qu’elle peut nous donner. Quand tout sera devenu rare, l’air, le pétrole, l’eau. Quand apeurés, nous réclamerons des pouvoirs forts pour nous sauver de notre soif sans fin de consommation. Ils seront là tapis dans l’ombre, tous les petits Mao, Benito, Adolphe, Joseph… prêts à assouvir leur soif de pouvoir absolu. Ce numéro de Casseurs de pub, revue de l’environnement mental, est là pour que nous changions librement avant qu’on ne nous l’impose par la force. La sortie de la crise écologique ne se trouve pas dans un ordinateur, mais dans la tête de chacun de nous. Le pouvoir réel nous appartient, il est au bout de chacun de nos actes, quand nous prenons le vélo plutôt que la voiture, achetons dans une épicerie plutôt que dans une grande surface. Le pouvoir nous le détenons ; changeons, et le monde changera. (Raoul Anvélaut)

NDLR : « La Décroissance est le prolongement de « Casseurs de pub ». Que ce soit en 1999 ou en 2019, les protagoniste de cette critique radicale de notre système sont toujours Vincent Cheynet, Bruno Clémentin… et leur pseudo Anvélault. Bravo à ces deux-là pour leur constance sur vingt ans. Notre blog biosphere n’a que 14 ans, mais nous avons tous leurs numéros en archives, de 1999 à 2019.

Courrier, vouloir la pub, pas la subir

Chaque année en France, ce sont environ 18 milliards de publicités non sollicitées, soit 800 000 tonnes de papier, qui arrivent dans nos boites aux lettres. Chaque foyer français reçoit en moyenne 30 kg de prospectus. Fabrication, distribution, ramassage, traitement des déchets, recyclage, abandon en pleine nature… leur impact carbone peut être estimé à environ 800 000 tonnes de CO21, soit l’équivalent des émissions de 600 000 voitures neuves qui parcourraient 13 300 km dans l’année. Objets « à usage unique », ces imprimés ont une durée vie très courte. Alors que les citoyens ne demandent pas à recevoir ces publicités, ce sont eux qui, in fine, paient la facture. Trois milliards d’euros annuels dépensés par les publicitaires dans les prospectus sont au final payés par les consommateurs au travers de leurs achats, ce qui représente un coût de 200 euros pour une famille de 4 personnes. Plutôt que StopPub sur les boîtes aux lettres, un affichage « Pub acceptée » serait normal et nécessaire.

France Nature Environnement mène le combat contre le gaspillage des publicités non souhaitées dans les boîtes aux lettres depuis 1991. La fédération avait alors imaginé le dispositif « StopPub » pour permettre à chacun de refuser l’intrusion des messages commerciaux dans leur quotidien. Pas toujours respecté par les distributeurs, parfois arraché, abîmé avec le temps, difficile à obtenir ou même refusé par certaines copropriétés pour manque d’esthétisme, le dispositif a malheureusement montré ses limites. Il est donc temps d’inverser la tendance. Ce n’est pas à ceux qui ne souhaitent pas recevoir de publicité de faire un effort, mais bien à ceux qui souhaitent la recevoir, de le signaler. La logique de réduction des déchets, de préservation des ressources et l’urgence environnementale l’imposent : le geste par défaut doit être le geste vertueux. Autrement dit, pas de distribution de prospectus dans les boîtes aux lettres sans autocollant « Publicité acceptée ».

A l’occasion du projet de loi Anti-gaspillage, France Nature Environnement demande au gouvernement et aux parlementaires de soutenir sa proposition. Réduire de 50% les prospectus publicitaires serait deux fois plus efficace en termes de diminution des émissions de CO2 que de passer de 60 à 100% de recyclage sur les bouteilles plastique. Certains avanceront l’excuse de l’emploi pour reculer, alors que près de la moitié des prospectus sont actuellement imprimés à l’étranger.

Grève du 5 décembre et limites planétaires

Les manifestations de masse vont plutôt à la protection des avantages acquis, nous ne serons jamais plusieurs millions dans les rues pour exiger la sobriété partagée. La volonté de combattre le 5 décembre la énième réforme des retraites en était un exemple parmi d’autres. Les limites planétaires, on s’en fout quand on est cheminot ou enseignant, policier ou avocat, on est d’abord au service de sa propre catégorie professionnelle. La COP25, on s’en fout, mieux vaut manifester contre Macron. Pourtant le CO2 émis sur le territoire national représente 4,9 t/hab ; le dépassement est encore plus frappant quand on inclut les émissions liées aux importations, 7,9 t/hab. Pour espérer limiter le réchauffement de la planète à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait limiter les émissions de CO2 entre 1,6 et 2,8 tonnes par an et par habitant sur la période 2018-2100. Cela veut dire en termes clairs chauffer sa maison à 17°C maximum, diviser par quatre ou cinq l’usage de la voiture individuelle, ne jamais faire du tourisme par avion interposé, ne manger de la viande rouge qu’une fois pas semaine, ne plus se nourrir avec des préparations industrielles, etc. Nos émissions de gaz à effet de serre se trouvent en effet à la maison, dans nos déplacements et même dans notre assiette. Des études de plus en plus nombreuses constatent que nous sommes dans le rouge et que nos générations futures n’auront que des miettes au milieu de nos poubelles, y compris nucléaires. L’artificialisation des sols ne cesse jamais. Nos eaux souterraines sont infiltrées par des nitrates, des pesticides et des médicaments. Mais on aime manifester contre l’inéluctable réforme des retraites. Que dire de plus ?

Neuf limites planétaires et la France n’est pas la dernière pour les franchir. Pour la première fois un rapport officiel du ministère de la transition écologique l’affirme, mais qui va lire les 220 pages du rapport ? Qui va changer son mode de vie et faire preuve de sobriété ? Pourtant l’urgence est là, et pas seulement climatique. Une équipe de chercheurs internationaux avait forgé en 2009 cette notion de « limite planétaire ». Leurs travaux identifiaient les seuils-limite à ne pas franchir pour éviter que « le système-Terre ne bascule dans un état bien défavorable au développement des sociétés humaines ». En 2015 la même équipe identifiait quatre limites déjà franchies ou en cours de dépassement.

– Sur le front du climat, les auteurs estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. L’objectif des deux degrés de réchauffement, fixé par la communauté internationale comme limite à ne pas dépasser, représenterait déjà des risques significatifs pour les sociétés humaines partout sur Terre.

– La diversité du vivant pourrait s’éroder à un rythme de 10 espèces par an sur un capital d’un million sans impacts majeurs pour les société humaines. Cette limite est largement dépassée par le taux d’érosion actuel, 10 à 100 fois supérieur.

– Le changement rapide d’usage des sols est, lui aussi, globalement hors limite. Les chercheurs estiment ainsi qu’il faudrait conserver 75 % de couvert forestier dans les zones auparavant forestières ; au niveau mondial, le taux moyen actuel est estimé à tout juste un peu plus de 60 %.

– La quatrième limite franchie est la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore qui assurent la fertilité des sols agricoles. Ces perturbations sont principalement causées par l’utilisation excessive d’engrais et la mauvaise gestion des effluents des exploitations animales. Les phosphates naturels, qui servent à produire les engrais phosphatés, ont été recensés en 2014 par la Commission européenne comme faisant partie des 20 matières premières critiques, et c’est la seule qui concerne directement les questions de sécurité alimentaire.

Biosphere-Info, in memoriam Pierre Fournier

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Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise.

Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le « journal qui annonce la fin du monde », véritable sous-titre prémonitoire. Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. » (mensuel écologique »La Gueule ouverte », parution du n°1 en novembre 1972)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980), 1er éditorial de Pierre Fournier

pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

sur notre blog biosphere

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Pierre Fournier et la décroissance démographique

Pierre Fournier décrit LE MONDE

la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier (1937-1973) a dès les années 1970 perçu l’intérêt de retourner vivre en communautés rurales. Exemple :

17 septembre 1968, lettre à Elise Freinet : Ce sont les barricades de mai 1968 qui m’ont décidé. Elles m’ont fait comprendre qu’une idée se vit, ne se dit pas ; que l’expérience naît de l’action, ne la précède pas ; que tout est encore possible à qui agit pendant que les autres palabrent… »

Hara-Kiri (23 juin 1969) : Mon action (de revitalisation d’un village abandonné) s’insère dans un mouvement naissant visant à l’instauration d’une structure économique parallèle qui doit nous opposer aux structures aliénantes de notre société de consommation. Le but est de maintenir coûte que coûte les bases organiques auxquelles s’attaquent notre civilisation suicidaire, de démontrer par l’exemple que l’épuisement des ressources vitales et la pollution de la biosphère ne sont pas des fatalités inscrites dans un déroulement irréversible. Nous ne fuyons pas la société, au contraire nous allons à sa rencontre, aux sources qu’elle rejoindra bientôt malgré elle. Nous ne cherchons pas des refuges, mais des avant-postes. Dans nos villages, nous aurons nos coopératives pour la commercialisation de produits agricoles biologiques, nos ateliers et même nos laboratoires, car, contrairement à ce qu’on peut penser, nous ne souhaitons pas freiner la connaissance scientifique mais seulement contrôler ses applications. Ce que je cherche encore, c’est le capitaliste génial qui, en participant à la société d’économie mixte fondée par la municipalité pour la mise en valeur de son territoire, investira dans la civilisation de l’avenir.

Hara-Kiri (4 au 18 août 1969) : Il s’agit de cultiver, dans un but d’exemplarité, de contagion (et si la contagion ne se produit pas, tant pis), un art de vivre difficile, un art de vivre en bonne santé, c’est-à-dire en bon accord avec le sol, les saisons, les autres, qu’ils soient plantes, animaux ou humains, et en satisfaisant au mieux, c’est-à-dire sans faire du tort à personne, nos vrais besoin.s Car nous n’avons pas des besoins très différents de ceux du nuage, de la terre et de l’arbre. Nous avons comme eux nos nécessités intimes, inscrites en nous, très profondément, par des millénaires de difficile adaptation aux conditions de vie terrestres.

Charlie Hebdo (1er novembre 1971) : Je suis à peu près persuadé que tout ce qu’il reste à faire d’intelligent est de fonder des communautés. Mais en même temps qu’il n’y a quasiment plus d’endroits où ce soit possible et il n’y a pas encore de gens avec qui ce soit possible. Se lancer là-dedans, c’est le meilleur moyen de se faire bouffer tout cru. J’aime mieux perdre mon temps à bosser pour Charlie que perdre mon temps à faire le con avec des communautaires foireux.

Charlie Hebdo (25 septembre 1972) : Un cultivateur moderne, condamné à la rentabilité selon les normes de l’agriculture industrielle, est un conducteur d’engins, rien de plus. Un paysan traditionnel est un botaniste, un naturaliste, un météorologue, un maçon, un boisselier, un forgeron, et j’en oublie. Il est le dernier dépositaire d’un trésor culturel, mais il a honte devant son fils parce que cet abruti sait lire le Dauphiné libéré, et écrire le nom d’un démagogue sur un bulletin de vote… Nous ne pourrons pas longtemps vivre tous dans les villes, en laissant aux machines le soin d’exploiter à mort ce qu’il restera de désert dans les interstices de la banlieue totale.

La Gueule ouvert (décembre 1972) : Si l’on excepte le cas trop particulier de l’Arche (la communauté fondée il y a vingt ans par Lanza del Vasto) et quelques autres peut-être, qui toutes ont en commun le mysticisme, aucune communauté véritable, à ce jour, n’a tenu assez longtemps pour pouvoir constituer un exemple. Ce n’est pas décourageant. Le mouvement n’en est qu’à ses débuts.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

La brève existence de Pierre Fournier (1937-1973) marque la médiatisation de l’urgence écologique.

janvier 1967, Pierre Fournier devient un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il aura été pendant quatre années l’écologiste le plus lu et le plus inspirant de France, des centaines de pages d’informations, de récits, d’ incitations à faire…

septembre 1968, conférence de la biosphère à l’égide de l’UNESCO, sous le titre « Notre planète devient-elle inhabitable ? »

1970, proclamée « année européenne de la conservation de la nature ».

22 avril 1970, le premier « Earth Day » marque aux États-Unis la naissance du mouvement environnemental.

16 novembre 1970, la couverture d’Hara-Kiri associe la mort du général de Gaulle et l’incendie d’un dancing en Isère : « Bal tragique à l’Élysée – 1 mort ». Le journal est interdit sur le champ, Il ressort en kiosque la semaine suivante sous le titre Charlie Hebdo.

Fin 1970, Alexander Grothendiek du mouvement « Survivre, pour la lutte des scientifiques avec les masses pour survivre », contacte Pierre Fournier.

Début 1971, création du ministère de l’environnement, soit 0,1 % du budget de l’Etat.

12 avril 1971, Prémillieu invite Fournier à participer à la première manifestation anti-nucléaire à Fessenheim, il y aura 1000 manifestants. Dans Charlie Hebdo, Fournier avait écrit : «  il faut aller gueuler contre le dépôt d’une bombe atomique à effet ralenti sur la rive du Rhin. » De toute la presse hebdomadaire pharisienne, il sera le seul à couvrir l’événement.

Fin avril, Fournier confie à Cavanna qu’outre ses actions militantes anti-nucléaires, il devient un « journaliste informatif ». En mai, il adhère à l’association des journaliste et écrivains pour la protection de la nature. Il reprend le vocabulaire de Survivre dont les feuilles, en ce mois de mai, prêchent une révolution fondée sur l’ÉCOLOGIE. Il se sent investi d’une mission : « Je ne vois pas qui pourrait ouvrir sa gueule à ma place dans la situation actuelle. » Pour Pierre, l’écologie est la suite logique de Mai 1968, dorénavant le rôle des politiques est « d’engager la société sur la voie qui conciliera la survie de l’espèce et le libre épanouissement de l’individu ».

Juin 1971, Gébé publie dans les pages de Charlie-Hebdo sa bande dessinée « L’An 01, on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ».

10 juillet 1971, le comité Bugey-Cobayes de Prémillieu et Fournier rassemble 15 000 personnes. A la suite se crée une dizaine d’associations de lutte contre les centrales nucléaires en construction.

Janvier 1972, l’ouvrage « A Blueprint for Survival » préconise la décentralisation de la société en de petites communautés capables d’auto-réguler leur population, d’assurer leur propres besoins alimentaires et de réduire la taille de leurs industries et infrastructures.

Mars 1972, rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Il prévoit un effondrement de la civilisation au cours du XXIe siècle si la trajectoire du développement exponentiel reste inchangé.

Avril 1972, les Amis de la Terre organisent, aux cris de « les vélos, pas l’auto ! » la première manifestation cycliste à Paris : 10 000 participants.

Juin 1972, premier sommet des Nations unies sur « l’environnement et le développement ». Le numéro spécial environnement du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la Terre » se vend à plus de 200 000 exemplaires.

Septembre 1972, Fournier lance son mensuel écologiste, « La Gueule ouverte, journal qui annonce la fin du monde » : 70 000 exemplaires vendus.

15 février 1973, alors qu’il participe au bouclage du numéro 5, Fournier est emporté par un arrêt cardiaque.

1974 : René Dumont se présente à la présidentielle en tant qu’écologiste. L’écologie entre en politique, Pierre Fournier avait facilité ce passage.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

sur notre blog biosphere

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

– Papa, c’est loin l’apocalypse ? Tais-toi et consomme.

– Depuis que je suis tout petit, le monde « moderne », le monde où nous enferme une technologie acéphale et monstrueusement foisonnante, me remplit d’horreur par sa laideur. Cette laideur est le signe d’un profond déséquilibre, et ce déséquilibre finira par entraîné la destruction de la civilisation qui l’avait engendré.

– Le « devoir » de nos concitoyens est de déserter un espace rural désormais voué à la pollution touristique et de s’entasser frénétiquement dans des mégalopoles invivables. Toute une imprégnation idéologique les y pousse.

– Je ne peux pas piffrer ce mot d’environnement, il pue l’anthropocentrisme, alors que la prise de conscience qui l’a mis à la mode annonce la fin d’un anthropocentrisme dépassé.

– Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes aux autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la Terre inhabitable non seulement pour lui, mais pour toutes les formes de vie qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence.

– Si l’homme peut détruire le monde d’une manière brutale, il peut aussi le détruire tranquillement, mais tout aussi efficacement, en déchirant le fine toile que la nature a tissée afin de maintenir toutes choses dépendantes les unes des autres, depuis la plus élémentaire forme de vie contenue dans le sol, jusqu’à l’homme, en passant par la plante et par l’animal.

– C’est toujours le Fric qui commande, c’est-à-dire les choses, c’est-à-dire personne, Vous pouvez remonter n’importe quelle filière du Pouvoir vous trouverez toujours, au bout, les Choses, l’engrenage des prétendues « fatalités », rien.

– Outre que notre attitude donne mauvaise conscience aux inertes, aux obéissants, – à tout le monde quoi !- , notre action si elle s’étendait, dérangerait les plans des technocrates, fausserait les calculs des profiteurs et troublerait la quiétude des esclaves. Autant dire que nos idées ont tout pour faire l’unanimité contre elles.

– Le problème de la survie n’est pas seulement politique, il va beaucoup plus loin que ça. C’est le problème de la relation de l’homme au réel. C’est un problème religieux (du latin religere, relier). Une religion est un système de relations de l’homme à la nature, et pas suite de l’homme à l’homme. Elle n’implique pas l’existence du Dieu judéo-chrétien. Toute grande révolution est un changement de religion. Le culte du progrès est une religion messianique et fataliste, basées sur des dogmes métaphysique, entretenues par une Eglise qui a comme celle du Moyen Age, les monopoles de l’éducation, plus beaucoup d’autres que l’Église médiévale n’avait pas.

– Il y a quelques irréductibles qui n’achètent jamais rien. Ils font leur pain avec leur blé, et leur lessive avec les cendres du four. Ils polluent pas plus qu’un papou. Ils sont les derniers hommes libres. Ou les premiers, peut-être ? En tout cas, si on veut pas disparaître dans la tourmente, quand tout va se faire la valise, on ferait bien de se mettre à leur école.

– Nous sommes des prophètes de malheur. Nous sommes des emmerdeurs et des minoritaires indésirables. Admettre le bien-fondé de notre position, c’est admettre qu’il faut tout remettre en cause, jusqu’aux habitudes physiques et mentales les plus confortables et les mieux ancrées.

– La révolution écologique consiste à tout remettre à l’endroit.

Extraits de « Fournier, face à l’avenir » (Diane Veyrat – Les cahiers dessinés, 2019)

MiaouBOX pour une société débile

En tant que journalistes, nous recevons par mail beaucoup de messages d’entreprises plus ou moins débiles, mais celui-là bas le pompon.

« LE CADEAU AU POIL POUR NOËL, LA WOUFBOX & LA MIAOUBOX »

13,5 millions de chiens et 7,4 millions de chats, nos meilleurs amis à quatre pattes ne seront pas les grands oubliés au pied du sapin cette année. Woufbox et Miaoubox ont confectionné une box spécialement pour Noël composée de 8 produits choisis spécialement pour l’occasion sur le thématique des fêtes de fin d’année. Des jouets, des friandises, des accessoires, des produits d’hygiène, adaptés à chaque boule de poils pour garantir une expérience féerique au moment de déballer son cadeau le soir du réveillon Noël !  Qui a dit que gâter son animal de compagnie était onéreux ? Les coffrets cadeaux en Édition Limitée pour Noël contenant 8 produits d’une valeur de 50€, sont proposés à 24,90€. De quoi mettre la patte au porte monnaies sans se ruiner ! Réalisé avec une patte de maître par nos experts canins et félins, chaque coffret est adapté selon les caractéristiques de l’animal. Un cadeau original qui ravira chaque membre de la tribu, en particulier le fidèle compagnon de la famille. L’idée cadeau qui permettra de consacrer encore plus de moments de complicité avec lui ! Chaque box est livrée entre le 15 et le 20 décembre, timing parfait pour la glisser sous le sapin le Jour-J !

Qu’en pense le parti animaliste ?

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste ou « naturiste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise. Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le journal qui annonce la fin du monde, véritable sous-titre prémonitoire du mensuel écologique « La Gueule ouverte » (parution du n°1 en novembre 1972). Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

La postface de Diane Veyrat* offre une très bonne synthèse de l’état actuel de l’écologisme. De 1973 à 2019, on dirait qu’on n’a rien su tirer des avertissements de Fournier. Difficile de changer toute une civilisation suicidaire. Ce livre nous offre aussi en annexes plus de 70 pages qui montrent la profonde pugnacité des écrits de Pierre Fournier. Il manquait une biographie actualisée de Pierre Fournier, voici chose faite grâce à Diane Veyrat.

* « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

PS : une recension a déjà été publiée que le site JNE, association à laquelle Pierre Fournier avait adhéré il y a bien longtemps

pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

On ne naît pas écolo, on le devient

Qui suis-je ? Il y a bien des nombres pour me caractériser, mon numéro d’inscription à la sécurité sociale, des chiffres pour téléphoner, un numéro sur ma porte d’entrée, un indicatif postal, une plaque minéralogique, un code bancaire, des chiffres, encore des chiffres. Et moi je ne suis qu’une simple unité parmi des milliards d’habitants qui réduisent d’autant mon espace vital, celui des autres espèces et la beauté de la nature qui m’entourait. Désespérant d’être un minuscule rouage d’une énorme machinerie numérisée qui écrase tout sur son passage. Désespérant ? C’est aussi une motivation pour réagir ! Dans mon carnet de notules que je tenais depuis 1969, j’attribuais à Tchekhov cette phrase que j’ai fait mienne : « Tout homme a en lui-même un esclave qu’il tente de libérer. » Je me suis libéré. Pour mieux réfléchir… Pour aider à améliorer le monde… J’ai soutenu et propagé comme j’ai pu tout ce qui allait dans ce sens, la non-violence, l’objection de conscience, le féminisme, le naturisme, le biocentrisme, le sens de l’écologie, le sentiment des limites de la planète, l’objection de croissance, le malthusianisme, la simplicité volontaire… Pas étonnant que je sois considéré comme écologiste radical. En rupture avec le système dominant. Mais je ne sais pas ce que veut dire faire la révolution, prendre le pouvoir. Trop brutal, inefficace à long terme. Je ne suis qu’un passeur. Je ne fais que transmettre les connaissances que j’ai acquises. Toute mon existence a été vouée à (in)former après m’être (in)formé, et peu importe de ne pas obtenir immédiatement un résultat probant. Chacun de nous apprend aux autres, consciemment ou inconsciemment, de façon maladroite ou pertinente. Car chacun de nos actes ou presque est jugé par d’autres, servant de modèle ou de repoussoir. C’est notre comportement commun qui fait le sens de l’évolution sociale, mais nous ne sommes pas à la place d’autrui, chacun fait ce qu’il peut. Quant à moi, il me suffit d’avoir fait ce que j’estimais devoir faire, la part du colibri.

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » [Pierre Rabhi, La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir (éditions de l’Aube, 2011)

Né en 1947, je ne suis arrivé qu’après mai 1968 aux années de mon éclosion, de ma renaissance. Élevé dans une société autoritaire, imbibée de religiosité et d’économisme, j’ai quand même réussi à penser autrement. Avec ce livre*, je n’ai pas voulu me contenter de dénoncer l’inertie socio-politique et le déni économique face à l’urgence écologique. Ma bibliothèque est déjà plus que pleine de ces livres sur l’effondrement en cours de notre civilisation thermo-industrielle sans qu’on sache quoi que ce soit de l’engagement personnel de l’auteur. J’ai essayé de mettre de la chair autour des idées. Cela me semblait plus porteur qu’un énième livre sur la crise écologique. C’est pourquoi dans chaque partie de ce livre je raconte ma propre expérience pour essayer d’en tirer des enseignements profitables à tous. Je voudrais te convaincre que tu es toi aussi un écologiste qui sommeille, qui s’éveille, qui peut agir. On ne naît pas écolo, on le devient. J’ai essayé de montrer que nous sommes à la fois déterminés par notre milieu social et libre de choisir notre destinée. Il n’y a de liberté véritable que dans la mesure où nous savons mesurer les contraintes qui pèsent sur nous. J’ai écris ce livre pour partager avec toi mes pensées et mon vécu car nous partageons la même maison, la Terre, si belle, si fragile.

* On ne naît pas écolo, on le devient » de Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre

de la part de biosphere, « Bon anniversaire Michel … »

Il n’y aura rien sans débordement populaire

Cherchez de qui il s’agit grâce à ses phrases commentées sur lemonde.fr :

  • XXX: « La bataille n’est plus sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même. Or, nous sommes dirigés par une élite inconsciente, ou cynique, obsédée par la croissance, la concurrence, la mondialisation, qui fonce droit dans le mur écologique. Nous devons lui reprendre le volant des mains et cet impératif peut nous rassembler. »

– « Il n’y aura rien sans débordement populaire ». Vous mettez ces mêmes mots dans la bouche d’un partisan du RN et toute la gôche s’enflamme. Jusqu’à quand Le Monde va-t-il relayer et amplifier ces appels à la violence de XXX ?

– L’alternative ne se bâtira pas, XXX a raison, par des alliances au « sommet » mais par des luttes collectives, ce fameux « débordement populaire » qu’il appelle de ses vœux, transcendant des couches sociales aujourd’hui divisées mais qui n’ont d’autre choix que subir ou s’unir.

– Très vivifiant qu’un député dise « qui ça fait encore rêver, la 5G? ». Enfin un peu de lucidité. Tant mieux si la Gauche sort du dogme de la croissance, cela signifie qu’on avance. Malheureusement XXX reste trop englué dans une vision manichéenne de la politique. S’il pense qu’un rassemblement autours des verts et des rouges (il en reste?) suffira, il sera déçu.

– « Notre démocratie est colonisée de l’intérieur par un caste dont Macron n’est que la partie émergée » déclare XXX dans son interview. Quels sont les membres de cette « caste », quels sont leur mode d’action, quels sont leur liens avec la City ou la Suisse? Faute de réponse précise, il est difficile de prendre au sérieux ces allégations.

– On gardera en mémoire : «  Le progrès ne passe plus par les biens mais par les liens ». La fin du progrès par les biens expliqué ainsi : « on n’a pas besoin de 2 frigidaires ». Et l’avènement de la société du lien, « développer les emplois d’aide à domicile ». Wouah… puissant !

– Des belles paroles mais rien de bien cohérent. D’un côté, il soutient les gilets jaunes qui demandent plus de pouvoir d’achat, et de l’autre il soutient un modèle de décroissance écolo.

– Ce type est délirant et inquiétant tout à la fois. Il nie le résultat des élections et veut détruire la démocratie. Déjà en Novembre-Décembre dernier il était au bord de la sédition et de la violence au moment du pic du mouvement des gilets jaunes. Il postule l’existence d’une oligarchie mais tout dans son discours diviseur montre qu’il veut imposer la domination par une autre oligarchie.

– Un discours qui part dans tous les sens. Un exemple : « Depuis la préhistoire, dans le peuple, vieillesse a signifié misère ». La vieillesse existait-elle dans l’Antiquité, au Moyen Age ? L’espérance de vie était faible, mais la vieillesse devait être heureuse pour les rares septuagénaires ou octogénaires considérés comme des sages.

– Le nouveau prof de gauche avec sa rhétorique écologiste, féministe, décolonialiste, décroissanciste, altermondialiste, collapsologiste et autres jus de crâne de diplômés du verbe qui vivent dans le confort, non seulement il n’aura pas le prolo avec lui, il l’aura surtout contre lui dès que le frigo sera menacé.

« L’émission pour la Terre » : dix geste écolos

96 % des votants sont prêts à ne manger ni viande ni poisson une fois par semaine. L’intention ne vaut pas l’action, mais« L’émission pour la Terre » de Nagui et Anne-Elisabeth Lemoine sur France 2 le 15 octobre avait au moins l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « acheter des fruits et légumes de saison », « se chauffer à 19 degrés », « planter des fleurs pour les abeilles », « donner du temps à une association pour la nature », « remplacer gobelets et bouteilles en plastique par une gourde », « acheter moins de vêtements » , « ne pas prendre sa voiture pour des trajets inférieurs à 3 kilomètres… si c’est possible » ; « ne pas prendre l’avion pendant un an ». etc. Une manière de greenwashing pour récupérer à des fins marketing la préoccupation écolo du grand public Ce n’est pas à la hauteur de l’urgence.

Ce ne sont dix gestes pour la planète qu’il faudrait mettre en œuvre personnellement, ce sont des milliers de gestes, et cela de façon drastique : ne jamais prendre l’avion, marcher ou rouler en vélo, manger végétarien plusieurs fois par semaine, ne pas faire de tourisme, vendre sa maison secondaire, changer de boulot quand il est nuisible, diminuer ses revenus, etc. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés et les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Mais trêve de critiques, le végétarien Nagui Fam montre bien l’interdépendance entre notre comportement quotidien et notre responsabilité globale : « Si vous prenez les incendies en Amazonie, on peut dire : c’est Bolsonaro qui brûle le poumon de la planète. Mais si on va plus loin, il brûle la forêt pour cultiver du soja, qu’il revend pour nourrir le bétail dont il exporte la viande. Viande que nous sommes tous susceptibles de manger. Alors, ce n’est pas en ne mangeant qu’un steak par semaine que la forêt amazonienne va s’éteindre ? Et bien, pourquoi pas ! L’effet papillon existe. »

Rappel historique, sur le site www.defipourlaterre.org en mai 2005 : ECOCITOYENS, vous souhaitez passer à l’action ? En quelques clics de souris, engagez-vous, en direct, à fermer le robinet d’eau quand vous vous brossez les dents, à utiliser des ampoules basse consommation ou à aller chercher votre pain à pied plutôt qu’en voiture…

Trois Nobel pour lutter contre la pauvreté !

Le 51e « prix Nobel » d’économie a été attribué, lundi 14 octobre, à la Franco-Américaine Esther Duflo et aux Américains Abhijit Banerjee et Michael Kremer pour leurs travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde. Ils se partageront le prix de 9 millions de couronnes (environ 830 000 euros), on se demande avec qui ils vont partager cette somme à leur tour…

Notons que ce n’est pas un « prix Nobel », mais le « prix de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». Nobel doit se retourner dans sa tombe, et d’ailleurs ses descendants ne sont pas d’accord : Jamais, dans la correspondance d’Alfred Nobel, on ne trouve la moindre mention concernant un prix en économie. Comme un coucou, la Banque royale de Suède a déposé son œuf dans le nid d’un autre oiseau. Bref, la profession des économistes s’est frauduleusement appropriée le prestige de ce prix. Notons surtout qu’il faut remonter à 1990 avec le prix Nobel d’économie décernée à Elinor Ostrom pour avoir une vision réaliste de nos pratiques (gouvernance des biens communs). Le Nobel d’économie, c’est surtout pour le courant dominant, libéral-orthodoxe, business as usual.

L’an dernier, ce fut une imposture avec le prix décernée aux Américains William Nordhaus et Paul Romer. Les colauréats avaient « mis au point des méthodes pour conjuguer croissance durable à long terme de l’économie mondiale et bien-être de la planète ». Comme chacun devrait savoir, une personne qui croit encore qu’une croissance à long terme est possible dans un système planétaire clos (dont on a déjà transgressé toutes les limites) est soit un fou, soit un économiste. Pour être un bon économiste est faut d’abord être un bon écologiste, sinon c’est de l’économie hors sol. Pour lutter contre la pauvreté, les nobélisés sous-estiment les données biophysiques, matérielles, de notre habitat et de ses ressources. On ne peut attribuer le salaire minimum, l’assurance santé et la gratuité de l’éducation qu’à une minorité des humains, la grande majorité étant au bord de la famine et les pays développés au bord de l’effondrement systémique. Un système de redistribution n’est possible que quand il y a un surplus à redistribuer.

Généalogie du négationnisme écologique

Ecolopop : Le négationnisme écologique se porte bien (lire aussi les aventures de M. Allègre, ancien ministre d’état). De quoi s’agit-il ? Tout simplement, de publier un maximum d’articles et de reportages visant à nier l’évidence du réchauffement climatique avec un objectif ultime : continuer à vendre le maximum de pétrole, pour ramasser un max de dollars. (2007)

environnement.blogs.liberation : « Du négationnisme écologique et autres considérations… Les opposants au principe de précaution prétendent que s’il avait été appliqué dans le passé, il n’y aurait ni aspirine, ni feu, ni progrès, … mais un ramassis d’Homo erectus tapis dans des cavernes. Utilisons le même raisonnement à l’envers : avec le principe de précaution, il n’y aurait eu ni poudre, ni arbalètes (d’ailleurs interdites par le pape Inoccent III pour les guerres entre Chrétiens !), ni bombe atomique… De l’aspirine ou des armes, qu’est-ce qui affiche le plus de victimes au compteur ? » (Laure Noualhat, 2007)

alerte-environnement : Dans une tribune publiée sur le site NouvelObs.com le 26 mai, intitulée « Allègre et l’oxymore gouvernementale », Corinne Lepage dénonce Claude Allègre « qui illustre en France le négationnisme écologique ». La formule choc n’est pas le fruit de la créativité lexicale de la présidente de CAP21, mais de celle d’Alain Lipietz. Chose amusante, ce dernier l’a utilisée le 15 juin 2004 contre un certain Yves Lenoir, accusé alors d’être « négationniste de l’effet de serre ». (2009)

blogs.mediapart : Le négationnisme écologique a été une stratégie pendant de nombreuses années. Il s’est écoulé pas moins de 30 ans entre la publication du Printemps silencieux de Rachel Louise Carson en 1962, et la conférence de Rio sur la biodiversité en 1992. Pendant de nombreuses années, les écologistes, qu’ils soient scientifiques, membres d’association ou de partis politiques étaient vus au mieux comme de sympathiques hippies au pire de dangereux terroristes.(2010)

Valeurs vertes : Le négationnisme est le fait de nier la réalité de l’ampleur du changement climatique et de la crise écologique telle qu’elle a été établie par les connaissances scientifiques. On qualifie traditionnellement de climato-sceptiques ceux qui nient le changement climatique. Il faut aujourd’hui requalifier ce terme par climato-négationnistes. Pourquoi utiliser ce terme de négationnisme à fort contenu politique ? De la même façon que nier le processus d’extermination alors que les faits sont établis et que les historiens les ont parfaitement décrits, est un délit, le négationnisme climatique devrait être lui aussi être dénoncé comme une idéologie anti-science dangereuse. La question du négationnisme touche aussi la biodiversité dont la dégradation est autant préoccupante que celle du climat. Il faudrait donc parler plus généralement de négationnisme écologique, d’éco-négationnisme, c’est-à-dire nier les connaissances scientifiques qui établissent l’ampleur de la crise écologique. (Christian Brodhag, mars 2019)

Reporterre : Question, Le problème n’est-il pas le « négationnisme écologique de l’économie » ? Réponse d’Antonin Pottier : « Je refuse de parler de négationnisme parce que le mot appartient à un contexte historique précis : il ne faut pas le galvauder. En revanche, oui, il y a un oubli — presque parfois par inadvertance — du soubassement écologique des économies développées. On représente souvent l’environnement comme ce qui est autour de l’économie, placée au centre, alors qu’en fait c’est un socle sur lequel les sociétés et l’économie se développent. » (septembre 2016)

Romain Perez : « On ne doit plus pouvoir nier ou minimiser impunément la réalité des changements climatiques, ou la nocivité des intrants chimiques dans l’agriculture. Le négationnisme écologique forme aujourd’hui l’argumentaire principal des intérêts économiques engagés dans les activités les plus hostiles à notre écosystème. Il y a le négationnisme explicite, qui pousse certains politiciens et autres experts, généralement en lien avec ces intérêts, à minimiser ou nier la réalité des dommages environnementaux qu’ils créent. Il y a surtout le négationnisme implicite – le fameux « greenwashing » – qui consiste à maquiller ces dommages à travers des représentations et des messages volontairement trompeurs. De cette manipulation, le consommateur ressort désorienté et les organisations qui œuvrent réellement en faveur de l’environnement en sont pénalisées. Proscrire le négationnisme écologique en le sanctionnant pénalement serait donc une œuvre utile. » (octobre 2019)

Les émissions anthropiques de carbone

Depuis quinze ans, les émissions de gaz à effet de serre découlant des activités humaines ont dépassé le niveau d’injection massive de carbone lors de l’extinction des dinosaures :

Le Deep Carbon Observatory  (1) – forte de 504 chercheurs spécialistes du carbone : Les émissions naturelles annuelles (volcans, etc.) sont estimées entre 0,28 et 0,36 milliard de tonnes de CO2 par an. Or, en 2018, les émissions anthropiques, ont été de 33,1 milliards de tonnes pour le seul CO2 issu de la combustion du pétrole, du charbon et du gaz. L’industrie humaine surclasse la géologie et la réduit à une action marginale sur le système climatique terrestre pour ce facteur. Toutefois, notent les géologues, il est arrivé à la Terre de produire toute seule, sans l’intervention des humains qui n’existaient pas, des événements comparables en termes d’émissions de CO2. C’est arrivé cinq fois en 500 millions d’années. Ces injections massives de carbone ont provoqué des cataclysmes climatiques, l’acidification des océans et… des extinctions massives d’espèces vivantes. Les chercheurs prennent l’exemple de la collision d’un astéroïde géant, il y a 66 millions d’années, qui frappa la Terre dans la péninsule du Yucatan. Baptisé Chicxculub, ce bolide provoqua l’injection dans l’atmosphère d’entre 425 et 1400 milliards de tonnes de CO2. Il s’ensuivit un cataclysme climatique provoquant la disparition d’environ 75% des plantes et des animaux (dont les fameux dinosaures).

Or, ces quantités sont similaires à celles des émissions anthropiques, puisqu’en moins de 15 ans le bas de l’estimation des géologues est dépassé si on en croit les émissions de 2018. Et rien ne permet de penser que les émissions mondiales de CO2 vont chuter dans un avenir proche.

Écologie populaire et médiatisations

D’un côté 150 Français tirés au sort, rassemblés dans une convention citoyenne pour le climat, ont commencé à se pencher sur les mesures à prendre lutter contre le dérèglement climatique. Le premier ministre a assuré que cette convention a « vocation à inventer une écologie populaire dans tout ce que ce terme a de plus glorieux ». En fait il s’agit là d’une démagogie démocratique surréaliste, car la question qui est posée, nous savons déjà comment y répondre. Sous Macron la bavardage écolo tient lieu de politique, quand Emmanuel est devenu président il a su imposer une réforme du code du travail sans faire intervenir les citoyens. De l’autre côté les militants du mouvement Extinction Rebellion (XR) ont lancé quinze jours de désobéissance civile à travers la planète visant à dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face au changement climatique.

Bravo à eux, bravo aux blocages symboliques, bravo à nos étudiants qui font la grève scolaire pour le climat. Mais ces mouvements restent minoritaires, le blocage de carrefours routiers par les Gilets jaune a eu beaucoup plus d’influence en France. Nous sommes seulement dans les prémisses d’un mai 1968 mettant en scène la génération climat en 2019. Pour l’instant on préfère politiquement recevoir à Paris la Visite Officielle du LL.AA.RR le Prince Héritier et la Princesse Héritière du Danemark les 7 et 8 octobre, pour prétendre aborder la transition énergétique ! Alors, de l’écologie d’apparence ou des mouvements socio-écolos qui va gagner ?

Ce qui nous rassure un chouia, c’est la rapidité du tournant médiatique qui s’opère sur la question écologique. Toute la page 3 du quotidien « La Charente Libre » est consacrée aux adeptes de la collapsologie qui « préparent la fin de la civilisation ». Extinction Rebellion vit aussi à Angoulême et la page Facebook « Collapsologie Charente » compte déjà 286 membres ». On veut « redonner du sens à sa vie et décroître financièrement », on affirme que « plus on dépense, plus on pollue », et on prédit une lente agonie de l’humanité si rien n’est fait. Notons que l’autonomie alimentaire d’Angoulême est de seulement 1,33 % des produit agricoles qui composent les repas sont produits par la ville, on est loin d’une communauté de résilience adossée à son autonomie alimentaire… Qui des effets dévastateurs de l’épuisement de la planète par raréfaction des ressources et explosion des pollutions d’une part OU de la capacité de sobriété et des efforts de cohésion sociale d’autre part va gagner, les paris sont ouverts !

Jancovici, « sans pétrole t’es plus rien »

« Les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer des ressources naturelles. Par définition, l’énergie est la grandeur qui quantifie le degré de changement d’un système. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie, et donc pas d’économie sans énergie, fût-ce celle de nos muscles. Il nous faut un convertisseur d’énergie, notre propre organisme est alimenté par alimentation. Compter l’énergie utilisée, c’est mesurer nos possibilités de transformation de notre milieu environnant. 100 watts seulement de puissance avec l’utilisation de nos jambes, une simple ampoule à incandescence peut avoir la même puissance. On est passé aux énergies renouvelables, on les a toutes utilisées. Le charbon a sauvé les forêts françaises. Il n’y a pas de substitution entre sources d’énergies, mais une accumulation. Les énergies fossiles ont permis la multiplication des machines. Même notre habillement dépend des machines, beaucoup de machines. Mais on ne s’en rend pas compte. Les seules démocraties antiques ont été des sociétés esclavagistes. On reproduit le même système aujourd’hui, les machines remplaçant les esclaves. L’Angleterre a pu réinventer la démocratie grâce au charbon. Pas de pétrole, pas de croissance, c’est pas sûr du tout qu’on garde la démocratie. 200 esclaves énergétiques en moyenne par personne au niveau mondial, nous aurions donc besoin de 1400 milliards de personnes pour arriver au niveau de notre production actuelle avec l’énergie de notre corps. Diminution du temps de travail, études longues, retraite, tout ça c’est grâce aux machines. Le smicard vit comme un nabab. Son niveau de vie est même déjà trop élevé par rapport aux possibilités de la planète. On ne peut pas le lui dire, mais c’est la réalité. C’est çà le drame politique actuel, ne pas le dire. Le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu demain, en 2020. Pourtant les médias n’en parlent jamais car les activistes s’agitent sur le réchauffement climatique et les prix ne disent rien de la raréfaction croissance des ressources fossiles. PIB ou CO2 faut choisir. Personne dans le discours politique ne le dit, à part Yves Cochet. Les politiques sont devenus paresseux, ils ne font pas l’effort de concevoir des programmes qui permettraient de vivre sous contrainte et de faire revenir du sens, ce qui ne se trouve pas dans l’idée de vouloir augmenter les résultats trimestriels. Un manque d’énergie signifie diminution de production, c’est un facteur limitant. Pas d’énergie, pas de PIB. Sans énergies fossiles, il n’y aura pas de croissance économique. Quand on ne pourra plus promettre la croissance, les arbitrages politiques vont devenir très violents. Marine Le Pen, enfant du carbone ! Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. Tant que la pédagogie du problème ne sera pas faite, ce sera l’impasse. » (extraits de la Leçon inaugurale de Jean-Marc Jancovici à Sciences Po le 29.08.2019)*

Pour en savoir plus sur Jean-Marc Jancovici :

Le plein s’il vous plaît (2006)

C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde (2009)

Le changement climatique expliqué à ma fille (2009)

Changer le monde, tout un programme (2011)

le pic pétrolier vu par JM Jancovici (14 février 2011)

Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (2015)

* https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=Vjkq8V5rVy0&fbclid=IwAR1eVM3VyyC_wkkM3N5ZFkF_QU7E2TkJJ6-zcL8DmllAVfpQWJAa-oS-Qb4

Pour un désarmement nucléaire

Le jeudi 26 septembre 2019 marquera la célébration par l’ONU de la « Journée Internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires ». A cette occasion, la Fondation de l’Ecologie Politique publie une note sur l’interdiction des armes nucléaires rédigée par deux porte-paroles d’ICAN France, la branche française de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires : « L’élimination des armes nucléaires fait partie des fondamentaux de la pensée écologiste. Les individus et mouvements qui s’en réclament ont participé à cette dynamique qui a permis d’arrêter les essais nucléaires, d’apporter reconnaissance aux victimes et aujourd’hui d’interdire ces armes de destruction massive…Tous ensemble, nous devons faire entendre une voix différente, la nôtre, celle des populations pour, dans un premier temps, réactiver les fondements du projet onusien du « plus jamais ça ! » ; comme ceux du projet européen : construire la paix entre des ennemis « héréditaires » par le biais de la coopération et de l’échange… Cela est possible par un changement de paradigme : faire de la confiance la base du nouveau rapport avec le monde ; où le dialogue (même conflictuel parfois) vient remplacer la guerre et sa préparation, vient remplacer la stratégie de la dissuasion qui n’est autre qu’une imposture et un exercice de la menace de terreur… L’utopie, l’irréalisme qui nous sont systématiquement reprochés — lorsque est évoqué le désarmement nucléaire — n’est pas du côté des abolitionnistes… L’illusion c’est de croire que la bombe atomique ne sera jamais à nouveau utilisée et qu’elle restera une arme de non-emploi grâce à l’efficacité de la politique de dissuasion nucléaire. »

AGENDA

– jeudi 26 septembre à Bruxelles : «  Le commerce des armes : un business comme un autre ? »
https://www.grip.org/fr/bd-commerce-armes

– vendredi 27 septembre à 19H, film débat « La bombe et nous » à la Maison des associations gervaisiennes (3, place Anatole France – 93310 Le Pré Saint-Gervais), organisé par le comité local du MRAP (Pantin- Le Pré Saint-Gervais), La Paille et le Mil, WILPF, ICAN, ville du Pré Saint-Gervais; film documentaire de Xavier-Marie Bonnot (2017) – 70 minutes – débat animé par Bruno Cramer.

– mardi 1er octobre à 18H30, réunion du Collectif contre le SNU (Service National Universel), Union Syndicale Solidaires Paris 31 Rue de la Grange aux Belles, 75010 Paris;

– samedi 5 et dimanche 6 octobre: « NoWar2019 Pathways to Peace » à Limerick, Ireland / World Beyond War:
https://worldbeyondwar.org/nowar2019/

– vendredi 11 octobre à l’ONU (NYC), initiative jeunesse pour le désarmement:

– 30/11-1er, 3 et 4 décembre Sommet de l’OTAN à Londres (un contre-Sommet et manifestation seront organisés à cette occasion par le réseau international « Non a la guerre, non à l’Otan)