écologie appliquée

« L’émission pour la Terre » : dix geste écolos

96 % des votants sont prêts à ne manger ni viande ni poisson une fois par semaine. L’intention ne vaut pas l’action, mais« L’émission pour la Terre » de Nagui et Anne-Elisabeth Lemoine sur France 2 le 15 octobre avait au moins l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « acheter des fruits et légumes de saison », « se chauffer à 19 degrés », « planter des fleurs pour les abeilles », « donner du temps à une association pour la nature », « remplacer gobelets et bouteilles en plastique par une gourde », « acheter moins de vêtements » , « ne pas prendre sa voiture pour des trajets inférieurs à 3 kilomètres… si c’est possible » ; « ne pas prendre l’avion pendant un an ». etc. Une manière de greenwashing pour récupérer à des fins marketing la préoccupation écolo du grand public Ce n’est pas à la hauteur de l’urgence.

Ce ne sont dix gestes pour la planète qu’il faudrait mettre en œuvre personnellement, ce sont des milliers de gestes, et cela de façon drastique : ne jamais prendre l’avion, marcher ou rouler en vélo, manger végétarien plusieurs fois par semaine, ne pas faire de tourisme, vendre sa maison secondaire, changer de boulot quand il est nuisible, diminuer ses revenus, etc. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés et les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Mais trêve de critiques, le végétarien Nagui Fam montre bien l’interdépendance entre notre comportement quotidien et notre responsabilité globale : « Si vous prenez les incendies en Amazonie, on peut dire : c’est Bolsonaro qui brûle le poumon de la planète. Mais si on va plus loin, il brûle la forêt pour cultiver du soja, qu’il revend pour nourrir le bétail dont il exporte la viande. Viande que nous sommes tous susceptibles de manger. Alors, ce n’est pas en ne mangeant qu’un steak par semaine que la forêt amazonienne va s’éteindre ? Et bien, pourquoi pas ! L’effet papillon existe. »

Rappel historique, sur le site www.defipourlaterre.org en mai 2005 : ECOCITOYENS, vous souhaitez passer à l’action ? En quelques clics de souris, engagez-vous, en direct, à fermer le robinet d’eau quand vous vous brossez les dents, à utiliser des ampoules basse consommation ou à aller chercher votre pain à pied plutôt qu’en voiture…

Trois Nobel pour lutter contre la pauvreté !

Le 51e « prix Nobel » d’économie a été attribué, lundi 14 octobre, à la Franco-Américaine Esther Duflo et aux Américains Abhijit Banerjee et Michael Kremer pour leurs travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde. Ils se partageront le prix de 9 millions de couronnes (environ 830 000 euros), on se demande avec qui ils vont partager cette somme à leur tour…

Notons que ce n’est pas un « prix Nobel », mais le « prix de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». Nobel doit se retourner dans sa tombe, et d’ailleurs ses descendants ne sont pas d’accord : Jamais, dans la correspondance d’Alfred Nobel, on ne trouve la moindre mention concernant un prix en économie. Comme un coucou, la Banque royale de Suède a déposé son œuf dans le nid d’un autre oiseau. Bref, la profession des économistes s’est frauduleusement appropriée le prestige de ce prix. Notons surtout qu’il faut remonter à 1990 avec le prix Nobel d’économie décernée à Elinor Ostrom pour avoir une vision réaliste de nos pratiques (gouvernance des biens communs). Le Nobel d’économie, c’est surtout pour le courant dominant, libéral-orthodoxe, business as usual.

L’an dernier, ce fut une imposture avec le prix décernée aux Américains William Nordhaus et Paul Romer. Les colauréats avaient « mis au point des méthodes pour conjuguer croissance durable à long terme de l’économie mondiale et bien-être de la planète ». Comme chacun devrait savoir, une personne qui croit encore qu’une croissance à long terme est possible dans un système planétaire clos (dont on a déjà transgressé toutes les limites) est soit un fou, soit un économiste. Pour être un bon économiste est faut d’abord être un bon écologiste, sinon c’est de l’économie hors sol. Pour lutter contre la pauvreté, les nobélisés sous-estiment les données biophysiques, matérielles, de notre habitat et de ses ressources. On ne peut attribuer le salaire minimum, l’assurance santé et la gratuité de l’éducation qu’à une minorité des humains, la grande majorité étant au bord de la famine et les pays développés au bord de l’effondrement systémique. Un système de redistribution n’est possible que quand il y a un surplus à redistribuer.

Généalogie du négationnisme écologique

Ecolopop : Le négationnisme écologique se porte bien (lire aussi les aventures de M. Allègre, ancien ministre d’état). De quoi s’agit-il ? Tout simplement, de publier un maximum d’articles et de reportages visant à nier l’évidence du réchauffement climatique avec un objectif ultime : continuer à vendre le maximum de pétrole, pour ramasser un max de dollars. (2007)

environnement.blogs.liberation : « Du négationnisme écologique et autres considérations… Les opposants au principe de précaution prétendent que s’il avait été appliqué dans le passé, il n’y aurait ni aspirine, ni feu, ni progrès, … mais un ramassis d’Homo erectus tapis dans des cavernes. Utilisons le même raisonnement à l’envers : avec le principe de précaution, il n’y aurait eu ni poudre, ni arbalètes (d’ailleurs interdites par le pape Inoccent III pour les guerres entre Chrétiens !), ni bombe atomique… De l’aspirine ou des armes, qu’est-ce qui affiche le plus de victimes au compteur ? » (Laure Noualhat, 2007)

alerte-environnement : Dans une tribune publiée sur le site NouvelObs.com le 26 mai, intitulée « Allègre et l’oxymore gouvernementale », Corinne Lepage dénonce Claude Allègre « qui illustre en France le négationnisme écologique ». La formule choc n’est pas le fruit de la créativité lexicale de la présidente de CAP21, mais de celle d’Alain Lipietz. Chose amusante, ce dernier l’a utilisée le 15 juin 2004 contre un certain Yves Lenoir, accusé alors d’être « négationniste de l’effet de serre ». (2009)

blogs.mediapart : Le négationnisme écologique a été une stratégie pendant de nombreuses années. Il s’est écoulé pas moins de 30 ans entre la publication du Printemps silencieux de Rachel Louise Carson en 1962, et la conférence de Rio sur la biodiversité en 1992. Pendant de nombreuses années, les écologistes, qu’ils soient scientifiques, membres d’association ou de partis politiques étaient vus au mieux comme de sympathiques hippies au pire de dangereux terroristes.(2010)

Valeurs vertes : Le négationnisme est le fait de nier la réalité de l’ampleur du changement climatique et de la crise écologique telle qu’elle a été établie par les connaissances scientifiques. On qualifie traditionnellement de climato-sceptiques ceux qui nient le changement climatique. Il faut aujourd’hui requalifier ce terme par climato-négationnistes. Pourquoi utiliser ce terme de négationnisme à fort contenu politique ? De la même façon que nier le processus d’extermination alors que les faits sont établis et que les historiens les ont parfaitement décrits, est un délit, le négationnisme climatique devrait être lui aussi être dénoncé comme une idéologie anti-science dangereuse. La question du négationnisme touche aussi la biodiversité dont la dégradation est autant préoccupante que celle du climat. Il faudrait donc parler plus généralement de négationnisme écologique, d’éco-négationnisme, c’est-à-dire nier les connaissances scientifiques qui établissent l’ampleur de la crise écologique. (Christian Brodhag, mars 2019)

Reporterre : Question, Le problème n’est-il pas le « négationnisme écologique de l’économie » ? Réponse d’Antonin Pottier : « Je refuse de parler de négationnisme parce que le mot appartient à un contexte historique précis : il ne faut pas le galvauder. En revanche, oui, il y a un oubli — presque parfois par inadvertance — du soubassement écologique des économies développées. On représente souvent l’environnement comme ce qui est autour de l’économie, placée au centre, alors qu’en fait c’est un socle sur lequel les sociétés et l’économie se développent. » (septembre 2016)

Romain Perez : « On ne doit plus pouvoir nier ou minimiser impunément la réalité des changements climatiques, ou la nocivité des intrants chimiques dans l’agriculture. Le négationnisme écologique forme aujourd’hui l’argumentaire principal des intérêts économiques engagés dans les activités les plus hostiles à notre écosystème. Il y a le négationnisme explicite, qui pousse certains politiciens et autres experts, généralement en lien avec ces intérêts, à minimiser ou nier la réalité des dommages environnementaux qu’ils créent. Il y a surtout le négationnisme implicite – le fameux « greenwashing » – qui consiste à maquiller ces dommages à travers des représentations et des messages volontairement trompeurs. De cette manipulation, le consommateur ressort désorienté et les organisations qui œuvrent réellement en faveur de l’environnement en sont pénalisées. Proscrire le négationnisme écologique en le sanctionnant pénalement serait donc une œuvre utile. » (octobre 2019)

Les émissions anthropiques de carbone

Depuis quinze ans, les émissions de gaz à effet de serre découlant des activités humaines ont dépassé le niveau d’injection massive de carbone lors de l’extinction des dinosaures :

Le Deep Carbon Observatory  (1) – forte de 504 chercheurs spécialistes du carbone : Les émissions naturelles annuelles (volcans, etc.) sont estimées entre 0,28 et 0,36 milliard de tonnes de CO2 par an. Or, en 2018, les émissions anthropiques, ont été de 33,1 milliards de tonnes pour le seul CO2 issu de la combustion du pétrole, du charbon et du gaz. L’industrie humaine surclasse la géologie et la réduit à une action marginale sur le système climatique terrestre pour ce facteur. Toutefois, notent les géologues, il est arrivé à la Terre de produire toute seule, sans l’intervention des humains qui n’existaient pas, des événements comparables en termes d’émissions de CO2. C’est arrivé cinq fois en 500 millions d’années. Ces injections massives de carbone ont provoqué des cataclysmes climatiques, l’acidification des océans et… des extinctions massives d’espèces vivantes. Les chercheurs prennent l’exemple de la collision d’un astéroïde géant, il y a 66 millions d’années, qui frappa la Terre dans la péninsule du Yucatan. Baptisé Chicxculub, ce bolide provoqua l’injection dans l’atmosphère d’entre 425 et 1400 milliards de tonnes de CO2. Il s’ensuivit un cataclysme climatique provoquant la disparition d’environ 75% des plantes et des animaux (dont les fameux dinosaures).

Or, ces quantités sont similaires à celles des émissions anthropiques, puisqu’en moins de 15 ans le bas de l’estimation des géologues est dépassé si on en croit les émissions de 2018. Et rien ne permet de penser que les émissions mondiales de CO2 vont chuter dans un avenir proche.

Écologie populaire et médiatisations

D’un côté 150 Français tirés au sort, rassemblés dans une convention citoyenne pour le climat, ont commencé à se pencher sur les mesures à prendre lutter contre le dérèglement climatique. Le premier ministre a assuré que cette convention a « vocation à inventer une écologie populaire dans tout ce que ce terme a de plus glorieux ». En fait il s’agit là d’une démagogie démocratique surréaliste, car la question qui est posée, nous savons déjà comment y répondre. Sous Macron la bavardage écolo tient lieu de politique, quand Emmanuel est devenu président il a su imposer une réforme du code du travail sans faire intervenir les citoyens. De l’autre côté les militants du mouvement Extinction Rebellion (XR) ont lancé quinze jours de désobéissance civile à travers la planète visant à dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face au changement climatique.

Bravo à eux, bravo aux blocages symboliques, bravo à nos étudiants qui font la grève scolaire pour le climat. Mais ces mouvements restent minoritaires, le blocage de carrefours routiers par les Gilets jaune a eu beaucoup plus d’influence en France. Nous sommes seulement dans les prémisses d’un mai 1968 mettant en scène la génération climat en 2019. Pour l’instant on préfère politiquement recevoir à Paris la Visite Officielle du LL.AA.RR le Prince Héritier et la Princesse Héritière du Danemark les 7 et 8 octobre, pour prétendre aborder la transition énergétique ! Alors, de l’écologie d’apparence ou des mouvements socio-écolos qui va gagner ?

Ce qui nous rassure un chouia, c’est la rapidité du tournant médiatique qui s’opère sur la question écologique. Toute la page 3 du quotidien « La Charente Libre » est consacrée aux adeptes de la collapsologie qui « préparent la fin de la civilisation ». Extinction Rebellion vit aussi à Angoulême et la page Facebook « Collapsologie Charente » compte déjà 286 membres ». On veut « redonner du sens à sa vie et décroître financièrement », on affirme que « plus on dépense, plus on pollue », et on prédit une lente agonie de l’humanité si rien n’est fait. Notons que l’autonomie alimentaire d’Angoulême est de seulement 1,33 % des produit agricoles qui composent les repas sont produits par la ville, on est loin d’une communauté de résilience adossée à son autonomie alimentaire… Qui des effets dévastateurs de l’épuisement de la planète par raréfaction des ressources et explosion des pollutions d’une part OU de la capacité de sobriété et des efforts de cohésion sociale d’autre part va gagner, les paris sont ouverts !

Jancovici, « sans pétrole t’es plus rien »

« Les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer des ressources naturelles. Par définition, l’énergie est la grandeur qui quantifie le degré de changement d’un système. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie, et donc pas d’économie sans énergie, fût-ce celle de nos muscles. Il nous faut un convertisseur d’énergie, notre propre organisme est alimenté par alimentation. Compter l’énergie utilisée, c’est mesurer nos possibilités de transformation de notre milieu environnant. 100 watts seulement de puissance avec l’utilisation de nos jambes, une simple ampoule à incandescence peut avoir la même puissance. On est passé aux énergies renouvelables, on les a toutes utilisées. Le charbon a sauvé les forêts françaises. Il n’y a pas de substitution entre sources d’énergies, mais une accumulation. Les énergies fossiles ont permis la multiplication des machines. Même notre habillement dépend des machines, beaucoup de machines. Mais on ne s’en rend pas compte. Les seules démocraties antiques ont été des sociétés esclavagistes. On reproduit le même système aujourd’hui, les machines remplaçant les esclaves. L’Angleterre a pu réinventer la démocratie grâce au charbon. Pas de pétrole, pas de croissance, c’est pas sûr du tout qu’on garde la démocratie. 200 esclaves énergétiques en moyenne par personne au niveau mondial, nous aurions donc besoin de 1400 milliards de personnes pour arriver au niveau de notre production actuelle avec l’énergie de notre corps. Diminution du temps de travail, études longues, retraite, tout ça c’est grâce aux machines. Le smicard vit comme un nabab. Son niveau de vie est même déjà trop élevé par rapport aux possibilités de la planète. On ne peut pas le lui dire, mais c’est la réalité. C’est çà le drame politique actuel, ne pas le dire. Le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu demain, en 2020. Pourtant les médias n’en parlent jamais car les activistes s’agitent sur le réchauffement climatique et les prix ne disent rien de la raréfaction croissance des ressources fossiles. PIB ou CO2 faut choisir. Personne dans le discours politique ne le dit, à part Yves Cochet. Les politiques sont devenus paresseux, ils ne font pas l’effort de concevoir des programmes qui permettraient de vivre sous contrainte et de faire revenir du sens, ce qui ne se trouve pas dans l’idée de vouloir augmenter les résultats trimestriels. Un manque d’énergie signifie diminution de production, c’est un facteur limitant. Pas d’énergie, pas de PIB. Sans énergies fossiles, il n’y aura pas de croissance économique. Quand on ne pourra plus promettre la croissance, les arbitrages politiques vont devenir très violents. Marine Le Pen, enfant du carbone ! Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. Tant que la pédagogie du problème ne sera pas faite, ce sera l’impasse. » (extraits de la Leçon inaugurale de Jean-Marc Jancovici à Sciences Po le 29.08.2019)*

Pour en savoir plus sur Jean-Marc Jancovici :

Le plein s’il vous plaît (2006)

C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde (2009)

Le changement climatique expliqué à ma fille (2009)

Changer le monde, tout un programme (2011)

le pic pétrolier vu par JM Jancovici (14 février 2011)

Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (2015)

* https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=Vjkq8V5rVy0&fbclid=IwAR1eVM3VyyC_wkkM3N5ZFkF_QU7E2TkJJ6-zcL8DmllAVfpQWJAa-oS-Qb4

Pour un désarmement nucléaire

Le jeudi 26 septembre 2019 marquera la célébration par l’ONU de la « Journée Internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires ». A cette occasion, la Fondation de l’Ecologie Politique publie une note sur l’interdiction des armes nucléaires rédigée par deux porte-paroles d’ICAN France, la branche française de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires : « L’élimination des armes nucléaires fait partie des fondamentaux de la pensée écologiste. Les individus et mouvements qui s’en réclament ont participé à cette dynamique qui a permis d’arrêter les essais nucléaires, d’apporter reconnaissance aux victimes et aujourd’hui d’interdire ces armes de destruction massive…Tous ensemble, nous devons faire entendre une voix différente, la nôtre, celle des populations pour, dans un premier temps, réactiver les fondements du projet onusien du « plus jamais ça ! » ; comme ceux du projet européen : construire la paix entre des ennemis « héréditaires » par le biais de la coopération et de l’échange… Cela est possible par un changement de paradigme : faire de la confiance la base du nouveau rapport avec le monde ; où le dialogue (même conflictuel parfois) vient remplacer la guerre et sa préparation, vient remplacer la stratégie de la dissuasion qui n’est autre qu’une imposture et un exercice de la menace de terreur… L’utopie, l’irréalisme qui nous sont systématiquement reprochés — lorsque est évoqué le désarmement nucléaire — n’est pas du côté des abolitionnistes… L’illusion c’est de croire que la bombe atomique ne sera jamais à nouveau utilisée et qu’elle restera une arme de non-emploi grâce à l’efficacité de la politique de dissuasion nucléaire. »

AGENDA

– jeudi 26 septembre à Bruxelles : «  Le commerce des armes : un business comme un autre ? »
https://www.grip.org/fr/bd-commerce-armes

– vendredi 27 septembre à 19H, film débat « La bombe et nous » à la Maison des associations gervaisiennes (3, place Anatole France – 93310 Le Pré Saint-Gervais), organisé par le comité local du MRAP (Pantin- Le Pré Saint-Gervais), La Paille et le Mil, WILPF, ICAN, ville du Pré Saint-Gervais; film documentaire de Xavier-Marie Bonnot (2017) – 70 minutes – débat animé par Bruno Cramer.

– mardi 1er octobre à 18H30, réunion du Collectif contre le SNU (Service National Universel), Union Syndicale Solidaires Paris 31 Rue de la Grange aux Belles, 75010 Paris;

– samedi 5 et dimanche 6 octobre: « NoWar2019 Pathways to Peace » à Limerick, Ireland / World Beyond War:
https://worldbeyondwar.org/nowar2019/

– vendredi 11 octobre à l’ONU (NYC), initiative jeunesse pour le désarmement:

– 30/11-1er, 3 et 4 décembre Sommet de l’OTAN à Londres (un contre-Sommet et manifestation seront organisés à cette occasion par le réseau international « Non a la guerre, non à l’Otan)

Actualité climatique, et vitrines brisées

Samedi 21 septembre, vitrines cassées, banque dégradée, barricades de fortune incendiées à Paris… « Ne prenez aucun risque et quittez la Marche pour le climat. Les conditions d’une marche non-violente ne sont pas réunies », a tweeté Greenpeace. Les émeutiers masqués et en noir devraient être cloués au sol par les autres manifestants et livrés à la police.

Vendredi 20septembre, « Friday for future ». De New York à Sao Paulo dans plus de 150 pays, plusieurs millions d’écoliers et d’étudiants sont descendus dans les rues pour une « grève globale » en faveur du climat. « Nous sommes l’avenir et nous méritons mieux », a déclaré à Bangkok Lilly Satidtanasarn, 12 ans, surnommée la « Greta Thunberg de Thaïlande ». Aucune manifestation n’a été autorisée en Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, mais Zheng Xiaowen, du Réseau d’action de la jeunesse pour le climat, a promis d’autres formes de mobilisation. « Les jeunes Chinois ont leurs propres méthodes », a-t-elle déclaré. Un sommet spécial sur le climat est prévu lundi prochain à l’ONU, avec une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel. Cette dernière a animé un conseil des ministres extraordinaire, le premier du genre, entièrement consacré à la lutte contre le réchauffement climatique. Mais les annonces ont tout l’air d’expédients. Elles constituent un catalogue de mesures techniques dont on comprend qu’elles visent à être aussi incitatives et aussi peu douloureuses que possible. Le vieux monde est aux abois. Qu’écrivent les commentateurs éclairés sur lemonde.fr ?

VincentB : Le seul indicateur qui permet de mesurer l’efficacité du combat contre le réchauffement climatique, c’est la production de pétrole. La voyez-vous baisser ?

Lomcha : Quand Airbus se réjouit hier que la flotte aérienne double dans les 20 ans, on se dit que c’est mal barré.

The Ad : L’économie de la planète est basée sur la consommation de matière et d’énergie ! Aucune solution soft ne peut exister compte tenu de l’exigence de l’objectif (la neutralité carbone en 2050). Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de solution : c’est juste pour ne pas se bercer d’illusions sur les « jeunes » arrivant à convaincre les « vieux » qu’il faut changer de modèle économique mondial !

Iphigénie : Ce gouvernement, les précédents et les suivants, voit une manif pour les retraites. Il demande une note de synthèse à Bercy, qui réponds : « pour assurer les retraites, il faut tout faire pour augmenter la croissance et baisser le chômage, mais ça augmentera le CO2.  » Ensuite il voit une manif pour le climat, il demande au ministère de l’écologie quoi faire et on lui dit « pour faire baisser le CO2, il faut faire de la décroissance, ce qui créera du chômage et demandera de réduire les redistributions sociales. » Donc il se réunit et se dit « on va faire du green-washing en espérant que ça passe jusqu’aux prochaines élections. »

Electron : Il est clair, comme le dit si bien JM Jancovici, qu’entre PIB et climat il faut choisir. Vouloir réduire son empreinte carbone, c’est aujourd’hui moins d’électricité, de transport, de chauffage, de nourriture, de béton, d’acier, de smartphone, d’internet.… Les solutions technologiques sans carbone (hydrogène, renouvelables, tout électrique) sont très coûteuses et complexes à mettre en œuvre, et ne remplaceront pas ce que peuvent apporter les énergies carbonées, et notamment le pétrole. Mais ce dernier n’en a plus probablement pour longtemps…

L’écologie en tête du palmarès des likes

2019 marque le basculement des consciences, en attendant l’insurrection des consciences. Au cours des deux dernières années, l’écologie a progressé de manière continue pour s’installer à la première place dans la dernière enquête Ipsos Sopra-Steria*. L’environnement n’est plus la préoccupation des gens aisés mais de tout le monde, sauf ceux en extrême difficulté. Par exemple 55 % de ceux qui se considèrent comme appartenant aux milieux populaires citent l’environnement comme priorité, juste devant le pouvoir d’achat (54 %). L’écologie a fait progressivement tache d’huile. Le clivage qui oppose les personnes faisant de la question environnementale leur priorité et celles qui en font un aspect secondaire est devenue l’opposition politique la plus importante. Les Français perçoivent maintenant directement les chocs écologiques : canicules, pollution dans les grandes villes, effondrement de la biodiversité, conséquences sur la santé. Les cris d’alarme des experts (depuis 1972 !) portent enfin leurs fruits. Mais il faut relativiser, les statistiques sont toujours une forme du mensonge. Car dire qu’on est inquiet de la détérioration de la planète qui nous fait vivre ne veut pas dire qu’on va s’engager pour changer l’ordre des choses. Ainsi ces commentaires sur lemonde.fr :

Cyril Videau : Je pense qu’un des chiffres à retenir est que les Français émettent aujourd’hui en moyenne 11 ou 12 tonnes de Co2 par habitant et par an. Pour limiter le changement climatique à +1,5 degré (objectif de l’accord de Paris), nous ne devrions émettre que 2 tonnes de Co2 par habitant et par an. A quelle époque les Français n’émettaient-ils que 2 tonnes de CO2 par habitant et par an ? En 1950 ? En 1930 ? ou même avant. On peut alors demander aux citoyens s’ils sont prêts à ré-adopter le mode de vie que l’on avait à cette époque. Vous aurez ainsi le pourcentage de ceux pour qui l’écologie est réellement « une préoccupation majeure ».

le sceptique : Il y a un déni (« négationnisme » comme on dit maintenant) de la classe politico-médiatique sur quelques évidences, par exemple :
– à technologies connues, stopper réellement les émissions carbone en 30 ans demande un bouleversement sans précédent de notre économie et de notre mode de vie;
– protéger réellement la biodiversité exige de cesser quasiment toute pollution et artificialisation supplémentaire de la nature, donc geler urbanisme, agriculture, extractions, etc.
Sans conscience de cela, le Français croit que « protéger l’environnement » consiste à rester 30 secondes de moins sous sa douche, à voyager en avion tous les 48 mois plutôt que 24 ou à manger des fruits et légumes bio (au même prix que le conventionnel).

Colonel de Guerlass : C’est le genre de sondage bourrage de crâne, qui ne résiste pas à l’examen des faits. Quand les ecolos ont voulu faire augmenter le prix de l’essence pour satisfaire leur lubie, ils ont déclenché le mouvement de rejet des Gilets jaunes soutenu par 80% des français.

Untel : C’est le résultat de la bonne vieille méthode, celle qui dans le passé a fait progresser la droite grâce au sentiment d’insécurité et qui aide maintenant les écologistes grâce au sentiment d’insécurité climatique et au développement de l’hypochondrie dans le public (pesticides, Linky, maladie de Lyme, nanoparticules, perturbateurs endocriniens, bébés sans bras, gluten, Lévothyrox…).

Violette @ Untel : Tout ce que vous qualifiez d’hypocondrie existe réellement. Encore un effort de votre part et Fukushima ne serait qu’une fable et vous conseillerez une cuillerée de Glyphosate au petit-déjeuner pour mieux affronter l’hiver !

* LE MONDE du 17 septembre 2019, L’écologie, une préoccupation désormais majeure pour les Français

Marchons pour le climat le 21 septembre

Samedi 21 septembre, nous marcherons par milliers dans les rues, partout en France, pour dénoncer l’inaction climatique du gouvernement et exiger la justice sociale. Cette marche sera engagée, festive et familiale : que vous veniez seul·e, en famille ou entre ami·es, nous marcherons côte à côte pour exiger la fin d’un système destructeur pour l’humain et le climat. Le sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre est une fenêtre de tir à ne pas laisser passer.

Je veux savoir où marcher

Les raisons pour se mobiliser ne manquent pas :
1. Cet été, la planète nous a envoyé des signaux d’urgence.
2. Si le gouvernement continue de ne rien faire, ces catastrophes vont s’intensifier.
3. Il est encore temps d’agir : chaque dixième de degré compte.
4. La mobilisation pour le climat sera mondiale du 20 au 27 septembre.
5. Citoyen·nes, organisations et syndicats formeront un immense cortège pour marcher ensemble : parce que défendre le climat, c’est lutter pour davantage de justice sociale.
6. Lundi 23 septembre, Emmanuel Macron est convoqué à l’ONU et il est attendu au tournant ! Le secrétaire général de l’ONU a déclaré à l’ensemble des responsables politiques : “Apportez des plans, et pas des discours” car il s’agit de “lutter pour nos vies”. Mais pour le moment, la France refuse d’adopter des objectifs climatiques compatibles avec l’Accord de Paris.
Tous et toutes, partout autour du monde, faisons pression sur les responsables pour que les Etats soient précis et ambitieux dans leurs objectifs climatiques. Le sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre est une fenêtre de tir à ne pas laisser passer.
Samedi 21 septembre, mobilisons-nous contre l’inaction climatique !
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CLIMAT, décrocher Macron de son cadre

Apportons notre soutien aux décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron, jugés ce 11 septembre 8h30 à Paris. La planète brûle et le gouvernement persiste dans l’inaction et les petits pas. Face à cet immobilisme, la société civile se mobilise et agit pour sensibiliser l’opinion publique par la multiplication d’actions non-violentes, réprimées dans la violence comme sur le pont de Sully où la France a vu des militantes et militants pacifistes passé-es au poivre à bout portant. Au cœur de cette mobilisation, ANV-COP21 a lancé le mouvement dit des “décrocheurs”. Assumant le risque de la condamnation des militantes et militants de toute la France décrochent depuis des mois les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies des petites comme des grandes villes. Un emprunt pour rappeler que l’action contre le réchauffement climatique n’attend pas. Après plus de 128 portraits décrochés, des militantes et militants sont d’ores et déjà sous le coup d’un passage devant la justice. Demain, les décrocheurs comparaîtront devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris – celle qui juge les terroristes et les délinquants chevronnés. Ils encourent cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Le 12 juin 2019, le tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse avait déjà condamné six militants d’Action non violente-COP21 : 500 euros d’amende avec sursis. Lors de l’audience du 28 mai, les militants et leurs avocats avaient insisté sur le montant « disproportionné » des amendes au vu du coût réel du portrait, soit 8,70 euros (sur le site de l’Elysée). Voulant dénoncer l’inaction du président face aux changements climatiques, la campagne #Décrochonsmacron met en avant l’urgence et l’état de nécessité qui poussent à agir, « de façon non violente » insistent les militants. Ces portraits pourraient être restitués en cas de changement de politique climatique et environnementale avait expliqué au président du tribunal l’un des prévenus, ce qui avait valu la réplique savoureuse de ce dernier : « Donc vous n’allez pas les rendre. » La jurisprudence devrait pourtant jouer pour ses militants : dans l’affaire des chaises empruntées par les militants altermondialistes, la plupart ont été relaxés.

Derrière les discours, la réalité de l’action gouvernementale va en marche arrière : glyphosate, épandage de pesticides aux abords des maisons, accords de libre-échange, investissements fossiles, taxe sur le kérosène, aides à la bio, etc. Non seulement rien de ce qui est nécessaire n’a été entrepris mais, pire, le gouvernement recule et applique à la lettre les besoins des lobbies. L’action des décrocheurs est une action bénéfique à la société. En attirant l’attention du grand public, ils rappellent le gouvernement à ses devoirs. Chacune de ces personnes prend des risques personnels pour aider le collectif à s’en sortir. Ils méritent des décorations, pas des condamnations.

À lire, mensuel « La décroissance », extraits

Raoul Anvélaut : Nous remettons fondamentalement en cause l’hypermobilité et appelons à en finir avec la grande vitesse, que ce soit sur mer, dans les airs, sur rail, sur route ou dans des tubes à faible pression d’air. Ni TGV, ni Hyper-loop, ni avion à réaction. De la lenteur, de l’enracinement, de l’enclavement. Les transports rapides et les télécommunications instantanées n’ont abouti qu’à uniformiser le monde, à anéantir l’espace, à transformer la planète en un vaste banlieue où tous les réseaux convergent vers les métropoles.

Francis Jarrige : L’an dernier la France renouait avec un Grand prix de formule 1 après dix ans d’absence. Comme si tourner en rond le plus vite possible sur un circuit automobile était un besoin fondamental dont l’interdiction serait inacceptable. Pourtant chacun sent qu’il faudrait freiner l’essor des mobilités, réduisant les consommations d’énergie. Comment imaginer une transiton fondée que la sobriété énergétique alors que des circuits continuent un peu partout d’entretenir le désir de vitesse et le culte de la bagnole ?

Philippe Pongy : J’ai eu l’ineffable bonheur de connaître un temps où à partir de rien (un caillou, une pétale de fleur, un mot) on découvrait et créait le monde. Aujourd’hui, à partir d’un monde sans limite, il semblerait qu’on ne découvre et ne crée plus rien. La réalité augmentée permet de mixer et de confondre totalement la réalité extérieure et réalité virtuelle.

Julien Lebrun : Les écrans sont pires que l’automobile. Car leur développement fulgurant témoigne en effet que nus sommes loin, bien loin, de plus en plus loin d’intégrer ce que suppose notre vie sur terre.

Hervé Krief : Voiture et smartphone contribuent au mêmes fantasme de liberté, de vitesse, d’enivrement technologique, de déstructuration de l’espace qui sont utilisé par les industriels et les États pour nous convaincre de leur bien-fondé et du caractère inéluctable de leur présence. Ils portent en eux la volonté d’asservir les populations en leur fabricant une vie simplifiée et vide. Ils participent activement à la déstructuration concomitante de la vie sur Terre et de notre condition humaine.

Florent Busssy : Le numérique crée une dépendance qui fait qu’on ne se déconnecte plus jamais. Tout est fait pour accroître nos besoins dans la logique d’une recherche de profits fondés sur la consommation de masse. L’économie capitaliste ne peut se passer de croissance et production cette dépendance. C’est à elle qu’il faut résister.

La décroissance n° 162, septembre 2019

Leopold KOHR, éloge de la petitesse

Quand vous avez atteint le bord de l’abysse, la seule choses qui ait du sens, c’est de reculer. Ayant soutenu que la taille modeste est une solution aux problèmes créés par la taille excessive pendant plus de quatre décennies, j’ai été traité d’excentrique dès le début des années 1940. Cela ne m’a jamais vraiment dérangé. La seule chose qui me faisait douter était que ce qui devait être fait, et pouvait être fait, serait également fait. La question n’est plus comment s’étendre, mais comment se contracter ; plus combien croître mais comment mettre des limites à la croissance. Mais quel est l’ordre de grandeur critique qui mène aux abus ? La réponse n’est pas bien compliquée à trouver. Il s’agit de la quantité de pouvoir qui empêche toutes représailles et assure ainsi l’impunité. Cela arrive chaque fois que le pouvoir persuade qu’il ne peut être remis en cause par accumulation de pouvoir plus grande que celle qu’il possède lui-même. Les petits enfants, sans pour autant perdre de leur charme et de leur innocence, font aux petites créatures ce qu’ils n’oseraient pas faire aux plus grandes. Ajoutons que le seul garde-fou pour ne pas pêcher n’est pas tant la stature morale que la peur de la punition, c’est-à-dire l’absence d’opportunité. Certains individus peuvent développer une extraordinaire volonté et rester dans le droit chemin, mais le simple fait que même ces êtres extraordinaires aient à mener de durs combats intérieurs face aux forces de l’opportunité montre le caractère élémentaire de ces dernières. Ainsi ce que Bernard Shaw a dit de la vertu d’une femme, à savoir qu’elle n’est qu’une question d’opportunités.

Dans une petite société, le seuil critique de pouvoir ne peut qu’être rarement atteint puisque la force de cohésion du groupe est facilement paralysée par les tendances centrifuges autorégulatrices portées par les individus. Dans les sociétés plus grandes, la pression du nombre peut devenir telle que les tendances à la compétition individuelle disparaissent et que le danger de la fusion sociale, portée à un stade critique, soit présent en permanence. Comme l’a montré l’Histoire, la fusion sociale peut atteindre un degré tel qu’aucune force de police ne serait en mesure de la gérer… à moins d’atteindre elles-mêmes un volume tel qu’en nous sauvant des atrocités commises par le peuple, elles les remplacent par leurs propres atrocités de police d’État. Cela ne laisse comme méthode fiable pour traiter la violence que l’établissement d’un système fondé sur des entités sociales de si petite taille que la cristallisation de puissance collective ne peut pas atteindre un stade critique. Si nous voulons éliminer le crime à Chicago, nous ne devons pas éduquer Chicago et le repeupler de membres de l’Armée du Salut ; nous devons éliminer les communautés de la taille de Chicago.

Napoléon ou Hitler furent d’abord agressifs uniquement envers ceux dont ils savaient pour triompher facilement. Mais chacune de leurs conquêtes augmenta leur pouvoir jusqu’à ce qu’ils soient si puissants qu’ils aient quelques raisons de croire qu’aucune alliance ne sera en mesure de les arrêter. Quant on voit où les partisans de l’unification nous ont menés, appliquons la théorie de la taille à l’Europe. Nous devons démanteler les nations pour une nouvelle fournée de petits États, l’Aragon, la Catalogne, la Bohème, la Moravie, la Slovaquie, la Macédoine, la Transylvanie, la Moldavie, la Bessarabie, et ainsi de suite. Un fait saute aux yeux, il n’y a rien d’artificiel dans cette nouvelle carte. Il s’agit en fait du paysage originel européen. Dans un monde composé de grands comme de petits États la guerre existera toujours. La violence et autres traits de caractères indésirables sont liés à la nature humaine. Au Moyen Age, il y avait quelque part en Europe une guerre déclarée presque chaque jour. Mais les guerres médiévales étaient de petites vagues jamais grosses au point de prendre les proportions d’une marée qui aurait recouvert le continent entier. Les problèmes de la violence ne disparaissent pas, ils sont juste réduits à des proportions supportables.

Leopold KOHR, L’effondrement des puissances (éditions RN 2018, 1ère édition 1957 : The Breakdown of Nations )

à lire sur notre blog biosphere :

4 mai 2019, De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

20 juillet 2016, À lire, The Breakdown of Nations (Leopold Kohr, 1957)

la BAD, base autonome durable

J’ai (Piero San Giorgo) longuement conversé avec des survivalistes américains. Je suis arrivé à la conclusion que le seul moyen de survivre c’est de s’établir dans un endroit éloigné des zones de trouble potentiel et d’acquérir une autonomie aussi grande que possible pour tout ce qui concerne l’eau, la nourriture et l’énergie tout en s’intégrant dans une communauté locale. J’ai été autorisé par ses inventeurs à développer l’idée de BAD (base autonome durable), un programme construit sur 7 éléments fondamentaux : eau, nourriture, hygiène et santé, énergie, connaissance, défense et lien social.

C’est lorsque le puits est à sec que nous apprécions la valeur de l’eau… L’idéal est de produire soi-même sa nourriture… Nous serons confrontés à la disparition des services de soins et de santé, vous n’aurez pas intérêt à être malade… La seule énergie gratuite est celle que vous n’avez pas besoin de générer… Celui qui possède un métier est comme celui qui possède un château fort… Si vis pacem, para bellum car le plus grand danger pour l’homme reste l’homme… Le lien social est le septième et dernier élément fondamental d’une BAD.

Vous ne pourrez survivre longtemps seul. Vous devez constituer un réseau, vous intégrer à des communautés grâce à des relations mutuellement interdépendantes, et faire en sorte que les gens et les groupes de gens autour de vous aient le moins de raisons possibles de vous agresser et qu’ils s’associent à vous pour une défense commune. Etre capable de survivre seul, c’est bien. Mais la force est aussi dans le nombre. Imaginez un village entier, une vallée organisée pour une production optimale de ressources alimentaires et énergétiques et une mise en commun des savoir-faire (médecins, maçons, etc.), créer une meilleure défense et entreprendre des travaux pour le bien commun. Ce genre de communautés se met déjà en place, Résilience communautaire en France, Transition Towns, Post Carbon Cities et Relocalisation Projects au Canada, Belastbar Gemeinde en Allemagne…

La BAD peut être individualiste, mobile, 100 % survivaliste, par exemple avec un voilier. Mais le meilleur choix possible et la BAD rurale, où on s’enracine dans tous les sens du terme. Rappelez-vous que toute richesse est d’abord issue de la terre nourricière. La mise en place d’une BAD en ville peut avoir du sens si vous n’avez pas les moyens pour mettre en place une BAD en milieu rural. Choisissez une ville de taille moyenne, traversée d’une rivière, avec une centrale hydroélectrique toute proche. Vous avez aussi l’option d’une BAD délocalisée. Mais qui peut vous garantir qu’en tant que riche étranger, vous ne finirez pas victime de nettoyages ethniques ?

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

la résilience selon Piero San Giorgo

Des capacités de résilience ? Avec l’effondrement économique, les Etats seront incapables de fonctionner. Ce sera la fin du salariat. Fini aussi l’assistanat de l’Etat providence ! Les retraités, les handicapés et les malades auront intérêt à avoir une famille qui s’occupe d’eux. Sans transport automobile, les villes vont radicalement changer d’aspect ; les gratte-ciel seront laissés à l’abandon et resteront un témoignage de l’époque des énergies fossiles abondantes. On peut imaginer que des organisations continuent d’exercer une forme de gouvernement sur un territoire plus réduit. Des régions, devenues de fait autonomes, du moins celles qui ne seront pas plongées dans le chaos, sauvegarderont un relatif maintien de l’ordre.

Toute entreprise devra redevenir locale. La richesse consistera en l’accès à des ressources physiques, comme la nourriture et l’eau potable, et à des intangibles, comme les relations et les réseaux. La vraie richesse sera surtout celle du savoir-faire : savoir cultiver un potager, réparer des batteries et des panneaux solaires, etc. Les petites fermes vont s’en sortir grâce à leurs connaissances et à leur taille. Les artisans redeviendront vraiment utiles, forgerons, bottiers, menuisiers, etc.

Ceux qui possèdent la terre pourront permettre à certaines familles de s’établir en échange de leur travail. Mais ces propriétaires auront intérêt à savoir défendre leur domaine contre les pillards, ils pourront embaucher des milices. Ce sera le retour d’une sorte de système féodal. Mais une fois le pire de la crise passé, on assistera sans doute, du fait de la vie en communautés plus petites et plus proches de la nature, à un retour à la spiritualité naturelle, à un ré-enchantement du monde pour lui redonner du sens.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Survivaliste à 8 ans, Yves Cochet a 73 ans

En 2015, l’institut Ipsos avait interrogé 500 enfants de 8 à 11 ans sur leur vision de l’écologie : 63 % des sondés estimaient alors que la planète était en mauvais état. Et, pour 87 % d’entre eux, les adultes ne faisaient pas ­assez d’effort pour protéger l’environnement.Aujourd’hui, les jeunes générations ne cessent d’entendre des discours alarmants qui infusent en profondeur dans leurs petits cerveaux ; l’angoisse qui imprègne le monde des adultes a immanquablement un impact sur eux. L’attrait de mon fils* de 8 ans pour le survivalisme n’est donc pas la perpétuation d’un habitus familial, mais peut s’envisager comme une réponse singulière à la crise écologique. Il s’est progressivement transformé en survivaliste en culottes courtes ; son petit sac à dos, qu’il désigne lui-même comme son « kit de survie », doit permettre – en théorie – de parer à toute situation d’urgence, lampe de poche à manivelle, une paire de jumelles, une boussole, une mini-trousse de premiers soins, un sifflet, une bougie, un Opinel à bout rond, etc. Tout pour faire plaisir à Yves Cochet, constant oiseau de mauvaise augure et ardent partisan de la résilience communautaire.

Son projet de motion collapso pour le Congrès d’EELV de novembre 2019, en bref : « L’effondrement est comme un trou noir qui attire à lui toutes les certitudes passées. Si, comme moi, on croit au scénario d’un effondrement systémique, global, imminent, comme le scénario le plus probable des trente prochaines année sur Terre, alors toutes nos pensées et nos actions doivent être orientées par ce trou noir, cet attracteur, ce magnétisme. La période 2020 – 2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. À quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050). De telles affirmations s’appuient sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens de rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement systémique mondial imminent dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin. La seconde étape, dans les prochaines années trente, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en France en 2035 ?), et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains résidus recyclables de la civilisation thermo-industrielle en ruine.

On peut espérer que s’ensuive une troisième étape de renaissance.Il découle de notre scénario central que l’essentiel de la vie humaine dépendra bientôt de l’échelon local. Les États, les institutions internationales, les firmes transnationales étant défunts, seuls les groupements humains locaux pourront maintenir une certaine civilisation. D’abord en réexaminant comment satisfaire, à moindre empreinte écologique, les besoins de base de toute société : air, eau, alimentation, vêtements, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et connaissances, outils, santé, justice, institutions politiques, imaginaire collectif (les valeurs partagées) qui soude la société. Afin de préparer ce vaste mouvement d’exode urbain, d’autosuffisance locale et de société Low Tech, indiquons quelque orientations pour cet objectif de résilience locale (…) »

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Parentologie : Mon fils est un survivaliste

Urgence écolo contre politique des petits pas

La ministre de l’écologie Emmanuelle Wargon* dit le contraire de ce qu’il faudrait penser. Démonstration :

Emmanuelle Wargon : Se coltiner le réel suppose de faire des compromis, d’avancer étape par étape. Nicolas Hulot avait beaucoup plaidé pour que son ministère s’appelle transition écologique et solidaire, or, l’idée même de transition, c’est d’y aller progressivement. L’ambition du président de la République et du premier ministre est intacte, et même renforcée.

Biosphere : Lors de sa démission du gouvernement il y a un an, Nicolas Hulot dénonçait la politique des « petits pas » en matière écologique. L’éveil de Macron à l’urgence écologique peut se résumer par l’expression « Lentement mais pas trop vite ». Sa ministre de l’écologie est au diapason. Il y a longtemps que la situation n’exige pas une « transition », mais une écologie de rupture.

Emmanuelle Wargon : La position gouvernementale pose la question de savoir si la transition écologique est compatible ou non avec le libre-échange et l’économie de marché. Ma réponse est oui. Dire que l’on va fermer les frontières à tout n’est pas la solution. Nous n’avons pas d’alternative à l’économie de marché en tant que système. Elle a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté dans le monde pendant les trente dernières années.

Biosphere : Business as usual ! Voir que l’on fait du surplace au niveau du discours gouvernemental est terrifiant. La relocalisation des activités n’implique pas la fermeture brutale des frontières, mais un soutien net aux circuits courts par la taxation des produits qui voyagent inutilement. L’économie de marché nous envoyait dans le mur, le système de l’offre et de la demande ne se soucie que du court terme, on a besoin d’une régulation politique des prix pour favoriser le long terme. Par exemple le prix de l’essence devrait déjà être au dessus de 10 euros et les consommateurs devraient savoir que la pénurie croissante des ressources implique des changements drastiques de leur comportement. Sobriété ne veut pas dire pauvreté.

Emmanuelle Wargon : Si les engagements pris par les pays du Mercosur, et en particulier le Brésil, en matière de protection de l’environnement et de la biodiversité ne sont pas tenus, la France s’opposera à la ratification de cet accord et cela bloquera son application. Notre position est claire et sans ambiguïté.

Biosphere : Comme quoi Macron s’est aperçu que le libre-échange n’avait pas que des vertus. Il était ridicule d’importer des protéines végétales au détriment de l’Amazonie alors qu’il faudrait tendre à l’autonomie alimentaire de chaque pays.

Emmanuelle Wargon : L’opinion publique nous demande d’être capables de passer à l’acte, et cela implique des changements profonds de politiques publiques qui prennent du temps. On a vu, avec le mouvement des « gilets jaunes », qu’on ne peut agir de façon dogmatique ou péremptoire.

Biosphere : Des mesures radicales sont nécessaires, mais elles font perdre un électorat potentiel… Si on suit cette voie, on ne pourra éviter la catastrophe. Un gouvernement digne de l’impératif écologique doit savoir distinguer les revendications multiples et disproportionnées des Gilets jaunes et l’évolution de l’opinion publique. Nos concitoyens se rendent compte de plus en plus clairement que les menaces planétaires vont exiger beaucoup d’efforts individuels et collectifs pour éviter les larmes et le sang. Gouverner ne veut pas dire « faire plaisir » !

Emmanuelle Wargon : L’opinion publique nous demande d’être capables de passer à l’acte, et cela implique des changements profonds de politiques publiques qui prennent du temps. Les agriculteurs, par exemple, on leur donne jusqu’en 2025 pour réduire de 50 % leur consommation de pesticides. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, il faut trouver des solutions alternatives.

Biosphere : Les plans de réduction des pesticides, c’est comme l’isolation des logements ou la fermeture des centrales nucléaires: tous les cinq ans on fait un nouveau plan pour dire qu’on se donne cinq ans pour agir, parce qu’il faut « laisser du temps au temps ». Conséquence, le plan Ecophyto issue du Grenelle de l’environnement en 2007 devait déjà réduire de moitié l’utilisation des pesticides en 2018 ; on constatait en 2015 que l’objectif ne serait pas atteint, alors on a inventé Ecophyto 2, et la consommation de pesticides a continué d’augmenter. Les solutions alternatives, c’est l’agriculture biologique !

Emmanuelle Wargon : Je ne sais pas ce que diront les citoyens au sujet de la taxe carbone. Mais, la logique, c’est qu’ils nous entraînent, qu’ils nous aident à faire les changements le plus vite possible tout en les rendant acceptables. La taxe carbone permettrait de financer toujours plus d’actions pour l’écologie. Le produit de toute augmentation devrait être alloué à 100 % à la politique écologique. Cette taxe permet de montrer à tout le monde que les carburants fossiles ont un impact sur l’environnement. Mais elle ne saurait être réintroduite sans accord démocratique.

Biosphere : Si on comprend bien la ministre de l’écologie, il faut une taxe carbone, mais il faudrait d’abord attendre l’avis de l’opinion publique. A ce rythme, on aboutira au choc pétrolier ultime sans avoir modifié quoi que ce soit de nos structures énergivores. C’est pourquoi, les illusions macronistes dissipées, un gouvernement futur sera obligé d’instaurer une carte carbone, le rationnement de l’énergie.

* LE MONDE du 27août 2019, Emmanuelle Wargon : « L’idée même de transition écologique, c’est d’y aller progressivement »

Suivre l’enseignement de Vandana Shiva

Vandana Shiva est une scientifique de formation, ayant soutenu une thèse sur les fondements de la théorie des quanta. Elle est devenue une activiste soutenant le mouvement Chipko des années 1970 pour protéger les arbres, et fondatrice du mouvement Navdanya de diffusion des semences paysannes. Dans les deux cas, scientifique et engagée, elle a appris l’interconnexion et la non-séparabilité ; en d’autres termes l’écologie ou analyse des interdépendances. Dans son livre*, elle dénonce les mécanismes de domination qui vont à l’encontre de son combat pour la vie. Le titre en anglais est parlant, « Oneness v/s the 1% », même seul on peut agir contre les destructeurs. Entre 2009 et 2012, le 1 % le plus riches des Américains a engrangé 95 cents à chaque augmentation de revenu de 1 dollar. Bill Gates, Warren Buffet, Marc Zuckerberg… sont à l’actuel règne de 1 % de la population ce que Rockefeller était à l’ère des barons pilleurs. L’empire de ces personnes, prenant même la forme d’un philanthrocapitalisme, est bien décortiqué par Vandana Shiva. Les milliardaires gagnent de l’argent grâce à l’argent, contrôlant au passage nos univers réels et imaginaires, créant des monopoles et annexant les biens communs. Face à cette toute-puissance, que faire ?

Vandana Shiva s’inspire des enseignements de Gandhi pour s’affranchir de l’Empire britannique. Le swaraj ou apprendre à nous gouverner nous-mêmes, le swadeshi ou autosuffisance d’économies locales, le satyagraha ou vérité de la désobéissance civile. Vandana a montré l’exemple par son activisme, il suffirait que nous suivions son chemin. Car la planète est au plus mal et ni la Lune ni Mars ne sont habitables. Un livre pour nous libérer des puissances financières… il n’y a de servitude que volontaire !

* Vandana Shiva, « 1 % (reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches) » aux éditions rue de l’échiquier

édition originale en 2018 sous le titre « Oneness v/s 1 % (Shattering Illusions, Seeding Freedom) »

Biosphere-Info, l’écologie de la tomate

  1. Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO,
  2. il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

Les tomates sont au cœur de bien des controverses, par exemple bio ou pas bio ? Depuis le 11 juillet 2019, le Comité national de l’agriculture biologique a autorisé le fait que des tomates élevées sous serre chauffée bénéficient du label bio. Si nous avions le respect des cultures non industrielles, les tomates ne seraient accessibles sur les marchés que de juin à octobre. Biosphere-Info vous offre en ce mois de tomates mûres à point un éventail des différents aspects de l’écologie de la tomate, ce qui concerne aussi bien l’agriculture que l’alimentation, l’économie, la technique… Voici quelques extraits de notre blog biosphere :

AGRICULTURE

Cuba, un modèle que la France suivra un jour ou l’autre

En perdant le soutien de l’Union Soviétique, l’économie de Cuba est entrée en crise car la structure productive agro-industrielle, fondée sur la monoculture de la canne à sucre, s’est décomposée. Puis quelque chose à changé : à la place des cultures de canne à sucre sont nés des milliers de petits potagers sur lesquels sont cultivés des fruits et des légumes. De 50 000 couples de bœufs présents à Cuba en 1990, on est passé à 400 000 en 2000. Les Cubains sont passés des tracteurs aux couples de bœufs, des mécaniciens aux artisans du cuir, des joints à cardan aux harnais, des engrais chimiques au fumier, des boîtes de conserve au coulis de tomate.

L’autoproduction, une voie vers la décroissance ?

L’autosuffisance individuelle est quasiment inatteignable : seul, vous êtes vite confronté à vos limites. Vous pouvez éventuellement faire un petit potager, mais pas davantage. La coopération entre individus est nécessaire, essentielle. C’est pourquoi l’autoproduction c’est aussi un réseau de liens. C’est d’ailleurs une des motivations de ceux qui s’investissent dans les jardins potagers. Quand on a beaucoup de tomates, on en donne aux voisins, à la famille. On troque avec d’autres jardiniers. L’autoproduction c’est aussi une voie vers la décroissance. Elle va avec une forme de sobriété.

Nos vœux pour 2018, une Grande Métamorphose écolo

Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. Le compost d’appartement devient une obligation consentie. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Mais les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines…

Des tomates sur son balcon, une nécessité pour tous

A la fin du XIXe siècle, la petite maison familiale avec jardin potager semblait la forme idoine de l’urbanisme résidentiel. Aujourd’hui les Chinois sont « à la recherche de graines et d’outils permettant de transformer leur balcon en potager. » Le gouvernement est favorable au développement de ces potagers d’appartement…

Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

Si tu tues les taupes, les vermines vont pulluler, tu auras beau les « sous-soler », elles remonteront. Tu peux tout tuer, y aura du reste, du rabiot. Les petits, ça grossit plus vite que les gros ! C’est au-delà de l’intelligence humaine comment on cultive la terre actuellement. Les tomates sur la laine de roche et j’en passe… Les hommes veulent dompter la nature, les bêtes y vivent, et bientôt la culbute !

ALIMENTATION

Malbouffe, le dico (les dossiers du Canard enchaîné)

« Il n’y a pas d’intérêt à produire des tomates de qualité si on n’est pas dans un circuit court, car la qualité est antagoniste du rendement » (Mathilde Causse, unité « génétique et amélioration des fruits et légumes » à l’INRA)…

Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

On peut fabriquer du fromage avec de l’eau, du tofu, de l’huile de soja, de l’huile de noix de coco non hydrogénée, des flocons ou de l’amidon de pomme de terre, du jus de tomate, du riz brun fermenté, de la farine de caroube, de la gomme arabique, du vinaigre de pomme – tous garantis bio et avec les additifs, conservateurs, stabilisants, arômes et colorants «  naturels  » de rigueur…

légumes BIO ?

Au printemps 2006 en France, la publicité pour une coopérative de fruits et légumes proposait « des fruits et de légume BIO en toutes saisons. » Les tomates étaient disponibles d’octobre à juin, les tomates cerise toute l’année et les poivrons de décembre à mai. Bien entendu la gamme proposée était composée d’une grande variété de produits non cultivés en France. Peut-on se féliciter de l’aide apportée par la France à des villages africains en leur achetant des mini-haricots verts exportés tout frais par avion ?

Pourtant Yannick Jadot mange des tomates en hiver !

Les réponses de Yannick Jadot, seul candidat déclaré au nom de l’écologie pour la présidentielle 2017, au « Portrait chinois » de Raphaëlle Besse-Desmoulières :

Vous êtes un geste pas écolo… « Je suis accro aux tomates, même l’hiver ! »

ECONOMIE

homicide volontaire

Morceaux choisis de Terre-Mère, homicide volontaire de Pierre Rabhi : Un camion de tomates a quitté la Hollande pour l’Espagne. Dans le même temps, un camion de tomates quittait l’Espagne pour la Hollande. Ils se sont percutés à mi-chemin, dans la vallée du Rhône. On est, loi du marché oblige, en pleine chorégraphie de l’absurde.

sauvons la Terre

Comme René Dumont, Lester Brown porte sur le monde une démarche d’agronome, avec la même question fondamentale : Qu’est-ce qu’on va manger demain ? En 1948, Lester n’a que 14 ans quand il se lance dans la culture des tomates. En 1957, quand Lester décide de passer à autre chose, sa récolte de tomates est de 700 tonnes ! Rattaché au ministère de l’agriculture, Lester étudie fin 1962 l’Asie en montrant qu’on ne peut faire abstraction de ses relations avec le reste du monde : toute vision juste est obligatoirement globale. Le résultat, un rapport qui montre qu’on va vers une crise alimentaire mondiale.

fin de la DIT

La division internationale du travail (le libre-échange) repose sur des hypothèses fantaisistes qui font qu’il serait préférable que le Portugal se spécialise dans la production de vin et l’Angleterre de drap, « là où son avantage comparatif est le meilleur ». L’échange international reposerait donc sur le déplacement lointain de marchandises différentes. Cela fait longtemps que cette fable n’a plus court, des automobilistes français préfèrent les voitures allemandes et réciproquement. J’adore aussi cette remarque de Pierre Rabhi : « Un camion de tomates a quitté la Hollande pour l’Espagne. Dans le même temps, un camion de tomates quittait l’Espagne pour la Hollande. Ils se sont percutés à mi-chemin, dans la vallée du Rhône. On est, loi du marché oblige, en pleine chorégraphie de l’absurde. » Tant que cette DIT ne profitait qu’à l’ensemble des pays riches, on persévérait dans la logique de l’absurde. Mais la donne a changé.

Une taxe carbone, passage obligé vers une société sobre

En renchérissant le prix de l’énergie fossile, on privilégie la responsabilisation de chaque producteur et de chaque consommateur, afin qu’il programme ses activités en évitant les surcoûts énergétiques. Des habitudes considérées comme « normales » (circuler en voiture à sa guise, brancher la climatisation, manger des tomates toute l’année…) devront évoluer dans le sens d’un civisme écologique. Or le principal déterminant de la consommation d’énergie, c’est le prix ou, plus exactement, la fraction de pouvoir d’achat qu’il est nécessaire de consacrer à l’énergie.

La démondialisation contre le quotidien Le Monde

Après avoir donné la parole aux contempteurs de la démondialisation, Zaki Laïdi le 30 juin et Pascal Lamy le 1er juillet, l’éditorial du Monde (2 juillet 2011) abonde dans leur sens en reprenant le même argumentaire : « Aujourd’hui les frontières entre le commerce international et le commerce domestique s’effacent puisque les chaînes de production sont globalisées. » La notion même d’importation et d’exportation perdrait ainsi de son sens traditionnel. Il n’y a donc rien à faire. Comme s’il était normal qu’une chaîne de fabrication de voiture soit bloquée parce qu’elle ne reçoit plus des composants d’un pays lointain comme le Japon. Comme s’il était normal d’échanger des voitures, des tomates et des vêtements entre pays parfois éloignés de milliers de kilomètres. Le faible coût actuel de l’énergie a bien tourné la tête de nos penseurs médiatiques.

TECHNIQUES

impuissance OGM

Le Monde annonce la couleur dès le titre : «  OGM : la hausse des rendements contestée ». Après vingt ans de recherches et treize  ans de commercialisation du soja et du maïs transgéniques, les fermiers américains qui ont recours à ces semences n’ont guère récolté davantage à l’acre ! Cette conclusion d’un rapport récent du MIT était déjà annoncé en 2006 par le ministère américain de l’agriculture qui ne constatait pas d’améliorations significatives des rendements. Quelques précisions complémentaires :

Alors que la tomate « flavour savor » est en 1994 le premier organisme génétiquement modifié, les variétés de soja représentaient déjà cinq ans plus tard 55 % des surfaces cultivées aux USA et celles de maïs 35 %

OEM, on est cuit

Nikola Tesla (1856 – 1943) démontre l’existence et l’importance des ondes électromagnétiques. Il découvre le principe du radar, définit les bases des machines télécommandées mais, à force de manipuler les ondes, il finit par s’empoisonner. Le prolifique inventeur devient hyper sensible à toute stimulation sensorielle, le bruit lui est intolérable, la moindre vibration est une torture. Nicola Tesla est le premier à publier des travaux sur la toxicité de ces ondes. En mars 2007, des chercheurs de l’université de Clermont Ferrand démontrent que des tomates, exposée à des valeurs de champs inférieurs à 5 volts par mètre (la norme actuelle des antennes relais est de 41 V/m en France contre 0,6 V/m en Autriche et 0,5 V/m en Toscane) subissent des effets biochimiques comparables à ceux que l’on observe à la suite d’un choc ou d’une blessure.

LM, quotidien de merde ou quotidien de référence ?

LE MONDE devient un composite de Paris Match, l’Equipe et la presse de caniveau. Rien à dire de sérieux sur l’état de la planète, on consacre une demi-page à un ponton flottant japonais échoué sur la côte américaine suite au tsunami… Il faut donc lire « M le magazine du MONDE » pour trouver, au milieu d’une série d’articles mode/beauté/design, une tentative d’article de fond sur le goût perdu de la tomate : sept pages, mais trois comportant uniquement une photo. Quant au contenu, inutile de chercher une attaque en règle contre les semenciers. C’est seulement la faute à la consommation de masse si on propose des tomates hybrides (qui ne se replantent pas) dont on a volé le goût. Et l’article de conclure que l’histoire du « vrai goût » n’est que de l’ordre du fantasme.

CONCLUSION : croissance zéro et début de la sagesse

Pour adhérer au mouvement pour la décroissance heureuse, il suffit :

–          d’autoproduire le yaourt ou n’importe quel autre bien primaire : le coulis de tomate, la confiture, le pain, les tartes, l’énergie thermique ou électrique, des objets ou des outils ;

–          d’offrir gratuitement des services à la personne qui se font en général contre paiement : assistance aux enfants dans les premières années, aux personnes âgées, aux mourants. »

Fusils partout, biodiversité nulle part

LOUPS, communiqué de presse FNE, en bref : « En autorisant la destruction de 100 loups, le gouvernement français ne fait que frapper de façon indiscriminée une espèce protégée. Cette attitude est aberrante, aveugle et lâche (…) La France est le pays d’Europe où le montant des aides et indemnisations liées à la présence du loup est le plus élevé (de 8 à 20 fois plus), sans qu’aucune vérification de leur emploi ne soit effectuée. Il est celui où le nombre de victimes par rapport au nombre de loups présents est le plus élevé. Il est également celui où le plus grand nombre d’abattage de loups est autorisé. Ne cherchez pas l’erreur : cela est le résultat concret de la démagogie avec lequel ce dossier est conduit. Cela coûte beaucoup, ne produit pas d’effets, et le gouvernement s’en moque puisque la seule à pâtir concrètement de cette situation est la population de loups. »

Voir le communiqué