écologie appliquée

Dogmatique traitant autrui de dogmatique

Christophe Ramaux en mai 2020 : « Avec la décroissance, il n’est pas possible d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de « faire payer les riches »… Réduire le PIB c’est réduire la production et la demande, mais aussi automatiquement les revenus distribués… Le découplage entre production et émissions de GES a déjà commencé à l’échelle mondiale en réduisant l’intensité carbone de l’énergie par le recours au nucléaire… La plupart des partisans de la décroissance abandonnent de fait l’objectif du plein-emploi… Un emploi quel qu’il soit augmente la richesse monétaire, le PIB, et partant le niveau de vie… L’émancipation sociale au XXe siècle a été embrumée par le dogmatisme rouge. Puisse le XXIe siècle ne pas l’être par le dogmatisme vert. »

Christophe Ramaux en août 2019 : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux. L’écologie mérite mieux que la régression des nouveaux prophètes de l’apocalypse… Miser sur la réduction de la croissance économique annihilerait le développement (le soulèvement des « gilets jaunes » atteste l’étendue des besoins insatisfait)… L’écologie elle-même exige un surcroît de croissance : rénovation du bâti, etc. .. Le découplage relatif – augmentation des gaz à effet de serre (GES) inférieure à celle du PIB – a déjà commencé à l’échelle mondiale, le découplage absolu n’est pas hors d’atteinte… La réduction de l’intensité carbone de l’énergie implique d’abandonner les énergies fossiles au profit du nucléaire… L’histoire fourmille de promesses d’émancipation abîmées par le dogmatisme. Puisse l’écologie y échapper. »

Les commentateurs sur lemonde.fr étrillent à juste titre ce maître de conférences qui répète toujours la même chose sans se soucier de la validité de ses dires :

20100 : Soyons sérieux il n’y a pas de découplage à cause de l’habituel effet rebond : une amélioration d’efficacité est toujours contrebalancée par une augmentation plus importante de la consommation (croissance oblige…). On est toujours dans la fuite en avant.

ChrisL : Ce mec Ramaux ne connaît que l’argent ! Il n’a jamais entendu parler de solidarité, d’échanges directs de services et de biens sans passer par l’argent. Il oublie que le PIB ne prend pas en compte la dégradation de l’environnement.

JY REHAULT : Si l’on intégrait en négatif dans le PIB l’épuisement la planète, la décroissance serait constatée depuis longtemps !

VDBs : Il n’est nul besoin d’être expert pour réaliser que le modèle actuel ne garantit plus le plein emploi depuis belle lurette et ne le fera jamais. Cela n’est possible que dans certaines régions du monde qui deviennent pendant un temps les usines pour le reste des pays, jusqu’à ce qu’elles se fassent supplanter à leur tour. Ce discours anti-écologique est même assez extraordinaire. Ce ne sont pas les écologistes qui alertent contre la surexploitation de la planète, contre le réchauffement climatique ou contre les dangers du nucléaire ou de la destruction de la biodiversité, ce sont les scientifiques. Les écologistes, dans l’ensemble, ne font que tenter de proposer des solutions, à discuter bien entendu, à ces problèmes incontournables. Cet article donne l’impression qu’il faudrait ignorer pour continuer dans la voie qui les a créé. Je trouve que cette vision d’un économiste « à la Sorbonne» n’est pas à la hauteur des enjeux.

Iphigenie : Ce que l’article ne dit pas, c’est que nous avons 0 solution, nada, rien, pour faire bouger les voitures, produire dans les champs et créer des services sans émettre de CO2. La voiture électrique produit autant de CO2 que celle à pétrole (il faut retourner des millions de tonnes de terre pour isoler les terres rares des batteries). La compensation est un mythe (il faudrait planter 50% de la surface de la France pour compenser nos émissions françaises ). Donc la décroissance viendra, soit organisée, avec ses limites, soit forcée, dans la violence. C’est là notre choix.

Desideriusminimus : Que de sophismes dans ce texte qui n’est informé qu’en apparence ! Pour ce qui est de la décroissance, ce n’est pas une option politique, mais un constat de fait qui relève de la physique : dans un monde fini, une croissance infinie est impossible. ucun décroissant que je sache ne prône «d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de ‘faire payer les riches’. Il s’agit bien plutôt de partager équitablement la baisse du PIB qui nous attend. Celle-ci ne sera pas nécessairement synonyme de perte d’emplois, mais d’une réorganisation de ceux-ci vers des activités moins dépendantes des matériaux et énergies fossiles.

Bobby Videau : Si 90% de la population active est dans les champs à cultiver des patates pour se nourrir (les 10% restants sont les artisans, fonctionnaires, médecins… qui sont nécessaires au fonctionnement de la société), on peut faire de la décroissance économique qui inclut le plein emploi, non ? C’est même plutôt logique : moins d’énergie, moins de machines, c’est aussi un plus grand besoin de main d’œuvre humaine et animale (chevaux, bœufs…).

J.Dupont29 : Et si le vrai sujet était la DÉCROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ? La limitation de la démographie des classes populaires éviterait de créer une demande très forte parmi les emplois peu rémunérés, ce qui pousserait les employeurs à améliorer leur rémunération. Rappelons que l’emploi est aussi un marché…

Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

Les 150 tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat ont longuement débattu en visioconférence les 30 mai et 31 mai 2020 : près de 150 propositions visant à « changer en profondeur la société ». Il n’était pas facile de se mettre d’accord ! Alors on vote, on élague, et on oublie toute virulence. Les 19, 20 et 21 juin, cette convention présentera à l’exécutif un document final dont on connaît déjà le résultat final : tout ce qu’ils diront a déjà été dit et presque jamais mis en application. Rappelons les atermoiements d’Emmanuel Macron quant à la question écologique. Il recule devant la taxe carbone à cause de quelques manifestants en gilets jaunes sur les ronds-points. Il annonce un Grand Débat National dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il est confronté à une pandémie dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il multiplie les organismes consultatifs pour faire croire qu’il fait quelque chose. Il annonce la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, quelques mois auparavant, un Haut-Conseil pour le Climat dont il n’y a rien à attendre. Rappelons aussi que l’urgence climatique ne couvre pas l’ensemble de nos problèmes structurels. La biodiversité, la pollution, la réforme agro-alimentaire… restent toujours sans réponse durable. Il est dommage que la bonne idée de conférence de consensus soient utilisés par le gouvernement uniquement pour cacher son impuissance à remettre en question la société thermo-industrielle. Voici nos articles antérieurs à propos de la convention citoyenne. Merci de votre attention, bonne lecture.

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Scolarité, l’éducation à l’écologie absente

Surtout pas de catastrophisme dans l’éducation nationale : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci (circulaire de juillet 2004, rubrique EEDD, éducation à l’environnement et au développement durable). » Un adepte de la pédagogie de la catastrophe fait-il preuve de lucidité ? Ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer la réalité aux jeunes que nous éduquons (épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… sans compter le poids des dettes que nous léguons en France aux générations futures. La catastrophe va bientôt sonner à notre porte parce que nous aurons été beaucoup trop mous pour s’engager dans une autre voie qu’un croissancisme mortifère. Mais chut, il ne faut pas le dire aux élèves.

« L’histoire des textes officiels en dit long sur la difficulté de l’école à enseigner la transition écologique » dixit de nos jours Anne-Françoise Gibert dans LE MONDE. Apparue en France en 1977, l’éducation à l’environnement a été qualifiée à la rentrée 2019 de « transition écologique ». Mais la transversalité de l’écologie n’est toujours pas au programme, on reste sur organisation bureaucratique « un cours, une matière, un professeur, une classe ». De plus l’école française a une particularité, elle s’inscrit dans une conception de l’enseignement du « vrai »… autant dire que cette conception des savoirs scolaires s’accorde mal avec la réflexion sur l’environnement qui présuppose différents points de vue souvent contradictoires. Patrons et syndiqués peuvent même se retrouver faire cause commune contre les revendications d’ordre écologique. L’enseignement agricole est en avance. Confronté à des questions brûlantes comme les OGM, les pesticides et le bien-être animal, la réforme de 2014 « Enseigner à produire autrement » promeut l’approche agroécologique. Mais nous restons très loin d’une remise en question, au sein de l’éducation nationale, des politiques de maximisation de la production et du profit. Pour en savoir plus grâce » à notre blog biosphere, extraits :

30 mars 2019, L’éducation à l’écologie, déprimante et si nécessaire

Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée…

15 avril 2018, SES, l’avenir de l’écologie passera par le baccalauréat

Le problème de la réforme actuelle du bac n’est pas la suppression des filières L, SES et S**. Le problème de fond, c’est que le tronc commun comporterait les enseignements de français, philosophie, histoire-géographie, enseignement moral et civique, langues vivantes 1 et 2, éducation physique et sportive, humanités scientifiques et numériques. Tout pour les disciplines traditionnelles, rien pour l’écologie alors que cette approche systémique est la seule vraiment transversale, propre à ouvrir nos lycéens à une réflexion approfondie car globale.

1er mars 2016, BIOSPHERE-INFO : spécial « éducation à l’écologie »

La charte de l’environnement de 2005 a été inclus dans la constitution française. Son article 8 explicite clairement que « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte. »…

23 mars 2013, L’écologie, axe central de l’éducation scolaire

Voici quelques directions à prendre :

–          Faire entrer à part entière l’enseignement de la coopération dans les matières enseignées.

–          Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

–          Placer les activités manuelles, indispensables à l’équilibre général des compétences, au cœur des programmes.

–          Mettre au cœur de l’enseignement des enfants, la connaissance, la compréhension, l’interaction avec la Nature.

–          Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature.

–          Encourager les démarches de transition écologique et humaine dans les écoles de son territoire : rénovation thermiques, cantines bio, recyclage, etc. »

Mariage à trois, CGT, Greenpeace et Attac !

Un miracle est arrivé, dix-huit organisations associatives et syndicales ont présenté le 26 mai un plan de « sortie de crise », y compris la CGT, Greenpeace et Attac. Mettre ensemble le vautour, la baleine et un coléoptère serait plus vraisemblable. Jugeons sur pièce de la pusillanimité de leurs représentants:

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT : Le vrai débat, c’est comment produire et consommer autrement. C’est pour cela que notre plan pose la question de la réduction du temps de travail. On peut également s’interroger sur la consommation : est-ce que ça vaut le coup d’avoir tous les deux ans une nouvelle version d’iPhone fabriquée au bout du monde ? S’il y a eu un syndicat qui s’est battu contre la casse de la SNCF et du fret ferroviaire, c’est bien la CGT ! Mais si on dit aux salariés « vous avez le choix entre votre emploi ou la planète », ça va être compliqué !

Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac : La transition écologique est complémentaire avec la création de centaines de milliers d’emplois. Nous voulons une reconversion professionnelle qui permette de maintenir les emplois actuels, d’en créer de nouveaux, et il faut que ce soit des emplois de qualité ! Quand on propose que la dette publique détenue par la Banque centrale européenne soit une dette perpétuelle à taux zéro, ce n’est pas rien du point de vue macroéconomique…

Jean-François Julliard,  directeur général de Greenpeace France : Les écologistes ne disent surtout pas qu’il faut arrêter toute activité productive ! Mais on parle décrue des industries qui polluent et réorientation des investissements vers les secteurs qui font du bien. On porte ensemble l’arrêt de certaines lignes aériennes… Ce n’est pas une approche décroissante.

Les commentaires sur lemonde.fr sont parfois pertinents :

Le roi est mort vive le roi : Le problème de la CGT c’est que quand elle dit un truc intelligent ( ça arrive !), on pense tout de suite à toutes les grèves jusqu au boutistes qu’elle a fait ( docker, sncf, sncm…)

jea.vie : Toujours les mêmes vieilles recettes de le CGT , augmenter les salaires (avec quel argent?), déverser de l’argent public qu’on n’a pas, réduire le temps de travail, alors qu’aucun pays concurrent ne le fait. Pourquoi accorder une telle place à ces sornettes répétées mille fois ? Difficile d être audible après ça.

Munstead : À la lecture, on a l’impression de lire trois discours parallèles. Martinez est excellent dans la récupération pour diffuser les obsessions cégétistes: salaires plus élevés et réduction du temps de travail. On aimerait savoir ce que les militants de Greenpeace pensent de cette association avec le syndicat le plus réactionnaire en matière d’environnement, qui s’est si souvent opposé à Greenpeace, y compris en justice. Quant à ceux d’Attac, ils sont noyautés par les trotskystes et divers groupuscules gauchistes et tout cela doit plutôt leur plaire. Leur problème est que la parole d’Attac est tellement politisée au sens politicard d’extrême-gauche qu’elle est devenue inaudible. Attac vit sur une image ancienne et dépassée d’un mouvement jadis généreux.

Pm42 : Moi aussi je veux plus d’argent tout en travaillant moins et en sauvant la planète. Et aussi rester jeune tout le temps, pouvoir manger tout ce que je veux sans grossir, ne jamais être malade… Tiens, si mon papa en ephad qui ne me reconnaît plus pouvait retrouver sa mémoire et si l’Etat payait 100% de ses frais d’hébergement, ce serait bien. En fait, il n’aurait même plus besoin d’être en ehpad parce qu’il serait à nouveau autonome. Et pouvoir rouler à nouveau vite en voiture (j’aimais bien ça) mais sans polluer, sans impact pour la sécurité et dans une ambiance apaisée où personne ne serait agressif au volant. Mais bon, je suis un adulte et je sais qu’on ne peut tout avoir et son contraire et je ne fais pas de tribune pour prétendre que ma liste au Père Noël est un programme politique.

Michel SOURROUILLE : Tous ensemble, tous ensemble. Bientôt nous serons tous écolos, de gré ou de force, quand on arrivera aux dernières gouttes de pétole et que la température du globe dépassera en moyenne de 5 °C la période pré-industrielle. Autant agir avant. Mais les 34 mesures proposées sur 24 pages aérées sont bien en deçà de ce qu’il faudrait, c’est un fourre-tout indigeste dans lequel l’écologie a la partie congrue : distribution gratuite des masques… pour les droits des étranger-ères et personnes incarcérées… maintien des droits pour les intermittent·es… reprendre le contrôle de la finance…. acter dans la loi l’arrêt des vols courts… les politiques publiques et les plans d’investissement doivent soutenir l’emploi, etc. Il n’est aucunement question de rupture avec la société thermo-industrielle qui nous mène droit au désastre, pas étonnant que CGT signe un texte qui n’engage à rien, plus étonnant que Greenpeace se lance dans les droits des femmes…

Adrien H : Rien que pour voir la CGT et Greenpeace essayer de tenir un discours commun sur le nucléaire, ça mérite de préparer le pop-corn.

Dance Fly : Autant je soutiens la plupart des campagnes de terrain de Greenpeace lorsque cette organisation lutte contre les OGM, les pesticides, le lobby climato-sceptique, les énergies fossiles ou bloque une plate-forme pétrolière ou appose une banderole géante sur un réacteur nucléaire, autant j’aurais tendance à me désolidariser lorsqu’elle se fourvoie avec un syndicat, qui depuis des décennies a toujours promu une politique industrielle productiviste qui est finalement plus proche du système capitaliste traditionnelle (celui qui carbure avec les énergies du XXe siècle et dont les représentants politiques sont Trump et Bolsonaro) que d’un capitalisme en transformation de ses modes de production.

yves9242 : Pour répondre à la question de Philippe Martinez : « On fait des propositions concrètes. Et on dit aux partis : On a bossé, qu’est-ce que vous faites de tout ça ? », la réponse est comme pour tous les autres qui ont déjà sorti leurs catalogues de mesures : « rien du tout ».

Le monde-d’après, l’imagination sans pouvoir

La Convention citoyenne pour le climat reste inaudible, les partis politiques sont tétanisé par le virus, les cercles de réflexion vont dans tous les sens, comme d’habitude ; rien de fiable. On appelle même à une nouvelle assemblée de citoyens tirés au sort, « dédiée à la question du plan de relance ». Nous sommes très loin d’un appel à la sobriété partagée ! La France va sans doute vivre en 2020 sa pire année de récession depuis la fin de la seconde guerre mondiale et battre le record de 2009 – une chute de 2,9 % du produit intérieur brut (PIB). Mais budgétairement les mesures actuelles de soutien pèsent davantage que n’importe quel plan de relance. La facture a déjà explosé pour l’État, 11 milliards d’euros pour le chômage (84 % du salaire net pour les salariés au chômage partiel) et 2 milliards pour le fonds de solidarité pour les indépendant (1 500 euros mensuels). Le plan de relance suite à la crise financière de 2008-2009 avait été conçu sans perspectives écologiques, il en est de même aujourd’hui. « Le monde d’après » la Covid-19 risque fort de ne pas aller très loin si on se contente d’une étude publiée mercredi 1er avril par les chercheurs de l’Institut pour l’économie du climat (I4CE) : favoriser la production d’électricité renouvelable et de voitures électriques avec des infrastructures de recharge.

Alors que faire ? Le député Matthieu Orphelin n’offre pas beaucoup plus de perspectives avec un grand plan sur la sobriété numérique . Par contre le Fonds mondial pour la nature (WWF) propose de suivre su la « taxonomie verte » de l’Union européenne. Il s’agit d’une classification des activités économiques en fonction de leur empreinte écologique ; il faut relever les entreprises mais pas à n’importe quelle condition, en gelant les subventions au secteur fossile par exemple.  Daniel Boy n’est pas très optimiste : « J’ai beaucoup de doutes sur le fait qu’une fois sortis de cette crise on ait des politiques économiques très vertueuses. Je crois que l’on sera plutôt dans une course à retrouver la croissance, le pouvoir d’achat, des industries qui tournent… Une fois de plus l’écologie et l’environnement risquent de passer à la trappe. » Les commentaires sur lemonde.fr* se déchaînent :

Palaski : Les mots clefs de l’après crise seront : Croissance , chômage , dette , pouvoir d’achat , santé. On risque pas d’entendre reparler du climat et d’écologie avant un moment .

Marius Albufera : La question qui va se poser sera beaucoup plus prosaïque : nourrir des populations qui ne produisent plus rien de matériel parce qu’ elles achètent tout (notamment ce qui se mange et qui permet de produire de l’ énergie) dans des pays tiers grâce aux revenus de la finance et du commerce mondial ; s’ ils s’ écroulent, nous n’ auront plus rien. NOUS N’ AVONS PAS DE MATIERES PREMIERES et nous avons perdu NOTRE INDEPENDANCE ALIMENTAIRE. C’est si difficile à comprendre ?

Untel : Il est clair qu’après a crise il faudra relancer avec ce qui marche le mieux et non avec ce qui fait le plus plaisir. La priorité ne sera pas de revenir à ces conceptions d’enfants gâtés, le bobo-écologisme, mais de relancer la machine. Il faut que cette « guerre » soit suivie d’un nouveau baby boom et que ces nouveaux boomers redémarrent tout, dans tous les secteurs, dans une explosion d’activités.

Thibaut : Bref, Untel, réaccélérer à fond, tout droit en direction du mur ? Malin !

DMA : Le changement climatique et sa kyrielle de conséquences ne vont pas s’arrêter en raison du coronavirus, ni de la crise économique. La transformation de notre société de performance, en une société de résilience ne sera pas, à moyens termes, une option parmi d’autres, mais la condition de notre survie. Néanmoins, il y a effectivement fort à parier que nos gouvernants vont essayer , dans un premier temps, d’appliquer les vieilles recettes avant de s’apercevoir que nous ne sommes plus en 1948, ni même en 2008, et que les ressources dont nous disposons sont insuffisantes pour relancer durablement la croissance.

le sceptique : On a eu 10000 tribunes sur la catastrophe climat, 1000 tribunes sur la catastrophe pesticide, 100 tribunes sur la catastrophe fin du pétrole, résultat : on se tape finalement une pandémie. Des gens se contentant d’aligner des risques sans priorisation ni prédiction, de dire « faut tout changer » quoiqu’il arrive, ne sont pas crédibles. L’écolo répétera toujours la même chose qu’on se prenne un astéroïde, une pandémie, un tremblement de terre, un krach boursier, une guerre civile, etc. Pour sortir de la crise covid-19, nous n’avons pas trop besoin de vélos ni de carottes bio (ni de transport en commun où le virus respiratoire se diffuse mieux!), mais d’une bonne répartition des lits d’urgence privés et public, de traitements antiviraux, de vaccins, d’applis numériques, d’industries capables de produire masques, tests, respirateurs, médicaments. Une société ouverte, prospère, éduquée, avancée au plan industriel, technique, scientifique. Résilience? Cf Japon, Corée du Sud, Taiwan…

Frog : Si le covid-19 non montre bien quelque chose, c’est que la mondialisation n’a rien de résilient… pas assez de masques et médicaments chinois pour toute la planète, avions soudains bloqués au sol, chaîne d’approvisionnement de la nourriture sous tension… Qu’est-ce que cela donnera lorsque l’épuisement des ressources deviendra plus visible, couplé au réchauffement climatique ? Un peu d’anticipation et de sagesse aurait pu faire éviter des milliards au monde entier, alors que le risque pandémique était connu depuis longtemps. Ne reproduisons pas la même erreur avec le réchauffement climatique.

* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/07/coronavirus-a-bercy-les-economistes-debattent-de-l-utilite-d-un-plan-de-relance_6035774_823448.html

** https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/06/en-france-les-pistes-pour-imaginer-le-monde-d-apres_6035721_3234.html

Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

En 2008 et 2009, années du précédent plongeon de la croissance, Nicolas Sarkozy avait chargé une commission, dite « Stiglitz-Sen », de redéfinir des indicateurs de progrès « au-delà du PIB » (produit intérieur brut). Votée à l’unanimité en 2015, une loi « visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques » n’est plus appliquée, et ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été. La croissance du PIB reste l’objectif premier des décideurs, elle doit se poursuivre coûte que coûte pour subvenir non seulement aux besoins sociaux individuels et collectifs mais aussi résoudre les problèmes écologiques. Or on sait depuis la fin des années 1960 que le « gâteau du PIB à partager » devient, en grossissant, de plus en plus toxique pour la vie, le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des mers et des sols. Qu’il ne contribue plus au bien-être à partir d’un niveau de richesse économique par habitant correspondant à celui qui était le nôtre il y a un demi- siècle. Qu’il s’est accompagné de l’explosion des inégalités mondiales. Qu’il met le travail sous pression en lui faisant perdre son sens et en provoquant des maladies professionnelles physiques et psychiques.

Pourtant il n’y a aucun besoin de croissance pour améliorer le pouvoir de vivre, pour réduire les inégalités, pour créer des emplois. Le contexte de la crise sanitaire actuelle fait resurgir des questionnements sur « ce qui compte vraiment ». L’alternative à la société thermo-industrielle est simple, c’est une juste répartition des richesses associée à de nouvelles priorités mettant l’utile et les biens communs au-dessus du futile et de l’accumulation privée. Cela implique de se donner d’autres indicateurs comme guides. (résumé d’une tribune de FAIR, Forum pour d’autres indicateurs de richesse)*

Le PIB est un fourre-tout trompeur. Un homme qui épouse sa femme de ménage fait chuter le PIB et diminuer les rentrée fiscales, un accident de la route augmente le PIB, cela fait travailler les garagistes et les pompes funèbres, les dépenses publicitaires boostent le PIB, mais cela nous agace fortement. Si tout se passe bien, nous abandonnerons progressivement l’indicateur PIB (produit intérieur brut), spécialisé dans l’accumulation économique, pour se fier à de nouveaux indicateurs de richesse durable. L’idée de « développement durable » n’opérait guère de saut conceptuel car il assimilait croissance et développement. On peut aussi aller beaucoup plus loin que l’IDH (indicateur de développement humain). L’indice final de performance environnementale en 2010 n’a pas eu beaucoup de succès. L’IBED (indicateur de bien-être véritable) peut être défini comme la somme [consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement)] moins [dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel]. L’empreinte écologique garde aujourd’hui toute sa pertinence. Pour l’instant les « indicateurs d’écologie appliquée » sont multiples et non utilisés par les gouvernants. Le BNB (Bonheur national brut) n’a toujours pas remplacé le PNB (produit national brut). Le tsunami financier de 2008-2009 n’était qu’un épiphénomène, les crises découlent surtout de notre désaccord économique avec les règles de reproduction inhérentes au vivant. L’épisode Covid-19 nous empêche actuellement de concevoir une société post-croissance tellement nous sommes hypnotisés par la sacralisation médicalisée de la vie humaine. Mais au fur et à mesure de l’approfondissement des crises écologiques, la prise en compte de l’économie biophysique deviendra essentielle. Pour en savoir plus grâce à notre réseau de documentation des écologistes :

2016, Faut-il attendre la croissance ? de Florence Jany-Catrice et Dominique Méda

2010 Adieu à la croissance (bien vivre dans un monde solidaire) de Jean Gadrey

2005 Les nouveaux indicateurs de richesse de Gadrey et Jany-Catrice

livre synthèse : une utopie pour 2050

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/15/l-urgence-sanitaire-n-a-pas-fait-oublier-l-urgence-ecologique-et-climatique_6039773_3232.html

L’écologie nous rassemble par définition

Pierre Charbonnier : « L’écologie est au-delà de la droite et de la gauche, une finalité unique doit réunir l’ensemble des humains à travers leur appartenance commune à la Terre. C’est une stratégie de communion universelle style Nicolas Hulot qui nourrit certaines tribunes dans les médias… En vérité l’écologie nous divise bien plus qu’elle nous rassemble. L’écologie apparaît comme une opportunité de profit pour les uns, et comme un fardeau pour les autres…L’écologie est une ligne de clivage qui passe à l’intérieur de chacun d’entre nous... Il n’y a pas deux camps facilement identifiables, les Terriens contre les Destructeurs. ..L’écologie ne nous rassemble pas, elle nous divise..» Les commentateurs sur le monde.fr ne sont pas d’accord :

Ecureil : Eh bien. Si la prise de conscience unanime n est pas la bonne stratégie… quelle meilleure stratégie envisager ?

Babaille : Passer d’une conscience universelle à un manichéisme caricatural ne semble pas un grand progrès conceptuel.

Un romain: L’écologie nous divise, d’accord. Ceci dit nous faisons quoi? Comment surmonterons nous la division, sachant qu’il y a urgence?

Matt59 : Une tribune qui enfonce des portes ouvertes, tout nous divise, l’inégalité sociale, économique, environnementale. L’écologie n’a pas créé ces divisions, elle vise à les réduire. Voilà un philosophe qui plaira aux populistes…

-Alazon- : Le vrai clivage est entre des boboécolos religieux qui mettent la nature au dessus de tout, et les humanistes qui font de l’homme la mesure de toute chose. Ce clivage est aussi entre des gens qui mesurent l’importance de l’économie pour la vie des gens, et surtout des plus pauvres, et des écologistes qui veulent la sacrifier à leurs pulsions rétrogrades, technophobes et décroissantes. Pensons à la prohibition irrationnelle des OGM qui sont l’avenir de l’agriculture ! Les écologistes sont avant tout des nantis qui ne comprennent rien au monde, des Hulots superstitieux, des patineurs de voie sur berge, des gens du passé.

VDBs @ Alazon : Vous avez clairement choisi votre camp en tout cas… Personnellement, si l’humanisme est encore seulement le principe datant de la Renaissance de l’homme centre du monde, ce concept a été taillé en pièces par la science ces deux derniers siècles. Nous ne sommes qu’un composant de la nature et plus nous tentons de la transformer et de la maîtriser, plus nous créons les conditions de notre propre malheur. Être écologiste, contrairement à votre caricature, ce n’est pas être contre la science ou les avancées technologiques, c’est vouloir chercher un chemin dans ce qu’elles nous proposent qui permette de limiter notre impact sur la nature tout en couvrant nos besoins vitaux. Elle s’oppose en cela à votre scientisme qui considère que la seule réponse à l’avenir de l’humanité est toujours plus de transformation des processus naturels au profit du seul homme, généralement sans évaluation réelle de leurs conséquences sur le long terme.

Balturi : Charbonnier écrit « L’écologie nous divise. Et c’est tant mieux » !!! Il y a des individus, qui s’affublent du titre de philosophe, qui se réjouissent de la division… Donner n’importe quelles mauvaises nouvelles à un esprit actif et constructif : il proposera des solutions qui rassembleront le plus grand nombre. L’esprit réactif en dérivera des motifs de division, et s’en réjouira ! L’écologie a besoin des premiers, pas des derniers.

Vince : On peut philosopher tant qu’on veut, dire qu’on est divisés, tiraillés, attachés à nos libertés, nos ambiguïtés et tergiversations ne feront jamais le poids devant la vérité crue : nous détruisons notre maison commune. On ne discute pas avec les lois de la nature, on ne peut pas changer ces lois ni au parlement ni à l’ONU. Les sciences disent ce qui est (la vérité): réchauffement climatique et destruction de la biodiversité, deux éléments qui menacent la vie humaine. Donc soit on essaie solidairement, forcément maladroitement, de faire quelque chose qui aille dans la bonne direction, ou alors on reconnaît qu’on s’en fout et qu’on laissera les prochaines générations avec les conséquences de notre « sainte liberté ».

JFA : Tout divise en permanence. La liberté dont profitent les uns est interdite aux autres, l’égalité est purement juridique, quant à la fraternité, les SDF qui croupissent sur les trottoirs des villes témoignent de son caractère illusoire. On est divisé entre riches et pauvres, entre habitants des champs et ceux des villes, entre progressistes ouverts et réactionnaires bornés, citoyens du monde et nationalistes, gay friendly et homophobes, macronistes et macrophobes, etc. À travers tout cela, il faut concocter une très relative unité permettant à tous de vivre le plus convenablement possible. Une obligation pourtant, quand les excès des hommes ont détraqué le monde dans lequel ils vivent, il est urgent d’agir. Le crash qui nous menace aura des conséquences autrement graves que le covid.

DIEU est avec Nous : Pourquoi il y a autant de commentateurs ou commentatrices qui dénigrent les écologistes. Dire que l’écologie c’est trop sérieux pour la laisser aux mains des écologistes, je trouve ça grave et triste. Nous devons toutes et tous être écologistes ! Et comme je le dis souvent, la véritable écologie est transversale, elle doit être au cœur de tous les sujets, et nous devons faire une écologie holistique qui considèrent la planète dans son Unité. Ainsi, me semble t’il, nous pourrions rassembler tout le monde autour d’un grand Tout : climat, biodiversité, circuit de l’eau, terres clean, océans, forêts anciennes, pollution, propreté, etc, etc, etc. Bien à vous

Michel D. : Et pas un mot de la démographie dans cette tribune ! Le seul combat qui vaille est celui contre la surpopulation galopante, qui annihile tous les progrès permis par les sciences.

Faux rhum : Et donc ? On commence par vous supprimer ? Ou on compte sur vous pour décider qui on va euthanasier ?

As1 @ Miche D: C’est sûr que lutter contre la surpopulation c’est quelque chose de simple. Merci d’avoir trouvé la solution. J’espère que vous avez pris la précaution de ne pas faire d’enfants. Car finalement, nés en France, leur impact écologique aurait été bien plus grand que nés ailleurs.

François C.H. @ Michel D : L’argument massue habituel flirtant sous couvert de bon sens avec le racisme. Avez-vous comparé le bilan carbone d’un occidental avec celui d’un africain? Bon, regardez de plus près et vous verrez que le problème vient peut être moins de la surpopulation (celle des autres, forcément) que de nous-même.

Michel D. : Mes contradicteurs moralistes étant dans un incroyable déni, rappelons des chiffres, à savoir la population en 1950, la population en 2019 et la progression sur la période. Monde: 2,5 => 7,6 milliards, +204%… France: 42 => 67 millions, +59 %… Nigéria: 38 => 190 millions, +400%. Egypte: 21 => 100 millions, +376%. Indonésie: 70 => 270 milliions, + 285%. Etc…. Désolé, connaissant bien Mumbai, Djakarta ou Mexico, je ne me sens absolument pas responsable des problèmes qu’ils connaissant et je ne suis pas prêt à faire le moindre effort tant que les pays dits émergents ne prennent pas des mesures drastiques pour réduire leur natalité.

Covid-19, enfin des contributions stimulantes

La pandémie a donné lieu à une vague de contributions extrêmement stimulantes, voici quelques extraits.

Rony Brauman : « Le plus terrible avec cette pandémie, c’est que toute personne peut être à la fois une aide et une menace pour les autres. Quand on ne peut pas avoir confiance, le rapport à l’autre s’exerce sous la menace d’une amende ou pire. Ce que les êtres humains ont en partage, ce n’est pas une morale commune, mais la conscience de leur commune vulnérabilité. L’habitus, ce qui est profondément inscrit dans les façons de faire, comme la poignée de main et les embrassades en Europe ou le salut à distance en s’inclinant en Asie, est déjà fondamental dans la transmission d’un virus. S’il y a bien un autre invariant dans une situation épidémique, c’est l’intrication du politique et du biologique. La remarquable réaction de Taïwan, avec une conscience très élaborée du risque viral, a été totalement occultée parce que l’OMS a cédé aux pressions de Pékin qui voulait marginaliser le plus possible l’indépendantiste Taïwan. Aujourd’hui, on commence à s’interroger sur les vertus du confinement. Il n’était qu’un pis-aller, dans la mesure où nous ne disposions pas des tests et des masques qui auraient permis le traçage et la protection. Quant au pourcentage d’irréductibles, ce n’est pas à partir de ces gens-là qu’il faut édicter la loi du groupe. Il faut tabler sur la responsabilité des individus. Je suis un peu effrayé de mesures qui peuvent s’inscrire dans une stratégie de surveillance policière généralisée. C’est extrêmement dangereux, car on ne sait pas ce que l’avenir politique nous réserve. Nous devrons vivre désormais sous la menace perpétuelle d’une pandémie, cela fait partie de l’existence humaine. On voit comment des formes d’organisation sociale ont ouvert de véritables autoroutes aux virus : que ce soit dans l’élevage industriel où la reproduction des poulets ou des porcs, de génome identique en génome identique, favorise la transmission, ou dans l’intrication des animaux sauvages et domestiques au bord des grandes métropoles du Sud ou d’Asie. Bref, les modèles de l’urbanisation, de l’élevage, de l’alimentation, doivent être considérés sous un autre angle que celui de la rentabilité immédiate et de l’usage quotidien. Cette épidémie nous incite à porter notre regard au-delà de l’horizon immédiatement perceptible. »

Serge Morand : «  Cette pandémie agit comme un révélateur de nos propres errements ; les écosystèmes ne peuvent plus supporter notre croissance démographique si intiment liée à notre expansion économique. Le passage d’un milliard d’individus en 1800 à 7,5 milliards aujourd’hui a entraîné des impacts sans précédent, nous avons besoin de toujours plus d’espaces pour nos habitations, nos moyens de de déplacement, nos terres à cultiver. Comme les populations humaines interagissent fortement avec les autres espèces, des épidémies comme celle du coronavirus vont se répéter.Survenue en 2003, l’épidémie de Sras est un cas d’école de “métropandémies” touchant quasi simultanément des foyers très éloignés géographiquement mais intensément connectés par le trafic aérien. Elle révèle l’impact sanitaire du haut degré de connexité entre les métropoles du monde globalisé. Aujourd’hui, l’aviation transporte plus de trois milliards de passagers par an. Ces voyageurs qui circulent de plus en plus loin, de plus en plus vite, hébergent chacune et chacun dans leur corps des virus. Toute l’histoire de nos maladies infectieuses est une histoire de circulation des personnes, de mondialisation ; les rythmes de propagation se sont simplement accélérés au fur et à mesure que la vitesse des moyens de transport a augmenté. » 

Jane Goodall : « Cette pandémie a contraint les industries à fermer dans de nombreuses régions du monde. En conséquence, de nombreuses personnes ont découvert pour la première fois le plaisir de respirer un air sain et de voir le ciel étoilé la nuit. Mon espoir est qu’une compréhension de ce que le monde devrait être, accompagné de la prise de conscience que la pandémie actuelle est liée à notre manque de respect pour le monde naturel, encouragera les entreprises et les gouvernements à allouer plus de ressources au développement d’une énergie propre et renouvelable, à l’atténuation de la pauvreté et à aider les personnes à trouver des alternatives pour gagner leur vie sans que cela n’implique d’exploiter la nature ou les animaux… Faites que nous prenions conscience que nous faisons partie du monde naturel et que nous dépendons de lui pour notre nourriture, notre eau et notre air. Faites que nous reconnaissions que la santé des personnes, les animaux et l’environnement sont connectés. Faites que nous soyons respectueux des autres, mais aussi de tous les animaux sensibles et de la nature. Dans l’intérêt du bien-être de nos enfants et des leurs, et pour la santé de cette magnifique planète Terre, notre seule demeure. »

Pablo Servigne : « La pandémie montre l’extrême vulnérabilité de nos sociétés, leur degré d’interconnexion, de dépendances et d’instabilité. J’anticipais beaucoup de crises graves, en particulier financière, climatique ou énergétique, mais celle-là, je ne l’ai pas vue venir, alors que je la connaissais en théorie. J’ai « lissé » ma présentation des risques : dans les conférences ou les articles, je ne citais même plus les pandémies, parce qu’elles font très peur. Le piège serait de considérer cette crise comme uniquement sanitaire. C’est une crise globale, systémique. Si la finance s’effondre, provoque des politiques autoritaires ou identitaires, cela pourrait déboucher sur des guerres, des maladies et des famines, qui, elles, interagissent en boucle. Les catastrophes sont désormais la réalité de la génération présente : nous en vivrons de plus en plus tout au long du siècle. Reste que le confinement est une expérience très intéressante de renoncement : on renonce aux transports, aux voyages, etc. Dans quels cas est-ce désagréable ou agréable ? Quand le déconfinement viendra, on aura goûté à ce qui était vraiment essentiel. Les questions de vie ou de mort nous amènent à une certaine sagesse. Cela nous apprend l’auto-limitation et l’humilité, ce qui est capital pour la suite. Il faut retrouver de l’autonomie à toutes les échelles (individuelle, locale, nationale). Bref, des principes inverses au monde actuel, globalisé, technicisé et libéral… »

Post-covid, le sport-spectacle sans avenir

La marchandisation des pratiques de loisir  transforme le plaisir de vibrer par soi-même en un spectacle de masse assuré par des professionnels. Cette dénaturation du sport-amateur accompagné par du bénévolat se retrouve dans la pratique du football, du vélo, de la voile, etc. La pandémie actuelle a cela de bien qu’elle arrête tous ces jeux de cirque et, même si c’est temporaire, on peut espérer que les graines d’un avenir sans abrutissement des masses ont été semées.

Fin de partie pour le football français : « La saison 2019-2020 de sports professionnels, notamment celle de football, ne pourra pas reprendre »(Edouard Philippe le 28 avril). Le football est devenu un secteur sinistré, comme l’aérien ou le tourisme. Canal+ et BeIN Sports ne verseront pas à la Ligue de football professionnel (LFP) les quelque 244 millions d’euros qui étaient encore attendus. Désormais certains que la dernière tranche des droits télévisuels ne sera pas versée, les dirigeants devraient demander à leurs vedettes de renoncer définitivement à une partie de leurs revenus. Que du bonheur quand on est écolo et adepte du fait maison.

Incertitude des des Jeux olympiques de Tokyo : « Nous devons organiser les JO pour témoigner de la victoire de l’humanité sur le coronavirus. Mais ils ne pourront pas avoir lieu si la pandémie n’est pas contenue », a déclaré le premier ministre M. Abe devant le Parlement japonais le 29 avril. La veille, le président du comité d’organisation des JO, Yoshiro Mori, avait affirmé que les Jeux devraient être annulés si la pandémie n’était pas maîtrisée d’ici à l’année prochaine.

Voile : la Transat anglaise annulée : The Transat, course transatlantique quadriennale à la voile qui devait partir de Brest le 10 mai pour son 60e anniversaire, a finalement été annulée purement et simplement par les organisateurs. Les spécialistes de la course au large voient ainsi tomber le deuxième de leurs grands rendez-vous cette année. Reportée dans un premier temps (le 17 mars), la Transat AG2R – La Mondiale, qui devait débuter initialement le 19 avril, a finalement été annulée le 10 avril.

Le départ du Tour de France contrarié: Les premiers tours de roue du Tour de France, déjà reporté au 29 août, restent dans le flou. Dans son plan de déconfinement, le premier ministre Edouard Philippe a précisé que les événements pouvant rassembler plus de 5 000 personnes, et nécessitant d’être organisés en lien avec les préfectures, ne pourraient « se tenir avant le mois de septembre ». Le maire de Nice, Christian Estrosi, souhaite toujours accueillir le départ du Tour. Il a versé 3,55 millions d’euros à l’ASO pour accueillir le « grand départ ». De là à penser que la grande boucle est une affaire d’argent il n’y a qu’un grand coup de pédalier. Pourquoi pédaler contre les autres plutôt que de réfléchir à la façon dont le vélo peut résoudre la crise environnementale ? 

La F1 à huis clos : La saison de formule 1 aurait dû démarrer le 15 mars, en Australie. Mais les dix premières courses de la saison ont été annulées ou reportées, Covid-9 oblige. Chase Carey, président-directeur général de Formula One Group précise : « Nous nous attendons à ce que les premières courses se déroulent sans spectateurs ». Un peu avant la communication des dirigeants de la F1, la manche française, qui aurait dû avoir lieu le 28 juin sur le circuit Paul-Ricard du Castellet (Var) a été annulée.

Pour militer, NON aux JO de Paris : L’épidémie de coronavirus, a mis en avant la nécessité de changer de modèle de société. Or, dans 4 ans, Paris se propose d’organiser les Jeux Olympiques. Par leur gigantisme ils supposent la construction de lourdes infrastructures artificialisant toujours plus les territoires. Par leur caractère mondial ils généreront de nombreux déplacements énergétiquement coûteux et susceptibles de favoriser la propagation de nouvelles épidémies. Ils entretiendront l’esprit de compétition et le nationalisme quand la coopération devrait être le mot d’ordre. Enfin, ils seront financièrement très lourds au moment où les budgets publics sont déficitaires et où les dépenses devraient être prioritairement consacrées à l’adaptation de nos sociétés à un monde plus résilient et plus respectueux de l’environnement. N’organisons pas les Jeux Olympiques. Il existe déjà beaucoup de compétitions sportives et un tel renoncement constituerait un excellent symbole d’une réelle volonté de changer les choses et d’aller vers un monde plus durable…

Cyril Dion, « Le monde d’après » la covid-19

Il est clair pour ce blog biosphere que la seule organisation d’après crise qui serait durable s’appelle communauté de résilience, autonomie alimentaire et énergétique au niveau d’un territoire peu peuplée ou biorégion. Agir pour le futur, c’est créer une telle communauté. C’est aussi l’avis du médiatique Cyril Dion : « Face aux menaces climatiques, de nombreux collectifs écologistes appellent depuis des années à préparer nos territoires aux chocs qu’ils pourraient subir. Comment ? D’abord en relocalisant une partie de notre alimentation. Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants. Ensuite en renforçant l’indépendance énergétique des pays et des territoires avec des énergies renouvelables. »* Quelques avis de commentateurs sur lemonde.fr qui montrent la complexité pour arriver au monde d’après :

Step : Cyril Dion nous dit qu’il faut plus d’espaces démocratiques. Et si dans ces espaces la majorité s’oppose aux propositions développées dans la tribune, on fait comment ? Une démocratie version AG étudiante ou Constituante melenchonienne ? Peut-on faire une telle rupture dans un cadre démocratique qui permet l’alternance ? Comment gérer la colère, les défiances, les refus de se soumettre à un nouveau modèle de frugalité ?

Alexandre Pasche : L’effet de la crise sera d’abord un effondrement de la biodiversité économique qui rendra plus difficile encore une économie locale. Les premières victimes économiques de la crise du coronavirus sont les petits commerces, artisans, PME, bref les indépendants qui font l’économie de proximité. Qui va profiter de l’aubaine ? Les chaînes, franchisés, les grandes enseignes, les grands groupes bien sûr. Les libraires qui avaient réussi à survivre vont être définitivement gobés par Amazon, les cafés par Starbucks, les marchés ouverts par Carrefour Market, les hôtels indépendants par Accor, les artisans chauffeurs de taxis par Uber, les détaillants de mode multi-marques par Zara, H&M, Uniqlo… !

Dupont-Dupond : Un élément clef manque dans l’analyse de Dion : il y a beaucoup trop d’êtres humains sur terre. C’est la cause de tous ces maux et bizarrement tous ces “intellectuels” évitent ce sujet central. Il est grand temps de réguler les populations humaines, c’est là que se jouera la survie de notre espèce.

Jean Delebon  :Une fois de plus le problème pourtant essentiel de la croissance démographique est totalement ignoré par Dion. En parler est considéré comme une insanité, le monde d’avant c’est : croissez et multipliez ! La diversité assure la pérennité de la vie, quand une espèce se développe trop, elle étouffe les autres et épuise ses propres ressources, mais quand elle a tout absorbé et ainsi assuré sa disparition il reste quelques éléments qui permettent à l’évolution de reprendre son cours paisible, débarrassée du genre prédateur. Est-ce notre avenir ?

Credo Quia Absurdum  :Absolument d’accord avec vous. L’essentiel des problèmes de la planète sont aggravés, sinon créés de toutes pièces, par la pression démographique. En parler vous expose à être traité de malthusien, insulte suprême destinée à clore le débat. Ouvrons-le, au contraire!

DCLT : Dion, un doux rêveur ! Bonne analyse de la situation, juste vision des conséquences à venir, mais grandes illusions sur la nature humaine. Pour contrebalancer avec les fatalistes comme moi, il faut des enthousiastes comme lui mais je crains malgré tout que cela ne suffise pas. Je vais encore une fois rappeler l’expression de Coluche, plus il y a de fous moins il y a de riz. Et c’est bien le problème qui va contrecarrer vos plans, même s’il est encore tabou de parler de la reproduction des humains à la façon des lapins en Australie. La courbe démographique humaine et la courbe de baisse des matières premières vitales vont nécessairement se croiser un jour prochain…

TO : Ça devient caricatural ces tribunes ! Il n’y a que des militants bobos de gauche et des écolos d’extrême gauche qui sont interrogés, et leurs conclusions sont toujours absolument les mêmes ! Moi, mon monde d’après, ce sera de continuer à consommer, à sortir, à voyager, de me faire mettre une piscine dans mon jardin, et surtout de vivre exactement comme avant !

Philippe Clément : Je n’ai aucun espoir de changement. Des choses, oui, à la marge: relocalisations etc. Mais dès qu’on pourra sortir, ce sera la fête totale, la consommation et les voyages à tout va encouragés par les secteurs en agonie avancée. Ce sera « la fête », « la teuf ». L’écologie ?? Premier sujet théorique, dernier sujet d »effort quotidien. Quant à l’ordre du monde, il n’y a qu’à voir l’entrisme de la Chine, ou cher Trump qui regarde plus les cours de Bourse que le compte des morts. Au niveau européen, accord a minima pour les dépenses colossales, dont on a seulement dit qu’on en discuterait. Et au niveau national, pour la reprise du travail dans le secteur automobile, le Medef insiste déjà sur les sacrifices et efforts nécessaires, tandis que les syndicats hurlent au nouvel esclavagisme. Ce n’est pas encore fini loin, de là et RIEN ne change, rien. Quel monde d’après ???

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/13/cyril-dion-la-crise-du-covid-19-peut-nous-aider-a-construire-le-monde-d-apres_6036417_3232.html

post-covid, pour une écologie de rupture

2020 devait être une année cruciale pour le climat et la biodiversité… la crise sanitaire actuelle risque de saper les engagements de long terme en faveur de l’environnement. Le congrès mondial de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) était programmé en juin 2020 et constituer un temps fort de mobilisation de tous les acteurs avant la COP15 (Convention des Nations unies sur la diversité biologique). Son secrétariat exécutif a demandé le report de cet événement. La 15e Conférence des parties (COP15) était prévue fin octobre 2020 en Chine, elle a été officiellement reportée à 2021. A Glasgow devait se tenir en novembre prochain la 26e conférence mondiale des Nations unies sur le climat, considérée comme LE moment de vérité : les États devaient venir avec de nouveaux plans climatiques plus ambitieux. La France, pays hôte de ce rassemblement, doit maintenant se prononcer sur son maintien ou non. A quelle échéance ces grands événements, qui rassemblent jusqu’à des dizaines de milliers de délégués et d’observateurs de très nombreux pays, pourront-ils de nouveau se tenir ? Au-delà des enjeux techniques et de calendrier, la crise sanitaire peut peser sur la volonté des pays à relever leurs ambitions en faveur du climat. Et comment parler au grand public de biodiversité alors que les populations seront occupées par des questions de logistique et de vie quotidienne ? 

Il est difficile d’être optimiste, mais comment faire autrement quand on est écolo, poussé par les gémissements de la planète ? On annonce officiellement des milliards et des milliards pour sauver les entreprises, « quoi qu’il en coûte » . Autant dire sauver le système : celui qui détruit les écosystèmes, bousille notre climat, détruit la vie sur terre, fait exploser les maladies chroniques, et mène l’humanité au désastre. A moins qu’après la pandémie, une rupture écologique s’amorce ! On ne peut que constater : les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait. L’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot-spectacle se joue à huis clos et la plupart des gouvernances sont remises en question. Les politiques commencent alors à réfléchir aux fondamentaux.

Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, s’interroge : « L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation et montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique. Il devient dès lors impératif de relocaliser un certain nombre d’activités. » Il ne pense pas encore à la démondialisation, mais il est sur la voie. Le protectionnisme devient presque une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui a mis la planète au pillage et les humains victimes en retour d’un virus. De même contre la bidonvilisation démentielle ne doit-on pas penser à la désurbanisation. La civilisation thermo-industrielle qui se réchauffe n’est-elle pas vouée à la taxe carbone, à la contestation des plus lourds que l’air cloués actuellement au sol ainsi qu’au dévoiturage ? La surconsommation n’a-t-elle pas comme vaccin suprême la suppression de la publicité ? La surpopulation d’une humanité élevée hors sol pourrait faire place à une certaine dépopulation. La mise en sommeil de la plupart de nos activés productives par le confinement généralisé de l’humanité pourrait nous permettre de réfléchir sur la course absurde au toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus souvent. Le Covid-19 va-t-il permettre de remettre en question notre vanité humaine pour en revenir à la satisfaction de nos besoins essentiels ? Le retour au « business as usual » ne paraîtra plausible que pour les fous et les économistes. Dans un système ouvert, il est possible de concevoir n’importe quelle activité humaine. Dans un système fermé, l’homme ne peut plus agir comme bon lui semble s’il ne veut pas disparaître, dans le cas extrême, de la surface de la Terre.

post-covid, post-croissance, notre programme

Souvenez-vous, les renoncements nécessaires pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète étaient inacceptables, la croissance n’était pas négociable. Quand on voit les sacrifices et les renoncements auxquels (presque) tout le monde se plie pendant le confinement, on se dit pourtant que tout était déjà possible. Voici nos propositions* pour une société post-croissance :

A) Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)

A 1 – choisir des indicateurs comme l’Empreinte Écologique ou les Limites Planétaires plus pertinents que le PIB quant aux conséquences écologiques et énergétiques des niveaux de production, et quant à leurs incidences en termes de bien-être humain. On peut constater en Europe une timide percée de ce discours même au sein de la droite classique.

A 2 – Relocalisation maximale de l’activité via un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international. L’objectif est e parvenir à terme à une empreinte écologique inférieure à 1 planète, tant il est nécessaire de stimuler les capacités de régénérescence des écosystèmes. Doivent être relocalisés en premier les secteurs essentiels à la vie de la nation comme l’alimentation, les fournitures relatives au secteur médical et de santé, l’énergie, l’électronique et le web (nécessairement à l’échelle européenne) et évidemment la défense.

A 3 – Modification du droit des sociétés : Les entreprises adopteraient une comptabilité à trois capitaux : actifs classiques, capital social et capital naturel, les trois n’étant pas fongibles (aucune compensation ne serait possible, même pondérée). Cette démarche revient à généraliser les principes de l’ESS de transformation écologique à tous les secteurs d’activité.

A 4 – Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu. Il s’agirait de plafonner les consommations d’énergie/matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). Chaque produit serait marqué d’un “prix” en énergie/matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel. Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Sans de tels plafonnements, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations.

A 5 – Généralisés à toutes les consommations, les quotas énergie/matière reviennent à relativiser le signal prix. La consommation des biens rares n’est plus réglée par leur prix, elle est plafonnée “a priori”, et obéit à un principe d’équité (les quotas sont fixés en tenant compte des “consommations contraintes” de chacun). Les écarts de revenus et de patrimoine étant par ailleurs démocratiquement bornés, les disparités concernant les quantités consommées le seraient aussi.

Mesure 6 – Dette publique : nous proposons que l’État français cesse de payer les intérêts de la dette publique cumulés depuis 1974, date à laquelle on a mis fin au privilège de la Banque de France de battre monnaie. La délégation à des entités indépendantes apparaît d’autant plus injustifiée que la BCE ou la FED ont récemment adopté des instruments de politique monétaire “non orthodoxes” (Quantitative Easing ou “Helicopter Money for People”), les exacts équivalents de la “planche à billet” que les orthodoxes reprochaient aux États de faire tourner à la moindre difficulté.

A 7 – Nous proposons de restituer à l’État les instruments de pilotage monétaire et financier. Cette mesure revient à restituer à l’État l’instrument de pilotage public de la monnaie et des services financiers. Elle s’accompagnerait de la nationalisation totale ou partielle du secteur bancaire (ce dernier est nationalisé de fait depuis la crise de 2008, dans la mesure où l’État s’est porté garant, en dernier ressort et sans limitation de montant, non seulement des dépôts des épargnants, mais plus généralement des dettes contractées par les banques françaises).

A 8 – La France pourrait décider de recouvrer sa souveraineté monétaire : elle plaiderait pour conserver l’Euro sous la forme d’une monnaie commune et non plus “unique”, suivant la proposition jadis formulée par la Grèce. La France adopterait dans ce cas une politique monétaire reposant sur le pluralisme monétaire et la reconnaissance des monnaies locales et complémentaires (fondantes, dédiées, vectorielles, etc.), avec encadrement des inégalités de revenus et de patrimoine).

A 9 – Mise en place d’un revenu de transition écologique[. Le RTE se destine à des personnes physiques, en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et le lien social ; la rémunération de ces activités (par exemple : agroécologie, permaculture, artisanat, low-tech) par le marché est souvent bien inférieure à leur valeur réelle. Une coopérative de transition écologique (CTE) a trois fonctions principales : financière avec le versement d’un revenu conditionné ; outillage des porteurs de projet en termes de formation et d’accompagnement ; mutualisation des coûts, des pratiques et des connaissances au sein du groupe ainsi constitué. Le RTE a vocation à construire un nouveau modèle économique, écologique et social, grâce à un processus bottom-up.

A 10 – Forcément, par voie de conséquence, encadrement des écarts de revenus (salaires, revenus du capital) serait à établir, à l’intérieur d’une fourchette dont l’amplitude est à définir de manière démocratique et par voie de référendum. De même que le revenu de transition écologique comble la distance entre le revenu jugé “minimal” et la rémunération réelle par le marché, le revenu maximal est le produit d’une décision démocratique qui interdit la “sur-rémunération” par le marché, dès lors que celle-ci introduit des écarts de revenus que la société juge néfastes. Charges et honneurs de toutes sortes sont une juste rétribution, non monétaire, des mérites et vertus.

A 11 – Fiscalité écologique et sociale (exonération de la TVA et modulation de l’impôt sur le revenu en fonction du bilan “énergie / matière” des consommations). Cette fiscalité vise à inciter les consommateurs à adopter des comportements de consommation “vertueux” et accompagne la mise en place des quotas évoqués aux points 3 et 4. Si l’on fixe un quota élevé dans un premier temps, un système de modulation du taux d’imposition en fonction du bilan énergie/matière des consommations peut amener vers plus de sobriété. Cette solution est intéressante tant que le plafond est assez élevé et permet d’encourager les consommateurs à réduire leurs consommations “non vertueuses”, qui s’ajusteront d’elles-mêmes au plafond “cible”, progressivement rabaissé.

A 12 – Agriculture : vers une “agroécologie décarbonée” (sans énergies fossiles). Une telle agriculture exigera d’abandonner presque entièrement la motorisation à énergie fossile et d’avoir massivement recours à l’énergie musculaire (animale ou humaine). Cela implique également d’imposer un phasage de l’utilisation des pesticides de synthèse (néfastes pour toute la biodiversité) et les engrais de synthèse, autre poste important de l’utilisation/dépendance des combustibles fossiles en agriculture.

A 13 – Agriculture : vers une libération des semences et diversification génétique. Il conviendra de mettre un terme à l’actuel système d’encadrement du marché des graines. Nous proposons d’en finir avec les brevets de semences.

A 14 – Agriculture : “réempaysannement des Terres”. Le foncier agricole disparaît toujours au rythme de 1 département tous les 6 ans en France. Les terres arables garantes de notre avenir alimentaire s’effondrent dans la plus totale indifférence. Pour mettre fin à cette dérive en France, les SAFER verront leurs missions redéfinies : maintien et développement des agricultures familiales pratiquant la polyculture vivrière agroécologique.

A 15 – Fin à terme de la métropolisation. Rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles afin de réduire la dépense énergétique liée au transport des personnes et des productions (circuits courts).

A16 – A terme, politique de transport public intégrale ou mutualisée à l’échelle de petits collectifs. Le transport individuel serait progressivement réduit par le moyen d’un quota carbone / Transport ; celui-ci étant rabaissé au fur et à mesure que l’offre alternative de transports publics serait renforcée.

A17 – Arrêt immédiat des subventions aux énergies fossiles. Cette mesure n’exige aucun préalable ; celles-ci ne doivent leur existence qu’aux participations croisées de l’État dans les entreprises extractives.

A18 – Fin des paradis fiscaux. La loi prévoirait des sanctions pénales applicables aux dirigeants (actionnaires compris).

Nous n’avons résumé que la première des trois objectifs de ce programme, il reste B) Vers un État garant du bien public et des biens communs (7 mesures) et C)  Propositions internationales (10 mesures).

source : lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/

post-covid, décroissance et relocalisation !

Les modèles alternatifs à la société thermo-industrielle existe chez quelques théoriciens de l’effondrement, mais les partis politiques que se veulent « de pouvoir » n’ont pas leur manifeste déjà préparé pour indiquer le chemin à suivre. Le PS réunit autour de sa direction des intellectuels et chercheurs pour « imaginer avec d’autres ce qui arrive à notre société » ! EELV compte sur un Conseil programmatique pour savoir comment la tête leur tourne, mais cette instance n’est pas encore nommée. Voici quelques bribes de société post-croissance trouvé sur LE MONDE* :

La tentation planificatrice : « Soit c’est un virus de gauche et on réfléchit aux frontières, aux nationalisations et au plafonnement des prix. Soit c’est un virus de droite et on a le confinement, l’individualisme, les écrans…  Au Royaume-Uni, pendant la seconde guerre mondiale, ils ont établi un rationnement. L’espérance de vie est remontée et le taux de pauvreté a baissé. C’est le partage.  », estime François Ruffin. LFI (La France insoumise) propose un déconfinement planifié, des solutions pour éviter une « rechute ». Mais on s’immobilise sur les urgences présentes. Jean-Luc Mélenchon évoque la « planification », la nationalisation de Luxfer et Famar, deux usines qui produisent des bouteilles d’oxygène ou des médicaments ; il réclame que des industries textiles soient réquisitionnées pour produire des masques. Pour Thomas Porcher, il y a nécessité à « reprendre le contrôle de certains secteurs vitaux comme les médicaments et l’énergie et arrêter de les laisser fonctionner comme des entreprises privées ». Nous sommes loin d’un horizon politique exigeant de revitaliser un commissariat au plan qui puisse indiquer ce qu’il est nécessaire de fabriquer ou d’abandonner. Nous sommes très loin d’une planification écologique.

L’irruption de la décroissance : « Ce débat aura lieu après la crise, mais ce sera concret et pas théorique, prédit Delphine Batho. Par exemple, doit-on sauver toutes les banques et leurs actifs dans le charbon et le pétrole ? Doit-on sauver toutes les compagnies aériennes ? » Ségolène Royal, pour une fois pas tellement autocentrée : « L’environnement a du souci à se faire avec la relance à tous crins portée par le gouvernement. On voit déjà qu’ils espèrent que cela reparte comme avant : regardez les déclarations d’Air France sur la nécessité de remettre en cause certaines normes sur le kérosène ou sur les taxes sur les billets d’avion. » Charbon, pétrole, avions, voitures individuelles, tout cela n’a aucun avenir et il faudrait le dire clairement, parler de décarbonisation de l’économie, dévoiturage,  honte de prendre l’avion (‘flygskam’)…

L’imparable relocalisation : La critique de la mondialisation est remise au goût du jour, relocalisation des productions au plus proche des besoins. « Il faut se poser la question : on relocalise pour quoi faire ? », précise Aurélie Trouvé, qui prône une relocalisation « écologique et sociale », avec l’aide d’une taxe kilométrique qui met en lumière les distances, et pas les frontières. Pourquoi éviter de parler de taxe carbone, pourquoi éviter de dire qu’il faudra bien un jour instituer une carte carbone ? En période de confinement, nous apprenons à faire nos course au plus près du domicile, les circuits courts sont recherchés, changer de comportement est facile quand on y est obligé.

Adrien sur lemonde.fr : Tout ceci est remplis de sophismes qui profitent de l’angoisse de certains et surtout de tous les biais de raisonnement possible et imaginable pour vendre une soupe frelatée et des solutions qui ont montré leur inefficacité.

Albane Delipovać @ Adrien : Sauf que des millions de personnes vont mourir. Peut être que vous, vous vous en sortirez bien en étant propriétaire de votre logement et en télé-travaillant, avec un accès à l’hôpital public gratuit. La France passera la vague grâce à une dette assise sur ces actifs. Mais quid des autres pays, pris dans le piège de la mondialisation ? Que l’on a invité à importer nourriture et médicament au nom du sacro-saint « avantage comparatif » ? Quid des millions de travailleurs journaliers indiens ? Des paysans pauvres du monde entier qui dépendent des engrais issus de la pétrochimie pour vivre ?

Friday : Comme je le lisais récemment, « tous ces gens qui vous parlent de bâtir « l’après » et qui sont absolument incapables de changer une roue de bicyclette du présent ça laisse rêveur en matière de grand soir et de lendemain qui chantent. » Rien à ajouter…

Albane Delipovać : Moi ce qui m’effraye, c’est l’impréparation de notre société, la vulnérabilité du système mondialisé, et l’explosion des inégalités face à la crise. Combien de millions de gens dans le monde vont mourir du covid, puis de faim, puis des conflits ?

* https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/03/effondrement-decroissance-relocalisation-comment-la-gauche-pense-l-apres-coronavirus_6035379_823448.html

post Covid-19, quelles activités suspendre ?

A la demande « relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! » C’est maintenant qu’il faut se battre pour qu’ une fois la crise passée ne se ramène pas le même ancien régime climatique. Si nous avons de bonne chance de « sortir » du Covid-19, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Mais la preuve est faite qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger. À tous les arguments des écologiques sur l’infléchissement de nos modes de vie, on opposait toujours l’argument de la force irréversible du « train du progrès » que rien ne pouvait faire sortir de ses rails « à cause de la globalisation ». A globalisateur, globalisateur et demi : question de resocialiser des milliards d’humains, les microbes se posent un peu là ! Si la demande de virer de bord à 90 degrés pour atterrir sur terre paraissait encore en janvier une douce illusion, elle devient réaliste.Les globalisateurs semblent avoir une idée très précise de ce qu’ils veulent voir renaître après la reprise : la même chose en pire, industries pétrolières et bateaux de croisière géants en prime. C’est à nous de leur opposer un contre-inventaire.

L’autre jour, on présentait à la télévision un fleuriste hollandais, les larmes aux yeux, obligé de jeter des tonnes de tulipes prête à l’envoi qu’il ne pouvait plus expédier par avion dans le monde entier faute de client. On ne peut que le plaindre, bien sûr ; il est juste qu’il soit indemnisé. Mais ensuite la caméra reculait montrant que ses tulipes, il les fait pousser hors sol sous lumière artificielle avant de les livrer aux avions cargo de Schiphol dans une pluie de kérosène ; de là, l’expression d’un doute : « Mais est-il bien utile de prolonger cette façon de produire et de vendre ce type de fleurs ? ».

De fil en aiguille, si nous commençons, chacun pour notre compte, à poser de telles questions sur tous les aspects de notre système de production, nous devenons d’efficaces interrupteurs de globalisation – aussi efficaces, millions que nous sommes, que le fameux coronavirus dans sa façon bien à lui de globaliser la planète. Comme le montre Pierre Charbonnier, après cent ans de socialisme limité à la seule redistribution des bienfaits de l’économie, il serait peut-être temps d’inventer un socialisme qui conteste la production elle-même. Ce qui ne veut pas dire décroître ou vivre d’amour ou d’eau fraîche, mais apprendre à sélectionner chaque segment de ce fameux système prétendument irréversible et d’éprouver de proche en proche ce qui est désirable et ce qui a cessé de l’être. Comme il est toujours bon de lier un argument à des exercices pratiques, proposons aux lecteurs d’essayer de répondre à ce petit inventaire.

Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ?

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ?

Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

extraits du discours de Bruno Latour

À lire en période de confinement

lectures conseillées par le site JNE des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie :

Dossier Covid-19

Coronavirus : pouce, on ne joue plus par Danièle Boone >> lire

Covid-19, le vertige des exponentielles par Michel Sourrouille >> lire

Scénario catastrophe numéro dix : les nouvelles épidémies par Yves Paccalet >> lire

Covid-19 : #BienSinformer avec quelques sites clefs par Anne-Sophie Novel >> lire

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance par Michel Sourrouille >> lire

La santé environnementale, grande absente du débat sur la crise sanitaire du coronavirus par Jean-Claude Noyé >> lire
Un message à la jeunesse par Frédéric Plénard >> lire
Effet du coronavirus ? La transition énergétique passe au vert en Algérie par M’hamed Rebah >> lire

Livres

Mon cahier cocooning avec les plantes en mode garden thérapie ! par Adeline Gadenne (JNE) et Vanessa Bozec Solar éditions >> lire
Je sauve les oiseaux – Danièle Boone (JNE) – Illustrations Melody Denturck – Rustica éditions >> lire
On a marché sur la Terre – Allain Bougrain Dubourg (JNE) – Les Échappés >> lire
Le pari fou du bio – Claude Aubert – Éditions Terre vivante >> lire
Le hérisson d’Europe – Philippe Jourde – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Étonnants lapins – Pierre Rigaux – illustrations Marion Jouffroy – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Faune des villes – Vincent Albouy et André Fouquet – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Tibet en harmonie avec la panthère des neiges – Frédéric Larrey et Yves Fagniart – Éditions Regard du vivant/Biotope >> lire
Des pigeons dans la ville – Didier Lapostre et Marie-Hélène Goix – Éditions AERHO >> lire
Sur le Rhône – Jean-Louis Michelot – Éditions du Rouergue >> lire
Conservatoires d’espaces naturels – à la découverte de sites remarquables – Éditions Glénat >> lire
Le potager d’Olivier – Olivier Puech – Éditions Terre vivante >> lire
Des canards coureurs indiens dans mon jardin – Sylvie La Spinaz – Éditions Terre vivante >> lire
Des papillons dans mon jardin – Bruno P. Kremer – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Les insectes de mon jardin – Adeline Ruel – Éditions Flammarion >> lire
Papillons des Alpes – Gianluca Ferreti – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
On n’est pas du bétail ! – Jean-Fred Cambianica et le Cil Vert – Éditions Delcourt >> lire

Actualités nationales

Hommage à Jean-Claude Pecker, l’un des rares scientifiques à lier démographie et écologie par Laurent Samuel >> lire

Être écrivain en colère par Christian Vilà, Nathalie Duport Serval et Jane Hervé (JNE) >> lire
Fréquentation en hausse pour les JNE sur la toile et les réseaux sociaux par Laurent Samuel >> lire
Historique de la radiation de Gabriel Ullmann en tant que commissaire-enquêteur>> lire
Dans les Vosges, le cimetière des grands tétras par Jean-Claude Génot >> lire

Hommage à Chantal Cans, grande figure du droit de l’environnement par Laurent Samuel >> lire

Conférences de consensus et démocratie par Michel Sourrouille >> lire

Après le Covid-19, vers une démondialisation

Daniel Cohen dans Libération : «Le Covid-19 agit comme une métaphore de la démondialisation»

Thierry Gonard dans La Tribune : « Démondialisation » ? La crise du coronavirus révèle une tendance de fond

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie : « L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation et montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique. Il devient dès lors impératif de relocaliser un certain nombre d’activités. »

En fait toutes ces personnes ne croient pas à la démondialisation. Ils se trompent, ils nous trompent. Le protectionnisme est une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui met la planète au pillage. Si la pandémie actuelle peut nous servir à renouer avec les vertus de la relocalisation, ce serait un miracle que nous attendons avec impatience. Sur ce blog biosphere, nous sommes depuis toujours chaud partisan de la désurbanisation, de la dépopulation, du dévoiturage, et bien sûr de la démondialisation. Exemple sous forme d’extraits :

14 septembre 2019, Taxe aux frontières ou démondialisation ?

Sur le plan environnemental, il va falloir réduire les échanges, puisque le transport de marchandises émet presque 1 milliard de tonnes de CO2 par an ! La mondialisation, c’est la concurrence effrénée où l’emporte le plus antisocial, le plus anti-environnemental, qui utilise les moyens les moins scrupuleux pour fabriquer moins cher. La mondialisation est donc déloyale en mettant en concurrence des anciens pays industrialisés avec des pays nouveaux, qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de surproduction, de chômage et de déséquilibres socio-écologiques. La mondialisation a provoqué deux crises : celle financière des subprimes, où un excès de la dette privée avait dû relayer un pouvoir d’achat insuffisant, et la crise écologique mondiale. La démondialisation est notre destin, il nous faut rechercher les moyens d’un protectionnisme, la souveraineté alimentaire, la relocalisation, les communautés de résilience…

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

L’ouverture des échanges grâce aux nouvelles techniques de déplacement a été une victoire des milieux industriels sur les intérêts agricoles, préparée par la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. Si l’ouverture à la concurrence internationale facilite la baisse de prix, c’est aussi la victoire de l’industrie sur l’agriculture, des grosses entreprises sur les petites, une perte d’autonomie, la standardisation de la production, la concurrence déloyale pratiquée par ceux qui utilisent tous les moyens pour réduire leurs coûts de production. Cette approche dogmatique du libre-échange a conduit à considérer l’intégration dans l’économie mondiale comme une fin en soi et non plus comme un simple moyen d’ouverture intellectuelle…

29 avril 2013, le commerce France/Chine contre la démondialisation

Pourquoi a-t-on permis à la Chine d’entrer sans aucune contrepartie dans l’OMC et d’y déployer la puissance de son économie de dumping social, monétaire et environnemental ? En Chine, les salaires de misère, l’absence de sécurité sociale, l’interdiction de protester, de se syndiquer, de faire grève, les atteintes à la santé et à l’environnement des citoyens chinois, le pillage des technologies mondiales, est-ce le progrès attendu ? …

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

Sacralisée à l’instar d’une loi de la nature, la mondialisation s’imposerait aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une  » absurdité  » (Zaki Laïdi), une  « illusion démagogique » (Pierre Lellouche), un  » concept réactionnaire  » (Pascal Lamy). Pour eux (MM. Camdessus, Delors et Lamy),le choc de la  « contrainte extérieure  » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel… Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! Produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est possible ; c’est le sens des réalités humaines soulignés par Keynes, c’est le retour à la sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation…

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

Idéologue en cour qui va se répétant de tribune en tribune, Zaki Laïdi a trouvé un nouvel os à ronger : la démondialisation. Il la pense « absurde » sur le seul exemple de l’imbrication des composants Airbus et Boeing produits un peu partout dans le monde. Or la multiplication des kilomètres que parcourt un yaourt ou la construction d’un avion n’est pas soutenable. Ces kilomètres ont besoin d’énergie fossile, d’où l’absurdité de ces va-et-vient puisque le pétrole est en voie de disparition.

28 mars 2012, Made in France ou relocalisation de proximité ?

Dans l’expression libre-échange, l’adjectif « libre » est bien sympathique, mais d’autant plus trompeur ! Le développement du libre-échange est argumenté en termes d’intérêt général, alors qu’il ne sert en définitive que les intérêts des plus forts, centrés sur le profit. Demain le coût et la difficulté des transports pousseront à la démondialisation. Le journaliste Adrien de Tricornot parle d’« effondrement » . Effondrement parce que notre extrême dépendance aux productions lointaines témoigne de la fragilité incommensurable de notre niveau de vie. Effondrement parce que c’est l’énergie fossile qui a autorisé l’expansion du libre-échange et que la descente énergétique va pousser au chacun pour soi. Que faire ? Si nous le voulons, une certaine forme du passé sera notre avenir : vivre à la fois au Moyen Age et dans le monde moderne. Au Moyen Age, 90 % des biens que consomme un paysan sont produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; dans des sociétés de résilience, il  en serait presque de même, l’électricité en plus…

Virus et Climat, il faudrait agir de même

Stéphane Foucart : « Pour la première fois de l’histoire récente, la croissance économique a momentanément cessé d’être la seule et unique métrique du succès des politiques publiques. Il y a, en face, le nombre de morts qui pourra y être opposé… Dans son allocution du 12 mars, Emmanuel Macron l’a martelé : les conséquences sanitaires de la pandémie de Covid-19 doivent être jugulées, « quoi qu’il en coûte ». Répété à plusieurs reprises, le mot n’a rien d’anodin. Il marque la volonté présidentielle de faire passer le message que la santé des populations prime sur celle des entreprises… Si les États œuvrent traditionnellement à favoriser, quoi qu’il en coûte, l’activité de leurs industries, ils peuvent aussi renverser ce paradigme. Si les États veulent éviter la part la plus catastrophique du réchauffement en cours et ralentir l’effondrement de la vie, ils devront sans doute – une fois consommé l’échec des politiques actuelles – user de la potion amère qu’ils s’administrent face au Covid-19. Non en entravant momentanément, comme c’est le cas aujourd’hui, les activités qui impliquent des rassemblements de populations et qui favorisent la circulation du coronavirus, mais en contraignant durablement celles qui impliquent la combustion de ressources fossiles, l’industrialisation du secteur primaire, la surexploitation des ressources et la destruction du vivant… Soyons lucides : ce n’est sans doute pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés « quoi qu’il en coûte »… »*

Mister Z sur lemonde.fr : Stéphane Foucart a malheureusement raison de parler d’aimable fiction ! Souvenons – nous de l’après krach en 2008 : on en a fini avec les paradis fiscaux, avec la spéculation effrénée, avec la cupidité (« greed »), l’ère des véhicules voraces se terminait, finis les 4/4 etc On a vu ce qu’il en était.

HEGEL : Comment pourra-t-il en être autrement, tant sont illimités l’avidité et l’aveuglement hubristique des néolibéraux – et parmi eux les capitalistes des industries fossiles. Ils sont tellement orgueilleux qu’ils ne se rendent pas compte que demain une crise sanitaire encore plus violente que celle du Covid19 pourra être couplée à une crise climatique majeure.

Jean Rouergue : C’est d’autant scandaleux que le réchauffement climatique fera plus de victimes que le virus n’en fera… Seulement le virus est là, maintenant. Le réchauffement on le voit, on le vit, mais il ne crée pas encore de victimes. Dans nos démocraties toute décision politique devrait recevoir l’aval d’un super ministre responsable de la lutte contre le réchauffement.

Obéron : Entre la pandémie et le réchauffement climatique, ce sont les échelles de temps qui diffèrent. L’incubation avec des symptômes limités (sauf pour les scientifiques et les plus attentifs d’entre nous) est bien plus grande pour le réchauffement climatique. Mais une fois que la maladie sera installée, elle sera bien plus longue et plus difficile à guérir, s’il y a encore des remèdes.

Didi : Effectivement, toute la différence est dans la lenteur du réchauffement climatique qui nous laisse penser qu’on aura le temps de trouver des solutions. Si à cause du réchauffement climatique la terre devait exploser dans 20 ans, je pense qu’on trouverait des solutions rapides et efficaces pour réduire la température terrestre.

ED_ 1 : On aurait envie d’être optimiste et de croire qu’à la faveur d’événements exceptionnels il y ait une prise de conscience et l’amorce de solutions positives. Mais le modèle économique n’a pas changé parce qu’un virus a fait son apparition. Cette crise fera des gagnants et des perdants, comme à chaque fois. Tu as investi dans les masques ou les pharma, tu vas faire de la tune, dans le pétrole ou le tourisme, tu vas boire la tasse. Les partisans du laisser faire devraient défendre la solution darwinienne, laisser faire le virus, il va épargner les plus forts…

* LE MONDE du 14-15 rs 2020, « Soyons lucides : ce n’est pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés “quoi qu’il en coûte” »

Covid-19, choix de l’immunité collective en GB

Les Anglais ont choisi de laisser faire la sélection naturelle plutôt que de lisser l’épidémie par la distanciation sociale. Patrick Vallance est le conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, l’autorité scientifique sur laquelle Boris Johnson s’appuie pour prendre ses décisions. Il a détaillé son approche jeudi soir à Downing Street, l’« immunité collective » (herd immunity) : « Il n’est pas possible d’éviter que tout le monde attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable car il faut que la population acquière une certaine immunité. » Toujours selon M. Vallance, il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte le virus pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies. Sachant que le pays compte un peu plus de 66 millions d’habitants, il s’agirait que 40 millions de Britanniques soient infectés par le virus. Avec un taux de mortalité du Covid-19 estimé à 1 %, et si on suit le raisonnement de M. Vallance, ce sont quelque 400 000 décès qui pourraient advenir dans le pays. Autant dire que le National Health Service (NHS), le système de santé publique britannique, avec ses 5 000 lits en réanimation disponibles, serait très vite débordé. Depuis deux jours, la controverse enfle dans les médias et sur les réseaux sociaux, surtout après que M. Johnson a alerté les Britanniques sur le fait qu’ils devaient se préparer « à perdre bien davantage d’êtres aimés ». Les réactions sur lemonde.fr* vont bon train, notre choix parmi plus de 120 commentaires :

Guillaume de Saluste du Bartas : En fait Boris fait un pari (ultralibéral ) . Pourquoi pas ? 😉

Cavizza : Le nombre de morts officiellement déclarés en Italie ce soir (source : bulletin officiel de la Protezione Civile italienne de ce soir) est de 1441, sur un total de 21157 cas recensés (sur plus de 100.000 tests effectués). Le taux de mortalité est donc de 6,8%. Appliqué à 40 millions de britanniques, comme suggéré dans l’article, cela ferait plus de deux millions et demi de morts. Je trouve ça épouvantable…

BGA : Si une telle décision était prise en France, je devrais me préparer tout de suite au décès de mes parents très âgés. C’est la démonstration d’un cynisme qui est assez logique de la part du pays qui a théorisé le libéralisme avant qu’il ne tourne à l’ultra… Boris Johnson avec 2 millions de morts sur la conscience serait-il encore capable de dormir?… Mais oui bien sûr!

JFG : Je ne comprends absolument pas l’idée, essayer d’atteindre « l’immunité de groupe ». Le terme est mal utilisé. En épidémiologie, on utilise le terme « immunité grégaire ». Chaque pathogène a un seuil d’immunité grégaire, mais on ne connaît *bsolument pas celui du SARS-2. Il est calculable dans une certaine mesure (avec des pincettes) en fonction du Ro, qu’on ne connaît pas non plus précisément. Plus grave : c’est un concept surtout utilisé pour l’évaluation des campagnes de vaccination. OK, on prend aussi en compte l’immunité acquise naturellement (infection/guérison). Mais c’est bien la première fois, à ma connaissance, qu’on ose exposer toute une population pour atteindre la HI uniquement par immunité naturelle… Pire : on commence à voir que l’immunité naturelle est très courte/limitée. C’est du meurtre de masse…

Pierre G @ JFG : Mais que proposez vous? A l’évidence on ne trouvera pas de vaccin cet hiver. Sur la base de chiffres actuels en France : Part des + 60 ans décédés du virus: 93,7% (source science et avenir) Part des – de 60 ans: 6,3% 1,8×6,3/100= 0,11% soit 4500 morts sur 40 M d’habitants. C’est moins que le nombre de morts sur les route. Quand interdira-t-on aux gens de conduire (sans jamais acquérir une quelconque immunité pour le coup) Il est probable que la maladie fasse un retour l’hiver prochain (pour autant qu’elle ait un cycle saisonnier, e.g. grippe). Doit on mettre le monde en quarantaine chaque hiver?

Alain PANNETIER : Oui. Les ssRNA virus sont ceux qui mutent le plus facilement (x100/locus comparé aux virus DNA). Sinon, on n’attraperait la grippe qu’une seule fois. S’il y a rebond l’année prochaine, ce qui est loin d’être certain, rien ne garantit que l’immunité acquise sera efficace.

du nord : En gros, laissons faire la nature, intervenons aussi peu que possible. C’est une stratégie qui sacrifie clairement et cyniquement les plus faibles, les plus âgés, les plus malades et les plus pauvres dont la chance de s’en sortir une fois qu’ils ont attrapé le virus est infiniment plus faible que celle des autres catégories sociales, plus jeunes, plus robustes, plus aisées. Entendre Boris Johnson dire que 80 % des personnes vont avoir le virus et que beaucoup de familles vont perdre leurs « loved ones » avant leur temps était en quelque sorte une façon de préparer l’opinion publique mais c’était aussi surréaliste qu’effrayant. Résultat : Plus de pensions de retraite à payer, moins de prestations sociales, des NHS hôpitaux surchargés qui respirent.

pierre guillemot : Le raisonnement de Boris Johnson n’est pas idiot. La Chine a stabilisé l’épidémie au prix de la dévastation de la vie sociale et économique du pays et le chiffre brillant du résultat ( 3000 morts) cache les morts de ceux qui étaient malades d’autre chose et n’ont pas pu continuer leur traitement. Les morts seront principalement des gens âgés et/ou fragiles dont la disparition n’aura pas beaucoup d’effet, à part le chagrin de leurs proches. Rappel de mauvais goût : je suis né avant les vaccins modernes (rougeole, varicelle, oreillons, scarlatine …) et les petits enfants s’immunisaient en échangeant leurs virus à l’école primaire. J’ai tout eu et je ne suis pas mort. Il y avait des morts et on trouvait ça triste mais pas épouvantable. J’ai souvenir du médecin disant « il faut qu’il l’attrape maintenant ; quand il sera grand, ce serait grave ». Seule crainte: la rubéole; interdit de s’approcher d’une femme enceinte.

* LE MONDE du 15-16 mars 2020, L’« immunité collective », stratégie risquée du Royaume-Uni pour lutter contre le coronavirus

Covid-19, la « distanciation sociale » en France

Le gouvernement a décrété ce samedi 14 mars le passage au « stade 3 » du plan de lutte contre le Covid, car le virus est transmissible sur l’ensemble du territoire. Edouard Philippe a annoncé samedi 14 mars au soir la fermeture dès minuit de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ». Restaurants, bars, discothèques, cinémas sont appelés à fermer leurs portes. Les commerces sont aussi touchés, à l’exception des magasins alimentaires, pharmacies, banques, bureau de tabac ou encore stations-essence. Dans une allocution solennelle, le premier ministre a dressé le constat que les « premières mesures prises de limitation des rassemblements [étaient] imparfaitement appliquées » et que « la meilleure façon de freiner l’épidémie était la distanciation sociale ».

Parmi les mesures “barrière” énoncées pour lutter contre le coronavirus, la distanciation sociale est assez contraignante, notamment pour se saluer. Elle est cependant très efficace pour ralentir la propagation du virus. Nous qui avions jusqu’ici l’habitude de se faire la bise ou de se serrer la main à tout va, nous voilà réduits à un simple coucou “de loin”, coronavirus oblige. La distanciation sociale, autrement dit le fait de demeurer à au moins un mètre d’autrui, et d’éviter les rassemblements, fait partie des gestes “barrière” recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs experts estiment qu’à terme, jusqu’à 70% de la population pourrait être infectée par le coronavirus, à quoi bon essayer de contenir l’épidémie ? Il s’agit simplement de s’assurer que nos systèmes de santé pourront faire face à tous les cas nécessitant une hospitalisation, et seront ainsi en mesure de limiter le nombre de décès. Lidée est d’aplatir la courbe représentant le nombre de cas en fonction du temps. Plutôt que de laisser le virus se répandre rapidement dans la population, saturant les systèmes de santé, l’idée est de faire en sorte qu’il se propage sur une plus longue période. Globalement, les mesures de confinement mises en place permettent bien de freiner la propagation du coronavirus, comme en témoigne la situation en Chine, où le nombre de nouveaux cas par jour est passé de plus de 15 000 à moins de 50 par jour entre le 9 et le 12 mars. Le dernier bilan du coronavirus SARS-CoV-2 en France est de quatre-vingt-onze morts et 4 500 contaminations à travers le pays.

Commentaire de biosphere : la « distanciation sociale » serait facilité si nous étions beaucoup moins nombreux, avec une population non concentré dans des villes tentaculaires et des lieux de rassemblement démesuré, dans une civilisation thermo-industrielle qui voue un culte à la mobilité mondialisée, y compris touristique. Du point de vue des écologistes, il nous faudrait devenir malthusien (maîtrisant sa fécondité), recentré sur les campagnes et heureux de faire à pied le tour de son environnement habituel. En clair, faire l’inverse de ce que nous faisons actuellement !

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos, et même les gouvernements sont en danger.

La Bourse de Paris a vécu, jeudi 12 mars, la pire journée de son histoire en subissant une chute de − 12,28 %, à l’image des principales places européennes, qui se sont toutes effondrées, provoquant un krach boursier historique. Wall Street s’est également effondrée de 7,3 % (Dow Jones) à l’ouverture, ce qui a provoqué une interruption automatique des échanges. La BCE constate une « considérable aggravation des perspectives de croissance ». Lors de la crise financière de 2008, la panique avait finalement été enrayée quand les leaders du G20, les principales économies de la planète, avaient réussi à se coordonner. Leur front commun s’était avéré décisif. Pour l’instant, les réactions en ordre dispersé face à la pandémie de Covid-19 accentuent la panique et rendent inaudibles les plans de secours. L’Autriche et la Hongrie ont interdit les rassemblements fermés de plus de 100 personnes et ceux dépassant 500 personnes en extérieur. Les Pays-Bas ont interdit les rassemblements de plus de 100 personnes, la République tchèque de plus de 30. En Italie, comme à Chypre, tout rassemblement est prohibé. L’Italie a ordonné à ses habitants de rester chez eux jusqu’au 3 avril ; on ne peut sortir que pour aller travailler, se faire soigner ou acheter à manger ; 12 462 cas de coronavirus sont confirmés, les rues sont désormais quasiment désertes. Toutes les écoles et universités sont fermées jusqu’au 3 avril en Italie et jusqu’au 25 mars en Pologne et en Grèce. En France tous les établissements scolaires sont fermés à partir du lundi 16 mars. Des aéroports ferment déjà ici et là. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé, mercredi, la suspension pour trente jours à partir de vendredi de tous les voyages d’étrangers de l’Europe vers les États-Unis. Certains matchs de foot se sont tenus à huis clos, les championnats italien et espagnol, avaient choisi une suspension provisoire. Désormais, la menace d’un arrêt total des compétitions de football gagne du terrain. L’ensemble du gouvernement espagnol s’est soumis jeudi au test de dépistage du Covid-19 après qu’une ministre s’est révélée être l’une des quelque 3 000 personnes contaminées dans le pays…

Le coronavirus mauvais pour l’homme et très bon pour la planète. Certains spécialistes soulignent les bénéfices majeurs de cette crise du Coronavirus. Pour nombre d’écologistes la santé de la planète doit passer par une décroissance économique (contrainte plutôt que forcée). Une carte, publiée par la Nasa, montre lla différence entre les émissions de dioxyde d’azote   du 1er au 20 janvier et celles du 10 au 25 février 2020…

LEVI’S sur mediapart : Avec la mise en quarantaine, chacun se met en mode “pause” et se réapproprie du temps. Mais le temps, ce n’est pas de l’argent, c’est de l’énergie disponible. Pour une fois, nous pouvons mettre le nez à la fenêtre et observer le décor charmant d’une Nature qui se réveille après un hiver qui n’en a plus que le nom. Nous avons atteint, et même dépassé, nos limites pour créer un Système qui nous plonge dans la peur et l’individualisme à outrance. Les frontières se referment, les ponts-levis se relèvent pour rétablir les forteresses et on pille les greniers pour anticiper sa propre faim. La guerre civile nous guette pour engendrer le pire…