écologie appliquée

La justice protège le nucléaire

La justice a interdit à Greenpeace de s’approcher des convois de déchets nucléaires, voici les réactions (presque) unanimes pour saluer sur lemonde.fr cette décision :

Gerard Grunblatt : 10 contributions a 14h34 ce samedi toutes très négatives pour Greenpeace. Il semble donc que Greenpeace n’ait pas la faveur des lecteurs du Monde intéressés par ce sujet. Bonne nouvelle

Reggio : Si les militants de Greenpeace avaient mis autant d’énergie (!) a combattre les fossiles qu’ils en ont mis pour le nucléaire, peut être que nous n’en serions pas là où nous en sommes : 410ppm CO2, augmentation de 2%/an en progression, seuil des très très gros emmerdements à 500…C’est dans pas bien longtemps…et ça va faire très très mal…

JJ14 : Si Greenpeace voulait vraiment faire quelque chose d’utile pour l’environnement, ils bloqueraient les livraisons de charbon aux centrales thermiques allemandes.

Untel : On devrait aussi s’interroger sur le bilan de Greenpeace. Depuis qu’ils font, pardon, leur cirque, à quel résultat concret cela a-t-il mené ?

pierre guillemot : On comprend que ces organisations qui appartiennent au monde du spectacle (se faire voir pour que les donateurs se réjouissent) opèrent en Europe, et en France en particulier, et pas dans les pays sans caméras, ni dans les pays où les forces de sécurité ne sont pas inhibées. Aux USA, on ouvrirait le feu sur les envahisseurs de centrales atomiques et la police viendrait vérifier que les cadavres sont tombés ã l’intérieur de la clôture.

Dmg : Les déchets nucléaires, c’est un des totems des zécolos : si on démontre qu’on sait les transporter, les traiter, les stocker, l’essentiel de leur argumentaire délirant s’effondre. Et donc, ils font tout leur possible pour nuire à la bonne marche du processus,

Orion : Excellente décision de la Justice !! Greenpeace se croit au-dessus des lois de la République depuis trop longtemps. Il était plus que temps de mettre fin aux actions dangereuses de ces idéologues anti-nucléocrates de service. Les faits sont qu’il y a 19.000 convois par an et aucun accident à déplorer. Cela doit certainement gêner cette ONG…

Diryan : 19000 convois par an et pas d’accident, qu’en dites vous, messieurs de Greenpeace. Et que proposez vous comme énergie pas chère en remplacement. C’est vrai que les gilets jaunes dans la rue, ce n’est pas votre problème. D’ailleurs, on ne vous a pas entendu beaucoup à ce sujet.

Bernard Naud : N’en déplaise à Greenpeace ces convois entre le site de la Hague et Valognes ne sont point cachés. Il faut savoir que des combustibles irradiés qui arrivent à La Hague, 97% sont récupérés afin d’être réutilisés, les 3% restant, les fameux déchets, sont vitrifiés sur place puis stockés en attente d’un stockage définitif ….

jacques Fauvet : Greenpeace sert à faire vivre sa bureaucratie et à rien d’autre

Dupanloup : A quand une grande enquête sur les ong élues par personne proches de l extrême gauche pro immigration évidemment contre le nucléaire alors que cette energie est la plus propre du moment

MD : Enfin, on se rend compte du danger de ces ONG anglo-saxonnes. Quels sont leurs buts réels ? D’où vient l’argen t?

Elzéard : le « danger de ces ONG anglo-saxonnes » ? Oui, sans doute : de la peinture orange sur un convoi est extrêmement dangereux alors que les « colis » de déchets radioactifs qu’il transporte sont eux totalement anodins nos enfants pourront en témoigner…

Michel SOURROUILLE : Je suis très étonné de l’unanimité anti-Greenpeace des commentaires, à croire que le lobby du nucléaire a rameuté ses troupes dès la sortie de l’article. Accuser Greenpeace de ne pas agir dans d’autres domaines que le nucléaire n’est pas un argument, aucune association environnementale n’est totipotente. Par contre aucun commentateur n’envisage les différents problèmes posés par le traitement des déchets, le démantèlement, le coût de l’EPR, etc. Dire qu’il n’y a pas d’accident ferroviaire, c’est occulter Tchernobyl et Fukushima ! Le financement de Greenpeace est inattaquable, pas de subventions, uniquement des donateurs, des bénévoles et une administration réduite au minimum. Il faudrait que les commentateurs nous indiquent le coût démesuré du nucléaire subventionné par l’État depuis de Gaulle.

le Survivalisme selon Piero San Giorgo

Quelques citations pour mieux comprendre le survivalisme :

– Je ne veux pas vous faire peur, mais je crois que la convergence des immenses problèmes auxquels l’humanité fait face et d’une culture et d’un leadership défaillants rend la catastrophe inévitable.

– Ce que l’on conçoit comme une complexité technologique est en réalité une simplification des flux. Une seule espèce cultivée en monoculture est certes efficace mais va épuiser le sol de ses éléments nutritifs, faciliter l’érosion et finalement détruire rapidement ce sol, et pour longtemps. L’efficience est la route la plus rapide vers l’enfer.

– Nous consommons les ressources de la planète pour acheter avec de l’argent que nous n’avons pas des choses de mauvaise qualité, dont nous n’avons pas besoin, fabriquées par des ouvriers surexploités, pour impressionner des gens que nous n’aimons pas et pour finir dépressifs, insatisfaits et malheureux.

– Au lieu de chercher à faire rouler une voiture avec autre chose que du pétrole, il serait temps de réfléchir à un mode de vie sans voitures.

– Si vous avez la liberté de pouvoir choisir entre 50 types de céréales mais ne pouvez choisir de voter qu’entre deux ou trois partis politiques aux programmes semblables, en fait nous n’avez aucune liberté réelle.

– Cette ferme est tenue par une communauté d’anciens babas cool écolos et leurs enfants. Ils ont tout ce qu’il faut, de l’eau, des panneaux solaires, un très grand potager, un élevage de chèvre. Ils ont recueilli une vingtaine de personnes. Le patriarche explique que la violence ne résout rien et que l’esprit est plus fort que les armes…. La ferme fut occupée par un gang de motards. Tous les habitants furent torturés puis tués, les femmes furent violées, les stocks pillés et la ferme brûlée.

– Une arme à fort impact psychologique dissuasif est le fusil à pompe : le clic-clac caractéristique de celui-ci lorsqu’on charge une cartouche est généralement suffisant pour que les agresseurs se calment et quittent la zone.

– Ses amis milliardaires qui étaient restés à Saint Tropez se sont fait attraper par une horde de chômeurs affamés alors qu’ils essayaient de se rendre, par convoi de limousines, à l’aéroport de Nice. Il paraît que la vue de leurs corps pendus aux réverbères était terrifiante.

– Un voleur de volaille s’est fait attraper et a été immédiatement jugé par le chef coutumier du village. Il a été lapidé. On ne plaisante pas avec la nourriture. C’est trop important.

– Appréciez les vieilles technologies. Les outils d’antan qui fonctionnaient sans électricité et qui étaient inusables sont ceux dont vous avez besoin. Apprenez à faire les choses par vous-même. Soyez frugal et souvenez-vous du mode de vie de vos grands-parents. Apprenez à être en phase avec la nature et à suivre les saisons.

– La survie, ce n’est pas les choses qu’on accumule. C’est des compétences qu’on acquiert.

– Bien qu’au moins 60 % de la population mondiale ait disparu en moins de deux ans, il reste de l’espoir.

– « Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue. » (Victor Hugo)

Piero san Giorgo in Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Le survivalisme, pour résister à l’effondrement

Quel que soit l’avenir, je préfère y faire face entouré de gens de ma communauté locale que je respecte et que j’aime, les gens à qui je fais confiance et sur qui je sais que je peux compter. Nos rapports de proximité mesurent notre vraie richesse. Les collapsologues dans leur dernier livre* précisent : « Chez certains survivalistes, l’heure est à la création de Bases autonomes durables, de lieux propres à assurer l’autonomie de ses occupants après l’effondrement. Chez les transitionneurs, il y a tendance à l’écovillage, d’apparence moins renfermé sur lui-même. Chez les zadistes, les BAD sont appelées ZAD (zones à défendre). Constituer des communautés, c’est se rendre compte que l’union fait la force. Si l’on pousse un pas plus loin cette démarche, on ne peut que souhaiter la constitution de véritables réseaux des tempêtes (selon Joanna Macy, faisant des ponts entre ZAD, BAD et autres écovillages… afin d’augmenter nos capacités de résilience et à diminuer les chances de nous étriper. »

Nous pensons que là est la véritable solution aux crises socio-écologiques qui s’annoncent de plus en plus violentes. On peut rajouter bien d’autres expressions comme communautés de résilience, villes en transition, biorégions, municipalisme, etc. L’idée générale est de promouvoir la relocalisation, les circuits courts, l’autonomie alimentaire et énergétique, la démocratie des petit groupes… Les intentions sont parfois différentes mais le projet reste le même: tout à l’ancienne, décroissance et frugalité. Les différences tiennent à la mentalité : on peut rassembler en communauté des membres d’une secte plus ou moins apocalyptique, des partisans de la loi du fusil, des pacifistes ou des racistes, des végétaliens ou des anthropophages, etc. Les humains ont mille et une manières de concevoir les rapports avec leurs semblables. Le fait à souligner, c’est que les médias commencent à s’emparer des thèses apocalyptiques au travers, comme d’habitude, un mouvements présenté comme extrême, le survivalisme.

« Issu de l’anglais survival, le terme a été inventé dans les années 1960 par Kurt Saxon, un libertarien xénophobe proche du parti nazi américain. Mais aujourd’hui les (néo)survivalistes se préparent à l’effondrement de notre civilisation. Le sociologue Bertrand Vidal a analysé ce mouvement dans « Survivalisme. Etes-vous prêts pour la fin du monde ? » (Arkhé 2018). Construire un abri en forêt, apprendre à se passer d’électricité, maîtriser les techniques de chasse et de pêche, savoir purifier l’eau et reconnaître les plantes sauvages comestibles : tel est le nouveau credo de ce retour à la terre teinté de catastrophisme. Comment s’étonner que l’extrême droite rôde autour de ce mouvement protéiforme ? »** Sur ce blog, nous préférons l’exemple d’Yves Cochet, effondriste assumé qui est parti tout seul se réfugier dans une longère près de Rennes : « Il fallait ne pas être trop proche de la ville, parce que les citadins iront saccager ce qu’il y a autour. » En complément sur notre blog biosphere :

1er décembre 2018, Biosphere-Info, le numéro qui annonce la fin d’un monde (effondrement/catastrophe/apocalypse)

26 mars 2018, Devenir survivaliste ou résilient en cas de catastrophe (salon du survivalisme)

* Une autre fin du monde est possible (Vivre l’effondrement, et pas seulement y survivre) de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

** LE MONDE du 11 juillet 2019, La tentation du « survivalisme » ?

Elisabeth Borne, l’écologie à la peine

Polytechnique, ingénieure des eaux et forêts, Elisabeth Borne intègre le ministère de l’Équipement dès 1987, c’est une technocrate. Cabinet de Lionel Jospin en 1987, directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2014-2015, puis à la tête de la RATP, c’est une politicienne qui monte. Bourreau de travail (dernier mail à 2 heures, premier avant 7 heures), réforme de la SNCF au pas de charge en juillet 2018, ministre des transports et de la fermeture des petites lignes, elle ne fait pas de cadeau. La voici ministre de la transition social-écologique en remplacement de Rugy démissionnaire. Elle perd le statut de « Ministre d’Etat, numéro deux du Gouvernement », elle fera ce que Macron lui demandera. Sur notre blog biosphere, nous avons déjà donné quelques indication sur la personnalité d’Elisabeth Borne :

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques) alors que les automobilistes sont taxés sur le carburant. La ministre des transports, Elisabeth Borne, botte en touche : « Il faut qu’on ait cette réflexion sur la taxation du transport aérien à l’échelle européenne. »  Elle a aussi jugé « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone ». L’amendement visant à interdire les vols intérieurs qui ne font pas économiser plus de temps par rapport à un même trajet en train seraient selon la ministre « contraires à la liberté d’entreprendre et à la liberté d’aller et venir ». Les députés ont aussi rejeté un amendement suggérant l’application, sur les billets, d’une taxe d’empreinte carbone aérienne, en cas d’alternative ferroviaire comparable à l’avion. La ministre a mis en garde contre les « distorsions de concurrence » et les risques de « dumping écologique et social ».

30 juillet 2018, Le futur de la mobilité, sans voitures c’est mieux !

Le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et la ministre des transports, Elisabeth Borne, ont présenté le 20 juillet, « les engagements de l’Etat en faveur de la mobilité propre et de la qualité de l’air »*. Ils préfigurent la future loi d’orientation sur les mobilités (LOM), d’abord annoncée au printemps et désormais attendue en fin d’année ou début 2019. Comme d’habitude un retard à l’allumage, de simples déclarations d’intention, une écologie superficielle qui se contente de faux-semblants : zones à circulation restreinte dites ZFE (zones à faibles émissions), le langage technocratique règne en maître quand il s’agit de ne rien faire de sérieux, il n’y aura aucune obligation pour les collectivités concernées. Le gouvernement entend aussi encourager le covoiturage et l’autopartage, les entreprises privées comme Blablacar n’ont pas attendu les directives pour agir ! Il n’y aura pas de plan vélo, Macron évite tout ce qui coûte de l’argent quand il s’agit d’écologie. Autre grand absent des « engagements », le report modal dans le transport de marchandises vers le fret ferroviaire. Comme d’habitude, Nicolas Hulot se contente de miettes !

2 janvier 2018, En finir avec les grands travaux inutiles et imposés ?

« Madame Mobilité » vient de clôturer les assises du même nom. Elisabeth Borne reçoit LE MONDE : « L’urgence, c’est l’entretien et la modernisation des réseaux, c’est l’enclavement des territoires, ce ne sont pas les LGV. A Prades, à Aurillac, à Alès, à Auch, il n’y a pas de desserte routière correcte pour être relié à la grande ville. Ces territoires vont perdre leurs emplois, les entreprises ne vont pas y rester. » Mais la même Elisabeth Borne au conseil des ministres du 13 décembre est plutôt favorable à la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes : «  L’agrandissement de l’aéroport de Nantes-Atlantique a ses détracteurs : il entraînerait des nuisances sonores, même si les avions font aujourd’hui moins de bruit. » C’est là le signe de la contradiction interne des décideurs politiques, car agrandir ou construire, c’est toujours de grands travaux inutiles ; avec les GTI on ne sort pas du schéma croissance-croissance !

Lutte des places ou écosophie à EELV  ?

Alain Coulombel, membre du Bureau Exécutif d’EELV, a sorti un livre, « De nouveaux défis pour l’écologie politique »*. Voici l’essentiel de ce qui concerne directement le positionnement du mouvement écologiste :

– La vision d’une écologie positive (qui s’opposerait à l’écologie punitive) est une vision stérile qui nous détourne de l’urgence en nous laissant croire que des mesures d’accompagnement indolores suffiraient à retarder, voire à repousser, « le temps de la fin ». Or les tensions, les basculements, les conflits de toute intensité qui se manifestent dans le monde entier nous rappellent à nos obligations de terrien et aux dangers que recèle la situation (p.165).

– Ni la vieille gauche, ni la gauche insoumise, ni la gauche de la gauche, ni l’écologie populaire, ni la droite nationale, ni la droite forte… ne sont des concepts susceptibles d’éclairer notre propre présent. Tout au plus marquent-ils notre indigence face à une situation qui nous échappe… Ni la droite, ni la gauche (sous toutes ses formes) ne sont en mesure de proposer de nouveaux agencements ou de nouveaux territoires de sens. Résister à l’irrésistible, c’est-à-dire à la domination et à la destruction sous toutes ses formes, exige une radicalité que les partis politiques (et les force militantes qui les composent) seraient bien en peine de définir (p.189 et 190).

– Les écologistes héritent d’un paysage idéologique marqué par la prégnance du discours managérial où l’esprit d’entreprise a remplacé l’Esprit tout court. Défaire chaque maillon de cette langue réifiante est un prérequis. Sans quoi toute re-composition se trouvera bien incapable de court-circuiter le présent et d’engendrer le nouveau… Quel contenu, quel prolongement – politique ou non – donner à cette radicalité dont nous nous pensons encore dépositaire ? (p.191).

– Pareille à des trous noirs, les formations politiques n’émettent plus aucun rayonnement, plus aucune idée neuve, comme désarmées idéologiquement par l’outrecuidant « principe de réalité ». Toutes sans exception (p.197)… Le parti socialiste est devenu un astre mort, sans projet et sans idées… Un temps, l’écologie politique représentée par les Verts a donné le sentiment d’une formation tournée vers la recherche d’une pratiquante différente de la politique, associée à un corpus théorique soulevant de nouveaux enjeux. Mais en se tournant exclusivement vers la social-démocratie et la conquête des institutions, les Verts (EELV) ont perdu une grande partie de leur crédit, voire de leur utilité… Ceci étant, nous ne sommes pas les mains vides. Des résistances s’inventent ailleurs et partout. De nouveaux agencement se cherchent en dehors des partis politiques (p.199 et 200).

– Qu’il s’agisse d’évoquer le communalisme, les communautés locales autorégulées, les biorégions ou les communautés biotiques, les écologistes proposent des solutions qui passent bien souvent par la redécouverte d’une essence communautaire de l’être (p.204).

– Le succès des forces productives dans la dévastation de la Terre et le déchaînement massif de la technique forme une trame sur laquelle prospère, à la fois, le nihilisme et le besoin de redonner un sens à l’existence (p.212)… La sève spirituelle est utile, ce que l’écologie profonde ou l’écologie intégrale sait depuis longtemps sans avoir prise suffisamment sur l’écologie partidaire (p.213)… Quelques expressions rendent compte de ces déplacements qui reconfigurent notre univers de sens : sobriété heureuse, simplicité volontaire, éthique de la fragilité ou recherche du bien-vivre, résonnent comme une réponse au désarroi provoqué par la dégradation du monde naturel et social (p.215).

– Nous formulons l’idée, qu’après plusieurs décennies de camisole libérale, un nouvel espace politique doit s’ouvrir malgré les forces contraires et les lignes stérilisantes, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos organisations (p.247).

– L’emprise du discours managérial sur nos vies devrait nous inciter à rechercher d’autres territoires de sens. Or l’écologie politique, en acceptant les règles du jeu, ne s’est-elle pas finalement enlisée dans le bourbier institutionnel, la lutte des places remplaçant l’écosophie mentale ? (p.249)

* Éditions Utopia, 250 pages pour 10 euros (mars 2019)

La formation idéologique au PS, le néant

Pour un parti écologiste, une formation à l’écologie paraît facile. L’écologie scientifique a mesuré les différent paramètres de la détérioration de la planète par l’activité humaine, les décisions politiques à prendre en découlent quasi automatiquement (si les politiciens étaient écologistes). Le réchauffement climatique implique par exemple de réduire nos émissions de gaz à effet de serre par des réglementations et une carte carbone. Pour un parti « de gauche », c’est bien plus difficile car le modèle marxiste à la source des affrontement patrons/travailleurs pour le partage des fruits de la croissance est devenu obsolète. Au PS, le moins qu’on puisse dire est que le flou domine dans leur matrice intellectuelle. Ainsi cet article du MONDE en témoigne, résumé  :


« Le PS n’a plus de programme ni de vision. Derrière le mantra « justice environnementale/justice sociale », répété à l’envi durant les européennes, il est difficile de trouver une pensée articulée. Le PS doit dire enfin ce qu’on entend par conversion écologique de la société. La gauche, et en particulier le PS, s’est construite sur un idéal où la croissance économique et le progrès techno-scientifique permettaient les avancées sociales et le mieux-vivre. Pour les socialistes, ce qui structure le champ politique, c’est le social. Sortir d’un modèle qui permettait quasi automatiquement la redistribution n’est pas évident. L’urgence climatique et la dégradation accélérée des milieux naturels ont remis en cause cette pensée : difficile pour des générations qui ont construit leur imaginaire politique dans ce schéma de se projeter dans un monde de sobriété forcée. Peu de choses ont été élaborées dans le domaine de l’écologie. L’université d’été de La Rochelle, du 23 au 25 août, doit donner le coup d’envoi d’un travail plus profond. Selon Laurent Baumel, « Le cœur du problème, ce n’est pas notre retard programmatique mais le fait que nous n’émettions plus. Tant que la gauche sera émiettée, elle restera inaudible. »*


De toute façon le mot gauche ne veut plus rien dire du tout tant les écrits théoriques et les diverses pratiques sont innombrables et souvent contradictoires : marxisme-léninisme, stalinisme de la planification impérative, trotskisme et maoïsme, Titisme de l’autogestion, social-démocratie et populismes, etc. Les différents candidats « de gauche » à la présidentielle 2017 en témoignent, Benoît HAMON, Nathalie ARTHAUD, Philippe POUTOU, Jean-Luc MÉLENCHON. L’impossibilité de réunir ces différents courants était clairement établi e sans qu’on sache pourquoi il y aurait une véritable opposition doctrinale entre eux. Dans ce contexte, un sympathisant « de gauche » qui préférerait un parti directement écologiste serait logique. Il ne répéterait pas inutilement des mantras du type « mort au capitalisme » ou « le pouvoir est dans la rue ». Il montrerait que le social dépend des possibilités de notre milieu de vie et pas l’inverse. Il choisirait la gestion du long terme contre des politiques de court terme adossés aux marchés et à la financiarisation. Il choisirait les équilibres globaux à rétablir, que ce soit entre les humains ou avec les autres formes de vie. Il choisirait un nouveau paradigme qu’on peut résumer en « Dé », Décroissance, Démondialisaiton, Désurbanisation, Dévoiturage, effet Débond garanti. Le problème, c’est qu’aucun candidat ne portait ce message radical à la présidentielle 2017. Le problème c’est que beaucoup trop de militants en restent à l’idée « de gauche », même s’ils sont incapables d’expliquer de quelle gauche il s’agit.
Source : LE MONDE du 7-8 juillet 2019, Les socialistes cherchent leur nouveau paradigme (leur nouvelle doctrine)

Les questions sociales vues par Alain Hervé

Social : Il faut me semble-t-il penser écologique avant de penser social. L’un détermine l’autre. Ce qui ne signifie pas que l’écologie néglige le social. Mais il faut bien voir que le social s’effondre lorsque l’écologique s’effondre. On ne peut pas répartir le poisson péché dans la mer lorsqu’il n’y a plus de poisson…

Démographie : Les individus veulent des enfants. Plus précisément ils veulent faire des enfants de la même manière qu’ils veulent une voiture, une machine à laver, une télé, un canapé… Ils déploient des efforts considérables pour contourner la stérilité ou faire survivre des fœtus gros comme deux poings. Produire un enfant, des enfants, est un droit. Et pourtant à l’évidence l’espèce humaine souffre d’encombrement. Elle s’encombre elle-même. Elle encombre les autres espèces vivantes au point de les détruire par milliers. Elle dévaste son propre biotope. Elle met en danger les paramètres indispensables à sa propre survie. A partir de 600 millions d’humains, je sais qu’ils ne songent qu’à se reproduire comme des lapins, qu’ils rejettent trop de gaz carbonique, qu’ils envisagent de transformer leur nourriture en carburant. Les six, sept milliards dont on parle m’emmerdent à se compter en oubliant le reste. Je veux dire les milliards de milliards d’autres, aussi vivants qu’eux et qui méritent de rester aussi vivants qu’eux, et sans lesquels ils ne resteront pas vivants. Les chênes et les lotus, les hérissons et les vipères, les virus et les rats, les herbes et les ours blancs… Je me souviens d’avoir lu que la politique de restriction des naissances avait permis d’éviter 400 millions de naissances en Chine pendant les trente dernières années. Autrement dit, si le pape avait gouverné la Chine, il y aurait aujourd’hui 1 milliard sept cent millions de Chinois, au lieu d’un milliard trois cents millions. En l’espace de cinquante ans, la population humaine de la planète a doublé. Pourquoi ? Pour qui ? Pour quoi faire ? Personne n’en sait rien.

Loisirs : Pour ma part, je vous dois cette confidence, la seule idée de loisir me donne la nausée. Les foules qui se portent à heure fixe vers la plage, avec une serviette de bain, un polar, les tubes de crème anti-solaire, et qui doivent tenir toute la journée sous les trous de la couche d’ozone me font pitié. Même si je sais que leur cancer de la peau leur sera remboursé à 100 %… Il semble que se vérifie sans cesse cette proposition, qu’à travail imbécile, succède presque nécessairement loisir imbécile.

4/4) Programme écologique « agriculture »

Secteur de l’agriculture et de l’élevage. Ce secteur est également responsable de l’émission de GES. A la fois par l’élevage mais aussi par l’agriculture intensive.

On sait que l’élevage des bovins est producteur de gaz méthane, un GES bien plus néfaste que le gaz carbonique. On sait aussi que les engrais et produits phytosanitaires utilisés en agriculture intensive nécessitent beaucoup d’énergie et mêmes d’hydrocarbures pour leur fabrication. Ici encore la concurrence mondiale implique de plus des transports fort polluants. L’agriculture et l’élevage tels que pratiqués aujourd’hui, ne sont pas compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique ni avec la préservation de la biodiversité.

Que nous propose t on pour changer cette situation désastreuse ? Rien ! En fait l’agriculture et l’élevage sont vus comme une production industrielle. Idem que vu ci-dessus !

Que pouvons nous faire, quelles solutions sont bonnes pour lutter contre le réchauffement climatique ? Premièrement, il faut que la production agricole et l’élevage visent uniquement à nourrir les hommes et ce de manière saine. Deuxièmement, il faut abandonner la culture intensive au profit de la permaculture, du maraîchage et revenir à de petites fermes. Ces petites fermes pratiquant également un élevage de proximité. En effet combiner agriculture et élevage crée des synergies intéressantes de nature à réduire le gâchis et la pollution. Troisièmement, il faut réduire la proportion de viande dans notre alimentation. En effet, manger trop de viande nuit à notre santé et nuit à l’environnement. Réduire cette proportion dans nos pays riches semble une évidence.Quatrièmement, il faut restaurer l’humus des sols afin que les plantes retrouvent un développement en symbiose avec la terre. Ce qui suppose également de savoir attendre que les plants s’installent et s’acclimatent à leur implantation.

De la part de notre correspondant Christian Rozé

3/4) Programme écologique « distribution »

Secteur de la production et du commerce. Notre société produit énormément de marchandises et de services. Ceux-ci ne sont pas toujours d’une utilité manifeste. Alors à grand renfort de publicité et d’informations trompeuses diffusées par les médias, on nous fait croire qu’il nous faut le dernier appareil ou le dernier vêtement ou le dernier meuble à la mode. On crée l’obsolescence automatique pour entretenir un commerce de choses qui sont en réalité inutiles voire néfastes. Et il y a beaucoup de pertes, c’est à dire de services ou de produits jetés.

Et le pire c’est que ces choses nécessitent beaucoup d’énergie pour être fabriquées. Or nous savons que toute source d’énergie est plus ou moins polluante de notre environnement, plus ou moins émettrice de GES. Que nous propose t on pour lutter contre ce gâchis lié à la surproduction ? Rien ! En fait les producteurs, les distributeurs, les revendeurs ne veulent pas entendre parler d’une baisse de leur chiffre d’affaires, d’une baisse des ventes. Pire encore, les plus gros producteurs instaurent une concurrence mondiale effrénée qui n’a d’autre but que de tuer la production locale en circuit court. Que pouvons nous faire, quelles solutions sont bonnes pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Premièrement, il faut réduire cette production en volume. Par exemple, se contraindre à baisser la production de 10 % par an. Cela paraît énorme, mais c’est peu au regard de l’incidence sur le réchauffement climatique ! Deuxièmement, il faut privilégier les circuits courts qui génèrent moins de besoin de transport et qui sont plus facilement ajustables ; ainsi toute la production est consommée en minimisant les pertes. De plus dans les circuits courts, les consommateurs et les producteurs ont leur mot à dire, l’adaptation aux besoins réels est bien plus efficace. Troisièmement, il faut limiter puis réduire la population mondiale. Cela se produira peut être automatiquement par la pénurie alimentaire, la maladie, les guerres. Mais ne serait-il pas plus raisonnable de programmer cette réduction par des accords internationaux sans doute difficiles mais bien plus utiles que les accords commerciaux souvent néfastes !

De la part de notre correspondant Christian Rozé

Quelques aphorismes d’Alain Hervé

A quoi sert l’homme ?

A quoi sert l’homme ? La biologiste Lynn Margulis propose une hypothèse : l’homme est un animal domestique élevé par les bactéries pour leur permettre de voyager et éventuellement de migrer vers d’autres planètes. Se souvenir que les bactéries occupent quarante pour cent de notre masse corporelle.

A quoi sert l’homme ? Les économistes répondent : à produire et à consommer, et que ça saute. L’homme se reposera en regardant la publicité pendant trois heures et demie par jour sur les écrans de télévision.

A quoi sert l’homme ? Après recherche, consultation et réflexion, nous proposons une réponse provisoire : à rien. Oui, je sais, il a inventé le téléphone portable, mais les pingouins et les pissenlits n’en ont rien à faire. Entre le petit trou dont il sort et le grand trou dans lequel il va tomber, il ne fait que consommer gaspiller, détruire, prêcher l’accélération, la prédation… Il se sert. Il s’est servi et il n’a rien rendu. Pourrait-il encore enchanter le monde, le servir, ne plus seulement se servir ?

Anthropocentrisme

L’anthropocentrisme ou anthropophilie est une religion comme une autre, sinon qu’elle ne se reconnaît pas comme religion. Un des prophètes de cette religion s’est exprimé un jour dans le journal Libération en affirmant : il va falloir décider si l’on veut sauver la nature ou l’homme. Ce chef-d’œuvre du crétinisme politiquement correct a le mérite d’afficher l’ignorance de ceux qui le profèrent. L’animal humain fait partie de la nature. C’est la nature qui a créé l’animal humain. L’animal humain est soumis aux lois de la nature. Il est soumis aux mêmes lois qui sanctionnent la prolifération de toutes les espèces vivantes, qui interdisent la surexploitation des ressources. L’animal humain ne peut pas survivre une seconde en dehors de la nature. Il respire l’oxygène de l’air, il mange les plantes qui ont capté la lumière du soleil… il n’a pas le choix. Un humanisme d’intelligence solidaire avec la nature est souhaitable.

Consommation

Le diplôme, c’est l’illusion de savoir sans avoir découvert ni expérimenté soi-même. Le haut salaire, c’est l’ombre capturée tandis que la proie de la vie s’enfuit. Le confort des appareils domestiques, c’est l’esclavage de leur achat et de leur entretien. La facilité de vacances éclairs à Bali, c’est l’insatisfaction d’avoir vu, sans comprendre ni participer. La retraite apparaît dérisoire après une vie massacrée par le travail.

On peut échanger immédiatement sa voiture pour une bicyclette, sa machine à laver individuelle pour une collective, une augmentation de salaire pour davantage de temps libre, un voyage au Maroc pour l’apprentissage de la botanique, une chaîne haute-fidélité pour une audition de mouettes, son patron contre un raton laveur.

2/4) Programme écologique « logement »

Secteur du logement et de la résidence. Ce secteur contribue largement au réchauffement climatique dans notre pays. En effet la surface habitable chauffée a largement augmentée depuis 1945. A cette époque on ne chauffait que la cuisine qui était aussi la pièce à vivre. On trouvait normal que les pièces moins occupées telles les chambres, ne soient pas chauffées. La surface habitable chauffée a considérablement augmenté avec la recherche de confort. De même dans les régions les plus chaudes, la climatisation est largement utilisée en été. Ce chauffage est réalisé de différentes façons : par des radiateurs électriques, par des pompes à chaleur électriques, par la combustion de gaz fossile, par la combustion de gaz renouvelable, par la combustion de fuel, par la combustion de charbon, par la combustion de bois prétendu renouvelable, par la récupération de chaleur solaire, par géothermie. Selon ces façons, le dispositif de chauffage peut être centralisé ou réparti ou par éléments distribués. Notons que le chauffage centralisé ou réparti a contribué à chauffer l’ensemble du logement. Enfin d’aucuns chauffent plus ou moins intensément selon la température désirée. Pour chiffrer et lutter contre cette gabegie de chauffage on utilise la notion de kWh thermiques par mètre carré habitable et par an. En dessous de 50 kWh/m²/an, le logement est de classe A, considéré comme performant. Au dessus de 300 kWh/m2/an le logement est considéré comme une passoire thermique. La climatisation implique également une consommation d’énergie importante, souvent électrique. On nous propose soit d’améliorer l’isolation afin de limiter le besoin de chauffage et le besoin de climatisation, soit d’utiliser des appareils de chauffage plus performants. Est-ce suffisant pour réduire rapidement la gabegie énergétique due au chauffage ? Non pour plusieurs raisons : D’abord parce que mettre en place une isolation performante sur le parc déjà construit (80 % du total) coûte cher financièrement et énergétiquement. Du coup, soit on n’isole pas assez en qualité et en nombre, soit on isole très bien au prix d’un effort énergétique important et donc de son lot de pollutions correspondant. De même remplacer des convecteurs électriques par une pompe à chaleur et ses splits, améliore bien le rendement mais coûte également très cher sur le plan énergétique. Et on sait que le retour sur investissement, dans les deux cas, se compte en dizaines d’années. Il est facile d’en déduire que les solutions proposées ne répondent pas au problème posé et l’urgence d’y remédier.

Quelles peuvent être les bonnes solutions pour diminuer la dépense énergétique liée au chauffage et à la climatisation ? La première solution est assez évidente : chauffer moins, beaucoup moins. Accepter une température relativement basse en hiver et relativement haute en été. Pour mettre en œuvre, ne chauffer que le minimum de surface (cuisine et salle à manger par exemple). Rester bien couverts dans nos bureaux et appartements. C’est simple, ça marche, c’est efficace immédiatement, ça ne coûte que quelques vêtements ou couvertures chauds. Certes notre idée du confort en prend un sale coup ! Mais n’est-il pas normal de sacrifier son confort afin de limiter le réchauffement climatique qui menace notre survie ? La deuxième solution est d’ordre social et collectif : vivre ensemble dans de plus petites surfaces. En effet, nous sommes très individualistes et considérons comme normal de nous étendre sur des surfaces habitables importantes ; en gros un individu occupe entre vingt et quatre vingt mètres carrés à lui seul. Vingt mètres carré pour une famille de quatre enfants, quatre vingt mètres carrés pour une personne âgée seule. Il est évident que la personne âgée seule peut héberger matériellement une autre personne plus jeune. Il y aurait même intérêt pour sa sécurité et la communication avec l’autre. On comprend bien que ces solutions pratiques matériellement possibles sans frais, sont à l’opposé des principes de notre société individualiste ayant peur de l’autre et de sa différence !

Yggdrasil chez les marchands de journaux

Yggdrasil est l’Arbre Monde dans la mythologie nordique. Yggdrasil, le dernier magazine avant la fin du monde, disponible chez les marchands de journaux et librairies. Né avec kisskissbank, on ne peut pas tout refuser de la technique ! Son nom signifie littéralement « cheval d’Ygg » ou « destrier du Redoutable ». Ce nouveau magazine-livre (mook) de 12 euros est fait pour traverser l’effondrement et inventer la suite. Plutôt que de survivre en restant isolés, il nous faut choisir de vivre, c’est-à-dire de relever le défi de s’organiser, d’aller vers l’autre, de nous reconnecter à la joie en partant de cette réalité pourtant bien sombre. Ce magazine est là pour partager plus que des mauvaises nouvelles, pour créer du lien entre les personnes qui se sentent concernées. Nous abordons tous les sujets liés à l’effondrement avec :

  • la tête (analyses scientifiques, propositions politiques innovantes…),
  • le cœur (écopsychologie, spiritualité, enfance, imagination…),
  • les mains (savoir-faire traditionnels, “low-techs”, actions, éco-lieux…).

Voici un aperçu du premier numéro :

– petit manuel de désobéissance civile ;

– L’enfance, le chaînon manquant pour une véritable transformation de la société ;

– Le « collapse » est une nouvelle narration ;

– Carolyn Baker, la dame qui relie ;

– retrouver le lien profond avec le sauvage, etc.

Yggdrasil est un beau magazine de 120 pages, sans aucune publicité, au prix de 12€. Comme tout organisme vivant, il aura une naissance, un développement et une mort. Finie la croissance infinie ! Nous ne sortirons donc que 12 numéros, un à chaque changement de saison. Et si cette aventure de trois ans génère des bénéfices, ils seront en majeure partie reversés à des organisations (associations, initiatives) pour semer d’autres graines. Vous pouvez pré-commander le magazine, vous abonner pour un an (45 euros), ou trois ans (120 euros). Écrire à Yggdrasil, c/o Corlet logistique – ZA La Tellerri – 61430 Athis. Merci !

LIRE LE MANIFESTE (sur facebook)

1/4) Programme écologique « mobilité »

L’organisation de la société occidentale est néfaste à la survie de l’humanité. Nous savons que notre activité produit les GES qui causent le réchauffement climatique qui peut devenir mortel pour l’humanité. Nous savons aussi que la plupart de nos activités détruisent de la biodiversité du vivant laquelle est une garantie de survie. Cette activité peut être classée en différents secteurs : le secteur de la mobilité et des transports, le secteur du logement et de la résidence, le secteur de la production d’objets et de services, le secteur de l’agriculture et de l’élevage. Chacun de ces secteurs apporte sa contribution au réchauffement climatique. Nous le savons. Nous sommes même capables de chiffrer ces apports. Nous devrions donc être capable d’agir sur le fond afin de réduire ces apports au réchauffement climatique. Or il n’en est rien ! Au mieux on s’attaque aux effets, rarement aux causes.

Secteur de la mobilité et du transport. On nous propose de remplacer la voiture individuelle à moteur thermique par la voiture électrique ou la voiture à hydrogène. Certes ces nouveaux moteurs ne produisent plus de GES lors de leur fonctionnement. Mais à supposer que nous utilisions tous ces nouveaux véhicules dits propres exactement comme avant, que va t il se passer ? D’abord nous allons perpétrer les gros bouchons des heures de pointe ; et donc perdre beaucoup de temps pour circuler, pour nous garer, pour faire le plein … comme avant ! Nous allons continuer à bétonner ou bitumer nos territoires pour pouvoir y rouler. Nous allons également consommer presque autant d’énergie qu’avant pour nous déplacer ! Or, même si cette énergie a pour origine le vent, l’eau, le soleil et autres sources renouvelables, nous savons bien que le coût de cette énergie restera important. Nous savons qu’il y a une limite, fut elle haute, de toutes les énergies renouvelables disponibles et que nous sommes capables de l’atteindre rapidement si nous consommons celle-ci sans compter. Ensuite, il faut admettre que la fabrication des batteries électriques ou des piles à combustible hydrogène restera très énergivore avec la forte tentation de continuer à utiliser des énergies fossiles bon marché pour cela. Enfin la source électrique ou hydrogène nécessite des capacités de production gigantesques pour faire tourner un parc important de véhicules individuels ou collectifs. On nous propose aussi des liaisons intra-urbaines ou inter-urbaines plus nombreuses et plus rapides. Grâce à celles-ci chacun de nous pourra se rendre très rapidement sur son lieu de travail. Gain évident, la durée des trajets de station à station. Mais on oublie de préciser les inconvénients du transport rapide. D’abord celui-ci est extrêmement énergivore tant à la construction qu’à l’utilisation. La construction du GPE et des lignes TGV coûte extrêmement cher financièrement et énergiquement. Faire accélérer rapidement une rame de transport intra-urbain ou bien faire circuler à très grande vitesse un train ou un avion constitue une grosse dépense d’énergie. Ensuite se rendre à la gare/station la plus proche, effectuer une correspondance nécessite du temps, temps qui est souvent négligé. De même l’obtention d’une durée de trajet réduite nécessite souvent de ‘sauter’ des gares, au détriment des territoires traversés mais non desservis. Et puis, seules les grandes agglomérations s’octroient le privilège d’un réseau de transport dense ; du coup, les entreprises et leurs employés s’y concentrent. Or cette concentration génère de nombreux inconvénients (bruit, nuisances, pollutions, anonymat, …) Enfin, plus le transport est rapide, plus les gens ont tendance à s’éloigner de leur lieu de travail dans l’espoir de retrouver un peu de calme et de nature loin de la grande ville. De même les entreprises profitent des liaisons inter-urbaines rapides pour ‘balancer’ leurs cadres ou employés aux six coins de l’hexagone. Il est donc assez facile de comprendre que les solutions qui nous sont proposées ne marchent pas et nous conduisent à un échec cuisant.

Quelles peuvent être les réelles solutions de la mobilité et du transport ? La première, presqu’évidente est de réduire le besoin de mobilité. Il ne s’agit pas d’interdire le désir de mobilité mais de réduire ce besoin. Pour ce faire, il faut que chacun trouve à proximité de son domicile les structures sociales nécessaires : de l’emploi local pour gagner sa vie et être utile localement d’abord, une école pour nos enfants, des loisirs, une ferme maraîchère et/ou un commerce d’alimentation local, … Ainsi nos déplacements les plus fréquents sont considérablement réduits et le gâchis énergétique et les nuisances correspondantes aussi. De plus si ces déplacements sont effectués à pied ou en vélo (non électrique), ceux-ci exigent donc un minimum d’effort physique de notre part, effort souhaitable pour notre santé. On comprend bien que cette multi-fonctionnalité des territoires est à l’opposé des zones spécialisées (commerciales, tertiaires, industrielles, agricoles, …) qui existent aujourd’hui. La deuxième, est de réduire la vitesse des transports et des télécommunications. En effet, réduire la vitesse signifie réduire la consommation d’énergie mais aussi allonger la durée des trajets. Une façon de décourager les gens de s’éloigner trop de leur lieu de travail. Une façon de décourager les entreprises d’envoyer leurs salariés loin. Une façon de les obliger à créer des agences locales et donc de rééquilibrer les territoires. Cet allongement du temps de trajet peut sembler intéressant pour privilégier les productions locales au détriment des productions lointaines et mondialisées. Ceci réduirait donc l’hyper-concurrence qui ne bénéficie qu’aux grosses structures commerciales et financières. Une façon indirecte de redynamiser le tissu des petites entreprises locales. La réduction de la vitesse des télécommunications évite que l’on soit à la fois inondé de tellement d’informations que nous en perdons le temps nécessaire à un bon entendement. Moins de vitesse signifie aussi moins d’emprises des grosses entreprises du secteur sur nos vies et nos décisions puisqu’elles sont moins bien informées. On comprend bien que cette réduction de la vitesse est à l’opposé des échanges internationaux, de la 5G, etc … qui sont malheureusement prônées par la publicité et les médias.

programme écologique « logement »

De la part de notre correspondant Christian Rozé

écolo pour l’éternité… au cimetière

A Paris, la vague écolo atteint même le domaine de la mort. Dès septembre 2019, un premier espace funéraire écologique sera créé dans le cimetière d’Ivry. Objectif officiel : mettre en place « un lieu de recueillement et d’inhumation respectueux de l’environnement », afin de répondre aux demandes de plus en plus nombreuses de « funérailles écologiques ». Le projet sera soumis au conseil municipal qui doit se réunir à partir du 8 juillet. Sur 1 560 mètres carrés, on n’accueillera que des cercueils en carton, ou en bois local et les inhumations « auront lieu en pleine terre ». Pas de monument en surface, surtout pas de caveau en béton. Le projet parisien pousse le souci de l’écologie plus loin encore ; les défunts reçevront des soins limités : pas de thanatopraxie, l’embaumement nécessitant l’usage de produits chimiques toxiques comme le formol. De même, pour l’habillage du mort, « il sera demandé des fibres naturelles ». Enfin, les professionnels devront s’engager à creuser manuellement, et ce bout du cimetière sera aménagé « sous la forme d’un espace paysager, composé de prairies naturelles, et entretenu dans le respect de la biodiversité ».

Les « cimetières naturels » adaptés à ce type d’inhumations restent très rares en France, même si Niort a montré l’exemple avec celui ouvert dès 2014 dans le quartier de Souché. « C’est un peu un retour à ce qui s’est pratiqué à la campagne pendant des milliers d’années », dit en souriant un professionnel.

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

27 octobre 2014, Tout écologique, même au moment de notre enterrement

Avertissement aux boursicoteurs

Avertissement aux boursicoteurs, la fin de leur monde approche. Ces dernières années, le PIB mondial progresse de près de 3 % l’an, un doublement tous les 23 ans environ, une impossibilité majeure alors qu’on puise déjà dans notre capital naturel (cf. calcul de l’empreinte écologique). Rappelons que la bourse n’a presque plus rien à voir avec la valeur réelle des entreprises, c’est un jeu d’argent comme cela se pratique dans un casino. Rappelons-nous l’amoncellement des dettes avant le krach boursier de 1929 dont on n’est sorti que « grâce » à une guerre mondiale. Le boursicoteur pense à très court terme, la planète nous attend au tournant, elle a le temps ! Quelques précisions :

Aujourd’hui c’est l’euphorie, Wall Street vit le plus long cycle de hausse de son histoire, les banques centrales ont réduit artificiellement les charges d’intérêt de la dette avec les taux bas, on est en plein « paradoxe de la tranquillité ». Ce moment théorisé par Hyman Minsky, où il suffirait d’un choc sur la croissance ou sur les taux pour que tous les problèmes se révèlent. Depuis la crise des subprimes de 2008, les entreprises et des Etats ont largement profité des très bas leurs taux directeurs et multiplié les liquidités comme les petits pains.Les bulles spéculatives gonflent, l’écart entre l’économie réelle et la valorisation des actifs s’approfondit. Un ralentissement économique s’annonce dans presque tous les pays, les tendances au protectionnisme se multiplient et vont enrayer le commerce mondial, moteur de la croissance, les investisseurs ne savent plus où investir. Le succès des prêts à effet de levier (accordés à des entreprises très endettées) depuis cinq ans aux Etats-Unis illustre l’évolution vers les actifs plus risqués. Résultat : l’endettement mondial a augmenté d’environ 50 % depuis dix ans. La dette totale (publique et privée) mondiale représente aujourd’hui 234 % du PIB, contre 208 % en 2008. Qui pourra rembourser cette dette, personne. La mathématisation extrême de la finance, bardée d’instruments informatiques de trading à haute fréquence (des centaines d’ordres passés par un unique opérateur en l’espace d’une fraction de seconde), a rendu les marchés fondamentalement instables et volatils. Ils ont perdu toute faculté à délivrer la moindre information sur l’état du monde réel. Le battement des ailes d’un papillon à l’autre bout du monde peut alors entraîner un affolement général. Ce sera le krach boursier qui remettra les pendules à l’heure, mais l’activité des entreprises s’en ressentira durement, le chômage explosera.

Un bon financier est avant tout un bon écologiste, sinon il nous mène directement au krach boursier. L’écologie s’interroge sur les équilibres durables, la gestion du long terme. Jamais l’argent gagné au détriment de la Biosphère ne pourra rendre son équilibre aux écosystèmes. Le cours de la bourse donné chaque jour à la radio comme prémices des informations qui comptent est un culte à l’argent pour l’argent, peu importe la santé réelle de nos économie. On doit interdire les mécanismes boursiers puisqu’ils nous mènent au désastre.

Même Gabart et Pesquet sont inquiets !

Thomas Pesquet, l’astronaute : Arrivé dans l’espace, j’ai compris la finitude de la planète. Là-haut, il n’y a rien. La Terre est une petite oasis dans un désert à perte de vue. Le seul choix de survie que l’on ait, c’est de rester dans l’oasis. Je n’aime pas les messages comme « on va coloniser la planète Mars », cela me fait bondir. Car les gens se disent « ce n’est pas grave, on aura une autre planète ». Technologiquement, ce n’est pas vrai.

François Gabart , le marin du tour du monde : Quand on vit sur un bateau, on écoute la nature, on joue avec les éléments, le vent, la mer. On vit aussi dans un système isolé, comme dans une station spatiale. On doit produire son énergie, on consomme son eau de manière limitée, on économise, on fait attention aux déchets. On comprend la notion de système fermé. Je conseillerais à chacun de faire cette expérience.

Thomas Pesquet : L’être humain ne peut vraiment saisir que ce qui est à sa portée.On comprend le changement mais il ne crée pas de peur. Il y a une inquiétude, mais pas de peur physique. Cela nous dépasse.

François Gabart : Il y a une différence entre le fait de concevoir le changement climatique, de le penser, de l’intellectualiser et celui de le vivre émotionnellement. Malheureusement, on n’agit que quand on est dans l’émotionnel. C’est à partir de là que l’on changera radicalement notre façon de vivre.

Thomas Pesquet : Tout le monde se regarde en chien de faïence, attendant que les autres agissent. Or il n’y aura pas de coup de baguette magique, de solution technologique pour sauver la planète. Certains essayent de vendre cela, mais ce n’est pas vrai.

François Gabart : Est-ce trop tard ? Personne ne peut le dire, mais quoi qu’il en soit, agissons, on verra bien après.

Thomas Pesquet : Il faut vraiment changer nos comportements, accepter de vivre autrement, que les gens soient prêts à renoncer à une partie de leur confort. Bizarrement, tout le monde veut sauver la planète, mais quand il s’agit de passer à l’action, on attend que cela vienne de la sphère politique, des constructeurs de voitures…

François Gabart : N’attendons pas que tout le monde agisse de la même façon, mais agissons même si le voisin ne le fait pas.

Thomas Pesquet : L’activité humaine, par définition, consomme des ressources. La meilleure manière de limiter notre impact sur la nature serait que l’on soit moins nombreux, mais on ne va pas arrêter de faire des enfants.

Source : LE MONDE du 6 juillet 2019, François Gabart et Thomas Pesquet : « Il n’y aura pas de coup de baguette magique pour sauver la planète »

Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

Ingrid Verleye fait partie des « anciens » du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion (né en 2018). En parcourant un texte de Cochet qui prédisait un effondrement des systèmes politiques, une rupture de l’approvisionnement alimentaire, des guerres, des famines et des morts, Ingrid a eu « un fulgurant déclic ». Elle était jusqu’alors convaincue que la technique aurait le temps d’évoluer, que le développement durable s’inventerait dans le bureau des ingénieurs. « D’un coup, j’ai compris que c’était trop tard … Je me suis demandé comment on allait s’en sortir, ce qu’il fallait faire. J’ai même pensé organiser un truc survivaliste à la campagne ». Elle a trouvé dans Extinction Rebellion plus qu’une réponse à son angoisse écologique. Le mouvement, « horizontal et décentralisé », lui semble être une réponse aux défis démocratiques de l’avenir. « On voit qu’on est capable de monter des actions qui fonctionnent sans organisation hiérarchique, c’est une manière de réinventer la prise de décision ».

Elle a expliqué à ses deux enfants de 13 et 16 ans qu’il faudrait sans doute « apprendre à travailler avec ses mains » pour l’avenir. Elle a prévu un voyage en avion pour le mois d’août, mais « ce sera sûrement le dernier ». Elle ne peut pas non plus se passer de supermarchés, même si elle cherche à les contourner grâce à son jardin potager et aux circuits courts. « Les petits gestes individuels sont importants mais ce n’est pas ce qui sauvera la planète. C’est tout le système économique industriel fondé sur l’hyperconsommation qui doit changer pour qu’on puisse tous transformer notre mode de vie, c’est pour ça que je milite. »

Et si l’effondrement tant redouté n’arrivait jamais ? « Je sais juste que je ne pourrai pas me regarder dans une glace à l’avenir si je ne fais rien aujourd’hui. » Armée de son drapeau jaune avec le symbole d’XR, un sablier dans un cercle représentant la Terre, elle scande« Sur le pont, rébellion ! » Ce vendredi-là, l’action du pont de Sully a tourné court : les CRS ont délogé les militants en une heure et demie, à grand renfort de gaz lacrymogène. Mais l’objectif est plus lointain : la « semaine internationale de la rébellion » aura lieu à Paris en octobre. Ingrid, en tout cas, a déjà réservé sa semaine.

LM du 4 juillet 2019, Ingrid Verleye, la militante d’Extinction Rebellion pour qui la catastrophe écologique est devenue une obsession

Nicolas Hulot, son engagement écolo

Ce livre* est un hommage qui se veut le plus objectif possible de l’action permanente, depuis quelques décennies, de Nicolas Hulot en faveur de la cause écologique. Son diagnostic devrait être partagé par tous : « Les sommets sur le climat se succèdent, les conférences sur l’état de la planète se multiplient, nous croulons sous l’avalanche de rapports plus alarmants les uns que les autres. Et l’on se rassure avec une multitude de déclarations d’intention et de bonnes résolutions. Si la prise de conscience progresse, sa traduction concrète est dérisoire face à l’accélération des phénomènes que nous sommes censés juguler. Nous sommes technologiquement époustouflants, culturellement affligeants. Nous assistons en spectateurs informés à la marche vers la catastrophe globale. [Osons, plaidoyer d’un homme libre de Nicolas Hulot – Les liens qui libèrent, octobre 2015] »

Pour essayer d’éviter la catastrophe, Nicolas Hulot a fait tout au cours de sa vie le maximum de ce qu’il était possible de faire dans différentes instances, la télévision avec Ushuaïa, la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), les élections où il est intervenu directement ou indirectement, et maintenant un poste de ministre d’État pendant plus d’un an à l’heure où j’écris ces lignes. Jamais un écologiste n’a été aussi loin que lui pour politiser les écologistes et écologiser les politiques, y compris au plus haut niveau de l’Etat. Il a conseillé les présidents de la république Chirac, Sarkozy, Hollande. Son choix de toujours était cornélien : faut-il s’opposer par avance à des décisions qui ne sont pas encore prises ou agir pour réorienter la politique dans le bon sens ? Sa réponse constante est sans ambiguïté, il s’est même engagé directement au niveau politique. Lors de la présidentielle 2007, il a fait signer par tous les principaux candidats la « Charte de l’écologie ». Candidat à la présidentielle de 2012, il a échoué au sein de la primaire d’EELV à cause de l’imbécillité gauchisante des partisans de l’écologie institutionnalisée. Mais il est devenu envoyé spécial pour la planète de François Hollande. Il a obtenu avec Emmanuel Macron le titre de ministre de la transition écologique et solidaire.

Cet essai devrait permettre de mieux comprendre la difficulté de l’engagement écologique et la complexité de l’exercice du pouvoir politique. Lors de la présidentielle 2017, Nicolas Hulot a mesuré personnellement le vertige du pouvoir, dans un contexte où l’éclatement des partis traditionnels avait donné leurs chances à des candidats nouveaux sur la scène politique. Il pouvait peut-être parvenir au second tour devant le FN de Marine Le Pen et les Insoumis de Mélenchon s’il était resté candidat. Il a renoncé au dernier moment, il pensait avoir trop à perdre, lui et sa famille, dans la lutte pour le pouvoir. (à suivre)

* Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

A commander de préférence chez votre libraire de proximité ou par défaut Amazon, Cultura, La Procure, etc

CLIMAT, coup de chalumeau dans les vignes

Je suis vigneronne. Je n’écris pas en qualité de vigneronne. Je n’écris pas non plus en qualité de vigneronne victime d’une calamité agricole, d’une catastrophe naturelle ou d’un accident climatique. Ce qui s’est produit dans les vignes du Gard et de l’Hérault vendredi 29 juin, est d’une tout autre nature, d’un tout ordre, ou plus exactement d’un tout autre désordre. J’écris en qualité de témoin du changement climatique à l’œuvre, qui est en fait un bouleversement, qui ne concerne pas ici des vignerons, là des arboriculteurs, hier des pêcheurs, demain des Parisiens asphyxiés, mais bien tous, citadins ou ruraux, habitants du Sud comme du Nord, de l’Ouest, ou de l’Est. J’écris en qualité d’hôte de la terre. Nous sommes chacun, individuellement, interdépendants les uns des autres. 

J’étais vendredi matin dans les vignes pour faire un tour d’inspection des troupes et ramasser des abricots dans la haie de fruitiers que j’ai plantée en 2010 entre les terret et les cinsault. Il faisait déjà très chaud, je suis rentrée au frais. A 18 heures, Laurent, mon voisin de vignes avec qui je fais de l’entraide, m’appelle : 

Là-haut à Pioch Long, les syrah sont brûlées.

Comment ça brûlées ? 

Oui, brûlées, les feuilles, les raisins, comme si on les avait passé au chalumeau. 

J’ai pris ma voiture, et je suis allée dans les vignes. Quand j’ai vu à La Carbonelle, les grenaches, feuilles et grappes brûlées, grillées, par zones, sur la pente du coteau exposée sud-ouest, je n’ai pas pensé à la perte de la récolte. J’ai vu que certaines étaient mortes, que d’autres ne survivraient pas. Il faisait encore très très chaud et j’ai été parcourue de frissons. La pensée m’a traversée que c’était là l’annonce de la fin de l’ère climatique que nous connaissons, la manifestation de la limite de l’hospitalité de la terre. Puis je suis passée sur le plateau de Saint-Christol, là où depuis le XIIème siècle l’homme a planté des vignes pour qu’elles bénéficient pleinement des bienfaits du soleil et du vent. Et là, à droite, à gauche, j’ai vu des parcelles de vignes brûlées, grillées dans leur quasi totalité. Il y aura des voix, celles des porte-parole des vignerons, chambre d’agriculture, représentants des AOC, et c’est leur rôle, pour évaluer les pertes de récolte, la mortalité des ceps, et demander des indemnisations.  Il y aura les voix invalidantes de la culpabilité, celle des gestes que l’on a faits dans la vigne les jours précédents et que l’on n’aurait peut-être pas dû faire, ou ceux que l’on n’a pas faits et que l’on aurait dû faire. Et si j’aurais su…. A ceux-là, je réponds, les si n’aiment pas les rais. Il y aura des voix pour dire qu’à cela ne tienne, on va généraliser l’irrigation, et si cela ne suffit pas, eh bien on plantera des vignes, plus haut dans le Nord, ailleurs. Peut-être même y en aura-t-il pour s’en réjouir. A ceux-là, je réponds qu’ils sont, au mieux des autruches, au pire des cyniques absolus et immoraux, dans les deux cas des abrutis aveugles. 

Ce qui s’est produit ce vendredi 29 juin dans les vignes du Midi, est un avertissement, un carton rouge. Ce n’est pas seulement les conséquences d’un phénomène caniculaire isolé doublé d’un vent brûlant, mais la résultante de trois années successives de stress hydrique causé par des chaleurs intenses et de longues périodes de sécheresse qui, année après année, comme nous prenons chaque année des rides, ont affaibli les vignes, touchant ce vendredi 29 juin, celles qui étaient plantées dans ce qui était jusqu’alors considéré comme les meilleurs terroirs. Ce qui s’est passé le 29 juin, dit que l’ordre des choses s’est littéralement inversé. Le vent et soleil ne sont plus des alliés de l’homme. La solution de l’irrigation est la prolongation d’un défi prométhéen. On se souviendra qu’il lui arrive quelques bricoles à Prométhée. Cela dit aussi que le changement va plus vite que la science agronomique et ses recherches appliquées, cela nous précipite dans un inconnu. Il nous faut radicalement changer notre rapport à la terre, ne plus nous en considérer comme des maîtres, mais des hôtes, que l’on soit paysan ou citadin. 

Ceux qui voudraient circonscrire le phénomène à la viticulture se dupent aussi. La vigne nous accompagne, sur notre territoire, depuis plus de deux millénaires,  et l’homme depuis plus de 6 000 ans. Sa culture est tout à la fois un pilier et un symbole de notre civilisation. Si la vigne n’a plus sa place dans le Midi, l’homme ne l’aura pas davantage car le soleil et le vent seront brûlure sur sa peau. Nous, vignerons, devons en tout premier lieu renouer avec la dimension métaphysique de notre lien à la terre et alors, nous pourrons changer radicalement nos pratiques.  Mais l’œuvre elle-même est vaine si par ailleurs, nous, vous, moi continuons à prendre l’avion comme nous allons promener le chien, goûtons aux fruits exotiques comme si on les cueillait sur l’arbre, mettons la capsule dans la machine à café comme un timbre sur une lettre, ainsi de suite. Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation elle-même est menacée. Le coup de chalumeau dans les vignes du Midi n’est pas une calamité agricole. Les abeilles l’ont aussi dit, avant la vigne. Mais nous ne les avons pas entendues.

Catherine Bernard, vigneronne dans l’Hérault

pour mieux connaître Nicolas Hulot

J’ai lu avec attention l’autobiographie de Gandhi et la biographie de René Dumont. L’exemplarité de certains constitue ma référence et notre patrimoine commun. J’ai suivi avec assiduité depuis de nombreuses années les faits et les gestes de Nicolas Hulot. Je sais (presque) tout de lui, c’est un personnage public, c’est devenu une référence. Il mérite d’être connu, c’est l’objectif de ce livre*. Pour donner une validité spécifique à cette biographie non autorisée de Nicolas, je me suis appuyé directement sur une masse d’informations. Ce livre est pour ainsi dire une (auto)biographie recomposée, un recueil de citations mis en forme, un répertoire d’actions accomplies publiquement, un puzzle passionnément assemblé. L’ensemble relève cependant de ma seule responsabilité puisque c’est sous ma propre initiative que j’ai retracé ce qu’a dit ou fait Nicolas. Le résultat global me paraît digne d’être médité.

Nous les humains nous aimons les histoires, nous aimons suivre l’idole du moment ou le héros d’une série policière. Dans le domaine de l’engagement militant au service de la cause écologique, nous avons malheureusement peu d’histoires à raconter. Nicolas Hulot pourrait devenir un modèle à suivre et soutenir, peut-être même une personnalité à laquelle s’identifier. Tel est l’enjeu de ce livre, raconter une histoire vraie qui ne se termine pas toujours très bien. Mais au moins Nicolas aura essayé de « sauver la planète » à son échelle, y compris en tant que ministre de la transition écologique et solidaire.

Nicolas Hulot lit beaucoup et il fait partager ses lectures. Dans ses voyages au long cours, il emportait les livres de Boris Cyrulnik, Théodore Monod, Hubert Reeves, Pierre Rabhi, Francis Hallé et bien d’autres. Pour une émission d’Ushuaïa, il avait annoté pas moins de huit ouvrages sur l’évolution, de Darwin à Mendel. Pourtant Nicolas a été beaucoup attaqué par une certaine frange de personnes qui se contentent d’une approche superficielle de « l’hélicologiste vendeur de shampoing ». Nous sommes une époque où le bashing fait rage. Le bashing (mot qui désigne le fait d’infliger une raclée) est un anglicisme utilisé pour décrire la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement un individu ou une thématique. Cette confrontation virtuelle est favorisée par l’informatisation de la communication et l’exacerbation des individualités. Chercher toujours la faille d’une personne est contre-productif, chacun de nous a ses défauts et ses qualités. C’est trop facile aujourd’hui de critiquer une personne en étant assis confortablement devant son clavier d’ordinateur. Ce qui est difficile, c’est de la regarder avec bienveillance, sans la condamner a priori sous tel ou tel prétexte. Ce qui est difficile, c’est de faire l’effort de comprendre autrui au plus profond de ses actes. Ce livre veut mettre en lumière ce qui élève l’homme. Nicolas a été confronté à la brûlure du pouvoir, la tension permanente qui existe entre des idées généreuses au niveau écologique et des actes englués dans les rapports de force socio-politiques. Mais il a quand même essayé de faire passer ses idées en actes. (à suivre)

* Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

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