écologie appliquée

Nicolas Hulot, son engagement écolo

Ce livre* est un hommage qui se veut le plus objectif possible de l’action permanente, depuis quelques décennies, de Nicolas Hulot en faveur de la cause écologique. Son diagnostic devrait être partagé par tous : « Les sommets sur le climat se succèdent, les conférences sur l’état de la planète se multiplient, nous croulons sous l’avalanche de rapports plus alarmants les uns que les autres. Et l’on se rassure avec une multitude de déclarations d’intention et de bonnes résolutions. Si la prise de conscience progresse, sa traduction concrète est dérisoire face à l’accélération des phénomènes que nous sommes censés juguler. Nous sommes technologiquement époustouflants, culturellement affligeants. Nous assistons en spectateurs informés à la marche vers la catastrophe globale. [Osons, plaidoyer d’un homme libre de Nicolas Hulot – Les liens qui libèrent, octobre 2015] »

Pour essayer d’éviter la catastrophe, Nicolas Hulot a fait tout au cours de sa vie le maximum de ce qu’il était possible de faire dans différentes instances, la télévision avec Ushuaïa, la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), les élections où il est intervenu directement ou indirectement, et maintenant un poste de ministre d’État pendant plus d’un an à l’heure où j’écris ces lignes. Jamais un écologiste n’a été aussi loin que lui pour politiser les écologistes et écologiser les politiques, y compris au plus haut niveau de l’Etat. Il a conseillé les présidents de la république Chirac, Sarkozy, Hollande. Son choix de toujours était cornélien : faut-il s’opposer par avance à des décisions qui ne sont pas encore prises ou agir pour réorienter la politique dans le bon sens ? Sa réponse constante est sans ambiguïté, il s’est même engagé directement au niveau politique. Lors de la présidentielle 2007, il a fait signer par tous les principaux candidats la « Charte de l’écologie ». Candidat à la présidentielle de 2012, il a échoué au sein de la primaire d’EELV à cause de l’imbécillité gauchisante des partisans de l’écologie institutionnalisée. Mais il est devenu envoyé spécial pour la planète de François Hollande. Il a obtenu avec Emmanuel Macron le titre de ministre de la transition écologique et solidaire.

Cet essai devrait permettre de mieux comprendre la difficulté de l’engagement écologique et la complexité de l’exercice du pouvoir politique. Lors de la présidentielle 2017, Nicolas Hulot a mesuré personnellement le vertige du pouvoir, dans un contexte où l’éclatement des partis traditionnels avait donné leurs chances à des candidats nouveaux sur la scène politique. Il pouvait peut-être parvenir au second tour devant le FN de Marine Le Pen et les Insoumis de Mélenchon s’il était resté candidat. Il a renoncé au dernier moment, il pensait avoir trop à perdre, lui et sa famille, dans la lutte pour le pouvoir. (à suivre)

* Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

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CLIMAT, coup de chalumeau dans les vignes

Je suis vigneronne. Je n’écris pas en qualité de vigneronne. Je n’écris pas non plus en qualité de vigneronne victime d’une calamité agricole, d’une catastrophe naturelle ou d’un accident climatique. Ce qui s’est produit dans les vignes du Gard et de l’Hérault vendredi 29 juin, est d’une tout autre nature, d’un tout ordre, ou plus exactement d’un tout autre désordre. J’écris en qualité de témoin du changement climatique à l’œuvre, qui est en fait un bouleversement, qui ne concerne pas ici des vignerons, là des arboriculteurs, hier des pêcheurs, demain des Parisiens asphyxiés, mais bien tous, citadins ou ruraux, habitants du Sud comme du Nord, de l’Ouest, ou de l’Est. J’écris en qualité d’hôte de la terre. Nous sommes chacun, individuellement, interdépendants les uns des autres. 

J’étais vendredi matin dans les vignes pour faire un tour d’inspection des troupes et ramasser des abricots dans la haie de fruitiers que j’ai plantée en 2010 entre les terret et les cinsault. Il faisait déjà très chaud, je suis rentrée au frais. A 18 heures, Laurent, mon voisin de vignes avec qui je fais de l’entraide, m’appelle : 

Là-haut à Pioch Long, les syrah sont brûlées.

Comment ça brûlées ? 

Oui, brûlées, les feuilles, les raisins, comme si on les avait passé au chalumeau. 

J’ai pris ma voiture, et je suis allée dans les vignes. Quand j’ai vu à La Carbonelle, les grenaches, feuilles et grappes brûlées, grillées, par zones, sur la pente du coteau exposée sud-ouest, je n’ai pas pensé à la perte de la récolte. J’ai vu que certaines étaient mortes, que d’autres ne survivraient pas. Il faisait encore très très chaud et j’ai été parcourue de frissons. La pensée m’a traversée que c’était là l’annonce de la fin de l’ère climatique que nous connaissons, la manifestation de la limite de l’hospitalité de la terre. Puis je suis passée sur le plateau de Saint-Christol, là où depuis le XIIème siècle l’homme a planté des vignes pour qu’elles bénéficient pleinement des bienfaits du soleil et du vent. Et là, à droite, à gauche, j’ai vu des parcelles de vignes brûlées, grillées dans leur quasi totalité. Il y aura des voix, celles des porte-parole des vignerons, chambre d’agriculture, représentants des AOC, et c’est leur rôle, pour évaluer les pertes de récolte, la mortalité des ceps, et demander des indemnisations.  Il y aura les voix invalidantes de la culpabilité, celle des gestes que l’on a faits dans la vigne les jours précédents et que l’on n’aurait peut-être pas dû faire, ou ceux que l’on n’a pas faits et que l’on aurait dû faire. Et si j’aurais su…. A ceux-là, je réponds, les si n’aiment pas les rais. Il y aura des voix pour dire qu’à cela ne tienne, on va généraliser l’irrigation, et si cela ne suffit pas, eh bien on plantera des vignes, plus haut dans le Nord, ailleurs. Peut-être même y en aura-t-il pour s’en réjouir. A ceux-là, je réponds qu’ils sont, au mieux des autruches, au pire des cyniques absolus et immoraux, dans les deux cas des abrutis aveugles. 

Ce qui s’est produit ce vendredi 29 juin dans les vignes du Midi, est un avertissement, un carton rouge. Ce n’est pas seulement les conséquences d’un phénomène caniculaire isolé doublé d’un vent brûlant, mais la résultante de trois années successives de stress hydrique causé par des chaleurs intenses et de longues périodes de sécheresse qui, année après année, comme nous prenons chaque année des rides, ont affaibli les vignes, touchant ce vendredi 29 juin, celles qui étaient plantées dans ce qui était jusqu’alors considéré comme les meilleurs terroirs. Ce qui s’est passé le 29 juin, dit que l’ordre des choses s’est littéralement inversé. Le vent et soleil ne sont plus des alliés de l’homme. La solution de l’irrigation est la prolongation d’un défi prométhéen. On se souviendra qu’il lui arrive quelques bricoles à Prométhée. Cela dit aussi que le changement va plus vite que la science agronomique et ses recherches appliquées, cela nous précipite dans un inconnu. Il nous faut radicalement changer notre rapport à la terre, ne plus nous en considérer comme des maîtres, mais des hôtes, que l’on soit paysan ou citadin. 

Ceux qui voudraient circonscrire le phénomène à la viticulture se dupent aussi. La vigne nous accompagne, sur notre territoire, depuis plus de deux millénaires,  et l’homme depuis plus de 6 000 ans. Sa culture est tout à la fois un pilier et un symbole de notre civilisation. Si la vigne n’a plus sa place dans le Midi, l’homme ne l’aura pas davantage car le soleil et le vent seront brûlure sur sa peau. Nous, vignerons, devons en tout premier lieu renouer avec la dimension métaphysique de notre lien à la terre et alors, nous pourrons changer radicalement nos pratiques.  Mais l’œuvre elle-même est vaine si par ailleurs, nous, vous, moi continuons à prendre l’avion comme nous allons promener le chien, goûtons aux fruits exotiques comme si on les cueillait sur l’arbre, mettons la capsule dans la machine à café comme un timbre sur une lettre, ainsi de suite. Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation elle-même est menacée. Le coup de chalumeau dans les vignes du Midi n’est pas une calamité agricole. Les abeilles l’ont aussi dit, avant la vigne. Mais nous ne les avons pas entendues.

Catherine Bernard, vigneronne dans l’Hérault

pour mieux connaître Nicolas Hulot

J’ai lu avec attention l’autobiographie de Gandhi et la biographie de René Dumont. L’exemplarité de certains constitue ma référence et notre patrimoine commun. J’ai suivi avec assiduité depuis de nombreuses années les faits et les gestes de Nicolas Hulot. Je sais (presque) tout de lui, c’est un personnage public, c’est devenu une référence. Il mérite d’être connu, c’est l’objectif de ce livre*. Pour donner une validité spécifique à cette biographie non autorisée de Nicolas, je me suis appuyé directement sur une masse d’informations. Ce livre est pour ainsi dire une (auto)biographie recomposée, un recueil de citations mis en forme, un répertoire d’actions accomplies publiquement, un puzzle passionnément assemblé. L’ensemble relève cependant de ma seule responsabilité puisque c’est sous ma propre initiative que j’ai retracé ce qu’a dit ou fait Nicolas. Le résultat global me paraît digne d’être médité.

Nous les humains nous aimons les histoires, nous aimons suivre l’idole du moment ou le héros d’une série policière. Dans le domaine de l’engagement militant au service de la cause écologique, nous avons malheureusement peu d’histoires à raconter. Nicolas Hulot pourrait devenir un modèle à suivre et soutenir, peut-être même une personnalité à laquelle s’identifier. Tel est l’enjeu de ce livre, raconter une histoire vraie qui ne se termine pas toujours très bien. Mais au moins Nicolas aura essayé de « sauver la planète » à son échelle, y compris en tant que ministre de la transition écologique et solidaire.

Nicolas Hulot lit beaucoup et il fait partager ses lectures. Dans ses voyages au long cours, il emportait les livres de Boris Cyrulnik, Théodore Monod, Hubert Reeves, Pierre Rabhi, Francis Hallé et bien d’autres. Pour une émission d’Ushuaïa, il avait annoté pas moins de huit ouvrages sur l’évolution, de Darwin à Mendel. Pourtant Nicolas a été beaucoup attaqué par une certaine frange de personnes qui se contentent d’une approche superficielle de « l’hélicologiste vendeur de shampoing ». Nous sommes une époque où le bashing fait rage. Le bashing (mot qui désigne le fait d’infliger une raclée) est un anglicisme utilisé pour décrire la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement un individu ou une thématique. Cette confrontation virtuelle est favorisée par l’informatisation de la communication et l’exacerbation des individualités. Chercher toujours la faille d’une personne est contre-productif, chacun de nous a ses défauts et ses qualités. C’est trop facile aujourd’hui de critiquer une personne en étant assis confortablement devant son clavier d’ordinateur. Ce qui est difficile, c’est de la regarder avec bienveillance, sans la condamner a priori sous tel ou tel prétexte. Ce qui est difficile, c’est de faire l’effort de comprendre autrui au plus profond de ses actes. Ce livre veut mettre en lumière ce qui élève l’homme. Nicolas a été confronté à la brûlure du pouvoir, la tension permanente qui existe entre des idées généreuses au niveau écologique et des actes englués dans les rapports de force socio-politiques. Mais il a quand même essayé de faire passer ses idées en actes. (à suivre)

* Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

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Biosphere-Info, l’écologie politique en SES

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Dans BIOSPHERE-INFO ce mois-ci, nous faisons le point sur l’enseignement de SES (sciences économiques et sociales) que nous aimerions voir s’intituler PAD « préparation à un avenir durable », en d’autres termes « écologie scientifique et politique », ou plus simplement « écologie politique ». Le premier auteur à avoir employé l’expression « écologie politique » semble avoir été Bertrand de Jouvenel en 1957 lors d’une conférence : « l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique ».

1/5) l’avenir des SES, devenir écologie scientifique et politique (ESP)

L’éducation à l’écologie manque cruellement pendant la vie scolaire. Voici par exemple le point de vue de la climatologue Valérie Masson-Delmotte : « Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée. »

Les SES souffrent de trois défauts structurels. Le premier est de séparer trop ostensiblement enseignement économique et sociologique, ce qui recrée une spécialisation interne dommageable à l’apprentissage d’une perspective globale par les lycéens. Le deuxième est de ne considérer textuellement que l’économique et le social, oubliant l’importance de l’écologie dans un monde dont on a outrepassé les limites. Enfin, ces dernières années, l’orientation des SES était croissanciste, occultant le fait que l’activité économique est non seulement cyclique, mais proche d’un cataclysme civilisationnel. En l’absence de pétrole, on connaîtra une récession brutale par effondrement du PIB. En brûlant encore plus de pétrole, les perturbations climatiques deviendront insupportables.

Rêvons à une profonde mutation des SES qui appliquerait les propos  de Bertrand de Jouvenel (Arcadie, essai sur le mieux vivre, 1968) : « J.B. Say avait raison de noter qu’Adam Smith s’égare lorsqu’il attribue une influence gigantesque à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature (…) Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature (…) L’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. »

2/5) Origine et évolution des SES

Rappelons que l’enseignement des sciences économiques et sociales est né en 1965 pour les secondes, avec un programme plutôt « techniques économiques ». En juin 1968 c’est le premier bac B, ancêtre du bac ES. Le baccalauréat « B » devient réellement économique et social à compter de la session 1969. Ce bac pouvait déboucher au niveau universitaire sur des études de sciences économiques, de sociologie, de droit, de science politique, d’administration économique et sociale, de gestion, d’histoire et géographie, etc. Il s’agissait donc d’une filière transdisciplinaire qui devait dynamiter les corporatismes des enseignants, chacun étant recroquevillé derrière sa « discipline ». C’était révolutionnaire. Apprendre aux lycéens à penser globalement, connaître Marx et Malthus, mélanger allègrement l’économique et le social, étudier les idéologies dominantes et pouvoir en débattre avec les élèves, tout cela était insupportable pour l’oligarchie dominante qui a tenté d’éliminer plusieurs fois la filière SES ; par exemple en essayant de la noyer dans l’histoire-géo ou la gestion économique (cf.notre annexe). Les épreuves du premier Capes de Sciences Economiques et Sociales sont passées en décembre 1969.

La création de ce bac, qui s’ajoutait aux bac philosophie, mathématique et sciences expérimentales, fut le fruit d’une longue controverse entre des normaliens ouverts sur les réalités globales du monde contemporain et les Inspecteurs Généraux de l’Enseignement Technique. On peut en résumer ainsi la finalité : « Conduire à l’intelligence des économies et sociétés d’aujourd’hui et intégrer cette acquisition à la formation générale des élèves. » Il est donc normal que cette matière évolue en même temps que la société. Le programme était centré à l’origine sur un monde séparé en trois blocs, les pays capitalistes développés, les pays socialistes et les pays du  Tiers Monde. Le choc pétrolier de 1973 a introduit un chapitre sur « la crise ». Ce qui fait que le programme est devenu au début des années 1980 « étude de la croissance et des crises tant dans les pays industrialisés que dans les économies socialistes et le Tiers Monde ». Avec le contre-choc pétrolier de 1986, le ton devient plus neutre en 1987 : « Les transformations économiques et sociales. » Le Tiers Monde devient comme par magie « pays en voie de développement ». Mais le terme croissance n’apparaît pas, sauf dans la dénomination « croissance des entreprises ». On s’en tient encore aux crises, leurs différents aspects, les politiques de lutte contre la crise. C’est seulement en 1995-1996 qu’il y a un premier basculement. Un pan du programme s’intitule « les facteurs économiques de la croissance et du développement, mais on conserve encore un chapitre « Crises, régulation et dynamique du développement ».

C’est en 1999 que la notion de crise disparaît avec un nouveau programme restructuré autour de ce questionnement économique : Travail et emploi… Investissement, capital et progrès technique… Ouverture internationale et mondialisation. On s’interroge sur les relations entre croissance, développement et changement social, exit l’existence possible d’une crise. On a complètement oublié qu’en 1972 un rapport bien documenté avait statistiquement démontré les limites de la croissance. Vingt ans après, en 2003, le tiers du programme est consacré à l’accumulation du capital et l’organisation du travail en lien bien sûr avec la croissance économique. Dans l’index des manuels, le mot crise n’apparaît plus, sauf sous des forme particulières comme « crise de l’Etat-providence ». La notion de cycle économique a aussi disparu corps et bien alors que c’était autrefois un élément fondamental de l’enseignement. Les sujets de bac sont tous centrés sur la notion de croissance. C’est pourquoi le programme en application pour 2012-2013 constituait un véritable bouleversement. La partie Sciences économiques s’intitule « Croissance, fluctuations et crise ». Après « les sources de la croissance », on s’interroge « Comment expliquer l’instabilité de la croissance ». Les notions de dépression et déflation sont explicitement au programme. Dans Economie et développement durable, les deux sous-titres abordent la question écologique : La croissance économique est-elle compatible avec la préservation de l’environnement ? Quels instruments économiques pour la politique climatique ? Un manuel va encore plus loin avec la présentation du courant décroissant… Un autre manuel donne par exemple comme sujet possible de dissertation : « La recherche d’un développement durable implique-t-elle l’arrêt de la croissance ? » Mais cela reste marginal.

3/5) Une matière ouverte devenue discipline

Dans le champ du savoir on assiste à la coexistence entre une science économique unifiée autour de son noyau épistémique (business as usual) et un pullulement d’écoles dans les disciplines sociales. Bien plus grave, les SES sont étroitement délimitées par leur dénomination même. Insister sur les domaines économiques et sociologiques fait oublier le pilier principal de toute réflexion complète : l’écologie, l’environnement, la nature, la biosphère. Les SES occultent le fait que tout ce qui peut circuler entre les humains a déjà une origine naturelle et sera rejeté dans « l’environnement ».

Il s’agissait pour les premiers enseignants, souvent militants, de remettre en question la notion de croissance économique et celle de progrès technique, le rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance et le premier sommet de la Terre datent de 1972. Il s’agit par la suite de déconstruire l’oxymore « développement durable », croissance « verte » ou voiture « propre ». C’est pourquoi les professeurs de SES font normalement de la politique ! Il n’y a jamais neutralité de l’enseignement, il y a toujours un message revendiqué. Pour ou contre, tout enseignement a par définition un objectif politique : il justifie l’existant ou bien il en dévoile les failles. Dans l’optique des programmes officiels, il faudrait s’en tenir à soutenir les structures socio-économiques actuelles. Si les SES ont été à l’origine une matière qui permettait aux élèves de s’affronter au monde moderne et d’en discuter les bases, c’est devenu progressivement une discipline comme les autres, avec ses recettes et ses habitudes, nourrissant un corps de spécialistes imbus de leur spécialité. Autrefois l’inspection recommandait les tables en fer à cheval pour laisser la parole se diffuser dans la classe. Aujourd’hui peu d’enseignants laissent la parole aux élèves. J’ai honte de voir ce qu’on a fait de la matière SES, un exercice soi-disant de réflexion qui a abandonné la nécessité de peser dialectiquement le pour et le contre des faits de société.

Les « sciences » » économiques et sociales sont hors sol. Elles continuent en 2019 de se tourner vers les Trente Glorieuses : croissance et croissance, relance keynésienne ou flexibilité, rien ou presque sur la crise profonde qui ne fait que commencer. Aucune prise en compte d’une planète dévastée  : réchauffement climatique, pic pétrolier, raréfaction des matières premières, stress hydrique, pénurie halieutique, etc. Les articles du « Monde » choisis par Claude Garcia pour décrocher une bonne note en sciences éco ne vont pas aider à résoudre nos multiples problèmes. Nos jeunes qui font la grève du climat en disant qu’aller au lycée ne sert plus à rien vu l’avenir qu’on leur réserve ont de bonnes raisons de manifester.

4/5) L’évolution des sujets de bac

Rappelons qu’on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un bon écologiste. Nous sommes très loin de cette approche aujourd’hui. Voici notre analyse des sujets de l’épreuve SES du bac (20 juin 2019) :

Le sujet de dissertation, « L’école est-elle le seul déterminant de la mobilité sociale ? », reste un sujet de sociologie voulant ignorer les mécanismes de la reproduction sociale. Il n’ouvre certes pas sur la problématique des migrants climatiques et ne dit rien du blocage de l’ascenseur social. Les autres sujets donnent de l’économie une image hors sol. Le sujet de raisonnement de l’épreuve composée fait l’impasse sur les dysfonctionnements flagrants de la mondialisation : « À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les firmes multinationales cherchent à améliorer leur compétitivité par des stratégies de localisation ». Les sujets de spécialité « Economie approfondie » sont de la même manière formulés pour éliminer toute analyse critique.  Sujet A : Comment peut-on expliquer le processus de globalisation financière ? ; Sujet B : Montrez par quelle stratégies les entreprises peuvent exercer un pouvoir de marché. Les « sciences » » économiques et sociales continuent de promouvoir l’idéologie libérale : marché et financiarisation, mondialisation et compétitivité, aucun recul sur un système sans avenir puisque la planète est dévastée.

Rappelons qu’après le premier choc pétrolier de 1973, le bac SES insistait sur les limites de la croissance : « On découvre seulement aujourd’hui que la prospérité de l’Occident était en partie fondée sur l’énergie à bon marché et sur la croyance aveugle que cette situation pourrait durer indéfiniment. Après avoir apprécié les conséquences de la « crise du pétrole » sur la croissance de ces économies, vous montrerez que le problème de l’énergie et des matières premières est de nature à transformer les rapports existants entre les économies développées occidentales et les pays « en voie de développement (Toulouse 1974) ». Ainsi cet autre sujet posé à Rennes en 1975 :  « La poursuite de la croissance, telle que l’ont connue depuis la deuxième guerre mondiale les économies capitalistes développées, semble poser de plus en plus de problèmes. Vous présenterez la crise actuelle et ses mécanismes et vous tenterez de déterminer dans quelle mesure et pour quelles raisons un changement d’orientation parait devoir s’imposer. »

Nous sommes en 2019, nous n’avons écouté aucune des analyses qui nous incitait à modifier notre mode de vie. C’est pourquoi la collapsologie est devenue une expression à la mode…

5/5) Annexe : Depuis sa création au début des années 1970, les SES ont été critiqué

En voici un récapitulatif grâce à notre blog biosphere:

19 août 2018 / un enseignement économique et social (SES) aux ordres

15 avril 2018 / SES, l’avenir de l’écologie passera par le baccalauréat

30 janvier 2017 / L’idéologie du marché, compatible avec l’écologie ?

8 février 2011 / supprimons les SES des programmes scolaires

30 janvier 2010 / enseigner l’écologie ou les SES ?

6 juillet 2008 / quelle objectivité ? (dans les manuels de SES)

4 juillet 2008 / LeMonde contre les SES

18 juin 2008 / le bac SES a 41 ans

13 juillet 2007 / Terminale SES, Parlons ensemble de décroissance !

L’ impossible union des mouvements écolos

Afin d’affronter la « guerre » contre le dérèglement climatique, Nicolas Hulot a appelé à l’unité par-delà les clivages politiques : « Il est urgent d’affronter la réalité climatique, écologique plutôt que de toujours lui tourner le dos. Nous devons absolument nous rassembler, au-delà de toutes nos barrières politiques, religieuses pour changer nos modes de vie. En temps de guerre, on est capable de s’unir sur l’essentiel. Et nous sommes en guerre ! » Le diagnostic est parfait, la réalisation du rassemblement un éternel recommencement, du Front Populaire de 1936 au Programme commun de 1972 ; l’histoire nous apprend à relativiser.

Aujourd’hui on rêve d’Archipel citoyen et de « Big bang ». Plus d’un millier de signataires autour de Clémentine Autain (LFI) et Faucillon (PCF) demandaient un big bang nécessaire pour construire une espérance capable de rassembler et de mobiliser. Ils ont réunis leurs soutiens aujourd’hui 30 juin. En théorie il ne s’agit pas d’« une soupe de logos », mais de chercher une forme d’alliance entre forces associatives, syndicales, politiques, (et en même temps) citoyens lambda. Or sans leader charismatique, ce qu’attend à la fois les médias et le grand public, il n’y aura aucune cristallisation durable. Notre démocratie de masse, avec des millions de concitoyens, fait en sorte qu’on veut donner le pouvoir au peuple, que chaque gilet jaune croyait personnellement incarner le peuple, mais que c’est toujours un populiste individualisé comme Mélenchon, Marine Le Pen ou Macron qui sort du chapeau. La deuxième source d’échec d’un rassemblement des forces écologiques et solidaires est l’étiquette qu’on veut se donner. Par exemple Clémentine Autain (LFI) se réclame de la « gauche écologiste et populaire ». Alexis Corbière (LFI) défend au contraire une ligne « populiste et humaniste » ; il souhaite abandonner la référence au mot « gauche », vide de sens selon lui. Rappelons que pour Nicolas Hulot, l’écologie transcende la dichotomie traditionnelle droite/gauche, il veut rassembler « tous ceux qui ne se résignent pas au déclin conjoint de l’humanité et de la nature », ce qui en d’autres termes concerne tout le monde. Mais nous n’en arriverons à ce consensus commun qu’avec la multiplication des catastrophes socio-écologiques dont la canicule en France n’est qu’un des premiers symptômes. A ce moment-là apparaîtra comme par enchantement un (ou une) leader qui nous entraînera sur la bonne (ou la mauvaise) pente d’un éco-totalitarisme.

En attendant ce moment fatidique, nous croyons sur ce blog biosphere à deux instruments de changement. Le premier, c’est le travail idéologique qui fait progresser l’idée écolo dans les institutions présentes et les imaginaires collectifs. Nous saluons le travail accompli par tous les formateurs à l’écologie, les nombreux sites et blogs dédiés à l’écologie, les auteurs de livres dont les œuvres fournissent souvent un rayon à part entière dans les librairies, les émissions télévisées et vidéos qui montrent de plus en plus souvent la détérioration de notre planète et dénoncent les responsables. Le deuxième est l’action directe des activistes, non violente et incisive, portée par des mouvements comme la grève scolaire pour le climat (une seule personne, de 16 ans seulement, a mis en branle tout un mouvement international) ou le mouvement Extinction Rebellion qui cherche à bloquer symboliquement notre système mortifère. Le fait que quelques militant, occupant le pont de Sully à Paris pour presser le gouvernement d’agir en faveur du climat, aient été évacués de façon musclée par les forces de l’ordre le 28 juin, est un des éléments qui concourent par sa diffusion médiatique au nécessaire changement culturel. Sans oublier ceux qui cherchent à rassembler des communautés de résilience

Nous devons tous se comporter comme en temps de guerre, une guerre pour le climat, pour la biodiversité, pour la sauvegarde de nos sols et de nos forêts, etc. Les actes de résistance précèdent le jour de la Libération.

Nécessité pour la foule, partager un langage commun

« Comment se passent les interactions entre individus dans un groupe ? Prenons l’exemple de la construction d’un bâtiment. Un auto-constructeur prend toutes les décisions seul, en fonction de sa culture et de ses connaissances. Il n’a à se mettre d’accord avec personne… sauf peut être avec sa femme ! Il n’en est pas de même pour une équipe de bâtisseurs. Les regards portés sur la mise en œuvre seront aussi divers et nombreux que le nombre de personnes participant au groupe de travail. Or on ne peut être d’accord que sur ce que l’on partage clairement, sur les idées qui sont communes à tous. Schématiquement, l’entente se fait sur l’intersection des idées des protagonistes. Plus le nombre de personnes ayant à se mettre d’accord sur une décision à prendre est important, plus les points communs à leur réflexion sont réduits.

Exemple : Si 195 personnes sont nécessaires à la construction d’un bâtiment, on voit mal comment, en mettant ces 195 personnes à égalité dans la discussion menant à la prise de décision, on parviendrait à tomber d’accord sur un projet qui satisfasse suffisamment chacune des 195 personnes. Tiens !? Il me semble qu’à la COP 21 à Paris, il y avait 195 pays… quelle coïncidence ! On peut donc dire que les considérations de chaque individu (ou États) ne s’ajoutent pas, au contraire, elles s’annihilent ! Pourtant des immeubles construits par plus de 195 personnes, il y en a beaucoup. Mais ils ne sont jamais le fruit de la volonté d’un si grand nombre de personnes. C’est là qu’on retrouve la structure pyramidale habituelle de la société… avec un « chef » architecte qui décide en définitive tout seul, comme notre auto-constructeur. Souvenons-nous : L’homme est un animal de petit groupe, de clan, de tribu. Alors oui : lorsqu’il s’agit de réfléchir en petit groupe, au niveau de son clan, POUR SON CLAN, les hommes qui composent ce clan, sont capables d’aboutir à une réflexion commune, un consensus comme l’ont fait notre auto-constructeur et sa femme. Mais au niveau mondial, les compétences dans la réflexion s’annulent (accord COP 21 pudiquement appelé « a minima » ). En d’autres termes : 8 milliard de personnes, cela fait une capacité d’action qui tend vers l’infini. 8 milliard de personnes, cela fait une capacité de réflexion qui tend vers zéro. Ou encore : L’humanité a la capacité physique de se détruire. L’humanité est dans l’incapacité de maîtriser politiquement cette capacité physique. »

De cette démonstration menée par Lucie Forêt  (pourquoi ça ne marche pas, ou les 3 paradoxes), nous retenons l’idée qu’un consensus entre personnes multiples ne peut aboutir que s’il y a à la base un langage commun, « des idées qui sont communes à tous ». Sur notre blog biosphere, nous essayons justement de promouvoir le point de vue des écologistes comme éléments de langage commun aux protecteurs de la Terre-mère. Nous proposons par exemple de nous retrouver collectivement autour d’un certain nombre de thèmes bien analysés sur notre blog : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (et biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). D’accord ?

CLIMAT, Greta Thunberg s’explique

Greta Thunberg explique la genèse de son projet « #grevepourleclimat » à tous ceux qui ont déversé rumeurs et haine à son encontre. Extraits :

«  En mai 2018, j’ai figuré parmi les gagnants d’un concours d’articles concernant l’environnement. A cette occasion, j’ai eu plusieurs rendez-vous téléphoniques avec des activistes. Bo Thorén de Fossil Free Dasland a émis le projet assez vague de grève de l’école. C’était inspiré des lycéens de Parkland qui avaient refusé de retourner à l’école après la tuerie qui y avait eu lieu. J’ai bien aimé cette idée de grève scolaire. J’ai essayé de mobiliser quelques jeunes autour de moi. Mais personne n’était vraiment intéressé. J’ai donc fait la grève de l’école toute seule. Quand j’ai annoncé mon projet à mes parents, ils ne l’ont pas adoré. Ils m’ont dit que si je me lançais, ce serait toute seule, sans aucune aide de leur part. Le 20 août 2018, je me suis assise au pied du Parlement suédois. J’ai distribué des tracts avec une longue liste de données au sujet de la crise du climat et des explications sur mon acte. Mes posts sur Twitter et Instagram sont vite devenu viral.

Beaucoup de gens aiment répandre des rumeurs affirmant « qu’il y a des gens derrière moi », que je suis « utilisée » pour faire ce que je fais. Mais la seule personne derrière moi, c’est moi-même ! Mes propres parents étaient tout sauf des activistes du climat jusqu’à ce que je les rende conscients de la catastrophe. Je fais cela de façon bénévole et cela restera comme ça. Je ne connais aucun activiste du climat qui fait cela pour l’argent. Cette insinuation est totalement absurde. Et j’écris mes propres discours. Je demande de l’aide à quelques scientifiques pour ne véhiculer aucune information fausse ou qui pourrait être mal comprise.

Quand je dis que je veux que vous paniquiez, je veux dire que nous devons traiter cette crise comme une urgence absolue. Quand votre maison est en feu, vous ne vous asseyez pas pour parler de combien elle sera belle quand elle sera reconstruite une fois que vous aurez éteint les flammes. Si votre maison brûle, vous courez dehors et vous vous assurez que tout le monde a pu s’échapper pendant que vous appeliez les pompiers. Cela demande un certain niveau de panique. Il y a un autre argument contre moi, le fait que « je suis juste une enfant et que nous ne devrions pas écouter les enfants ». Cela peut facilement se résoudre : écoutez les scientifiques à la place. Parce que si tout le monde écoutait les scientifiques et les faits auxquels je me réfère tout le temps, personne n’aurait à m’écouter moi ou les centaines de milliers d’enfants en grève de l’école pour le climat. Je suis juste une messagère. Cela ne devrait pas être aux enfant de faire cela. Mais l’attitude des adultes ne nous laisse pas le choix. Merci à vous tous pour votre soutien ! Cela me donne de l’espoir. »

Source : « Rejoignez-nous, #grevepourleclimat », petit fascicule de 38 pages pour 3 euros

CLIMAT, rejoignez Greta Thunberg

Greta Thunberg a écrit « Rejoignez-nous, #grevepourleclimat »*, un texte poignant à faire circuler. Extraits :

« C’est à huit ans que pour la première fois j’ai entendu parlé du réchauffement global. Je me souviens avoir pensé que c’était très étrange que les humains, qui ne sont rien d’autre qu’une espèce animale, soient capables de modifier le climat. Parce que si c’était vraiment le cas, on ne parlerait de rien d’autre dès qu’on allumerait la télévision. Comme si une guerre mondiale avait éclaté. Mais personne n’en parlait jamais. Si brûler de l’énergie fossile était si mauvais que cela pouvait menacer notre propre existence, comment pouvions-nous continuer comme si de rien n’était ? Pourquoi n’y avait-il aucune restriction ?

Je pense que nous les autistes sommes les « normaux » et que vous, les autres, êtes des gens plutôt étranges. On m’a diagnostiqué un mutisme sélectif : je parle uniquement quand cela est nécessaire. On ne sait pas mentir et on a peu d’intérêt pour ce jeu social que beaucoup semblent particulièrement apprécier. Pour moi c’est blanc ou noir : il n’y a pas de zone grise quand on parle de survie. Si les émissions carbone doivent s’arrêter, alors nous devons arrêter les émissions carbone. Si je vis jusqu’à cent ans, je verrai l’an 2103. Les dirigeants du monde, quand ils pensent au futur, ne voient jamais au-delà de 2050. Mais ce que nous faisons ou ne faisons pas maintenant, tout de suite, aujourd’hui, va affecter l’intégralité de ma vie et celle de mes enfants et de mes petits-enfants. Ce que nous faisons ou ne faisons pas maintenant ne pourra être défait par ma génération.

Certains me disent que je ferais mieux d’aller à l’école. Que je ferais mieux d’étudier et de devenir à mon tour une scientifique du climat, pour « résoudre la crise climatique ». Mais nous avons déjà tous les faits et les solutions. Pourquoi au juste est-ce que je devrais étudier pour un avenir qui pourrait bien ne plus exister parce que personne ne fait rien pour le sauver? Les gens se mettent à évoquer l’espoir, les panneaux solaires, l’économie circulaire et tout cela. Nous avons parlé de toutes ces choses pendant trente ans avec nos beaux discours et nos jolies histoires optimistes de changement. Je suis désolée, mais cela ne marche pas. Car si cela avait marché, les émissions de gaz à effet de serre auraient diminué. Et ce n’est pas le cas. Nous utilisons 100 millions de barils de pétrole par jour. Il n’y a aucun programme politique pour changer cela. Bien sûr nous avons besoin d’espoir, mais nous avons encore plus besoin d’action. Quand on commence à agir, l’espoir est partout. Alors au lieu d’attendre, cherchez l’action. Et c’est seulement à ce moment-là que l’espoir sera là.« 

* petit fascicule de 38 pages pour 3 euros dans les kiosques et librairies

Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie »

« L’article du MONDE (ainsi titré) n’est qu’un galimatias de journalistes pour le coup franchement bobo. Stop stop à ce déferlement de pessimisme, l’ humanité sait s’adapter. » Pour savoir ce que ce commentateur sur le monde.fr critique, voilà quelque ressentis de ceux qui se sentent mal à la Terre :

En novembre 2018, Clémence Bertolini apprenait que les deux tiers de ses compatriotes accordaient plus d’importance au pouvoir d’achat qu’à la transition écologique. « La goutte d’eau, trois mois après la démission de Nicolas Hulot du gouvernement… J’ai réalisé que rien ne changerait. C’était foutu. » Clémence a abandonné ses illusions de pionnière de la couche lavable pour se claquemurer durant huit mois chez elle. : « J’étais dévastée, je ressentais la culpabilité dévastatrice d’avoir donné vie à deux enfants qui allaient connaître des guerres et des rationnements de nourriture… J’ai fait une dépression. » Comme l’icône suédoise de la jeunesse en rébellion écologique, Greta Thunberg, qui, à 11 ans, a sombré après avoir vu un documentaire sur les ours polaires. Ou encore Aurélie Valognes, depuis peu « consciente que la planète commence à exploser ». Au point de ne plus pouvoir écrire une autre histoire que celle d’une conversion écologique (La Cerise sur le ­gâteau). Le vidéaste écolo Vincent Verzat confie « avoir du mal à dormir une nuit sur trois… En décembre 2018, je me suis rendu compte que, mes vidéos satisfaisaient un besoin de sens et de communauté mais n’allaient pas changer la donne ». Pour Clément Sénéchal, chargé de campagne chez Greenpeace France, travailler sur le sujet est « usant » : « Cela crée un rapport au monde en tension permanente ». Un trajet en voiture ? « La dégradation des conditions de survie de l’humanité. » Une balade dans un square ? « La préservation du vivant. » Forcément se pose la question de la paternité « car mettre au monde des enfants accroît l’empreinte carbone dans un monde dont on ne sait pas s’il va durer ».

La psychiatre Antoine Pelissolo : « La crise environnementale est un parfait sujet d’anxiété. Il est potentiellement très grave, nous n’avons pas de prise directe, nous sentons le danger approcher… Il peut donc devenir envahissant, alimenter une sensibilité à la dépression, et priver les soignants de leviers pour remobiliser la personne, comme la projection dans l’avenir. » Les adolescents que reçoit la psychiatre Marion Robin ne se privent pas de lui faire savoir auque« les adultes ont bousillé la planète ». Laissons la conclusion à un autre commentateur sur lemonde.fr, Gérard de Vire : « Je fais partie de ces angoissés. Ça a commencé au milieu des années 2000. Il y avait certes, le réchauffement climatique mais c’est davantage le manque de ressources qui m’inquiétais. Tous les événements géopolitiques, toutes les études scientifiques, tout donne raison à cette musique devenue assourdissante dans ma tête. Je travaille dans l’industrie chimique, je me bats au quotidien pour limiter les gaspillages énergétiques et les émissions de protoxyde d azote. J’en éprouve une forme extrême de solitude lorsque je vois l’énergie à dépenser juste pour convaincre de ne plus utiliser de gobelets en plastique… Bref, le burn-out est pour bientôt. »

NB : solastalgie, sentiment d’être en deuil du monde qu’on imaginait pour nos enfants

L’IFOP évaluait, en octobre 2018, à 85 % la proportion des Français inquiets du réchauffement climatique, 8 points de plus qu’en 2015. Chez les 18-24 ans, ce taux culmine à 93 %.

échec flagrant au bac Sciences économiques

Lors de leur création au début des années 1970, les sciences économiques et sociales (SES) était un nouveauté incontestable : elle refusait la segmentation propre à l’université (sociologie d’un côté, psychologie de l’autre, histoire, économie…) pour aborder une analyse transversale de la société. Cependant les SES souffrent de deux défauts structurels. Le premier était de séparer trop ostensiblement enseignement économique et sociologique, ce qui recrée une spécialisation interne dommageable à l’apprentissage d’une perspective globale par les lycéens. Le deuxième consiste à ne considérer textuellement que l’économique et le social, oubliant l’importance de l’écologie dans un monde dont on a outrepassé les limites. Rêvons à une profonde mutation des SES qui appliquerait les propos de Bertrand de Jouvenel.
Il préconisait lors d’une conférence* en 1957 « le passage nécessaire de l’économie politique à l’écologie politique » . Il précisait : « l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique ». Pour lui, notre espèce est en co-évolution avec les autres espèces dans une situation de dépendance forcée à l’égard de notre environnement naturel : « Aussi bien qu’un organisme inférieur, la plus orgueilleuse société est un parasite de son milieu : c’est seulement un parasite intelligent et qui varie ses procédés. »  En tant que membre de la Commission des comptes de la Nation, Bertrand de Jouvenel appartenait à la corporation des économistes de sorte que la critique de la science économique qu’il amorçait ne procèdait pas d’un point de vue extérieur mais bien plutôt interne. En 1968 dans « Arcadie, essai sur le mieux vivre », Bertrand de Jouvenel reprenait cette idée d’écologie politique : « Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. Ceci est nécessaire puisque nous ne pouvons plus considérer l’activité humaine comme une chétive agitation à la surface de la terre incapable d’affecter notre demeure. Le terme d’infrastructure est à présent populaire, il est bon d’avoir conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. » En d’autres termes, on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un écologiste bien informé. Or les sujets du bac SES cette année sont très loin de cette perspective et donne de l’économie une image hors sol.
Le sujet de raisonnement de l’épreuve composée fait l’impasse sur les dysfonctionnements flagrants de la mondialisation : « À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les firmes multinationales cherchent à améliorer leur compétitivité par des stratégies de localisation ». Les sujets de spécialité « Economie approfondie » sont de la même manière formulés pour éliminer toute analyse critique.  Sujet A : Comment peut-on expliquer le processus de globalisation financière ? ; Sujet B : Montrez par quelle stratégies les entreprises peuvent exercer un pouvoir de marché. Les « sciences » » économiques et sociales continuent de promouvoir l’idéologie libérale : marché et financiarisation, mondialisation et compétitivité, aucun recul sur un système sans avenir puisque la planète est dévastée.
Rappelons qu’après le premier choc pétrolier de 1973, le bac SES insistait sur les limites de la croissance : « On découvre seulement aujourd’hui que la prospérité de l’Occident était en partie fondée sur l’énergie à bon marché et sur la croyance aveugle que cette situation pourrait durer indéfiniment. Après avoir apprécié les conséquences de la « crise du pétrole » sur la croissance de ces économies, vous montrerez que le problème de l’énergie et des matières premières est de nature à transformer les rapports existants entre les économies développées occidentales et les pays « en voie de développement (Toulouse 1974) ». Nous sommes en 2019, nous n’avons écouté aucune des analyses qui nous incitait à modifier notre mode de vie. Pourtant la collapsologie est devenue une expression à la mode…
* texte paru dans le Bulletin du SEDEIS du 1er mars 1957 sous le titre « De l’économie politique à l’écologie politique »

Mettre à terre le lobby aérien

Comment lutter contre plus fort que soi ? Comment mettre à terre le lobby aérien ? Comment de minuscules activistes dispersés et sans moyens peuvent-ils culpabiliser tous ceux qui prennent l’avion ? Nous avons reçu une déclaration écœurante du GIFAS. Créé en 1908, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales est un syndicat professionnel  qui  regroupe  près  de  400  sociétés dont les membres constituent une filière cohérente, solidaire et dynamique de haute technologie. Tous les deux ans, le GIFAS organise le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace de Paris-Le Bourget. Il représente un chiffre d’affaires 2018 de 65,4 Mds€ et emploie directement 195 000 personnes et consacre chaque année 11% de son chiffre d’affaires à la Recherche & Développement. Et il ose dire que Le secteur aérien français est mobilisé en faveur de la lutte contre le changement climatique :

« En connectant des milliards de personnes à travers le monde, le transport aérien permet un monde meilleur et plus prospère. Nous nous engageons à assurer une croissance durable du transport aérien dans le respect de notre planète. Le secteur aérien émet aujourd’hui de l’ordre de 2% des émissions de CO2 d’origine humaine à l’échelle mondiale, soit moins qu’Internet, tout en connectant plus de 4 milliards de passagers chaque année. La performance environnementale du secteur aérien ne cesse de s’améliorer. Les émissions unitaires de CO2 (par passager transporté) du transport aérien ont baissé de 80% au cours des 60 dernières années. Et pour que la croissance du trafic aérien ne contribue pas à une hausse des émissions de CO2 à l’avenir, l’ensemble des acteurs du secteur s’est mobilisé pour garantir une croissance neutre en carbone du transport aérien mondial à partir de 2020. Le transport aérien est ainsi le premier secteur économique à s’être doté d’un dispositif de compensation carbone au niveau mondial dans le cadre de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). Toutes nos entreprises sont déterminées à atteindre l’objectif de réduction de 50% des émissions de CO2 à l’horizon 2050 (comparé à 2005) en actionnant de nombreux leviers : procédures opérationnelles conduisant à réduire la consommation de carburant, développement des biocarburants aéronautiques, etc. Notre secteur investit chaque année près de 5 milliards d’euros dans la recherche et la technologie pour mettre en ligne des avions plus verts, un effort soutenu par l’État français dans le cadre de l’Engagement pour la Croissance Verte. Les aéroports constituant des réserves d’espaces protégés à proximité, voire au cœur des zones urbanisées (50% des surfaces de prairies du Grand Paris !). Le secteur aérien concourt comme aucun autre à la protection de la biodiversité. Notre vision est de permettre aux générations futures de continuer à voyager dans le respect total de notre planète. »

C’est plus que du greenwashing (écoblanchiment), c’est une entreprise de déstructuration mentale face à un avenir qui connaîtra à coup sûr un choc pétrolier final qui clouera presque tous les avions au sol… Ne désespérez pas, militants écolos, votre alliée c’est la planète qui un jour ou l’autre nous dira « allez vous faire voir, je n’ai plus rien à vous offrir ». Et là les survivants devront s’adapter…

Trois intellectuels envisagent l’effondrement

Bruno Latour : L’apocalypse, la vraie, ce n’est pas les effets spéciaux hollywoodiens, c’est quelque chose de sérieux. L’apocalypse, cela ne veut pas dire que tout va s’effondrer et qu’on n’aura plus rien à manger l’année prochaine. Le thème « apocalyptique » permet deux choses : d’abord, de considérer que notre situation a déjà été jugée, qu’il n’y aura pas d’autre monde, d’autre progrès… Mais aussi, du même coup, de recommencer une histoire positive, de constater que les marges de manœuvre sont nombreuses, les innovations aussi, bref de dire : non, la Terre ne va pas disparaître, les humains non plus, faut se mettre au boulot ! L’apocalypse est un thème positif, enthousiasmant, grâce auquel on peut se débarrasser des faux espoirs. Aujourd’hui, il faudrait cinq planètes pour continuer à vivre comme nous le faisons. Soudain, nous prenons conscience de la différence entre le monde dont nous vivons et le monde où nous vivons (par exemple, les cafés parisiens). Réconcilier ces deux mondes, c’est ce que j’appelle « atterrir »… D’où l’extraordinaire inaptitude des « gilets jaunes » à mouliner du politique. Que voulez-vous qu’ils disent, à part « Macron démission » ? Ce n’est pas de leur faute. Quand on a perdu la possibilité de décrire le monde où on vit, on est frappé par l’aphasie. Personne n’imagine qu’on sera 9 milliards à aller sur Mars. D’où la prolifération de ceux que j’appelle les « surnuméraires », les gens naissent et ne servent à rien. C’est aussi cela, l’histoire des « gilets jaunes » : désormais, Gaïa nous pousse dehors, et tout le monde se sent surnuméraire.*

Jean Jouzel : Les collapsologues se trompent, à mon sens, d’échelle de temps. L’effondrement n’est pas imminent. Je nous vois plutôt griller à petit feu. Une fois encore, je pense que les prévisions du GIEC sont les bonnes : on peut maintenir le réchauffement sur une trajectoire de 2 ou même 1,5 °C, si tout le monde avance dans le même sens. Les chevaux ont disparu en dix ans à Paris ; je pense qu’il en sera de même avec les moteurs thermiques. L’Europe ne doit pas rater ce virage. Et rêvons un peu : Donald Trump ne sera pas forcément réélu. Nous (au GIEC) n’avons pas été catastrophistes. Malheureusement, nos premières projections de températures et d’élévation du niveau des mers se sont révélées exactes. Certains signaux laissent penser à une accélération de la dégradation. Je pense que nous ne pourrons pas nous adapter à un réchauffement de 3 °C et que nous vivrons des conflits majeurs.**

Michel Serres : Au moment de la publication en 1990 du Contrat naturel, tout le monde m’est tombé dessus. Or j’apprends que les habitants d’une ville de l’Ohio ont donné au lac Erié un statut juridique qui leur permettrait de poursuivre les pollueurs. Il deviendrait sujet de droit et les habitants pourraient attaquer en justice en son nom ceux qui le dégraderaient. Cela dit, on parlebeaucoup– notamment d’un « Parlement des vivants » –, mais on ne fait rien. La situation n’était pas si grave il y a trente ans. L’économie domine complètement aujourd’hui. On crie victoire lorsque les Chinois nous achètent des Airbus, alors que la pollution atmosphérique est due, pour partie, au trafic aérien. Presque toutes les victoires économiques sont des catastrophes pour la planète.***

* LE MONDE du 1er juin 2019, Bruno Latour : « L’apocalypse, c’est enthousiasmant »

** LE MONDE du 2-3 juin 2019, Jean Jouzel : « L’effondrement n’est pas imminent. Je nous vois griller à petit feu »

*** LE MONDE du 5 juin 2019, L’ultime entretien de Michel Serres au « Monde » : « Philosopher, c’est passer partout »

8 juin 2019, nous parlerons des sujets interdits

Démographie, migrations et décroissance : sujets interdits de parole ? C’est une erreur de croire que les écologistes sont suffisamment ouverts pour aborder des sujets jugés « tabou » comme la démographie, ou d’extrême-droite pour les migrations. Nous espérons que le débat organisé le 8 juin à Paris pourra apporter des réponses à ces brûlantes questions. Nous verrons que pour être heureux, il faut être moins nombreux. En ce qui concerne les migrations, nous nous demandons si le déracinement et le nomadisme planétaire conséquences sont chose durable sur une Terre dévastée par la religion de la croissance. Intervenants :

Denis Garnier, président de « Démographie Responsable ». La conjonction de la croissance de la population mondiale (qui rappelons-le a été multipliée par 7 en 2 siècles) et de celle de l’économie consumériste a causé d’innombrables dégâts environnementaux (biodiversité, climat,…) et est en passe de provoquer la pénurie de diverses ressources (énergies fossiles, métaux, eau douce,…). Partant du principe que l’on ne peut croître indéfiniment dans un monde fini et avec l’aide des indicateurs écologiques les plus performants à ce jour (empreinte et biocapacité), cette intervention tentera de montrer que la poursuite annoncée de l’augmentation du nombre d’humains (près de 4 milliards supplémentaires d’ici à la fin du siècle) pourrait conduire à des maux écologiques difficilement surmontables, voire à un effondrement, tant il est vrai que le seuil de population soutenable de la planète est d’ores et déjà dépassé.

Jean Loup Bertaux a écrit DÉMOGRAPHIE, CLIMAT, MIGRATIONS : L’état d’urgence. Il expliquera le mécanisme du changement climatique actuel, dû à une production massive de CO2 et de son effet de serre. Il démontrera ensuite que cette production massive de CO2 est liée à l’augmentation de la population mondiale et qu’il convient de réduire cette population puisque les calculs d’empreinte écologique montrent que la Terre ne pourrait supporter que 2 milliards de personnes consommant et polluant comme un français moyen. Si rien n’est fait, la population humaine risque d’atteindre  11 milliards en 2100 dans des territoires devenus peu à peu invivables à cause du réchauffement climatique, ce qui générera des catastrophes sanitaires importantes et des migrations massives. Et même si on arrivait à zéro émission de CO2, les atteintes à la biodiversité seront irréversibles avec une trop grande population, comme c’est déjà le cas aujourd’hui.

Michel Garenne, rattaché à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), Michel Garenne a analysé en détail la situation des six pays francophones – Sénégal, Mauritanie, Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad – qui se partagent cette étendue de plus de 5 millions de kilomètres carrés. Il pointe l’échec des politiques de population menées jusqu’à présent et met en garde contre une « situation insoutenable », dont l’une des conséquences sera la migration de plusieurs dizaines de millions de personnes. A l’heure où l’Union européenne entend répondre au problème migratoire par plus de développement, le chercheur exhorte à ne plus laisser la question démographique de côté.

Le 8 juin à partir de 14h jusqu’à 20h à la Mairie du 2ème arrdt, 8 rue de la Banque 75002, Paris. Métro Bourse.

Un Biosphere-Info en souvenir d’Alain Hervé

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Alain Hervé, né en 1932, est mort le 8 mai 2019. Nous consacrons ce numéro de Biosphere-Info à ce précurseur de l’écologie politique au tout début des années 1970.

Les derniers mots d’Alain Hervé : « La planète vous dit m… !

« Il s’agit d’observer l’homme qui prolifère sur la planète Terre. Stupéfiante tribu capable de produire du jour la nuit, de la chaleur en hiver, d’asservir les plantes et les autre animaux à son profit, de bouleverser les cycles de la nature. Mais bizarre paradoxe : cet anthropos n’hésite pas à s’attaquer aux sources mêmes de son existence. A l’atmosphère qu’il respire, à l’eau qu’il boit, à la terre qui produit sa nourriture. L’homme mis au courant de cette entreprise d’autodestruction de sa propre espèce répond par cette formule étrange : « la planète est en danger ». Si la planète pouvait s’exprimer, elle lui répliquerait : « La planète te dit m… ! » En effet la disparition du mammifère humain laisserait la planète disponible pour d’autres manifestations de l’évolution de la vie. Les mots pour le dire, on le voit, ont leur importance. Non, la planète n’est pas en danger. C’est l’espace humaine qui se dissimule à elle-même la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve. La messe est dite. » (extraits de son billet dans l’Écologiste d’avril-juin 2019)

Les Amis de la Terre France déposèrent leurs statuts à la préfecture de Paris le 11 juillet 1970. Les principaux fondateurs étaient Edwin Matthews, un avocat américain résidant à Paris, et Alain Hervé, un poète, navigateur et reporter. Le Comité de parrainage comprenait Jean Dorst, Pierre Gascar, Claude Lévi-Strauss, Théodore Monod et Jean Rostand. Alain Hervé donne quelques précisions dans l’Ecologiste n° 21 (décembre 2006 – mars 2007)  : « A New York, Gary Soucie me raconta en mars 1970 le vécu d’une association créée en 1969 par David Brower, Friends  of the Earth, dont le journal était intitulé « Not man apart ». David Brower avait été licencié de son poste de directeur exécutif du Sierra Club en 1969 alors qu’il avait voulu donner une dimension beaucoup plus politique, polémique et militante à la philosophie de la protection des grands espaces sauvages aux Etats-Unis. Lors de sa venue à Paris en novembre 1970, David développa son thème principal, celui de la vie sur la petite planète Terre et les destructions perpétuées par l’homme au détriment de cette vie depuis le début de l’ère industrielle. Il s’en prenait au désordre démographique de l’espèce, au gaspillage des ressources naturelles pour promouvoir des modes de vie insoutenables. Je me suis toujours demandé pourquoi je fus aussi disponible à recevoir une remise en cause aussi radicale de la religion du progrès. En effet à l’époque, la formule idiote des Trente Glorieuses n’avait pas encore fait fortune. Aujourd’hui nous devrions les rebaptiser les Trente Désastreuses ; trente ans dont nos descendants mettront des centaines ou des milliers d’années à réparer les dégâts sur la Biosphère. Le premier numéro du Courrier de la Baleine est paru dès 1971. Dès cette époque, on y retrouve ce qui fait encore l’actualité aujourd’hui, l’amiante, le bétonnage, la destruction de l’agriculture vivrière au profit de l’agriculture industrielle, la critique des pesticides de synthèse, l’urbanisme centré sur l’usage de l’automobile. En 1974, nous soutînmes la campagne de René Dumont pour les présidentielles… »

Alain Hervé a dirigé le numéro spécial du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la terre », en avril 1972. Ce supplément a été tiré à 200 000 exemplaires. Voici l’éditorial d’Alain Hervé, Pour éviter la fin du monde :  « Les malheurs qui nous attendent sont étranges car ils sont le fruit de l’homme lui-même. Les hommes peuplent la Terre depuis des centaines de milliers d’années. Mais depuis un siècle, au nom de progrès qui faisaient la spécificité et la fierté des hommes, a commencé la plus gigantesque entreprise de destruction qu’une espèce ait jamais menée contre le milieu qui soutient la vie et contre la vie elle-même. La plus spectaculaire des opérations-suicide.

La Terre est en danger. Elle a été mise en danger notamment par le développement de la civilisation industrielle occidentale. C’est ce qu’on appelle le péril blanc. Océans pollués, terres stérilisées, atmosphère empoisonnée, tissu social disloqué, civilisations tribales écrasées. Pendant ce temps des imbéciles, qui ne sont même pas heureux, chantent des hymnes au progrès : le produit national brut s’accroît, la consommation d’énergie s’accroît, la population s’accroît. Nous voici contraint de découvrir que l’histoire ne peut se répéter. Une loi nouvelle, celle de l’accélération, change notre destin. En cinquante ans, la vie a changé davantage qu’au cours des millénaires. Et tout va aller encore plus vite désormais. En vérité, il reste dix ans à peine pour définir des solutions.

Cent trente-deux nations sont réunies à Stockholm du 5 au 16 juin prochain (1972) pour débattre de l’homme et de son environnement. Cette conférence, dont certains voudraient bien qu’elle se réduise à des études techniques pour lutter contre la pollution, va être conduite à aborder le cœur du sujet : la continuation de la vie sur la planète Terre. Les délégués des 132 nations, s’ils nous lisent, seront bien obligés de regarder en face les démons de l’expansion. Ils devront tenir compte des travaux de la plus subversive des sciences, l’écologie. »

En 1973, le patron du Nouvel Obs Claude Perdriel, à la suite du succès de son numéro spécial, lance le mensuel Le Sauvage. Alain Hervé est à la tête de la rédaction. Le premier numéro paraît le 1er avril 1973 sous le titre : L’Utopie ou la mort. Le texte suivant a été écrit par Alain Hervé en décembre 1973, au moment du premier choc pétrolier marqué par un quadruplement du prix du baril.

« Le commerce pétrolier consiste à échanger une matière première qui devient rare contre du papier-monnaie. De ce papier, les principaux producteurs ont assez ; si les Bédouins du désert laissaient le pétrole en terre, il risque de doubler de valeur en un an. Pourquoi n’ont-ils pas coupé le robinet plus tôt ? Parce que les circonstances politiques ne s’y prêtaient pas et parce qu’ils ont eu le rapport du Club de Rome entre les mains. Ils ont eu l’occasion d’y lire que d’ici trente ans environ leur seul capital leur aurait été totalement extorqué et qu’il leur resterait le sable pour se consoler. Ils ont aussi compris à quel point les Occidentaux et leur fragile civilisation étaient devenus dépendants du pétrole. Gérants intelligents, ils ont donc décidé de vendre de moins en moins et de plus en plus cher. Logique, non ? Curieusement cette logique surprend tellement les occidentaux qu’ils refusent encore d’y croire. Le pétrole était entré dans les mœurs. On savait qu’un jour il se ferait rare, mais on ne voulait pas le savoir. On misait toutes les chances de l’industrie aéronautique française sur le supersonique Concorde. On savait qu’une flotte de 200 de ces avions aurait épuisé en cinq ans l’équivalent de la totalité du gisement de Prudoe Bay en Alaska, et cependant on construisait le Concorde.

Il faut dire que sans pétrole, adieu l’agriculture industrielle, adieu les loisirs, adieu la garantie de l’emploi, adieu la vie en ville… toute l’organisation économique, sociale et politique est remise en cause. Le château de cartes vacille. Et si ce n’est pas pour cette fois-ci, ce sera dans deux ans, dans cinq ans. Restriction, pénurie, disette, les machines ralentissent, s’arrêtent. La dernière explosion dans le dernier cylindre nous laisse apeurés, paralysés… libérés. En effet la société conviviale, désirée par Ivan Illich, peut naître, c’est-à-dire une société dans laquelle l’homme contrôle l’outil. »

Pour le site biosphere.ouvaton, Alain Hervé a envoyé un résumé de son livre « Merci la Terre, nous sommes tous écologistes  ». Edité en 1989, mis au pilon par le gouvernement socialiste de l’époque, ce livre était pourtant programmé pour servir de livre de chevet pour les adolescents de l’époque. Il a fallu attendre 2012 pour en voir une nouvelle édition (Sang de la Terre, 74 pages – 4,90 euros). Nous en avons fait un résumé dans un Biosphere-Info. Voici un extrait de Merci la terre :

« La chasse d’eau fut inventée par un Anglais, en 1775. Ce système, qui est synonyme d’hygiène et de civilisation moderne, n’est cependant pas généralisable, pour deux raisons. D’une part, il coûte trop cher, aucun pays du tiers-monde ne peut l’envisager, sauf pour le centre de sa capitale. D’autre part, il n’y a pas assez d’eau. Toute l’eau de l’Himalaya ne suffirait pas à emplir les chasses d’eau d’un milliard de Chinois… »

A quoi sert l’homme ? La biologiste Lynn Margulis propose une hypothèse : l’homme est un animal domestique élevé par les bactéries pour leur permettre de voyager et éventuellement de migrer vers d’autres planètes. Se souvenir que les bactéries occupent quarante pour cent de notre masse corporelle.

A quoi sert l’homme ? Les économistes répondent : à produire et à consommer, et que ça saute. L’homme se reposera en regardant la publicité pendant trois heures et demie par jour sur les écrans de télévision.

A quoi sert l’homme ? Après recherche, consultation et réflexion, nous proposons une réponse provisoire : à  rien. Oui, je sais, il a inventé le téléphone portable, mais les pingouins et les pissenlits n’en ont rien à faire.

Entre le petit trou dont il sort et le grand trou dans lequel il va tomber, il ne fait que consommer gaspiller, détruire, prêcher l’accélération, la prédation… Il se sert. Il s’est servi et il n’a rien rendu. Pourrait-il encore enchanter le monde, le servir, ne plus seulement se servir ?

2011, les (nouveaux) sept péchés capitaux, une rubrique dans l’Écologiste

Jusqu’à sa mort, Alain Hervé a tenu régulièrement depuis l’an 2000 le billet en dernière page de chaque livraison de la revue L’Écologiste. Voici un résumé du n° 35, octobre-décembre 2011 :

La luxure est devenue pornographie, la gourmandise gastronomie, la paresse un savoir-vivre, l’orgueil la réussite sociale, l’envie l’esprit de compétition, l’avarice la spéculation et la colère une saine agressivité. Non seulement nous célébrons les sept péchés capitaux, mais nous en avons inventé d’autres, symptômes du dérèglement généralisé actuel :

  • la vitesse fait l’objet d’un véritable culte du record, faisant oublier les bénéfices de la lenteur ;
  • la surconsommation devient une règle absolue, jusqu’à l’obésité ;
  • le luxe reste obscène en ces temps de famine somalienne ;
  • le tourisme du « tout voir sans rien voir » remplace l’amour du voyage ;
  • la médiatisation des faits divers éclipse l’effondrement de notre civilisation ;
  • la productivité forcenée remplace l’art de l’artisan ;
  • la sécurité obsessionnelle mobilise un hélicoptère pour « sauver » une touriste qui s’est foulée la cheville.

Né en 1932, Alain Hervé fonde les Amis de la Terre en 1970. Il pilote le hors-série du Nouvel Observateur en 1972 : « La dernière chance de la Terre ». À partir de 1973, il dirige le mensuel écologique Le Sauvage. Lors de la candidature de René Dumont à la Présidence de la République en 1974, il est responsable du bureau de presse. Il vient de relancer Le Sauvage sur Internet. Nous l’avons rencontré.

Quelle est l’origine de ton engagement écologiste ?

Ma vocation remonte à l’enfance. Je suis né à Granville, en Normandie, les pieds dans l’eau. J’ai toujours souffert de l’environnement urbain, de l’enfermement dans le métro, dans un bureau. J’ai pendant trois ans parcouru les tropiques à bord d’un voilier : l’homme est un animal des latitudes chaudes qui s’est exilé dans le froid. Il a alors été obligé d’inventer des techniques qui nous ont menées là où nous en sommes actuellement… Je ne crois pas du tout au progrès technique qui a entraîné cet âge industriel qui sévit sur notre planète et la ravage.

Une autre origine de ma sensibilité écologique, c’est ma participation aux jardins potagers que mon père avait entrepris pour nous nourrir pendant la Seconde Guerre mondiale. J’aimais retourner la terre, planter des légumes et des arbres fruitiers, écraser les doryphores…

Ta vision actuelle de l’écologie ?

Nous sommes tous écologistes, nous n’avons pas le choix, nous devons tous respirer, déféquer. C’est une évidence. C’est beaucoup plus qu’une approche de droite ou de gauche, il s’agit d’une vision globale de l’univers dans lequel nous sommes. Nous sommes conscients des limites. Il faut observer, comprendre et se conformer aux lois de la nature.

Mais les Trente glorieuses sont en fait trente désastreuses. En 1967-68, j’étais journaliste à la FAO, j’en ai démissionné au bout de six mois. J’ai compris qu’ils menaient une politique criminelle. Le marché mondial a détruit l’agriculture vivrière traditionnelle pour installer les monocultures du coton, du café, du maïs, du soja, du cacao… pour l’exportation. Les personnes chassées de leurs terres peuplent les banlieues de capitale bidon où ils meurent. J’en arrive à penser que ce génocide de millions de paysans est similaire à la Shoah.

Tu crois donc à la catastrophe ?

L’abus de la nature a atteint sa limite létale. Je me pose la question (futile) de savoir si elle aura lieu de mon vivant… Mes amis millénaristes Pierre Samuel, Teddy Goldsmith ou André Gorz sont morts avant que la catastrophe qu’ils avaient annoncée advienne.

La catastrophe peut servir de pédagogie et déclencher une prise de conscience. Mais la mémoire de l’humanité est extrêmement courte, nous cultivons un opportunisme de l’immédiat, nous n’apprenons rien de notre passé. Ni la retraite de Russie, ni Tchernobyl ne nous ont rien appris. Fukushima pourra peut-être servir de catharsis, surtout si Tokyo devait être évacué. Car il faudra que le drame aille très loin pour que les hommes abandonnent leur utopie technicienne.

Que faut-il changer ?

L’écologie n’est pas une prise de position religieuse ou politique, c’est admettre que nous sommes de simples éléments de la nature, c’est une nouvelle philosophie. Il nous faut abandonner notre anthropocentrisme pour ressentir profondément notre appartenance à la communauté des vivants. L’humanisme qui donne la priorité absolue à l’homme ne me satisfait absolument pas. L’humanisme devrait consister à nous faire accéder à des stades supérieurs d’intelligence de la coévolution.

Sinon nous devenons des destructeurs terrifiants, nous enfantons beaucoup plus de Hitler que de Mozart. Il y a une écologie superficielle qui perpétue l’anthropocentrisme, qui dit que la planète est en danger, qu’elle nous appartient. On fait des parcs naturels, ce sont des alibis pour répandre la merde autour. L’homme a été doté d’une capacité de transformation trop brutale de l’environnement. Nous sommes devenus des dictateurs assassins du vivant. Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal.

N’as-tu pas l’impression d’exagérer ?

On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle. Je me fous complètement de la réputation qu’on peut me faire, je vais bientôt mourir, j’ai atteint l’âge de la liberté. Le progrès social, l’égalitarisme et la démocratie ne peuvent advenir avec le pullulement humain.

Dans ce livre* , Brice Lalonde répond aux questions d’Alain Hervé. Nous aurions préféré l’inverse les réponses de Brice ne relèvent que de l’écologie superficielle alors que le postionnemnt d’’Alain parâit pertinente. Voici un résumé en cinq exemples.

Alain Hervé : Nous sommes trop nombreux. Ecologiquement parlant, les superprédateurs au sommet de la chaîne alimentaire ont toujours un très faible taux de reproduction dans les écosystèmes en équilibre Il est probable que les superprédateurs prolifiques du passé ont détruit leurs écosystèmes et leur espèce par la même occasion. La décroissance de la présence humaine semble devoir être préalable ou concomitante à toute autre décroissance. Oui ou non ?

Brice Lalonde : La question démographique est liée aux techniques qui organisent la relation à la nature. L’humanité a inventé l’agriculture et l’élevage, la ville, le gouvernement, l’alphabet, toutes ces innovations qui ont permis de nourrir plus d’humains qu’auparavant. Pouvons-nous imaginer des inventions aussi considérables ? Est-ce que la convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) pourront conduire à un nouveau palier de l’histoire humaine ? Si ce n’est pas possible, alors oui, les hommes sont trop nombreux pour vivre à leur aise sans détruire la nature qui les porte.

Alain : Comment agir ? Faire moins d’enfants, diminuer les déplacements, consommer moins d’énergie, moins de pétrole, moins de charbon, moins de publicité, revaloriser la lenteur, le silence, moins manger, réinventer une civilisation agraire, rétrécir les villes… Est-ce réaliste ?

Brice : Toi tu souhaites réinventer une civilisation agraire ? Que tu le veuilles ou non, ce mot « agraire » me fait penser aux nostalgiques du siècle dernier, à « l’Ordre éternel des champs ». Je te fais remarquer qu’il est difficile de survivre à vélo isolé dans une exploitation vivrière au milieu du Massif central. Il faut une camionnette ! Je ne suis pas sûr que l’avenir de la France soit dans une nouvelle paysannerie. Les moteurs de l’histoire sont plutôt les villes. A l’échelle mondiale, elles ne rétrécissent pas.

Alain : Sapiens quitte son paradis tropical où il a vu le jour et s’applique à le recréer partout où il arrive. Il se trouve obligé d’inventer le vêtement et de domestiquer le feu pour recréer le climat de son origine. Il en est à l’âge industriel, à la fission nucléaire. Et sa trajectoire se précipite. Jusqu’où va aller ce Sapiens ?

Brice : Il n’est pas certain que ce sapiens-là soit achevé. J’ai parfois le sentiment que l’interconnexion généralisée et la prise de conscience grandissante des défis mondiaux préfigurent cet être collectif, l’humanité en somme, rassemblée en un seul organisme fait de milliards de neurones, d’humains et de machines imbriquées.

Alain : Nicolas Hulot croit que l’innovation technologique permettra de trouver les solutions. Mais le recours à la technologie s’inscrit dans la philosophie dite « du progrès », ce mythe né au XIXe siècle, qui a enfanté la situation désastreuse et absurde dans laquelle nous nous trouvons.

Brice : Je pense que la technique est reine depuis le paléolithique, car elle est création de nature. L’être humain ne peut pas voler, inventons l’avion. La nature n’est pas sacrée, l’écologie n’interdit pas l’innovation technologique. L’ingénierie écologique est une discipline qui se développe.

Alain : Le mouvement s’accélère avec l’évolution de nos technologies, mais les progrès qui en résultent ne semblent pas être évidents. On dirait même que le résultat global est le plus souvent négatif…

Brice : Personnellement j’aime la sortie des humains dans l’espace. L’industrie spatiale est une alliée de l’écologie. Elle permet d’étudier la planète. Les petits robots envoyés sur Mars ou sur la comète Tchouri nous montrent des rochers inhospitaliers. Si l’on veut trouver une résidence secondaire, il va falloir voler plus vite que la lumière.

* Arthaud, 334 pages, 15 euros

Alain Hervé : « Nicolas Hulot a persévéré dans ses convictions et sa nature. La présence d’un lobbyiste, non annoncé, lors la réunion sur la chasse, à l’Élysée le lundi 27 août 2018 lui a fait comprendre les limites de ce qu’il pouvait entreprendre à son poste de ministre. Il a cru pendant quatorze mois pouvoir être utile à l’écologie. Mais l’incompréhension fondamentale de Macron sur ce qu’il se passe pour l’humanité engagée dans une démarche suicidaire collective devient flagrante. Démarche suicidaire résultant de son explosion démographique et de la course en sac économique à laquelle elle se livre. Une petite démagogie électorale, en vue des Européennes, auprès de 1 200 000 chasseurs lui est apparue plus urgente.

Certes la France n’est pas l’humanité mais elle prétendait à un certain moment apparaître comme un leader dans ce domaine après le succès de la COP 21. Le choix de Nicolas Hulot pour poursuivre ce rôle pouvait laisser espérer un engagement plus catégorique. Hélas Macron n’est rien d’autre qu’un banal éconolâtre. On le soupçonnait, Hulot le savait mais il a cru pouvoir convaincre ce président supposé intelligent de la priorité  absolue de la vie sur l’économie. Échec et mat. Hulot n’en sort pas amoindri mais agrandi. A lui de jouer. Macron en sort nu, néantisé. Il va s’en apercevoir au moment des Européennes et apprendre qu’il y a en France davantage de gens qui réfléchissent que de chasseurs qui tuent. Emmanuel Macron aurait du relire, avant de partir pour le Danemark, ce joli conte intitulé « Les habits neufs de l’empereur » plus connu  sous le titre du « roi est nu » que le poète danois Hans Christian Andersen écrivit en 1836. »

Comment trouver la bonne info au milieu de la merde ?

Lisez Télérama* par exemple, le summum de la sophistication en matière de présentation de la vie culturelle. Il faut oublier les programmes de la TNT dont l’indigence est à la mesure de leur fausse gratuité : on paye des pages de pub. Laissons de côté câble et satellite, on s’y noie corps et âme. La recension des films ? Où est la nature et l’écologie ? Nulle part ou presque. Apprécions les trois informations qui comptent.

– Un or très noir, que fait-on avec du pétrole ? « De la misère. De la guerre. De la laideur. »** Trois quarts de siècle après qu’on ait proféré cette phrase, misère, guerre et laideur ont gagné pays producteurs et pays consommateurs. L’ère pétrolière a causé le malheur des peuples et doit s’achever au plus vite car elle menace l’humanité tout entière. Le meilleur surnom qu’on puisse donner au pétrole, la « merde du diable ».

– Les océans se vident. C’est ce que nous a démontré Daniel Pauly. Les prises totales de poisson diminuent depuis 1996. La pêche industrielle est un désastre global, depuis la fin du XIXe siècle, quand les Anglais on lancé les premiers chalutiers à vapeur et fait main basse sur toutes les ressources côtières de l’Angleterre en une dizaine d’années. Ils ont tout zigouillé, puis ils sont partis pêcher plus loin. Les prises de poisson en mer du Nord représentent moins de 10 % de ce qu’ils ont été à leur maximum. C’est précisément la définition d’un « effondrement ». Les gens l’auront-ils remarqué ? Non. Un jour il ne restera que du poisson d’élevage ou du surimi, les jeunes générations n’auront plus les références de ce qu’était un poisson. Est-ce que j’accepte la destruction de la biodiversité mondiale ? Est-ce que j’accepte que la température du globe augmente de trois, quatre ou cinq degrés ? Non. Sans chercher à coupler mon combat avec une victoire potentielle, je lutte, par principe.

-Vivement demain : Enki Bilal travaille à une série télévisée, il adapte sa BD Bug, un futur où l’outil numérique est hors d’usage, créant la panique chez des humains dépendants de la technologie Quelques pannes récurrentes du réseau électrique, et on entrera enfin dans la vraie vie, suivez mon regard, vers le Venezuela !

* Télérama n° 3617, 11 au 17 mai 2019

** dans la pièce de théâtre de Giraudoux, La folle de Chaillot, 22 décembre 1945

Le blog biosphere, bien présent à sa nouvelle adresse

Ce blog biosphere existe depuis le 13 janvier 2005. Il était hébergé par lemonde.fr, il est maintenant accessible à l’adresse où vous êtes :

www.biosphere.ouvaton.org/blog

En effet le groupe LE MONDE supprime ses 411 blog abonnés à partir du 5 juin prochain. Pour assurer la continuité de notre blog, nous avons devancé l’appel. Toutes nos archives,4 345 articles, près de 9 800 commentaires, ont été transférées sur le serveur ouvaton.org qui hébergeait déjà notre réseau de documentation

http://biosphere.ouvaton.org/

Celui-ci contient de son côté près de 3600 articles dont beaucoup de références bibliographiques, une rubrique « actions en cours », et bien sûr des liens vers notre blog.

Nous continuerons sur ce blog biosphere à produire chaque jour un article présentant « le point de vue des écologistes » sur l’actualité. Chaque article est soumis à vos commentaires. Comme l’écologie est multiple, vous pouvez proposer un texte, il suffit de l’envoyer à biosphere@ouvaton.org. L’intelligence collective se constitue par la complémentarité des approches. Merci de votre attention, à bientôt.

NB : Biosphere est une association loi 1901 ayant pour raison d’être de défendre les intérêts de la biosphère, un espace-temps dans lequel chacun de nous n’est qu’une maille dans la trame du vivant.

Notre ami Alain Hervé est mort, l’écologie en deuil

Né en 1932, Alain Hervé est mort le 8 mai 2019. C’était un pionnier de l’écologie, il était radical, il était notre ami. Il avait fondé la branche française des Amis de la Terre en 1970 et supervisé le hors-série du Nouvel Observateur en avril 1972 : « La dernière chance de la Terre ». À partir de 1973, il dirigeait le mensuel écologique Le Sauvage. Lors de la candidature de René Dumont à la Présidence de la République en 1974, il a été responsable du bureau de presse. Il avait relancé Le Sauvage sur Internet et écrit de nombreux livres, dont « Le Paradis sur Terre, le défi écologique ». Il s’était confié à nous en 2011.

— Quelle est l’origine de ton engagement écologiste ?

Ma vocation remonte à l’enfance. Je suis né à Granville, en Normandie, les pieds dans l’eau. J’ai toujours souffert de l’environnement urbain, de l’enfermement dans le métro, dans un bureau. J’ai pendant trois ans parcouru les tropiques à bord d’un voilier : l’homme est un animal des latitudes chaudes qui s’est exilé dans le froid. Il a alors été obligé d’inventer des techniques qui nous ont menées là où nous en sommes actuellement… Je ne crois pas du tout au progrès technique qui a entraîné cet âge industriel qui sévit sur notre planète et la ravage.

Une autre origine de ma sensibilité écologique, c’est ma participation aux jardins potagers que mon père avait entrepris pour nous nourrir pendant la Seconde Guerre mondiale. J’aimais retourner la terre, planter des légumes et des arbres fruitiers, écraser les doryphores…

— Ta vision actuelle de l’écologie ?

Nous sommes tous écologistes, nous n’avons pas le choix, nous devons tous respirer, déféquer. C’est une évidence. C’est beaucoup plus qu’une approche de droite ou de gauche, il s’agit d’une vision globale de l’univers dans lequel nous sommes. Nous sommes conscients des limites. Il faut observer, comprendre et se conformer aux lois de la nature.

Mais les Trente glorieuses sont en fait trente désastreuses. En 1967-68, j’étais journaliste à la FAO, j’en ai démissionné au bout de six mois. J’ai compris qu’ils menaient une politique criminelle. Le marché mondial a détruit l’agriculture vivrière traditionnelle pour installer les monocultures du coton, du café, du maïs, du soja, du cacao… pour l’exportation. Les personnes chassées de leurs terres peuplent les banlieues de capitale bidon où ils meurent. J’en arrive à penser que ce génocide de millions de paysans est similaire à la Shoah.

— Tu crois donc à la catastrophe ?

L’abus de la nature a atteint sa limite létale. Je me pose la question (futile) de savoir si elle aura lieu de mon vivant… Mes amis millénaristes Pierre Samuel, Teddy Goldsmith ou André Gorz sont morts avant que la catastrophe qu’ils avaient annoncée advienne.

La catastrophe peut servir de pédagogie et déclencher une prise de conscience. Mais la mémoire de l’humanité est extrêmement courte, nous cultivons un opportunisme de l’immédiat, nous n’apprenons rien de notre passé. Ni la retraite de Russie, ni Tchernobyl ne nous ont rien appris. Fukushima pourra peut-être servir de catharsis, surtout si Tokyo devait être évacué. Car il faudra que le drame aille très loin pour que les hommes abandonnent leur utopie technicienne.

— Que faut-il changer ?

L’écologie n’est pas une prise de position religieuse ou politique, c’est admettre que nous sommes de simples éléments de la nature, c’est une nouvelle philosophie. Il nous faut abandonner notre anthropocentrisme pour ressentir profondément notre appartenance à la communauté des vivants. L’humanisme qui donne la priorité absolue à l’homme ne me satisfait absolument pas. L’humanisme devrait consister à nous faire accéder à des stades supérieurs d’intelligence de la coévolution.

Sinon nous devenons des destructeurs terrifiants, nous enfantons beaucoup plus de Hitler que de Mozart. Il y a une écologie superficielle qui perpétue l’anthropocentrisme, qui dit que la planète est en danger, qu’elle nous appartient. On fait des parcs naturels, ce sont des alibis pour répandre la merde autour. L’homme a été doté d’une capacité de transformation trop brutale de l’environnement. Nous sommes devenus des dictateurs assassins du vivant. Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal.

— N’as-tu pas l’impression d’exagérer ?

On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle. Je me fous complètement de la réputation qu’on peut me faire, je vais bientôt mourir, j’ai atteint l’âge de la liberté. Le progrès social, l’égalitarisme et la démocratie ne peuvent advenir avec le pullulement humain.

Michel Sourrouille, extrait de nos archives : Alain Hervé, une figure historique de l’écologie

Tout le MONDE en croisade contre Coca-Cola

Un Terrien sur sept est inscrit sur Facebook. Seules deux autres entreprises, Coca-Cola et McDonald’s, atteignent ce chiffre magique, un milliard de con-sommateurs. Personnellement je n’ai pas de compte Facebook, je ne bois jamais de Coca-Cola et je me refuse à entrer dans un truc de restauration rapide. Qui est anormal, un milliard de personnes ou ma pomme ? Il y a mille raisons de refuser Coca-Cola. Coca-Cola nous inonde de sucre, vide les nappes phréatiques, c’est aussi la mainmise sur nos esprits, le sponsoring des Jeux Olympiques, du greenwashing.  Supprimons (le) Coca-Cola, buvons de l’eau, c’est plus écolo … Boycottons Coca-Cola. Allons plus loin, Interdisons les sodas, place à l’écologie responsable. N’oublions jamais l’ampleur des dégâts, il faut se souvenir de ce cri du cœur de Patrick Le Lay, PDG de TF1 : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Les émissions de TF1 ont pour vocation de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages publicitaires. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible. »

Notre croisade contre Coca-Cola sur ce blog biosphere est relayé par un article du MONDE : «  Faites plus d’exercice sans trop vous préoccuper de réduire vos apports en calories : tel est le discours des vendeurs de sodas. Or les données scientifiques mettent en cause les boissons sucrées dans l’explosion de l’obésité et du diabète de type 2 sur la planète entière. Le roi du soda finance professionnels de santé et chercheurs pour faire oublier les risques liés à ses boissons. Coca-Cola a dépensé 8 millions d’euros en France depuis 2010 en opérations marketing maquillées en recherches…. »* Quelques réactions sur lemonde.fr :

Thibaut : Le Monde découvre l’eau tiède. Ce que décrit cet article, ce sont tout simplement les méthodes actuelles de relations publics et de communication d’influence. Toutes les multinationales ont des pratiques équivalentes, dans leur secteur.

Whistleblower : Cet article me fait penser à la présence de Coca-Cola et de MacDonald’s au 6e Congrès de Médecine Générale (congrès qui s’adresse à tous les médecins généralistes français) en juin 2012 à Nice. Ils avaient chacun leur stand parmi les stands partenaires et, pire, un créneau de conférence chacun. Quelques personnes avaient d’ailleurs manifester leur dégoût de ce type de partenariat.

Bibi de Bordeaux : Les méthodes de Coca sont révélatrices de ce que ces firmes internationales sont prêtes à tout pour continuer leur sinistre commerce. J’attends avec impatience le moment où l’une d’elle traînera devant les tribunaux un État européen qui voudrait les contrôler un peu mieux. Car, grâce à l’Europe, une firme peut désormais porter plainte contre un Etat. Merci, Europe protectrice et progressiste !

Tristan Lambert : Ce qui fait question est l’argent dépensé par Coca pour minimiser les effets désastreux du sucre, il ne fait rien d’autre que copier l’attitude des fabricants de tabac

exemple : Voyez le modèle en grandeur nature du Mexique , dont la boisson de principe est le(s) soda(s): le Mexicain moyen est diabétique et obèse…

Phil : Le sucre ajouté est un poison. Point barre. Et le seul liquide essentiel à la vie est l’eau. Après ces deux petits rappels, bonne journée.

* LE MONDE du 9 mai 2019, Enquête sur la science sous influence des millions de Coca-Cola

Biosphere-Info existe depuis bientôt quatorze années

Notre premier numéro de Biosphere-Info est paru le 3 septembre 2005. Il était hebdomadaire et récapitulait ce que nous écrivions chaque jour sur notre site biosphere. En voici la teneur :

Faucheurs volontaires. Des faucheurs d’OGM (organismes génétiquement modifiés, ou plutôt chimères) ont été incarcérés en France. L’ordre public, a expliqué le procureur, « c’est la protection de la propriété de chacun, mais par-dessus tout, c’est la loi avec un grand L qui est le fondement de la démocratie, de vos libertés. Si la loi n’est plus respectée, c’est la loi de la jungle qui s’installe, la loi du plus fort : les faucheurs volontaires balayant les décisions du Parlement et les avis de nombreux experts ». Mais l’avocat des disciples de la désobéissance civile rétorque que 80 % des gens en France sont opposés aux OGM, la démocratie est donc présente dans la destruction des parcelles et, de toute façon, l’intérêt général est bien plus fort que l’ordre public.

La Biosphère ne comprend d’ailleurs pas pourquoi les gens mangeraient des produits à base d’OGM : ils n’ont pas meilleur goût, ils ne sont pas moins chers pour le consommateur et c’est un coût supplémentaire pour l’agriculteur : les seuls avantages sont pour les multinationales productrice de semences. Alors vive l’action directe contre la recherche appliquée même si des agriculteurs vendus aux multinationales endommagent lâchement les voitures des faucheurs volontaires.

Hymne biosphèrique. A la rentrée scolaire 2005, l’enseignement de l’hymne national et son histoire sont par la loi du 23/4/2005 devenus obligatoires. Ecrite en 1792, la Marseillaise est à l’origine le chant de guerre pour l’armée du Rhin. Aujourd’hui encore de très jeunes enfants chantent les « allons enfants de la patrie… contre les féroces guerriers » et on appelle aux armes pour faire « couler un sang impur » dans les manifestations les plus hétéroclites, le 14 juillet ou la coupe du monde de foot. Pourtant « l’amour sacré de la patrie » a été fort mal employé depuis l’invention du nationalisme au XIXe siècle puisqu’il a jeté les humains dans des guerres fratricides et inutiles : ce n’est pas la guerre qui a rapproché les Français et les Allemands, c’est la construction pacifique de l’Europe.

Mieux vaudrait chanter tous en cœur « Allons’enfants de la Biosphère » pour un hymne de réconciliation non seulement entre les humains, mais aussi avec la Nature. Un concours est ouvert, envoyez-nous vos paroles de substitution à l’hymne guerrier en faisant bien gaffe : tout outrage à « la Marseillaise » est redevable de 7500 euros d’amende !

La rente pétrolière. Le triplement du prix du baril, passé de 20 à 60 dollars depuis l’an 2000, entraîne l’enrichissement des pays exportateurs, de Riyad à Lagos, de Caracas à Moscou. Mais le pétrole n’est que malédiction. Cet argent facile soutient artificiellement le budget d’un Etat parasitaire, la corruption augmente plus que proportionnellement aux « investissements » somptuaires en palais, yachts et bijoux, des proportions importantes des pétrodollars prennent le chemin des paradis bancaires internationaux, les populations locales restent le plus souvent pauvres ou asservies. Même si de nouvelle infrastructures routières, portuaires ou touristiques sont mises en chantier, la croissance démographique va de pair avec un chômage structurel que nulle croissance économique dans un monde fini ne pourra résorber.

La Biosphère attend avec impatience la fin de cette malédiction pétrolière qui pèse sur la planète, que ce soit dans l’impasse de tous ces pays qui perdent une partie de leur sous-sol au profit de richesses apparentes, ou dans l’aveuglement d’un monde mue par un système thermo-industriel sans lendemain, si ce n’est le réchauffement climatique qui en résulte.

Fin de vacances, la Biosphère respire. On chiffre les déplacement annuels internationaux à un milliard dont 70 % sont consacrés au tourisme. Ces déplacements au paroxysme pendant les vacances est une pratique dégradante intimement liée à la consommation et au commerce. Pour accueillir les touristes, il faut construire des aéroports, des routes, des équipements, des parkings et donc stériliser des territoires pour dévorer une énergie considérable nécessaire pour voler dans les airs ou rouler dans un camping car. Le touriste est aussi une agression insupportable contre une culture particulière, que ce soit la messe à Notre Dame de Paris couverte par le piétinement des visiteurs qui résonne sous les voûtes, ou le tourisme « solidaire » dans les ghettos de Soweto, les cimetières de Belfast ou les folklores reconstitués dans les lieux les plus divers qu’on veut rendre semblable à leurs stéréotypes.

La liberté de se déplacer semble devenu un droit de l’Homme alors que c’est un acte terriblement destructeur non seulement pour les sociétés humaines, mais aussi pour la Biosphère : supprimez le tourisme !

Richesse de la niche. A l’opposé de la théorie neutraliste, la théorie de la niche prédit une augmentation de la productivité primaire en fonction de la diversité végétale. Pour trancher en pratique, un projet européen a étudié la diversité végétale sur près de 500 parcelles pour 8 sites différents. On a alors observé en moyenne une augmentation de la production de biomasse aérienne en fonction de la richesse spécifique ; ce résultat s’explique par la complémentarité fonctionnelle entre espèces. On a aussi montré que la biodiversité agit comme une sorte d’assurance contre des changements de l’environnement : si les différentes espèces ne réagissent pas de façon identique à ces fluctuations, les réactions tendent à se compenser mutuellement, ce qui entraîne une stabilisation du fonctionnement d’ensemble du système malgré le fait que chaque espèce continue à fluctuer fortement. Enfin la biodiversité est un réservoir d’adaptation à des changements de l’environnement.

Du point de vue des écosystèmes, il n’y a pas d’avenir durable pour une société humaine qui détruit la biodiversité.

Qui peut être contre la décroissance ? Un ouvrage très sérieux « Le développement durable, les termes du débat » (coll. Compact civis), indique dès le début de son premier chapitre ce qui sous-tend l’évolution actuelle des idées :  « Le slogan de la décroissance générale interdirait la réduction de la pauvreté et n’est guère compatible avec nos systèmes démocratiques. Il convient, en revanche, de disjoindre le dynamisme de nos sociétés de la croissance des flux de matières et d’énergie qui l’a toujours sous-tendu. C’est la croissance de ces flux qui met en péril la viabilité pour l’espèce humaine, notamment la biosphère(…) Il convient encore d’ajouter à la nécessaire décroissance des flux de matières et d’énergie la décroissance, non moins impérative à long terme, des effectifs démographiques planétaires ».

La Biosphère ne peut que se réjouir d’un tel discours de Dominique Bourg, mais cela implique de condamner à mort (mentale bien entendu) tous les économistes et politiques qui ne jurent que par la croissance !

Neutre pour le climat. Pour réaliser leur livre, « 80 hommes pour changer le monde », Sylvain Darnil et Mathieu le Roux ont interrogé des entrepreneurs dans différents pays. Pour rester neutre par rapport au climat, les auteurs ont alors calculé l’empreinte climatique de leur voyage autour du monde grâce au site Internet futureforests.com. Ils ont en conséquence financé un projet de plantation, au pied du Kilimandjaro, de 1300 pousses de M’pingo, une espèce rare d’ébène africain. La croissance de ces arbres devrait absorber, tout au long de leur vie, l’équivalent des 11 tonnes de CO2 émises par l’ensemble de leurs trajets.

L’initiative est louable, mais si la croissance d’une forêt fixe le carbone, un incendie détruira tous les efforts accomplis. La seule énergie utilisable pour les déplacements humains doit résulter des énergies renouvelables, on ne peut recouvrir la terre toute entière d’arbres.

PS : Aujourd’hui Biosphere-Info est devenu un mensuel. Il paraît tous les 1er de chaque mois sur ce blog biosphere.

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L’éducation à l’écologie, déprimante et si nécessaire

L’éducation à l’écologie manque cruellement pendant la vie scolaire. Voici quelques point de vue sur LE MONDE* et lemonde.fr :

Valérie Masson-Delmotte : « Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée. »

Pierre Lena : « Le climat est un sujet complexe, qu’il faut penser de façon systémique en décloisonnant les disciplines…  Il y a un risque pour les enseignants, car les faits et les chiffres qu’on leur présente sont déjà source d’anxiété. Les jeunes peuvent être dans l’émotion plus que dans le raisonnement. Il faut leur donner les clés pour penser ce problème, ce que les Américains appellent “A critical eye and hopeful heart” [un œil critique mais un cœur plein d’espoir] ».

Justine Renard, professeure de sciences de la vie et de la terre (SVT), fait partie du collectif des « enseignants pour la planète ». Elle se dit « de plus en plus inquiète » des signes évidents du dérèglement climatique, mais aussi, et surtout, de son rôle et de sa responsabilité en tant qu’enseignante. « A aucun moment les programmes ne permettent de comprendre qu’un ensemble de crises est en train de converger, encore moins d’en saisir la gravité et les conséquences pour nos sociétés. »

Diane Granoux, professeure d’histoire-géographie, estime que la situation « va empirer » avec les nouveaux programmes : « Pourquoi les migrations liées au climat n’apparaissent-elles pas, alors qu’elles sont de plus en plus nombreuses et vont augmenter dans les années à venir ? »

Ciel bleu, mer belle sur lemonde.fr : Blanquer a d’autre objectifs que d’informer et sensibiliser la jeunesse sur le climat. Ce n’est pas un objectif prioritaire pour Macron. Il ne convoque la jeunesse à des réunions débats que les jours où les élèves ont prévu de manifester, pour qu’ils restent dans les établissements et ne manifestent pas… C’est un peu court, misérable, comme politique…

Victor M : Les prochaines générations vont connaître des bouleversements désastreux en raison de la pollution et du changement climatique. S’ils ne sont pas outillés pour en comprendre les différentes conséquences, ils risquent de céder au populisme, la division, la haine et la violence.

CLAUDE PICHEL : En France l’écriture des programmes est politique et ce depuis toujours. L’enseignement de l’Histoire en a fait l’expérience avec l’occultation prolongée de la Collaboration, de la Guerre d’Algérie, de la colonisation en général, de histoire de la Shoah. En économie ce sont les chefs d’entreprise du MEDEF qui « nettoient  » et orientent les programmes en occultant la sociologie. En SVT, l’Église a fait son œuvre pour réduire au minimum la reproduction. Le Changement Climatique subit le même sort.

JEAN-MICHEL MASLAK : Bonjour, Je suis professeur de sciences économiques et sociales, et je suis surpris du peu d’intérêt porté à notre matière pour aborder la question environnementale par rapport à la SVT ou l’H-G. Nous traitons les questions de la compatibilité croissance / préservation de l’environnement, les conséquences du réchauffement climatique sur la biodiversité, le niveau optimal de pollution pour la collectivité, les instruments de la politique climatique… loin d’une simple sensibilisation !

Eljulio @ Jean-Michel : Abordez vous les notions d’économie biophysique montrant que les ressources énergétiques et les ressources naturelles en général sont devenues des facteurs de croissance (au même titre que le W et le K), limitants (stock de ressource fini, de plus en plus dur à extraire). Il faudrait enseigner aux jeunes que le réchauffement n’est qu’une face de la même pièce, l’autre étant le confort de notre société moderne qui permet la culture, les assiettes bien remplies, l’hôpital, les smartphones ! Autrement dit réduire notre impact concernant le réchauffement climatique c’est accepter de réduire notre train de vie, puisque + de 80% du mix énergétique mondial est d’origine fossile, de manière stable depuis 30 ans. Les milliards investis dans le renouvelable ne changent pas cette proportion car 1)c’est le charbon qui a le plus progressé (énergie du passé ?), et 2) les énergies s’additionnent et ne se substituent pas (normal + d’énergie c’est + de croissance, & donc un meilleur train de vie)

Jam : Il faut expliquer aux jeunes que la plupart du rejet de CO2 et donc du dérèglement climatique vient en France de notre consommation de pétrole. Il faudrait donc limiter drastiquement nos déplacement en voiture, nos déplacement en avion ou bateau… Et leur signaler aussi que 10 % de l’électricité produite sert à alimenter les serveurs informatiques nécessaires à Facebook, instagram ou youtube…

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : Réfléchissez un peu, les enseignants qui pourraient me lire ici. Que voulez-vous qu’ils fassent de cet enseignement ? Nourrir la mélancolie d’un temps qu’ils n’ont pas connu ? Enseignez-leur les techniques de survie en milieu hostile : pas ou peu d’eau, une nourriture rare qu’il faut aller chasser ou cueillir avec des techniques qu’il faudra le plus souvent réinventer ou apprendre chez les indiens d’Amazonie ou les Africains de terres désertiques. Apprendre aussi à se défendre des autres humains….

Eljulio : ou aussi apprendre à cultiver un potager et à parler à ses voisins !

* LE MONDE du 24-25 mars 2019, Le dérèglement climatique est trop peu enseigné, de l’école à l’université