écologie appliquée

CLIMAT, décrocher Macron de son cadre

Apportons notre soutien aux décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron, jugés ce 11 septembre 8h30 à Paris. La planète brûle et le gouvernement persiste dans l’inaction et les petits pas. Face à cet immobilisme, la société civile se mobilise et agit pour sensibiliser l’opinion publique par la multiplication d’actions non-violentes, réprimées dans la violence comme sur le pont de Sully où la France a vu des militantes et militants pacifistes passé-es au poivre à bout portant. Au cœur de cette mobilisation, ANV-COP21 a lancé le mouvement dit des “décrocheurs”. Assumant le risque de la condamnation des militantes et militants de toute la France décrochent depuis des mois les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies des petites comme des grandes villes. Un emprunt pour rappeler que l’action contre le réchauffement climatique n’attend pas. Après plus de 128 portraits décrochés, des militantes et militants sont d’ores et déjà sous le coup d’un passage devant la justice. Demain, les décrocheurs comparaîtront devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris – celle qui juge les terroristes et les délinquants chevronnés. Ils encourent cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Le 12 juin 2019, le tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse avait déjà condamné six militants d’Action non violente-COP21 : 500 euros d’amende avec sursis. Lors de l’audience du 28 mai, les militants et leurs avocats avaient insisté sur le montant « disproportionné » des amendes au vu du coût réel du portrait, soit 8,70 euros (sur le site de l’Elysée). Voulant dénoncer l’inaction du président face aux changements climatiques, la campagne #Décrochonsmacron met en avant l’urgence et l’état de nécessité qui poussent à agir, « de façon non violente » insistent les militants. Ces portraits pourraient être restitués en cas de changement de politique climatique et environnementale avait expliqué au président du tribunal l’un des prévenus, ce qui avait valu la réplique savoureuse de ce dernier : « Donc vous n’allez pas les rendre. » La jurisprudence devrait pourtant jouer pour ses militants : dans l’affaire des chaises empruntées par les militants altermondialistes, la plupart ont été relaxés.

Derrière les discours, la réalité de l’action gouvernementale va en marche arrière : glyphosate, épandage de pesticides aux abords des maisons, accords de libre-échange, investissements fossiles, taxe sur le kérosène, aides à la bio, etc. Non seulement rien de ce qui est nécessaire n’a été entrepris mais, pire, le gouvernement recule et applique à la lettre les besoins des lobbies. L’action des décrocheurs est une action bénéfique à la société. En attirant l’attention du grand public, ils rappellent le gouvernement à ses devoirs. Chacune de ces personnes prend des risques personnels pour aider le collectif à s’en sortir. Ils méritent des décorations, pas des condamnations.

À lire, mensuel « La décroissance », extraits

Raoul Anvélaut : Nous remettons fondamentalement en cause l’hypermobilité et appelons à en finir avec la grande vitesse, que ce soit sur mer, dans les airs, sur rail, sur route ou dans des tubes à faible pression d’air. Ni TGV, ni Hyper-loop, ni avion à réaction. De la lenteur, de l’enracinement, de l’enclavement. Les transports rapides et les télécommunications instantanées n’ont abouti qu’à uniformiser le monde, à anéantir l’espace, à transformer la planète en un vaste banlieue où tous les réseaux convergent vers les métropoles.

Francis Jarrige : L’an dernier la France renouait avec un Grand prix de formule 1 après dix ans d’absence. Comme si tourner en rond le plus vite possible sur un circuit automobile était un besoin fondamental dont l’interdiction serait inacceptable. Pourtant chacun sent qu’il faudrait freiner l’essor des mobilités, réduisant les consommations d’énergie. Comment imaginer une transiton fondée que la sobriété énergétique alors que des circuits continuent un peu partout d’entretenir le désir de vitesse et le culte de la bagnole ?

Philippe Pongy : J’ai eu l’ineffable bonheur de connaître un temps où à partir de rien (un caillou, une pétale de fleur, un mot) on découvrait et créait le monde. Aujourd’hui, à partir d’un monde sans limite, il semblerait qu’on ne découvre et ne crée plus rien. La réalité augmentée permet de mixer et de confondre totalement la réalité extérieure et réalité virtuelle.

Julien Lebrun : Les écrans sont pires que l’automobile. Car leur développement fulgurant témoigne en effet que nus sommes loin, bien loin, de plus en plus loin d’intégrer ce que suppose notre vie sur terre.

Hervé Krief : Voiture et smartphone contribuent au mêmes fantasme de liberté, de vitesse, d’enivrement technologique, de déstructuration de l’espace qui sont utilisé par les industriels et les États pour nous convaincre de leur bien-fondé et du caractère inéluctable de leur présence. Ils portent en eux la volonté d’asservir les populations en leur fabricant une vie simplifiée et vide. Ils participent activement à la déstructuration concomitante de la vie sur Terre et de notre condition humaine.

Florent Busssy : Le numérique crée une dépendance qui fait qu’on ne se déconnecte plus jamais. Tout est fait pour accroître nos besoins dans la logique d’une recherche de profits fondés sur la consommation de masse. L’économie capitaliste ne peut se passer de croissance et production cette dépendance. C’est à elle qu’il faut résister.

La décroissance n° 162, septembre 2019

Leopold KOHR, éloge de la petitesse

Quand vous avez atteint le bord de l’abysse, la seule choses qui ait du sens, c’est de reculer. Ayant soutenu que la taille modeste est une solution aux problèmes créés par la taille excessive pendant plus de quatre décennies, j’ai été traité d’excentrique dès le début des années 1940. Cela ne m’a jamais vraiment dérangé. La seule chose qui me faisait douter était que ce qui devait être fait, et pouvait être fait, serait également fait. La question n’est plus comment s’étendre, mais comment se contracter ; plus combien croître mais comment mettre des limites à la croissance. Mais quel est l’ordre de grandeur critique qui mène aux abus ? La réponse n’est pas bien compliquée à trouver. Il s’agit de la quantité de pouvoir qui empêche toutes représailles et assure ainsi l’impunité. Cela arrive chaque fois que le pouvoir persuade qu’il ne peut être remis en cause par accumulation de pouvoir plus grande que celle qu’il possède lui-même. Les petits enfants, sans pour autant perdre de leur charme et de leur innocence, font aux petites créatures ce qu’ils n’oseraient pas faire aux plus grandes. Ajoutons que le seul garde-fou pour ne pas pêcher n’est pas tant la stature morale que la peur de la punition, c’est-à-dire l’absence d’opportunité. Certains individus peuvent développer une extraordinaire volonté et rester dans le droit chemin, mais le simple fait que même ces êtres extraordinaires aient à mener de durs combats intérieurs face aux forces de l’opportunité montre le caractère élémentaire de ces dernières. Ainsi ce que Bernard Shaw a dit de la vertu d’une femme, à savoir qu’elle n’est qu’une question d’opportunités.

Dans une petite société, le seuil critique de pouvoir ne peut qu’être rarement atteint puisque la force de cohésion du groupe est facilement paralysée par les tendances centrifuges autorégulatrices portées par les individus. Dans les sociétés plus grandes, la pression du nombre peut devenir telle que les tendances à la compétition individuelle disparaissent et que le danger de la fusion sociale, portée à un stade critique, soit présent en permanence. Comme l’a montré l’Histoire, la fusion sociale peut atteindre un degré tel qu’aucune force de police ne serait en mesure de la gérer… à moins d’atteindre elles-mêmes un volume tel qu’en nous sauvant des atrocités commises par le peuple, elles les remplacent par leurs propres atrocités de police d’État. Cela ne laisse comme méthode fiable pour traiter la violence que l’établissement d’un système fondé sur des entités sociales de si petite taille que la cristallisation de puissance collective ne peut pas atteindre un stade critique. Si nous voulons éliminer le crime à Chicago, nous ne devons pas éduquer Chicago et le repeupler de membres de l’Armée du Salut ; nous devons éliminer les communautés de la taille de Chicago.

Napoléon ou Hitler furent d’abord agressifs uniquement envers ceux dont ils savaient pour triompher facilement. Mais chacune de leurs conquêtes augmenta leur pouvoir jusqu’à ce qu’ils soient si puissants qu’ils aient quelques raisons de croire qu’aucune alliance ne sera en mesure de les arrêter. Quant on voit où les partisans de l’unification nous ont menés, appliquons la théorie de la taille à l’Europe. Nous devons démanteler les nations pour une nouvelle fournée de petits États, l’Aragon, la Catalogne, la Bohème, la Moravie, la Slovaquie, la Macédoine, la Transylvanie, la Moldavie, la Bessarabie, et ainsi de suite. Un fait saute aux yeux, il n’y a rien d’artificiel dans cette nouvelle carte. Il s’agit en fait du paysage originel européen. Dans un monde composé de grands comme de petits États la guerre existera toujours. La violence et autres traits de caractères indésirables sont liés à la nature humaine. Au Moyen Age, il y avait quelque part en Europe une guerre déclarée presque chaque jour. Mais les guerres médiévales étaient de petites vagues jamais grosses au point de prendre les proportions d’une marée qui aurait recouvert le continent entier. Les problèmes de la violence ne disparaissent pas, ils sont juste réduits à des proportions supportables.

Leopold KOHR, L’effondrement des puissances (éditions RN 2018, 1ère édition 1957 : The Breakdown of Nations )

à lire sur notre blog biosphere :

4 mai 2019, De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

20 juillet 2016, À lire, The Breakdown of Nations (Leopold Kohr, 1957)

la BAD, base autonome durable

J’ai (Piero San Giorgo) longuement conversé avec des survivalistes américains. Je suis arrivé à la conclusion que le seul moyen de survivre c’est de s’établir dans un endroit éloigné des zones de trouble potentiel et d’acquérir une autonomie aussi grande que possible pour tout ce qui concerne l’eau, la nourriture et l’énergie tout en s’intégrant dans une communauté locale. J’ai été autorisé par ses inventeurs à développer l’idée de BAD (base autonome durable), un programme construit sur 7 éléments fondamentaux : eau, nourriture, hygiène et santé, énergie, connaissance, défense et lien social.

C’est lorsque le puits est à sec que nous apprécions la valeur de l’eau… L’idéal est de produire soi-même sa nourriture… Nous serons confrontés à la disparition des services de soins et de santé, vous n’aurez pas intérêt à être malade… La seule énergie gratuite est celle que vous n’avez pas besoin de générer… Celui qui possède un métier est comme celui qui possède un château fort… Si vis pacem, para bellum car le plus grand danger pour l’homme reste l’homme… Le lien social est le septième et dernier élément fondamental d’une BAD.

Vous ne pourrez survivre longtemps seul. Vous devez constituer un réseau, vous intégrer à des communautés grâce à des relations mutuellement interdépendantes, et faire en sorte que les gens et les groupes de gens autour de vous aient le moins de raisons possibles de vous agresser et qu’ils s’associent à vous pour une défense commune. Etre capable de survivre seul, c’est bien. Mais la force est aussi dans le nombre. Imaginez un village entier, une vallée organisée pour une production optimale de ressources alimentaires et énergétiques et une mise en commun des savoir-faire (médecins, maçons, etc.), créer une meilleure défense et entreprendre des travaux pour le bien commun. Ce genre de communautés se met déjà en place, Résilience communautaire en France, Transition Towns, Post Carbon Cities et Relocalisation Projects au Canada, Belastbar Gemeinde en Allemagne…

La BAD peut être individualiste, mobile, 100 % survivaliste, par exemple avec un voilier. Mais le meilleur choix possible et la BAD rurale, où on s’enracine dans tous les sens du terme. Rappelez-vous que toute richesse est d’abord issue de la terre nourricière. La mise en place d’une BAD en ville peut avoir du sens si vous n’avez pas les moyens pour mettre en place une BAD en milieu rural. Choisissez une ville de taille moyenne, traversée d’une rivière, avec une centrale hydroélectrique toute proche. Vous avez aussi l’option d’une BAD délocalisée. Mais qui peut vous garantir qu’en tant que riche étranger, vous ne finirez pas victime de nettoyages ethniques ?

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

la résilience selon Piero San Giorgo

Des capacités de résilience ? Avec l’effondrement économique, les Etats seront incapables de fonctionner. Ce sera la fin du salariat. Fini aussi l’assistanat de l’Etat providence ! Les retraités, les handicapés et les malades auront intérêt à avoir une famille qui s’occupe d’eux. Sans transport automobile, les villes vont radicalement changer d’aspect ; les gratte-ciel seront laissés à l’abandon et resteront un témoignage de l’époque des énergies fossiles abondantes. On peut imaginer que des organisations continuent d’exercer une forme de gouvernement sur un territoire plus réduit. Des régions, devenues de fait autonomes, du moins celles qui ne seront pas plongées dans le chaos, sauvegarderont un relatif maintien de l’ordre.

Toute entreprise devra redevenir locale. La richesse consistera en l’accès à des ressources physiques, comme la nourriture et l’eau potable, et à des intangibles, comme les relations et les réseaux. La vraie richesse sera surtout celle du savoir-faire : savoir cultiver un potager, réparer des batteries et des panneaux solaires, etc. Les petites fermes vont s’en sortir grâce à leurs connaissances et à leur taille. Les artisans redeviendront vraiment utiles, forgerons, bottiers, menuisiers, etc.

Ceux qui possèdent la terre pourront permettre à certaines familles de s’établir en échange de leur travail. Mais ces propriétaires auront intérêt à savoir défendre leur domaine contre les pillards, ils pourront embaucher des milices. Ce sera le retour d’une sorte de système féodal. Mais une fois le pire de la crise passé, on assistera sans doute, du fait de la vie en communautés plus petites et plus proches de la nature, à un retour à la spiritualité naturelle, à un ré-enchantement du monde pour lui redonner du sens.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Survivaliste à 8 ans, Yves Cochet a 73 ans

En 2015, l’institut Ipsos avait interrogé 500 enfants de 8 à 11 ans sur leur vision de l’écologie : 63 % des sondés estimaient alors que la planète était en mauvais état. Et, pour 87 % d’entre eux, les adultes ne faisaient pas ­assez d’effort pour protéger l’environnement.Aujourd’hui, les jeunes générations ne cessent d’entendre des discours alarmants qui infusent en profondeur dans leurs petits cerveaux ; l’angoisse qui imprègne le monde des adultes a immanquablement un impact sur eux. L’attrait de mon fils* de 8 ans pour le survivalisme n’est donc pas la perpétuation d’un habitus familial, mais peut s’envisager comme une réponse singulière à la crise écologique. Il s’est progressivement transformé en survivaliste en culottes courtes ; son petit sac à dos, qu’il désigne lui-même comme son « kit de survie », doit permettre – en théorie – de parer à toute situation d’urgence, lampe de poche à manivelle, une paire de jumelles, une boussole, une mini-trousse de premiers soins, un sifflet, une bougie, un Opinel à bout rond, etc. Tout pour faire plaisir à Yves Cochet, constant oiseau de mauvaise augure et ardent partisan de la résilience communautaire.

Son projet de motion collapso pour le Congrès d’EELV de novembre 2019, en bref : « L’effondrement est comme un trou noir qui attire à lui toutes les certitudes passées. Si, comme moi, on croit au scénario d’un effondrement systémique, global, imminent, comme le scénario le plus probable des trente prochaines année sur Terre, alors toutes nos pensées et nos actions doivent être orientées par ce trou noir, cet attracteur, ce magnétisme. La période 2020 – 2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. À quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050). De telles affirmations s’appuient sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens de rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement systémique mondial imminent dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin. La seconde étape, dans les prochaines années trente, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en France en 2035 ?), et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains résidus recyclables de la civilisation thermo-industrielle en ruine.

On peut espérer que s’ensuive une troisième étape de renaissance.Il découle de notre scénario central que l’essentiel de la vie humaine dépendra bientôt de l’échelon local. Les États, les institutions internationales, les firmes transnationales étant défunts, seuls les groupements humains locaux pourront maintenir une certaine civilisation. D’abord en réexaminant comment satisfaire, à moindre empreinte écologique, les besoins de base de toute société : air, eau, alimentation, vêtements, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et connaissances, outils, santé, justice, institutions politiques, imaginaire collectif (les valeurs partagées) qui soude la société. Afin de préparer ce vaste mouvement d’exode urbain, d’autosuffisance locale et de société Low Tech, indiquons quelque orientations pour cet objectif de résilience locale (…) »

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Parentologie : Mon fils est un survivaliste

Urgence écolo contre politique des petits pas

La ministre de l’écologie Emmanuelle Wargon* dit le contraire de ce qu’il faudrait penser. Démonstration :

Emmanuelle Wargon : Se coltiner le réel suppose de faire des compromis, d’avancer étape par étape. Nicolas Hulot avait beaucoup plaidé pour que son ministère s’appelle transition écologique et solidaire, or, l’idée même de transition, c’est d’y aller progressivement. L’ambition du président de la République et du premier ministre est intacte, et même renforcée.

Biosphere : Lors de sa démission du gouvernement il y a un an, Nicolas Hulot dénonçait la politique des « petits pas » en matière écologique. L’éveil de Macron à l’urgence écologique peut se résumer par l’expression « Lentement mais pas trop vite ». Sa ministre de l’écologie est au diapason. Il y a longtemps que la situation n’exige pas une « transition », mais une écologie de rupture.

Emmanuelle Wargon : La position gouvernementale pose la question de savoir si la transition écologique est compatible ou non avec le libre-échange et l’économie de marché. Ma réponse est oui. Dire que l’on va fermer les frontières à tout n’est pas la solution. Nous n’avons pas d’alternative à l’économie de marché en tant que système. Elle a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté dans le monde pendant les trente dernières années.

Biosphere : Business as usual ! Voir que l’on fait du surplace au niveau du discours gouvernemental est terrifiant. La relocalisation des activités n’implique pas la fermeture brutale des frontières, mais un soutien net aux circuits courts par la taxation des produits qui voyagent inutilement. L’économie de marché nous envoyait dans le mur, le système de l’offre et de la demande ne se soucie que du court terme, on a besoin d’une régulation politique des prix pour favoriser le long terme. Par exemple le prix de l’essence devrait déjà être au dessus de 10 euros et les consommateurs devraient savoir que la pénurie croissante des ressources implique des changements drastiques de leur comportement. Sobriété ne veut pas dire pauvreté.

Emmanuelle Wargon : Si les engagements pris par les pays du Mercosur, et en particulier le Brésil, en matière de protection de l’environnement et de la biodiversité ne sont pas tenus, la France s’opposera à la ratification de cet accord et cela bloquera son application. Notre position est claire et sans ambiguïté.

Biosphere : Comme quoi Macron s’est aperçu que le libre-échange n’avait pas que des vertus. Il était ridicule d’importer des protéines végétales au détriment de l’Amazonie alors qu’il faudrait tendre à l’autonomie alimentaire de chaque pays.

Emmanuelle Wargon : L’opinion publique nous demande d’être capables de passer à l’acte, et cela implique des changements profonds de politiques publiques qui prennent du temps. On a vu, avec le mouvement des « gilets jaunes », qu’on ne peut agir de façon dogmatique ou péremptoire.

Biosphere : Des mesures radicales sont nécessaires, mais elles font perdre un électorat potentiel… Si on suit cette voie, on ne pourra éviter la catastrophe. Un gouvernement digne de l’impératif écologique doit savoir distinguer les revendications multiples et disproportionnées des Gilets jaunes et l’évolution de l’opinion publique. Nos concitoyens se rendent compte de plus en plus clairement que les menaces planétaires vont exiger beaucoup d’efforts individuels et collectifs pour éviter les larmes et le sang. Gouverner ne veut pas dire « faire plaisir » !

Emmanuelle Wargon : L’opinion publique nous demande d’être capables de passer à l’acte, et cela implique des changements profonds de politiques publiques qui prennent du temps. Les agriculteurs, par exemple, on leur donne jusqu’en 2025 pour réduire de 50 % leur consommation de pesticides. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, il faut trouver des solutions alternatives.

Biosphere : Les plans de réduction des pesticides, c’est comme l’isolation des logements ou la fermeture des centrales nucléaires: tous les cinq ans on fait un nouveau plan pour dire qu’on se donne cinq ans pour agir, parce qu’il faut « laisser du temps au temps ». Conséquence, le plan Ecophyto issue du Grenelle de l’environnement en 2007 devait déjà réduire de moitié l’utilisation des pesticides en 2018 ; on constatait en 2015 que l’objectif ne serait pas atteint, alors on a inventé Ecophyto 2, et la consommation de pesticides a continué d’augmenter. Les solutions alternatives, c’est l’agriculture biologique !

Emmanuelle Wargon : Je ne sais pas ce que diront les citoyens au sujet de la taxe carbone. Mais, la logique, c’est qu’ils nous entraînent, qu’ils nous aident à faire les changements le plus vite possible tout en les rendant acceptables. La taxe carbone permettrait de financer toujours plus d’actions pour l’écologie. Le produit de toute augmentation devrait être alloué à 100 % à la politique écologique. Cette taxe permet de montrer à tout le monde que les carburants fossiles ont un impact sur l’environnement. Mais elle ne saurait être réintroduite sans accord démocratique.

Biosphere : Si on comprend bien la ministre de l’écologie, il faut une taxe carbone, mais il faudrait d’abord attendre l’avis de l’opinion publique. A ce rythme, on aboutira au choc pétrolier ultime sans avoir modifié quoi que ce soit de nos structures énergivores. C’est pourquoi, les illusions macronistes dissipées, un gouvernement futur sera obligé d’instaurer une carte carbone, le rationnement de l’énergie.

* LE MONDE du 27août 2019, Emmanuelle Wargon : « L’idée même de transition écologique, c’est d’y aller progressivement »

Suivre l’enseignement de Vandana Shiva

Vandana Shiva est une scientifique de formation, ayant soutenu une thèse sur les fondements de la théorie des quanta. Elle est devenue une activiste soutenant le mouvement Chipko des années 1970 pour protéger les arbres, et fondatrice du mouvement Navdanya de diffusion des semences paysannes. Dans les deux cas, scientifique et engagée, elle a appris l’interconnexion et la non-séparabilité ; en d’autres termes l’écologie ou analyse des interdépendances. Dans son livre*, elle dénonce les mécanismes de domination qui vont à l’encontre de son combat pour la vie. Le titre en anglais est parlant, « Oneness v/s the 1% », même seul on peut agir contre les destructeurs. Entre 2009 et 2012, le 1 % le plus riches des Américains a engrangé 95 cents à chaque augmentation de revenu de 1 dollar. Bill Gates, Warren Buffet, Marc Zuckerberg… sont à l’actuel règne de 1 % de la population ce que Rockefeller était à l’ère des barons pilleurs. L’empire de ces personnes, prenant même la forme d’un philanthrocapitalisme, est bien décortiqué par Vandana Shiva. Les milliardaires gagnent de l’argent grâce à l’argent, contrôlant au passage nos univers réels et imaginaires, créant des monopoles et annexant les biens communs. Face à cette toute-puissance, que faire ?

Vandana Shiva s’inspire des enseignements de Gandhi pour s’affranchir de l’Empire britannique. Le swaraj ou apprendre à nous gouverner nous-mêmes, le swadeshi ou autosuffisance d’économies locales, le satyagraha ou vérité de la désobéissance civile. Vandana a montré l’exemple par son activisme, il suffirait que nous suivions son chemin. Car la planète est au plus mal et ni la Lune ni Mars ne sont habitables. Un livre pour nous libérer des puissances financières… il n’y a de servitude que volontaire !

* Vandana Shiva, « 1 % (reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches) » aux éditions rue de l’échiquier

édition originale en 2018 sous le titre « Oneness v/s 1 % (Shattering Illusions, Seeding Freedom) »

Biosphere-Info, l’écologie de la tomate

  1. Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO,
  2. il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

Les tomates sont au cœur de bien des controverses, par exemple bio ou pas bio ? Depuis le 11 juillet 2019, le Comité national de l’agriculture biologique a autorisé le fait que des tomates élevées sous serre chauffée bénéficient du label bio. Si nous avions le respect des cultures non industrielles, les tomates ne seraient accessibles sur les marchés que de juin à octobre. Biosphere-Info vous offre en ce mois de tomates mûres à point un éventail des différents aspects de l’écologie de la tomate, ce qui concerne aussi bien l’agriculture que l’alimentation, l’économie, la technique… Voici quelques extraits de notre blog biosphere :

AGRICULTURE

Cuba, un modèle que la France suivra un jour ou l’autre

En perdant le soutien de l’Union Soviétique, l’économie de Cuba est entrée en crise car la structure productive agro-industrielle, fondée sur la monoculture de la canne à sucre, s’est décomposée. Puis quelque chose à changé : à la place des cultures de canne à sucre sont nés des milliers de petits potagers sur lesquels sont cultivés des fruits et des légumes. De 50 000 couples de bœufs présents à Cuba en 1990, on est passé à 400 000 en 2000. Les Cubains sont passés des tracteurs aux couples de bœufs, des mécaniciens aux artisans du cuir, des joints à cardan aux harnais, des engrais chimiques au fumier, des boîtes de conserve au coulis de tomate.

L’autoproduction, une voie vers la décroissance ?

L’autosuffisance individuelle est quasiment inatteignable : seul, vous êtes vite confronté à vos limites. Vous pouvez éventuellement faire un petit potager, mais pas davantage. La coopération entre individus est nécessaire, essentielle. C’est pourquoi l’autoproduction c’est aussi un réseau de liens. C’est d’ailleurs une des motivations de ceux qui s’investissent dans les jardins potagers. Quand on a beaucoup de tomates, on en donne aux voisins, à la famille. On troque avec d’autres jardiniers. L’autoproduction c’est aussi une voie vers la décroissance. Elle va avec une forme de sobriété.

Nos vœux pour 2018, une Grande Métamorphose écolo

Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. Le compost d’appartement devient une obligation consentie. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Mais les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines…

Des tomates sur son balcon, une nécessité pour tous

A la fin du XIXe siècle, la petite maison familiale avec jardin potager semblait la forme idoine de l’urbanisme résidentiel. Aujourd’hui les Chinois sont « à la recherche de graines et d’outils permettant de transformer leur balcon en potager. » Le gouvernement est favorable au développement de ces potagers d’appartement…

Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

Si tu tues les taupes, les vermines vont pulluler, tu auras beau les « sous-soler », elles remonteront. Tu peux tout tuer, y aura du reste, du rabiot. Les petits, ça grossit plus vite que les gros ! C’est au-delà de l’intelligence humaine comment on cultive la terre actuellement. Les tomates sur la laine de roche et j’en passe… Les hommes veulent dompter la nature, les bêtes y vivent, et bientôt la culbute !

ALIMENTATION

Malbouffe, le dico (les dossiers du Canard enchaîné)

« Il n’y a pas d’intérêt à produire des tomates de qualité si on n’est pas dans un circuit court, car la qualité est antagoniste du rendement » (Mathilde Causse, unité « génétique et amélioration des fruits et légumes » à l’INRA)…

Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

On peut fabriquer du fromage avec de l’eau, du tofu, de l’huile de soja, de l’huile de noix de coco non hydrogénée, des flocons ou de l’amidon de pomme de terre, du jus de tomate, du riz brun fermenté, de la farine de caroube, de la gomme arabique, du vinaigre de pomme – tous garantis bio et avec les additifs, conservateurs, stabilisants, arômes et colorants «  naturels  » de rigueur…

légumes BIO ?

Au printemps 2006 en France, la publicité pour une coopérative de fruits et légumes proposait « des fruits et de légume BIO en toutes saisons. » Les tomates étaient disponibles d’octobre à juin, les tomates cerise toute l’année et les poivrons de décembre à mai. Bien entendu la gamme proposée était composée d’une grande variété de produits non cultivés en France. Peut-on se féliciter de l’aide apportée par la France à des villages africains en leur achetant des mini-haricots verts exportés tout frais par avion ?

Pourtant Yannick Jadot mange des tomates en hiver !

Les réponses de Yannick Jadot, seul candidat déclaré au nom de l’écologie pour la présidentielle 2017, au « Portrait chinois » de Raphaëlle Besse-Desmoulières :

Vous êtes un geste pas écolo… « Je suis accro aux tomates, même l’hiver ! »

ECONOMIE

homicide volontaire

Morceaux choisis de Terre-Mère, homicide volontaire de Pierre Rabhi : Un camion de tomates a quitté la Hollande pour l’Espagne. Dans le même temps, un camion de tomates quittait l’Espagne pour la Hollande. Ils se sont percutés à mi-chemin, dans la vallée du Rhône. On est, loi du marché oblige, en pleine chorégraphie de l’absurde.

sauvons la Terre

Comme René Dumont, Lester Brown porte sur le monde une démarche d’agronome, avec la même question fondamentale : Qu’est-ce qu’on va manger demain ? En 1948, Lester n’a que 14 ans quand il se lance dans la culture des tomates. En 1957, quand Lester décide de passer à autre chose, sa récolte de tomates est de 700 tonnes ! Rattaché au ministère de l’agriculture, Lester étudie fin 1962 l’Asie en montrant qu’on ne peut faire abstraction de ses relations avec le reste du monde : toute vision juste est obligatoirement globale. Le résultat, un rapport qui montre qu’on va vers une crise alimentaire mondiale.

fin de la DIT

La division internationale du travail (le libre-échange) repose sur des hypothèses fantaisistes qui font qu’il serait préférable que le Portugal se spécialise dans la production de vin et l’Angleterre de drap, « là où son avantage comparatif est le meilleur ». L’échange international reposerait donc sur le déplacement lointain de marchandises différentes. Cela fait longtemps que cette fable n’a plus court, des automobilistes français préfèrent les voitures allemandes et réciproquement. J’adore aussi cette remarque de Pierre Rabhi : « Un camion de tomates a quitté la Hollande pour l’Espagne. Dans le même temps, un camion de tomates quittait l’Espagne pour la Hollande. Ils se sont percutés à mi-chemin, dans la vallée du Rhône. On est, loi du marché oblige, en pleine chorégraphie de l’absurde. » Tant que cette DIT ne profitait qu’à l’ensemble des pays riches, on persévérait dans la logique de l’absurde. Mais la donne a changé.

Une taxe carbone, passage obligé vers une société sobre

En renchérissant le prix de l’énergie fossile, on privilégie la responsabilisation de chaque producteur et de chaque consommateur, afin qu’il programme ses activités en évitant les surcoûts énergétiques. Des habitudes considérées comme « normales » (circuler en voiture à sa guise, brancher la climatisation, manger des tomates toute l’année…) devront évoluer dans le sens d’un civisme écologique. Or le principal déterminant de la consommation d’énergie, c’est le prix ou, plus exactement, la fraction de pouvoir d’achat qu’il est nécessaire de consacrer à l’énergie.

La démondialisation contre le quotidien Le Monde

Après avoir donné la parole aux contempteurs de la démondialisation, Zaki Laïdi le 30 juin et Pascal Lamy le 1er juillet, l’éditorial du Monde (2 juillet 2011) abonde dans leur sens en reprenant le même argumentaire : « Aujourd’hui les frontières entre le commerce international et le commerce domestique s’effacent puisque les chaînes de production sont globalisées. » La notion même d’importation et d’exportation perdrait ainsi de son sens traditionnel. Il n’y a donc rien à faire. Comme s’il était normal qu’une chaîne de fabrication de voiture soit bloquée parce qu’elle ne reçoit plus des composants d’un pays lointain comme le Japon. Comme s’il était normal d’échanger des voitures, des tomates et des vêtements entre pays parfois éloignés de milliers de kilomètres. Le faible coût actuel de l’énergie a bien tourné la tête de nos penseurs médiatiques.

TECHNIQUES

impuissance OGM

Le Monde annonce la couleur dès le titre : «  OGM : la hausse des rendements contestée ». Après vingt ans de recherches et treize  ans de commercialisation du soja et du maïs transgéniques, les fermiers américains qui ont recours à ces semences n’ont guère récolté davantage à l’acre ! Cette conclusion d’un rapport récent du MIT était déjà annoncé en 2006 par le ministère américain de l’agriculture qui ne constatait pas d’améliorations significatives des rendements. Quelques précisions complémentaires :

Alors que la tomate « flavour savor » est en 1994 le premier organisme génétiquement modifié, les variétés de soja représentaient déjà cinq ans plus tard 55 % des surfaces cultivées aux USA et celles de maïs 35 %

OEM, on est cuit

Nikola Tesla (1856 – 1943) démontre l’existence et l’importance des ondes électromagnétiques. Il découvre le principe du radar, définit les bases des machines télécommandées mais, à force de manipuler les ondes, il finit par s’empoisonner. Le prolifique inventeur devient hyper sensible à toute stimulation sensorielle, le bruit lui est intolérable, la moindre vibration est une torture. Nicola Tesla est le premier à publier des travaux sur la toxicité de ces ondes. En mars 2007, des chercheurs de l’université de Clermont Ferrand démontrent que des tomates, exposée à des valeurs de champs inférieurs à 5 volts par mètre (la norme actuelle des antennes relais est de 41 V/m en France contre 0,6 V/m en Autriche et 0,5 V/m en Toscane) subissent des effets biochimiques comparables à ceux que l’on observe à la suite d’un choc ou d’une blessure.

LM, quotidien de merde ou quotidien de référence ?

LE MONDE devient un composite de Paris Match, l’Equipe et la presse de caniveau. Rien à dire de sérieux sur l’état de la planète, on consacre une demi-page à un ponton flottant japonais échoué sur la côte américaine suite au tsunami… Il faut donc lire « M le magazine du MONDE » pour trouver, au milieu d’une série d’articles mode/beauté/design, une tentative d’article de fond sur le goût perdu de la tomate : sept pages, mais trois comportant uniquement une photo. Quant au contenu, inutile de chercher une attaque en règle contre les semenciers. C’est seulement la faute à la consommation de masse si on propose des tomates hybrides (qui ne se replantent pas) dont on a volé le goût. Et l’article de conclure que l’histoire du « vrai goût » n’est que de l’ordre du fantasme.

CONCLUSION : croissance zéro et début de la sagesse

Pour adhérer au mouvement pour la décroissance heureuse, il suffit :

–          d’autoproduire le yaourt ou n’importe quel autre bien primaire : le coulis de tomate, la confiture, le pain, les tartes, l’énergie thermique ou électrique, des objets ou des outils ;

–          d’offrir gratuitement des services à la personne qui se font en général contre paiement : assistance aux enfants dans les premières années, aux personnes âgées, aux mourants. »

Fusils partout, biodiversité nulle part

LOUPS, communiqué de presse FNE, en bref : « En autorisant la destruction de 100 loups, le gouvernement français ne fait que frapper de façon indiscriminée une espèce protégée. Cette attitude est aberrante, aveugle et lâche (…) La France est le pays d’Europe où le montant des aides et indemnisations liées à la présence du loup est le plus élevé (de 8 à 20 fois plus), sans qu’aucune vérification de leur emploi ne soit effectuée. Il est celui où le nombre de victimes par rapport au nombre de loups présents est le plus élevé. Il est également celui où le plus grand nombre d’abattage de loups est autorisé. Ne cherchez pas l’erreur : cela est le résultat concret de la démagogie avec lequel ce dossier est conduit. Cela coûte beaucoup, ne produit pas d’effets, et le gouvernement s’en moque puisque la seule à pâtir concrètement de cette situation est la population de loups. »

Voir le communiqué

La justice protège le nucléaire

La justice a interdit à Greenpeace de s’approcher des convois de déchets nucléaires, voici les réactions (presque) unanimes pour saluer sur lemonde.fr cette décision :

Gerard Grunblatt : 10 contributions a 14h34 ce samedi toutes très négatives pour Greenpeace. Il semble donc que Greenpeace n’ait pas la faveur des lecteurs du Monde intéressés par ce sujet. Bonne nouvelle

Reggio : Si les militants de Greenpeace avaient mis autant d’énergie (!) a combattre les fossiles qu’ils en ont mis pour le nucléaire, peut être que nous n’en serions pas là où nous en sommes : 410ppm CO2, augmentation de 2%/an en progression, seuil des très très gros emmerdements à 500…C’est dans pas bien longtemps…et ça va faire très très mal…

JJ14 : Si Greenpeace voulait vraiment faire quelque chose d’utile pour l’environnement, ils bloqueraient les livraisons de charbon aux centrales thermiques allemandes.

Untel : On devrait aussi s’interroger sur le bilan de Greenpeace. Depuis qu’ils font, pardon, leur cirque, à quel résultat concret cela a-t-il mené ?

pierre guillemot : On comprend que ces organisations qui appartiennent au monde du spectacle (se faire voir pour que les donateurs se réjouissent) opèrent en Europe, et en France en particulier, et pas dans les pays sans caméras, ni dans les pays où les forces de sécurité ne sont pas inhibées. Aux USA, on ouvrirait le feu sur les envahisseurs de centrales atomiques et la police viendrait vérifier que les cadavres sont tombés ã l’intérieur de la clôture.

Dmg : Les déchets nucléaires, c’est un des totems des zécolos : si on démontre qu’on sait les transporter, les traiter, les stocker, l’essentiel de leur argumentaire délirant s’effondre. Et donc, ils font tout leur possible pour nuire à la bonne marche du processus,

Orion : Excellente décision de la Justice !! Greenpeace se croit au-dessus des lois de la République depuis trop longtemps. Il était plus que temps de mettre fin aux actions dangereuses de ces idéologues anti-nucléocrates de service. Les faits sont qu’il y a 19.000 convois par an et aucun accident à déplorer. Cela doit certainement gêner cette ONG…

Diryan : 19000 convois par an et pas d’accident, qu’en dites vous, messieurs de Greenpeace. Et que proposez vous comme énergie pas chère en remplacement. C’est vrai que les gilets jaunes dans la rue, ce n’est pas votre problème. D’ailleurs, on ne vous a pas entendu beaucoup à ce sujet.

Bernard Naud : N’en déplaise à Greenpeace ces convois entre le site de la Hague et Valognes ne sont point cachés. Il faut savoir que des combustibles irradiés qui arrivent à La Hague, 97% sont récupérés afin d’être réutilisés, les 3% restant, les fameux déchets, sont vitrifiés sur place puis stockés en attente d’un stockage définitif ….

jacques Fauvet : Greenpeace sert à faire vivre sa bureaucratie et à rien d’autre

Dupanloup : A quand une grande enquête sur les ong élues par personne proches de l extrême gauche pro immigration évidemment contre le nucléaire alors que cette energie est la plus propre du moment

MD : Enfin, on se rend compte du danger de ces ONG anglo-saxonnes. Quels sont leurs buts réels ? D’où vient l’argen t?

Elzéard : le « danger de ces ONG anglo-saxonnes » ? Oui, sans doute : de la peinture orange sur un convoi est extrêmement dangereux alors que les « colis » de déchets radioactifs qu’il transporte sont eux totalement anodins nos enfants pourront en témoigner…

Michel SOURROUILLE : Je suis très étonné de l’unanimité anti-Greenpeace des commentaires, à croire que le lobby du nucléaire a rameuté ses troupes dès la sortie de l’article. Accuser Greenpeace de ne pas agir dans d’autres domaines que le nucléaire n’est pas un argument, aucune association environnementale n’est totipotente. Par contre aucun commentateur n’envisage les différents problèmes posés par le traitement des déchets, le démantèlement, le coût de l’EPR, etc. Dire qu’il n’y a pas d’accident ferroviaire, c’est occulter Tchernobyl et Fukushima ! Le financement de Greenpeace est inattaquable, pas de subventions, uniquement des donateurs, des bénévoles et une administration réduite au minimum. Il faudrait que les commentateurs nous indiquent le coût démesuré du nucléaire subventionné par l’État depuis de Gaulle.

le Survivalisme selon Piero San Giorgo

Quelques citations pour mieux comprendre le survivalisme :

– Je ne veux pas vous faire peur, mais je crois que la convergence des immenses problèmes auxquels l’humanité fait face et d’une culture et d’un leadership défaillants rend la catastrophe inévitable.

– Ce que l’on conçoit comme une complexité technologique est en réalité une simplification des flux. Une seule espèce cultivée en monoculture est certes efficace mais va épuiser le sol de ses éléments nutritifs, faciliter l’érosion et finalement détruire rapidement ce sol, et pour longtemps. L’efficience est la route la plus rapide vers l’enfer.

– Nous consommons les ressources de la planète pour acheter avec de l’argent que nous n’avons pas des choses de mauvaise qualité, dont nous n’avons pas besoin, fabriquées par des ouvriers surexploités, pour impressionner des gens que nous n’aimons pas et pour finir dépressifs, insatisfaits et malheureux.

– Au lieu de chercher à faire rouler une voiture avec autre chose que du pétrole, il serait temps de réfléchir à un mode de vie sans voitures.

– Si vous avez la liberté de pouvoir choisir entre 50 types de céréales mais ne pouvez choisir de voter qu’entre deux ou trois partis politiques aux programmes semblables, en fait nous n’avez aucune liberté réelle.

– Cette ferme est tenue par une communauté d’anciens babas cool écolos et leurs enfants. Ils ont tout ce qu’il faut, de l’eau, des panneaux solaires, un très grand potager, un élevage de chèvre. Ils ont recueilli une vingtaine de personnes. Le patriarche explique que la violence ne résout rien et que l’esprit est plus fort que les armes…. La ferme fut occupée par un gang de motards. Tous les habitants furent torturés puis tués, les femmes furent violées, les stocks pillés et la ferme brûlée.

– Une arme à fort impact psychologique dissuasif est le fusil à pompe : le clic-clac caractéristique de celui-ci lorsqu’on charge une cartouche est généralement suffisant pour que les agresseurs se calment et quittent la zone.

– Ses amis milliardaires qui étaient restés à Saint Tropez se sont fait attraper par une horde de chômeurs affamés alors qu’ils essayaient de se rendre, par convoi de limousines, à l’aéroport de Nice. Il paraît que la vue de leurs corps pendus aux réverbères était terrifiante.

– Un voleur de volaille s’est fait attraper et a été immédiatement jugé par le chef coutumier du village. Il a été lapidé. On ne plaisante pas avec la nourriture. C’est trop important.

– Appréciez les vieilles technologies. Les outils d’antan qui fonctionnaient sans électricité et qui étaient inusables sont ceux dont vous avez besoin. Apprenez à faire les choses par vous-même. Soyez frugal et souvenez-vous du mode de vie de vos grands-parents. Apprenez à être en phase avec la nature et à suivre les saisons.

– La survie, ce n’est pas les choses qu’on accumule. C’est des compétences qu’on acquiert.

– Bien qu’au moins 60 % de la population mondiale ait disparu en moins de deux ans, il reste de l’espoir.

– « Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue. » (Victor Hugo)

Piero san Giorgo in Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Le survivalisme, pour résister à l’effondrement

Quel que soit l’avenir, je préfère y faire face entouré de gens de ma communauté locale que je respecte et que j’aime, les gens à qui je fais confiance et sur qui je sais que je peux compter. Nos rapports de proximité mesurent notre vraie richesse. Les collapsologues dans leur dernier livre* précisent : « Chez certains survivalistes, l’heure est à la création de Bases autonomes durables, de lieux propres à assurer l’autonomie de ses occupants après l’effondrement. Chez les transitionneurs, il y a tendance à l’écovillage, d’apparence moins renfermé sur lui-même. Chez les zadistes, les BAD sont appelées ZAD (zones à défendre). Constituer des communautés, c’est se rendre compte que l’union fait la force. Si l’on pousse un pas plus loin cette démarche, on ne peut que souhaiter la constitution de véritables réseaux des tempêtes (selon Joanna Macy, faisant des ponts entre ZAD, BAD et autres écovillages… afin d’augmenter nos capacités de résilience et à diminuer les chances de nous étriper. »

Nous pensons que là est la véritable solution aux crises socio-écologiques qui s’annoncent de plus en plus violentes. On peut rajouter bien d’autres expressions comme communautés de résilience, villes en transition, biorégions, municipalisme, etc. L’idée générale est de promouvoir la relocalisation, les circuits courts, l’autonomie alimentaire et énergétique, la démocratie des petit groupes… Les intentions sont parfois différentes mais le projet reste le même: tout à l’ancienne, décroissance et frugalité. Les différences tiennent à la mentalité : on peut rassembler en communauté des membres d’une secte plus ou moins apocalyptique, des partisans de la loi du fusil, des pacifistes ou des racistes, des végétaliens ou des anthropophages, etc. Les humains ont mille et une manières de concevoir les rapports avec leurs semblables. Le fait à souligner, c’est que les médias commencent à s’emparer des thèses apocalyptiques au travers, comme d’habitude, un mouvements présenté comme extrême, le survivalisme.

« Issu de l’anglais survival, le terme a été inventé dans les années 1960 par Kurt Saxon, un libertarien xénophobe proche du parti nazi américain. Mais aujourd’hui les (néo)survivalistes se préparent à l’effondrement de notre civilisation. Le sociologue Bertrand Vidal a analysé ce mouvement dans « Survivalisme. Etes-vous prêts pour la fin du monde ? » (Arkhé 2018). Construire un abri en forêt, apprendre à se passer d’électricité, maîtriser les techniques de chasse et de pêche, savoir purifier l’eau et reconnaître les plantes sauvages comestibles : tel est le nouveau credo de ce retour à la terre teinté de catastrophisme. Comment s’étonner que l’extrême droite rôde autour de ce mouvement protéiforme ? »** Sur ce blog, nous préférons l’exemple d’Yves Cochet, effondriste assumé qui est parti tout seul se réfugier dans une longère près de Rennes : « Il fallait ne pas être trop proche de la ville, parce que les citadins iront saccager ce qu’il y a autour. » En complément sur notre blog biosphere :

1er décembre 2018, Biosphere-Info, le numéro qui annonce la fin d’un monde (effondrement/catastrophe/apocalypse)

26 mars 2018, Devenir survivaliste ou résilient en cas de catastrophe (salon du survivalisme)

* Une autre fin du monde est possible (Vivre l’effondrement, et pas seulement y survivre) de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

** LE MONDE du 11 juillet 2019, La tentation du « survivalisme » ?

Elisabeth Borne, l’écologie à la peine

Polytechnique, ingénieure des eaux et forêts, Elisabeth Borne intègre le ministère de l’Équipement dès 1987, c’est une technocrate. Cabinet de Lionel Jospin en 1987, directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2014-2015, puis à la tête de la RATP, c’est une politicienne qui monte. Bourreau de travail (dernier mail à 2 heures, premier avant 7 heures), réforme de la SNCF au pas de charge en juillet 2018, ministre des transports et de la fermeture des petites lignes, elle ne fait pas de cadeau. La voici ministre de la transition social-écologique en remplacement de Rugy démissionnaire. Elle perd le statut de « Ministre d’Etat, numéro deux du Gouvernement », elle fera ce que Macron lui demandera. Sur notre blog biosphere, nous avons déjà donné quelques indication sur la personnalité d’Elisabeth Borne :

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques) alors que les automobilistes sont taxés sur le carburant. La ministre des transports, Elisabeth Borne, botte en touche : « Il faut qu’on ait cette réflexion sur la taxation du transport aérien à l’échelle européenne. »  Elle a aussi jugé « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone ». L’amendement visant à interdire les vols intérieurs qui ne font pas économiser plus de temps par rapport à un même trajet en train seraient selon la ministre « contraires à la liberté d’entreprendre et à la liberté d’aller et venir ». Les députés ont aussi rejeté un amendement suggérant l’application, sur les billets, d’une taxe d’empreinte carbone aérienne, en cas d’alternative ferroviaire comparable à l’avion. La ministre a mis en garde contre les « distorsions de concurrence » et les risques de « dumping écologique et social ».

30 juillet 2018, Le futur de la mobilité, sans voitures c’est mieux !

Le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et la ministre des transports, Elisabeth Borne, ont présenté le 20 juillet, « les engagements de l’Etat en faveur de la mobilité propre et de la qualité de l’air »*. Ils préfigurent la future loi d’orientation sur les mobilités (LOM), d’abord annoncée au printemps et désormais attendue en fin d’année ou début 2019. Comme d’habitude un retard à l’allumage, de simples déclarations d’intention, une écologie superficielle qui se contente de faux-semblants : zones à circulation restreinte dites ZFE (zones à faibles émissions), le langage technocratique règne en maître quand il s’agit de ne rien faire de sérieux, il n’y aura aucune obligation pour les collectivités concernées. Le gouvernement entend aussi encourager le covoiturage et l’autopartage, les entreprises privées comme Blablacar n’ont pas attendu les directives pour agir ! Il n’y aura pas de plan vélo, Macron évite tout ce qui coûte de l’argent quand il s’agit d’écologie. Autre grand absent des « engagements », le report modal dans le transport de marchandises vers le fret ferroviaire. Comme d’habitude, Nicolas Hulot se contente de miettes !

2 janvier 2018, En finir avec les grands travaux inutiles et imposés ?

« Madame Mobilité » vient de clôturer les assises du même nom. Elisabeth Borne reçoit LE MONDE : « L’urgence, c’est l’entretien et la modernisation des réseaux, c’est l’enclavement des territoires, ce ne sont pas les LGV. A Prades, à Aurillac, à Alès, à Auch, il n’y a pas de desserte routière correcte pour être relié à la grande ville. Ces territoires vont perdre leurs emplois, les entreprises ne vont pas y rester. » Mais la même Elisabeth Borne au conseil des ministres du 13 décembre est plutôt favorable à la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes : «  L’agrandissement de l’aéroport de Nantes-Atlantique a ses détracteurs : il entraînerait des nuisances sonores, même si les avions font aujourd’hui moins de bruit. » C’est là le signe de la contradiction interne des décideurs politiques, car agrandir ou construire, c’est toujours de grands travaux inutiles ; avec les GTI on ne sort pas du schéma croissance-croissance !

Lutte des places ou écosophie à EELV  ?

Alain Coulombel, membre du Bureau Exécutif d’EELV, a sorti un livre, « De nouveaux défis pour l’écologie politique »*. Voici l’essentiel de ce qui concerne directement le positionnement du mouvement écologiste :

– La vision d’une écologie positive (qui s’opposerait à l’écologie punitive) est une vision stérile qui nous détourne de l’urgence en nous laissant croire que des mesures d’accompagnement indolores suffiraient à retarder, voire à repousser, « le temps de la fin ». Or les tensions, les basculements, les conflits de toute intensité qui se manifestent dans le monde entier nous rappellent à nos obligations de terrien et aux dangers que recèle la situation (p.165).

– Ni la vieille gauche, ni la gauche insoumise, ni la gauche de la gauche, ni l’écologie populaire, ni la droite nationale, ni la droite forte… ne sont des concepts susceptibles d’éclairer notre propre présent. Tout au plus marquent-ils notre indigence face à une situation qui nous échappe… Ni la droite, ni la gauche (sous toutes ses formes) ne sont en mesure de proposer de nouveaux agencements ou de nouveaux territoires de sens. Résister à l’irrésistible, c’est-à-dire à la domination et à la destruction sous toutes ses formes, exige une radicalité que les partis politiques (et les force militantes qui les composent) seraient bien en peine de définir (p.189 et 190).

– Les écologistes héritent d’un paysage idéologique marqué par la prégnance du discours managérial où l’esprit d’entreprise a remplacé l’Esprit tout court. Défaire chaque maillon de cette langue réifiante est un prérequis. Sans quoi toute re-composition se trouvera bien incapable de court-circuiter le présent et d’engendrer le nouveau… Quel contenu, quel prolongement – politique ou non – donner à cette radicalité dont nous nous pensons encore dépositaire ? (p.191).

– Pareille à des trous noirs, les formations politiques n’émettent plus aucun rayonnement, plus aucune idée neuve, comme désarmées idéologiquement par l’outrecuidant « principe de réalité ». Toutes sans exception (p.197)… Le parti socialiste est devenu un astre mort, sans projet et sans idées… Un temps, l’écologie politique représentée par les Verts a donné le sentiment d’une formation tournée vers la recherche d’une pratiquante différente de la politique, associée à un corpus théorique soulevant de nouveaux enjeux. Mais en se tournant exclusivement vers la social-démocratie et la conquête des institutions, les Verts (EELV) ont perdu une grande partie de leur crédit, voire de leur utilité… Ceci étant, nous ne sommes pas les mains vides. Des résistances s’inventent ailleurs et partout. De nouveaux agencement se cherchent en dehors des partis politiques (p.199 et 200).

– Qu’il s’agisse d’évoquer le communalisme, les communautés locales autorégulées, les biorégions ou les communautés biotiques, les écologistes proposent des solutions qui passent bien souvent par la redécouverte d’une essence communautaire de l’être (p.204).

– Le succès des forces productives dans la dévastation de la Terre et le déchaînement massif de la technique forme une trame sur laquelle prospère, à la fois, le nihilisme et le besoin de redonner un sens à l’existence (p.212)… La sève spirituelle est utile, ce que l’écologie profonde ou l’écologie intégrale sait depuis longtemps sans avoir prise suffisamment sur l’écologie partidaire (p.213)… Quelques expressions rendent compte de ces déplacements qui reconfigurent notre univers de sens : sobriété heureuse, simplicité volontaire, éthique de la fragilité ou recherche du bien-vivre, résonnent comme une réponse au désarroi provoqué par la dégradation du monde naturel et social (p.215).

– Nous formulons l’idée, qu’après plusieurs décennies de camisole libérale, un nouvel espace politique doit s’ouvrir malgré les forces contraires et les lignes stérilisantes, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos organisations (p.247).

– L’emprise du discours managérial sur nos vies devrait nous inciter à rechercher d’autres territoires de sens. Or l’écologie politique, en acceptant les règles du jeu, ne s’est-elle pas finalement enlisée dans le bourbier institutionnel, la lutte des places remplaçant l’écosophie mentale ? (p.249)

* Éditions Utopia, 250 pages pour 10 euros (mars 2019)

La formation idéologique au PS, le néant

Pour un parti écologiste, une formation à l’écologie paraît facile. L’écologie scientifique a mesuré les différent paramètres de la détérioration de la planète par l’activité humaine, les décisions politiques à prendre en découlent quasi automatiquement (si les politiciens étaient écologistes). Le réchauffement climatique implique par exemple de réduire nos émissions de gaz à effet de serre par des réglementations et une carte carbone. Pour un parti « de gauche », c’est bien plus difficile car le modèle marxiste à la source des affrontement patrons/travailleurs pour le partage des fruits de la croissance est devenu obsolète. Au PS, le moins qu’on puisse dire est que le flou domine dans leur matrice intellectuelle. Ainsi cet article du MONDE en témoigne, résumé  :


« Le PS n’a plus de programme ni de vision. Derrière le mantra « justice environnementale/justice sociale », répété à l’envi durant les européennes, il est difficile de trouver une pensée articulée. Le PS doit dire enfin ce qu’on entend par conversion écologique de la société. La gauche, et en particulier le PS, s’est construite sur un idéal où la croissance économique et le progrès techno-scientifique permettaient les avancées sociales et le mieux-vivre. Pour les socialistes, ce qui structure le champ politique, c’est le social. Sortir d’un modèle qui permettait quasi automatiquement la redistribution n’est pas évident. L’urgence climatique et la dégradation accélérée des milieux naturels ont remis en cause cette pensée : difficile pour des générations qui ont construit leur imaginaire politique dans ce schéma de se projeter dans un monde de sobriété forcée. Peu de choses ont été élaborées dans le domaine de l’écologie. L’université d’été de La Rochelle, du 23 au 25 août, doit donner le coup d’envoi d’un travail plus profond. Selon Laurent Baumel, « Le cœur du problème, ce n’est pas notre retard programmatique mais le fait que nous n’émettions plus. Tant que la gauche sera émiettée, elle restera inaudible. »*


De toute façon le mot gauche ne veut plus rien dire du tout tant les écrits théoriques et les diverses pratiques sont innombrables et souvent contradictoires : marxisme-léninisme, stalinisme de la planification impérative, trotskisme et maoïsme, Titisme de l’autogestion, social-démocratie et populismes, etc. Les différents candidats « de gauche » à la présidentielle 2017 en témoignent, Benoît HAMON, Nathalie ARTHAUD, Philippe POUTOU, Jean-Luc MÉLENCHON. L’impossibilité de réunir ces différents courants était clairement établi e sans qu’on sache pourquoi il y aurait une véritable opposition doctrinale entre eux. Dans ce contexte, un sympathisant « de gauche » qui préférerait un parti directement écologiste serait logique. Il ne répéterait pas inutilement des mantras du type « mort au capitalisme » ou « le pouvoir est dans la rue ». Il montrerait que le social dépend des possibilités de notre milieu de vie et pas l’inverse. Il choisirait la gestion du long terme contre des politiques de court terme adossés aux marchés et à la financiarisation. Il choisirait les équilibres globaux à rétablir, que ce soit entre les humains ou avec les autres formes de vie. Il choisirait un nouveau paradigme qu’on peut résumer en « Dé », Décroissance, Démondialisaiton, Désurbanisation, Dévoiturage, effet Débond garanti. Le problème, c’est qu’aucun candidat ne portait ce message radical à la présidentielle 2017. Le problème c’est que beaucoup trop de militants en restent à l’idée « de gauche », même s’ils sont incapables d’expliquer de quelle gauche il s’agit.
Source : LE MONDE du 7-8 juillet 2019, Les socialistes cherchent leur nouveau paradigme (leur nouvelle doctrine)

Les questions sociales vues par Alain Hervé

Social : Il faut me semble-t-il penser écologique avant de penser social. L’un détermine l’autre. Ce qui ne signifie pas que l’écologie néglige le social. Mais il faut bien voir que le social s’effondre lorsque l’écologique s’effondre. On ne peut pas répartir le poisson péché dans la mer lorsqu’il n’y a plus de poisson…

Démographie : Les individus veulent des enfants. Plus précisément ils veulent faire des enfants de la même manière qu’ils veulent une voiture, une machine à laver, une télé, un canapé… Ils déploient des efforts considérables pour contourner la stérilité ou faire survivre des fœtus gros comme deux poings. Produire un enfant, des enfants, est un droit. Et pourtant à l’évidence l’espèce humaine souffre d’encombrement. Elle s’encombre elle-même. Elle encombre les autres espèces vivantes au point de les détruire par milliers. Elle dévaste son propre biotope. Elle met en danger les paramètres indispensables à sa propre survie. A partir de 600 millions d’humains, je sais qu’ils ne songent qu’à se reproduire comme des lapins, qu’ils rejettent trop de gaz carbonique, qu’ils envisagent de transformer leur nourriture en carburant. Les six, sept milliards dont on parle m’emmerdent à se compter en oubliant le reste. Je veux dire les milliards de milliards d’autres, aussi vivants qu’eux et qui méritent de rester aussi vivants qu’eux, et sans lesquels ils ne resteront pas vivants. Les chênes et les lotus, les hérissons et les vipères, les virus et les rats, les herbes et les ours blancs… Je me souviens d’avoir lu que la politique de restriction des naissances avait permis d’éviter 400 millions de naissances en Chine pendant les trente dernières années. Autrement dit, si le pape avait gouverné la Chine, il y aurait aujourd’hui 1 milliard sept cent millions de Chinois, au lieu d’un milliard trois cents millions. En l’espace de cinquante ans, la population humaine de la planète a doublé. Pourquoi ? Pour qui ? Pour quoi faire ? Personne n’en sait rien.

Loisirs : Pour ma part, je vous dois cette confidence, la seule idée de loisir me donne la nausée. Les foules qui se portent à heure fixe vers la plage, avec une serviette de bain, un polar, les tubes de crème anti-solaire, et qui doivent tenir toute la journée sous les trous de la couche d’ozone me font pitié. Même si je sais que leur cancer de la peau leur sera remboursé à 100 %… Il semble que se vérifie sans cesse cette proposition, qu’à travail imbécile, succède presque nécessairement loisir imbécile.

4/4) Programme écologique « agriculture »

Secteur de l’agriculture et de l’élevage. Ce secteur est également responsable de l’émission de GES. A la fois par l’élevage mais aussi par l’agriculture intensive.

On sait que l’élevage des bovins est producteur de gaz méthane, un GES bien plus néfaste que le gaz carbonique. On sait aussi que les engrais et produits phytosanitaires utilisés en agriculture intensive nécessitent beaucoup d’énergie et mêmes d’hydrocarbures pour leur fabrication. Ici encore la concurrence mondiale implique de plus des transports fort polluants. L’agriculture et l’élevage tels que pratiqués aujourd’hui, ne sont pas compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique ni avec la préservation de la biodiversité.

Que nous propose t on pour changer cette situation désastreuse ? Rien ! En fait l’agriculture et l’élevage sont vus comme une production industrielle. Idem que vu ci-dessus !

Que pouvons nous faire, quelles solutions sont bonnes pour lutter contre le réchauffement climatique ? Premièrement, il faut que la production agricole et l’élevage visent uniquement à nourrir les hommes et ce de manière saine. Deuxièmement, il faut abandonner la culture intensive au profit de la permaculture, du maraîchage et revenir à de petites fermes. Ces petites fermes pratiquant également un élevage de proximité. En effet combiner agriculture et élevage crée des synergies intéressantes de nature à réduire le gâchis et la pollution. Troisièmement, il faut réduire la proportion de viande dans notre alimentation. En effet, manger trop de viande nuit à notre santé et nuit à l’environnement. Réduire cette proportion dans nos pays riches semble une évidence.Quatrièmement, il faut restaurer l’humus des sols afin que les plantes retrouvent un développement en symbiose avec la terre. Ce qui suppose également de savoir attendre que les plants s’installent et s’acclimatent à leur implantation.

De la part de notre correspondant Christian Rozé

3/4) Programme écologique « distribution »

Secteur de la production et du commerce. Notre société produit énormément de marchandises et de services. Ceux-ci ne sont pas toujours d’une utilité manifeste. Alors à grand renfort de publicité et d’informations trompeuses diffusées par les médias, on nous fait croire qu’il nous faut le dernier appareil ou le dernier vêtement ou le dernier meuble à la mode. On crée l’obsolescence automatique pour entretenir un commerce de choses qui sont en réalité inutiles voire néfastes. Et il y a beaucoup de pertes, c’est à dire de services ou de produits jetés.

Et le pire c’est que ces choses nécessitent beaucoup d’énergie pour être fabriquées. Or nous savons que toute source d’énergie est plus ou moins polluante de notre environnement, plus ou moins émettrice de GES. Que nous propose t on pour lutter contre ce gâchis lié à la surproduction ? Rien ! En fait les producteurs, les distributeurs, les revendeurs ne veulent pas entendre parler d’une baisse de leur chiffre d’affaires, d’une baisse des ventes. Pire encore, les plus gros producteurs instaurent une concurrence mondiale effrénée qui n’a d’autre but que de tuer la production locale en circuit court. Que pouvons nous faire, quelles solutions sont bonnes pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Premièrement, il faut réduire cette production en volume. Par exemple, se contraindre à baisser la production de 10 % par an. Cela paraît énorme, mais c’est peu au regard de l’incidence sur le réchauffement climatique ! Deuxièmement, il faut privilégier les circuits courts qui génèrent moins de besoin de transport et qui sont plus facilement ajustables ; ainsi toute la production est consommée en minimisant les pertes. De plus dans les circuits courts, les consommateurs et les producteurs ont leur mot à dire, l’adaptation aux besoins réels est bien plus efficace. Troisièmement, il faut limiter puis réduire la population mondiale. Cela se produira peut être automatiquement par la pénurie alimentaire, la maladie, les guerres. Mais ne serait-il pas plus raisonnable de programmer cette réduction par des accords internationaux sans doute difficiles mais bien plus utiles que les accords commerciaux souvent néfastes !

De la part de notre correspondant Christian Rozé

Quelques aphorismes d’Alain Hervé

A quoi sert l’homme ?

A quoi sert l’homme ? La biologiste Lynn Margulis propose une hypothèse : l’homme est un animal domestique élevé par les bactéries pour leur permettre de voyager et éventuellement de migrer vers d’autres planètes. Se souvenir que les bactéries occupent quarante pour cent de notre masse corporelle.

A quoi sert l’homme ? Les économistes répondent : à produire et à consommer, et que ça saute. L’homme se reposera en regardant la publicité pendant trois heures et demie par jour sur les écrans de télévision.

A quoi sert l’homme ? Après recherche, consultation et réflexion, nous proposons une réponse provisoire : à rien. Oui, je sais, il a inventé le téléphone portable, mais les pingouins et les pissenlits n’en ont rien à faire. Entre le petit trou dont il sort et le grand trou dans lequel il va tomber, il ne fait que consommer gaspiller, détruire, prêcher l’accélération, la prédation… Il se sert. Il s’est servi et il n’a rien rendu. Pourrait-il encore enchanter le monde, le servir, ne plus seulement se servir ?

Anthropocentrisme

L’anthropocentrisme ou anthropophilie est une religion comme une autre, sinon qu’elle ne se reconnaît pas comme religion. Un des prophètes de cette religion s’est exprimé un jour dans le journal Libération en affirmant : il va falloir décider si l’on veut sauver la nature ou l’homme. Ce chef-d’œuvre du crétinisme politiquement correct a le mérite d’afficher l’ignorance de ceux qui le profèrent. L’animal humain fait partie de la nature. C’est la nature qui a créé l’animal humain. L’animal humain est soumis aux lois de la nature. Il est soumis aux mêmes lois qui sanctionnent la prolifération de toutes les espèces vivantes, qui interdisent la surexploitation des ressources. L’animal humain ne peut pas survivre une seconde en dehors de la nature. Il respire l’oxygène de l’air, il mange les plantes qui ont capté la lumière du soleil… il n’a pas le choix. Un humanisme d’intelligence solidaire avec la nature est souhaitable.

Consommation

Le diplôme, c’est l’illusion de savoir sans avoir découvert ni expérimenté soi-même. Le haut salaire, c’est l’ombre capturée tandis que la proie de la vie s’enfuit. Le confort des appareils domestiques, c’est l’esclavage de leur achat et de leur entretien. La facilité de vacances éclairs à Bali, c’est l’insatisfaction d’avoir vu, sans comprendre ni participer. La retraite apparaît dérisoire après une vie massacrée par le travail.

On peut échanger immédiatement sa voiture pour une bicyclette, sa machine à laver individuelle pour une collective, une augmentation de salaire pour davantage de temps libre, un voyage au Maroc pour l’apprentissage de la botanique, une chaîne haute-fidélité pour une audition de mouettes, son patron contre un raton laveur.