écologie appliquée

décroissance et catastrophe

Les Verts affichent enfin leur unité lors de leur Congrès. Cécile Duflot est réélue secrétaire nationale et la motion commune est votée par 71 % des congressistes (LeMonde du 9 décembre). Quant au contenu, le texte se prononce pour une « décroissance sélective, équitable et solidaire ». Cela est un peu plus incisif que la plate-forme électorale des listes EuropeEcologie qui prône seulement la « décroissance des flux de matière et d’énergie». D’ailleurs dans Libé du 5 décembre, Daniel Cohn-Bendit est beaucoup moins affirmatif : « « Pour moi  la décroissance, c’est un gros mot que personne ne comprend. Comment parler de décroissance à des gens en crise ? » Alors on  vivra autrement, mais sans rien changer : « Cela signifie arrêter de produire des voitures non estampillés développement durable au profit de véhicules qui consomment moins et durent plus longtemps ». Il n’y a là aucune remise en question du véhicule individuel qui structure nos sociétés !

Derrière ces circonvolutions de langage se cachent un débat fondamental, celui de la profondeur de la crise à venir. Sur ce point, le manifeste du conglomérat EuropeEcolgie rassemblé autour de Daniel Cohn-Bendit est assez explicite : « Nous n’avons plus le temps. Tous les indicateurs sont au rouge. Notre modèle de développement est pulvérisé par les faits ! Aveuglé par l’idéologie de la croissance sans limites, dopé par le laisser-faire du libéralisme, le système productiviste fonce tout droit vers la catastrophe, tel un bateau ivre ». « Catastrophe » ? Le gros mot que tout le monde  comprend est lâché. Pourtant au Congrès des Verts, Yves Cochet et Denis Baupin ont été marginalisés sous prétexte qu’ils seraient « catastrophistes ».

La circulaire française de juillet 2004 qui gère l’EDD (éducation au développement durable), indique : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire ». Mais ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer aux jeunes que nous éduquons une réalité catastrophique, épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… La réalité est désormais surdéterminée par les krachs écologiques qui s’annoncent et qui rétrospectivement feront du tsunami financier actuel une petite vague sans conséquence. Comme l’exprime un livre d’Yves Cochet, nous allons vers la « pétrole apocalypse ».Je suis personnellement un partisan de la pédagogie de la catastrophe, mais uniquement pour que ce ne soit pas la catastrophe qui serve de pédagogie quand il sera trop tard pour  réagir.

la fête est finie

La France envisage une prime à la casse pour les véhicules particuliers qui coûtera 200 millions d’euros à l’Etat, de son côté l’Union européenne préconise une relance économique de 200 milliards d’euros. Les politiques, obsédés par le tsunami financier mais aveugle devant les krachs écologiques, veulent soutenir sans faillir une  croissance qui est en train de bousiller la planète. Cette course absurde aux milliards, dénoncée par une Angela Merkel contredite aussitôt par son ministre des finances (LeMonde du 3 décembre), symbolise les soubresauts d’une société thermo-industrielle au bout du rouleau : le pétrole se raréfie et le climat s’emballe. Il est vrai que la récession fragilise des politiques qui dépendent du verdict des urnes pour avoir le pouvoir. Alors ils promettent n’importe quoi !

Les politiques tendent à faire confiance aux économistes, car le discours utopiste et cornucopien de ces derniers  est le plus agréable à entendre ; après tout, aucun politique ne veut être le porteur de la terrible nouvelle selon laquelle notre mode de vie gourmand en énergie est sur le déclin. Depuis environ 150 ans, les sociétés industrielles ont prospéré, utilisant les ressources énergétiques fossiles pour bâtir d’immenses empires commerciaux, pour inventer de fantastiques technologies, pour financer un mode de vie opulent. Pourtant, bientôt, la fête ne sera plus qu’un souvenir lointain ; non pas parce que quelqu’un aura décidé de tenir compte de la voix de la modération, mais parce que tout le vin et la nourriture seront consommés et la rude lumière du matin revenue (cf. Richard Heinberg, Pétrole : la fête est finie !).

Un politique digne de ce nom, celui qui prépare un avenir acceptable pour les générations futures, profiterait de la crise actuelle pour commencer à bâtir une société sans automobiles individuelles et  sans endettement de l’Etat. Nous avons vécu à crédit, la fête est finie. 

le futur du PS

Martine Aubry est la nouvelle « premier secrétaire » du Parti socialiste français à quelques voix près. Espérons qu’elle sera plus présente rue Solferino qu’elle ne l’était en tant que secrétaire nationale à l’emploi ! Espérons quelle arrêtera de vouloir flinguer Delanoë ou Ségolène ou tout ce qui lui porte ombrage !! De toute façon elle devra gérer l’absence de ligne politique du PS. L’éditorial du Monde (27 novembre) glose sur les deux PS et ses deux lignes antagonistes. Mais mon quotidien préféré est bien en peine de préciser un contenu idéologique dans un parti fragmenté en clans qui s’opposent sur les personnes et jamais sur les idées. L’ancrage à gauche volera en éclat à l’approche des prochaines présidentielles, et de toute façon la question demeure : Quelle gauche ?

En fait le PS a loupé son tournant idéologique en ne donnant que 1,58 % des voix à la motion « pour un Parti socialiste résolument écologique ». Les militants ont cru arbitrer la querelle des ego, ils se sont plantés. De toute façon cette gauche-là reste résolument productiviste alors qu’il faudrait dorénavant penser autrement. Face à la crise écologique globale qui marque la défaite du capitalisme, le socialisme pourrait manier de nouvelles armes : il n’y a pas d’opposition entre socialisme et écologie. Analysons :

Les niveaux de productivité atteints aujourd’hui sont extrêmement élevés. Pourtant les gains en productivité ne se traduisent pas spontanément en réduction du temps de travail. Prenons un exemple. Supposons qu’à la suite de l’introduction d’une nouvelle technique, il soit possible de produire un bien donné, disons une voiture, en deux fois moins de temps, toutes autres choses égales par ailleurs. La recherche de la valeur fera que l’on produira deux fois plus de voitures dans un temps resté inchangé plutôt que de réduire par deux la durée du travail dans cette industrie. Les gains de productivité sont attribués de préférence à l’accroissement de la production et non à la réduction du temps de travail. On comprend tout de suite pourquoi ce type de croissance a un impact négatif sur l’environnement. En effet chaque gain en productivité sera utilisé à produire plus et donc demandera plus de matières premières pour la production, ce qui produira plus de pollution.            

Martine Aubry a été le maître d’œuvre des lois de 1997 et 1999 sur les trente cinq heures. Elle devrait désormais revendiquer la semaine de 25 heures pour chaque partenaire d’un couple. Contre la doctrine sarkoziste du « travailler plus pour gagner plus », un non-sens dans le contexte de destruction des ressources de la planète provoquée par la croissance capitaliste, Martine Aubry pourrait suivre la seule ligne politique qui vaille, limiter toujours plus le temps de travail, limiter toujours plus les inégalités, limiter toujours plus les besoins, lier social et écologie.

l’avenir du PS

Le socialiste est un intellectuel qui ne pense pas. Le dossier du Monde (15 novembre) sur le Congrès du Parti socialiste enfonce le clou : « Un PS fracturé par le référendum européen de 2005 (…) Un PS gazeux, sans armature idéologique forte, ni base sociale marquée, ni socle militant puissant (…) Faute d’un affrontement sur les idées, on assiste à un affrontement hystérique sur les personnes (…) Un PS en panne d’idées parce qu’il est en panne d’une compréhension du monde. » J’en passe et des meilleures. Mais l’atonie du Parti socialiste est-elle due au fait que les intellectuels sont écoutés par les dirigeants du parti, mais pas entendus, ou l’atonie cérébrale vient-elle des intellectuels eux-mêmes, à commencer par les experts omnipotents qu’on nomme économistes ?

Prenons un exemple. La posture plus-à-gauche dans le parti socialiste (motion C de Benoît Hamon) est un regard vers notre passé, pas vers notre avenir. Ainsi l’indépendance de la banque centrale européenne (BCE) est critiquée. Cette gauche-là voudrait pouvoir relancer l’économie avec une baisse des taux d’intérêt. Non seulement une telle politique perpétue la vie à crédit (politique keynésienne de la Fed) qui a entraîné pour grande partie le tsunami financier, mais cela risque aussi de relancer l’inflation, donc de diminuer le pouvoir d’achat. Plus fondamentalement, toute politique de relance est artificielle et soutient un système économique qui vit déjà au-dessus des possibilités de la planète. C’est donc une erreur fondamentale car il n’y a pas là de vision d’avenir, seulement une gestion du système financier qui ne se démarque pas de celle de Sarkozy, cette droite adepte de la  relance économique et opposée à l’autonomie de la BCE. 

Aller vers l’idéal, comprendre le réel ? Il ne suffit pas de comprendre le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui, il faut porter un grand récit pour un avenir positif de l’humanité. Seuls les partisans d’une décroissance positive, alliant écologie et social, esquissent actuellement cette société durable. Ce n’est pas parce que le social-écolo René Dumont a obtenu seulement 1,32 % des voix en 1974 et le pôle écologique du PS pas beaucoup plus (1,58 % aujourd’hui pour la motion B), que l’utopie ne peut pas devenir une réalité : la planète œuvre aux côtés des objecteurs de croissance car les forces de la Biosphère s’épuisent et rendent obsolète chaque jour d’avantage l’idéologie croissanciste.

saumons socialistes

Six motions sont en concurrence pour le vote préparatoire au Congrès du Parti socialiste ce soir 6 novembre. Trois motions n’ont aucune cohérence idéologique, elles sont portées par un leader rejoint par quelques saumons qui ont sauté de courant en courant pour chercher à frayer au mieux. La motion Delanoë a été en effet rejointe par Hollande, la motion Ségolène s’appuie dorénavant sur Collomb, la motion Aubry est liée à Fabius. Julien Dray était avec Hollande, il est passé chez Ségolène, Moscovici a cherché jusqu’au dernier moment son ultime frayère. Un militant bien constitué ne va donc pas voter pour ce sac de poissons plus ou moins gros, il s’agit d’un Congrès d’orientation, le vote pour le premier secrétaire n’aura lieu que le 20 novembre. Le militant va donc plutôt déterminer un objectif  pour son parti, la motion B du pôle écologique, la motion C plus-à-gauche ou la motion F pour un socialisme utopique. Mais la démocratie socialiste est ainsi faite que les motions des poissons vont accueillir le plus gros des votes, disons à vu de nez 80 %.

             Il est vrai que la présentation médiatique de ce vote d’orientation est biaisé. LeMonde du 6 novembre accorde les 9 dixièmes de son analyse au trio Delanoë, Ségolène, Aubry,  et quelques lignes à la motion C qui est portée par la vague du tsunami financier. Rien pour l’écologie et l’utopie. LeMonde n’a pas d’idées, il se contente de relater une guerre de leadership, il conforte la tendance des militants à se cacher derrière un représentant illustre. Le dessin joint à l’article donne la conclusion : la fusée socialiste zigzag et une voix sort du cockpit : « J’ai peur que ça devienne ingouvernable ». Les médias font tout pour que le PS devienne ingouvernable, pour que la France devienne ingouvernable, pour que le monde devienne ingouvernable. Car un média pédagogue ne parlerait pas des hommes, il parlerait des idées…

plus-à-gauche ?

La gauche du PS espère tirer parti de la conjoncture (LeMonde du 1er novembre). Porté par le tsunami financier, Benoît Hamon se sent des ailes car beaucoup soutiennent sa ligne politique, la motion C. Mais si on regarde attentivement son programme, il nous faut déchanter. C’est un programme keynésien classique de relance de la demande. Cette gauche-là pense toujours que la croissance économique grâce aux dépenses étatiques va résoudre tous les problèmes de notre société. Mais si Benoît Hamon faisait face à un baril à 200 dollars, quelle serait sa réaction ? Nous en avons un avant-goût car sa motion réclame «  l’accès de tous à une énergie à prix modéré » et compte d’abord sur les trois piliers d’un pôle public de l’énergie : électro-gazier, nucléaire et pétrolier. Il s’agit donc d’un gauche traditionnelle, productiviste et centrée sur la croissance des besoins.

 Si on rentre dans le détail de cette motion « plus-à-gauche », nous trouvons juste après son premier point « Sortir du libre-échange généralisé », la thématique « Répondre à l’urgence écologique ». C’est uniquement un leurre, du greenwashing ! La contribution générale (texte antérieur à la motion) Hamon-Emmanuelli ne donnait absolument aucune place à l’écologie, si ce n’est quelques phrases dans le sous-sous chapitre de « Imaginer de nouvelles socialisations et développer les services publics ». Il n’y a donc pas de discours durable de Benoît sur l’écologie. Si on rentre dans le détail de sa motion, l’erreur suivante est significative de la fragilité des analyses d’une gauche qui ignore encore la complexité du monde actuel : « Il faut changer notre évaluation du développement en adoptant l’indice de développement humain ». Signalons aux camarades plus-à-gauche que l’IDH est déjà calculé, c’est un indicateur de l’ONU (PNUED) qui agglomère PIB par habitant, santé et éducation. Mais dans les pays riches, nous sommes au score maximum possible, l’IDH en France n’a donc aucun intérêt. De plus cet indicateur ignore complètement la relation entre social et écologie. Il faudrait plutôt parler d’IDD (indicateurs de développement durable) qui sont actuellement en construction au niveau européen et mondial. Benoît va faire sans doute un gros score au vote socialiste du 6 novembre, mais il ne nous prépare nullement aux krachs écologiques dont on entend les craquements sinistres dans les banquises.

corporatisme irresponsable

Mon quotidien préféré n’est pas paru le 29 octobre à cause d’une « action sauvage » perpétrée par une « fraction des ouvriers du livre CGT » qui conteste « la modernisation des messageries (les NMPP) ». Comme l’indique aussi LeMonde (édition du 31 octobre), il s’agirait d’actions irresponsables et sans avenir sous couvert de vieux réflexes corporatistes. Voyons plus généralement ce qu’on peut penser de l’histoire des corporations syndicales.

Le décret d’Allarde de 1791 en France a supprimé les corporations, le droit de s’associer. En vertu du double principe de l’absolutisme de la propriété et de la liberté des contrats qui est par ailleurs affirmé, l’employeur  est dorénavant en mesure d’imposer les conditions les plus dures aux salariés, et ceux-ci n’ont même pas la possibilité de se regrouper pour faire entendre leur voix. La révolution industrielle peut alors s’affirmer contre des artisans collectivement organisé mais indépendant grâce à un travail effectué en dehors de toute manufacture. Après cette révolution liberticide de la libre organisation des travailleurs, fini le travail autonome, place au salariat contraint et exploité car regroupé dans des usines sans aucune liberté d’expression ; il faut attendre 1884 pour que la liberté syndicale soit enfin proclamée. Mais il faut constater que le droit des salariés n’est apparu qu’à partir du moment où, l’accumulation du capital étant suffisante, le niveau de vie des travailleurs était acceptable ; alors il ne s’agit plus pour les ouvriers de combattre le système techno-industriel comme aux temps du luddisme, mais d’exiger une part plus grande de la valeur ajoutée. En apparence la classe ouvrière a dorénavant la possibilité de s’organiser et de lutter contre le patronat, en réalité apparaît une classe globale qui comprend à la fois prolétaires embourgeoisés et actionnaires triomphants, une fraction privilégiée de la population mondiale qui se satisfait de se partager les fruits de la croissance au prix de la détérioration de la Biosphère.

 Le syndicalisme de l’avenir ne peut durablement revendiquer de meilleures conditions de travail et un pouvoir d’achat plus élevé. Il doit plutôt s’interroger sur la finalité sociale de ce qui est produit et sur les conséquences écologiques que le fait de produire implique. Les syndicats des travailleurs pourrait alors devenir un rassemblement d’éco-citoyens et les travailleurs du livre se mettre au service d’une information non orientée par le système thermo-industriel. La presse d’information est un service public qui ne devrait pas être interrompu quand « la réorganisation s’effectue sans aucun licenciement sec », il devrait l’être quand un journal fait l’apologie de ce qui détruit la planète.

décroissance positive

La Grande Bretagne s’affole, c’est le premier pays du G7 à connaître une croissance négative (LeMonde du 26-27 octobre). Après 16 ans de croissance ininterrompue, la baisse du PIB s’établit à 0,3 % sur les douze derniers mois. Pendant des mois, Gordon Brown a refusé d’évoquer une récession, il a été obligé d’employer ce terme le 22 octobre. Mais pourquoi diantre mon quotidien de référence parle-t-il maintenant de croissance négative alors que la décroissance est si jolie ! Car la décroissance positive, qu’est-ce que c’est ?

C’est la décroissance des inégalités et la croissance du bien-être généralisé. C’est la décroissance de la morosité et l’ouverture vers un avenir durable. C’est la décroissance de notre impact sur la planète et l’amélioration de nos relations sociales. La décroissance positive consiste par exemple à manger moins de viande et à acheter beaucoup plus de produits locaux. Il faut aussi économiser l’énergie, réduire nos gaspillages, recycler autant que faire se peut, arrêter d’imiter le modèle de consommation dominant en diminuant les revenus des riches. Il nous faudra bien un jour égaliser la consommation de carbone par habitant, l’ère du 4×4 appartient définitivement à notre passé. La décroissance positive, c’est quelque chose de complexe et de formidable à la fois. Ce n’est certainement pas la décroissance d’un PIB auquel plus personne ne  devrait faire confiance. 

Car la décroissance positive, c’est aussi l’inverse du libéralisme économique qui conjugue la loi du profit à court terme et la destruction de notre environnement. Le libéralisme économique, ce sont les externalités négatives, les déchets que notre planète ne peut plus recycler, les pollutions qui détériorent la santé humaine. Le libéralisme économique, c’est la dilapidation de notre capital naturel pour l’avantage principal de quelques nantis. La décroissance positive, c’est au contraire la protection des travailleurs exploités, la protection de la nature sur-exploitée, la protection des besoins du présent sans oublier les besoins de nos générations futures. C’est l’action de l’Etat et le principe du pollueur-payeur, c’est le principe de précaution et la réalité de l’action. C’est le récit du futur que nous allons construire ensemble. C’est la conscience des limites, tout n’est pas possible à n’importe quel prix.

L’écologie par en bas

L’irrésistible Nathalie Kosciusko-Morizet a encore frappé. Dans LeMonde du 24 octobre, elle révèle sa raison de vivre : « Ecologie-économie, même combat ». Pour la secrétaire d’Etat à l’écologie, le Grenelle ajoute (une toute autre dimension) en additionnant économie et écologie. NKM fait le pari d’une économie nouvelle qui sait que « l’environnement est un investissement ».

Non Nathalie, tu te trompes, l’écologie n’est pas le supplétif de l’écologie. Tout au contraire l’économie n’est qu’une sous-partie de l’écologie, mais cette récente « science » ne le sait pas encore. Non Nathalie, l’environnement n’est pas un investissement, c’est la nature qui a investi pour nous et qui nous dit qu’il ne faut pas trop dilapider le capital naturel qu’elle met à notre disposition.

 Les premiers penseurs de l’écologie politique demandaient une remise en cause fondamentale de nos modes de vie, en appelaient aux valeurs d’autonomie, d’autogestion, de décentralisation. Les tenants de l’éco-économie, comme NKM, parlent de « développement durable ». Ils se contentent de prôner une réorientation de l’économie afin de préserver le système existant. En définitive NKM prône l’écologie par en haut, centralisation, expertise, technique. La Biosphère en appelle à une écologie par en bas (cf.. l’excellent petit livre Les deux âmes de l’écologie de Romain Felli, éd. l’Harmattan)

un Nobel inutile

Dans LeMonde du 11 octobre, deux pages pour le Nobel de littérature, une seule page pour la Grenelle I de l’environnement qui passe à l‘assemblée nationale française. Pourquoi attacher tant d’importance à un romancier ? Le jury parle de « l’aventure poétique et de l’extase sensuelle » portée par le Clézio, de « cet explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ». N’importe quoi ! C’est d’ailleurs trahir la volonté d’Alfred Nobel pour qui son prix devait récompenser une « inspiration idéaliste »,

Gustave Le Clézio, le jour où il avait réfléchi, s’est exclamé : « L’univers de l’écrivain ne naît pas de l’illusion de la réalité, mais de la réalité de la fiction ». Mais le roman, support du rêve, n’est que l’instrument d’une fausse liberté !  Si vous aviez la patience de lire l’intégrale de Le Clézio, vous êtes sûr de finir aussi ignorants des réalités que lorsque vous avez commencé. L’écrivain projette le lecteur dans un monde fictif qui n’a pour principaux acteurs que des hommes centrés sur leur nombril. Sauf trop rares exceptions, c’est un point de vue anthropocentré qui s’exprime, nullement l’apprentissage des relations de l’homme et de la Nature, l’apprentissage de la convivialité sociale. Le « partage d’humanité » par le roman (selon  une expression célèbre du Monde des livres) permet au lecteur de se replier dans une petite bulle confortable où il ne prête nulle attention aux malheurs de notre planète.

Ce n’est pas ainsi qu’on éduque les hommes ! On connaît la puissance du langage, la force de persuasion des mots et la magie des phrases. Encore faut-il que cela puisse ouvrir véritablement les yeux au monde. Des citoyens conscients ne liraient pas le Clézio, ils se passionneraient pour les débats autour du Grenelle de l’environnement…

McDo, écolo !

Dans les pages « (notre) Planète » de mon quotidien préféré, on trouve de tout, même l’improbable.  A côté d’un article sérieux sur les émissions de CO2 « qui excèdent largement les prévisions », une pub sur fond vert :

McDo Ecolo : Effet de mode ou Vision d’Avenir ?

On nous appelle à venir en discuter avec le PDG de McDonald’s France sur le site de mcdonalds. McDo a même recruté pour l’occasion Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, et Pascal Husting, directeur de Greenpeace France. Le « greenwashing » ou verdissement des mauvaise pratiques environnementales par un effet d’annonce, a encore frappé.

Les publicitaires mélangent développement durable et amour de la nature avec délectation. Au point que l’Alliance pour la planète, une coalition des principales associations françaises de défense de l’environnement, lançait début décembre 2006 une campagne intitulée «  la publicité peut nuire gravement à l’environnement ». Ainsi elle avait mis en ligne sur son site (http://www.lalliance.fr/) trente exemples de publicité pratiquant le blanchiment écologique. Mais qu’est-ce qu’une telle action contre la puissance financière de McDo et consorts ?

 Une seule solution, interdire la publicité, et pas seulement sur les chaînes publiques !

social-écologisme contre social-libéralisme

Je n’aime pas l’intitulé  de la nouvelle rubrique « Planète » du Monde ; encore une fois nous mettons de la distance avec ce qui nous fait vivre, la Biosphère. Il me semblerait 1000 fois préférable de dire « notre Planète », mais enfin ne nous plaignons pas trop, mon quotidien préféré progresse, bientôt ce sera un journal écolo. Dans le numéro du 26 septembre, un rapport de l’OIT (organisation internationale du travail) nous promet 20 millions d’emplois supplémentaires d’ici à 2030 dans le secteur des énergies renouvelables. La croissance verte, ou plutôt selon le titre du rapport « un travail décent dans un monde durable à faible émissions de carbone » ne serait donc pas ennemi de l’emploi. Nous aurions tout à gagner en traitant les maux de notre planète.

 

            Malheureusement à une autre page du Monde, les droites européennes sont à l’offensive contre le paquet climat de Borloo qui voudrait logiquement, selon les engagements des chefs d’Etat et de gouvernement, réduire de 20 % les émissions de CO2 d’ici à 2020. Il faudrait prendre en compte le contexte économique et éviter les délocalisation des entreprises les plus  consommatrices en énergie. De même, en France, le patronat estime que la croissance verte n’est pas la réponse appropriée à la crise que traverse l’économie. C’est donc clair, l’écologie n’est pas de droite, elle est à gauche. Le libéralisme économique est un système qui dilapide nos ressources naturelles dans la frénésie d’un profit sans limites. Le libéralisme est une doctrine qui repose sur le désengagement de l’Etat, la responsabilité des chefs d’entreprise, la loi du marché et les inégalités.

 L’enjeu écologique nécessite une vision du long terme qui est complètement ignorée par les mécanismes de marché. L’enjeu écologique nécessite une forte intervention de l’Etat et sans doute une planification écologique. L’enjeu écologique nécessite la participation de tous aux efforts nécessaire après débat démocratique. Le fondement idéologique des socialistes, basé sur le rôle de l’Etat, la solidarité collective et un projet de société sans classes, nous prépare mieux que la droite à affronter les différentes crises écologiques et sociales qui émergent aujourd’hui. Contre le social-libéralisme, le social-écologisme pourrait nous ouvrir un avenir durable, plus égalitaire, plus sobre, plus convivial.

une farce tragique

L’éditorial du Monde (24 septembre) nous souhaite « Bienvenue sur notre Planète » en guise de lancement de l’espace « Planète » qui « répond à une nécessité : les grands phénomènes globaux donnent la couleur et le visage du monde de demain ». Très bien ! Mon quotidien préféré va « rendre compte des catastrophes planétaires et des solutions aux défis naturels de ce troisième millénaire ». Très bien, très bien !! Mais c’est pour conclure aussitôt que la réponse n’est pas forcément le malheur puisque « historiquement les phases de réchauffement ont toujours été porteuses de progrès ». Là le doute m’assaille, cette nouvelle rubrique va-t-elle être à la hauteur des enjeux ?

En fait nous retrouvons l’ancienne rubrique « Environnement & Sciences » et le même type d’articles : « La Chine se rue sur le  caoutchouc au Laos », « La consommation de cocaïne nuit à l’environnement », «  Le scandale du lait chinois contaminé prend de l’ampleur »…  Selon Yann Arthus-Bertrand en page centrale, « Il est trop tard pour être pessimiste ». Mais son discours invalide le titre. Extraits : « Aucune société, aussi « avancée » soit-elle, ne survit à l’effondrement de l’écosystème sur lequel elle s’appuie. Nous savons, mais nous ne voulons pas y croire. A tel point que lorsque des scientifiques nous annoncent rien de moins que la sixième grande extinction des espèces, la nouvelle nous touche moins que le résultat du match de la veille ! Les Nations unies répètent que 800 millions d’êtres humains ne mangent pas à leur faim tandis que pour près de 1,3 milliards, l’hypertension liée à une nourriture trop riche est devenue la cause principale de surmortalité. Le monde marche sur la tête. On ne sait même plus par quel bout s’attaquer à cette farce tragique. Alors, on ne change rien. »

 Dans ce contexte, je souhaite au Monde beaucoup de courage pour nous présenter de véritables solutions !

l’homme mis à nu

J’adore les hommes mis à nus, et principalement celui des dessins de Serguei. Par exemple dans LeMonde du 21-22 septembre 2008, Serguei constate que le pôle nord fond, ce qui entraîne la disparition de certaines espèces. Ce sont les derricks pétroliers qui recouvrent dorénavant le pôle et un capitaliste s’exclame : « Il fallait choisir : écologie ou économie ! » Ecologie ou Economie ?

 

L’économie existe depuis toujours, le mode de vie des chasseurs-cueilleurs peut être analysé en termes de système de production, d’échange et de consommation. Mais depuis toujours aussi, le fonctionnement  économique était enchâssé dans un système social, les relations interpersonnelles étaient prépondérantes. Avec la révolution thermo-industrielle du XIXe siècle, il y a eu un désencastrement de l’économie qui a pris sont autonomie et qui modèle à son profit les relations sociales. Le travailleur lié à la chaîne de montage, enfermé dans une ville tentaculaire, assis dans sa bagnole qui lui indique de boucler sa ceinture, rivé derrière son caddie, sont des exemples parmi d’autres qui illustrent l’esclavage de l’homme dit moderne, à la fois enthousiasmé par le progrès technique et victime à son insu de son plein gré.

 

Mais l’économie dans sa volonté de toute-puissance a oublié le sens des limites, en particulier celles de la planète qui ne peut nous fournir plus que ce que le soleil met à notre disposition (alimentation, réserves fossiles…). C’est l’écologie scientifique qui constate la perte de biodiversité, la désertification de sols, le pic pétrolier, le réchauffement  climatique. C’est l’écologie politique qui devrait nous permettre de mieux choisir le social et l’environnemental contre l’économique. Mais politiser les écologistes n’est pas gagné d’avance, écologiser les politiques est encore plus ardu.

 Alors pour le moment l’économie continue de nous manipuler et d’épuiser la planète. Notre réveil sera brutal !

l’impuissance des princes qui nous gouvernent

Aujourd’hui 13 septembre, j’ai envie de commenter pratiquement chaque page du Monde, mais il faut bien choisir, c’est le B.A,-BA du journaliste et aussi son chemin de croix.

Je pourrais développer sur la justice britannique qui absout Greenpeace parce que les dégâts matériels que causent cette organisation sont justifiés par une juste cause, la sauvegarde de la planète. Des actions, par exemple la construction de nouvelles centrales électrique au charbon, qui auraient pour conséquence un coût bien plus important, sont ainsi entravées. Qui peut être considéré comme terroriste, le théologien de la croissance ou l’objecteur de croissance ?

Je préfère développer sur l’impuissance des premiers ministres d’un grand pays :

– Dominique Villepin, « Ce que vous décidez passe par beaucoup de tamis, il y a beaucoup d’obstacles, beaucoup de contraintes. Et de ce point de vue-là, oui c’est un poste immensément frustrant » ;

– François Fillon, « Jean Pierre Raffarin, donnait le sentiment de ne pas être en mesure de trancher les sujets. Nous avions donc des réunion très longues, dont il sortait rarement une décision importante » « Alain Juppé, c’était tout le contraire. Il prenait des décisions très abruptes et souvent les ministres n’avaient pas eu le temps de s’expliquer » ;

– Edith Cresson, « Un jour mes collaborateurs m’ont dit que je devrais regarder le Bébête Show pour comprendre ce qui se tramait contre moi : j’étais représentée en cochonne, mi-pute, mi mégère, nulle et lubrique ».

 En définitive, les premiers ministres de la France ne sont que de pauvre serviteurs d’intérêt contradictoires. S’ils avaient tous comme principal objectif, comme le fait Greenpeace, la sauvegarde de la planète, ils prendraient certainement des décisions plus justes, et donc plus assurées.

marxisme et écologisme

visible sur le site du pôle écologique du PS :

« L’idéologie socialiste et ses traditions nous ont empêchés pendant longtemps de prendre conscience de la gravité de la situation écologique. C’est pourquoi j’ai voulu interroger les présupposés du marxisme pour montrer que certaines hypothèses de K.Marx pouvaient être transformées pour justifier un choix clair entre social-libéralisme et social-écologie. En résumé, ce n’est pas l’infrastructure économique qui explique l’évolution idéologique et politique d’une société (la superstructure). L’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à la véritable infrastructure, celle des ressources et circuits de la nature.

« Il faut d’abord rappeler que le libéralisme et le socialisme ne sont que deux variantes du même modèle, le productivisme. Le libéralisme a insisté sur l’accumulation de capital et l’initiative individuelle des entrepreneurs, le socialisme a mis l’accent sur le facteur travail et le fait que tout acte de production découle d’une œuvre collective. Il s’agit pour la gauche de revendiquer une part plus importante de la valeur ajoutée en faveur des salariés, et pour la droite d’assurer aux actionnaires un taux de rentabilité plus important en ponctionnant les bénéfices de l’entreprise. L’objectif d’accroître l’abondance matérielle n’est remis en question ni par les uns, ni par les autres.

« Mais ces deux tendances idéologiques naviguent de concert à partir de fausses cartes de navigation. Ces deux variantes du productivisme reposent en effet sur une hypothèse de soutenabilité (durabilité) faible. En ignorant les contraintes environnementales, libéralisme et marxisme se trompent pour la longue période. Le Congrès de Reims pourrait constituer un tournant dans la doctrine socialiste, l’inauguration d’un socialisme écologique qui démarquerait plus nettement la droite et la gauche.

pour lire la suite :

 http://poleecologiquedups.typepad.fr/ple_cologique_du_ps/2008/08/marxisme-et-col.html#more

libéralisme ou socialisme ?

Ce n’est pas dans les gros articles qu’il faut chercher les prémisses de l’avenir, mais dans les brèves de mon quotidien préféré. Ainsi dans LeMonde du 2.08.2008, Borloo voudrait attirer les déçus de la gauche et les orphelins de l’UDF pour constituer un nouveau « pôle social et écologique au sein de la majorité » (de droite !). Dans le même temps il existe une contribution générale en vue de la préparation du congrès socialiste menée par le pôle écologique du Parti socialiste. N’y aurait-il plus aucune différence entre la droite et la gauche en matière social-écologique ?

 

Historiquement libéralisme et marxisme ont été tous deux au service d’une croissance économique destructrice de l’environnement. La prise de conscience de l’urgence environnementale est très récente : en 1972 nous avons mesuré les limites de la croissance (rapport du Club de Rome) et l’ONU a organisé le premier sommet mondial de la Terre. Mais comme d’habitude les politiques, englués dans leurs traditions et les querelles de personne, ne suivent qu’avec retard. Devant la réalité objective des limites de la planète, les discours changent : le président de droite Sarkozy a mis en place en juillet-août dernier un Grenelle de l’environnement, faisant pour la première fois participer au débat les associations environnementalistes. Borloo, inclassable il est vrai, en rajoute aujourd’hui. L’écologie n’aurait-elle donc plus de frontières idéologiques !

 

Il n’en est rien, le libéralisme économique reste l’antithèse du socialisme et de l’écologie. Le libéralisme économique est une doctrine qui repose sur le désengagement de l’Etat, la responsabilité des chefs d’entreprise, la loi du marché et les inégalités. L’enjeu écologique nécessite une vision du long terme qui est complètement absente des mécanismes de marché. L’enjeu écologique nécessite une forte intervention de l’Etat et sans doute une planification écologique. L’enjeu écologique nécessite la participation de tous aux efforts nécessaires après débat démocratique. L’enjeu écologique nécessite de casser la spirale néfaste imitation/ostentation qui découle de la différence des normes de consommation entre riches et pauvres.

 Le fondement idéologique des socialistes, basé sur le rôle de l’Etat, la solidarité collective et un projet de société sans classes, nous prépare mieux que la droite à affronter les différentes crises écologiques et sociales qui émergent aujourd’hui. Contre le social-libéralisme, le social-écologisme pourrait nous ouvrir un avenir durable, plus égalitaire, plus sobre, plus convivial. Jean-Louis Borloo devrait quitter le giron de l’UMP et s’inscrire chez les Verts ou au Parti socialiste.

pour un socialisme écolo

Je ne suis pas d’accord avec la présentation de l’université d’été du PS par Libé (1.09.2008) : « Le PS grenouille à La Rochelle », « L’autodestruction », « Le bal des ego ». Je ne suis pas d’accord que Libé résume cet événement par de petites phrases : «  Personne dans notre génération ne s’est imposé et nous ne sommes pas crédibles collectivement (Martine Aubry) », « Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez ! (Ségolène Royal) », « Le meilleur discours de La Rochelle, ce sera celui d’Obama (Pascal Terrasse) », « Le PS confirme à La Rochelle qu’il est gravement malade (Benoît Hamon) »…

Le PS vaut bien mieux que ces propos à l’emporte-pièce. Alors que l’université d’été du PCF réunissait 300 à 350 participants, le PS a rassemblé plusieurs milliers de militants. Ce n’est pas rien. Le PS se cherche, il est vrai. Le Monde du 1.09.2008 analyse : « Plus fondamentale que cette guerre des chefs, ou plutôt contribuant à l’expliquer, c’est la difficulté qu’éprouve le PS à fixer une nouvelle doctrine, sa lenteur à émettre des propositions innovantes qui expliquent sa si longue maladie ». Mais comment définir une bonne politique aujourd’hui ? Sarkozy va dans tous les sens à la fois, où se trouve la bonne direction ?

Il faudrait reconnaître que le Parti socialiste possède déjà une boussole. Des pistes de réflexion se trouvent dans la nouvelle Déclaration de principes du Parti socialiste qui, au-delà d’un réformisme assumé, oriente le socialisme vers un écologisme affirmé. Il s’agit de « sauvegarde de la planète » (article 1), d’une humanité « respectueuse de la nature » (article 2), de finalités du socialisme qui « portent pleinement la volonté de préserver notre planète aujourd’hui menacée » (art.3), d’impératif écologique (art.7). Alain Bergounioux, secrétaire national aux études, était clair (l’hebdo des socialistes, 26 avril 2008) : «  Il apparaît qu’il ne peut y avoir de libération possible qu’au prix d’une véritable sauvegarde de la planète. Cette déclaration fait donc du développement durable une finalité en soi, ce qui nous conduit à redéfinir la notion même de progrès ».

 Or parmi les 21 contributions générales, la contribution « pour un socialisme écologique » revendique haut et fort une filiation avec cette nouvelle Déclaration de principes : « Il faut prendre toute la mesure des bouleversements du monde (…) Jamais le capitalisme n’a connu dans son histoire la conjugaison simultanée de quatre crises structurelles ayant pour origine commune l’empreinte excessive des activités humaines sur les ressources non renouvelables de la planète… » C’est donc le socialisme écologique qui devrait faire l’unité idéologique du socialisme pour un avenir durable. Il semble utile de rappeler que les militants votent lors d’un Congrès d’abord pour des motions (donc, en principe, pour des idées), et ensuite seulement pour élire un premier secrétaire. Pour l’instant, il faut soutenir la contribution « Pour un socialisme écologique », le combat des idées est préférable aux combats des chefs.

essai sur le mieux vivre

Dans LeMonde du 29.08.2008, rien à signaler ; je désespérais de trouver motif à ma critique quotidienne. En désespoir de cause, j’ai feuilleté  le Monde des livres, ce panégyrique romanesque des livres qui ne montre aucune capacité analytique. Et là, j’ai trouvé mention de Bertrand de Jouvenel (1903-1987), un de mes auteurs de référence. J’ai appris qu’il avait été rédacteur en cher d’un brûlot d’extrême-droite et qu’il a même pu être qualifié de fasciste et de pronazi. Mais je ne m’intéresse pas aux erreurs des uns ou des autres, je ne considère que le débat d’idées. Je garderai donc de Jouvenel la mémoire de son livre de 1968, Arcadie ou essai sur le mieux vivre. Ainsi quelques morceaux mémorables :

 

« Les progrès matériels que nous avons faits tiennent à la mise en œuvre de forces naturelles : car il est bien vrai que nos moyens physiques sont très faibles et, relativement à notre taille, bien plus faibles que ceux des fourmis. Aussi J.B. Say avait-il raison de noter qu’Adam Smith s’égare « lorsqu’il attribue une influence gigantesque à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature ».

 

            « Nous faisons preuve de myopie lorsque  nous négligeons de nous intéresser à l’entretien et à l’amélioration de notre infrastructure fondamentale : la Nature. Voilà un héritage que nous laisserons en piètre état à nos successeurs. Pourquoi avons-nous été si peu soigneux ? Parce que la Nature fournit gratuitement ses services productifs, et par conséquent, la nature ne fait pas partie de nos actifs. (…) Je me suis souvent demandé si, pour redresser les erreurs dans lesquelles nous jette notre manière de penser, nous ne devrions pas rendre aux rivières ce statut de personnes qui était le leur aux époques païennes. L’homme de notre civilisation ne se regarde point comme gardien de notre demeure terrestre ; il est fier d’en être le pillard habile et irresponsable. A cet égard, il est en recul moral relativement au « manant » qu’il méprise. Le manant avait soin de son coin de terre, et les générations successives ont imprimé au paysage rural une beauté plus touchante que les joyaux de nos musées.

 « Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. Ceci est nécessaire puisque nous ne pouvons plus considérer l’activité humaine comme une chétive agitation à la surface de la terre incapable d’affecter notre demeure. Comme notre pouvoir sur les facteurs naturels s’accroît, il devient prudent de les considérer comme un capital. Parce que la Comptabilité Nationale est fondée sur les transactions financières, elle compte pour rien la Nature à laquelle nous ne devons rien en fait de payement financier, mais à laquelle nous devons tout en fait de moyens d’existence. Le terme d’infrastructure est à présent populaire, il est bon d’avoir donné conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. »

le PS, écolo ?

L’éditorial du Monde (27.08.2008) est absolument cinglant pour les socialistes : « Le PS est miné par la dépression, la dispersion, la confusion (…) Les socialistes sont plus que jamais englués dans des batailles d’ego, de personnalités, de courants et de jeux tactiques (…) Ce spectacle est  désolant. ». Ce n’est pas un très bon commentaire de la déclaration de candidature de Delanoë à la direction du PS qui fait la Une de ce numéro ! On apprend quand même que Bertrand cherche à constituer une coalition qui rassemblerait aussi le Pôle écologique. Tiens, le PS fait de l’écologie, première nouvelle !! En page 9, Bertrand appâte le client : « J’ai lu pendant l’été la contribution du pôle écologique, dont les propositions, très utiles, révèlent de vraies convergences. Nous sommes donc ouvert… ». Un nouvel éléphant du PS va-t-il aller encore plus vite que les vélibs ? Le suspense est insoutenable.

 

Quand on voit que Pierre Moscovici, dont le papa est écolo, peut écrire une tribune (page 18) qui décrit un PS miné par la dépression, la dispersion, la confusion et parle seulement au détour d’une phrase d’une « économie de marché écologique et sociale », nous subodorons déjà que le PS ne deviendra jamais avec de tels leaders véritablement social-écologiste. Mais les réalités objectives, l’épuisement des ressources naturelles et la destruction de l’environnement, forceront forcément le PS à évoluer vers la prise en compte des contraintes naturelles et à remiser la querelle des chefs dans les vestiaires.

 Quand on apprend en p.11 que l’Iran, en proie à la sécheresse, va acheter son blé aux Etats-Unis, on se rend bien compte que l’urgence écologique traverse déjà les frontières et les idéologies. Les éléphanteaux du PS n’ont donc qu’une possibilité pour donner au Parti une nouvelle impulsion, doctrinale et non fratricide : il faut qu’ils soutiennent la contribution du pôle écologique…