effet de serre

Les vrais activistes de l’apocalypse

« Une avalanche de boue médiatique a récemment déferlé sur l’activiste Greta Thunberg. Ces attaques sont l’occasion de revenir sur la nature des disqualifications portées contre l’écologie depuis le début des années 1990. Le type d’interventions de Greta dans les enceintes les plus officielles fait vaciller ces autorités traditionnelles : elle énonce la centralité d’un type de problème que beaucoup de philosophes n’ont pas exploré, elle renverse la façon dont l’éditorialiste décide que certains sujets sont majeurs et d’autres mineurs, et elle met en cause un ordre institutionnel qui a engendré et encouragé la catastrophe écologique et qui est manifestement incapable d’y répondre. C’est un mélange de paresse intellectuelle, de mimétisme, d’idéologie ou de manque de courage de la part de la tradition intellectuelle académique. La spécialité de ces polémistes est de couvrir une quantité innombrable de sujets en méconnaissance de cause, d’être insignifiant avec le plus grand sérieux. Le point commun entre tous ces accusateurs est qu’ils ont participé à un déni écologique de grande ampleur qui a pris deux formes depuis les années 1990. Une forme active par la disqualification et le discrédit qu’ils ont jeté sur les alertes et savoirs écologiques ; une forme passive par le silence dans lequel ils ont tenu ces enjeux, alors qu’ils avaient accès à la parole publique et discutaient d’un tas de sujets, trop souvent secondaires.

La parrèsia ou encore « courage de la vérité » de Greta Thunberg ne prédit pas l’avenir, mais dévoile l’aveuglement des contemporains. Elle souligne l’abîme entre ce à quoi nous tenons collectivement et ce que nous en faisons pratiquement. Le fait que son récit trouve un écho grandissant dans la population traduit le discrédit du récit de la modernisation capitaliste et de l’euphorie technologique qui la soutient. L’objectif central de tout gouvernant est de produire de la docilité : la jeunesse doit se conformer à l’institution scolaire jusqu’à ce qu’elle rejoigne la population active pour alimenter la croissance. La peur panique des gouvernements et des dominants est que l’activiste suédois inspire des trajectoires d’insubordination. L’écolo-scepticisme de Luc Ferry, Pascal Bruckner, Jean de Kervasdoué (les prêcheurs de l’apocalypse) ou Bruno Tertrais se trouve partagé par un champ politiquement très large, allant de l’extrême droite et de la droite conservatrice à la gauche productiviste. Le point commun est la croyance en la toute puissance d’une raison techno-scientitique, capable de trouver des solutions à tous les problèmes, y compris écologiques. La critique du principe de précaution est un sujet d’entente unanime dans cette littérature. Soit vous êtes progressistes et fidèles à l’idéal philosophique qu’est l’arrachement à la nature, soit vous êtes fondamentalistes, réactionnaires et le retour à la nature est irrationnel et politiquement dangereux. Par ailleurs, dans son livre Ferry rapproche explicitement le nazisme et l’écologisme, sans aucun fondement philosophique ou historique. C’est d’ailleurs une caractéristique des auteurs écolo-sceptiques : l’outrance du verbe ! Tous les moyens rhétoriques sont bons, renvoyer l’écologie à une religion, l’associer avec les totalitarismes du XXe siècle ou considérer que l’écologie serait liberticide. L’attaque des figures de l’écologie n’est pas nouvelle, le cas de Rachel Carson est emblématique : à l’époque elle a été décrite publiquement comme hystérique et incompétente. Aujourd’hui, pour Greta Thunberg, la disqualification par l’âge s’ajoute à celle du sexe, sans parler de la pathologisation de son profil psychologique.   

Climat, énergie, faunocide : voilà trois champs de réalité largement documentés et pourtant occultés par les intellectuels et les politiques, Si les vivants qui cohabitent avec nous à la surface de la terre étaient des valeurs boursières, l’effondrement des indices mettrait le monde entier en émoi, mobiliserait en continu l’ensemble des élites et électriserait les médias. L’écolo-quiétisme aboutit à une politique qui produit des effets similaires au climato-scepticisme. Qu’est-ce que cette inertie historique monumentale dit de la nature des sociétés industrielles ? Ce n’est pas que les dirigeants politiques et les chefs d’entreprises ne sont pas à la hauteur. C’est qu’ils sont des activistes de l’apocalypse. Leur tactique : « négocier avec les réalistes, dialoguer avec les idéalistes, isoler les radicaux, avaler les opportunistes. » Les structures institutionnelles, fragilisées par l’évidence du désastre écologique, sont motivées par la volonté de rester coûte que coûte en capacité de définir la manière dont les questions écologiques seront traitées. Autrement dit, il y a un gouvernement néolibéral de la catastrophe écologique et, à rebours d’un récit qui voudrait que l’effondrement nous libère de son emprise, il risque de s’approfondir si l’on se méprend sur sa nature. Il est de plus en plus évident qu’un libéralisme économique autoritaire se déploie au sein même du ravage écologique. Pour autant, cette logique mortifère peut être prise de vitesse par une dynamique populaire : la prise de conscience apparaît dans les mouvements actuels dont Greta Thunberg est l’une des porte-paroles. Dans les opinions publiques s’affirme de plus en plus nettement la conscience partagée que les discours gouvernementaux sur le « sauvetage de la planète » relèvent du bluff. »

Sébastien Billard

Quelle critique faire à Extinction Rebellion ?

La radicalité absolue d’Extinction Rebellion conduit-elle à l’impuissance ? C’est ce que pense Daniel Boy*, «émérite » chercheur au Cevipof. Voici ce qu’on peut lui répondre :

Daniel Boy : « Il est trop tôt pour quantifier sérieusement l’ampleur du mouvement. La posture de radicalité absolue, c’est-à-dire le refus assumé d’entrer dans une logique de négociation, et donc de compromis avec le politique, assure la bonne conscience du mouvement : pas de compromis, pas de compromission. Mais cette posture d’extraterritorialité conduit aussi le mouvement à l’absence de résultats concrets, et donc à l’impuissance. Peu coûteuse dans les débuts d’un mouvement, cette stratégie peut s’avérer lassante avec le temps, et pour les participants et pour la société qui les observe. Depuis le film d’Al Gore (Une vérité qui dérange), les Verts sont retournés à leurs querelles et le changement climatique a été éclipsé par la crise financière. Pour que l’histoire ne se répète pas, il faut un « effet cliquet », c’est-à-dire quelque chose qui empêche le retour en arrière. Sommes-nous sûrs que ce temps est venu ? »

– La tribune de Daniel Boy brille par sa naïveté et son inutilité. L’avalanche d’alertes scientifiques est pour beaucoup dans la montée en puissance de XR. Ce qui apparaissait hier comme les conjectures du GIEC est aujourd’hui vécu comme une menace certaine. L’humanité a entre 10 et 20 ans devant elle pour éviter le basculement climatique. Après il sera trop tard, même si les effets les plus redoutables ne se feront sentir qu’à la fin du siècle. Que propose Daniel Boy face à la réalité climatique ? Rien si ce n’est, implicitement, de faire confiance à Emmanuel Macron.

– Comme notre civilisation militaro-industrielle porte en elle la menace d’un effondrement, nous sommes contraints à la rébellion face à des politiques qui témoignent d’une incapacité et/ou d’un manque de courage pour prendre les mesures indispensables. Il ne s’agit pas d’entrer dans une négociation politique, mais de maintenir la pression sur les politiciens : la nature ne négocie pas. Fini le court-termisme du marché, l’heure est à la pensée du délai, et celui-ci est particulièrement court : l’émission de gaz à effet de serre aujourd’hui impactera le climat sur plusieurs siècles.

– La structuration de XR répond à la fois aux caractéristiques des nouveaux mouvements sociaux (spontanéisme et égalitarisme), mais aussi aux principes de la désobéissance civique : respecter la non-violence, agir à visage découvert et surtout défendre une cause d’intérêt général. Un tel mouvement, ancré à la fois dans les réseaux sociaux et ayant pour objectif le bien commun ne peut que durer. On ne peut enrayer un mouvement qui est déjà mondialisé et qui bénéficie de la diffusion virale que procure Internet. Et ce mouvement pour le climat ne peut qu’être soutenu par l’opinion publique. Les gouvernements témoignent déjà de leur impuissance face à un tel mouvement, même s’il est encore minoritaire en nombre d’activistes.

– Greta Thunberg a été comme le battement de l’aile du papillon qui provoque une tornade de l’autre côté de la planète. Seule, vraiment toute seule au début à faire la grève scolaire pour le climat, elle a impulsé un mouvement mondial. Extinction Rebellion n’est qu’une des actions, et elles seront nombreuses, parfois même violentes, de la génération climat. Le mouvement est lancé, il ne s’arrêtera plus. Il durera tant que nos émissions de gaz à effet de serre ne s’arrêteront pas.

*Le Monde du 11 octobre 2019, « La radicalité absolue d’Extinction Rebellion conduit le mouvement à l’impuissance »

Pour ou contre la désobéissance civique

« Chez les militants pour le climat, un verbe tend à s’imposer, “désobéir” » (LE MONDE du 11 octobre 2019). Les réactions sur lemonde.fr sont virulentes, pour ou contre. Les négationnistes du climat alignent n’importe quel prétexte pour essayer de nier l’évidence des perturbations climatiques en dénigrant les porteurs de ce message :

Alazon : Certains considèrent que rationner d’urgence les émissions carbone de la France est un choix impératif, d’autres qu’il faut lutter contre l’immigration galopante, d’autres que la priorité est de sortir les pauvres de la misère : chacun sa priorité vitale, il y a des élections pour les départager.

Jean Rouergue : Il y a certes le bulletin de vote, mais les lobbies sont tellement riches que ses effets dérapent souvent dans le fossé… Le monde ne change pas aussi vite que le climat…

Cartahu : Quoi de plus inefficace et anti -démocratique que ces appels à la « désobéissance » ! Belle leçon d’anti-civisme !

Sarah Py : L’obéissance sociale aux règles est étroitement liée à la légitimité du pouvoir d’Etat en démocratie. Résister en dictature est de ce fait un acte légitime. Désobéir face à un politique qui n’agit pas en rapport de ses devoirs est légitime surtout quand un problème est aussi identifié que la crise climatique. La légitimité du GIEC n’est, elle, pas discutée et vient s’opposer à celle des politiques. Et tout devoir de citoyen est de choisir.

Charly : Ces activistes ont vraiment tout faux. Beaucoup sont des jeunes manipulés par des idéologues violents et radicaux, de gauche comme toujours, qui cherchent à attiser la haine et la destruction de notre société qu’ils détestent, utilisant les imprécations d’idéologues dangereux tels que Servigne ou Cochet. Il est faux de dire qu’il est trop tard pour agir. Il est faux de dire que nos gouvernements en Europe ne font rien. Il est inacceptable de prôner la désobéissance civile. Ils feraient bien de se calmer, de respecter les autres et d’accepter le débat démocratique. Ces intolérants veulent imposer aux autres leur vision du monde. Dans ce cas, il faudra les réduire. Sans ménagement. La démocratie est faible et en danger si elle ne sait se défendre contre les factieux et les révolutionnaires

The Ad @ Charly : D’après ce que vous écrivez, je ne sais pas qui souffre d’intolérance et d’aigreur et d’idées pré-conçues.

François C.H. @ Charly : « Il faudra les réduire. Sans ménagement. La démocratie est en danger si elle ne sait se défendre contre les factieux. » Qu’entendez-vous par là? Vous proposez de tirer à bout portant sur des militants écologistes ou je rêve ?

Arnie : Non violents disent-ils…Les blocages de sites qui font vivre toute une région et où travaillent des centaines de salariés sont des actions violentes, une violence d’empêchement qui peut à tout moment dégénérer en violence physique sous l’impulsion des plus radicaux. Aucune empathie ni même sympathie pour ce type de mouvement.

François C.H. : Intéressante cette dénonciation en boucle de la prétendue violence de XR. Cela sonne comme un élément de langage. Attention aux mots : Si bloquer une route est violent, quel vocabulaire employer pour la destruction de notre éco-système? Peut-on ainsi appauvrir le langage façon novlangue orwelienne et utiliser le même mot pour une toute petite chose comme pour le pire des actes? On connaît cette tactique politique. La vraie violence c’est de réaliser que pour la majorité des êtres humains la planète sera à la fin de ce siècle invivable, que l’on est tous dans le même avion et que celui ci est tout proche du crash. Ce n’est ni une pensée, ni une croyance, ni une idéologie fanatique, juste un fait validé par la totalité des scientifiques. Que des gens soient en colère, rien de plus normal. Et cela ne risque pas de s’arranger.

Jean Sérien : J’attends de voir ce que cela va donner le jour où les usines Airbus de Toulouse et Saint Nazaire, entre autres, seront bloquées pendant des semaines. A ce sujet, LFI et EELV organisaient toutes les deux leurs « universités d’été » à Toulouse. Curieusement, ils ne se sont pas rassemblés à Blagnac et Colomiers devant les grilles des usines pour demander l’arrêt immédiat de la production d’avions pollueurs.

Bernard l. : Nos modes de vie sont contraints par les pouvoirs politiques et économiques qui dirigent notre monde, donc nos actions individuelles n’ont qu’un effet très limité à changer les choses. Que reste-t-il comme actions possibles ? La désobéissance civile non violente en est une, (elle n’exclut d’ailleurs pas les autres). Cela tournera peut-être à la violence, c’est le risque, mais qui en sera responsable ?

PJMC : Et cela amène quoi de désobéir? Mettre la pagaille n’est pas une action constructive. Je trouve insupportable que l’on accorde une tribune a ces gens-là plutôt qu’a d’autres qui cherchent des solutions concrètes.

Castelcerf : Quel solutions concrètes ? Excusez-moi mais cela fait 40 ans que le constat est fait, et que l’on attend que les solutions que l’on connaît soient mises en place. Mais rien. Rien en 40 ans. Et vous trouvez au bout de 40 ans, s’asseoir par-terre pour appeler à appliquer les solutions serait immature et contre productif ? Excusez moi du peu ! Feriez vous parti de ces gens qui parlent d’écologie avec désinvolture car il n’ont pas le bagage scientifique pour comprendre l’implication des études successive. Vous devez comprendre que la situation est réellement très grave, ce n’est pas un effet rhétorique ou une hypothèse. Face à cela des actions politique doivent être prise immédiatement, sans même avoir la certitude que cela sera suffisant. La désobéissance cesserait si on ne faisait qu’essayer quelque chose.

SergeK : Ce sont des méthodes totalitaires que l’on connaît trop bien .. Convaincus que nous avons (forcement ) raison, que nous sommes dans le Vrai, nous imposons nos idées par la force ( fut-elle non violente). On a déjà donne dans le passé .. L histoire du XXe siècle est remplie des compromissions de scientifique zélés avec des idéologies qui voulaient le bien de l’humanité. On sait ce qu’il en est advenu.

Bernard l. @SergeK : On ne parle pas de quelques scientifiques marginaux aux ordres d’un pouvoir totalitaire que sont les scientifiques zélés et compromis dont vous parlez (et qui, pour le coup, se rencontrent plutôt du côté des climatosceptiques ou négationnistes). Si répéter mot pour mot ce que disent 99 % des scientifiques depuis 20 ans n’est pas être dans le vrai, si ce camp là n’est pas celui de la Raison, alors je vous pose la question : existe-t-il une seule chose de factuellement vraie ? Quelle pourrait être alors la base minimale d’accord et de cohésion d’une société humaine? Si vous êtes climato-négationnistes c’est une tactique « intelligente » car c’est exactement ainsi, en fracturant les sociétés, que vous empêcherez tout changement.

BOLAND : Quand le Monde invite à réfléchir au sort de la planète , mais accepte de faire une publicité pour MSC Croisières, auquel de ces deux messages dois-je désobéir ?

Tout savoir sur Extinction Rebellion

Extinction Rebellion, un sablier à l’intérieur du cercle peint en noir de la Terre. « XR » comme on surnomme ce mouvement en marche accélérée. XR est né en avril 2018 autour de militants du collectif anglais Rising up ! qui défendent « un changement fondamental du système politique et économique afin de maximiser le bien-être et de minimiser la souffrance ». Les cofondateurs, Gail Bradbrook, Simon Bramwell et Roger Hallam s’inspirent de la lutte pour les droits civiques des Noirs américains ou de Mahatma Gandhi en Inde. Le soutien de la jeune Suédoise Greta Thunberg a contribué à populariser XR, notamment auprès des plus jeunes. Les marches pour le climat n’ayant pas débouché sur des avancées conséquentes, les citoyens se tournent vers des mobilisations plus radicales. Le succès d’XR s’explique aussi par le fait qu’il se cristallise autour d’un temps d’action très court pour organiser la transition écologique. Résultat ?

Lundi 7 octobre, des drapeaux verts, bleus ou jaunes arborant cet emblème flottaient dans les rues de près de soixante grandes villes, de Sydney à New York en passant par Londres ou Paris. Les militants écologistes d’Extinction Rebellion ont entamé une « rébellion internationale » – une ou deux semaines d’actions coups de poing à travers le monde – pour dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face à la crise climatique. Blocage des ponts, des routes ou des lieux de pouvoir, ces « rebelles » cherchent à créer suffisamment de perturbations pour forcer les gouvernements à répondre à leurs trois revendications : déclarer un état d’urgence climatique, réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025, et créer des assemblées de citoyenspour surveiller démocratiquement cette transition. Il revendique déjà plus de 100 000 militants dans 70 pays. L’incapacité de la police à gérer ce type de manifestation inquiète en haut lieu. Les blocages de ronds-points par les Gilets jaune ont donné un exemple de l’impuissance de la répression en France. L’attrait de « XR » vient de son horizontalité (pas de porte-parole attitrés) et de sa décentralisation. N’importe qui peut se revendiquer du groupe et mener une action locale et spontanée, à partir du moment où il adhère aux revendications et à 10 principes fondateurs. Toute personne voulant adhérer à ces valeurs est la bienvenue.

  1. Nous partageons une vision du changement
    En créant un monde adapté aux générations à venir.
  2. Nous ajustons notre mission à la mesure de ce qui est nécessaire
    En mobilisant 3,5% de la population, seuil à atteindre pour déclencher un changement de système – en utilisant des idées comme celle de « Momentum-driven organizing » (organisation structurée mais décentralisée, comme celles des essaims).
  3. Nous avons besoin d’une culture régénératrice
    En créant une culture saine, résiliente et adaptable.
  4. Nous nous remettons nous-mêmes en question, autant que ce système toxique
    En sortant de nos zones de confort pour devenir les acteurs du changement.
  5. Nous valorisons la réflexion et l’apprentissage
    En suivant des cycles d’action, de réflexion, d’apprentissage, puis de planification pour de nouvelles actions. En apprenant des autres mouvements et contextes aussi bien que de nos propres expériences.
  6. Nous accueillons chaque personne, et chacune de ses facettes
    En travaillant activement pour créer des espaces sécurisants et inclusifs.
  7. Nous limitons délibérément les rapports de pouvoir
    En démantelant les hiérarchies de pouvoir pour une participation plus équitable.
  8. Nous ne tenons pas de discours moralisateurs ni culpabilisants
    Nous vivons dans un système toxique, mais nul ne doit être accusé en tant qu’individu.
  9. Nous sommes un réseau non-violent
    En utilisant une stratégie et des tactiques non-violentes comme moyen le plus efficace de provoquer le changement.
  10. Notre mouvement est fondé sur des principes d’autonomie et de décentralisation
    Nous créons collectivement les structures nécessaires pour défier le pouvoir. Toute personne qui suit ces principes et valeurs essentiels peut agir au nom d’Extinction Rebellion.

Pour ou contre Extinction Rebellion ?

Quelques centaines de militants et sympathisants du mouvement écologiste Extinction Rebellion (XR) continuaient mardi matin d’occuper la place du Châtelet et le pont au Change, qui mène à l’île de la Cité, au centre de Paris, pour réclamer davantage d’action contre le réchauffement. La ministre de la transition écologique a mis en garde mardi matin contre d’éventuelles violences et actions de blocage tout en reconnaissant qu’elle ne pouvait « pas être contre quand les gens se préoccupent du climat ». Quelques réactions sur lemonde.fr, la virulence des anti-écolos inquiète :

Alexandre Faulx-Briole : La réaction de Mme Borne n’est pas celle d’un ministre de la République. Les manifestants de XR doivent être évacués si besoin par la force. En 1934 les gardes à cheval ont chassé les émeutiers à Coups de plat de sabre.

Michel SOURROUILLE : Comparaison n’est pas raison, Mr Faulx-Briole. Le 6 février 1934 les ligues d’extrême droite ont organisé une grande manifestation. Les Champs-Elysées sont l’objet d’une dévastation systématique. Les gardes à cheval sont débordés, plusieurs coups de revolver partent de la foule à leur adresse. Les gardes mobiles tirent alors pour de bon. Une dizaine de manifestants s’écroulent. On ne peut pas comparer ces manifestants violents en 1934 suite à l’affaire Staviski et des militants s’exprimant pacifiquement pour le climat en 2019… Les temps ont changé, Mr Faulx-Briole.

No country for the young man : Allez, Casta ! Vire-moi ces gosses de riches qui s’habillent en Coperni et en Nasti Gal avec des pompes Queshua et qui jouent les Hippies conscientisés ! Et que ça saute !

Ricath : Bonjour. Venez place du Châtelet pour voir si nous sommes des « gosses de riches ». En ce qui me concerne, je suis une retraitée de 63 ans avec de petits revenus. Je me bats pour les futures générations. Merci de ne pas juger sans savoir.

SergeK : Nuit debout a fini en eau de boudin balayés par les GJ. Ils veulent quoi ces zozos?

Michel SOURROUILLE : Sergek, si vous ne savez pas encore que le réchauffement climatique risque de perturber grandement les conditions d’existence humaine sur Terre, c’est que vous ne suivez pas les infos et les études scientifiques. Si vous ne comprenez pas qu’il faut tout faire pour secouer les politiques si adeptes du greenwashing ou art de faire croire qu’on fait qqch, c’est à désespérer des capacités du cerveau humain.

Claude_06 : Ces manifestants son là pour réclamer davantage d’action contre le réchauffement nous dit-on. Il serait donc intéressant de savoir quelles sont les actions qu’ils préconisent,On-ils également décidé d’emporter la paille et les détritus qu’ils ont entreposés sur cette place ou comptent-ils sur l’action des services de nettoiement de la ville équipés de machines polluantes ??

J.mounier : A toutes celles et à tous ceux qui dénigrent ces actions: expliquez nous ce qu’il faut faire pour que nos dirigeants, premiers de cordée et autres multinationales aient comme priorité le sauvetage de notre futur, et agissent en conséquence, tout en arrêtant de tenir des discours hypocrites.

MD : Ils n’ont pas école? On n’est pas vendredi pourtant. C’est grève tout les jours?

Michel SOURROUILLE : MD, si vous étiez jeune aujourd’hui et que les temps qui s’annoncent risquent fort de pénaliser les générations futures dans tous les domaine, resteriez-vous les bras croisés sur votre chaise en classe sans faire grève alors que les adultes la font quand les conditions d’existence dans l’entreprise deviennent insupportables ?

CLIMAT, d’une génération à l’autre

JP Bouillon, 93 ans : « Né en 1926, mon expérience n’est pas livresque mais profondément vécue. J’appartiens à une autre civilisation : supériorité des hommes sur les femmes « inaptes à penser », voitures à cheval à la place des taxis, seuls les riches possédaient une auto. Puis écrasement en 8 jours de notre armée, imaginée la plus forte du monde. A partir du 10 mai 1940, un quart des Français sont sur les routes, j’ai faim pendant plus de 4 ans, je découvre l’horreur de la Shoah à la Libération. J’achète aujourdhui des produits écolos. Ça m’amuse parce que tous les épiciers ne vendaient que ça jusqu’à la guerre alors qu’on doit aujourd’hui s’adresser à des marchands spécialisés. Quelle régression au nom du progrès ! Nous sommes de pauvres animaux perdus dans le vide. Notre étoile est à 8 mn-lumière et la suivante à 4,2 années-lumière. Les cosmonautes voient ce minuscule bateau bleu et blanc solitaire dans le noir. Et nous allons le faire couler ! Aucun animal n’a jamais été aussi suicidaire. A 93 ans je me désespère pour mes petits enfants. Bientôt je serai bien tranquille, au cimetière, mais mes petits connaîtront pire que ce que j’ai vécu. L’aveuglement à l’égard de l’écologie m’inquiète pour mes descendants mais ne m’étonne pas. En 1939 presque personne ne voyait en Hitler ou en Staline des fous criminels. La conséquence doit avoisiner la centaine de millions de morts. Je compare avec la prudence animale des relations proies et prédateurs et je conclus que ma propre espèce est trop inadaptée au réel pour oser espérer survivre encore longtemps. Mais j’espère me tromper.  Bravo aux jeunes qui se révoltent contre notre incurie destructrice, comme en 1917 les « poilus » français refusant l’abattoir organisé par les vieux généraux à l’abri dans leurs châteaux à l’arrière du front. »

Garance, 14 ans, activiste du climat : « Née en 2005, j ‘ai créé un cercle de réflexion dans mon collège, manifesté pour le climat, j’ai eu les honneurs de la presse locale, j’ai été reçue par un adjoint municipal, on nous a dit de ne pas nous inquiéter ! Le déclencheur de ma prise de conscience, c’est la grève pour le climat de Greta Thunberg, plus de 3 millions de followers. Je faisais le tri des déchets, je ne pensais pas que la situation était si grave. Alors j’ai eu plein de contacts sur instagram. En particulier avec l’alarme verte, « la larme verte », celle qu’on se met au coin de l’œil pour exprimer notre chagrin devant l’état de la planète. Et il y a plein de raisons de pleurer. Nous sommes 57 700 abonnés, ce n’est pas beaucoup, mais il y a bien d’autres mouvements en marche, on ramasse les mégots car la clop c’est pas clean, Youth for the climate c’est à la fois français et internationalisé, on attaque même l’État en justice à cause de son inertie. Et dans mon collège, on va faire plein de trucs, le compostage, le changement de régime alimentaire…

Mais c’est pas encore gagné, certains camarades de classe me traitent avec ironie, « ta crème solaire bio, ça ne sauvegardera pas les tortues ». Je suis soutenu par ma famille du côté de ma mère. Mais ma belle-mère, plutôt climato-sceptique, traite avec dédain mon « écoresponsabilité », comme elle dit. Elle ne croit pas que l’activité humaine est responsable du réchauffement climatique. « C’est pas des lubies d’adolescente qui vont contrôler ma vie, je préfère la viande à tous les repas ». Je ne suis donc pour elle qu’une « bobo-capricieuse », mon engagement ne serait que passager, c’est à la mode ! Moi, pour me défendre, je cultive cette phrase : « On va tous finir comme des merguez sur un barbe-cul parce qu’en 2019 on pense toujours que l’écologie c’est une affaire de bobo-capricieuse ». Malgré l’inertie politique et les résistances de tous ordres, je reste optimiste, nous sommes de plus en plus de nombreux à être inquiet et à vouloir changer les choses. Ma jeune sœur Edwige pense déjà que l’écologie c’est important, il faut sauver la plante, abandonner le luxe… »

Sur terre et sous l’eau, le désastre

« L’humanité est en passe de détruire en cinq décennies un écosystème qui a mis des milliards d’années à se constituer et que nous tenons pour acquis. On parle de la forêt pluviale comme du poumon de la planète, mais c’est l’océan qui nous permet de vivre ! C’est là que l’oxygène est généré, là que le carbone est capturé, là où les températures sont stabilisées. Il n’y a pas de vie possible sur Terre sans océan. Si l’océan est en mauvaise santé, c’est l’humanité qui est en mauvaise santé. Nous vidons les océans en consommant des espèces sauvages à une échelle industrielle. La température des eaux augmente. Les coraux meurent. On retrouve du plastique dans la fosse des Mariannes, à 11 kilomètres de profondeur, énumère la chercheuse. L’océan sera bientôt un paradis perdu. » (Sylvia Earle, âgée de 84 ans, dont sept mille heures sous l’eau)

« Les prochaines estimations des scientifiques vont indiquer que l’océan absorbe 94 % de l’énergie interne à notre climat, ce qui dégage toujours plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère, modifie le cycle des nuages, des précipitations, intensifie les sécheresses, les pluies diluviennes,L’augmentation de la chaleur est exponentielle… On va dans le mur ! Si l’on continue à envoyer autant de CO2 dans l’atmosphère, on peut s’attendre à des guerres pour l’eau, pour la surface habitable, qui va se réduire… » (Sabrina Speich, professeure d’océanographie et de sciences du climat)

« Au-delà de 2050, tout va dépendre de nos émissions de gaz à effet de serre [GES]. Les réduire permettrait de gagner du temps pour nous adapter aux risques, dont certains, comme la montée du niveau des mers, sont inéluctables. » (Valérie Masson-Delmotte,  paléoclimatologue et coprésidente du GIEC)

Rapport du GIEC consacré pour la première fois à l’océan (25 septembre 2019) : Un monde différent se dessine, avec des conditions environnementales inédites depuis des millions d’années. Un monde marin plus chaud jusque dans les abysses, plus salé, moins riche en oxygène, plus acide, dépeuplé, qui se dilate. Un monde qui représente 71 % de la superficie du globe, 90 % du volume de l’habitat disponible pour les organismes vivants et contient 97 % de l’eau sur terre. D’ici à la fin de ce siècle, la montée des eaux pourrait atteindre au moins 1,10 m. Les communautés humaines vont être frappées de plein fouet dès lors qu’elles se situent près de la mer.

Il n’est jamais trop tôt pour transmettre ses angoisses à ses enfants. Quantité de livres jeunesse proposent de sensibiliser notre progéniture aux cauchemars écologiques. Voici venu « Polaire, l’ours solitaire » qui joue sa survie face au ­réchauffement climatique. Et « Le manchot a rudement chaud ». Malgré tous ses efforts, il cuit sur la banquise et compte sur ses petits lecteurs pour le sauver. Dans « Le Grand Voyage de Lena », la petite fille s’envole sur le dos d’un albatros mazouté et découvre les horreurs que lui réserve la Terre. Baleines qui mangent du plastique, coraux agonisants… Bonne nuit les petits !

CLIMAT, penser comme Valérie Masson-Delmotte

Paléoclimatologue et coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), Valérie Masson-Delmotte mérite d’être mieux connue. Quelques indications sur notre blog biosphere :

1er avril 2010 : Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté. Depuis plusieurs mois, des scientifiques dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique – comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie, pointant les prétendues «erreurs du GIEC», comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre. Liste des premiers signataires: Valérie Masson-Delmotte (LSCE)…

(Lire la suite, contre-attaque des climatologues)

11 août 2011 : Moi, Valérie Masson-Delmotte, 39 ans, chercheuse au laboratoire des sciences du climat de l’environnement (CNRS, CEA, Université de Versailles). Mon cursus ? Classe préparatoire scientifique, réussite au concours d’entrée de l’Ecole centrale de Paris en physique des fluides et transferts. Ma thèse de doctorat portait sur la « Simulation du climat de l’Holocène moyen à l’aide de modèles de circulation générale de l’atmosphère ; impacts des paramétrisations ». Ma spécialité est donc la paléoclimatologie. Le fait que l’on puisse quantifier, comprendre et modéliser la longue évolution passée du climat grâce à l’étude des glaces de l’Antarctique (qui permettent de remonter le temps de 800 000 ans) est essentiel pour la confiance que l’on peut accorder aux modèles de climat. A ce jour, j’observe que ces modèles représentent correctement les grands traits des changements passés, avec une tendance à sous-estimer à la fois l’amplitude et la vitesse de ces changements. Moi non plus, je n’aime pas la vision fataliste de l’avenir qui est parfois associée au réchauffement. C’est ma formation d’ingénieur : la science et la technologie seront cruciales pour relever le défi. Mais faut-il mettre plutôt l’accent sur la réduction des gaz à effet de serre ou plutôt sur des mesures d’adaptation ? Cette question n’a quasiment pas été publiquement débattue. Les débats scientifiques n’ont rien à voir avec ce que les médias choisissent de mettre en avant. Je suis sélectionnée pour participer au prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, mais je me reconnais aussi  dans l’idée de la sobriété heureuse. (Lire la suite, une scientifique contre le climatoscepticisme)

24 juillet 2019 : La Suédoise de 16 ans Greta Thunberg a prononcé devant les députés le 23 juillet 2019 un discours sur l’inaction climatique aux côtés d’une climatologue. Le président des députés LR, Christian Jacob : « J’aurais préféré que l’on mette en avant les scientifiques du GIEC, l’Assemblée nationale a vocation à prendre en compte l’avis d’experts. » La climatologue et membre éminent du GIEC Valérie Masson-Delmotte répond a cette contre-vérité : « Jusqu’ici, je n’avais pas été invitée à l’Assemblée. Ce sera le cas mardi, et j’en suis très reconnaissante au mouvement des jeunes pour le climat : grâce à eux, le message des scientifiques retient davantage l’attention. Or le moindre demi-degré compte. Chaque année où l’on n’agit pas implique un changement climatique plus important à l’avenir. »

5 mars 2019 : Les contradicteurs de Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), réagissent à un discours qui nous semblait pourtant inattaquable :

– Pour contenir la hausse des températures à 2 °C, voire 1,5 °C, « il faut absolument diminuer de moitié les émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 et atteindre  “le net zéro” en 2050 ».

– Ce n’est pas gagné à en croire la climatologue qui raconte « un moment très désagréable » passé récemment au Sénat. « Ce sont des gens qui ont commencé leur carrière en politique quand j’étais encore au lycée. Et ils me demandaient pourquoi il y a urgence maintenant. Mais il y avait déjà urgence à l’époque. C’était dans les rapports du GIEC mais ils ont choisi de l’ignorer ! »

– La scientifique embraye sur les programmes scolaires : « L’influence de l’homme sur le climat n’est plus enseignée au collège et il n’y a quasiment plus rien sur le changement climatique au lycée. »

– Elle pointe aussi l’évolution démographique et même les allocations familiales. « Avant, il était important d’avoir plus d’enfants, et donc plus de soldats, pour assurer la puissance de la France. Mais aujourd’hui, on peut se poser la question de leur utilité. »

– Elle enjoint la jeunesse à ne pas baisser les bras : « C’est quelque chose qui peut être vibrant. Ça peut aussi être difficile dans vos familles parce que vous voulez faire différemment. ? Le problème c’est qu’entre aujourd’hui et le moment où les jeunes seront aux manettes, on sera déjà en 2030… »

30 mars 2019 : « Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée. » (Valérie Masson-Delmotte)

familles parce que vous voulez faire différemment. ? Le problème c’est qu’entre aujourd’hui et le moment où les jeunes seront aux manettes, on sera déjà en 2030… »

20 septembre 2019 : La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte revient sur la naissance de sa vocation, à une époque où les enjeux climatiques étaient peu visibles. « J’ai grandi en Lorraine avec un jardin, la liberté de faire des cabanes et de jouer dehors. Le week-end, nous faisions des promenades dans les forêts. J’ai passé toutes mes vacances dans les Vosges, et l’été dans les Côtes-d’Armor. Le fait de connaître chaque rocher à marée haute et à marée basse, de voir les modifications du littoral, des bancs de sable, l’arrivée des algues vertes, a joué un rôle important dans la manière dont je me suis structurée. A la grande loterie des concours, j’ai été admise à l’école Centrale. Je suis partie de ma Lorraine natale à la rentrée suivante pour m’installer sur le campus de Centrale, dans la banlieue sud de Paris. Un choc. L’une des premières choses qui m’a frappée en région parisienne, c’est la densité urbaine, et le fait de n’avoir jamais une vue dégagée. Partout où l’on regarde, l’espace est occupé. La lecture d’un numéro spécial d’une revue a marqué un tournant dans ma vie. De nombreux chercheurs, comme Robert Kandel, Hervé Le Treut, Jean Jouzel y partageaient leurs connaissances toutes récentes sur le bilan d’énergie de la Terre. Ils parlaient de la perturbation extraordinaire de la composition atmosphérique dévoilée par les carottes de glace de Vostok, dans lesquelles sont enregistrés 400 000 ans de climat. Pour moi, ça a été une révélation. En thèse, j’ai travaillé sur la période où le Sahara était vert et où les moussons étaient plus intenses, il y a environ 6 000 ans. J’ai éprouvé le sentiment de solastalgie [anxiété liée au réchauffement climatique]. Mais la jeune génération n’a pas envie d’attendre la « fin du monde ». Elle est le témoin de la dissonance de nos sociétés, où l’on agit à l’opposé de ce qu’on dit. » (LE MONDE campus, Valérie Masson-Delmotte : « A Centrale, avec ma timidité, j’avais le sentiment de venir d’un autre monde »)

Les 8 apocalypses climatiques selon DWW

Le réchauffement climatique menace l’humanité par une série de cataclysmes en cascade, telle est en tout cas la conclusion de la très riche enquête de David Wallace-Wells, du New York Magazine. Dans cet article, le journaliste égrène froidement les faits et les menaces, répertoriés en huit catégories d’apocalypses potentielles.

1. La grande submersion : « La plupart des gens parlent de Miami ou du Bangladesh comme s’ils avaient encore une chance de survivre mais la plupart des scientifiques avec lesquels j’ai échangé assurent que nous perdrons ces régions dans le courant du siècle. Même si on arrête de brûler des combustibles fossiles dans les dix ans à venir. » Première conséquence du réchauffement climatique, la montée des eaux (fonte des glaciers et dilatation thermique des océans), est le premier cataclysme que nous devrons surmonter.

2. Une chaleur mortelle : « Vous avez peur de la montée des eaux mais cela occulte les autres menaces. Fuir les côtes ne suffira pas. » L’auteur explique que la chaleur de l’air sera elle-même extrêmement délétère pour l’être humain.« Au Costa Rica, ou l’humidité est de 90%, se promener dehors par plus de 40°C pourrait déjà être mortel. En quelques heures à peine, le corps humain serait mortellement cuit. »

3. La famine mondiale : Il y a certes des variations suivant les cultures et les climats, mais la règle générale pour les céréales poussant actuellement à leur rendement optimal est que « chaque degré de réchauffement supplémentaire diminue les rendements agricoles de 10 %. Certaines estimations montent à 15 ou 17 %. » Avec un réchauffement de 5°C à la fin du siècle, l’équation cauchemardesque serait donc : comment nourrir une population 50 % plus nombreuse avec 50 % de céréales en moins ?

4. Les pestes climatiques : « Qu’arrivera-t-il quand la peste bubonique congelée sera libérée ? »… « Notre système immunitaire, s’il venait à rencontrer ces pestes préhistoriques, n’aurait absolument aucune idée de comment réagir pour s’en protéger »… « En Alaska, des chercheurs ont déjà trouvé des traces de la grippe espagnole de 1918, qui avait infecté 500 millions de personnes et en avait tué 100 millions, soit 5 % de la population mondiale. »

5. L’air irrespirable : Le CO2 ne se contente pas de réchauffer l’atmosphère, il en change aussi par définition la composition. Or, l’air que nous respirons a un impact sur notre santé, da façon parfois inattendue. Si la teneur en carbone monte à 1 000 ppm en 2100, l’auteur assure qu’« un tel air pourrait baisser les capacités cognitives humaines de 21 % ».

6. La guerre perpétuelle : La sécheresse fait partie des facteurs d’instabilité sociale ayant conduit à la guerre civile en Syrie. Le journaliste américain cite une vaste étude de Marshall Burke et Solomon Hsiang qui relève, au-delà des particularismes et conjonctures locaux, une corrélation entre violence et température : pour chaque demi-degré supplémentaire, les sociétés verraient augmenter de 10 à 20 % la probabilité d’un conflit armé.

7. L’effondrement économique : le journaliste signale que chaque degré de réchauffement pourrait coûter 1,2 point de PIB. Plus généralement, les chercheurs ont calculé comme projection médiane une perte de 23 % des revenus par personne à la fin du siècle, due aux différentes conséquences du changement climatique (agriculture, violences, tempêtes, énergie, mortalité, etc.). David Wallace-Wells suggère que le principe même de croissance est intrinsèquement lié à l’exploitation des énergies fossiles, et voué à s’interrompre avec la fin de celles-ci. « Avant les énergies fossiles, personne ne vivait jamais mieux que ses parents. »

8. Les océans empoisonnés : Plus du tiers du carbone est absorbé par les océans. Les effets secondaires sont terribles : acidification des océans, blanchiment et mort des coraux, qui « supportent le quart de la vie marine et nourrissent directement un demi milliard de personnes ». L’absorption du carbone peut déclencher un cercle vicieux : la sous-oxygénation de l’eau entraîne le grand développement de bactéries qui diminuent encore le taux d’oxygène disponible, faisant grossir les « zones mortes » dans les eaux profondes, puis de plus en plus près de la surface.

Conclusion :

– Optimiste :  « nous avons trouvé une voie pour créer une Apocalypse technologique, nous trouverons une voie pour trouver notre salut technologique », assure David Wallace-Wells.

– Pessimiste : Aucune civilisation dans l’univers n’a jamais réussi à se développer sans dérégler son environnement au point de péricliter avant même de pouvoir s’envoler vers d’autres planètes. C’est pour cela que nous n’avons pas encore rencontré d’extra-terrestres !

Source : https://usbeketrica.com/article/changement-climatique-les-8-apocalypses-a-venir

(Usbek & Rica est le média qui explore le futur. Tous les futurs : ceux qui nous font peur et ceux dont on rêve)

Pour approfondir : Climat : les raisons de s’inquiéter sont innombrables (8 décembre 2015)

+ 7 °C en 2100 ou krach pétrolier en 2020 ?

On les appelle les jumeaux hydrocarbures, pic pétrolier et rupture climatique. L’un est indissociable de l’autre. Brûler du pétrole réchauffe la planète, mais le pétrole est en voie de raréfaction. Qui gagnera la course à à l’abîme ? Pour le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les scientifiques Français prédisent une augmentation continue de la température moyenne du globe au moins jusqu’en 2040, pour atteindre environ 2 °C, quelle que soit l’évolution des émissions de gaz à effet de serre – en raison de l’inertie du système climatique. Dans le pire des scénarios, celui d’une croissance économique rapide alimentée par des énergies fossiles, le thermomètre grimpera en moyenne de 6,5 °C à 7 °C en 2100. Le thermomètre a pour l’instant grimpé de 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, convoyant déjà un lot de catastrophes (ouragans plus intenses, sécheresses plus longues, etc).

Du côté pétrole, un récent rapport propose de redonner vie à la taxe carbone. Le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) indique que c’est l’instrument le plus à même de lutter contre le réchauffement climatique : « La fiscalité de carbone vise à inciter les agents économiques à adopter de nouveaux comportements de consommation ou de production. Elle accroît ainsi le prix des carburants et des combustibles fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole) afin d’en dissuader l’usage ». Mais le gouvernement préfère renvoyer ce dossier sensible (cf. Gilets jaunes) à la discussion de la convention citoyenne : 150 citoyens tirés au sort pour aborder, d’ici au début de 2020, les questions liées à la mise en œuvre de la transition écologique, puis faire des propositions. Autant dire que beaucoup de carbone va encore s’échapper dans l’atmosphère avant que ces propositions deviennent réalité. Heureusement, nous savons qu’un choc pétrolier intense peut éclater à tout moment, il a suffi aujourd’hui de détruire une toute petite partie du complexe pétrolier d’Arabie Saoudit our mettre les marchés en émois. Une crise géopolitique est toujours possible, nous l’espérons. Moins de pétrole veut dire dire moins de réchauffement climatique ! Pour conclure sur la diversité des points de vue sur lemonde.fr :

Toto le Rigolo : Dans 80 ans l’Homme vivra plus longtemps, en meilleure santé et aura plus de loisirs. Nous aurons des sources d’énergie gigantesques et décarbonnées, peut être grâce à la fusion nucléaire. Nous serons plus que jamais les maîtres de la terre et peut-être même du système solaire.

Dominique Greusard : Il était une fois une planète lumineuse et verdoyante. Un jour y apparut un peuple d’homo demens avide, sûrs de son intelligence et dominateurs ; il voulait être le maître du monde et faisait autant d’enfants qu’il pouvait pour cela. Sujet à une boulimie sans frein, il boulottait les végétaux et même les forêts, mangeait de la viande à tous les repas, perforait la terre pour y prendre tous ses trésors et en faire des gadgets. Imbu de sa supériorité, ils régna sans partage, éliminant toute biodiversité par ses monocultures dévastatrices et ses bâtiments qui poussaient bien plus vite que des champignons… Il advint qu’un jour, leur puissance inaltérable s’effondra : en un tournemain, leurs ressources fondirent et cette espèce animale disparut de la création. Cafards et méduses prirent la place laissée vacante. Si on vous dit qu’une météorite venue d’ailleurs les a anéantis, n’en croyez rien : elle n’a donné à leur château de cartes que la pichenette qui le fit écrouler. Les humains ne sont morts que de leur appétit dévorant, de leur arrogance et des méfaits infligés à la planète dont ils es croyaient propriétaires.

Appel Uni-Terre : marcher pour le futur

Tous ensemble, tous ensemble, marchons pour le climat. Des militants, élus, collectifs, gilets jaunes lancent un appel Uni-terre à la mobilisation générale et seront dans le rue le 20 et 21 septembre pour porter un nouveau projet de société contre « un ordre social productiviste capitaliste chaque jour plus écocidaire, inégalitaire et antidémocratique ». Ils écrivent sur mediapart* : « Dès aujourd’hui construisons un front populaire écologique pour mener une transition juste qui garantisse la paix et élargisse la démocratie. Nous appelons à participer en France à la grève mondiale pour le Futur du vendredi 20 septembre, aux différentes mobilisations du samedi 21 septembre et aux différentes activités non violentes de la #WeekForFuture du 20 au 27 septembre. Fin du monde, fin du mois, même combat ! »

Extraordinaire ce Front commun des signataires, membres de « Génération·s, La France Insoumise, Gauche démocratique et sociale, #Unis pour le climat, Europe Écologie Les Verts, groupe S.I.G.L.E, Gilet jaune, Gilets Verts,Youth For Climate, Pour une écologie sociale et solidaire, Coopérative politique écologique et sociale, Parti communiste français, Coopérative Europe écologie les verts, Mouvement Écolo, Nouvelle Donne, Décidons nous-mêmes, Ensemble pour le climat et le vivant, Ensemble ! » C’est trop mignon cet unanimisme d’organismes qui n’arrivent pas à concrétiser le moindre rapprochement institutionnel ; ils veulent bien marcher ensemble, cela n’engage à rien. Nous aimerions que tous ces illustres membres d’officines émettent un peu moins de paroles et fassent un peu plus de désobéissance civique. Nous aimerions que les Gilets jaunes, opposés à toute augmentation du prix de l’essence, ne puissent pas se revendiquer d’une marche pour le climat. A force de tout mélanger, il n’y a plus de cohérence.

* https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/180919/appel-uni-terre-greve-et-marche-mondiale-pour-le-futur

Le salon de l’automobile en accusation

Le XIXe siècle a connu l’émergence du mouvement ouvrier contre l’exploitation de l’homme par l’homme, le XXe siècle a connu l’endormissement de la classe ouvrière, bercée par le consumérisme et la société du spectacle, avec le XXI siècle débute le siècle de l’écologie. La lutte des premiers syndicat, interdits au début du XIXe siècle, a été une exigence. Aujourd’hui nous réconcilier avec la Terre-mère, à laquelle nous faisons une guerre de rapines et de forêts brûlées, devient un impératif catégorique. Nous commençons à vivre de nouvelles formes de grèves (de l’école par exemple), de systèmes de production (bio, artisanal, convivial…) ou de distribution (circuits de proximité, AMAP, etc.), sans oublier les comportements personnels de sobriété et les manifestations (en vélo et à poil de préférence).

Entre 15 000 et 25 000 manifestants, la plupart en vélo, ont défilé samedi 14 septembre à Francfort à l’occasion du salon international l’automobile. Le slogan « des sous, des sous » est remplacé par des évidences, « On ne peut pas remplacer nos poumons », « Le salon de l’automobile représente le siècle passé », « On n’en veux plus de ces gros SUV  », etc. Le collectif « Sand im Getriebe » (« Du sable dans les rouages »). On a bloqué dimanche une partie du salon. Une fraction radicale du mouvement écologiste est prête à des actions illégales pour attirer l’attention. La « génération climat » commence à faire entendre sa voix. De la condamnation du salon de l’automobile, Le Figaro en parle, et France-info, sans compter Ouest-France, LE MONDE et la presse allemande. La désobéissance civile connaît une percée médiatique et devient un cri de ralliement.

En plus des grèves pour le climat à l’appel de Greta Thunberg, des mouvements se répandent comme une traînée de poudre de Londres à Berlin, en passant par Paris. Le groupe « Ende Gelände » (« Terminus ») avait réussi en juin à occuper et forcer l’arrêt temporaire d’une vaste mine à ciel ouvert de lignite. Extinction Rebellion agit en Angleterre et ailleurs. Aujourd’hui on s’en prend au salon de Francfort, et bientôt on interdira les courses automobiles et chacun de nous intégrera de nouvelles priorité du type « piétons > vélos > voitures ». Le dévoiturage est sur la bonne voie. Fini bientôt la boîte où l’on se regarde passer sa vie dans les bouchons, le transport redeviendra un temps de vie, on ira au boulot à pied !

CLIMAT, que deviendra Côme Girschig ?

Côme Girschig, 24 ans, représentera la France au sommet de la jeunesse pour le climat qui se tiendra à New York le 21 septembre. Il a été choisi par les Nations unies parmi 7 000 candidats pour son engagement contre le dérèglement climatique. Diplômé de Sciences Po Paris et de l’Ecole des Ponts Paris Tech, il préfigure l’alliance entre les technocrates et les instances internationales pour faire face aux défis climatiques. Son discours va déjà dans ce sens : « Les COP sont-elles utiles ? lance-t-il à un auditoire de deux personnes, costume et baskets élégantes aux pieds. Oui, car même si ça ne va pas assez vite, elles créent une confiance commune qui permet à tous les Etats d’avancer ensemble. »

Ses bonnes résolutions seront rapidement détournées par le système. Il dit aujourd’hui : « nous devons relocaliser notre économie pour limiter notre empreinte écologique », il soutiendra demain la géo-ingénierie. Côme Girschig croit que la génération climat va se présenter massivement aux élections, encore faudrait-il que la génération des écrans veuille quitter ses écrans. Il apparaît pour la première fois dans les colonnes du MONDE* ce sera la seule fois en tant que militant. Il réapparaîtra un jour comme porte-parole d’un parti ou expert dans telle ou telle officine. Nous avons connu cette évolution avec la génération 1968. Car Côme Girschig s’apercevra comme Arnaud Montebourg que le discours politique, ce sont des propositions grandioses pour des résultats bien trop souvent minuscules. Alors mieux vaut en vivre !

A connaître cependant pour ne pas complètement désespérer des jeunes, l’association qu’il a lancé avec d’autres. Les Jeunes ambassadeurs pour le climat animent des interventions en collège, lycée et université pour sensibiliser les jeunes aux enjeux climatiques tout en partageant leur expérience des négociations internationales auxquelles ils participent chaque année. L’association propose aussi des conférences sur des thématiques en lien avec le climat (numérique, négociations internationales, agriculture, éducation, genre, …) à destination du grand public… et des grandes entreprises (Google, Deloitte, BNP). Pour les petits malins, le choc climatique permettra de gagner très bien sa vie. Côme Girschig est sur la bonne voie. A moins que Côme se garde de sombrer dans le management et devienne un adepte de la simplicité volontaire. Alors qu’il intégrait Sciences Po Paris, en section affaires internationales, il entreprenait de réduire son empreinte carbone : boycott de l’avion pour les déplacements touristiques, alimentation végétarienne, bio, locale et de saison, vélo et transports en commun dans la capitale, achat de vêtements et d’équipements d’occasion. Sans illusion : « C’est beau de changer de mode de consommation, mais après, il reste encore la production. Il est très compliqué de trouver un travail totalement éthique ». On ne lui fait pas dire ! Mais on peut toujours rêver. Côme Girschig, Greta Thunberg, Nicoles Hulot, Cyril Dion, etc. etc…. espérons que des millions et des millions d’humains deviendront à votre suite de véritables écologistes.

* LE MONDE du 13 septembre 2019, Côme Girschig, un jeune « champion du climat » qui croit à la politique

Taxe aux frontières ou démondialisation ?

Écologie superficielle : « En dissociant les lieux de production et de consommation, la croissance du commerce mondial entraîne une hausse du transport de marchandises et donc des émissions de gaz à effet de serre. C’est la contribution directe du commerce aux émissions. Or, ces dernières ne sont pas prises en compte dans le calcul des émissions de chaque pays.Si un groupe de pays décide de poursuivre des objectifs ambitieux en matière de climat et de taxer ses émissions de carbone, leurs efforts pourraient être annihilés par le jeu du commerce international. Les industries fortement émettrices, comme les cimenteries, délocaliseraient leurs usines dans des pays qui n’ont pas de politique climatique. Ce qui ne ferait que déplacer le problème ailleurs. Il faut donc imaginer autre chose. Une première méthode, a priori séduisante, est la taxe de compensation aux frontières. Les pays qui taxent leurs émissions pourraient aussi taxer les importations de biens en fonction du carbone émis au cours de leur production. Cela réglerait les problèmes de perte de compétitivité de leurs industries. Mais comment calculer la teneur en carbone d’un bien ? Difficile. Une manière de contourner cet obstacle serait de former un club de pays qui taxeraient tous les biens en provenance des pays non engagés dan la lutte climatique. Il suffirait à ces pays d’ajuster leurs objectifs climatiques pour rejoindre le club et échapper à la taxe. Le produit de la taxe pourrait être utilisé pour financer le transfert de technologies propres vers les pays les moins avancés. L’OMC l’autoriserait sans doute car elle prévoit une exception environnementale pour les droits de douane qui poursuivent un objectif légitime, transparent et non discriminatoire. » (Lionel Fontagné)*

Écologie de rupture : « Sur le plan environnemental, il va falloir réduire les échanges, puisque le transport de marchandises émet presque 1 milliard de tonnes de CO2 par an ! La mondialisation, c’est la concurrence effrénée où l’emporte le plus antisocial, le plus anti-environnemental, qui utilise les moyens les moins scrupuleux pour fabriquer moins cher. La mondialisation est donc déloyale en mettant en concurrence des anciens pays industrialisés, qui ont cent cinquante ans d’acquis sociaux, avec des pays nouveaux, qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves. La mondialisation a provoqué deux crises : celle financière des subprimes, où un excès de la dette privée avait dû relayer un pouvoir d’achat insuffisant, et la crise écologique mondiale. Les standards mondialisés tirent vers le bas toutes les normes environnementales et organisent le saccage de la nature. Pour moi, la mondialisation est terminée. Si vous mettez bout à bout l’explosion des inégalités, la destruction des ressources naturelles, l’inquiétude mondiale sur le dérèglement climatique, l’appauvrissement des classes moyennes, la colonisation numérique de notre économie par les empires américains et chinois, vous avez en résultante le nécessaire rétrécissement du monde. Et avec l’affirmation des Etats-Unis qu’il faut restreindre les échanges, c’est le retour inévitable à la souveraineté économique des Etats-nations. Le retour du protectionnisme va rétrécir le monde, par un rééquilibrage justifié, nécessaire, après l’intégrisme religieux de la mondialisation. Nicolas Hulot a raison : les traités de libre-échange et l’écologie sont incompatibles. » (Arnaud Montebourg)**

* LE MONDE du 12 septembre 2019, « Il faut intégrer le coût environnemental au commerce des marchandises »

** LE MONDE du 8 septembre 2018, « La mondialisation, c’est terminé »

Le message déplaît, tuons le messager !

Stéphane Foucart* : « Souvenez-vous. Lorsque la question climatique a commencé à se frayer une petite place dans les grands médias, la première forme de négationnisme a consisté à en nier la réalité. Cet argument tombé, il fallut en trouver un autre. Certes, le réchauffement était réel, mais il n’était pas le fait des activités humaines. Puis il fallut chercher autre chose. Certes, le réchauffement était réel, certes il était bien le fait des activités humaines, mais il était sans gravité. Cet élément de langage a aussi fait long feu. Les négationnistes ont alors revêtu des habits neufs. Ce ne sont plus des arguments qui sont attaqués, mais les personnalités qui incarnent la mobilisation contre le réchauffement, ainsi la jeune Greta Thunberg. « Quelle âme habite ce corps sans chair ? », s’interroge Michel Onfray. Elle « affiche son syndrome d’Asperger comme un titre de noblesse », persifle Pascal Bruckner. Pour Raphaël Enthoven, elle n’est « qu’une arnaque, qu’une image, qu’une enveloppe vide mandatée pour dire le Bien ». Au terme de cet été, les forêts, les banquises, les océans et les ressources en eau douce ont certes souffert, mais la qualité du débat public n’a pas, elle non plus, été épargnée. » Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Si-i : Merci pour cet article. Quand la nouvelle est mauvaise, on tue le messager.

E. P : Des vagues de haine et de calomnie amplifiées par les réseaux sociaux qui servent le déni et la désinformation en détournant l’attention. A l’insulte Trump et Bolsonaro ajoutent la provocation de réaffirmer leur projet d’exploitation irraisonnée de la nature. Des méthodes qui obligent à replacer toujours et encore le discours sur l’essentiel, la maison brûle.

Fopa : Les nouveaux sceptiques montrent le syndrome d’Asperger de Greta Thunberg lorsque Greta leur montre la science. »

Marco Prolo : MERCI aux éveillés, à ceux qui prônent l’excès de sobriété. Et aux OUBLIETTES les autres.

Marredesc : Et si la presse n’offrait pas de relais à ces négationnistes ?

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

24 juillet 2019, Greta Thunberg, le climat face aux députés

25 juin 2019, Greta Thunberg répond à ses détracteurs

20 mai 2019, Greta Thunberg, l’icône dont nous avons besoin

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Climat : les habits neufs du scepticisme

Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

Les conférences de consensus (ou de citoyens) sont un mécanisme qui devrait être mis en avant par les écologistes car c’est une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Voici quelques éléments de présentation de ce système mis en place… par Macron ! Voici aussi nos critiques :

Cadre général : La convention citoyenne sur la transition écologique a été annoncée par Emmanuel Macron le 25 avril 2019 lors de sa conférence de presse de conclusion du grand débat : une assemblée de 150 citoyens tirés au sort sera placée sous la double tutelle du ministère de la transition écologique et solidaire et du Conseil économique social et environnemental (CESE). Cette convention « répond à la double demande de plus de participation et de plus d’écologie » et « a vocation (…) à mobiliser l’intelligence collective pour passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions »

Biosphere: « …passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions … » ? Cette phrase n’a aucun sens. Si le consensus admet la gravité d’un sujet, comment imaginer un compromis sur les solutions ? De plus la notion de « tutelle » pose problème, quelle va être l’autonomie réelle des 150 citoyens ? Enfin il est étonnant qu’une telle structure ne soit pas organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP).

Objectif de la Convention : Cette convention citoyenne devrait « redessiner toutes les mesures concrètes d’aides aux citoyens sur la transition climatique dans le domaine des transports, de la rénovation des logements, pour les rendre plus efficaces ». Le ministre de l’écologie François de Rugy précisait : « Nous attendons de cette assemblée qu’elle définisse un paquet de mesures qui seront soit directement transmises aux Français par voie de référendum, soit au Parlement dans un cadre législatif, soit encore qui donneront lieu directement à des mesures réglementaires. »

Biosphere : Greenpeace a estimé que « le gouvernement brandit la participation des citoyens pour dissimuler son inaction… Le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation sur les mobilités ou la loi climat-énergie, sont en cours d’examen. »

Moyens et résultats : Le tirage au sort des 150 Français a débuté lundi 26 août et s’achèvera fin septembre, avant une première réunion début octobre. A l’issue des discussions, « le gouvernement publiera un calendrier prévisionnel de mise en œuvre de ces propositions ». Six week-ends de trois jours de travail sont programmés, avec une journée bilan, fin janvier 2020. Les citoyens pourront par la suite « formuler une réaction commune et publique aux réponses du gouvernement ».

Biosphere : Comme la France est déjà loin de tenir ses engagements sur le climat, cette convention risque fort de ressembler au Grenelle de l’environnement sous Sarkozy qui n’avait abouti à aucune mesure concrète lors de son passage au parlement.

Greta Thunberg, le climat face aux députés

La Suédoise de 16 ans a prononcé devant les députés le 23 juillet 2019 un discours sur l’inaction climatique aux côtés d’une climatologue. Le président des députés LR, Christian Jacob : « J’aurais préféré que l’on mette en avant les scientifiques du GIEC, l’Assemblée nationale a vocation à prendre en compte l’avis d’experts. » La climatologue et membre éminent du GIEC Valérie Masson-Delmotte répond a cette contre-vérité : « Jusqu’ici, je n’avais pas été invitée à l’Assemblée. Ce sera le cas mardi, et j’en suis très reconnaissante au mouvement des jeunes pour le climat : grâce à eux, le message des scientifiques retient davantage l’attention. Or le moindre demi-degré compte. Chaque année où l’on n’agit pas implique un changement climatique plus important à l’avenir. » Pour mieux comprendre l’inertie des politiques, rappelons cet événement d’il y a près de treize ans. Une (petite) partie des députés français avait assisté le 11 octobre 2006 à la projection du documentaire d’Al Gore consacré au réchauffement climatique, « Une vérité qui dérange ». Au sortir de la séance, une sénatrice des Verts rappelait que « le Parlement français a voté à l’unanimité en faveur de l’application du protocole de Kyoto, mais nous n’avons concrètement changé aucune de nos politiques ». Le centriste F.Bayrou appelait les politiques à renoncer à leur approche habituelle par étiquette droite/gauche car, avec l’affrontement politique, il ne peut plus y avoir d’action continue contre le changement climatique.

Aujourd’hui les réactions disproportionnées de certains politiques contre la venue de Greta démontrent que l’aveuglement climatique est toujours présent malgré la canicule qui frappe la France. L’eurodéputé du Rassemblement national Jordan Bardella dénonce « la dictature de l’émotion » et une « nouvelle forme de totalitarisme ». Guillaume Larrivé : « Faire la grève de l’école, je ne peux l’approuver. » Le député (LRM) de Paris Sylvain Maillard dit de même, « Faire la grève de l’école, quel triste symbole ». Le député Julien Aubert, également en lice pour la présidence LR comme Guillaume Larrivé, qualifie la jeune suédoise de « Prix Nobel de la peur » : « Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique et de courage politique. » A La France insoumise (LFI), le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière avait fustigé l’« hypocrisie » consistant à faire cohabiter dans la même journée le vote sur le CETA, « un accord climaticide », selon lui, et la venue de Greta Thunberg. Julien Aubert tenait le même raisonnement, « Le jour où vous ratifiez l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada [CETA], on invite une égérie qui permet de regarder ailleurs. On nous invite à écouter une prédication qui repose sur des présupposés. C’est du spectacle, de la mystification.  » La LRM Peyrol : « Mes héros à moi ne sont pas comme Greta, ce sont des agriculteurs, des chefs de PME qui essaient de trouver des solutions .» Pour résumer la réponse de Greta Thunberg, cette phrase : « C’est très triste que les gens soient si désespérés qu’ils inventent des choses. On dirait qu’ils ont plus peur de moi et des manifestations des jeunes que du vrai problème, à savoir le réchauffement climatique ».

Faisons la synthèse avec cet Éditorial du MONDE (24.07.2019) : « Par son message « Vous me volez mon avenir », Greta Thunberg incarne la mobilisation spontanée d’une génération qui réalise que la planète dont elle hérite est menacée par un mode de vie, de production et de consommation incompatible avec la croissance démographique… A l’urgence médiatique, on ajoute la dimension générationnelle. Il faut être politiquement aveugle – et l’état de notre débat public montre que nombre de nos élus le sont encore – pour ne pas comprendre que la protection de l’environnement est aujourd’hui un ressort fondamental dans l’électorat .Parce que cette préoccupation transcende les clivages traditionnels, son expression politique n’est pas encore aboutie ; mais la mobilisation citoyenne est réelle, comme l’ont prouvé les importantes manifestations de jeunes.. »

ensavoir plus, Al Gore aux avants-postes de la lutte climatique

A qui appartient l’Amazonie ? à Jair Bolsonaro

Jair Bolsonaro face à la presse étrangère : « L’Amazonie est au Brésil, pas à vous ! » Après deux cents jours à la tête du Brésil, Jair Bolsonaro assume : « Je suis là pour accomplir la mission de Dieu. » Et si d’aventure des maux existent dans le pays, la faute en revient en intégralité à ses prédécesseurs, de droite comme de gauche. Quand l’Institut national de recherches spatiales du Brésil publie des statistiques toujours plus effrayantes sur le niveau de déforestation, le président répond qu’il fera convoquer le directeur de l’organisme, qu’il soupçonne de travailler pour le compte d’une « ONG ». Quant aux populations autochtones, Jair Bolsonaro répond qu’ils vivent « comme des hommes préhistoriques ».Vivant dans un monde peuplé de « socialistes », de « corrompus » et de « fake news », Jair Bolsonaro reste néanmoins confiant quant à la capacité qu’a le peuple « de distinguer le vrai du faux ».

Au-delà de ce trumpiste d’Amazonie, la question de fond reste cruciale : à qui appartiennent les ressources naturelles ? Pour les intérêts globaux comme la nécessité des puits de carbone face au réchauffement climatique, il faut considérer l’Amazonie (et les autres forêts) comme des espaces à sacraliser car favorisant le bien commun planétaire. Pour le pétrole, les pays moteurs de la civivilaiton thermo-industrielle ne se sont jamais posé la question de l’appropriation. Est-ce que le pétrole de l’Arabie Saoudite appartient aux Saoudiens et Saoudiennes ? A la dynastie Saoud qui ne règne que depuis 1932 ? Au roi en exercice Salmane ben Abdelaziz ? Aux Etats-Unis qui ont protégé la dynastie des Saoud ? Aux compagnies pétrolières internationales ? Ou à Dieu puisque le Coran est partie intégrante de la constitution Wahhabite ? En fait le pétrole, offert gratuitement par mère Nature, appartient d’abord au sous-sol et secondairement à l’espèce humaine. Jamais on n’aurait du l’extraire pour le brûler, et comme on ne l’a pas fait, on se retrouve devant le problème amazonien ! Quelques réactions subsidiaires sur lemonde.fr* :

Léon : L’Amazonie est à nous ! Ben non, comme le Sahara, l’Amazonie est multinationale. Elle est partagée entre le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l’Equateur, la Colombie, le Venezuela, la Guyana, le Surinam et … la France. Le Brésil en détient 63%. L’Amazonie n’est donc pas « brésilienne ».

Ma Tzu : L’ oxygène appartient à tout le monde !

Pierre K : Puisque Bolsonaro est, selon ses dires, si croyant, on devrait lui rétorquer que l’Amazonie, comme toutes les richesses naturelles, sont à Dieu et non au Brésil, que les hommes qui l’habitent depuis toujours, sont ses frères. Que fait le pape? Mais bon… ce christianisme n’est que façade ou instrument d’oppression comme il l’a été trop souvent.

Dmg : Voyons les choses en face. La société libérale hyper-capitaliste est une invention occidentale. Elle s’est accaparée la totalité de la planète et mène l’humanité entière à vitesse accélérée à sa destruction. Ce qui nous gène chez Bolsonaro, c’est qu’il veut piller son pays pour lui-même, pas pour nous.

jamaiscontent : Sur l’Amazonie, ce grand ami de l’humanisme et de l’environnement a apporté une réponse claire à sa façon aux béni-oui-oui européens encore persuadés que les accords de libre échange obligeront ce pays à respecter des normes en matière environnementales… Tous ceux qui nous vendent l’accord UE-Mercosur comme une possibilité de faire progresser l’accord de Paris ne pourront plus nous mentir impunément.

U. Zée : Un procès pour mise en danger de la vie d’autrui est-il envisageable contre un homme qui massacre le poumon de la planète sous prétexte qu’il lui appartient ?

Woudi Kherenc : Peu de chance de faire entendre raison à un mec persuadé qu’il est là « pour accomplir la mission de Dieu »…:

* LE MONDE du 21 juillet 2019, Jair Bolsonaro, L’Amazonie est au Brésil, pas à vous 

Les victimes du réchauffement se battent déjà

Le présidentiable René Dumont avait prévenue en 1974, «L’écologie ou la mort » ; il a obtenu 1,3 % des voix.  Certains croyaient encore dans les années 2000 à la pédagogie de la catastrophe… La responsable académique au développement durable a accusé un référent EEDD dans son lycée d’être « catastrophiste ». Eviter le réalisme des mots en matière d’urgence écologique, c’est le meilleur moyen d’accélérer l’effondrement. Les gens conscients des réalités biophysiques en arrivent à penser aujourd’hui que même la catastrophe ne peut plus servir de pédagogie : chacun se battra pour accaparer les ultimes ressources terrestres, et la dernière goutte de pétrole ira sans doute à un tank. L’article* de Jean-Baptiste Fressoz confirme :

«  Les climatologues n’hésitent plus à relier les inondations au réchauffement : une terre plus chaude, c’est une évaporation plus intense, davantage d’eau retenue dans l’atmosphère et donc des inondations plus fréquentes et plus dévastatrices. Alors que de nombreuses inondations frappent partout la planète et que les grandes plaines du Midwest américain sont sous l’eau, le président Trump aggrave les sanctions économiques contre l’Iran, lui-même submergé. Le désastre dans le Midwest ouvre des opportunités commerciales aux concurrents, incités à déforester davantage l’Amazonie et La Pampa argentine, et donc à accroître le réchauffement. Pis : pour amadouer les agriculteurs américains lessivés par les inondations et la guerre commerciale avec la Chine, le président Trump cherche à encourager la production de carburant à partir de maïs et de soja. Enfin, les évangéliques, très actifs dans le Midwest, expliquent à qui veut l’entendre que le réchauffement climatique est un mythe et que les inondations sont une sanction des péchés d’une Amérique qui a tourné le dos à Dieu ! L’idée d’une pédagogie de la catastrophe est décidément beaucoup trop optimiste… »

Voici sur notre blog biosphere quelques autres points de vue complémentaires de Jean-Baptiste qui méritent la lecture :

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

en résumé : En avril 1855, alors que la foule se presse à l’exposition universelle de Paris pour y admirer machines, locomotives et inventions, paraît « La Fin du monde par la science », écrit par un avocat, Eugène Huzar  : Je ne fais la guerre ni à la science, ni au progrès, mais je suis l’ennemi implacable d’une science ignorante, d’un progrès qui marche à l’aveugle sans critérium ni boussole. La science expérimentale ne peut anticiper les conséquences lointaines de ses productions toujours plus puissantes. Et ce décalage entre capacités techniques et capacités de prévision conduit inexorablement à l’apocalypse…

25 octobre 2018, L’addition des énergies mène droit à la crise ultime

en résumé : Jean-Baptiste Fressoz souligne à juste titre que la « transition » devrait s’appeler « crise énergétique » ou « gap énergétique ». Mais dire « transition » plutôt que « crise » rend le futur beaucoup moins anxiogène en l’arrimant à une rationalité planificatrice et gestionnaire. Ainsi va un monde où il ne faut plus culpabiliser les gens, ni parler d’écologie punitive, encore moins de sang, de larmes et de sueurs

* LE MONDE du 13 juin 2019, « Les victimes du réchauffement se battent au lieu de s’entraider »

CLIMAT, prendre aux riches, donner au pauvres

Thomas Piketty* : « les responsables Verts, enivrés par leur succès, notamment en France, refusent de dire s’ils souhaitent gouverner avec la gauche ou la droite. Pourtant tout indique de plus en plus clairement que la résolution du défi climatique ne pourra se faire sans un puissant mouvement de compression des inégalités sociales. On voit mal comment les classes moyennes accepteraient de changer leur mode de vie si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. Avec l’ampleur actuelle des inégalités, la marche en avant vers la sobriété énergétique restera un vœu pieux. D’abord parce que les émissions carbone sont fortement concentrées parmi les plus riches. Au niveau mondial, les 10 % les plus riches sont responsables de près de la moitié des émissions, et les 1 % les plus riches émettent à eux seuls plus de carbone que la moitié la plus pauvre de la planète**. La réduction drastique du pouvoir d’achat des plus riches aurait donc en tant que telle un impact substantiel sur la réduction des émissions au niveau mondial. » Quelques réactions sur le monde.fr

CM : J’ai arrêté la lecture de l’article arrivé à cette phrase : « Au niveau mondial, les 10% les plus riches sont responsables de plus de la moitié des émissions carbone ». D’où sort ce chiffre ? Et comment il est calculé ? L’utilisation du mot « responsable » annonce déjà l’escroquerie intellectuelle. On devine que Piketti inclut ceux qui détiennent des actions dans une industrie polluante par exemple. Donc en fait, les millions de voitures et de camions qui roulent dans le monde, c’est à cause des 10% les plus riches (qui en sont les actionnaires). Donc si on suit le raisonnement probable de M Piketti, si on ruine les 10% les plus riches, on ruine l’industrie automobile et, miracle, plus d’émissions carbone.

GGir : La relation entre redistribution et écologie est assez ténue. Si on redistribue des plus riches aux plus pauvres, et que ceux ci s’en vont consommer des produits carbonés, le problème n’aura été que déplacé. Une société très égalitaire dont la principale source d’énergie serait le pétrole contribuera toujours plus au changement climatique qu’une société très inégalitaire dont la principale source d’énergie reposerait sur une inégalité énergétique. Faire du changement climatique un combat anti-capitaliste est le meilleur moyen de n’arriver à rien. Un problème d’une telle envergure ne peut être résolu que si toute la société s’y attelle.

jacques Fauvet : Si on effectue des transferts de richesse des riches aux pauvres pourquoi cela aurait-il un effet sur le réchauffement climatique ? Les anciens « pauvres » prendront l’avion, auront plus de voitures, etc. Piketty est un militant politique aveuglé par son idéologie.

Olivier Godard : De façon générale les problèmes écologiques ne sont pas directement attribuables aux inégalités, mais à l’absence de régulation de nombreux usages de la nature (droits de propriété et d’usage, réglementations, taxes et marchés de quotas, etc.), ce que les économistes appellent des externalités. Dommage que Piketty se soit transformé en idéologue.

PHILEMON FROG : Une fois n’est pas coutume, l’analyse de T.Piketty s’égare en s’attardant sur un aspect de l’écologie politique qui n’est pas mineur mais qui n’est pas l’axe autour duquel doivent s’articuler les actions en la matière. Cet axe c’est la régulation de l’activité humaine pour la rationaliser (fixer des normes pour maîtriser les impacts, interdire les activités nocives, etc). C’est en cela que l’écologie est fondamentalement progressiste (par opposition aux formes conservatrices qui ne sont que des traditionalismes régressifs, une sorte de culte passéiste de la terre nationale). La justice sociale par la solidarité, en d’autres termes la redistribution (accompagner les défavorisés dans la transition afin que les coûts soient soutenables), est un moyen d’atteindre les objectifs écologiques. Mais T.P. semble en faire un objectif en soi et même le seul. En absolu, pourquoi pas mais ce n’est pas un objectif écologique. Le propos est donc bien trop restrictif.

Jogg : T.Pikkety devrait regarder attentivement la carte du vote écologiste en Europe. Dans les pays pauvres (Est et Sud de l’Europe), les écologistes n’ont obtenu aucun siège. Ce sont les pays riches (du Nord-ouest) qui votent écologistes. L’écologie est une préoccupation de « riches », pas chez les pauvres qui ont d’autres priorités. A l’échelle de la planète, les régions les plus pauvres sont celles qui polluent le plus (air, eaux, sols) et où la démographie n’est pas maîtrisée. Donc tuer les riches pour que la planète aille mieux semble une très mauvaise idée.

NRVé : Je suis assez admiratif sur la méthode « Piketty ». Prenez n’importe quel sujet. Dites que les riches sont responsables de X% du problème. Brodez autour. Regrettez que les choses n’aillent pas mieux. Dire qu’elles iraient mieux sans riches. Parlez de la suppression de l’ISF. Recommencer la même argumentation sur un autre sujet.

Bullocrate : Piketty et ses erreurs, l’écologie a eu comme origine, non pas la gauche mais le courant malthusien plutôt de droite et comme vecteur essentiel, la religion protestante. Piketty et ses errements, on additionne des chèvres et leurs fromages pour faire une majorité puisque la gauche n’a jamais existé comme force unique.

le sceptique : Si les socialistes adoptent un point de vue écolo consistant à appauvrir tout le monde chez les industrialisés et bloquer le développement chez les émergents, ils sont politiquement morts, l’ensemble vert+gauche fera entre 10 et 20% car les électeurs fuiront vers le centre ou la droite. Il n’y a en fait qu’une écologie écologiste (ni libérale ni socialiste), c’est une construction intellectuelle ne correspondant pas aux préférences majoritaires des individus pour le moment.

MBS : Être de gauche, plus personne ne sait trop ce que cela veut dire. Aucune raison de considérer une sensibilité particulière à la problématique écologique. Elle l’a prouvé lorsqu’elle était au pouvoir. Ce qui est certain c’est qu’elle n’est pas fédéraliste. Poser déjà comme prérequis l’acceptation par les partis se disant de gauche d’un transfert de souveraineté vers l’Europe, ainsi que plus d’autonomie aux régions. le PC est contre, LFI est contre, le PS est contre…EELV est pour. Passer d’un bipartisme PS-LR à un bipartisme EELV-LREM ne me pose pas de problème. Le PS a échoué et trahi ses électeurs, très peu en sont nostalgiques.

* LE MONDE du 9-10-11 juin 2019, Thomas Piketty : « L’illusion de l’écologie centriste »

** https://www-cdn.oxfam.org/s3fs-public/file_attachments/mb-extreme-carbon-inequality-021215-fr.pdf