effet de serre

COP25, heureusement qu’il y a Greta

Greta Thunberg à la COP25 : « Le vrai danger est quand les politiques et les dirigeants d’entreprises font croire que des actions réelles se passent quand, en réalité, rien n’est fait … Les promesses n’incluent pas l’aviation, le secteur maritime et les biens importés ou exportés alors qu’ils incluent la possibilité pour les pays de compenser leurs émissions ailleurs… Ce n’est pas gouverner, c’est tromper… Les jeunes sont désespérés : nous voulons un signal d’espoir … Il ne vient pas des gouvernements et des corporations mais des gens qui commencent à se réveiller ».

Greta Thunberg a été désignée personnalité de l’année 2019 par le magazine « Time ». C’est la plus jeune lauréate de cette distinction, décernée depuis 1927 par le magazine américain. Bien que la jeune Suédoise fût pressentie pour recevoir le prix Nobel de la paix, le comité avait récompensé de façon inopportune le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed. Trois millions de personnes suivent Greta sur Twitter,combien de personnes connaissent Abiy ? Place aux commentateurs sur lemonde.fr :

Obéron : Peut-être plus impressionnant encore que les millions de jeunes (et moins jeunes) ralliés à sa cause (notre cause), l’un des plus grands mérites de Greta Thunberg est la levée de boucliers unanime des derniers climato-sceptiques, conviés en chœur sur les forums à leur chant du cygne !

Thymie : Cette distinctionpar Time n’est pas une récompense, ni un honneur. Pour mémoire, l’ayatollah Khomeiny, Poutine, Trump (en 2016 !), Deng Xiao Ping, Andropov ( ! ! ! ! !), le roi Fayçal d’Arabie saoudite, l’ont reçu… Un musée Grévin. Comme la légion d’honneur, vide de sens.

Dance Fly : Et alors ? Le Time ne décerne pas un prix Nobel. Sont désignés personnalités de l’année ceux qui ont une influence sur la marche du monde. Khomeini ou encore Staline ont aussi été choisis par Time… et à juste titre. Dans le cas présent Greta est celle qui aura réussi à mobiliser la seconde plus grande manifestation mondiale de tous les temps et ce au nom de l’écologie. Chapeau !

Camille : Il s’agit en fait de la 2éme plus grande protestation. La première était contre la guerre en Irak en 2003 (8 à 30 millions selon les estimations).

Buber : Je suis en accord avec ce que dit Greta Thunberg mais le star system enterre tous les phénomènes qu’il touche. Donc Greta sera la Garbo de l’écolo mais cela ne fera pas bouger les choses.

Piérick : Greta Thunberg est simplement l’une des porte-paroles officieuses du GIEC, et elle est la plus médiatisée car elle sait y faire ! Donc, ayez un peu plus de respect pour elle et son combat.

Manuel : Greta est une prophète, une entité miraculeuse : elle sait tout sans étudier puisqu’elle ne va pas à l’école. Elle parle et donne de doctrine sur l’histoire, sur la climatologie, sur la science, enfin, à tous qui étudions beaucoup afin de sortir un peu de notre trou d’obscurité à ce monde, elle nous montre le pouvoir des êtres supérieurs. Et ses parents, après tout ceci, millionnaires. Oh, là là.

Piérick @Manuel. En vous attaquant à elle, vous vous attaquez à 99,99 % des climatologues… Courage, Manuel, courage… LOL.

Abert @ Manuel : Greta est un porte voix. la question serait plutôt ; pourquoi les hommes politiques refusent-ils obstinément d’écouter les scientifiques? Voilà 20 ans qu’ils alertent sur les pesticides. Aujourd’hui une nouvelle étude confirma que 80% de la biomasse des insectes a disparu, 30% des oiseaux et même les poissons insectivores. Alors je me fous que ces parents soient millionnaires si elle peut faire gagner (peut-être) le combat pour les futures générations.

COP25, article 6 et sac de nœuds

Le temps presse, les minables engagements étatiques pour réduire les émissions de GES mettent la planète sur une trajectoire de + 3,2 °C en 2100. Or depuis une semaine, les négociateurs des 196 pays réunis à Madrid tentent de résoudre leurs multiples désaccords sur l’« article 6 » qui, sous des aspects très techniques, un jargon impénétrable et des subtilités comptables, cache l’essentiel. La régulation des marchés carbone, régie par l’article 6 de l’accord de Paris de 2015, fait l’objet de négociations depuis trois ans. Le texte provisoire du mode d’emploi de l’article 6 comptait encore, dans sa dernière version, 34 pages avec 423 crochets– c’est-à-dire autant d’options à trancher. Autant dire que ce qui devait être adopté lors de la COP24 attendra la COP 36 pour être (in)validé. Autant dire que le citoyen moyen restera allergique à ces bruits de couloir alors qu’il est le premier responsable des émissions de gaz à effet de serre par ses consommations (directes et indirectes) d’énergie fossile. D’autant plus que l’article 6, c’est de la poudre aux yeux, un vulgaire mécanisme de compensation qui ressemble au trafic des indulgences d’autrefois.

LE MONDE* nous donne un exemple d’application de l’article 6 : « Imaginons un village indien équipé de panneaux solaires qui permettent aux habitants de s’éclairer sans utiliser de générateurs au diesel. Ce projet est financé par des pays ou des entreprises à l’autre bout du monde : grâce aux émissions de gaz à effet de serre évitées en Inde, ils compensent celles qu’ils ont émises sur leur territoire. Voilà un exemple de la façon dont le CO2 est échangé autour du globe, dans des marchés du carbone. Ce nouveau marché international, régi par un organisme des Nations unies, générerait des crédits grâce à des projets de réduction des émissions, comme les panneaux solaires dans le village indien. Ces crédits pourraient être achetés par des pays ou des entreprises pour remplir leurs engagements internationaux. » Or on sait déjà qu’un marché carbone est inopérant, lire sur notre blog biosphere :

11 mars 2019, Neutralité carbone en 2050, la volonté de ne rien faire

7 novembre 2015, Climat : la stupidité du marché carbone

19 avril 2013, du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable

Conclusion : le marché carbone, annoncé comme la panacée lors du protocole de Kyoto (1997, y’a des lustres) a été remplacé par un nouveau mot à la mode, la taxe carbone, mécanisme rejeté tant par les Gilets jaunes que par les grandes puissances. Et aujourd’hui on en revient au marché ! Alors, quand il ne restera plus que quelques gouttes de pétrole, et par une chaleur caniculaire qui entraînera beaucoup beaucoup de morts ici ou là, quelques gouvernements éclairés par les circonstancies adopteront la carte carbone, rationnement par un système de quotas… qui permettra aux plus riches d’acheter des crédits carbone aux plus pauvres. Bis repetita, en pire.

* LE MONDE du 12 décembre 2019, Climat : les marchés carbone, l’épineux dossier de la COP25 qui risque de saper l’accord de Paris

COP25, un unanimisme de façade

Pedro Sanchez, chef socialiste du gouvernement espagnol : « le négationnisme climatique n’est plus le fait que d’une poignée de fanatiques ».

Carolina Schmidt, ministre de l’environnement du Chili qui préside la COP25 : « Les crises sociale et environnementale du XXIe siècle sont les deux faces d’une même pièce, on ne peut pas s’attaquer à l’une sans faire face à l’autre ».

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre américaine des représentants : « Au nom de la Chambre des représentants et du Congrès des Etats-Unis, nous restons engagés ».

Charles Michel, président du Conseil européen :  « Durant des siècles, nous avons été en guerre contre la nature… Le temps est venu de la révolution verte ».

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne : « dès le mois prochain la première loi européenne de transition vers la neutralité climatique afin de rendre le processus irréversible. »

Édouard Philippe, premier ministre français : « À côté de la tonalité sombre que nous devons développer, je crois qu’il faut aussi donner des motifs d’espoir à nos concitoyens, car on ne livre jamais aussi bien un combat que lorsqu’on voit la possibilité du succès…Ce combat est gagnable. »

Antonio Guterres,  secrétaire général de l’ONU : « Voulons-nous vraiment rester dans l’histoire comme la génération qui a fait l’autruche, qui flânait pendant que le monde brûlait ?  L’autre option est le chemin de l’espoir. Un chemin de résolution et de solutions durables. Un chemin dans lequel les énergies fossiles restent là où elles devraient être, dans le sol, et où nous parviendrons à la neutralité carbone d’ici 2050Faire moins serait trahir la famille humaine dans son ensemble et toutes les générations à venir. Faisons preuve de la volonté politique que les peuples attendent de nous. écoutons les foules qui réclament le changement. Ouvrons les yeux devant la menace imminente qui nous guette. Ayons l’esprit ouvert face à l’unanimité de la science. »

Carlos Alvarado, président du Costa Rica : « Comment expliquer à mon fils de 6 ans ce que nous avons fait, face au plus grand défi que nous affrontons ».

Conclusion : les associations environnementales organisent un contre-sommet du 7 au 13 décembre à Madrid.

L’historique du fiasco climatique

L’alerte climatique, elle remonte à…. il y a très longtemps. Temps perdu ne se retrouve pas !

1857: la scientifique américaine Eunice Newton Foote avait identifié le phénomène de l’effet de serre, mais n’avait pas pu signer sa découverte, car « les femmes n’avaient pas l’autorisation d’exposer des travaux scientifiques ».

1896 : le chimiste suédois Svante Arrhenius prévoit l’augmentation de la température moyenne de la Terre comme conséquence de l’utilisation des combustibles fossiles. Il estimait qu’un doublement de la teneur en gaz carbonique de l’air se traduirait par un réchauffement de la planète de l’ordre de 5 à 6°C. Il était proche des analyses actuelles du GIEC, sachant que le CO2 de l’atmosphère atteignait 280 parties par millions avant la révolution industrielle pour atteindre avant la fin du siècle, 550 ppm !

1958 : on mesure la concentration en CO2 de l’atmosphère à Hawaï. Charles David Keeling sera le premier en 1958-59 à donner l’alerte du haut des 3400 mètres d’altitude de l’observatoire du Mauna Loa : la teneur en gaz carbonique relevée dans l’atmosphère s’y avérait en concentration anormale et en augmentation. Keeling, analysant tous les facteurs de production et d’absorption de gaz carbonique, en déduit que ce phénomène est le résultat de l’activité humaine – déforestation et consommation des énergies fossiles. Mais si certains évoquent l’effet de serre, la crainte climatique la plus répandue était à l’époque le retour d’une glaciation, phénomène naturel cyclique.

1963 : Claude Lorius soutient sa thèse qui porte sur les carottes de glace qu’il a recueillies en Antarctique. Il montre qu’il existe « une relation entre la température à laquelle la glace se forme et la proportion des isotopes de l’oxygène et de l’hydrogène dans les molécules d’eau formant la glace.

1979 : première Conférence internationale sur le climat, tenue à Genève sous l’égide de l’Organisation météorologique mondiale. La réunion conclut seulement qu’il faut intensifier la recherche.

1979 : Rapport Charney, commandé par l’administration Carter à l’Académie des sciences américaine. « Si le dioxyde de carbone continue à s’accumuler [dans l’atmosphère], le groupe d’experts ne voit aucune raison de douter que des changements du climat en résulteront ni aucune raison de penser qu’ils seront négligeables…Attendre pour voir avant d’agir signifie attendre qu’il soit trop tard. » Les experts du rapport Charney estiment qu’un doublement de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère conduirait à un réchauffement moyen compris entre 1,5 et 4,5 °C.

1979 : document interne du pétrolier Exxon, montrant que les scientifiques de l’entreprise n’avaient aucun doute sur l’ampleur de ce qui était à l’horizon. « Au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050. » Mais entre cette date et 2014, alors que 83 % des articles scientifiques et 80 % des documents internes [de l’entreprise] reconnaissent que le changement climatique est réel et causé par l’homme, seulement 12 % de ses publirédactionnels tiennent le même discours, 81 % émettant au contraire des doutes sur la réalité du phénomène ou sur sa cause anthropique.

12 juillet 1979, éditorial du New York Times : « Le dioxyde de carbone bloque l’évacuation du rayonnement de la Terre dans l’espace. Les zones agricoles pourraient se déplacer vers le nord, là où la terre est moins fertile, et la fonte des calottes polaires pourrait à terme élever le niveau des mers jusqu’à 6 mètres, inondant les plaines côtières fortement peuplées, partout dans le monde. Dans le passé, de petites variations du climat ont perturbé les récoltes dans de nombreux pays et ont porté les pays du Sahel, en Afrique de l’Ouest, au bord de la ruine. Il n’est pas difficile de voir comment une intensification de l’effet de serre peut produire une catastrophe bien pire que tout accident nucléaire imaginable. »

1982 : le géochimiste Martin Hoffert, employé chez Exxon, connaissait un graphique qui montrait une projection des niveaux futurs de dioxyde de carbone [CO2], et le changement de température associé à l’évolution de cette concentration. Pourtant Exxon sera pendant de nombreuses années le grand argentier des think tanks climatosceptiques qui mèneront campagne pour alimenter le doute sur la réalité du changement climatique anthropique. « Un déni historique qui a grandement entravé le traitement de la question du réchauffement dans le monde », selon Martin Hoffert, qui n’a pas de mots assez durs aujourd’hui pour son ancien employeur.

1984 à 1991 : Les études de Lorius sur la composition des bulles d’air incluses dans les carottes de glace montrent le lien direct entre les taux de gaz à effet de serre et l’évolution climatique sur des périodes allant de 150 000 à 800 000 ans. De plus, ces échantillons ont permis de retracer la composition climatique de la planète sur ces mêmes périodes. L’information vient corroborer la courbe de Keeling.

1985 : La conférence internationale sur le climat tenue à Villach pourra conclure que les émissions de CO2 conduiraient dans la première moitié du XXIe siècle à une température que les hommes n’ont jamais connue. Des courbes sur 160 000 ans sont publiées le 1er octobre 1987 dans Nature.

1988 : James Hansen, directeur du laboratoire d’étude du climat de la NASA annonce devant le Sénat que l’ampleur des événements climatiques aux USA excède la variabilité naturelle du climat et que la Terre est entrée dans une phase de réchauffement dû aux activités humaines. Contre l’avis de la majorité de ses pairs – qui estiment que ce réchauffement n’est pas encore sensible –, il se dit sûr de son fait « à 99 % ». Les déclarations de James Hansen font la « une » du New York Times, le changement climatique est désormais mis à l’agenda médiatique et politique mondial. La création du GIEC, cette même année, sous l’égide des Nations unies, lui permettra d’y rester.

1990 : Premier rapport du GIEC (groupe Intergouvernemental d’experts sur le climat)

1992 : Le sommet de la Terre à Rio marque la prise de conscience de la nécessité d’instaurer un cadre international pour répondre à la crise climatique. A cette époque, on est au summum du multilatéralisme. Après la chute du mur de Berlin, il y a l’idée que tout est possible, qu’il n’y a plus de fractures, qu’il faut construire des institutions pour répondre à l’unité du monde. On adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène. Elle instaure les Conférences des parties annuelles – les fameuses COP (Conference of the Parties, en anglais) –, qui se réunissent chaque année lors d’un sommet mondial où sont adoptées, par consensus, les décisions pour lutter contre le dérèglement climatique.

1995, première COP à Berlin. Elle prépare l’adoption, deux ans plus tard, du protocole de Kyoto,

1997, protocole de Kyoto : premier traité juridiquement contraignant destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce texte ne fixe des objectifs contraignants qu’à 55 pays industrialisés, représentant 55 % des émissions globales de CO2 en 1990. Le protocole vise à réduire d’au moins 5 % leurs émissions entre 2008 et 2012 par rapport au niveau de 1990.

2005, le protocole de Kyoto entre en vigueur : Il fallait attendre que suffisamment d’Etats aient ratifié le texte pour qu’il soit efficient. Mais les pays émergents sont devenus d’importants pollueurs et le paysage énergétique a été totalement redessiné. En définitive, si le protocole de Kyoto a ralenti les rejets des émissions de CO2 des pays développés, il n’a eu aucun impact sur ceux des pays en développement, qui ont triplé entre 1990 et 2012.

2019, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Les émissions de gaz à effet de serre continuent de s’accroître au niveau mondial, la COP25, c’est 25 années de parlottes pour rien.

Conclusion de Mohamed Nasheed, ancien président des Maldives : « Pour comprendre la réalité du réchauffement, il faut avoir de l’eau dans son salon. Un jour, à New York, ils verront de l’eau dans leur salon et ils se diront : “Tiens, le changement climatique est une réalité !” Chez nous, aux Maldives, l’eau est déjà dans la maison. »

Le couple infernal sécheresse/violence

Nous sommes en France spectateurs de la désolation du monde. 150 millions, c’est l’estimation du nombre de déplacés climatiques en 2050, si rien n’est fait pour lutter contre le réchauffement climatique. LE MONDE du 24 septembre 2019 restait muet sur les solutions dans son article : « A Herat, en Afghanistan, les déplacés climatiques sont réduits à la misère. » On se contente de décrire la misère. Ainsi 17,2 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur localité d’origine en 2018 en raison de catastrophes naturelles, en grande majorité liées au climat. Les conflits ont occasionné le déplacement de 10,8 millions de personnes la même année. Ahmad Shah Kakari, jadis agriculteur afghan et aujourd’hui réfugié climatique : « Il y a trois ans, la pluie a diminué. Cela a continué jusqu’à il y a un an. L’année dernière, je n’ai rien récolté. Zéro. » Les conflits tribaux amplifient le problème agricole : « D’un côté, il y avait les talibans, de l’autre le gouvernement. Et nous, en plein milieu, pris entre deux feux. » Malgré les difficultés, sept ou 8 enfants par famille reste la norme, les fillettes sont mariées de force, les jeunes garçons jouent au foot. Que faire de plus que quelques associations humanitaires ?

Pourtant la réponse est simple sur le papier, combattre le réchauffement climatique, c’est-à-dire arrêter le plus rapidement possible la combustion de ressources fossiles, en clair baisser drastiquement le niveau de vie des populations aisées. Sans oublier la question démographique soulevée par des commentateurs du monde.fr :

Edgard Wibeau : L’Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, est aussi un de ceux où le taux de natalité est le plus élevé. Depuis l’intervention militaire, les ONG y grenouillent par milliers, mais aucune n’ose s’occuper de ce problème. Dans le Nord du pays, il y a de gigantesques périmètres irrigués créés voici plusieurs milliers d’années et peu habités. Aujourd’hui des villes tentaculaires grignotent ces espaces agricoles. La démographie galopante obère donc doublement la capacité du pays à nourrir sa population : par croissance rapide des bouches à nourrir, et par la destruction des meilleurs espaces agricoles du pays.

Galatée : Comme j’aimerais avoir une baguette magique pour soustraire ces fillettes à cette horreur. Cette impuissance est désespérante

Edgard Wibeau @ Galatée : cette baguette magique existe ; elle s’appelle contraception. Or tenter de la mettre à la disposition des femmes en Afghanistan peut vous conduire rapidement à la tombe. J’ai des cas concrets en tête.

Michel SOURROUILLE : Pour résoudre la problématique de l’accroissement de la misère, il faudrait à la fois mettre en pratique la décroissance du pouvoir d’achat de la majorité de la population des pays développés, changer les relations ethniques et natalistes des cultures traditionnelles, faire du malthusianisme à tous les niveaux, protéger les agriculteurs de l’extension des villes, devenir tous écolos, etc. La politique de la terre brûlée n’est donc pas prête de cesser, il n’est pas étonnant qu’une partie de la jeunesse de tous les pays commence à s’inquiéter.

GIEC, prévisions climatiques trop prudentes

La science repose sur le doute, les résultats d’une recherche ne sont valides que temporairement, dans l’attente d’une démonstration contraire, même si le résultat est reproductible à un moment donné, ce qui n’est d’ailleurs pas possible pour des perspectives sur le climat futur. Ce biais scientifique indispensable a été exploité par les négationnistes du climat et autres fabricants du doute, comme les marchands de tabac ou de pesticides. Ce qui importe, ce n’est pas d’abandonner la prudence de la science, gage d’objectivité, mais d’interdire de parole médiatique tous ceux qui détournent les faits objectifs pour asséner leurs fantasmes et instiller le doute. Ce n’est possible que si fournir de fausses informations devient un délit. Claude Allègre ou Donald Trump devraient être en prison, et la planète ne s’en porterait que mieux…

Dans une étude publiée en février 2013 dans Global Environment Change, quatre chercheurs ont mis en évidence un « biais systématique » des chercheurs en sciences du climat, qui engendre une sous-estimation des effets du réchauffement climatique. Naomi Oreskes s’insurge : « Si la sécurité du monde est menacée, ce n’est pas être prudent que de sous-estimer la menace, c’est être imprudent. Si un enfant joue sur une route sur laquelle arrive un poids lourd, ce n’est pas prudent d’observer depuis le trottoir et de conclure : “Je ne suis pas sûre exactement de la façon dont le camion va écraser cet enfant.” »* Ce « péché par excès de prudence » peut être expliqué par la « culture du consensus » au sein du GIEC. Cet effort pour créer du consensus peut poser problème sur les sujets compliqués où les connaissances et les données sont insuffisantes ; à partir de là, « le consensus tend à mener au plus petit dénominateur commun, une estimation conservatrice ». La pression, qu’elle provienne de l’opinion publique, des médias, des cercles politiques ou de sa propre communauté scientifique, est le deuxième facteur. Les attaques des négationnistes du climat contre les scientifiques veulent atteindre ce but. Ainsi le président du GIEC de 2002 à 2015, Rajendra Pachauri, a été la cible d’attaques répétées.

Un troisième facteur est ce que l’on appelle le « principe de moindre surprise », c’est-à-dire la préférence donnée aux résultats les plus en accord avec les connaissances et hypothèses préexistantes, au détriment des résultats plus « surprenants ». Ce principe a amené à rejeter des hypothèses « catastrophistes ». L’hypothèse de la chute d’une météorite pour expliquer la fin de règne des dinosaures il y a 66 millions d’années sera rejetée majoritairement par la communauté des géologues et paléontologues, malgré les éléments de preuve avancés. On se retrouve devant la problématique de Galilée. Galilée (né en 1564) utilisa une lunette astronomique, récemment découverte, pour observer le relief de la lune et surtout les satellites de Jupiter, démontrant par la même occasion un héliocentrisme beaucoup plus pertinent que le message biblique. Un tribunal de l’Inquisition, dont les membres ont refusé de regarder dans la lunette, l’obligea pourtant à se rétracter en 1633 : « Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant, et que, Dieu aidant, je croirai à l’avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Eglise catholique et apostolique romaine… J’abjure les écrits et propos, erronés et hérétiques, par lesquels j’ai tenu et cru que le soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n’était pas le centre et qu’elle se mouvait. »  L’Église catholique n’a réhabilité Galilée qu’en 1992 ! Pour les gardiens de la foi et des fausses croyances, il faut attendre plus de 350 années pour reconnaître une vérité scientifiquement prouvée… Pour le réchauffement climatique nous n’avons pas le temps d’attendre 350 ans pour comprendre qu’on va être cuit comme des merguez sur un barbecue !

* LE MONDE du 24 octobre 2019, Climat : pourquoi les scientifiques sont plutôt plus prudents qu’alarmistes

COP25 et concentration record de GES

On va cuire comme des merguez ! Le dioxyde de carbone associé aux activités humaines, gaz à effet de serre le plus persistant (GES), a battu un nouveau record de concentration en 2018, à 407,8 parties par million (ppm), soit 47 % de plus que le niveau préindustriel de 1750. Selon l’Organisation météorologique mondiale, « la dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui, et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel  … Il n’y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, (…) malgré tous les engagements pris au titre de l’accord de Paris sur le climat ». Les concentrations de méthane (CH4), qui figure au deuxième rang des plus importants GES persistants, et de protoxyde d’azote (N2O) ont également augmenté plus fortement que la moyenne annuelle de la dernière décennie.

La première conférence mondiale sur le climat remonte à 1979. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. La 25ème réunion annuelle de l’ONU sur la lutte contre le changement climatique, la COP25, se tiendra du 2 au 13 décembre à Madrid. Après la défection du Chili, organiser la grand-messe du climat dans la capitale espagnole ressemble à une course contre la montre. Sont attendues des délégations de 196 pays (beaucoup d’avions en perspective), 25 000 personnes (trop de diplomates), un coût estimé de 60 millions d’euros (ce n’est pas rien pour un résultat qui sera comme d’habitude sans effet). Heureusement la jeune Greta Thunberg a déjà réussi à trouver un bateau pour rejoindre l’Espagne, du sang neuf dans un climat morose. Pour un retour sur les échecs passés, lire sur notre blog biosphere :

18 décembre 2018, COP24, une mascarade sur le climat, un échec avéré (Katowice)

2 novembre 2017, COP23, vingt trois années de blabla climatique (Bonn)

19 novembre 2016, La COP 22 s’achève à Marrakech sur un bide

14 décembre 2015, COP21, encore un succès d’apparence, le 21ème ! (Paris)

15 décembre 2014, Climat : les trois chiffres clés, zéro / zéro / cent (COP20 à Lima)

30 novembre 2009, le fiasco de Copenhague (COP15)

novembre 2007, Echec de la COP13 à Bali, extraits: Dans le dernier rapport du GIEC de novembre 2007, il est préconisé que les pays industrialisés divisent par 20 leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, cela fait plus de cinq ans que les stratèges du climat préconisent une simple réduction par quatre pour ces pays-là. Comment expliquer ce négationnisme de l’urgence ? Déni, aveuglement, lâcheté ? Aux sommets de La Haye en 1998, à Marrakech en 2001, à Johannesburg en 2002, les mêmes mots sont ressassés : « nous sommes sur les bons rails ». La langue de bois environnementale existe : elle s’exerce à merveille dans ces grandes rencontres de la diplomatie verte où les hauts dirigeants du monde entier simulent collectivement la prise de conscience des risques climatiques. A Bali une fois encore, les participants se sont empressés de se vanter auprès des médias du « pas décisif », de la « grande avancée », ou encore d’un hypothétique « processus volontariste ». Mais les émissions continuent à augmenter, les ravages des dérèglements climatiques créent de nouveaux éco-réfugiés ou éco-sinistrés, la fonte des glaces ne cesse pas.

On n’a pas de pétrole, mais on a des idées

150 citoyens tirés au sort pour proposer des mesures permettant de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. En six week-ends, cette assemblée est censée exprimer. Dès le début, ça cogne, autant dire que le gouvernement fera la sourde oreille.

Dominique Méda : Dès le premier week-end, nos 150 représentants ont pris une audacieuse série de prises de parole ancrées : ne faudrait-il pas supprimer la publicité, développer le ferroutage, contraindre les entreprises polluantes, s’attaquer aux lobbys et aux intérêts financiers, renoncer à la voiture électrique, prendre en considération l’empreinte carbone (qui inclut les émissions de gaz à effet de serre des produits importés)… Et l’on se prend à rêver que tout soit mis sur la table, la post-croissance et la décroissance, la sobriété heureuse et la déprise technologique, un budget de guerre qui – outre les appuis nécessaires aux changements radicaux de comportement – acterait le lancement d’un investissement public supplémentaire massif dans la transition écologique. » (LE MONDE du 20-21 octobre 2019)

Alexandre Faulx-Briole sur lemonde.fr : Cette tribune me paraît bien optimiste ; pas sur le fait que 150 personnes, ou 50, ou 200 peuvent ensemble avoir des discussions constructives et faire des propositions idem, mais sur la suite : même si le gouvernement accepte de prendre en compte ces propositions, même si le Parlement vote des lois, que fera l’Administration, que fera le ministère des Finances ? Prenons l’exemple du ferroutage : depuis combien de temps en parle-t-on, et prend-on la Suisse comme exemple ? Et jamais rien n’avance, et tout recule. Le fret ferroviaire s’enfonce chaque jour plus dans une crise dont il ne sortira sans doute jamais : la SNCF ne s’y intéresse pas, les lobbies routiers font tout contre…Et qui au gouvernement va interdire les SUV et les campagnes de publicité des constructeurs, un véritable matraquage ? T »outes les propositions, même les plus farfelues seront mises sur la table »… et l’État fera son choix (décidé bien avant) en déclarant que ce sont les citoyens qui le demandent! On amuse les … !

dmg : 150 citoyens vont-ils sauver le climat ? Poser la question, c’est y répondre, hélas : le pouvoir ne changera rien qui risquerait de modifier la structure économique du pays et les gigantesques rentes de situation dont jouissent les plus gros pollueurs, hydrocarbures en tête. Parce que ce pouvoir s’assoit sur ces forces-là, qui préfèrent l’éventualité de la destruction de la civilisation à la baisse de leurs profits. L’argument du chef de l’état est explicite : on ne fera rien. Et le premier ministre a été clair : les conclusions de cette assemblée seront reprises par le gouvernement avant d’éventuellement être soumises à la représentation nationale… Encore donc un « machin » pour juste perdre du temps, du temps dont on ne dispose plus. Dans la série, il y a aussi le Haut Conseil pour le Climat, des gens compétents dont le premier rapport va finir au fond d’un tiroir…

Les vrais activistes de l’apocalypse

« Une avalanche de boue médiatique a récemment déferlé sur l’activiste Greta Thunberg. Ces attaques sont l’occasion de revenir sur la nature des disqualifications portées contre l’écologie depuis le début des années 1990. Le type d’interventions de Greta dans les enceintes les plus officielles fait vaciller ces autorités traditionnelles : elle énonce la centralité d’un type de problème que beaucoup de philosophes n’ont pas exploré, elle renverse la façon dont l’éditorialiste décide que certains sujets sont majeurs et d’autres mineurs, et elle met en cause un ordre institutionnel qui a engendré et encouragé la catastrophe écologique et qui est manifestement incapable d’y répondre. C’est un mélange de paresse intellectuelle, de mimétisme, d’idéologie ou de manque de courage de la part de la tradition intellectuelle académique. La spécialité de ces polémistes est de couvrir une quantité innombrable de sujets en méconnaissance de cause, d’être insignifiant avec le plus grand sérieux. Le point commun entre tous ces accusateurs est qu’ils ont participé à un déni écologique de grande ampleur qui a pris deux formes depuis les années 1990. Une forme active par la disqualification et le discrédit qu’ils ont jeté sur les alertes et savoirs écologiques ; une forme passive par le silence dans lequel ils ont tenu ces enjeux, alors qu’ils avaient accès à la parole publique et discutaient d’un tas de sujets, trop souvent secondaires.

La parrèsia ou encore « courage de la vérité » de Greta Thunberg ne prédit pas l’avenir, mais dévoile l’aveuglement des contemporains. Elle souligne l’abîme entre ce à quoi nous tenons collectivement et ce que nous en faisons pratiquement. Le fait que son récit trouve un écho grandissant dans la population traduit le discrédit du récit de la modernisation capitaliste et de l’euphorie technologique qui la soutient. L’objectif central de tout gouvernant est de produire de la docilité : la jeunesse doit se conformer à l’institution scolaire jusqu’à ce qu’elle rejoigne la population active pour alimenter la croissance. La peur panique des gouvernements et des dominants est que l’activiste suédois inspire des trajectoires d’insubordination. L’écolo-scepticisme de Luc Ferry, Pascal Bruckner, Jean de Kervasdoué (les prêcheurs de l’apocalypse) ou Bruno Tertrais se trouve partagé par un champ politiquement très large, allant de l’extrême droite et de la droite conservatrice à la gauche productiviste. Le point commun est la croyance en la toute puissance d’une raison techno-scientitique, capable de trouver des solutions à tous les problèmes, y compris écologiques. La critique du principe de précaution est un sujet d’entente unanime dans cette littérature. Soit vous êtes progressistes et fidèles à l’idéal philosophique qu’est l’arrachement à la nature, soit vous êtes fondamentalistes, réactionnaires et le retour à la nature est irrationnel et politiquement dangereux. Par ailleurs, dans son livre Ferry rapproche explicitement le nazisme et l’écologisme, sans aucun fondement philosophique ou historique. C’est d’ailleurs une caractéristique des auteurs écolo-sceptiques : l’outrance du verbe ! Tous les moyens rhétoriques sont bons, renvoyer l’écologie à une religion, l’associer avec les totalitarismes du XXe siècle ou considérer que l’écologie serait liberticide. L’attaque des figures de l’écologie n’est pas nouvelle, le cas de Rachel Carson est emblématique : à l’époque elle a été décrite publiquement comme hystérique et incompétente. Aujourd’hui, pour Greta Thunberg, la disqualification par l’âge s’ajoute à celle du sexe, sans parler de la pathologisation de son profil psychologique.   

Climat, énergie, faunocide : voilà trois champs de réalité largement documentés et pourtant occultés par les intellectuels et les politiques, Si les vivants qui cohabitent avec nous à la surface de la terre étaient des valeurs boursières, l’effondrement des indices mettrait le monde entier en émoi, mobiliserait en continu l’ensemble des élites et électriserait les médias. L’écolo-quiétisme aboutit à une politique qui produit des effets similaires au climato-scepticisme. Qu’est-ce que cette inertie historique monumentale dit de la nature des sociétés industrielles ? Ce n’est pas que les dirigeants politiques et les chefs d’entreprises ne sont pas à la hauteur. C’est qu’ils sont des activistes de l’apocalypse. Leur tactique : « négocier avec les réalistes, dialoguer avec les idéalistes, isoler les radicaux, avaler les opportunistes. » Les structures institutionnelles, fragilisées par l’évidence du désastre écologique, sont motivées par la volonté de rester coûte que coûte en capacité de définir la manière dont les questions écologiques seront traitées. Autrement dit, il y a un gouvernement néolibéral de la catastrophe écologique et, à rebours d’un récit qui voudrait que l’effondrement nous libère de son emprise, il risque de s’approfondir si l’on se méprend sur sa nature. Il est de plus en plus évident qu’un libéralisme économique autoritaire se déploie au sein même du ravage écologique. Pour autant, cette logique mortifère peut être prise de vitesse par une dynamique populaire : la prise de conscience apparaît dans les mouvements actuels dont Greta Thunberg est l’une des porte-paroles. Dans les opinions publiques s’affirme de plus en plus nettement la conscience partagée que les discours gouvernementaux sur le « sauvetage de la planète » relèvent du bluff. »

Sébastien Billard

Quelle critique faire à Extinction Rebellion ?

La radicalité absolue d’Extinction Rebellion conduit-elle à l’impuissance ? C’est ce que pense Daniel Boy*, «émérite » chercheur au Cevipof. Voici ce qu’on peut lui répondre :

Daniel Boy : « Il est trop tôt pour quantifier sérieusement l’ampleur du mouvement. La posture de radicalité absolue, c’est-à-dire le refus assumé d’entrer dans une logique de négociation, et donc de compromis avec le politique, assure la bonne conscience du mouvement : pas de compromis, pas de compromission. Mais cette posture d’extraterritorialité conduit aussi le mouvement à l’absence de résultats concrets, et donc à l’impuissance. Peu coûteuse dans les débuts d’un mouvement, cette stratégie peut s’avérer lassante avec le temps, et pour les participants et pour la société qui les observe. Depuis le film d’Al Gore (Une vérité qui dérange), les Verts sont retournés à leurs querelles et le changement climatique a été éclipsé par la crise financière. Pour que l’histoire ne se répète pas, il faut un « effet cliquet », c’est-à-dire quelque chose qui empêche le retour en arrière. Sommes-nous sûrs que ce temps est venu ? »

– La tribune de Daniel Boy brille par sa naïveté et son inutilité. L’avalanche d’alertes scientifiques est pour beaucoup dans la montée en puissance de XR. Ce qui apparaissait hier comme les conjectures du GIEC est aujourd’hui vécu comme une menace certaine. L’humanité a entre 10 et 20 ans devant elle pour éviter le basculement climatique. Après il sera trop tard, même si les effets les plus redoutables ne se feront sentir qu’à la fin du siècle. Que propose Daniel Boy face à la réalité climatique ? Rien si ce n’est, implicitement, de faire confiance à Emmanuel Macron.

– Comme notre civilisation militaro-industrielle porte en elle la menace d’un effondrement, nous sommes contraints à la rébellion face à des politiques qui témoignent d’une incapacité et/ou d’un manque de courage pour prendre les mesures indispensables. Il ne s’agit pas d’entrer dans une négociation politique, mais de maintenir la pression sur les politiciens : la nature ne négocie pas. Fini le court-termisme du marché, l’heure est à la pensée du délai, et celui-ci est particulièrement court : l’émission de gaz à effet de serre aujourd’hui impactera le climat sur plusieurs siècles.

– La structuration de XR répond à la fois aux caractéristiques des nouveaux mouvements sociaux (spontanéisme et égalitarisme), mais aussi aux principes de la désobéissance civique : respecter la non-violence, agir à visage découvert et surtout défendre une cause d’intérêt général. Un tel mouvement, ancré à la fois dans les réseaux sociaux et ayant pour objectif le bien commun ne peut que durer. On ne peut enrayer un mouvement qui est déjà mondialisé et qui bénéficie de la diffusion virale que procure Internet. Et ce mouvement pour le climat ne peut qu’être soutenu par l’opinion publique. Les gouvernements témoignent déjà de leur impuissance face à un tel mouvement, même s’il est encore minoritaire en nombre d’activistes.

– Greta Thunberg a été comme le battement de l’aile du papillon qui provoque une tornade de l’autre côté de la planète. Seule, vraiment toute seule au début à faire la grève scolaire pour le climat, elle a impulsé un mouvement mondial. Extinction Rebellion n’est qu’une des actions, et elles seront nombreuses, parfois même violentes, de la génération climat. Le mouvement est lancé, il ne s’arrêtera plus. Il durera tant que nos émissions de gaz à effet de serre ne s’arrêteront pas.

*Le Monde du 11 octobre 2019, « La radicalité absolue d’Extinction Rebellion conduit le mouvement à l’impuissance »

Pour ou contre la désobéissance civique

« Chez les militants pour le climat, un verbe tend à s’imposer, “désobéir” » (LE MONDE du 11 octobre 2019). Les réactions sur lemonde.fr sont virulentes, pour ou contre. Les négationnistes du climat alignent n’importe quel prétexte pour essayer de nier l’évidence des perturbations climatiques en dénigrant les porteurs de ce message :

Alazon : Certains considèrent que rationner d’urgence les émissions carbone de la France est un choix impératif, d’autres qu’il faut lutter contre l’immigration galopante, d’autres que la priorité est de sortir les pauvres de la misère : chacun sa priorité vitale, il y a des élections pour les départager.

Jean Rouergue : Il y a certes le bulletin de vote, mais les lobbies sont tellement riches que ses effets dérapent souvent dans le fossé… Le monde ne change pas aussi vite que le climat…

Cartahu : Quoi de plus inefficace et anti -démocratique que ces appels à la « désobéissance » ! Belle leçon d’anti-civisme !

Sarah Py : L’obéissance sociale aux règles est étroitement liée à la légitimité du pouvoir d’Etat en démocratie. Résister en dictature est de ce fait un acte légitime. Désobéir face à un politique qui n’agit pas en rapport de ses devoirs est légitime surtout quand un problème est aussi identifié que la crise climatique. La légitimité du GIEC n’est, elle, pas discutée et vient s’opposer à celle des politiques. Et tout devoir de citoyen est de choisir.

Charly : Ces activistes ont vraiment tout faux. Beaucoup sont des jeunes manipulés par des idéologues violents et radicaux, de gauche comme toujours, qui cherchent à attiser la haine et la destruction de notre société qu’ils détestent, utilisant les imprécations d’idéologues dangereux tels que Servigne ou Cochet. Il est faux de dire qu’il est trop tard pour agir. Il est faux de dire que nos gouvernements en Europe ne font rien. Il est inacceptable de prôner la désobéissance civile. Ils feraient bien de se calmer, de respecter les autres et d’accepter le débat démocratique. Ces intolérants veulent imposer aux autres leur vision du monde. Dans ce cas, il faudra les réduire. Sans ménagement. La démocratie est faible et en danger si elle ne sait se défendre contre les factieux et les révolutionnaires

The Ad @ Charly : D’après ce que vous écrivez, je ne sais pas qui souffre d’intolérance et d’aigreur et d’idées pré-conçues.

François C.H. @ Charly : « Il faudra les réduire. Sans ménagement. La démocratie est en danger si elle ne sait se défendre contre les factieux. » Qu’entendez-vous par là? Vous proposez de tirer à bout portant sur des militants écologistes ou je rêve ?

Arnie : Non violents disent-ils…Les blocages de sites qui font vivre toute une région et où travaillent des centaines de salariés sont des actions violentes, une violence d’empêchement qui peut à tout moment dégénérer en violence physique sous l’impulsion des plus radicaux. Aucune empathie ni même sympathie pour ce type de mouvement.

François C.H. : Intéressante cette dénonciation en boucle de la prétendue violence de XR. Cela sonne comme un élément de langage. Attention aux mots : Si bloquer une route est violent, quel vocabulaire employer pour la destruction de notre éco-système? Peut-on ainsi appauvrir le langage façon novlangue orwelienne et utiliser le même mot pour une toute petite chose comme pour le pire des actes? On connaît cette tactique politique. La vraie violence c’est de réaliser que pour la majorité des êtres humains la planète sera à la fin de ce siècle invivable, que l’on est tous dans le même avion et que celui ci est tout proche du crash. Ce n’est ni une pensée, ni une croyance, ni une idéologie fanatique, juste un fait validé par la totalité des scientifiques. Que des gens soient en colère, rien de plus normal. Et cela ne risque pas de s’arranger.

Jean Sérien : J’attends de voir ce que cela va donner le jour où les usines Airbus de Toulouse et Saint Nazaire, entre autres, seront bloquées pendant des semaines. A ce sujet, LFI et EELV organisaient toutes les deux leurs « universités d’été » à Toulouse. Curieusement, ils ne se sont pas rassemblés à Blagnac et Colomiers devant les grilles des usines pour demander l’arrêt immédiat de la production d’avions pollueurs.

Bernard l. : Nos modes de vie sont contraints par les pouvoirs politiques et économiques qui dirigent notre monde, donc nos actions individuelles n’ont qu’un effet très limité à changer les choses. Que reste-t-il comme actions possibles ? La désobéissance civile non violente en est une, (elle n’exclut d’ailleurs pas les autres). Cela tournera peut-être à la violence, c’est le risque, mais qui en sera responsable ?

PJMC : Et cela amène quoi de désobéir? Mettre la pagaille n’est pas une action constructive. Je trouve insupportable que l’on accorde une tribune a ces gens-là plutôt qu’a d’autres qui cherchent des solutions concrètes.

Castelcerf : Quel solutions concrètes ? Excusez-moi mais cela fait 40 ans que le constat est fait, et que l’on attend que les solutions que l’on connaît soient mises en place. Mais rien. Rien en 40 ans. Et vous trouvez au bout de 40 ans, s’asseoir par-terre pour appeler à appliquer les solutions serait immature et contre productif ? Excusez moi du peu ! Feriez vous parti de ces gens qui parlent d’écologie avec désinvolture car il n’ont pas le bagage scientifique pour comprendre l’implication des études successive. Vous devez comprendre que la situation est réellement très grave, ce n’est pas un effet rhétorique ou une hypothèse. Face à cela des actions politique doivent être prise immédiatement, sans même avoir la certitude que cela sera suffisant. La désobéissance cesserait si on ne faisait qu’essayer quelque chose.

SergeK : Ce sont des méthodes totalitaires que l’on connaît trop bien .. Convaincus que nous avons (forcement ) raison, que nous sommes dans le Vrai, nous imposons nos idées par la force ( fut-elle non violente). On a déjà donne dans le passé .. L histoire du XXe siècle est remplie des compromissions de scientifique zélés avec des idéologies qui voulaient le bien de l’humanité. On sait ce qu’il en est advenu.

Bernard l. @SergeK : On ne parle pas de quelques scientifiques marginaux aux ordres d’un pouvoir totalitaire que sont les scientifiques zélés et compromis dont vous parlez (et qui, pour le coup, se rencontrent plutôt du côté des climatosceptiques ou négationnistes). Si répéter mot pour mot ce que disent 99 % des scientifiques depuis 20 ans n’est pas être dans le vrai, si ce camp là n’est pas celui de la Raison, alors je vous pose la question : existe-t-il une seule chose de factuellement vraie ? Quelle pourrait être alors la base minimale d’accord et de cohésion d’une société humaine? Si vous êtes climato-négationnistes c’est une tactique « intelligente » car c’est exactement ainsi, en fracturant les sociétés, que vous empêcherez tout changement.

BOLAND : Quand le Monde invite à réfléchir au sort de la planète , mais accepte de faire une publicité pour MSC Croisières, auquel de ces deux messages dois-je désobéir ?

Tout savoir sur Extinction Rebellion

Extinction Rebellion, un sablier à l’intérieur du cercle peint en noir de la Terre. « XR » comme on surnomme ce mouvement en marche accélérée. XR est né en avril 2018 autour de militants du collectif anglais Rising up ! qui défendent « un changement fondamental du système politique et économique afin de maximiser le bien-être et de minimiser la souffrance ». Les cofondateurs, Gail Bradbrook, Simon Bramwell et Roger Hallam s’inspirent de la lutte pour les droits civiques des Noirs américains ou de Mahatma Gandhi en Inde. Le soutien de la jeune Suédoise Greta Thunberg a contribué à populariser XR, notamment auprès des plus jeunes. Les marches pour le climat n’ayant pas débouché sur des avancées conséquentes, les citoyens se tournent vers des mobilisations plus radicales. Le succès d’XR s’explique aussi par le fait qu’il se cristallise autour d’un temps d’action très court pour organiser la transition écologique. Résultat ?

Lundi 7 octobre, des drapeaux verts, bleus ou jaunes arborant cet emblème flottaient dans les rues de près de soixante grandes villes, de Sydney à New York en passant par Londres ou Paris. Les militants écologistes d’Extinction Rebellion ont entamé une « rébellion internationale » – une ou deux semaines d’actions coups de poing à travers le monde – pour dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face à la crise climatique. Blocage des ponts, des routes ou des lieux de pouvoir, ces « rebelles » cherchent à créer suffisamment de perturbations pour forcer les gouvernements à répondre à leurs trois revendications : déclarer un état d’urgence climatique, réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025, et créer des assemblées de citoyenspour surveiller démocratiquement cette transition. Il revendique déjà plus de 100 000 militants dans 70 pays. L’incapacité de la police à gérer ce type de manifestation inquiète en haut lieu. Les blocages de ronds-points par les Gilets jaune ont donné un exemple de l’impuissance de la répression en France. L’attrait de « XR » vient de son horizontalité (pas de porte-parole attitrés) et de sa décentralisation. N’importe qui peut se revendiquer du groupe et mener une action locale et spontanée, à partir du moment où il adhère aux revendications et à 10 principes fondateurs. Toute personne voulant adhérer à ces valeurs est la bienvenue.

  1. Nous partageons une vision du changement
    En créant un monde adapté aux générations à venir.
  2. Nous ajustons notre mission à la mesure de ce qui est nécessaire
    En mobilisant 3,5% de la population, seuil à atteindre pour déclencher un changement de système – en utilisant des idées comme celle de « Momentum-driven organizing » (organisation structurée mais décentralisée, comme celles des essaims).
  3. Nous avons besoin d’une culture régénératrice
    En créant une culture saine, résiliente et adaptable.
  4. Nous nous remettons nous-mêmes en question, autant que ce système toxique
    En sortant de nos zones de confort pour devenir les acteurs du changement.
  5. Nous valorisons la réflexion et l’apprentissage
    En suivant des cycles d’action, de réflexion, d’apprentissage, puis de planification pour de nouvelles actions. En apprenant des autres mouvements et contextes aussi bien que de nos propres expériences.
  6. Nous accueillons chaque personne, et chacune de ses facettes
    En travaillant activement pour créer des espaces sécurisants et inclusifs.
  7. Nous limitons délibérément les rapports de pouvoir
    En démantelant les hiérarchies de pouvoir pour une participation plus équitable.
  8. Nous ne tenons pas de discours moralisateurs ni culpabilisants
    Nous vivons dans un système toxique, mais nul ne doit être accusé en tant qu’individu.
  9. Nous sommes un réseau non-violent
    En utilisant une stratégie et des tactiques non-violentes comme moyen le plus efficace de provoquer le changement.
  10. Notre mouvement est fondé sur des principes d’autonomie et de décentralisation
    Nous créons collectivement les structures nécessaires pour défier le pouvoir. Toute personne qui suit ces principes et valeurs essentiels peut agir au nom d’Extinction Rebellion.

Pour ou contre Extinction Rebellion ?

Quelques centaines de militants et sympathisants du mouvement écologiste Extinction Rebellion (XR) continuaient mardi matin d’occuper la place du Châtelet et le pont au Change, qui mène à l’île de la Cité, au centre de Paris, pour réclamer davantage d’action contre le réchauffement. La ministre de la transition écologique a mis en garde mardi matin contre d’éventuelles violences et actions de blocage tout en reconnaissant qu’elle ne pouvait « pas être contre quand les gens se préoccupent du climat ». Quelques réactions sur lemonde.fr, la virulence des anti-écolos inquiète :

Alexandre Faulx-Briole : La réaction de Mme Borne n’est pas celle d’un ministre de la République. Les manifestants de XR doivent être évacués si besoin par la force. En 1934 les gardes à cheval ont chassé les émeutiers à Coups de plat de sabre.

Michel SOURROUILLE : Comparaison n’est pas raison, Mr Faulx-Briole. Le 6 février 1934 les ligues d’extrême droite ont organisé une grande manifestation. Les Champs-Elysées sont l’objet d’une dévastation systématique. Les gardes à cheval sont débordés, plusieurs coups de revolver partent de la foule à leur adresse. Les gardes mobiles tirent alors pour de bon. Une dizaine de manifestants s’écroulent. On ne peut pas comparer ces manifestants violents en 1934 suite à l’affaire Staviski et des militants s’exprimant pacifiquement pour le climat en 2019… Les temps ont changé, Mr Faulx-Briole.

No country for the young man : Allez, Casta ! Vire-moi ces gosses de riches qui s’habillent en Coperni et en Nasti Gal avec des pompes Queshua et qui jouent les Hippies conscientisés ! Et que ça saute !

Ricath : Bonjour. Venez place du Châtelet pour voir si nous sommes des « gosses de riches ». En ce qui me concerne, je suis une retraitée de 63 ans avec de petits revenus. Je me bats pour les futures générations. Merci de ne pas juger sans savoir.

SergeK : Nuit debout a fini en eau de boudin balayés par les GJ. Ils veulent quoi ces zozos?

Michel SOURROUILLE : Sergek, si vous ne savez pas encore que le réchauffement climatique risque de perturber grandement les conditions d’existence humaine sur Terre, c’est que vous ne suivez pas les infos et les études scientifiques. Si vous ne comprenez pas qu’il faut tout faire pour secouer les politiques si adeptes du greenwashing ou art de faire croire qu’on fait qqch, c’est à désespérer des capacités du cerveau humain.

Claude_06 : Ces manifestants son là pour réclamer davantage d’action contre le réchauffement nous dit-on. Il serait donc intéressant de savoir quelles sont les actions qu’ils préconisent,On-ils également décidé d’emporter la paille et les détritus qu’ils ont entreposés sur cette place ou comptent-ils sur l’action des services de nettoiement de la ville équipés de machines polluantes ??

J.mounier : A toutes celles et à tous ceux qui dénigrent ces actions: expliquez nous ce qu’il faut faire pour que nos dirigeants, premiers de cordée et autres multinationales aient comme priorité le sauvetage de notre futur, et agissent en conséquence, tout en arrêtant de tenir des discours hypocrites.

MD : Ils n’ont pas école? On n’est pas vendredi pourtant. C’est grève tout les jours?

Michel SOURROUILLE : MD, si vous étiez jeune aujourd’hui et que les temps qui s’annoncent risquent fort de pénaliser les générations futures dans tous les domaine, resteriez-vous les bras croisés sur votre chaise en classe sans faire grève alors que les adultes la font quand les conditions d’existence dans l’entreprise deviennent insupportables ?

CLIMAT, d’une génération à l’autre

JP Bouillon, 93 ans : « Né en 1926, mon expérience n’est pas livresque mais profondément vécue. J’appartiens à une autre civilisation : supériorité des hommes sur les femmes « inaptes à penser », voitures à cheval à la place des taxis, seuls les riches possédaient une auto. Puis écrasement en 8 jours de notre armée, imaginée la plus forte du monde. A partir du 10 mai 1940, un quart des Français sont sur les routes, j’ai faim pendant plus de 4 ans, je découvre l’horreur de la Shoah à la Libération. J’achète aujourdhui des produits écolos. Ça m’amuse parce que tous les épiciers ne vendaient que ça jusqu’à la guerre alors qu’on doit aujourd’hui s’adresser à des marchands spécialisés. Quelle régression au nom du progrès ! Nous sommes de pauvres animaux perdus dans le vide. Notre étoile est à 8 mn-lumière et la suivante à 4,2 années-lumière. Les cosmonautes voient ce minuscule bateau bleu et blanc solitaire dans le noir. Et nous allons le faire couler ! Aucun animal n’a jamais été aussi suicidaire. A 93 ans je me désespère pour mes petits enfants. Bientôt je serai bien tranquille, au cimetière, mais mes petits connaîtront pire que ce que j’ai vécu. L’aveuglement à l’égard de l’écologie m’inquiète pour mes descendants mais ne m’étonne pas. En 1939 presque personne ne voyait en Hitler ou en Staline des fous criminels. La conséquence doit avoisiner la centaine de millions de morts. Je compare avec la prudence animale des relations proies et prédateurs et je conclus que ma propre espèce est trop inadaptée au réel pour oser espérer survivre encore longtemps. Mais j’espère me tromper.  Bravo aux jeunes qui se révoltent contre notre incurie destructrice, comme en 1917 les « poilus » français refusant l’abattoir organisé par les vieux généraux à l’abri dans leurs châteaux à l’arrière du front. »

Garance, 14 ans, activiste du climat : « Née en 2005, j ‘ai créé un cercle de réflexion dans mon collège, manifesté pour le climat, j’ai eu les honneurs de la presse locale, j’ai été reçue par un adjoint municipal, on nous a dit de ne pas nous inquiéter ! Le déclencheur de ma prise de conscience, c’est la grève pour le climat de Greta Thunberg, plus de 3 millions de followers. Je faisais le tri des déchets, je ne pensais pas que la situation était si grave. Alors j’ai eu plein de contacts sur instagram. En particulier avec l’alarme verte, « la larme verte », celle qu’on se met au coin de l’œil pour exprimer notre chagrin devant l’état de la planète. Et il y a plein de raisons de pleurer. Nous sommes 57 700 abonnés, ce n’est pas beaucoup, mais il y a bien d’autres mouvements en marche, on ramasse les mégots car la clop c’est pas clean, Youth for the climate c’est à la fois français et internationalisé, on attaque même l’État en justice à cause de son inertie. Et dans mon collège, on va faire plein de trucs, le compostage, le changement de régime alimentaire…

Mais c’est pas encore gagné, certains camarades de classe me traitent avec ironie, « ta crème solaire bio, ça ne sauvegardera pas les tortues ». Je suis soutenu par ma famille du côté de ma mère. Mais ma belle-mère, plutôt climato-sceptique, traite avec dédain mon « écoresponsabilité », comme elle dit. Elle ne croit pas que l’activité humaine est responsable du réchauffement climatique. « C’est pas des lubies d’adolescente qui vont contrôler ma vie, je préfère la viande à tous les repas ». Je ne suis donc pour elle qu’une « bobo-capricieuse », mon engagement ne serait que passager, c’est à la mode ! Moi, pour me défendre, je cultive cette phrase : « On va tous finir comme des merguez sur un barbe-cul parce qu’en 2019 on pense toujours que l’écologie c’est une affaire de bobo-capricieuse ». Malgré l’inertie politique et les résistances de tous ordres, je reste optimiste, nous sommes de plus en plus de nombreux à être inquiet et à vouloir changer les choses. Ma jeune sœur Edwige pense déjà que l’écologie c’est important, il faut sauver la plante, abandonner le luxe… »

Sur terre et sous l’eau, le désastre

« L’humanité est en passe de détruire en cinq décennies un écosystème qui a mis des milliards d’années à se constituer et que nous tenons pour acquis. On parle de la forêt pluviale comme du poumon de la planète, mais c’est l’océan qui nous permet de vivre ! C’est là que l’oxygène est généré, là que le carbone est capturé, là où les températures sont stabilisées. Il n’y a pas de vie possible sur Terre sans océan. Si l’océan est en mauvaise santé, c’est l’humanité qui est en mauvaise santé. Nous vidons les océans en consommant des espèces sauvages à une échelle industrielle. La température des eaux augmente. Les coraux meurent. On retrouve du plastique dans la fosse des Mariannes, à 11 kilomètres de profondeur, énumère la chercheuse. L’océan sera bientôt un paradis perdu. » (Sylvia Earle, âgée de 84 ans, dont sept mille heures sous l’eau)

« Les prochaines estimations des scientifiques vont indiquer que l’océan absorbe 94 % de l’énergie interne à notre climat, ce qui dégage toujours plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère, modifie le cycle des nuages, des précipitations, intensifie les sécheresses, les pluies diluviennes,L’augmentation de la chaleur est exponentielle… On va dans le mur ! Si l’on continue à envoyer autant de CO2 dans l’atmosphère, on peut s’attendre à des guerres pour l’eau, pour la surface habitable, qui va se réduire… » (Sabrina Speich, professeure d’océanographie et de sciences du climat)

« Au-delà de 2050, tout va dépendre de nos émissions de gaz à effet de serre [GES]. Les réduire permettrait de gagner du temps pour nous adapter aux risques, dont certains, comme la montée du niveau des mers, sont inéluctables. » (Valérie Masson-Delmotte,  paléoclimatologue et coprésidente du GIEC)

Rapport du GIEC consacré pour la première fois à l’océan (25 septembre 2019) : Un monde différent se dessine, avec des conditions environnementales inédites depuis des millions d’années. Un monde marin plus chaud jusque dans les abysses, plus salé, moins riche en oxygène, plus acide, dépeuplé, qui se dilate. Un monde qui représente 71 % de la superficie du globe, 90 % du volume de l’habitat disponible pour les organismes vivants et contient 97 % de l’eau sur terre. D’ici à la fin de ce siècle, la montée des eaux pourrait atteindre au moins 1,10 m. Les communautés humaines vont être frappées de plein fouet dès lors qu’elles se situent près de la mer.

Il n’est jamais trop tôt pour transmettre ses angoisses à ses enfants. Quantité de livres jeunesse proposent de sensibiliser notre progéniture aux cauchemars écologiques. Voici venu « Polaire, l’ours solitaire » qui joue sa survie face au ­réchauffement climatique. Et « Le manchot a rudement chaud ». Malgré tous ses efforts, il cuit sur la banquise et compte sur ses petits lecteurs pour le sauver. Dans « Le Grand Voyage de Lena », la petite fille s’envole sur le dos d’un albatros mazouté et découvre les horreurs que lui réserve la Terre. Baleines qui mangent du plastique, coraux agonisants… Bonne nuit les petits !

CLIMAT, penser comme Valérie Masson-Delmotte

Paléoclimatologue et coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), Valérie Masson-Delmotte mérite d’être mieux connue. Quelques indications sur notre blog biosphere :

1er avril 2010 : Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté. Depuis plusieurs mois, des scientifiques dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique – comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie, pointant les prétendues «erreurs du GIEC», comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre. Liste des premiers signataires: Valérie Masson-Delmotte (LSCE)…

(Lire la suite, contre-attaque des climatologues)

11 août 2011 : Moi, Valérie Masson-Delmotte, 39 ans, chercheuse au laboratoire des sciences du climat de l’environnement (CNRS, CEA, Université de Versailles). Mon cursus ? Classe préparatoire scientifique, réussite au concours d’entrée de l’Ecole centrale de Paris en physique des fluides et transferts. Ma thèse de doctorat portait sur la « Simulation du climat de l’Holocène moyen à l’aide de modèles de circulation générale de l’atmosphère ; impacts des paramétrisations ». Ma spécialité est donc la paléoclimatologie. Le fait que l’on puisse quantifier, comprendre et modéliser la longue évolution passée du climat grâce à l’étude des glaces de l’Antarctique (qui permettent de remonter le temps de 800 000 ans) est essentiel pour la confiance que l’on peut accorder aux modèles de climat. A ce jour, j’observe que ces modèles représentent correctement les grands traits des changements passés, avec une tendance à sous-estimer à la fois l’amplitude et la vitesse de ces changements. Moi non plus, je n’aime pas la vision fataliste de l’avenir qui est parfois associée au réchauffement. C’est ma formation d’ingénieur : la science et la technologie seront cruciales pour relever le défi. Mais faut-il mettre plutôt l’accent sur la réduction des gaz à effet de serre ou plutôt sur des mesures d’adaptation ? Cette question n’a quasiment pas été publiquement débattue. Les débats scientifiques n’ont rien à voir avec ce que les médias choisissent de mettre en avant. Je suis sélectionnée pour participer au prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, mais je me reconnais aussi  dans l’idée de la sobriété heureuse. (Lire la suite, une scientifique contre le climatoscepticisme)

24 juillet 2019 : La Suédoise de 16 ans Greta Thunberg a prononcé devant les députés le 23 juillet 2019 un discours sur l’inaction climatique aux côtés d’une climatologue. Le président des députés LR, Christian Jacob : « J’aurais préféré que l’on mette en avant les scientifiques du GIEC, l’Assemblée nationale a vocation à prendre en compte l’avis d’experts. » La climatologue et membre éminent du GIEC Valérie Masson-Delmotte répond a cette contre-vérité : « Jusqu’ici, je n’avais pas été invitée à l’Assemblée. Ce sera le cas mardi, et j’en suis très reconnaissante au mouvement des jeunes pour le climat : grâce à eux, le message des scientifiques retient davantage l’attention. Or le moindre demi-degré compte. Chaque année où l’on n’agit pas implique un changement climatique plus important à l’avenir. »

5 mars 2019 : Les contradicteurs de Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), réagissent à un discours qui nous semblait pourtant inattaquable :

– Pour contenir la hausse des températures à 2 °C, voire 1,5 °C, « il faut absolument diminuer de moitié les émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 et atteindre  “le net zéro” en 2050 ».

– Ce n’est pas gagné à en croire la climatologue qui raconte « un moment très désagréable » passé récemment au Sénat. « Ce sont des gens qui ont commencé leur carrière en politique quand j’étais encore au lycée. Et ils me demandaient pourquoi il y a urgence maintenant. Mais il y avait déjà urgence à l’époque. C’était dans les rapports du GIEC mais ils ont choisi de l’ignorer ! »

– La scientifique embraye sur les programmes scolaires : « L’influence de l’homme sur le climat n’est plus enseignée au collège et il n’y a quasiment plus rien sur le changement climatique au lycée. »

– Elle pointe aussi l’évolution démographique et même les allocations familiales. « Avant, il était important d’avoir plus d’enfants, et donc plus de soldats, pour assurer la puissance de la France. Mais aujourd’hui, on peut se poser la question de leur utilité. »

– Elle enjoint la jeunesse à ne pas baisser les bras : « C’est quelque chose qui peut être vibrant. Ça peut aussi être difficile dans vos familles parce que vous voulez faire différemment. ? Le problème c’est qu’entre aujourd’hui et le moment où les jeunes seront aux manettes, on sera déjà en 2030… »

30 mars 2019 : « Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée. » (Valérie Masson-Delmotte)

familles parce que vous voulez faire différemment. ? Le problème c’est qu’entre aujourd’hui et le moment où les jeunes seront aux manettes, on sera déjà en 2030… »

20 septembre 2019 : La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte revient sur la naissance de sa vocation, à une époque où les enjeux climatiques étaient peu visibles. « J’ai grandi en Lorraine avec un jardin, la liberté de faire des cabanes et de jouer dehors. Le week-end, nous faisions des promenades dans les forêts. J’ai passé toutes mes vacances dans les Vosges, et l’été dans les Côtes-d’Armor. Le fait de connaître chaque rocher à marée haute et à marée basse, de voir les modifications du littoral, des bancs de sable, l’arrivée des algues vertes, a joué un rôle important dans la manière dont je me suis structurée. A la grande loterie des concours, j’ai été admise à l’école Centrale. Je suis partie de ma Lorraine natale à la rentrée suivante pour m’installer sur le campus de Centrale, dans la banlieue sud de Paris. Un choc. L’une des premières choses qui m’a frappée en région parisienne, c’est la densité urbaine, et le fait de n’avoir jamais une vue dégagée. Partout où l’on regarde, l’espace est occupé. La lecture d’un numéro spécial d’une revue a marqué un tournant dans ma vie. De nombreux chercheurs, comme Robert Kandel, Hervé Le Treut, Jean Jouzel y partageaient leurs connaissances toutes récentes sur le bilan d’énergie de la Terre. Ils parlaient de la perturbation extraordinaire de la composition atmosphérique dévoilée par les carottes de glace de Vostok, dans lesquelles sont enregistrés 400 000 ans de climat. Pour moi, ça a été une révélation. En thèse, j’ai travaillé sur la période où le Sahara était vert et où les moussons étaient plus intenses, il y a environ 6 000 ans. J’ai éprouvé le sentiment de solastalgie [anxiété liée au réchauffement climatique]. Mais la jeune génération n’a pas envie d’attendre la « fin du monde ». Elle est le témoin de la dissonance de nos sociétés, où l’on agit à l’opposé de ce qu’on dit. » (LE MONDE campus, Valérie Masson-Delmotte : « A Centrale, avec ma timidité, j’avais le sentiment de venir d’un autre monde »)

Les 8 apocalypses climatiques selon DWW

Le réchauffement climatique menace l’humanité par une série de cataclysmes en cascade, telle est en tout cas la conclusion de la très riche enquête de David Wallace-Wells, du New York Magazine. Dans cet article, le journaliste égrène froidement les faits et les menaces, répertoriés en huit catégories d’apocalypses potentielles.

1. La grande submersion : « La plupart des gens parlent de Miami ou du Bangladesh comme s’ils avaient encore une chance de survivre mais la plupart des scientifiques avec lesquels j’ai échangé assurent que nous perdrons ces régions dans le courant du siècle. Même si on arrête de brûler des combustibles fossiles dans les dix ans à venir. » Première conséquence du réchauffement climatique, la montée des eaux (fonte des glaciers et dilatation thermique des océans), est le premier cataclysme que nous devrons surmonter.

2. Une chaleur mortelle : « Vous avez peur de la montée des eaux mais cela occulte les autres menaces. Fuir les côtes ne suffira pas. » L’auteur explique que la chaleur de l’air sera elle-même extrêmement délétère pour l’être humain.« Au Costa Rica, ou l’humidité est de 90%, se promener dehors par plus de 40°C pourrait déjà être mortel. En quelques heures à peine, le corps humain serait mortellement cuit. »

3. La famine mondiale : Il y a certes des variations suivant les cultures et les climats, mais la règle générale pour les céréales poussant actuellement à leur rendement optimal est que « chaque degré de réchauffement supplémentaire diminue les rendements agricoles de 10 %. Certaines estimations montent à 15 ou 17 %. » Avec un réchauffement de 5°C à la fin du siècle, l’équation cauchemardesque serait donc : comment nourrir une population 50 % plus nombreuse avec 50 % de céréales en moins ?

4. Les pestes climatiques : « Qu’arrivera-t-il quand la peste bubonique congelée sera libérée ? »… « Notre système immunitaire, s’il venait à rencontrer ces pestes préhistoriques, n’aurait absolument aucune idée de comment réagir pour s’en protéger »… « En Alaska, des chercheurs ont déjà trouvé des traces de la grippe espagnole de 1918, qui avait infecté 500 millions de personnes et en avait tué 100 millions, soit 5 % de la population mondiale. »

5. L’air irrespirable : Le CO2 ne se contente pas de réchauffer l’atmosphère, il en change aussi par définition la composition. Or, l’air que nous respirons a un impact sur notre santé, da façon parfois inattendue. Si la teneur en carbone monte à 1 000 ppm en 2100, l’auteur assure qu’« un tel air pourrait baisser les capacités cognitives humaines de 21 % ».

6. La guerre perpétuelle : La sécheresse fait partie des facteurs d’instabilité sociale ayant conduit à la guerre civile en Syrie. Le journaliste américain cite une vaste étude de Marshall Burke et Solomon Hsiang qui relève, au-delà des particularismes et conjonctures locaux, une corrélation entre violence et température : pour chaque demi-degré supplémentaire, les sociétés verraient augmenter de 10 à 20 % la probabilité d’un conflit armé.

7. L’effondrement économique : le journaliste signale que chaque degré de réchauffement pourrait coûter 1,2 point de PIB. Plus généralement, les chercheurs ont calculé comme projection médiane une perte de 23 % des revenus par personne à la fin du siècle, due aux différentes conséquences du changement climatique (agriculture, violences, tempêtes, énergie, mortalité, etc.). David Wallace-Wells suggère que le principe même de croissance est intrinsèquement lié à l’exploitation des énergies fossiles, et voué à s’interrompre avec la fin de celles-ci. « Avant les énergies fossiles, personne ne vivait jamais mieux que ses parents. »

8. Les océans empoisonnés : Plus du tiers du carbone est absorbé par les océans. Les effets secondaires sont terribles : acidification des océans, blanchiment et mort des coraux, qui « supportent le quart de la vie marine et nourrissent directement un demi milliard de personnes ». L’absorption du carbone peut déclencher un cercle vicieux : la sous-oxygénation de l’eau entraîne le grand développement de bactéries qui diminuent encore le taux d’oxygène disponible, faisant grossir les « zones mortes » dans les eaux profondes, puis de plus en plus près de la surface.

Conclusion :

– Optimiste :  « nous avons trouvé une voie pour créer une Apocalypse technologique, nous trouverons une voie pour trouver notre salut technologique », assure David Wallace-Wells.

– Pessimiste : Aucune civilisation dans l’univers n’a jamais réussi à se développer sans dérégler son environnement au point de péricliter avant même de pouvoir s’envoler vers d’autres planètes. C’est pour cela que nous n’avons pas encore rencontré d’extra-terrestres !

Source : https://usbeketrica.com/article/changement-climatique-les-8-apocalypses-a-venir

(Usbek & Rica est le média qui explore le futur. Tous les futurs : ceux qui nous font peur et ceux dont on rêve)

Pour approfondir : Climat : les raisons de s’inquiéter sont innombrables (8 décembre 2015)

+ 7 °C en 2100 ou krach pétrolier en 2020 ?

On les appelle les jumeaux hydrocarbures, pic pétrolier et rupture climatique. L’un est indissociable de l’autre. Brûler du pétrole réchauffe la planète, mais le pétrole est en voie de raréfaction. Qui gagnera la course à à l’abîme ? Pour le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les scientifiques Français prédisent une augmentation continue de la température moyenne du globe au moins jusqu’en 2040, pour atteindre environ 2 °C, quelle que soit l’évolution des émissions de gaz à effet de serre – en raison de l’inertie du système climatique. Dans le pire des scénarios, celui d’une croissance économique rapide alimentée par des énergies fossiles, le thermomètre grimpera en moyenne de 6,5 °C à 7 °C en 2100. Le thermomètre a pour l’instant grimpé de 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, convoyant déjà un lot de catastrophes (ouragans plus intenses, sécheresses plus longues, etc).

Du côté pétrole, un récent rapport propose de redonner vie à la taxe carbone. Le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) indique que c’est l’instrument le plus à même de lutter contre le réchauffement climatique : « La fiscalité de carbone vise à inciter les agents économiques à adopter de nouveaux comportements de consommation ou de production. Elle accroît ainsi le prix des carburants et des combustibles fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole) afin d’en dissuader l’usage ». Mais le gouvernement préfère renvoyer ce dossier sensible (cf. Gilets jaunes) à la discussion de la convention citoyenne : 150 citoyens tirés au sort pour aborder, d’ici au début de 2020, les questions liées à la mise en œuvre de la transition écologique, puis faire des propositions. Autant dire que beaucoup de carbone va encore s’échapper dans l’atmosphère avant que ces propositions deviennent réalité. Heureusement, nous savons qu’un choc pétrolier intense peut éclater à tout moment, il a suffi aujourd’hui de détruire une toute petite partie du complexe pétrolier d’Arabie Saoudit our mettre les marchés en émois. Une crise géopolitique est toujours possible, nous l’espérons. Moins de pétrole veut dire dire moins de réchauffement climatique ! Pour conclure sur la diversité des points de vue sur lemonde.fr :

Toto le Rigolo : Dans 80 ans l’Homme vivra plus longtemps, en meilleure santé et aura plus de loisirs. Nous aurons des sources d’énergie gigantesques et décarbonnées, peut être grâce à la fusion nucléaire. Nous serons plus que jamais les maîtres de la terre et peut-être même du système solaire.

Dominique Greusard : Il était une fois une planète lumineuse et verdoyante. Un jour y apparut un peuple d’homo demens avide, sûrs de son intelligence et dominateurs ; il voulait être le maître du monde et faisait autant d’enfants qu’il pouvait pour cela. Sujet à une boulimie sans frein, il boulottait les végétaux et même les forêts, mangeait de la viande à tous les repas, perforait la terre pour y prendre tous ses trésors et en faire des gadgets. Imbu de sa supériorité, ils régna sans partage, éliminant toute biodiversité par ses monocultures dévastatrices et ses bâtiments qui poussaient bien plus vite que des champignons… Il advint qu’un jour, leur puissance inaltérable s’effondra : en un tournemain, leurs ressources fondirent et cette espèce animale disparut de la création. Cafards et méduses prirent la place laissée vacante. Si on vous dit qu’une météorite venue d’ailleurs les a anéantis, n’en croyez rien : elle n’a donné à leur château de cartes que la pichenette qui le fit écrouler. Les humains ne sont morts que de leur appétit dévorant, de leur arrogance et des méfaits infligés à la planète dont ils es croyaient propriétaires.

Appel Uni-Terre : marcher pour le futur

Tous ensemble, tous ensemble, marchons pour le climat. Des militants, élus, collectifs, gilets jaunes lancent un appel Uni-terre à la mobilisation générale et seront dans le rue le 20 et 21 septembre pour porter un nouveau projet de société contre « un ordre social productiviste capitaliste chaque jour plus écocidaire, inégalitaire et antidémocratique ». Ils écrivent sur mediapart* : « Dès aujourd’hui construisons un front populaire écologique pour mener une transition juste qui garantisse la paix et élargisse la démocratie. Nous appelons à participer en France à la grève mondiale pour le Futur du vendredi 20 septembre, aux différentes mobilisations du samedi 21 septembre et aux différentes activités non violentes de la #WeekForFuture du 20 au 27 septembre. Fin du monde, fin du mois, même combat ! »

Extraordinaire ce Front commun des signataires, membres de « Génération·s, La France Insoumise, Gauche démocratique et sociale, #Unis pour le climat, Europe Écologie Les Verts, groupe S.I.G.L.E, Gilet jaune, Gilets Verts,Youth For Climate, Pour une écologie sociale et solidaire, Coopérative politique écologique et sociale, Parti communiste français, Coopérative Europe écologie les verts, Mouvement Écolo, Nouvelle Donne, Décidons nous-mêmes, Ensemble pour le climat et le vivant, Ensemble ! » C’est trop mignon cet unanimisme d’organismes qui n’arrivent pas à concrétiser le moindre rapprochement institutionnel ; ils veulent bien marcher ensemble, cela n’engage à rien. Nous aimerions que tous ces illustres membres d’officines émettent un peu moins de paroles et fassent un peu plus de désobéissance civique. Nous aimerions que les Gilets jaunes, opposés à toute augmentation du prix de l’essence, ne puissent pas se revendiquer d’une marche pour le climat. A force de tout mélanger, il n’y a plus de cohérence.

* https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/180919/appel-uni-terre-greve-et-marche-mondiale-pour-le-futur

Le salon de l’automobile en accusation

Le XIXe siècle a connu l’émergence du mouvement ouvrier contre l’exploitation de l’homme par l’homme, le XXe siècle a connu l’endormissement de la classe ouvrière, bercée par le consumérisme et la société du spectacle, avec le XXI siècle débute le siècle de l’écologie. La lutte des premiers syndicat, interdits au début du XIXe siècle, a été une exigence. Aujourd’hui nous réconcilier avec la Terre-mère, à laquelle nous faisons une guerre de rapines et de forêts brûlées, devient un impératif catégorique. Nous commençons à vivre de nouvelles formes de grèves (de l’école par exemple), de systèmes de production (bio, artisanal, convivial…) ou de distribution (circuits de proximité, AMAP, etc.), sans oublier les comportements personnels de sobriété et les manifestations (en vélo et à poil de préférence).

Entre 15 000 et 25 000 manifestants, la plupart en vélo, ont défilé samedi 14 septembre à Francfort à l’occasion du salon international l’automobile. Le slogan « des sous, des sous » est remplacé par des évidences, « On ne peut pas remplacer nos poumons », « Le salon de l’automobile représente le siècle passé », « On n’en veux plus de ces gros SUV  », etc. Le collectif « Sand im Getriebe » (« Du sable dans les rouages »). On a bloqué dimanche une partie du salon. Une fraction radicale du mouvement écologiste est prête à des actions illégales pour attirer l’attention. La « génération climat » commence à faire entendre sa voix. De la condamnation du salon de l’automobile, Le Figaro en parle, et France-info, sans compter Ouest-France, LE MONDE et la presse allemande. La désobéissance civile connaît une percée médiatique et devient un cri de ralliement.

En plus des grèves pour le climat à l’appel de Greta Thunberg, des mouvements se répandent comme une traînée de poudre de Londres à Berlin, en passant par Paris. Le groupe « Ende Gelände » (« Terminus ») avait réussi en juin à occuper et forcer l’arrêt temporaire d’une vaste mine à ciel ouvert de lignite. Extinction Rebellion agit en Angleterre et ailleurs. Aujourd’hui on s’en prend au salon de Francfort, et bientôt on interdira les courses automobiles et chacun de nous intégrera de nouvelles priorité du type « piétons > vélos > voitures ». Le dévoiturage est sur la bonne voie. Fini bientôt la boîte où l’on se regarde passer sa vie dans les bouchons, le transport redeviendra un temps de vie, on ira au boulot à pied !