épuisement des ressources

Pourquoi les populistes gagnent la bataille

Le slogan « Fin du monde, fin du mois, même combat » est un oxymore, l’alliance des contraires, une forme plus poétique que réaliste. Le réalisme, c’est considérer que nos conditions d’existence ne sont durables que si elles ignorent les énergies carbonées et évitent les politiques croissancistes. Or le gaspillage des ressources, c’est ce que demande le peuple, ce qui fera le jeu des populistes. Illustration cette semaine :

Pétrole : Le 1er octobre, le président équatorien, un social-libéral, avait annoncé qu’il cessait de subventionner les carburants, provoquant une hausse du prix du diesel à la pompe de plus de 100 %. Cette annonce a suscité la colère de la population. Au terme de douze jours d’une mobilisation qui a paralysé le pays et de quatre heures de négociations, les Indiens équatoriens ont obtenu gain de cause dimanche soir. Le président Lenin Moreno a accepté de retirer le décret 883 qui supprimait les subventions publiques. Quito a immédiatement explosé de joie. Les manifestants ont scandé le traditionnel slogan latino-américain : « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ! »* Mais la raison et le bon sens n’ont pas gagné dans cette affaire. Que fera le peuple quand le choc pétrolier ultime, celui qui considérera que le pétrole arrive à son inéluctable terminus et que nous devrons brutalement nous en passer ? Le peuple apprendra alors que les populistes lui ont menti.

Pouvoir d’achat : Les Polonais ont une expression pour désigner les généreux transferts sociaux promis par le gouvernement ultraconservateur, « Kielbasa wyborcza », le « saucisson électoral » : relèvement du salaire brut minimum, instauration d’un 13e et 14e mois pour les retraités, allocation de 125 euros pour tous dès le 2e enfant, etc. « Le PiS a choisi la voie populiste et ça marche », constate l’économiste Witold Orlowski. En privilégiant la « Pologne B », version locale de la « France d’en-bas », les ultraconservateurs sont parvenus à s’inféoder des pans entiers de la population. Les promesses sociales du PiS s’accompagnent de discours à forts relents nationalistes et xénophobes.** Au pouvoir depuis 2015, les ultraconservateurs ont remporté une victoire historique avec 43,6 % des suffrages. Demain en France Marine Le Pen risque d’arriver au pouvoir avec des promesses aussi démagogiques qu’en Pologne… On fera plaisir aux Gilets jaunes, et tant pis pour le réchauffement climatique !

Les populistes gagnent des batailles dans plusieurs pays, ils ne gagneront pas la guerre qu’ils font à la planète.

* LEMONDE du 15 octobre 2019, En Equateur, le mouvement indigène rejette l’offre de dialogue du président Lenin Moreno

** LEMONDE du 15 octobre 2019, La stratégie payante du « saucisson électoral » des ultraconservateurs polonais

Révolte de la génération 2019

Luc Bronner, directeur de la rédaction du MONDE : « Greta Thunberg inquiète ? Attendez les générations suivantes, leurs angoisses et leurs colères face à l’irresponsabilité des hommes et des femmes qui les ont précédées dans la destruction systématique de la planète. Comme en Mai 68, la colère risque d’être générationnelle. Profonde. Durable. Là où les enfants de 1968 avaient à se battre pour leurs libertés individuelles – quelle chance ! –, les générations qui suivent, cinquante ans plus tard, vont sans doute devoir se battre avec la perspective d’une restriction des libertés individuelles face aux menaces du réchauffement climatique. Les générations qui nous suivront pourront-elles faire des enfants, autant d’enfants qu’elles le souhaitent, comme nous l’avons fait ? Et devront-elles abandonner en grande partie le rêve de la voiture, de la maison individuelle et du voyage, ces trois repères sociétaux et économiques qui ont largement porté le monde occidental depuis la seconde guerre mondiale ? La situation est critique et il est désormais impossible de l’ignorer. Les rapports et les études scientifiques se succèdent, dans une sorte d’accumulation cauchemardesque, pour dire la gravité des menaces, leur étendue, l’irréversibilité des dommages. Les océans qui se réchauffent, les glaciers qui disparaissent, la biodiversité qui se réduit, les températures qui s’affolent, les événements extrêmes qui se multiplient… Cette génération ira chercher les responsabilités de ses parents et grands-parents. Ce sera légitime de pointer la responsabilité des leaders politiques et du court-termisme des démocraties, des élites intellectuelles et médiatiques bien trop passives. La vague risque d’être beaucoup plus large. Bien plus intime aussi. « Qu’as-tu fait, papa, alors que tu savais ? » Rien, ou si peu. » Quelques réactions sur lemonde.fr :

BGA : « L’homme a mangé la terre » ! On comprend très bien vers quoi l’on va, et plus vite que l’on ne le croit. Les consommateurs que nous sommes, plongés dans un incroyable déni de masse, continuent sur cette lancée consumériste mortifère en refusant de surcroît d’écouter l’angoisse d’une jeunesse qui va devoir gérer des conditions de vie extrêmement dégradées. Celles et ceux qui ont bien profité de conditions naturelles encore relativement harmonieuses semblent n’en avoir cure et détournent le discours de Greta Thunberg T en la diabolisant. C’est lamentable…
-Alazon- : Qu’as-tu fait papa ?
Je me suis élevé contre l’interdiction du DDT, qui a causé une recrudescence du paludisme, avec des millions de morts à la clef, essentiellement des enfants.
J’ai lutté pour le riz doré, qui fait l’objet d’une campagne de dénigrement abominable, alors qu’il peut sauver des enfants de la cécité.
J’ai préservé l’économie en luttant pour les grandes infrastructures, en m’opposant à l’accumulation de règlements, en promouvant l’innovation contre les collapsologues stériles ou les décroissants criminels.
François B : On pourrait accuser les dirigeants politiques du monde, les géants industriels et les médias de s’être si peu préoccupé de la santé de la planète. Nos économies sont basées sur la croissance et la consommation et le marketing sait fort bien manipuler les consommateurs pour qu’ils consomment toujours davantage. Le Monde vit de la publicité et n’est pas innocent dans cette affaire, bien au contraire puisqu’il entretient la machine, alors les leçons … Comme d’habitude pas un mot sur l’accroissement exponentiel de la population, phénomène qui n’est pas sans conséquence sur les dérèglements climatiques !

LiRM : papa a arrêté de financer les smartphones et les nouvelles fringues si les vieilles ne sont pas usées. Pas de scooter, tu prend le métro ou le bus. Pas de vacances qui nécessitent un billet d’avion, tourisme de proximité. On dit merci papa.

Pascalou : Du coup, que faut-il dire ou faire aux gilets jaunes qui bloquent les ronds-points, ceci pour habiter loin des centres urbains et continuer à rouler en diesel à bas coût ?

LE MONDE du 29-30 septembre 2019, « Qu’as-tu fait, papa, alors que tu savais ? »

Survivalisme selon Piero San Giorgo

Aurez-vous accès à l’eau potable si rien ne sort de votre robinet et si les supermarchés sont vides ? Comment défendrez-vous votre famille de votre voisin affamé ? Piero San Giorgo, un suisse né en 1971, se pose ce genre de question et y répond à la manière survivaliste : la survie se jouera presque certainement à l’écart du monde actuel, dans des refuges qu’il faudra savoir aménager et défendre. Car il prévoit un effondrement de la civilisation, effondrement dont il s’applique dans une première partie à montrer les déterminants. Piero San Giorgo est dans la lignée de James Howard Kunstler, qu’il cite : « D’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement… » Voici dans le livre de San Giorgo les déterminants de l’effondrement (jusqu’à la page 149) :

– le problème des exponentielles, par exemple dans le cas de l’évolution démographique ;

– la fin du pétrole ;

– la fin de toutes les ressources ( le pic de tout) ;

– l’effondrement écologique ;

– la fin du système financier et l’endettement ;

– la culture de la consommation, la perte du sens de la responsabilité, la perte du lien social ;

– les imprévisibles, par exemple une épidémie ;

-la complexité des chaînes logistiques et alimentaires.

Par conséquent, dans les décennies à venir, nous allons expérimenter l’enfer.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance

Vincent Cheynet, rédacteur en chef du périodique « La décroissance », attaque assez assidûment ses confrères en objection de croissance… Mais comme il dit assez souvent des choses très vraies, attardons-nous sur ces morceaux choisis de son livre de 2008 paru au Seuil :

1) La guerre des mots

– L’expression objecteurs de croissance est très parlante : les objecteurs de croissance font acte de non violence en refusant la guerre économique comme les objecteurs de conscience refusent l’ordre de la guerre.

– La réflexion sur les mots est primordiale car ceux-ci sont le socle sur lequel faire avancer les idées. Il existe tout autant des mots poisons qui empêchent de penser, que d’autres qui frayent de nouveaux imaginaires. Les capitalistes l’ont bien compris. Armés de légions de communicants, ils s’emploient autant à vider les mots de leur sens qu’à s’accaparer les mots de leurs contradicteurs.

– L’intérêt du mot décroissance est avant tout d’être un mot obus, un mot bélier qui vise à ouvrir une brèche dans l’enfermement dans lequel se claquemure notre société. Il cherche à enfoncer une porte de la citadelle de la pensée unique.

2) la guerre contre l’économisme

– Depuis deux siècles, la « science » économique occidentale a quasiment évacué le paramètre écologique de ses raisonnements. Elle fonctionne déconnectée de la réalité physique et géochimique.

– Les ultra-libéraux sont les dignes successeurs de ces membres du clergé qui, au XVIIe siècle, refusaient d’admettre que la Terre tournait autour du Soleil parce que la réalité ne correspondait pas à leur dogme étroit.

– Un seul économiste, Nicholas Georgescu-Roegen, a eu le bon sens de constater que, même stabilisée, la consommation de ressources naturelles limitées finira inévitablement par les épuiser complètement, et que la question n’est donc point de ne pas consommer de plus en plus, mais de moins en moins : il n’y a pas d’autres moyens de ménager les stocks naturels pour les générations futures. C’est cela le réalisme écologique.

3) la guerre contre les inégalités

– La première des décroissances qui motivent les objecteurs de croissance est la décroissance des inégalités, localement comme à l’échelle de la planète.

– La formule est imparable, dans un monde où les ressources sont limitées, toute surconsommation des uns se fait au détriment des autres. Les économistes orthodoxes martèlent que la croissance est la condition de la solidarité. C’est oublier que l’accroissement de la richesses d’une société comme d’un individu est complètement dissociable de la volonté de partage. Il existe des sociétés pauvres sans aucun Sans Domicile Fixe, comme des pays opulents qui laissent mourir des gens de faim.

– Le RMA (revenu maximal autorisé) qui pourrait, par exemple être de l’ordre de quatre fois le SMIC, est une mesure emblématique pour la décroissance.

4) la guerre contre la dictature

– Nous constatons que les discours des adeptes de la croissance occupent aujourd’hui l’intégralité de l’espace médiatique. Lorsque, exceptionnellement, la décroissance est évoquée, ses contempteurs l’accusent immédiatement de défendre une logique totalitaire. Drôle de conception de la démocratie !

– L’idéologie de la croissance, en ne tenant compte ni des limites physiques ni des limites humaines, conduit inéluctablement à une récession qui ne peut mener qu’à l’effondrement de la démocratie, puis au chaos et au fascisme.

– Le Chili est passé d’une démocratie à faible croissance à la dictature de Pinochet, championne de la croissance. Les Etats-Unis ont considérablement accru leur PIB sans que la démocratie ne progresse vraiment. Le nazisme ou le stalinisme ont été les régimes les plus ultras dans cette recherche de la croissance. A l’inverse la non-violence s’accommode mal, et même pas du tout, de cette recherche de puissance économique.

conclusion :

– Notre planète arrive sans doute au terme de sa capacité à nous accepter. A l’échelle de l’histoire de l’humanité, nous sommes peut-être à quelques secondes d’une récession globale. La sortie du capitalisme aura lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare.

La fin de notre monde aura lieu en 2035

Joël : voila .. voila …  Yves Cochet à écouter absolument, et sérieusement …bonne écoute … 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-pour-l-ex-ministre-de-l-environnement-yves-cochet-la-fin-du-monde-aura-lieu-en-2035_3528107.html

ha oui, il ne s’agit pas de la fin du monde” comme le laisse croire le titre accrocheur (ou comment décrédibiliser le propos par du sensationnalisme) mais – juste .. – la fin de notre civilisation …

Christian : J’ai trouvé cette vidéo d’une suffisance insupportable et franchement il fait bobo qui a payé ses voisins pour lui couper son bois. De plus ses propos frise le survivalisme , il devra se défendre contre ses amis, il ne nous a pas donné la marque du fusil mais ce n’était pas loin … détestable !


Patrick : Yves Cochet, malgré les excès et limites de ses modèles (ex: les 8 bio-régions autonomes de l’île de France) établit clairement que la politique des petits pas (ou la politique absolument « révolutionnaire » de Brune Poirson qui ose mais qui ose, incroyable…… renoncer aux touillettes plastiques) ne suffit plus. Il nous met devant la responsabilité de changer radicalement nos modes de vie.

Pascal : Je n’ai aucune culture marxiste, mais ce à quoi nous sommes confrontés c’est bien une révolution. Nous allons bientôt vivre sur une autre planète, moins accueillante que celle d’aujourd’hui. S’il y a encore des livres d’histoire dans les prochaines décennies, nous allons apparaître comme celles et ceux qui au moment critique pour l’avenir de l’espèce humaine, on fait ou pas les bons choix. Si nous ne parlons pas de résilience, sobriété, autonomie, coopération, convivialité, nouvelle relation avec la nature, permaculture, relocalisation, non-violence, démocratie horizontale (approche libertaire ?)… les verts vont s’éteindre, comme les partis du vieux monde (PC, PS, LR…). Combien de temps pour que les jeunes des manifs climat, action directe non violente, extinction rebellion, collapsos… s’intéresse à la politique et ceux là pourraient bien ne pas se laisser recycler.

Bac SES le 20 juin 2019, quelles questions ?

Le bac SES dans dix jours, un non événement ! Nos jeunes qui font la grève du climat en disant qu’aller au lycée ne sert plus à rien vu l’avenir qu’on leur réserve ont de bonnes raisons de manifester. Les « sciences » » économiques et sociales sont hors sol. Elles continuent en 2019 de se tourner vers les Trente Glorieuses : croissance et croissance, relance keynésienne ou flexibilité, rien ou presque sur la crise profonde qui ne fait que commencer. Aucune prise en compte d’une planète dévastée  : réchauffement climatique, pic pétrolier, raréfaction des matières premières, stress hydrique, pénurie halieutique, etc. Les articles du « Monde » choisis par Claude Garcia pour décrocher une bonne note en sciences éco ne vont pas aider à résoudre nos multiples problèmes.

Rappelons qu’on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un bon écologiste. Rappelons qu’après le premier choc pétrolier de 1974, le bac SES insistait sur les limites de la croissance : « On découvre seulement aujourd’hui que la prospérité de l’Occident était en partie fondée sur l’énergie à bon marché et sur la croyance aveugle que cette situation pourrait durer indéfiniment. Après avoir apprécié les conséquences de la « crise du pétrole » sur la croissance de ces économies, vous montrerez que le problème de l’énergie et des matières premières est de nature à transformer les rapports existants entre les économies développées occidentales et les pays « en voie de développement (Toulouse 1974) ».

Nous serons en juin 2019 très loin du sujet posé dans l’Académie de Lille en 1974, sujet qui incitait à réfléchir sérieusement sur la société de consommation :  « Faire progresser une Nation, c’est faire courir les citoyens. Depuis vingt ans, les citoyens français ne courent pas mal, merci. (…) La course est harassante. Si vous l’accélérez, vous consommerez plus, mais vous aurez moins de temps pour réfléchir, pour penser, pour vire (…) Car la course à la consommation se conjugue nécessairement, même sur le plan de l’individu, avec la course à la production. Mais celle-ci déclenche à son tour de grandes perturbations dans la structure sociale. Transformer les techniques de production, renouveler matériels et méthodes, désorienter les gestes habitués, réorganiser sans cesse, détruire et reconstruire indéfiniment les programmes de travail, les réseaux hiérarchiques, les relations humaines ; modifier les circuits, les règlements ; concentrer les entreprises, en fonder de nouvelles, modifier leurs objectifs (…). La course est brutale, et plus elle est rapide, plus elle est brutale. Les forts affirment d’autant plus leur force que le train est rapide ; et dans la chaleur de l’action, le faible est souvent piétiné (J.Fourastié, Economie et Société, p.130). A la lumière de ce texte, vous vous attacherez à décrire et analyser les changements sociaux qui ont accompagné la croissance économique depuis 1945, que ces changements aient joué le rôle de moteur ou de frein à cette croissance. »

Les sciences économiques et sociales était lors de leur création au début des années 1970 un nouveauté incontestable : elle refusait la segmentation propre à l’université (sociologie d’un côté, psychologie de l’autre, histoire, économie…) pour aborder une analyse transversale de la société. Cependant les SES souffrent de trois défauts structurels. Le premier est de séparer trop ostensiblement enseignement économique et sociologique, ce qui recrée une spécialisation interne dommageable à l’apprentissage d’une perspective globale par les lycéens. Le deuxième est de ne considérer textuellement que l’économique et le social, oubliant l’importance de l’écologie dans un monde dont on a outrepassé les limites. Enfin, ces dernières années, l’orientation des SES était croissanciste, occultant le fait que l’activité économique est non seulement cyclique, mais proche d’un cataclysme civilisationnel. En l’absence de pétrole, on connaîtra une récession brutale par effondrement du PIB. En brûlant encore plus de pétrole, les perturbations climatiques deviendront insupportables. Rêvons à une profonde mutation des SES qui appliquerait les propos  de Bertrand de Jouvenel (Arcadie, essai sur le mieux vivre, 1968) : « J.B. Say avait raison de noter qu’Adam Smith s’égare lorsqu’il attribue une influence gigantesque à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature (…) Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature (…) L’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. »

Malheureusement il n’y a nulle science de l’humain

Il n’y a pas de sciences économiques, il n’y a qu’économie politique. Il n’y a pas de science sociologique, il n’y a que les multiples façons d’observer les multiplicités contradictoires du comportement humain. Il n’y a pas de sciences politiques, il n’y a que les différentes façons de manipuler les foules pour garder ou prendre le pouvoir.

Cela n’empêche pas l’économiste Eloi Laurent de réclamer une science de l’humain : « La science seule n’est jamais suffisante pour enclencher l’action, nous ne devons pas seulement savoir, cela ne suffit pas à forger notre détermination. Ce n’est pas la science du changement climatique que nous devons apprendre à maîtriser, mais la science du changement humain. Il faut donner un sens à nos connaissances, forger un nouvel imaginairepour promouvoir le changement. Car ce qui est en jeu, c’est l’hospitalité de la planète pour les humains. Le bien-être humain, qui a pris son essor au XIXe siècle pourrait être balayé au XXIe siècle. Il faut articuler la question de la soutenabilité avec celle de la justice et abandonner la croissance économique comme horizon de nos sociétés. »* En fait il redit ce que tout le monde pense autour de lui, la planète brûle. Nous aurions préféré qu’il nous indique sa façon personnelle de vivre autrement en tant que décroissant stagiaire ! Quelques réactions à son discours sur lemonde.fr :

MICHEL LEPESANT : Le plus étonnant dans cette tribune, c’est le contraste entre la lucidité affichée et l’impossibilité à en tirer la bonne conclusion : il ne s’agit pas « d’abandonner la croissance comme horizon de nos société » → ça y est le jour du dépassement** pour l’Europe c’était il y a 10 jours ! La question n’est pas de changer d’horizon car l’horizon est DEJA dépassé. « Dépassé », cela veut dire qu’il faut DECROITRE.

le sceptique : La « science du changement humain »… Programme du sachant bureaucrate version écolo : les multitudes ne font pas de l’écologie une priorité dans la définition de leur bien-être, il s’agit de conseiller les pouvoirs pour les y obliger. On commencera par poser « il n’y a pas d’alternative » (par exemple, accepter un monde réchauffé ne doit pas être posé comme option du débat), car une politique publique s’articule à des dogmes.

Inhumanité : Il est amusant de voir tous ces penseurs en politiques refuser de dire les choses comme elles sont : pour préserver le climat et la biodiversité, dire qu’il faut « changer de comportement » est une façon trompeuse de dire qu’il faut demander aux gens de se serrer la ceinture et de ne plus consommer les matières premières comme des goinfres. De perdre leur pouvoir d’achat et leur confort.

Frogeater : Absolument. Ce qui va à l’inverse des GJ et leur gas-oil moins cher et leurs impôts plus bas pour plus consommer.

* LE MONDE du 23 mai 2019, « Après la science du climat, il faut maintenant apprendre à maîtriser la science de l’humain »

** Précisions sur le jour du dépassement : Alors que l’Union européenne (UE) regroupe 7 % de la population mondiale, elle absorbe 20 % de la bio-capacité de la Terre. L’UE a déjà épuisé dès le 10 mai 2019 les ressources que la planète peut offrir… si le monde entier vivait comme les Européens. En d’autres termes, si l’humanité consommait autant que les Européens, elle aurait besoin de 2,8 planètes bleues. Mais ces chiffres, personne ne les a utilisé pour animer les élections européennes !

Le penseur débile d’un club de réflexion libéral

Un texte invraisemblable dans les colonnes du MONDE* que nous laissons détricoter par les commentateurs sur lemonde.fr :

– « Les apôtres de la décroissance ne nous apprennent rien en soulignant que les ressources dont nous dépendons sont rares et disponibles en quantité limitée. Mais la ressource ultime est l’intelligence humaine. »

Ouf! : Moi qui m’inquiétais justement devant mon frigo aux 3/4 vide, suis rassuré. Je vais faire appel à mon intelligence et produire des milliers de recettes avec très peu d’ingrédients. Je suis sauvé.

Saint-Thomas : De la grande fumisterie. La connaissance ne va pas créer du pétrole, des minerais, et dont l’incertitude réside seulement sur la date du pic d’extraction puisqu’il y a une quantité limitée sur Terre. Il faudrait aussi s’intéresser au second principe de la thermodynamique, qui lui régit le monde.

gagarine Youri : L’argument principal consiste à dire que notre intelligence est ce qui nous a permis de pallier les manques en ressource de notre environnement (soit du fait de leur absence, soit du fait de notre méconnaissance) et qu’il faut développer notre intelligence plutôt que limiter notre consommation de ressources. Bien. Mais que se passe-t-il quand c’est précisément notre intelligence (rationnelle) qui nous indique de consommer moins plutôt que d’avoir une foi irrationnelle dans un progrès infini ?

moi-même : L’argument de fond est : puisque ça a fonctionné jusqu’à maintenant, ça fonctionnera toujours. Ce n’est pas un raisonnement, c’est un pari. Le réchauffement, incontestable et qui s’accélère, est en train de démontrer la bêtise d’un tel pari. Pour que cela fonctionne, il faudrait que nos capacités à trouver et utiliser les ressources croisse à l’infini, à tout le moins à proportion de ce que la nature est capable de fournir. Ce n’est pas le cas.

ZURBACH MICHEL : Physiquement il y a moins de ressources mais grâce à notre connaissance nous avons pu augmenter leur disponibilité : en clair, on a appris comment aller fouiller tout au fond de la cave ou du grenier pour dénicher quelques surplus inaccessibles auparavant. Un jour on arrive quand même au mur ou au toit..

– « La « suprématie du marché » ne conduit pas à l’épuisement irrationnel des ressources. Le mécanisme des prix fonctionne tellement bien que les métaux sont aujourd’hui présents en plus grande quantité car notre connaissance s’est améliorée. »

agnès : Le mécanisme des prix va tout régler : seuls les riches auront accès aux ressources; Quid de l’épuisement des terres, de la progression des déserts.

Ciel bleu, mer belle à Marseille : Faute de pommes de terre, durant la guerre, nous avons mangé des topinambours, puis des panais, et parfois même nous avons utilisé les pelures de ces légumes… notre génie a pourvu à notre survie, notre connaissance nous fit surmonter l’épreuve… Ah, que ne faut il lire ? ! Dans un monde fini, régi par le libéralisme, notre intelligence nous sauverait ? !! Être condamnés à sucer les pelures serait la solution, notre avenir !! Qu’on lui laisse les pelures, changeons nos modes de vie !!

DH : Ce monsieur fait l’apologie des entreprises minières, néglige les oppositions des indigènes dont la vie sera durablement perturbée, niée sinon enlevée, néglige les effets sur le climat, néglige les effets sur les prix de matières toujours plus chères à extraire, néglige le problème des déchets.

Maxleg : L’eau en quantité suffisante, l’air pur, une mer propre, un climat agréable… dont de nombreux habitants de la planète manquent déjà, voilà des produits de base dont il sera difficile de découvrir de nouveaux gisements à l’avenir. Mais de ça l’auteur n’a pas l’air de s’en soucier.

– « Les rêveurs de la décroissance devraient aller faire un tour dans les pays qui l’ont réellement expérimentée – le Venezuela en est l’exemple le plus contemporain. »

DH : Le Venezuela comme exemple de décroissance? Mauvaise foi idéologique! Le libéralisme autant dévoyé par de tels imbéciles endoctrinés aux extrêmes est dangereux.

GILLES SPAIER : Il y a un espace entre Maduro et l’expansionnisme exacerbé qui nous mène dans le mur. La décroissance du Venezuela est subie et non volontaire. Cette tribune se déprécie elle même par ses arguments qui n’en sont pas. Quoiqu’il dise, au rythme de croissance actuel, l’humanité va dans le mur. Et l’auteur, très occupé à déprécier le socialisme, oublie que la croissance des inégalités actuelle fait aussi partie du problème. A aucun moment il n’en parle.

Alta : C’est aussi oublier que malgré notre si éclatante prospérité, ces 200 ans de croissance ont été aussi deux siècles de dévastation des éco-systèmes, de la diversité, et la dégradation de l’espérance de vie en occident se profile inexorablement. S’il faut choisir entre l’humanisme et la survie de la vie sur la planète, je préfère la survie. En exploitant toujours plus pour le profit, le capitalisme nous condamne.

– « L’augmentation de la population mondiale est le signe d’un progrès humain dont nous devrions nous féliciter. En prônant la décroissance économique et démographique, la gauche rejette le progrès et abandonne son humanisme. »

Agnès : Quant à l’ode final au natalisme voir les suppressions de crédit des néo-cons US aux programmes de planning familial.

Georges : Incroyable! Qu’il commence par nous dire quelle est sa religion. Un nataliste qui a le culte de la croissance, qui appelle cela humanisme et mesure l’humanisme des autres à l’aune de ce qu’il pense être lui-même.

Paul-Henri : C’est un discours de vieux, inadapté quand les conditions climatiques changent, ce n’est pas le moment de faire comme les lapins ni de continuer à produire n’importe quoi et se déplacer n’importe comment. La modernité il faut l’inventer en tenant compte de l’état du monde. Il ne faut pas compter sur ces théories là, ces modernes là sont en fait des conservateurs, il veulent que ça continue toujours pareil…

Inhumanité : juste écœurant, j’ai arrêté de lire à la troisième ligne. Parier sur l’intelligence humaine quand on voit les massacres passés et en cours, il faut avoir une bonne dose d’idéologie et d’anthropocentrisme. Le seul salut de l’homme a été le pétrole abondant, mais de la même façon que les civilisations ont péri par manque de bois, la nôtre périra par manque de pétrole ou par cuisson.

* citations issues de la tribune de Guillaume Moukala Same, porte-parole du club de réflexion « Les Affranchis – Students for Liberty » in « La gauche décroissante rejette le progrès et abandonne son humanisme » (LE MONDE économie du 12 janvier 2019)

NB : Students for Liberty est une émanation de Charles Koch, grand opposant d’Al Gore. Koch Industries est une multinationale américaine avec des filiales dans des domaines comme le génie pétrolier, le génie chimique, la finance, le courtage de matières premières, l’élevage. A quand une déclaration d’intérêt systématique des « auteurs » pour savoir qui parle…

Ras-le-bol de l’injustice fiscale et des inégalités

Hulot et Berger plaident pour un sursaut politique : « Plutôt qu’un « ras-le-bol fiscal », « nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale. La nuance est de taille, réduire certaines dépenses ne ferait pas de mal à notre pays, ainsi des 12 milliards d’euros dépensés chaque année en soutien aux énergies fossiles, alors qu’il manque tant de moyens pour isoler les 7 millions de passoires énergétiques… » Comme d’habitude, les commentateurs sur lemonde.fr* détournent le débat :

MICHEL BRUNET : Ils disent « nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale », sans préciser en quoi consiste cette « injustice » dans ce pays où la « redistribution » figure parmi la plus importante des pays de l’OCDE. Faire « payer plus » les 0,01%, 0,1%, 1%, 10%, 20% …bref les plus « aisés » de ce pays alors dites le franchement que les choses soient claires.

le sceptique : Il paraît nécessaire que les gilets jaunes partagent les maisons, voitures et billets d’avion de Nicolas Hulot. Il en a beaucoup trop à lui tout seul pour un homme politique aussi généreux et aussi écolo.

Basco : On aimerait savoir si on compte les allocations diverses que reçoivent les plus pauvres. Je me souviens d’une allocataire des minima sociaux qui ne voulait pas travailler m’expliquant, un peu désolée, qu’elle n’aurait qu’un petit salaire avec des contraintes mais perdrait plein d’avantages genre centre aéré gratuit ou presque ou cartes de bus gratuites etc… je la comprenais. Mais quelle conclusion ?

Analyse de Biosphere : Nos principes de base sur l’égalisation des conditions reposent sur trois points :

La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. Il n’a aucun droit absolu sur « son » entreprise », « son » capital, « sa » maison, « son » salaire, etc. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise (pour le paiement des salaires ou le bénéfice)….

A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre, ils ont les mêmes besoins matériels. Alors pourquoi alors à travail égal un revenu différencié ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail, on gagnerait la même chose qu’on soit dirigeant ou dirigés. Pratiquons la simplicité volontaire, exigeons des cadres et des patrons de faire de même.

Le même enseignement pour tous. Les injustices, les fausses valeurs, viennent le plus souvent de l’ignorance de la masse. C’est par l’éducation permanente et égalitaire qu’on arrivera à éliminer disparités et résistances aux réformes nécessaires.

Rappelons l’essentiel de notre article « Salaire élevé d’un patron, n’acceptons pas l’injustifiable » : Salaire de base, bonus annuel, exceptionnel ou pluriannuel, stock-options, actions gratuites et actions fantômes, prime d’arrivée ou de présence, indemnités de départ, avantages en nature, sans oublier les fameuses retraites chapeaux… A décortiquer les « packages de rémunération » des dirigeants des grandes entreprises, on ne peut qu’avoir envie de dégueuler. L’inégalité des revenus permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. Qu’est-ce qui justifie cet état de fait ? Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces, artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose. L’autre aspect est le chiffre d’affaires de l’entreprise, c’est-à-dire l’apport d’argent par les consommateurs. Plutôt que de rémunérer le seul patrons sur les bénéfices, on peut aussi bien distribuer l’argent à l’ensemble du personnel ou, mieux, redonner l’argent en trop aux consommateurs en diminuant les prix de vente. D’ailleurs les montants versés aux dirigeants dépendent moins de leur « performance » individuelle que de la taille de l’entreprise. Plus l’entreprise est grande, plus sa valeur ajoutée permet les fortes rémunérations d’une seule personne… avec la bienveillance d’un conseil d’administration inféodé à ce patron. Admettons qu’un patron travaille 15 heures par jour sept jours sur sept en rêvant la nuit à son entreprise. Même dans ce cas il ne devrait être payé que trois fois la somme donné au travailleur de base de son entreprise, il ne turbine pas du chapeau plus de 100 heures par semaine ! En savoir plus grâce à notre blog :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/06/supprimons-les-inegalites-de-salaires/
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/07/supprimons-les-inegalites-de-salaires-suite/
Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil, 2007)

* LE MONDE du 14-15 avril 2019, Social et écologie : Hulot et Berger plaident pour un « sursaut politique »

L’école du « développement durable » contre le CLIMAT

Le ministère a écouté les jeunes engagés pour le climat, il a déjà sa réponse, « Développement durable »*. Veut-on nous faire croire que la croissance économique va résoudre les problèmes écologiques alors qu’elle en est la cause ?

– Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer : « On veut se donner les moyens d’un engrenage de l’ensemble de la société française sur le développement durable à partir de l’école. »

– Le secrétaire d’État de Blanquer, Gabriel Attal : « Le SNU (service national universel) contribuera à répondre aux attentes de la jeunesse, car des modules liés au développement durable y seront intégrés. »

– Ange Ansour, initiatrice du collectif Les Enseignants pour la planète : « L’école doit être encore plus ambitieuse : elle doit apprendre les fondements scientifiques du développement durable. »

L’article du MONDE : la plupart des propositions formulées par les lycéens existent déjà dans les 4 500 établissements labellisés « en démarche de développement durable » que M. Blanquer assure vouloir généraliser aux 75 000 écoles, collèges et lycées de France.

« Développement durable », c’est ce qu’on appelle un élément de langage », les politiques répètent ce qu’on leur dit de répéter et vont noyer le réchauffement climatique dans l’oxymore. Or on sait depuis longtemps que le terme « développement durable » n’est plus employé par les gens sérieux. Précisons. Dès 1980, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) proposait comme définition du développement durable « un développement qui tient compte de l’environnement, de l’économie et du social ». Le rapport Brundtland de 1987, document préalable au sommet de la Terre de Rio (1992) énonçait que « le développement durable est un développement qui permet de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Mais ces définitions pêchent grandement car elles s’appuient sur un concept de développement qui lui-même n’est pas défini, si ce n’est implicitement par le concept de croissance économique ! De toute façon on sait déjà de source sûre que les générations à venir n’auront plus plus de ressources fossiles à disposition tout en souffrant du réchauffement climatique, de la surpopulation, du stress hydrique, etc. L’avenir de nos jeunes est irrémédiablement compromis par le niveau actuel de surconsommation. C’est pourquoi le vieux terme DD a été occulté par d’autres termes aussi pervers. Le mot fourre-tout « transition écologique » a remplacé au niveau officiel l’imbécillité de l’expression « croissance verte », qui se substituait à l’oxymore « développement durable ». Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires.

L’inflation d’oxymores aujourd’hui tels que « voiture propre », « fonds de placements éthiques », « entreprises citoyenne », « croissance verte », « durable » ou « écologique », « guerre propre » etc., est symptomatique d’une forme de totalitarisme mou. On trouve aussi « agriculture raisonnée », « marché civilisationnel », « financiarisation durable », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « vidéoprotection », etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de l’impasse dans laquelle nous sommes rentrés à toute allure. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge associe deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore ; il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée.

Plus la tension socio-écologique va s’accroître, plus les usines de communication s’alimenteront aux ressources des sciences humaines et produiront des oxymores raffinés. Transformés en injonction contradictoire par des idéologues, ils deviennent déjà un poison social. Car plus on produira d’oxymores, plus les gens soumis à cette sorte de double pensée (double bind) permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeront. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë »**.

* LE MONDE du 7-8 avril 2019, La timide réponse du ministère de l’éducation nationale au mouvement des jeunes pour le climat

** in « La politique de l’oxymore » de Bertrand Méheust

Désastre en 2050, neutralité carbone impossible

Le réchauffement climatique sera insupportable du fait de l’inertie politique. Le Conseil européen n’a pas adopté l’objectif de zéro émissions nettes en 2050 comme l’y invitaient la Commission et le Parlement. La Pologne et la Tchèquie serait contre l’objectif de neutralité carbone,  l’Allemagne aurait jugé que de délai de 2050 était trop contraignant. Les politiques font écho aux revendications du toujours plus des « Gilets jaunes » qui sont incompatibles avec un scénario de « zéro émission nette » de gaz à effet de serre ! Cela impliquerait un changement important des modes de consommation : insupportable !!

De son côté LE MONDE* présente une version idyllique de notre vécu en 2050 avec neutralité carbone : Maison à énergie positive avec isolation et cellules photovoltaïques, voiture hybride rechargeable en autopartage, vacances en Chine pendant les congés payés, centre-ville rapidement accessible, logement social entièrement réhabilité, entretien d’un potager avec composteur, livraison des courses par camionnette électrique et navette intercommunale fonctionnant au biogaz. C’est le scénario de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour décrire les modes de vie des Français à l’horizon 2050. Les commentaires fusent sur lemonde.fr :

Pierre : On compte donc sur « une forme de consensus des citoyens, appelés à modifier volontairement certains de leurs comportements, par exemple dans leur façon de se nourrir ou de voyager ». C’est mort !

dissonance cognitive ? On peut lire également ce jour dans les colonnes du Monde, rubrique économie, un article intitulé « Pourquoi la planète consomme de plus en plus de gaz ». On y apprend entre autres choses, qu’en 2018 selon l’AIE, la demande mondiale d’énergie a crû de 2,3% et ensuite, je cite, que « le développement des renouvelables ne couvre même pas la moitié de la croissance de la demande pour l’année 2018. » Comment accorder un tant soit peu de crédibilité au « scenario » développé ici ?

Philippe Laglue : Et sans charbon, comment faire de la sidérurgie pour fabriquer les éoliennes, comment réduire la silice en silicium pour faire des panneaux solaires ? Sans pétrole comment faire les matériaux composites pour les véhicules, la chimie pour les innombrables biens de consommation et industriels ? En bref à quoi ressemble l’ECONOMIE en 2050, car c’est cela la clé pour comprendre à quoi ressemblera la vie ? Mystère !

Arthur : Vous avez oublié de dire que tous sont vegans! Le soir on reste chez soi car aller à une fête cela pollue, et on consomme… plus de PC, télé ou radio, cela consomme… plus de resto, trop de gâchis… on va enfin vivre bien, mais on va se faire ch…

Eljulio : Au risque de faire le rabat joie comment financer cette transition alors que l’économie mondiale est au bord d’une récession dont elle ne se relèvera sans doute pas ? (pour cause de plafonnement de la production d’hydrocarbure d’ailleurs…) Quid des conséquences géopolitiques d’une telle récession (populisme, guerre commerciale, guerre tout court). Le potager c’est vital, mais quid des plus de 50% d’urbains sur cette planète ? Quid des pauvres du MO, d’Asie et d’Afrique (migrations massives)

Pierre A : « Léa, 30 ans, vit seule avec sa fille en périphérie urbaine, dans un quartier autrefois difficile »… Parce que même les relations sociales sont apaisées! Pas de pollution, pas de tension, c’est magnifique! Quand j’étais enfant, il y avait nounours et « bonne nuit les petits », maintenant il y a les « docu-fictions » du Monde et de l’Ademe.

Brutus : Il est totalement irresponsable de prôner un modèle de développement qui fait la part belle aux agrocarburants. Nice try, mais il faut revoir votre utopie !

Victor M : Les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas le seul levier de lutte contre le réchauffement climatique, elles sont même une conséquence de nos pratiques polluantes. Il ne faut pas oublier la pollution des sols, des océans… D’autant plus qu’on a délocalisé nos industries polluantes. 2050, en l’état actuel, c’est un peu utopiste, surtout avec des politiques qui recherchent davantage l’intérêt économique de ceux qui les financent.

Jean-Patrick : Ce n’est rien d’autre qu’un communisme écologique avec toute la coercition que suppose ce type d’idéologie. Comme je l’ai écrit dans un article au début des GJ, l’écologie est en passe de devenir le totalitarisme du XXIème siècle. Nous avons connu la pureté de la race (nazisme), la pureté de la société (communisme) nous créerons un homme nouveau dans une planète nouvelle autour de la pureté de l’environnement. A moins, de décréter à l’image de Staline l’écologie dans un seul pays.

Dance Fly @ Jean-Patrick : Il nous vous aura pas fallu longtemps pour atteindre le point Godwin. Félicitations. Ne vous inquiétez pas: il n’y aura pas de dictature de l’écologie, personne ne vous obligera à manger votre steak au tofu bio quotidien (même si ça ferait pas de mal à certains). Tout cela va se passer en douceur: la transition a déjà commencé et elle va se poursuivre tranquillement sur 20 ou 30 ans (et vous n’êtes pas obligé de suivre).

Mdi : Un monde pour ultra-riches en somme. Et les pauvres ils deviennent quoi ?

Chris @ Mdi : Ils pédalent pour fournir aux riches de l’énergie bio et pas chère !

* LE MONDE du 27 mars 2019, A quoi ressemblerait la vie en 2050 dans une France neutre en carbone

Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie

22 mars, Journée mondiale sur l’eau. Voici trois approches qui montrent que l’inquiétude déborde.

Un futur sans eau potable, très probable. Au fil des décennies, on a fini par oublier à quel point disposer chez soi d’eau potable rien qu’en tournant un robinet était un luxe, et on pense aujourd’hui que ça va de soi . Mais passons deux jours sans eau au robinet, et on se rend compte de la galère ! En période de descente énergétique (il faut de l’énergie pour amener l’eau au robinet après l’avoir dépolluée), l’eau deviendra en France un bien rare. Mais dans d’autres pays, la majorité des gens vivent déjà des temps de stress hydrique, d’épuisement des nappes phréatiques, de pollutions diverses de l’eau, etc. Urbanisation, surpopulation, sur-pollutions, agriculture intensive, la problématique de l’eau révèle l’impuissance du complexe thermo-industriel à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.

Explosion démographique et problématique de l’eau. Les défaillances subies par des régions de plus en plus étendues en ce qui concerne l’alimentation en eau et la production agricole sont aussi dues à l’explosion démographique de ce vingtième siècle : une terre donnée peut supporter un nombre d’humains maximum au-delà duquel il ne sera plus possible d’augmenter la production agricole. Dans les régions les plus arides, la quantité d’eau potable disponible par tête tombera au-dessous du minimum vital indispensable au maintien de la vie. Ceci est un fait largement démontré et reconnu, notamment par les organismes des Nations Unies comme l’OMS ou le PNUD. Contrairement à ce qui se dit couramment, le problème de l’eau, notamment en Afrique sèche, ce n’est pas seulement un problème technique et financier, mais c’est avant tout un problème démographique presque insoluble sans une volonté forte des pays concernés.

Plus de 800 millions d’humains privés d’eau potable (LE MONDE du 21 mars 2019). Toujours plus d’humains (7,7 milliards), qui consomment toujours plus d’eau, tel pourrait être le résumé du rapport 2019 des Nations unies (ONU). Le stress hydrique s’accentue : la pollution est généralisée en surface et dans les nappes souterraines, dont certaines ne se rechargent plus, aggravant le sort d’une large partie de l’humanité. 844 millions de personnes ne disposent pas de la moindre « source améliorée » – c’est-à-dire, selon la définition officielle, d’un point de prélèvement protégé des animaux, situé à trente minutes au maximum de chez eux, aller-retour et attente compris. Plus l’eau est rare, plus son coût est exorbitant. La dysenterie et le choléra dus au manque d’eau et d’assainissement causent 780 000 décès par an, bien plus que les conflits, séismes et épidémies. Le passage en revue des « sans-eau » s’apparente inévitablement à une radiographie des effarantes inégalités sociales et régionales. Le changement climatique aggrave la situation, les désordres politiques accentuent la pénurie. A la fin de l’année 2017, 68,5 millions de personnes ont été déplacées de force de leur domicile en conséquence de conflits, de persécutions ou de violations des droits de l’homme. S’y ajoutent chaque année en moyenne 25,3 millions de gens chassés de chez eux par les catastrophes climatiques. Pourtant l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît l’eau potable comme un droit de l’homme fondamental depuis 2010, et l’assainissement depuis 2015 !

Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie

22 mars, Journée mondiale sur l’eau. Voici trois approches qui montrent que l’inquiétude déborde.

Un futur sans eau potable, très probable. Au fil des décennies, on a fini par oublier à quel point disposer chez soi d’eau potable rien qu’en tournant un robinet était un luxe, et on pense aujourd’hui que ça va de soi . Mais passons deux jours sans eau au robinet, et on se rend compte de la galère ! En période de descente énergétique (il faut de l’énergie pour amener l’eau au robinet après l’avoir dépolluée), l’eau deviendra en France un bien rare. Mais dans d’autres pays, la majorité des gens vivent déjà des temps de stress hydrique, d’épuisement des nappes phréatiques, de pollutions diverses de l’eau, etc. Urbanisation, surpopulation, sur-pollutions, agriculture intensive, la problématique de l’eau révèle l’impuissance du complexe thermo-industriel à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.

Explosion démographique et problématique de l’eau. Les défaillances subies par des régions de plus en plus étendues en ce qui concerne l’alimentation en eau et la production agricole sont aussi dues à l’explosion démographique de ce vingtième siècle : une terre donnée peut supporter un nombre d’humains maximum au-delà duquel il ne sera plus possible d’augmenter la production agricole. Dans les régions les plus arides, la quantité d’eau potable disponible par tête tombera au-dessous du minimum vital indispensable au maintien de la vie. Ceci est un fait largement démontré et reconnu, notamment par les organismes des Nations Unies comme l’OMS ou le PNUD. Contrairement à ce qui se dit couramment, le problème de l’eau, notamment en Afrique sèche, ce n’est pas seulement un problème technique et financier, mais c’est avant tout un problème démographique presque insoluble sans une volonté forte des pays concernés.

Plus de 800 millions d’humains privés d’eau potable (LE MONDE du 21 mars 2019). Toujours plus d’humains (7,7 milliards), qui consomment toujours plus d’eau, tel pourrait être le résumé du rapport 2019 des Nations unies (ONU). Le stress hydrique s’accentue : la pollution est généralisée en surface et dans les nappes souterraines, dont certaines ne se rechargent plus, aggravant le sort d’une large partie de l’humanité. 844 millions de personnes ne disposent pas de la moindre « source améliorée » – c’est-à-dire, selon la définition officielle, d’un point de prélèvement protégé des animaux, situé à trente minutes au maximum de chez eux, aller-retour et attente compris. Plus l’eau est rare, plus son coût est exorbitant. La dysenterie et le choléra dus au manque d’eau et d’assainissement causent 780 000 décès par an, bien plus que les conflits, séismes et épidémies. Le passage en revue des « sans-eau » s’apparente inévitablement à une radiographie des effarantes inégalités sociales et régionales. Le changement climatique aggrave la situation, les désordres politiques accentuent la pénurie. A la fin de l’année 2017, 68,5 millions de personnes ont été déplacées de force de leur domicile en conséquence de conflits, de persécutions ou de violations des droits de l’homme. S’y ajoutent chaque année en moyenne 25,3 millions de gens chassés de chez eux par les catastrophes climatiques. Pourtant l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît l’eau potable comme un droit de l’homme fondamental depuis 2010, et l’assainissement depuis 2015 !

« Ne plus se mentir » de Jean-Marc Gancille

Ce livre constitue un petit exercice de lucidité par temps d’effondrement écologique. Les phrases percutent : « Nicolas Hulot en quittant le gouvernement a décidé de ne plus se mentir, mais l’humanité continue, elle, à se raconter des histoires… Comme par magie, l’achat d’un véhicule électrique est devenu vertueux… Nous sommes enfermés dans des modes de vie insoutenables, conditionnés par les normes sociales, les politiques publiques, les infrastructures, les technologies, le marché, la culture… Chercher des manières plus vertes de maintenir le statut quo d’une société marchande qui nous impose de vivre dans le mythe d’une croissance infinie n’est pas une solution… Sans rire, qui aujourd’hui peut affirmer qu’il connaît ou travaille dans une entreprise dont le modèle est, au mieux, neutre pour l’environnement ? Personne… Une majorité de la population vit aujourd’hui de ce qui détruit l’environnement, nuit à sa santé et hypothèque l’avenir de sa descendance… On n’est pas prêt de réconcilier la fin du monde et la fin du mois… Comment croire ne serait-ce qu’un instant qu’on puisse diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre (ce que recommandent a minima les scientifiques pour éviter les catastrophes) tout en courant obstinément après des points de croissance (ce à quoi s’acharnent à peu près tous les gouvernants de la planète)…Le tragique paradoxe du solutionnisme technologique ambiant est qu’il contribue finalement à renforcer le modèle économique mortifère et l’hyper-industrialisation qu’il devrait dénoncer… Rien n’arrête le progrès, dit-on. Même lorsqu’il devient suicidaire… Et pendant ce temps-là, l’habitabilité de la Terre se dégrade, le vivant s’effondre, le mur s’avance… L’effondrement global à court terme de notre société industrielle est devenu plus que plausible. Inévitable… »

Jean-Marc Gancille témoigne de son inquiétude profonde que nous nous devons de partager, tous les indicateurs sont au rouge. Nous savons qu’il faudrait sanctuariser les derniers espaces sauvages, stopper l’agriculture industrielle, laisser sous terre les trois quarts des réserves fossiles économiquement exploitables. Nous savons intimement qu’il est désormais obligatoire que nous nous fixions des limites. Maximales, radicales, drastiques. Pour ne pas y penser, nous faisons preuve de dissonance cognitive, d’une pensée clairvoyante mais d’un comportement qui va dans le mauvais sens. Les décision des gouvernements, des entreprises et des ménages convergent au bout du compte pour que tout continue comme avant. On ne peut plus croire qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer une société bloquée dans son croissancisme. Nos indignations virtuelles, nos marches festives, nos contestations symboliques et même nos alternatives locales isolées sont bien peu de choses face à la montée inexorable du carbo-fascisme global incarné par Trump, Dutertre, Bolsonaro, Poutine et tant d’autres à venir. On ne peut pas compter sur des gouvernements qui donnent blanc-seing à de grands projets climatocides, qui sont hostiles à une fiscalité écologique… Même les ONG environnementalistes baissent leur niveau d’exigence, ce qui entame leur crédibilité.

Alors que faire quand aucune conversion généralisée de nos modes de vie, aucun nouveau récit porteur, aucune innovation technologique ne pourra contrarier les lois immuables de la biophysique dans le bref temps qu’il nous reste ? Qui peut raisonnablement croire en une dictature éclairée et bienveillante exercée au nom de l’intérêt général face à un avenir menaçant ? Face à l’inéluctabilité de la catastrophe, Jean-Marc Gancille envisage une impitoyable sélection naturelle qui laissera des milliards d’humains et de non-humains sur le carreau. Mais il voudrait aussi que soit aussi inéluctable une véritable « guerre civique », sabotages, hacking, libérations animale, destructions matérielles, genre « Deep Green Resistance ». Un livre à lire en retenant son souffle, 98 pages écrites en petits caractères pour 10 euros.

NB : pour savoir ce que signifie l’effondrement de notre système, lire notre article précédent, sur la « Fermeture des centrales à charbon » : Le Venezuela actuel est une bonne illustration de ce qui va se passe si on ne fait pas de rupture écologique. Expression « transition écologique » est un leurre, nous n’avons pas le temps d’atermoyer.

La France en 2049 sera le Nigeria de 2019

Même en France les temps sont devenus très difficiles. En 2049 il est très loin le Paris clinquant des défilés de mode, les SUV pour tous et les panneaux publicitaires partout. Le pays est complètement désorganisée, l’État est en faillite. Pendant des années les gouvernements successifs avaient privatisé nombre de services publics, maintenant plus personne n’a les moyens de payer des fonctionnaires. Le secteur informel explose, mais ne nourrit pas son monde. Les classes intermédiaires sont déclassées, les zones périurbaines se transforment en bidonvilles, les égouts sont bouchés et des montagnes d’ordures s’étendent sur des centaines de mètres. Dans certains quartiers, les conflits communautaires tuent en silence, blancs contre arabes, arabes contre noirs, l’apparence des gens est source de conflits infinis. Un prêtre a prononcé ces mots comme si c’était parole de Dieu, que l’islam incite à la guerre et à la haine, que les musulmans sont dangereux. Le djihad a commencé. On dit que les combattants de l’islam se sont infiltrés depuis plusieurs siècles dans nos communautés, sournoisement. On croit se battre pour sa foi. En réalité, ils ne savent même plus pourquoi la situation a dégénéré. Personne ne connaît les chiffres, ni ne sait dans quel camp on tue le plus. Les victimes sont enterrées dans des fosses communes.

Dans les triangles d’or de ce qui reste des métropoles, les loyers sont inaccessibles. Dans les quartiers préservés, le vrombissement de quelques rares générateurs forme un bruit de fond permanent. Mais sans eux, la lumière ne serait pas. Les coupures de courant sont récurrentes et l’accès à l’électricité reste extrêmement coûteux. Cela plombe l’économie du pays, empêche la réalisation de certaines opérations chirurgicales… même les enfants ne peuvent pas étudier le soir ! L’armée, accusée de corruption et d’inefficacité, a perdu la confiance des habitants. Les politiciens instrumentalisent les jeunes, dont la plupart sont au chômage, désœuvrés. A quelques jours des élections générales, on ne croit plus à rien : « Bien sûr, on aime entendre que les acteurs politiques vont réduire le chômage et endiguer l’inflation. Mais ce sont des promesses en l’air, comme toujours. On sait bien que, quel que soit l’élu, cela ne changera rien. » A quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote, la présidentielle a finalement été reportée.

Vous avez sans doute compris que les désordres dont il s’agit ont bien eu lieu, mais il s’agit du Nigeria en 2019. Mais l’enchevêtrement des crises climatiques, énergétiques, halieutiques, agricoles, démographiques… feront en sorte que dans le futur il y aura effondrement de la civilisation thermo-industrielle au niveau mondial. La France n’a pas été épargné et comme les autres nations nous connaîtrons le sort du Nigera* si on n’y prend garde. Si la crise ultime n’a pas lieu en 2049, ce sera un peu plus tôt ou un peu plus tard ! Les Trente Glorieuses (1945-1974) s’étaient transformés en Trente Piteuses (1974-2008), elles sont devenues la Grande Catastrophe. Le choc pétrolier aura lieu aux environs de 2027. Le prix du baril montera à 200 dollars, ne s’arrêtera pas, il pourra quintupler dans l’année. L’évidence est devenue réalité, le pétrole ne coule plus à flot. Fini définitivement les 100 millions de barils consommés chaque jour en 2018 au niveau mondial. La croissance du PIB ne résultait que de la manne noire, on appelle désormais le pétrole la merde du diable. Et les températures sont devenus étouffantes, mortelles en certains endroits, sans eau potable à portée de la bouche. Malheur à tous ceux qui aujourd’hui veulent ringardiser les lanceurs d’alerte, les décroissants, l’écologie scientifique et politique.

* LE MONDE du 13 février 2019, Nigeria : à Lagos, « c’est un crime d’être pauvre ! »

* LE MONDE du 16 février 2019, Au Nigeria, « les start-up qui marchent sont celles qui remplissent le vide laissé par l’État »

Européennes : un appel individuel pour l’union sacrée

L’idée de catastrophe/effondrement fait son chemin, même chez les acteurs. Ainsi Philippe Torreton : « La tragédie humaine a commencé et promet d’être terrible. Les animaux disparaissent, les contrées sauvages rétrécissent, les glaces fondent de plus en plus vite, les eaux montent, les records de chaleur s’accumulent, les matières premières se raréfient, les peuples se crispent et les populismes prolifèrent. Le migrant, ce bouc émissaire, va payer le prix fort. L’idée commencera à germer qu’une partie de la population mondiale doit disparaître, en laissant faire les famines, les agents infectieux ou même par les armes si cela ne suffit pas, et l’on expliquera que « c’était eux ou nous ». Les plus pauvres disparaîtront en premier, les riches leur survivront quelque temps dans des bunkers dorés. Alors que deviennent nos habituelles luttes politiques dans ce compte à rebours ? Aujourd’hui, face à l’urgence de changer nos modes de vie, il serait logique de rassembler toutes les forces vives du pays pour se lancer dans la mère de toutes les batailles : la sauvegarde de l’habitabilité de la planète. Il nous faut une seule liste aux européennes… » Voici quelques commentaires sur le monde.fr :

DIDIER SEYLER : Les femmes et les hommes capables de chercher le bien public se comptent sur les doigts d’une main. Alors imaginer que ceux qui détiennent tout autour de la planète le vrai pouvoir et qui sont ceux qui nous conduisent dans le mur de plus en plus vite, puissent spontanément et tous en cœur, renoncer au pouvoir pour tenter d’arrêter la catastrophe qui s’annonce est une perte de temps !

MICHEL SOURROUILLE : « famines, agents infectieux ou même les armes », Torreton c’est du Malthus tout craché, sauf que Philippe ne parle pas du choc démographique, la mère de tous nos maux ! Notre choix personnel de fécondité est un facteur déterminant des désastres en cours, un multiplicateur de toutes les menaces. Mais même les colibris de Pierre Rabhi n’en ont pas conscience. Alors, les politiques, faut pas compter sur eux, il n’y aura pas d’union sacrée avant l’arrivée des grands massacres…

Pessicart : M. Torreton, vous devez simplement vous habituer à vivre dans un monde où tout ce que vous listez va disparaître. J’étais au Qatar pendant 3 jours, ils ont le plus grand projet planétaire d’exploitation de gaz, ils vivent déjà avec plus de 40 degrés à l’extérieur 6 mois par an, ils n’ont plus de poissons dans la mer, plus d’animaux sauvages sur terre. A ce jour ici ou ailleurs aucune action n’est enclenchée pour changer les choses et les cris d’alarme n’y changeront rien.

Ifig : Il est impossible de baisser le niveau de vie, en démocratie mais aussi en dictature. Les utopies rousseauistes ne sont que des utopies. La crise climatique se résoudra par des solutions technologiques. Les discours catastrophistes comme celui ci n’aident pas à mobiliser vers les solutions.

bad cop : Discours eschatologique formidable, nous avons honte, nous nous flagellons pauvres humains pauvres français que nous sommes qui n’avons pas compris que nous sommes condamnés par notre consumérisme aveugle à nous entre-tuer pour le moindre brin d’herbe ou la moindre molécule non synthétique d’oxygène. Ouf ! Je n’aime pas beaucoup Torreton chroniqueur, son faux nez et son lyrisme… le problème c’est qu’il a raison !

Arpagon : Je suis d’accord, il y a urgence à limiter les émissions de CO2. Taxer les combustibles qui les génèrent serait un bon point de départ. Pas besoin d’union nationale pour cela: un gouvernement ayant une majorité claire et conscience des enjeux peut le faire s’il est courageux. M. Torreton je compte sur vous pour aider à convaincre les gilets jaunes que c’est une nécessité pour l’avenir de leurs enfants.

Pm42 : On est dans un pays où la population veut rouler vite, ne pas payer son essence trop chère et avoir plus de pouvoir d’achat. Et où personne ne vote écolo. Les hommes politiques ont bon dos… En démocratie, le peuple est souverain mais apparemment absolument pas responsable des conséquences de son vote. Amusant.

le sceptique : Soit le corps électoral partage les idées de cet acteur, et il donnera tout seul une large majorité à la liste EELV qui portera ce discours ; soit le corps électoral ne partage pas les idées de cet acteur, et rêver d’une liste unique exprime sa difficulté à vivre en démocratie, avec des gens n’ayant pas la même sensibilité ou les mêmes priorités.

* LE MONDE du 22 février 2019, Philippe Torreton : « Le combat pour enrayer le réchauffement climatique conditionne tous les autres »

James Howard Kunstler, vivre la fin du pétrole

James Howard Kunstler en 2005*

– Il n’est pas inutile de répéter que la banlieue généralisée est le plus gigantesque dévoiement des ressources de l’histoire humaine. La banlieue va perdre sa valeur de façon catastrophique.

– Les gens qui ont fait des mauvais choix en investissant l’essentiel de leurs économies dans de coûteuses maisons de banlieue vont avoir de sérieux ennuis.

– Tous les conforts, luxes et miracles de notre temps doivent leur origine ou leur existence durable aux carburants fossiles. Or nous sommes confrontés à la fin de l’ère de l’énergie fossile bon marché.

– La radio, le téléphone et le cinéma que nous connaissons ne sont que des fantaisies fugitives qui disparaîtront un jour…

– Même nos centrales nucléaires dépendent en fin de compte du pétrole pour tous les processus de construction, entretien, extraction et transformation des combustibles nucléaires. Les sources d’énergie renouvelables ne sont pas compatibles avec des systèmes éminemment complexes à des échelles gigantesques.

– Croire que l’économie de marché fournira automatiquement un substitut aux combustibles fossiles est une forme de pensée magique. La plupart des gens ne peuvent tout simplement pas considérer la possibilité que la civilisation industrielle ne sera pas sauvée par l’innovation technologique.

– La plupart des Américains imaginent que le pétrole est surabondant, voire inépuisable et que de nouvelles technologies de forage accompliront de prodigieux miracles. La réflexion s’arrête là.

– La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie.

– Dans l’ensemble, j’imagine le futur proche comme une période de contraction généralisée et chronique. La dimension de toutes les entreprises humaines se contractera en même temps que l’énergie disponible. J’appelle cette évolution la « réduction » de l’Amérique : on pourrait la qualifier de retour à de justes proportions.

James Howard Kunstler en 2019**

– Dans la banlieue américaine, les jeunes sont totalement dépendants du chauffeur familial qui doit passer des heures chaque jour dans sa grosse voiture à faire la navette pour les amener à leurs activités sportives et culturelles hautement organisées. Il y a une profonde déconnexion de la réalité.

– La banlieue n’a pas d’avenir car elle a été conçue sur l’espoir d’un pétrole bon marché qui coulerait sans fin. Elle n’a donc pas d’avenir sauf sous forme de taudis, de lieu de récupérations des matériaux et de ruines.

– La plupart des programmes sociaux risquent d’apparaître comme un luxe dans une économie en plein déclin.

– Les merveilles technologiques de notre époque peuvent être vues comme une sorte de « magie », et elles ont favorisé des croyances très répandues comme le moteur à eau. Cela représente un grand danger, on croit qu’il est possible d’obtenir quelque chose contre rien.

– Le techno-narcissisme, c’est une croyance démesurée dans notre capacité à susciter toujours plus de magie. Au cœur de cette croyance, il y a l’idée erronée selon laquelle énergie et technologie sont interchangeables : si vous manquez d’énergie, comptez sur l’innovation technologique pour tout résoudre.

– Je doute que le système nucléaire puisse fonctionner sans l’infrastructure des combustibles fossiles qui permet son exploitation.

– Aux États-Unis, l’industrie du pétrole de schiste a été un magnifique tour de passe-passe technologique, rendu possible par des taux d’intérêt extrêmement bas. Elle ne va plus durer bien longtemps, personne n’y gagne assez d’argent.

– Si les classes pesantes sont incapables de mettre des mots sur la réalité à laquelle nous sommes confrontés, alors il y a de fortes chances pour que le grand public reste dans la confusion, la colère et le ressentiment. D’où l’élection de M Trump et sa promesse simple mais vide de « rendre sa grandeur à l’Amérique ».

– Nous devons absolument redéfinir le projet de civilisation à une moindre échelle en termes de puissance. La nature le fera pour nous dans tous les cas. Je parle parfois en plaisantant du « Moyen Age qui vient ». Mais je ne plaisante qu’à moitié !

* dans son livre La fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle)

** mensuel La décroissance de février 2019, « la faillite de la banlieue totale » page 3 et 4 (extraits)

Effondriste, bien plus parlant que collapsologue » !

« De nombreux théoriciens « collapsologues» étudient depuis plusieurs années l’effondrement possible de notre civilisation thermo-industrielle. Les « effondristes » établissent une interconnexion de toutes les crises : écologique, financière, sociale, politique, culturelle, qui risquent d’intervenir en cascade. Pour sonder ce discours d’un effondrement généralisé, Le Monde a lancé un appel à témoignages, qui a suscité un engouement rare – près trois cents récits sont arrivés en quelques heures. La prise de conscience a eu lieu en même temps que se multipliaient les documentaires, émissions, articles et podcasts sur le sujet. Pour ces « effondristes », la collapsologie a réveillé la question de leur place dans la société actuelle : « Nous, les cadres, exerçant des métiers intellos, on réalise notre haut niveau d’inutilité dans le monde qui nous attend demain… un monde où le lien à la terre et à la débrouillardise seront valorisés ». Vanessa, en découvrant la collapsologie, a d’abord pensé qu’elle n’aurait « pas dû faire d’enfants ». Mais pour les effondristes, la « seconde étape » est bien là : dépasser l’abattement pour passer à l’action… »*

Pour de plus ample développements, lire notre Biosphere-Info (1er décembre 2018) consacré à la télématique « catastrophe / effondrement /apocalypse » et qui annonce la fin d’un monde (celui de la civilisation thermo-industrielle). Sur les actions à mener, les commentateurs prennent la plume sur lemonde.fr et, bien sûr, ça va dans tous les sens :

PM : Larzac revival … no comment… le retour au moyen âge !

innocent : OK le monde va s’écrouler. C’est pas un scoop puisque le rapport du club de Rome a bientôt 50 ans. Les causes sont multiples, concordantes et le processus semble inéluctable. reste que les témoignages des collapsologues semblent d’une grande naïveté qui leur fait croire qu’en allant essayer de vivre à a campagne en autonomie, ils vont échapper à la catastrophe. Et d’un énorme égoïsme élargi à aux proches qu’ils emportent dans leurs bagages !

GiBi :Ces gens n’apportent en aucune façon de solutions aux « problèmes » qu’ils soulèvent. Ils pensent simplement avoir trouvé une réponse toute personnelle à un problème collectif. Si « la société industrielle s’effondre », les désastres économiques et sociaux seront tels qu’ils ne pourront espérer vivre en autarcie quelque part.

Tom @ GiBi : Et donc du coup vous consommez comme un dingue en restant dans votre fauteuil en attendant que ça passe ? Ils ont pas la solution mais au moins réfléchissent un peu à comment essayer de faire mieux avec moins. Rien que ça c’est pertinent.

Mingasson Nicolas : Je me trompe, ou les témoins interrogés pour cet article avaient plus ou moins tous des jobs qui contribuent à faire aller nos sociétés dans le mur ?

FromUSA @ Mingasson : oui, et le fait qu’ils les aient quittes est déjà un progrès en soi.

Jacofee : Le monde change. N’importe quel moine bouddhiste vous expliquerait que l’impermanence est consubstantielle à notre univers. Prédire la fin est donc être assuré d’avoir raison. Il n’y a pas meilleur signe de pluie que le beau temps.

Fiouck @Jacofee : C’est une possible lecture, elle en vaut d’autres. Néanmoins, ce qu’on voit au loin ressemble fichtrement à un mur. Reste à savoir s’il est très très haut et très très épais et si on arrivera à l’éviter ou à le défoncer. Ce qui est sûr c’est que l’humanité toute entière est assez curieuse en général pour aller le vérifier de près.

ROBERT LAMBEAUX : Bien qu’intello, je me réjouis de mes années de scoutisme et de randos, qui m’ont appris à me débrouiller et à me contenter de peu. Mais, il y a du boulot : après la manifestation « pour le climat » à Bruxelles (15000 marcheurs), les jeunes se sont précipités dans les restos de hamburgers…

rv : je ne sais pas si la société va s’effondrer. seulement, ce que je sais, c’est que la croissance infinie n’est pas possible. Or toute notre économie repose sur la nécessité de croissance mais cette croissance actuellement n’est plus capable de nous rendre plus heureux. d’où les différentes crises actuelles. est-ce que nous avons besoin de surconsommer ? Est-ce qu’une télévision dernier cri va t-il me rendre plus heureux que la génération de mes parents ?

* LE MONDE du 6 janvier 2019, Du « coup de massue » à la « renaissance », comment les collapsologues se préparent à « la fin de notre monde » 

La malédiction de la croissance chinoise

La croissance économique a été une malédiction pour la planète et tous ses habitants, humains et non humains… On ne va donc pas pleurer quand la progression du PIB en Chine a été en 2018 encore de 6,6 % (doublement tous les 10 ans), juste en dessous des 10 % (doublement en 7 ans) qu’on croyait devenir la norme chinoise. De tels taux de croissance ne peuvent exister qu’au détriment de tous les indicateurs socio-écologiques en Chine. Quand on est obligé de porter un masque en ville, quand la pollution des sols devient généralisée, quand les centrales au charbon recrachent leur venin, on ne peut pas être optimiste. Pourtant le journaliste du MONDE* s’inquiète : « Baisse des achats de voitures neuves en 2018, une première depuis vingt ans, mauvaises ventes d’Apple en Chine… » Puis Frédéric Lemaître liste les solutions qui ont abouti en Occident à l’endettement généralisé : « relance de la consommation des ménages pour soutenir la croissance, baisse les impôts sur le revenu pour relancer la consommation, investissement public en hausse, autorisation d’emprunt pour les provinces chinoises… » Les Chinois sont malheureusement très fiers de pouvoir imiter le modèle illusoire basé sur l’automobile et l’emprunt. Comme si on ne savait pas que de tels types de relance keynésienne aboutissait nécessairement à la stagflation.

Rappelons cette analyse offerte par LE MONDE** : « Les taux de croissance sont en baisse depuis quarante ans… Les appels au retour d’une « croissance forte » semblent désuets et irréalistes… La prise en compte du caractère limité des ressources énergétiques et la nécessité de contenir la hausse des températures à l’échelle de la planète pourraient réduire encore un peu davantage le potentiel de croissance… Si l’on regarde du côté des enquêtes mesurant le « bonheur individuel », il apparaît que sur le long terme la croissance n’y est pas corrélée… Prospérer sans croissance, c’est d’abord un enjeu et une ambition politique… »*

Il y a eu dans le passé des idéologies de la non-croissance, de la fin des changements, du bonheur par l’immobilité. La plus illustre a été celle de la dernière dynastie impériale chinoise. « Nous avons tout en abondance et n’avons nul besoin de vos produits » avait répondu en 1793 l’empereur Qianlong à l’ambassadeur d’Angleterre qui parlait de commerce international. Il y a aujourd’hui des partisans éclairés de la décroissance qui pensent qu’il faut être un fou ou un journaliste du MONDE pour croire qu’une croissance à 7 % dans un monde fini est une bonne chose. Il y aura demain un effondrement du productivisme chinois avec la descente énergétique qui nous tombera bientôt dessus, accompagnée du réchauffement climatiques, de l’épuisement des terres rares, de la pollution des eaux, etc. Comme nous l’avons écrit sur ce blog biosphere, être journaliste, d’autant plus quand on écrit dans un journal de référence, c’est poser les limites à la croissance du PIB.

* LE MONDE du 22 janvier 2019, La croissance chinoise au plus bas depuis trente ans

** LE MONDE éco du 10 décembre 2013, Oublions les « trente glorieuses », une prospérité sans croissance est possible

La recette du régime alimentaire obligatoire

Comment nourrir 10 milliards d’individus en 2050 ? Aujourd’hui 820 millions de personnes dans le monde souffrent de sous-nutrition ; 2,4 milliards sont au contraire en situation de surconsommation ; plus de 2 milliards d’individus présentent une carence en micronutriments. Dans le même temps, la production agroalimentaire est le principal facteur de dégradation de l’environnement et de transgression des limites planétaires. En outre, plus de 30 % des stocks de poissons sont surexploités. Une volumineuse étude dévoile la recette d’un « régime de santé planétaire ». L’apport journalier préconisé est de 2 500 calories, ce qui représente une restriction par rapport à la moyenne actuelle des pays riches (3 700 calories), mais un gain par rapport à celle des pays pauvres (2 200 calories). Les experts préconisent un menu-type donnant la primauté aux légumes et aux fruits, dont chacun devrait consommer 500 grammes par jour. S’ajoutent dans l’assiette des céréales complètes fournissant plus du tiers de l’apport calorique, des produits laitiers, quelques cuillerées d’huile végétale de préférence insaturée, et très peu de sucres ajoutés. La ration journalière recommandée de viande rouge est de 14 grammes seulement – soit un steak ou hamburger hebdomadaire –, et celle de volaille et de poisson d’environ le double. Une population mondiale plus nombreuse d’un tiers en 2050 qu’aujourd’hui, exige en effet une baisse proportionnelle de la pression exercée par chaque habitant sur la nature.*

Excellent diagnostic ! Encore faut-il convaincre de s’engager dans une mutation alimentaire et agricole. Les peuples, les gouvernements et l’industrie agroalimentaire n’ont en général que faire des expertises, de la santé des autres peuples et de l’équilibre de la planète. L’échec de 24 années de parlottes sur le réchauffement climatique n’est qu’un de signes de notre indifférence par rapport au sort des générations présentes et futures.Tous les jours nous constatons l’absurdité de notre mode de vie et les tensions nationales et mondiales. Nous connaissons les solutions mais elles ne sont pas notre portée, il n’y a aucune intelligence collective. Qu’une étude nous parle du régime crétois, ce n’est qu’évidence déjà connue de beaucoup. Cela n’empêche pas souvent de considérer le vin comme une boisson de confort, le coca-cola comme obligatoire aux repas, le steak saignant de 300 grammes comme un dû et les pesticides comme un moindre mal.

Alors que faire ? Comme Gandhi n’a cessé de le répéter, « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Parfois on choisit d’être locavore et végétarien. Faire preuve d’exemplarité dans son mode de vie, sobriété énergétique et alimentaire, n’implique que sa propre décision et aucune intervention politique externe. C’est donc facile. Normalement nous n’avons pas besoin de l’État pour savoir ce que nous avons à faire. Pour agir collectivement, nous pouvons nous engager physiquement ou financièrement dans des associations environnementales. Pour agir contre la surpopulation, il y a Démographie Responsable. Pour agir contre notre surconsommation, il y a Résistance à l’Agression Publicitaire. Pour fédérer toutes les actions diverses, il y a France-Nature-Environnement. Pour faire des actions d’envergure internationale, il y a Greenpeace. Pour s’informer, il y a ce blog biosphere et le Réseau de documentation des écologistes. Nous n’oublions pas tous les mouvements issus de bonnes volontés qui luttent en France et dans le monde pour que notre planète soit enfin durablement habitable pour les humains et les non-humains… heureusement cette liste d’initiatives est très très longue. Nous ne voulons rester impuissants devant la dégradation de notre monde que si nous le voulons bien.

* LE MONDE du 18 janvier 2019, Un steak par semaine, des fruits et des protéines végétales : la recette du « régime de santé planétaire »