épuisement des ressources

état de guerre, la planète ne négocie pas

1971, message (dit de Menton) remis à U Thant, alors Secrétaire général des Nations unies, le 11 mai 1971 : « Nous savons que la Terre et tous ses habitants sont mal-en-point et que nos problèmes se multiplieront si nous négligeons de les résoudre. Nous vivons en système clos, totalement dépendants de la Terre, et pour notre vie et pour la vie des générations à venir. » Il était signé par 2 200 hommes de science de 23 pays. Il était adressé aux « trois milliards et demi d’habitants de la planète Terre ». Nous sommes 7 800 000 000 aujourd’hui, nos problèmes présents sont dix fois plus grave qu’en 1971 et les perspectives sont encore plus sombres.

2019, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre. N’en doutons pas, les politiques vont continuer à se regarder le nombril à Madrid du 2 au 13 décembre.

L’écologie scientifique nous dit depuis les années 1970 que notre futur va tendre au cauchemar dans une course à l’abîme. Quatre réactions intéressantes sur lemonde.fr qui montrent la difficulté de faire cause commune. Mais qu’on se le dise, c’est un état de guerre dans lequel la planète ne négociera jamais.

Sheg : Ce n’est pas une guerre contre la nature… mais un déni de nature. Les gros pollueurs ont oublié que nous ne sommes que des mammifères terrestres totalement dépendants d’un écosystème dont l’équilibre est fragile. Nos technologies hyper-connectées ne nous permettent pas de nous déconnecter de cet écosystème, nous restons asservis à lui. C’est un changement de civilisation dont nous avons besoin car nous ne respectons pas l’ordre des choses en privilégiant le présent sur le futur.

Untel : Sophie Marceau pourra un jour être secrétaire générale de l’ONU.

Gambetta : “Le mode de vie des Américains n’est pas négociable “ dixit Georges W Bush il y a 12 ans. En fait c’est tout le mode de vie des économies libérales, puisque basée sur la surconsommation. Un exemple tout simple de notre ineptie : les enfants de 12 ans ont-ils besoin d’avoir leur smartphone ? A quoi peut donc bien servir un SUV genre Q5 ? Quelle est l’intérêt de manger une pomme du Chili, alors que nous avons plus de 20 espèces chez nous…. mais c’est vrai, au nom de la liberté voyons. Ce concept de liberté ne résistera pas, car nous parlons de survie, et beaucoup accepteront de moins en moins de voir leurs efforts anéantis par quelques uns.

Pm42 @ Gambetta : Vous pensez que le problème ce sont les smartphones et les Q5 ? Non, c’est infiniment plus compliqué que cela mais vous êtes enfermé dans une pensée religieuse judéo-chrétienne qui croit qu’en se privant, on progresse vers le paradis. Ceci explique aussi pourquoi vous ne supportez pas la liberté, elle ne convient pas bien à votre religion qui avec le temps s’est transformée en pensée « gaucho/écolo ».

Collapsologie, foutaises ou prévision ?

La collapsologie fait vendre. Ce néologisme a le mérite d’aborder frontalement l’hypothèse d’un effondrement de notre civilisation thermo-industrielle sous l’effet conjoint du réchauffement climatique et de la surexploitation des ressources. Même le premier ministre, Edouard Philippe, en est convaincu : « Si on ne prend pas les bonnes décisions, c’est une société entière qui s’effondre littéralement, qui disparaît », déclarait-il en juillet 2018, Mais à prédire « ad nauseam » la fin du monde, ces prophètes du malheur risquent de rendre leur discours contre-productif. Considérer le désastre comme inéluctable, c’est favoriser l’« aquoibonisme » ? La sociologue Alexandra Bidet a donc exploré les motivations des Collapsonautes. De cette incursion au pays des « effondrés numériques », elle est revenue avec une certitude : loin d’exercer un effet démobilisateur ou dépolitisant, la perspective du désastre les amène à « explorer en commun les relations concrètes qui les font exister », et favorise « la radicalisation de leur rapport au réel ». Mais la politique des petits gestes n’est-elle pas dérisoire face à la crise écologique en cours ? Peut-on se contenter de dire que faire face à une catastrophe est une affaire de “cheminement intérieur” ? (Catherine Vincent, journaliste du MONDE)*

Quelques réactions sur lemonde.fr :

Michel Lepesant : La collapsologie est d’abord une critique radicale du « trop ». Alors le choix du titre du MONDE « Les collapsologues en font-ils trop ? » fait basculer le « trop » du côté de l’accusation et non plus du côté de l’accusé. Cela participe d’une politique (délibérée ?) de l’enfumage. La réaction au soi-disant « trop » de la collapsologie manifeste une promptitude qui contraste tellement avec l’inertie en faveur du « business as usual ».

Chardon Marie : Notre modèle qui consomme en 8 mois ce que la planète produit en 12. Les scientifiques nous expliquent qu’il n’y a jamais eu autant de production de CO2 qu’en 2018. Les vents sont de plus en plus violents. Les événements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, feux, inondations, cyclones…) deviennent une nouvelle norme : c’est ça le changement climatique. Il faut cesser d’écrire « réchauffement climatique », c’est un terme impropre et à la limite de l’infox. Les ponts s’effondrent, les habitations et les récoltes sont détruites, la biodiversité est en déclin. Mais le microcosme parisien se demande si c’est n’est pas tellement de l’an dernier tout ça ma chérie. Et puis c’est déprimant, allez viens, on va se faire les soldes et un resto.

DCLT : Encore un débat inutile, et pendant ce temps les aiguilles de l’horloge tournent, irrémédiablement. C’est toujours comme ça. Peu importe que les catastrophes annoncées arrivent brutalement ou graduellement, elles arrivent. Discuter si le niveau de la mer montera dangereusement d’ici la fin du siècle ou durant les suivants, il le fera. Pareil pour les pénuries alimentaires, de matières premières, elles viendront. La question est, voulons-nous freiner puis arrêter le bus lancé à pleine vitesse contre le mur. Pour l’instant nous ne faisons rien et le mur est toujours plus près.

HdA : face aux politiques et à la société en général, il faut en faire des tonnes pour être écoutés. Prenez le mouvement féministe. Quels hommes va s’y intéresser si les femmes demandent le respect et l’égalité? Celles qui font dans l’excès sont bankable, elles ont un langage stérile mais elles forcent à nous positionner sur les demandes légitimes. Une catastrophe soudaine n’arrivera pas mais en parler fait prendre conscience des dépendances et des petits gestes que nous pouvons faire pour éloigner les problèmes.

Jean-Pierre Dupuy : Les simplismes de l’écologie catastrophiste attirent l’attention générale sur des problèmes considérables, mais c’est un « flou conceptuel ». En effet annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle… Mais la passer sous silence ou en minimiser l’importance conduit au même résultat . C’est sur la ligne étroite qui sépare ces deux attitudes que je propose une posture philosophique : considérer la possibilité de cet avenir (et non sa réalité) comme certaine pour qu’il n’advienne pas. C’est « la sagesse du pire ». (ndlr : Jean-Pierre Dupuy a publié, en 2002, « Pour un catastrophisme éclairé ».)

Arthur : Il y a actuellement un déficit de communication majeur entre les aspects climatiques (les effets de la fumée), et les aspects ressources (le carburant disponible pour alimenter le « feu », feu c’est à dire l’économie, ou civilisation industrielle si vous préférez). Mais de fait les aspects ressources (ou pics de production, maximum de flux, de débit) vont nous tomber dessus avant les conséquences climatiques « majeures » ; l’AIE cache de plus en plus les aspects ressources, recherchez par exemple l’analyse de l’ASPO Allemagne sur le dernier rapport WEO de l’AIE.

Electron : Le plus grave, la fin programmée des réserves du pétrole, sans lequel notre société n’existe plus. Comment remplacer les 80% de dépendance aux énergies fossiles, si avantageuses, et qui vont disparaître, dans une humanité qui va tendre vers 10 milliards d’individus? En France on augmente de 15 centimes le prix de l’essence et on a une révolte, alors que chaque année il faudrait diminuer notre consommation de 5%.

* LE MONDE du 30 novembre 2019

Günther Schwab, nous dansons avec le diable

Le Diable, sous les traits d’un homme d’affaires, explique : « J’ai imprégné tous les domaines de la vie humaine de mes principes. Dans toutes les administrations, les associations, quelle que soit la fonction qu’elles remplissent, j’ai placé mes agents et mes hommes de confiance. J’empoisonne méthodiquement tout ce dont l’homme a besoin pour son existence : l’air respirable et l’eau, l’alimentation humaine et le sol qui la produit. J’empoisonne les animaux, les plantes, les campagnes, toute la Nature sans laquelle l’être humain ne peut vivre et je fais passer cette misère criante pour de la prospérité, les hommes ne remarquent pas qu’ils sont bernés. » Le Diable fait venir différents démons qui font un exposé circonstancié de leurs activités. D’abord, le démon du « Progrès » se félicite notamment de voir que ses « délégués » s’appliquent à apporter aux peuples « « sous-développés » le poison du « Progrès » afin qu’ils tombent eux aussi malades de corps et d’âmes ». Puis le responsable du service Soif et Sécheresse, explique sa stratégie : « Sous le slogan de l’hygiène, je rends obligatoire dans les HLM les salles de bains et les WC à chasse d’eau et je pousse ainsi non seulement à un gaspillage intensif de l’eau et de matières organiques hautement fertilisantes, mais je pollue encore les rivières et les fleuves. » Morf, impliqué dans la dégradation de l’alimentation, a « éliminé de l’alimentation humaine des substance de grande valeur pour les transformer artificiellement ». Les aliments raffinés, comme le sucre blanc, sont notamment désignés comme déclencheurs de cancers. Un autre démon, Karst, décrit la déforestation, incitant « à la construction des scieries et des fabriques de cellulose et de papier ». Il se réjouit ainsi « des mouchoirs en ouate de cellulose qui ne servent qu’une seule fois, des couches de bébé et bien d’autres objets qui sont jetés aussitôt après leur utilisation ». En outre, Karst loue « le démon du Mensonge qui est occupé à la prolifération croissante du livre, des éditions, et, en général, de tout ce qui est imprimé ». La question agricole est longuement abordée, avec trois démons : Dust, Tibu et Spray. Le premier a incité l’homme à moderniser l’agriculture et à utiliser des engrais et des pesticides chimiques, affirmant que « plus les récoltes sont impressionnantes, plus profonds et durables sont les dommages causés au sol ». Pour lui, « la mort de la vie organique dans la terre représente la dernière phase de vie de l’humanité (…) ». Le deuxième est « chargé de procéder à l’élimination de la culture rurale et de la paysannerie » tandis que le troisième se vante d’avoir « donné aux hommes l’idée de lutter contre les mauvaises herbes à l’aide de ces poisons chimiques que l’on nomme les herbicides. »

A la fin du livre, Gunther Schwab avance ses idées eugénistes et malthusiennes. Un démon affirme que les médecins œuvrent pour le Diable parce qu’en « enrayant les épidémies, vous empêchez l’élimination des faibles, de ceux qui ne sont pas biologiquement résistants, et vous affaiblissez le potentiel biologique de votre peuple et de l’humanité en général. » Le Diable termine alors avec « la source de toutes les puissances de destruction », à savoir l’explosion démographique : « Jusqu’alors, la bonne mort, due aux épidémies, aux serpents venimeux, aux tigres ou aux famines avaient maintenu la fécondité naturelle des hommes à l’intérieur de certaines limites. Mais maintenant, mes mesures sanitaires de protection et de développement des productions alimentaires sont partout, et, de plus en plus, mises en application. Le taux de mortalité baisse dans le même temps où le nombre des naissances augmente. » Et il conclut : « L’homme obtiendra le succès qu’il a si longtemps cherché à atteindre en violant la Nature dans tous les domaines, avec son prétendu « Progrès » ! A la fin, l’humanité ne sera plus qu’un immense troupeau de milliards d’individus bornés, tarés, infirmes, malades, faibles et idiots (…). Une misère sans nom, les épidémies, les souffrances et la faim seront la récompense de votre belle humanité. »

NB : « La danse avec le Diable, une interview fantastique », de Gunther Schwab a été publié pour la première fois en 1958. Peu connu du grand public, il aura principalement un impact auprès des premiers militants écologistes.

Rifkin, un New Deal vert mondial ?

Nous ne ferons pas la publicité pour le dernier ouvrage de Jeremy Rifkin. Il croit que la « destruction créatrice » décrite par l’économiste Joseph Schumpeter nous entraîne vers une société « énergie renouvelable à 100 % »… si les investissements suivent ! Il croit que l’épargne-retraite des Américains (22 300 milliards) financera les énergies du futur alors que les marchés s’accrocheront aux énergies fossiles jusqu’à la dernière goutte de pétrole. Il croit que l’imprimante 3D va transformer la production, que le big data et les objets connectés contribueront au bien commun, que chaque région sera en mesure de disposer de sa propre alimentation électrique en cas de catastrophe… Un seul point positif dans son discours, « Le mouvement des jeunes [Fridays for Future] né autour de Greta Thunberg me donne de l’espoir : nous assistons à la première révolte d’ampleur planétaire »*. Les commentateurs sur lemonde.fr descendent en flèche l’idée d’un New Deal vert mondial :

Toni W. : J »ai l’impression en lisant Rifkin d’assister au discours optimiste d un conférencier pour entreprises. Viser une collaboration mondiale, le remplacement rapide des énergies fossiles par du pseudo renouvelable etc. Le tout agrémenté de contrôle du Big Data, développement du numérique et de l intelligence artificielle, c est une grande bouillie, du messianisme technoptimiste pour le CAC40 et autres. Le numérique à tout va est extrêmement consommateur d’énergie, à titre d exemple le fonctionnement du Bitcoin consomme plus d energie que la Suisse. Rifkin, du grand n importe quoi…

Gilbert : Ajoutons que Rifkin, dans la troisième révolution industrielle, fait l’apologie de Monaco comme champion de la transition … Certains ne mordent jamais la main qui les nourrit …

pelayo decovadonga : « il est désormais possible de produire de l’électricité à l’échelle d’un immeuble ou d’un quartier. » Les maoïstes du grand bon en avant n’auraient pas renié cette affirmation. On connaît la suite de l’histoire. Tous les techniciens savent que le bilan énergétique des petits systèmes est en général assez mauvais.
Fouilla : Rifkin, ce génie qui prédisait il y a une quinzaine d’années que l’hydrogène allait nous sauver du changement climatique, puis il y a une dizaine d’année pareil avec internet et les réseaux… En fait, ses prédictions pourraient marcher, s’il n’y avait la physique et la géopolitique qui font rien qu’à nous embêter. J’en rigole, mais cet anti-Jancovici est extrêmement dangereux car il a l’oreille d’un grand nombre de décideurs.

Michel Lepesant : L’optimisme de Rifkin (tous ces espoirs mis dans une nouvelle révolution industrielle) dans les solutions qu’ils proposent semble encore pire que les problèmes dont ils prétend sortir. Que les marchés tenteront de récupérer toute tentative pour sortir de nos modes de vie sociocidaires, c’est une évidence ; mais de là à s’en réjouir, c’est désespérant.

Marius Albufera : La « destruction créatrice » n’est que l’autre nom du darwinisme et la soi-disant création ce qui reste après que l’ ancien a succombé. On a envie de dire à ce monsieur en costume cravate : vous feigniez par vos prophéties d’être l’organisateur de ce qui arrivera alors que vous n’ y êtes pour rien et n’ y serez pour rien. Notre avenir se présentera une fois encore sous le visage de la nécessité qu’on grime sous les traits de l’ histoire.

Articles antérieurs sur notre blog biosphere :

12 novembre 2014, Un intellectuel de l’illusionnisme, Jeremy Rifkin

La Troisième Révolution industrielle prônée par Jeremy Rifkin n’est qu’une illusion. Plus grave, grâce à ce rêve technologique , il n’est plus nécessaire de penser aux impasses de notre trajectoire, à nos vrais besoins, il suffit de s’en remettre aux grandes entreprises, aux experts et aux entrepreneurs high-tech de toutes sortes…

3 juillet 2013, Troisième révolution industrielle, débat Gadrey/Rifkin

Energies renouvelables quasiment gratuites, production par les particuliers d’énergie et de biens matériels, déplacement écologique dans des véhicules verts. Contre ces illusions, Jean Gadrey n’y va pas avec le dos de la cuillère. En résumé…

* LE MONDE du 17 octobre 2019, Jeremy Rifkin : « La survie de notre espèce dépend de la transformation de nos modes de production »

Pourquoi les populistes gagnent la bataille

Le slogan « Fin du monde, fin du mois, même combat » est un oxymore, l’alliance des contraires, une forme plus poétique que réaliste. Le réalisme, c’est considérer que nos conditions d’existence ne sont durables que si elles ignorent les énergies carbonées et évitent les politiques croissancistes. Or le gaspillage des ressources, c’est ce que demande le peuple, ce qui fera le jeu des populistes. Illustration cette semaine :

Pétrole : Le 1er octobre, le président équatorien, un social-libéral, avait annoncé qu’il cessait de subventionner les carburants, provoquant une hausse du prix du diesel à la pompe de plus de 100 %. Cette annonce a suscité la colère de la population. Au terme de douze jours d’une mobilisation qui a paralysé le pays et de quatre heures de négociations, les Indiens équatoriens ont obtenu gain de cause dimanche soir. Le président Lenin Moreno a accepté de retirer le décret 883 qui supprimait les subventions publiques. Quito a immédiatement explosé de joie. Les manifestants ont scandé le traditionnel slogan latino-américain : « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ! »* Mais la raison et le bon sens n’ont pas gagné dans cette affaire. Que fera le peuple quand le choc pétrolier ultime, celui qui considérera que le pétrole arrive à son inéluctable terminus et que nous devrons brutalement nous en passer ? Le peuple apprendra alors que les populistes lui ont menti.

Pouvoir d’achat : Les Polonais ont une expression pour désigner les généreux transferts sociaux promis par le gouvernement ultraconservateur, « Kielbasa wyborcza », le « saucisson électoral » : relèvement du salaire brut minimum, instauration d’un 13e et 14e mois pour les retraités, allocation de 125 euros pour tous dès le 2e enfant, etc. « Le PiS a choisi la voie populiste et ça marche », constate l’économiste Witold Orlowski. En privilégiant la « Pologne B », version locale de la « France d’en-bas », les ultraconservateurs sont parvenus à s’inféoder des pans entiers de la population. Les promesses sociales du PiS s’accompagnent de discours à forts relents nationalistes et xénophobes.** Au pouvoir depuis 2015, les ultraconservateurs ont remporté une victoire historique avec 43,6 % des suffrages. Demain en France Marine Le Pen risque d’arriver au pouvoir avec des promesses aussi démagogiques qu’en Pologne… On fera plaisir aux Gilets jaunes, et tant pis pour le réchauffement climatique !

Les populistes gagnent des batailles dans plusieurs pays, ils ne gagneront pas la guerre qu’ils font à la planète.

* LEMONDE du 15 octobre 2019, En Equateur, le mouvement indigène rejette l’offre de dialogue du président Lenin Moreno

** LEMONDE du 15 octobre 2019, La stratégie payante du « saucisson électoral » des ultraconservateurs polonais

Révolte de la génération 2019

Luc Bronner, directeur de la rédaction du MONDE : « Greta Thunberg inquiète ? Attendez les générations suivantes, leurs angoisses et leurs colères face à l’irresponsabilité des hommes et des femmes qui les ont précédées dans la destruction systématique de la planète. Comme en Mai 68, la colère risque d’être générationnelle. Profonde. Durable. Là où les enfants de 1968 avaient à se battre pour leurs libertés individuelles – quelle chance ! –, les générations qui suivent, cinquante ans plus tard, vont sans doute devoir se battre avec la perspective d’une restriction des libertés individuelles face aux menaces du réchauffement climatique. Les générations qui nous suivront pourront-elles faire des enfants, autant d’enfants qu’elles le souhaitent, comme nous l’avons fait ? Et devront-elles abandonner en grande partie le rêve de la voiture, de la maison individuelle et du voyage, ces trois repères sociétaux et économiques qui ont largement porté le monde occidental depuis la seconde guerre mondiale ? La situation est critique et il est désormais impossible de l’ignorer. Les rapports et les études scientifiques se succèdent, dans une sorte d’accumulation cauchemardesque, pour dire la gravité des menaces, leur étendue, l’irréversibilité des dommages. Les océans qui se réchauffent, les glaciers qui disparaissent, la biodiversité qui se réduit, les températures qui s’affolent, les événements extrêmes qui se multiplient… Cette génération ira chercher les responsabilités de ses parents et grands-parents. Ce sera légitime de pointer la responsabilité des leaders politiques et du court-termisme des démocraties, des élites intellectuelles et médiatiques bien trop passives. La vague risque d’être beaucoup plus large. Bien plus intime aussi. « Qu’as-tu fait, papa, alors que tu savais ? » Rien, ou si peu. » Quelques réactions sur lemonde.fr :

BGA : « L’homme a mangé la terre » ! On comprend très bien vers quoi l’on va, et plus vite que l’on ne le croit. Les consommateurs que nous sommes, plongés dans un incroyable déni de masse, continuent sur cette lancée consumériste mortifère en refusant de surcroît d’écouter l’angoisse d’une jeunesse qui va devoir gérer des conditions de vie extrêmement dégradées. Celles et ceux qui ont bien profité de conditions naturelles encore relativement harmonieuses semblent n’en avoir cure et détournent le discours de Greta Thunberg T en la diabolisant. C’est lamentable…
-Alazon- : Qu’as-tu fait papa ?
Je me suis élevé contre l’interdiction du DDT, qui a causé une recrudescence du paludisme, avec des millions de morts à la clef, essentiellement des enfants.
J’ai lutté pour le riz doré, qui fait l’objet d’une campagne de dénigrement abominable, alors qu’il peut sauver des enfants de la cécité.
J’ai préservé l’économie en luttant pour les grandes infrastructures, en m’opposant à l’accumulation de règlements, en promouvant l’innovation contre les collapsologues stériles ou les décroissants criminels.
François B : On pourrait accuser les dirigeants politiques du monde, les géants industriels et les médias de s’être si peu préoccupé de la santé de la planète. Nos économies sont basées sur la croissance et la consommation et le marketing sait fort bien manipuler les consommateurs pour qu’ils consomment toujours davantage. Le Monde vit de la publicité et n’est pas innocent dans cette affaire, bien au contraire puisqu’il entretient la machine, alors les leçons … Comme d’habitude pas un mot sur l’accroissement exponentiel de la population, phénomène qui n’est pas sans conséquence sur les dérèglements climatiques !

LiRM : papa a arrêté de financer les smartphones et les nouvelles fringues si les vieilles ne sont pas usées. Pas de scooter, tu prend le métro ou le bus. Pas de vacances qui nécessitent un billet d’avion, tourisme de proximité. On dit merci papa.

Pascalou : Du coup, que faut-il dire ou faire aux gilets jaunes qui bloquent les ronds-points, ceci pour habiter loin des centres urbains et continuer à rouler en diesel à bas coût ?

LE MONDE du 29-30 septembre 2019, « Qu’as-tu fait, papa, alors que tu savais ? »

Survivalisme selon Piero San Giorgo

Aurez-vous accès à l’eau potable si rien ne sort de votre robinet et si les supermarchés sont vides ? Comment défendrez-vous votre famille de votre voisin affamé ? Piero San Giorgo, un suisse né en 1971, se pose ce genre de question et y répond à la manière survivaliste : la survie se jouera presque certainement à l’écart du monde actuel, dans des refuges qu’il faudra savoir aménager et défendre. Car il prévoit un effondrement de la civilisation, effondrement dont il s’applique dans une première partie à montrer les déterminants. Piero San Giorgo est dans la lignée de James Howard Kunstler, qu’il cite : « D’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement… » Voici dans le livre de San Giorgo les déterminants de l’effondrement (jusqu’à la page 149) :

– le problème des exponentielles, par exemple dans le cas de l’évolution démographique ;

– la fin du pétrole ;

– la fin de toutes les ressources ( le pic de tout) ;

– l’effondrement écologique ;

– la fin du système financier et l’endettement ;

– la culture de la consommation, la perte du sens de la responsabilité, la perte du lien social ;

– les imprévisibles, par exemple une épidémie ;

-la complexité des chaînes logistiques et alimentaires.

Par conséquent, dans les décennies à venir, nous allons expérimenter l’enfer.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance

Vincent Cheynet, rédacteur en chef du périodique « La décroissance », attaque assez assidûment ses confrères en objection de croissance… Mais comme il dit assez souvent des choses très vraies, attardons-nous sur ces morceaux choisis de son livre de 2008 paru au Seuil :

1) La guerre des mots

– L’expression objecteurs de croissance est très parlante : les objecteurs de croissance font acte de non violence en refusant la guerre économique comme les objecteurs de conscience refusent l’ordre de la guerre.

– La réflexion sur les mots est primordiale car ceux-ci sont le socle sur lequel faire avancer les idées. Il existe tout autant des mots poisons qui empêchent de penser, que d’autres qui frayent de nouveaux imaginaires. Les capitalistes l’ont bien compris. Armés de légions de communicants, ils s’emploient autant à vider les mots de leur sens qu’à s’accaparer les mots de leurs contradicteurs.

– L’intérêt du mot décroissance est avant tout d’être un mot obus, un mot bélier qui vise à ouvrir une brèche dans l’enfermement dans lequel se claquemure notre société. Il cherche à enfoncer une porte de la citadelle de la pensée unique.

2) la guerre contre l’économisme

– Depuis deux siècles, la « science » économique occidentale a quasiment évacué le paramètre écologique de ses raisonnements. Elle fonctionne déconnectée de la réalité physique et géochimique.

– Les ultra-libéraux sont les dignes successeurs de ces membres du clergé qui, au XVIIe siècle, refusaient d’admettre que la Terre tournait autour du Soleil parce que la réalité ne correspondait pas à leur dogme étroit.

– Un seul économiste, Nicholas Georgescu-Roegen, a eu le bon sens de constater que, même stabilisée, la consommation de ressources naturelles limitées finira inévitablement par les épuiser complètement, et que la question n’est donc point de ne pas consommer de plus en plus, mais de moins en moins : il n’y a pas d’autres moyens de ménager les stocks naturels pour les générations futures. C’est cela le réalisme écologique.

3) la guerre contre les inégalités

– La première des décroissances qui motivent les objecteurs de croissance est la décroissance des inégalités, localement comme à l’échelle de la planète.

– La formule est imparable, dans un monde où les ressources sont limitées, toute surconsommation des uns se fait au détriment des autres. Les économistes orthodoxes martèlent que la croissance est la condition de la solidarité. C’est oublier que l’accroissement de la richesses d’une société comme d’un individu est complètement dissociable de la volonté de partage. Il existe des sociétés pauvres sans aucun Sans Domicile Fixe, comme des pays opulents qui laissent mourir des gens de faim.

– Le RMA (revenu maximal autorisé) qui pourrait, par exemple être de l’ordre de quatre fois le SMIC, est une mesure emblématique pour la décroissance.

4) la guerre contre la dictature

– Nous constatons que les discours des adeptes de la croissance occupent aujourd’hui l’intégralité de l’espace médiatique. Lorsque, exceptionnellement, la décroissance est évoquée, ses contempteurs l’accusent immédiatement de défendre une logique totalitaire. Drôle de conception de la démocratie !

– L’idéologie de la croissance, en ne tenant compte ni des limites physiques ni des limites humaines, conduit inéluctablement à une récession qui ne peut mener qu’à l’effondrement de la démocratie, puis au chaos et au fascisme.

– Le Chili est passé d’une démocratie à faible croissance à la dictature de Pinochet, championne de la croissance. Les Etats-Unis ont considérablement accru leur PIB sans que la démocratie ne progresse vraiment. Le nazisme ou le stalinisme ont été les régimes les plus ultras dans cette recherche de la croissance. A l’inverse la non-violence s’accommode mal, et même pas du tout, de cette recherche de puissance économique.

conclusion :

– Notre planète arrive sans doute au terme de sa capacité à nous accepter. A l’échelle de l’histoire de l’humanité, nous sommes peut-être à quelques secondes d’une récession globale. La sortie du capitalisme aura lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare.

La fin de notre monde aura lieu en 2035

Joël : voila .. voila …  Yves Cochet à écouter absolument, et sérieusement …bonne écoute … 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-pour-l-ex-ministre-de-l-environnement-yves-cochet-la-fin-du-monde-aura-lieu-en-2035_3528107.html

ha oui, il ne s’agit pas de la fin du monde” comme le laisse croire le titre accrocheur (ou comment décrédibiliser le propos par du sensationnalisme) mais – juste .. – la fin de notre civilisation …

Christian : J’ai trouvé cette vidéo d’une suffisance insupportable et franchement il fait bobo qui a payé ses voisins pour lui couper son bois. De plus ses propos frise le survivalisme , il devra se défendre contre ses amis, il ne nous a pas donné la marque du fusil mais ce n’était pas loin … détestable !


Patrick : Yves Cochet, malgré les excès et limites de ses modèles (ex: les 8 bio-régions autonomes de l’île de France) établit clairement que la politique des petits pas (ou la politique absolument « révolutionnaire » de Brune Poirson qui ose mais qui ose, incroyable…… renoncer aux touillettes plastiques) ne suffit plus. Il nous met devant la responsabilité de changer radicalement nos modes de vie.

Pascal : Je n’ai aucune culture marxiste, mais ce à quoi nous sommes confrontés c’est bien une révolution. Nous allons bientôt vivre sur une autre planète, moins accueillante que celle d’aujourd’hui. S’il y a encore des livres d’histoire dans les prochaines décennies, nous allons apparaître comme celles et ceux qui au moment critique pour l’avenir de l’espèce humaine, on fait ou pas les bons choix. Si nous ne parlons pas de résilience, sobriété, autonomie, coopération, convivialité, nouvelle relation avec la nature, permaculture, relocalisation, non-violence, démocratie horizontale (approche libertaire ?)… les verts vont s’éteindre, comme les partis du vieux monde (PC, PS, LR…). Combien de temps pour que les jeunes des manifs climat, action directe non violente, extinction rebellion, collapsos… s’intéresse à la politique et ceux là pourraient bien ne pas se laisser recycler.

Bac SES le 20 juin 2019, quelles questions ?

Le bac SES dans dix jours, un non événement ! Nos jeunes qui font la grève du climat en disant qu’aller au lycée ne sert plus à rien vu l’avenir qu’on leur réserve ont de bonnes raisons de manifester. Les « sciences » » économiques et sociales sont hors sol. Elles continuent en 2019 de se tourner vers les Trente Glorieuses : croissance et croissance, relance keynésienne ou flexibilité, rien ou presque sur la crise profonde qui ne fait que commencer. Aucune prise en compte d’une planète dévastée  : réchauffement climatique, pic pétrolier, raréfaction des matières premières, stress hydrique, pénurie halieutique, etc. Les articles du « Monde » choisis par Claude Garcia pour décrocher une bonne note en sciences éco ne vont pas aider à résoudre nos multiples problèmes.

Rappelons qu’on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un bon écologiste. Rappelons qu’après le premier choc pétrolier de 1974, le bac SES insistait sur les limites de la croissance : « On découvre seulement aujourd’hui que la prospérité de l’Occident était en partie fondée sur l’énergie à bon marché et sur la croyance aveugle que cette situation pourrait durer indéfiniment. Après avoir apprécié les conséquences de la « crise du pétrole » sur la croissance de ces économies, vous montrerez que le problème de l’énergie et des matières premières est de nature à transformer les rapports existants entre les économies développées occidentales et les pays « en voie de développement (Toulouse 1974) ».

Nous serons en juin 2019 très loin du sujet posé dans l’Académie de Lille en 1974, sujet qui incitait à réfléchir sérieusement sur la société de consommation :  « Faire progresser une Nation, c’est faire courir les citoyens. Depuis vingt ans, les citoyens français ne courent pas mal, merci. (…) La course est harassante. Si vous l’accélérez, vous consommerez plus, mais vous aurez moins de temps pour réfléchir, pour penser, pour vire (…) Car la course à la consommation se conjugue nécessairement, même sur le plan de l’individu, avec la course à la production. Mais celle-ci déclenche à son tour de grandes perturbations dans la structure sociale. Transformer les techniques de production, renouveler matériels et méthodes, désorienter les gestes habitués, réorganiser sans cesse, détruire et reconstruire indéfiniment les programmes de travail, les réseaux hiérarchiques, les relations humaines ; modifier les circuits, les règlements ; concentrer les entreprises, en fonder de nouvelles, modifier leurs objectifs (…). La course est brutale, et plus elle est rapide, plus elle est brutale. Les forts affirment d’autant plus leur force que le train est rapide ; et dans la chaleur de l’action, le faible est souvent piétiné (J.Fourastié, Economie et Société, p.130). A la lumière de ce texte, vous vous attacherez à décrire et analyser les changements sociaux qui ont accompagné la croissance économique depuis 1945, que ces changements aient joué le rôle de moteur ou de frein à cette croissance. »

Les sciences économiques et sociales était lors de leur création au début des années 1970 un nouveauté incontestable : elle refusait la segmentation propre à l’université (sociologie d’un côté, psychologie de l’autre, histoire, économie…) pour aborder une analyse transversale de la société. Cependant les SES souffrent de trois défauts structurels. Le premier est de séparer trop ostensiblement enseignement économique et sociologique, ce qui recrée une spécialisation interne dommageable à l’apprentissage d’une perspective globale par les lycéens. Le deuxième est de ne considérer textuellement que l’économique et le social, oubliant l’importance de l’écologie dans un monde dont on a outrepassé les limites. Enfin, ces dernières années, l’orientation des SES était croissanciste, occultant le fait que l’activité économique est non seulement cyclique, mais proche d’un cataclysme civilisationnel. En l’absence de pétrole, on connaîtra une récession brutale par effondrement du PIB. En brûlant encore plus de pétrole, les perturbations climatiques deviendront insupportables. Rêvons à une profonde mutation des SES qui appliquerait les propos  de Bertrand de Jouvenel (Arcadie, essai sur le mieux vivre, 1968) : « J.B. Say avait raison de noter qu’Adam Smith s’égare lorsqu’il attribue une influence gigantesque à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature (…) Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature (…) L’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. »

Malheureusement il n’y a nulle science de l’humain

Il n’y a pas de sciences économiques, il n’y a qu’économie politique. Il n’y a pas de science sociologique, il n’y a que les multiples façons d’observer les multiplicités contradictoires du comportement humain. Il n’y a pas de sciences politiques, il n’y a que les différentes façons de manipuler les foules pour garder ou prendre le pouvoir.

Cela n’empêche pas l’économiste Eloi Laurent de réclamer une science de l’humain : « La science seule n’est jamais suffisante pour enclencher l’action, nous ne devons pas seulement savoir, cela ne suffit pas à forger notre détermination. Ce n’est pas la science du changement climatique que nous devons apprendre à maîtriser, mais la science du changement humain. Il faut donner un sens à nos connaissances, forger un nouvel imaginairepour promouvoir le changement. Car ce qui est en jeu, c’est l’hospitalité de la planète pour les humains. Le bien-être humain, qui a pris son essor au XIXe siècle pourrait être balayé au XXIe siècle. Il faut articuler la question de la soutenabilité avec celle de la justice et abandonner la croissance économique comme horizon de nos sociétés. »* En fait il redit ce que tout le monde pense autour de lui, la planète brûle. Nous aurions préféré qu’il nous indique sa façon personnelle de vivre autrement en tant que décroissant stagiaire ! Quelques réactions à son discours sur lemonde.fr :

MICHEL LEPESANT : Le plus étonnant dans cette tribune, c’est le contraste entre la lucidité affichée et l’impossibilité à en tirer la bonne conclusion : il ne s’agit pas « d’abandonner la croissance comme horizon de nos société » → ça y est le jour du dépassement** pour l’Europe c’était il y a 10 jours ! La question n’est pas de changer d’horizon car l’horizon est DEJA dépassé. « Dépassé », cela veut dire qu’il faut DECROITRE.

le sceptique : La « science du changement humain »… Programme du sachant bureaucrate version écolo : les multitudes ne font pas de l’écologie une priorité dans la définition de leur bien-être, il s’agit de conseiller les pouvoirs pour les y obliger. On commencera par poser « il n’y a pas d’alternative » (par exemple, accepter un monde réchauffé ne doit pas être posé comme option du débat), car une politique publique s’articule à des dogmes.

Inhumanité : Il est amusant de voir tous ces penseurs en politiques refuser de dire les choses comme elles sont : pour préserver le climat et la biodiversité, dire qu’il faut « changer de comportement » est une façon trompeuse de dire qu’il faut demander aux gens de se serrer la ceinture et de ne plus consommer les matières premières comme des goinfres. De perdre leur pouvoir d’achat et leur confort.

Frogeater : Absolument. Ce qui va à l’inverse des GJ et leur gas-oil moins cher et leurs impôts plus bas pour plus consommer.

* LE MONDE du 23 mai 2019, « Après la science du climat, il faut maintenant apprendre à maîtriser la science de l’humain »

** Précisions sur le jour du dépassement : Alors que l’Union européenne (UE) regroupe 7 % de la population mondiale, elle absorbe 20 % de la bio-capacité de la Terre. L’UE a déjà épuisé dès le 10 mai 2019 les ressources que la planète peut offrir… si le monde entier vivait comme les Européens. En d’autres termes, si l’humanité consommait autant que les Européens, elle aurait besoin de 2,8 planètes bleues. Mais ces chiffres, personne ne les a utilisé pour animer les élections européennes !

Le penseur débile d’un club de réflexion libéral

Un texte invraisemblable dans les colonnes du MONDE* que nous laissons détricoter par les commentateurs sur lemonde.fr :

– « Les apôtres de la décroissance ne nous apprennent rien en soulignant que les ressources dont nous dépendons sont rares et disponibles en quantité limitée. Mais la ressource ultime est l’intelligence humaine. »

Ouf! : Moi qui m’inquiétais justement devant mon frigo aux 3/4 vide, suis rassuré. Je vais faire appel à mon intelligence et produire des milliers de recettes avec très peu d’ingrédients. Je suis sauvé.

Saint-Thomas : De la grande fumisterie. La connaissance ne va pas créer du pétrole, des minerais, et dont l’incertitude réside seulement sur la date du pic d’extraction puisqu’il y a une quantité limitée sur Terre. Il faudrait aussi s’intéresser au second principe de la thermodynamique, qui lui régit le monde.

gagarine Youri : L’argument principal consiste à dire que notre intelligence est ce qui nous a permis de pallier les manques en ressource de notre environnement (soit du fait de leur absence, soit du fait de notre méconnaissance) et qu’il faut développer notre intelligence plutôt que limiter notre consommation de ressources. Bien. Mais que se passe-t-il quand c’est précisément notre intelligence (rationnelle) qui nous indique de consommer moins plutôt que d’avoir une foi irrationnelle dans un progrès infini ?

moi-même : L’argument de fond est : puisque ça a fonctionné jusqu’à maintenant, ça fonctionnera toujours. Ce n’est pas un raisonnement, c’est un pari. Le réchauffement, incontestable et qui s’accélère, est en train de démontrer la bêtise d’un tel pari. Pour que cela fonctionne, il faudrait que nos capacités à trouver et utiliser les ressources croisse à l’infini, à tout le moins à proportion de ce que la nature est capable de fournir. Ce n’est pas le cas.

ZURBACH MICHEL : Physiquement il y a moins de ressources mais grâce à notre connaissance nous avons pu augmenter leur disponibilité : en clair, on a appris comment aller fouiller tout au fond de la cave ou du grenier pour dénicher quelques surplus inaccessibles auparavant. Un jour on arrive quand même au mur ou au toit..

– « La « suprématie du marché » ne conduit pas à l’épuisement irrationnel des ressources. Le mécanisme des prix fonctionne tellement bien que les métaux sont aujourd’hui présents en plus grande quantité car notre connaissance s’est améliorée. »

agnès : Le mécanisme des prix va tout régler : seuls les riches auront accès aux ressources; Quid de l’épuisement des terres, de la progression des déserts.

Ciel bleu, mer belle à Marseille : Faute de pommes de terre, durant la guerre, nous avons mangé des topinambours, puis des panais, et parfois même nous avons utilisé les pelures de ces légumes… notre génie a pourvu à notre survie, notre connaissance nous fit surmonter l’épreuve… Ah, que ne faut il lire ? ! Dans un monde fini, régi par le libéralisme, notre intelligence nous sauverait ? !! Être condamnés à sucer les pelures serait la solution, notre avenir !! Qu’on lui laisse les pelures, changeons nos modes de vie !!

DH : Ce monsieur fait l’apologie des entreprises minières, néglige les oppositions des indigènes dont la vie sera durablement perturbée, niée sinon enlevée, néglige les effets sur le climat, néglige les effets sur les prix de matières toujours plus chères à extraire, néglige le problème des déchets.

Maxleg : L’eau en quantité suffisante, l’air pur, une mer propre, un climat agréable… dont de nombreux habitants de la planète manquent déjà, voilà des produits de base dont il sera difficile de découvrir de nouveaux gisements à l’avenir. Mais de ça l’auteur n’a pas l’air de s’en soucier.

– « Les rêveurs de la décroissance devraient aller faire un tour dans les pays qui l’ont réellement expérimentée – le Venezuela en est l’exemple le plus contemporain. »

DH : Le Venezuela comme exemple de décroissance? Mauvaise foi idéologique! Le libéralisme autant dévoyé par de tels imbéciles endoctrinés aux extrêmes est dangereux.

GILLES SPAIER : Il y a un espace entre Maduro et l’expansionnisme exacerbé qui nous mène dans le mur. La décroissance du Venezuela est subie et non volontaire. Cette tribune se déprécie elle même par ses arguments qui n’en sont pas. Quoiqu’il dise, au rythme de croissance actuel, l’humanité va dans le mur. Et l’auteur, très occupé à déprécier le socialisme, oublie que la croissance des inégalités actuelle fait aussi partie du problème. A aucun moment il n’en parle.

Alta : C’est aussi oublier que malgré notre si éclatante prospérité, ces 200 ans de croissance ont été aussi deux siècles de dévastation des éco-systèmes, de la diversité, et la dégradation de l’espérance de vie en occident se profile inexorablement. S’il faut choisir entre l’humanisme et la survie de la vie sur la planète, je préfère la survie. En exploitant toujours plus pour le profit, le capitalisme nous condamne.

– « L’augmentation de la population mondiale est le signe d’un progrès humain dont nous devrions nous féliciter. En prônant la décroissance économique et démographique, la gauche rejette le progrès et abandonne son humanisme. »

Agnès : Quant à l’ode final au natalisme voir les suppressions de crédit des néo-cons US aux programmes de planning familial.

Georges : Incroyable! Qu’il commence par nous dire quelle est sa religion. Un nataliste qui a le culte de la croissance, qui appelle cela humanisme et mesure l’humanisme des autres à l’aune de ce qu’il pense être lui-même.

Paul-Henri : C’est un discours de vieux, inadapté quand les conditions climatiques changent, ce n’est pas le moment de faire comme les lapins ni de continuer à produire n’importe quoi et se déplacer n’importe comment. La modernité il faut l’inventer en tenant compte de l’état du monde. Il ne faut pas compter sur ces théories là, ces modernes là sont en fait des conservateurs, il veulent que ça continue toujours pareil…

Inhumanité : juste écœurant, j’ai arrêté de lire à la troisième ligne. Parier sur l’intelligence humaine quand on voit les massacres passés et en cours, il faut avoir une bonne dose d’idéologie et d’anthropocentrisme. Le seul salut de l’homme a été le pétrole abondant, mais de la même façon que les civilisations ont péri par manque de bois, la nôtre périra par manque de pétrole ou par cuisson.

* citations issues de la tribune de Guillaume Moukala Same, porte-parole du club de réflexion « Les Affranchis – Students for Liberty » in « La gauche décroissante rejette le progrès et abandonne son humanisme » (LE MONDE économie du 12 janvier 2019)

NB : Students for Liberty est une émanation de Charles Koch, grand opposant d’Al Gore. Koch Industries est une multinationale américaine avec des filiales dans des domaines comme le génie pétrolier, le génie chimique, la finance, le courtage de matières premières, l’élevage. A quand une déclaration d’intérêt systématique des « auteurs » pour savoir qui parle…

Ras-le-bol de l’injustice fiscale et des inégalités

Hulot et Berger plaident pour un sursaut politique : « Plutôt qu’un « ras-le-bol fiscal », « nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale. La nuance est de taille, réduire certaines dépenses ne ferait pas de mal à notre pays, ainsi des 12 milliards d’euros dépensés chaque année en soutien aux énergies fossiles, alors qu’il manque tant de moyens pour isoler les 7 millions de passoires énergétiques… » Comme d’habitude, les commentateurs sur lemonde.fr* détournent le débat :

MICHEL BRUNET : Ils disent « nous voyons un ras-le-bol de l’injustice fiscale », sans préciser en quoi consiste cette « injustice » dans ce pays où la « redistribution » figure parmi la plus importante des pays de l’OCDE. Faire « payer plus » les 0,01%, 0,1%, 1%, 10%, 20% …bref les plus « aisés » de ce pays alors dites le franchement que les choses soient claires.

le sceptique : Il paraît nécessaire que les gilets jaunes partagent les maisons, voitures et billets d’avion de Nicolas Hulot. Il en a beaucoup trop à lui tout seul pour un homme politique aussi généreux et aussi écolo.

Basco : On aimerait savoir si on compte les allocations diverses que reçoivent les plus pauvres. Je me souviens d’une allocataire des minima sociaux qui ne voulait pas travailler m’expliquant, un peu désolée, qu’elle n’aurait qu’un petit salaire avec des contraintes mais perdrait plein d’avantages genre centre aéré gratuit ou presque ou cartes de bus gratuites etc… je la comprenais. Mais quelle conclusion ?

Analyse de Biosphere : Nos principes de base sur l’égalisation des conditions reposent sur trois points :

La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. Il n’a aucun droit absolu sur « son » entreprise », « son » capital, « sa » maison, « son » salaire, etc. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise (pour le paiement des salaires ou le bénéfice)….

A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre, ils ont les mêmes besoins matériels. Alors pourquoi alors à travail égal un revenu différencié ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail, on gagnerait la même chose qu’on soit dirigeant ou dirigés. Pratiquons la simplicité volontaire, exigeons des cadres et des patrons de faire de même.

Le même enseignement pour tous. Les injustices, les fausses valeurs, viennent le plus souvent de l’ignorance de la masse. C’est par l’éducation permanente et égalitaire qu’on arrivera à éliminer disparités et résistances aux réformes nécessaires.

Rappelons l’essentiel de notre article « Salaire élevé d’un patron, n’acceptons pas l’injustifiable » : Salaire de base, bonus annuel, exceptionnel ou pluriannuel, stock-options, actions gratuites et actions fantômes, prime d’arrivée ou de présence, indemnités de départ, avantages en nature, sans oublier les fameuses retraites chapeaux… A décortiquer les « packages de rémunération » des dirigeants des grandes entreprises, on ne peut qu’avoir envie de dégueuler. L’inégalité des revenus permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. Qu’est-ce qui justifie cet état de fait ? Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces, artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose. L’autre aspect est le chiffre d’affaires de l’entreprise, c’est-à-dire l’apport d’argent par les consommateurs. Plutôt que de rémunérer le seul patrons sur les bénéfices, on peut aussi bien distribuer l’argent à l’ensemble du personnel ou, mieux, redonner l’argent en trop aux consommateurs en diminuant les prix de vente. D’ailleurs les montants versés aux dirigeants dépendent moins de leur « performance » individuelle que de la taille de l’entreprise. Plus l’entreprise est grande, plus sa valeur ajoutée permet les fortes rémunérations d’une seule personne… avec la bienveillance d’un conseil d’administration inféodé à ce patron. Admettons qu’un patron travaille 15 heures par jour sept jours sur sept en rêvant la nuit à son entreprise. Même dans ce cas il ne devrait être payé que trois fois la somme donné au travailleur de base de son entreprise, il ne turbine pas du chapeau plus de 100 heures par semaine ! En savoir plus grâce à notre blog :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/06/supprimons-les-inegalites-de-salaires/
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/07/supprimons-les-inegalites-de-salaires-suite/
Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil, 2007)

* LE MONDE du 14-15 avril 2019, Social et écologie : Hulot et Berger plaident pour un « sursaut politique »

L’école du « développement durable » contre le CLIMAT

Le ministère a écouté les jeunes engagés pour le climat, il a déjà sa réponse, « Développement durable »*. Veut-on nous faire croire que la croissance économique va résoudre les problèmes écologiques alors qu’elle en est la cause ?

– Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer : « On veut se donner les moyens d’un engrenage de l’ensemble de la société française sur le développement durable à partir de l’école. »

– Le secrétaire d’État de Blanquer, Gabriel Attal : « Le SNU (service national universel) contribuera à répondre aux attentes de la jeunesse, car des modules liés au développement durable y seront intégrés. »

– Ange Ansour, initiatrice du collectif Les Enseignants pour la planète : « L’école doit être encore plus ambitieuse : elle doit apprendre les fondements scientifiques du développement durable. »

L’article du MONDE : la plupart des propositions formulées par les lycéens existent déjà dans les 4 500 établissements labellisés « en démarche de développement durable » que M. Blanquer assure vouloir généraliser aux 75 000 écoles, collèges et lycées de France.

« Développement durable », c’est ce qu’on appelle un élément de langage », les politiques répètent ce qu’on leur dit de répéter et vont noyer le réchauffement climatique dans l’oxymore. Or on sait depuis longtemps que le terme « développement durable » n’est plus employé par les gens sérieux. Précisons. Dès 1980, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) proposait comme définition du développement durable « un développement qui tient compte de l’environnement, de l’économie et du social ». Le rapport Brundtland de 1987, document préalable au sommet de la Terre de Rio (1992) énonçait que « le développement durable est un développement qui permet de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Mais ces définitions pêchent grandement car elles s’appuient sur un concept de développement qui lui-même n’est pas défini, si ce n’est implicitement par le concept de croissance économique ! De toute façon on sait déjà de source sûre que les générations à venir n’auront plus plus de ressources fossiles à disposition tout en souffrant du réchauffement climatique, de la surpopulation, du stress hydrique, etc. L’avenir de nos jeunes est irrémédiablement compromis par le niveau actuel de surconsommation. C’est pourquoi le vieux terme DD a été occulté par d’autres termes aussi pervers. Le mot fourre-tout « transition écologique » a remplacé au niveau officiel l’imbécillité de l’expression « croissance verte », qui se substituait à l’oxymore « développement durable ». Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires.

L’inflation d’oxymores aujourd’hui tels que « voiture propre », « fonds de placements éthiques », « entreprises citoyenne », « croissance verte », « durable » ou « écologique », « guerre propre » etc., est symptomatique d’une forme de totalitarisme mou. On trouve aussi « agriculture raisonnée », « marché civilisationnel », « financiarisation durable », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « vidéoprotection », etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de l’impasse dans laquelle nous sommes rentrés à toute allure. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge associe deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore ; il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée.

Plus la tension socio-écologique va s’accroître, plus les usines de communication s’alimenteront aux ressources des sciences humaines et produiront des oxymores raffinés. Transformés en injonction contradictoire par des idéologues, ils deviennent déjà un poison social. Car plus on produira d’oxymores, plus les gens soumis à cette sorte de double pensée (double bind) permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeront. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë »**.

* LE MONDE du 7-8 avril 2019, La timide réponse du ministère de l’éducation nationale au mouvement des jeunes pour le climat

** in « La politique de l’oxymore » de Bertrand Méheust

Désastre en 2050, neutralité carbone impossible

Le réchauffement climatique sera insupportable du fait de l’inertie politique. Le Conseil européen n’a pas adopté l’objectif de zéro émissions nettes en 2050 comme l’y invitaient la Commission et le Parlement. La Pologne et la Tchèquie serait contre l’objectif de neutralité carbone,  l’Allemagne aurait jugé que de délai de 2050 était trop contraignant. Les politiques font écho aux revendications du toujours plus des « Gilets jaunes » qui sont incompatibles avec un scénario de « zéro émission nette » de gaz à effet de serre ! Cela impliquerait un changement important des modes de consommation : insupportable !!

De son côté LE MONDE* présente une version idyllique de notre vécu en 2050 avec neutralité carbone : Maison à énergie positive avec isolation et cellules photovoltaïques, voiture hybride rechargeable en autopartage, vacances en Chine pendant les congés payés, centre-ville rapidement accessible, logement social entièrement réhabilité, entretien d’un potager avec composteur, livraison des courses par camionnette électrique et navette intercommunale fonctionnant au biogaz. C’est le scénario de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour décrire les modes de vie des Français à l’horizon 2050. Les commentaires fusent sur lemonde.fr :

Pierre : On compte donc sur « une forme de consensus des citoyens, appelés à modifier volontairement certains de leurs comportements, par exemple dans leur façon de se nourrir ou de voyager ». C’est mort !

dissonance cognitive ? On peut lire également ce jour dans les colonnes du Monde, rubrique économie, un article intitulé « Pourquoi la planète consomme de plus en plus de gaz ». On y apprend entre autres choses, qu’en 2018 selon l’AIE, la demande mondiale d’énergie a crû de 2,3% et ensuite, je cite, que « le développement des renouvelables ne couvre même pas la moitié de la croissance de la demande pour l’année 2018. » Comment accorder un tant soit peu de crédibilité au « scenario » développé ici ?

Philippe Laglue : Et sans charbon, comment faire de la sidérurgie pour fabriquer les éoliennes, comment réduire la silice en silicium pour faire des panneaux solaires ? Sans pétrole comment faire les matériaux composites pour les véhicules, la chimie pour les innombrables biens de consommation et industriels ? En bref à quoi ressemble l’ECONOMIE en 2050, car c’est cela la clé pour comprendre à quoi ressemblera la vie ? Mystère !

Arthur : Vous avez oublié de dire que tous sont vegans! Le soir on reste chez soi car aller à une fête cela pollue, et on consomme… plus de PC, télé ou radio, cela consomme… plus de resto, trop de gâchis… on va enfin vivre bien, mais on va se faire ch…

Eljulio : Au risque de faire le rabat joie comment financer cette transition alors que l’économie mondiale est au bord d’une récession dont elle ne se relèvera sans doute pas ? (pour cause de plafonnement de la production d’hydrocarbure d’ailleurs…) Quid des conséquences géopolitiques d’une telle récession (populisme, guerre commerciale, guerre tout court). Le potager c’est vital, mais quid des plus de 50% d’urbains sur cette planète ? Quid des pauvres du MO, d’Asie et d’Afrique (migrations massives)

Pierre A : « Léa, 30 ans, vit seule avec sa fille en périphérie urbaine, dans un quartier autrefois difficile »… Parce que même les relations sociales sont apaisées! Pas de pollution, pas de tension, c’est magnifique! Quand j’étais enfant, il y avait nounours et « bonne nuit les petits », maintenant il y a les « docu-fictions » du Monde et de l’Ademe.

Brutus : Il est totalement irresponsable de prôner un modèle de développement qui fait la part belle aux agrocarburants. Nice try, mais il faut revoir votre utopie !

Victor M : Les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas le seul levier de lutte contre le réchauffement climatique, elles sont même une conséquence de nos pratiques polluantes. Il ne faut pas oublier la pollution des sols, des océans… D’autant plus qu’on a délocalisé nos industries polluantes. 2050, en l’état actuel, c’est un peu utopiste, surtout avec des politiques qui recherchent davantage l’intérêt économique de ceux qui les financent.

Jean-Patrick : Ce n’est rien d’autre qu’un communisme écologique avec toute la coercition que suppose ce type d’idéologie. Comme je l’ai écrit dans un article au début des GJ, l’écologie est en passe de devenir le totalitarisme du XXIème siècle. Nous avons connu la pureté de la race (nazisme), la pureté de la société (communisme) nous créerons un homme nouveau dans une planète nouvelle autour de la pureté de l’environnement. A moins, de décréter à l’image de Staline l’écologie dans un seul pays.

Dance Fly @ Jean-Patrick : Il nous vous aura pas fallu longtemps pour atteindre le point Godwin. Félicitations. Ne vous inquiétez pas: il n’y aura pas de dictature de l’écologie, personne ne vous obligera à manger votre steak au tofu bio quotidien (même si ça ferait pas de mal à certains). Tout cela va se passer en douceur: la transition a déjà commencé et elle va se poursuivre tranquillement sur 20 ou 30 ans (et vous n’êtes pas obligé de suivre).

Mdi : Un monde pour ultra-riches en somme. Et les pauvres ils deviennent quoi ?

Chris @ Mdi : Ils pédalent pour fournir aux riches de l’énergie bio et pas chère !

* LE MONDE du 27 mars 2019, A quoi ressemblerait la vie en 2050 dans une France neutre en carbone

Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie

22 mars, Journée mondiale sur l’eau. Voici trois approches qui montrent que l’inquiétude déborde.

Un futur sans eau potable, très probable. Au fil des décennies, on a fini par oublier à quel point disposer chez soi d’eau potable rien qu’en tournant un robinet était un luxe, et on pense aujourd’hui que ça va de soi . Mais passons deux jours sans eau au robinet, et on se rend compte de la galère ! En période de descente énergétique (il faut de l’énergie pour amener l’eau au robinet après l’avoir dépolluée), l’eau deviendra en France un bien rare. Mais dans d’autres pays, la majorité des gens vivent déjà des temps de stress hydrique, d’épuisement des nappes phréatiques, de pollutions diverses de l’eau, etc. Urbanisation, surpopulation, sur-pollutions, agriculture intensive, la problématique de l’eau révèle l’impuissance du complexe thermo-industriel à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.

Explosion démographique et problématique de l’eau. Les défaillances subies par des régions de plus en plus étendues en ce qui concerne l’alimentation en eau et la production agricole sont aussi dues à l’explosion démographique de ce vingtième siècle : une terre donnée peut supporter un nombre d’humains maximum au-delà duquel il ne sera plus possible d’augmenter la production agricole. Dans les régions les plus arides, la quantité d’eau potable disponible par tête tombera au-dessous du minimum vital indispensable au maintien de la vie. Ceci est un fait largement démontré et reconnu, notamment par les organismes des Nations Unies comme l’OMS ou le PNUD. Contrairement à ce qui se dit couramment, le problème de l’eau, notamment en Afrique sèche, ce n’est pas seulement un problème technique et financier, mais c’est avant tout un problème démographique presque insoluble sans une volonté forte des pays concernés.

Plus de 800 millions d’humains privés d’eau potable (LE MONDE du 21 mars 2019). Toujours plus d’humains (7,7 milliards), qui consomment toujours plus d’eau, tel pourrait être le résumé du rapport 2019 des Nations unies (ONU). Le stress hydrique s’accentue : la pollution est généralisée en surface et dans les nappes souterraines, dont certaines ne se rechargent plus, aggravant le sort d’une large partie de l’humanité. 844 millions de personnes ne disposent pas de la moindre « source améliorée » – c’est-à-dire, selon la définition officielle, d’un point de prélèvement protégé des animaux, situé à trente minutes au maximum de chez eux, aller-retour et attente compris. Plus l’eau est rare, plus son coût est exorbitant. La dysenterie et le choléra dus au manque d’eau et d’assainissement causent 780 000 décès par an, bien plus que les conflits, séismes et épidémies. Le passage en revue des « sans-eau » s’apparente inévitablement à une radiographie des effarantes inégalités sociales et régionales. Le changement climatique aggrave la situation, les désordres politiques accentuent la pénurie. A la fin de l’année 2017, 68,5 millions de personnes ont été déplacées de force de leur domicile en conséquence de conflits, de persécutions ou de violations des droits de l’homme. S’y ajoutent chaque année en moyenne 25,3 millions de gens chassés de chez eux par les catastrophes climatiques. Pourtant l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît l’eau potable comme un droit de l’homme fondamental depuis 2010, et l’assainissement depuis 2015 !

Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie

22 mars, Journée mondiale sur l’eau. Voici trois approches qui montrent que l’inquiétude déborde.

Un futur sans eau potable, très probable. Au fil des décennies, on a fini par oublier à quel point disposer chez soi d’eau potable rien qu’en tournant un robinet était un luxe, et on pense aujourd’hui que ça va de soi . Mais passons deux jours sans eau au robinet, et on se rend compte de la galère ! En période de descente énergétique (il faut de l’énergie pour amener l’eau au robinet après l’avoir dépolluée), l’eau deviendra en France un bien rare. Mais dans d’autres pays, la majorité des gens vivent déjà des temps de stress hydrique, d’épuisement des nappes phréatiques, de pollutions diverses de l’eau, etc. Urbanisation, surpopulation, sur-pollutions, agriculture intensive, la problématique de l’eau révèle l’impuissance du complexe thermo-industriel à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.

Explosion démographique et problématique de l’eau. Les défaillances subies par des régions de plus en plus étendues en ce qui concerne l’alimentation en eau et la production agricole sont aussi dues à l’explosion démographique de ce vingtième siècle : une terre donnée peut supporter un nombre d’humains maximum au-delà duquel il ne sera plus possible d’augmenter la production agricole. Dans les régions les plus arides, la quantité d’eau potable disponible par tête tombera au-dessous du minimum vital indispensable au maintien de la vie. Ceci est un fait largement démontré et reconnu, notamment par les organismes des Nations Unies comme l’OMS ou le PNUD. Contrairement à ce qui se dit couramment, le problème de l’eau, notamment en Afrique sèche, ce n’est pas seulement un problème technique et financier, mais c’est avant tout un problème démographique presque insoluble sans une volonté forte des pays concernés.

Plus de 800 millions d’humains privés d’eau potable (LE MONDE du 21 mars 2019). Toujours plus d’humains (7,7 milliards), qui consomment toujours plus d’eau, tel pourrait être le résumé du rapport 2019 des Nations unies (ONU). Le stress hydrique s’accentue : la pollution est généralisée en surface et dans les nappes souterraines, dont certaines ne se rechargent plus, aggravant le sort d’une large partie de l’humanité. 844 millions de personnes ne disposent pas de la moindre « source améliorée » – c’est-à-dire, selon la définition officielle, d’un point de prélèvement protégé des animaux, situé à trente minutes au maximum de chez eux, aller-retour et attente compris. Plus l’eau est rare, plus son coût est exorbitant. La dysenterie et le choléra dus au manque d’eau et d’assainissement causent 780 000 décès par an, bien plus que les conflits, séismes et épidémies. Le passage en revue des « sans-eau » s’apparente inévitablement à une radiographie des effarantes inégalités sociales et régionales. Le changement climatique aggrave la situation, les désordres politiques accentuent la pénurie. A la fin de l’année 2017, 68,5 millions de personnes ont été déplacées de force de leur domicile en conséquence de conflits, de persécutions ou de violations des droits de l’homme. S’y ajoutent chaque année en moyenne 25,3 millions de gens chassés de chez eux par les catastrophes climatiques. Pourtant l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît l’eau potable comme un droit de l’homme fondamental depuis 2010, et l’assainissement depuis 2015 !

« Ne plus se mentir » de Jean-Marc Gancille

Ce livre constitue un petit exercice de lucidité par temps d’effondrement écologique. Les phrases percutent : « Nicolas Hulot en quittant le gouvernement a décidé de ne plus se mentir, mais l’humanité continue, elle, à se raconter des histoires… Comme par magie, l’achat d’un véhicule électrique est devenu vertueux… Nous sommes enfermés dans des modes de vie insoutenables, conditionnés par les normes sociales, les politiques publiques, les infrastructures, les technologies, le marché, la culture… Chercher des manières plus vertes de maintenir le statut quo d’une société marchande qui nous impose de vivre dans le mythe d’une croissance infinie n’est pas une solution… Sans rire, qui aujourd’hui peut affirmer qu’il connaît ou travaille dans une entreprise dont le modèle est, au mieux, neutre pour l’environnement ? Personne… Une majorité de la population vit aujourd’hui de ce qui détruit l’environnement, nuit à sa santé et hypothèque l’avenir de sa descendance… On n’est pas prêt de réconcilier la fin du monde et la fin du mois… Comment croire ne serait-ce qu’un instant qu’on puisse diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre (ce que recommandent a minima les scientifiques pour éviter les catastrophes) tout en courant obstinément après des points de croissance (ce à quoi s’acharnent à peu près tous les gouvernants de la planète)…Le tragique paradoxe du solutionnisme technologique ambiant est qu’il contribue finalement à renforcer le modèle économique mortifère et l’hyper-industrialisation qu’il devrait dénoncer… Rien n’arrête le progrès, dit-on. Même lorsqu’il devient suicidaire… Et pendant ce temps-là, l’habitabilité de la Terre se dégrade, le vivant s’effondre, le mur s’avance… L’effondrement global à court terme de notre société industrielle est devenu plus que plausible. Inévitable… »

Jean-Marc Gancille témoigne de son inquiétude profonde que nous nous devons de partager, tous les indicateurs sont au rouge. Nous savons qu’il faudrait sanctuariser les derniers espaces sauvages, stopper l’agriculture industrielle, laisser sous terre les trois quarts des réserves fossiles économiquement exploitables. Nous savons intimement qu’il est désormais obligatoire que nous nous fixions des limites. Maximales, radicales, drastiques. Pour ne pas y penser, nous faisons preuve de dissonance cognitive, d’une pensée clairvoyante mais d’un comportement qui va dans le mauvais sens. Les décision des gouvernements, des entreprises et des ménages convergent au bout du compte pour que tout continue comme avant. On ne peut plus croire qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer une société bloquée dans son croissancisme. Nos indignations virtuelles, nos marches festives, nos contestations symboliques et même nos alternatives locales isolées sont bien peu de choses face à la montée inexorable du carbo-fascisme global incarné par Trump, Dutertre, Bolsonaro, Poutine et tant d’autres à venir. On ne peut pas compter sur des gouvernements qui donnent blanc-seing à de grands projets climatocides, qui sont hostiles à une fiscalité écologique… Même les ONG environnementalistes baissent leur niveau d’exigence, ce qui entame leur crédibilité.

Alors que faire quand aucune conversion généralisée de nos modes de vie, aucun nouveau récit porteur, aucune innovation technologique ne pourra contrarier les lois immuables de la biophysique dans le bref temps qu’il nous reste ? Qui peut raisonnablement croire en une dictature éclairée et bienveillante exercée au nom de l’intérêt général face à un avenir menaçant ? Face à l’inéluctabilité de la catastrophe, Jean-Marc Gancille envisage une impitoyable sélection naturelle qui laissera des milliards d’humains et de non-humains sur le carreau. Mais il voudrait aussi que soit aussi inéluctable une véritable « guerre civique », sabotages, hacking, libérations animale, destructions matérielles, genre « Deep Green Resistance ». Un livre à lire en retenant son souffle, 98 pages écrites en petits caractères pour 10 euros.

NB : pour savoir ce que signifie l’effondrement de notre système, lire notre article précédent, sur la « Fermeture des centrales à charbon » : Le Venezuela actuel est une bonne illustration de ce qui va se passe si on ne fait pas de rupture écologique. Expression « transition écologique » est un leurre, nous n’avons pas le temps d’atermoyer.

La France en 2049 sera le Nigeria de 2019

Même en France les temps sont devenus très difficiles. En 2049 il est très loin le Paris clinquant des défilés de mode, les SUV pour tous et les panneaux publicitaires partout. Le pays est complètement désorganisée, l’État est en faillite. Pendant des années les gouvernements successifs avaient privatisé nombre de services publics, maintenant plus personne n’a les moyens de payer des fonctionnaires. Le secteur informel explose, mais ne nourrit pas son monde. Les classes intermédiaires sont déclassées, les zones périurbaines se transforment en bidonvilles, les égouts sont bouchés et des montagnes d’ordures s’étendent sur des centaines de mètres. Dans certains quartiers, les conflits communautaires tuent en silence, blancs contre arabes, arabes contre noirs, l’apparence des gens est source de conflits infinis. Un prêtre a prononcé ces mots comme si c’était parole de Dieu, que l’islam incite à la guerre et à la haine, que les musulmans sont dangereux. Le djihad a commencé. On dit que les combattants de l’islam se sont infiltrés depuis plusieurs siècles dans nos communautés, sournoisement. On croit se battre pour sa foi. En réalité, ils ne savent même plus pourquoi la situation a dégénéré. Personne ne connaît les chiffres, ni ne sait dans quel camp on tue le plus. Les victimes sont enterrées dans des fosses communes.

Dans les triangles d’or de ce qui reste des métropoles, les loyers sont inaccessibles. Dans les quartiers préservés, le vrombissement de quelques rares générateurs forme un bruit de fond permanent. Mais sans eux, la lumière ne serait pas. Les coupures de courant sont récurrentes et l’accès à l’électricité reste extrêmement coûteux. Cela plombe l’économie du pays, empêche la réalisation de certaines opérations chirurgicales… même les enfants ne peuvent pas étudier le soir ! L’armée, accusée de corruption et d’inefficacité, a perdu la confiance des habitants. Les politiciens instrumentalisent les jeunes, dont la plupart sont au chômage, désœuvrés. A quelques jours des élections générales, on ne croit plus à rien : « Bien sûr, on aime entendre que les acteurs politiques vont réduire le chômage et endiguer l’inflation. Mais ce sont des promesses en l’air, comme toujours. On sait bien que, quel que soit l’élu, cela ne changera rien. » A quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote, la présidentielle a finalement été reportée.

Vous avez sans doute compris que les désordres dont il s’agit ont bien eu lieu, mais il s’agit du Nigeria en 2019. Mais l’enchevêtrement des crises climatiques, énergétiques, halieutiques, agricoles, démographiques… feront en sorte que dans le futur il y aura effondrement de la civilisation thermo-industrielle au niveau mondial. La France n’a pas été épargné et comme les autres nations nous connaîtrons le sort du Nigera* si on n’y prend garde. Si la crise ultime n’a pas lieu en 2049, ce sera un peu plus tôt ou un peu plus tard ! Les Trente Glorieuses (1945-1974) s’étaient transformés en Trente Piteuses (1974-2008), elles sont devenues la Grande Catastrophe. Le choc pétrolier aura lieu aux environs de 2027. Le prix du baril montera à 200 dollars, ne s’arrêtera pas, il pourra quintupler dans l’année. L’évidence est devenue réalité, le pétrole ne coule plus à flot. Fini définitivement les 100 millions de barils consommés chaque jour en 2018 au niveau mondial. La croissance du PIB ne résultait que de la manne noire, on appelle désormais le pétrole la merde du diable. Et les températures sont devenus étouffantes, mortelles en certains endroits, sans eau potable à portée de la bouche. Malheur à tous ceux qui aujourd’hui veulent ringardiser les lanceurs d’alerte, les décroissants, l’écologie scientifique et politique.

* LE MONDE du 13 février 2019, Nigeria : à Lagos, « c’est un crime d’être pauvre ! »

* LE MONDE du 16 février 2019, Au Nigeria, « les start-up qui marchent sont celles qui remplissent le vide laissé par l’État »

Européennes : un appel individuel pour l’union sacrée

L’idée de catastrophe/effondrement fait son chemin, même chez les acteurs. Ainsi Philippe Torreton : « La tragédie humaine a commencé et promet d’être terrible. Les animaux disparaissent, les contrées sauvages rétrécissent, les glaces fondent de plus en plus vite, les eaux montent, les records de chaleur s’accumulent, les matières premières se raréfient, les peuples se crispent et les populismes prolifèrent. Le migrant, ce bouc émissaire, va payer le prix fort. L’idée commencera à germer qu’une partie de la population mondiale doit disparaître, en laissant faire les famines, les agents infectieux ou même par les armes si cela ne suffit pas, et l’on expliquera que « c’était eux ou nous ». Les plus pauvres disparaîtront en premier, les riches leur survivront quelque temps dans des bunkers dorés. Alors que deviennent nos habituelles luttes politiques dans ce compte à rebours ? Aujourd’hui, face à l’urgence de changer nos modes de vie, il serait logique de rassembler toutes les forces vives du pays pour se lancer dans la mère de toutes les batailles : la sauvegarde de l’habitabilité de la planète. Il nous faut une seule liste aux européennes… » Voici quelques commentaires sur le monde.fr :

DIDIER SEYLER : Les femmes et les hommes capables de chercher le bien public se comptent sur les doigts d’une main. Alors imaginer que ceux qui détiennent tout autour de la planète le vrai pouvoir et qui sont ceux qui nous conduisent dans le mur de plus en plus vite, puissent spontanément et tous en cœur, renoncer au pouvoir pour tenter d’arrêter la catastrophe qui s’annonce est une perte de temps !

MICHEL SOURROUILLE : « famines, agents infectieux ou même les armes », Torreton c’est du Malthus tout craché, sauf que Philippe ne parle pas du choc démographique, la mère de tous nos maux ! Notre choix personnel de fécondité est un facteur déterminant des désastres en cours, un multiplicateur de toutes les menaces. Mais même les colibris de Pierre Rabhi n’en ont pas conscience. Alors, les politiques, faut pas compter sur eux, il n’y aura pas d’union sacrée avant l’arrivée des grands massacres…

Pessicart : M. Torreton, vous devez simplement vous habituer à vivre dans un monde où tout ce que vous listez va disparaître. J’étais au Qatar pendant 3 jours, ils ont le plus grand projet planétaire d’exploitation de gaz, ils vivent déjà avec plus de 40 degrés à l’extérieur 6 mois par an, ils n’ont plus de poissons dans la mer, plus d’animaux sauvages sur terre. A ce jour ici ou ailleurs aucune action n’est enclenchée pour changer les choses et les cris d’alarme n’y changeront rien.

Ifig : Il est impossible de baisser le niveau de vie, en démocratie mais aussi en dictature. Les utopies rousseauistes ne sont que des utopies. La crise climatique se résoudra par des solutions technologiques. Les discours catastrophistes comme celui ci n’aident pas à mobiliser vers les solutions.

bad cop : Discours eschatologique formidable, nous avons honte, nous nous flagellons pauvres humains pauvres français que nous sommes qui n’avons pas compris que nous sommes condamnés par notre consumérisme aveugle à nous entre-tuer pour le moindre brin d’herbe ou la moindre molécule non synthétique d’oxygène. Ouf ! Je n’aime pas beaucoup Torreton chroniqueur, son faux nez et son lyrisme… le problème c’est qu’il a raison !

Arpagon : Je suis d’accord, il y a urgence à limiter les émissions de CO2. Taxer les combustibles qui les génèrent serait un bon point de départ. Pas besoin d’union nationale pour cela: un gouvernement ayant une majorité claire et conscience des enjeux peut le faire s’il est courageux. M. Torreton je compte sur vous pour aider à convaincre les gilets jaunes que c’est une nécessité pour l’avenir de leurs enfants.

Pm42 : On est dans un pays où la population veut rouler vite, ne pas payer son essence trop chère et avoir plus de pouvoir d’achat. Et où personne ne vote écolo. Les hommes politiques ont bon dos… En démocratie, le peuple est souverain mais apparemment absolument pas responsable des conséquences de son vote. Amusant.

le sceptique : Soit le corps électoral partage les idées de cet acteur, et il donnera tout seul une large majorité à la liste EELV qui portera ce discours ; soit le corps électoral ne partage pas les idées de cet acteur, et rêver d’une liste unique exprime sa difficulté à vivre en démocratie, avec des gens n’ayant pas la même sensibilité ou les mêmes priorités.

* LE MONDE du 22 février 2019, Philippe Torreton : « Le combat pour enrayer le réchauffement climatique conditionne tous les autres »