politique

Brouhaha médiatique et démocratie réelle

Grâce à un cerveau surdimensionné, nous sommes la mesure de toutes choses, mais notre objectivité n’est que la somme de nos subjectivités humaines. Notre cortex préfrontal permet en effet de synthétiser non seulement notre propre expérience concrète, mais aussi toutes les considérations formulées par d’illustres ancêtres et des parents proches, de doctes ignorants ou des ignorants enseignants, et bien d’autres sources de connaissance qui nous apportent leurs croyances sous forme de vérités. En conséquence, nous avons beaucoup de mal à distinguer le vrai du faux, le mensonge en toute bonne foi et la foi qui trompe, l’apparence de la réalité et la réalité des apparences. D’où la difficulté d’avoir un consensus même sur des faits aussi avérés que le réchauffement climatique d’origine anthropique. D’où l’inertie politique qui se contente depuis plus de 25 ans de conférences internationales (COP1, 23…, 25, 26) sur le climat pour en déduire qu’il est urgent de ne rien faire. En France la convention des 150 citoyens tirés au sort arrive pourtant à des résultats tangibles, il suffisait de leur donner de bonne informations et de les faire travailler sérieusement. C’est ce que démontre Stéphane Foucart : « Les 150 citoyens ont bénéficié de présentations d’experts, ils ont été mis en contact avec des opinions différentes, ils ont cherché à vérifier par eux-mêmes. C’est ce qui devrait se produire dans la société, mais le brouhaha médiatique finit toujours par transformer les faits les plus raisonnables en constructions idéologiques. Il faut bien sûr ne jamais renoncer à débattre, mais contester à tort la réalité d’un problème permet d’éviter de jamais débattre de ses solutions ! »  

Les commentateurs sur lemonde.fr confirment ce diagnostic :

Michel Lepesant : Excellente analyse qui a de surcroît le mérite de relier la question écologique à la question démocratique. A contrario, il est évident que pour les partisans de l’économie punitive (celle de l’idéologie inégalitaire, propriétariste et méritocratique), un peu de démocratie c’est déjà trop.

Sennepy : Le problème de fond dans notre société c’est que la connaissance est tout autant dévalorisée que le politique, en cela l’école a failli, n’a pas été capable de former des jeunes pouvant chercher la bonne information dans le fatras de ce qui circule sur internet. Et cela est malheureusement parachevé par les réseaux sociaux qui n’ont qu’un objectif, faire du fric, du coup les mauvaises informations habillées d’un grand nombre d’avis positifs deviennent réalité et empêchent la réflexion du citoyen, ajoutez quelques populistes qui déversent leur bile et leur hargne et vous arrivez au blocage complet.

dmg : Ainsi donc, prenez un panel de Français au hasard ; confrontez-les pendant 6 mois à des spécialistes incontestables et incontestés sur des sujets compliqués et polémiques ; au final, vous aurez un consensus intelligent. Ne pourrait-on pas faire la même chose avec les journalistes ? A part quelques rares, dont l’auteur de cette chronique, ils tournent en rond sur les sujets compliqués et les montent en polémiques avec des postures dogmatiques, traités sur des modes catastrophiques, à l’opposé d’une éthique journalistique digne de ce nom, parce que ça fait vendre, construisant ainsi une opinion déboussolée, à la merci des discours extrémistes.

Frog : Bien vu. Il n’y a aucun doute sur le fait que le manque d’intérêt vis-à-vis de l’environnement vient d’un manque de connaissances claires.

Bv34 : Est-ce que ce constat, au demeurant fort juste, n’est pas un terrible acte d’accusation contre nos média ? Qui d’autres qu’eux, en effet, peut faire en sorte que les faits l’emportent auprès du public, sur l’idéologie ou les intérêts ? Il ne faut pas compter sur nos politiques, qui ont décidé une fois pour toutes, semble t-il, que les français étaient trop immatures pour leur dire la vérité…

Pessicart : On peut aussi conclure qu’un citoyen moyen n’est pas au niveau pour juger un problème d’envergure nationale. Cela pose un problème d’envergure puisque chaque citoyen pèse autant que les autres dans les élections et que la masse des électeurs n’est pas capable de comprendre les sujets en profondeur. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des populistes au pouvoir, leurs idées simples attirent les électeurs simples. S’en remettre à des experts comme dans cette convention c’est donner un porte voix à ces experts ; pour paraphraser une phrase célèbre, ces citoyens nous ont donné l’heure avec la montre des experts.

Sherlock06 : La réussite de ce débat ne vient pas selon moi de la mise en évidence de base factuelle. Cette base factuelle existe pour tout le monde. Et n’est pas nouvelle. Elle vient selon moi de deux choses : 1) cette convention citoyenne a travaillé à l’abri des lobbys (ce qui n’est pas le cas de nos parlementaires ou responsables politiques qui sont en permanence sous influences intéressées) 2) ces citoyens ont pensé au bien commun et n’ont pas cherché à privilégier « leur élection ou leur réélection » à court terme. A partir de là, des débats plus sains ont pu avoir lieu et le bien commun à long terme a pu être analysé.

Sarah Py : C’est le jeu de l’opinion qui doit interroger et sa faiblesse intrinsèque. Nous vivons le règne de l’opinion, expression de l’émotion, du préjugé, de l’esprit de contradiction et du baratin. Imaginons le contributeur ‘’ le sceptique ‘’ choisi pour cette convention. Avec une responsabilité et des obligations, serait-il toujours pourfendeur des khmers verts ?

le sceptique @ Sarah Py : je refuse le principe qu’un comité de 150 prenne en quelques jours à peine de travail utile des mesures impactant la vie de leurs concitoyens, surtout celles qui iront directement en normes par voie réglementaire (un scandale anti-démocratique). Je supporte déjà mal le jacobinisme et le centralisme des élus, alors celui des tirés aux sorts, non merci.

Michel SOURROUILLE : Alors que nos activités humaines rentrent en interférence avec les cycles vitaux de la biosphère et engagent ainsi la survie des générations futures, nous faisons comme si seul l’instant présent avait de la valeur. Comme l’animal qui se contente de son environnement immédiat, nous préférons nous satisfaire d’une vision restreint,e avec un état d’esprit limité par nos sens abusés et conditionné par la société du moment. Contrairement à l’animal cependant, nous pouvons percevoir que notre perception n’est que construction sociale, que tout est relatif et compliqué, que l’apparence n’est pas gage de réalité. La Convention citoyenne, panel à l’image d’une opinion collective bien informée, démontre que nous pouvons par cet intermédiaire essayer de percevoir le monde tel qu’il faudrait le voir s’améliorer mieux que ne le fait la démocratie dite « représentative » et ses élus souvent désinformés, soumis au jeux du pouvoir et simple relais de ce que disent les dirigeants de leur parti…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

15 novembre 2019, Sans écologisme, la démocratie part en vrille

7 octobre 2019, L’écologie sera-t-elle fasciste ?

24 mai 2019, Quelle démocratie en période d’urgence écologique ? (synthèse)

13 avril 2019, Quelle démocratie en situation d’urgence écologique ?

6 janvier 2019, Climat 2019, la démocratie à l’épreuve de l’écologie

11 juillet 2010, démocratie et écologie

9 janvier 2010, démocratie Internet et écologie

Barbara Pompili fera-t-elle mieux que Hulot ?

Le 6 juillet 2020, Barbara Pompili est nommée ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Jean Castex. Elle avait adhéré aux Verts en 2000, elle était chargée des relations avec la presse pendant la campagne présidentielle de 2002 de Noël Mamère, candidat de écologie politique. Barbara a une vertu première, elle a été longtemps proche du plus radical de nos institutionnels écolos, Yves Cochet. Durant cinq années, elle travaille avec lui en tant qu’assistante parlementaire, fonction qu’elle définit comme son métier. Elle le soutient lors de la primaire présidentielle écologiste française de 2006 et le présente comme son « père politique ». Voici ce que nous avons déjà dit de Barbara Pompili sur notre blog biosphere :

– La députée Barbara Pompili avait posé en 2012 une question écrite au ministre de l’Éducation nationale sur la pratique de l’espéranto : « L’usage de cette langue est reconnu pour son intérêt dans les échanges entre les peuples et son action en faveur de l’amitié transnationale. L’apprentissage de l’espéranto est également considéré comme relativement aisé, notamment pour les jeunes. C’est pourquoi je demande s’il est envisagé que l’espéranto puisse devenir une option facultative au baccalauréat. » Le ridicule de la réponse officielle qui laisse penser à une infériorité de l’espéranto sur le bambara laisse pantois. Notre mère la Terre a pourtant besoin de l’élaboration d’un langage commun aux humains.

– Le jeudi 23 janvier 2014 les débats de l’assemblée nationale sont consacrés à la « niche » des écolodéputés, seul jour dans l’année où le groupe peut présenter ses propres propositions de loi en séance. Barbara Pompili, avec Eva Sas et François de Rugy soutienent la modification de la loi organique relative à la programmation et à la gouvernance des finances publiques visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse

– Yannick Jadot ne digère pas que Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse quittent EELV le 11 février 2016 pour devenir ministres, les accusant d’« instrumentaliser l’écologie politique à des fins d’ambition personnelle ». François Hollande suit le préceptes de son mentor François Mitterrand en son temps, diviser les écologistes pour mieux régner. Sont nommés les transfuges suivant, ceux qui passent à l’ennemi, ceux qui rejoignent un gouvernement socialiste qui a amplement démontré depuis quatre années son penchant anti-écolo : Ministre du Logement et de l’Habitat durable : Emmanuelle Cosse, ex-patronne d’EELV ! Secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la Simplification : Jean-Vincent Placé, ex-président du groupe EELV au Sénat. Secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité : Barbara Pompili, ex-porte parole d’EELV à l’Assemblée nationale

Début 2016 la toute nouvelle secrétaire d’Etat à la biodiversité, l’ex EELV Barbara Pompili, s’est crue obligée de défendre un amendement gouvernemental mettant en pièces le principe du pollueur-payeur. A lire l’exposé des motifs de l’amendement, le but de l’exécutif était clair : éviter, est-il écrit, « un risque juridique excessif » pour les milieux économiques. Un quasi copié-collé de la position du Medef, qui lors de l’examen au Sénat disait craindre « des risques juridiques pour les entreprises ». Tout est dit, le gouvernement socialiste de François Hollande est à la botte de l’appareil productif.

– 16 mai 2017, lendemains de la présidentielle. Pendant les cinq années à venir, l’enjeu est de pouvoir coopérer avec le nouveau président de la République . Macron a été déjà rejoint par beaucoup d’écologistes, de gauche, de droite ou du centre, Jean-Paul Besset, Barbara Pompili, Corinne Lepage, Serge Lepeltier, etc. Leur raisonnement est de faire avancer la cause écologiste à l’intérieur du parti dominant. Ce point de vue est respectable, surtout à l’heure où l’écologie diffuse dans tous les partis. L’ensemble des citoyens de ce monde est censé être ou devenir écologiste puisqu’il s’agit d’envisager les moyens de vivre en équilibre durable avec les possibilités de la biosphère.

₋ législatives de juin 2017, EELV paie ses divisions et est balayé un seul de leur candidat est en passe d’être élu … il n’avait pas à affronter un candidat d’En marche ! Le symbole de cette hécatombe est la défaite de Cécile Duflot dans la sixième circonscription de Paris, arrivée en troisième position. Seuls surnagent les écologistes qui ont apporté leur soutien à Emmanuel Macron. François de Rugy a obtenu 45,34 % des voix et Barbara Pompili arrive aussi en tête avec 40,70 % des voix.

– juillet 2019. Sous le poids des affaires, François de Rugy vient de démissionner de son poste de ministre de la social-écologie. Barbara Pompili, l’une des parlementaires LREM les plus proches de François de Rugy, avec qui elle avait été élue sous les couleurs d’Europe Ecologie-Les Verts en 2012 : « Je ne peux pas comprendre cette légèreté dans la gestion des moyens publics destinés à l’exercice du mandat parlementaire ».

2022, Macron n’ira pas au second tour

En cette période de changement de gouvernement, faisons le point. La présidentielle 2017 était centrée sur le dégagisme porté par le Front national de Marine et les Insoumis de Mélenchon, « à mort les élites, le peuple vaincra ». C’est le nouveau venu Emmanuel Macron qui a remporté la mise avec le slogan « dépassons la droite et la gauche, votez pour moi, EM, En Marche ». Une fois élu, Macron jubile : « Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national », mot d’ordre adressé aux députés de La République en marche (LRM) le 16 septembre 2019. Neuf mois plus tard, la poussée d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) au second tour des élections municipales change la donne : 28 juin, la vague verte submerge la Macronie. Désormais, le chef de l’état est attaqué sur deux fronts, à son extrême droite le Rassemblement National, et de tous les côtés les Verts. L’émergence brutale des thèses environnementales dans la perspective de l’élection présidentielle menace directement l’accession de M. Macron au second tour. Deux lignes principales de défense ont émergé. D’un côté, certains élus préconisent de verdir le programme pour capter une part de l’électorat aujourd’hui attiré par EELV. Dès le lendemain du scrutin municipal, Macron a présenté un plan pour l’environnement lors de la réception des membres de la convention citoyenne sur le climat. A l’inverse, certains députés de son aile droite préconisent de s’opposer frontalement aux représentants d’EELV, qu’il convient de caricaturer en « pastèques » – verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur –, afin de les décrédibiliser. Hors de question pour eux de travailler avec des élus « d’extrême gauche ». La jeune députée Aurore Bergé croit bon d’alerter Macron sur un supposé péril vert, en assimilant EELV à « des gens qui sont contre les vaccins », « contre l’extension de la 5G » et « qui vont dans des manifestations indigénistes ». Face à ce dilemme stratégique entre deux voix contradictoires, le patron de LRM, Stanislas Guerini, plaide pour une voie médiane : « Contrairement à EELV, nous ne voulons pas nous contenter d’une écologie de l’incantation, mais mettre en œuvre une écologie concrète, non punitive, qui s’appuie sur la science et l’innovation, qui mobilise les entreprises, et ne renie pas les libertés individuelles. »

Quelques réactions sur lemonde.fr  à l’article « Comment Emmanuel Macron veut contrer la poussée écologiste » :

PL : Ce qui est assez effrayant dans ce genre d’article, c’est qu’il considère comme acquis que le seul souci de Macron est sa réélection et la façon dont son parti doit communiquer, et aucunement le souci de l’intérêt général. C’est un travers, grave, et qui devrait être présenté comme tel, et pas comme une façon naturelle de faire de la politique… Je trouve inquiétant de voir les journalistes banaliser de plus en plus le carriérisme et l’irresponsabilité des politiciens (Macron ou d’autres d’ailleurs).

Françoise B. : En somme, il s’agit d’avoir l’air « vert » pour contrer ceux qui le sont vraiment, afin d’être réélu. Calcul peu digne. Cela semble confirmer qu’un Président se fiche des soucis des électeurs, mais cherche à les manipuler pour rester au pouvoir.

Isto : Accablant que la seule chose qui semble les préoccuper avec l’écologie, ce sont les voix qu’elles risquent de capter. De l’écologie pro-business !

In varietate concordia : Face à l’urgence climatique – et écologique de façon générale, la réponse du gouvernement : lutter contre les écolos. Bravo. C’est parfait. De bons petits soldats au service des grands patrons pollueurs.

Francis C : « le message (de Macron) n’est pas bien passé… » Mais si, au contraire il est très bien passé : rien à faire de l’environnement, à part quelques symboles qui ne coûtent pas grand chose. La fermeture de Fessenheim comme bilan sur l’environnement…

nihaho : Ils pleurnichent que ça imprime pas. Mais si mais si, ça imprime très bien : le glyphosate tjs là, le merveilleux libre échange grâce auquel je pourrai acheter du steak canadien, les emballages plastiques interdit en …. 2040, le plan vélo doté d’une somme dérisoire, un ministre de l’agriculture contre l’introduction d’un repas végétarien dans les écoles…

Marcus : Manu n’est pas content, c’est ce qu’il redoutait: le renouvellement d’une force crédible à gauche. Lui qui s’est maladroitement évertué à faire croire que le choix politique était restreint au « progressisme » (sic) dont il serait le valeureux représentant (re sic) versus le « populisme » d’extrême-droite. IL s’est vraiment démené pour maintenir cette fiction. Hélas, ceci n’est fort heureusement plus crédible. Ses plans s’écroulent: il ne pourra plus invoquer (comme il nous l’a déjà fait en 2017) comme seul argument piteux et anti-démocratique: « moi ou le chaos ». C’est terminé et ceci est une extrêmement bonne nouvelle pour nous. Quant au si soudain engouement de Macron pour l’écologie….ouarf, no comment.

Gilles Roger : La palme d’or pour le palmipède qui cette semaine titre : « Le virage écolo de Macron : un vert à moitié vide ou un vide à moitié vert ? »

28 juin, la vague verte submerge la Macronie

Municipales 2020, c’est une bascule historique. Les écologistes deviennent la force principale, non par le poids de leur appareil, mais en imposant leurs thèmes. Petite structure de quatre salariés, sans députés à l’Assemblée nationale, EELV a ravi plusieurs grandes villes, devenant ainsi une force majeure de l’opposition au président de la République Emmanuel Macron. Les écologistes gagnent – seuls ou à la tête de coalitions – des communes comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Besançon, Annecy ou encore Colombes (Hauts-de-Seine). Ils gardent Grenoble et participent à la victoire à Paris, Montpellier… La Macronie en déroute (et ronchonneuse), le RN à la peine (et ringardisé), le courant écolo-gaucho-citoyen en forme (et relayé par des collectifs issus des luttes, implantés localement et très actifs), que des bonnes nouvelles ! Voici quelques réactions significatives sur lemonde.fr :

Charlus-sixty-six : De la même manière que les hussards noirs d’hier avaient conditionné une génération à voter rad-soc et à mourir dans les tranchées, les hussards verts façonnent les cerveaux d’aujourd’hui à voter écolo et à faire des potagers bio…

Ulysse : Faudra t-il un président écologiste pour que cela avance vraiment ? Oui, sauvegarder une terre vivable, cela restreint certaines libertés.

Julien Bayou, secrétaire national d’EELV : Cela ressemble aux municipales de 1977, gagnées par la gauche et qui préfiguraient la victoire de François Mitterrand en 1981. Malgré les coalitions anti-climat, malgré les insultes dans la campagne, les maires écologistes sont réélus et de nouvelles victoires permettent à l’écologie de s’ancrer durablement dans les territoires, dans de nombreuses villes et grandes métropoles. Mais aussi dans de nombreux villages et quartiers populaires, sur lesquels l’attention se porte moins : Schiltigheim, Bègles, Arcueil…

S. Mouchot : Le parallèle avec 1981 est juste. L’écologie sociale suscite de grands espoirs notamment chez les jeunes. Espérons que leur pratique du pouvoir ne déçoive pas. Pour notre planète et notre démocratie…

Bobby Videau : C’est un « tournant politique » qui conduira Les Verts à faire 10% des voix à la présidentielle 2022. Cela leur laissera la possibilité de déterminer s’ils appellent à voter Le Pen ou Macron au second tour.

David Cormand, ex-secrétaire national d’EELV : On devient une valeur refuge pour les électeurs En marche ! [ancien nom de LRM] qui ont rompu avec Macron, mais aussi pour un électorat de gauche qui voit que le récit social-démocrate classique est obsolète, intenable. Notre récit prend le pas sur la gauche productiviste.

Piérick : Partout dans le monde, les élus Verts incarnent le dernier espoir de sauver aussi bien notre planète que nos civilisations ! Face au système capitalisme, oligarchique, qui tente désespérément de sauver ses intérêts en sacrifiant ses représentants (Macron, Colomb, Trump, Johnson, Bolsonaro, etc), face aux idéologies socialistes qui persistent à oublier l’écologie dans leurs équations, il faut espérer que cette vague verte sera bientôt planétaire : il en va de notre avenir !

Philistin @ Piérick : L’avenir, l’avenir Vous n’avez que ce mot là à la bouche. Or l’avenir est une chose du passé. La vraie modernité c’est d’assumer le no future intégral. Il n’y a pas d’avenir. Vivons maintenant comme des lions au lieu de bouffer des graines marcrobiotique. Faisons des orgies d’huile de palme. Homo sapiens a 300 000 ans, c’est un beau score mais c’est fini. Pour quoi mendier un supplément d’existence ? Homère, Beethoven et Rembrandt sont derrière nous et ne reviendrons pas. Assumons d’être les derniers et éteignons la lumière en mourant. Et faisons-le joyeusement au lieu de nous angoisser. Un orgasme de pétrole et de surconsommation c’est mieux que des décennies de soins palliatifs.

Jérôme Fourquet de l’IFOP : La grille de lecture de l’épidémie s’est faite autour de l’écologie, avec les questionnements autour de nos modes de vie et de consommation qui mettent à trop rudes épreuves nos écosystèmes. Le confinement a été un accélérateur. Les gens demandent du localisme, une baisse de la consommation frénétique. Cette période a renforcé les thèmes d’EELV. 

Kosim : Preuve s’il en fallait qu’il est devenu indispensable de tenir compte des questions écologiques. Il serait temps que les gouvernements aussi bien de gauche que de droite s’en rendent compte, et pas seulement en France, car on va droit dans le mur en repartant sur des logiques de croissance effrénée et de consommation à outrance. Espérons que la consultation citoyenne sur le sujet portera ses fruits !!

Yannick Jadot : L’alternance se fait autour de l’écologie. Là où l’on gagne, c’est avec des rassemblements larges, avec des projets qui ont trois pieds, l’écologie, la solidarité et la démocratie.

NC : Pas sûr que le tabouret vert a 3 pieds soit bien stable… Un 4eme pied nomme économie me semble nécessaire pour plus de stabilité.

Constitutionnaliser l’écocide par référendum

« Ce serait la meilleure façon pour que n’importe quelle association ou citoyen ait la possibilité de saisir le juge pour faire arrêter une activité humaine, une entreprise, une association ou même son voisin » s’exclame le premier ministre Edouard Philippe. Marie Toussaint, Eurodéputée écologiste, donne un point de vue contraire dans  « Référendum sur l’écocide: “Il faut faire confiance aux Français”:

« L’écocide implique une atteinte grave à un ou plusieurs écosystèmes: les océans, les forêts, les rivières etc. Deux versions en ont été formulées, qui font débat : pour que soit répréhensible, on peut en effet exiger que l’atteinte grave soit intentionnelle ou,comme c’est le cas pour les crimes contre l’humanité, on peut se contenter que l’auteur de l’infraction ait eu connaissance du risque. Cette notione est née de la prise de conscience des crimes conjoints contre la nature et l’humain.  C’est dans les années 70, après l’utilisation massive par l’armée américaine de l’agent orange dans la guerre du Vietnam, qu’on a commencé à y faire recours d’une manière plus concrète. Onze pays répriment déjà depuis 1990 l’écocide. Le premier a été le Vietnam. En décembre 2019, les Maldives ont formellement demandé que l’écocide figure parmi les infractions jugées par la CPI, alors que quasiment en même temps, lors de la COP 25, l’Etat des Tuvalu dénonçait l’inaction des Etats-Unis en matière climatique comme crime contre l’humanité.

L’adoption de l’écocide en France serait un véritable basculement philosophique et juridique. Elle permettrait de punir les atteintes graves aux écosystèmes perpétrées non seulement sur le territoire national, mais aussi à l’étranger si les auteurs ou les victimes sont  français. La France pourrait même s’octroyer une juridiction universelle, c’est-à-dire la capacité de juger de cette infraction quels que soient le lieu où le crime est commis et la nationalité des auteurs ou des victimes. Intégrer l’écocide en droit français renforcerait en outre les démarches de la France pour qu’il soit reconnu au niveau international, par exemple devant la CPI. Le droit de l’environnement déjà en vigueur en France reste encore largement en deçà des besoins. Le préjudice écologique, que la jurisprudence a reconnu en droit civil dès 2012, et que la loi a adopté en 2016, vient tout juste de connaître ses premières applications. Les infractions pénales existantes se limitent à punir des violations de normes très précises, comme par exemple celles réglementant les déversements dans les cours d’eau. Ces infractions ne reconnaissent pas le droit de la nature à être protégée. Qui protège la terre protège l’humanité ; il ne faut pas oublier que l’écocide implique une atteinte à la capacité de l’humanité à vivre sur la planète.

Je suis ravie que la CCC (Convention citoyenne sur el climat) ait proposé de pénaliser en France l’écocide, et ce à 99,3% des voix, ce qui en fait l’une des propositions les mieux votées par ses 150 membres. Je trouve en outre qu’elle a mené un travail extraordinaire, en élaborant une fiche légistique très convaincante. J’apprécie notamment l’idée soutenir l’écocide par la création d’une Haute autorité des limites planétaires : elle permettra aux juges de se baser sur une évaluation transparente des atteintes à l’environnement susceptibles d’être réprimées ou d’être prévenues via des mesures conservatoires. Soumettre la création de l’écocide à un référendum est ue bonne chose puisque le Parlement français a déjà rejeté deux fois la notion d’écocide et que le gouvernement actuel s’est déjà exprimé contre l’adoption de la notion en droit français. »

Référendum climat, que va en faire Macron ?

Trouver une place dans la Constitution pour la lutte contre le réchauffement climatique, vaste débat. Dès septembre 2017, Nicolas Hulot avait échangé avec l’association WWF de cette possibilité. En mars 2018, Nicolas Hulot avouait en discuter depuis plusieurs mois avec Emmanuel Macron. Fin juin 2018, Nicolas Hulot obtient de l’exécutif que les mots « environnement, climat et biodiversité » figurent dans l’article premier de la Constitution ; c’est une avancée car cet article consacre le fait que « le peuple affirme le caractère fondamental de… ». Et puis plus rien, Macron a d’autres chats à fouetter. Aujourd’hui les 150 citoyens reprennent le flambeau hulotiste et souhaitent que le préambule de la Constitution précise que « la conciliation des droits, libertés et principes ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité ». Ils veulent également ajouter à l’article premier que « la République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ».

L’hypothèse du référendum prend chaque jour plus de consistance à l’Elysée, mais depuis le « non » au traité constitutionnel européen de 2005 aucun président de la République ne s’y est risqué. En 1969 de Gaulle avait proposé d’accroître le pouvoir des régions et d’élargir la représentativité du Sénat par voie référendaire. La campagne référendaire devint un vote pour ou contre le Général, qui, désavoué par les électeurs, quitta aussitôt le pouvoir. Les Français ont pris l’habitude de ne pas répondre à une question qui leur est posée pour faire du simple « dégagisme ». Rappelons que l’article 89 de la Constitution permet au président de la République de soumettre au peuple français un projet de révision de la Constitution, mais il faudrait qu’un vote identique de l’Assemblée nationale et du Sénat valide le projet de référendum… et les deux assemblées ne sont pas de la même couleur politique ! Aussi Emmanuel Macron envisage-t-il sans rire un référendum simplement consultatif : « Ça ne s’est jamais fait, mais je suis prêt à aller dans cette direction, on peut innover démocratiquement. » 265 parlementaires de la majorité envisagent récemment« l’organisation possible d’un référendum à choix multiples pour garantir que la majorité des Français soutient l’ambition climatique du président ».

Disons clairement qu’un QCM (questionnaire à choix multiples) ne représentera rien de ce qu’il faudrait mettre en œuvre, une écologie de rupture. La disparition totale de la taxe carbone à cause de quelques Gilets jaunes à des ronds-points est un exemple de l’incapacité du « peuple » à vouloir lutter contre le réchauffement climatique. La proposition des 150 citoyens d’une « limitation de vitesse à 110 km/h sur autoroute » aurait toutes les chances d’être rejetée par une majorité des hommautos : « On croit fabriquer des automobiles, on fabrique une société. » Emmanuel Macron a prévu de recevoir le 29 juin les 150 pour leur apporter de « premières réponses ». Cette réception confirmera sans doute qu’il faut prendre Macron pour ce qu’il est, un « progressiste » qui nous mène en bateau. Il s’est assis avec le plus parfait mépris sur les milliers de cahiers de doléances du Grand Monologue, pardon du « Grand Débat ». Il fera de même avec les 150 propositions citoyennes.

Notons pour conclure que l’écologie est déjà présente dans la Constitution. Le 28 février 2005, la Charte de l’environnement était approuvée par les parlementaires français réunis en Congrès pour lui donner une valeur constitutionnelle : « Aux côtés des droits de l’homme de 1789 et des droits sociaux de 1946, et au même niveau, nous allons reconnaître les principes fondamentaux d’une écologie soucieuse du devenir de l’homme.» … ». Mais ce n’est pas parce que c’est dans un texte, même jugé « fondamental », que les humains l’appliquent. La preuve, il suffit de regarder l’état de la planète et sa constante dégradation.

Les thuriféraires de « l’écologiste » Macron

« Le monde d’après sera résolument écologique. » Cela fait penser à une motion de congrès en 2008, « Pour un parti socialiste résolument écologique », 1,58 % des voix, aucune avancée. Cette fois c’est une tribune de 265 parlementaires sous la coupe de Macron qui reprend l’antienne. Un peu de communication et beaucoup de vent, c’est vide et ennuyeux, cela se nomme greenwashing. La première partie est un hymne au passé immédiat et au futur proche. Ils affirment vouloir défendre une écologie progressiste, pertinente sur le plan économique et créatrice d’emplois. La triangulaire infernale, croissance et emploi, sans oublier l’écologie. L’autosatisfaction est permanente, « Nous avons pris des mesures sans précédent… Nous avons fait des choix courageux et concrets… Nous avons changé en profondeur… nous, parlementaires de la majorité présidentielle, sommes fiers de tout ce qui a déjà été entrepris… Nous voulons aller encore plus loin et encore plus vite afin d’agir face à l’urgence écologique… Nous avons fait de l’écologie un élément clé de l’influence française en Europe… Nous réinventons les règles de la mondialisation sans tomber dans le repli sur soi nationaliste Nous construirons en France et en Europe les voitures électriques et leurs batteries… Nous voulons être les premiers à inventer et produire à l’échelle industrielle l’avion décarboné… »

Ces parlementaires obséquieux envers leur maître font preuve de l’optimisme techniciste en vogue actuellement. Voiture électrique et avion décarboné, laissez-moi rire ! Ils se réfèrent à la loi Hulot d’arrêt des permis d’hydrocarbures sur le territoire, ils oublient de dire que Hulot a démissionné avec fracas le 28 août 2018* d’un gouvernement qui faisait de l’écologie à reculons. Ils font croire que « Les ONG environnementales européennes classent la France dans le top 3 pour son action climatique ». Nous avons trouvé sur le net cela : « Les trois premières places de ce classement ont été laissées vides. Ce n’est pas une erreur. GermanWatch a volontairement laissé ces places vides afin de symboliser l’incapacité des Etats à mettre en place des politiques efficaces pour réduire leurs émissions de CO2. Aucun pays n’est pour l’instant dans la bonne dynamique pour respecter les efforts de réduction de CO2 nécessaires pour lutter contre le changement climatique. Voilà pourquoi aucun n’est sur le podium. »** La France arrivait en 15ème position ! Si Macron était écolo, ça se saurait sans le dire dans une tribune médiatisée.

Ces parlementaires se réfèrent à la convention citoyenne pour le climat qui vient de sortir ses propositions. Ils se gardent bien d’en commenter le contenu, il restent dans le vague le plus absolu : « Ces propositions devront être écoutées et largement mises en œuvre, à travers les lois votées au Parlement, à travers notre mobilisation en Europe lorsque la compétence se situe à cet échelon, et avec l’organisation possible d’un référendum à choix multiples pour garantir que la majorité des Français soutienne cette ambition. » Sachant ce que Macron a fait du grand débat concédé aux Gilets jaunes, beaucoup de vent, on sait d’avance le résultat. Le climat sera enterré, comme l’a été le Grenelle de l’environnement sous Sarkozy. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

16 juin 2019, Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo

30 avril 2019, Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

27 mars 2019, Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

16 janvier 2019, Macron : le débat écolo a avorté avant de commencer

13 janvier 2019, Macron, un bilan écologique globalement négatif

5 mai 2017, L’écologie n’était pas à la fête avec Macron et Le Pen

2 février 2015, Loi Macron, l’écologie tenue pour quantité négligeable

* Michel Sourrouille en a tiré tout un livre, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », octobre 2018

** https://youmatter.world/fr/top-classement-pays-lutte-rechauffement-climatique-2017/

les leçons à tirer de la Convention Climat

« Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique… La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. ». Durant neuf mois, 150 citoyen.e.s ont réfléchi dans le cadre de la convention citoyenne pour le climat. Voici quelques extraits de leur rapport de 600 pages  :

Validité de la convention en introduction : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. Pour répondre à la question qui nous était posée, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre [(GES)] d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? », nous avons échangé librement dans la pluralité de nos opinions. Nous nous sommes nourris d’échanges avec des experts et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d’être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance. Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique : la Terre peut vivre sans nous, mais, nous ne pouvons pas vivre sans elle. Si nous ne rattrapons pas le retard pris, beaucoup de régions du globe deviendront inhabitables, du fait de la montée des eaux ou de climats trop arides. C’est une question de vie ou de mort ! »

Rupture civilisationnelle en conclusion : « Nous ne sommes pas en compétition avec les élus ou les autres acteurs de la société française : nous devons tous changer nos comportements en profondeur pour laisser à nos enfants et petits-enfants une planète viable. L’urgence climatique nous impose des décisions difficiles mais indispensables . Il apparaît inévitable de revoir nos modes de vie, nos manières de consommer, de produire et de travailler, de nous déplacer, de nous loger et de nous nourrir. Nous, les 150 citoyennes et citoyens, sommes conscients que les mesures que nous préconisons peuvent être difficiles à comprendre et parfois à accepter pour tous ceux qui verront leur métier disparaître et devront se réorienter, et qu’elles impliquent de nouvelles contraintes pour tous les Français. La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. Pour autant, il est vraisemblable qu’elles soient encore insuffisantes pour atteindre l’objectif de réduction de 40 % des émissions de GES et maintenir l’augmentation de la température de la terre en deçà de 2 degrés. Nous pensons donc important que nos concitoyennes et concitoyens se saisissent de tous les sujets que nous avons travaillés pendant neuf mois avec le souci constant de l’intérêt commun..

Nous considérons que la réussite de cette convention dépendra en grande partie du respect par l’exécutif de son engagement à transmettre nos propositions « sans filtre », c’est-à-dire dire sans être reformulées ni adaptées, mais également de leur prise en compte par le pouvoir législatif. Nous attendons des pouvoirs publics une prise en compte immédiate de nos propositions permettant une accélération de la transition écologique, notamment en faisant du climat la priorité des politiques publiques, en évaluant les résultats et en sanctionnant les écarts. Nous invitons les acteurs économiques à mener une action plus volontariste en faveur de la transition écologique, repensant en profondeur nos modes de production et de consommation, et favoriser une meilleure distribution des richesses. Les référendums sur la Constitution et la reconnaissance du crime d’écocide que nous demandons permettront à tous les Français de prendre conscience, comme nous l’avons fait, des enjeux et des dangers du réchauffement climatique, et d’une sixième extinction de masse, de débattre et de s’approprier la transformation de la société qu’impliquent nos mesures. »

Le colibri inspire la convention citoyenne

« Faire sa part » comme un colibri n’empêche nullement de délibérer collectivement, de voter. L’écrivain et réalisateur Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibris, est d’ailleurs l’un des garants de la convention citoyenne pour le climat, qui vient de rendre publiques ses propositions. Aucune ne prône le maintien du statu quo thermo-industriel, voici quelques propositions iconoclastes qu’ils ont votées : « réduire la vitesse sur les autoroutes de 130 à 110 km/h, limiter les déplacements des salariés et des fonctionnaires. renforcer l’écocontribution kilométrique du transport aérien, interdire les terrasses chauffées,et l’éclairage des magasins la nuit,interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension de ceux existants, obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici à 2030, renoncer à la climatisation en deçà de 30 °C, tous les produits manufacturés vendus en France devront pouvoir être réparés, plastiques à usage unique supprimés dès 2023, deux repas végétariens par semaine dans la restauration collective à partir de 2025, légiférer sur le crime d’écocide. » Tout cela constitue-t-il une atteinte à nos libertés ? C’est ce que pense des commentateurs sur lemonde.fr, mais heureusement le bon sens est souvent présent :

NicoLoco : Est ce qu’il y a une contribution bienveillante dans le lot ? Tout est interdiction, culpabilisation et obligations …

aztechk : Bienvenue en Urss.

Cathy Penflam : Bienvenue dans un monde sinistre de curés hygiénistes et trouillard. Les Sagan d’aujourd’hui vivent leur fureur de vivre en vélib et James dîne d’un steak de soja aux légumes oubliés.

Prm : Interdire les nouveaux aéroports alors qu’on sait que la demande aérienne explose ? Mais sérieusement qu’est ce que c’est que cette bande de bolcheviques ? On peut pas remplacer le train par la course à pieds aussi ? Et encore pieds nus parce que fabriquer des chaussures c’est polluant.

Judilat : Quelle légitimité ces 150 personnes ? Une nouvelle monarchie ?

Carol Langloy : Le ridicule et la bêtise crasse de ces propositions montrent une fois de plus que le gouvernement par le peuple est une horreur. Seule la démocratie, le gouvernement par les élus, peut fonctionner…

Jean.ne Monde : C’est un excellent travail d’un point d’écologie politique et scientifique. C’est aussi un bel exemple de renouveau démocratique. Et un pied de nez à certains discours à base de « on n’y peut rien les gens sont idiots » ou « c’est trop complexe » qu’on entend parfois dans les milieux CSP+. On peut soumettre des questions importantes et techniques au débat démocratique, en prenant le temps et les moyens d’en expliquer les enjeux à des citoyens. C’est une belle voie pour l’avenir, faisons en sorte de la prendre

tokolosh : Eh oui : tous les habituels flingueurs anti-écolos du forum, ceux qui nous balancent à longueur d’année leurs sempiternels « bobos », « khmers verts », « écologie punitive », etc. , se rendent compte de ce qu’on savait déjà, à savoir que ce sont eux les ringards, eux les minoritaires. Regardez l’origine sociale et géographique des 150 : pas un ramassis d’intermittents du spectacle de Paris 10e arrondissement. Autrement dit, des citoyens lambda, qui réfléchissent, écoutent, discutent, au lieu d’éructer, et sortent avec des propositions qui font ressembler le programme d’EELV à un communiqué tiédasse d’Elisabeth Borne.

Q Brique : Ça ne sert à rien de vous écharper sur les propositions bonnes ou pas bonnes selon chacun. Tout est bien mais c’est trop tard. Cela fait au moins 45 ans que les écologistes nous alertent sur notre impact sur notre environnement et tout le monde s’en moque. Maintenant c’est fini la rigolade et il nous reste nos yeux pour pleurer. Et nous allons beaucoup beaucoup pleurer.

Climat, pour ou contre la Convention des 150

Editorial du MONDE, en bref : « La conclusion des travaux de la convention citoyenne sur le climat apparaît prometteuse. Il n’était pas écrit d’avance que 150 citoyens tirés au sort parviennent à formuler des propositions précises visant à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 « dans un esprit de justice sociale ». Il aura fallu développer toute une ingénierie participative. Près de 140 experts ont été auditionnés, des animateurs ont encadré les travaux de chaque groupe de travail, un comité de pilotage a veillé à la bonne marche de la convention. Le message est clair : la démocratie participative peut être l’une des réponses convaincantes à la crise de la représentativité, à condition que la réponse du président de la République soit, maintenant, à la hauteur. En 2007, le Grenelle de l’environnement avait soulevé un grand espoir avant d’accoucher d’une souris après la crise de 2008. Cette fois, il n’y a plus le choix : l’urgence climatique est telle qu’il faut agir vite et fort. Mais deux sujets essentiels ont été éludés, le sort de la taxe carbone et la part du nucléaire dans le mix énergétique... »

Les commentateurs sur lemonde.fr nous permettent d’y voir un peu plus clair.

le sceptique : Si l’on avait un doute sur le caractère vicié du processus de la convention citoyenne, la satisfaction d’un édito du Monde le lève définitivement ! L’outil fiscal efficace – taxe carbone – a été évacué au profit de 150 mesurettes bureaucratiques qui sont autant de petites usines à gaz pour fonctionnaires et/ou vexation collective des Français. L’enjeu industriel – comment on produit à bonne échelle de l’énergie et des machines énergétiques bas carbone sans planter le PIB, la balance commerciale, le déficit – a été évacué au profit de chouineries écolo-socialistes à la sauce Dion-Tubiana. L’enjeu (géo-)politique – la capacité de la France et de l’Europe à influencer les émetteurs mondiaux – est absent alors qu’essentiel.

Sarah Py  : En quoi l’urgence climatique est-elle à lier à ce qui serait une urgence sociale ? Nous avons une décennie pour changer de modèle économique. Et l’impérieuse nécessité de l’équité sociale, oui, mais alors pensons au paysan du Bangladesh, et à l’habitant des faubourgs de Lagos. Aïe, ça se complique. Déjà, accélérons dans la réduction de notre empreinte carbone, cessons ces idéologisations des débats ; il va bien l’antiracisme mais que faisons nous pour ceux qui subissent déjà les effets de cette crise climatique au lointain du golfe du Bengale. Il est des situations qui exigent hauteur du regard et pas la banalité du convenu. Urgence climatique oui, mais dans l’équité d’un monde global.

Zahnstocher : Le problème est bêtement pratique. Sans un minimum d’acceptation sociale, les belles mesures souhaitées pour répondre à l’urgence climatique seront rejetées. Tant que nous sommes en démocratie. Et nous sommes encore quelques uns à apprécier être en démocratie. On a bien vu qu’une fois informés, ces 150 citoyens ont pris conscience des efforts nécessaires. Mais ils ne sont que 150 et on voit bien aussi en lisant les commentaires de ces derniers jours que de très nombreux concitoyens vivent encore dans un rêve de toujours plus de confort.

Gramoune : Les écolos n’ont toujours pas compris que le premier pollueur au niveau mondial, c’est LA SURPOPULATION, d’où vient tout le reste CO2, manque d’eau, d’électricité, de production alimentaire… Proposez plutôt des programmes de « limitations » de naissances, voire même des « offres » de stérilisations de femmes ayant déjà 4/5 enfants… et dans 30 ans, on en reparlera.

Schindma37 : Macron s’est piégé lui-même : avec le Covid-19 et la crise économique, comment financer les solutions proposées, qui coûteraient des milliards, et organiser un référendum sur une réforme constitutionnelle qui serait certainement rejetée ?

Obéron : Shindma, nous sommes bien plus « piégés » que vous ne le pensez. Agir contre le réchauffement climatique aura forcément un coût (et ceux qui reprocheront aux membres de la convention citoyenne de ne pas l’avoir suffisamment évalué sont des hypocrites : on définit d’abord ce qu’on souhaite, puis on chiffre plus précisément, les moyens nécessaires ne sont pas les mêmes). Si ce coût est social, alors la solution n’est pas la bonne, il faut revoir sa copie. Mais le coût de ne rien faire, vous intéresse-t-il ? Combien de milliards ? Beaucoup plus, sans aucun doute ! (même si vos enfants le paieront plus que vous) Et le coût social de ne rien faire ? Qui le paiera selon vous ?

limitation des naissances à une par femme

« Le président des États-Unis, le Secrétaire général du parti communiste chinois, le Président russe… ont annoncé ce jour la création d’une Organisation mondiale qui aura vocation à réguler tout phénomène économique, social ou environnemental qui, de par ses causes ou ses conséquences, dépasse le cadre des frontières étatiques et ne peut qu’être abordé au niveau mondial dans l’intérêt général de l’Humanité. Ses principaux objectifs seront la maîtrise démographique et la réduction des inégalités, la construction d’une économie mondiale saine, l’entretien de systèmes soutenables en termes de ressources naturelles, de terres, d’énergie, de biodiversité, et enfin la régulation du climat. Face à l’urgence , des mesures s’imposent à tous dès le 1er septembre de cette année, notamment la limitation stricte des naissances à une par femme dans le monde entier, une taxation mondiale sur les gaz à effet de serre, tant pour les entreprises que pour les particuliers, une interdiction de la production et de la consommation de viande rouge, une interdiction de l’abattage des arbres sauf dans les zones strictement délimitées, un couvre-feu mondial à 22h30 pour économiser l’énergie dans les zones non équipées en énergies renouvelables .» (Dans Un monde pour Stella de Gilles Boyer… qui a été directeur de campagne du présidentiable Alain Juppé et conseiller politique d’Édouard Philippe, premier ministre de Macron)

Gilles Boyer poursuivait : « Ces mesures peuvent sembler autoritaires et brutales. Elles nous sont imposées par notre laisser-aller collectif depuis des décennies. Toutes ont en commun la recherche de l’intérêt général du genre humain. Leur application sera assurée par une force de police, reconnaissables par leurs casques verts, et qui auront tout pouvoir pour signaler et réprimer les manquements constatés. La Déclaration universelle des droits de l’Homme sera refondée pour y inclure des devoirs… »

Sur ce blog biosphere, nous pensons dorénavant de même ; une réponse aux crises écologiques ne peut advenir qu’au plus haut niveau et de façon imposée. Si les dysfonctionnements de la nature impactent la pensée collective, si les idées précèdent toujours les incarnations, aucune instance actuelle ne peut à elle seule assumer une rupture avec la société thermo-industrielle. La simplicité volontaire ne peut agréger qu’une infime partie d’une population aliénée par la société de consommation. Il existe certes des leaders temporaires, José Bové par exemple, ou les défenseurs des causes indigènes, ou les associations qui luttent pour défendre tel ou tel morceau de la planète… mais il n’y a pas de cohérence globale dans ces luttes. De plus nous avons toujours été déçu par ceux qui on voulu incarner médiatiquement l’urgence écologique. Avec nos faibles moyens, nous avons soutenu régulièrement diverses personnalités politiques. Ainsi nous avons relayé périodiquement les faits et gestes de Nicolas Hulot, actif aussi bien dans les médias que dans le milieu politique ; mais il a été obligé de démissionner de son poste de ministre de l’écologie. Nous avons salué l’avancée médiatique de Yannick Jadot qui a remplacé avantageusement Cécile Duflot en termes de notoriété ; mais il a abandonné son statut de présidentiable pour se jeter dans les bras de Benoît Hamon. Nous avouons avoir eu à une époque déjà lointaine un faible pour Arnaud Montebourg, qui nous paraissait pouvoir devenir le Jaurès de l’écologie ; mais il s’agit d’un velléitaire. Yves Cochet reste à notre avis le seul politique qui compte quant à l’incarnation de la cause écologique au niveau politique et livresque : mais il est complètement marginalisé dans son propre parti et maintenant reclus dans sa maison de campagne. Nous nous souvenons encore avec émotion de René Dumont, l’initiateur de l’écologie politique au moment de la présidentielle 1974 ; mais qui se souvient encore aujourd’hui de son nom ? Faute de candidat écolo consensuel, on en est encore réduit à encenser des figures symboliques comme Greta Thunberg.

Alors il faut attendre que la planète flambe un peu plus, que des catastrophes fassent des millions de victimes, que la famine gronde ici et là, que la guerre de tous contre tous se généralise et que des peuples se révoltent en ordre dispersé. Alors on fera à ce moment-là ce que Gilles Boyer envisageait dans son livre.

Une démocratie véritable par tirage au sort

Il est possible d’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes à un niveau national, c’est ce que démontre la convention citoyenne pour le climat. Le recours à des panels de citoyens désignés par le hasard fait un retour significatif dans les démocraties libérales. Cette démarche rompt avec une théorie politique fondée sur l’élection comme mode de désignation légitime des représentants. Elle s’inscrit dans une ancienne tradition. Au IVe siècle avant J.-C.  était selon la formule d’Aristote « considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu’elles soient électives ». Dans un contexte marqué par la professionnalisation du politique et une crise de défiance envers les élus, le recours au sort présente une rupture. La compétence collective d’un groupe repose moins sur les aptitudes personnelles de ses membres que sur leur diversité cognitive ; une assemblée tirée au sort a plus de chances de produire des décisions justes et intelligentes qu’une assemblée élue. On s’y expose à la diversité et on se débarrasse des logiques partisanes, des lignes fixes, ce qui amène à évoluer dans ses opinions. Le temps de la délibération amène à réfléchir collectivement pour produire du consensus. Reste la question qui tue, posée par Claire Legros dans LE MONDE : « Puisque les participants ne sont pas élus, au nom de qui parlent-ils ? »

Soulignons d’abord qu’un élu ne représente qu’une fraction du peuple, il n’a pas une véritable légitimité. C’est d’autant plus vrai que ses votes décisionnels sont personnels, en fait il ne représente que lui-même, soumis non seulement à ses préjugés mais aussi aux diktats du parti qui l’a fait élire et aux lobbies qui tournent autour de lui. Par contre un citoyen ordinaire désigné par tirage au sort se fait une opinion au contact collectif d’experts de différents horizons, une convention citoyenne est d’abord un processus d’apprentissage. L’objectif est d’arriver à définir le bien commun, pas de se soumettre à un programme politique préexistant défini unilatéralement par un leader. La démocratie ne sera réalisée que si les citoyens ne délibèrent pas au nom d’intérêts particuliers, mais au nom des acteurs absents, les générations futures et les autres espèces vivantes, tous ceux qui ne participent pas à nos procédures « démocratiques » actuelles mais qui sont pourtant concernées au premier chef par nos décisions présentes. Malheureusement cet idéal de délibération démocratique se heurte aux pesanteurs de la démocratie élective. La représentation issue des urnes veut avoir le dernier mot. En Islande, le projet de nouvelle constitution élaboré en 2011 par une assemblée citoyenne a été remisé aux oubliettes par le Parlement. Les recommandations du G1000, vaste panel organisé pour repenser le système politique belge, n’ont pas été suivies d’effets. Et la démocratie référendaire fait aussi preuve de son incompétence ; en Colombie- Britannique, les propositions de 150 citoyens réunis pendant près d’un an ont été rejetées par référendum. En France, si les recommandations de la convention pour le climat ne sont pas mises en application, les citoyens n’auront aucun recours juridique : les suites à donner dépendent de la seule volonté du président Macron.

La solution d’avenir serait d’utiliser le hasard pour compléter, si ce n’est remplacer, le processus électoral. La réforme constitutionnelle de 2018, reportée à deux reprises, prévoyait en France de transformer la troisième chambre consultative, l’actuel CESE, en « Conseil de la participation citoyenne », avec la capacité de réunir notamment des conventions de citoyens tirés au sort. A défaut de réforme officielle, le CESE invite depuis deux ans des participants tirés au sort à travailler aux côtés de ses membres officiels. La démarche que nous poursuivons sur ce blog biosphere depuis des années consiste à vouloir remplacer complètement, dans un système de démocratie de masse, le cirque électoral par le tirage au sort généralisé, cf nos articles antérieurs :

15 mars 2016, Le tirage au sort peut remplacer les procédures électives

extrait : Les fondateurs des républiques modernes souhaitaient une sorte d’aristocratie élective, laquelle ne pouvait pas provenir du tirage au sort, et ils voulaient que soit légitimée sans conteste l’autorité politique grâce au vote formel des citoyens. Cette justification de l’oligarchie élue témoigne d’un mépris certain pour les capacités du peuple…

15 mai 2016, Pour le tirage au sort des députés et sénateurs

extrait : Il serait bon que soit généralisé le tirage au sort parmi les différents candidats à un poste de responsabilité. Tout conflit interpersonnel et/ou clanique serait ainsi évité. Avec ce système, il serait impossible de devenir permanent du parti et très difficile de cumuler les mandats…

26 août 2016, Votons pour des députés désignés par tirage au sort

extrait : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie », résumait Montesquieu. A l’époque de Périclès, son usage concernait la grande majorité des magistratures. C‘est une nécessité aujourd’hui face à la professionnalisation de la politique, l’homogénéité sociale des élus, l’absence de rotation des mandats. Dans des démocraties minées par la médiocrité des campagnes électorales, le tirage au sort présente une précieuse vertu : alors que l’élection suscite passions et divisions, le tirage au sort assure le sérieux et la neutralité des débats. L’attention pour le bien commun se renforce car les citoyens tirés au sort ont un atout majeur : la liberté. Ils n’ont pas à combattre pour se faire élire ou réélire. Un livre paru début juillet 2016, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », envisage cette idée de faire de la politique autrement…

3 janvier 2017, Biosphere-Info comment faire de la politique autrement ?

Extrait : Comment envisager des procédures démocratiques pour faire de la politique autrement. Yannick Jadot, présidentiable écolo pour 2017, définit trois possibilités : « Instaurons des votations citoyennes, des conférences de consensus et des assemblées citoyennes tirées au sort. » . Analysons ces trois procédures…

21 mars 2017, Allons bien au-delà de la démocratie représentative

extrait : En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, on a souvent oublié cela. L’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent…

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

extrait : Le nombre de personnes pour représenter le peuple en réflexion est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Une Conférence de consensus avec une vingtaine de participants suffit. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui…

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

extrait : Emmanuel Macron annonçait le 25 avril 2019, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. 150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale »…

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

extrait : Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus…

Connaître Yannick Jadot, présidentiable 2022

Yannick Jadot en tête lors de la présidentielle 2022 ? Un écolo institutionnellement crédible ? Avec quel discours ? « Se réconcilier avec l’avenir, c’est se réconcilier avec la nature » ; « Le combat écologique, c’est la défense du beau de l’humanité » ; « Si vous voulez être ministre, ça s’organise, vous appelez machin… Je n’ai jamais fait ça. »

Mais qu’est-ce qui se niche vraiment dans la tête de Jadot, LA cause écolo ou SA cause perso ? Jérôme Gleyzes n’est pas jadotiste : « Les médias considèrent que Yannick est l’interlocuteur officiel du parti, mais il n’est même pas membre du conseil fédéral ! Il n’est qu’une construction spectaculaire. Ce qui m’intéresse, c’est d’imposer l’écologie, pas de construire sa carrière. » En 2005, Francine Bavay membre des Verts. « J’ai immédiatement diagnostiqué chez Jadot une ambition démesurée. Autant pour la transformation de l’écosystème que pour lui. » En 2007, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie : « Le Grenelle de l’environnement, c’était très technique et Yannick était ultra-ultra-présent. Il bossait, il bossait. Très pointu, acharné, méticuleux, d’une grande précision technique. » En 2011 Dominique Voynet accueille Yannick Jadot au siège des Verts : « Salut, gros connard… Pardon, sale enculé de ta race. Je me demande ce qui me retient de te casser la gueule. » ; Jadot vient de lâcher sur un coup de tweet la campagne présidentielle d’Eva Joly, candidature dont il était pourtant le promoteur ­originel .

Lors de la présidentielle de 2017 Yannick passe également du zig au zag en un temps record : 1) Jadot participe au projet avorté de grande primaire de la gauche ; 2) Jadot est investi candidat des Verts à la présidentielle 3) Jadot se désiste de son propre chef au profit de Benoît Hamon, le candidat du PS. Maintenant il travaille sa présidentialisation 2022 avec l’énarque Pascal Brice, l’économiste Daniel Cohen ou le patron de Danone Emmanuel Faber, celui d’Orange Stéphane Richard ou encore celui de Veolia Antoine Frérot. Que du beau monde, pas particulièrement connu pour sa fibre écolo ! L’écologie n’en finit plus de devenir cause nationale, tout est aligné pour l’avènement du moment vert, c’est même un mystère de la nature qu’un écolo ne soit pas déjà président. Mais la vie politicienne n’est qu’attente d’un monde meilleur… depuis des milliers d’années. Pour en savoir plus sur Jadot grâce à notre blog biosphere :

bibliographie : Climat, la guerre de l’ombre (Yannick Jadot)

articles 10 mai 2020, Post-covid, qui sera président en 2022 ?

7 juin 2019, Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

15 novembre 2018, Yannick JADOT : « La taxe carbone est utile SI… »

24 février 2017, Yannick Jadot veut dissoudre EELV dans le PS

21 février 2017, Yannick, votons pour une écologie autonome et libre

14 janvier 2017, B.Hamon et Y.Jadot, pour quel revenu d’existence ?

8 février 2017, Pourtant Yannick Jadot mange des tomates en hiver !

12 janvier 2017, Yannick Jadot, « un programme écologiquement pur »

7 janvier 2017, Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde

22 décembre 2016, Quel espace politique pour le candidat Yannick Jadot ?

12 décembre 2016, Yannick JADOT, le présidentiable qui monte, qui monte

5 décembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable meilleur que Mélenchon

17 novembre 2016, Ni Juppé, ni Valls/ Macron, ni Mélenchon, Jadot !

8 novembre 2016, Un candidat écolo à la présidentielle 2017, Yannick Jadot

26 septembre 2016, Yannick JADOT, en course pour la présidentielle 2017

21 septembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable qui mérite d’être connu

19 septembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable de la relocalisation

du point de vue des écolos, quelle écologie ?

Thèse :« Le problème, c’est qu’il y a deux courants très opposés dans la famille écolo. Le courant qui voit dans l’écologie une sorte de perfection comme les communistes. Et un courant  qui est celui de l’ajustement permanent. » 

Commentaire de biosphere : D’accord pour l’opposition entre deux courants, le manichéisme simplifie la pensée, mais il faut préciser davantage pour éviter la caricature. D’un côté ce n’est pas l’écologie bisounours (une forme de messianisme utopique) et de l’autre l’écologie pragmatique (l’ajustement permanent comme on l’aime). C’est beaucoup plus compliqué que ça. D’un côté il y a l’écologie de rupture avec la société thermo-industrielle, et ça c’est très dur car toutes nos structures productives et de consommation sont faites pour promouvoir la société croissanciste. Il faut donc résister avec des efforts conséquents dans son comportement individuel (simplicité volontaire) et prendre des décisions politiques drastiques (taxe carbone, reconversion des secteurs polluants, abandon de l’automobile et de l’avion…). Nos adversaires anti-écolos parlent à ce propos d’écologie « punitive » alors qu’il s’agit d’une position réaliste, combattre le réchauffement climatique et éviter l’épuisement trop rapide des ressources fossiles. De l’autre il y a une écologie superficielle faisant croire qu’il peut y avoir un développement durable, une croissance verte, des moteurs propres, des avions de ligne qui vont voler avec des énergies renouvelables, des villes intelligentes (smart city), et l’abondance pour tous. C’est une vision idéalisée de l’avenir faisant croire qu’on peut continuer à vivre comme on le fait aujourd’hui quand on appartient à la classe globale (celle qui possède une voiture individuelle), il suffirait de s’inscrire sur un site de « compensation carbone » quand on prend l’avion pour être lavé de tous ses péchés.

Si vous avez bien compris ce message, il faut inverser les conceptions habituelles. L’écologie superficielle est en fait une vision idyllique complètement fausse car elle oublie sciemment les contraintes biophysiques en faisant une confiance aveugle aux progrès techniques qui ont pourtant amplement démontré qu’ils accroissent nos dysfonctionnements socio-économiques plutôt que les résoudre. Par contre l’écologie de rupture est réaliste, elle nous projette dans le long terme et demande des changements structurels qui se feront en termes de pertes d’emplois d’un côté et création de l’autre : nous aurons dans l’avenir beaucoup d’artisans et de paysans et beaucoup moins d’ingénieurs et d’industrie agro-alimentaire. En termes politiques, cette distinction de fond est occultée par une opposition factice aux congrès des Verts. D’un côté un courant minoritaire qui représente historiquement cette écologie radicale que la biosphère appelle de ses vœux et qui s’était concrétisée dans des motions d’orientation (Avenir Ecolo, Objectif Terre, Pôle écologique…). De l’autre un courant qui s’était acoquiné au parti socialiste depuis 1997 pour avoir des places d’élus (la firme, disait-on) et qui ne pouvait que soutenir une écologie superficielle. Le compromis était plutôt une compromission. Cette période néfaste semble dépassée ; l’idée écologique selon laquelle il nous faut changer radicalement vu les perturbations diverses progresse dans l’opinion publique grâce aux révélations des médias, d’où des scores aux élections qui décollent sur la seule force de l’étiquette « écolo ».

C’est pourquoi l’analyse de Nicolas Hulot selon laquelle il faut rassembler les militants de tous bords avec la méthode « qui aime l’écologie nous suive » paraît essentielle. L’unité globale est conservée au-delà de la nécessaire diversité, un milieu résilient repose sur la biodiversité. Bien entendu dans le détail il y a et il y aura beaucoup de différences de conception entre les politiques à mettre en œuvre. Un seul exemple, les confrontations sur les lignes aérienne de courte distance. Faut-il conserver ces vols, les réduire, les supprimer ? Peut-on faire confiance aux carburants « alternatifs », un peu, beaucoup, abondamment, pas du tout ? Qu’est-ce qui compte le plus, l’emploi, l’attractivité d’une ville ou le réchauffement climatique ? Toutes les nuances du Vert vont s’exprimer, même au sein du parti vert. Sur cette question aérienne, leur tête de file Yannick Jadot ne sait plus à quelle écologie se fier… De son coté l’écologie de rupture tranche, un jour ou l’autre il n’y aura plus d’avions dans les airs par absence de kérosène, autant s’y préparer le plus rapidement possible.

DéCONfinement, le point de vue des écolos

Globalement nous défendons l’idée qu’il faut sortir du culte de la croissance. Si on veut respecter l’Accord de Paris, il faudrait que la baisse annuelle du rejet de gaz à effet de serre soit celle qui a eu lieu pendant le confinement. Cela donne une idée de l’effort qu’il faudrait réaliser et du changement de modèle qu’il faudrait imposer pour atteindre les objectifs climatiques minimaux. Mais ce qu’on a connu pendant le confinement, ce n’est pas un contre-modèle de développement, c’est ce qui va se passer si on perpétue la société thermo-industrielle qui va générer de plus en plus de chocs économiques. Il ne faut pas confondre récession économique et a-croissance. C’est la même différence qu’entre le chômage et la réduction du temps de travail. Dans un cas, c’est subi, cela crée donc du désordre et des inégalités, dans l’autre, c’est organisé par la collectivité et cela crée des emplois. Pour rétablir un équilibre au niveau de la biosphère, plus on s’y prend tard, plus la pente sera raide. La crise plaide pour des mesures radicales.

Avant même le Covid, les études se multipliaient sur le changement climatique, l’extinction des espèces, l’explosion des inégalités sociales, l’épuisement des matières premières et les conflits que ça provoque… Le Covid est une raison supplémentaire qui nous dit qu’il faut changer de civilisation. Mais regardez en 2008 : l’Europe avait apporté 3 000 milliards d’euros pour répondre à la crise. Cet argent a servi à la refinanciarisation de l’économie et à la reprise à la hausse des gaz à effets de serre. Business as usual ! Ce qui reste de la social-démocratie aura certes plutôt vocation à gouverner avec l’écologie. Mais attention : on sent une tentation régressive de retour à une social-démocratie « originelle » avant qu’elle vire social-libérale. Le sujet des écologistes n’est pas de réinventer la gauche ou de rassembler la gauche. On confond les moyens et la fin. Il faut un nouvel imaginaire politique écologiste, et non pas une resucée de la Gauche plurielle. Les dialogues entre les partis, les boucles zoom, les textes communs, cela traduit plus un moment de décomposition politique que de recomposition…

La révolution écologique ne peut pas être un projet consensuel dans le sens où il remet en question l’ordre actuel du monde et ceux qui en bénéficient. C’est un projet radical dans le sens où il retourne à la racine des problèmes. Le changement de modèle économique par l’écologie passe par l’arrêt du modèle productiviste, et donc, capitaliste. Il n’en demeure pas moins que les anticapitalistes de gauche, tout comme la gauche qui ne se dit pas anticapitaliste d’ailleurs, ne sont pas anti productivistes, et qu’ils ont contribué à faire courir la planète à sa perte… La radicalité qui m’intéresse, c’est celle qui nous fait passer d’un projet politique de partage de l’abondance (émancipation par le « pouvoir d’achat »), qui constitue une promesse intenable, à un imaginaire de sobriété juste. Transition écologique et justice sociale sont indissociables. ..

(Résumé d’un discours de David Cormand, ex secrétaire national d’EELV, sur mediapart)

Financer la bagnole ou marcher à pied ?

L’auto, ça tue, ça pollue et ça rend con. La preuve, c’est le gouvernement français qui donne quelque 8 milliards pour un secteur automobile employant 900 000 personnes en France, en perdition depuis l’émergence du Covid-19. Les uns seront pour, les autre contre, l’écologie ne peut que prôner le dévoiturage.

Thèse : un communiqué de presse d’EELV « appelle Renault à prendre l’engagement, en échange de l’aide de l’État, de ne fermer aucun site, de ne pas procéder à des licenciements » Qu’un parti social-démocratique mette l’emploi en premier se comprend, qu’un parti écolo dise de même paraît incongru. Nous aurions mieux fait de rappeler que la voie du plus lourd que l’air et l’ère de la voiture individuelle est vouée à la disparition complète par raréfaction des ressources fossiles et pollutions diverses. Au niveau pragmatique, il faut insister sur le fait que la disparition de certains emplois néfastes  est inéluctable, il ne faut donc pas subventionner les secteurs thermiques mais financer les moyens de la reconversion.

Antithèse : « C’est quand même incroyable d’entendre dire que les écolos ne doivent pas se préoccuper de l’emploi quand on a 4 sites de Renault qui risquent de fermer avec ses milliers d’emplois à la clé… Bien sûr qu’il faut penser à la reconversion industrielle mais ça c’est pour le moyen terme, à court terme il faut éviter que les emplois partent en Chine » dixit un porte -parole d’EELV.

Synthèse : Notre système médiatique et politique soutient les grandes entreprises et pas du tout les petites. A peine 30 % des autoentrepreneurs ferment boutique, qui en parle ? L’industrialisation de l’agriculture a imposé sans indemnisation des reconversions forcées à une très grande partie des paysans, qui en parlait ? Et il faudrait maintenant soutenir les travailleurs de Renault ou Air France en conservant des entreprises néfastes à la soutenabilité de notre environnement ? Voici quelques pistes de réflexion :

– la question sociale. Un parti écologique doit être clair sur la question sociale : on aide les travailleurs à supporter le choc d’une reconversion, on ne soutient pas des entreprises qui doivent disparaître. Je rappelle que c’est sans état d’âme qu’on a fermé les mines de charbon en Angleterre ou en France, cela paraissait inéluctable. De même la fermeture de toutes les entreprises basées sur les ressources fossiles devrait être présentée comme inéluctable. Un parti qui se veut « écologiste » doit affirmer la disparition programmée des secteurs d’activité carbonés. Qu’un militant écolo veuille défendre le court-termisme de l’emploi au détriment du sort des générations futures est une injure faite au rapport sur les limites de la croissance de 1972, à René Dumont notre candidat à la présidentielle 1974, et à toutes les études scientifiques qui nous indiquent que nous allons au désastre.

– la question écologique. Le « business as usual » nous amène trop rapidement vers un monde qui connaîtra non seulement la fournaise climatique, mais aussi le choc pétrolier ultime auprès duquel l’épisode du coronavirus ou même la crise de 1929 paraîtront de courtes parenthèses. L’écologie politique, c’est la gestion du long terme. Elle doit son existence à la détérioration des conditions de vie sur terre et indique un avenir possible face au désastre provoqué par la société thermo-industrielle. Il faut indiquer au corps électoral que la nécessaire transition écologique ne sera pas facile, que ce sera même très dur ; mais ce n’est pas être punitif qu’être réaliste. Il faut indiquer médiatiquement que le chantage à l’emploi fait par tous les anti-écolos retarde la transition écologique. Plus le temps passe sans rien faire ou presque, plus la « transition » deviendra un effondrement non maîtrisable de façon humaine. Nier les contraintes biophysiques fera à terme, et fait déjà le jeu des populistes qui inventent des boucs émissaires symboliques pour prendre et/ou garder le pouvoir.

L’aviation au banc des accusés, coupable !

L’avion a commis des crimes sans nombre, émissions de gaz à effet de serre, complicité de permettre d’aller plus loin, plus vite, plus souvent, épuisement des ressources fossiles par gaspillage du kérosène, destruction des communautés locales en permettant le tourisme de masse. Aucunes circonstances atténuantes ! Coupable, condamné à la peine capitale, les avions cloués au sol, définitivement. C’est le verdict d’une écologie de rupture avec le système thermo-industriel. Ce n’est pas l’avis prédominant. Malheureusement nous continuerons à faire fausse route par la voie des airs. Le monde d’après sera similaire au monde d’avant… en pire. Un plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale ». Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire n’a pas hésité sur les mots ni sur les moyens pour soutenir Air France qui va recevoir une enveloppe de 7 milliards d’euros. Alors que les Verts sont au gouvernement en Suède, la SAS (Scandinavian Airlines) recevra des aides de l’État sans aucune condition. Les écologistes font partie de la coalition en Autriche et n’ont toujours rien imposé sur le sujet aérien. Nulle part les écologistes au pouvoir n’ont encore su concilier exigences sociales et environnementales. Même pas quand ils sont dans l’opposition.

Dimanche 26 avril sur BFMTV, le député européen EELV, Yannick Jadot, s’est dit favorable au « sauvetage d’Air France ». Le gouvernement impose à Air France une condition environnementale pour être refinancé : réduire les vols intérieurs. Une condition, en réalité, pas très impressionnante mais qui a le mérite de montrer ce que doit être le transport de demain. Yannick Jadot, au micro de France Inter, n’a pas su être précis quand on lui a demandé ce qu’il aurait fait, lui, pour sauver Air France. Il a même défendu François Bayrou qui proteste contre la réduction des liaisons aériennes Paris/Pau. Par pragmatisme de compromission, les écologistes se retrouveraient alignés sur le gouvernement. Allez comprendre ! La CGT réclame un « plan Marshall de 10 milliards d’euros pour l’aéronautique ». Le PDG de Dassault Aviation réclame une « prime à la casse » pour l’achat d’avions « moins polluants ». Air France va écarter ses vieux A340, A319 et A318, pour recevoir, à la place, des Airbus A320neo et des A350. Patronat, syndicats, même combat, la protection de l’emploi rejoint la dynamique des profits. Tous les notables soutiennent la ligne Paris-Bordeaux, le maire de Mérignac où se trouve l’aéroport, le maire de Bordeaux, le président de la métropole et le président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Les collectivités rappellent que « l’aéroport s’est doté d’un plan d’orientation stratégique volontariste en termes de lutte contre les nuisances sonores et visant à la neutralité carbone, devenant ainsi un équipement éco-responsable ». Le Conseil Régional de la Nouvelle-Aquitaine « est engagé dans la mise en oeuvre d’une feuille de route stratégique aéronautique prévoyant le recours accru aux carburants alternatifs et le soutien à la filière hybride électrique ». Mais les spécialistes pointent que ni les biocarburants comme alternative au kérosène, ni les batteries électriques ne seront capables de faire face au défi climatique posé par l’envol du trafic. L’écoblanchiment sévit, les offres de « vols Paris-Bordeaux » pas cher se multiplient aujourd’hui !!  Avez-vous oublié que l’aéronautique a été à l’origine même de la propagation de la pandémie ? » interroge la Sepanso qui milite « pour le rétablissement des trains de nuits, alternative à l’avion, qui satisfaisait tant de passagers, par exemple ceux de Tarbes, Pau, Irun… »

La position de l’écologie politique est incompréhensible sans message et messagers assez affirmés pour tracer un chemin pas forcément populaire au premier abord. C’est pourtant le moment d’être limpide et d’avoir un propos qui tranche. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) recommande de conditionner l’octroi d’aides publiques à « l’adoption explicite de plans d’investissement, avec mesures de vérification, et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas carbone ». Par exemple, toute aide au secteur aérien doit être conditionnée à la mise en place d’un plan précis pour atteindre la neutralité carbone. « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte, mais d’ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion, prévient la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC. Des aides (formation, reconversion) aux travailleurs des secteurs très émetteurs peuvent parfois être préférées à une aide sectorielle. » Les ministres de l’économie, Bruno Le Maire, et de l’écologie Elisabeth Borne, ont confirmé que le plan d’aide de 7 milliards d’euros accordé à Air France serait conditionné à des critères écologiques, dont « la fermeture de lignes aériennes intérieures », SAUF pour les liaisons vers des hub, et A CONDITION qu’existe une « alternative en train durant moins de 2h30 ». Condition contre condition, autant dire qu’on ne va rien faire politiquement contre l’aviation. Seule source de satisfaction, venant des spéculateurs. Warren Buffett, patron du groupe Berkshire Hathaway, a annoncé le 2 mai 2020, lors de son assemblée générale des actionnaires, qu’il avait vendu toutes ses actions dans les compagnies aériennes américaines, pour un total de 6 milliards de dollars. « L’aérien, je pense que cela a changé fondamentalement », a-t-il expliqué : « Même si le trafic revenait à 70 % de sa capacité dans les prochaines années, il y aurait quand même une énorme surcapacité d’avions. »

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

30 janvier 2020, CLIMAT, l’illusoire compensation carbone

Air France annonce que, dès janvier 2020, elle compenserait les émissions de CO2 de ses quelque « 450 vols intérieurs » quotidiens en finançant des projets de « plantations d’arbres, de protection des forêts, de transition énergétique »… La forêt devient un alibi qui fait passer au second plan la priorité numéro un, c’est-à-dire la décarbonation de pans entiers de l’économie…

27 juin 2019, Pour l’avion tous bords confondus

Tribune signée par plusieurs sénateurs et députés de gauche, du Centre, de droite et macronistes, « Arrêtez de taper sur l’avion » . L’alliance de l’ancien monde économico-politique contre l’urgence écologique !…

21 juin 2019, Mettre à terre le lobby aérien

Nous avons reçu une déclaration écœurante du GIFAS. Créé en 1908, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales ose dire que « Le secteur aérien français est mobilisé en faveur de la lutte contre le changement climatique »…

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques)…

7 avril 2019, Faire « tourisme et découvertes » sans prendre l’avion

Les experts semblent penser que la sagesse qu’ils répandent sur la Terre depuis leur siège en première classe à 10 000 mètres d’altitude est si importante qu’elle pèse plus lourd dans la balance que leurs propres émissions de gaz à effet de serre…

7 avril 2019 / 4 commentaires / effet de serre / Par biosphere

Il en est des savants comme des touristes aux antipodes et tant de commerciaux, l’avion est à la mode. No Fly Climate Sci, Hypocrites in the Air ou Labos1.5 en France, des collectifs de chercheurs visent à limiter les déplacements aériens académiques.

26 février 2019, Prenez l’avion, c’est bon pour nos générations futures

Celui qui se prive de voyages au long cours vers des destinations paradisiaques pour montrer l’exemple d’un comportement écologique sans faille ne fait que retarder l’échéance fatale. Son sacrifice offre aux avionneurs invétérés un répit avant d’arriver aux limites biophysiques de la planète : le kérosène qu’il économise, c’est autant de plus à la disposition des destructeurs.

8 octobre 2016, Compensation carbone, l’hypocrisie de l’aviation civile

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) instaure un mécanisme mondial de compensation des émissions de gaz à effet de serre*. Victoire ? Que nenni ! C’est un leurre, du greenwashing (écoblanchiment). Il s’agit d’achat de crédits carbone par les compagnies aériennes auprès d’autres secteurs via une Bourse d’échanges…

13 mai 2016, Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

Le transport aérien bénéficie d’un régime d’exception en étant le seul secteur dont le carburant est exonéré de toute taxe au niveau international. Pourtant, il pèse 3 % des émissions carbone mondiales. Ce chiffre n’est pas à négliger : si le secteur aérien était un pays, il serait le 7e pays le plus pollueur en termes d’émissions. Quand le kérosène sera taxé, les compagnies aériennes feront faillite…

23 juillet 2015, Pour ne pas changer le climat, ne pas prendre l’avion

la seule énergie utilisable pour les déplacements humains doit résulter des énergies renouvelables. On ne peut recouvrir la terre toute entière d’arbres. Le système de compensation d’un voyage en avion (détruire à un endroit, acheter une indulgence par ailleurs) a ses limites…

21 octobre 2014, Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué

Tombé dans le baril en 1974, au moment du premier choc pétrolier, Margerie pense que le brut est « la plus belle des sources d’énergie ». La maison brûle ? s’exclamait Chirac à un sommet de la Terre. Haussement d’épaules de Margerie : « Je suis foncièrement optimiste et je ne suis pas inquiet pour l’avenir. »…

25 novembre 2013, tout accord fait grâce à l’avion n’est pas un bon accord

Congressistes, restez chez vous ! Vous ne servez à rien. L’accord 2013 sur le climat est adopté à Varsovie… pour rien. On se reverra l’an prochain pour une autre « conférence d’étape, on prendra l’avion et on étudiera les modalités de la prochaine conférence. Le chef de la délégation sriklankaise à Varsovie met le doigt où ça fait mal : « Nous continuerons à essayer de nous mettre d’accord chaque année en contribuant toujours plus aux émissions de CO2 par nos voyages en avion. »…

8 octobre 2010, trop de touristes prennent l’avion

Aujourd’hui nous ne parlerons pas du tourisme par avion qui profite d’un kérosène détaxé pour abîmer des contrées lointaines et détériorer le climat. Aujourd’hui nous ne parlerons pas du tourisme du troisième âge qui multiplie les « long-séjouristes » puisqu’ils ont tout le temps…

19 avril 2010, des avions cloués au sol, la bonne affaire !

Un petit volcan qui se réveille et c’est une grande partie de l’espace aérien européen qui reste fermé plusieurs jours (LeMonde du 18-19 avril 2010). Pour nous, cela serait une bonne nouvelle si c’était volontaire et durable : l’avion est l’ennemi de la planète et des humains. Nous trouvons ridicule de la part des ressortissants européens de prendre l’avion pour aller dans un autre pays européen que le sien. A plus forte raison si on utilise les lignes aériennes internes à son pays. Les avions doivent rester définitivement cloués au sol…

19 septembre 2009, la fin de l’avion plus lourd que l’air

Les compagnies européennes continuent d’étendre leur flotte ! Ce paradoxe marque l’irréalisme des transporteurs aériens qui se croient encore exonérés de la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %…

12 août 2009, les avions, au sol !

Le projet de grand aéroport à Notre-Dame-des-Landes est contesté. Hervé Kempf conclut comme il se doit avec un militant anti-avion: « Ce projet cristallise tout ce qu’on rejette dans cette société : le réchauffement climatique, l’abus de pétrole, la surconsommation, la délocalisation et le gâchis de terres agricoles. »…

8 décembre 2007, avions et climat

Pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %. Les climatologues rappellent aussi qu’à consommation égale un avion a un impact climatique qui vaut plusieurs fois celle d’un transport routier, en raison des émissions de gaz à haute altitude…

Pour une Union des écolos par la gauche ???

Le secrétaire national d’EELV Julien Bayou dans son discours au Congrès le 4 avril 2020 veut l’unité : « Ce qui se joue aujourd’hui c’est le rassemblement de l’Humanité pour affronter et vaincre une menace commune et invisible. Aujourd’hui la pandémie, demain d’autres crises, et le dérèglement climatique. » Mais comment rassembler ? Dans Le Parisien, Julien Bayou précise son projet le 13 mai 2020. Il a écrit aux responsables de la gauche et aux syndicats pour organiser des « universités du monde d’après » et réfléchir ensemble à un projet de rassemblement. Les appels à un rassemblement de la gauche sont une Arlésienne. Ainsi Laurent Fabius le 14 octobre 2006, « Je veux être le candidat du rassemblement de la gauche et des Verts. Mes combats sont ceux de la gauche rassemblée... »  Depuis la fin de la gauche plurielle, réunie autour de Lionel Jospin en 1997, les espoirs d’unité se sont toujours heurtés aux différences idéologiques des partis et aux ambitions de leurs responsables. « Je reste dubitatif sur tous ces appels souvent vagues, sans proposition de mobilisation, tellement attrape-tout qu’ils n’attrapent rien… Nous sommes actuellement dans la confrontation avec la politique du gouvernement…  », répond le député LFI Alexis Corbière à la proposition de Julien. La commune réponse des autres formations écolos, Génération écologie, Alliance écologiste indépendante, Cap 21 et le Mouvement des progressistes constitue une fin de non recevoir : « La vision qui consiste à engager la préparation de 2022 par une stratégie préalable d’alliance avec des formations politiques qui, en pratique, n’ont nullement rompu avec le productivisme, nous semble être une erreur et ne peut aboutir qu’à la dissolution du projet écologiste dans des compromis boiteux. »

Les associations de leur côté ne se sentent pas concernées par ces circonvolutions politiques. Les commentaires sur lemonde.fr vont bon train :

Capitaine Haddock : Si face a l’urgence climatique les écolos français abandonnaient leur doctrine gauchiste ils seraient demain au pouvoir et dans l’action. Une majorité de citoyens sont prêts a s’engager pour la planète, mais n’y mettons pas des préalables idéologiques. Quel temps perdu!

Izy : L’écologie politique n’existe pas. Il n’y a que de la bonne ou de la mauvaise économie et de la bonne ou de la mauvaise politique. La bonne économie, c’est celle qui intègre la finitude des ressources et les contraintes biophysiques dans ses modèles, est ménagère de ces ressources et prend soin de la ressource humaine. La bonne politique est celle qui s’appuie sur la bonne économie. Tout le reste ne vaut économiquement et politiquement strictement… RIEN, et doit être combattu.

Noodlefr @ Izy : Sauf que votre définition de l’économie et de la politique bonne ménagère c’est ce qu’on appelle le développement durable (ou soutenable) promu par l’écologie politique non radicale. Une autre écologie politique existe qui prône plutôt une économie frugale, basée sur un contingentement fort des activités économiques non essentielles. Ne vous en déplaise l’écologie politique existe bel et bien. Son problème c’est l’immaturité d’un bon nombre de ses partisans et dirigeants, c’est également son noyautage partiel par des groupes extrémistes ayant d’autres objectifs en tête et pour qui l’écologie n’est qu’un vecteur opportuniste. Ses nombreuses divisions obérent toute possibilité d’accession au pouvoir. L’écologie ne peut donc en l’état que demeurer une force politique à part, une sorte de réservoir d’idées, qui manque d’une forte structuration et d’une réelle stratégie de conquête électorale. Enfin il lui manque une vraie figure charismatique forte et fédératrice.

CL2P : Simplement sidéré devant le manque d’inspiration des écologistes français durant cette pandémie du Covid-19. Les différentes écuries, notamment à Paris, semblent uniquement obsédées par une énième « union de la gauche » contre le « Macronisme » (nous disent-elles) ; qui n’augure de rien sur le plan des idées et des projets concrets ; mais permet uniquement aux uns et aux autres de « sécuriser » leurs mandats et fonctions au sein de l’exécutif parisien. Je n’en peux plus avec cette grotesque manipulation au nom voulu des « valeurs de gauche » qu’ils sont les premiers à fouler aux pieds dans leurs vies respectives.

de ma banlieue : Les écolos, qui ont lancé tant d’alertes sur des risques en tout genre, n’avaient pas vu venir le risque épidémie. Qu’à cela ne tienne, le coronavirus confirme la justesse de leur cause, selon eux. Les nationalistes y voient eux la justesse du nationalisme, etc. Hélas les transports en commun franciliens sont parfaits pour la contagion, et la forte densité urbaine la favorise aussi. Mais pourtant l’idée écolo est de densifier la proche banlieue de Paris, déjà bien dense.

F. P. : Attention, tout de même, à ne pas verser dans ce que Freud appelait le narcissisme des petites différences ! Faire cause commune est possible dès lors que la cause en question est bien définie.
Richard Rorty distinguait utilement campagne (politique) et mouvement (pseudo-politique). Celle-ci se donne des objectifs définis, celui-là en appelle à des idées vagues. Hélas ! Il est plus facile de tenir un discours vague, mais persuasif parce qu’il parle au cœur, qu’un discours dûment argumenté, sachant parler à la raison. D’autant plus qu’un discours qui ne parlerait qu’à la raison sera peu entendu, quand bien même la raison en question serait autre chose qu’une rationalité d’expert-comptable. Bref, il faut l’un et l’autre : vouloir conduire sûrement et savoir séduire sans tromper. Ce n’est pas tout trouvé !

Pour en savoir plus sur le positionnement des écologistes grâce à notre blog biosphere :

10 mai 2020, Post-covid, qui sera président en 2022 ?

30 avril 2020, L’après Covid-19 se prépare déjà en coulisses

15 février 2020, EELV. Julien Bayou est-il un écotartuffe ?

28 octobre 2019, Différentes stratégies au Congrès EELV

15 juillet 2029, Lutte des places ou écosophie à EELV  ?

23 septembre 2018, EELV tient un beau discours, quels sont les actes ?

post-covid, pour une planification écologique

Une planification socio-écologique paraît incontournable après cette période de déconfinement. Il s’agit de déterminer politiquement les secteurs d’activité qui doivent être supprimés, réorientés ou soutenus. Il s’agit de mettre en place une orientation de l’activité productive qui soit plus impérative que la planification indicative mise en place par la France après 1945, mais moins autoritaire que la planification à la soviétique. Voici quatre approches pour accompagner notre réflexion collective au-delà de l’écume du court terme.

Histoire de la planification : En 1914 Walter Rathenau, dirigeant de l’entreprise d’électronique AEG, soumit au ministre de la guerre un plan visant à remplacer les matières premières importées et à enregistrer les stocks existants, plan immédiatement mis en œuvre par Rathernau lui-même. Des campagnes de substitution des produits importés furent lancées auprès du public. Après son départ du ministère, en mars 1915, Rathenau exposa dans une conférence cette coopération inédite entre les entreprises et le gouvernement, dans un système décentralisé de sociétés de guerre créées dans tous les secteurs de l’économie, et qu’il appela la « planification ». Sa conférence eut un retentissement mondial. L’Américain Raymond Moley, principal inspirateur du New Deal de Franklin Roosevelt, considéra qu’avec Le Capital, de Karl Marx, aucun autre texte économique n’avait eu plus d’influence sur le monde. Il avait inspiré Wilson et son War Industries Board dès 1917, puis Lénine, Roosevelt en 1933, avant Monnet et de Gaulle en 1945. Aujourd’hui la planification est d’autant plus impérieuse que l’Europe est particulièrement vulnérable à la diminution des ressources d’énergie fossiles et autres matières premières. Une planification plus ou moins impérative doit mettre en place une coopération européenne dans des secteurs clés, décisifs aujourd’hui pour l’emploi et le climat, par exemple les transports, l’énergie et les réseaux. Notons que d’un point de vue historique, le covid-19 n’est qu’une péripétie. Mais cet épisode s’inscrit dans un contexte largement défavorable à une politique croissanciste. Outre le problème central du changement climatique et du déclin de la biodiversité, il apparaît dans un système à bout de souffle, victime (et responsable) de l’épuisement progressif des ressources naturelles tant non renouvelables que renouvelables, ce qui rend illusoire toute velléité de relance économique non planifiée selon des critères socio-écologiques.

Planification impérative ou équilibre automatique : Dans les années 1930, les pays socialistes ont mis en place des plans impératifs pour cinq ans qui organisaient toute la vie économique, mais ce système s’est effondré avec la chute du communisme ; ces pays sont devenus « en transition » vers le libéralisme. Une planification centralisée est inopérante dans une société complexe, mais ce n’est pas synonyme de victoire du marché. Le système libéral est un mode de régulation qui sert à échanger de façon décentralisée des informations sur les préférences de chacun par l’intermédiaire de la variation des prix : la loi de l’offre et de la demande déterminerait donc de façon automatique ce qu’il faut produire et consommer. Cependant la montée croissante des pénuries (forêts, eau, énergie, terres cultivables…) qui résulte de l’imprévoyance du marché donne de nouvelles perspectives à une planification prospective : quand il devient plus facile de déterminer les choix fondamentaux, quand la société prend conscience des nécessaires objectifs écologiques, alors se détermine les moyens de gérer l’avenir même si c’est de façon approximative. L’État aurait du imposer depuis quelques années déjà les choix d’un retour à l’équilibre entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère. Au niveau institutionnel, constitutionnaliser une règle verte (2016, Le programme de la France insoumise, L’avenir en commun, 2016) est un bon plan : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. »

Une planification de la frugalité : L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations de matières premières et d’énergie peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ? Si nous n’opérons pas de manière planifiée, à quoi ferons-nous appel ? Au marché, dont on connaît le peu de cas qu’il fait de l’intérêt général si on le laisse jouer librement ? A la vertu de l’humanité qui, comme chacun le sait, présente quelques fragilités ? Comme toutes les nations industrialisées, la France participe à l’origine du mal. Il est symptomatique de cette société productiviste et consumériste qu’il s’agit de refonder. Les gens veulent bien accomplir des efforts, beaucoup ont parfaitement saisi les enjeux et s’affirment prêts à réviser profondément leurs modes de vie. Ils savent que le chemin ne sera pas aisé, mais ils ne veulent pas s’engager isolément. Pour avoir le sentiment que leur action individuellement à quelque chose, ils ont besoin qu’elle s’insère dans une dynamique collective. On ne peut leur en tenir rigueur, l’effort doit être partagé. La société à venir devra mettre fin à la surenchère, choisir ce qui doit continuer à croître et ce qui doit commencer à décroître : moins de biens, plus de liens ! Si nous laissons perdurer la situation actuelle, nous risquons d’entrer dans une société de privation, avec ses systèmes de quotas, ses cartes de rationnement et tout ce que cela peut compter d’atteintes aux libertés. Le meilleur moyen de s’y opposer, consiste à mettre en place sans plus tarder une société de modération.

Si seulement l’Amérique pouvait être la Chine. Rien qu’une journée ! Les dirigeants chinois possèdent la faculté de couper court à tous les intérêts particuliers, à tous les obstacles bureaucratiques, à toutes les craintes de répercussions électorales, pour simplement décréter des changements radicaux dans les prix, les règlements, les normes, l’éducation et l’infrastructure. C’est un atout de poids quand il s’agit de réaliser un changement aussi considérable qu’une révolution verte, où vous êtes confrontés à des intérêts acquis, enracinés, grassement financés et fortement retranchés, où vous devez motiver des opinions publiques pour qu’elles acceptent des sacrifices… Un matin de fin 2007, les commerçants chinois se sont réveillés en apprenant que le Conseil d’Etat venait d’annoncer que tous les supermarchés, toutes les boutiques, auraient interdiction de distribuer gratuitement des sacs en plastique. Et le tour était joué. L’Amérique a entamé en 1973 une procédure de retrait des carburants comportant du plomb, et ce n’est qu’en 1995 que l’on n’a plus vendu sur le sol américain que de l’essence sans plomb. La Chine a décidé d’adopter le sans-plomb en 1998 ; la nouvelle norme a été appliquée partiellement à Pékin en 1999, et, dès 2000, toute l’essence vendue sur le territoire national était sans plomb. (in La Terre perd la boule de Thomas L.Friedman)

Post-covid, qui sera président en 2022 ?

Les médias s’agitent déjà, qui sera président en 2022 ? Macron ne pense qu’à ça, Édouard est en embuscade, Mélenchon croit qu’il va enfin rassembler le peuple de gauche, Marine espère ne pas louper le face à face du deuxième tour. Qui sera l’éternel outsider de l’écologie alors que tous ceux que nous venons de citer se diront en 2022 plus écolo qu’un écolo ? Nicolas Hulot a déjà joué plusieurs fois le rôle de candidat potentiel. Benoît Hamon ne peut être qu’un cheval de retour. Yannick Jadot s’est dégonflé en 2018 alors qu’il était le candidat officiel de l’écologie institutionnalisée. Arnaud Montebourg s’est cru à une époque le Jaurès de l’écologie, aujourd’hui il hésite à quitter ses abeilles. Le meilleur candidat que nous ayons eu à une présidentielle, René Dumont en 1974, est mort depuis presque 20 ans. Alors les journalistes brodent : « M. Jadot défend la stratégie de la « coalition climat », où tout le monde, quelle que soit sa famille politique, se rassemblerait derrière la lutte environnementale… M. Hulot risque de se substituer à M. Jadot comme figure « raisonnable » de l’écologie… Eric Piolle, le maire de Grenoble, fourbit ses armes pour se lancer dans la course… Julien Bayou s’est « recentré », soucieux de ne pas s’enfermer dans le rôle du « gauchiste »… Rien n’est simple, donc pour Yannick Jadot, qui doit à la fois parler aux modérés sans s’aliéner les électeurs de gauche, et se méfier de ses amis.»

Les commentateurs sur lemonde.fr se déchaînent il n’y a pas que les médias qui s’intéressent à l’écume de la politique :

Tokolosh : V’là-t-y pas que les « conservateurs et les cathos » sont aussi écolos. Oui, à la sauce (peu ragoutante) de leur revue « Limite ». Même le RN maintenant, s’y met, sous leur seul angle : les frontières, la « francité ». Il ne faut pas confondre un immobilisme traditionaliste vaguement ruralo-folklorique, qui n’est que le ripolinage XXIe siècle de « la terre, elle, ne ment pas » avec une écologie politique (en fait, un sauvetage d’urgence de notre planète) qui bouleversera tous les aspects de notre vie quotidienne si elle est menée à bien.

ClementJ : Piolle a toutes ses chances face à Jadot qui ne suscite même pas l’enthousiasme dans son propre parti. Il coche toutes les cases. Il y a d’ailleurs des mouvements qui commencent à se lancer pour l’appuyer (voir EtPourquoiPasPiolle sur twitter). Ce sera intéressant à suivre. Et le retour de Montebourg bouscule aussi Jadot et les autres candidats possibles à gauche. Vraiment, je fais le pari que Jadot ne sera pas le candidat des forces écologistes et sociales en 2022.

Thierry Oiseau : L’enjeu écologique n’a jamais été aussi urgent qu’à ce jour. Depuis le « notre maison brûle » de Jacques Chirac, presque 20 années sont passées, et les Etats des différents pays sont restés bien trop à la traîne. J’attribue le ponpon à Trump, très nettement le pire des élèves. A mon sens, 2022 constitue donc notre ultime chance pour placer la France en pôle position du changement vert dans une Europe consciente, responsable, et donc édifiante. La campagne électorale doit mettre l’écologie holistique au centre des débats, celle qui appréhende toutes les causes (social, économique, politique, agriculture, médecine, etc) au travers d’un prisme, d’un filigrane vert. Le Corona nous intime l’ordre de tous nous mettre au vert.

Millefiori : J’avoue ne pas du tout me préoccuper de qui fera pipi le plus loin entre Jadot, Hulot ou autre. Mais force est de constater que si on veut espérer un espoir pour nos enfants, on n’a plus le temps de tergiverser sur certains points indiscutables. Les verts ne sont certes pas parfaits, ils n’échappent pas aux rivalités intestines. Néanmoins, ils portent un espoir pour la planète que ne porte aucun autre mouvement politique.

Peps72 : C’est souvent l’extrême gauche et les écolos qui parlent de mettre en avant la solidarité et l’intérêt général, ou comment il faut dépasser les égoïsmes et les intérêts particuliers pour créer un nouveau monde plus fraternel et équilibré. Mais chez eux il semble que la pratique soit plus proche de la concurrence pure et parfaite en économie de marché que de la mutualisation raisonnée des moyens de production en économie planifiée…

François C.H. : Tant que les écologistes resteront enfermés dans un clivage droite/gauche il ne se passera rien, ils resteront ce qu’ils ont toujours été, une des multiples chapelles de la gauche, plus obsédés par l’écriture inclusive et la fin du nucléaire que par les vrais périls. Aussi Jadot et Hulot voient juste, il est temps de casser cet encrage, non pas pour devenir un parti de droite, mais pour en faire un pôle dans lequel chacun puisse se reconnaître, et dieu sait qu’il y a à droite bien des gens très sensibles sur le sujet (conservateurs, cathos, etc.). Bref, il est temps s’ouvrir les fenêtres et de rassembler large en misant sur une radicalité nouvelle, la société post-croissance.

Arn : J’ai presque 70 ans, j’ai toujours voté écolo quand c’était possible. Je suis conforté par les graves périls environnementaux donc globaux donc aussi économiques qui nous menacent au moins à moyen terme et le sujet de la personne n’est pas primordial. Les écologistes sont pragmatiques et peuvent s’allier à d’autres pour gouverner et avancer dans le bon sens. Voir l’Autriche et les différentes Länder allemands. La menace créée par la crise climatique est grave et existentielle. Macron et ses amis ont-ils pris conscience de cette menace ? Hum, tellement arrogants et sûrs d’eux. Pas les seuls ….

furusato : J’ajouterai que les écologistes sont dans l’ensemble immigrationnistes et alignés sur les produits idéologiques US : « racisation  » et politique de genre. L’époque devant nous va être plus que difficile et l’élément dominant sera la confusion : ça tirera à hue et à dia mais l’élément central sera des réflexes dictés par la survie. En attendant les électeurs savourent bon gré mal gré leur confinement !