politique

Portrait de la radicale écolo Sandrine Rousseau

Y avait-il une autre personne cachée derrière la féministe exacerbée ? Il semble bien que oui si on en croit ses propos sur BFM-TV le 24 septembre 2021.

Sandrine Rousseau : «  Il faut mettre en place une politique de démobilité, de changement de voiture. Je souhaite augmenter le prix de l’essence entre 6 à 10 centimes le litre par an durant tout le quinquennat. Je m’engage à vous accompagner, mais, oui, il faut que l’essence augmente, car c’est ce qui pollue, c’est ce qui nous met en danger. La vente des SUV sera interdite, ils sont extrêmement lourds, consomment énormément et il n’y a pas d’utilité à être transporté dans des SUV. Je sais que tout cela n’est pas facile à entendre, et je voudrais dire aux Françaises et Français qui s’inquiètent que c’est précisément la raison pour laquelle je mets en place un revenu d’existence. Mais on ne peut pas faire un revenu qui soit au-dessus du seuil de pauvreté…Je pense aussi qu’il faudra créer une tranche supplémentaire d’imposition à 80 % pour les salaires les plus élevés… Je revendique le fait que l’on puisse diminuer la part du travail dans notre vie, cela permettra de ne pas être tributaire d’une espèce de folie, d’organisation qui consiste à consommer toujours plus. Cela consiste à avoir du temps de vie avec sa famille, du temps pour s’investir dans les associations. Delphine Batho avait raison sur le fond quant à la décroissance, il y a bien choc de productivité négative. On doit diminuer notre volume de consommation et on doit développer ce qui crée le lien dans la société. A la fin de mon mandat, il faudrait que les personnes dépensent moins qu’en 2022.

Les commentaires sur lemonde.fr vont bon train :

Orion : Europe ? Défense ? Diplomatie ? Rien. Nada. Alors même que ce sont les principales prérogatives du président de la République…

Vulaignot : C’est sur, les écologistes ne remporteront pas la présidentielle. Mais au moins, ils nous obligent à réfléchir à l’avenir de nos petits enfants.

LeClos : L’un des objectifs de S. Rousseau est que les gens restent chez eux à ne rien faire (contre versement d’un revenu). La question lui a été posée à plusieurs reprises et elle confirme avec ces mots : il faut « valoriser » les « temps de non-travail », l’idée étant que… bé, tant qu’on reste tranquille chez soi, on n’est pas dehors à polluer… Incroyable non ? Pour autant, pour que soient financés ceux qui choisiront de rester chez eux à ne rien faire, il faudra quand même qu’il y en ait qui travaillent… et polluent. Il en faudra combien pour que le système soit viable ? Il faudra vraiment prendre sur soi parce que, en même temps, on n’aura pas le droit de gagner plus de 5 000 euros par mois (au-dessus, l’impôt S. Rousseau prendra 85 % du revenu, c’est annoncé).

The Ad : La magie n’existe pas : la décroissance a déjà commencé et augmentera de toutes façons dans les vingt ans qui viennent (écoutez Jancovici et Meadows). A nous de choisir si cette décroissance sera choisie ou subie. Je préfère choisir en votant Rousseau, que je trouve pourtant insupportable et parfois dogmatique, mais elle a le mérite de ne pas faire l’autruche pour séduire les électeurs.

Primaire des « écologistes », le second tour

Quel sens donner à notre vote lors d’une présidentielle quand on est écologiste ? Depuis 1974 et René Dumont, c’est toujours un vote symbolique, le présidentiable n’a depuis lors  qu’une fois dépassé la barre des 5 % , et seulement quand on a choisi une personne médiatique, Noël Mamère. Pour 2022, les candidat(e)s de tous bords se disent porter dorénavant le message de l’urgence écologique. Cela élimine l’intérêt d’une candidature qui se dit spécifiquement écolo lors d’une élection centrée sur une personnalité. De toute façon, entre le programme de Yannick Jadot, celui d’Anne Hidalgo ou celui de Macron, il n’y aurait même pas l’épaisseur d’un cheveu. Tout cela devrait faire en sorte que Yannick Jadot ne passera pas le cap des 5 %. s’il sortait du chapeau le WE prochain.

La primaire du pôle écologiste se révèle en définitive comme un fiasco, pour ne pas dire une farce. Lors du premier tour, le seul message qui avait une certaine valeur symbolique était le décroissancisme économique de Delphine Batho. Le concept de décroissance est en effet pour moi le seul message symbolique qui pouvait fédérer une partie des électeurs autour d’un message d’avenir, savoir maîtriser une décroissance économique qui, de toute façon, va être inéluctable. Mais comme le résultat d’une primaire ouverte repose sur des inscrits dont on ne connaît pas les convictions, c’est la féministe Sandrine Rousseau, je n’ose même pas dire écoféministe, qui a pris la deuxième place, à proximité de Jadot et suivie de près par deux autres candidats, Batho et Piolle. Seulement 2 733 voix sur 122 670 inscrits séparent Yannick de Sandrine. Le deuxième tour prévu pour le 25 septembre peut donc réserver bien des surprises.

Ni Delphine Batho ni Eric Piolle ne donnent de consigne de vote pour le second tour, ce que je trouve significatif de l’hésitation à se prononcer entre une écologie molle et une écologie faussement radicale. Personnellement je ne me sens plus du tout concerné par les errements stratégiques d’EELV. En tant que membre du Conseil Fédéral au titre de coopérateur, j’avais conseillé officiellement de faire l’impasse sur la présidentielle pour miser toutes nos forces militantes sur les législatives de 2022. Mais nos « élites » préfèrent faire de la politique politicienne plutôt que de porter la nécessité d’une rupture (terme mieux adaptée que « transition ») écologique. Cette absence de réflexion a d’ailleurs été la principale raison qui m’a fait prendre ma retraite de militant politique il y a quelques semaines. L’écologie politique institutionnelle est dans une impasse où je n’ai plus ma place.

(envoi de Michel Sourrouille qui explicite ainsi sa position en tant que membre d’EELV (au titre de coopérateur))

Voici quelques commentaires sur lemonde.fr (suite à un éditorial du MONDE consacré à la primaire du pôle écologiste) :

L.Leuwen : Édito bizarre, qui se félicite d’une primaire qui mène ce parti, irrémédiablement gauchiste, une nouvelle fois à sa perte avec la victoire quasi assurée de Mme Rousseau. Les écolos français ne servent à rien car ils n’élèvent même pas le débat sur l’écologie et se perdent dans les errements sociétaux à la mode.

Lau : Le Monde aimerait bien que les votants soient tous des écologistes convaincus, ayant voté après une analyse approfondie des programmes, des moyens et des conséquences, et donc que cette primaire soit une réussite non biaisée par un quelconque entrisme, mais il est bien incapable de le prouver.

Scarole : Parler de « rumeurs d’entrisme de l’extrême droite » est une manière gentille de suggérer ce qui relève plutôt de la certitude : l’extrême droite regarde Sandrine Rousseau comme une bénédiction et elle fera tout pour donner à ses sorties la plus grande exposition possible.

MEKEDA : La thèse de votes de trolls au profit de Sandrine Rousseau, pour saboter la candidature écologiste au scrutin présidentiel, me semble plausible.
Sinon, si ce sont vraiment les encartés EELV qui ont voté pour elle, il ne reste plus qu’à dire de profundis EELV.

PMF : La seule question qui vaille : la transition, fût-elle écoféministe, ne sera pas un chemin de rose, loin de là. Or personne ne semble vouloir le dire clairement. Bon, c’est vrai que comme argument électoral, il y a mieux. Donc autant ne pas en parler. A moins qu’ils n’aient aucune idée sur le sujet. Ce qui est possible aussi.

Primaire des « écologistes », le fiasco intégral

Entre 23 000 et 29 000 voix pour chacun des quatre premiers candidats, le premier tour s’est joué à quelques milliers de clics. Yannick Jadot (27,7 % des voix ) et Sandrine Rousseau (25,14 %) s’affronteront au second tour (25 au 28 septembre 2021) ; Jadot, une « écologie de gouvernement » versus Rousseau, « une écologie de gauche. » La décroissanciste Delphine Batho et le plus à gauche Eric Piolle  n’ont donné de consigne de vote alors que le marginal Jean-Marc Governatori soutient Yannick Jadot. Les ressorts du vote à une primaire ouverte restent donc insondables, les commentaires sur lemonde.fr donnent Sandrine victorieuse au second tour :

Benjamin Valberg : Imaginez Rousseau présidente et Coffin première ministre ..… D’un côté celle qui tweete « Merci Jean-Pierre Belmondo » et souhaite accueillir les Talibans pour mieux les surveiller. De l’autre, une meuf qui veut exterminer les hommes.

Furusato : Des différents textes/propos issus de leurs préoccupations électorales, j’ai retenu qu’ils pratiquent le mariage de la carpe climatique et du lapin immigrationniste. Évidemment à cause du lapin je ne peux les soutenir me rappelant le sort de l’Australie à une certaine époque. Et il se trouve que j’ai entendu S Rousseau ce matin sur France Inter opposant « les gentils sorts des sorcières à la masculinité toxique des néandertaliens qui construisent des EPR » : formule choc. Certes je ne suis pas forcément EPR, mais quand je vois un cabas woke aussi parfaitement rempli dans quelque marché dominical intersectionnel je sais que ça ne va pas le faire.

Munstead : Selon LEMONDE, « l’idéologie woke, un terme désignant, la prise de conscience des injustices « . Le sens réel de woke aujourd’hui n’est pas celui-ci. C’est synonyme de dénonciations, d’intolérance, de harcèlements, de chasse aux idées différentes, de censure…

JLMUL : En fait le choix entre une dogmatique radicale woke collectiviste et un opportuniste qui cache exactement les mêmes tendances. Pour tous ceux qui pensent que seul EELV est propriétaire de l’écologie, la primaire est une chimère !

Simon M : Ce serait bien d’avoir Rousseau comme représentante des écolos… nous saurions enfin quelle est la part de français qui adhèrent aux idées racisé.e.s et woke (ceci dit sans ironie / ça doit être très faible mais autant le savoir)… ça permettrait en revanche à Anne Hidalgo de faire 2 % de plus.

Agnostic : Intersectionnalité, décolonialisme, critique de l’universalisme… avec de telles valeurs extrêmes portées par cette candidate, c’est le meilleur carburant pour l’autre face de la même médaille, à savoir Le Pen et Zemmour.

Ech : En tout cas ce que l’on a compris, c’est que EELV et ses sympathisants sont tout sauf écologistes. Pauvre Jadot, moi je serais lui, je quitterais ce parti d’extrémistes qui agrège toutes les tendances d’extrême gauche les plus déconnectées des problèmes écologiques.

Lorange : Amis réactionnaires de droite et réactionnaires macronistes : Soyez rassurés, les écologistes se contrefichent de votre avis. Un jour, dans 5 ans, dans 100 ans peut-être, les prévisions du GIEC se réalisant, vos petits enfants, terrifiés par l’extinction du vivant en action, deviendront écologistes par la force des choses et pour leur SURVIE. Ce sera forcément violent. Et ils vous en voudront. Et ils vous jugeront. Parce que vous saviez. Et votre portefeuille garni, votre négationnisme écologique, vos quolibets de petits bourgeois prétentieux et méprisants ne vous sauveront pas. Vos enfants vous jugeront. Continuez donc à vous amuser. Mais le temps tourne. À l’orage, la tempête, la fin d’un monde. Prenez soin de vous.

Fitz : En tant que réactionnaire j’aimerais simplement savoir comment la théorie du genre, l’écriture inclusive, le révisionnisme historique et les autodafés vont empêcher le réchauffement climatique.

Savigniy : Pas un mot sur le fait que la 2e place de Rousseau est probablement due à des trolls… EELV est bien partie pour refaire un score à la Eva Joly

Pierre.D @ Savigny : Je suis bien d’accord , personne ne parle de cette possibilité alors que les trolls ont toujours été très organisés pour pourrir des votes en ligne.

olivier abc : Les instructions pour le second tour sont pourtant claires : – si vous êtes pour hidalgo votez rousseau elle vous prendra peu de voix mais ira embêter Mélenchon – si vous êtes pour Mélenchon, l’inverse évidemment, votez Jadot. – si vous êtes droite ou extrême droite votez Rousseau car vous pourrez jouer à l’épouvantail avec elle et Mélenchon. – si vous êtes pour Macron, votez plutôt Jadot pour morceler la gauche qui pourrait gouverner… Bref la décision appartient aux faux militants de cette primaire ouverte. Et pendant ce temps là la planète? Honnêtement, peu importe le sortant EELV, cela ne changera rien.

Michel SOURROUILLE : Votez Antoine Waechter. L’ex-candidat des Verts à la présidentielle de 1988, cofondateur de ce parti en 1984, a choisi de ne pas participer à cette primaire du pôle écologiste. Il estime que « la vocation principale de cette primaire est d’essayer de trouver celui qui arrivera à fédérer la gauche, et non pas celui qui réussirait à fédérer les écologistes ». Il a annoncé le 15 septembre 2021 sa candidature pour celle de 2022 sous la bannière du Mouvement écologiste indépendant (MEI). Sa candidature affirme fortement ce qui fait l’identité de la pensée écologiste, au-delà de la droite et de la gauche. C’était aussi la position de Nicolas Hulot lors de la primaire 2011. Il voulait rassembler « tous ceux qui ne se résignent pas au déclin conjoint de l’humanité et de la nature », ce qui en d’autres termes concerne tout le monde.

Nicolas Hulot avait lancé le « Pacte écologique » pour la présidentielle 2007. Il demandait aux politiques de ne plus s’affronter systématiquement mais de valider les idées pertinentes d’où qu’elles viennent : « S’il n’existe pas un esprit de concorde entre la droite et la gauche, nous assisterons impuissants à l’effondrement de notre planète. » EELV a pourtant négocié un accord avec François Hollande sur un certain nombre de députés sans demander son avis ni celui d’Eva Joly, pourtant présidentiables de la primaire 2011. Nicolas précise : « Il aurait fallu que je proclame ma symbiose absolue avec la gauche alors que, sur les sujets écologiques, elle n’est pas plus éveillée ou instruite que ne l’est la droite. Si leurs priorités diffèrent, leurs modalités sont identiques.Conditionner l’engagement écologique à un ancrage politique est un problème majeur. » Pourtant EELV se veut pour 2022 toujours à gauche…

Stéphane Foucart devient très très pessimiste

Le journaliste scientifique du MONDE, Stéphane Foucart, interroge les faits : « Il y a contraste entre le fracas des mots utilisés par l’UICN pour décrire le problème de la biodiversité en péril et l’absence forcenée du plus petit début de réponse politique. La France se refuse même à appliquer la loi afin de ne pas entraver des activités aussi marginales que les chasses traditionnelles aux passereaux. Est-il si impérieusement nécessaire de tuer des grives musiciennes ou des vanneaux huppés ? La « nouvelle » politique agricole commune (PAC) va conforter jusqu’en 2027 les modes de production des exploitations les plus grandes, les plus industrialisées, les plus destructrices. La protection de l’environnement n’est pas seulement le domaine des paroles en l’air, c’est aussi celui du brouillage délibéré de la frontière entre l’intérêt général et les intérêts particuliers. A quoi a servi, en définitive, le congrès de l’UICN ? On aurait pu s’épargner les quatre feuillets de cette chronique car la réponse, simple et désespérante, tient en quatre lettres : rien. »

Les commentaires sur lemonde.fr confirment,  soyons pessimistes :

Mamani Quispe : Les gouvernants et industriels ne font que répondre aux demandes et besoins des gentils citoyens écologistes. Ces derniers se disent écologistes dans la mesure où ils peuvent se faire livrer en deux jours le dernier smartphone par Amazon. Un jeune aujourd’hui, accro aux écrans et au macdo, souille la planète infiniment plus qu’un jeune de 1960. Mais ceux qui me pompent le plus, ce sont les seniors qui se paient des croisières en HLM géants flottants. Je paierais pour ne pas faire ce genre de truc. Bref, le manque de réactions adéquates face à l’urgence climatique est la chose du monde la mieux partagée : politiques, industriels et population, jeunes et vieux.

Pascal Biezeray : Tout à fait d’accord. Mais c’est plus facile de taper sur les politiques et sur le capitalisme, que d’arrêter de se chauffer, de s’habiller, de se laver, de voyager, d’avoir des enfants….

Minorités : J’ai arrêté de me chauffer (12° l’hiver dans les chambres-SdB, ça vous convient ?), de m’habiller (des vêtements basiques pour des années, changés en lambeaux), de me laver (pas de bains depuis des années, peu de douches), de voyager (pas mon truc), d’avoir des enfants (vasectomisé) …

DMA : Plus le temps passe et plus je me dis que mes enfants doivent être particulièrement heureux de ne pas être venus au monde.

Benco17 @ DMA : Les pauvres. Ils n’auront pas vu un lever de soleil, des vagues déferler sur une plage, une voûte étoilée, senti le vent dans leurs cheveux, entendu le chant des oiseaux,….

DMA @Benco17 : Il n’auront pas non plus l’angoisse de voir les espèces disparaître les unes après les autres, le climat changer jusqu’à rendre une partie de leur planète inhabitable, les tensions géopolitiques et sociales monter inexorablement… Chacun fera le bilan dans quelques années. J’espère très sincèrement pour les vôtres (sans ironie) que je me trompe du tout au tout…

Peace : L’écologie demande beaucoup d’altruisme, malheureusement pour nous, nous sommes des créatures fondamentalement égoïstes.

Krakatoe : Espérons éviter un choix Macron / le Pen. Ce serait une impasse écologique. Hidalgo, les Verts, Mélenchon,… oui vous avez certes des spécificités, mais laissez vos égos et rassemblez vous nom de nom !

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

synthèse, faut-il être optimiste ou pessimiste ?

5 janvier 2019, Évitons l’optimisme en 2019, cela empêche le réalisme

16 octobre 2018, Climat, faut-il être optimiste ou pessimiste ?

7 janvier 2018, La collaposologie est-elle la voie de l’optimisme ?

Primaire du pôle écologiste, faussée et futile

122 670 inscrits pour cette primaire pré-présidentielle. C’est peu par rapport aux primaires de l’écologie en 2016, la droite et le PS avaient rassemblé chacun plusieurs millions de personnes. C’est beaucoup, le PS n’a fait voter que 22 000 adhérents à jour de cotisation sur son projet le 9 septembre 2021. C’est ambigu et faussé car il s’agit d’une primaire ouverte à n’importe qui de plus de 16 ans. Il y a eu TROP d’inscriptions de dernière minute. Les quatre perdants vont dire que le gagnant a eu des … aides. Trop facile en effet de rameuter des gens de tous horizons pour un droit de voter ne coûtant que 2 euros. Noyautage du scrutin par des forces hostiles c’est donc fort possible. Les féministes différentialistes vont voter Sandrine Rousseau, rejoints par une extrême droite narquoise. Delphine Batho va mobiliser les écologistes décroissancistes, s’il en existe. Yannick Jadot compte sur l’entourage des élus qui veulent garder leur poste. Eric Piolle aura peut-être des soutiens venant de Grenoble, la ville dont il est le maire. Et Jean-Marc Governatori peut s’appuyer sur les votants dont il a avancé le droit d’inscription. EELV a toujours été erratique quant à la désignation de son représentant : sac d’embrouilles Mamère/Lipietz en 2002, valse-hésitation autour de Mélenchon en 2017. Rappelons-nous la primaire 2011, Nicolas Hulot devait l’emporter sans coup férir et c’est Eva Joly qui est sortie du chapeau. Et même la droite regrette amèrement cette procédure d’une primaire ouverte subie en 2017, sans compter le fiasco Benoît Hamon issu des rangs de la primaire PS. Une primaire ouverte n’a de toute façon aucune validité en matière de démocratie représentative, et cette procédure est maintenant rejetée par l’ensemble des autres partis.

C’est aussi une primaire de l’écologie futile et sans intérêt dans un contexte où tous les partis sans exception disent porter un message écologiste. Il n’y avait donc pas lieu pour le pôle écologiste de présenter un ou une candidat(e), mais d’être prêt à soutenir la personnalité ayant à la fois notoriété, compétence… et programme résolument écolo. Au niveau médiatique, cela donnait à l’écologie politique un statut d’arbitre entre les différents présidentiables 2022. Attendre et voir venir, c’est souvent une bonne stratégie. D’autant plus qu’un tel positionnement économisait les frais d’une campagne électorale. Libéré des conflits sans fin pour une candidature autonome de présidentiable, l’écologie politique pouvait consacrer tout son temps à préparer les législatives, élection dont les paramètres fluctuent pour chaque circonscription. Soit il existera un présidentiable suffisamment écolo et les candidats du pôle écologiste se présenteront aux législatives comme force d’appoint, soit le président élu après le second tour ne le sera pas et dans chaque circonscription les candidats écolos se présenteront comme force d’opposition pour le quinquennat à venir.

La présidentielle 2017 a montré qu’on peut créer un nouveau parti avec la dynamique porté par un(e) présidentiable. Cela relativise complètement l’idée qu’il faut obligatoirement qu’un parti déjà institutionnalisé désigne un candidat de son choix. Bien plus 2017 a relativisé l’existence même des partis traditionnels. A cause de l’inversion de calendrier voulu par Jospin, les législatives ne font que confirmer le choix de la présidentielle. Centré sur la préparation des législatives, qui vont succéder rapidement à la présentielle 2022, le pôle écologiste pouvait obtenir un groupe parlementaire de meilleure façon que par d’obscures tractations comme avec le PS en 2011. On peut même envisager un miracle : au nom d’un rassemblement très large autour d’une personnalité dépassant le cadre restrictif de l’axe vert-rose, on pouvait voir en 2022 la naissance d’un Mouvement Social-Écologique digne de gouverner face à une droite anti-écolo et contre les populismes. Mais l’écologie institutionnelle (EELV et Générations écologie) n’a pour l’heure actuelle aucune vision stratégique d’ensemble…

Pour en savoir plus grâce aux contributions sur lemonde.fr :

Tyrion : Cette primaire n’est qu’une façon d’exister un court instant. S’ils veulent vraiment survivre, ils feraient mieux de s’allier avec le PS pour battre Macron au premier tour. Sinon nous aurons 2 candidats de droite au second tour comme il y a 5 ans. Quant aux programmes des candidats écolos, ils sont si différents qu’on a l’impression qu’ils ne vivent pas sur la mème planète.

Jackpot : Je souhaite de tout cœur que ce sera Sandrine Rousseau qui sera retenue, pour qu’on se marre pendant la campagne !

Viral : Le but d’une telle opération n’est nullement de gagner. A moins d’être naïf. Gagner quoi d’ailleurs ??. L’objectif est de se faire connaître.

Michel SOURROUILLE : Il n’y a pas que 5 candidats écolos pour la présidentielle, il faut rajouter Antoine Waechter. Ex-candidat des Verts à la présidentielle de 1988, il a annoncé à l’AFP mercredi 15 septembre sa candidature pour celle de 2022 sous la bannière du Mouvement écologiste indépendant (MEI). Constatant « le caractère utopique de rassembler les écologistes », il souhaite « affirmer beaucoup plus fortement ce qui fait l’identité de la pensée écologiste elle-même, au-delà de la droite et de la gauche ». Cette personnalité est engagée depuis 1965 dans dans la lutte écologique, il avait en effet créé (à 16 ans)  une association, les « Jeunes amis des animaux et de la nature de Mulhouse ». Il n’a pas arrêté depuis de militer, associativement et politiquement. Mais l’alliance des Verts avec les socialistes a minimisé médiatiquement l’option « L’écologie n’est pas à marier », et poussé le MEI vers le centre-droit.

Lorange : Les SEULS qui depuis 40 ans alertent sur la catastrophe liée au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité sont les écologistes. On se passera donc des leçons de morale, de politique ou de démocratie des réactionnaires et des égoïstes destructeurs plus préoccupés par leur porte-monnaie que par l’avenir de leurs enfants.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

15 mai 2017, l’écologie politique, vision par-delà droite et gauche

10 février 2017, Europe Ecologie – Les Verts à l’épreuve du pouvoir

Cinq écologistes face à l’enjeu décroissant

Les votes pour la primaire des écologistes débutent aujourd’hui 16 septembre 2021.

Voici quelques éléments de réflexion pour mieux comprendre les programmes des 5 présidentiables.

Décroissance ?

Jean-Marc Governatori souhaite « revoir notre mode de vie » mais ne veut pas parler de « décroissance » .

Eric Piolle : « La croissance est devenue une religion. Je ne suis ni pour ni contre : je n’y crois pas. »

Yannick Jadot : « Je suis décroissant pour le carbone, pour les maladies liées à l’environnement, pour les pesticides, mais je suis croissant pour le bien vivre-ensemble ».

Sandrine Rousseau : « La décroissance sans un projet social, sans une réforme de la fiscalité, sans une réduction massive des inégalités, sans un contrôle des marchés financiers et un protectionnisme aux frontières, ça n’existe pas ».

Delphine Batho : « La décroissance, seule voie réaliste pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre ».

Dévoiturage ?

Yannick Jadot souhaite interdire les ventes des voitures diesel et thermiques classiques à partir de 2030 et imposer une prise en charge obligatoire du forfait mobilité par les entreprises.

Eric Piolle propose d’interdire les vols aériens intérieurs si les trajets peut se faire en moins de 4 h 30 en train, et d’avancer à 2030 la fin de la vente des véhicules thermiques.

Jean-Marc Governatori prône le développement des transports collectifs, et rejette la voiture électrique qui est « un fléau écologique ». Il préfère investir dans les biocarburants de troisième génération, le train et le vélo.

Delphine Batho souhaite instaurer une règle sur le poids des voitures pour qu’elles consomment moins, développer le vélo et faire baisser le prix du train.

Sandrine Rousseau : « Investir sur les transports en commun et dépendre beaucoup moins de la voiture individuelle. »

Dénucléarisation ?

Delphine Batho prône une sortie du nucléaire « à terme, mais aujourd’hui, ce n’est pas possible ».

Jean-Marc Governatori envisage une sortie du nucléaire « quand on pourra, ça peut être dix ans, ça peut être trente ans ».

Eric Piolle souhaite une sortie du nucléaire : « En 2050, le nucléaire ne doit plus faire partie de la photo. »

Yannick Jadot souhaite une sortie du nucléaire « de manière responsable, c’est-à-dire sur quinze ou vingt ans ».

Sandrine Rousseau souhaite sortir du nucléaire « le plus rapidement possible ».

Déconsommation ?

Sandrine Rousseau propose de mettre en place un revenu d’existence à 850 euros et d’augmenter le Smic.

Eric Piolle propose un revenu minimum garanti dès 18 ans, mais aussi une hausse des bas salaires d’au moins 10 %.

Yannick Jadot propose de fusionner le RSA et la prime d’activité pour créer un revenu citoyen.

Delphine Batho considère que le gain de pouvoir d’achat passe par la décroissance « en consommant moins mais mieux, en achetant des produits d’occasion, ou en allant dans les brocantes ou vide-greniers… »

Jean-Marc Governatori souhaite le développement « des systèmes d’échanges locaux où chacun prend l’habitude d’échanger du temps, des biens et des compétences. »

Dés-addiction ?

Eric Piolle se déclare favorable à la légalisation du cannabis.

Sandrine Rousseau propose une légalisation du cannabis et la mise en place d’une politique de santé et d’accompagnement des personnes dépendantes.

Jean-Marc Governatori se montre défavorable à la légalisation du cannabis récréatif.

Delphine Batho souhaite légaliser et encadrer la distribution avec une politique d’interdiction pour les mineurs et une politique de santé publique.

Yannick Jadot est favorable à une légalisation « sous contrôle public, pour traiter les personnes en addiction ».

source : LE MONDE

Antoine Waechter, écolo depuis ses douze ans

Antoine Waechter est un des co-fondateurs des Verts en 1984. Mais son militantisme était en germe depuis ses 12 ans, en 1961. Il découle d’un cheminement qui n’est pas intellectuel, mais sensible. Quand il était enfant, la vie foisonnait autour de son village. Il a vu disparaître son paradis, tracteurs et bulldozer ont effacé les paysages d’antan dans la moitié nord de la France. Bien avant que l’écologie ne devienne politique, il a créé à 16 ans une association, les « Jeunes amis des animaux et de la nature de Mulhouse ». Mais empêcher une autoroute ou lutter contre l’urbanisation était une action vouée à l’échec pendant cette période qu’on a appelé de façon présomptueuse « les Trente Glorieuses ». Antoine ne s’est pas avoué vaincu, il a depuis lors toujours milité, d’abord au niveau associatif, puis au niveau politique. Il garde de son enfance un sentiment très fort, toujours vivace. Il y a pour lui deux sortes d’écologie. La sienne est sensible à la beauté de la nature, consciente de la finitude du monde, une perception encore très présente en milieu rural. Mais cette conception entre en conflit avec une vision minérale de l’existence, celle des milieux urbains où se recrutent dorénavant les militants des Verts et leurs électeurs. La planète entière risque de devenir une surface sans nature sauvage où les humains resteront avec les seules espèces qui leur sont utiles. Cette vision est insupportable pour Antoine qui garde pour référence le film de Richard Fleischer, « Soleil Vert », sorti en 1973.

Antoine Waechter devient l’un des porte-parole des Verts en 1986, puis le candidat de ce parti à la présidence de la République à l’élection de 1988. Il fera une campagne sans moyens, circulant en train avec une simple valise. Mais il rassemblera pourtant 1,2 millions d’électeurs. A l’assemblée générale de son parti en 1993, la motion qu’il soutient est mise en minorité et c’est la ligne politique de Dominique Voynet qui l’emporte. Antoine voulait s’opposer aux alliances électorales qui arrime l’écologie au parti socialiste et lui faisait perdre son âme. Il quitte alors les Verts en 1994 pour fonder le Mouvement écologiste indépendant (MEI). Depuis, toutes les différentes tentatives de rapprochement entre les deux sensibilités ont échoué. Les Verts prennent de l’importance grâce au soutien des socialistes alors que le MEI perd de l’influence. Ce parti en faveur d’une écologie de rupture va être marginalisé, et souvent grâce à des procédures déloyales. Le PS se verdit grâce aux Verts, il s’acharne à détruire toute volonté d’indépendance des écologistes. EELV, qui succède aux Verts en 2011, persiste encore aujourd’hui dans cette logique d’une « union de la gauche » à visée électoraliste. Ses dirigeants croient qu’ils vont devenir le leader d’une social-écologie en devenir, gardant l’étiquette de gauche pour combattre la droite. Mais pour Antoine, l’écologie n’est pas à marier, son projet de société va bien au-delà de l’opposition libéralisme/socialisme, il s’attaque au productivisme. Le MEI se situe dans une vision non linéaire de l’histoire, il n’y a jamais progrès ininterrompue. Tout est cyclique, c’est inéluctable. Et l’humain esclave de l’outil, oublieux de la nature, ce n’est pas une fatalité.

Contrairement aux autres partis (toutes étiquettes confondues), le MEI porte aussi une attention soutenue à la question démographique. Antoine Waechter s’explique. Le poids de l’humanité sur la planète est le produit du nombre d’humains par la consommation du Terrien moyen. 5 milliards de personnes vivant aujourd’hui dans les pays en développement souhaitent pouvoir consommer comme nous, ce qui n’est pas illégitime. Comment un gouvernement démocratique peut-il porter le message d’une consommation frugale ? Pourtant, la situation se tend. Les Pays-Bas, par exemple, n’ont plus assez d’espace pour produire leur alimentation de façon autonome, ni même pour construire des résidences secondaires. Le MEI porte le message d’une maîtrise volontaire de la fécondité humaine. Antoine Waechter avec Didier Barthès ont d’ailleurs co-écrit un livre qui sera bientôt publié, « Le défi du nombre ».

NB : portrait antérieurement publié sur le site des JNE,

https://jne-asso.org/2021/09/06/antoine-waechter-ecolo-depuis-ses-douze-ans/

 

2022, des candidates en dehors des clous

Deux candidates à la présidentielle 2022, une élection au féminin  pluriel ? Anne Hidalgo, a annoncé sa candidature le12 septembre 2021. Le même jour, Marine Le Pen lance officiellement sa campagne pour 2022.

Anne Hidalgo : « Je suis candidate pour offrir un avenir à nos enfants, à tous nos enfants… Le quinquennat qui s’achève devait unir les Français, il les a divisés comme jamais. Il devait régler des problèmes sociaux, il les a aggravés. Il devait protéger notre planète, il a tourné le dos à l’écologie… La transition écologique ne doit pas se faire au détriment des classes moyennes et des catégories populaires… »

Marine Le Pen : « La liberté n’est qu’un principe vide sans sa déclinaison avec un “s”. Voilà pourquoi nous avons fait le choix de ce slogan, “libertés, libertés chéries”…  En 2022, cette élection ce ne sera pas seulement un choix de société. Ce sera un choix de civilisation, un choix de vie et d’avenir pour nos enfants, un choix de sécurité et de puissance pour notre pays, un choix de liberté et d’indépendance… Nous devons décider qui rentre chez nous et à quelles conditions … Nous éradiquerons les bandes (dans les quartiers sensibles)… Les délinquants français en prison, les étrangers dans l’avion ! »

Chacune de ces candidates brasse ses thèmes de prédilection, aucune n’aborde de façon frontale l’urgence écologique. Pourtant c’est la décroissance du PIB qui nous guette et qu’une présidente pour 2022 se devrait de préparer par un programme qu’on pourrait résumer ainsi : sobriété énergétique ET sobriété du mode de vie, moins de biens ET plus de liens, penser globalement ET agir localement, etc. De gré ou de force, il faudra réduire nos besoins énergétiques ET l’exploitation immodérée des ressources ET la destruction des écosystèmes. En termes clairs et concis, ceux de René Dumont lors de la présidentielle 1974, « l’écologie ou la mort ». Selon l’enquête annuelle « Fractures françaises », 82 % des Français approuvent l’idée « que le gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques » quitte à « modifier en profondeur leur mode de vie ». Jean Pisani-Ferry avertit des « implications significatives » des mesures climatiques sur l’économie : « Aujourd’hui, les politiques ne tiennent aux gens que ce type de discours : vous aurez la même vie, mais avec des technologies différentes. A terme, la technologie va apporter des solutions, mais la transition sera brutale…  Qui va tirer son épingle du jeu ? La question va se poser assez vite. » Daniel Cohn-Bendit en est persuadé, « la transition écologique en douceur, ça n’existe pas. » Plus qu’un bouleversement comparable aux chocs pétroliers des années 1970, nous allons vers une crise structurelle profonde du type 1929.

Le ou la titulaire de l’emploi à l’Elysée en 2022 devra gérer des crises dont la pandémie et ses restrictions successives ont donné un avant-goût. Il ou Elle devra affronter en même temps des manifestations de bonnets rouges, de gilets jaunes, d’écharpes vertes et de chemises brunes. Le spectacle va être charmant, mais une femme au pouvoir peut être féroce, type Indira Gandhi ou Margaret Thatcher. Si les postulants pour 2022 ne parlent pas de rupture écologique à maîtriser pour ne pas subir des crises économiques à répétition, ce ne sont pas de bons candidat(e)s et autant rester chez nous lors de la présidentielle. Je rêve même que pas un seul Français et Française ne s’intéresse à cette élection afin que ces bateleurs tous aussi incompétents les uns que les autres comprennent à quel point ils sont devenus insignifiants. Voici quelques morceaux choisis sur le net :

Sylvain-19 : Madame Le Pen a la solution. Liberté ! Terminé les contraintes de Bruxelles sur les émissions de CO2 des voitures ! Liberté ! Le droit français prime sur le droit européen. On est libre.
Bon. Qui y croit ? Les anti tout ?

Palencia Domingo : Les promesses commencent à pleuvoir (Hidalgo : doublement du salaire des personnes en contact avec les enfants, etc., après Mélenchon qui annonce qu’il augmenterait très fortement le smic). La surenchère commence, à huit mois de l’élection. Les Français mal payés vont devenir riches ; c’la bonne nouvelle de la rentrée ! Je ne veux pas savoir comment tout cela sera financé. Je ne veux que d’excellentes promesses. Allez les candidats, un peu d’imagination.

Lafitte : « Je ne suis pas contre la vaccination, mais pour la liberté vaccinale. » dixit Marine = Je ne suis pas contre la limitation de vitesse, mais pour la liberté de rouler à 150. Quelle hypocrisie ! La gratuité du train pour les jeunes? Pourquoi pas pour les vieux? Ou pour les unijambistes? Demain on rase gratis.

La rupture écologique en mal de financement

L’éditorial du MONDE s’interroge benoîtement : « Qui va payer le coût de la transition écologique ? Alors que l’espoir d’une adaptation progressive de notre modèle de croissance a longtemps fait illusion, l’idée d’un ajustement brutal émerge. La primaire des écologistes montre à quel point ce langage de vérité est difficile à assumer. De Yannick Jadot à Sandrine Rousseau en passant par Delphine Batho, Eric Piolle et Jean-Marc Governatori, tous s’emploient à populariser une utopie : une société plus inclusive, un rapport apaisé à la nature, une consommation sans gaspillage, etc. Tous restent en revanche coupablement évasifs sur le financement de leurs propositions, même la taxe carbone reste en suspens. Entre le parler-vrai et la promesse d’un monde qui chante, les écologistes ont choisi l’option la plus facile. »

Cet éditorial a choisi la voie la plus facile, taper sur l’écologie institutionnelle. Les commentateurs sur lemonde.fr montrent les lacunes d’une telle approche :

Michel SOURROUILLE : Le financement des investissements en situation de crise économique n’est pas un problème. Depuis Keynes, on sait en effet qu’il suffit de dépenser d’abord, y compris par un déficit budgétaire, et le résultat final de la relance économique va permettre de rembourser largement l’emprunt initial. Le problème actuel, posé à tous les plans de relance du type Green Deal US ou Pacte vert de l’UE, c’est que la croissance économique est définitivement dernière nous par épuisement des ressources naturelles, d’où remboursement des dettes impossibles ! Il va falloir gérer la pénurie, situation que Keynes ne pouvait envisager à son époque d’abondance des ressources fossiles. On ne peut plus miser sur une relance des salaires, des dépenses sociales et des investissements « verts ». Nous allons bientôt retrouver la stagflation en vigueur dans les années 1970, une stagnation des activités économiques (donc un chômage surmultiplié) et une inflation galopante. C’est inéluctable.

Jean Rouergue : Notre gouvernement actuel en voulant sauver l’entreprise a t’il pensé à comment le financer ? « Quoi qu’il en coûte  » a t’il été décrété comme si demain il n’y aurait pas d’autres chantiers prioritaires… Il fallait sauver la possibilité d’une éventuelle réélection. Or tout a un prix, même l’air pur qu’on veut respirer.

Sarah Py : Le procédé souvent utilisé dans les médias ces temps-ci, consistant à choisir une cible aussi facile à écrabouiller que nos écologistes, est d’une facilité consternante, à la limite scandaleuse. C’est tirer sur une ambulance pour reprendre la formule de F. Giroud. Comme si le débat central, existentiel que doit être celui de la lutte contre les changements climatiques ne concernait que les écologistes, dont on sait surtout leur inaptitude à gagner l’élection à venir. Non, la question se pose à l’ensemble de nos élites économiques, politiques et autres. Y a t-il eu dans les débats de nos politiques une volonté de donner à la question climatique sa juste place ? Bien évidemment non, et ce serait à ces malheureux écolo d’assumer cette responsabilité ? Soyons sérieux.

Christophe To : Pas un mot du MONDE sur les candidats des autres partis qui proposent une croissance aussi « verte » qu’illusoire.

Frog : Je ne comprends pas pourquoi cet éditorial dit que la facture sera rude, puisque de toutes façons, si on n’essaie pas d’amorcer un tant soit peu la transition, ce ne sera plus un choc rude mais un effondrement ! On ne veut pas de choc rude et on préfère un effondrement brutal, c’est ça ?

Lorange : Lorsque la Terre sera devenue un cloaque invivable pour une partie de ses habitants et à peine viable pour le reste, on appellera encore nos économistes pour savoir si on peut financer le désastre ?

Doudoudodudor : l y a eu les bonnets rouges, puis les gilets jaunes. Que croyez vous qu’il arrivera si les verts appliquent leur programme comme des bleus en politique? Les chemises brunes vont arriver, et tout sera noir.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

2 octobre 2008, Keynes a tort

8 septembre 2021, La décroissance selon Delphine Batho

La décroissance selon Delphine Batho

Le programme de Delphine Batho pour la présidentielle 2022, centré sur le concept de décroissance.

Pourquoi la décroissance ?

1. Constat implacable n°1 : la poursuite de la croissance du PIB est incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation du vivant

2. Constat implacable n°2 : la croissance ne fait pas le bonheur, au contraire, elle est synonyme d’explosion des inégalités et de frustrations

3. Constat implacable n°3 : l’objectif de la croissance est le principal obstacle à la transformation écologique 

4. Constat implacable n°4 : depuis longtemps des économistes appellent à rompre avec l’indicateur PIB et à sortir de la croissance

Comment la décroissance ?

5. Qu’est-ce que la décroissance ?

La décroissance est un mouvement volontaire et organisé de réduction progressive de la consommation d’énergie et de matières premières pour revenir au respect des limites planétaires en améliorant le bien-être humain.

6. Les écologistes doivent clairement assumer la décroissance

Tous les partis politiques, sans exception, sont prisonniers du consensus entre libéraux et marxistes autour du productivisme. Depuis des décennies, l’ensemble du débat politique tourne autour de la croissance, c’est à qui mieux mieux des solutions pour la relancer. Lors des dernières élections présidentielles, absolument tous les projets étaient basés sur une augmentation de la croissance. Dans les visions socialistes ou d’inspiration keynésienne, il faut que la « taille du gâteau » des richesses augmente pour mieux les redistribuer. Dans cette perspective, l’investissement écologique est un levier de relance de la croissance de l’économie, ce qui revient à une politique de croissance verte inopérante pour combattre le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité (cf. point 1). Le projet écologiste n’est pas compatible avec ces approches.

7. La décroissance a déjà commencé dans la société française, elle coûte moins cher et rend les gens heureux

8. Il y a une majorité potentielle pour la décroissance en France

Pour prendre connaissance du développement des points précédents, lire :

https://generationecologie.fr/2021/08/30/la-decroissance-pourquoi-et-comment/

Batho l’écologiste / Rousseau la féministe

Disons le tout net, nous n’aimons pas les femmes qui font de l’entrisme au sein d’EELV uniquement pour porter les couleurs d’un féminisme différentialiste. Par contre nous aimons les féministes qui font de la lutte écologique leur première des priorités.

Sandrine Rousseau. Le Canard enchaîné du 1er septembre 2021 en brosse un portrait cinglant. Pas un mot d’écologie dans l’ensemble de l’article sur la « victimaire ». Sandrine est adepte de l’écriture inclusive, féministe liant l’exploitation de la nature et la domination subie par les femmes, mais aussi décoloniale et intersectionnelle. Elle dénonce une société de prédation qui prend et jette les corps des femmes, des racisés, des plus précaires. Son grand truc désormais, c’est la souffrance, elle se veut la voix des vies brisées. Elle porte un projet de renversement de la domination au sens large. Elle avait accusé son camarade de parti Denis Baupin de l’avoir embrassé de force en 2011 et en avait fait un livre, « Parler ». Mais invitée dans l’émission de Laurent Ruquier, elle s’effondre quand Christine Angot lui fait comprendre que réclamer un statut de victime n’est pas une revendication politique.

LE MONDE nous donne quelques compléments d’information sur cette personne qui n’a que le sort des femmes à la bouche : « Poutine ? Mais qu’il vienne ! Je suis prête à affronter le dirigeant le plus “viriliste” de la planète ! » Elle « préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR [des réacteurs nucléaires] ». Elle a créé une association, « En parler » qui accompagne la parole des victimes de violences sexuelles et sexistes. La nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’intérieur malgré une plainte pour viol, a tout précipité : « Insupportable. La ligne rouge a été franchie. » Elle revient alors chez les écologistes avec une ambition présidentielle. La candidate peut compter sur le soutien de l’élue parisienne féministe Alice Coffin et des réseaux écoféministes hors parti.

Delphine Batho. Son parcours, commencé à 16 ans dans le syndicalisme lycéen, avait débouché sur le statut de ministre de l’écologie de François Hollande. Limogée par Jean-Marc Ayrault en 2013 pour avoir critiqué la faiblesse du budget de l’écologie. Elle théorisait cette éviction dans son livre, Insoumise (2014) en condamnat « l’abandon et le fatalisme » du gouvernement. Mais elle y décrivait aussi ses sensations : « Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d’enfant, la crise écologique est là. Il y a d’abord ce souvenir flou d’un séjour en Bretagne, au printemps 1978. J’ai cinq ans. J’étais trop petite pour me souvenir en détail de la catastrophe de l’Amoco Cadiz. Mais je me souviens comme si c’était hier de Tchernobyl. J’ai 11 ans. L’écologie n’a jamais été pour moi un combat séparé des autres, elle n’a jamais été un simple sujet parmi d’autres. Elle touche à l’intime, à l’amour de la nature, aux valeurs que m’a transmises ma famille. Chez nous on aime cultiver la terre, même un modeste potager, on s’extasie devant les fleurs, les couleurs, les senteurs. J’aimais aider pour faire les foins et traire les vaches, ramasser les myrtilles pour les confitures et les orties pour la soupe. L’amour charnel de la nature est quelque chose d’essentiel à mon existence, comme une forme de communion avec la planète. »

Lors de cette primaire de l’écologie, elle n’hésite pas à parler de décroissance obligée alors que les autres candidats évitent comme la peste ce mot, jugé trop angoissant pour être porteur électoralement. « Axer sur la décroissance ? Une faute politique, quand on sait que dix millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté », estime Jean-Marc Governatori. Le dernier livre de Delphine, Ecologie intégrale. Le manifeste, développe une version laïque du concept-phare de l’encyclique Laudato si (2015), pour « faire de notre appartenance à la nature le nouveau moteur de l’histoire ». Elle assume de rompre avec la gauche et de porter une « espérance en rupture totale avec le libéralisme et le socialisme, qui sont en réalité les deux faces d’une même pièce : celle de l’effondrement de la nature ».

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

23 août 2021, Présidentielle 2022, l’écologie au féminin

5 mai 2018, L’insoumise Delphine Batho devient Génération écologie

13 octobre 2014, Delphine Batho, menée en pédalo par François Hollande

Présidentielle 2022, l’écologie au féminin

Pour 2022, il y a d’abord les deux candidatEs issues de partis écolos, et puis aussi bien d’autres candidatEs. Notre conseil aux mâles dominants qui rêvent de présidentielle en se rasant, s’ils laissaient leur place, ils pourraient assister à un intéressant pugilat entre femmes couilluEs.

À l’occasion des Journées d’été des écologistes (JDE), Sandrine Rousseau a joué à fond la carte du féminisme : « Nous prenons, nous utilisons et nous jetons le corps des femmes les plus précaires dans la société. Je sais que vous êtes comme moi, résistant et résistante, alors je vous propose qu’on se lève et qu’on ose, et qu’on y aille », scandait-elle sous les applaudissements. L’écologie réduite à l’imaginaire d’un certain féminisme, ça c’est de l’écologie politique pour une présidentielle ! Présenté devant le même public, le credo de Delphine Batho, c’est plus sérieux, ça décoiffe, c’est « l’écologie totale ». Une façon de dire que celle de Yannick Jadot, Eric Piolle et consorts, c’est du pipi de chat (sans vouloir vexer le parti animaliste et sa présidentiable Hélène Thouy). Le discours de Delphine Batho flatte le désir de radicalité d’une partie de la base militante , ce qu’elle porte, c’est la « décroissance ». Un concept abandonné depuis longtemps par EELV qui prône aujourd’hui, à l’instar du duo Piolle/Jadot, une sorte de « ni-ni » embarrassé, ni croissants ni décroissants. « J’aimerais qu’on m’explique comment on peut être écologiste et être pour la croissance du PIB » s’exclame Delphine. Elle propose un changement de société radical et clivant : « Il faut franchir le Rubicon de la décroissance. Les faits l’imposent parce que c’est le seul chemin qui permet de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et de se fixer pour objectif le respect des limites planétaires », assure l’ancienne ministre socialiste de l’Écologie. Interrogée avant les Européennes sur le concept d’écologie « intégrale » (dénomination antérieure à « totale »), Mme Batho expliquait qu’il s’agissait de faire de l’écologie un « objectif supérieur », avec une régulation écologique s’imposant à l’ensemble du système économique , et un enjeu de sécurité nationale. Pour Delphine, le clivage droite-gauche est obsolète ; il est en passe d’être remplacé par un nouveau clivage, avec d’un côté les Terriens (ceux qui protègent les ressources naturelles qui conditionnent notre existence) et de l’autre les Destructeurs (ceux qui choisissent de rester prisonniers du productivisme, par intérêt ou par cynisme).

Mais pour 2022 il y aura aussi la mairesse de Paris, Anne Hidalgo qui se dit féministe ET écologiste ET socialiste, et puis il y a Valérie Pécresse qui se dira féministe ET écologiste ET libérale. Tout le petit monde des présidentiables sera écologiste, n’en doutons pas puisque l’écologie à la mode. Entre les candidatEs, faites votre choix, le nôtre est fait.

NB : Les deux tours de la primaire écolo se tiendront les 16-19 septembre, puis les 25-28 septembre 2021

Présidentielle 2022, chaos chez les écolos

Une tribune de 5 maires EELV pour dire seulement çà : « Nous soutiendrons sans réserve la personnalité qui émergera de la primaire de l’écologie , première étape d’un futur vaste rassemblement des forces écologistes et de progrès. » Les contributeurs sur lemonde.fr se déchaînent :

Rémont : Personne ne semble noter la gageure littéraire qui consiste à accumuler en un seul texte autant de poncifs, d’expressions conventionnelles, d’éléments de langage éculés. J’aime particulièrement « la confluence des bonnes volontés et des savoir-faire. « 

munstead : C’est un événement! Les membres d’un parti croient devoir annoncer dans une tribune du Monde qu’ils soutiendront le candidat aux présidentielles désigné par leur parti. Ça alors !

Ibrahim Saw : Sous-entendu, nous soutiendrons Eric Piolle, maire de Grenoble, glorieusement porté par les 12 500 inscrits à cette primaire.

Obéron : Leur primaire, étant donné le peu de participants, paraît bien dérisoire. Notre mode de scrutin pour la présidentielle impose les alliances avant même le premier tour (et suffisamment tôt pour qu’elles paraissent crédibles et bien élaborées).

Safran : Sans union de la Gauche, c’est p….. dans un violon

Bouwele : Les maires de Strasbourg, Lyon et Bordeaux ont été élus par une coalition EELV,PC,LFI avec environ, au mieux 15% des électeurs inscrits …. Leur première année de mandat a été partout émaillée de multiples couacs résultants d’un dogmatisme souvent halluciné . Je vois mal l’écolo-gauchisme percer au niveau national.

Orion : N’en déplaise aux auteurs de cette tribune, les Français tiendront les pastèques éloignées de l’Élysée. Et EELV n’a pas le monopole de l’écologie et ne l’aura jamais.

Passant : Cette expression « les pastèques » (cf. vertes à l’extérieur, rouges à l’intérieur) que vous utilisez constamment pour désigner les écologistes a été popularisée par Jean Marie Le Pen.

Orion @passant : Et parce que Le Pen a dit une fois la vérité, aussi dérangeante soit-elle pour les Verts, il ne faudrait plus la dire ? Autrement dit, si Le Pen dit 2+2=4, il faut dire que c’est égal à 3 ? J’attends votre réponse…

RLap :  » Les différentes initiatives citoyennes lancées à l’occasion de l’élection présidentielle permettent, d’ores et déjà, d’identifier les premières personnalités qui composeront « l’équipe de France du climat » qu’une présidence écologiste aura la responsabilité de composer et d’animer. » D’ores et déjà ils se proposent pour « l’équipe de France du climat »: drôle ! Moins drôle est l’affirmation que ce qui est fait au niveau municipal doit l’être au niveau national : c’est avouer une ignorance de la spécificité des fonctions et donc la responsabilité du Président de la république qui doit représenter les intérêts des Français dans la transition écologique, ce qui n’a de sens qu’internationaleement avec comme simple exemple la Chine ouvre les mines de charbon pour fabriquer les cellules photovoltaïques que nous lui achetons!

Cartesien : Il faudrait qu’EELV précise son programme. Arrêt du nucléaire ? Imposition aux communes des éoliennes ? Ouverture des frontières ? Augmentation/diminution des taxes et impôts ? Révision de la politique de natalité ? Naturalisation de tous les sans papiers ? Vitesse limitée à 110 km/h sur les autoroutes ? Interdiction de la caravane du tour de France ?.

Alain Coulombel : Ce n’est pas de rafistolage dont notre planète a besoin, mais de dix ou quinze mesures basculantes. Cela passe par la remise en question des activités écocidaires (déforestation, projets inutiles, agriculture intensive), de la surconsommation comme de la société du spectacle (Jeux olympiques, 5G, publicité). Cela passe par la réforme de nos institutions. Cela passe par des mécanismes de rationnement dans l’usage des énergies fossiles et des ressources non durables de la planète.

Regiomontanus : Malheureusement, la seule chose dont on soit sûr pour l’instant est que le/la candidat/e qui émergera de la primaire ne sera pas une personnalité et ne pourra guère avoir d’autre ambition que le remboursement de ses frais de campagne.

Pompili et Canfin, des écolos macroniens

Barbara Pompili et Pascal Canfin : « Notre méthode, ce n’est pas l’écologie des petits pas, c’est l’écologie du marathon. C’est ce que nous avons commencé à faire en France depuis l’élection de Macron en 2017. Le gouvernement et la majorité ont fait énormément , la France se place parmi les leaders de l’action climatique. Notre méthode, c’est l’écologie de gouvernement, c’est de transformer sans fracturer, c’est une écologie crédible, c’est l’écologie du marathon. Ce n’est ni l’écologie excessive, ni une écologie simpliste, ni l’inaction du conservatisme rétrograde de la droite. Nous devons imaginer ensemble la suite, le projet écologique de la majorité présidentielle pour l’élection de 2022. Le chemin que nous proposons est celui qui peut unir les Français.

La ministre de la transition écologique Barbara Pompili (ex-EELV) et le député européen Pascal Canfin (ex-EELV) mangent dans la soupe à la Macron pour un plat de lentille. Les commentateurs sur lemonde.fr ne sont pas dupes :

paysager : Quand on entend le discours du ministre de l’agriculture sur la PAC, on ne vois pas le marathon, mais le sur place. D’ailleurs pas question des apports de la recherche dans cette tribune

HdA : Quand on écrit un truc pareil, « la France en tête de la fin progressive du plastique à usage unique », c’est qu’on est vraiment au début du commencement d’un frémissement d’une possible volonté de penser à y réfléchir… pour vite abandonner. Tiens, pas un mot sur la grande décision : la fermeture totale et effective des centrales à charbon en France, repoussée vers 2024 pour être effective en 2026 … si tout va bien. Ce ne sont ni des petits pas, ni un marathon, mais des promesses, comme la taxation des véhicules polluants, passée à l’oubliette jaunique.

le sceptique : Bon, ce sont les éléments de langage de 2022, « écologie de gouvernement » versus « écologie simpliste », « écologie excessive ». Ils évitent « écologie punitive », trop marquée. A part cela, aucune réflexion écologique sur les finalités politique. La science décrit les effets d’un ajout de carbone dans l’atmosphère ou d’une artificialisation d’habitat, mais en soi cette description n’est pas une politique. On a ici une écologie technocratique qui n’a pas envie de penser, qui veut s’imposer comme évidence sans débat.

Réaliste : Comment permettre les 42 % de SUV parmi les véhicules neufs ? La taxation proposée par la convention citoyenne pour le climat était là pour orienter les choix des citoyens sans être de l’écologie punitive. Quand je vois aussi le glyphosate, les néonicotinoïdes, les condamnations pour chasse aux espèces menacées… j’ai l’impression que le marathon se déroule sur un stade et cela n’avance pas vraiment. Il ne faut pas oublier que cet exécutif ne veut pas s’opposer à la FNSEA ou au lobby des chasseurs.

Bernard l. : C’est étonnant ces politiques qui agissent comme si l’on négociait avec la biosphère comme avec des syndicats. La biosphère suit ses propres règles physiques et n’a que faire de nos tergiversations. Que ne lisent-ils les rapports du Haut Conseil pour le Climat (pourtant voulu par E. Macron) sans parler de ceux du GIEC ou de l’IAE ? Leur boulot serait plutôt d’informer pour convaincre la population de la nécessité des changements considérables à entreprendre, et de les entreprendre sans délai.

Pour en savoir plus sur Barbara Pompili :

8 décembre 2020, Barbara Pompili , la serpillière de Macron (synthèse)

Pour en savoir plus sur Pascal Canfin :

16 juin 2019, Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo (synthèse)

Parité politique et féminisme universaliste

La loi constitutionnelle du 8 juillet 1999 a modifié l’article 3 de la Constitution qui dispose désormais que la loi « favorise l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives », et a précisé dans l’article 4 que « les partis et groupements politiques contribuent à la mise en œuvre de ce principe ». Malheureusement les bonnes intentions se sont transformés en « obligation de la parité », autant de femmes que d’hommes dans les listes électorales.

L’injonction constitutionnelle « Favoriser l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives » ne veut pas dire obligatoirement l’imposition de quotas, ce qu’exprime pourtant l’idée de parité selon le sexe. Sinon pourquoi pas des quotas selon l’âge et la couleur de la peau ? Reconnaître l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est suivre le principe  « un homme = une femme = une voix ». Politiquement il n’y a pas à différencier les personnes selon le sexe, sinon c’est du communautarisme, on pourrait peut-être dire du « séparatisme » ou même du sexisme. Politiquement une femme peut à l’égale de l’homme se présenter à des élections et, si elle est élue, elle représentera les citoyens sans considération de leur sexe. Mais la mode de la « parité » a fait tourné la tête de certaines féministes différentialistes qui réclament des places d’élues pour les femmes sans considération de leurs compétences. Pire, on en arrive à rejeter les hommes. Ainsi ce message qui a circulé au sein du conseil fédéral du parti EELV : « Il s’agit, dans l’esprit de la motion « Pour un parti écoféministe en actes » de mettre en œuvre des formations en mixité choisie (Ce qui inclut toutes les personnes ne se reconnaissant pas comme hommes).  » Alice Coffin serait-elle représentative de l’écologisme ?

Qu’un parti contribue à la « mise en œuvre du principe énoncé au dernier alinéa de l’article 3 de la Constitution », rien de plus normal. Libre aussi aux personnes « ne se reconnaissant pas comme hommes », de se réunir. Mais pour « l’injonction à la parité » indiqué dans le message de la commission féministe du parti EELV, c’est de l’anti-féminisme. Le féminisme bien pensé ne peut être qu’universaliste, pas différentialiste. Mais comme la parité est à la mode, pour certaines élections (par listes et départementales) elle est devenue une obligation légale. Pour les législatives, les partis doivent s’y conformer aussi, sous peine de sanctions financières. Misère, misère !

genre, parité, quotas… un anti-féminisme

Actuellement on met en avant des mots comme « genre » pour en faire des instruments de combat entre les sexes alors qu’on devrait savoir que notre biologie nous a différencié homme ou femme sans y mettre d’inégalités. « On ne naît pas femme, on le devient », écrivait déjà Simone de Beauvoir en 1949. Elle précisait : « Aucun destin biologique, psychique, économique, ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. Seule la médiation d’autrui peut constituer un individu comme un Autre ». Il n’y a pas d’ordre « naturel » dans les inégalités selon le sexe, forcer la nature par parité et quotas n’est pas une bonne chose. C’est ce que certains n’ont pas encore compris.

Michel Guerrin : « Féminisation de la culture ? La parité y est moins présente que dans les entreprises privées, c’est dire. Une quinzaine de musées sont enfin en train d’établir un diagnostic sur la place des femmes dans leurs activités. La fracture est béante entre les musées et ailleurs : 9 % des établissements de spectacle sont dirigés par des femmes, moins d’un opéra sur cinq est mis en scène par une femme, le chef d’orchestre est quasiment toujours un homme, les trois quarts des films sont réalisés par des hommes. La parité ne fait pas bon ménage avec deux dogmes fortement ancrés dans le milieu : la liberté du créateur et le fait que le talent n’a pas de genre. C’est ainsi que le mot quota est tabou. Nombre de figures de la culture s’inquiètent d’avoir été incitées à recruter en tenant compte du genre des candidats plutôt que de leur CV. Aux États-Unis, des responsables de musées sont sommés par leur conseil d’administration de nommer « des femmes de couleur ». On n’en est pas loin. Le fait que le doute passe pour sexiste ne facilite pas le débat. »

Ce monsieur est rédacteur en chef au « MONDE». Le genre, la parité, les quotas à tous les étages, est-ce que cela représente des références féministes ? Le féminisme politique, c’est-à-dire la volonté de mettre en œuvre l’égalité réelle entre l’homme et la femme, constitue l’exact contraire du séparatisme des sexes. L’existence du mot « genre », désignant certains ostracismes dans le monde socio-culturel et ailleurs, ne devrait pas occulter le fait que nous sommes tous fondamentalement androgynes. Dire autrement, c’est vraiment du sexisme. Ce que les « féministes » du genre ne comprennent pas, c’est que tous leurs excès provoquent ce qu’elles haïssent le plus. Chaque fois qu’une femme dit ne se sentir bien qu’avec des femmes, chaque fois qu’on instaure des quotas, chaque fois qu’on impose la parité, on méprise les véritables féministes, hommes et femmes, qui ne mettent pas d’inégalités entre les sexes biologiques. Le talent n’a pas de sexe, l’engagement militant non plus.

Durant les années 1960, un psychologue hongrois nommé Laszlo Polgar dévora les biographies de centaines de grands intellectuels et en tira le trait commun : une spécialisation précoce et intensive. Il en conclut que le génie est acquis et non inné. Il se mit au défi de le prouver en rendant géniaux ses futurs enfants. Onze années d’entraînement intensif plus tard, sa fille Susan était devenue la meilleure joueuse du monde, à 15 ans ! Elle ne se fit doubler que par Szofia, sa petite soeur. Judit, la cadette, devint Grand Maître international à 15 ans, battant le record de précocité auparavant détenu par l’américain Bobby Fischer. Par la suite, elle s’offrit le scalp des meilleurs joueurs mâles, dont celui de Garry Kasparov. Ni parité, ni quotas, les femmes sont capables de réussir par elles-mêmes quand la société n’est pas misogyne.

Il y a encore des pays qui légalisent l’inégalité entre les hommes et les femmes. Mais quand on voit de très jeunes filles comme Greta Thunberg s’exprimer de façon claire et incise devant des assemblées internationales de politiciens chevronnés, on ne peut que constater que la lutte pour le climat et pour bien d’autres choses n’est pas une question de genre.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

23 novembre 2020, Féminisme radical et écologie politique

16 décembre 2016, LeLe genre et le sexe, des différences aux inégalités

17 septembre 2013, sexe/genre relève-t-il de la nature ou de la culture ?

21 avril 2013, sexe ou genre, l’art de tromper l’entendement humain

1er septembre 2011, nature et sexualités : le débat sur le genre humain

Écologisme et sexualité, mélange détonnant

La vie interne dans un parti n’est pas un long fleuve tranquille. C’est d’autant plus vrai quand un parti qui se dit écolo mélange son objectif de conquête du pouvoir par les urnes et revendications sociétales d’un féminisme très particulier. Exemple :

Didier : Cette année, je voulais fêter mes 20 ans d’adhésion à l’écologie politique. Au final, par ce mot, je vous informe que je démissionne en date d’aujourd’hui, ce 9 décembre 2020. Ma décision est conditionnée par l’arbitraire de la décision rendue ce matin par le conseil statutaire, et l’arbitraire de la décision rendue par la cellule d’enquête et de sanction sur le harcèlement et les violences sexuelles et sexistes. Je n’ai pas fauté, il n’y a pas eu de ma part d’intention de voler un baiser ou quoi que ce soit d’autre lors d’une soirée privée avec une camarade. Lors de l’audition, je n’ai jamais su ce qui m’était reproché exactement, sous couvert de vouloir protéger la victime. Aucun débat contradictoire n’a pu avoir lieu, j’étais quoiqu’il arrive coupable. Je trouve ça terrible qu’il n’y ait pas eu de dialogue, de médiation. Je nous trouve stupide, hyper-violent, immature, inconséquent dans notre fonctionnement collectif. J’ai saisi le Conseil Statutaire car une décision de suspension temporaire de 6 mois doit être prononcée contre moi à titre conservatoire. Mon recours a obtenu cette réponse : « le Conseil statutaire ne pouvant se prononcer que sur des éléments factuels, votre recours ne peut pas être instruit. »

Gérard : Le conseil statutaire dans sa réponse brut de décoffrage ne peut que laisser en plein désarroi un de nos militants qui affronte une procédure ou les « droits de l’accusé », doivent être exemplaires, sur le fond et la forme.

Jacques : Je suis assez surpris de la réponse du conseil statutaire. Quand on empêche une personne de se porter candidat à une élection parce qu’il existe une mesure conservatoire (suspension de 6 mois),  il existe de fait une  sanction. Si au final, il venait à être blanchi, on l’aura empêché d’être élu régional.

Michel : Il paraît donc qu’EELV s’est doté d’une « cellule d’enquête et de sanction sur le harcèlement et les violences sexuelles et sexistes ». De façon pragmatique, des instances judiciaires officielles existent déjà pour enquêter (et sanctionner) les violences sexuelles avec bien des garanties que n’offre pas une instance partisane interne. Un parti politique ne devrait (à mon avis) sanctionner un(e) de ses membres que si la justice officielle le déclarait coupable. Il est pour moi important politiquement de respecter la séparation des pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire. Au delà des cas particuliers, nous devrions nous interroger sur la place d’une telle instance disciplinaire dans un parti normalement à vocation écologiste. Là est notre vocation et là est notre image électorale. Si nos compatriotes-électeurs savaient qu’une des préoccupations principales de notre parti « écolo » est de se polariser sur les pratiques sexuelles, il n’est pas certain que leur vote se porterait sur nous…

Sarah : tais-toi (à mon avis)

Françoise : Bravo pour la concision… On ne peut plus discuter ?

Jean-Michel : Comment ça, « tais-toi » ? Puisque l’intéressé a rendu publique sa convocation devant la cellule d’enquête, il serait bon de savoir de quoi il s’agit. Et Michel a raison de rappeler qu’il existe aussi des « instances judiciaires officielles ».

Annie : Mettre en opposition l’urgence écologique et le droit aux femmes de ne pas être agressées, violées, harcelées est tout bonnement honteux.

Jocelyne : Cette cellule (sur la sexualité) devrait avoir pour seule fonction d’écouter, soutenir, guider et conseiller les victimes. Point final.

Hélène : Il y a dans ce Parti un avant et un après « l’affaire Baupin ». Dans l’avant, la parole des femmes qui venaient dénoncer des agressions sexuelles, celles de Denis Baupin, ou d’autres encore, n’était absolument pas respectée. Les cadres du Parti osaient leur répondre : « mais ce n’est rien du tout, on sait que Denis est un grand dragueur, nous sommes un Parti libertaire, il faut l’accepter.. » Dans l’Après Baupin, de peur de faire les mêmes erreurs, on crée une cellule pour recueillir la parole des victimes sans écouter dans les règles celle de l’accusé qui n’a plus le droit de se défendre comme il se doit. Si un homme a le malheur de poser sa main sur l’épaule d’une copine cela peut lui coûter très cher…

Annie : Lire que bientôt les hommes n’oseront plus mettre la main sur l’épaule d’une femme est assez grandiose !! Dans l’affaire Baupin, ce fut le genre de propos tenus à la barre par Mesdames Voynet et Ferri ainsi que par Messieurs Benhamias et Archimbault . Minimiser l’acte en banalisant le geste ! Il y a des mains sur l’épaule que nous ne supportons pas comme il y a des regards qui nous dérangent. Laissons les femmes gérer leur vie, leur corps, leurs émotions. Aidons les à parler, croyons les…

Hélène : Quand j’écris « Si un homme a le malheur de poser sa main sur l’épaule d’une copine cela peut lui couter très cher », c’est une façon de dire qu’il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre. Pour certaines femmes, notamment chez celles qui ont déjà été victimes d’agression sexuelle, certains gestes d’hommes, qui font partis de la séduction, peuvent être très mal ressentis. Cela ne fait pas pour autant de ces hommes des agresseurs sexuels. Une femme peut mentir, ou exagérer les faits, ne serait-ce que pour servir ses intérêts. Les fausses accusations pour viol, sont rares mais elles existent bel et bien. Et je ne vous parle pas des fausses accusations d’agressions sexuelles.  J’ai subi plusieurs agressions sexuelles, je sais très bien ce que l’on peut ressentir. Mais je sais faire la différence entre la séduction et la séduction à laquelle on dit : STOP !  Cela devient une agression sexuelle si notre STOP n’est pas respecté. C’est du harcèlement si on reçoit de manière répétée des sms à caractère sexuel. Mais tout cela ne m’empêche pas de dire que, si toute victime doit être entendue et soutenue, tout accusé a droit également à être entendu, à être défendu et a droit à la présomption d’innocence.

Marie-Claire : C’est grave de nier les ressentis des femmes agressées. Ce que nous disons, ressentons est toujours juste. Il n’y a aucune preuve, dans le travail des traumas post-traumatiques d’une perception faussée. C’est un ressort connu du patriarcat qui nie le ressenti de l’autre pour dire que ce que ressent l’autre est faux. C’est notre travail de femme féministe de dire. Non ! Vivement que les femmes apprennent la sororité et l’histoire des féministes. 

Delphine : Là ça me fait réagir de lire ça.  Évidemment qu’il faut respecter son ressenti, que la sororité est importante et que la cause des femmes est à défendre plus que jamais. Mais une dérive ne se rééquilibre pas par une autre, les abus sont réels,  les malentendus aussi. Je suis psychologue,  je reçois des femmes abusées et des hommes aussi parfois. Le ressenti doit se confronter à la réalité de l’autre, la situation est toujours singulière. C’est ça rétablir une altérité juste. Certaines personnes, hommes ou femmes,  sont parfois coincées dans un trauma  mais elles sont bien contentes de pouvoir se rendre compte que toute personne qui les drague à nouveau n’est pas cet abuseur qui les a tant marqué, qu’autre chose est possible, heureusement.

Sylvain @ Marie-Claire : Ce que nous disons, ressentons est toujours juste. »Ainsi donc vous confirmez l’idée selon laquelle les femmes sont des animaux fragiles, esclaves de leurs émotions et dont il faut prendre le plus grand soin. C’est au passage toute la philosophie des lumières qui promeut l’élévation de l’esprit humain pour le libérer de ses émotions et préjugés qui est ainsi remis en cause… au plus grand bénéfice de tous les spécialistes en marketing qui travaillent pour la société de consommation et l’abrutissement des masses, où l’acte d’achat est promu par l’émotion, l’impulsion, l’envie, comme le saint Graal pour accéder au bonheur.Bravo, avec une telle dose de lucidité, il ne fait aucun doute que l’écologie est sur la bonne voie et l’humanité très prochainement sauvée d’elle même.

Jacques : Didier soulève une certaine dérive stalinienne qui prend forme dans le parti. Je le constate moi-même. On a très vite fait de vous mettre au pilori si vous ne rentrez pas dans le moule sur certaines positions de société ou refusez certaines stratégies. J’ai l’impression de me retrouver plus de 20 ans en arrière, à l’époque où je travaillais dans une mairie communiste en région parisienne.

Michel : On peut se demander à quoi sert un parti qui devrait être voué à l’engagement militant au nom de l’urgence écologique et qui de targue de lutte contre les « violences sexuelles ». Ce qui est au cœur de la vocation collective d’un parti écologique, c’est débattre de la controverse récente entre Macron et la convention citoyenne sur le climat, c’est condamner le parti pris pro-nucléaire de Macron qui veut construire 6 EPR et fabriquer un nouveau porte-avion nucléaire,. Entrer dans des considérations sans fin sur la sexualité humaine brouille forcément le message des écologistes.

Tout savoir sur la liberté d’expression

Une adolescente, Mila, avait postant sur instagram : « Je déteste la religion, (…) le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. (…) J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s’exciter, j’en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. » Sa messagerie explose ! Treize harceleurs de Mila ont été condamnés à des peines allant de quatre à six mois de prison avec sursis le 7 juillet 2021 par le tribunal de Paris. Voici quelques considérations sur la liberté d’expression :

Smaïn Laacher : « Mila, parce qu’elle disait du mal de l’islam, une vidéo vue 35 millions de fois, des centaines de milliers de messages adressés à cette seule personne, menaces de mort envers une jeune fille, procès. Tous les prévenus ont expliqué leur geste, non à l’aide des 3 catégories d’intelligibilité (mobile, intention et conséquences), mais par une subite « émotion » leur interdisant tout début de réflexion : « j’ai tweeté à chaud », « j’ai tweeté pour rigoler », « je me suis senti choqué », etc. C’est « liker » sans réflexion élémentaire sur les conséquences de leur écrit. Et personne parmi les prévenus n’avait la moindre idée de ce que pouvait contenir un Coran et, donc, de ce qu’il autorisait et de ce qu’il interdisait. La question posée par ce procès : Mila a-t-elle porté préjudice aux musulmans ? La justice a répondu très clairement non. Les propos de Mila, malgré leur grossièreté parfois, n’engageaient pas un trouble à l’ordre public et la paix civile n’était nullement en cause. L’offense ne provoque nul dommage direct pour des individus, c’est un crime imaginaire. Tel n’est pas le cas du préjudice qui consiste en une atteinte directe à autrui, à son intégrité physique, à ses biens matériels, ou à ses droits fondamentaux. La liberté de conscience est indissociable de deux autres libertés, celle de la liberté d’exprimer et de publier des opinions et celle de la liberté de s’associer. Une société n’est pas constituée d’un monde homogène, mais d’une pluralité de conceptions du monde. Une société ne peut se prétendre libre ou démocratique si ces libertés ne sont pas « sacrées » et protégées. »

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

10 mai 2021, Liberté d’expression ou bien art de convaincre

extraits : La seule liberté que nous puissions avoir, c’est d’être conscient des contraintes apportées par notre socialisation primaire, notre vécu socio-économique et le milieu environnant. C’est pourquoi évoquer la « liberté d’expression » est un abus de langage, notre discours est toujours codifié par d’autres. Pourtant il s’agit d’une innovation qui fonde le fonctionnement démocratique d’une société. Il n’y a plus de discours d’autorité imposé par une religion, un empereur ou une idéologie. Le changement social se fait grâce aux interactions du débat, sinon la société se fige.

14 février 2021, Renaud Camus et la liberté d’expression

extraits : « Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés de moins en Méditerranée, cent mille euros d’économies pour la CAF [Caisse d’allocations familiales], deux cellules de prison libérées et trois centimètres de banquise préservée. » Poursuivi pour injure raciale, la procureure avait réclamé quatre mois d’emprisonnement avec sursis et une amende de 5 000 euros. Mais le tribunal de Paris a débouté les cinq associations antiracistes parties civiles qui poursuivaient Renaud Camus.

11 septembre 2020, ADMD, Facebook censure la liberté d’expression

extraits : Facebook France se dit « profondément touché par la situation difficile que traverse Alain Cocq » et assure respecter « sa décision de vouloir attirer l’attention sur cette question complexe », mais confirme avoir bloqué cette diffusion « car nos règles ne permettent pas la représentation de tentatives de suicide ».

6 décembre 2013, Quelle liberté d’expression pour les écologistes ?

extraits : Si les écologistes étaient conséquents, ils devraient toujours voter et agir en leur âme et conscience, pas en fonction des intérêts de leur groupe d’appartenance. Nous avons deux ministres de l’écologie qui ont été virés par le premier ministre Ayrault pour avoir défendu un point de vue d’écologiste. Ils étaient pourtant socialistes. Mais ils ont ignoré la « solidarité gouvernementale » pour critiquer une gestion politicienne de court terme et pour porter haut et fort la voix des générations futures.

30 janvier 2020, Le droit au blasphème, c’est démocratique

extraits : Blasphème, « parole impie », sarcasmes envers un dieu ou une religion. Aujourd’hui encore, soixante-douze pays, dont treize en Europe, ont toujours une législation pénale qui condamne le blasphème, considéré parfois comme un crime. En France, c’est au contraire un fondement du principe de neutralité de l’État sur les questions religieuses.

2 septembre 2013, La publicité ne relève pas de la liberté d’expression

extraits : Le fondement constitutionnel de la liberté d’expression en France repose sur l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789  : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Le Constituant entendait favoriser un débat d’idées. Il ne visait explicitement que la libre communication « des pensées et des opinions », certainement pas des informations ordinaires et encore moins de la publicité commerciale qui n’existait pas à l’époque. La publicité n’a nullement pour objectif de transmettre des idées mais plutôt de faire vendre des produits. Elle a donc plutôt pour fondement la liberté d’entreprendre ou la liberté du commerce et de l’industrie, des libertés dont la portée est susceptible de limitations dans l’intérêt général.

départementales et régionales, le vide

La presque totalité du corps électoral ne sais pas à quoi sert un conseil départemental, encore moins un conseil régional. L’ignorance est politiquement voulue, médias et partis ont transformé des élections locales en enjeu national, pour ou contre Macron, ou Marine, le reste importe peu. Comme quoi, de votes en abstentions, on confirme amplement l’adage : « Élections, piège à cons ».

Prenons l’exemple des engagements du Rassemblement National pour la Nouvelle Aquitaine. Les deux premiers points sont classiques de la part d’un parti replié sur l’hexagone : « Lutter contre l’immigration massive » et « rétablir la sécurité ». Le troisième et le quatrième point sont ruralistes : « désenclaver les territoires » et « favoriser le localisme ». Le cinquième et dernier montre le peu de cas que l’ex Front national porte à l’urgence écologique :

5. Stopper l’écologie punitive : L’éolien est une aberration économique et écologique. Nous l’arrêterons. Je (Edwige Diaz) valoriserai le travail des agriculteurs qui nous nourrissent et je rejetterai l’idéologie qui les fait passer pour des pollueurs sans scrupules. Contrairement à mes adverses (sic), je n’appliquerai pas la future écotaxe sur les transports routiers parce que je protégerai le pouvoir d’achat des Néo-Aquitains (point final)

Pas besoin d’en dire plus, on a tout compris, il ne reste plus qu’à pleurer (de rire).

NB : en novembre 2019 pour les municipales, on a été un peu plus disert, tous les partis ou presque étaient écolos !

René DUMONT, l’écologie entre en politique

Je pense encore souvent à René Dumont, décédé le 18 juin 2001. Mon premier vote a été pour lui, il était candidat à la présidentielle et faisait entrer l’écologie en politique par la grande porte. C’était en 1974, il y a une éternité. Aujourd’hui un évènement chasse l’autre sans souci de construire un avenir commun, et l’anniversaire de sa mort devrait être plus qu’une commémoration, une interrogation sur nous-mêmes : qu’avons-nous fait de son enseignement, où va la planète et tous ses habitants si nous ne réagissons pas dans le bon sens ?

Véritable baroudeur de l’agronomie, son métier de base, René Dumont s’était engagé aux côtés des tiers-mondistes dans la lutte contre le colonialisme et la famine. En 1962, il constate de façon prémonitoire que le continent noir courait à sa perte et l’annonce dans son best-seller « L’Afrique noire est mal partie ». En 1972, René Dumont a pris conscience, grâce à la lecture du rapport Meadows sur les « limites de la croissance », de l’ampleur des menaces qui pèsent sur la planète, menaces qui ne sont pas seulement alimentaires mais aussi énergétiques, atmosphériques, aquatiques, etc. La première conférence des Nations Unies sur l’environnement se réunissait la même année à Stockholm. En parallèle à cette conférence officielle, des milliers de jeunes se réunissent et lancent le premier grand mot d’ordre de l’écologisme : « Nous n’avons qu’une seule Terre ! ». L’agronome est devenu écolo. Pendant longtemps, l’homme de la révolution fourragère avait prôné les mérites de l’agriculture intensive, du productivisme. Il a su revenir sur ces idées pour témoigner que, si on se trompe, l’important est de l’admettre, ce qu’il a fait dans son programme de présidentiable : « L’agriculture intensive, quand elle néglige la fumure organique et n’utilise que des engrais minéraux accompagnés de pesticides divers, menace gravement sa propre pérennité ». Poussé et soutenu par les associations environnementales, il s’est donc présenté aux élections présidentielles de 1974 ; il n’a obtenu que 1,32 % des suffrages exprimés, mais ce n’était qu’un début, le combat ne faisait que commencer. Pour la première fois en France un vote électoral signifiait vraiment quelque chose de différent, une alternative à la lutte entre tenants de la droite et partisans de la gauche ; car nous sommes tous concernés par les crises écologiques, il nous faut tous sans exception changer de comportement quand on appartient à la classe globale, celle qui possède un véhicule personnel. Il nous faut acquérir le sens des limites.

Les mesures préconisées par René Dumont restent toujours valables : un impôt sur les matières premières pénaliserait l’usage intensif des ressources et récompenserait l’emploi intense en main d’œuvre ; un impôt d’amortissement serait inversement proportionnel à l’espérance de vie des produits, par exemple de 100 % sur les produits destinés à durer moins d’un an et de zéro pour les produits à durée séculaire ; une taxe progressive sur l’énergie consommée par foyer sous toutes ses formes, non pas seulement le chauffage, l’électricité, l’essence, mais aussi l’achat d’automobiles, d’appareils ménagers, etc. Comme le volume des transports par camions routiers progressait déjà fortement à son époque au détriment du rail, René proposait que les camions soient limités aux trajets gare-domicile et que les voitures privées soient interdites dans les centres villes. Il recherchait même une société capable de défendre les non-nés, les générations futures alors que le concept de développement durable n’a été popularisé que par un rapport des Nations Unies de 1988. Dans la préface de « L’état de la planète » (Economica, 1989), René Dumont écrivait encore : « Cette étude nous met en face de nos responsabilités. On peut dire que notre génération – celle de Trente années Glorieuses, celle qui a longtemps cru avoir si bien « réussi » – n’avait nullement compris que ces « gains » avaient été essentiellement réalisées au dépend d’un environnement mondial de plus en plus compromis ; au dépens du Tiers monde, de ses populations démunies, privées de tout et d’abord de ce que nous gaspillons ; aux dépens des générations futures, qui seront privées d’un potentiel de production correct et des ressources rares et non renouvelables (pétrole et minerais)… Un minimum d’austérité est devenu une condition absolue de la survie prolongée de l’humanité. On ne saurait trop le répéter : dans les 10 ans, les dés seront jetés ».

Dans le dernier chapitre de son livre-souvenirs en 1977 titré« Seule une écologie socialiste… ». René Dumont mettait en évidence à l’âge de 73 ans l’axe directeur de sa pensée : « L’écologie résume tous nos problèmes, toutes nos crises ». Sans tenir compte des avertissements qui se sont multipliés depuis, la société thermo-industrielle a continué à pleine vitesse pour déboucher dans l’impasse de la croissance dans un monde fini. Et les pays dits aujourd’hui « en développement » courent après ce terrible paradoxe qui donne tant à réfléchir : « Notre grande pollution, c’est notre misère, laissez-nous nous industrialiser ». Alors que le mode de vie occidental épuise déjà plusieurs planètes s’il était généralisé, cette volonté de « rattrapage » a été suivie à la lettre entre autres par la Chine dont les énormes besoins accroissent la pression de l’humanité sur la planète.

Vingt années sont passées depuis la mort de René Dumont et la dégradation biophysique de la planète risque de devenir irréversible. Il faudrait que les citoyens et les citoyennes sachent reconnaître ce qui a de l’importance dans l’immense machine médiatique à produire aujourd’hui des informations illusoires. Le message de René mérite d’être écouté.

Michel Sourrouille

NB : ce texte est déjà à ligne sur le site des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE)

https://jne-asso.org/2021/06/10/hommage-a-rene-dumont-pour-le-20e-anniversaire-de-sa-mort-par-michel-sourrouille/