politique

Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

Hier nous considérions les propos de Canfin vantant les avantages d’une écologie « réaliste » sur ce blog biosphere. Aujourd’hui nous en analysons une application, c’est l’art de l’immobilisme. L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques) alors que les automobilistes sont taxés sur le carburant. La ministre des transports, Elisabeth Borne, botte en touche :

« Il faut qu’on ait cette réflexion sur la taxation du transport aérien à l’échelle européenne. »  Elle a aussi jugé « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone ». L’amendement visant à interdire les vols intérieurs qui ne font pas économiser plus de temps par rapport à un même trajet en train seraient selon la ministre « contraires à la liberté d’entreprendre et à la liberté d’aller et venir ». Les députés ont aussi rejeté un amendement suggérant l’application, sur les billets, d’une taxe d’empreinte carbone aérienne, en cas d’alternative ferroviaire comparable à l’avion. La ministre a mis en garde contre les « distorsions de concurrence » et les risques de « dumping écologique et social ».

Il y a peu super Macron, par la voix d’Edouard Philippe, promettait une accélération sur l’écologie. Aujourd’hui on appuie sur le frein. « La question doit être réglée à un autre niveau » (par exemple l’UE) et « soyons confiant dans la capacité de la technique à apporter demain des solutions propres (plus tard, on peut rêver) sont les deux grandes argumentations des immobilistes. Le parler vrai aurait été de dire : on ne veut pas risquer de mettre en danger l’aéroport de Roissy, vaut mieux le privatiser. Quand on peut légiférer en France, on attend l’Europe. Quand l’Europe légifère, on crie au diktat européen… on n’est pas prêts de progresser. Quand la Ministre juge « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone », on cauchemarde ! Construire puis faire voler des avions de plusieurs dizaines de tonnes sur des milliers de kilomètres avec un bilan = zéro carbone ! J’ai du mal à y croire ! Je n’y crois pas. L’immobilisme du gouvernement et de ses députés est en réalité un négationnisme de l’urgence écologique, et n’oublions pas que l’aspect climatique se double de l’aspect ressource/pic de production de pétrole. N’oublions pas que les avions, ce sont des hordes de touristes pour visiter en troupeau la Tour Eiffel, les plages paradisiaques ou les pyramides d’Égypte. A force de prôner la liberté de circuler et de faire n’importe quoi, c’est un régime dictatorial qui nous guette. Si on voulait avoir une chance même minimale de transitionner, il faudrait même avoir vraiment commencé depuis longtemps, depuis 1972 et le rapport sur les limites de la croissance. Alors que la planète suffoque, il est plus que jamais indispensable de prendre des mesures très radicales. Lire sur notre blog :

19 septembre 2009, la fin de l’avion plus lourd que l’air

8 octobre 2010, trop de touristes prennent l’avion

21 octobre 2014, Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué

10 août 2015, gaz à effet de serre de l’aéronautique, ça flambe

13 mai 2016, Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

13 mai 2018, L’imbécillité écologique du tourisme mondial

26 avril 2019, Prenez l’avion, c’est « bon » pour nos générations futures

Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo

Pascal Canfin, tout nouveau député européen macroniste, cire les pompes de son nouveau maître : « L’écologie s’installe comme un des éléments-clés de l’ADN de la majorité présidentielle. Dans la vraie vie, il faut négocier, passer un compromis… Toutes les études montrent que plus de transition écologique, c’est plus d’emplois et plus de croissance. Nous n’avons pas à choisir entre écologie et emploi, ou entre écologie et pouvoir d’achat.C’est ce qui fédère les macronistes issus de la gauche et ceux qui viennent de la droite… Plus aucun parti n’a le monopole de l’écologie et c’est une excellente nouvelle… Si les Verts veulent être sur une logique d’écologie décroissante et anticapitaliste, je leur laisse, ça n’est pas la mienne… Quand le gouvernement a lancé le conseil de défense écologique, Yannick Jadot  a dit? « C’est du foutage de gueule. » Soit EELV est dans la critique permanente, soit ils adoptent une ligne plus réaliste… Aux Verts français de faire cette révolution culturelle… Certaines générations ont construit leur identité politique sur l’anticapitalisme, l’anticommunisme, l’antiracisme. Là, c’est le climat, et le président de la République l’a parfaitement compris… L’écologie réaliste, efficace et ambitieuse correspond à une attente croissante dans la société. Cet électorat-là sera indispensable au chef de l’Etat en 2022… »

Canfin, un clampin aux dents longues barbouillées de vert ! Es-tu l’homme de la « révolution culturelle », entouré de révolutionnaires écolos comme Edouard Philippe ou François de Rugy. Rappelons que c’est un ex- lobbyiste d’Areva qui promeut aujourd’hui l’écologie à l’Assemblée et au Sénat. Marre de tous ces opportunistes qui disent parler écologie et persévèrent dans le culte de la croissance et du marché. Rien de nouveau sous le soleil macroniste : une pseudo écologie soluble dans la chasse, le nucléaire, l’agriculture intensive et les glyphosates… Hulot avait tiré les conclusions de cette « écologie réaliste », il avait démissionné. Au moment même des grandes déclarations lyriques pendant les élections Européennes, des textes contraires, nocifs à l’environnement, étaient votés à l’Assemblée macroniste. Il faut arrêter de prendre les citoyens électeurs pour des imbéciles. Refusez donc le grand soir de l’écologie, M. Canfin, nous allons irréversiblement vers le « grand soir de la Terre » ; pas la fin du monde, certes, pas la mort de la Terre mais un bouleversement profond du Vivant et de tous les équilibres écosystèmiques. Continuez ainsi et nous irons vers la grande nuit de la Terre… Petite rétrospective sur notre blog biosphere à propos de Canfin :

27 mars 2019, Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

extraits : Pascal Canfin, ex-membre d’EELV et ex-ministre–alibi écolo de François Hollande est propulsé numéro 2 de la liste « Nathalie Loiseau ». Il justifie naïvement son ralliement en assurant que l’écologie représentera le cœur du programme porté par la majorité aux européennes : « Les échanges que j’ai eus depuis dix jours avec le président de la République sur ce sujet m’ont apporté les assurances nécessaires… »

16 septembre 2014, Pascal Canfin : social-libéralisme contre social-écologie

extraits : A force de s’être éloigné des promesses de 2012, la base politique du gouvernement de Manuel Valls est extrêmement étroite et ne représente désormais qu’une seule partie du PS, dont on ne sait même pas si elle est vraiment majoritaire… Nous sommes désormais à gauche dans une bataille entre un modèle social-libéral, et un modèle social-écologique…

5 septembre 2014, « Imaginons », le livre sans imagination de Pascal Canfin

extraits : Canfin quitte Hollande et le gouvernement, il en fait aussitôt un livre. Ainsi va la médiatisation de la vie publique. Nous avons eu les gémissements de Valérie Trierweiler sur ses mois passés avec François Hollande, nous avons eu la charge violente contre François Hollande faite par sa ministre du logement EELV Cécile Duflot. L’ex-ministre du Développement EELV Pascal Canfin ne pouvait être en reste… Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup plus d’écologie chez Canfin qu’il n’y en avait dans le livre de Duflot…

* LE MONDE du 15 juin 2019, Pascal Canfin : « Aux Verts de faire leur révolution culturelle »

Édouard Philippe devient plus vert que vert

Quelques réactions au discours de politique générale d’un premier ministre qui annonce l’« accélération écologique » :

Jean-Patrick : « accélération sur l’écologie » déjà les termes choisis montrent que c’est mal parti. Pour l’écologie on a avant tout besoin de faire l’éloge de la lenteur : train (au lieu de l’avion), vélo et piétons (à la place des voitures), slow food.…

Jane : Une accélération verte de 80 à 90 km/heure ?

Gorgone : les promesses politique ne valent rien.Si ils ne font pas de lois, ca ne vaut même pas le papier sur lequel son discours est écrit.

Noodle : Bla bla bla… Il n’y aura aucune accélération en ce domaine et il faut être un sacré naïf ou un fieffé menteur pour le croire ou l’affirmer. Quelques mesurettes dans le bon sens feront office de spectacle pour amuser la galerie. Pas de normes strictes dans la construction, des aides limitées et surtout facultatives pour les déplacements travail maison… pas de projet d’ampleur sur le renouvelable, sur le ferroutage…rien pour corriger les échecs de la loi alimentation… bref de beaux discours creux et peu d’action réelle. En matière environnementale ce gouvernement procrastinateur n’est qu’une perte de temps… une de plus malheureusement. Mais comme c’est le cas dans de nombreux pays très pollueurs il vaut mieux expliquer au enfants et aux jeunes en général qu’ils vont sérieusement en baver et qu’ils doivent se préparer à un certainement forme d’attrition… et chercher des trèfles à 4 feuilles, on sait jamais.

Bibi de Bordeaux : J’ai beau chercher, je ne vois rien qui soit à la hauteur des menaces qui se profilent l’horizon. On nous annonce une extinction massive des espèces animales et végétales, une montée inéluctable des températures avec son cortège de catastrophes en tous genres et, alors qu’on attendrait un effort colossal pour isoler nos logements-passoires, inventer le moteur non polluant (hydrogène ?), mettre des millions de camions sur le rail, etc, on se contente de mesures cosmétiques alliées à un discours ronflant.
Bien entendu aussitôt salué par le ramasse-miettes de service, tout le monde aura reconnu de Rugy.

HK : Du vent une nouvelle fois ! On ne peut pas concilier croissance et écologie, espérons que les verts vont résister aux appels, il n’y aura que la compromission et la soumission au bout de la route si EELV va gouverner avec LREM.

Michel SOURROUILLE : en fait Edouard Philippe souffre de dissonance cognitive : il sait ce qu’il faudrait faire, une écologie radicale, mais il choisit la voie de la facilité, faire comme d’habitude. Il voudrait concilier l’inconciliable, « la force de la croissance » et l’impossibilité d’une croissance dans un monde fini dont on a déjà dépassé les limites. Il choisit donc le marché, c’est-à-dire la préférence pour le court terme. Il ne faut surtout pas envisager le dévoiturage, on préfère aider un million de familles à acheter un véhicule grâce à « la prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule moins polluant ». On ne sort pas des oxymores « croissance verte » et « moteur propre ». A l’heure où la décision sur la montagne d’or en Guyane n’est pas encore tranché, il ose le lyrisme : « En finir avec un mode de consommation dans lequel les mines sont toujours plus profondes et les montagnes de déchets toujours plus haute ».

Trop malsaine, cette « démocratie » en berne

Un tour des infos du MONDE (numéro du 8 juin 2019) rendrait une personne normale complètement désespérée face aux jeux pernicieux des combines de la démocratie « représentative ».

– La démocratie anglaise à vau-l’eau : Boris Johnson est favori pour succéder à May. Spécialiste des Fake news qu’il émettait pour pousser au Brexit, son amateurisme en tant que chef de la diplomatie a fait le tour du monde. Le bagou, l’europhobie et le nationalisme tiennent lieu de passe-partout pour accéder aux postes de responsabilité. Les membres de la Chambre des communes ne voteront certes pas pour ses qualités, mais comme seul rempart qui paraisse « « crédible » au Parti du Brexit de Nigel Farage. Le choix entre Charybde et Scylla, comme en France Macron ou Le Pen aux européennes, exit l’importance de l’Union ! (page 3)

– « Comme il est généralement admis dans la société japonaise que porter des hauts tallons est nécessaire et approprié au travail », le ministre du travail Kanako Otsuji refuse de légiférer pour interdire aux entreprises d’obliger ses salariées à porter des chaussures à talon. Peu importe que cela nuise à la marche et entretienne des douleurs, la tradition est plus forte que la volonté des femmes ! (page 4)

– Au Kazakhstan, une élection de pure façade. Le successeur désigné de Nazarbaïev doit être élu sans surprise à la présidence. La seule interrogation, pourra-il obtenir les 97,5 % des voix qu’avait récolté celui-ci en 2015 ? Les clans oligarchiques continueront à se partager les richesses du pays (pétrole, gaz, uranium). (page 5)

– Il n’y a pas de démocratie mondiale, c’est chacun pour soi dans la défense de ses propres intérêts. L’enjeu, prendre le contrôle d’une organisation qui aura une influence sur les standards agricoles et alimentaires. Pour l’élection au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), la candidate française Catherine Geslain-Lanéelle défendra un « projet mondial incluant les intérêts américains. » Elle s’est engagée à « ne pas défendre les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM ». Le candidat géorgien David Kirvalidze est partisan du libre-échange ; il se targue d’avoir « le soutien d’un grand nombre de pays en voie de développement ». Cette élection est phagocytée par la règle « un pays, un vote ». De son côté, la Chine travaille activement à faire élire son candidat, Qu Dongyu ; on n’hésite pas à sortir le carnet de chèques et à user de son influence pour obtenir les voix de pays ­africains. La lutte contre l’insécurité alimentaire , objectif premier de la FAO, passe clairement au second plan ! (page 6)

– La démocratie participative devient un véritable marché. Les entreprises du secteur dépendent pour beaucoup de leurs commanditaires, élus et administrations, qui ne font pas souvent la différence entre participation et communication. Pensons au Grand débat de Macron qui n’a pas respecté l’éthique de la participation équitable de tous : interventions répétées du président de la République, questions orientées et qui excluent des sujets comme l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), commentaires désactivés sur la plate-forme en ligne… (page 16)

Comment voulez-vous que dans un contexte général aussi éloigné de l’intérêt public on puisse prendre des mesures radicales pour assurer la transition énergétique et écologique. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, cette dénomination est devenue officiellement « France, finance verte » dans le code de l’environnement !!!

Relocalisations pour une décroissance

Faut-il diviser la France en petites communautés ? C’est le débat à trois voix du mensuel de juin « La décroissance ». Dommage que personne ne cite les communautés de résilience déjà mis en place au niveau international sous l’égide de Rob Hopkins. Mais l’essentiel est de faire avancer la cause écologique. Extraits :

Olivier Rey : Il va de soi que dans la situation actuelle, où les excroissances monstrueuses pullulent, le sens des proportions doit pousser à la réduction d’échelle. La taille appropriée ne doit pas seulement s’appliquer à l’exploitation des ressources, la taille des entités politiques est également concernée. On devrait se souvenir que « politique » vient de polis, la cité, qui précisément pour demeurer cité ne saurait croître indéfiniment. Aux yeux des Grecs, les Perses étaient des barbares parce que, vivant dans un empire, il ne pouvaient pleinement faire vivre la démocratie. Ce ne sont pas les individus qui constituent les unités de base de la société démocratique, mais les communautés se gouvernant elles-mêmes. La décroissance est une condition de la démocratie. L’inverse est également vrai : ce sont des communautés locales qui seraient à même de s’engager dans la voie de la décroissance. Leopold Kohr avait parfaitement compris que « la possibilité de trouver des solutions diminue au fur et à mesure que le processus d’union avance ». (ndlr, il suffit de constater les blocages constants de l’Union européenne)

Daniel Blanchard : Chez Bookchin, sa théorie du « municipalisme libertaire » s’est inspirées des vestiges de la démocratie directe de l’Amérique des premiers temps, en particulier au Vermont où il vivait. Des assemblées générales avaient lieu sur les commons : les habitants d’une localité se réunissaient périodiquement pour débattre des problèmes communs. Aujourd’hui il n’en reste plus grand-chose. Bookchin s’inspirait encore plus de l’idéal anarchiste de communautés locales autogérées et fédérées entre elles. Il développait l’idée d’une économie axée sur les ressources locales, instaurant une équilibre entre la communauté humaine et son milieu. Et petit à petit, en s’étendant de proche en proche, cette prise de pouvoir à la base viderait de son contenu l’emprise de l’État et du grand capital. Or, au courant écologiste libertaire, s’oppose la vision technocratique qui défend l’idée qu’on ne pourra résoudre les problèmes écologiques que par une espèce de gouvernement mondial, s’appuyant sur la raison et la science pour justifier un pouvoir dictatorial. Ce néo- totalitarisme déresponsabiliserait complètement les simples gens, alors que c’est précisément par leur responsabilisation qu’on peut espérer résoudre ces problèmes.

Tudi Kernalegenn : Historiquement, quand l’écologie politique apparaît dans les années 1970, elle a tout de suite un lien fort avec le régionalisme alors que la gauche était plutôt jacobine et défendait la puissance étatique. Bernard Charbonneau, Denis de Rougemont ou Ernst Friedrich Schumacher ont été parmi les penseurs de cet éco-régionalisme : small is beautiful. Leur éco-régionalisme n’a rien à voir avec une forme de nationalisme nostalgique et rejette toute idée de discrimination ou de concurrence entre territoire. Un des slogans de l’écologie politologique, dès ses débuts, « peser global, agir local », relève bien de cette vision. Avec l’aggravation des problèmes environnementaux, les conditions de vie se dégraderont et des « écofascistes » en appelleront à ce que de grandes organisations prennent des mesures autoritaires. Au contraire l’éco-régionalisme est une idéologie humaniste qui ne s’en remet pas à un État central. Il fait confiance à la capacité des habitants d’agir au quotidien. Ce qui n’empêche pas d’avoir des instances capables de faire respecter des normes communes qui dépassent le local.

Supprimons nos exportations d’armement

Il faut vraiment être tordu pour se réjouir des exportations françaises d’armement. Le « rapport annuel au Parlement sur les exportations d’armement » a été rendu public le 4 juin*. Avec 9,1 milliards d’euros en 2018, en augmentation de 30 % par rapport à 2017, les ventes à l’étranger de matériels de guerre français témoignent d’« excellents résultats », se félicite pourtant le gouvernement Macron. En la matière, la France vend de tout, sur tous les continents, s’appuyant sur une industrie nationale « très solide ». En 2018, 50 % des commandes ont émané du Moyen-Orient. Des armes contre du pétrole, les Gilets jaunes sont satisfaits. « Aujourd’hui 13 % des emplois industriels sont dans le secteur de l’armement », souligne la ministre des armées Florence Parly en préface du rapport. Des armes contre de l’emploi, les syndicats ne peuvent qu’être satisfaits. Et cette politique d’exportation « est également vitale pour notre diplomatie ». Les contrats et les livraisons avec des pays accusés de crimes de guerre (Arabie saoudite) ou de répression contre leur population (Egypte) atteignent des montants très élevés. Droits de l’homme s’abstenir !

Le marché de la mort est en pleine expansion. « C’est toujours ça de moins qu’auront les anglais, américains, chinois, russes… » disent les libre-échangistes. La vulgate libérale de la concurrence internationale a étouffé dans l’œuf toute contestation pacifiste. Des sous, des sous, des sous et du pétrole, est devenu le leitmotiv de nos gouvernants et des médias. C’est pourtant un exploit commercial qui donne envie de vomir. Le commerce impose sa loi à la conscience. Il existe aujourd’hui des dispositions mondiales régissant le commerce des os de dinosaures, mais pas celui des chars… c’est scandaleux. Arrêtons d’exporter des armes. Arrêtons d’en fabriquer. Arrêtons d’être plus bêtes que nos amies les bêtes qui, elles, ne se font pas la guerre.

Si ça amuse l’humanité de s’entre-tuer, la biosphère n’en a rien à cirer. Le problème, c’est que le conflit armé empêche les différentes ethnies qui se massacrent de construire la paix, ce qui se fait au détriment des équilibres des écosystèmes : on puise dans les ressources non renouvelables pour fabriquer les armes et payer les belligérants, on détériore les espaces naturels, on empêche les paysans de cultiver paisiblement la terre pour nourrir la paix. Attendre des autres qu’il soit fait un pas collectif dans le bon sens est une sinistre hypocrisie. Si j’étais président de la République française, j’arrêterai toute exportations d’armes vers d’autres pays, je mettrais fin à l’absurde dissuasion nucléaire, je ferai de la France un pays en pointe dans les économies d’énergie, je servirai d’exemple pour les autres pays qui, un jour ou l’autre, nous emboîteront le pas en se disant : mais pourquoi donc  n’ai-je pas ainsi agit ? J’ai bien peur de ne jamais connaître ce moment, moi à la place de Macron… dommage !!!

* LE MONDE du 14 juin 2019, La France a vendu des armes pour 9,1 milliards d’euros en 2018

Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

Le récent positionnement politique de Yannick Jadot clôt la parenthèse 1994-2019. En 1986, Antoine Waechter fixait ainsi la ligne politique des Verts : « l’écologie politique n’est pas à marier. » Le ni-ni (ni droite, ni gauche) domine, les Verts considèrent que l’écologie est un nouveau courant de pensée politique différent des partis productivistes. Mais lors de l’Assemblée générale des Verts à Lille en 1994, l’alliance à gauche de l’écologie politique est devenue la norme. La participation au gouvernement Jospin puis Hollande, la constitution de groupes parlementaires grâce au PS, le ralliement du présidentiable écolo Jadot en 2017 au PS d’Hamon… se sont terminés par un désastre électoral. Merci Macron d’avoir fait éclater le vieil antagonisme droite/gauche, c’est là votre seule victoire ! C’est pourquoi la proportionnelle aux Européennes 2019 ont redonné leur autonomie aux écolos et un succès électoral : troisième force politique après le rassemblement national et l’attrape-tout macroniste. Aujourd’hui Jadot acte clairement le fait qu’il se dissocie complètement des « vieux appareils » pour construire une vraie alternative aux simplismes de l’extrême-droite. Cela va dans le sens de l’histoire, une écologie qui sera la seule voie réaliste pour le XXIe siècle. Voici en résumé le discours de Yannick dans LE MONDE* :

« Ce n’est pas la question de la recomposition de la gauche qu’il faut se poser, mais celle de tout le champ politique pour faire face au plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée : sa survie. Notre mandat, c’est de sauver l’avenir, pas le passé, sauver le climat et pas les vieux appareils. Je ne participerai pas à un rafistolage du paysage politique du XXe siècle.Il n’y aura pas de société solidaire et démocratique si on n’échappe pas au chaos climatique et à l’anéantissement de la biodiversité. Pour les municipales, les jeunes ne nous ont pas donné mandat pour nous asseoir autour d’une table avec Olivier Faure, Benoît Hamon et Fabien Roussel [dirigeants du Parti socialiste, de Génération.s et du Parti communiste], mais pour agir concrètement sur le climat. Le deuxième tour se construira sur la base du programme écolo. Il est absurde qu’il y ait différents partis écolos qui se fassent concurrence. Il faut créer la structure qui va rassembler la liste Urgence écologie et le Parti animaliste. Génération.s ou La France insoumise ne sont pas des partis écologistes. Mais leurs militants sont les bienvenus s’ils souhaitent, avec nous, construire une société écologique et apaisée. Le populisme, c’est instrumentaliser les difficultés sans se donner les moyens d’y répondre. Nous avons la démarche inverse ; notre souhait est d’être dans le concret, pas dans les slogans. Notre écologie doit montrer qu’elle est sociale et positive, qu’elle est la vraie alternative à l’extrême droite. On doit donner cette espérance dans les zones qui se sentent abandonnées. L’écologie est une exigence concrète qui répond à des besoins quotidiens : chauffage, isolation, fuite d’eau. L’extrême droite se combat tous les jours en améliorant le quotidien. La seule façon de contrer la montée de l’extrême droite, c’est l’alternative écolo. L’écologie a deux pôles : le global et le local, l’Europe et les municipales. Je vais m’y investir pleinement. »

Le gros problème, c’est que la politique politicienne et l’arrivée d’opportunistes qui réclament des places d’élus fasse basculer le parti de Jadot du côté de l’écologie superficielle, apte à la langue de bois et aux mesurettes. Il reste à former les militants et les sympathisant à un discours cohérent et plus radical. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait définir les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), Biens communs (gouvernance), communauté résiliente (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), croissance maîtrisée (économie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), Fécondité raisonnée (démographie), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production). Cette réflexion complexe sous-tend le contenu de ce blog biosphere.

* LE MONDE du 6 juin 2019, Yannick Jadot : « Nous voulons conquérir et exercer le pouvoir »

Quel avenir pour un parti animaliste ?

Le parti animaliste est fondé en 2016 par sept personnes. Son but affiché n’est pas d’obtenir des élus mais de communiquer autour de la cause animale. Il obtient aux Européennes 2,2 % des voix, presque autant que les voix obtenues par le Parti communiste (2,5 %) et mieux que la liste Urgence écologie (1,8 %). Bizarre ! Car c’est la vision écologiste vu par le petit bout de la lorgnette ; la cause animale n’est qu’une partie des préoccupations liées à exploitation forcenée de la biosphère et pas seulement de ses animaux. Ce positionnement mono-thématique ignore la dimension européenne d’un scrutin généraliste. Mais cela fait mousser, une cinquantaine d’acteurs, animateurs et chanteurs – parmi lesquels bien entendu Brigitte Bardot, ont signé une tribune appelant à « prendre le parti des intérêts des êtres sensibles ». Et cela stimule quelques mémères amoureuses de son chien ou chat. En effet le programme affiché se résume à présenter une tête de chien aux européennes et un chat au législatives 2017. Nous sommes loin de la revendication profonde d’attribuer une valeur intrinsèque à toutes les formes du vivant. Les capacités humaines d’empathie s’exercent malheureusement assez peu envers les autres humains et de façon insignifiante envers les autres membres de la Biosphère, si ce n’est quelque animal domestique qu’on traîne à côté de soi. Voici quelques commentaires trouvés sur le lemonde.fr* :

Jean Louis Pérard : Il faut dire que le chien avait une bonne bouille. Cela compte …

le sceptique : Le choix d’un animal de compagnie plutôt qu’un animal sauvage dans leur communication est intéressant.

Ana : Quand on ne sait pas quoi voter, plutôt que de voter Blanc, on vote pour son chat.

Dominique Greusard : Il faut sans doute y voir la conséquence des alertes renouvelées quant aux risques pesants sur la biodiversité. Malheureusement, le mot biodiversité n’apparaît pas dans le programme du « Parti animaliste » ?

The Gonzo Man : Voici une manière cordiale d’exprimer son mépris pour les perroquets… professionnels de la politique. Il faut maintenant autoriser des animaux à être candidats… un chat, un chien, un organisme vivant tel la lèpre ou le choléra doivent pouvoir être candidat.

Untel : Se sont les populistes de demain ! Puisque résoudre les problèmes des humains se révèle de plus en plus difficile voire impossible pour les partis traditionnels, que les extrêmes se grilleront les ailes au pouvoir, il reste les animaux. Un parti politique où ceux pour qui l’on vote ont une façon de s’exprimer encore plus limitée qu’un électeur du Front National (si si c’est possible) c’est l’avenir de la politique !

ThreeRavens : « L’avenir de la politique », c’est aussi l’extension des droits sur le fondement d’une connaissance réflexive de nos pratiques, de nos traditions et de leurs effets. Ce sont plutôt les extrémistes du statu quo qui ont un répertoire limité.

Quelques compléments d’analyse sur notre blog biosphere :

8 octobre 2018, Aymeric Caron, supprimons tous les élevages !

24 août 2018, Jean-Pierre Digard, L’animalisme est un anti-humanisme

29 novembre 2016, Ecoterrorisme, les écologistes sont-ils coupables ?

24 août 2016, Antispéciste Aymeric Caron, la politique autrement

* LE MONDE du 28 mai 2019, Européennes 2019 : le Parti animaliste crée la surprise parmi les « petits »

De la génération 1968 à la génération climat

En mai 1968, la jeunesse se révoltait contre un passé minorant la place des jeunes. La majorité civile est passée de 21 ans à 18 ans seulement en juillet 1974. Un « enfant » n’avait pas accès au téléphone de la maison (quand il existait). Les parents rationnaient le passage devant une télévision où la couleur n’a commencé à se répandre qu’en octobre 1967. La jeunesse se révoltait contre la toute puissance du père, l’autorité parentale n’a été instituée qu’en juin 1970. Les mandarins régnaient sur l’université. La convention internationale des droits de l’enfant n’a été adoptée par les Nations unies qu’en 1989. En mai 2019, la jeunesse se révolte pour protéger son futur.

A la veille du scrutin européen du 26 mai, des jeunes étaient dans la rue avec leurs pancartes  : « Plus tard, je veux être vivant », « Je ferai mes devoirs quand vous ferez les vôtres ». « Nous sommes la première génération à subir les effets du ­changement climatique et la dernière à avoir une chance réaliste de prévenir une catastrophe », résume Linus Steinmetz, 15 ans*. Si les décideurs ne les écoutent pas les conséquences seront ­désastreuses : destruction de la biodiversité, raréfaction de l’eau et de la nourriture. Le mouvement « Fridays for future » cristallise l’engagement d’une Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, qui avait entamé une grève scolaire devant le Parlement de Stockholm en août 2018 ; la puissance des réseaux sociaux a transformé un combat solitaire en élan planétaire. Cette mobilisation contribue à la socialisation politique de la jeunesse, les débats dans les familles ne font que commencer. Les actions à venir risquent fort d’être spectaculaires, 90 % des jeunes acceptent les actions de désobéissance civile et entre 20 % et 30 % sont favorables à des dégradations de biens, notamment d’industries polluantes.Voici quelques réactions sur lemonde.fr :

Guillaume de Saluste du Bartas : C là que l’on se rend compte que l’on a pris un coup de vieux. Issus d’une génération qui a pu bénéficier de l’ascenseur socia , nous avons étudié, bataillé, bossé pour se faire une place au soleil. L’écologie était une notion nouvelle, étrange, excentrique. Elle devient maintenant une urgence. Nous les 50 ans et plus devrions remettre en question notre mode de vie …. L’avenir appartient aux jeunes : laissons-les prendre le pouvoir, mais que de résistances, de contre-attaques ….

Oh Boy : Ce sont les jeunes qui auraient mis en avant l’agenda climatique? On dirait que c’est Greta aux longues nattes qui a organisé la COP qui l’a invitée, créé le GIEC, fait la science, fondé les marches du carbone et développé des techonologies et stratégies de mitigation et d’adaptation: c’est nous les vieux.

Untel : J’espère ne pas être le seul à voir l’inconsistance du mouvement (comme avant lui Nuit Debout). Qu’est-ce ces grands mots comparés à la réalité de la mobilisation, qui s’essouffle à l’arrivée des examens et qui s’éteint pendant les grandes vacances. Mais vous rigolez ? L’absence de réelle motivation n’est pas compensée par le soutien indulgent des médias. Je pense que Lénine doit rigoler, là où il est, à la vision des révolutionnaires en culottes courtes (et cheveux tressés) du XXIe siècle.

le sceptique : Ces « générations » sont un concept un peu flou, surtout que chaque observateur voit ce qu’il a envie de voir parmi tout ce que fait une génération donnée. Qu’ont donné ou que donnent politiquement les générations 68, antiracistes, X, Y, Z…? Les jeunes pour le climat représentent combien de leur classe d’âge et en quoi est-ce très différent de l’engagement sur une thématique « progressiste » du moment, assez fréquent à l’adolescence ? Combien y a-t-il de jeunes qui sont dans le même temps aspirés vers les milieux identitaires-nationalistes, ou les milieux religieux tradi chez les 2e/3e génération de familles immigrées? Matériellement, quand viennent la vie active après papa-maman-bobo, puis le couple, puis l’enfant, cela donne quoi en bilan carbone, bilan matière première, bilan énergie ? Etc.

Michel SOURROUILLE : Aujourd’hui les jeunes savent que les glaces du pôle fondent et qu’une planète exsangue leur sera «  léguée » sans qu’ils puissent refuser l’héritage. Il est donc normal qu’ils fassent entendre leur voix au nom de l’avenir. De leur côté, les vieux, décideurs économiques et politiques, gilets jaunes, parents, restent accrochés aux vieilles lunes des Trente Glorieuses, la croissance à n’importe quel prix et le court-termisme de rigueur. Il semble donc que toutes les conditions soient réunies pour qu’un nouveau clash générationnel se fasse jour comme en 1968 ; cette grève scolaire de la génération climat n’en serait que le précurseur.

* LE MONDE du 24 mai 2019 ,« Plus tard, je veux être vivant » : la naissance d’une « génération climat »

Européennes 2019, bilan des listes écologistes

Avec 34 listes pour les Européennes, quel pouvait être le vote écolo ? Oublions tous les faux nez des partis gobe-tout qui n’avaient d’écologique que les transfuges venus des Verts. Il ne devrait jamais y avoir de vote sanction nationale, seulement une adhésion à un projet… européen. Malheureusement il y avait aussi deux listes explicitement écologistes, quel gâchis, faisons le point.

La liste Urgence écologique avait tout pour plaire. Sa figure marquante, Delphine Batho, avait tout compris du blocage du pouvoir politique. Elle a été ministre de l’écologie de François Hollande, elle a été virée, elle en a fait un livre en 2014, « Insoumise », dévoilant les coulisses du pouvoir. Sur son concept d’ « écologie intégrale », elle explique qu’il s’agit de faire de l’écologie un « objectif supérieur », avec une régulation écologique s’imposant à l’ensemble du système économique », et un « enjeu de sécurité nationale ». A son avis le clivage droite-gauche est obsolète ; il est en passe d’être remplacé par un nouveau clivage, avec d’un côté les Terriens (ceux qui défendent les ressources naturelles qui conditionnent notre existence) et de l’autre les Destructeurs (ceux qui choisissent de rester prisonniers du productivisme, par intérêt ou par cynisme). Dégoûtée par le PS, elle a pris la tête de Génération écologie, une survivance de l’époque Mitterrand. Le philosophe Dominique Bourg était tête de liste. Spécialiste des paradoxes du monde fini, il pouvait déjà dire en 2008  : « Nous sommes confrontés à un phénomène (réchauffement climatique et perte de biodiversité) qui peut nous faire retrouver le sens, et le sens du sens. Si nous ne ratons pas l’occasion. » En 2014, il avait supervisée une anthologie de la pensée écologique : il connaît tout sur la question. Si on pense que la détérioration de la planète est telle que cela dépasse largement les enjeux de pouvoir, il fallait voter écologie radicale, il fallait voter « Urgence écologique ». Le premier candidat de l’écologie politique à la présidentielle 1974, René Dumont, avait obtenu 1,32 % des voix, son message était trop radical pour l’époque. Si vous pensez que l’écologie n’a pas vraiment progressé politiquement depuis cette date, qu’il faut pratiquer l’écologie profonde, alors il fallait voter pour la liste « Urgence écologie ». Résultat, 1,8 % ! Les dépenses électorales ne seront même pas remboursées.

La liste Europe Ecologie, en d’autres termes Les Verts historiques, présentait comme tête de liste Yannick Jadot. Il commençait à être connu pour s‘être présenté au nom de l’écologie à la présidentielle 2017. Mais en février 2017 il s’est aligné sur Benoît Hamon, dissolvant les Verts dans un PS en perdition. Il mange aussi des tomates en hiver, mais à sa décharge il a été directeur de campagne à Greenpeace. Il n’est pas radical, il ne veut pas être le candidat de la fin du monde alors que c’est l’analyse portés par tous les scientifiques vu la raréfaction des ressources et l’explosion des pollutions. Mais son parcours de militant est exemplaire, encarté chez les Verts depuis les Européennes de 1999, il avait rejoint Greenpeace en 2002 pour en piloter les campagnes. Surtout il représente un parti bien connu des Français et ses colistiers ont une compétence certaine, plusieurs étant déjà député européens. Alors si vous pensez que l’intérêt de l’écologie politique c’est d’avoir des représentants de l’écologie superficielle au parlement européen, il fallait voter pour cette liste. Résultat dans les urnes, 13,1 %; soit treize députés européens. L’objectif est atteint.

N’oublions pas les apparentés écolos. Le parti animaliste a obtenu 2,2 %, soit au total pour la mouvance écolo environ 17 %. A ce décompte il faut ajouter la prime écolo qu’a donné à LRM les transfuges Pascal Canfin et Pascal Durant, ou le coup de pouce donné par Claire Nouvian au PS. L‘écologie deviendra-t-elle bientôt le premier parti politique de France ?

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Refusé : « Ce mec mérite des paires de baffes sans attendre. »

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Refusé : « Ça vous étonne qu’il soit condamné pour vol, vous avez vu son origine ? »

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Quelle démocratie en période d’urgence écologique ?

Introduction

La démocratie est le plus mauvais des systèmes… à l’exception de tous les autres. On ne trouve pas mieux, mais il y a des failles. Par exemple la formule du Rassemblement National aux Européennes, « Donnons le pouvoir au peuple », est pernicieuse. En apparence il s’agit de démocratie, « le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple », mais comme il s’agit de démocratie représentative cela veut dire en fait : « Donnez-nous le pouvoir et nous en ferons ce que nous voudrons puisque nous serons le peuple ». Je vais décrire les cinq caractéristiques de la démocratie pour montrer point par point que l’urgence écologique n’est pas compatible avec ces système. Dans une deuxième partie, je montrerais qu’il y a des alternatives à la conception actuelle de la démocratie qui favorisent la prise en compte des nécessités écologiques.

1) L’opposition Démocratie / Écologie en 5 caractéristiques

11) La démocratie est un lieu vide, sans références stables, puisqu’il s’agit de délibérer en groupe pour arriver à prendre une décision qui peut aller dans un sens ou en sens contraire selon les circonstances. Mais c’est mieux que l’autre procédure décisionnelle qui repose uniquement sur des arguments d’autorité formulés par une religion ou un leader plus ou moins charismatique (pharaon, roi, dictateur, etc.). Cependant l’écologie apporte une nouvelle dimension en remplissant ce lieu vide des découvertes de l’écologie scientifique. Les écologues décrivent des réalités biophysiques et leur effondrement probable (pic de tout, réchauffement climatique, stress hydrique, chute de la biodiversité, etc.). Tout le monde devrait savoir que le pétrole est une ressource non renouvelable et qu’il faudrait apprendre à s’en passer, par exemple en instituant une taxe carbone. Pas la peine d’en discuter davantage, seul le montant de la taxe et la destination des recettes est en débat.

12) Le lieu démocratique se remplit des désirs de ses membres. Or il y a dans notre société de consommation hédonisme des citoyens, recherche du toujours plus, pression du confort sur nos comportements. Comme disent les Américains, notre niveau de vie n’est pas négociable. En France on soutient toujours le pouvoir d’achat… Or dans un contexte écologique de raréfaction des ressources et de pollutions multiples, il faudrait au contraire une décroissance économique, la chute programmée du pouvoir d’achat, la sobriété partagée : le dire, c’est ne pas se faire élire, et c’est pourtant là un discours de réalité.

13) Le fonctionnement démocratique actuel se caractérise par une survalorisation du court terme. Dès une élection passée, un politique pense déjà à sa réélection. L’électeur pense de son côté à ses intérêts immédiats. Une politique écologique, c’est au contraire la gestion du long terme, il faut agir contre le réchauffement climatique, préserver le cycle du phosphore, penser énergies renouvelables et sobriété énergétique, etc.

14) Le nationalisme symbolise le fait que la démocratie repose sur une restriction dans l’espace. On en oublie que « son » député n’est pas représentatif d’une circonscription (c’est juste une modalité de vote), mais parle au nom de la nation. Or il y a mondialisation des problèmes et si les conférences internationales (COP 25 au Chili en novembre 2019) échouent, c’est parce que les intérêts nationaux l’emportent sur les exigences de sauvegarde de la planète.

15) Enfin, dans une situation de démocratie de masse, les procédures de prise de décision sont simplificatrices, sinon il y aurait blocage. Il n’y a pas démocratie directe mais représentative, il n’y a pas recherche du consensus mais poids de la majorité contre les minorités. Comment dans ce cadre envisager la complexité des interdépendances du vivant ? On voit la difficulté de passer de la connaissance scientifique du GIEC (groupe des experts en climatologie) à une décision politique de diminution drastique des gaz à effet de serre.

Nos difficultés socio-économiques augmentent et les populismes se généralisent au niveau européen et international. On arrive même à mettre en place des sortes de dictature qui pratiquent la voie du simplisme et la recherche de boucs émissaires (les immigrés, l’Europe, les ennemis extérieurs ou intérieurs…). On connaît les moyens de s’en sortir, mais il y a lenteur du changement alors qu’il y a parfois irréversibilité des tendances, par exemple sur le climat.

2) Recherche d’alternatives : procédures démocratique en situation de crise écologique

21) procédures politiques possibles

Conférence de consensus sur des problèmes difficiles à concevoir (Faut-il une taxe carbone ? Faut-il sortir du nucléaire ?)

Chambre du futur => amélioration du CESE (Conseil économique, social et environnemental) ou remplacement du Sénat.

– Arbitrages favorables d’un 1er ministre écolo sous la houlette… d’un président écolo !

– Libre-arbitre d’un élu… s’il est écolo compétent : cf l’article 27 de la Constitution («  Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du parlement est personnel »)

En clair, nous n’aurons un gouvernement écolo que si les différents décideurs en politique sont profondément écologistes. Cela implique la généralisation de la prise de conscience de l’urgence écologique puisque le fonctionnement politique et économique reflète l’état d’esprit de la population. Trump ou Bolsonaro tiennent leur pouvoir du peuple, les multinationales produisent ce que nous consommons !

22) formation d’un peuple écolo, une nécessité

– Il devrait y avoir intériorisation par chacun, élus ou non, de l’importance des acteurs absents, ceux qui ne participent pas à nos délibérations actuelles mais qui sont impactés par nos décisions présentes : les non humains (la biodiversité, une vision dans l’espace élargi ) et les générations futures (le souci du long terme), sinon une chambre du futur ne servirait à rien et l’arbitrage ministériel continuerait d’être défaillant. L’écologie est au-delà de la gauche et de la droite, nous avons tous pour tâche de nous occuper de l’équilibre durable de notre maison, la planète..

– Cela repose sur un engagement collectif dans un processus de formation centré sur l’urgence écologique, loin de l’intox des fakenews. Une modification de notre système scolaire et médiatique est indispensable. Nous devons oublier le croissancisme, nous devons changer de comportements, privilégier la sobriété partagée (simplicité volontaire et lutte contre les inégalités).

Conclusion

– Notre implication personnelle est nécessaire, que ce soit action individuelle, associative ou politique. Prendre un café est déjà un acte politique, il faut réfléchir à ce que cela entraîne, culture d’exportation, transports, énergie pour chauffer l’eau, problématique de l’eau, etc. Un écolo peut-il boire du café ? L’accélération de la prise de conscience peut suivre le mécanisme culpabilisation => culpabilité => simplicité volontaire (cf. dénonciation de ceux qui prennent l’avion en Suède)

– Les marches des jeunes pour le climat sont une lueur d’espoir, la grève scolaire initiée par Greta Thunberg peut être un événement déclencheur d’un mouvement international.

L’impératif écologique implique d’en finir avec l’anthropocentrisme dominant. Le XXIe siècle pourrait connaître l’émergence d’une nouvelle spiritualité qu’on peut symboliser par la notion de « Terre mère ».

Michel Sourrouille (Université populaire du Sud-Charente, conférence-débat du 9 mai 2019 à Nonac)

Affiches représentatives des partis aux européennes

Disons-le tout net, 34 listes pour les européennes ça n’intéresse que les plus convaincus : chacun votera pour son groupe de référence sans avoir jamais lu le programme ni même regarder les affiches électorales. Pourtant la visualisation des panneaux d’affichage officiels ouvre des perspectives. L’affiche qui a notre préférence, c’est celle d’Urgence écologie, une main verte sur fond de nuage menaçants. Pas de personnalisation de la présentation, juste la mention « votez pour le climat, votez pour le vivant, votez pour la jeunesse ». Une présentation de l’écologie radicale, contre les émissions de gaz à effet de serre, pour la préservation de la biodiversité, pour les générations futures ? Quant à l’affiche d’EELV, elle joue la notoriété nouvelle de sa tête de liste, Yannick Jadot, un peu trop seul en photo. Son slogan « ensemble nous pouvons tout changer » semble désuet.

L’affiche qui nous paraître redoutable, c’est celle du Rassemblement national. Il y a personnalisation d’une élection européenne, la tête de liste Jordan Barella est accompagnée de son mentor Marine Le Pen. Le slogan, « Donnons le pouvoir au peuple », est pernicieux. En apparence il s’agit de démocratie, « le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple », mais comme il s’agit de démocratie représentative cela veut dire en fait : « Donnez-nous le pouvoir et nous en ferons ce que nous voudrons puisque nous serons le peuple ». Aux dernières nouvelles le parti LREM assume lui aussi une présidentialisation forcenée de l’élection avec l’image grand format de Macron qui se retrouve partout. Sur l’affiche placardé, on présente six têtes « en marche », mais Nathalie Loiseau est mise en retrait par rapport à Pascal Canfin, ce transfuge des Verts qui sert d’alibi écologique à Macron. Leur slogan « en marche pour l’Europe, je vote renaissance », n’a aucun contenu réel, c’est du blabla ordinaire. Toujours dans cette démarche populiste de nationalisation des européennes, on trouve l’affiche de La France Insoumise : la jeune Manon Aubry est cornaquée par l’ex-présidentiable Jean-Luc Mélenchon. Le slogan « la voie de l’insoumission » a autant de crédit que « l’espoir revient » ; seuls les indignés par habitude s’y reconnaîtront. Après, c’est le discours convenu des vieilles lunes. Le PCF de Ian Brossat se veut « pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent ». Lutte ouvrière présente son dogmatisme traditionnel, « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ». Le PS qui se rebaptise « social-écologique » mais aussi « citoyen « par perfusion avec Place Publique se dissout dans la personne de Raphaël Glucksman. Leur slogan « Envie d’Europe écologique et sociale », c’est du vent comme l’a démontré Hollande quand il a eu le pouvoir. Leur alibi écolo Claire Nouvian, c’est de la publicité mensongère : elle figure parmi les 7 noms affichés, mais elle est pourtant en positon inéligible, 78ème sur 79 candidats !

Passons rapidement sur « Le courage de défendre les Français, » « Ensemble pour le Frexit », « Refonder l’Europe, rétablir la France ». Tous ces gens n’ont pas encore compris que l’Union européenne, c’est un conglomérat de nations plutôt qu’une fusion réussie. Et nous n’avons pas à commenter toutes les listes qui n’ont même pas assez de moyens pour présenter une affiche officielle aux yeux des électeurs…

Écolos, pour qui faut-il voter aux européennes ?

Sur ce blog, nous ne dirons jamais publiquement avant un scrutin pour qui on va voter, cela relève du secret de l’isoloir. Par contre essayer de rétablir quelques vérités à l’heure des intox et des fakenews, cela importe. Voici par exemple la lettre d’information CLIMAX d’EELV :

« Pour Yannick l’écologie est ni de droite ni de gauche »

C’est faux. Nous ne sommes pas aveugles, et nous connaissons les ravages causés par un capitalisme qui exploite les humains, les animaux et détruit les écosystèmes. Mais ce que nous ne voulons plus c’est utiliser des mots vides de sens pour masquer la réalité de la crise que nous vivons. Trop facile de se dire de gauche ou de droite et de ne pas agir pour l’intérêt général.

 Face à la crise écologique, le productivisme, de droite ou de gauche, n’est pas la solution : il est le cœur du problème. Les écologistes veulent obliger la vieille droite et la vieille gauche a enfin changer de logique. Et c’est pour cela que nous refusons de nous laisser coller des étiquettes qui sont autant de prétextes pour ne pas agir. Mais nous ne sommes ni ambigus, ni ambidextres.

Ne pas manquer l’interview de David Cormand pour Libération

« Yannick Jadot soutient le libéralisme »

Non seulement c’est faux mais l’accusation est assez cocasse quand on sait que Yannick Jadot est à la pointe de la lutte contre les traités de libre-échange au Parlement européen et qu’il ne cesse d’expliquer, au fil des interviews, combien le libéralisme est destructeur pour la planète et ses habitant.e.s.

Relire l’interview de Yannick Jadot à Reporterre “Oui je suis anticapitaliste

« Les écologistes préparent une alliance avec LREM, le PS et même LR »

C’est faux. Cela arrange nos concurrents de faire courir ces bruits, mais la vérité est très différente. Cette fausse nouvelle de LREM reprise avec gourmandise par LFI prend les gens pour des imbéciles car elle transpose au Parlement européen le fonctionnement de l’Assemblée nationale française, alors que les institutions françaises et européennes ont des fonctionnements et poids différents.

 Nous ne voulons pas de combines ou d’arrangements. Les candidat.e.s de la liste Europe Ecologie élu.e.s le 26 mai au soir siégeront tou.te.s dans le groupe Verts/ALE au Parlement européen. Ce groupe existe sans discontinuer depuis 20 ans. Il est d’ailleurs le plus uni et cohérent dans ses votes.. L’écologie, c’est le même bulletin et le même programme dans toute l’Europe.

Découvrir le groupe Verts/ALE et ses élu.e.s “les plus cohérents” avec Politis

« Il y a de l’écologie dans tous les programmes, et certains programmes sont même très proches de celui de Europe Ecologie »

C’est vrai. Tout le monde nous copie. Mais ce qui compte ce n’est pas seulement les mots, mais bien les actes. A cet égard, pour savoir qui défend quoi, il est très instructif de regarder la composition des listes, car ce ne sont pas des slogans qui siègent au Parlement européen mais des personnes. Les candidat.e.s donnent à voir la sincérité des engagements, comme l’observation de leurs actes passés. Tout le monde veut se vanter de laver plus vert : la vérité c’est que seuls les verts défendent avec constance l’écologie, le climat, la biodiversité, la planète.

L’origine historique de l’écologie politique, 1974

Nous avions transmis l’hommage à Alain Hervé, un pionnier de l’écologie politique au début des années 1970. On pouvait croire que tout avait commencé à cette époque, l’échange de mail suivant entre Michel Sourrouille et Antoine V. permet de mieux comprendre l’origine historique de l’écologie politique.

Antoine V. : L’écologie politique commence dans les années 1960 pas 70, mon cher Michel.

Michel Sourrouille : Antoine, ça se discute. Quels sont tes arguments ? La question de date à l’air d’être importante pour toi, c’est pourquoi j’attends de toi une réponse circonstanciée et non une remarque lapidaire.

AV : Là pas trop le temps d’argumenter. Ce qui est important pour moi c’est de réécrire l’histoire de l’écologie en intégrant toutes les composantes.

MS : Donc tu lances des paroles en l’air ? Voici ma propre argumentation, à toi de m’éclairer s’il en est autrement… Dans les années 1960, on ne parle pas d’écologie politique en France, c’est le mouvement associatif qui mène seul le combat environnemental. A part quelques expériences locales aux élections (début des années 1970), l’écologie politique ne devient visible qu’à partir de la présidentielle 1974. Et encore, c’est le mouvement associatif qui est maître d’œuvre. Justification : « Plutôt que de chercher à politiser l’écologie Philippe Saint-Marc, animateur du Comité de la Charte de la Nature (signée par près de 300 000 personnes), préconisait à l’époque d’écologiser les politiques en sensibilisant les différents partis aux enjeux environnementaux. Mais en novembre 1973, l’Association des Journalistes-écrivains pour la protection de la nature (AJEPN) organise un débat entre neufs délégués des partis politiques chargés des questions environnementales. D’après Jean Carlier, alors directeur du service des informations à RTL et militant de la protection de la nature et de l’environnement, « ça a été lamentable, sauf un ou deux exemples, des centristes plutôt ». À l’issue de cette réunion, Jean se dit convaincu que les partis politiques ne prendront jamais les enjeux environnementaux au sérieux, à moins d’y être contraints. Le 3 décembre 1973, lors d’une réunion du bureau de l’AJEPN, il propose de présenter un candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles qui, selon lui, ne devraient pas tarder du fait de la détérioration de l’état de santé de Georges Pompidou. Ce sera René Dumont. » (extraits du livre de Michel Sourrouille, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », 2016)

AV : En 70, Survivre et vivre c’est un groupe d’écologie politique.

MS : Tu me disais auparavant que l’EP avait commencé dans les années 1960 et maintenant tu t’alignes sur moi : les années 1970. Dont acte. Notons d’abord que le mouvement de mai 1968 ne parlait pas encore d’écologie. Mais au cœur de la contestation de la guerre du Vietnam, le mouvement « Survivre » des scientifiques critiques (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement techno-scientifique. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage. Il ne s’agit pas encore d’écologie politique, mais de dénonciation du système.

AV : Lebrun 1964 «  la totalité de notre milieu ambiant est soumis à l’influence humaine », on est bien dans l’écologie politique dès 1964. Moscovici en 68 s’appuie sur Lebrun pour dire qu’il n’y a pas de nature naturelle.

MS : Si tu appelles cela de « l’écologie politique », j’en perds mon latin ! Le livre de Serge Moscovici en 1968 n’est qu’un « Essai sur l’histoire humaine de la nature ». Sa démarche n’est pas encore annonciatrice de l’écologie politique : « Quelles sont les racines de l’inégalité sociale, de quelle façon peut-on la combattre ? Quelle est la société la plus juste ? Voilà les demandes auxquelles on est pressé de fournir une réponse. » Son livre « De la nature, pour penser l’écologie » est seulement publié en 1976.

AV : Pas la peine d’en perdre son latin, l’écologie devient politique lorsqu’elle appelle à une profonde transformation du modèle économique et social actuel ainsi qu’à une remise à plat des relations entre l’homme et son environnement. C’est la position des Lebrun et autre Duboin dans les années 60. c’est pour cela que je parle des années 60. C’est un point de vue philosophique et je ne parle pas de ce qui se passe en dehors de la France (Jonas, etc.) Donc les prémisses de l’écologie politique sont dans les années 60, les précurseurs sont connus ce sont les Reclus et autre Thoreau, etc.

MS : Antoine, tes réponses sont significative de la tendance contemporaine à n’être d’accord sur rien par principe. Tu as déplacé le débat en parlant des prémisses de l’écologie politique. On peut certes remonter à Elysée Reclus (1830-1905), Henry David Thoreau (La désobéissance civile, 1849) ou même Gandhi (lire son autobiographie, 1925-1929). Plus explicitement précurseur de l’écologie politique, nous pensons plutôt à l’ouvrage « La planète au pillage » de Fairfield Osborn (1948). Il faut aussi citer l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson sur les ravages du DDT, « Le printemps silencieux » (1962). En France, ce sont les naturalistes qui ont été les premiers à s’inquiéter du dérèglement planétaire. Ainsi Jean Dorst, « Avant que nature meure » (1965). Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) n’a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » qu’en 1979, et ce n’était pas de la politique, c’était de la philosophie. Il n’y a pas là d’écologie politique au sens de politique « politicienne », c’est-à-dire par présentation à des élections. Les associations environnementales et divers écrits n’ont été que des prémices, centrés sur des constats scientifiques de la détérioration du milieu qui nous fait vivre. Le processus décisionnel porté par la politique ne vient qu’après.

Donc précisons l’origine de l’écologie politique. Dans les années 1960 et bien avant, il y a des textes et quelques actions associatives. En France, il faut attendre la présidentielle de 1974 avec la présence d’un programme explicitement écologiste porté par René Dumont. L’action écologique de terrain passe dans le jeu institutionnel. Et Alain Hervé a bien été une cheville ouvrière du passage de l’écologie médiatisée à la présence de l’écologie dans l’arène électorale comme je l’avais exprimé au début de notre échange.Notons que la structure partisane de l’écologie politique a été encore plus longue à se mettre en place. Les Verts sont issus en 1984 de la fusion de la confédération écologiste et du parti écologiste, ils ne comptaient que 1700 adhérents à la fin de 1988. L’écologie politique ne fait que commencer dans les années 1970.

Notre blog, c’était un regard critique sur le monde.fr

Notre blog biosphere a définitivement déménagé des serveurs du monde.fr depuis hier. A ce jour 14 mai 2019, nous ne savons toujours pas pourquoi lemonde.fr a éjecté ses 411 blogs abonnés dont nous faisions partie. Inutile de nous lamenter puisque nous avons immédiatement ressuscité. Il faut être à la marge pour se sentir libre.

Notre serveur est dorénavant la « Coopérative d’hébergement numérique » https://ouvaton.coop/. Notre ambition reste la même, développer un regard critique et écolo sur la société thermo-industrielle. Blogueur sur lemonde.fr depuis début 2005, quelle est notre vision du MONDE ? Dans les années 1970, il y avait quelques journalistes militants, l’écologie faisait tout juste son entrée dans les médias. Aujourd’hui l’écologie est une rubrique parmi d’autres. L’information produite a tendance à se dépolitiser, à se formater, à se déconflictualiser. Nous considérons que LE MONDE reste une « presse de référence » qui essaye d’être le plus complet possible, mais son prisme traditionnel centré sur la vie politique empêche de donner aux pages « Planète » la place essentielle que cela mériterait. D’autre part il est évident que le fait de faire plaisir à des actionnaires privés et aux régies publicitaires ne favorise pas le fait d’aller titiller le système là où cela ferait mal… d’où une ode au libéralisme et à la vie des entreprises au détriment d’une objectivité qui serait vraiment réelle.

Nous constatons que ce média fait comme les autres, l’ouverture à l’écologie n’a été que très très progressive. Avant 1971-1972, c’est le mépris et la désinvolture. Dans son numéro 199 du 8 août 1945, le quotidien annonçait le largage de la première bombe atomique en manchette sur trois colonnes avec, en surtitre, cette formule ingénue et terrible : « Une révolution scientifique ». En 1952, on inaugure le barrage de Donzères-Mondragon ; l’envoyé spécial du MONDE ne dira rien concernant l’impact environnemental de ce « colossal ouvrage ». En 1957, la critique du projet de tracé de l’autoroute du sud à travers la forêt de Fontainebleau fait simplement l’objet d’une libre opinion qui constate : « Il est triste de penser que l’autorité des naturalistes, des artistes et des sociétés savantes est impuissante contre le vandalisme ». Le naufrage du Torrey Canyon le 18 mars 1967 échappe complètement à l’attention du quotidien pendant plusieurs semaines, ce n’est que la première marée noire sur nos côtes. Il faut attendre le 21 avril  pour que soit publié en Une un bulletin intitulé « les dangers du progrès ». La conversion écologique de ce quotidien « de référence » va être lente, aussi lente que la prise de conscience générale dans une société où priment l’économique et le socio-politique. C’est seulement à partir de 1969 que LE MONDE ouvre un dossier « Environnement » au service de documentation. LE MONDE n’a commencé à traiter spécifiquement d’environnement qu’en 1971, seulement au moment où le ministère de la protection de la nature et de l’environnement a été crée. En 1972, c’est la première conférence des Nations unies « pour l’homme et son environnement » qui contraint LE MONDE à créer une rubrique sous ce nom. Mais les rédactions se méfiaient encore de ce type d’information et « écologie » reste un gros mot. Le journaliste Marc Ambroise-Rendu a été le premier en charge d’une rubrique environnement en mars 1974. Mais ses collègues étaient étonnés, et même, pour certains, scandalisés qu’on donne dans leur journal « si sérieux » de la place à l’environnement – sujet marginal et jugé parfois réactionnaire. Un rédacteur en chef s’était même exclamé: « L’écologie, c’est Pétain »…

Quand Roger Cans reprend la rubrique environnement au MONDE en 1982, il se retrouve seul et isolé. Son chef de service lui dit carrément que l’important était la décentralisation et la régionalisation, qui devraient occuper 80 % de son temps. Le directeur de la rédaction d’alors, Daniel Vernet, le croise dans le couloir et lui demande « l’agriculture bio, combien de divisions ? ». Certains de ses articles passent à la trappe. En 1984, Cans avait proposé de couvrir une AG des Verts dans un gymnase de Dijon ; le service politique lui avait dit alors qu’il « avait du temps à perdre ». Même avec des catastrophes écologiques, la rubrique environnement a du mal à s’imposer. L’affaire de Bhopal, cette fuite de gaz mortel qui tue ou blesse des milliers d’habitants d’une grande ville indienne en décembre 1984 ne donne lieu qu’à une brève le premier jour. Et le correspondant à New-Delhi n’ira à Bhopal que plusieurs mois après la catastrophe, lorsque l’affaire deviendra politique. Idem pour Tchernobyl, en avril 1986 : le correspondant à Moscou n’ira jamais enquêter sur place, la couverture de l’événement est donc minimale. L’écologie n’est toujours pas un service ni un département rédactionnel, l’environnement reste un problème technique. Et l’écologie politique reste considérée comme une nuisance puisqu’elle affaiblit la gauche dans les élections. Colombani considérait même le Vert Antoine Waechter comme « à droite de la droite ». Les colonnes du quotidien ne s’ouvrent véritablement à l’écologie qu’à partir du numéro du 23 septembre 2008 ; une page 4 est enfin consacrée à la Planète à l’image des pages International ou France.

Le départ d’Hervé Kempf le 2 septembre 2013 a révélé qu’il valait mieux pour les journalistes environnementalistes ne pas faire de « militantisme ». Censuré par LE MONDE, il a été acculé à démissionner, empêché de poursuivre enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes. Le directeur du journal (par intérim) n’hésite pas à lui écrire : « Ce ne sont pas tes compétences qui sont en question, mais un problème d’image : nous tenons à ce que l’approche du journal reste aussi impavide que possible, tout particulièrement dans les pages Planète ». Il s’est fait traité de « chroniqueur engagé » par un directeur de la rédaction, etc. L’environnement gêne dans un journal vendu aux intérêts financiers. Plus que jamais avec la crise de la presse, LE MONDE dépend des recettes publicitaires. La prise de contrôle en 2010 par MM. Bergé, Niel et Pigasse n’a fait que renforcer ce processus. La parole des écologistes est captive d’un système marchand qui n’a pas encore compris que l’écologie sera la pensée dominante du XXIème siècle.

Avec 33 listes pour les européennes, quel sera le vote écolo ?

Record absolu de candidatures pour les européennes du 26 mai. A l’heure de la clôture du dépôt des candidatures, vendredi 3 mai, pas moins de trente-trois listes ont été officiellement enregistrées. L’écologie se présente façon puzzle, avec l’assurance de sortir de l’élection encore plus éparpillée. Deux formations sont explicitement écolos, « Europe Ecologie-Les Verts » derrière Yannick Jadot, et la liste « Urgence écologie », conduite par l’universitaire Dominique Bourg (en avant-dernière position Delphine Batho). Mais n’oublions pas « La France insoumise », qui se positionne parfois sur le même créneau. Ni la liste du Parti socialiste et de Place publique, emmenée par Raphaël Glucksmann, qui a pris pour otage Claire Nouvian comme alibi écolo. Ni Génération.s, conduite par Benoît Hamon qui avait fait cause commune avec Yannick Jadot à la présidentielle. Ni LRM qui a débauché les Verts Pascal Canfin et Pascal Durand. Pour compléter ce capharnaüm, citons entre autres, un Parti animaliste et des partisans de la décroissance.

Faut-il en rester au slogan « élection, piège à con » et laisser la première place au Rassemblement national des extrémistes de droite ? Faut-il tirer à la courte paille entre quelques listes bien choisies, le tirage au sort est à la mode ? Faut-il attendre l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle bien calé dans son fauteuil ? A chacun de décider, c’est le seul avantage du vote dans l’isoloir : on peut changer d’avis à la dernière minute !

CLIMAX, bulletin d’information d’EELV

E comme Ecology in the UK

Et cette décision, la première du genre, venue du Royaume-Uni: le Parlement britannique a déclaré l’urgence écologique et climatique. Une décision pour l’heure non contraignante. Le mouvement Extinction Rebellion appelle désormais à des actes concrets.

Voir l’article de France Info TV

R comme Rayonnement de la France

Toujours à la pointe de l’audace, François de Rugy envisage un potentiel référendum sur le climat en 2020. Les paris sont ouverts sur la question qui sera posée: « Pour ou contre la fonte des glaciers? » « Faut-il sauver la planète? » « Avez-vous vraiment trop chaud? ». On a vraiment hâte.

Voir l’article de Libération

M comme Matrice

Celle du projet européen défendu par Yannick Jadot: l’écologie. Celle qui défend la biodiversité et les lanceurs d’alerte, celle qui combat la pêche électrique, l’huile de palme, les pesticides et le libre échangisme.

Voir l’article de Politis

L comme Last night a DJ saved the earth

Compilation pour le climat qui réunit 57 artistes, portés par l’association Djs for Climate Action. Les bénéfices des ventes des albums seront reversés à plusieurs associations.

Ecouter la compilation Earth Night Records

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De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

Les individus à la recherche du pouvoir (économique ou politique) sont tellement malfaisants dans leur devenir qu’il faut délimiter leurs capacités de nuire. Montesquieu (1689-1755) énonce que le « doux commerce » amène la paix entre les nations, désormais liées par des intérêts réciproques. Mais il ajoutait que cela ne fait pas des commerçants des parangons de vertu, bien au contraire, prêts à faire trafic de tout, y compris des vertus. Adam Smith est très connu pour l’idée que l’égoïsme en affaires, comme mené par une « main invisible », conduit à l’intérêt général. Mais pour lui cette poursuite de l’intérêt personnel n’est que le moyen d’arriver à coopérer de façon équitable et rationnelle entre deux personnes qui ne se connaissent pas. De plus Adam Smith donne pour limite au règne de l’intérêt particulier l’existence de l’État, garant du bien commun, qui ne doit jamais être soumis au premier. Car il y a une inégalité structurelle entre ceux qui monopolisent le pouvoir (marchands, soldats, hommes d’État) et ceux qui en sont dépossédés.

Au niveau politique, Montesquieu constate que « Les princes qui ont voulu se rendre despotiques ont toujours commencé par réunir en leur personne toutes les magistratures, et plusieurs rois d’Europe toutes les grandes charges de leur État » (in « de l’Esprit des lois »). C’est pourquoi il préconise la séparation des pouvoirs : « La liberté politique n’existe que là où on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Montesquieu distingue ainsi la fonction d’édiction des règles générales, ou fonction législative ; la fonction d’exécution de ces règles, ou fonction exécutive ; enfin, la fonction de règlement des litiges, ou fonction juridictionnelle. Toutes ces limitations du pouvoir ont montré leur fragilités… même le contre-pouvoir de la presse n’a jamais constitué véritablement un contre-pouvoir.

Dès qu’un groupe humain devient plus important en nombre, la lutte pour le pouvoir ne peut qu’être omniprésente. C’est pourquoi l’analyse de Leopold Kohr nous paraît cruciale : « J’ai essayé de développer une seule théorie à travers laquelle tous les phénomènes sociaux seraient réduits à un dénominateur commun. Le résultat obtenu est une nouvelle philosophie politique unifiée qui suggère qu’il n’y a qu’une seule cause derrière toute forme de misère sociale : la taille excessive. Si le corps social devient malade à la suite de la brutalité ou de la bêtise de masse, c’est parce que des êtres humains, si charmants en tant qu’individus ou pris en petites assemblées, ont été amalgamés dans des entités sociales surdimensionnées telles que les foules, les unions, les cartels, les grandes puissances. Car les problèmes sociaux, pour paraphraser la doctrine démographique de Thomas Malthus, ont malheureusement tendance à grossir à un ratio exponentiel à la croissance de l’organisme dont ils font partie, alors que la possibilité qu’a l’homme d’y faire face ne grandit pour sa part que linéairement. Cela signifie que, si une société croît au-delà de sa taille optimale, ses problèmes finiront par dépasser la croissance des facultés humaines qui sont nécessaires pour le traiter. » (Leopold Kohr, introduction de son livre the Breakdown of nations, 1957 – traduit en français en 2018 sous le titre L’effondrement des puissances)

« Suis-je aussi pessimiste en 1986 au sujet de la perspective d’une organisation en petits États remplaçant l’actuelle cartographie de grands puissances que je l’étais en 1941 quand l’idée de mon livre fut conçue ? Ma réponse reste la même : NON. Il n’y a pas l’ombre d’une preuve que la valeur supérieure de la petite entité sociale soit plus proche d’être comprise qu’elle ne l’a jamais été par le passé. Le véritable conflit n’est pas entre les races, les sexes, les classes, la gauche et la droite, la jeunesse et la richesse, le socialisme et le capitalisme, tous vestiges de confrontations passées. Le véritable conflit est celui entre l’Homme et la Masse, l’Individu et la Société, le Citoyen et l’État, la Grande et la Petite communauté. Les hommes, comme Hésiode l’a écrit au VIIIᵉ siècle av. J.-C, « continueront à détruire les villes des autres hommes ». Regarder autour de moi 2 800 ans plus tard me donne peu de raisons d’espérer qu’il en ira jamais autrement. Mais mon pessimisme n’est pas désespoir. Devrions-nous être dépressifs parce que nous devons mourir ? Ou devrions-nous au contraire utiliser ce constat pour nous réjouir et apprécier la vie ? » (préface de Leopold Kohr à une réédition de 1986)

Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

Le 25 avril, il aura fallu attendre près de quarante minutes de discours avant qu’Emmanuel Macron n’aborde la question de l’urgence écologique. Et le Grand Débat National se traduit par… une nouvelle consultation. Une convention citoyenne, avec 150 membres tirés au sort, aurait l’impossible tâche de définir les mesures permettant de traiter de l’urgence climatique ! Macron a également annoncé la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, il y a quelques mois, un Haut-Conseil pour le Climat, dont il n’y a rien à attendre. Au-delà de l’aspect climatique, on ne peut que regretter l’impasse faite sur la transition énergétique, la biodiversité, la pollution, la transition agro-alimentaire… autant de sujets éminemment liés, qui restent sans réponse. L’augmentation de la taxe carbone qui avait mis le feu aux poudres en novembre 2018 n’a même pas été évoquée. De toute façon il y a absence totale d’annonces concrètes. Le premier ministre devra mettre en musique cette partition-brouillon. Quelques réactions complémentaires :

France Nature Environnement reste coi face au pacte productif proposé par le Président de la République pour restaurer le plein emploi en 2025. « Le modèle présenté, digne du 20ème siècle, n’intègre pas la nécessaire évolution de notre modèle de développement et de ses impacts sur la planète, le nécessaire partage des ressources, les questionnements sur notre mode de croissance effréné qui est loin d’être pourvoyeur d’emplois… »

Delphine Batho, ex-ministre de l’environnement : « Il y a de la part du président de la République une incompréhension du mouvement pour le climat, avec les grèves scolaires, les marches, et une négation de la dimension systémique des enjeux écologiques. Il n’a évoqué que le climat. Il reste sur les schémas caducs de la croissance économique, alors qu’on doit passer d’un modèle où le pouvoir vivre remplace le pouvoir d’achat ».

Wojtek Kalinowski, codirecteur de l’Institut Veblen : « L’écologie figurait pourtant comme l’un des quatre thèmes du grand débat national, et, dans sa lettre aux Français du 13 janvier, le chef de l’Etat en avait identifié les enjeux-clés : comment financer la transition et « qui doit être concerné en priorité » ? Comment rendre les « solutions concrètes accessibles à tous » ? Comment protéger la biodiversité et comment « garantir scientifiquement » nos choix ? Autant de questions qui restent sans réponse au moment où le débat est clôturé. »

Maxime Nicolle, l’une des figures des « gilets jaunes » : « Il n’a pas écouté ce qu’on a dit dans la rue depuis cinq mois »

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI) : « Macron sait-il que son discours était censé conclure la crise politique ? Il vient de la relancer en se défilant. »

Raphaël Glucksmann, tête de liste (Place publique et PS) aux européennes : « Où est la vision à la hauteur de la crise sociale et de l’apocalypse écologique ? Rien n’est au niveau du moment que nous traversons. Tout était dit à la 5e minute : pas de fausse route, pas de nouveau cap. »

Fabien Roussel, premier secrétaire du Parti communiste : « Les Français demandent un changement de politique. Le président répond : je continue et j’accélère »

Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes : « On attendait un plan Marshall sur le climat (logement et renouvelables), une sanctuarisation des services publics (gares, maternités…) et des infrastructures vitales (aéroports, barrages…) », et à la fin, « rien ! ou si peu ».

Fondation Nicolas Hulot : « Nous appelions à un tournant social et écologique du quinquennat. Aujourd’hui, il est clair que le gouvernement ne changera pas de cap »

Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde : Le chef de l’État a pris un risque en manifestant « sa volonté d’aller de l’avant et de ne rien renier des orientations prises au début du quinquennat ». » La stratégie d’Emmanuel Macron, c’est de renvoyer la patate chaude aux citoyens. On a l’impression que le gouvernement a pris conscience que l’écologie punitive ne marchait pas, et qu’il était en quête d’une nouvelle méthode dont il n’a pas encore les clés.