politique

Affiches représentatives des partis aux européennes

Disons-le tout net, 34 listes pour les européennes ça n’intéresse que les plus convaincus : chacun votera pour son groupe de référence sans avoir jamais lu le programme ni même regarder les affiches électorales. Pourtant la visualisation des panneaux d’affichage officiels ouvre des perspectives. L’affiche qui a notre préférence, c’est celle d’Urgence écologie, une main verte sur fond de nuage menaçants. Pas de personnalisation de la présentation, juste la mention « votez pour le climat, votez pour le vivant, votez pour la jeunesse ». Une présentation de l’écologie radicale, contre les émissions de gaz à effet de serre, pour la préservation de la biodiversité, pour les générations futures ? Quant à l’affiche d’EELV, elle joue la notoriété nouvelle de sa tête de liste, Yannick Jadot, un peu trop seul en photo. Son slogan « ensemble nous pouvons tout changer » semble désuet.

L’affiche qui nous paraître redoutable, c’est celle du Rassemblement national. Il y a personnalisation d’une élection européenne, la tête de liste Jordan Barella est accompagnée de son mentor Marine Le Pen. Le slogan, « Donnons le pouvoir au peuple », est pernicieux. En apparence il s’agit de démocratie, « le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple », mais comme il s’agit de démocratie représentative cela veut dire en fait : « Donnez-nous le pouvoir et nous en ferons ce que nous voudrons puisque nous serons le peuple ». Aux dernières nouvelles le parti LREM assume lui aussi une présidentialisation forcenée de l’élection avec l’image grand format de Macron qui se retrouve partout. Sur l’affiche placardé, on présente six têtes « en marche », mais Nathalie Loiseau est mise en retrait par rapport à Pascal Canfin, ce transfuge des Verts qui sert d’alibi écologique à Macron. Leur slogan « en marche pour l’Europe, je vote renaissance », n’a aucun contenu réel, c’est du blabla ordinaire. Toujours dans cette démarche populiste de nationalisation des européennes, on trouve l’affiche de La France Insoumise : la jeune Manon Aubry est cornaquée par l’ex-présidentiable Jean-Luc Mélenchon. Le slogan « la voie de l’insoumission » a autant de crédit que « l’espoir revient » ; seuls les indignés par habitude s’y reconnaîtront. Après, c’est le discours convenu des vieilles lunes. Le PCF de Ian Brossat se veut « pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent ». Lutte ouvrière présente son dogmatisme traditionnel, « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ». Le PS qui se rebaptise « social-écologique » mais aussi « citoyen « par perfusion avec Place Publique se dissout dans la personne de Raphaël Glucksman. Leur slogan « Envie d’Europe écologique et sociale », c’est du vent comme l’a démontré Hollande quand il a eu le pouvoir. Leur alibi écolo Claire Nouvian, c’est de la publicité mensongère : elle figure parmi les 7 noms affichés, mais elle est pourtant en positon inéligible, 78ème sur 79 candidats !

Passons rapidement sur « Le courage de défendre les Français, » « Ensemble pour le Frexit », « Refonder l’Europe, rétablir la France ». Tous ces gens n’ont pas encore compris que l’Union européenne, c’est un conglomérat de nations plutôt qu’une fusion réussie. Et nous n’avons pas à commenter toutes les listes qui n’ont même pas assez de moyens pour présenter une affiche officielle aux yeux des électeurs…

Écolos, pour qui faut-il voter aux européennes ?

Sur ce blog, nous ne dirons jamais publiquement avant un scrutin pour qui on va voter, cela relève du secret de l’isoloir. Par contre essayer de rétablir quelques vérités à l’heure des intox et des fakenews, cela importe. Voici par exemple la lettre d’information CLIMAX d’EELV :

« Pour Yannick l’écologie est ni de droite ni de gauche »

C’est faux. Nous ne sommes pas aveugles, et nous connaissons les ravages causés par un capitalisme qui exploite les humains, les animaux et détruit les écosystèmes. Mais ce que nous ne voulons plus c’est utiliser des mots vides de sens pour masquer la réalité de la crise que nous vivons. Trop facile de se dire de gauche ou de droite et de ne pas agir pour l’intérêt général.

 Face à la crise écologique, le productivisme, de droite ou de gauche, n’est pas la solution : il est le cœur du problème. Les écologistes veulent obliger la vieille droite et la vieille gauche a enfin changer de logique. Et c’est pour cela que nous refusons de nous laisser coller des étiquettes qui sont autant de prétextes pour ne pas agir. Mais nous ne sommes ni ambigus, ni ambidextres.

Ne pas manquer l’interview de David Cormand pour Libération

« Yannick Jadot soutient le libéralisme »

Non seulement c’est faux mais l’accusation est assez cocasse quand on sait que Yannick Jadot est à la pointe de la lutte contre les traités de libre-échange au Parlement européen et qu’il ne cesse d’expliquer, au fil des interviews, combien le libéralisme est destructeur pour la planète et ses habitant.e.s.

Relire l’interview de Yannick Jadot à Reporterre “Oui je suis anticapitaliste

« Les écologistes préparent une alliance avec LREM, le PS et même LR »

C’est faux. Cela arrange nos concurrents de faire courir ces bruits, mais la vérité est très différente. Cette fausse nouvelle de LREM reprise avec gourmandise par LFI prend les gens pour des imbéciles car elle transpose au Parlement européen le fonctionnement de l’Assemblée nationale française, alors que les institutions françaises et européennes ont des fonctionnements et poids différents.

 Nous ne voulons pas de combines ou d’arrangements. Les candidat.e.s de la liste Europe Ecologie élu.e.s le 26 mai au soir siégeront tou.te.s dans le groupe Verts/ALE au Parlement européen. Ce groupe existe sans discontinuer depuis 20 ans. Il est d’ailleurs le plus uni et cohérent dans ses votes.. L’écologie, c’est le même bulletin et le même programme dans toute l’Europe.

Découvrir le groupe Verts/ALE et ses élu.e.s “les plus cohérents” avec Politis

« Il y a de l’écologie dans tous les programmes, et certains programmes sont même très proches de celui de Europe Ecologie »

C’est vrai. Tout le monde nous copie. Mais ce qui compte ce n’est pas seulement les mots, mais bien les actes. A cet égard, pour savoir qui défend quoi, il est très instructif de regarder la composition des listes, car ce ne sont pas des slogans qui siègent au Parlement européen mais des personnes. Les candidat.e.s donnent à voir la sincérité des engagements, comme l’observation de leurs actes passés. Tout le monde veut se vanter de laver plus vert : la vérité c’est que seuls les verts défendent avec constance l’écologie, le climat, la biodiversité, la planète.

L’origine historique de l’écologie politique, 1974

Nous avions transmis l’hommage à Alain Hervé, un pionnier de l’écologie politique au début des années 1970. On pouvait croire que tout avait commencé à cette époque, l’échange de mail suivant entre Michel Sourrouille et Antoine V. permet de mieux comprendre l’origine historique de l’écologie politique.

Antoine V. : L’écologie politique commence dans les années 1960 pas 70, mon cher Michel.

Michel Sourrouille : Antoine, ça se discute. Quels sont tes arguments ? La question de date à l’air d’être importante pour toi, c’est pourquoi j’attends de toi une réponse circonstanciée et non une remarque lapidaire.

AV : Là pas trop le temps d’argumenter. Ce qui est important pour moi c’est de réécrire l’histoire de l’écologie en intégrant toutes les composantes.

MS : Donc tu lances des paroles en l’air ? Voici ma propre argumentation, à toi de m’éclairer s’il en est autrement… Dans les années 1960, on ne parle pas d’écologie politique en France, c’est le mouvement associatif qui mène seul le combat environnemental. A part quelques expériences locales aux élections (début des années 1970), l’écologie politique ne devient visible qu’à partir de la présidentielle 1974. Et encore, c’est le mouvement associatif qui est maître d’œuvre. Justification : « Plutôt que de chercher à politiser l’écologie Philippe Saint-Marc, animateur du Comité de la Charte de la Nature (signée par près de 300 000 personnes), préconisait à l’époque d’écologiser les politiques en sensibilisant les différents partis aux enjeux environnementaux. Mais en novembre 1973, l’Association des Journalistes-écrivains pour la protection de la nature (AJEPN) organise un débat entre neufs délégués des partis politiques chargés des questions environnementales. D’après Jean Carlier, alors directeur du service des informations à RTL et militant de la protection de la nature et de l’environnement, « ça a été lamentable, sauf un ou deux exemples, des centristes plutôt ». À l’issue de cette réunion, Jean se dit convaincu que les partis politiques ne prendront jamais les enjeux environnementaux au sérieux, à moins d’y être contraints. Le 3 décembre 1973, lors d’une réunion du bureau de l’AJEPN, il propose de présenter un candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles qui, selon lui, ne devraient pas tarder du fait de la détérioration de l’état de santé de Georges Pompidou. Ce sera René Dumont. » (extraits du livre de Michel Sourrouille, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », 2016)

AV : En 70, Survivre et vivre c’est un groupe d’écologie politique.

MS : Tu me disais auparavant que l’EP avait commencé dans les années 1960 et maintenant tu t’alignes sur moi : les années 1970. Dont acte. Notons d’abord que le mouvement de mai 1968 ne parlait pas encore d’écologie. Mais au cœur de la contestation de la guerre du Vietnam, le mouvement « Survivre » des scientifiques critiques (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement techno-scientifique. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage. Il ne s’agit pas encore d’écologie politique, mais de dénonciation du système.

AV : Lebrun 1964 «  la totalité de notre milieu ambiant est soumis à l’influence humaine », on est bien dans l’écologie politique dès 1964. Moscovici en 68 s’appuie sur Lebrun pour dire qu’il n’y a pas de nature naturelle.

MS : Si tu appelles cela de « l’écologie politique », j’en perds mon latin ! Le livre de Serge Moscovici en 1968 n’est qu’un « Essai sur l’histoire humaine de la nature ». Sa démarche n’est pas encore annonciatrice de l’écologie politique : « Quelles sont les racines de l’inégalité sociale, de quelle façon peut-on la combattre ? Quelle est la société la plus juste ? Voilà les demandes auxquelles on est pressé de fournir une réponse. » Son livre « De la nature, pour penser l’écologie » est seulement publié en 1976.

AV : Pas la peine d’en perdre son latin, l’écologie devient politique lorsqu’elle appelle à une profonde transformation du modèle économique et social actuel ainsi qu’à une remise à plat des relations entre l’homme et son environnement. C’est la position des Lebrun et autre Duboin dans les années 60. c’est pour cela que je parle des années 60. C’est un point de vue philosophique et je ne parle pas de ce qui se passe en dehors de la France (Jonas, etc.) Donc les prémisses de l’écologie politique sont dans les années 60, les précurseurs sont connus ce sont les Reclus et autre Thoreau, etc.

MS : Antoine, tes réponses sont significative de la tendance contemporaine à n’être d’accord sur rien par principe. Tu as déplacé le débat en parlant des prémisses de l’écologie politique. On peut certes remonter à Elysée Reclus (1830-1905), Henry David Thoreau (La désobéissance civile, 1849) ou même Gandhi (lire son autobiographie, 1925-1929). Plus explicitement précurseur de l’écologie politique, nous pensons plutôt à l’ouvrage « La planète au pillage » de Fairfield Osborn (1948). Il faut aussi citer l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson sur les ravages du DDT, « Le printemps silencieux » (1962). En France, ce sont les naturalistes qui ont été les premiers à s’inquiéter du dérèglement planétaire. Ainsi Jean Dorst, « Avant que nature meure » (1965). Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) n’a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » qu’en 1979, et ce n’était pas de la politique, c’était de la philosophie. Il n’y a pas là d’écologie politique au sens de politique « politicienne », c’est-à-dire par présentation à des élections. Les associations environnementales et divers écrits n’ont été que des prémices, centrés sur des constats scientifiques de la détérioration du milieu qui nous fait vivre. Le processus décisionnel porté par la politique ne vient qu’après.

Donc précisons l’origine de l’écologie politique. Dans les années 1960 et bien avant, il y a des textes et quelques actions associatives. En France, il faut attendre la présidentielle de 1974 avec la présence d’un programme explicitement écologiste porté par René Dumont. L’action écologique de terrain passe dans le jeu institutionnel. Et Alain Hervé a bien été une cheville ouvrière du passage de l’écologie médiatisée à la présence de l’écologie dans l’arène électorale comme je l’avais exprimé au début de notre échange.Notons que la structure partisane de l’écologie politique a été encore plus longue à se mettre en place. Les Verts sont issus en 1984 de la fusion de la confédération écologiste et du parti écologiste, ils ne comptaient que 1700 adhérents à la fin de 1988. L’écologie politique ne fait que commencer dans les années 1970.

Notre blog, c’était un regard critique sur le monde.fr

Notre blog biosphere a définitivement déménagé des serveurs du monde.fr depuis hier. A ce jour 14 mai 2019, nous ne savons toujours pas pourquoi lemonde.fr a éjecté ses 411 blogs abonnés dont nous faisions partie. Inutile de nous lamenter puisque nous avons immédiatement ressuscité. Il faut être à la marge pour se sentir libre.

Notre serveur est dorénavant la « Coopérative d’hébergement numérique » https://ouvaton.coop/. Notre ambition reste la même, développer un regard critique et écolo sur la société thermo-industrielle. Blogueur sur lemonde.fr depuis début 2005, quelle est notre vision du MONDE ? Dans les années 1970, il y avait quelques journalistes militants, l’écologie faisait tout juste son entrée dans les médias. Aujourd’hui l’écologie est une rubrique parmi d’autres. L’information produite a tendance à se dépolitiser, à se formater, à se déconflictualiser. Nous considérons que LE MONDE reste une « presse de référence » qui essaye d’être le plus complet possible, mais son prisme traditionnel centré sur la vie politique empêche de donner aux pages « Planète » la place essentielle que cela mériterait. D’autre part il est évident que le fait de faire plaisir à des actionnaires privés et aux régies publicitaires ne favorise pas le fait d’aller titiller le système là où cela ferait mal… d’où une ode au libéralisme et à la vie des entreprises au détriment d’une objectivité qui serait vraiment réelle.

Nous constatons que ce média fait comme les autres, l’ouverture à l’écologie n’a été que très très progressive. Avant 1971-1972, c’est le mépris et la désinvolture. Dans son numéro 199 du 8 août 1945, le quotidien annonçait le largage de la première bombe atomique en manchette sur trois colonnes avec, en surtitre, cette formule ingénue et terrible : « Une révolution scientifique ». En 1952, on inaugure le barrage de Donzères-Mondragon ; l’envoyé spécial du MONDE ne dira rien concernant l’impact environnemental de ce « colossal ouvrage ». En 1957, la critique du projet de tracé de l’autoroute du sud à travers la forêt de Fontainebleau fait simplement l’objet d’une libre opinion qui constate : « Il est triste de penser que l’autorité des naturalistes, des artistes et des sociétés savantes est impuissante contre le vandalisme ». Le naufrage du Torrey Canyon le 18 mars 1967 échappe complètement à l’attention du quotidien pendant plusieurs semaines, ce n’est que la première marée noire sur nos côtes. Il faut attendre le 21 avril  pour que soit publié en Une un bulletin intitulé « les dangers du progrès ». La conversion écologique de ce quotidien « de référence » va être lente, aussi lente que la prise de conscience générale dans une société où priment l’économique et le socio-politique. C’est seulement à partir de 1969 que LE MONDE ouvre un dossier « Environnement » au service de documentation. LE MONDE n’a commencé à traiter spécifiquement d’environnement qu’en 1971, seulement au moment où le ministère de la protection de la nature et de l’environnement a été crée. En 1972, c’est la première conférence des Nations unies « pour l’homme et son environnement » qui contraint LE MONDE à créer une rubrique sous ce nom. Mais les rédactions se méfiaient encore de ce type d’information et « écologie » reste un gros mot. Le journaliste Marc Ambroise-Rendu a été le premier en charge d’une rubrique environnement en mars 1974. Mais ses collègues étaient étonnés, et même, pour certains, scandalisés qu’on donne dans leur journal « si sérieux » de la place à l’environnement – sujet marginal et jugé parfois réactionnaire. Un rédacteur en chef s’était même exclamé: « L’écologie, c’est Pétain »…

Quand Roger Cans reprend la rubrique environnement au MONDE en 1982, il se retrouve seul et isolé. Son chef de service lui dit carrément que l’important était la décentralisation et la régionalisation, qui devraient occuper 80 % de son temps. Le directeur de la rédaction d’alors, Daniel Vernet, le croise dans le couloir et lui demande « l’agriculture bio, combien de divisions ? ». Certains de ses articles passent à la trappe. En 1984, Cans avait proposé de couvrir une AG des Verts dans un gymnase de Dijon ; le service politique lui avait dit alors qu’il « avait du temps à perdre ». Même avec des catastrophes écologiques, la rubrique environnement a du mal à s’imposer. L’affaire de Bhopal, cette fuite de gaz mortel qui tue ou blesse des milliers d’habitants d’une grande ville indienne en décembre 1984 ne donne lieu qu’à une brève le premier jour. Et le correspondant à New-Delhi n’ira à Bhopal que plusieurs mois après la catastrophe, lorsque l’affaire deviendra politique. Idem pour Tchernobyl, en avril 1986 : le correspondant à Moscou n’ira jamais enquêter sur place, la couverture de l’événement est donc minimale. L’écologie n’est toujours pas un service ni un département rédactionnel, l’environnement reste un problème technique. Et l’écologie politique reste considérée comme une nuisance puisqu’elle affaiblit la gauche dans les élections. Colombani considérait même le Vert Antoine Waechter comme « à droite de la droite ». Les colonnes du quotidien ne s’ouvrent véritablement à l’écologie qu’à partir du numéro du 23 septembre 2008 ; une page 4 est enfin consacrée à la Planète à l’image des pages International ou France.

Le départ d’Hervé Kempf le 2 septembre 2013 a révélé qu’il valait mieux pour les journalistes environnementalistes ne pas faire de « militantisme ». Censuré par LE MONDE, il a été acculé à démissionner, empêché de poursuivre enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes. Le directeur du journal (par intérim) n’hésite pas à lui écrire : « Ce ne sont pas tes compétences qui sont en question, mais un problème d’image : nous tenons à ce que l’approche du journal reste aussi impavide que possible, tout particulièrement dans les pages Planète ». Il s’est fait traité de « chroniqueur engagé » par un directeur de la rédaction, etc. L’environnement gêne dans un journal vendu aux intérêts financiers. Plus que jamais avec la crise de la presse, LE MONDE dépend des recettes publicitaires. La prise de contrôle en 2010 par MM. Bergé, Niel et Pigasse n’a fait que renforcer ce processus. La parole des écologistes est captive d’un système marchand qui n’a pas encore compris que l’écologie sera la pensée dominante du XXIème siècle.

Avec 33 listes pour les européennes, quel sera le vote écolo ?

Record absolu de candidatures pour les européennes du 26 mai. A l’heure de la clôture du dépôt des candidatures, vendredi 3 mai, pas moins de trente-trois listes ont été officiellement enregistrées. L’écologie se présente façon puzzle, avec l’assurance de sortir de l’élection encore plus éparpillée. Deux formations sont explicitement écolos, « Europe Ecologie-Les Verts » derrière Yannick Jadot, et la liste « Urgence écologie », conduite par l’universitaire Dominique Bourg (en avant-dernière position Delphine Batho). Mais n’oublions pas « La France insoumise », qui se positionne parfois sur le même créneau. Ni la liste du Parti socialiste et de Place publique, emmenée par Raphaël Glucksmann, qui a pris pour otage Claire Nouvian comme alibi écolo. Ni Génération.s, conduite par Benoît Hamon qui avait fait cause commune avec Yannick Jadot à la présidentielle. Ni LRM qui a débauché les Verts Pascal Canfin et Pascal Durand. Pour compléter ce capharnaüm, citons entre autres, un Parti animaliste et des partisans de la décroissance.

Faut-il en rester au slogan « élection, piège à con » et laisser la première place au Rassemblement national des extrémistes de droite ? Faut-il tirer à la courte paille entre quelques listes bien choisies, le tirage au sort est à la mode ? Faut-il attendre l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle bien calé dans son fauteuil ? A chacun de décider, c’est le seul avantage du vote dans l’isoloir : on peut changer d’avis à la dernière minute !

CLIMAX, bulletin d’information d’EELV

E comme Ecology in the UK

Et cette décision, la première du genre, venue du Royaume-Uni: le Parlement britannique a déclaré l’urgence écologique et climatique. Une décision pour l’heure non contraignante. Le mouvement Extinction Rebellion appelle désormais à des actes concrets.

Voir l’article de France Info TV

R comme Rayonnement de la France

Toujours à la pointe de l’audace, François de Rugy envisage un potentiel référendum sur le climat en 2020. Les paris sont ouverts sur la question qui sera posée: « Pour ou contre la fonte des glaciers? » « Faut-il sauver la planète? » « Avez-vous vraiment trop chaud? ». On a vraiment hâte.

Voir l’article de Libération

M comme Matrice

Celle du projet européen défendu par Yannick Jadot: l’écologie. Celle qui défend la biodiversité et les lanceurs d’alerte, celle qui combat la pêche électrique, l’huile de palme, les pesticides et le libre échangisme.

Voir l’article de Politis

L comme Last night a DJ saved the earth

Compilation pour le climat qui réunit 57 artistes, portés par l’association Djs for Climate Action. Les bénéfices des ventes des albums seront reversés à plusieurs associations.

Ecouter la compilation Earth Night Records

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De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

Les individus à la recherche du pouvoir (économique ou politique) sont tellement malfaisants dans leur devenir qu’il faut délimiter leurs capacités de nuire. Montesquieu (1689-1755) énonce que le « doux commerce » amène la paix entre les nations, désormais liées par des intérêts réciproques. Mais il ajoutait que cela ne fait pas des commerçants des parangons de vertu, bien au contraire, prêts à faire trafic de tout, y compris des vertus. Adam Smith est très connu pour l’idée que l’égoïsme en affaires, comme mené par une « main invisible », conduit à l’intérêt général. Mais pour lui cette poursuite de l’intérêt personnel n’est que le moyen d’arriver à coopérer de façon équitable et rationnelle entre deux personnes qui ne se connaissent pas. De plus Adam Smith donne pour limite au règne de l’intérêt particulier l’existence de l’État, garant du bien commun, qui ne doit jamais être soumis au premier. Car il y a une inégalité structurelle entre ceux qui monopolisent le pouvoir (marchands, soldats, hommes d’État) et ceux qui en sont dépossédés.

Au niveau politique, Montesquieu constate que « Les princes qui ont voulu se rendre despotiques ont toujours commencé par réunir en leur personne toutes les magistratures, et plusieurs rois d’Europe toutes les grandes charges de leur État » (in « de l’Esprit des lois »). C’est pourquoi il préconise la séparation des pouvoirs : « La liberté politique n’existe que là où on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Montesquieu distingue ainsi la fonction d’édiction des règles générales, ou fonction législative ; la fonction d’exécution de ces règles, ou fonction exécutive ; enfin, la fonction de règlement des litiges, ou fonction juridictionnelle. Toutes ces limitations du pouvoir ont montré leur fragilités… même le contre-pouvoir de la presse n’a jamais constitué véritablement un contre-pouvoir.

Dès qu’un groupe humain devient plus important en nombre, la lutte pour le pouvoir ne peut qu’être omniprésente. C’est pourquoi l’analyse de Leopold Kohr nous paraît cruciale : « J’ai essayé de développer une seule théorie à travers laquelle tous les phénomènes sociaux seraient réduits à un dénominateur commun. Le résultat obtenu est une nouvelle philosophie politique unifiée qui suggère qu’il n’y a qu’une seule cause derrière toute forme de misère sociale : la taille excessive. Si le corps social devient malade à la suite de la brutalité ou de la bêtise de masse, c’est parce que des êtres humains, si charmants en tant qu’individus ou pris en petites assemblées, ont été amalgamés dans des entités sociales surdimensionnées telles que les foules, les unions, les cartels, les grandes puissances. Car les problèmes sociaux, pour paraphraser la doctrine démographique de Thomas Malthus, ont malheureusement tendance à grossir à un ratio exponentiel à la croissance de l’organisme dont ils font partie, alors que la possibilité qu’a l’homme d’y faire face ne grandit pour sa part que linéairement. Cela signifie que, si une société croît au-delà de sa taille optimale, ses problèmes finiront par dépasser la croissance des facultés humaines qui sont nécessaires pour le traiter. » (Leopold Kohr, introduction de son livre the Breakdown of nations, 1957 – traduit en français en 2018 sous le titre L’effondrement des puissances)

« Suis-je aussi pessimiste en 1986 au sujet de la perspective d’une organisation en petits États remplaçant l’actuelle cartographie de grands puissances que je l’étais en 1941 quand l’idée de mon livre fut conçue ? Ma réponse reste la même : NON. Il n’y a pas l’ombre d’une preuve que la valeur supérieure de la petite entité sociale soit plus proche d’être comprise qu’elle ne l’a jamais été par le passé. Le véritable conflit n’est pas entre les races, les sexes, les classes, la gauche et la droite, la jeunesse et la richesse, le socialisme et le capitalisme, tous vestiges de confrontations passées. Le véritable conflit est celui entre l’Homme et la Masse, l’Individu et la Société, le Citoyen et l’État, la Grande et la Petite communauté. Les hommes, comme Hésiode l’a écrit au VIIIᵉ siècle av. J.-C, « continueront à détruire les villes des autres hommes ». Regarder autour de moi 2 800 ans plus tard me donne peu de raisons d’espérer qu’il en ira jamais autrement. Mais mon pessimisme n’est pas désespoir. Devrions-nous être dépressifs parce que nous devons mourir ? Ou devrions-nous au contraire utiliser ce constat pour nous réjouir et apprécier la vie ? » (préface de Leopold Kohr à une réédition de 1986)

Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

Le 25 avril, il aura fallu attendre près de quarante minutes de discours avant qu’Emmanuel Macron n’aborde la question de l’urgence écologique. Et le Grand Débat National se traduit par… une nouvelle consultation. Une convention citoyenne, avec 150 membres tirés au sort, aurait l’impossible tâche de définir les mesures permettant de traiter de l’urgence climatique ! Macron a également annoncé la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, il y a quelques mois, un Haut-Conseil pour le Climat, dont il n’y a rien à attendre. Au-delà de l’aspect climatique, on ne peut que regretter l’impasse faite sur la transition énergétique, la biodiversité, la pollution, la transition agro-alimentaire… autant de sujets éminemment liés, qui restent sans réponse. L’augmentation de la taxe carbone qui avait mis le feu aux poudres en novembre 2018 n’a même pas été évoquée. De toute façon il y a absence totale d’annonces concrètes. Le premier ministre devra mettre en musique cette partition-brouillon. Quelques réactions complémentaires :

France Nature Environnement reste coi face au pacte productif proposé par le Président de la République pour restaurer le plein emploi en 2025. « Le modèle présenté, digne du 20ème siècle, n’intègre pas la nécessaire évolution de notre modèle de développement et de ses impacts sur la planète, le nécessaire partage des ressources, les questionnements sur notre mode de croissance effréné qui est loin d’être pourvoyeur d’emplois… »

Delphine Batho, ex-ministre de l’environnement : « Il y a de la part du président de la République une incompréhension du mouvement pour le climat, avec les grèves scolaires, les marches, et une négation de la dimension systémique des enjeux écologiques. Il n’a évoqué que le climat. Il reste sur les schémas caducs de la croissance économique, alors qu’on doit passer d’un modèle où le pouvoir vivre remplace le pouvoir d’achat ».

Wojtek Kalinowski, codirecteur de l’Institut Veblen : « L’écologie figurait pourtant comme l’un des quatre thèmes du grand débat national, et, dans sa lettre aux Français du 13 janvier, le chef de l’Etat en avait identifié les enjeux-clés : comment financer la transition et « qui doit être concerné en priorité » ? Comment rendre les « solutions concrètes accessibles à tous » ? Comment protéger la biodiversité et comment « garantir scientifiquement » nos choix ? Autant de questions qui restent sans réponse au moment où le débat est clôturé. »

Maxime Nicolle, l’une des figures des « gilets jaunes » : « Il n’a pas écouté ce qu’on a dit dans la rue depuis cinq mois »

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI) : « Macron sait-il que son discours était censé conclure la crise politique ? Il vient de la relancer en se défilant. »

Raphaël Glucksmann, tête de liste (Place publique et PS) aux européennes : « Où est la vision à la hauteur de la crise sociale et de l’apocalypse écologique ? Rien n’est au niveau du moment que nous traversons. Tout était dit à la 5e minute : pas de fausse route, pas de nouveau cap. »

Fabien Roussel, premier secrétaire du Parti communiste : « Les Français demandent un changement de politique. Le président répond : je continue et j’accélère »

Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes : « On attendait un plan Marshall sur le climat (logement et renouvelables), une sanctuarisation des services publics (gares, maternités…) et des infrastructures vitales (aéroports, barrages…) », et à la fin, « rien ! ou si peu ».

Fondation Nicolas Hulot : « Nous appelions à un tournant social et écologique du quinquennat. Aujourd’hui, il est clair que le gouvernement ne changera pas de cap »

Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde : Le chef de l’État a pris un risque en manifestant « sa volonté d’aller de l’avant et de ne rien renier des orientations prises au début du quinquennat ». » La stratégie d’Emmanuel Macron, c’est de renvoyer la patate chaude aux citoyens. On a l’impression que le gouvernement a pris conscience que l’écologie punitive ne marchait pas, et qu’il était en quête d’une nouvelle méthode dont il n’a pas encore les clés.

Fin des blogs abonnés sur lemonde.fr, pourquoi ?

A la fin de l’année 2019, le groupe célébrera les 75 ans du MONDE. Ce sera sans nous ! « Ce service (les blogs abonnés) prendra fin le 5 juin 2019. Cette fermeture est liée aux évolutions techniques de notre site internet« , est-il envoyé au blogueurs du monde.fr pour solde de tout compte. Il est difficile de comprendre pourquoi on supprime aussi brutalement les 411 blogs d’abonnés, donc celui-ci.

Des raisons financières ? Ces blogs ne coûtent rien en main d’œuvre, les auteurs font office de journalistes entièrement bénévoles et concourent à la notoriété du site lemonde.fr. La seule dépense est la mise en place d’une modération des blogs pour que LE MONDE reste juridiquement inattaquable. Mais pour un groupe qui a réalisé plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, cette dépense reste proche du zéro absolu. Alors la concurrence des réseaux sociaux ? Il y a certes un basculement médiatique avec Internet. Même LE MONDE ne peut plus être un quotidien de référence quand les Internautes ont à leur disposition d’innombrables sources d’information. Notons d’ailleurs que si en 2010 le groupe avait environ 140 000 abonnés papier pour un total de 170 000, en 2018 on atteint seulement 100 000 « print » pour 160 000 abonnés numériques. Une telle évolution, de plus en plus centrée sur le numérique, devrait favoriser les blogs ! Ce n’est pas l’analyse des responsables du MONDE. Il est vrai que les blogs sont en concurrence directe avec les vidéos à une époque où le culte de l’image s’accompagne d’une aversion envers la lecture. L’offre vidéos du monde.fr s’est largement étoffé sur la chaîne YouTube et compte désormais plus de 500 000 abonnés. N’oublions pas l’édition quotidienne sur Snapchat Discover, il faut appâter les jeunes dont certains deviendront les abonnés numériques de l’avenir. Alors les blogs « abonnés », ça fait tellement rétro et ça rapporte si peu ! Ainsi va le management des entreprises aujourd’hui, on utilise le plus possible et on jette sans ménagement. Notons que lemonde.fr accepte toujours les blogs « invités », eux ils sont soumis à annonces publicitaires…

De toute façon nous sommes fiers du travail accompli depuis notre premier article mis en ligne le 13 janvier 2005, solidarité avec les bonobos… Chaque jour nous explorons un aspect de l’écologie. Ce serait dommage de ne pas continuer notre boulot au service de l’impératif écologique. Nous allons œuvrer pour que le contenu de ce blog BIOSPHERE soit sauvegardé et durablement accessible à tous, à savoir à ce jour 4329 articles et plus de 9740 commentaires. Nous continuerons chaque jour à essayer de mieux cerner avec vous le point de vue des écologistes. D’ici le 5 juin prochain, notre blog biosphere aura émigré vers d’autres cieux plus cléments… Nous serons probablement hébergé par le serveur ouvaton.org comme l’est déjà notre site www.biosphere.ouvaton.org

Mais nous continuerons à nous appuyer principalement sur les informations du MONDE, nous sommes abonnés à ce quotidien depuis plus de quarante ans. Rappelons l’à propos de ce blog biosphere : La déformation de l’information est perceptible dans une société dont l’idéologie dominante nous a fait oublier depuis deux siècles les limites de la planète et le sens des limites. Alors que la situation actuelle devrait nous inciter à la simplicité du mode de vie et à la sobriété énergétique, c’est toujours l’achat de la plus récente automobile qui structure les pages du MONDE et qui manipule la pensée collective. Ce blog biosphere s’est donc donné pour objectif depuis début 2005 de commenter au jour le jour LE MONDE, journal qui nous semble le plus « objectif » de la presse française. Si nous sommes personnellement satisfaits de l’éventail des connaissances que nous fournissent ce quotidien, nous ne sommes pas entièrement convaincus par la manière dont les journalistes font leur boulot de tri et de hiérarchisation. Car qu’est-ce qui fait sens ? Quelle place relative donne-t-on à tel événement ou à telle démarche ? Quel doit être le commentaire pertinent d’une information ? Quelle est l’idéologie qui sous-tend l’article d’un journaliste ? LE MONDE n’est pas à l’abri des critiques.Historiquement les premiers journaux n’étaient que de simples instruments pour organiser le bavardage, et ils le sont plus ou moins restés. Ce blog veut rompre avec le bavardage, c’est la tentative désespérée de porter un autre regard sur l’actualité, un regard un peu moins économico-libéral, un peu moins anthropocentrique, un regard que nous voudrions plus ouvert, plus glocal, plus écolo. Pour que change LE MONDE…

Pour Marine Le Pen, l’écologie se résume au localisme

« Localisme », l’ex-FN a définitivement trouvé son concept totem pour les Européennes. Sa tête de liste, Jordan Bardella, d’affirme qu’« on ne peut pas faire d’écologie sans frontières ». Marine Le Pen jure que le RN défend désormais « une vision totalement alternative » de l’écologie, à savoir « la protection des écosystèmes, à commencer par les écosystèmes humains que sont les nations ». Derrière la défense des circuits courts, il s’agit de promouvoir plus largement une forme d’autarcie grand-continentale dans la continuité des théories nationales-révolutionnaires. Avec le nouvel « intello écolo » du parti, Hervé Juvin, s’affiche le supposé virage vert du RN : « Tout écologue sait bien qu’un système vivant complexe ne survit pas à des espèces invasives, la finance mondialisée, les migrations de masse…  » A part le repli sur l’hexagone et le prisme anti-immigré, l’extrême droite n’a rien à dire sur l’écologie. Elle est résolument pronucléaire, opposée à la taxe carbone, pourfend les éoliennes,etc. Sans propositions concrètes pour la transition énergétique ou pour lutter contre le réchauffement, M. Juvin et le RN s’en remettent à des recettes classiques : combattre le libre-échange et encourager les échanges au niveau local. Comment mettre en œuvre une telle logique ? Hervé Juvin ne formalise pas d’autres propositions qu’une sortie partielle du marché intérieur de l’Union européenne sur certains produits, sans préciser lesquels.*

Au Grand Jury de RTL, le 25 avril 1974, cet échange prémonotoire. Serge de BEKETCH (représentant de Jean-Marie Le Pen) : « Vous proposez de demander au peuple français des sacrifices comme jamais on ne lui en a demandés. Je ne pense pas que le peuple français les acceptera de grand cœur. Par conséquent, vous vous trouverez réduit à une alternative très simple : ou céder à la pesanteur des habitudes de la société de consommation ou imposer votre vision d’une société que l’on pourra qualifier de « non-consommation ». Comment y parvenir sans faire appel à cette conséquence inéluctable des systèmes utopiques qu’est la coercition ? » René DUMONT (candidat écologiste à la présidentielle) : « La société de non-consommation est une hypothèse que nous n’avions pas envisagée. Nous préconisons une société ayant un autre genre de consommation, c’est-à-dire une consommation qui ne détruise pas le patrimoine national. Une société qui au lieu du stimulant argent qui est la base de notre société, aurait le stimulant bonheur. » Exagération par l’extrême droite des propos de l’adversaire politique avec agitation de l’épouvantail d’un « écofascisme » qui se cacherait derrière le discours écologiste. Ce procédé n’a malheureusement pas vieilli.**

Bien plus tard l’extrême droite a essayé de récupérer les thèses écologistes. Marine Le Pen avait jugé le Pacte écologique de Nicolas Hulot était compatible avec celui de son propre parti : « On a relu avec mes conseillers le projet qu’il avait fait en 2007… Il y a énormément de choses qui sont tout à fait compatibles avec le projet du Front national. » Pourtant le programme du présidentiable Jean-Marie Le Pen en février 2007 était tout sauf écolo. On voit l’épouvantail de l’écofascisme resurgir : « La liberté de millions de Français est déjà entravée par des règlements et des politiques inspirées par les Verts. Leur autophobie révèle un esprit totalitaire. La voiture constitue en effet pour les Français un moyen d’évasion, réservé jusque dans les années 1950 aux plus fortunés. L’écologie ainsi dévoyée peut conduire à l’établissement d’un système totalitaire mondial, rationnant nos activités et nos dépenses et imposant des normes sociales contre-nature. » Jean-Marie Le Pen attaque ardemment les objecteurs de croissance : « Une autre idéologie, née en 1972 avec les thèses du Club de Rome, préconise pour sauver la planète de la surpopulation et de la surproduction, l’arrêt de la croissance. Elle considère que l’humanité constituant une espèce dangereuse pour l’environnement, il faut en réduire les activités et la population… Les plus modérés suggèrent juste un ralentissement de la croissance, les plus radicaux militent pour un retour à un âge d’or. Cette idéologie, d’apparence bucolique, est en réalité plus criminelle que celles qui ont ensanglanté le siècle dernier… Ce n’est pas en freinant la croissance économique de nos nations que nous protégerons notre environnement. » Jean-Marie Le Pen croit posséder LA solution ultime, le nationalisme : « Dans le domaine économique et social, le bon sens nous amène à penser qu’une nation dotée de frontières constitue le modèle politique le plus performant. Il en est de même dans l’ordre écologique. Les frontières, bien sûr, ne protègent pas de toutes les pollutions, notamment climatiques. Mais des frontières nous permettraient d’imposer des droits de douane spécifiques sur les marchandises produites dans les pays ne respectant pas les normes environnementales. Le rétablissement de nos frontières nous permettrait enfin de lutter contre la pollution automobile en imposant, comme le fait déjà la Suisse et comme veut le faire la Belgique, un droit de passage aux véhicules immatriculés à l’étranger » (...) Pour conclure, cette phrase d’Eva Joly, présidentiable 2012 : « Nous, les écolos, nous portons la complexité du monde, le FN porte une simplification mensongère. »

Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

30 décembre 2016, Front National, un programme superficiellement écolo

27 décembre 2014, Le Front national écolo ? Son passé plaide contre lui

* LE MONDE du 16 avril 2019, Derrière le virage écologique de Marine Le Pen, l’obsession de l’immigration

** « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » un livre de Michel Sourrouille

Le CESE, une Chambre du futur ?

A quoi sert le CESE (Conseil économique, social et environnemental), 233 membres ? L’institution est chargée de conseiller les pouvoirs exécutif et législatif mais son avis n’est que consultatif. Le mardi 9 avril 2019, la section de l’environnement propose une nouvelle trajectoire de la taxe carbone avec des aides pour les plus précaires. « Les conditions ne sont absolument pas réunies pour le faire à court terme », balaye la secrétaire d’Etat à la transition écologique, Emmanuelle Wargon. Qu’importe, l’avis est largement adopté.

Créé en 1925, le conseil est inscrit dans la Constitution à la Libération et en 2008 inclut les organisations environnementales. La troisième chambre se veut le porte-voix de la « société civile organisée ». Son originalité tient à sa composition, dominée par les partenaires sociaux. Mais confronté à la concurrence des multiples structures d’expertise qui entourent le gouvernement, ses avis ne sont guère suivis par l’exécutif. Comment le réformer ? Comment créer les bons outils pour que les expressions citoyennes soient entendues ? Expérimenter le tirage au sort ? Instaurer un droit d’interpellation de l’exécutif et du Parlement ?*

La réforme institutionnelle, annoncée dès le départ par Emmanuel Macron, satisfaisait les écologistes : « Le CESE doit devenir la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation. Pour cela nous devons revoir, tout en réduisant le nombre de ses membres d’un tiers, de fond en comble les règles de sa représentativité. Celle-ci étant acquise, nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques. L’Etat ne travaille pas, il ne réforme pas, sans consulter. L’actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre République. Il réunira toutes les sensibilités et toutes les compétences, du monde de l’entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salariés comme des indépendants, donnera un lieu d’expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l’Etat la grande instance consultative qui fait aujourd’hui défaut. » (Discours du président devant le congrès le 5 juillet 2017) »

Ce CESE nouvelle formule pourrait être une véritable assemblée du long terme ayant le pouvoir d’imposer, dans la fabrication de la loi, la prise en compte des évolutions climatiques et écologiques. Pour la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), cette assemblée devrait même avoir un pouvoir d’initiative spéciale sur les grands projets liés aux questions de long terme et un « droit de veto suspensif » vis-à-vis de projets de loi adoptés mais pas encore promulgués. Ce droit de veto contraindrait le Parlement à revoir sa copie. Dans le projet de la FNH, la Chambre du Futur serait composée de « deux collèges tirés au sort: un collège de scientifiques et de personnes reconnues pour leurs compétences environnementales et un collège de citoyens ». Aux côtés de cette « assemblée du long terme », des scientifiques assureraient une « veille scientifique ». Telle était l’intention de Nicolas Hulot quand il était ministre…**

* LE MONDE du 14 avril 2019, Le CESE, institution méconnue à l’avenir incertain

** « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », un livre de Michel Sourrouille

Pascal Bruckner incarne l’infantilisme de l’adulte

« Greta Thunberg ou la dangereuse propagande de l’infantilisme climatique* », dixit Pascal Bruckner. Il est terrifié par une jeune fille de 16 ans qui a le culot de faire la leçon aux mâles dominants. Bruckner en reste aux temps bénits où la philosophie était reine et la hiérarchie sociale bien en place : « 315 avant J.-C., Platon met en garde contre la corruption de la démocratie qui consiste en une inversion des hiérarchies, par excès de liberté : quand le père traite son fils comme un égal, que les maîtres flattent les disciples et que les vieillards imitent la jeunesse. Nous y sommes. Quiconque a vu les manifestations de jeunes gens pour le climat ces dernières semaines en Europe, où l’on avait mobilisé jusqu’aux maternelles et jardins d’enfants, où d’adorables petites têtes brunes ou blondes récitaient pieusement les slogans que leurs parents leur avaient appris ne peut que s’inquiéter de ce véritable exercice de ventriloquie. » L’engagement des jeunes pour le climat est pour lui une « infâme propagande de la peur contre laquelle je m’élève, avec d’autres, depuis 25 ans ».

Pascal Bruckner est une incompétence faite homme, un négateur du changement civilisationnel, un cas avéré de dissonance cognitive ! Cet « intellectuel » veut pourfendre tous ceux et celles qui sont terrifiés par les bouleversements socio-écologiques alors qu’il n‘est qu’un intégriste à la solde du libéralisme économique. Son livre, Le fanatisme de l’apocalypse faisait écho à la cabale organisée avec ses copains/coquins Bruno Tertrais (L’apocalypse n’est pas pour demain) ou Jean de Kervasdoué (Les prêcheurs de l’apocalypse). Le 10 avril 2019 dans le Figaro, Bruckner vocifère contre une jeune fille que la fonte des glaces alarme alors que le Figaro raconte le même jour l’effet désastreux du choc climatique sur les glaciers. Bruckner est non seulement une insulte à la jeunesse, mais aussi un exemple frappant des dérives de l’intelligence humaine, ancrée dans un écolo-bashing stupide. Nous regrettons que le mensuel La décroissance titre en ce mois d’avril « Non aux enfants soldats du climat » et fasse par son sous-tire « L’écologie infantilisée » écho aux élucubrations de Bruckner. Le journaliste Pierre Thiesset s’en prend courageusement au physique de Greta Thunberg, « jeune fille chétive » au « visage poupon », mais sa conclusion contredit sun titre trop expéditif : « Quand une Greta Thunberg réclame dans ses discours de laisser tous les combustibles fossiles dans le sol nous ne pouvons que l’approuver. Non seulement pour lutter contre le réchauffement, mais surtout pour en finir avec le mode de vie délirant qui repose entièrement sur l’abondance énergétique, et dont la jeunesse est bien malgré elle le produit. »

Greta Thunberg est une adolescente suédoise, militante pour le climat. Elle a notamment initié la Skolstrejk för klimatet (« grève étudiante pour le climat ») et donné un discours à la conférence de Katowice de 2018 sur les changements climatiques. Elle a influencé sa famille qui a réduit sa consommation de viande, et a arrêté de prendre l’avion. C’est ainsi qu’elle se serait rendue compte de sa capacité à convaincre les autres. Elle se rend à Davos en janvier 2019, en y allant en train, ce qui a pris 32 heures depuis Stockholm. À la suite de la grève mondiale du 15 mars 2019, elle s’exprime sur Facebook pour dire : « Il nous faut une nouvelle façon de penser. Le système politique que vous, les adultes, avez créé n’est que compétition. Vous trichez dès que vous pouvez car tout ce qui compte, c’est de gagner. Nous devons coopérer et partager ce qui reste des ressources de la planète d’une façon juste. » Un tel discours, exprimé par une jeune fille de 16 ans, est efficace. Le discours de résistance de Greta est salutaire puisqu’il ne fait que répercuter la réalité d’un effondrement civilisationnel en cours. Pourtant, même sur wikipedia, on reprend énormément de critiques injustes à son égard…

* http://www.lefigaro.fr/vox/societe/pascal-bruckner-greta-thunberg-ou-la-dangereuse-propagande-de-l-infantilisme-climatique-20190409

LE MONDE supprime tous les blogs qu’il héberge

En tant qu’administrateur de ce blog, nous avons reçu le message suivant : Décryptages (Publié le 11 avril 2019, mis à jour le 12 avril 2019). Le service des blogs abonnés du Monde prendra fin le 5 juin 2019. Votre blog ne sera plus accessible à partir de cette date, et ses contenus, y compris les photos et textes, seront supprimés. Nous vous invitons à les sauvegarder le plus rapidement possible.

Sur ce blog biosphere, nous avons d’abord cru à un canular. L’annonce était froide et impersonnelle, aucune explication n’était avancée pour cette suppression de masse. Il y a actuellement 411 blogs (pour les abonnés au MONDE) auxquels il faut ajouter les blogs des invités de la rédaction. Il faut y joindre les 119 blogs des journalistes du MONDE. Cette suppression ne concernerait que les blogs des abonnés…

Nous allons œuvrer d’ici le 5 juin prochain pour que le contenu de ce blog BIOSPHERE soit sauvegardé et durablement accessible à tous. Notre blog contient ce jour 4315 articles et 9690 commentaires. Notre premier article a été mis en ligne le 13 janvier 2005, solidarité avec les bonobos

Merci de votre attention, chers amis lecteurs

Quelle démocratie en situation d’urgence écologique ?

L’urgence écologique serait-elle incompatible avec la démocratie, lente dans son fonctionnement ? Les problèmes à long terme sont toujours masqués par les problématiques de court terme. C’est notre croyance individualiste en la possibilité à déterminer nous-mêmes les sociétés politiques indépendamment de la nature qui fait que nous avons du mal à passer à une écologie politique, à considérer l’urgence écologique, parce que nous continuons de faire comme si les politiques n’étaient que des artifices consistant à poser les rapports de gouvernement entre les hommes.*

Actuellement, c’est une certaine perception du temps occidental – devenu une référence mondiale – qui est proposée, reposant sur le principe essentiel que celui-ci n’a pas de limites et, qui plus est, qu’il peut être soumis à nos intentions, puisqu’il nous permettra d’améliorer, sans cesse, le confort humain et ses conditions de vie. Les ruptures sont ponctuelles, provisoires. Nos capacités techniques, sur lesquelles nous projetons nos espérances de toujours plus de bien-être, permettront de les dépasser. La « modernité » constitue un vaste processus d’homogénéisation , le social et l’économique est ajusté aux normes de la rationalité instrumentale. La mondialisation actuelle ne fait que poursuivre et amplifier cette homogénéisation, cet homme unidimensionnel (Marcuse) que façonne peu à peu le modèle productiviste et consumériste. La démocratie continue à proposer ce modèle de l’individualisme consumériste, qui n’est en rien compatible, à court terme comme à long terme, avec les enjeux de justice sociale et de respect de la biosphère. L’abandon par le gouvernement Sarkozy de la taxe carbone est un signe évident d’une impossibilité des élites politiques à prendre en compte l’enjeu écologique dans la hiérarchie des décisions. Paradoxalement, il est d’autres domaines où la réactivité des responsables politiques est plus vive. Leur capacité à réagir à la crise financière contribue à valoriser la fonction politique et à montrer que les ressources financières peuvent être mobilisées lorsque le personnel dirigeant estime que cela est nécessaire, pour la survie du système financier. L’écologie politique a, dès le début de son existence, mis en avant la violence faite à la nature. Elle a dénoncé l’amnésie culturelle et politique de la modernité face aux exactions commises en son nom. L’urgence est désormais avérée et non plus prophétisée. Désormais, nous sommes face à la nécessité de gérer les conséquences de ces quarante années perdues depuis 1974 (candidature de l’écologiste René Dumont à la présidentielle) à dénier la pertinence du constat. L’écologie politique doit envisager une contraction démocratique, résultant d’une réduction du temps qu’il nous reste pour produire des solutions au cumul des urgences naturelles et sociales. Cette contraction démocratique résulte d’une quadruple contrainte. La contrainte temporelle : nous sommes face à un ultimatum que nous ne pouvons continuer à nier. Elles concernent ensuite la contrainte exogène, « on ne négocie pas avec la nature  (Y. Cochet)» . Nous devons aussi faire face à une contrainte égalitaire, qui redessine les relations entre humains et non-humains. Enfin, il y a contrainte sociale : le rationnement devient une condition nécessaire du partage dans un monde fini (la carte carbone, le revenu maximum autorisé…). Le long terme révèle un décalage fondamental entre le court-termisme de la politique et la réalité matérielle des phénomènes écologiques (dérèglement climatique, pénuries énergétiques, épuisement des ressources, sixième extinction de la biodiversité, empoisonnement de l’environnement…) et sociaux (explosion des inégalités sociales, développement de la surveillance généralisée…).
L
a réduction du délai pour réagir amène à s’interroger sur la compatibilité des modèles décisionnels dans une démocratie avec les contraintes environnementales qui vont accroître les tensions sociales. Cela peut conduire à l’adoption de règles restrictives à l’autonomie politique des individus. Ce qui caractérise la démocratie – la possibilité de se construire, librement, un destin individuel et collectif – se trouve ainsi de plus en plus limité. L’idée de finitude s’est installée comme l’un des leitmotivs angoissants des mouvements écologistes. Il ne reste plus qu’à évaluer le délai restant à nos sociétés avant d’atteindre la phase ultime de la désagrégation. Les communautés scientifiques multiplient les appels à une action désormais considérée comme extrêmement urgente : chaque sommet mondial sur le climat est maintenant qualifié de « sommet de la dernière chance ». L’urgence nous imposera des situations de façon non négociable. On doit faire face à la limitation des choix qu’imposent de plus en plus la crise écologique. Selon l’image de Luc Semal, il s’agit du sablier des choix, si l’on considère que chaque sortie de secours est un grain de sable qui tombe à son tour irréversiblement dans l’impossible, tandis que de moins en moins de solutions demeurent encore envisageable. À vouloir maintenir une relation déséquilibrée entre nos besoins de ressources fossiles et la capacité de la Terre à les mettre à disposition, nous entrerons dans une récession économique. Des seuils d’irréversibilité géologiques ont été dépassés sans que nous nous en rendions réellement compte. Nous devrons gérer un enchaînement de conséquences. Comment dès lors conserver notre maîtrise des processus de décision sans sombrer dans l’utilisation de méthodes totalitaires ? Anders témoigne qu’il est aisé de se résoudre à détruire une partie de l’humanité dès lors que cette solution apparaît comme justifiable pour notre propre survie. Il n’aura fallu que huit années aux nazis pour mettre en place des « politiques » jusque-là inconcevables, rappelle Arendt… En état d’urgence écologique, le capitalisme va être contraint d’adopter des mesures contraignantes. Le catastrophisme est une préparation à la soumission anticipée aux états d’exception, l’acception des disciplines à venir, l’adhésion à la puissance bureaucratique qui prétend, par la contrainte, assurer la survie collective. Plus nous reportons les décisions à prendre, plus nous serons dans la gestion de crise… ce qui n’est pas très propice à un partage équitable des ressources.**

Pour en savoir plus :

* https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/philosophie-de-lecologie-24-la-democratie-est-elle-a-la-hauteur-de-lurgence-ecologique

** https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2010-2-page-95.htm

Grand débat, vers une conclusion courue d’avance

Une démarche qui rend les données non exploitables, une méthodologie biaisée, des questions qui orientent nécessairement les réponses, un débat non représentatif, un rendez-vous manqué , en fin de compte un grand Barnum de la communication. Plus de la moitié des textes rédigés sont en fait d’exacts copiés-collés des mêmes doléances, notamment pour s’opposer au 80 km/h. Plus de la moitié des textes rédigés comportent moins de dix mots, en moyenne on compte 17 mots par champ de libre expression. Par contre on peut observer une forme de frénésie chez certains contributeurs ; le participant le plus actif a déposé 472 contributions. Un grand débat pour rien. Il ne fallait pas être grand-clerc pour donner à l’avance ce qui ressortirait de ce « grand » débat : une demande massive de baisse d’impôts. Sans savoir quoi réduire et comment, à plus forte raison déterminer ce qu’il faut dégraisser comme surnuméraires. Les injonctions sont contradictoires et c’est sans surprise que LE MONDE nous annonce que « C’est à l’exécutif dans son ensemble qu’incombe la responsabilité d’en tirer les conclusions »*.

Il était aussi évident par avance que ce grand débat ferait ressortir la prise de conscience de l’urgence de la lutte contre le changement climatique. Là aussi les injonctions sont contradictoires, nécessité de la taxe carbone mais forte défiance (55 %) quant à une forme de fiscalité sur le diesel ou l’essence pour modifier les comportements. Bien entendu les questionnements les plus essentiels seront ignorés de ceux qui nous gouvernent : changer de mode de vie (moins consommer), introduire plus de régulation sur la publicité ou l’obsolescence programmée, nécessité de limiter l’empreinte de l’homme sur la nature.

Sur ce blog biosphere, nous avons dénoncé depuis le début cette mascarade de démocratie.

24 février 2019, Grand débat national, ce sera la grande désillusion

16 janvier 2019, Macron : le débat écolo a avorté avant de commencer

et dès le 9 janvier, nous envisagions les substituts à ce grand débat merdique, conférences de consensus et Chambre du futur :

Quelle démocratie pour une société écologisée ?

* LE MONDE du 9 avril 2019, L’exécutif tire les premiers enseignements du grand débat

Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

Pour les européennes 2019, toutes les listes sans exception font de l’écologisme. Le Rassemblement national a déjà son slogan écolo : « Priorité au local avant le global ». Emmanuel Macron se contente surtout de débaucher des têtes d’affiche , des cautions greenwashing comme le fut la nomination comme ministre de Nicolas Hulot avant les législatives 2017. Pour les européennes, il y a peu de temps ce fut la prise de Pascal Durand, ex-secrétaire national d’EELV. Aujourd’hui c’est Pascal Canfin, ex-membre d’EELV et ex-ministrealibi écolo de François Hollande. Il est propulsé numéro 2 de la liste « Nathalie Loiseau ». Il justifie naïvement son ralliement en assurant que l’écologie représentera le cœur du programme porté par la majorité aux européennes :

« Les échanges que j’ai eus depuis dix jours avec le président de la République sur ce sujet m’ont apporté les assurances nécessaires… Les personnalités au profil et aux compétences écologistes seront nombreuses à être en position éligible sur la liste… L’écologie sera l’axe majeur, premier et transversal du projet. Personne n’a, ne peut et ne doit avoir le monopole de l’écologie… Je suis passé par Europe Ecologie-Les Verts (EELV), mais il faut en complément que l’écologie gagne d’autres forces politiques ; j’appelle ça une addition… Il faut investir les lieux politiques où les décisions vont être prises. Les normes pour la construction automobile, la pollution de l’air, de l’eau, les pesticides ? C’est une codécision au Parlement européen. Sur tous les sujets écologiques, le Parlement européen est essentiel. Ce n’est pas pour rien que 80 % des règles environnementales que l’on applique en France viennent de l’Europe… Je n’ai pas de raison d’adhérer à LRM. Ce n’est pas la liste d’En Marche, c’est une liste qui porte un projet, et j’adhère à ce projet. »*

Rappelons à Canfin que le projet écolo d’Emmanuel Macron est la dernière roue de la charrette sous la dénomination « L’Europe du développement durable », cet oxymore toujours soumis aux diktats de l’économie : « Nous réformerons le marché carbone européen, en agissant par la fixation d’un prix plancher de la tonne de carbone. C’est la condition d’une transition énergétique efficace et équitable pour nos entreprises… Nous rendrons la politique agricole commune plus réactive en favorisant une agriculture plus respectueuse de l’environnement. » Rappelons aussi qu’un certain nombre de personnalités écolos de droite ou de gauche ont rejoint Macron… pour démontrer ensuite leur absence totale de poids politique, François de Rugy, Barbara Pompili, Corinne Lepage, Serge Lepeltier et même Daniel Cohn-Bendit ! Rappelons enfin à Canfin les tristes mésaventures de Nicolas Hulot qui était pourtant parti plein d’espoir en Macron : « Avec le président de la république, avec le premier ministre Edouard Philippe, avec les autres ministres, nous n’avons pas les mêmes parcours ; ils n’ont pas été nourris aux mêmes expériences que les miennes. Mais je croyais que la discussion sur des enjeux fondamentaux pourrait convaincre. Quand Édouard m’a confirmé mon entrée au gouvernement, on a passé un deal. Il savait nos différences de culture, je lui ai dit : « Si j’y vais c’est pour faire, car pour moi ce n’est pas une fin en soi d’être ministre. Je sais qu’on n’aura pas le grand soir demain matin. Mais je ne suis pas là pour ne faire que quelques mesures d’ajustement… A la veille du premier anniversaire de ma nomination le 16 Mai 2018, je manifeste ma lassitude, je perds quasiment tous mes arbitrages… Des noms pour mon remplacement circulent déjà, comme celui de Pascal Canfin. »** Le 28 août 2018, Nicolas démissionnait en condamnant la politique des petits pas au niveau environnemental. Aujourd’hui Pascal glorifie la politique des petits pas : « Un petit pas, puis un deuxième, un troisième, c’est ça qui nous fait marcher. » La république en marche avec Pascal Canfin au royaume des illusions.

* LE MONDE du 27 mars 2019, Pascal Canfin : « Emmanuel Macron m’a apporté les assurances nécessaires » pour les élections européennes

** « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », livre de Michel Sourrouille

Européennes, trois listes écolos en concurrence

La liste de Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) incarne le message écologiste par sa dénomination et son passé. Mais La France insoumise (Mélenchon), Benoît Hamon (Génération.s) et Raphaël Glucksmann (alliance entre le Parti socialiste et Place publique)se revendiquent aussi de l’écologie. Cerise sur le gâteau, une liste Waecher-Batho vient de se lancer dans l’arène. Une mère n’y retrouverait pas ses petits. Quelques remarques sur cette polyphonie inaudible :

« Urgence écologie » : Delphine Batho, Dominique Bourg et Antoine Waechter se lancent dans la course européenne. Ils défendent le «climat, le vivant animal et végétal, la santé, l’alimentation et tous les biens communs matériels et immatériels». Dominique Bourg, 65 ans, conduira la liste et Antoine Waechter, 70 ans, qui fut l’un des inventeurs de l’écologie «ni de droite ni de gauche» y figurera en bonne place. Delphine Batho estime que le combat écologique est «prioritaire» et que le «crash à court terme» est réel. Présidente de Génération écologie, elle prévient : «Parler de transition écologique en 2050 c’est obsolète, donc il faut une force et des idées nouvelles.» Pas question pour eux de discuter avec la «gauche» et les Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), «L’urgence ce n’est pas de sauver la gauche mais la planète». Mais difficile de voir dans cette candidature autre chose que la volonté de torpiller la liste de Jadot.

Liste citoyenne avec Raphaël Glucksmann en tête de liste en tandem avec Claire Nouvian. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, proposera à son conseil national de faire l’union avec Place publique et d’avaliser l’essayiste comme tête de liste. Leur colonne vertébrale sera l’écologie « parce qu’il est urgent de sauver la planète » car 2030, « c’est la bascule dans l’irréversibilité de la catastrophe climatique »… Olivier Faure a changé le logiciel du PS, en adoptant une ligne écologique, sociale et solidaire ; il veut une « renaissance » du PS. Les socialistes comprennent de plus en plus que la ligne de fracture passe désormais entre ceux qui croient à la catastrophe écologique et à la nécessité radicale de ne plus négocier avec la stabilité du climat et le vivant sur terre, et ceux qui n’y croient pas. Mais l’économiste Thomas Porcher a décidé de se désolidariser de cette liste. « Ce sera une liste d’apparatchiks, pas de citoyens », a regretté M. Porcher, laissant entendre qu’une association avec le PS était contraire à la promesse initiale du mouvement Place publique : mettre les citoyens « au cœur des institutions ».

Yannick Jadot (EELV) : « Nous ne pouvons pas nous résoudre au chaos… Je ne veux pas des unions de façade à Paris pour siéger à Strasbourg dans des groupes différents… Le clivage gauche-droite ne s’est pas posé la question du productivisme et de l’atteinte à l’environnement. Droite et gauche ont soutenu le nucléaire, ont combattu les énergies renouvelables, ont défendu les pesticides… L’écologie politique construit un nouvel espace, c’est la matrice qui redéfinit l’économie, le social et la démocratie… Le libéralisme participe de la montée des populismes. Le déni de la question environnementale, la compétition du tous contre tous, construisent la défiance, les colères, la haine et le national-populisme… Le choix est simple, c’est écologie ou barbarie. »

Biosphere. La montée en puissance de l’écologie politique comme seule alternative crédible aux populismes confirme l’analyse du livre de Michel Sourrouille « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » : En agrégeant toutes les crises à un niveau inouï, en combinant inégalités des richesses et pénurie des ressources, le drame écologique a une capacité de nuisance sans précédent : celle de nous ramener au pire de l’homme et de la barbarie. Face au désordre socio-économique croissant, la tentation d’un écofascisme va donc devenir omniprésente, préparée par la montée généralisée de l’extrême droite en France et ailleurs. Les différentes sortes de terrorisme amplifient d’ailleurs la militarisation de nos sociétés. On peut espérer qu’il en soit autrement car toute dictature, même exercée au nom du peuple ou de l’écologie, mène irrémédiablement au désastre : la manipulation des foules n’est jamais porteuse de bonnes nouvelles. La raison d’espérer, c’est que les citoyens ont pris les devants. Il se forme un peuple citoyen au niveau national et international. L’écologie politique ou l’art de bien gérer notre maison commune (la planète) va unir normalement au-delà des sensibilités partisanes. Car tout le monde est concerné par la pérennité des rapports entre l’homme et la nature. Encore faut-il en prendre conscience et savoir se rassembler

Un hymne à la violence des GJ dans LE MONDE

« Il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu » : récit d’une journée de violence parmi les « gilets jaunes » à Paris (LE MONDE du 18 mars 2019)… « La violence, un « mal nécessaire » pour les « Gilets jaunes » (LE MONDE du 19 mars 2019). Le MONDE donne la parole aux casseurs : « Ça fait dix-huit semaines qu’ils ne nous écoutent pas ! Les black blocs avant ils faisaient peur à tout le monde, maintenant on trouve que c’est un plus. C’est eux qui font avancer les choses, nous, on est trop pacifistes. » ; « On a pris conscience qu’il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu… » ; « C’est la violence d’Etat la première violence, celle qui donne la rage. » Etc. etc.

Mais il n’y a pas d’objectif à cette violence de la rue, déconnectée des finalités initiales du mouvement des « gilets jaunes ». C’est  un simple regroupement de professionnels de l’émeute, une forme d’addiction qu’on recherche pour l’adrénaline qu’elle génère, une mise en pratique des jeux vidéos qui imprègne tant de monde, une recherche de la médiatisation pour la médiatisation. Ce n’est qu’un épiphénomène auquel LE MONDE accorde trop d’importance. D’un autre côté les manifestations pour le climat de vendredi et samedi ne font pas le buzz, elles sont trop pacifiques ! La majorité des penseurs de l’écologisme pensent pourtant que l’usage de la violence est contre-productif. Voici trois analyses concordantes dans le mensuel « La décroissance »* :

Alain Refalo : Les deux mots « non violence » et « décroissance » sont des termes négatifs qui existent par ce à quoi ils s’opposent directement : la violence et la croissance. Ils permettent de nommer clairement la démarche de rupture engagée avec l’ordre établi, qu’il soit politique ou économique. Par contre la lutte par la violence renforce le système dominant, favorable à la croissance ; c’est enfermer notre avenir dans la violence destructrice là où il y a urgence de l’en délivrer. Le mot « non-violence, qui est la traduction par Gandhi du terme sanscrit ahimsa, signifie à l’origine la volonté de ne pas nuire aux êtres vivants. C’est la recherche d’harmonie, d’équilibre et de fraternité, et les moyens sont en cohérence avec la fin recherchée.

Serge Perrin : Ce n’est pas la violence, mais l’ensemble de la résistance sur la ZAD (zone à défendre) qui a permis de mettre en échec le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En instaurant un rapport de force, c’est la convergence des militants, d’agriculteurs et de politiques hostiles à cette infrastructure qui a permis cette victoire. Au contraire, les actions violentes viennent toujours légitimer la répression policière. C’est en se revendiquant de la lutte contre les actions violentes que Macron a pu vider la ZAD. « Casser du flic » ne fait rien avancer, bien au contraire. La culture de la violence machiste, bas du front, fait totalement partie de la culture capitaliste ; ce sont des personnes en adéquation avec la logique de la loi du plus fort qui en est le fruit. Beaucoup de gens qui se revendiquent de la violence ne connaissent d’ailleurs pas la non-violence. Le contraire de la non-violence n’est pas la violence, mais la passivité. Hannah Aredt précisait : « Il n’est pas nécessaire d’être méchant pour faire le mal, il suffit de ne rien dire… »

Jean-Baptiste Libouban : Quel plaisir ce serait de voir sauter la Bourse en quelques secondes. Allons-nous continuer à rêver ? Ne voyons-nous pas que les fins sont incluses dans les moyens ? Vouloir instaurer le respect de l’environnement par la violence, c’est faire le lit des partis extrémistes. La cohérence, c’est de commencer à construire aujourd’hui ce monde que nous voulons pour demain. La non-violence n’est pas le fait de doux rêveurs. C’est une stratégie de lutte qui a fait ses preuves en Inde (Gandhi), en Amérique (Martin Luther King), et chez nous. Si les paysans du Larzac avaient suivi la proposition des maoïstes de prendre les armes, ils auraient été vite réprimés. Si les faucheurs volontaires d’OGM peuvent multiplier leurs actions non-violentes, c’est parce qu’ils ont obtenu un soutien massif de la population. Revenons au présent. Tout le monde sait que nous allons droit dans le mur. Quand je discute avec n’importe qui dans le train ou ailleurs, les gens ont bien conscience que cette société se casse la figure. Mais regardons toutes ses pousses vertes qui se dressent dans les failles du béton. Tous les résistants, qui font des jardins partagés ou qui travaillent sur eux-mêmes pour changer leur regard et leur mode de vie. Le pire n’est pas certain.

* « La décroissance » de mars 2019 : Pourquoi la décroissance passe-t-elle par la non-violence ?

« L’anarchie ou le chaos » selon Philippe Godard

On ne peut pas être un bon anarchiste si on n’est pas d’abord un bon écologiste. Le livre de Philippe Godard « L’anarchie ou le chaos », approuve cette conception dans son chapitre « L’écologie la plus radicale qui soit ! ». Voici quelques extraits qui mêlent comme le reste du livre les analyses de l’auteur et des citations.

Les anarchistes sont contre toute domination, y compris celle des humains sur la nature. Nous devrions plutôt penser à aider notre environnement pour qu’il puisse survivre malgré notre présence. Il y a presque deux siècles, le géographe anarchiste Élisée Reclus (1830-1905) décrivait ainsi son sentiment de nature : « Les développements de l’humanité se lient de la manière la plus intime avec la nature environnante. Une harmonie secrète s’établit entre la terre et les peuples qu’elle nourrit, et quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, ils finissent toujours par s’en repentir. Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitent la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats ; puis quand la nature profanée par eux leur était devenu hostile, ils la prenaient en haine, et ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissent de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois. (Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes, 1866) »… Pour les anarchistes, la question de l’écologie n’est donc pas abstraite. Elle est avant tout politique. Cela implique de remettre en cause le prétendu progrès, l’industrialisation, y compris de l’agriculture, et nos modes de vie de consommateurs. Les anarchistes renversent la perspective traditionnelle. La nature est une authentique richesse, tandis que les villes et les mégapoles, souvent célébrées comme les symboles magistraux de la victoire du progrès et du travail sur la nature, sont synonymes de domination et de contrôle renforcé de leurs habitants. L’écologie la plus radicale rejoint ce qui fait la base de l’anarchie ; une politique de non-domination absolue.

D’après Philippe Godard, l’anarchisme se revendique plutôt de la non-violence que de la violence : La violence « révolutionnaire » et la violence d’État sont « les deux mâchoires d’un même piège à cons », selon les derniers mots du héros anarchiste du film de Claude Chabrol, Nada (1974). La cascade d’assassinats politiques ne déboucha jamais sur un élargissement politique de la révolte. Un article du périodique anarchiste Le Révolté démonte, dès les années 1980, cette logique impossible qui oublie la nécessité d’une propagande continue et fondée sur la raison plutôt que sur l’émotion. Selon Malatesta, « L’édification d’une société d’être libres ne peut être que l’effet de leur libre évolution ». La non-violence est-elle efficace ? Les non-violents répondront que les révolutions violentes ont toutes débouché sur des régimes plus ou moins dictatoriaux. Mais si Gandhi affirmait que la non-violence était infiniment préférable à la violence, il soulignait également que la violence était infiniment préférable à la lâcheté. Le principal débat ne se situerait pas tant entre violence et non-violence qu’entre action et passivité. Que le débat entre violence et non-violence reste ouvert n’a donc rien de surprenant : aller vers l’émancipation dans une société comme la nôtre qui s’éloigne de la démocratie ne simplifie pas les réflexions des anarchistes…

Les thèmes du livre : La liberté, Le pouvoir, Le vote, L’individu, Le collectif, La révolution, La violence, La non-violence, L’argent, La consommation, L’écologie, L’éducation, L’abolition des frontières, La science, La folie, L’illégalité.

(éditions calicot, novembre 2018, 226 pages pour 10 euros)

Contre le secret des affaires, quelle législation ?

La transparence de l’information devrait être la règle dans tous les domaines. Mais il faut pour cela combattre le pouvoir de nuisance des lobbies industriel et la capacité des entreprises à étouffer la libre parole de leurs membres.

1er cas juridique : Les études confidentielles sur la toxicité du glyphosate doivent être rendues publiques. Ce jugement rendu par le tribunal de l’Union européenne (UE) jeudi 7 mars à Luxembourg marque une étape importante dans la transparence européenne. L’EFSA avait justifié son refus d’accès partiel aux études scientifiques en arguant que « la divulgation de ces informations pourrait porter sérieusement atteinte aux intérêts commerciaux et financiers des entreprises ». En annulant une décision de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le tribunal a confirmé que « l’intérêt du public à accéder aux informations » en matière d’environnement était supérieur aux intérêts commerciaux. Le tribunal cite le règlement d’Aarhus sur l’accès à l’information en matière d’environnement. Cette convention (signée en 1998) impose la transparence sur les « émissions de polluants dans l’environnement » – un terme se rapportant autant aux émissions des véhicules qu’aux pesticides. (LE MONDE du 10-11 mars 2019, Glyphosate : la justice européenne impose la transparence)

2ème cas juridique : Une directive européenne sur la protection des lanceurs d’alerte devrait être adoptée malgré les réticences de la France. Les lanceurs d’alerte (« whistleblowers » en anglais), ce sont ces personnes qui, au sein d’une entreprise ou d’une administration, détiennent des informations concernant des activités illicites – corruption, fraude… – ou d’autres actes répréhensibles pouvant « causer un préjudice grave à l’intérêt public ». Les organisations mises en cause étant très souvent leurs employeurs, ces personnes s’exposent à de graves conséquences s’ils décident de les révéler. Les eurodéputés ont considéré qu’il appartenait au lanceur d’alerte de choisir la voie la plus appropriée pour ses révélations. Mais la France a souhaité rendre obligatoire le signalement en interne !!! En d’autres termes, la condition sine qua non pour pouvoir bénéficier du statut protecteur de lanceur d’alerte, serait d’avoir d’abord prévenu… les responsables des actes répréhensibles. Un non-sens…(LE MONDE du 10-11 mars 2019, L’Europe veut protéger les lanceurs d’alerte). Aucun secret en matière de choses publiques ne devrait exister dans une démocratie où citoyens et élus ne peuvent prendre les bonnes décisions qu’en toute connaissance de cause. Il ne devrait n’y avoir ni secret d’État, ni secret des affaires. Il y a un intérêt public à savoir comment agit le pouvoir et ce que l’on y fait en notre nom. Le gouvernement Macron s’aligne sur la position de la Fédération des associations patronales européennes, BusinessEurope. Il privilégie le pouvoir absolu des entreprises, il méprise le peuple.

Lire aussi sur ce blog biosphere :

Manning, Assange, Snowden, oui à la transparence totale

extraits : De notre point de vue, les citoyens doivent être considérés comme des personnes responsables à qui on peut et on doit tout dire. Nous ne pouvons pas construire un avenir durable (donc écolo) dans l’ombre des cabinets ministériels… Les lanceurs d’alerte, contre le secret d’État, contre le nucléaire, contre les OGM, contre les nanotechnologies, etc., renforcent la démocratie…

WikiLeaks, d’intérêt public

extraits : On accède à une qualité spéciale de compréhension lorsqu’on dispose d’un large éventail de sources, mais l’historien doit patienter vingt ou trente ans avant de pouvoir accéder aux archives diplomatiques. Avec WikiLeaks, c’est le rêve de l’historien et le cauchemar du diplomate…

Souffrance animale, un secret industriel qui fait mal

extraits :  Une douzaine d’Etats américains ont proposé ou adopté récemment des lois criminalisant la dénonciation de la cruauté dans les élevages et abattoirs. La plupart de ces projets de loi punissent non seulement les militants qui prennent des photos et des films, mais aussi les médias et les organisations de défense des droits des animaux qui diffusent les documents. Selon les représentants des firmes d’élevage, « ces tournages nuisent à la réputation de la filière »…