politique

Une démocratie véritable par tirage au sort

Il est possible d’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes à un niveau national, c’est ce que démontre la convention citoyenne pour le climat. Le recours à des panels de citoyens désignés par le hasard fait un retour significatif dans les démocraties libérales. Cette démarche rompt avec une théorie politique fondée sur l’élection comme mode de désignation légitime des représentants. Elle s’inscrit dans une ancienne tradition. Au IVe siècle avant J.-C.  était selon la formule d’Aristote « considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu’elles soient électives ». Dans un contexte marqué par la professionnalisation du politique et une crise de défiance envers les élus, le recours au sort présente une rupture. La compétence collective d’un groupe repose moins sur les aptitudes personnelles de ses membres que sur leur diversité cognitive ; une assemblée tirée au sort a plus de chances de produire des décisions justes et intelligentes qu’une assemblée élue. On s’y expose à la diversité et on se débarrasse des logiques partisanes, des lignes fixes, ce qui amène à évoluer dans ses opinions. Le temps de la délibération amène à réfléchir collectivement pour produire du consensus. Reste la question qui tue, posée par Claire Legros dans LE MONDE : « Puisque les participants ne sont pas élus, au nom de qui parlent-ils ? »

Soulignons d’abord qu’un élu ne représente qu’une fraction du peuple, il n’a pas une véritable légitimité. C’est d’autant plus vrai que ses votes décisionnels sont personnels, en fait il ne représente que lui-même, soumis non seulement à ses préjugés mais aussi aux diktats du parti qui l’a fait élire et aux lobbies qui tournent autour de lui. Par contre un citoyen ordinaire désigné par tirage au sort se fait une opinion au contact collectif d’experts de différents horizons, une convention citoyenne est d’abord un processus d’apprentissage. L’objectif est d’arriver à définir le bien commun, pas de se soumettre à un programme politique préexistant défini unilatéralement par un leader. La démocratie ne sera réalisée que si les citoyens ne délibèrent pas au nom d’intérêts particuliers, mais au nom des acteurs absents, les générations futures et les autres espèces vivantes, tous ceux qui ne participent pas à nos procédures « démocratiques » actuelles mais qui sont pourtant concernées au premier chef par nos décisions présentes. Malheureusement cet idéal de délibération démocratique se heurte aux pesanteurs de la démocratie élective. La représentation issue des urnes veut avoir le dernier mot. En Islande, le projet de nouvelle constitution élaboré en 2011 par une assemblée citoyenne a été remisé aux oubliettes par le Parlement. Les recommandations du G1000, vaste panel organisé pour repenser le système politique belge, n’ont pas été suivies d’effets. Et la démocratie référendaire fait aussi preuve de son incompétence ; en Colombie- Britannique, les propositions de 150 citoyens réunis pendant près d’un an ont été rejetées par référendum. En France, si les recommandations de la convention pour le climat ne sont pas mises en application, les citoyens n’auront aucun recours juridique : les suites à donner dépendent de la seule volonté du président Macron.

La solution d’avenir serait d’utiliser le hasard pour compléter, si ce n’est remplacer, le processus électoral. La réforme constitutionnelle de 2018, reportée à deux reprises, prévoyait en France de transformer la troisième chambre consultative, l’actuel CESE, en « Conseil de la participation citoyenne », avec la capacité de réunir notamment des conventions de citoyens tirés au sort. A défaut de réforme officielle, le CESE invite depuis deux ans des participants tirés au sort à travailler aux côtés de ses membres officiels. La démarche que nous poursuivons sur ce blog biosphere depuis des années consiste à vouloir remplacer complètement, dans un système de démocratie de masse, le cirque électoral par le tirage au sort généralisé, cf nos articles antérieurs :

15 mars 2016, Le tirage au sort peut remplacer les procédures électives

extrait : Les fondateurs des républiques modernes souhaitaient une sorte d’aristocratie élective, laquelle ne pouvait pas provenir du tirage au sort, et ils voulaient que soit légitimée sans conteste l’autorité politique grâce au vote formel des citoyens. Cette justification de l’oligarchie élue témoigne d’un mépris certain pour les capacités du peuple…

15 mai 2016, Pour le tirage au sort des députés et sénateurs

extrait : Il serait bon que soit généralisé le tirage au sort parmi les différents candidats à un poste de responsabilité. Tout conflit interpersonnel et/ou clanique serait ainsi évité. Avec ce système, il serait impossible de devenir permanent du parti et très difficile de cumuler les mandats…

26 août 2016, Votons pour des députés désignés par tirage au sort

extrait : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie », résumait Montesquieu. A l’époque de Périclès, son usage concernait la grande majorité des magistratures. C‘est une nécessité aujourd’hui face à la professionnalisation de la politique, l’homogénéité sociale des élus, l’absence de rotation des mandats. Dans des démocraties minées par la médiocrité des campagnes électorales, le tirage au sort présente une précieuse vertu : alors que l’élection suscite passions et divisions, le tirage au sort assure le sérieux et la neutralité des débats. L’attention pour le bien commun se renforce car les citoyens tirés au sort ont un atout majeur : la liberté. Ils n’ont pas à combattre pour se faire élire ou réélire. Un livre paru début juillet 2016, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », envisage cette idée de faire de la politique autrement…

3 janvier 2017, Biosphere-Info comment faire de la politique autrement ?

Extrait : Comment envisager des procédures démocratiques pour faire de la politique autrement. Yannick Jadot, présidentiable écolo pour 2017, définit trois possibilités : « Instaurons des votations citoyennes, des conférences de consensus et des assemblées citoyennes tirées au sort. » . Analysons ces trois procédures…

21 mars 2017, Allons bien au-delà de la démocratie représentative

extrait : En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, on a souvent oublié cela. L’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent…

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

extrait : Le nombre de personnes pour représenter le peuple en réflexion est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Une Conférence de consensus avec une vingtaine de participants suffit. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui…

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

extrait : Emmanuel Macron annonçait le 25 avril 2019, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. 150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale »…

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

extrait : Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus…

Connaître Yannick Jadot, présidentiable 2022

Yannick Jadot en tête lors de la présidentielle 2022 ? Un écolo institutionnellement crédible ? Avec quel discours ? « Se réconcilier avec l’avenir, c’est se réconcilier avec la nature » ; « Le combat écologique, c’est la défense du beau de l’humanité » ; « Si vous voulez être ministre, ça s’organise, vous appelez machin… Je n’ai jamais fait ça. »

Mais qu’est-ce qui se niche vraiment dans la tête de Jadot, LA cause écolo ou SA cause perso ? Jérôme Gleyzes n’est pas jadotiste : « Les médias considèrent que Yannick est l’interlocuteur officiel du parti, mais il n’est même pas membre du conseil fédéral ! Il n’est qu’une construction spectaculaire. Ce qui m’intéresse, c’est d’imposer l’écologie, pas de construire sa carrière. » En 2005, Francine Bavay membre des Verts. « J’ai immédiatement diagnostiqué chez Jadot une ambition démesurée. Autant pour la transformation de l’écosystème que pour lui. » En 2007, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie : « Le Grenelle de l’environnement, c’était très technique et Yannick était ultra-ultra-présent. Il bossait, il bossait. Très pointu, acharné, méticuleux, d’une grande précision technique. » En 2011 Dominique Voynet accueille Yannick Jadot au siège des Verts : « Salut, gros connard… Pardon, sale enculé de ta race. Je me demande ce qui me retient de te casser la gueule. » ; Jadot vient de lâcher sur un coup de tweet la campagne présidentielle d’Eva Joly, candidature dont il était pourtant le promoteur ­originel .

Lors de la présidentielle de 2017 Yannick passe également du zig au zag en un temps record : 1) Jadot participe au projet avorté de grande primaire de la gauche ; 2) Jadot est investi candidat des Verts à la présidentielle 3) Jadot se désiste de son propre chef au profit de Benoît Hamon, le candidat du PS. Maintenant il travaille sa présidentialisation 2022 avec l’énarque Pascal Brice, l’économiste Daniel Cohen ou le patron de Danone Emmanuel Faber, celui d’Orange Stéphane Richard ou encore celui de Veolia Antoine Frérot. Que du beau monde, pas particulièrement connu pour sa fibre écolo ! L’écologie n’en finit plus de devenir cause nationale, tout est aligné pour l’avènement du moment vert, c’est même un mystère de la nature qu’un écolo ne soit pas déjà président. Mais la vie politicienne n’est qu’attente d’un monde meilleur… depuis des milliers d’années. Pour en savoir plus sur Jadot grâce à notre blog biosphere :

bibliographie : Climat, la guerre de l’ombre (Yannick Jadot)

articles 10 mai 2020, Post-covid, qui sera président en 2022 ?

7 juin 2019, Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

15 novembre 2018, Yannick JADOT : « La taxe carbone est utile SI… »

24 février 2017, Yannick Jadot veut dissoudre EELV dans le PS

21 février 2017, Yannick, votons pour une écologie autonome et libre

14 janvier 2017, B.Hamon et Y.Jadot, pour quel revenu d’existence ?

8 février 2017, Pourtant Yannick Jadot mange des tomates en hiver !

12 janvier 2017, Yannick Jadot, « un programme écologiquement pur »

7 janvier 2017, Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde

22 décembre 2016, Quel espace politique pour le candidat Yannick Jadot ?

12 décembre 2016, Yannick JADOT, le présidentiable qui monte, qui monte

5 décembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable meilleur que Mélenchon

17 novembre 2016, Ni Juppé, ni Valls/ Macron, ni Mélenchon, Jadot !

8 novembre 2016, Un candidat écolo à la présidentielle 2017, Yannick Jadot

26 septembre 2016, Yannick JADOT, en course pour la présidentielle 2017

21 septembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable qui mérite d’être connu

19 septembre 2016, Yannick JADOT, un présidentiable de la relocalisation

du point de vue des écolos, quelle écologie ?

Thèse :« Le problème, c’est qu’il y a deux courants très opposés dans la famille écolo. Le courant qui voit dans l’écologie une sorte de perfection comme les communistes. Et un courant  qui est celui de l’ajustement permanent. » 

Commentaire de biosphere : D’accord pour l’opposition entre deux courants, le manichéisme simplifie la pensée, mais il faut préciser davantage pour éviter la caricature. D’un côté ce n’est pas l’écologie bisounours (une forme de messianisme utopique) et de l’autre l’écologie pragmatique (l’ajustement permanent comme on l’aime). C’est beaucoup plus compliqué que ça. D’un côté il y a l’écologie de rupture avec la société thermo-industrielle, et ça c’est très dur car toutes nos structures productives et de consommation sont faites pour promouvoir la société croissanciste. Il faut donc résister avec des efforts conséquents dans son comportement individuel (simplicité volontaire) et prendre des décisions politiques drastiques (taxe carbone, reconversion des secteurs polluants, abandon de l’automobile et de l’avion…). Nos adversaires anti-écolos parlent à ce propos d’écologie « punitive » alors qu’il s’agit d’une position réaliste, combattre le réchauffement climatique et éviter l’épuisement trop rapide des ressources fossiles. De l’autre il y a une écologie superficielle faisant croire qu’il peut y avoir un développement durable, une croissance verte, des moteurs propres, des avions de ligne qui vont voler avec des énergies renouvelables, des villes intelligentes (smart city), et l’abondance pour tous. C’est une vision idéalisée de l’avenir faisant croire qu’on peut continuer à vivre comme on le fait aujourd’hui quand on appartient à la classe globale (celle qui possède une voiture individuelle), il suffirait de s’inscrire sur un site de « compensation carbone » quand on prend l’avion pour être lavé de tous ses péchés.

Si vous avez bien compris ce message, il faut inverser les conceptions habituelles. L’écologie superficielle est en fait une vision idyllique complètement fausse car elle oublie sciemment les contraintes biophysiques en faisant une confiance aveugle aux progrès techniques qui ont pourtant amplement démontré qu’ils accroissent nos dysfonctionnements socio-économiques plutôt que les résoudre. Par contre l’écologie de rupture est réaliste, elle nous projette dans le long terme et demande des changements structurels qui se feront en termes de pertes d’emplois d’un côté et création de l’autre : nous aurons dans l’avenir beaucoup d’artisans et de paysans et beaucoup moins d’ingénieurs et d’industrie agro-alimentaire. En termes politiques, cette distinction de fond est occultée par une opposition factice aux congrès des Verts. D’un côté un courant minoritaire qui représente historiquement cette écologie radicale que la biosphère appelle de ses vœux et qui s’était concrétisée dans des motions d’orientation (Avenir Ecolo, Objectif Terre, Pôle écologique…). De l’autre un courant qui s’était acoquiné au parti socialiste depuis 1997 pour avoir des places d’élus (la firme, disait-on) et qui ne pouvait que soutenir une écologie superficielle. Le compromis était plutôt une compromission. Cette période néfaste semble dépassée ; l’idée écologique selon laquelle il nous faut changer radicalement vu les perturbations diverses progresse dans l’opinion publique grâce aux révélations des médias, d’où des scores aux élections qui décollent sur la seule force de l’étiquette « écolo ».

C’est pourquoi l’analyse de Nicolas Hulot selon laquelle il faut rassembler les militants de tous bords avec la méthode « qui aime l’écologie nous suive » paraît essentielle. L’unité globale est conservée au-delà de la nécessaire diversité, un milieu résilient repose sur la biodiversité. Bien entendu dans le détail il y a et il y aura beaucoup de différences de conception entre les politiques à mettre en œuvre. Un seul exemple, les confrontations sur les lignes aérienne de courte distance. Faut-il conserver ces vols, les réduire, les supprimer ? Peut-on faire confiance aux carburants « alternatifs », un peu, beaucoup, abondamment, pas du tout ? Qu’est-ce qui compte le plus, l’emploi, l’attractivité d’une ville ou le réchauffement climatique ? Toutes les nuances du Vert vont s’exprimer, même au sein du parti vert. Sur cette question aérienne, leur tête de file Yannick Jadot ne sait plus à quelle écologie se fier… De son coté l’écologie de rupture tranche, un jour ou l’autre il n’y aura plus d’avions dans les airs par absence de kérosène, autant s’y préparer le plus rapidement possible.

DéCONfinement, le point de vue des écolos

Globalement nous défendons l’idée qu’il faut sortir du culte de la croissance. Si on veut respecter l’Accord de Paris, il faudrait que la baisse annuelle du rejet de gaz à effet de serre soit celle qui a eu lieu pendant le confinement. Cela donne une idée de l’effort qu’il faudrait réaliser et du changement de modèle qu’il faudrait imposer pour atteindre les objectifs climatiques minimaux. Mais ce qu’on a connu pendant le confinement, ce n’est pas un contre-modèle de développement, c’est ce qui va se passer si on perpétue la société thermo-industrielle qui va générer de plus en plus de chocs économiques. Il ne faut pas confondre récession économique et a-croissance. C’est la même différence qu’entre le chômage et la réduction du temps de travail. Dans un cas, c’est subi, cela crée donc du désordre et des inégalités, dans l’autre, c’est organisé par la collectivité et cela crée des emplois. Pour rétablir un équilibre au niveau de la biosphère, plus on s’y prend tard, plus la pente sera raide. La crise plaide pour des mesures radicales.

Avant même le Covid, les études se multipliaient sur le changement climatique, l’extinction des espèces, l’explosion des inégalités sociales, l’épuisement des matières premières et les conflits que ça provoque… Le Covid est une raison supplémentaire qui nous dit qu’il faut changer de civilisation. Mais regardez en 2008 : l’Europe avait apporté 3 000 milliards d’euros pour répondre à la crise. Cet argent a servi à la refinanciarisation de l’économie et à la reprise à la hausse des gaz à effets de serre. Business as usual ! Ce qui reste de la social-démocratie aura certes plutôt vocation à gouverner avec l’écologie. Mais attention : on sent une tentation régressive de retour à une social-démocratie « originelle » avant qu’elle vire social-libérale. Le sujet des écologistes n’est pas de réinventer la gauche ou de rassembler la gauche. On confond les moyens et la fin. Il faut un nouvel imaginaire politique écologiste, et non pas une resucée de la Gauche plurielle. Les dialogues entre les partis, les boucles zoom, les textes communs, cela traduit plus un moment de décomposition politique que de recomposition…

La révolution écologique ne peut pas être un projet consensuel dans le sens où il remet en question l’ordre actuel du monde et ceux qui en bénéficient. C’est un projet radical dans le sens où il retourne à la racine des problèmes. Le changement de modèle économique par l’écologie passe par l’arrêt du modèle productiviste, et donc, capitaliste. Il n’en demeure pas moins que les anticapitalistes de gauche, tout comme la gauche qui ne se dit pas anticapitaliste d’ailleurs, ne sont pas anti productivistes, et qu’ils ont contribué à faire courir la planète à sa perte… La radicalité qui m’intéresse, c’est celle qui nous fait passer d’un projet politique de partage de l’abondance (émancipation par le « pouvoir d’achat »), qui constitue une promesse intenable, à un imaginaire de sobriété juste. Transition écologique et justice sociale sont indissociables. ..

(Résumé d’un discours de David Cormand, ex secrétaire national d’EELV, sur mediapart)

Financer la bagnole ou marcher à pied ?

L’auto, ça tue, ça pollue et ça rend con. La preuve, c’est le gouvernement français qui donne quelque 8 milliards pour un secteur automobile employant 900 000 personnes en France, en perdition depuis l’émergence du Covid-19. Les uns seront pour, les autre contre, l’écologie ne peut que prôner le dévoiturage.

Thèse : un communiqué de presse d’EELV « appelle Renault à prendre l’engagement, en échange de l’aide de l’État, de ne fermer aucun site, de ne pas procéder à des licenciements » Qu’un parti social-démocratique mette l’emploi en premier se comprend, qu’un parti écolo dise de même paraît incongru. Nous aurions mieux fait de rappeler que la voie du plus lourd que l’air et l’ère de la voiture individuelle est vouée à la disparition complète par raréfaction des ressources fossiles et pollutions diverses. Au niveau pragmatique, il faut insister sur le fait que la disparition de certains emplois néfastes  est inéluctable, il ne faut donc pas subventionner les secteurs thermiques mais financer les moyens de la reconversion.

Antithèse : « C’est quand même incroyable d’entendre dire que les écolos ne doivent pas se préoccuper de l’emploi quand on a 4 sites de Renault qui risquent de fermer avec ses milliers d’emplois à la clé… Bien sûr qu’il faut penser à la reconversion industrielle mais ça c’est pour le moyen terme, à court terme il faut éviter que les emplois partent en Chine » dixit un porte -parole d’EELV.

Synthèse : Notre système médiatique et politique soutient les grandes entreprises et pas du tout les petites. A peine 30 % des autoentrepreneurs ferment boutique, qui en parle ? L’industrialisation de l’agriculture a imposé sans indemnisation des reconversions forcées à une très grande partie des paysans, qui en parlait ? Et il faudrait maintenant soutenir les travailleurs de Renault ou Air France en conservant des entreprises néfastes à la soutenabilité de notre environnement ? Voici quelques pistes de réflexion :

– la question sociale. Un parti écologique doit être clair sur la question sociale : on aide les travailleurs à supporter le choc d’une reconversion, on ne soutient pas des entreprises qui doivent disparaître. Je rappelle que c’est sans état d’âme qu’on a fermé les mines de charbon en Angleterre ou en France, cela paraissait inéluctable. De même la fermeture de toutes les entreprises basées sur les ressources fossiles devrait être présentée comme inéluctable. Un parti qui se veut « écologiste » doit affirmer la disparition programmée des secteurs d’activité carbonés. Qu’un militant écolo veuille défendre le court-termisme de l’emploi au détriment du sort des générations futures est une injure faite au rapport sur les limites de la croissance de 1972, à René Dumont notre candidat à la présidentielle 1974, et à toutes les études scientifiques qui nous indiquent que nous allons au désastre.

– la question écologique. Le « business as usual » nous amène trop rapidement vers un monde qui connaîtra non seulement la fournaise climatique, mais aussi le choc pétrolier ultime auprès duquel l’épisode du coronavirus ou même la crise de 1929 paraîtront de courtes parenthèses. L’écologie politique, c’est la gestion du long terme. Elle doit son existence à la détérioration des conditions de vie sur terre et indique un avenir possible face au désastre provoqué par la société thermo-industrielle. Il faut indiquer au corps électoral que la nécessaire transition écologique ne sera pas facile, que ce sera même très dur ; mais ce n’est pas être punitif qu’être réaliste. Il faut indiquer médiatiquement que le chantage à l’emploi fait par tous les anti-écolos retarde la transition écologique. Plus le temps passe sans rien faire ou presque, plus la « transition » deviendra un effondrement non maîtrisable de façon humaine. Nier les contraintes biophysiques fera à terme, et fait déjà le jeu des populistes qui inventent des boucs émissaires symboliques pour prendre et/ou garder le pouvoir.

L’aviation au banc des accusés, coupable !

L’avion a commis des crimes sans nombre, émissions de gaz à effet de serre, complicité de permettre d’aller plus loin, plus vite, plus souvent, épuisement des ressources fossiles par gaspillage du kérosène, destruction des communautés locales en permettant le tourisme de masse. Aucunes circonstances atténuantes ! Coupable, condamné à la peine capitale, les avions cloués au sol, définitivement. C’est le verdict d’une écologie de rupture avec le système thermo-industriel. Ce n’est pas l’avis prédominant. Malheureusement nous continuerons à faire fausse route par la voie des airs. Le monde d’après sera similaire au monde d’avant… en pire. Un plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale ». Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire n’a pas hésité sur les mots ni sur les moyens pour soutenir Air France qui va recevoir une enveloppe de 7 milliards d’euros. Alors que les Verts sont au gouvernement en Suède, la SAS (Scandinavian Airlines) recevra des aides de l’État sans aucune condition. Les écologistes font partie de la coalition en Autriche et n’ont toujours rien imposé sur le sujet aérien. Nulle part les écologistes au pouvoir n’ont encore su concilier exigences sociales et environnementales. Même pas quand ils sont dans l’opposition.

Dimanche 26 avril sur BFMTV, le député européen EELV, Yannick Jadot, s’est dit favorable au « sauvetage d’Air France ». Le gouvernement impose à Air France une condition environnementale pour être refinancé : réduire les vols intérieurs. Une condition, en réalité, pas très impressionnante mais qui a le mérite de montrer ce que doit être le transport de demain. Yannick Jadot, au micro de France Inter, n’a pas su être précis quand on lui a demandé ce qu’il aurait fait, lui, pour sauver Air France. Il a même défendu François Bayrou qui proteste contre la réduction des liaisons aériennes Paris/Pau. Par pragmatisme de compromission, les écologistes se retrouveraient alignés sur le gouvernement. Allez comprendre ! La CGT réclame un « plan Marshall de 10 milliards d’euros pour l’aéronautique ». Le PDG de Dassault Aviation réclame une « prime à la casse » pour l’achat d’avions « moins polluants ». Air France va écarter ses vieux A340, A319 et A318, pour recevoir, à la place, des Airbus A320neo et des A350. Patronat, syndicats, même combat, la protection de l’emploi rejoint la dynamique des profits. Tous les notables soutiennent la ligne Paris-Bordeaux, le maire de Mérignac où se trouve l’aéroport, le maire de Bordeaux, le président de la métropole et le président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Les collectivités rappellent que « l’aéroport s’est doté d’un plan d’orientation stratégique volontariste en termes de lutte contre les nuisances sonores et visant à la neutralité carbone, devenant ainsi un équipement éco-responsable ». Le Conseil Régional de la Nouvelle-Aquitaine « est engagé dans la mise en oeuvre d’une feuille de route stratégique aéronautique prévoyant le recours accru aux carburants alternatifs et le soutien à la filière hybride électrique ». Mais les spécialistes pointent que ni les biocarburants comme alternative au kérosène, ni les batteries électriques ne seront capables de faire face au défi climatique posé par l’envol du trafic. L’écoblanchiment sévit, les offres de « vols Paris-Bordeaux » pas cher se multiplient aujourd’hui !!  Avez-vous oublié que l’aéronautique a été à l’origine même de la propagation de la pandémie ? » interroge la Sepanso qui milite « pour le rétablissement des trains de nuits, alternative à l’avion, qui satisfaisait tant de passagers, par exemple ceux de Tarbes, Pau, Irun… »

La position de l’écologie politique est incompréhensible sans message et messagers assez affirmés pour tracer un chemin pas forcément populaire au premier abord. C’est pourtant le moment d’être limpide et d’avoir un propos qui tranche. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) recommande de conditionner l’octroi d’aides publiques à « l’adoption explicite de plans d’investissement, avec mesures de vérification, et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas carbone ». Par exemple, toute aide au secteur aérien doit être conditionnée à la mise en place d’un plan précis pour atteindre la neutralité carbone. « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte, mais d’ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion, prévient la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC. Des aides (formation, reconversion) aux travailleurs des secteurs très émetteurs peuvent parfois être préférées à une aide sectorielle. » Les ministres de l’économie, Bruno Le Maire, et de l’écologie Elisabeth Borne, ont confirmé que le plan d’aide de 7 milliards d’euros accordé à Air France serait conditionné à des critères écologiques, dont « la fermeture de lignes aériennes intérieures », SAUF pour les liaisons vers des hub, et A CONDITION qu’existe une « alternative en train durant moins de 2h30 ». Condition contre condition, autant dire qu’on ne va rien faire politiquement contre l’aviation. Seule source de satisfaction, venant des spéculateurs. Warren Buffett, patron du groupe Berkshire Hathaway, a annoncé le 2 mai 2020, lors de son assemblée générale des actionnaires, qu’il avait vendu toutes ses actions dans les compagnies aériennes américaines, pour un total de 6 milliards de dollars. « L’aérien, je pense que cela a changé fondamentalement », a-t-il expliqué : « Même si le trafic revenait à 70 % de sa capacité dans les prochaines années, il y aurait quand même une énorme surcapacité d’avions. »

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

30 janvier 2020, CLIMAT, l’illusoire compensation carbone

Air France annonce que, dès janvier 2020, elle compenserait les émissions de CO2 de ses quelque « 450 vols intérieurs » quotidiens en finançant des projets de « plantations d’arbres, de protection des forêts, de transition énergétique »… La forêt devient un alibi qui fait passer au second plan la priorité numéro un, c’est-à-dire la décarbonation de pans entiers de l’économie…

27 juin 2019, Pour l’avion tous bords confondus

Tribune signée par plusieurs sénateurs et députés de gauche, du Centre, de droite et macronistes, « Arrêtez de taper sur l’avion » . L’alliance de l’ancien monde économico-politique contre l’urgence écologique !…

21 juin 2019, Mettre à terre le lobby aérien

Nous avons reçu une déclaration écœurante du GIFAS. Créé en 1908, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales ose dire que « Le secteur aérien français est mobilisé en faveur de la lutte contre le changement climatique »…

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques)…

7 avril 2019, Faire « tourisme et découvertes » sans prendre l’avion

Les experts semblent penser que la sagesse qu’ils répandent sur la Terre depuis leur siège en première classe à 10 000 mètres d’altitude est si importante qu’elle pèse plus lourd dans la balance que leurs propres émissions de gaz à effet de serre…

7 avril 2019 / 4 commentaires / effet de serre / Par biosphere

Il en est des savants comme des touristes aux antipodes et tant de commerciaux, l’avion est à la mode. No Fly Climate Sci, Hypocrites in the Air ou Labos1.5 en France, des collectifs de chercheurs visent à limiter les déplacements aériens académiques.

26 février 2019, Prenez l’avion, c’est bon pour nos générations futures

Celui qui se prive de voyages au long cours vers des destinations paradisiaques pour montrer l’exemple d’un comportement écologique sans faille ne fait que retarder l’échéance fatale. Son sacrifice offre aux avionneurs invétérés un répit avant d’arriver aux limites biophysiques de la planète : le kérosène qu’il économise, c’est autant de plus à la disposition des destructeurs.

8 octobre 2016, Compensation carbone, l’hypocrisie de l’aviation civile

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) instaure un mécanisme mondial de compensation des émissions de gaz à effet de serre*. Victoire ? Que nenni ! C’est un leurre, du greenwashing (écoblanchiment). Il s’agit d’achat de crédits carbone par les compagnies aériennes auprès d’autres secteurs via une Bourse d’échanges…

13 mai 2016, Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

Le transport aérien bénéficie d’un régime d’exception en étant le seul secteur dont le carburant est exonéré de toute taxe au niveau international. Pourtant, il pèse 3 % des émissions carbone mondiales. Ce chiffre n’est pas à négliger : si le secteur aérien était un pays, il serait le 7e pays le plus pollueur en termes d’émissions. Quand le kérosène sera taxé, les compagnies aériennes feront faillite…

23 juillet 2015, Pour ne pas changer le climat, ne pas prendre l’avion

la seule énergie utilisable pour les déplacements humains doit résulter des énergies renouvelables. On ne peut recouvrir la terre toute entière d’arbres. Le système de compensation d’un voyage en avion (détruire à un endroit, acheter une indulgence par ailleurs) a ses limites…

21 octobre 2014, Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué

Tombé dans le baril en 1974, au moment du premier choc pétrolier, Margerie pense que le brut est « la plus belle des sources d’énergie ». La maison brûle ? s’exclamait Chirac à un sommet de la Terre. Haussement d’épaules de Margerie : « Je suis foncièrement optimiste et je ne suis pas inquiet pour l’avenir. »…

25 novembre 2013, tout accord fait grâce à l’avion n’est pas un bon accord

Congressistes, restez chez vous ! Vous ne servez à rien. L’accord 2013 sur le climat est adopté à Varsovie… pour rien. On se reverra l’an prochain pour une autre « conférence d’étape, on prendra l’avion et on étudiera les modalités de la prochaine conférence. Le chef de la délégation sriklankaise à Varsovie met le doigt où ça fait mal : « Nous continuerons à essayer de nous mettre d’accord chaque année en contribuant toujours plus aux émissions de CO2 par nos voyages en avion. »…

8 octobre 2010, trop de touristes prennent l’avion

Aujourd’hui nous ne parlerons pas du tourisme par avion qui profite d’un kérosène détaxé pour abîmer des contrées lointaines et détériorer le climat. Aujourd’hui nous ne parlerons pas du tourisme du troisième âge qui multiplie les « long-séjouristes » puisqu’ils ont tout le temps…

19 avril 2010, des avions cloués au sol, la bonne affaire !

Un petit volcan qui se réveille et c’est une grande partie de l’espace aérien européen qui reste fermé plusieurs jours (LeMonde du 18-19 avril 2010). Pour nous, cela serait une bonne nouvelle si c’était volontaire et durable : l’avion est l’ennemi de la planète et des humains. Nous trouvons ridicule de la part des ressortissants européens de prendre l’avion pour aller dans un autre pays européen que le sien. A plus forte raison si on utilise les lignes aériennes internes à son pays. Les avions doivent rester définitivement cloués au sol…

19 septembre 2009, la fin de l’avion plus lourd que l’air

Les compagnies européennes continuent d’étendre leur flotte ! Ce paradoxe marque l’irréalisme des transporteurs aériens qui se croient encore exonérés de la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %…

12 août 2009, les avions, au sol !

Le projet de grand aéroport à Notre-Dame-des-Landes est contesté. Hervé Kempf conclut comme il se doit avec un militant anti-avion: « Ce projet cristallise tout ce qu’on rejette dans cette société : le réchauffement climatique, l’abus de pétrole, la surconsommation, la délocalisation et le gâchis de terres agricoles. »…

8 décembre 2007, avions et climat

Pour la période 2002-2050, le poids des transports aériens dans le réchauffement climatique devrait passer de 3,5 % à environ 10 %. Les climatologues rappellent aussi qu’à consommation égale un avion a un impact climatique qui vaut plusieurs fois celle d’un transport routier, en raison des émissions de gaz à haute altitude…

Pour une Union des écolos par la gauche ???

Le secrétaire national d’EELV Julien Bayou dans son discours au Congrès le 4 avril 2020 veut l’unité : « Ce qui se joue aujourd’hui c’est le rassemblement de l’Humanité pour affronter et vaincre une menace commune et invisible. Aujourd’hui la pandémie, demain d’autres crises, et le dérèglement climatique. » Mais comment rassembler ? Dans Le Parisien, Julien Bayou précise son projet le 13 mai 2020. Il a écrit aux responsables de la gauche et aux syndicats pour organiser des « universités du monde d’après » et réfléchir ensemble à un projet de rassemblement. Les appels à un rassemblement de la gauche sont une Arlésienne. Ainsi Laurent Fabius le 14 octobre 2006, « Je veux être le candidat du rassemblement de la gauche et des Verts. Mes combats sont ceux de la gauche rassemblée... »  Depuis la fin de la gauche plurielle, réunie autour de Lionel Jospin en 1997, les espoirs d’unité se sont toujours heurtés aux différences idéologiques des partis et aux ambitions de leurs responsables. « Je reste dubitatif sur tous ces appels souvent vagues, sans proposition de mobilisation, tellement attrape-tout qu’ils n’attrapent rien… Nous sommes actuellement dans la confrontation avec la politique du gouvernement…  », répond le député LFI Alexis Corbière à la proposition de Julien. La commune réponse des autres formations écolos, Génération écologie, Alliance écologiste indépendante, Cap 21 et le Mouvement des progressistes constitue une fin de non recevoir : « La vision qui consiste à engager la préparation de 2022 par une stratégie préalable d’alliance avec des formations politiques qui, en pratique, n’ont nullement rompu avec le productivisme, nous semble être une erreur et ne peut aboutir qu’à la dissolution du projet écologiste dans des compromis boiteux. »

Les associations de leur côté ne se sentent pas concernées par ces circonvolutions politiques. Les commentaires sur lemonde.fr vont bon train :

Capitaine Haddock : Si face a l’urgence climatique les écolos français abandonnaient leur doctrine gauchiste ils seraient demain au pouvoir et dans l’action. Une majorité de citoyens sont prêts a s’engager pour la planète, mais n’y mettons pas des préalables idéologiques. Quel temps perdu!

Izy : L’écologie politique n’existe pas. Il n’y a que de la bonne ou de la mauvaise économie et de la bonne ou de la mauvaise politique. La bonne économie, c’est celle qui intègre la finitude des ressources et les contraintes biophysiques dans ses modèles, est ménagère de ces ressources et prend soin de la ressource humaine. La bonne politique est celle qui s’appuie sur la bonne économie. Tout le reste ne vaut économiquement et politiquement strictement… RIEN, et doit être combattu.

Noodlefr @ Izy : Sauf que votre définition de l’économie et de la politique bonne ménagère c’est ce qu’on appelle le développement durable (ou soutenable) promu par l’écologie politique non radicale. Une autre écologie politique existe qui prône plutôt une économie frugale, basée sur un contingentement fort des activités économiques non essentielles. Ne vous en déplaise l’écologie politique existe bel et bien. Son problème c’est l’immaturité d’un bon nombre de ses partisans et dirigeants, c’est également son noyautage partiel par des groupes extrémistes ayant d’autres objectifs en tête et pour qui l’écologie n’est qu’un vecteur opportuniste. Ses nombreuses divisions obérent toute possibilité d’accession au pouvoir. L’écologie ne peut donc en l’état que demeurer une force politique à part, une sorte de réservoir d’idées, qui manque d’une forte structuration et d’une réelle stratégie de conquête électorale. Enfin il lui manque une vraie figure charismatique forte et fédératrice.

CL2P : Simplement sidéré devant le manque d’inspiration des écologistes français durant cette pandémie du Covid-19. Les différentes écuries, notamment à Paris, semblent uniquement obsédées par une énième « union de la gauche » contre le « Macronisme » (nous disent-elles) ; qui n’augure de rien sur le plan des idées et des projets concrets ; mais permet uniquement aux uns et aux autres de « sécuriser » leurs mandats et fonctions au sein de l’exécutif parisien. Je n’en peux plus avec cette grotesque manipulation au nom voulu des « valeurs de gauche » qu’ils sont les premiers à fouler aux pieds dans leurs vies respectives.

de ma banlieue : Les écolos, qui ont lancé tant d’alertes sur des risques en tout genre, n’avaient pas vu venir le risque épidémie. Qu’à cela ne tienne, le coronavirus confirme la justesse de leur cause, selon eux. Les nationalistes y voient eux la justesse du nationalisme, etc. Hélas les transports en commun franciliens sont parfaits pour la contagion, et la forte densité urbaine la favorise aussi. Mais pourtant l’idée écolo est de densifier la proche banlieue de Paris, déjà bien dense.

F. P. : Attention, tout de même, à ne pas verser dans ce que Freud appelait le narcissisme des petites différences ! Faire cause commune est possible dès lors que la cause en question est bien définie.
Richard Rorty distinguait utilement campagne (politique) et mouvement (pseudo-politique). Celle-ci se donne des objectifs définis, celui-là en appelle à des idées vagues. Hélas ! Il est plus facile de tenir un discours vague, mais persuasif parce qu’il parle au cœur, qu’un discours dûment argumenté, sachant parler à la raison. D’autant plus qu’un discours qui ne parlerait qu’à la raison sera peu entendu, quand bien même la raison en question serait autre chose qu’une rationalité d’expert-comptable. Bref, il faut l’un et l’autre : vouloir conduire sûrement et savoir séduire sans tromper. Ce n’est pas tout trouvé !

Pour en savoir plus sur le positionnement des écologistes grâce à notre blog biosphere :

10 mai 2020, Post-covid, qui sera président en 2022 ?

30 avril 2020, L’après Covid-19 se prépare déjà en coulisses

15 février 2020, EELV. Julien Bayou est-il un écotartuffe ?

28 octobre 2019, Différentes stratégies au Congrès EELV

15 juillet 2029, Lutte des places ou écosophie à EELV  ?

23 septembre 2018, EELV tient un beau discours, quels sont les actes ?

post-covid, pour une planification écologique

Une planification socio-écologique paraît incontournable après cette période de déconfinement. Il s’agit de déterminer politiquement les secteurs d’activité qui doivent être supprimés, réorientés ou soutenus. Il s’agit de mettre en place une orientation de l’activité productive qui soit plus impérative que la planification indicative mise en place par la France après 1945, mais moins autoritaire que la planification à la soviétique. Voici quatre approches pour accompagner notre réflexion collective au-delà de l’écume du court terme.

Histoire de la planification : En 1914 Walter Rathenau, dirigeant de l’entreprise d’électronique AEG, soumit au ministre de la guerre un plan visant à remplacer les matières premières importées et à enregistrer les stocks existants, plan immédiatement mis en œuvre par Rathernau lui-même. Des campagnes de substitution des produits importés furent lancées auprès du public. Après son départ du ministère, en mars 1915, Rathenau exposa dans une conférence cette coopération inédite entre les entreprises et le gouvernement, dans un système décentralisé de sociétés de guerre créées dans tous les secteurs de l’économie, et qu’il appela la « planification ». Sa conférence eut un retentissement mondial. L’Américain Raymond Moley, principal inspirateur du New Deal de Franklin Roosevelt, considéra qu’avec Le Capital, de Karl Marx, aucun autre texte économique n’avait eu plus d’influence sur le monde. Il avait inspiré Wilson et son War Industries Board dès 1917, puis Lénine, Roosevelt en 1933, avant Monnet et de Gaulle en 1945. Aujourd’hui la planification est d’autant plus impérieuse que l’Europe est particulièrement vulnérable à la diminution des ressources d’énergie fossiles et autres matières premières. Une planification plus ou moins impérative doit mettre en place une coopération européenne dans des secteurs clés, décisifs aujourd’hui pour l’emploi et le climat, par exemple les transports, l’énergie et les réseaux. Notons que d’un point de vue historique, le covid-19 n’est qu’une péripétie. Mais cet épisode s’inscrit dans un contexte largement défavorable à une politique croissanciste. Outre le problème central du changement climatique et du déclin de la biodiversité, il apparaît dans un système à bout de souffle, victime (et responsable) de l’épuisement progressif des ressources naturelles tant non renouvelables que renouvelables, ce qui rend illusoire toute velléité de relance économique non planifiée selon des critères socio-écologiques.

Planification impérative ou équilibre automatique : Dans les années 1930, les pays socialistes ont mis en place des plans impératifs pour cinq ans qui organisaient toute la vie économique, mais ce système s’est effondré avec la chute du communisme ; ces pays sont devenus « en transition » vers le libéralisme. Une planification centralisée est inopérante dans une société complexe, mais ce n’est pas synonyme de victoire du marché. Le système libéral est un mode de régulation qui sert à échanger de façon décentralisée des informations sur les préférences de chacun par l’intermédiaire de la variation des prix : la loi de l’offre et de la demande déterminerait donc de façon automatique ce qu’il faut produire et consommer. Cependant la montée croissante des pénuries (forêts, eau, énergie, terres cultivables…) qui résulte de l’imprévoyance du marché donne de nouvelles perspectives à une planification prospective : quand il devient plus facile de déterminer les choix fondamentaux, quand la société prend conscience des nécessaires objectifs écologiques, alors se détermine les moyens de gérer l’avenir même si c’est de façon approximative. L’État aurait du imposer depuis quelques années déjà les choix d’un retour à l’équilibre entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère. Au niveau institutionnel, constitutionnaliser une règle verte (2016, Le programme de la France insoumise, L’avenir en commun, 2016) est un bon plan : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. »

Une planification de la frugalité : L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations de matières premières et d’énergie peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ? Si nous n’opérons pas de manière planifiée, à quoi ferons-nous appel ? Au marché, dont on connaît le peu de cas qu’il fait de l’intérêt général si on le laisse jouer librement ? A la vertu de l’humanité qui, comme chacun le sait, présente quelques fragilités ? Comme toutes les nations industrialisées, la France participe à l’origine du mal. Il est symptomatique de cette société productiviste et consumériste qu’il s’agit de refonder. Les gens veulent bien accomplir des efforts, beaucoup ont parfaitement saisi les enjeux et s’affirment prêts à réviser profondément leurs modes de vie. Ils savent que le chemin ne sera pas aisé, mais ils ne veulent pas s’engager isolément. Pour avoir le sentiment que leur action individuellement à quelque chose, ils ont besoin qu’elle s’insère dans une dynamique collective. On ne peut leur en tenir rigueur, l’effort doit être partagé. La société à venir devra mettre fin à la surenchère, choisir ce qui doit continuer à croître et ce qui doit commencer à décroître : moins de biens, plus de liens ! Si nous laissons perdurer la situation actuelle, nous risquons d’entrer dans une société de privation, avec ses systèmes de quotas, ses cartes de rationnement et tout ce que cela peut compter d’atteintes aux libertés. Le meilleur moyen de s’y opposer, consiste à mettre en place sans plus tarder une société de modération.

Si seulement l’Amérique pouvait être la Chine. Rien qu’une journée ! Les dirigeants chinois possèdent la faculté de couper court à tous les intérêts particuliers, à tous les obstacles bureaucratiques, à toutes les craintes de répercussions électorales, pour simplement décréter des changements radicaux dans les prix, les règlements, les normes, l’éducation et l’infrastructure. C’est un atout de poids quand il s’agit de réaliser un changement aussi considérable qu’une révolution verte, où vous êtes confrontés à des intérêts acquis, enracinés, grassement financés et fortement retranchés, où vous devez motiver des opinions publiques pour qu’elles acceptent des sacrifices… Un matin de fin 2007, les commerçants chinois se sont réveillés en apprenant que le Conseil d’Etat venait d’annoncer que tous les supermarchés, toutes les boutiques, auraient interdiction de distribuer gratuitement des sacs en plastique. Et le tour était joué. L’Amérique a entamé en 1973 une procédure de retrait des carburants comportant du plomb, et ce n’est qu’en 1995 que l’on n’a plus vendu sur le sol américain que de l’essence sans plomb. La Chine a décidé d’adopter le sans-plomb en 1998 ; la nouvelle norme a été appliquée partiellement à Pékin en 1999, et, dès 2000, toute l’essence vendue sur le territoire national était sans plomb. (in La Terre perd la boule de Thomas L.Friedman)

Post-covid, qui sera président en 2022 ?

Les médias s’agitent déjà, qui sera président en 2022 ? Macron ne pense qu’à ça, Édouard est en embuscade, Mélenchon croit qu’il va enfin rassembler le peuple de gauche, Marine espère ne pas louper le face à face du deuxième tour. Qui sera l’éternel outsider de l’écologie alors que tous ceux que nous venons de citer se diront en 2022 plus écolo qu’un écolo ? Nicolas Hulot a déjà joué plusieurs fois le rôle de candidat potentiel. Benoît Hamon ne peut être qu’un cheval de retour. Yannick Jadot s’est dégonflé en 2018 alors qu’il était le candidat officiel de l’écologie institutionnalisée. Arnaud Montebourg s’est cru à une époque le Jaurès de l’écologie, aujourd’hui il hésite à quitter ses abeilles. Le meilleur candidat que nous ayons eu à une présidentielle, René Dumont en 1974, est mort depuis presque 20 ans. Alors les journalistes brodent : « M. Jadot défend la stratégie de la « coalition climat », où tout le monde, quelle que soit sa famille politique, se rassemblerait derrière la lutte environnementale… M. Hulot risque de se substituer à M. Jadot comme figure « raisonnable » de l’écologie… Eric Piolle, le maire de Grenoble, fourbit ses armes pour se lancer dans la course… Julien Bayou s’est « recentré », soucieux de ne pas s’enfermer dans le rôle du « gauchiste »… Rien n’est simple, donc pour Yannick Jadot, qui doit à la fois parler aux modérés sans s’aliéner les électeurs de gauche, et se méfier de ses amis.»

Les commentateurs sur lemonde.fr se déchaînent il n’y a pas que les médias qui s’intéressent à l’écume de la politique :

Tokolosh : V’là-t-y pas que les « conservateurs et les cathos » sont aussi écolos. Oui, à la sauce (peu ragoutante) de leur revue « Limite ». Même le RN maintenant, s’y met, sous leur seul angle : les frontières, la « francité ». Il ne faut pas confondre un immobilisme traditionaliste vaguement ruralo-folklorique, qui n’est que le ripolinage XXIe siècle de « la terre, elle, ne ment pas » avec une écologie politique (en fait, un sauvetage d’urgence de notre planète) qui bouleversera tous les aspects de notre vie quotidienne si elle est menée à bien.

ClementJ : Piolle a toutes ses chances face à Jadot qui ne suscite même pas l’enthousiasme dans son propre parti. Il coche toutes les cases. Il y a d’ailleurs des mouvements qui commencent à se lancer pour l’appuyer (voir EtPourquoiPasPiolle sur twitter). Ce sera intéressant à suivre. Et le retour de Montebourg bouscule aussi Jadot et les autres candidats possibles à gauche. Vraiment, je fais le pari que Jadot ne sera pas le candidat des forces écologistes et sociales en 2022.

Thierry Oiseau : L’enjeu écologique n’a jamais été aussi urgent qu’à ce jour. Depuis le « notre maison brûle » de Jacques Chirac, presque 20 années sont passées, et les Etats des différents pays sont restés bien trop à la traîne. J’attribue le ponpon à Trump, très nettement le pire des élèves. A mon sens, 2022 constitue donc notre ultime chance pour placer la France en pôle position du changement vert dans une Europe consciente, responsable, et donc édifiante. La campagne électorale doit mettre l’écologie holistique au centre des débats, celle qui appréhende toutes les causes (social, économique, politique, agriculture, médecine, etc) au travers d’un prisme, d’un filigrane vert. Le Corona nous intime l’ordre de tous nous mettre au vert.

Millefiori : J’avoue ne pas du tout me préoccuper de qui fera pipi le plus loin entre Jadot, Hulot ou autre. Mais force est de constater que si on veut espérer un espoir pour nos enfants, on n’a plus le temps de tergiverser sur certains points indiscutables. Les verts ne sont certes pas parfaits, ils n’échappent pas aux rivalités intestines. Néanmoins, ils portent un espoir pour la planète que ne porte aucun autre mouvement politique.

Peps72 : C’est souvent l’extrême gauche et les écolos qui parlent de mettre en avant la solidarité et l’intérêt général, ou comment il faut dépasser les égoïsmes et les intérêts particuliers pour créer un nouveau monde plus fraternel et équilibré. Mais chez eux il semble que la pratique soit plus proche de la concurrence pure et parfaite en économie de marché que de la mutualisation raisonnée des moyens de production en économie planifiée…

François C.H. : Tant que les écologistes resteront enfermés dans un clivage droite/gauche il ne se passera rien, ils resteront ce qu’ils ont toujours été, une des multiples chapelles de la gauche, plus obsédés par l’écriture inclusive et la fin du nucléaire que par les vrais périls. Aussi Jadot et Hulot voient juste, il est temps de casser cet encrage, non pas pour devenir un parti de droite, mais pour en faire un pôle dans lequel chacun puisse se reconnaître, et dieu sait qu’il y a à droite bien des gens très sensibles sur le sujet (conservateurs, cathos, etc.). Bref, il est temps s’ouvrir les fenêtres et de rassembler large en misant sur une radicalité nouvelle, la société post-croissance.

Arn : J’ai presque 70 ans, j’ai toujours voté écolo quand c’était possible. Je suis conforté par les graves périls environnementaux donc globaux donc aussi économiques qui nous menacent au moins à moyen terme et le sujet de la personne n’est pas primordial. Les écologistes sont pragmatiques et peuvent s’allier à d’autres pour gouverner et avancer dans le bon sens. Voir l’Autriche et les différentes Länder allemands. La menace créée par la crise climatique est grave et existentielle. Macron et ses amis ont-ils pris conscience de cette menace ? Hum, tellement arrogants et sûrs d’eux. Pas les seuls ….

furusato : J’ajouterai que les écologistes sont dans l’ensemble immigrationnistes et alignés sur les produits idéologiques US : « racisation  » et politique de genre. L’époque devant nous va être plus que difficile et l’élément dominant sera la confusion : ça tirera à hue et à dia mais l’élément central sera des réflexes dictés par la survie. En attendant les électeurs savourent bon gré mal gré leur confinement !

Biosphere-Info : Post-covid = Post-croissance

Pour recevoir le mensuel Biosphere-Info, c’est gratuit, il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.org

Selon toute vraisemblance, ce sont les politiques de relance économique à l’ancienne qui vont ressurgir avec la fin du confinement. Une période de renoncements et de sobriété partagée ne peut pas s’épanouir dans un monde formaté par le consumérisme et le productivisme. La baisse actuelle des prix du pétrole va même rendre attrayante l’idée d’une relance « grise », qui s’appuierait fortement sur des énergies fossiles temporairement bon marché. Il est donc d’autant plus nécessaire de penser un autre monde et de lutter contre ce système thermo-industriel prédateur. Comme l’exprimait René Dumont, nous devons faire notre possible pour que l’utopie devienne une réalité dans le futur. Ce blog biosphere existe depuis 15 ans, il a toujours défendu l’idée de post-croissance. Ci-dessous quelques extraits de nos articles récents sur le post-covid, cliquez sur le lien pour avoir l’intégralité :

26 avril 2020, Post-covid, les mauvais choix se précisent

Le HCC recommande de ne pas relancer le secteur aéronautique, le ministre de l’économie veut subventionner Air France…

25 avril 2020, Cyril Dion, « Le monde d’après » la covid-19

Cyril Dion : « Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants…

22 avril 2020, post-covid, à quel prix le baril après-demain

Ubuesque paradoxe, la valeur du baril cotait à New York le 20 avril au-dessous de 0 dollar… à long terme le prix du baril va exploser, un immense choc pétrolier est inéluctable…

21 avril 2020, post-Covid, la conception d’Edgar Morin

L’épidémie mondiale du virus a transformé un mode de vie extraverti en introversion sur le foyer, mettant en crise violente la mondialisation…

20 avril 2020, Post-covid, pour un Conseil de la Résistance

commentaire d’une tribune de Dominique Méda

19 avril 2020, post-covid, pour une écologie de rupture

2020 devait être une année cruciale pour le climat et la biodiversité… il n’en sera rien…

17 avril 2020, post-covid, post-croissance, notre programme

Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)… lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/ 

16 avril 2020, post-Covid, l’impossible an 01 de l’écologie

En 1971, Gébé propose dans une BD « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! » La population décide de suspendre production, travail, école, et de déterminer ce qui doit être redémarré ou pas…

12 avril 2020, Covid-19 va fermer durablement les frontières

« Le retour de la limite, c’est la manière de contrôler ce qu’on fait de nous-mêmes et où on décide de ne pas aller. La demande de frontières est humaine »…

11 avril 2020, Que disent les décroissants du coronavirus ?

La terre entière se ramasse un bon coup dans la tronche, faute d’avoir pensé à lever le pied, à penser sobriété heureuse…

10 avril 2020, post-Covid, une société sans pétrole ?

L’éditorial du MONDE titre : « Après la crise, sortir de notre addiction au pétrole. ..

5 avril 2020, post-covid, dette économique/dette écologique

Le fait de puiser davantage que la part renouvelable des ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique…

4 avril 2020, post-covid, décroissance et relocalisation !

En période de confinement, nous apprenons à faire nos course au plus près du domicile, les circuits courts sont recherchés, changer de comportement est facile quand on y est obligé….

2 avril 2020, post Covid-19, quelles activités suspendre ?

Bruno Latour : « A la demande « relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! » C’est maintenant qu’il faut se battre pour qu’ une fois la crise passée ne se ramène pas le même ancien régime climatique…

31 mars 2020, 1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme…

29 mars 2020, Covid-19, la magie de l’argent inopérante

Avec le Covid-19 viendrait le temps de la magie, où les liquidités pourront apparaître là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. Mais comment mobiliser l’argent nécessaire à la rupture écologique vers une économie en phase avec les limites de la planète ?…

24 mars 2020, Après le Covid-19, vers une démondialisation

Le protectionnisme est une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui met la planète au pillage. Si la pandémie actuelle peut nous servir à renouer avec les vertus de la relocalisation, ce serait un miracle que nous attendons avec impatience…

21 mars 2020, Covid-19, donnons un revenu de substitution

Monnaie hélicoptère ou bien revenu universel de base…

18 mars 2020, Pire que le Covid-19, notre système prédateur

Dominique Méda : « Comme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il nous faut trouver l’énergie de la reconstruction. Une reconstruction non plus portée par l’idéologie prométhéenne de la mise en forme du monde à l’image de l’homme, mais par une éthique de la modération, de la limite, de la mesure…

17 mars 2020, Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue…

16 mars 2020, Virus et Climat, il faudrait agir de même

Stéphane Foucart : « Si les États œuvrent traditionnellement à favoriser, quoi qu’il en coûte, l’activité de leurs industries, ils peuvent aussi renverser ce paradigme. Si les États veulent éviter la part la plus catastrophique du réchauffement en cours et ralentir l’effondrement de la vie, ils devront sans doute – une fois consommé l’échec des politiques actuelles – user de la potion amère qu’ils s’administrent face au Covid-19…

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos…

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

Le mot fourre-tout « transition écologique » remplace l’imbécillité de l’expression « croissance verte » qui se substituait à l’oxymore « développement durable ». Sur ce blog, nous avons fait déjà une synthèse des éléments pertinents pour un programme écologique. Voici ce que pensent d’une « transition adaptée » certains décroissants aujourd’hui…

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

Yves Cochet a rédigé le 1er chapitre d’un livre collectif, « Gouverner la décroissance ». Voici un résumé de son propos suivi par trois éléments déterminants d’un avenir aussi prévisible que difficilement maîtrisable…

L’après Covid-19 se prépare déjà en coulisses

L’ONU reconnaissait début 2018 près de 16 000 associations environnementales dans le monde, mais ce n’est qu’une des branches d’un activisme multiformes qui peut prendre aussi l’aspect de nombreuses Nimby plus ou moins déclarées. Au niveau de la France, les Assises de l’écologie et des solidarités avaient été lancées officiellement par EELV en mars 2018 avec l’objectif de faire émerger un nouvel espace pour l’écologie politique. Voici une présentation de la dernière réunion des Assises a réuni le mercredi 22 avril 2020 en visioconférence près de 40 personnes représentants 25 organisations :

9 associations de gauche ou écologiste,

– l’Arc en Ciel des jours heureux, qui regroupe une quinzaine de personnalités médiatiques, de la politique ou de la société civile, représentée par Marie Monique Robin

– Le collectif Big Bang représenté par Clémentine Autain

– La coalition des jeunes pour le climat représenté par Romain Olla

– Le Festival des idées représenté par Christian Paul

– La Fondation Copernic représentée par Pierre Khalfa et Willy Pelletier

– Les Convivialistes représentés par Alain Caillé

– Le collectif Résilience commune représenté par Grégoire Verrière

– Le collectif Unis pour le climat représenté par François Dubreuil

– Le pacte du pouvoir de vivre représenté par Philippe Lemoine

14 organisations partenaires des assises de l’écologie et des solidarités

– le parti AEI représenté par Julien LOpez

– le parti CAP21 représenté par Jean Rapenne, Philippe Segers et Béatrice Hovnanian

– la coopérative EELV représentée par Brigitte Giry et Denis Guenneau

– Le Mouvement européen DIEM25 représentée par Christine Patte

– Le parti EELV représenté par Julien Bayou, Hélène Hardy et Alain Coulombel

– Le parti Ensemble! représenté par Clémentine Autain, Roland Mérieux et Francis Sitel

– La fédération des élus verts et écologiste représentée par Catherine Hervieux

– Le parti GénérationS représenté par Claire Monod

– Les jeunes écolos représentés par Claire Lejeune, Romane Rozen et William Doré

– Le parti MEI représenté par Francine Herbaut et Antoine Waechter

– Le parti Nouvelle Donne représenté par Anne Hessel, Aline Mouquet et Elizabeth Gleizes

– L’archipel Osons les jours heureux représenté par Patrick Viveret et Marie Hélène Iznarn

– Le mouvement PEPS représenté par Patrick Farbiaz

– L’association d’éducation populaire UTOPIA représentée par Denis Vicherat et David Flachet

2 partis politiques n’étant pas partenaires des assises

– Place publique représenté par son président Jo Spiegel

– Le Parti socialiste représenté par Océane Charet Godart, membre du bureau du PS

Les Assises avaient décidées en septembre 2019 de passer d’une structure proche d’un archipel à durée temporaire à une structure permanente. La réunion d’avril 2020 d’une durée de trois heures fut essentiellement informative. Elle s’est conclue sur la volonté de faire rapidement une autre réunion. Cette tentative de rassemblement n’est encore qu’une ébauche, mais un jour ou l’autre l’écologie politique prendra la pouvoir, c’est une évidence, nous avons tous intérêt à ce que l’espèce humaine vive en harmonie durable avec les possibilités de la planète. Il nous faut d’urgence un CNR (Conseil National de la Renaissance), sinon nous crèverons collectivement du « narcissisme des petites différences » qui taillade les mouvements écolo-progressistes depuis des décennies.

La catastrophe covid ne sert par de pédagogie

Stéphane Foucart : « ...Face au rouleau compresseur de la pandémie, qui détruit les emplois, aggrave les inégalités, dépossède chacun de nous de ses libertés les plus fondamentales – se déplacer, se réunir, embrasser ses proches ou simplement mettre le nez dehors –, le réchauffement climatique demeure une préoccupation majeure… (Mais) le « monde d’après » la pandémie de Covid-19 s’annonce, en dépit des discours, la copie conforme de celui d’avant. »

Bullocrate sur lemonde.fr : Monsieur Foucart est vert… On le savait. Il a une préoccupation, la planète. Alors il devrait se féliciter, le virus a fait prendre conscience à la planète que nous étions tous liés. Mais comme tous les verts, monsieur Foucart n’a qu’une obsession, la montée des eaux et qu’un programme, la décroissance. Je renvoie M. Foucart à la tribune de DSK ( dont je m’étonne que Le Monde n’en ait jamais parlé ou cité), ce n’est pas avec la montée des eaux et des températures que vous donnerez du travail aux 26 millions de chômeurs américains. Et ce n’est pas en abandonnant le transport aérien et la construction aéronautique et automobile que vous créerez du PIB.

FG44 @bullocrate. :Ah, la sacro-sainte croissance… Celle qui nous fuit misérablement depuis 20 ans alors que l’on fait pourtant tout pour libéraliser le travail, détruire méthodiquement notre service public (on en voit quelques effets désastreux ces temps-ci, avez-vous remarqué?) et attirer ou garder les grosses entreprises à coup d’incitations fiscales (auxquelles les TPME et PME ont rarement droit)? Celle qui profite essentiellement aux 1 à 5% les plus aisés? Celle-là? Commençons déjà par répartir les fruits du travail équitablement et après on verra. Quant à demander son avis à DSK… Je ne crois pas trop en sa capacité à sauver le monde, franchement. Il ne tient qu’à nous de retrouver une manière plus harmonieuse d’envisager notre vie, nos vies, en symbiose avec le monde et les espèces qui nous entourent. Faute de quoi il n’y aura plus grand-monde pour en parler dans – allez… – 1 siècle ou deux. Mais vous pouvez bien sûr faire comme si de rien n’était.

DMA : Bullocrate vous êtes donc persuadé qu’il n’y a pas de limites à la croissance économique… Le choix n’est pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance contrôlée et décroissance anarchique.

Michel SOURROUILLE : Je croyais à la pédagogie de la catastrophe dès le début des années 2000 avec le pic pétrolier. Désabusé par l’inertie sociale, j’ai alors pensé grâce au réchauffement climatique que la catastrophe servirait de pédagogie. Aujourd’hui je suis désespéré, la sensibilité écologique progressé mais les politiques économiques restent suicidaires. Les avertissements multiples de différentes branches de la science sur l’imminence des catastrophes écologiques et démographiques n’ont entraîné que quelques brèves dans quelques médias sans rien changé au modèle croissanciste soutenu par les politiciens de tous bords. La crise profonde liée à la maladie Covid-19 montre encore une fois que l’expérience historique n’est qu’une lanterne accrochée derrière notre dos et qui n’éclaire que notre passé.

A.Lari : On avait vu des poissons revenir dans la mer, la pollution et le bruit diminuer drastiquement, les voitures et les avions à l’arrêt, la consommation effrénée de produits inutiles s’arrêter… On pensait qu’on n’avait pas d’autre choix que de se prendre le mur, et le virus nous a montré le contraire. Je crains aussi le retour au monde d’avant. Ce serait un immense échec car on n’a plus d’excuse pour nous adapter aux capacités de la planète. Ce virus a aussi mis en exergue le besoin d’équilibrer les richesses entre les hommes. Il a montré le besoin de personnel politique compétent (et pas juste « communicant du sérail » qu’on a partout en France).

Dmg : Hélas, trois fois hélas… mais les raisons sont connues… ceux qui profitent du système actuel ne veulent surtout pas qu’il change et ont les moyens d’arriver à leurs fins. Et les politiques sont myopes qui ne voient pas plus loin que leur prochaine réélection : la sortie de la crise Covid devra être effective avant 2022. Le changement climatique, bof, c’est dans 20 ans… Et on fait tout pour anesthésier les gens et les empêcher de créer un réel mouvement de fond : là, avec le Covid, c’est pain béni puisque tout rassemblement est de facto interdit, et que les infos sont focalisées sur ce seul événement. Sauf que ces manœuvres de report nous mènent encore plus sûrement à la catastrophe.

DMA : Le choix pour les décennies à venir ne sera pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance contrôlée et décroissance brutale et anarchique. La disponibilité des ressources naturelles diminue à grande vitesse et l’Europe, qui importe la majorité de l’énergie qu’elle consomme, est particulièrement vulnérable. Néanmoins, après 150 ans de croissance presque ininterrompue, nos « élites » (et une bonne partie de nos sociétés) n’ont tout simplement pas envie de comprendre ou d’accepter cette réalité. La croissance est, pour elles, le seul scénario concevable. C’est bien plus qu’une idéologie, c’est une croyance quasi religieuse.

R.Vermeersch : Des milliers de milliards de dollars pour sauver des millions de personnes maintenant. Mais si peu pour en sauver des milliards d’autres dans un futur proche.

Philipp69 : Il n’y a guère que des gens surprotégés et ayant tout le loisir de rêvasser à un monde qui leur paraîtrait meilleur. Tous les autres, partout dans le monde, aspirent à retrouver un même nombre d’emplois et le même pouvoir d’achat, la liberté individuelle et capacité de bouger… Hélas, pour beaucoup, la décroissance sera autre chose qu’un choix et elle s’imposera durement.

RDF : J’ai la chance que mon travail est – pour le moment- assez peu voire pas impacté par Covid-19. Je me rends bien compte que pour beaucoup (plus) d’autres cela peut signifier la perte de leurs moyens de subsistance – foutue angoisse ! Comment expliquer à ces gens qu’il y aurait quelque chose de mieux qu’un retour au « business as usual » – quel qu’il soit ? Nous savons tous que tant la limitation au supportable que l’adaptation au changement climatique impliquent des renoncements douloureux. Certes pas uniquement : il pourra y avoir de réels bénéfices – mais seulement peut être et seulement APRÈS les pertes… Comment demander à ceux qui sont à genoux de supporter encore une charge supplémentaire – spécialement quand ceux qui le pourraient le mieux envisagent de … quitter le navire (maisons en Suède ou bunker sur île privée)…? Il y a les factures à payer, les crédits à rembourser : c’est ÇA qui nous enchaîne au « business as usual » – en temps « normal ». Et combien plus par temps de crise!

MD : Dans quelques mois nous allons voir ce que signifie la décroissance, des millions de chômeurs. Mais les petits hommes verts ne seront pas concernés, ils sont fonctionnaires.

zut alors @ MD : C’est sur qu’il vaut mieux le plein emploi dans un monde invivable…

R3D3 : Salut, je suis un « petit homme vert ». Employé en CDD. La décroissance ce n’est pas ça. Ce n’est pas la crise économique. La décroissance, c’est un monde où tout le monde a à manger, à boire, accès aux soins, et où on ne dort pas dans la rue. Où on est plus sobres, mais aussi plus heureux, et pas inactifs. Pas un monde des 1% dans leurs gratte-ciels, et des 99% sur le pâvé. Lisez des articles sur la décroissance, ou croissance zéro, pour savoir ce que c’est vraiment. Le but c’est de réorienter l’économie vers des emplois à faible empreinte écologique, et haute valeur sociale.

Awriluw : La nature est sur un cycle de plusieurs milliers d’années. Coronavirus ou autre, homo-sapiens ou autre, notre planète évolue sur ce cycle. Les « petits » soubresauts dus à notre civilisation sont négligeables sauf pour nos modes de vie. Un seul volcan majeur peut supprimer toute vie humaine. RdV dans quelques millions d’années pour voir l’état de la terre avant son absorption par son soleil.

Phil86180 : Si on continue avec le système libéral devenu complètement fou il y aura une autre pandémie encore plus grave jusqu’à ce que l’humanité disparaisse ce sera certainement ce qu’il y aura de mieux c’est l’espèce la plus dangereuse et la plus stupide.

Covid-19, une pédagogie de la catastrophe ?

Je croyais à la pédagogie de la catastrophe dès le début des années 2000 avec le pic pétrolier. Désabusé par l’inertie sociale, j’ai alors pensé grâce au réchauffement climatique que la catastrophe servirait de pédagogie. Aujourd’hui je suis désespéré, la sensibilité écologique a progressé mais les politiques économiques restent suicidaires. Les avertissements multiples des différentes branches de la science sur l’imminence des catastrophes écologiques et démographiques n’ont entraîné que quelques brèves dans quelques médias sans rien changer au modèle croissanciste soutenu par les politiciens de tous bords. La crise profonde liée à la maladie Covid-19 montre encore une fois que l’histoire n’est qu’une lanterne accrochée derrière notre dos et qui n’éclaire que notre passé. Voici l’opinion de Stéphane Foucart qui confirme notre analyse :

« Le « monde d’après » la pandémie de Covid-19 s’annonce la copie conforme de celui d’avant. En Europe, aux échelons communautaires comme nationaux, tout concourt à relancer les économies sans considération pour la question écologique. Le Green Deal est remis en cause par une majorité d’Etats membres. L’industrie de la plasturgie réussit la prouesse d’un retour en grâce du plastique à usage unique. L’agro-industrie demande des assouplissements de normes sur l’usage des pesticides. En France, aucune contrepartie climatique n’a été demandée aux grands groupes qui se verront soutenus à hauteur de 20 milliards d’euros d’argent public.  La gestion de la pandémie de Covid-19 et les mesures nécessaires à la sortie de crise conspirent à faire de l’environnement une question subsidiaire. Pourtant, la mise à l’arrêt de l’économie était une opportunité de refaire de la politique au sens premier du terme, c’est-à-dire de définir et de poursuivre des objectifs communs désirables, de choisir les secteurs d’activités à relancer et à soutenir. La catastrophe en cours nous ouvre à la fragilité du système que forme l’interconnexion des structures sociales, du système productif et de la biosphère. Si le réarrangement de quelques nucléotides sur l’ARN d’un virus transporté par un petit mammifère est capable du désastre en cours, qui peut imaginer ce que produira sur le long terme l’élévation de plus d’un mètre des océans, comme le promettent les experts du climat pour les prochaines décennies ? Il y a, en somme, une pédagogie de cette crise. Que de la catastrophe il puisse naître quelque chose. »

Voici maintenant quelques extraits de nos articles antérieurs sur la pédagogie de la catastrophe :

16 décembre 2018, Serge Latouche et la pédagogie des catastrophes

« Lorsque j’ai commencé à prêcher la décroissance, j’espérais que l’on puisse bâtir une société alternative pour éviter la catastrophe. Maintenant que nous y sommes, il convient de réfléchir à la façon de limiter les dégâts. En tout cas, la transition douce, je n’y crois plus. Seul un choc peut nous permettre de nous ressaisir…

7 septembre 2014, La récupération de la catastrophe par les technocrates

Nombreux sont les écologistes qui attendent un sursaut : au pied du mur, peut-être ferions-nous demi-tour ? Non, les catastrophes n’ont pas conduit à un « on arrête tout, on réfléchit ». Non, le chaos n’entraîne pas de lui-même une prise de conscience salvatrice. Nous sommes toujours aveuglés par la religion de la croissance destructive, nous considérons toujours l’homme comme supérieur à son milieu, la Terre comme un réservoir inépuisable…

14 juin 2014, Pédagogie de la catastrophe n’est pas catastrophisme

Comme je suis un adepte de la pédagogie de la catastrophe (pour que ce ne soit pas la catastrophe qui serve de pédagogie), je me permets de vous envoyer les statistiques suivantes à utiliser sans modération…

4 août 2009, pédagogie de la catastrophe

Malgré les avertissements du GIEC, il ne faut rien attendre de Copenhague en décembre prochain : des conciliabules entre diplomates ne peuvent pas faire ressentir l’urgence de la lutte contre le changement climatique…

1er septembre 2007, pédagogie de la catastrophe

Un centre d’expertise anglais, l’Institute for Public Policy Research (IPPR), a récemment publié les résultats d’une recherche qui analyse la manière dont les médias britanniques traitent du changement climatique…

9 octobre 2006, On pêche trop de poissons !!!

Chaque année, la New Economics Foundation (NEF),  calcule la date à laquelle la consommation de ressources par l’humanité dépasse la capacité de renouvellement de la planète. Cette date anniversaire a été baptisée « Jour de la dette écologique » (« Overshoot day »). Cette année, on vient juste de tourner la page, c’était le 9 octobre… La Biosphère  te dit : « Si la pédagogie de la catastrophe ne sert à rien, alors ce sera la catastrophe qui servira de pédagogie. »

Post-covid, les mauvais choix se précisent

Thèse : « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte » : le Haut Conseil pour le climat rappelle l’urgence de la transition écologique. Le HCC recommande de conditionner l’octroi d’aides publiques à des acteurs privés ou à des collectivités à « l’adoption explicite de plans d’investissement, avec mesures de vérification, et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas carbone ». Par exemple, toute aide au secteur aérien doit être conditionnée à la mise en place d’un plan précis pour atteindre la neutralité carbone. « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte, mais d’ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion, prévient la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC. Des aides (formation, reconversion) aux travailleurs des secteurs très émetteurs peuvent parfois être préférées à une aide sectorielle. » (LE MONDE du 23.04.2020)

Antithèse : Un plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale ». Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire n’a pas hésité sur les mots ni sur les moyens pour soutenir Air France. Air France va recevoir une enveloppe de 7 milliards d’euros, a fait savoir le ministre, lors d’une interview donnée, vendredi 24 avril, au journal de 20 heures de TF1. Cette aide se décomposera en 4 milliards d’euros de prêts bancaires garantis à 90 % par l’Etat et en 3 milliards d’euros de prêt direct de l’Etat. (LE MONDE du 25.04.2020)

Synthèse : D’un côté le Haut Conseil pour le climat qui avait tenu sa première réunion de travail le 31 janvier 2019 deux mois après avoir été officiellement lancé par Emmanuel Macron. C’est une instance qui ne fait que formuler des recommandations. Autant dire qu’elle ne sert à rien face aux lobbies thermo-industriels. Nos politiciens actuels sont formatés pour reconduire après le confinement le business as usual. Les constructeurs allemands d’automobiles exigent déjà une « prime à la casse » comme celle obtenue après la crise de 2008-2009. Trump éructe : « Nous ne laisserons jamais tomber la grande industrie pétrolière américaine ». Même le HCC se laisse aller à soutenir la voiture individuelle en misant sur les moteurs « propres » des véhicules électrique. Autant dire que nous ne voulons pas mettre une société bas carbone, basée sur la marche, le vélo et le raccourcissement des distances entre domicile et travail, entre lieu de résidence et villégiature.

C’est pourquoi l’écologie politique doit employer une « rhétorique de la guerre ». Avant même le coronavirus, nous étions déjà au niveau écologique en situation de guerre en temps de paix. Il existait déjà de multiples mouvements de résistance à la société thermo-industrielle, Greenpeace, Extinction rebellion, Amap, etc. Nous ne sommes pas occupés par une armée étrangère, mais enrégimentés par un système croissanciste pervers qui met les gens de son côté par une fausse abondance. Dans ce contexte les résistants sont minoritaires et les collabos très nombreux. La situation de confinement forcé recrée une atmosphère de guerre, avec les laissez-passer, les assignés à résidence, la surveillance généralisée, les condamnations des réfractaires… Le côté positif, c’est que la politique gouvernementale montre dans les faits qu’elle a tout pouvoir puisqu’elle peut suspendre toute la vie économique même au prix d’une récession brutale. Le gouvernement de Macron a mis en place avec la lutte contre le SRAS-CoV-2 une administration de temps de guerre, des politiques publiques économiques et sociales exceptionnelles, un état juridique d’exception. Un gouvernement décroissanciste aurait donc les moyens de son objectif. Cette pratique d’arrêt est, pour nous écologistes, nécessaire vu l’état d’épuisement de la planète. Ce n’est pas encore apparent pour beaucoup, nous sommes déjà en situation de pénuries, que ce soit par épuisement des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables . Une écologie de rupture avec le système dominant ne peut pas s’opérer sans efforts importants de tous et toutes, producteurs, consommateurs, citoyens, comme en temps de guerre. Sauf qu’il ne s’agit pas de lutter contre un virus, mais d’abord contre nous-mêmes, nos propres habitudes de société de consommation et du spectacle.

Dans une économie écologique sans avions ni véhicules individuels, la production « de masse » s’effondre, nous recherchons l’autonomie territoriale. Toutes les activités seront reconfigurés pour revitaliser travail aux champs et artisanat. La sobriété devra être partagée, les riches devront donner leurs lingots pour soutenir notre combat. Il ne s’agit pas de concevoir une stratégie de relance globale (déficit budgétaire et monnaie fondante) et d’aides aux entreprises polluantes, mais d’une restructuration dans ses plus intimes détails de la société marchande. Il s’agit de faire politiquement de la taxonomie, classer les activités productives selon leur impact sur la durabilité ou non de la planète, déterminer nos véritables besoins, lutter contre notre boulimie de mobilités de toutes sortes. Nous devrons abandonner beaucoup de nos esclaves énergétiques pour compte davantage sur nos forces endosomatiques, finalement retrouver des éléments qui s’apparente à la situation actuelle de confinement. De toute façon, étant donné les caractéristiques pernicieuses du SRAS-CoV-2, il semble qu’il va falloir s’adapter à des confinements partiels sur une grande période. Un parti écologiste devrait saisir cette occasion pour montrer qu’avec la sobriété partagée nous pouvons aller vers une société écologique, vivable, viable et durable. Ce passage ne sera réalisable qu’en mettant en place une situation de guerre en temps de paix à vocation bas carbone. Mais ce n’est pas ce à quoi pense Bruno Le Maire, Trump, et la totalité des dirigeants de cette planète.

post-covid, à quel prix le baril après-demain

Ubuesque paradoxe, la valeur du baril cotait à New York le 20 avril au-dessous de 0 dollar, un prix négatif. Autrement dit, les spéculateurs cherchaient à se débarrasser de leurs barils tellement le marché était saturé. La Covid-19 a fait chuter a demande de 30 %, les déplacements en voiture ou en avion sont réduits au minimum. Cette chute illustre aussi la financiarisation du pétrole ; les spéculateurs qui avaient acheté un contrat pétrolier n’ont pas de lieu pour stocker le pétrole et attendre des jours meilleurs. Enfin les considérations géopolitique sont toujours présentes, l’Arabie saoudite et la Russie s’étaient lancées dans une violente guerre des prix en augmentant leur production pour remporter des parts de marché. Bien que spectaculaire, ce prix négatif pour le contrat à terme WTI (West Texas Intermediate) n’est qu’anecdotique. Les économistes sont très forts, ils peuvent expliquer une chose et son contraire, la prospérité éternelle et la crise profonde… après que les faits se soient déroulés. Sur ce blog biosphere, nous ne nous intéressons qu’aux déterminants du long terme et pas à l’écume des jours présents.

A moyen terme le pétrole pas cher va inciter beaucoup de pays à pratiquer une relance « grise », basée sur les énergies fossiles, dès la fin des mesures de confinement. Et donc que les émissions de CO2 vont repartir à la hausse. Exit la lutte contre le réchauffement climatique, place aux politiques de relance, au soutien des compagnies aériennes et aux incitations à consommer à crédit. Pour un écologiste, le monde d’après ressemblera étrangement au monde d’avant, quelques problèmes de passage aux différentes frontières exceptés. Situation ubuesque, certes, mais toute l’économie mondiale est actuellement ubuesque…. l’argent continue et continuera à ruisseler sur les murs des banques, quelques spéculateurs vont s’enrichir encore plus, d’autres s’appauvrir beaucoup plus, le Peuple retournera à l’usine et l’État ne pourra qu’accentuer la pression fiscale pour compenser notre arrivée en récession post-covid. Et tout le monde trinquera face à une inévitable envolée des prix, peut-être même une hyper-inflation…

De tout façon à long terme le prix du baril va exploser, un immense choc pétrolier est inéluctable et ses conséquences seront encore plus dévastatrices pour la société thermo-industrielle que le SARS-cov-2. C’est inéluctable car le pétrole est une ressource non renouvelable dont nous consommons 100 millions de barils par jour pour faire travailler nos esclaves énergétiques à notre place. Quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus, c’est aussi simple que cela, on peut l’expliquer à un enfant de 5 ans avec des bonbons dont on mange le dernier devant lui. Voici quelques extraits de nos écrits sur ce blog biosphere :

19 septembre 2018, Le baril de pétrole à 80 dollars, ridiculement bas !

Pour la première fois, la barre historique des 100 millions de barils produits par jour a été franchie au mois d’août, soit 15 900 000 000 litres, soit environ deux litre par jour et par habitant au niveau mondial ! C’est vertigineux, démentiel, non durable. La prise de conscience planétaire pour le climat, le fait de devoir laisser les ressources fossiles sous terre pour éviter la catastrophe est encore loin. Pour rester en dessous de la barre symbolique de 2°C d’augmentation de la température mondiale, il faudrait en effet s’abstenir d’extraire un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon disponibles dans le sous-sol mondial. Or les pays membres de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole, ont pourtant augmenté leur production ces derniers mois…

3 juin 2018, Quel est le véritable prix du baril de pétrole ?

Le prix du baril Brent était de 74,75 dollars le 29 mai 2018, le marché du système libéral ne sait pas si demain il sera à 20 dollars ou à 1000 dollars. Tout ce qu’on prévoit quand on raisonne en fonction des réalités géophysiques, c’est que le pic du pétrole conventionnel est déjà dépassé depuis 2006, ce qui aurait dû entraîner une hausse constante de prix car plus c’est rare, plus c’est cher. Quel est le véritable prix du baril de pétrole ? Il va tendre vers l’infini au fur et à mesure qu’on se rapprochera des dernières gouttes de pétrole à extraire.

11 mars 2017, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

Nous vivons actuellement un contre-choc pétrolier, les cours du baril sont tombés de 114 dollars mi-juin 2014 à 55 dollars… Pourtant nous avons dépassé le pic pétrolier, le moment où nous avons atteint le maximum de production possible avant le déclin, comme l’avait déjà signalé l’AIE : « La production de pétrole conventionnel a atteint son pic historique en 2006, elle ne le redépassera jamais. »… N’oublions pas que lors du choc pétrolier de 1973, le prix du baril a quadruplé dans l’année. Et nous sommes aujourd’hui à 55 dollars le baril… Comme les conférences sur le climat n’ont servi à rien depuis 22 ans, comme les entreprises ne pensent qu’en termes de profit à court terme, il faudra attendre l’affolement des cours du pétrole pour que l’économie retrouve sa vraie définition, l’art d’économiser. Prévoyez dès aujourd’hui d’avoir besoin dans votre mode de vie le moins possible d’une voiture. Sinon, catastrophe !

30 mars 2009, juste prix du baril

Les spécialistes n’ont pas vu venir l’envolée des prix du baril (147,5 dollars à la mi-juillet 2008) ni son effondrement (35 dollars mi-décembre).Pourtant le spécialiste du Monde (rubrique matières premières, 29-30 mars) s’interroge doctement sur le juste prix ou optimum économique. A-t-il la réponse ? Oui, il a la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffit à Jean-Michel Bezat de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe…Les générations futures se passeront de pétrole, elles n’avaient qu’à naître au moment des Trente Glorieuses, période qu’on surnommera plus tard les années toxiques.

Post-covid, pour un Conseil de la Résistance

« Comme en 1944 avec le Conseil National de la Résistance, la conception d’un programme post-covid ne peut revenir qu’à une large coalition d’acteurs représentatifs de toute la société » écrit Méda. C’est historiquement faux, l’élaboration d’un programme de gouvernement ne se fait pas avec une coalition d’acteurs, mais par un petit nombre d’individus. Le CNR avait chargé un Comité général d’étude de préparer une plate-forme politique pour la France d’après la Libération. En novembre 1943 à Alger, le général de Gaulle entérine les points essentiels élaborés par ce Comité. De plus Dominique Méda fait une autre erreur, miser sur une coalition d’acteurs. C’est pratiquement impossible, on assiste depuis plusieurs années aux vaines tentatives de rassembler la gauche et les écologistes, c’est Sisyphe. Exemples, l’échec de l’Union à la dernière présidentielle entre le PS, EELV et Mélenchon ni sur less différentes tentatives d’Archipel et autres appels très médiatisés à l’unité !

Pourtant l’urgence écologique, éclatement partisan ou pas, Covid-19 ou pas, est toujours là. Nous avons absolument besoin d’un programme équivalent au CNR. Dominique Méda a raison de vouloir une « reconversion écologique », l’opinion publique y est d’ailleurs préparée. Mais il faudrait que l’écologie politique refuse clairement une écologie superficielle, adepte de l’écoblanchiment (greenwashing), genre croissance verte, agriculture raisonnée, moteur propre, etc. Il nous faut une écologie de rupture, et donc préciser les solutions dont parle Méda. Par exemple la notion de « planification »doit s’accompagner de la notion de taxonomie (cf définition en annexe). Pour la notion de « rendre les territoires les plus autosuffisants possible », il nous faut utiliser l’expression « communauté de résilience », bien documentées sous différentes appellations complémentaires. Pour l’idée de « rompre avec la division internationale du travail », il ne faut pas avoir peur de parler de protectionnisme ou même de démondialisation. Pour « réduire considérablement l’éventail des salaires », il faut introduire l’idée de revenu maximum, ce qui d’ailleurs devrait inclure l’ensemble des revenus et pas seulement ceux du travail. Yves Cochet a vainement tenté depuis des années d’orienter EELV vers une écologie de rupture, il est actuellement complètement désabusé et attend l’effondrement final réfugié dans sa longère. On en peut qu’espérer que la période de sobriété partagée que nous traversons en ce moment va être propice à une résurgence de ses idées programmatiques.

Dominique Méda a aussi raison sur un autre point : « Le risque est grand qu’au lieu de jouer un rôle d’alerte, la brutalité inouïe du confinement n’incite les gouvernements à pousser comme jamais les feux du productivisme et du consumérisme pour faire repartir l’économie comme avant. Le risque est réel de voir se développer des relances « brunes » massives, et du côté des consommateurs, des pulsions d’achats consolatrices qui contribueront toutes à augmenter la crise écologique. Le risque est quasi avéré de voir les légitimes appels à la post-croissance ou à la décroissance balayés d’un revers de main. » D’où l’idée de Résistance, comme pendant une guerre d’occupation. Des mouvements émergent dont nous avons déjà parlé sur ce blog biosphere :

22 février 2020, Urgence écologique, rébellion nécessaire

9 octobre 2019, Tout savoir sur Extinction Rebellion

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

28 août 2018, Jean-François Noblet, manuel d’éco-résistance

13 juillet 2018, Deep Green Resistance, ne nous trompons pas d’ennemi

(Commentaire d’une chronique de Dominique Méda dans LE MONDE)

post-Covid, l’impossible an 01 de l’écologie

En 1971, Gébé propose dans une bande dessinée une révolution non-violente : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! » La population décide de suspendre production, travail, école, et de déterminer ce qui doit être redémarré ou pas. Les fabricants de voiture ? Les grands magasins ? Les grandes fermes industrielles ? Dès les premières pages de la bande dessinée, le ton est donné : il faut arrêter ce mode de vie qui n’a plus de sens et qui mène la planète à la catastrophe. Aujourd’hui en 2020 une tribune dans LE MONDE* veut remettre ça : « Pendant l’épidémie des millions de travailleurs se sont très concrètement interrogés sur l’utilité de leur travail… Après le confinement, il nous faut retourner dans nos lieux de travail pour y tenir des assemblées où décider de ce que nos productions doivent devenir : être arrêtées ? réorientées dans un sens soutenable écologiquement, socialement, moralement ? relocalisées en mondialisant autrement ? »

Comme si pendant le confinement les gens étaient devenus des décroissants pensants ! Comme si après le confinement les gens ne voudraient pas revenir à leur vie d’avant sans qu’on discute à perte de vue du monde d’après ! La réalité qui nous attend est une société toujours aussi croissanciste, avoir plus de pouvoir d’achat, acheter ce que la publicité vante, des bénéfices pour les entreprises, un pouvoir fort car sécurisant, en attendant les Jeux Olympiques reportés à 2021… Nous aurons un gouvernement qui ne pense que relance économique, endettement massif et business as usual ! Tout le contraire de ce qu’il faudrait faire, et pourtant les gens seront contents.

Un gouvernement devenu écolo aiderait les gens à penser la résilience à long terme, pousserait les entreprises à devenir bas carbone, instaurerait par la culture un nouveau rapport à la nature… Nous savions déjà au début des années 1970 ce qu’il faudrait faire si on était écolo, ne pas déstructurer les solidarités de proximité et les emplois localisés, ne pas verser dans l’agro-industrie et faire ainsi le vide dans les campagnes, miser sur les techniques douces et non mettre en place le tout-nucléaire, interdire la publicité pour en rester aux besoins essentiels, perfectionner le système de santé et ne rien donner aux militaires, etc. Depuis cinquante ans, nous avons fait le contraire de ce qu’il faudrait faire, et en conséquence la société est maintenant structurée autour de la bagnole et du supermarché avec un yaourt qui a fait le tour de la planète avant d’arriver dans notre assiette. Comment un gouvernement pourrait-il faire autrement après le confinement que remettre le wagon sur ses rails croissancistes ?

Notre constat semble pessimiste, il se veut seulement réaliste. D’autant plus réaliste que je constate l’impréparation absolue du parti EELV de penser la gestion d’une grave crise comme celle que nous traversons. Notre ami Yves Cochet de son côté prépare la fin du monde dans sa longère à la campagne : « L’effondrement peut d’abord prendre la forme d’une guerre liée à la raréfaction des ressources. Ou provenir d’épidémies dues à une insécurité sanitaire – le moustique-tigre remonte les latitudes, amenant le chikungunya ou la dengue –, ou de famines. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. »**

Restons optimiste. Nous connaissons déjà beaucoup de méthodes pour construire une société post-croissanciste, viable et vivable. En voici un exemple, officiel. La taxonomie écologique***, classement des activités plus ou moins « propres » au niveau des entreprises, des techniques et des ménages, pourrait servir de point de repère à nos comportements. La Commission européenne avait publié le 18 juin 2019 une proposition de « référentiel d’activités durables » pour permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux, c’est-à-dire qui contribuent significativement à la lutte contre le changement climatique sans pour autant provoquer des dommages collatéraux. Ce serait une avancée politique majeure. Mais en décembre 2019 la France et le Royaume-Uni ont bloqué la tentative de taxonomie parce qu’elle rendait pratiquement impossible le financement de l’énergie nucléaire par des produits financiers durables. Moralité : ce n’est pas parce qu’on échoue souvent qu’il ne faut pas persévérer dans la bonne voie.

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/14/economie-comment-ne-pas-redemarrer-pour-tout-recommencer_6036564_3232.html

** Le Parisien (7 juin 2019, «L’humanité pourrait avoir disparu en 2050»)

*** 18 décembre 2019, L’art de classer ce qui est bien ou mal

NB : Le mouvement PEPS (Pour une écologie populaire et sociale) semble être à l’origine de cette tribune.

Les USA font triste mine face à la Covid-19

Tous les dirigeants américains tiennent le même discours, anti-écolo. Le président George H. W. Bush père prévenait déjà la planète que « le mode de vie des Américains n’est pas négociable ». Ne nous trumpons pas, Obama a le même fond, les Américains d’abord. Lors de son discours d’investiture le 20 janvier 2009, Barack Obama affirmait :  « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche.» Lors de son discours d’investiture le vendredi 20 janvier 2017 Donald Trump confirmait : « A compter de ce jour, il n’y aura plus que l’Amérique d’abord, l’Amérique d’abord ». Les différences importent peu dans ce contexte en phase avec la culture américaine. Pourtant Obama se voudrait plus perspicace. Lors d’une conférence à Paris le 2 décembre 2017, son discours valait plus que parole d’évangile à 4000 dollars la minute ; l’ex-président avait listé ses trois principales « peurs » : le changement climatique, la prolifération nucléaire et la crainte d’une pandémie mondiale à l’image d’une grippe espagnole décuplée par le développement fulgurant des transports aériens. De son côté , Donald Trump avait qualifié en novembre 2012 les changements climatiques de canular lorsqu’il avait envoyé un tweet dans lequel il déclarait : « Le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois afin de rendre le secteur manufacturier américain non compétitif. » De nos jours le même Trump persiste à appeler le Covid-19 « virus chinois » !

« Keep America great … » ! Pour préparer sa réélection en novembre 2020, décidément Donald Trump voudrait être le premier en tout : courbe asymptotique du Corona, nombre de gens au chômage en quelques jours, nombre de personnes sans couverture sociale… être citoyen américain est sûrement great, voire super great, à condition d’être du bon coté des statistiques, parce que sinon c’est la loi de la jungle. Et puis franchement, une société avec de telles contradictions ne fait pas envie, des communautés religieuses dans tout le pays dont la compassion ne dépasse pas les frontières de leur catégorie socio-économique, un racisme quasi institutionnalisé, l’utilisation d’armes à feu pour résoudre n’importe quel problème. En mars 2020, il s’est vendu 2 millions d’armes aux Etats-Unis, le double du mois précédent*. Cette frénésie est alimentée par la crainte que la pandémie aboutisse à des pénuries et des débordements. Depuis que Donald Trump a décrété que les marchands d’armes sont des commerces « essentiels » pouvant bénéficier d’une dérogation au confinement, les faits divers liés au Covid-19 alimentent les infos locales. Il faut dire que les Amerloques sont mal armés pour lutter contre le virus avec des taux de comorbidités démentiels : 40 % des Américains sont obèses, un sur trois souffre de diabète, un sur deux de maladie cardiovasculaire. De toute façon les États-Unis comptent 30 millions de personnes qui n’ont aucune couverture santé, tandis qu’un Américain sur deux déclare être sous-assuré. Soulignons que 40 % des Américains ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue de plus de 400 dollars, on peut alors facilement imaginer qu’avec l’explosion du chômage les défauts sur les crédits à la consommation vont se multiplier, ce qui accentuera la crise bancaire. Les USA font triste mine face à la Covid-19.

Aujourd’hui c’est Pearl Harbor et le 11-Septembre réunis en Amérique, sauf que ce n’est pas localisé, l’épidémie embrase tout le pays. Dimanche 5 avril, on annonçait que 1 200 personnes étaient mortes des suites du Covid-19 au cours des dernières vingt-quatre heures. Mais Dieu est aux côtés de Trump. Un pasteur célébrissime demander, en pleine transe, à Dieu de détruire le virus, le tout diffusé en prime time, pour mieux apprécier l’absurdité qui caractérise ce pays.Tony Spell, pasteur d’une autre église géante de Louisiane, la « Life Tabernacle Church », a organisé une messe en dépit d’une interdiction : « Nous avons le mandat de Dieu pour nous réunir et nous rassembler, et continuer à faire ce que nous faisons, cette pandémie est motivée par des motifs politiques (empêcher la réélection de Trump) ». Un chroniqueur de Fox News assure : « Vous ne pouvez simplement pas laisser les épidémiologistes diriger un pays de plus de 320 millions d’habitants. » La messe est dite, les Américains ne voudront rien comprendre, rien changer, ils vont réélire leur clown et sanctifier le »business as usual », avant la chute finale, après le choc pétrolier ultime.

Sur notre blog le 11 novembre 2016, Ne nous TRUMPons pas, nous l’avons bien cherché

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/06/face-au-covid-19-le-modele-americain-n-a-jamais-semble-aussi-fragile_6035666_3232.html

1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

1) blocage énergétique

En 1929, la consommation annuelle de pétrole avait atteint un milliard et demi de barils, en 2020 on consomme 100 millions de baril par jour, environ deux litre par jour et par habitant, soit pour l’année 36 milliards de baril. La relance de l’économie mondiale après 1929 n’a été possible que par l’abondance pétrolière, la guerre n’étant qu’un des moyens d’utiliser l’énergie fossile pour faire fonctionner la société thermo-industrielle. Or les réserves de pétrole sont en train de se tarir, le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu par Jancovici en 2020. Vouloir après 2020 retrouver une croissance économique est physiquement impossible.

Il faut donc préparer politiquement une société post-carbone et, au-delà de la taxe carbone, déjà envisager une carte carbone, c’est à dire un rationnement de l’énergie. Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. T »

2) blocage démographique

En 1929 la population mondiale était de 2 milliards de personnes, elle est en 2020 de 7,8 milliards. Autant dire que nos problèmes globaux pour manger, se loger, se chauffer, se déplacer ont été multiplié par au moins 4, sachant que la taille d’une population démultiplie les problèmes. C’est ce qu’indique par exemple l’équation de Kaya qui relie démographie et réchauffement climatique : CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

La surpopulation entraîne des problèmes de concentration humaine en certains lieux (sur-urbanisation, regroupements festifs ou religieux, etc), ce qui a facilité la propagation du virus actuel. La planète devient une ville. D’à peine 11 % en 1800, le taux d’urbanisation moyen des futures régions développées s’élève à 30 % en 1900 . Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville (près de 70 % prévue en 2050) alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Cela s’accompagne d’une bidonvilisation dans les pays pauvres. Comment opérer un confinement efficace en Inde ou en Afrique ?

La maîtrise de la fécondité liée la désurbanisation apparaît alors comme une politique à mener. Cela implique que les pays riches montrent l’exemple, d’où l’abandon des politiques natalistes en France, et une aide publique au développement mieux concentrée sur la généralisation du planning familial.

3) double blocage analytique

La durée de la crise de 1929 découle d’un refus de libérer des liquidités. Non seulement on croyait aux vertus du libre jeu du marché avec non intervention de l’État, mais l’étalon-or faisait que toute monnaie devait être gagée par un équivalent en or, ce qui restreignait la création monétaire. La crise ne pouvait que s’amplifier. C’est l’analyse par Keynes en 1936 qui a changé la donne. Face à une crise de grande ampleur, il faut adopter une politique monétaire volontariste par la baisse des taux d’intérêt et une politique budgétaire de relance de l’économie par le déficit. Cette politique a été adoptée systématiquement après la seconde guerre mondiale, ce qui est une des explications des Trente Glorieuses. Mais elle a fait se succéder périodes d’expansion et politiques d’austérité pour aboutir dans les années 1970 à la stagflation et au pillage généralisé de la planète. On ne peut structurellement appliquer une politique de laxisme monétaire et budgétaire, politique qui selon Keynes ne devrait être que conjoncturelle. Il faut donc changer de paradigme, ni le laisser faire du libéralisme économique comme en 1929, ni le déversement de liquidité et la croissance par la dette comme on l’a fait lors de la crise financière de 2008. Pourtant Donald Trump veut déverser aujourd’hui des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engage à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros , c’est le retour de la bonne vieille planche à billets. On revient au mantra, « business as usual » comme sortie de la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Il nous faut une nouvelle  conception de l’économie politique adaptée à la situation présente, c’est la bio-économie, ou économie biophysique, c’est-à-dire l’écologie. Il faut prendre en compte le fait que la circulation des richesses fabriquées dans une société n’est que la sous-partie des richesses globales que nous offre la biosphère. Une sobriété partagée ne découle pas d’une distribution globale d’argent, mais d’une régulation secteurs d’activité par secteurs d’activité, c’est-à-dire une planification indicative dont la France avait donné l’exemple au sortir de la seconde guerre mondiale ; il s’agit de revitaliser un commissariat au plan qui devra arbitrer entre les activités à soutenir publiquement et celles laissées au libre jeu du marché. Cela doit s’accompagner de mesures impératives comme le rationnement de l’énergie par une taxe carbone. Pour que cette politique de rigueur soit acceptée par la population, il faut éliminer le plus possible les inégalités de revenus. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir après la crise de 1929, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941… pour un revenu supérieur à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). A ces niveaux d’indécence, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, des prises de risque excessives, une position médiatique illusoire (sportifs, acteurs…). Ce n’est qu’un exemple de ce qu’on pourrait faire à nouveau, taxer les riches pour partager l’effort de sobriété. La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible, mais écologiquement nécessaire.

Comme l’exprime Hervé Kempf dans son livre Comment les riches détruisent la planète, « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » L’épidémie de coronavirus met en lumière toute une série de métiers jusqu’ici mal considérés, chauffeurs-livreurs ou caissiers, devenus, à la faveur de la crise, vitaux. Le ministre de l’économie annonçait récemment que les entreprises qui demandent le report de leurs échéances fiscales et sociales ne pourront pas verser de dividendes. Ce nest qu’un premier pas dans la bonne direction.

L’économie, plus importante qu’une pandémie

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique : « On perd des milliers et des milliers de personnes chaque année à cause de la grippe, et on ne met pas le pays à l’arrêt. On peut perdre un certain nombre de personnes à cause de la grippe. Mais on risque de perdre plus de personnes en plongeant le pays dans une récession grave ou une dépression. Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent. Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le problème lui-même… »

Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE : « L’heure est venue d’apporter des réponses immédiates et à grande échelle relever l’économie et la remettre en mouvement. faire en sorte que les initiatives prises dans de nombreux pays pour atténuer le ralentissement de l’activité économique et protéger les plus vulnérables produisent les meilleurs résultats possibles, qu’elles rassurent les marchés. La dislocation de l’économie causée par la crise due au coronavirus altère le fonctionnement des marchés financiers et fragilise les revenus et les bilans des banques. Il conviendrait, une fois passé le pic de la crise, de donner la priorité à un programme d’investissement coordonné entre les pays, notamment en faveur de la recherche médicale, du développement et des infrastructures.il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges… »

Commentaires sur lemonde.fr :

soyez le premier à réagir : Gurria exprime la véritable angoisse des économistes modernes : perdre l’économie de marché, le libre échange, la financiarisation du monde, les (bull-shit) jobs, bref, tout ce qui ne marche pas en temps de crise et qui détruit la planète. J’ai trouvé cet article écœurant à un moment où le monde est contraint se remettre en cause.

Quand les bornes : Extraordinaire ! En résumé le système capitaliste mondialisé et dérégulé a totalement échoué il faut donc…supprimer les dernières fragiles barrières pouvant protéger les populations et accélérer l’édification d’une administration mondiale qui sera encore plus inefficaces. C’est tellement logique…

Gilles SPAIER : Nulle part, il n’est question avec Gurria de changement de mode de vie. De cesser de faire le tour de la terre pou un oui ou pour un non et donc de transporter les virus avec les voyages incessants, d’arrêter le tourisme de masse et les immenses paquebots pollueurs et inutiles, de produire notre alimentation en respectant la nature et en arrêtant les élevages intensifs etc. etc.

Vert de Terre : Comme toujours, quand ça va mal, on demande aux états d’agir et quand ça va bien on demande aux états de ne pas perturber le business. Le nerf de la guerre étant l’argent, il est indispensable d’instaurer des règles commune de taxation des entreprises pour éviter un dumping fiscal suicidaire, indispensable de taxer le kérosène, indispensable de réguler et de taxer la finance et indispensable de taxer ce pour-cent d’hyper-riches qui on tant gagné ces dernières années. Ce faisant, les états auront enfin plus de marges de manœuvres pour s’occuper de santé, d’éducation, de protéger l’environnement, etc.

Super Sara : Le monsieur Gurria semble oublier la question climatique dont le Covid n’est qu’une gentille répétition si on ne fait rien. « il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges. » –> en fait, non, chéri, on ne veut plus d’échanges, plus de produits chinois produit comme des sagouins au détriment de l’environnement, plus de frelons asiatiques, plus des ces produits minables de chez H&M. La mondialisation, basta !

BOLAND : Je ne vois pas en quoi une diminution de la consommation est un énorme drame. Se mettre à jeûner , à manger plus équilibré, parce qu’on devient obèse avec tous les risques que cela comporte semble un comportement judicieux. Dans un monde fini, on ne peut plus rêver une croissance sans limites … On doit penser à vivre autrement, peut-être plus « pauvrement » …

Georges : les pays très mal gouvernés sont évidemment plus à risque : les USA, que l’OMS décrit comme le prochain Hubei, le Brésil dont le président appelle le virus une fake news, l’Iran dont le pouvoir niait l existence du covid jusqu aux élections… En Turquie la population se jette sur l’eau de Cologne, qu’elle pense être un remède.

AliBobo : Néanmoins il n’est pas faux de dire que la crise économique majeure qui se profile pourrait faire de 20 à 30 % de chômeurs aux US selon les analyses entraînera aussi des morts directement ou indirectement (misère, violences, usage des opiacés et drogues diverses). Chaque pays est confronté à cette redoutable ligne de crête entre protection sanitaire et défense de l’économie, les deux indispensables pour défendre la population.

Thymie : En dépit du caractère évident des traits du canard Trump (narcissisme, inculture, cynisme, absence de compassion, impulsivité maladive, tendance pathologique aux mensonges… on en passe…), il exerce une sorte de fascination sur des millions d’électeurs, fascination pas encore éteinte. En fait, ce n’est pas en dépit, mais finalement à cause de ces traits qu’il est arrivé là où il est, et qu’il a ces partisans. Car autant il y a des admirateurs de la dictature poutinienne (« joueur d’échecs »…), voire chinoise (« efficaces »…), autant il y a des soutiens de Duarte aux Philippines (« moins de dealers »…), autant il y a des trumpophiles voire trumpôlâtres EN RAISON de son désintérêt absolu pour les notions de morale, équité, concorde…

Soupir : Selon l’Imperial College de Londres, 3 scénarios sont envisageables pour les USA : dans le premier, aucune mesure de confinement. Résultat : 81 % de la population US serait atteinte, il y aurait 2,2 millions de morts (dont 4 à 8% de personnes de plus de 70 ans). La demande de lits en établissements de soins serait 30 fois supérieure à la capacité d’accueil existante. 2ème scénario : en associant mise en quarantaine des malades, confinement à la maison et évitement des contacts sociaux, le nombre de morts serait divisé par deux. En combinant toutes ces mesures de précaution et en y ajoutant la fermeture des écoles et des universités, 5 mois durant, la pandémie pourrait être stoppée. Faute de quoi, les USA vont devenir rapidement le nouvel épicentre du COVID-19. Très mauvais pour le business de Trump… et l’économie en général.

* https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/24/donald-trump-perd-patience-face-au-coronavirus_6034181_3210.html?contributions&page=4

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/angel-gurria-c-est-la-troisieme-et-plus-grave-crise-economique-financiere-et-sociale-du-xxie-siecle_6034237_3232.html