politique

fragilité de la puissance

Le sous-titre de ce livre d’Alain Gras énonce l’idée générale : « Se libérer de l’emprise technologique ». Cet objectif est absolument nécessaire puisque «  la machine-automate incarne la croissance continue et illimitée de l’emprise sur le milieu naturel et humain, alors même qu’elle épuise ce milieu et provoque ainsi sa fin. » Mais en fait, presque personne ne remarque le gigantesque système technique à l’œuvre dans la vie quotidienne. La minuscule prise de courant sur laquelle brancher la télé est reliée à des transformateurs, des lignes haute tension et la centrale atomique. Le skieur qui ne s’occupe que de la réussite de ses vacances peut glisser sur une neige vomie par des  canons alimentés par l’eau qu’on est allé chercher deux mille mètres plus bas dans la rivière sans se poser de question. Les objets techniques qui constituent notre environnement quotidien sont hétérogènes, mais liés entre eux dans une infrastructure réticulaire sous surveillance constante. Ce recouvrement domaine public/privé entraîne la dépendance accrue du citoyen par rapport au pouvoir. Les nœuds de contrôle (écoles, usines, prétendues expertises, etc.) diffusent des normes technoscientifiques adaptées à la stratégie des multinationales : brancher le plus de monde possible sur un poumon artificiel afin de nous rendre tous dépendants, matériellement et moralement, du progrès technique.

 

La solution ne consiste évidemment pas dans une fuite en avant technologique ni même dans le développement, fût-il durable. Il existe en effet une loi implacable, l’entropie, que Nicholas Georgescu-Roegen a traduit en une prophétie : demain, « la décroissance ». La trajectoire technologique ne sera donc pas changée par la discussion démocratique mais par ses propres revers, avec la crise pétrolière par exemple. Puisque toutes les activités humaines ou presque sont fondées sur l’usage d’une substance irrécupérable, il devient évident que lutter contre les effets néfastes de la technique thermo-industrielle par une technique du même type n’est qu’un moyen d’aller plus vite dans le mur puisque le système est fermé.

 

Dans ce contexte, le progrès technique est toujours un jeu à somme nulle, ce que l’on gagne d’un côté on le perd de l’autre ; lorsque je vole, je reçois de la haine. A la violence exercée par la technique, synonyme de confort, que la richesse exhibe aux yeux des trois quarts de la planète « la moins avancée », il est répondu par de la haine. Le terrorisme trouve là une légitimité que les armes ne savent pas combattre. Le « catastrophisme éclairé » prôné par Jean-Pierre Dupuy serait un autre moyen, acceptable, de s’apercevoir que le roi est nu. (extraits de Fragilité de la puissance d’Alain Gras)

croissance ou Biosphère ?

Le Grenelle de l’environnement s’attaque en France aux problèmes de la Biosphère. Ce n’est pas gagné d’avance, je crois même que la bataille est déjà perdu. En effet, au même moment, la commission Attali planchait dans son coin pour « libérer la croissance ».

 

– Le Grenelle de l’environnement nous dit qu’il convient de changer notre cadre de raisonnement en intégrant le coût environnemental à nos dépenses de consommation : vive les hausses de prix ! La commission Attali conçoit la relance de la consommation par la baisse des prix, possible par un accroissement de la concurrence entre grandes surfaces et le recours aux importations. Vive la concentration et le déficit commercial…

 

– Le Grenelle de l’environnement nous dit qu’il convient de limiter notre mobilité physique, au besoin par des taxes supplémentaires sur le carburant : vive le pétrole  cher ! La commission Attali ne conçoit notre avenir que par une mobilité accrue des personnes et des biens. Vive la résidence à la campagne et le boulot qui n’existe plus…

 

– Le Grenelle de l’environnement s’interroge sur l’intérêt des filières agricoles qui utilisent les OGM : vive la limitation de la technoscience ! La commission Attali n’est pas loin de penser que l’agriculture mondiale ne peut se passer de ce type de chimères pour nourrir l’ensemble de la planète. Vive la mort de l’agriculture traditionnelle et la misère pour d’innombrables paysans…

 

Jacques Attali et ses semblables font la guerre à la planète !  Mais une bataille de perdue n’est rien, puisqu’en fin de compte la Biosphère a toujours raison …

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

habitat surpeuplé ?

Il y a les normes des pays riches. Un logement est considéré comme confortable s’il dispose d’une salle d’eau, d’un WC intérieur et d’un système de chauffage. Il est considéré comme surpeuplé au sens large si la surface habitable est inférieure à 18 m2 par personne de référence + 12 m2 par autre personne de 14 ans et plus (ou + 9 m2 par enfant de moins de 14 ans). Le surpeuplement accentué fait référence à la norme Insee basée sur la comparaison du nombre effectif de pièces composant le logement et d’un nombre normatif de pièces dites « nécessaires » au ménage calculé en fonction de sa taille, de l’âge et de la situation familiale de ses membres (schématiquement, on compte une pièce de séjour pour le ménage, une pièce pour chaque personne de référence d’une famille, une pièce pour les personnes hors famille non célibataires et les célibataires de 19 ans et plus, et, pour les célibataires de moins de 19 ans, une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou s’ils ont moins de 7 ans, sinon une pièce par enfant).

 

Et puis il y a la norme des pays pauvres ou les enfants des deux sexes vivent et dorment dans la même pièce. La vérité est relative, les normes sociales évoluent avec son enrichissement.

 La Biosphère aimerait le compromis, une société de simplicité volontaire, avec un seul logement par famille (pas de résidences secondaires) et des conditions d’espace relativement égales entre les différents ménages, qu’il vivent au Nord de la planète ou au Sud. Un habitat compact devrait s’accompagner d’un nombre d’enfants réduit pour diminuer l’emprise de l’humanité sur les écosystèmes.

moins vite, moins loin

Dans les 100 mots de l’environnement (coll. Que sais-je ?, 2007), on peut lire dans l’article sur les biocarburants des conneries du type « La mobilité constitue un élément non négociable de la vie en société ». Cela reste connerie puisqu’on nous assène cela sans plus de précisions. Alors, allons consulter beaucoup plus loin l’article sur la mobilité qui commence ainsi : « Longtemps, la mobilité a constitué un élément très secondaire de la vie quotidienne. Avant la révolution du train, la diligence a suffi pour transporter les hommes. » Tiens donc ! La mobilité pourrait être limitée, on pourrait questionner la longueur de nos déplacements actuels ? Que nenni ! L’article continue ainsi : « L’homme ne se fixe plus pour s’intégrer : il se déplace. Et l’individu bloqué, celui qui ne peut se déplacer, est un exclu en puissance. Dans notre société, plus on joue un rôle, plus on se déplace (…) La ville ou la vie de demain ne se fera pas contre la mobilité : tout simplement parce qu’elle nous lie les uns les autres. »

 

Ce dictionnaire frelaté oublie que le lien de proximité économise la planète alors que (selon le même article) « presque 30 % des émissions de gaz à effet de serre résultent de notre mobilité ». Cet hymne à la croissance de nos déplacements ignore aussi que la ville du futur doit être compacte. Et ce n’est pas parce qu’on prend le Boeing que nous méritons une forte considération pour notre rôle social. Enfin, comme dit le texte lui-même, la mobilité est un facteur d’exclusion. Quant aux agrocarburants, ils ne pourront jamais soutenir durablement des déplacements individuels croissants. 

Ce petit dictionnaire qui ne voit de salut que dans l’innovation en matière de transports ne mérite pas l’intérêt de la Biosphère. « Plus vite, plus loin, plus souvent et moins cher  » est déjà un vieux slogan, il sera remplacé par : « Moins vite, moins loin, moins souvent, et beaucoup plus cher ». Mieux vaudrait s’immerger dans la Biosphère auprès de chez soi qu’essayer de fuir au loin les problèmes. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

de la vie sauvage

« L’homme mobile !  Il existe pourtant deux manières de faire le tour du monde. La première consiste à franchir le seuil de sa porte afin d’accomplir son périple et d’y revenir, la seconde à ne jamais bouger de chez soi. Que l’on voyage ou non, on reste toujours à la même distance de son cœur et, tout en étant bâti sur un plan unique, la course inerte permet d’aller plus vite et plus loin dans la quête de la forme universelle.

 

« Penser comme un chêne. Il est regrettable que l’homme ne préfère pas la vie d’un arbre à la sienne propre ; il ne les arracherait plus inconsidérément et sa propre disparition infirmerait beaucoup moins la planète que celle d’un chêne. L’homme est moins éclairé que le renard ou la bostryche, il a perdu tout sens de la mesure en oubliant la complicité cosmique qui lie le moindre brin d’herbe à la plus grande étoile.

 

« Chateaubriand écrivait : « les forêts précèdent les hommes ; les déserts les suivent. » Triste réalité ! Notre égoïsme fait que nous sommes devenus tout à fait inaptes à prévoir. « Après nous le déluge ! » entend-on souvent d’homme ayant procréé. Ils n’auraient donc fait des enfants que pour eux-mêmes ?

 

« Nous le savons maintenant, l’homme aurait dû  depuis longtemps se destituer en tant que « roi de la création » : il est absolument incapable de prévoir à long terme, il a perdu tout contact avec le Cosmos et avec l’équilibre inter-espèces qui a permis à notre planète d’évoluer depuis des siècles. Il est le seul prédateur incohérent de son globe.

 

« La nature procède toujours – comme ce qui est divin – par concentration et synthèse, alors que l’homme égaré dans la mauvaise voie (et si orgueilleux de l’être !) n’opère que par analyse et dissociation.

 

« Le grand livre de la Nature est devenu illisible pour la plupart de l’humanité qui, entassés dans les villes monstrueuses, pourrit comme les pommes, selon l’expression de Mirabeau. Puissions-nous retrouver la joie primordiale de créer notre propre maison avec nos propres mains en utilisant les matériaux non transformés d’une terre qui aussi nous nourrit.

 

« Quoi que nous puissions dire, écrire, faire, si nous n’avons pas l’Amour, nous ne sommes rien… RIEN. »

 

Pensées d’Alain Saury, le manuel de la vie sauvage (revivre par la nature)

 

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retour au Ladhak

Le développement est une escroquerie… Le passé a donc un avenir !

 

Le Ladakh est un désert de haute attitude traversé d’énormes chaînes de montagne. La vie y est rythmée par les saisons. Brûlé par le soleil en été, il frissonne pendant huit mois en hiver : les températures peuvent tomber jusqu’à – 40°C. La pluie est si rare qu’il est facile d’oublier jusqu’à son existence.

 

Jusqu’à mon arrivé au Ladakh, les mots durabilité et écologie ne signifiaient pas grand choses pour moi. Mais au fil des ans, j’en suis venue non seulement à respecter les capacités d’adaptation des Ladakhis à la nature, mais aussi à mettre en question le mode de vie occidental auquel j’étais accoutumée. Les Ladakhis reprisent leurs tuniques jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus être rapiécées. Quand un vêtement est vraiment trop usé, il est placé, rempli de boue, dans un canal d’irrigation. Ce que les hommes ne peuvent manger sera donné aux animaux ; ce qui ne peut servir de combustible nourrira la terre. Les vieux demeurent actifs jusqu’au jour de leur mort. Un matin, je vis le grand-père de la maison où je vivais, âgé de 82 ans, descendre en courant du toit par une échelle. Il était plein de vie. A trois heures de l’après-midi, nous le retrouvâmes mort, paisiblement assis, comme s’il dormait.

 

Les différences de richesses sont très faibles. Chaque paysan étant presque autosuffisant, donc indépendant, il est rarement nécessaire de prendre des décisions au niveau de la communauté. Je comprenais ainsi l’importance des questions d’échelle. Comme les villages comptent rarement plus d’une centaine de foyers, les gens peuvent faire directement l’expérience de leur dépendance mutuelle ; ils mesurent immédiatement les effets de leurs propres actions et éprouvent donc un fort sentiment de responsabilité. De plus, leurs actes étant parfaitement visibles aux autres, ils en sont plus aisément tenus pour responsables. C’est l’assistance mutuelle, et non la concurrence, qui façonne l’économie. Dès l’âge de cinq ans, les enfants savent prendre des responsabilités ; ils grandissent entourés de personnes de tous âges, ils font partie d’une véritable chaîne de relations où l’on prend et où l’on offre. D’une manière générale, les rôles sont beaucoup moins définis qu’en Occident. Dans leur grande majorité, les Ladakhis ne sont pas spécialisés.

Tout au Ladakh reflète son héritage bouddhiste.  Prenons la vacuité. Quand vous pensez à un arbre, vous y pensez comme à un objet distinct, et à un  certain niveau, c’est ce qu’il est. Mais à un niveau plus fondamental il n’a pas d’existence indépendante, il se dissout dans un réseau de relations. La pluie qui tombe sur les feuilles, le vent qui l’agite, le sol qui le soutient – tous font partie de lui. Si on y réfléchit bien, tout ce qui est dans l’univers aide l’arbre à être ce qu’il est. C’est pourquoi les Ladakhis disent que les choses sont « vides », au sens où elles n’ont pas d’existence indépendante. Ils sont donc conscients du contexte vivant dont ils font partie. Les mouvements des étoiles, du soleil, de la lune, sont des rythmes familiers qui ponctuent leurs activités de chaque jour. Sentir et  comprendre que l’on fait partie du flux de la vie, se détendre et l’accompagner, voilà d’où vient leur satisfaction. Comme le disaient les Ladakhis : « Pourquoi être malheureux ? »

Quand je suis entrée pour la première fois dans ce pays, en 1975, la vie dans les villages s’inspiraient encore de principes séculaires. Le manque de ressources de la région, son climat inhospitalier, la difficulté d’y accéder, l’avaient protégé du colonialisme comme du développement. Mais ces dernières années, des forces extérieures ont fondu sur lui comme une avalanche, provoquant des bouleversements aussi rapides que massifs. Dans une économie de subsistance, l’argent ne joue qu’un rôle mineur. Le travail n’a pas de valeur monétaire, il s’insère dans un réseau complexe de relations humaines. Mais un touriste peut dépenser en un jour autant qu’une famille ladakhi en un an. Alors les habitants du Ladakh se sentent très pauvres. Au début de mon séjour, des enfants que je n’avais jamais vus venaient m’offrir des abricots ; aujourd’hui, de petites silhouettes affublées de vêtements occidentaux élimés accueillent les étrangers en tendant la main : « Stylo, stylo » est désormais leur mantra. Mais ce que les enfants ladakhis apprennent aujourd’hui à l’école ne leur servira à rien. Leurs manuels sont rédigés par des gens qui n’ont jamais mis les pieds au Ladakh et ignorent tout de la culture de l’orge à plus de 4000 mètres d’altitude.

Extraits de Quand le développement crée la pauvreté d’Helena Norberg-Hodge (Fayard, 2002)

WWF

Amoureux de la Nature, objecteurs de croissance, simple citoyens,  engagez-vous ! Agissez seul, agissez en groupe, adhérez à des associations…

 

Son emblème est l’un des animaux les plus rares sur Terre, le panda géant de Chine. Le 11  septembre 1931, le WWF (World Wildlife Fund for Nature) voyait le jour. Il s’agit d’abord d’un réseau international capable de récolter des fonds pour mettre en œuvre des programmes de sauvegarde de la biodiversité sur la planète. Aujourd’hui il s’agit d’un réseau de 5 millions de membres présent dans plus de 100 pays. Sa philosophie est fondée sur le dialogue avec les communautés locales, les gouvernements, les entreprises, les organisations internationales. Des entreprises se sont donc engagées dans le développement de produits-partages WWF comme des tee-shirts ou des sacs scolaires. On mise sur le produit bio et le recyclage pour permettre aux saumons de remonter les rivières, pour sauvegarder les 1800 derniers tigres du Bengale dans les années 1970 ou pour soutenir la création actuelle du parc amazonien de Guyane. Le WWF a aussi popularisé l’indicateur « empreinte écologique »

 

Le slogan de la fondation « Et si la solution c’était vous ? » devrait mobiliser tous les gens de bonne volonté. Tu peux contacter le site http://wwf.fr, la Biosphère a besoin de toi, hier, aujourd’hui, demain… Nous n’avons qu’une seule Terre à notre disposition et nous avons déjà dépassé ses limites.

irréversibilité

Irréversibilité ! Le découragement me gagne…

 Quand je constate l’échec du protocole de Kyoto, je m’aperçois que la formation d’un groupe de scientifique qui nous montre l’inéluctable ne peut de toute façon faire mouvoir en rien les inerties et les égoïsmes. De même, la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, entrée en vigueur en 1996 et signée par 190 pays, a peu d’effets sur le terrain. Les Etats concernés se désintéressent de la question, voire privilégient des politiques de développement économiques contraires à l’objectif. Un jour la Biosphère se désintéressera des humains.

Car la désertification n’est pas un phénomène naturel, c’est la détérioration des sols causée par une mauvaise exploitation des terres (cultures intensives, surpâturage, déforestation pour gagner de nouvelles terres cultivables), et par une irrigation incontrôlée. La couche supérieure des sols, si elle est surexploitée, peut être détruite en quelques années, alors que des siècles ont été nécessaires à sa constitution. Le réchauffement climatique, en accroissant les besoins en eau des sols et en modifiant le régime des pluies, aggrave le phénomène. Aujourd’hui, 250 millions de personnes en subissent les conséquences, et un tiers de la population mondiale sera affecté à l’avenir si rien n’est fait. Les pauvres sont à la fois les agents et les premières victimes de cette situation. C’est la pauvreté qui pousse les habitants des zones sèches à exploiter au maximum les terres, les conduisant à privilégier leur survie à court terme, et ne leur donnant d’autre choix que d’agir au détriment de leurs intérêts à long terme. Mais les pays du Tiers-monde ne sont pas les seuls concernés, un tiers des Etats-Unis est affecté. Ce constat était au cœur de la huitième conférence internationale des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), qui a eu lieu du 3 au 14 septembre 2007 à Madrid.

 

La Convention des Nations unies contre la désertification s’est terminé de façon prévisible par un échec : les 191 membres n’ont pas réussi à s’accorder sur une augmentation de son budget en raison de l’opposition des Etats-Unis et du Japon. De toute façon le plan stratégique annoncé, qui définit de grands objectifs à dix ans, n’aura aucune valeur contraignante. On passe donc par pertes et profits un milliard de personnes qui sont menacées alors que 40 % des terres se désertifient. La perte de terres arables va générer des flux migratoires d’autant plus ingérable qu’ils seront considérables. Il est vrai que les pauvres ne savent pas défendre leurs intérêts et que les gouvernements des pays riches restent égoïstes. Certains accusent un déficit scientifique, on ne dispose pas de paramètres pour mesurer la désertification comparables aux émissions de gaz à effet de serre et aux listes taxinomiques… Mais même quand on sait, on n’agit pas !

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

techniques douces

Les Etats-Unis avaient invité les quinze économies les plus fortes du monde, y compris la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud, à deux jours de réunion (27 et 28 septembre 2007) sur la sécurité énergétique et le changement climatique. Il est vrai que ces économies dominantes sont responsables de 90 % des émissions de gaz à effet de serre. Selon Condoleezza Rice, « Le système actuel n’est pas durable. » Mais selon la même, secrétaire d’Etat, « Nous devons le transcender complètement par une révolution dans la technologie de l’énergie ». Le secrétaire de la Convention des Nations unies sur le changement climatique lui a rétorqué : « La technologie n’est qu’un élément des quatre piliers de la lutte, avec la réduction des émissions, l’adaptation aux conséquences du changement et le financement ». La Biosphère a même constaté à plusieurs reprises que la technique qui a créé le problème ne peut résoudre le problème.

 

La Biosphère demande donc instamment aux dirigeants américains actuels de savoir reconnaître la différence entre techniques dures et techniques douces. Quelques pistes de réflexion qu’on pouvait déjà lire il y a trente cinq ans :

Société à technologies dures Communautés à technologies douces

Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

Liste complète dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre » !

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

le roi devenu fou

Il y a des textes qui n’ont pas vieilli depuis trente cinq ans, malheureusement :

« Ce que l’on appelle la crise de l’environnement est tout simplement le résultat d’une violation sans cesse aggravée des lois de l’écologie, fondées sur l’interdépendance des êtres vivants entre eux et avec leur milieu physique. Dans une première phase, l’homme reste un prédateur parmi d’autres, occupant une modeste place dans la biocénose originelle. Mais avec le perfectionnement de ses techniques, avec le biface, le flèche, le feu, son efficacité s’accroît sensiblement. Tandis que se développe la révolution néolithique, la structure sociale se modifie ; la ville va naître, et par conséquent, le palais, le temple, la boutique, la caserne, le bordel et la prison : la civilisation est en marche.

 

« Si, à l’origine, un certain équilibre pouvait subsister entre le potentiel de destruction de l’homme et les capacités de récupération du milieu naturel, la balance, désormais, penchera de plus en plus du côté de l’agresseur. Une idéologie belliqueuse et orgueilleuse, la mythologie d’un « roi de la création » chargé de conquérir, de domestiquer, de dominer, sans souci ni des conséquences pour lui-même ni, bien sûr, des droits des autres être vivants devaient nous permettre de ravager la planète en toute bonne conscience. Et d’autant plus facilement que la religion du profit allait rendre licite n’importe quel méfait du moment que l’assurance d’un gain venait l’absoudre, voire le sanctifier. Dès lors, quoi d’étonnant si la production, l’industrialisation, le gigantisme humain, la croissance économique, sont tenus pour des vertus axiomatiques ?

 

« Les aberrations écologiques qu’entraîneront ces beaux et lucratifs principes, on ne les connaît que trop. La grosse industrie, les grands pollueurs, devant l’émotion enfin soulevée dans le public par leur excès, se trouvent désormais sur la défensive et réagissent de plusieurs façons. On condamne en bloc les rousseauistes, les passéistes, les amateurs de rêve bucolique ou de pureté champêtre, bref tous ceux qui ont l’impertinence, ces impies, de refuser d’adorer le Veau d’or, le Fric-Jéhovah ou Sainte production. Au besoin on les accusera de vouloir revenir à l’ère pré-industrielle alors qu’ils osent à l’avance penser l’ère postindustrielle. Puis on tente de minimiser les faits ou d’en émasculer la signification : n’y a-t-il pas eu, de tout temps, une érosion naturelle ? Des espèces animales n’ont-elles pas déjà disparu sans intervention de l’homme ? On va d’ailleurs plus loin, en tentant de vastes opérations de « dédouanement » publicitaire. A en croire certaines de ces firmes puissantes, c’est tout juste si leur souci majeur, essentiel, primordial, ne serait pas devenu la protection de l’environnement. L’écologie, l’environnement, les équilibres biologiques, etc., deviennent une tarte à la crème : de hauts personnages en ont, sans rire, plein la bouche, de ces mots qu’ils ignoraient il y a six mois.

 

« On ne luttera plus désormais, pour incarner une véritable conscience écologique, sans se heurter aux puissants. On n’y insistera jamais trop : le combat pour la qualité de la vie débouchera nécessairement sur des questions de principes et de finalités, donc de choix. Après tout, qu’est-ce qui compte vraiment ? Continuer à saccager allègrement la planète, ou bien accepter d’entrer dans une troisième phase de l’histoire des relations homme-nature, celle de la réconciliation ? »

 

Théodore Monod, « Le roi devenu fou », numéro hors série du Nouvel Observateur « spécial écologie » (juin-juillet 1972)

 

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déesse du fleuve

Il n’y a plus de domiciles inviolables pour les espèces animales quand le nombre d’homo sapiens dépasse les 6 milliards. La pollution accompagne l’urbanisation, la pêche intensive s’essouffle à nourrir les populations humaines, il n’y a plus de respect pour les différentes formes de vie sur notre planète.

 

Selon un recensement de 1993, il y aurait dans le monde 4629 espèces de mammifères. Si les extinctions de mammifères sont rares, elles pourraient se multiplier dorénavant avec l’emprise humaine. Les dernières recensées étaient celle de la musaraigne des Caraïbes vers l’an 1500, des lémuriens géants de Madagascar vers 1650 et du tigre de Tasmanie dont le dernier représentant est mort en captivité en 1936. Aujourd’hui le dauphin d’eau douce qui peuplait le Yangzi est devenu introuvable. Dans les années 1950, sa population était estimée à 6000 individus, elle était tombée à 200 en 1990, puis à 7 en 1998. Ce grand vertébré appartenait à une espèce vieille de 20 millions d’années, mais la pollution de l’eau, les filets de pêche qui l’étouffent, la circulation fluviale qui a nui au bon fonctionnement de son sonar et la pêche par explosif ont décimé le baiji, un cétacé pourtant vénéré à une époque comme déesse du fleuve. Outre Lipotes vexillifer (nom savant du dauphin du Yangzi), d’autres dauphins des rivières sont menacés, dans le Gange, l’Indus, l’Amazone, l’Atacuari ou le Javari.

 

Pourtant, selon le premier principe de l’écologie profonde, « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. »

 

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Pernambouc en sursis

Le commerce de plus de 7.000 animaux et 32.000 familles de plantes est aujourd’hui réglementé par le Cites, et même totalement interdit pour plus de 800 espèces. Mais la surexploitation de la Biosphère par l’activisme humain et la surpopulation ne font que ralentir le rythme des extinctions. En conséquence, l’épanouissement de la vie non-humaine requiert une diminution substantielle de la population humaine.

 

Le pernambouc (Caesalpinia echinata) ou bois du Brésil couvrait une partie du pays jusqu’à ce que les colonisateurs  portugais découvrent ses  capacités tinctoriales : rouge-violacé du cœur et doré de l’aubier. La disparition de cette légumineuse, qui peut atteindre 10 mètres de hauteur après une croissance très lente, est déjà programmée. La Biosphère ne mettra pas sur le dos des fabricants d’archet cette triste destinée, même s’il est vrai que la forte densité, une rare élasticité, une résistance à la courbure et une  capacité vibratoire extrême en font une ressource exceptionnelle et recyclable pour les violonistes. Mais les arbres sont surtout abattus pour planter canne à sucre, café, soja ou eucalyptus, quand ce n’est pas pour faire place nette au bétail ou aux bâtisseurs de ville. La forêt pluviale atlantique du Brésil a été décimée à 90 % depuis l’arrivée en 1500 de Pedro Cabral. Le 13 juin 2007, la Convention sur le commerce des espèces menacées d’extinction (Cites) a classé le pernambouc dans son annexe II : toute transaction devra s’accompagner d’un certificat émis par l’exportateur et d’un autre émis par le pays exportateur.

 

En fait l’arbre cache la forêt, l’attention portée au pernambouc permet à d’autres espèces d’être surexploitées par dizaines de milliers de mètres cubes : l’UE a retiré sa proposition visant à inscrire le cèdre acajou, le palissandre cocobolo et le palissandre du Honduras à l’Annexe II. En plus de ces reculs, les Parties ont retiré un nombre sans précédent de propositions, celles sur l’éléphant africain, sur la gazelle Dorcas visant à l’inscrire à l’Annexe I, sur le poisson cardinal de Banggai, les populations brésiliennes de la langouste indienne ou de la langouste blanche des Caraïbes visant à les inscrire à l’Annexe II.

 

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responsable et coupable

L’ensemble de notre système thermo-industriel est à la fois responsable et coupable : alors que le tourisme par avion représente une menace pour la biodiversité et le climat, l’Unesco a même signé un partenariat avec Jet Tours qui labellise des circuits guidés par un personnel formé aux problèmes de conservation du patrimoine. L’écologie devient un simple discours sur les espèces en voie de disparition alors qu’on s’ingénie à multiplier les causes de dislocation de la Biosphère.

 

Le sanctuaire de l’antilope oryx arabe est situé dans les régions biogéographiques du désert central et des collines côtières d’Oman. Les brouillards saisonniers et la rosée y constituent un écosystème désertique unique et sa flore compte plusieurs plantes endémiques. Sa faune comprend le premier troupeau d’oryx arabes en liberté depuis l’extinction mondiale de l’espèce à l’état sauvage en 1972 et sa réintroduction en ces lieux en 1982. La population d’oryx sur ce site s’élevait en 1996 à près de 450 individus mais elle s’est depuis réduite à 65 individus, dont seulement quatre couples reproducteurs, ce qui rendait son avenir incertain.

 

Pourtant, suite à la décision d’Oman de réduire la taille de la zone protégée de 90%, le Comité du Patrimoine mondial a retiré ce bien de la liste. Après avoir largement consulté le sultanat d’Oman, le Comité a estimé en effet que la réduction unilatérale de la taille du sanctuaire et les projets de prospection d’hydrocarbures détruirait la valeur et l’intégrité du bien, qui abrite également d’autres espèces en danger comme la gazelle d’Arabie ou l’outarde houbara. Cela ne s’était jamais produit depuis la signature en 1972 de la Convention de l’Unesco sur la protection des sites culturels et naturels ! Chaque année la liste s’allongeait et comptait aujourd’hui 851 sites. Il commence  donc à rétrécir au fur et à mesure de la boulimie humaine : le sultanat a préféré la prospection pétrolière à la protection des antilopes oryx, se mettant en infraction avec les orientations de la Convention du Patrimoine mondial. Comme l’exprime Le Figaro du 7/07/2007, « Que représente la vie de quelques bestioles face à la puissance de l’or noir ? »

 

           Le sultanat n’est donc pas le seul fautif, c’est tout le système thermo-industriel qui est à la fois responsable et coupable : c’est nous, c’est notre bagnole, c’est notre mode de vie le responsable, je suis donc coupable !

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

l’ennemi, c’est nous-même

En fait, il faudrait décroître l’activité humaine, diminuer la population humaine, réfléchir enfin au fait que notre planète n’est qu’une toute petite boule fragile perdue dans le cosmos. Il faudrait combattre l’égocentrisme de notre espèce…

 

Même si l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) rassemble 83 pays, plus de 800 ONG et un réseau d’experts issus de 181 pays, son efficacité est proche de zéro. Un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers de tous les amphibiens et 70 % de toutes les plantes évaluées par l’UICN sont en péril. L’objectif de gouvernance fixé en 2002 par les Etats signataires de la Convention sur la diversité biologique ne peut être atteint, chaque pays n’en faisant qu’à sa tête. De toute façon la perte de biodiversité ne suscite aucune mobilisation, elle n’est pas perceptible par les individus et ne menace l’emploi que de façon marginale. Pourtant la perte de biodiversité pèsera sur l’avenir des sociétés humaines : l’homéostasie du système planétaire résulte d’innombrables interférences entre les espèces, nul ne peut prévoir l’évolution future d’une régulation très complexe, d’autant plus que la disparition d’une espèce est irréversible. Il faudrait sauvegarder la diversité des milieux, maintenir de grands espaces naturels, lutter contre la désertification, la déforestation, le mitage territorial… La réunion de Montpellier du 15 au 17 novembre prochain, dans le cadre du Mécanisme international d’expertise scientifique sur la biodiversité, ne changera rien à l’affaire.

Il faudrait combattre l’égocentrisme de notre espèce…

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Cites plutôt que cités

En 1997, les ventes ponctuelles de défenses d’éléphants, accordées à la Namibie, au Botswana et au Zimbabwe, ont entraîné une recrudescence de la contre-bande. Cette année encore, 20 000 éléphants seraient victimes de braconnage. Depuis sa création en 1975, la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction) fait ce qu’elle peut, mais la mondialisation libérale n’accepte un embargo commercial que quand il est déjà trop tard. D’ailleurs la Tunisie a réussi à faire retirer les coraux rouges et roses de la liste sous le prétexte de l’importance de cette pêche pour leurs communautés côtières. Pourtant la biodiversité est une condition fondamentale de durabilité des grands mammifères (dont l’espèce homo sapiens), en bout de la chaîne alimentaire…

 

Supprimons nos cités et limitons nos désirs.

CBI 2007

Tokyo juge que le petit rorqual, dont les stocks sont estimés à quelques centaines de milliers, n’est plus menacé et ne doit plus être strictement protégé. La Biosphère décrète donc que l’espèce homo sapiens, forte de plus de six milliards d’individus, est une véritable menace et ne doit plus être protégée…

 

Tokyo fait en effet la guerre à toutes les baleines. Lors de sa 59e session, fin mai 2007, la Commission baleinière internationale a une nouvelle fois rejetée la requête japonaise d’augmenter encore les quotas de pêche des cétacés, passés d’un peu plus de 200 en 2004 à 850 en 2007. Les 77 pays concernés par la Commission ont cette année encore donné le spectacle d’un affrontement bloc contre bloc, amis des cétacés contre amis des pêcheurs. Le représentant de  la délégation nippone a qualifié de « résolution de la haine » une requête symbolique de la CBI demandant que le Japon « cesse de tuer des baleines sous couvert de la science ». Dans ce climat dont la réflexion est absente, il a été impossible de faire approuver la proposition brésilienne de créer un sanctuaire dans l’Atlantique sud, d’autant plus qu’il était nécessaire d’obtenir les trois quarts des voix.

 

Arrêtons de ne voir que nos intérêts particuliers, abandonnons notre anthropocentrisme, cherchons la symbiose avec la Biosphère.

 

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non au portable

Economie/pollution : Le téléphone portable est un concentré de nuisances. D’abord à cause de sa puce. Pour fabriquer une puce de 2 grammes, cela nécessite 1,7 kilos d’énergie fossile, 1 mètre cube d’azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d’eau. Ce n’est pas tout, votre téléphone a aussi besoin de condensateurs en coltan (colombo-tantalite), un minerai malléable, résistant à la chaleur et à la corrosion. Celui-ci est extrait notamment en République démocratique du Congo, au centre d’une guerre pour le contrôle des ressources qui a tué plus de 3,5 millions de personnes depuis 1998. Bilan de l’activité des mines de Coltan : saccage des forêts et des cours d’eau, massacres d’animaux, en particulier les derniers gorilles des plaines. De plus, les champs électromagnétiques générés par les antennes des portables provoquent indirectement des ruptures dans les brins d’ADN des cellules humaines. Les ondes interfèrent aussi avec les ondes alpha et delta du cerveau. Enfin les téléphones jetés après usage concentrent un mélange complexe de composants particulièrement toxiques. Rentabilité oblige, les portables ont été mis sur le marché sans que des études préalables de nuisance aient été faites…

 

Sociologie/addiction : Derrière le jargon hystérique des amateurs de gadgets électroniques, on aura compris l’essentiel : il faut changer de portable aussi souvent que l’exigent la mode, le « progrès » et les fabricants. Plus que tous ces prédécesseurs, ce gadget pousse au mimétisme et au conformisme si chers aux marketerus. Faites le test, dites à vos collègues que vous n’avez pas de portable ; la majorité s’esclaffe : « T’es contre le progrès ? Tu t’éclaires à la bougie ? » ou s’inquiètent : « Mais comment tu fais ? » Le portable est typique du système d’innovation qui consiste à vendre les remèdes aux maux causés par les innovations précédentes. Vous ne parlez plus à vos voisins à cause de la télévision ? Téléphonez-leur ! Mais pourquoi aurions-nous besoin d’une médiation électronique pour communiquer si ce n’est pour nous adapter à un monde qui atomise chacun de nous et qui morcelle nos vies ? Comme la prothèse qui remplace un membre, le téléphone est supposé réparer artificiellement les dégâts de ce monde-là, qui fait de nous les rouages de la machine à produire et à consommer en masse. Finalement des téléphones portables, pour quoi faire ? « Allô, c’est moi. J’suis dans le bus. J’arrive. A tout de suite. » (Extraits de l’article « Le téléphone portable, gadget de destruction massive » in bouquin La tyrannie technologique, éditions l’Echappée, 2007)

 

Celui qui proclame encore son désir d’être absent, hors-champ, présent à lui-même, a tôt fait d’être classé dans les marginaux et les asociaux. Mais celui-là a aussi de fortes chances de rester en paix avec la Biosphère…

 

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utopie numérique ?

L’utopie numérique laissait envisager un monde ouvert, sans nationalismes ni haine. Douce vision qui se fracasse contre les réalités humaines. Internet devait révéler la diversité. il ne véhicule que des stéréotypes. A la place du village planétaire, nous avons hérité d’un marché globalisé ; les sonneries de téléphone mobile représentent un marché mondial de 4 milliards de dollars. La communication interpersonnelle a été annihilée car il paraît plus important de satisfaire son interlocuteur lointain quand la sonnerie vous appelle que de s’excuser d’interrompre une conversation avec son prochain. Le téléphone portable contribue plus que tout autre gadget numérique à détruire la communauté. Les usagers de portable transforment les gens autour d’eux en objets inanimés, en choses. La technologie de l’écran isole les enfants dans leur chambre où trône la télévision et l’ordinateur, les parents vivent leur vie, à l’écart de leurs enfants.

 

A force de vouloir voir au loin, on en a oublié les liens de proximité ; autrefois on s’identifiait à son voisinage, aujourd’hui nous ne connaissons plus nos voisins. Nous sommes victimes de la tyrannie technologique, réveillons-nous, révoltons-nous, n’achetons pas (n’achetons plus) d’objets numériques, vivons au plus près de la Biosphère et de nos prochains…

  

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Sven Lindqvist

La question de la supériorité ou de l’infériorité n’est pas un fait objectif, mais un simple jugement de valeur lourd de conséquences. Le Napoléon de la science française, Cuvier, estimait au moment de la révolution française que la croyance en une échelle des êtres vivants était l’une des plus grosses erreurs scientifiques : « Le fait que nous placions une espèce ou une famille devant une autre ne signifie pas que nous la considérions plus parfaite ou supérieure à d’autres dans le système de la nature. Plus j’ai avancé dans l’étude de la nature, plus j’ai été convaincu qu’il s’agit là du concept le plus mensonger jamais avancé dans les sciences naturelles… » Cela ne l’empêcha pas de diviser les êtres humains en trois races (in Le règne animal distribué selon son organisation) en estimant que la race négroïde se rapproche des primates et que certaines variétés d’êtres humains sont toujours demeurées dans un état de barbarie complète. » Le XIXe siècle fut la systématisation de cette pensée ségrégationniste que Sven Lindqvist décrit parfaitement dans son livre Exterminez toutes ses brutes ! Le processus passe autant par divers textes que par des pratiques coloniales barbares envers les autochtones. Il aboutit en fin de compte à la doctrine du Lebensraum et à la Shoah.

 

La hiérarchie des races, que Petty, Tyson et White avaient imaginée, est devenu un processus historique avec Darwin. Les formes « inférieures » de la hiérarchie précèdent dans le temps des formes « supérieures » et, suivant la logique darwinienne, nous serions forcés d’exterminer nos espèces-parents. Dans De la descendance de l’homme (1871), Darwin écrit d’ailleurs : « Dans une période future, les races d’hommes civilisées auront certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. » Ce qui est fait entre hommes, pourquoi le refuser entre l’homme et la nature ? Charles Lyell, l’inspirateur de Darwin, estime dans ses Principles of Geology que nous n’avons aucune raison de nous sentir coupables parce que notre progrès extermine des animaux et des plantes puisque chaque espèce qui s’est répandue sur un territoire a, de la même manière, réduit ou anéanti totalement d’autres espèces.

 

Une telle haine de la biodiversité n’a pas d’avenir. Nous avons conquis péniblement l’idée de l’égalité entre l’homme et la femme, de l’égalité entre tous les êtres humains, il nous reste à comprendre que nous sommes partie prenante d’une Biosphère où il n’y a ni supérieur, ni inférieur, seulement des organismes différents et complémentaires.

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sir Richard Layard

Sir Richard Layard dans son livre Le prix du bonheur a comme tant de ses semblables une vision déformée des relations normales entre l’homme et la Nature : « En utilisant notre cerveau,  nous avons largement conquis la nature. Nous avons vaincu la plupart des vertébrés, des insectes et des bactéries. En conséquence nous nous sommes accrus en nombre, passant ainsi de quelques milliers d’individus à plusieurs milliards, une performance remarquable. » Pourtant, soixante pages plus loin, il reconnaît qu’il existe un petit nombre de niches, que les ressources sont limitées, que nous sommes voués à des jeux à somme nulle (ce qui est gagné par les uns est perdu par les autres). Quoi que nous fassions, le total disponible ne saurait être modifié, c’est la guerre de tous contre tous. Cent pages plus loin,  il envisage enfin que la compassion puisse aller au-delà des êtres humains, que certains bouddhiste pensent que des paroles tendres aux objets qu’ils rencontrent peuvent avoir un effet positif sur leur propre existence. Le constat  de se sentir appartenir à un ensemble plus grand donnerait un sens à l’existence, c’est le concept même du « moi » qui doit être soumis à un questionnement. Notre objectif ne devrait pas être la réalisation de soi mais une relation harmonieuse entre le monde et moi. Il faut se regarder comme une vague à la surface de l’océan : l’océan est éternel, et la vague n’en est que la forme immédiate et instantanée.

 

Mais Sir Richard en reste au relationnel entre humains, il n’a pas réalisé qu’une humanité qui n’aime pas aussi la Biosphère révèle un humanisme restreint et incomplet. Il cite Epicure : « De tous les biens que la sagesse procure  pour le bonheur de notre vie, celui de l’amitié est de beaucoup le plus grand ». Mieux vaudrait penser, comme l’écologie profonde, que « le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). » Ainsi notre petit moi serait-il certainement plus heureux, simple composante du grand Tout, élément rattaché à la grande chaîne de la vie, l’amour de tous, l’amour de tout.

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2