spiritualités

Spiritualité, religion et écologie

– Toute politique renvoie à un ensemble de prémisses fondamentales sur ce que sont le monde, le réel, la vie, donc à une ontologie (une métaphysique).

– Dans l’ontologie moderne, appelée dualiste car basée sur la séparation radicale ente nature et culture, le monde est peuplé d’individus qui se meuvent sur des marchés. Un tel postulat conduit à la monoculture.

– Le développement a échoué en tant que projet socio-économique, mais le discours du développement contamine encore la réalité sociale.

– Lorsque les fissures du maillage ontologique individu-marché-technoscience se feront plus visibles avec l’aggravation de la crise environnementale, on percevra de plus en plus nettement la forme relationnelle.

– Aucun entité ne préexiste aux relations qui la constituent. Une fleur n’existe pas, elle inter-existe. Des liens de continuité existent entre toutes les formes du vivant. Une ontologie relationnelle implique une culture diversifiée de type agro-écologique.

– Tout être vivant, y compris bien sûr l’être humain, n’est autre que l’expression de la force créatrice de la Terre. Les conceptions qui découlent de cette conviction, par exemple celles des ethnies qui se battent paru la défense de la Terre-mère, sont des visions anticipatrices.

– Aujourd’hui on voit bien que la crise écologique a le potentiel de déstabiliser n’importe quel contexte de développement existant, n’importe quelle promesse de développement.

– La montée des fondamentalismes religieux suppose un rejet de la modernité à l’occidentale.

Arturo Escobar

extraits de son livre « Sentir-penser avec la Terre (une écologie au-delà de l’Occident) » aux éditions anthropocène, le Seuil

Les suppôts de l’économisme sévissent sur LM

Christophe Ramaux* : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux.L’écologie mérite mieux que la régression des nouveaux prophètes de l’apocalypse. Le réchauffement climatique dépend de la population, mais la dernière bombe démographique en Afrique devrait être résorbée à la fin du siècle). Miser sur la réduction de la croissance économique annihilerait le développement (le soulèvement des « gilets jaunes » atteste l’étendue des besoins insatisfait). L’écologie elle-même exige un surcroît de croissance : rénovation du bâti, etc. Ne trompons pas le monde : la pérennisation des retraites et la hausse du pouvoir d’achat ne pourront se faire, à PIB constant, uniquement par la réduction des inégalités. Le découplage relatif – augmentation des gaz à effet de serre (GES) inférieure à celle du PIB – a déjà commencé à l’échelle mondiale, le découplage absolu n’est pas hors d’atteinte. La réduction de l’intensité carbone de l’énergie implique d’abandonner les énergies fossiles au profit du nucléaire. L’histoire fourmille de promesses d’émancipation abîmées par le dogmatisme. Puisse l’écologie y échapper. » Les commentateurs sur lemonde.fr en savent beaucoup plus que ce prof en Sorbonne :

Hervé Corvellec : Une chronique dogmatico-religieuse qui accuse les autres de dogmatisme religieux.

Macadam : Très étonné de voir un économiste « atterré » tenir de tels propos… Arguments consensuels et sans intérêts, lieux communs et fausses affirmations : affligeant. Pour une personne supposément défenseur d’une pensée économique hétérodoxe, ce discours reprend intégralement les arguments mainstream et dépassés que vous étiez censé combattre. Ignorez-vous tout des courants d’économie écologique ? Le découplage est un concept absurde, comment voulez-vous séparer les flux d’énergie et de matière de l’économie. Vu que vous semblez un peu perdu sur le sujet je vous conseille de relire des auteurs comme Georgescu-Roegen (début du 20ème pourtant) qui montrait très tôt qu’on ne pouvait faire dans l’économie sans prendre en compte une biosphère limitée (en se basant sur la 3ème loi de la thermodynamique : l’entropie).

GM80 : Le premier problème que je repère dans votre article cher Monsieur Ramaux c’est de penser que «... le politique a longtemps été pensé sur un mode religieux, à l’image du communisme. Cette page a été tournée en 1989,… ». Donc d’après vous le mode religieux ne s’appliquerait pas aux politiques néolibérales que nous connaissons depuis? En l’invisibilisant vous construisez un discours qui ne peut être concluant car déjà orienté idéologiquement. Vous êtes « hors-sol » comme pourrait le dire Bruno Latour. Qui d’ailleurs parle très bien d’écologie de religion et de politique dans Face À Gaia que je vous conseille fortement.

Laverdure : Au secours, le dogme de la Croissance éternelle est en danger ! Vite, mobilisons quelques sous-diacres assez idiots pour répéter les vieilles antiennes sur un air nouveau. L’OPEP l’a bien dit, la principale menace qui nous pend au nez vient de ces damnés écologistes. Qu’ils rôtissent dans l’enfer du réchauffement climatique incontrôlé. Nous aurons toujours des climatiseurs…
Au fait, invoquer les fins de mois difficiles des Gilets Jaunes pour justifier la croissance à tous prix témoigne d’une sacrée mauvaise foi. Et si l’on répartissait les richesses autrement ?

piotr veliki : Votre dogmatisme religieux, à vous, M. Ramaux, peut se nommer « angélisme économique ». Croyez-vous sincèrement que tous ceux qui ont engagé une course folle au profits, dont le moteur est la cupidité ( ce qui rime avec stupidité) vont benoîtement cesser ? Et je ne parle pas que de la partie des « ultra-riches » qui ignorent purement et simplement « la vie des vivants » mais de cet « accroissement du POUVOIR d’achat » que vous semblez appeler de vos vœux. P.S. : combien de piscines privées ont été construites cet été ?

Michel Lepesant : Tout discours politique n’a pas toujours un mode religieux ? Politique et religion partagent des objectifs communs : proposer explication et sens du monde qui permettent à chacun de donner un sens à sa vie. Faut-il à la dimension apocaplytique des collapsologues leur opposer l’autre alternative théologique : le miracle !

c3po : Ô Grand PIB,
Toi qui nous guides depuis 70 ans,
Toi qui nous a enseigné que les ressources naturelles étaient gratuites et illimitées,
Mène-nous vers la lumière en ces temps obscurs
Où les physiciens, chevaliers de l’Apocalypse prétendent
Que le monde que Tu nous as donné connait des limites physiques,
Et apporte nous la Croissance Éternelle.
Amen

* LE MONDE du 16 août 2019, Christophe Ramaux : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux »

L’écologie a besoin d’une spiritualité

À l’âge de 9 ans, en Inde, Satish Kumar quitte sa famille pour devenir un moine jaïn : « Selon la tradition indienne, un enfant n’est pas un adulte sous-développé, comme on a tendance à le croire en Occident, mais il a une claire compréhension de ce dont il a besoin. Mon père est mort alors que j’avais 4 ans, un moine jaïn que j’interrogeais m’a répondu qu’il était possible d’échapper au cycle de la vie et de la mort en renonçant au monde. Alors, contre l’avis de ma mère et de mes frères, j’ai prononcé mes vœux et j’ai rejoint un monastère jaïn.J’ai été initié aux deux préceptes d’une existence en marche vers son accomplissement. La non-violence, d’abord, est le principe de vie suprême. Ne fais pas le mal, ni à un autre, ni à la nature, ni d’abord à toi-même. C’est une sorte d’amour, prends soin du monde extérieur et de ton monde intérieur. Et le deuxième grand principe spirituel est celui du non-attachement. Je suis en relation avec les êtres et les choses, mais je ne m’en approprie aucune. Je ne suis pas un être englué. La chaise sur laquelle je suis assis est une bonne chaise, j’aime cette chaise, je la remercie. Mais, pour autant, je n’affirme pas qu’elle est à moi et que personne ne peut la prendre. Quand je veux m’en aller, je la quitte. L’attachement est un fardeau qui ne t’apporte que malheur : «ma» femme, «ma» maison, «ma» mère, «mon» argent, «mon» job, «moi, moi, moi» ! Or même le moi ne m’appartient pas. Il est tissé de non-moi : de ces cinq éléments universels, selon la tradition jaïn, que sont la terre, l’eau, l’air, le feu et la conscience. Si j’oublie cela, je me condamne à vivre dans la séparation d’avec la nature, d’avec les autres et finalement d’avec moi. La diversité n’est pas séparation : nous procédons tous d’une réalité unique qu’est la nature. Voilà pourquoi nous devons agir sans violence ni attachement envers elle, afin de la laisser être.

Pourtant j’ai quitté le monastère. J’avais 18 ans lorsqu’un ami m’a transmis en secret l’autobiographie de Gandhi. Lui aussi prônait la non-violence et le non-attachement, mais à la différence du jaïnisme, il affirmait que ces principes devaient s’exercer dans le monde, et non pas hors du monde : en faisant de la politique, en participant à la vie économique, en s’investissant dans l’éducation. Cette lecture a eu sur moi l’effet d’une révolution spirituelle. Une nuit, alors que tout le monde dormait, je me suis enfui du monastère. Et j’ai rejoint un ashram gandhien.L’ idée que nous sommes tissés de nature nous est devenue étrangère : les Occidentaux se vivent comme en exception de la nature… Mais l’hypothèse Gaïa, de James Lovelock, énonce que l’ensemble du vivant sur la Terre forme un superorganisme qui s’autorégule harmonieusement. Si l’on accepte cette idée, nous devons sortir d’une vision mécaniste où chaque cause aura un effet déterminé. Il y a des effets de feedback et de boucle : une interdépendance constante, comme on s’en rend compte aujourd’hui avec le désordre climatique. Cette vision scientifique de Lovelock doit être complétée par la vision éthique d’Arne Naess, philosophe norvégien et fondateur de la deep ecology (écologie profonde). Les plantes, les animaux, les rivières et les montagnes ont un droit intrinsèque à vivre. Il n’y a pas un sujet «homme» et un objet «nature». Il n’y a que des sujets ! Et tous dépendent les uns des autres. L’homme est à la fois l’observateur et l’observé. Avec Lovelock et Naess, nous commençons à nous approcher d’une science, que j’appelle de mes vœux, qui ne serait pas séparée de la spiritualité. J’étais en quête d’une trinité capable d’incarner notre nouvelle histoire : un paradigme neuf dont nous avons besoin pour penser les défis qui nous attendent. La trinité française «Liberté, Égalité, Fraternité» est magnifique, mais ne vise que l’homme et oublie la nature. Quant à la trinité new age du «Mind, Body, Spirit» (l’intellect, le corps, l’esprit), elle néglige la société. D’où ma proposition : «la Terre, l’âme, la société» (Soil, Soul, Society). J’entends certains dire : «Je m’engage pour l’écologie.» D’autres : «L’urgence, c’est le combat pour la justice sociale.» D’autres encore : «Je médite car seul l’éveil spirituel compte.» Ça ne peut pas marcher ! Comme nous l’enseignons au Schumacher College, nous devons faire les trois à la fois : prendre soin de la Terre, c’est prendre soin de son âme ; prendre soin de son âme, c’est se donner les moyens de s’engager de manière juste en politique, et ainsi de militer en retour pour une société favorisant la vie de l’âme et la préservation de la nature. Car le changement ne viendra pas du sommet – dirigeants politiques ou multinationales -, mais de la base : d’une prise de conscience des gens ordinaires. Je reste convaincu que nous pouvons aller vers une société meilleure. Mais ça ne peut pas être un objectif mesurable, planifiable, maîtrisable. C’est un voyage : un pas après l’autre, une action après l’autre. Attentif à ce qui, imprévu, émerge et nous appelle.

La «révolution de l’amour», comme on disait du temps de ma jeunesse, doit commencer par un acte de paix envers soi-même. J’admire Greta Thunberg, mais je l’ai mise en garde : si tu agis par peur, tu seras forcément déçue par le résultat de ton action. Cela ne se passe jamais comme on veut. Alors que si nous agissons par amour, chacune de nos actions, même la plus quotidienne, est un accomplissement, une joie, elle se suffit à elle-même. Agissons en confiance. Nous réussissons ? C’est un cadeau de l’univers ! Nous ne réussissons pas ? Cela valait malgré tout la peine d’être fait. Il s’agit donc d’agir, mais sans s’attacher au résultat ? » (source, Mme Le Figaro, 22 juillet 2019)

Deux lectures pour une formation à l’écologie spirituelle :

Pour une présentation de la spiritualité de Satish Kumar, « Tu es donc je suis – une déclaration de dépendance » (1ère édition 2002, Belfond, 2010) :

http://biosphere.ouvaton.org/de-2000-a-2006/1260-2002-tu-es-donc-je-suis-une-declaration-de-dependance-de-satish-kumar-parution-francaise-belfond-2010

La présentation de « Small is Beautiful » d’Ernst Friedrich Schumacher a été faite par Satish Kumar dans son livre« Pour une écologie spirituelle » (Belfond, 2018), lire :

BIOSPHERE INFO, Small is Beautiful

Alain Hervé, la religion, le terrorisme…

Religion : L’ouvrage philosophique qui sert de référence aux temps modernes, dans lequel on célèbre la religion du plus vite, plus grand, plus gros, plus riche, plus n’importe quoi… s’intitule le Livre Guiness des records.

Supposons que Dieu ait décidé de se reposer le sixième jour, ait oublié de nous créer. A vue de galaxie on peut dire que ça ne changerait rien. Le printemps n’attendrait pas les météorologues pour se présenter, et les grenouilles jouiraient aussi bien du clair de lune sans l’éclairage urbain. Pensons que la vie est tout, et l’homme est le reste.

Terrorisme : Si nous brûlons le pétrole du Proche-Orient dans nos voitures, si nous nous éclairons à l’énergie nucléaire, si nous achetons notre nourriture au supermarché, si nous passons des heures sur Internet… alors, nous appartenons à la civilisation des tours. Alors nous sommes des cibles pour ceux qui ont été chassé de leurs terres par les monocultures, par la construction de grands barrages, par la déforestation… pour tous ceux qui ont été chassés de leurs traditions, de leurs cultures, de leur civilisation.

Urbanisation : Lorsqu’une ville juge nécessaire de s’équiper d’un métro, c’est qu’elle est devenue trop grande. Les habitants ne réussissent plus à se croiser en surface. On les enterre. Paradoxe apparent : c’est dans le métro que l’on trouve le plus grand nombre de publicités pour l’espace, les produits naturels, l’air, le soleil, le confort, la paresse, l’eau pure, et le sexe.

La prolifération humaine dans les magmas urbains, que l’on persiste à appeler des villes, ne semble pas une réussite du bien vivre. Sauf pour d’infimes minorités. Ce sont plutôt des amas de larves affamées qui formeront les milliards dont on peut dire avec certitude qu’ils n’accéderont jamais à la qualité d’hommes, ni même de sujets de la société de consommation. Ce sont les déchets de la religion nataliste.

Homosexualité et décroissance, une révolution éthique

Les valeurs aujourd’hui se modifient à toute allure, mais pas toujours, pas encore. Pierre Palmade n’a plus peur de renouveler son coming out, Dominique Méda se lamente du fait que l’idée de décroissance économique patine. Mais un jour chacun vivra sa sexualité à sa guise tout en ayant dès sa naissance délimitation stricte de son quota de CO2.

Pierre Palmade* : A la fin des années 1960, je me suis affiché une fois avec un garçon à Bordeaux et j’ai été la risée de tout le lycée. Dans ces années-là, on ne parlait pas d’homophobie, puisqu’on ne parlait même pas de l’homosexualité. Donc il n’y avait pas de mots sur ce que je ressentais. Je suis d’une génération qui est passée de la honte à la loi pour le mariage pour tous… C’est le virage le plus historique de la société sur l’homosexualité. C’est incroyable ce changement de regard. Il y a encore quinze ans, si une personne traitait de pédé quelqu’un dans la rue, on regardait le pédé. Maintenant, on regarde l’homophobe. Le délit a changé de camp.

Dominique Méda** : l’économiste Michel Husson a ainsi montré que même si l’intensité en CO2 (la quantité de CO2 émise pour produire une unité de PIB mondial) baissait deux fois plus vite qu’au cours des quarante années passées, une baisse annuelle de 1,8 % du PIB mondial serait nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)…Nous sommes quelques-uns à prôner, depuis la fin des années 1990, sinon l’abandon du PIB comme indicateur de référence, du moins son encadrement au sein de normes environnementales et sociales strictes (possiblement représentées par deux indicateurs non monétaires : l’empreinte carbone et l’indice de santé sociale) dans une société que nous qualifions de « postcroissance », une société qui ne se donne plus pour objectif principal d’obtenir des gains de productivité ou de croissance mais de répondre aux besoins sociaux en visant des gains de qualité et de durabilité. Aujourd’hui, l’objectif principal est de diminuer la production de CO2 de la manière la plus égalitaire possible, y compris en adoptant des quotas carbone individuels. De cela, malheureusement, il n’est guère question aujourd’hui.

Greenpower : La phrase clé c’est «quota de CO2 individuel». Mais sur quelle base distribue-t-on de tels quotas ? La France est à 10t/an/hab quand il ne faudrait pas dépasser 2. Alors comment fait on pour diviser par 5 ? Comment découpler progrès technique et croissance industrielle ? À quelle époque la France a t elle atteint le chiffre de 2t/an/ hab ? Avant la Révolution industrielle probablement. Quelles seront les sanctions si vous dépassez votre quota ? On se dirige vers la dictature écologique voilà.

le sceptique ;Si la nature est un bien commun, si l’objectif est sa modification minimale, si le sol, l’air, l’eau, le climat, le vivant doivent être surveillés et si ce qui les impacte doit être contrôlé pour rester dans une enveloppe d’équilibre, alors chacun naîtra en effet avec un quota d’impact jugé soutenable, chacun sera surveillé pour ne pas dépasser ce quota, y compris dans sa vie privée et sa propriété privée. Je ne vois pas trop d’autre aboutissement logique aux présupposés de départ (l’écologie).

* LE MONDE du 28-29 avril 2019, Pierre Palmade : « Je veux m’éloigner de mes démons »

** LE MONDE du 28-29 avril 2019, Dominique Méda : « La croissance est-elle la meilleure ou la pire des choses ? »

L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens

Euthanasie en suspens, il y a des décisions qu’on n’arrive pas à prendre. Appelé à se prononcer pour la seconde fois sur le cas de Vincent Lambert, le Conseil d’Etat a jugé, mercredi 24 avril, que la décision d’arrêt des traitements prise le 9 avril 2018 à l’issue d’une procédure collégiale portée par le docteur Vincent Sanchez, le chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims (Marne), était conforme à la loi.* Sur ce blog biosphere, nous avons suivi les pérégrinations de la loi :

10 mai 2018, Le purgatoire à perpétuité pour Vincent Lambert

8 juin 2015, Affaire Vincent Lambert : la loi européenne tranche

7 juin 2015, Vincent Lambert et le droit de mourir dans la dignité

16 janvier 2014, Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ?

Pour complément d’analyse, donnons la parole aux commentateurs sur lemonde.fr, tous unanimes pour condamner l’acharnement thérapeutique :

jjdr : Ça c’est de l’agonie de professionnel, bravo ! Au passage on dirait que les lois Léonetti ne servent à rien juste à leurrer les gogos !

Ac : Ce qui est le plus tragique dans cette histoire, c’est l’hypocrisie de nos lois. Les médecins vont arrêter les traitements et laisser « la nature suivre son cours ». Donc, laisser M. Lambert mourir de faim et de soif (surtout de soif) jusqu’à ce que son cœur lâche. Car ils n’ont pas le droit (et pour certains pas l’envie) d’agir autrement. Chaque dose de morphine administrée est surveillée, documentée. Quand on est en fin de vie, mieux vaut ne pas avoir le cœur trop solide (ni un pacemaker).

Sur : Une sédation profonde et continue empêche toute ressenti de douleur, d’etouffement, de faim ou de soif ou …, et aboutit rapidement à un décès. C’est certain.

Olivier : Le CHU mobilise combien de personnes pour s’occuper de lui ? Et combien de personnes bien vivantes sont elles négligées, subissent elles des retards de prise en charge ? C’est une aberration de notre système. Aux USA ils auraient déjà été mis dehors pour non paiement, idem en Inde ou en Chine. C’est à cause de tels excès que notre système est fragilisé. C’est inhumain mais tellement divin. Je me demande qui paie leurs divers actions en justice, et quand leur sera envoyée la facture du CHU !

advitem eternam : Ces parents sont ignobles, ils empêchent leur belle fille de refaire sa vie, usent et abusent de la générosité de leurs concitoyens (qui financent la sécu), maintiennent artificiellement leur fils (qui n’aurait pas souhaité cela) et n’assument aucun frais de justice. Mais Dieu observe et pour tout cela il les enverra en enfer, la justice humaine et divine passera.

Domnick : Des parents qui préfèrent une idéologie à leur fils sont immatures et dangereux. Quel acharnement, quelle cruauté au nom de grands principes. Là et ailleurs, l’intégrisme n’a pas un beau visage.

Pognon dingue : Si on faisait payer aux parents la journée de soins intensifs ils changeraient d’avis

Bibi de Bordeaux : Qu’en est-il réellement de l’intérêt de ce pauvre garçon, pris en orage par des jusqu’au-boutistes ? Plus généralement, une immense majorité de français est favorable à une loi reconnaissant le droit de mourir dans la dignité et le suicide assisté. Par quelle lâcheté des hommes politiques sommes-nous pris en otage ?

Maï : Même si la loi sur la fin de vie n’est pas parfaite, mieux vaut que tout adulte dès 18 ans exprime ses directives personnelles de fin de vie et désigne sa-es personne-s de confiance chargée-s de faire appliquer les dites directives au cas où il ne pourrait plus s’exprimer.

Enkidou : Quand on voit les conséquences humaines et le coût pour la collectivité engendrés par l’obstination déraisonnable de ces gens, difficile d’admettre que la loi française ne doive pas être modifiée. Il est incompréhensible et inadmissible que, s’agissant d’une personne majeure au moment de l’accident, les parents de la victime aient ce droit de tourment perpétuel, au détriment, en l’occurrence, de son épouse. Cf. Genèse 2:24 : l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme …

Pierre HUBU : Puisque les parents sont cathos tradis, je ne comprends pas pourquoi ils ne laissent pas leur fils bien aimé s’envoler loin de cette vallée de larmes pour rejoindre un monde meilleur où des angelots à ailes blanches lui chanteront de jolies chansons en attendant le Résurrection. Pendant ce temps là, il ne coûtera plus rien à la Sécu dont l’argent pourra être mieux employé à soigner les vivants plutôt que de maintenir les quasi morts en une vie artificielle..

Épilogue de cette histoire sans fin : Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision du Conseil d’Etat, Pierre et Viviane Lambert, proches des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ont annoncé via leurs avocats le dépôt de deux recours au fond, « sur des fondements différents », devant la CEDH et devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. « La décision du Conseil d’Etat n’est donc pas définitive et la décision de provoquer la mort de Vincent Lambert ne peut pas être exécutée », écrivent-ils.

* LE MONDE du 25 avril 2019, Affaire Vincent Lambert : le Conseil d’Etat valide la décision d’arrêt des traitements

Rubrique faits divers, Notre-Dame de Paris en flammes

Étonnant qu’un discours qui devait clore le Grand débat en France soit complètement oublié pour une cathédrale qui brûle. Le musée du Louvre brûlerait-il intégralement que rien ne serait véritablement changé sur cette Terre. A plus forte raison quand Notre-Dame de Paris connaît un incident de parcours. Notre république est soumise à la dictature des faits-divers. Dès 18h50, les premières flammes sont apparues sur le toit de l’édifice touristique ; quelques instants plus tard, Emmanuel Macron reporte à une date non déterminée l’allocution télévisée qu’il devait prononcer ce lundi 15 avril à 20 heures pour conclure le Grand débat. Qu’est-ce qui était le plus important, la manière de structurer notre avenir ou quelques pensées éparses pour notre passé religieux ? Qu’est-ce qui est le plus important, se laisser emporter par une émotion artificiellement construite autour de quelques pierres et charpente ou agir rationnellement contre les émissions de gaz à effet de serre ? Faisons le tour des réactions politiques*, unanimes pour masquer leurs différences en célébrant l’unité nationale autour des vestiges d’un passé dédié à un dieu abstrait, trop loin de nos contingences bio-physiques  :

Emmanuel Macron : « Notre-Dame de Paris en proie aux flammes. Emotion de toute une nation. Pensée pour tous les catholiques et pour tous les Français. Je suis triste ce soir de voir brûler cette part de nous. Notre-Dame c’est notre histoire, notre littérature, notre imaginaire, le lieu où nous avons vécu tous nos grands moments, nos épidémies, nos guerres, nos libérations. Cette histoire, c’est la nôtre, et elle brûle.  »

Jean-Luc Mélenchon : « Notre-Dame est depuis plus d’un millier d’années le métronome des Français. (…) Ce bâtiment est un membre de notre famille à tous et, pour l’instant, nous sommes en deuil… Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame », souligne le député des Bouches-du-Rhône, qui a demandé « vingt-quatre heures de pause politique ».

Laurent Wauquiez : « Désolation en voyant partir en fumée ce symbole de nos racines chrétiennes, de la littérature de Victor Hugo. C’est tout une part de notre histoire, de nous-mêmes, qui brûle ce soir ».

Marine Le Pen : « Les dégâts sont terrifiants. Tous les Français ce soir ressentent un chagrin infini et un vertigineux sentiment de perte. »

De François Hollande à Nicolas Sarkozy, en passant par François Fillon ou Jean-Marc Ayrault, la plupart des anciens dirigeants français sont sortis de leur retraite pour dire leur émotion et appeler à l’implication de chacun dans la reconstruction de l’édifice. Ah, si la même unanimité pouvait se réaliser autour de la condamnation d’une croissance économique sans issue…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Incendie de Notre-Dame de Paris : et soudain, le monde politique français se rassemble dans l’émotion

Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

Dans une tribune au « Monde », quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents, dont ceux de l’Amazonie brésilienne, lancent un appel à protéger le caractère « sacré » de la nature et à s’opposer aux projets du président du Brésil : « Nous, gardiens et enfants de la Terre Mère, peuples indigènes et alliés, nos prophéties, notre sagesse et nos savoirs nous ont permis de constater que la vie sur la Terre Mère est en danger et que l’heure d’une grande transformation est arrivée. Nous appelons l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers. Il est vital de transformer notre approche de la nature en l’envisageant non comme une propriété, mais un sujet de droit, garante de la vie… Nous devons évoluer vers un paradigme basé sur la pensée et la philosophie indigènes, qui accorde des droits égaux à la Nature et qui honore l’interrelation entre toute forme de vie. Il n’y a pas de séparation entre les droits des peuples indigènes et les droits de la Terre Mère… Il est plus que jamais urgent que le monde adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère… Il est vital de sanctuariser de toute urgence la totalité des forêts primaires de la planète qui sont traditionnellement sous la garde des peuples indigènes, puisque l’Organisation des nations unies a déjà reconnu que leur présence est un facteur garantissant la non-détérioration de ces environnements inestimables… Nous avons la responsabilité de dire à la terre entière que nous devons vivre en paix les uns avec les autres et avec la Terre Mère, pour assurer l’harmonie au sein de ses lois naturelles et de la création… Nous souhaitons qu’il en soit ainsi, avec le soutien de tous les peuples du monde, notamment de tous les citoyens. Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature pour œuvrer et veiller tous ensemble aux générations futures.« 

DOMINIQUE GREUSARD sur lemonde.fr : Pas grand-chose à ajouter ou à retrancher à cette tribune. Elle montre que des peuples extraordinairement différents doivent pouvoir s’entendre sur un socle commun pour ce que, massivement, nous percevons désormais comme essentiel : laisser une planète en état de vie à nos enfants. Défendre une Amazonie gravement menacée, ce n’est pas seulement défendre le peu de ses autochtones qui ont réussi à survivre, c’est aussi défendre l’air que nous pourrons respirer demain.

Fantasmes Écolos-Bobos  :Pourquoi devrions-nous prendre au sérieux tous ces poncifs pour écolos-bobos: la « Terre-Mère » (mère de quoi? de qui? Avec quel père ? ), le « caractère sacré de l’eau, du feu, du ciel » (vive la religion!) ou encore « les relations interpersonnelles avec la Nature » (n’oublions pas la majuscule, c’est une dame !) ?Et pourquoi devrions-nous accorder du crédit à un anathème envers les entreprises ? Halte aux fantasmes des ONG !

JEAN-PIERRE ROUSSET : Que vous le vouliez ou non, d’un point de vue strictement scientifique la vie est le résultat de l’action du soleil (le père) sur la terre (la mère). Vous n’êtes pas obligé de considérer la vie comme sacrée, ni l’eau que vous buvez, ni l’air que vous respirez, mais quand ils seront devenus toxiques à cause des industries (et c’est déjà le cas un peu partout), vous viendrez pleurer comme ces Indiens dont on vole le territoire ancestral. Mais il sera trop tard.

MARC PIEPLU : Je ne suis ni bourgeois ni bohème. Il est plus que temps de considérer que les humains font partis du vivant qui se trouve sur terre et que nous ne vivons que grâce à l’interaction au sein du vivant. Si nous poursuivons la destruction de ce vivant, y’a pas besoin d’être bobo pour comprendre ce qu’il va se passer.

G F : S’ils espèrent que l’UE va se priver d’un juteux accord de libre-échange, alors que c’est sa raison d’être .. S’ils pensent que les citoyens européens ont leur mot à dire, alors que le CETA est appliqué ´provisoirement’ depuis 2 ans sans vote…

OLIVIER RIOU @ GF : Ils se contentent de nous rappeler que nous ne pouvons vivre sans eau, air et aliments. Trop difficile pour nous de comprendre? Bolsonaro, trump, etc…incarnent notre fuite en avant: à nous de réfléchir

le sceptique : Je ne reconnaîtrais aucune valeur à un texte quelconque (et aucune légitimité à un gouvernement quelconque) s’engageant à reconnaître un caractère « sacré » à la nature ou utiliser l’expression « terre mère » comme dénomination de la planète. Je comprends et respecte le point de vue de ces autochtones, mais je n’entends pas pour autant renier ma propre vision dénuée de sacré, qui est aussi celle des sciences et (à mon avis) des majorités de citoyens dans les sociétés modernisées.

Michel PHILIPS au sceptique : La notion de « sacré » fait ici référence, non pas à une religion, mais à l’absolue nécessité de respecter la terre qui nous permet tout simplement d’être là, de vivre. En ne respectant pas cette planète, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis

SARAH PY : Terre mère, jolie formule qui met de l’affectif à notre rapport à notre Planète. Et ce lien de subjectivité est essentiel pour vouloir la défendre et la protéger. Ce lien de l’affectif est ce qui fait le propre de l’homme et c’est avec les hommes qui ont du cœur qu’il est heureux d’échanger : les qualités du cœur l’emportent toujours sur celles du seul esprit. …. même le sceptique a un cœur, je n’en doute pas :).

Jub : Terre mère, terre nourricière etc, c’est juste le bon sens de ceux qui vivent au contact de la nature et qui survivent avec ce que la nature offre. Nos sociétés sont remplis de sceptiques qui croient que les poissons sont carrés. Ils vénèrent le Carrefour qui les nourrit.

* LE MONDE du 11 avril 2019, Appel des peuples indigènes : « Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, nous vivons les prémices d’une apocalypse »

Les signataires : Cacique Ivanice Pires Tanone, peuple Kariri Xocó, Brésil ; Cacique Paulinho Paiakan, peuple Kayapó, Brésil ; Cacique Ninawa Inu Pereira Nunes Huni Kuí, peuple Huni Kuí, Brésil ; Jorge Quilaqueo, peuple Mapuche, Chili ; Mindahi Crescencio Bastida Munoz, peuple Otomi, Mexique ; Magdalene Setia Kaitei, peuple Maasaï, Kenya ; Hervé Assossa Soumouna Ngoto, peuple Pygmée, Gabon ; Vital Bambanze, peuple Batwa, Burundi ; Tom B.K. Goldtooth, peuple Navajo, Etats-Unis ; Mihirangi Fleming, peuple Maori, Nouvelle-Zélande ; Edouard-Jean Itopoupou Waia, peuple Kanak, Nouvelle-Calédonie ; Hairudin Alexander, peuple Dayak, Indonésie ; Su Hsin, peuple Papora, Taïwan; Appolinaire Oussou Lio, peuple Tolinou, Bénin.

L’Écologie sera l’idéologie première du XXIe siècle

André Malraux aurait prononcé au siècle dernier cette phrase devenue mythique : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. » En novembre 1975, Malraux déclara ne jamais l’avoir prononcée : « On m’a fait dire : “Le XXIe siècle sera religieux. ” Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. » La même année il précisait dans un livre : « Je pense que si l’humanité du siècle prochain ne trouve nulle part un type exemplaire de l’homme, ça ira mal… Et les manifestations de mai 68 et autres ectoplasmes ne suffiront pas à l’apporter. »

Aujourd’hui une classe de 4ème d’un collège « André Malraux » peut écouter le message de Nicolas Borde : « Il est temps d’agir pour la planète et vite ! ». Ce dernier a abandonné son précédent métier fait de multiples voyages en avion par delà le monde au profit d’une nouvelle vie sur le chemin de l’écologie. Il est aujourd’hui « paysan » comme il aime à le dire et ne cultive qu’en agriculture biologique sans engrais et sans produits chimiques. Ses ouvriers sont les insectes qui, en tant qu’auxiliaires de culture, lui permettent de cultiver sainement et naturellement dans le respect de notre planète. Ce choix de vie est le fruit d’une véritable prise de conscience : l’article s’intitule « L’ECOLOGIE, notre AVENIR »*. Mais de là à aboutir à une religion de la nature, il y aura encore beaucoup de chemins de traverses. Notre rapport à la nature est fondamentalement anthropocentrique, centré sur les humains. Les bribes de biocentrisme ou d’écocentrisme ne sont que spiritualités en devenir. Même ceux qui se veulent en pointe sur l’écologie, les membres d’EELV, ont toujours refoulé les amoureux de la nature au rang de minorités à ignorer. C’est ce que démontre sans le vouloir le livre d’Arthur Nazaret sur l’histoire de l’écologie politique**.

Arthur conclut sans doute que ce courant politique incarne « la seule idéologie nouvelle du XXIe siècle », mais il en reste au niveau des conflits interpersonnels qui ont émaillé l’histoire des Verts. Il est vrai que la lutte pour les places a toujours été rude pour les membres de ce qu’on a pu un jour désigner comme « la firme ». Les Verts peuvent se serrer les coudes lorsqu’il y a un combat à mener de Fessenheim (14 avril 1971) à Notre-Dame-des-Landes (17 janvier 2018), mais leurs dirigeants n’ont pas leur pareil pour s’étriper dès lors qu’il s’agit de parler cuisine électorale. La famille écologiste est divisée depuis sa naissance entre les partisans du « ni droite, ni gauche », et ceux qui veulent arrimer l’écologie politique à la gauche. Il ne s’agit pas de raisons écologistes, mais de rationalisations électoraliste, pour obtenir un jour un groupe parlementaire, ce qui avait abouti en 2012 avec l’arrimage au PS. Cette expérimentation politicarde s’est terminé par un fiasco total avec la présidentielle 2017. Des plus les débats de fond se sont toujours mélangés aux affinités et rivalités interpersonnelles. Il est donc dommageable pour le mouvement écolo que Nazaret s’attache davantage à l’histoire des acteurs de l’écologie politique qu’à celle des idées qu’ils portent. Comment s’y retrouver entre opportunistes éparpillés entre courants, chapelles et tendances ? Nazaret, hélas, ne propose ni enseignement ni mise en perspective. Mieux vaut aller au fond des choses, accorder son attention à ces prémices d’une nouvelle spiritualité qui est portée par l’écologie profonde d’Arne Naess ou les différentes versions de la Terre-mère. Un siècle est devant nous, puissions nous tous agir pour que l’écologie sectaire devienne un mouvement spirituel basé sur les capacités biophysiques de notre biosphère et non sur les échéances électorales…

* http://www.clg-mazan.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?article1325

** LE MONDE du 10 avril 2019, La turbulente histoire des écologistes

PS : le livre de Nazaret n’est que la suite de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’écologie, entre autres :

– La naissance de l’écologie politique en France : Une nébuleuse au cœur des années 68 (2017) d’Alexis Vrignon

L’écologie à l’épreuve du pouvoir (2016) de Michel Sourrouille

– Quand l’écologie politique s’affiche (2014) de Dominique Bourg

– Histoire de la révolution écologiste (2007) d’Yves Frémion

– Histoire de l’écologie politique : Comment la Gauche à redécouvert la nature (1999) de Jean Jacob

En Uttar Pradesh, le cauchemar de la vache errante

Notre planète souffre à la fois de sacralisation de la consommation et de conservatismes sacralisés. Depuis que les nationalistes hindous au pouvoir dans l’Uttar Pradesh ont fermé les abattoirs clandestins, le bétail épargné est devenu une source de nuisance et un fardeau. Les commissariats ont été obligés d’adopter une vache pour « montrer l’exemple ». Des groupes extrémistes ont mené des rondes de nuit pour lyncher des acteurs supposés de la filière bovine. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que les vaches en liberté deviendraient si nombreuses qu’elles saccageraient les champs et encombreraient les villes*. Yogi Adityanath, le moine extrémiste nommé à la tête de l’Etat indien le plus peuplé, ferait mieux de lire Malthus :

« Le fermier doit désirer que ce nombre absolu croisse. C’est vers ce but qu’il doit diriger tous ses efforts. Mais c’est une entreprise vaine de prétendre augmenter le nombre de leurs bestiaux, avant d’avoir mis les terres en état de les nourrir. Je crois que l’intention du Créateur est que la terre se peuple ; mais qu’il veut qu’elle se peuple d’une race saine, vertueuse et heureuse ; non d’une race souffrante, vicieuse et misérableSi nous prétendons obéir au Créateur en augmentant la population sans aucun moyen de la nourrir, nous agissons comme un cultivateur qui répandrait son grain dans les haies et dans tous les lieux où il sait qu’il ne peut pas croître. Il n’y a aucun chiffre absolu : garnir une ferme de bestiaux, c’est agir selon la grandeur de la ferme et selon la richesse du sol qui comportent chacune un certain nombre de bêtes. »**

Notre époque, qui a atteint le sommet dans l’accumulation de richesse et le consumérisme désordonné, nourrit des extrémistes de toutes sortes qui provoquent les conditions pour mettre la planète à feu et à sang. Le dirigeant de l’État de l’Uttar Pradesh est aussi le chef d’une milice hindoue qui sème la terreur parmi les musulmans. Ce moine de 45 ans a été emprisonné en 2007 pour avoir organisé des émeutes, et il est poursuivi pour tentative de meurtre, intimidation criminelle et incitation à la haine. Nous détournons les principes sacrés et oublions le meilleur. La vache sacrée est le terme occidental pour nommer Gao Mata (en hindi), c’est-à-dire « Mère Vache », une Mère universelle qui donne son lait à tous. Elle représente la sacralité de toutes les créatures. Aujourd’hui nous devrions tous célébrer la Terre-mère, et pas ses succédanés, qu’ils s’appellent Vache, Homme, Mahomet ou Trump.

* LE MONDE du 7-8 avril 2019, En Inde, le cauchemar de la vache errante

** Malthus en 1803, Essai sur le principe de population (Flammarion 1992

Françoise d’Eaubonne, une icône de l’écoféminisme

Écoterrorisme : L’essai sur le féminisme que Françoise d’Eaubonne écrivit en 1971-1972 se termine sur la découverte du problème écologique, le jour où elle fut scandalisée d’entendre un ami lui dire : « Le problème de la révolution passe au second plan devant l’urgence écologique. Le prochain acte réellement révolutionnaire sera l’attentat contre une centrale nucléaire en construction. Le Capital en est au stade du suicide, mais il tuera tout le monde avec lui ». Il lui aura fallu plus d’un an pour assimiler la profondeur de cette vérité. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne participera à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres contre la centrale de Fessenheim un attentat à l’explosif le 3 mai 1975, retardant de quelques mois son lancement. Elle assume cette position radicale jusqu’au bout puisque dans ses derniers tomes de mémoires elle écrit encore : « La contre-violence, nom véritable de ce qu’on appelle aujourd’hui terrorisme, semble très indiquée comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même ; il va de soi que les attentats ne visent que des points de rupture précis du front ennemi, économisant au maximum les vies humaines, n’employant la prise d’otages qu’à bon escient et jamais avec n’importe qui, utilisant les moyens destructifs pour supprimer les coupables les plus évidents ou instruire le plus grand nombre possible d’abusés du sens de cette guérilla urbaine. »

Malthusianisme : Françoise d’Eaubonne dénonce l’imposture de la croissance démographique, en appelant carrément à la grève des ventres, dans une révolution écoféministe et en même temps tiers-mondiste. Ayant dévoré le premier rapport du club de Rome établi par les experts du MIT en 1972, elle insiste sur les limites de la planète : « Aucun régime politique, fût-ce celui de l’Age d’or, aucun invention géniale ne changera ce petit fait désolant : notre planète ne compte que 40 000 km de tour, et rien ne lui en ajoutera un seul. » Ces limites impliquent une limitation de la population. Pour elle, le lapinisme et le patriarcat vont de pair. Donc pas de révolution sans contrôle drastique des naissances. Elle identifie dans l’illimitation, ce qu’elle appelle l’illimitisme de la société patriarcale, le paradigme de la modernité économique. « La destruction des sols et l’épuisement des ressources signalées par tous les travaux écologistes correspondent à une surexploitation parallèle à la sur-fécondation humaine. » La surpopulation est donc, selon elle, la conséquence du « lapinisme phallocratique ». La décroissance doit être aussi, voire surtout, démographique, mais néanmoins sélective. Elle insiste sur le fait que ce qu’on appelle désormais l’empreinte écologique est, pour les enfants du Nord, beaucoup plus forte que celle du Sud : « Quand on sait ce que coûte à des ressources déjà si compromises et si abîmées la naissance d’un seul enfant des pays moins surpeuplés (ceux du bloc capitaliste-privé) par rapport à un enfant de l’autre camp, le sous-développé, et qu’un petit Américain ou Suisse va détruire davantage que dix Boliviens, on mesure avec précision l’urgence d’un contrôle démographique mondial par les femmes de tous les pays… La seule solution à l’inflation démographique, c’est la libération des femmes, partout à la fois. »

Ecoféminisme (terme créé en 1974 par Françoise d’Eaubonne) : «  Quand en 1978 j’ai fondé le mouvement de réflexion Ecologie-féminisme qui estimait utile de confier les soins du sauvetage planétaire au courant de libération des femmes – non en vertu de « valeurs féminines » plus ou moins imaginaires, mais de la part spécifique que la patriarcat réserve au deuxième sexe -, j’ai bien pris soin dans mon livre Écologie/féminisme de distinguer cette analyse et cet appel de tout idéalisme philosophique, essentialisme ou naturalisme, et en soulignant que la mutation est le but final de toute révolution. »

Françoise d’Eaubonne, « Écologie et féminisme (révolution ou mutation ?) », première édition en 1978, réédition 2018 aux éditions Libre & Solidaire – 212 page pour 18,90 euros

NB : Françoise d’Eaubonne est née en 1920, elle est morte le 3 août 2005

BIOSPHERE-INFO, Hans Jonas et notre responsabilité

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Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » pour la première fois en 1979, juste au moment du deuxième choc pétrolier. Il pensait que le marxisme poursuivait les mêmes buts que le capitalisme, l’extension de la sphère marchande et la croissance économique, c’est-à-dire une « utopie » dangereuse. C’est pourquoi selon lui la Nature ne fait pas de différence entre le fait que l’attaque vienne de « droite » ou de « gauche ». Voici un bref résumé de cet ouvrage en utilisant le plus possible les expressions de Hans Jonas (qu’on a actualisé par une expression entre parenthèse).

(Le principe responsabilité, éditions du  Cerf 1990)

1/3) la dynamique du progrès technique

Dès l’origine, ce fut une thèse marxiste que par son travail l’homme « humanise » la nature et qu’une fois la révolution accomplie, le marxisme réalisé humanisera l’homme lui-même. Manifestement cette conception donne au terme « humaniser » deux interprétations contradictoires : pour l’homme, il veut dire que l’homme n’est plus soumis à la nature et c’est ainsi seulement qu’il peut être pleinement lui-même. Pour la nature, le marxisme implique qu’elle est totalement au service de l’homme et qu’elle ne peut donc plus être elle-même. Par exemple la monoculture réduit un habitat écologique diversifié à la présence exclusive d’une culture unique qui peut seulement se maintenir sous les conditions artificielles imposées par l’agriculteur (# agriculture biologique).

De plus l’agir technologique n’a pour objectif que de réaliser des objectifs à court terme. L’expérience prouve que ces développements techniques ont tendance à se rendre autonome, échappant ainsi à la volonté humaine et même à la planification  de ceux qui agissent (technicisme). Le mouvement d’expansion est trop rapide et ne laisse aucune place pour des stabilisations automatiques ou concertées (sur-programmation). Même la source d’énergie la plus permanente et la plus pure de toutes ne pourra satisfaire qu’une fraction de la voracité de la civilisation moderne. Cependant (à l’heure actuelle) la disponibilité de l’abondance matérielle permet la satisfaction des besoins de tous (la classe globale), ce qui favorise l’acceptation de ces  processus techniques de reconstruction de la nature et de mécanisation de l’organisation du travail (méga-machine).

Le progrès technique et la recherche de l’abondance entraîne la détérioration du milieu naturel au risque de notre perte. Le châtiment des techniques de maximisation agraire commence déjà à se manifester par la contamination chimique des eaux avec tous les effets néfastes que cela entraîne pour l’interdépendance des différents organismes (biocide). De plus il existe une barrière plus fondamentale, l’élaboration d’engrais synthétiques est une forme d’utilisation de l’énergie, ce qui pose non seulement le problème de l’obtention de ressources, mais aussi l’irréalisme d’utiliser l’énergie à l’intérieur du système fermé de la planète : la combustion des matières fossiles entraîne en effet l’augmentation de leffet de serre et le réchauffement global. C’est là une limite implacable aux rêves extravagants d’une humanité plusieurs fois démultipliée qui vivrait dans l’exubérance technologique. La thermodynamique est intraitable, la loi infrangible de l’entropie veut que lors de chaque production de travail, l’énergie se dégrade en chaleur et que la chaleur se disperse.

Un héritage dégradé dégradera nos héritiers. En dernière instance, la question n’est pas de savoir combien l’homme sera encore à même de faire, mais celle de savoir ce que la Nature peut supporter (empreinte écologique). Cette question fait partie du champ de la science encore jeune de l’environnement.

2/3) l’éthique du renoncement

Le fait que tant de choses, à commencer par l’état de la biosphère, dépendent de ce que l’homme peut faire a quelque chose d’effrayant. Mais le pouvoir, associé à la raison, entraîne de soi la responsabilité. Dans l’homme, la nature s’est perturbée elle-même, et c’est seulement dans notre faculté morale qu’elle a laissé ouverte une issue : mon agir ne doit pas remettre en question l’intérêt entier des autres également concernés, c’est-à-dire les générations futures (développement durable). Les pays riches ont la possibilité d’inverser la tendance à la croissance en consommant moins et réduisant ainsi les capacités de production (simplicité volontaire). Pour les pays développés, cela signifie des renoncements car l’ascension des pays sous-développés ne peut se faire qu’à leurs dépens. Mais il n’y a objectivement aucun doute que dans les pays sur-développés, il existe une marge confortable pour des restrictions qui nous placeraient encore loin devant nos grands-parents, et même nos parents (décroissance soutenable).Cependant la réaction subjective de la population en l’absence d’une nécessité visible est une autre affaire, et pour les Etats-Unis par exemple une résistance spontanée à la baisse du niveau de vie serait pratiquement certaine et inclurait la classe ouvrière.

La conception libérale dominante dans le monde occidental laisse l’espace le plus large possible au libre-jeu des forces, mais la revendication de droits qu’il faut garantir occulte l’exigence des obligations à respecter. Néanmoins la solution, de plein gré si possible, forcée si nécessaire, se trouve dans la direction d’une éthique du renoncement.

pour un pouvoir fort

Aussi avons-nous trouvé un principe qui interdit certaines expériences dont la technologie est capable : comme jamais l’existence ou l’essence de l’homme ne doivent être mis en péril par les paris de l’agir, il faut dans toute décision  accorder la préférence aux pronostics de malheur sur les pronostics de salut (principe de précaution).

Notre thèse est que les nouvelles dimensions de l’agir réclament une nouvelle éthique de la responsabilité et la prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise. On ne pourra contester à l’homme politique le droit de mettre en jeu l’existence de la nation au profit de l’avenir si vraiment l’extrême est en jeu. Le péril qui menace la communauté devient une puissante impulsion de l’homme de courage à proposer sa candidature et à s’emparer de la responsabilité.

Pour appliquer cette nouvelle éthique, un système libertaire serait préférable pour des raisons morales, mais les systèmes moralement bons sont des systèmes précaires ; l’Etat peut seulement être aussi bon que le sont les citoyens. De plus l’homme politique peut supposer idéalement dans sa décision l’accord de ceux pour qui il décide en tant que leur chargé d’affaires, mais des générations futures on ne peut obtenir de facto un accord (acteurs-absents). Par conséquent « La tyrannie communiste paraît mieux capable de réaliser nos buts inconfortables que le complexe capitaliste-démocratique-libéral ».

3/3) Explicitations de Hans Jonas en 1992

Der Spiegel : Hans Jonas, comment en êtres vous venu à établir « le principe responsabilité » en 1979 ?

Hans Jonas : « Il suffisait de regarder autour de soi, de reconnaître ce qui s’était passé. De prendre conscience de la situation du monde, ce qui était à la portée de tout un chacun. C’est désormais à partir de nous que s’ouvrent les trouées et les brèches à travers lesquelles notre poison se répand sur le globe terrestre, transformant la nature tout entière en un cloaque. Nous sommes devenus extrêmement dangereux pour nous mêmes, et ce, grâce aux réalisations les plus dignes d’admiration que nous avons accomplies pour assurer la domination de l’homme sur les choses. C’est nous qui constituons le danger dont nous sommes actuellement cernés et contre lequel nous devons désormais lutter. Il s’agit là de quelque chose de radicalement nouveau.

Nous étions en train de créer les conditions de notre propre perdition… que nous ne nous autorisions les bonnes choses dont nous jouissons présentement qu’au détriment du futur… et que nous n’en avions pas le droit. Nous n’avons pas le droit d’hypothéquer l’existence des générations futures à cause de notre simple laisser-aller. J’ai formulé le principe suivant : lorsqu’il existe deux pronostics opposés quant aux grandes révolutions technologiques, l’un bénéfique, l’autre néfaste, il faut, en vertu de la dimension de notre puissance et de ce qui est en jeu, accorder la préséance au pronostic défavorable et renoncer ou, tout au moins, ralentir le processus. Compte tenu de la puissance colossale de la technique nucléaire, il devient d’une aveuglante clarté que la prévention est la principale mission de la responsabilité. Même le nucléaire civil, dont bénéfice l’homme, recèle un potentiel de malheur qui, pour n’être ni intentionnel ni soudain, n’en est pas moins sournois.

On ne pouvait pas méconnaître que les conséquences de la technique avaient commencer à devenir ambiguës. La technique pré-moderne était macroscopique, comme l’étaient également les instruments anciens. En manipulant les grandeurs relatives au monde corporel visible, la technique se tenait encore à la superficie des choses. Depuis elle a pénétré jusqu’au niveau moléculaire ; elle peut désormais crée une matière qui n’a jamais existé, modifier les formes de la vie, libérer des forces. Cette capacité de créer au cœur des choses implique l’apparition des nouveaux dangers, liés à la nouvelle puissance. L’un d’entre eux consiste à charger l’environnement de substances dont les métabolismes ne peuvent venir à bout. A la dévastation d’ordre mécanique s’ajoute l’intoxication chimique et radioactive. L’accroissement de la puissance a pour origine un accroissement de connaissance. La théorie pure, en devenant pratique, événement unique en son genre lié à l’Occident, a consacré une supériorité unilatérale de l’homme dont les interventions sur les ordres de grandeurs et sur l’espèce.

(Der Spiegel, 11 mai 1992, repris par « Une éthique pour la Nature » (Arthaud poche 2017)

CONCLUSION

Hans Jonas, qui écrivait bien avant la chute du mur de Berlin (1989), se trompait lourdement sur l’efficacité d’un système centralisé à réguler les équilibres planétaires. De l’autre côté un parti libéral, au service des entreprises et donc du pillage de la planète, au service du marché et donc du court terme, ne peut avoir un tel objectif de maîtrise.

Non seulement il faudrait que les partis au pouvoir acquièrent la fibre écologique qui leur manque tant, mais il leur resterait encore à mettre en œuvre ce que Hans Jonas envisageait incidemment : « Naturellement il serait préférable qu’on puisse confier la cause de l’humanité à une conscience authentique qui se propagerait ». Si chacun de nous ne devient pas éco-citoyen, consomm’acteur, peuple écolo, un gouvernement quel qu’il soit sera impuissant à aller dans le bon traitement de l’urgence écologique.

Biosphere-info septembre, l’espérance en mouvement

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extraits de « L’espérance en mouvement » de Joanna Macy et Chris Johnstone (labor et fides 2018)

1/4) Résumé du livre

On fait comme d’habitude : Le pétrole constitue notre carburant principal et nous consommons maintenant plus de 80 millions de barils par jour. Le 7 mai 2001 Ari Fleischer, l’attaché de presse du président Bush, a invité les journalistes à poser des questions sur la hausse du coût de l’énergie. Le journaliste : «  Compte tenu de la quantité d’énergie que les Américains consomment par personne, et aussi de combien elle dépasse la consommation de tout autre citoyen de n’importe quelle partie du monde, est-ce que le président pense que nous devons adapter nos modes de vie pour répondre au problème de l’énergie ? »

Réponse d’ Ari Fleischer : « Absolument pas. Le président estime que c’est le mode de vie américain, et que l’objectif des décisions politiques devrait être de le protéger. »

On fait plus que d’habitude : Avant 1970, quatre achats seulement étaient considérés comme essentiels en Chine : une bicyclette, une machine à coudre, une montre et une radio. Dès les années 1980 se rajoutaient un réfrigérateur, une télévision couleur, une machine à laver et un magnétophone. Une décennie plus tard, il était devenu normal pour une tranche croissante de la population chinoise d’avoir une voiture, un ordinateur, un téléphone potable et un climatiseur. Et cette liste s’allonge encore. Le PDG de Walmart Asie explique : « Il y a beaucoup moins de bicyclettes, ce qui réduit le facteur exercice, les gens prennent du poids, les ventes d’équipement sportif marchent bien et nous aurons bientôt Slimfast et tous ces types de produits. » Certains considèrent que c’est le progrès.

La Grande Désintégration : Chaque choc pétrolier a été suivi par une récession économique. Avec le réchauffement climatique qui atteindrait les 4 à 6°C et une population de neuf milliards en 2050, on pourrait n’avoir qu’un demi-milliard de survivants (Kevin Anderson du centre Tyndall). La réalité dominante du « On fait comme d’habitude » est de plus en plus perturbée par les mauvaise nouvelles de « La Grande Désintégration ». En 2010, les sondages américains montraient qu’une majorité du public pensait que les conditions de vie seront plus difficiles pour la prochaine génération que pour les gens qui vivent aujourd’hui. Pourtant la presse moderne scrute de préférence les potins sur les célébrités.

Le Changement de cap : Pour rester motivés dans les moments les plus difficiles, nous avons besoin de la volonté inébranlable de voir notre vision se réaliser. Une petite voix intérieure peut nous dire : « Cela ne sert à rien, cela n’arrivera jamais. » C’est la pensée statique qui suppose que la réalité est fixe et rigide, et qu’elle résiste au changement. Avec la pensée dynamique nous considérons la réalité comme un flux dans lequel tout passe continuellement d’un état dans l’autre. Puisque nous ne pouvons jamais savoir avec certitude ce que l’avenir nous réserve, il est plus logique de nous concentrer sur ce que nous aimerions qu’il se passe, et de jouer notre rôle pour rendre cela plus probable. Dans son livre Blessed Unrest, Paul Hawken décrit ce qu’il appelle le plus grand mouvement social de l’histoire : « Il y a déjà un à deux millions d’organisations qui œuvrent pour la durabilité écologique et la justice sociale. »

2/4) Toute la folie du monde en cinq citations

– Il y a des problèmes qu’on ne peut pas résoudre sur le plan de la conscience où ils ont été créés (Albert Einstein)

– Un producteur de bois a déclaré un jour qu’en regardant un arbre, tout ce qu’il voyait était un tas d’argent sur une souche.

– Parce que notre culture industrialisée a oublié le principe de réciprocité, les forêts continuent à rétrécir et les déserts à croître.

– Les États-Unis ont dépensé plus de 3000 milliards de dollars pour la guerre en Irak (The Three Trillon Dollar War, Stiglitz et Bilmes, 2008)

– L’énergie atomique, qui repose sur la fission des particules d’uranium, constitue le symbole par excellence de la nature brisée et de la séparation de l’être humain avec la Terre. Produire et abandonner des substances qui dégradent les conditions d’existence des générations futures n’est moralement pas acceptable.

Citations extraites de « L’espérance en mouvement » de Joanna Macy et Chris Johnstone (labor et fides, 2018)

3/5) Toute la sagesse du monde en dix citations

– Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines court nuit et jour à travers le monde (Rabindranath Tagore)

– Chaque être humain a le devoir sacré de protéger le bien-être de notre Mère Terre d’où provient toute vie (chef Iroquois devant l’Assemblée générale des Nations Unies en 1985)

– Lorsque les Iroquois se réunissent en conseil pour examiner des décisions majeures, leur pratique est de se demander : « Comment cela affectera-t-il la septième génération ? » Chaque génération devrait s’engager à préserver les fondations de la vie et du bien-être pour les générations futures.

– Ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’écouter en nous l’écho de la Terre qui pleure (maître Zen vietnamien)

– Chacun de nous est tellement plus vaste qu’un simple « soi » séparé ; notre soi relié repose sur la reconnaissance que nous faisons partie de nombreux cercles plus élargis, la famille, les amis, notre groupe d’appartenance, la planète, la toile de la vie. C’est à partir de nos êtres reliés qu’émerge ce que les gens apprécient le plus dans la vie : l’amour, la loyauté, la confiance, l’engagement, la gratitude, l’entraide, la raison d’être…

– Lorsque la définition du soi change, les notions d’intérêt personnel et de motivations égocentrées changent en conséquence (Marilynn Brewer, psychologue)

– J’essaie de me rappeler que ce n’est pas moi, John Seed, qui essaie de protéger la forêt tropicale. Mais plutôt que je fais partie de la forêt tropicale qui se protège elle-même. Je suis la partie récemment émergée de la forêt tropicale qui a le pouvoir de se penser.

– Quand nous percevons notre identité profonde comme un soi écologique qui ne se limite pas à nous-mêmes, mais qui inclut toute la vie sur Terre, alors agir pour le bien de notre monde ne semble pas un sacrifice. Cela paraît tout à fait naturel (Arne Naess, le philosophe de l’écologie profonde)

– Il est facile de dénigrer une action hors contexte en pensant : « Cela ne sert pas à grand chose. » Pour se rendre compte du pouvoir d’une simple action, il faut au contraire se demander : « De quoi fait-elle partie ? »

– Si une personne devient écologiste, alors toutes les autres le peuvent aussi.

Citations extraites de « L’espérance en mouvement » de Joanna Macy et Chris Johnstone (labor et fides, 2018)

4/5) PARABOLE significative du comportement politique

Voici un vieux conte du Danemark au sujet d’une rencontre entre deux rois. « Vous voyez cette tour ? Dit le premier roi au second, montrant du doigt une partie imposante, hautement fortifiée de son château. Dans mon royaume, je peux ordonner à n’importe lequel de mes sujets de monter au sommet de cette tour, et en un saut, de se donner la mort. Mon pouvoir est tel que tous m’obéiront. » Le second roi, qui était en visite, regarda autour de lui ; puis il désigna une humble petite demeure. Dans mon royaume, dit-il, je peux frapper à la porte d’une maison comme celle-ci et, dans n’importe lequel des mes villages, je serai accueilli. Mon pouvoir est tel que je peux y rester la nuit, et bien dormir sans aucune crainte pour ma sécurité. «  Le premier roi avait le pouvoir sur, celui de la domination, et le second roi avait le pouvoir partagé.

Pour actualiser l’histoire de ces deux rois, nous constatons que d’envoyer des jeunes gens à la mort pour faire la guerre n’est pas si différent que de leur ordonner de sauter du haut d’une grande tour fortifiée. En revanche le changement de cap tend à créer le genre de communautés où les gens peuvent dormir tranquilles la nuit dans le monde entier. Plus l’appétit de ressource d’un pays est grand, plus il est probable qu’il fasse la guerre, qu’il ordonne le saccage des forêts pour créer des mines à ciel ouvert, et le forage des fonds océaniques pour en extraire les dernières gouttes de pétrole. Nous pouvons choisir une autre voix, celle des communautés de résilience qui seront en mesure de fonctionner de manière autonome au niveau alimentaire et énergétique lorsque l’âge du pétrole prendra fin. C’est la communauté qui donne un sens à notre sentiment d’appartenance.

5/5) QUESTIONS à se poser à soi-même

Les phrases ouvertes offrent un point de départ efficace pour la réflexion . Chacun des questions suivantes est un tremplin pour aborder un domaine habituellement exclu de la conversation ordinaire. Exemples :

– Quand je considère l’état de notre monde, je pense que cela devient… (trouver un adjectif et développez) => Les réponses démontrent en général le niveau élevé d’inquiétude quant à notre avenir.

– Quand j’imagine le monde que nous laisserons à nos enfants, il ressemble à…

– Parmi les sentiments qui m’envahissent quand je pense à cela, il y a…

– Ce que je fais de ces sentiments, c’est…

– Parmi les stratégies pour éviter ces sentiments, j’ai…

– Dis-moi, qu’arrive-t-il à travers toi ?

– Si la Terre parlait, que nous dirait-elle ? On peut le découvrir en imaginant que la Terre écrit à travers nous…

– Est-ce que ma façon de vivre est en harmonie avec les changements que je veux instaurer ?

=> Le but du jeu est de voir comment vous pouvez diminuer vos dépenses tout en augmentant votre qualité de vie…

Biosphere-info septembre, l’espérance en mouvement

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extraits de « L’espérance en mouvement » de Joanna Macy et Chris Johnstone (labor et fides 2018)

1/4) Résumé du livre

On fait comme d’habitude : Le pétrole constitue notre carburant principal et nous consommons maintenant plus de 80 millions de barils par jour. Le 7 mai 2001 Ari Fleischer, l’attaché de presse du président Bush, a invité les journalistes à poser des questions sur la hausse du coût de l’énergie. Le journaliste : «  Compte tenu de la quantité d’énergie que les Américains consomment par personne, et aussi de combien elle dépasse la consommation de tout autre citoyen de n’importe quelle partie du monde, est-ce que le président pense que nous devons adapter nos modes de vie pour répondre au problème de l’énergie ? »

Réponse d’ Ari Fleischer : « Absolument pas. Le président estime que c’est le mode de vie américain, et que l’objectif des décisions politiques devrait être de le protéger. »

On fait plus que d’habitude : Avant 1970, quatre achats seulement étaient considérés comme essentiels en Chine : une bicyclette, une machine à coudre, une montre et une radio. Dès les années 1980 se rajoutaient un réfrigérateur, une télévision couleur, une machine à laver et un magnétophone. Une décennie plus tard, il était devenu normal pour une tranche croissante de la population chinoise d’avoir une voiture, un ordinateur, un téléphone potable et un climatiseur. Et cette liste s’allonge encore. Le PDG de Walmart Asie explique : « Il y a beaucoup moins de bicyclettes, ce qui réduit le facteur exercice, les gens prennent du poids, les ventes d’équipement sportif marchent bien et nous aurons bientôt Slimfast et tous ces types de produits. » Certains considèrent que c’est le progrès.

La Grande Désintégration : Chaque choc pétrolier a été suivi par une récession économique. Avec le réchauffement climatique qui atteindrait les 4 à 6°C et une population de neuf milliards en 2050, on pourrait n’avoir qu’un demi-milliard de survivants (Kevin Anderson du centre Tyndall). La réalité dominante du « On fait comme d’habitude » est de plus en plus perturbée par les mauvaise nouvelles de « La Grande Désintégration ». En 2010, les sondages américains montraient qu’une majorité du public pensait que les conditions de vie seront plus difficiles pour la prochaine génération que pour les gens qui vivent aujourd’hui. Pourtant la presse moderne scrute de préférence les potins sur les célébrités.

Le Changement de cap : Pour rester motivés dans les moments les plus difficiles, nous avons besoin de la volonté inébranlable de voir notre vision se réaliser. Une petite voix intérieure peut nous dire : « Cela ne sert à rien, cela n’arrivera jamais. » C’est la pensée statique qui suppose que la réalité est fixe et rigide, et qu’elle résiste au changement. Avec la pensée dynamique nous considérons la réalité comme un flux dans lequel tout passe continuellement d’un état dans l’autre. Puisque nous ne pouvons jamais savoir avec certitude ce que l’avenir nous réserve, il est plus logique de nous concentrer sur ce que nous aimerions qu’il se passe, et de jouer notre rôle pour rendre cela plus probable. Dans son livre Blessed Unrest, Paul Hawken décrit ce qu’il appelle le plus grand mouvement social de l’histoire : « Il y a déjà un à deux millions d’organisations qui œuvrent pour la durabilité écologique et la justice sociale. »

2/4) Toute la folie du monde en cinq citations

– Il y a des problèmes qu’on ne peut pas résoudre sur le plan de la conscience où ils ont été créés (Albert Einstein)

– Un producteur de bois a déclaré un jour qu’en regardant un arbre, tout ce qu’il voyait était un tas d’argent sur une souche.

– Parce que notre culture industrialisée a oublié le principe de réciprocité, les forêts continuent à rétrécir et les déserts à croître.

– Les États-Unis ont dépensé plus de 3000 milliards de dollars pour la guerre en Irak (The Three Trillon Dollar War, Stiglitz et Bilmes, 2008)

– L’énergie atomique, qui repose sur la fission des particules d’uranium, constitue le symbole par excellence de la nature brisée et de la séparation de l’être humain avec la Terre. Produire et abandonner des substances qui dégradent les conditions d’existence des générations futures n’est moralement pas acceptable.

Citations extraites de « L’espérance en mouvement » de Joanna Macy et Chris Johnstone (labor et fides, 2018)

3/5) Toute la sagesse du monde en dix citations

– Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines court nuit et jour à travers le monde (Rabindranath Tagore)

– Chaque être humain a le devoir sacré de protéger le bien-être de notre Mère Terre d’où provient toute vie (chef Iroquois devant l’Assemblée générale des Nations Unies en 1985)

– Lorsque les Iroquois se réunissent en conseil pour examiner des décisions majeures, leur pratique est de se demander : « Comment cela affectera-t-il la septième génération ? » Chaque génération devrait s’engager à préserver les fondations de la vie et du bien-être pour les générations futures.

– Ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’écouter en nous l’écho de la Terre qui pleure (maître Zen vietnamien)

– Chacun de nous est tellement plus vaste qu’un simple « soi » séparé ; notre soi relié repose sur la reconnaissance que nous faisons partie de nombreux cercles plus élargis, la famille, les amis, notre groupe d’appartenance, la planète, la toile de la vie. C’est à partir de nos êtres reliés qu’émerge ce que les gens apprécient le plus dans la vie : l’amour, la loyauté, la confiance, l’engagement, la gratitude, l’entraide, la raison d’être…

– Lorsque la définition du soi change, les notions d’intérêt personnel et de motivations égocentrées changent en conséquence (Marilynn Brewer, psychologue)

– J’essaie de me rappeler que ce n’est pas moi, John Seed, qui essaie de protéger la forêt tropicale. Mais plutôt que je fais partie de la forêt tropicale qui se protège elle-même. Je suis la partie récemment émergée de la forêt tropicale qui a le pouvoir de se penser.

– Quand nous percevons notre identité profonde comme un soi écologique qui ne se limite pas à nous-mêmes, mais qui inclut toute la vie sur Terre, alors agir pour le bien de notre monde ne semble pas un sacrifice. Cela paraît tout à fait naturel (Arne Naess, le philosophe de l’écologie profonde)

– Il est facile de dénigrer une action hors contexte en pensant : « Cela ne sert pas à grand chose. » Pour se rendre compte du pouvoir d’une simple action, il faut au contraire se demander : « De quoi fait-elle partie ? »

– Si une personne devient écologiste, alors toutes les autres le peuvent aussi.

Citations extraites de « L’espérance en mouvement » de Joanna Macy et Chris Johnstone (labor et fides, 2018)

4/5) PARABOLE significative du comportement politique

Voici un vieux conte du Danemark au sujet d’une rencontre entre deux rois. « Vous voyez cette tour ? Dit le premier roi au second, montrant du doigt une partie imposante, hautement fortifiée de son château. Dans mon royaume, je peux ordonner à n’importe lequel de mes sujets de monter au sommet de cette tour, et en un saut, de se donner la mort. Mon pouvoir est tel que tous m’obéiront. » Le second roi, qui était en visite, regarda autour de lui ; puis il désigna une humble petite demeure. Dans mon royaume, dit-il, je peux frapper à la porte d’une maison comme celle-ci et, dans n’importe lequel des mes villages, je serai accueilli. Mon pouvoir est tel que je peux y rester la nuit, et bien dormir sans aucune crainte pour ma sécurité. «  Le premier roi avait le pouvoir sur, celui de la domination, et le second roi avait le pouvoir partagé.

Pour actualiser l’histoire de ces deux rois, nous constatons que d’envoyer des jeunes gens à la mort pour faire la guerre n’est pas si différent que de leur ordonner de sauter du haut d’une grande tour fortifiée. En revanche le changement de cap tend à créer le genre de communautés où les gens peuvent dormir tranquilles la nuit dans le monde entier. Plus l’appétit de ressource d’un pays est grand, plus il est probable qu’il fasse la guerre, qu’il ordonne le saccage des forêts pour créer des mines à ciel ouvert, et le forage des fonds océaniques pour en extraire les dernières gouttes de pétrole. Nous pouvons choisir une autre voix, celle des communautés de résilience qui seront en mesure de fonctionner de manière autonome au niveau alimentaire et énergétique lorsque l’âge du pétrole prendra fin. C’est la communauté qui donne un sens à notre sentiment d’appartenance.

5/5) QUESTIONS à se poser à soi-même

Les phrases ouvertes offrent un point de départ efficace pour la réflexion . Chacun des questions suivantes est un tremplin pour aborder un domaine habituellement exclu de la conversation ordinaire. Exemples :

– Quand je considère l’état de notre monde, je pense que cela devient… (trouver un adjectif et développez) => Les réponses démontrent en général le niveau élevé d’inquiétude quant à notre avenir.

– Quand j’imagine le monde que nous laisserons à nos enfants, il ressemble à…

– Parmi les sentiments qui m’envahissent quand je pense à cela, il y a…

– Ce que je fais de ces sentiments, c’est…

– Parmi les stratégies pour éviter ces sentiments, j’ai…

– Dis-moi, qu’arrive-t-il à travers toi ?

– Si la Terre parlait, que nous dirait-elle ? On peut le découvrir en imaginant que la Terre écrit à travers nous…

– Est-ce que ma façon de vivre est en harmonie avec les changements que je veux instaurer ?

=> Le but du jeu est de voir comment vous pouvez diminuer vos dépenses tout en augmentant votre qualité de vie…

Verbatim. Le pape François face à l’homosexualité

Aux cris de « L’homophobie tue, le pape la banalise », munies de pancartes barrées des slogans : « C’est votre homophobie qui nous rend malades » ou « Le pape nous rend folles », une centaine de personnes se sont mobilisées mardi 28 août, dans la soirée, pour dénoncer les propos du pape François sur l’homosexualité. Les médias et les LGBT raffolent de petites phrases tirées de leur contexte. Il faut bien lire les propos du pape sur l’homosexualité avant de hurler à l’homophobie. Le chef de l’Église catholique a répondu à un journaliste qui lui demandait ce que pouvait dire un père catholique à son fils lorsqu’il apprend que celui-ci est homosexuel : « Je lui dirais premièrement de prier, de ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille, donner une place pour qu’il s’exprime. C’est une chose quand cela se manifeste dans l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après 20 ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille, comme tu es. Je suis ton père ou ta mère : parlons. » Quand le pape se réfère à lapsychiatrie”, il est clair qu’il le fait comme un exemple de prise en charge psychologique d’un mineur ; il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique. Notons que c’est seulement le 17 mai 1990 que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

La psychanalyste Monette Vacquin précise : « Il n’y a plus de limites naturelles et on ne peut plus interdire puisqu’on vit sous le règne de l’amour ! Mais l’amour est une relation vécue qui donne un sens à la vie, il ne fonde pas la loi ! Nous qui proclamons sans cesse notre intérêt pour la différence, semblons avoir un sérieux problème avec l’altérité. Il y a perte de la pensée sous le joug de ce qu’on peut nommer « le dieu égalité et le diable discrimination » ! Au nom de ce mode de pensée, les homosexuels hommes vont revendiquer la gestation pour autrui (GPA) au nom de l’égalité de leurs droits avec ceux des femmes. Puis on aura droit à l’ectogenèse pour « libérer » les femmes de la maternité et sortir des embarras liés à la question des mères porteuses. Et nous serons entrés dans la science-fiction, dans la mutation, dans l’horreur, sans même nous en apercevoir ! Notre génération a rompu avec ses pères par toutes les rationalisations possibles. Dans quel rapport sommes-nous avec notre généalogie pour tenter un tel coup de force sur le lien de filiation, nommé traçabilité dans certains services de Fécondation in vitro ? Les mots de père et de mère ont disparu d’un grand nombre de textes de loi. On parle de progéniteur 1 et 2 en Espagne. Les groupes LGBT, une très petite minorité d’homosexuels mais à la pointe de l’idéologie ont proposé la « neutralisation des parents » et soutiennent que l’impossibilité de procréer, cette loi de la nature, est une discrimination ! Et, vous verrez, le chantage à l’homophobie sera aussi efficace que le chantage à l’islamophobie… »

Comme l’écrivent les Chimpanzés du futur gascons, peut-on fonder une société humaine décente sur la transgression perpétuelle des limites biologiques et sociales afin de satisfaire des désirs particuliers ? Nous, simples humains qui souhaitons le rester, on ne nous trouvera ni dans les défilés des techno-progressistes des lobbys LGBT, ni avec les catho réactionnaires de Civitas et consorts.

Pour connaître l’écopsychologue Joanna Macy

Nous semblons penser que nous pourrions survivre sans le sol, les arbres et l’eau, le tissage complexe de la vie. Alors que la Terre est en train de mourir, nous avons oublié que sous sommes la terre de la terre, les os de ses os. En dépit de notre conditionnement issu de deux siècles de société industrielle, nous pouvons retrouver l’aspect sacré de la Biosphère.

C’est pourquoi Joanna Macy pense que nous avons besoin d’un travail d’écologie profonde. Il lui semble nécessaire de nous appuyer sur le sentiment de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Elle imagine que les générations futures nommeront ce XXIe siècle le « Changement de cap ». Il s’agira d’un passage radical d’une société de croissance industrielle autodestructrice à une société compatible avec la vie. Dans le changement de cap vers une civilisation soutenable, nous, membres de la Société de croissance industrielle, devons nous rendre compte à quel point nous sommes coupés du monde naturel. Parce que le travail sur soi fait dans ses stages nous relie les uns les autres et avec tous les êtres vivants, nous pouvons l’appeler plus simplement le « travail qui relie ».

Molly Young Brown ajoute : « La plus grande destruction sur notre planète n’est pas infligée par des terroristes ou des tyrans psychopathes. Elle est le fait de personnes ordinaires, respectant la loi, allant à l’église, aimant leur famille, des personnes moralement normales qui profitent de leurs quatre-quatre, de leurs croisières et de leurs hamburgers, inconscientes de la provenance de ces plaisirs et de leur coût réel ».

Source : Ecopsychologie pratique, retrouver un lien avec la nature de Joanna Macy et M.Y. Brown

Pour connaître l’écopsychologue Joanna Macy

Nous semblons penser que nous pourrions survivre sans le sol, les arbres et l’eau, le tissage complexe de la vie. Alors que la Terre est en train de mourir, nous avons oublié que sous sommes la terre de la terre, les os de ses os. En dépit de notre conditionnement issu de deux siècles de société industrielle, nous pouvons retrouver l’aspect sacré de la Biosphère.

C’est pourquoi Joanna Macy pense que nous avons besoin d’un travail d’écologie profonde. Il lui semble nécessaire de nous appuyer sur le sentiment de l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Elle imagine que les générations futures nommeront ce XXIe siècle le « Changement de cap ». Il s’agira d’un passage radical d’une société de croissance industrielle autodestructrice à une société compatible avec la vie. Dans le changement de cap vers une civilisation soutenable, nous, membres de la Société de croissance industrielle, devons nous rendre compte à quel point nous sommes coupés du monde naturel. Parce que le travail sur soi fait dans ses stages nous relie les uns les autres et avec tous les êtres vivants, nous pouvons l’appeler plus simplement le « travail qui relie ».

Molly Young Brown ajoute : « La plus grande destruction sur notre planète n’est pas infligée par des terroristes ou des tyrans psychopathes. Elle est le fait de personnes ordinaires, respectant la loi, allant à l’église, aimant leur famille, des personnes moralement normales qui profitent de leurs quatre-quatre, de leurs croisières et de leurs hamburgers, inconscientes de la provenance de ces plaisirs et de leur coût réel ».

Source : Ecopsychologie pratique, retrouver un lien avec la nature de Joanna Macy et M.Y. Brown

Pour connaître John Seed et l’écologie profonde

Il semble que nous devons porter en nous une vision fondamentale de ce à quoi nous croyons. Dans « Thinking Like a Mountain », John Seed  correspond à cette attente. Tout a commencé à Terrania Creek, une forêt située en Australie :

« En 1979, je vivais dans une communauté située aux abords de la forêt. Alors que l’État s’apprêtait à abattre les arbres, des voisins ont organisé une manifestation, la première du genre en Australie, et m’ont appelé à l’aide. Je ne me sentais pas particulièrement concerné par la situation. Durant la manifestation cependant, j’ai tout à coup senti que j’agissais non seulement pour moi-même, en tant qu’humain, mais aussi au nom de la forêt dont je faisais partie intégrante. Celle-ci se défendait à travers moi, je me suis senti appelé à parler en son nom. En devenant profondément conscient de mon lien avec la forêt, je me suis éveillé à toute la Terre. J’étais renversé par cette révélation. Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à expliquer ce qui s’est passé, mon expérience demeure pour ainsi dire miraculeuse. À partir de là, ma vie a pris une toute nouvelle direction… Humblement, nous pouvons nous rappeler que nous ne sommes pas le pilote ou le contrôleur de la Biosphère, mais plutôt un être parmi les dix millions d’espèces différentes sur la Terre. On peut alors prendre conscience de toute la beauté de la nature, on peut trouver l’inspiration et se sentir guidés dans notre action.

En 1982, j’ai lu un essai du maître zen Aitken Roshi. C’est alors que j’ai découvert l’écologie profonde. Selon cette approche, le problème écologique provient de l’anthropocentrisme qui place les humains au sommet de la création et les considère comme la mesure de toutes choses. Dans l’écologie profonde au contraire, les humains sont plutôt un fil dans la toile de la vie ; si nous détruisons les autres fils, nous nous détruisons nous-mêmes. En découvrant l’écologie profonde, je me suis senti profondément soulagé car elle rejoignait et conceptualisait mon expérience initiale dans la forêt. Pour moi, il s’agit presque d’une religion car je n’avais plus besoin de vivre par l’intermédiaire de Bouddha, Dieu, Jésus ou Mahomet. Ma vie est devenue une prière car au rythme où nous allons, nous allons détruire le tissu même de la vie en quelques centaines d’années ou moins. De timides réformes et quelques lois environnementales ne suffiront pas. Je ne sais pas si cette transformation fondamentale de notre conscience se généralisera, mais sans cette transformation, il n’y a pas d’avenir pour les humains.

  Il n’est pas suffisant de savoir qu’on fait partie de la Terre, il faut aussi le ressentir. Les autochtones, qui vivent en harmonie relative avec leur milieu environnant, pratiquent tous des rituels pendant lesquels ils se rappellent que les humains font partie du corps même de la Terre et de la grande communauté terrestre. Avec la philosophe et activiste américaine Joanna Macy et d’autres, nous avons développé des rituels et autres processus adaptés aux humains contemporains. Il me semble important de passer du temps dans la nature. Un peu partout dans le monde, des gens se réunissent déjà régulièrement en l’honneur de la Terre. Ces rituels pourraient s’insérer dans la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines bien mieux que le consumérisme qui est un bien piètre substitut pour l’expérience religieuse authentique. L’industrie publicitaire dépense plusieurs milliards de dollars pour nous inciter à acheter notre chemin vers l’illumination et le bonheur. Mais les humains sentent qu’il leur manque quelque chose, ils se sentent vides à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils essaient de combler ce vide avec un plus gros téléviseur, un four à micro-ondes ou une nouvelle voiture. Comme ils n’arrivent jamais à la satisfaction finale, ils achètent encore davantage. Pour produire tous ces objets, il nous faut ouvrir la Terre, la couper en morceaux et détruire le fondement même de notre être. Mais ce que nous faisons à la Terre, c’est à nous que nous le faisons. Pendant nos rituels, nous entrons en contact avec toute la souffrance que la destruction de la Terre provoque en nous ; il est important de ressentir le désespoir, l’horreur, la colère, la peur et la tristesse engendrés par ce qui arrive à la Terre. Nous exprimons ces émotions difficiles dans un cercle sécurisant de personnes qui vivent la même chose que nous. Une fois reconnues et validées, ces émotions se transforment en une conscience de nos capacités et une détermination à vouloir travailler de façon positive pour la Terre. Parfois, j’imagine que le monde entier deviendra prêt à travailler en harmonie avec la Terre. En même temps, je ne vis pas dans l’attente de résultats, j’essaie plutôt de vivre de façon intègre et en harmonie avec ce que je crois. Cette expérience est d’autant plus remarquable que j’ai grandi en ville. Que ce soit arrivé à quelqu’un d’aussi perdu et ignorant que moi à cette époque me donne espoir que cela peut arriver à tout le monde. »

Nudité ou burka sur les plages, à chacun son propre choix

L’histoire de la plage est liée au lent dévoilement des corps. Au XIXe siècle, les femmes qui se hasardent au bord de l’eau portent un pantalon qui descend jusqu’aux genoux, une chemise, un bonnet et des chaussures. En 1907, la nageuse et comédienne australienne Annette Kellerman revêt, sur une plage de Boston, un maillot « une pièce » qui lui vaut des poursuites judiciaires. Au début des années 1930 le « deux-pièces » montre pour la première fois le ventre. En 1964, le monokini apparaît sur la Côte d’Azur ; le ministre de l’intérieur de Georges Pompidou fait savoir aux maires que cette pratique relève de l’outrage public à la pudeur. Le code de la « décence estivale » est toujours présent actuellement sur les plages.* Le nudisme intégral est enfermé dans des camps. Le centre de vacances naturiste de Montalivet date de 1950, la même année que la créations de la FFN (Fédération française de naturisme). Il s’agit là d’un naturisme social et familial qui deviendra un produit touristique comme un autre ; nous sommes loin de la liberté d’aller et venir à poil là où on veut et quand on veut. Les codes de la décence varient fortuitement selon les époques, ce qui montre qu’il n’y a pas de norme objectivement fondée. Pour un écologiste, le nudisme est un droit que l’on acquiert dès la naissance en sortant sans voile aux yeux de tous. Sur une plage, une société de tolérance réciproque laisserait coexister les naturistes et les textiles côte à côte, ceux qui sont gênés ne doivent pas imposer leur point de vue moraliste.

Une loi sur l’interdiction du port du voile intégral est entré en vigueur le 1er août au Danemark.** Si une femme veut se cacher aux yeux des autres comme on obligeait à le faire sur nos plages d’autrefois, cela la regarde. Selon le code de la laïcité, l’État n’a pas à intervenir dans notre sphère privée et la façon de se vêtir relève de notre libre arbitre ; c’est la séparation de l’Église et de l’État qui permet normalement la coextensive pacifique entre toutes les croyances.  A chacun sa religion. Sur les trottoirs de nos cité ou le sable de nos plages, une société de tolérance réciproque laisserait coexister aussi bien voiles des religieuses et des islamistes que le nudisme intégral. Nudité, minijupe ou burka, une société n’a pas à imposer de tenue vestimentaire car il n’y a dans tous les cas aucun dommage envers autrui ou envers la planète. Ne détournons pas nos regards de l’essentiel, bientôt nous n’aurons plus de pétrole mais nous aurons beaucoup de périodes caniculaires.

* LE MONDE du 4 juillet 2018, Ces règles tacites qui dictent nos comportements sur la plage

** LE MONDE du 3 juillet 2018, Le port du voile intégral interdit au Danemark

Nudité ou burka sur les plages, à chacun son propre choix

L’histoire de la plage est liée au lent dévoilement des corps. Au XIXe siècle, les femmes qui se hasardent au bord de l’eau portent un pantalon qui descend jusqu’aux genoux, une chemise, un bonnet et des chaussures. En 1907, la nageuse et comédienne australienne Annette Kellerman revêt, sur une plage de Boston, un maillot « une pièce » qui lui vaut des poursuites judiciaires. Au début des années 1930 le « deux-pièces » montre pour la première fois le ventre. En 1964, le monokini apparaît sur la Côte d’Azur ; le ministre de l’intérieur de Georges Pompidou fait savoir aux maires que cette pratique relève de l’outrage public à la pudeur. Le code de la « décence estivale » est toujours présent actuellement sur les plages.* Le nudisme intégral est enfermé dans des camps. Le centre de vacances naturiste de Montalivet date de 1950, la même année que la créations de la FFN (Fédération française de naturisme). Il s’agit là d’un naturisme social et familial qui deviendra un produit touristique comme un autre ; nous sommes loin de la liberté d’aller et venir à poil là où on veut et quand on veut. Les codes de la décence varient fortuitement selon les époques, ce qui montre qu’il n’y a pas de norme objectivement fondée. Pour un écologiste, le nudisme est un droit que l’on acquiert dès la naissance en sortant sans voile aux yeux de tous. Sur une plage, une société de tolérance réciproque laisserait coexister les naturistes et les textiles côte à côte, ceux qui sont gênés ne doivent pas imposer leur point de vue moraliste.

Une loi sur l’interdiction du port du voile intégral est entré en vigueur le 1er août au Danemark.** Si une femme veut se cacher aux yeux des autres comme on obligeait à le faire sur nos plages d’autrefois, cela la regarde. Selon le code de la laïcité, l’État n’a pas à intervenir dans notre sphère privée et la façon de se vêtir relève de notre libre arbitre ; c’est la séparation de l’Église et de l’État qui permet normalement la coextensive pacifique entre toutes les croyances.  A chacun sa religion. Sur les trottoirs de nos cité ou le sable de nos plages, une société de tolérance réciproque laisserait coexister aussi bien voiles des religieuses et des islamistes que le nudisme intégral. Nudité, minijupe ou burka, une société n’a pas à imposer de tenue vestimentaire car il n’y a dans tous les cas aucun dommage envers autrui ou envers la planète. Ne détournons pas nos regards de l’essentiel, bientôt nous n’aurons plus de pétrole mais nous aurons beaucoup de périodes caniculaires.

* LE MONDE du 4 juillet 2018, Ces règles tacites qui dictent nos comportements sur la plage

** LE MONDE du 3 juillet 2018, Le port du voile intégral interdit au Danemark