sciences et techniques

Des médicaments à dose homéopathique

Quarante-cinq députés de tout bord disent « non au déremboursement de l’homéopathie » dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche du 21 juillet 2019. La commission santé d’EELV va dans le même sens : « Déremboursement de l’homéopathie : il y a danger ! » Pourtant la décision de déremboursement est déjà prise. Qui a raison ? Pour les uns l’effet placebo est psychologiquement efficace, pour les autres c’est scientifiquement sans effet mesurable. Les deux discours ont chacun leur cohérence et on voit bien qu’il n’y pas consensus possible. Il faut donc dépasser le dualisme si on veut prendre une décision politiquement fondée. Voici les questions qu’il faudrait se poser :

– L’homéopathie est-elle un cas particulier ou un simple aspect des médicaments ayant un faible Service médical rendu (SMR) ?

– Faut-il médicaliser tous les aspects de notre existence ?

– Pour être plus proche des rythmes naturels, ne faudrait-il pas le plus possible permettre à son corps de se soigner par ses propres moyens ?

– En démocratie, le citoyen doit-il s’attendre à une aide de l’État dans tous les domaines ou doit-il prendre ses responsabilités ?

– Comment agir pour lutter contre le déficit structurel de la Sécurité sociale ?

– Si l’écologie politique recherche la sobriété partagée, combien de médicaments méritent une prise en charge collective ?

– Si l’écologie politique était au gouvernement, quelle serait sa défense de l’intérêt commun ?

– Comme on doit justifier sa décision, quelle serait l’explication donnée aux citoyens ?

– L’écologie politique revendique-t-elle plus d’État ou moins d’État ?

– L’écologie politique repose-t-elle sur une démarche scientifique ou est-elle de l’ordre de la croyance ?

Nous demandons à nos fidèles commentateurs de répondre à une ou plusieurs de ces questions… Merci. Pour quelques données supplémentaires, lire sur notre blog biosphere :

5 juillet 2019, L’homéopathie est-elle écolo ?

2 octobre 2009, trop de médicaments ?

5 septembre 2008, médicaments sans pub

Après les homosexuels et les trans, les fluides

L’écologie scientifique constate que les escargots et les lombrics sont hermaphrodites, mais dans la plupart des espèces sexuées on naît mâle ou on naît femelle. Par contre pour l’espèce humaine, qui prend ses constructions cérébrales pour des réalités, on ne naît pas homme ou femme, on le devient par la socialisation. Certains profitent de cette faille potentiellement anti-nature pour entretenir la confusion entre les deux problématiques suivantes : l’ordre biologique, fondé sur la différence de sexe et la complémentarité en vue de la reproduction, et l’ordre culturel qui institue des inégalités de pouvoir selon le sexe d’origine. Or qui dit différence ne dit pas inégalité. Cette confusion est entretenue par un article* de Catherine Vincent dont on peut comparer les deux argumentations :

nature : il existe une catégorisation binaire entre masculin et féminin.

culture : le terme « fluidité de genre » englobe tous ceux qui ne se sentent ni tout à fait homme ni tout à fait femme, ou à la fois homme et femme, ou encore homme né dans un corps de femme ou inversement. Depuis deux ans des étudiants viennent faire part (à leur enseignant es genres) de leur impossibilité ou de leur refus de se voir assigné à un genre. Un nombre croissant de personnes réclament que le « M » ou le « F » puisse être remplacé par un « X » (pour « neutre ») sur leur certificat de naissance, comme l’autorise la ville de New York depuis début 2019.

synthèse : Le concept de genre apparaît pour la première fois dans les années 1950, sous la plume du psycho-sexologue américain John Money, qui utilise l’expression « gender role » pour distinguer le statut social de l’homme et de la femme de leur sexe anatomique. Cette idée est reprise par les féministes, qui s’en emparent pour interroger la domination masculine. Les filles ne sont plus tenues de jouer les midinettes, ni les garçons les fiers-à-bras. MAIS une dizaine d’années plus tard, le psychiatre américain Robert Stoller forge quant à lui la notion de « gender identity » pour étudier les personnes trans, qui ne se reconnaissent pas dans le sexe assigné à leur naissance. La philosophe Judith Butler se démarque en 1990 du féminisme traditionnel en remettant en cause la bipolarisation entre homme et femme. No limit, tout peut s’inventer, tout devient possible, le genre devient fluide. Au plan technique, la prise d’hormones pour un changement de sexe est plus facile à obtenir qu’auparavant… Quelques réactions sur lemonde.fr :

Buber : Le livre de Jean François Braunstein (La Philosophie devenue folle) indique que la personne qui a permis à John Money de lancer ses théories s’est suicidé et voulait revenir à son sexe masculin d’origine. Dans les années 80, il y a eu une épidémie de « personnalités multiples » aux E-U, une catégorie mise en circulation par certains psys. Aujourd’hui les fantasmes de certains sont les profits de certains médecins et l’on voudrait accuser ceux qui sont sceptiques de tous les maux (réacs, homopobes…).

vivement demain : Confusion des genres, ou confusion des esprits ? Une habile propagande dans notre société qui n’aime rien tant que la transgression et l’individualisme, des assocs revendicatives efficaces, et une pensée quelque peu totalitaire (et simpliste au fond dans son propos). Et pourquoi ? Pour constater que des gens, pour changer de sexe et contester la nature, prennent… des hormones. Ça s’appelle un médicament, et c’est fait pour soigner une maladie…

Alta : L’article dit, « Il est essentiel de laisser nos enfants s’épanouir dans différentes directions sans les contraindre au nom de la biologie. » Autant je comprends l’idée de ne pas foutre un enfant dans un carcan sans dialogue et contre son gré, autant je trouve ça inconscient de laisser tous les gosses « s’épanouir dans différentes directions » sans jamais oser leur donner des normes, des codes. L’éducation, c’est aussi d’imposer et de modeler. Qu’une femme puisse se sentir masculine ou inversement, aucun problème, mais l’absence de genre ressemble plus à une immense confusion et à une construction inachevée du Moi qu’à une libération des carcans sociétaux.

Simon : Quand on veut nous faire passer 0,0000001% de la population (qui a toujours existé) pour un mouvement sociétal, c’est un peu gros quand même.

Max Lombard : Prochaine étape de la fluidité d’espèce, si j’ai le sentiment d’être un rhododendron, alors je suis un rhododendron.

* LE MONDE du 20 juillet 2019, Le genre gagne en fluidité

Conquête spatiale, rêveries extraterrestres

21 juillet 1969 UTC, Neil Armstrong, devient le premier humain à marcher sur la Lune. On s’en fout. Décembre 1972, Eugene Cernan reste le dernier humain à avoir marché sur la Lune. On s’en fout. La Lune, c’est un ciel d’un noir absolu, une lumière solaire écrasante, une amplitude thermique de 300 °C entre le jour et la nuit, une surface bouleversée, une poussière abrasive qui s’incruste partout, des particules qui vous irradient. Aucune utilité. La Lune est un monde désert, sans vie, dont le seul intérêt est de nous avoir fait visualiser que notre Terre est bien la seule oasis au sein de l’univers atteignable. Alors retourner sur la Lune, pour quoi faire ? Trump continue de prendre ses désirs pour des réalités ; au début du mois de juillet, il avait tweeté : « Avec tout l’argent que l’on dépense, la Nasa ne devrait PAS parler d’aller sur la Lune – nous l’avons fait il y a 50 ans. Ils devraient se concentrer sur les choses plus grandes que nous faisons, y compris Mars ». Alain Cirou, directeur de la rédaction du magazine Ciel & Espace va dans le même sens : « Il y a aujourd’hui un vrai besoin d’un projet qui enthousiasme et fasse rêver. » La NASA projette depuis quelques années un retour vers notre satellite dans le but de la conquête de Mars. L’envoi direct depuis la Terre d’un vaisseau vers Mars étant difficilement concevable, à cause de la masse énorme qu’il faudrait propulser vers la Planète rouge, ledit vaisseau serait assemblé au LOP-G (Lunar Orbital Platform-Gateway). À la question « retourner sur la Lune, pour quoi faire ? », les décideurs répondent « comme base de départ pour aller sur Mars ». Très intéressant. Mais… aller sur mars, pour quoi faire ?

L’homme n’est pas fait pour vivre dans l’espace, les radiations solaires le lui interdisent à jamais. Les radiations subies par les cosmonautes provoquent des aberrations chromosomiques et l’apesanteur fait que les gènes impliqués dans le système immunitaire, a formation des os et la réparation de l’ADN ne remplissent plus correctement leur rôle. Aujourd’hui les humains préfèrent la conquête à la stabilité, le déséquilibre plutôt que la vie en harmonie avec un territoire déterminé. Vive la con-cu-rrence et le con-flit. Neil plantait avec Buzz Aldrin sur la lune un drapeau américain, geste nationaliste significatif. La fusée a d’abord été inventée pour la guerre, ainsi des V2 mis en œuvre par les Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’ensuit une compétition entre nations : comme l’URSS socialiste avait lancé le premier spoutnik dans l’espace en 1957, l’Amérique capitaliste a voulu poser le premier homme sur le sol lunaire. En fait la guerre des nations a été remplacé par le goût de l’exploit techniciste au prix d’une débauche de ressources non renouvelables.

MAIS l’humanité a atteint les frontières de son monde, il n’y a plus d’expansion possible. Il y a d’ailleurs fort à parier que lorsque nous aurons les moyens technologiques de nous lancer dans de longs voyages spatiaux, nous aurons atteint un tel niveau de destruction des ressources de la terre que tous les projets extra-terrestres seront jugés déraisonnables. Il faut maintenant reconnaître que nous n’avons qu’une Terre et qu’elle est bien trop petite pour assurer nos fantasmes. L’humanité a trop souvent rêvé de nouvelles frontières, il est temps de se réveiller sur une planète exsangue. Que les humains gèrent au mieux leur propre territoire, qu’ils se contentent pour le reste de contempler la lune et les étoiles. Et à chacun ses propres rêves dans son sommeil, cela ne coûte rien.

Sur notre blog le 28 août 2012, Neil Armstrong, un pas sur la Lune, rien pour la Terre

Voiture électrique pour tous, faut pas rêver

Production de 333 différents modèles et de 4 millions de véhicules rechargeables dans l’Union européenne en 2025. C’est l’estimation d’un rapport, comme si la voiture électrique était l’avenir de l’homme ! Les industriels auraient prévu d’investir dans les cinq à dix prochaines années 146 milliards d’euros dans le véhicule électrique et les batteries ! Cela fait penser à tous les plans foireux du type « avion supersonique », on se lance parce que c’est à la mode et techniquement réalisable. Mais on ne considère ni l’état de la demande future, ni le coût financier et écologique, ni la possibilité de produire suffisamment d’électricité de manière renouvelable pour un véhicule à la disposition de chaque ménage. On a une pensée hors sol, motivée par des considérations politiques : « pour faire face aux exigences de réduction de CO2 prescrites par l’Union européenne dès 2021, les industriels n’ont d’autre choix que de se lancer massivement dans le véhicule rechargeable ». Et bien entendu on compte sur les contribuables pour financer cette erreur manifeste. Le rapport suggère en effet « une politique fiscale proactive : mesures d’incitation pour les flottes par une surtaxation des véhicules thermiques associée à une baisse de TVA pour l’électrique, aides financières à l’achat concentrées sur les ménages modestes… Elle insiste aussi sur l’importance d’un déploiement d’une infrastructure de charge omniprésente, universelle et d’usage simple et pratique ». Car franchement vous vous voyez faire la queue à la prise électrique pour recharger pendant 1/2 heure votre voiture sur une aire d’autoroute le 1er Août ? Vous vous voyez réclamer à corps et à cris la construction de nombreuses centrales nucléaires du type EPR ? Vous vous voyez continuer à être complètement dépendant de la voiture pour faire vos courses ? Quelques extraits déjà parus sur notre blog biosphere :

24 octobre 2017, La voiture électrique nous empêche de voir l’essentiel

…« Seule une foi aveugle dans le progrès technique nous permet de croire que demain seront résolus de très vieux problèmes, notamment : le poids de la batterie (250 kg pour 100 km), la lenteur de la charge (dix heures en moyenne), le fait que le véhicule électrique ne se révèle supérieur au thermique sur le plan de l’émission de CO2 qu’après 100 000 km. Comment alimenter avec des énergies non polluantes un marché qui serait en 2030 d’un milliard de véhicules ? Comment faire face à l’arrivée massive d’un nouveau mode de consommation électrique sinon par la centrale thermique, ou nucléaire ? Les citadins gagneront peut-être un air pur mais la planète perdra à coup sûr. »… (Alain Gras)

9 février 2015, La voiture électrique de Ségolène Royal est très sale

… Pour mémoire, l’Observatoire du nucléaire a contraint les principaux constructeurs de voitures électriques à retirer les mots « propre » ou « écologique » de leurs publicités, en particulier parce que le rechargement des batteries est effectué en France à 75% par de l’électricité nucléaire. Par ailleurs, l’Ademe a montré que, même pour les émissions de CO2, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse que la voiture thermique. D’autre part, la ville de Berlin a considérablement assainit son air en imposant des conditions draconiennes aux voitures thermiques et non en tentant vainement de remplacer la peste (voitures thermiques) par le choléra (voitures électriques)…

29 juin 2014, Ségolène Royal et le fiasco de la voiture électrique

… Le projet de loi sur la transition énergétique (18 juin 2014) fait la part belle aux voitures électriques en prévoyant 7 millions de points de recharge en France d’ici à 2030…    Le problème de Ségolène Royal, c’est le soutien aveugle qu’a apporté l’actuelle ministre de l’écologie à la voiture électrique quand elle était aux commandes en Poitou-Charentes. La Chambre régionale des comptes (CRC) d’Aquitaine révèle le gouffre financier qu’a creusé le soutien « important et inconditionnel » de l’ancienne présidente du Poitou-Charentes à un projet de voiture électrique qui s’est terminé par la mise en liquidation de la société Eco & mobilité. Au mauvais choix stratégique s’était ajouté une gestion financière opaque…

9 mars 2013, Zoé, véhicule électrique tout public, fiasco assuré

Jean-Michel Normand est le journaliste du MONDE préposé aux bagnoles. Il nous présente Zoé*, la première voiture électrique « grand public ». Voici le commentaire de Biosphere.

Normand : « Renault a investi 4 milliards d’euros dans les véhicules « zéro émission » de gaz à effet de serre. »

Biosphere : Un vélo est aussi un véhicule « zéro émission » dont les frais de conception sont amortis depuis longtemps.

Normand : « L’embonpoint de Zoé (1,4 tonnes) s’explique par la présence de près de 300 kg de batteries. »

Biosphere : Le ratio 1 ou 2 personnes de 60-80 kg pour un véhicule de 1400 kg… Pas terrible quand on sait qu’un vélo ne fait que 20 kg environ et un tandem pas beaucoup plus !

Normand : « Son moteur développe l’équivalent de 88 ch, délivre des accélérations vigoureuses et immédiates. »

Biosphere : Ah ! le mythe de la vitesse. La réalité de demain obéira aux principes « moins vite, moins loin et moins souvent », au rythme de nos pédales.

Normand : « Magie de la fée électricité ! »

Biosphere : illusion de l’électricité qui est produite à 70 % dans des centrales nucléaires et nécessite des kilomètres de fils. Il s’agit d’une technique hétéronome, extériorisée, alors que le vélo permet l’autonomie, n’ayant besoin que de la force physique du cycliste.

Normand : « Opter pour une électrique, c’est laisser vibrer une corde sensible environnementale. »

Biosphere : Miracle du greenwashing qui fait passer un véhicule super polluant pour une voiture propre. Quelle nocivité pour produire tous ses composants ? Quel recyclage ? Quelle durée de vie des batteries ?

Normand : « Le succès ou l’échec de Zoé permettra de savoir si l’époque est prête à tourner la page du moteur à essence. »

Biosphere : Nécessité fait loi. Avec une énergie qui deviendra de plus en plus cher étant donné la déplétion des hydrocarbures, l’avenir est au vélo.

Normand : « Les ventes dépendront de la profondeur des convictions des consommateurs et de leur capacité à changer leurs habitudes ».

Biosphere : Ce jour-là 21 octobre 2008, LE MONDE avait fait un long reportage sur de pauvres malheureux qui avaient passé « huit semaines sans voiture ». Il s’agissait d’une expérience inoubliable pour les quatre personnes concernées. Le sapeur-pompier : « Avant, je pensais voiture ». Une salariée de banque ajoutait, « J’étais intoxiquée ». Un réalisateur de télévision concluait: « Après dix jours de sevrage, je n’éprouvais aucun symptôme de manque ! » Pourtant la journaliste Nathalie Brafman osait en dernière phrase : « Même si elle dort pratiquement tout le temps au parking, la voiture, c’est la liberté. Et la liberté, ça a un prix ! » Non, Nathalie, la voiture n’est pas une liberté mais un esclavage, une pompe à pétrole et un perturbateur de climat. Non, Jean-Jacques, la voiture électrique n’est pas un substitut fiable au moteur thermique.

* LE MONDE du 19 juillet 2019, Raz de marée de voitures électriques d’ici à 2025 en Europe

Programme écologique « robotisation »

Remarque sur l’automatisation, les robots, la numérisation

On nous vante les performances des robots industriels, de la mécanisation de l’agriculture. On nous fait croire que la numérisation de tout, la puissance des algorithmes et l’avènement de l’intelligence artificielle sont de grands progrès pour l’humanité. On nous dit que les machines évitent l’effort et nous facilitent la vie. Désolé de contredire ces assertions qui sont fausses. L’automatisation, le robot, la numérisation sont des techniques très énergivores. Pour s’en convaincre regarder la part d’énergie électrique consommée par les data center ou par nos portables, box, téléviseurs, … Regarder aussi la quantité d’hydrocarbures nécessaires pour les tracteurs et autres machines agricoles. Certes, de nombreuses machines nous dispensent d’effort physique voire mental. On devrait plutôt dire nous privent ! En effet, nous avons besoin de faire fonctionner nos muscles et notre cerveau, tant pour notre équilibre psychique que pour notre entendement. N’est-il pas ridicule de s’engouffrer dans un véhicule même pour parcourir cent mètres puis de s’inscrire dans une salle de sport ou de fitness ? N’est il pas dommage de confier à un portable la mémorisation des numéros de téléphone de proches alors que nous aurions sans doute intérêt à faire fonctionner nos propres méninges ? Certes, grâce aux ordinateurs nous pouvons utiliser des logiciels de comptabilité, de gestion commerciale, etc … qui sont très utiles aux entreprises importantes. Ces logiciels profitent beaucoup à ces grandes entreprises, beaucoup moins aux très petites et encore moins aux travailleurs indépendants.

Pire encore, les performances de numérisation toujours plus grandes (en quantité et vitesse) permettent aux grandes entreprises de connaître nos besoins, nos désirs et de nous inonder via la publicité ou les spams, d’informations orientées afin de nous tenter d’acheter encore plus. Ce faisant, elles nous enferment dans une sphère, restreignant fortement nos fantaisies, notre diversité de pensée.

L’automatisation, les robots, la numérisation ne sont pas bonnes pour l’humain, pour le vivant, même si elles peuvent, en apparence, nous apporter quelques avantages. De façon plus générale, il faut abandonner toute marchandisation. La valeur d’une chose ou d’un service devrait s’estimer uniquement en fonction de son incidence sur le réchauffement climatique et la biodiversité. Plus la chose ou le service nuit à notre survie, plus sa valeur marchande est négative ! C’est à dire invendable. A l’inverse, plus une chose ou un service limite le réchauffement climatique ou augmente la biodiversité, plus sa valeur est grande. Dans ces critères de valorisation il faudrait inclure la durée de vie de la chose. Là encore plus la durée de vie est importante plus la valeur croit et réciproquement. On pourrait même fixer un seuil à cette durée de vie des choses. En dessous du seuil, la valeur est négative, au dessus elle est positive. Il est probable que d’autres critères apparaîtront au fur et à mesure que nous enclencherons la lutte pour la survie de l’humanité. Ce n’est pas grave. L’important c’est que nous nous engagions à fond dans le seul projet qui vaille : préserver l’avenir de nos enfants et petits enfants !

De la part de notre correspondant Christian Rozé

le cas Vincent Lambert, suite et fin

La « nuit de solitude et d’inconscience » dans laquelle Vincent Lambert était « emmuré » depuis un accident de la route en 2008 a pris fin ; il est mort, jeudi 11 juillet après neuf jours après le début de l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles qui le maintenaient en vie. LE MONDE publie deux tribunes à l’opposée l’une de l’autre, comment se faire un jugement définitif ?

Michel Houellebecq : « Ainsi, l’État français a réussi à tuer Vincent Lambert : l’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue.. Or Vincent Lambert n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, il n’était pas en état de communiquer avec son entourage, rien de franchement original ; cela se produit, pour chacun d’entre nous, à peu près toutes les nuits). Cet état semblait irréversible. J’écris « semblait » parce que jamais, à aucun moment, un médecin ne m’a affirmé qu’il était à 100 % certain, de ce qui allait se produire. Mais il s’agissait, pour la ministre de la santé « et des solidarités », de « faire évoluer les mentalités ». Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir.*

Jean Leonetti : Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial. Dans ce combat juridique à rebondissements, on nous invite souvent à choisir notre camp. Mais choisir un camp, c’est déjà s’avouer vaincu puisque c’est refuser le cheminement du doute qui mène au consensus et qui est l’esprit de la loi de 2005 sur l’obstination déraisonnable et la fin de vie : la loi traite de l’acharnement thérapeutique et s’applique à tous les cas qu’ils soient ou non en phase terminale de la vie. Les médecins qui, s’appuyant sur des expertises médicales et concordantes, acceptent de laisser la mort venir ne sont pas des assassins. La médecine moderne est capable de prolonger la vie mais, parfois, dans des conditions de complexité et de souffrance qui nous interpellent sur le respect de la dignité de chaque personne humaine. Ce drame humain doit nous inciter à la lucidité face à notre puissance technique car tout ce qui est techniquement possible n’est pas toujours humainement souhaitable. La reconnaissance de sa dignité réside dans le respect de la volonté du patient.**

François Béguin (journaliste du MONDE) : Emmanuel Macron avait assuré qu’il ne lui « appartenait pas de suspendre une décision qui relève de l’appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois ». Après une phase de coma profond, Vincent Lambert a été diagnostiqué en 2011 en « état de conscience minimale », il ne faut plus s’attendre à une amélioration. Il est maintenu en vie par le biais d’une sonde gastrique, et, à ce titre, il entre dans le cadre de la loi Leonetti de 2005 (puis Claeys-Leonetti, en 2016) qui proscrit toute « obstination déraisonnable », si le patient émet ou a émis le souhait de ne pas vivre cette vie-là. Cette vie, c’est une « vie purement biologique », sans conscience de soi ni des autres. Où était le droit à la dignité de Vincent Lambert lorsque des images de lui sur son lit d’hôpital ont été largement diffusées dans les médias par les partisans de son maintien en vie ? Où était le droit à la dignité de son épouse lorsque ses beaux-parents l’ont fait suivre par un détective privé ou lorsqu’elle a été auditionnée au commissariat dans le cadre d’une plainte contre X pour tentative d’assassinat ? Que restera-t-il de cette « affaire » ? Un nom venu s’inscrire dans l’inconscient collectif national au côté de ceux de Vincent Humbert, Chantal Sébire ou Anne Bert, des personnes désireuses de mourir du fait d’un handicap ou d’une maladie neurodégénérative et empêchées de le faire par une loi française interdisant l’euthanasie et le suicide assisté. Mais là où ces personnes revendiquaient expressément un droit, au moins celui de déroger à la loi interdisant de décider de sa propre mort, le cas de Vincent Lambert a mis en lumière les non-dits de la loi existante.***

NB : Michel Houellebecq est un écrivain à succès (car surmédiatisé) dont on se demande de quel avis éclairé il témoigne. Jean Leonetti a été rapporteur de la loi de 2005 et co-rapporteur de la loi de 2016 relative aux droits des malades et à la fin de vie. Notre conclusion, c’est qu’il vaut mieux écrire ses directives anticipées pour na pas encombrer les hôpitaux et l’appareil judiciaire…

* LE MONDE du 12 juillet 2019, Michel Houellebecq : « Vincent Lambert, mort pour l’exemple »

** LE MONDE du 12 juillet 2019, Jean Leonetti : « Vincent Lambert est devenu, malgré lui, le symbole de la fin de vie »

*** LE MONDE du 12 juillet 2019, Vincent Lambert est mort, neuf jours après le début de l’arrêt des traitements

Intersexualité, à opérer ou à conserver ?

A l’occasion de la révision des lois de bioéthique, est envisagée la proposition d’un article de loi visant à ne plus autoriser la chirurgie précoce des enfants présentant une anomalie de différenciation génitale. Deux textes en vis-à-vis du MONDE papier* donnent deux points de vue diamétralement opposés, qui a raison ?

Thèse : L’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce aurait de graves conséquences. L’identité sexuelle est en premier lieu la résultante de la génétique, les chromosomes XX ou XY induisant respectivement la différenciation des gonades en ovaires ou testicules. Si anomalie, une intervention chirurgicale est réalisée aujourd’hui dans les premières années de vie pour que l’enfant puisse dès son plus jeune âge s’identifier fille ou garçon. L’observation de l’évolution de nos petits patients et de leur famille nous a montré combien était fondamental pour l’enfant et ses parents qu’il soit le plus tôt possible inscrit dans une identité sexuelle et que son corps corresponde à cette identité. Ainsi, pour de très rares cas où le choix de la meilleure option d’orientation physique pour l’enfant reste difficile, l’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce induite par cette nouvelle loi aurait de graves conséquences pour la majorité des enfants concernés par ce problème.(collectif de 24 professeurs de médecine et chirurgiens et 116 autres professionnels )

Antithèse : Ces actes chirurgicaux ne guérissent pas et peuvent être considérés comme des mutilations »

Comment croire que, dans notre pays, des actes chirurgicaux et des traitements hormonaux irréversibles soient pratiqués sur des enfants, en l’absence de toute nécessité médicale et sans leur consentement ? Selon eux, il serait en effet nécessaire de le conformer à un corps masculin ou féminin afin qu’il développe l’identité correspondante « non ambiguë » puisque notre société ne reconnaîtrait que l’existence des hommes et des femmes. Cet argument consiste pourtant à justifier la réalisation de meurtrissures par l’existence de discriminations. Ce sont au contraire les discriminations qui doivent être corrigées plutôt que les corps soient mutilés. Les lois de bioéthique doivent permettre de fixer en ce sens les limites imposées à la technique quant aux interventions sur le corps, dans le respect de la dignité de l’être humain. Il nous incombe d’être à la hauteur de l’enjeu essentiel de ces actes : rappeler que la médecine est au service de l’être humain et de ses choix.

Collectif de 25 signataires, principalement LGBT et intersexes)

Synthèse de biosphere : Pourquoi donc intervenir chirurgicalement au plus jeune âge et ne pas laisser à chacun le droit d’assumer en tant qu’adulte sa différence ? Mais également, pourquoi opérer des adultes consentants qui veulent changer de sexe et qui n’acceptent pas leur propre nature ? Que viennent faire la médecine et la chirurgie dans ce pataquès, notre héritage génétique quel qu’il soit serait-il une maladie ? Que vaut l’approche du lobby LGBT qui considère qu’il ne faut pas opérer au plus jeune âge, mais que l’adulte peut choisir l’opération et faire ainsi à sa guise de son patrimoine génétique ?

* LE MONDE du 5 juillet 2019

L’homéopathie est-elle écolo ?

La question de l’homéopathie renvoie au type d’écologie que nous voulons. Un des fondements de la pensée écologiste est de remettre en cause la nature intrinsèque du lien entre progrès techno-scientifique et progrès humain. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de réalité objectivable ; les connaissances s’empilent, se recoupent, et forment un tissu sur lequel nous sommes censés appuyer nos raisonnements. Ces dernières décennies, des études toujours plus sophistiquées ont été menées, puis des meta-études. Le résultat est toujours le même : rien. L’homéopathie est un magnifique placebo, mais seulement un placebo. Beaucoup de médecines alternatives, à commencer par la phytothérapie, mais aussi la méditation ou même l’acupuncture, parviennent à démontrer une efficacité sur certaines situations. C’est loin d’être systématique, mais on observe des choses intéressantes. L’homéopathie, elle, est remarquable : elle ne parvient jamais à quoi que ce soit d’objectivable, même lorsque l’ordonnateur de l’étude en aurait très envie. Ce qu’une étude commandée par Boiron (et je vous épargne la dimension de conflit d’intérêt alors qu’il est littéralement à tomber à la renverse) a démontré, c’est uniquement que les médecins homéopathes sont, en moyenne, plus attentifs et mieux inspirés que leurs confrères. Les petites pilules de sucre n’y sont pour rien ; en tout cas, l’étude ne permet aucunement de le conclure.
Je suis le premier à penser qu’il est parfaitement légitime que chacun soit responsable de ses traitements. Prenons des tisanes de thym, faisons de la sophro, ou gobons des petites pilules vierges de tout contenu (c’est quand même ça le principe de l’homéopathie : la dilution est si grande que le principe dit actif est factuellement indétectable). Nous pouvons y trouver notre compte, c’est très bien – tant que cela ne remplace pas de véritables traitements (encore que pour le thym, ça marche vraiment pas mal ! ). Mais ce n’est pas la question qui est posée ici. La question, c’est de savoir si la prise des petites pilules doit être financée par de l’argent public. Et la réponse est claire : non, puisque cela n’a aucun effet démontrable. Ou alors, il faut tout rembourser : le bouquet de thym, la séance de méditation, mais aussi la confesse, la séance de marabout, le gri-gri, les baskets pour aller courir, et le billet (de train !) de mes prochaines vacances (qui me feront du bien, si si, je vous assure).
Donc de grâce : si nous ne pouvons nous mettre d’accord sur le sujet, sachons garder un silence poli sur le fond et intéressons-nous plutôt au reclassement des employés de Boiron. Et continuons à demander davantage de science sur les sujets de l’écologie comme les pollutions atmosphériques ou chimiques, les faibles doses, l’impact des régimes alimentaires, les champs électro-magnétiques, etc. Quitte à ce que les résultats ne valident pas toujours notre intuition.
Laurent

Après le DDT, le Chlorpyrifos empoisonne !

En 1962 dans son livre « Printemps silencieux », le constat de la biologiste Rachel Carson était sans appel, l’usage du DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) tue les insectes, donc les oiseaux, le silence règne sur les champs : « Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue » … « Vouloir contrôler la nature est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal. » 

En 2019, nous ne sommes toujours pas sortis de la guerre chimique que nous menons contre le tissu du vivant, y compris l’espèce humaine. Censé remplacer le DDT et ses effets délétères en 1965, le Chlorpyrifos de la firme américaine Dow est pulvérisé sur les cultures pour éliminer pucerons ou chenilles. Mis au point comme gaz innervant pendant la seconde guerre mondiale, les organophosphorés, dont fait partie le chlorpyrifos, ont ensuite été adaptés pour l’agriculture induqtrielle. Il poursuit son existence sous la forme de traces dans les oranges, les pommes, la laitue, l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes. On a prouvé qu’il endommage le cerveau des enfants de manière irréversible : c’est une famille de pesticides qui vole en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel (QI) à chaque enfant européen*. Le chlorpyrifos est en effet toxique pour le système nerveux central, c’est-à-dire neurotoxique, et c’est un perturbateur endocrinien qui agit notamment sur la signalisation thyroïdienne. Il peut donc interférer avec le développement du cerveau. La dernière étude en date montre une augmentation de la fréquence de l’autisme et de lésions cérébrales précoces chez des enfants exposés au chlorpyrifos avant et après la naissance. Facteur déterminant : leurs mères vivaient à moins de 2 000 mètres d’un lieu de pulvérisation.

Or les autorités sanitaires ont misprès de vingt ans avant d’évaluer les données du fabricant. Des données qui, de plus, étaient erronées. Cet insecticide est pourtant toujours autorisé au niveau fédéral, l’administration Trump en a décidé ainsi. A peine arrivé à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) début2017, Scott Pruitt avait torpillé le processus lancé par sa propre institution, alors qu’elle s’apprêtait à l’interdire au vu des données scientifiques. Le feuilleton continue, DDT, chordécone aux Antilles, glyphosate et Roundup, néonicotinoïdes, perturbateurs endocriniens, Chlorpyrifos, chlorpyrifos-méthyl, les poisons se multiplient. Normal dans le système business as usual. Les études sont effectuées ou financées par les entreprises chimiques, protégées par le secret commercial et défendues par un lobbying où l’argent coule à flot. Circulez, y’a rien à voir. C’est à désespérer de l’intelligence humaine…

* LE MONDE du 18 juin 2019, Chlorpyrifos : les dangers ignorés d’un pesticide toxique

Rêveries d’un ingénieur solitaire, Philippe Bihouix

Dans son dernier livre*, Philippe Bihouix complète son analyse antérieure des techniques douces**. Ce qui de Thomas More à Gordon Moore sous-tend son raisonnement, c’est l’opposition entre les fausses utopies et le réalisme nécessaire aujourd’hui pour faire face à l’urgence écologique. Il bataille contre le techno-solutionnisme et fait une analyse bien documentée des hyperloop et autres fantasmes comme la conquête d’exoplanètes. Nous n’arriverons pas à bouger la terre pour la mettre en orbite autour d’un soleil de rechange !Ses arguments sont toujours étayés de façon précise, il constate par exemple qu’un million de véhicules autonomes exigeraient autant d’échanges de données que trois milliards de personnes connectées sur leurs tablette. Impossible à mettre en œuvre ! Il analyse bien d’autres aspects des débats contemporains comme l’eugénisme, le transhumanisme ou le malthusianisme. C’est d’ailleurs un des rares intellectuels français à penser qu’il y a surpopulation : « C’est malheureusement mathématique. S’il y avait seulement un million de Terriens, chacun pourrait se permettre d’avoir une empreinte écologique cent fois supérieure à celle d’aujourd’hui. A douze ou quinze milliards, il faudra au contraire se serrer violemment la ceinture, surtout s’il faut laisser quelque place à une nature résiduelle environnante. (page 227) »

Philippe Bihouix reste modeste : « Qui suis-je, ingénieur solitaire, passant quelques heures face à mon ordinateur, pour donner des leçons d’efficacité politique ? (page 318) » Mais on ne peut que constater avec lui que s’accorder sur une plate-forme commune tient de la mission impossible tant les querelles de chapelle sont légion et les messages noyés dans un flot continu d’informations de toutes sortes. Son ouvrage est profondément lucide, dont foncièrement pessimiste. Il nous faudrait « simplifier » le monde, tâche herculéenne. Il est aussi nécessaire de traiter nos problèmes au plus proche de leur source car mieux vaut éviter que réparer ; nous faisons le contraire. Il ne voit pas beaucoup d’autres solutions à l’impasse dans laquelle nous sommes entrés à vive allure si ce n’est le retour de la vertu, agir sans attendre de résultats immédiats : « Ce qui compte, c’est l’esprit » (dernier chapitre page 345 à 366). A l’heure où homo sapiens fait plutôt penser à l’homo demens, c’est une conclusion pragmatique. Un livre qui fait réfléchir, à lire attentivement pour mieux comprendre avant d’agir.

* Philippe Bihouix, Le bonheur était pour demain (les rêveries d’un ingénieur solitaire), 374 pages pour 19 euros, collection Anthropocène du Seuil (avril 2019)

** L’âge des Low tech (Vers une civilisation techniquement soutenable), collection Anthropocène du Seuil (2014)

Télé de maçon, télé de merde, techniques invasives

Quand Bouygues a eu la mainmise sur une chaîne de télévision, on pouvait à juste titre déjà dire « Télé de maçon, télé de merde »*. Mais ce n’était que le début de la fin. Aujourd’hui il y a une multiplicité de chaînes gratuites, mais le contenu est si indigent qu’il faut beaucoup chercher dans les programmes pour trouver la perle rare. Ainsi ce soir 30 avril, rendez-vous d’urgence pour la soirée Arte à 20h50. D’abord un documentaire sur « Pauvres poulets, une géopolitique de l’œuf ». En France, l’élevage en cage représente encore 69 % de la production (13 poules au m²) et les conditions d’élevage « au sol » (dans des hangars sans accès à l’extérieur) ne sont guère plus enviables. Il faut bien procurer aux consommateurs les 15 milliards d’œufs dont ils ont besoin chaque année. Mais achetez les œufs « 0FR », le zéro pour l’élevage en bio et FR pour l’origine française. Suit à 22h10 un autre documentaire au titre coup de poing : « L’homme a mangé la Terre » . Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs… En deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète. Très bien, bonnes émissions, mais cela aurait une autre portée de passer sur une chaîne d’information unique, sans être concurrencé par tous ces faiseurs d’inattention que constituent les séries télévisée, les divertissements autour de nos animaux de compagnie et autres jeux, les comédies de tous ordres, avec des femmes tueuses et des mystères révélés !

Il en est malheureusement de la télévision comme de la plupart de nos objets techniques qui utilisent le numérique, ils installent une économie de « l’extraction de l’attention ». C’est ce que dénonce Tristan Harris**, ex-employé de Google. Pour lui, la technologie « dégrade l’humain », parce qu’elle a installé « une course pour pirater nos instincts » et transformé nos smartphones en « machines à sous ». Il voit en cette industrie sous-tendue par l’impérialisme publicitaire la source  de la plupart des dangers de l’époque connectée : « la baisse de notre attention », « l’addiction de nos enfants aux écrans », « la polarisation du débat démocratique », « la transformation de la vie en une compétition de “J’aime” et de “partages” »… Éthicien du design , il a lancé un « appel à minimiser les distractions et à respecter l’attention des utilisateurs » et créé le Center for Humane Technology pour combattre les maux engendrés par la technologie. Mais son discours est plus convaincant sur les constats que sur les solutions. Qui peut échapper à l’emprise du numérique quand tout devient interconnecté ? Ne va-t-on pas même nous reprocher d’utiliser l’ordinateur pour porter le message de la sobriété énergétique sur les réseaux ? Tristan Harris en est réduit à la même conclusion que nous : il faut que s’instaure un langage partagé, un trait commun entre tous ceux qui combattent l’omniprésence de techniques pernicieuses et la diffusion de comportements humains inadaptés au monde de demain. En toute modestie, et au nom de la biosphère, ne pourrions-nous pas proposer de se retrouver autour de ces dix commandements de la Biosphère :

Tu as autant de devoirs que de droits ;

Tu pratiqueras la simplicité volontaire ;

Tu aimeras ta planète comme toi-même ;

Tu réagiras toujours de façon proportionnée ;

Tu protégeras l’avenir des générations futures ;

Tu respecteras chaque élément de la Biosphère ;

Tu ne laisseras pas les machines te dicter leur loi ;

Tu adapteras ta fécondité aux capacités de ton écosystème ;

Tu ne causeras pas de blessures inutiles à ton environnement ;

Tu vivras des fruits de la Terre sans porter atteinte au capital naturel.

* Après la privatisation de TF1 en 1987, son propriétaire Francis Bouygues congédie Michel Polac quelques mois plus tard après que l’animateur a lu à l’antenne et en direct la légende d’un dessin de Wiaz : « Une maison de m.., une télé de m… »

** LE MONDE du 25 avril 2019, Tristan Harris, l’ex-ingénieur qui veut empêcher la technologie de « dégrader l’humain »

Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Discours de Clément Choisne lors de la remise de son diplôme (Centrale Nantes) le 30 novembre 2018 : « Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités ne cessent de s’aggraver, que le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] pleure et que les êtres se meurent : je suis perdu, incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur, en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. » La vidéo, qui a fait plus de 270 000 vues sur YouTube, est l’un des nombreux échos du désarroi éprouvé par les jeunes diplômés face à un monde économique qu’ils jugent en décalage avec l’urgence climatique. Deux mois plus tôt, en septembre 2018, un groupe d’étudiants issus de grandes écoles prestigieuses, Polytechnique, Ensta, HEC, ENS – lançaient un manifeste en ligne pour appeler les futurs diplômés à soutenir un changement radical de trajectoire. « Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes ».*

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Electron : Lors de ma longue carrière d’ingénieur au service de grandes entreprises j’ai ressenti la même gêne. Mais si l’on arrête tout je me demande ce que le monde va devenir. mais je crains que la fin programmé du pétrole nous y mène peut être encore plus, dans les décors. Et s’il existe une prise de conscience de certaines personnes, la majorité (cf Gilets Jaunes) ne veut pas en entendre parler.

Claude Hutin : Si la peste verte gagne totalement ces esprits le pire est à craindre pour notre économie. Industrie ravagée, exportations atrophiées, récession. Veut-on un pays de composteurs ahuris, de décroissants rétrogrades, de colapsologues béats ? Ne laissons pas l’avenir de nos enfants, leur santé, leur éducation, leur sécurité, s’assombrir à cause de l’écologisme qui ravage déjà notre pays.

Simon @ Claude : rassurez-moi et dites-moi que vous n’avez pas d’enfant !

Germaine Kouzain @Hutin : achetez vous une ile déserte sans écolo, ET sans internet SVP.

GUILLAUME SERRE : Je trouve ces réactions d’étudiants plutôt saines. Ce sont eux qui vont changer le monde, pas les gadgets avec label « développement durable ». On est beaucoup trop nombreux sur la planète pour que les solutions alternatives au pétrole soient suffisantes et efficaces. On n’échappera pas à une réduction drastique de nos consommations, déplacements. On ne veut pas voir qu’on va vers un recul très important de notre confort mais on y va et très vite. L’Histoire n’est pas synonyme de progrès.

ALAIN PANNETIER : De nombreuses universités américaines, chinoises et européennes proposent des cours de développement durable ou de chimie verte. On sortira de cette crise par le haut, avec plus de scientifiques, plus de techniques et surtout plus d’éthique.

LEE PAMPEAST : « Si tous les plus convaincus et les plus écolos fuient les entreprises comme Total, il ne restera plus que ceux intéressés par l’argent et donc qui ne feront rien pour le réchauffement climatique ». C’est une très grande illusion que de croire qu’on peut « faire quelque chose » depuis l’intérieur de cette compagnie. Le management par objectifs et les différents outils de gestion du personnel y règlent très efficacement la question des têtes qui pourraient dépasser.

GUILLAUME SERRE : J’ai bien peur que vous n’ayez raison. Les changements de l’intérieur ne peuvent se faire qu’à la marge et encore… Difficile pour un ingénieur de privilégier une solution plus « propre » écologiquement si elle coûte plus cher. Je crois plus efficace le refus de rentrer dans ces entreprises : elles seront alors peut-être obligées de revoir leurs stratégies si elles ne trouvent pas les cadres dont elles ont besoin. Comme il y a un vrai problème de recrutement de cadres, cela semble jouable.

thierry piot : La prise de conscience des ces petits maîtres est salutaire. Dommage qu’il faille l’écroulement du monde pour réaliser la nocivité des études dans lesquelles, eux, leurs familles et leurs pairs, ont choisi de s’inscrire. A coups de cours sur les meilleurs moyens de gérer, de produire, de rentabiliser, d’organiser, de commercer, financer, ces Hautes Études abîment l’humanité. Ne reste plus qu’à changer l’orientation politique des cours : réparer, partager, construire, protéger, aider…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Le malaise des jeunes ingénieurs face au climat)

Les ingénieurs doivent-ils renoncer à leur métier ?

Extraits du débat dans le mensuel La décroissance d’avril 2019 :

Laurent Castaignède : Le développement de la technique dans les rouges de la société a été à l’origine de la création, à l’aube de la révolution industrielle, de nos célèbres écoles d’ingénieurs aux noms évocateurs, Ecole polytechnique, Arts et Manufactures, etc. Ces ingénieurs sont à un tournant de leur histoire, du moins faut-il l’espérer. Des « Rubicon de la technologie » pourraient être érigées pour exclure certaines recherches ou autres développements d’évidence insoutenables, en se demandant simplement « à quoi ça servirait » (et subsidiairement « à qui ça servirait »). Les vols spatiaux habités par exemple n’ont d’autre objet que de coloniser l’imaginaire d’une alternative d’installation de l’espèce humaine vers d’autres cieux, comme pour oublier notre incapacité à gérer correctement notre propre planète.

Le Postillon : En école d’ingénieur, on apprend à répondre aux questions « comment ? », mais jamais « pourquoi ? ». Alors de plus en plus d’ingénieurs savent résoudre plein de problèmes techniques, mais ne trouvent pas de réponse à la question du sens de leur activité. On voit donc dans les médias des portraits du type « Daniel a quitté son poste chez Thalès pour aller planter des céleris-raves ».

François Briens : De même qu’Alexandre Grothendieck demandait en 1972 dans une conférence au CERN : « Allons-nous continuer la recherche scientifique », des ingénieurs s’interrogent : faut-il démissionner ? » Quand la contribution de l’ingénieur au délitement du monde est évidente, oui, c’est une exigence morale élémentaire.. Mais cela n’implique pas nécessairement de renoncer au métier d(ingénieur. Car pour reconstruire une société à la mesure de l’homme, il faudra un bonne dose d’ingéniosité pour réduire les impacts des processus productifs, explorer des futurs possibles, développer les outils participatifs et conviviaux, etc.

Guillaume Carnino : De nombreux ingénieurs se sont engagés professionnellement contre les pratiques industrielles contemporaines. Lydia et Claude Bourgignon ont quitté l’INRA pour fonder le Laboratoire d’analyse microbiologiques des sols, le polytechnicien Cédric Sauviat a fondé l’Association française contre l’intelligence artificielle, les ingénieurs de l’association SystExt dénoncent les ravages de l’extraction minière planétaire, le centralien Philippe Bihouix propose les low tech comme alternative au modèle productiviste…

Pour compléter cette analyse, lire sur notre blog biosphere :

9 novembre 2017, Les Écoles d’ingénieurs au service des entreprises

18 octobre 2018, Appel à démissionner de tous les métiers inutiles

Viande de synthèse, alimentation industrielle, pouah !

Memphis Meats aux Etats-Unis, Mosa Meat aux Pays-Bas ou Aleph Farms en Israël… ces entreprises dépensent aujourd’hui des millions de dollars pour mettre au point la viande de demain sans tuer aucun être vivant. C’est ce qu’on appelle l’« agriculture cellulaire ». Le but : nourrir 9,8 milliards de personnes à l’horizon 2050 et protéger l’environnement*. Est-ce réellement utile ? Voici quelques points de vue sur lemonde.fr et notre blog biosphere :

pourquoi faire ??? : Si c’est juste pour se nourrir…pourquoi alors lui donner l’apparence d’un steak de viande ? J’ai du mal à comprendre l’intérêt ?!?! Pour les protéines animales, on peut s’en passer sans souci (avec apport de vitamine D et fer), pour la texture qui sera tjrs qqconque vu que ça reste un bouillon de labo et pas du vrai muscle, pour le plaisir de voir de l’hémoglobine dans son assiette ? pour être sûr de s’éclater avec un shoot d’hormone de croissance et autres prod de synthèse en tout genre ?

A ces industriel, ils sont bons… : Bonjour, il existe des alternatives déjà bien connues par exemple le végétarisme… Les protéines d’origine végétale comblent les besoins humains. La vitamine B2 est pour l’instant la seule qui ne peut être remplacée. Mais celle-ci existe déjà en complément. Sa synthèse n’est vraiment pas compliquée. Pour ce qui concerne la production de viande artificielle, je serai curieux de savoir combien d’énergie il faut pour produire 1kg de viande. Le discours écologique tiendra-t-il encore debout?

Jean Nébavé : Dieu sait quelle m…. ils vont nous faire bouffer dans cette viande de synthèse. Il vaut mieux s’habituer à réduire sa consommation de viande, ce sera plus sain pour tout le monde.

Petit retour à la réalité : Dans ce reportage, il y a plusieurs non-dits et contre-vérités : – les hormones de croissances sont interdites en France ; – les fermes de viande de laboratoire vont être beaucoup plus énergivores qu’une vache dans son prés ; – un kilo de riz ne couvre pas les mêmes besoins nutritionnels qu’un kilo de viande ; – une part non négligeable des terres de pâturage ne pourra être convertie en agriculture végétale (sans culture en terrasse, seule l’herbe peut pousser dans les alpages).

NP : Le reportage passe très rapidement sur le sérum de veaux fœtal. C’est pourtant le point essentiel. Ce n’est pas un aspect mineur pour la culture des cellules. Il représente jusqu’à 15% du bouillon de culture. Il est produit de manière immonde dans des fermes usines en Amérique latine en utilisant des animaux bourrés d’antibiotiques et hormones. Cela fait des dizaines d’année que les laboratoires cherchent une alternative en vain… Moi, biologiste, on ne me fera jamais manger cette « viande ».

Biosphere : Pour ou contre… la viande de substitution (14 octobre 2017)

Florence Burgat : Pourquoi mangeons-nous des animaux alors que rien ne nous y force ? Nous pensons que les substituts de viande de boucherie pourraient venir prendre la place de cette dernière. L’humanité pourrait cesser d’être carnivore sans l’avoir voulu et sans s’en apercevoir. Il est d’ores et déjà possible d’offrir des simili-carnés (burger, saucisses, jambon) ou simili-fromages sans qu’il soit possible de les distinguer des préparations ordinaires. Et le marketing, qui s’y entend à nous faire croire ce à quoi nous avons envie de croire pourrait jouer un rôle majeur dans la promotion de ces imitations végétales, mais aussi viande cultivée, véritable viande fraîche obtenue à partir de cellules musculaires (porc, bœuf, poulet)… Bref la viande générique que nous connaissons.

Jocelyne Porcher : Dans ce monde nouveau, harmonieux, pacifié et joyeux, tel que le décrivent les start-up de la clean meat (viande propre) et les associations prosélytes du véganisme à leur service, les humains seront enfin délivrés de leur propension à dévorer leur « prochain ». Car, c’est une constance de ces entreprises, en prenant en charge notre alimentation, elles ont toutes à cœur de « rendre le monde meilleur ». Qu’est-ce que la viande « propre » ? Il s’agit de viande in vitro aussi dénommée « viande de culture », c’est-à-dire de muscles cultivés en laboratoire à partir de cellules animale. Ce produit est dit « propre » car il n’est pas entaché de la mort d’un animal. Il est présenté comme plus sain et moins impactant sur l’environnement. La société Impossible Food (USA) propose déjà un « impossible burger » qui donne l’impression d’être saignant.

Mais la viande in vitro est-elle réellement éthique ? Ce système repose sur l’exclusion des animaux de ferme de notre alimentation et de notre vie. Lorsque les « défenseurs » des animaux militent pour une agriculture sans élevage, ce dont il est question, c’est de vivre sans animaux. Ils ne mourront plus certes, mais ils ne vivront pas non plus. Après 10 000 ans d’histoire commune et de coévolution, cette exclusion unilatérale est violente, cruelle et immorale. Ce qui nous est proposé comme substitut est de facto du mort-vivant. Du mort parce qu’il est produit en dehors de la vie vécue par les animaux, par leurs éleveurs et par tous ceux qui aiment les animaux. Du vivant, parce que la cellule est un élément constitutif du vivant biologique. Le lien entre les multinationales de la clean meat et les associations de défense animale qui promeuvent le véganisme résulte d’une collusion d’intérêts bien compris par les uns mais sans doute beaucoup moins par les autres. (L’Ecologiste numéro 50, octobre-décembre 2017)

* LE MONDE du 23 mars 2019, La viande de laboratoire peut-elle nourrir la planète ?

Ivan ILLICH, une personnalité qui a laissé sa trace

Ivan Illich (1926-2002) est un penseur incontournable de l’écologie politique et une figure importante de la critique de la société industrielle. Les références à sa pensée sont nombreuses, en voici un florilège :

1973 Michel Bosquet : mettez du socialisme dans votre moteur in dossier spécial automobile du mensuel le Sauvage n° 6 (septembre-octobre 1973).

Si la voiture doit prévaloir, il reste une seule solution : supprimer les villes, c’est-à-dire les étaler sur des centaines de kilomètres, le long de banlieues autoroutières. C’est ce qu’on a fait aux Etats-Unis. Ivan Illich (in Energie et équité) en résume le résultat : « L’américain type consacre plus de 1500 heures par an à sa voiture : cela comprend les heures qu’il passe derrière le volant, en marche ou à l’arrêt ; les heures de travail nécessaires pour la payer et pour payer l’essence, les pneus, les péages, l’assurance, les contraventions et impôts. Bilan : les gens travaillent une bonne partie de la journée pour payer les déplacements nécessaires pour se rendre au travail. La voiture en fin de compte fait perdre plus de temps qu’elle n’en économise. Comme cet Américain fait 10 000 kilomètres dans l’année, il fait donc du 6 km par heure. Dans les pays privés d’industrie des transports, les gens se déplacent exactement à cette même vitesse en allant à pied, avec l’avantage supplémentaire qu’ils peuvent aller n’importe où et pas seulement le long des routes asphaltées. »

Les usagers, écrit aussi Illich, briseront les chaînes du transport surpuissant lorsqu’ils se remettront à aimer leur îlot de circulation, et à redouter de s’en éloigner trop souvent. On peut imaginer des fédérations de communes (ou quartiers), entourées de ceintures vertes où citadins et écoliers passeront plusieurs heures par semaine à faire pousser les produits frais nécessaires à leur subsistance. La bagnole aura cessé d’être besoin. Que faire pour en arriver là ? Avant tout, ne jamais poser le problème du transport isolément, toujours le lier au problème de la ville, de la division sociale du travail et de la compartimentation que celle-ci a introduite entre les diverses dimensions de l’existence : un endroit pour travailler, une autre pour habiter, un troisième pour s’approvisionner, un quatrième pour s’instruire, un cinquième pour se divertir. L’agencement de l’espace continue la désintégration de l’homme commencée par la division du travail à l’usine. Travail, culture, communication, plaisir, satisfaction des besoins et vie personnelle peuvent et doivent être une seule et même chose : l’unité d’une vie, soutenue par le tissu social de la commune.

NB : Michel Bosquet était le pseudonyme d’André Gorz (1923-2007).

2002 Jean-Pierre Dupuy, « Pour un catastrophisme éclairé » (quand l’impossible est certain)

La médicalisation du mal-être est tout à la fois la manifestation et la cause d’une perte d’autonomie : les gens n’ont plus envie de régler leurs problèmes dans le réseau de leurs relations. Le mode hétéronome, c’est la médecine institutionnalisée, définie comme l’ensemble des traitements codifiés que dispense un corps de professionnels spécialisés. Les prothèses médico-pharmaceutiques, en biologisant les dysfonctions sociales, évite que l’intolérable soit combattu au plan où il doit l’être : dans l’espace politique. Telle est la contre-productivité sociale de la médecine. Seulement Ivan Illich ne s’est pas arrêté là, et c’est ce que les « progressistes » ne lui ont pas pardonné. On l’a abandonné lorsqu’il s’est mis à soutenir que « le traitement précoce de maladies incurables a pour seul effet d’aggraver la condition des patients qui, en l’absence de tout diagnostic et de tout traitement, demeureraient bien portants les deux tiers du temps qu’il leur reste à vivre. » Comme le dit André Gorz, « il est devenu choquant d’affirmer qu’il est naturel de mourir, que les maladies mortelles ne sont pas un dérèglement accidentel et évitable mais la forme contingente que prend la nécessité de la mort ».

Le monde moderne est né sur les décombres des systèmes symboliques traditionnels, en qui il n’a su voir que de l’irrationnel et de l’arbitraire. Dans son entreprise de démystification, il n’a pas compris que ces systèmes impliquaient que des limites soient fixées à la condition humaine, tout en leur donnant sens. En remplaçant le sacré par la raison et la science, il a perdu tout sens des limites, et, par là même, c’est le sens qu’il a sacrifié.

2009 Yves Cochet, « Antimanuel d’écologie »

A) la contre-productivité des systèmes sociaux : Dans les années 1970, Ivan Illich avait déjà réfléchi à l’inefficacité de certains systèmes sociaux. A la différence de Joseph A.Tainter, qui envisage plutôt le collapsus des sociétés dans leur ensemble, Illich a étudié certaines institutions sociales particulières. Il développe la notion de « contre-productivité » pour rendre compte des conséquences néfastes de certaines institutions lorsque leur fonctionnement dépasse certains seuils au-delà desquels ces institutions produisent l’effet inverse de leur but initial : alors l’école abrutit, la médecine rend malade, les communications rendent sourd et muet, l’industrie détruit et l’Etat étouffe la société civile, les transports immobilisent. Par exemple la « vitesse généralisée » d’un mode de transport n’est pas le simple rapport entre la distance parcourue et le temps du parcours. Elle ajoute à ce temps de parcours le temps passé à gagner de quoi se payer l’usage d’un mode de transport. Jean-Pierre Dupuy a calculé que la vitesse généralisée d’un automobiliste est de 7 kilomètres à l’heure, soit un peu plus que celle d’un piéton. La contre-productivité des transports automobiles fut renforcée depuis cinquante ans par une politique d’urbanisme et d’aménagement du territoire conçue autour de l’automobile. La construction du mythe de la vie heureuse en pavillon avec jardin entraîna un étalement urbain beaucoup plus important que la simple croissance démographique. Si bien que dans les pays de l’OCDE, le temps passé entre le domicile et le travail n’a pas dominé depuis 1850, malgré la prétendue augmentation de la mobilité et de la vitesse de la modernité automobile. Le gain de vitesse des engins fut intégralement absorbé par l’étalement des faubourgs, l’éloignement géographique des lieux d’habitation et de travail, des écoles et des hypermarchés.

B) solution économique : Dans le domaine économique, ce sont les valeurs « production » et « consommation » qu’il s’agit de faire reculer dans nos imaginaires, tandis que doivent progresser les valeurs « temps libéré » ou « autonomie ». Dans le vocabulaire d’Ivan Illich, est « autonome » une activité que je ne suis pas payé pour faire, ou une activité que je ne fais pas pour être payé. Sont ainsi autonomes les pratiques de la méditation, du soin des enfants, de l’émerveillement devant les beautés de la nature, du bénévolat associatif, de l’entraide, et de bien d’autres encore selon les raisons et les passions de chacun. Mais les raisons et les passions des humains se traduisent aussi par des activés moins nobles, de la crétinisation télévisuelle à la beuverie collective, de la crapulerie de quartier à la corruption généralisée, du sexisme ordinaire à la chasse aux immigrés. Faute de pouvoir effacer des esprits humains l’interaction spéculaire, la rivalité mimétique, l’envie et la jalousie, nous pouvons tenter d’orienter le système de ces invariants anthropologiques vers d’autres attracteurs que ceux des valeurs du productivisme.

2008 Romain Felli, « Les deux âmes de l’écologie » (une critique du développement durable)

L’écologie politique prend le contre-pied d’une certaine gauche productiviste et autoritaire. Par exemple à propos des nationalisations, il n’y a aucune différence entre un Etat au service des multinationales et des multinationales au service de l’Etat. Pourquoi l’Etat serait-il nécessairement moins exploiteur que certaines sociétés ou certains individus ? Le salut passe par la sortie du système étatique en élaborant des microsociétés de base, se gouvernant elles-mêmes, associées entre elles. La recherche d’autonomie se traduit par l’autolimitation. Au niveau collectif, l’autonomie de la société signifie la capacité de subvenir à ses propres besoins sans mettre en danger les cycles écologiques ou les ressources naturelles. Il y a autorégulation conviviale.

Ivan Illich appelait conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’individu contrôle l’outil. L’homme a besoin d’un outil avec lequel travailler, non d’un outillage qui travaille à sa place. Il a besoin d’une technologie qui tire le meilleur parti de l’énergie personnelle, pas d’un outillage qui l’asservisse et le programme. Un exemple de reconquête de l’autonomie serait la création d’ateliers communautaires autogérés, à l’échelle des quartiers. Dans cette optique, tout le monde peut être son propre médecin (au moins pour la plupart des affections courantes) et l’éducateur de ses enfants. Le simple fait d’utiliser des objets construits pour durer et pour être réparable facilement par tout un chacun est déjà un pas vers plus d’écologie et moins de production.

2009 François Jarrige, « Face au monstre mécanique » (une histoire des résistances à la technique)

Des fictions comme Ecotopia (1975) de l’Américain Ernest Callenbach donnent à voir ce que serait un monde postindustriel fondé sur l’usage contrôlé et limité des technologies. La même année dans La convivialité, Ivan Illich distingue entre les techniques conviviales, qui accroissent le champ de l’autonomie, et celles, hétéronomes, qui le restreignent ou le suppriment. Face à ceux qui voient dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication une voie possible pour une économie plus écologiste, d’autres soulignent les nouvelles sources de pollution et les menaces induites.

Qualifier ces mouvements de technophobes est une grave mystification. Ainsi la contestation du nucléaire civil n’est pas une simple critique de la technique en tant que telle. Elle est d’abord une contestation politique d’un système technique monstrueux marqué par l’opacité et la centralisation, protégé par de hauts murs et l’armée. A l’inverse, les technologies alternatives comme l’éolien et le solaire sont valorisées comme des techniques susceptibles d’un contrôle démocratique dans un cadre décentralisé.

LE MONDE est l’otage des lobbies automobiles

Tout le monde devrait savoir que nous allons vers une société sans bagnoles individuelles, mais LE MONDE en tant que quotidien ne le sait pas encore. Son journaliste mondialiste progressiste Philippe Escande est un véritable adepte de la religion automobile: « Deux pistes sont possibles. La première est celle de la frugalité. C’est la méthode 2CV, un produit simple, peu performant mais bon marché, et qui reste totalement réparable, y compris par l’utilisateur lui-même. Cette Citroën est bruyante, ne respecte pas les critères de sécurité actuels et ne dépasse que rarement les 80 kilomètres-heure, mais elle est réparable à l’infini. L’autre solution est celle du produit haut de gamme, increvable, mais cher. Avec Mercedes ou Miele, les Allemands s’en sont fait une spécialité. Faudra-t-il ralentir la marche du progrès pour réduire le gaspillage ? »

Six mois plus tard, il se lamente encore : « Donald Trump frappe là où ça fait mal, au cœur de la compétence industrielle germanique, l’automobile. Il menace d’invoquer l’état d’urgence pour imposer des droits de douane qui pourraient atteindre les 25 %… La politique s’invite aussi en Grande-Bretagne où la décision du groupe Honda de fermer sa seule usine européenne déchaîne les passions… L’industrie automobile mondiale connaît un retournement spectaculaire du marché, les ventes de voitures en Chine se sont effondrées... »*

Normal de pleurer sur la fin de la civilisation automobile, LE MONDE est victime de la nécessité de recettes publicitaires dont une grande partie provient du lobby automobile. Dans le numéro de mardi dernier, la dernière page en son entier est un hymne à Peugeot, « Motion & émotion » ! Un tiers de la page 7 pour la Nouvelle classe C coupé (jusqu’à 228 g de CO2 au km !). Sans oublier la rubrique habituelle « Styles » consacrant toute la page à l’automobile, ici la Toyota hybride… sans oublier les voitures d’avant-guerre !!

C’est pourquoi Philippe Escande se veut un véritable adepte de la civilisation motorisée doublé d’un croyant technologisé : « Les constructeurs doivent investir massivement pour préparer la plus importante transition technologique de leur histoire, celle vers la voiture électrique et le véhicule autonome… Mais l’automobile devient malgré elle l’otage du retour des passions nationalistes.»* Il ne faut pas s’étonner dans un tel contexte que la moindre attaque contre l’automobile, par exemple la minimaliste taxe carbone, fasse se révolter pendant des mois les Gilets jaunes. Pourtant nous devons penser au-delà du pétrole, Beyond Petroleum, et sans voiture électrique ni informatisation totale de la bagnole. La voiture comme consommation de masse a tout juste un siècle (la Ford T à partir de 1908), nous pouvons parier sans nous tromper que dans un siècle il n’y aura plus de voitures pour tous. Le dévoiturage est déjà en marche, les 80 km/h avec les ralentisseurs qui se multiplient dans tous les petits villages en sont un signe précurseur. Le capitalisme est par essence un système d’auto-digestion, il assure durablement l’ordre social en exploitant la soif infinie de richesses dans un monde limité et qui ressemble de plus en plus à un trognon. Cette situation ne changera que lorsque nous aurons achevé de nous entre-dévorer après avoir digéré tout ce qui se trouve sous nos pieds. Tout le reste, c’est du blabla. Dans un siècle, des outils très simples, le vélo et la brouette, c’est tout ce qui nous restera après avoir jeté et encore jeté sans réparer. Pari tenu ?

* LE MONDE du 20 février 2019, « L’automobile devient malgré elle l’otage des passions nationalistes »

Le web, toile des communications devenue sangsue

Écologistes, débranchez vos écrans ! L’utopie technologique est devenue un monstre qui vit de nos pensées et manipule nos actes. Tim Berners-Lee invente le worldwideweb en 1989. Il est persuadé que le « véritable potentiel » du Web peut être libéré s’il devient « un espace universel » où n’importe qui, en n’importe quel lieu, peut aller chercher librement des ressources, cela « gratuitement » et « sans permission ». Aujourd’hui il déplore que les entreprises numériques collaborent avec les gouvernements dans des opérations de surveillance et les « régimes répressifs » en abusent, il s’inquiète que « la désinformation se répande sur le Web comme une traînée de poudre », il dénonce le micro-ciblage de masse du marketing politique en ligne, qu’il juge « contraire à l’éthique ». Il n’est pas le seul à dénoncer la créature qu’il a fabriquée :

Jaron Lanier, un autre pionnier du monde numérique et chercheur en intelligence artificielle (IA) publie en mai 2018 Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now (« dix arguments pour fermer immédiatement vos comptes sur les réseaux sociaux »). Il dresse ce réquisitoire grinçant contre Facebook : « Pourquoi les gens doivent-ils être bombardés de messages de guerre psychologique bizarres avant les élections ou après une fusillade dans une école ? Pourquoi tout un chacun doit-il être soumis à des techniques de modification du comportement provoquant chez lui une dépendance simplement parce qu’il veut regarder des photos de ses amis et de sa famille ? »

Nicholas Carr dans Utopia Is Creepy (« l’utopie est effrayante ») montre combien les réseaux sociaux sont sources de déception, les zélotes du high-tech bornés et « solutionnistes », nos vies privées bafouées, le Web dangereux pour notre capacité de concentration.

Tristan Harris, ancien de chez Google, a publié en 2016 sur le site Thrive Global un court essai où il compare à des « machines à sous » nos portables aux écrans design, avec leurs applications colorées, leurs touches « Like », leurs icônes. Addictives.

Guillaume Chaslot, un informaticien qui a travaillé sur l’algorithme de YouTube,a observé de l’intérieur comment l’extraordinaire média social qu’est YouTube, avec ses 1,8 milliard d’utilisateurs connectés en 2018, a dérapé dès qu’il s’est politisé. Plus de 80 % des vidéos politiques recommandées par YouTube pendant la campagne électorale américaine étaient favorables à Trump. Comment expliquer un tel biais ? Suivant une logique marchande, l’algorithme de YouTube recommande une vidéo quand l’usager passe beaucoup de temps à la visionner – plus elle est regardée, plus la plate-forme génère des revenus publicitaires, et plus elle est recommandée. Or, ce sont les vidéos choquantes, extrémistes, conspirationnistes, mensongères qui retiennent l’attention.

Shoshana Zuboff appelle « capitalisme de surveillance » ce big data basé sur la manipulation et la prédiction des comportements individuels (The Age of Surveillance Capitalism, 2019). Ce nouveau capitalisme se fonde sur une idée forte : vendre, heure après heure, en temps réel, « l’accès à toute notre vie » en captant nos épanchements sur les réseaux sociaux, en analysant toutes nos activités numériques. Nous sommes dans le contrôle total des comportements à la « Big Other, un régime omniprésent qui enregistre, modifie, commercialise l’expérience quotidienne, du grille-pain au corps biologique, de la communication à la pensée, de manière à établir de nouveaux chemins vers les bénéfices et les profits. » (Journal of Information Technology, 2015)

source : LE MONDE idées du 16 février 2019, Les 30 ans du Web : de l’utopie à un capitalisme de surveillance

L’effet tunnel explique la révolte des Gilets jaunes

Dès les débuts du chemin de fer, on a parlé d’effet tunnel : un train désertifie les zones rurales en reliant une ville à une autre ville. En France, les conseillers municipaux d’Albion dénonçaient en 1833 l’effet tunnel : « Le chemin de fer est incapable d’être lucratif sauf aux grandes villes… tous les pays intermédiaires en souffriront par le défaut de communication ». Puis on a désertifié les villes intermédiaires avec les TGV. Face à ce vide spatial, les constructeurs d’automobiles ont pu imposer le choix de la voiture individuelle, « indispensable » puisqu’il n’y a plus de dessertes de proximité. Or la voiture dépend du pétrole, et bientôt il n’y en aura plus. Les Gilets jaunes sont désormais prisonniers de leurs propres véhicules, mais il faudra leur expliquer que les technocrates nous ont trompés. Un point de vue dans LE MONDE* donne les clés d’un débat historiquement daté :

«  A l’heure de la dénonciation par les « gilets jaunes » des « territoires délaissés », la question du transport ferroviaire est à nouveau d’actualité. J’ai assisté en tant que témoin aux débats des années 1950, qui opposaient les partisans des lignes à grande vitesse à ceux de la desserte du territoire par un maillage serré, dont mon père Louis-Maurice Jouffroy. Le projet de Louis-Maurice Jouffroy, lui, était centré sur les besoins des territoires. Il faut augmenter les réseaux ferroviaires secondaires pour désenclaver les territoires, assurer la surveillance et le maintien en état des structures. Le ferroutage est également très important aux yeux de son auteur. A cet effet est inventée la « voiture à double plancher » sur laquelle peuvent circuler deux étages de véhicules. A partir des gares d’arrivée des conteneurs, des routiers les convoient dans leurs camions jusqu’à leur destination finale. Sa dernière innovation est le « train auto-couchette », dont j’ai pris le premier avec mes parents en 1956 entre Paris et Nice. Tout était prêt pour réaliser ce plan. Mais la décision de l’abandonner, hier comme aujourd’hui, est prise d’en haut. L’entourage polytechnicien du président, confronté à la concurrence de la route et de l’avion, estimait urgent de réunir les grandes villes par un réseau principal à trains rapides, les TGV, dont le budget était colossal : construction de nouvelles machines, modification des trajets par l’achat ou la réquisition de terres agricoles, construction de gares TGV. Les TGV destinés aux hommes d’affaires et aux voyageurs des week-ends et des vacances facilitent bien la circulation dans le pays, mais l’abandon des lignes secondaires est source de désertification des terroirs. Le trafic des voyageurs et des marchandises est laissé aux camions et aux automobiles, qui engorgent les routes et les rues, augmentent les émissions de CO2 et les accidents. Pourtant, la vitesse est toujours à l’ordre du jour avec la suppression de nouveaux arrêts et la construction de la ligne TGV Lyon-Turin… Ce choix de la vitesse est fait sans consultation des Français. » Et maintenant une petite partie de ping-pong sur lemonde.fr :

ALAIN SALANDRE : Qui prévoyait il y a 50 ans qu’on prendrait si facilement l’avion et qu’un français sur deux aurait une voiture ?

MICHEL SOURROUILLE : Pouvez-vous imaginer que dans cinquante ans l’avion sera cloué au sol faute de kérosène et les voitures individuelles interdites pour cause de lutte contre le réchauffement climatique ?

Mathieu : Faire l’hagiographie de son père dans un quotidien national doit être passionnant, mais cela me semble un peu réécrire l’histoire. Le plan de Louis-Maurice Jouffroy était vraisemblablement un travail purement intellectuel écrit en chambre.

MICHEL SOURROUILLE : le programme nucléaire français a été mis en place par des technocrates depuis leurs bureaux, de même que le soutien à agriculture intensive à base de tracteurs et de polluants, de même que la construction de LGV, aéroports et autres grands travaux inutiles… Aujourd’hui on sait que tout cela, avec des slogans du type « plus vite, plus loin et plus souvent », nous a mené dans une impasse !

* LE MONDE du 6 février 2019, « Dans les années 1950, les dirigeants de la SNCF étaient obnubilés par la vitesse »

La voiture demain, économique, propre, omniprésente ?

Économique, connectée, propre, la voiture de demain sera au cœur de la vie quotidienne des citoyens de demain, estime Serge Clemente dans LE MONDE*. Un tel point de vue est si irréaliste qu’il en est comique. Il est vrai que pour quelqu’un dont le métier est de vivre de l’automobile, le point de vue est biaisé. Comme on disait dans les 1970s, la bagnole ça pue, ça pollue et ça rend con. Les débuts de la voiture comme consommation de masse n’a que 100 ans (diffusion de la Ford T dans les années 1910), demain il n’y aura plus de voitures individuelles par manque d’énergie fossile. C’est ce que nous nommons dévoiturage. Il y a 100 ans, il y avait 1672 voitures en France, aujourd’hui 39,1 millions, dans cent ans il n’y aura que des véhicules prioritaires, ambulances, pompiers, etc. La voiture pour tous n’aura été qu’une parenthèse, destructrice pour le mode de vie localisé d’autrefois et mortelle par le réchauffement climatique que cela a provoqué. Nous trouvons réconfortant de lire que les commentateurs sur le monde.fr mettent en pièce Serge Clemente :

FABIEN NONY : Bientôt dans Le Monde: « L’agriculture productiviste va jouer un rôle toujours central dans l’alimentation de demain », par la présidente de la FNSEA, puis « L’hypermarché va jouer un rôle toujours central dans la consommation de demain », par Michel-Edouard Leclerc, sans oublier  » la finance va jouer un rôle toujours central dans l’économie de demain » par le président de la banque Rothschild, et « le pétrole va jouer un rôle toujours central dans l’économie de demain », par la président de Total.

Lecteur/Décodeur : Il est agréable de voir que la plupart des commentateurs de cette tribune ne tombent pas dans le panneau et sont là pour contrebalancer la vision biaisée de l’auteur. Monsieur Serge Clemente est donc Président de Indgo, ex Vinci-Park, « le leader mondial du stationnement et de la mobilité individuelle ». Pas difficile de comprendre pourquoi il défend son gagne pain. Quitte à utiliser des arguments franchement douteux.

Portalis : Vu le rôle professionnel de ce monsieur, il serait très surprenant qu’il valorise les transports collectifs…. La voiture intelligente, autonome, « qui peut servir de second bureau ». On se moque de qui, là, exactement ?

Bulgroz : Il dit :  » les transports en commun ne peuvent continuer à se développer à cause de la place qu’ils prennent » (sous entendu la voiture est plus efficiente … la blague) – « la voiture est ce qui coûte le moins cher. » Ah bon, même moins cher qu’un vélo ou ses petits petons ? Vous pouvez rappeler la part des trajets de qq km fait en voiture svp ? Je me suis arrêté là. A ce niveau de connerie ce n’est même plus du fanatisme …

JEAN PIERRE : Concernant le coût de la voiture : une simple réflexion sur l’aérodynamisme permet de contredire cet article. Même l’avion est plus efficient que la voiture. La voiture est le mode de transport qui consomme le plus d’énergie par kilos transportés. Cet article défi les lois de la physique.

MATHIEU BAZART : Lobbying mensonger et honteux, avec une vision de l’avenir qui repose uniquement sur les intérêts professionnels de l’auteur. Merci quand même pour le fou rire, avec la voiture qui serait le moyen de transport le moins cher par passager ! Oups, l’auteur a oublié de citer ses sources ! Mais quand on cite l’hydrogène comme une source d’énergie, on n’est plus à ça près… Bref… les villes n’ont de toute façon plus la place pour la voiture!

Marabbeh : L’auteur pratique la méthode Coué. Toujours avec l’idée que la technologie va nous sauver. Or on s’aperçoit que c’est le contraire qui se produit. La voiture est un luxe, que nous devrons abandonner un jour ou l’autre. Ou alors elle continuera mais dans d’autres conditions. Dans les grandes villes, les transports en commun prennent le pas sur la voiture individuelle. Il n’y a que hors agglomération qu’elle est indispensable, mais là aussi les habitudes sont appelées à changer.

JEROME FRANCOIS : 1 – Ni l’hydrogène, ni l’électricité ne sont des énergies primaires, donc ces énergies sont intéressantes uniquement si elles sont produites par des énergies primaires décarbonées. 2 – la voiture est une hérésie. Elle pèse aujourd’hui entre 1 tonne et 1 tonne et demi (donc consommation énergie excessive) pour rouler à – de 20 km/h en ville et d’environ 35/40 km/h en zone périphérique,

edouard : La voiture individuelle s’est avérée totalement incapable d’évoluer en 40 ans, pire, elle enfle structurellement de taille et de corvées comme le démontre le récent engouement pour le SUV ou carrément pour le « véhicule de demain ».

* LE MONDE du 16 janvier 2019, « La voiture va jouer un rôle toujours central dans la mobilité de demain »

Le dioxyde de titane très apprécié par Bruno Le Maire

L’additif alimentaire E171 ne sera pas suspendu en France. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a remporté l’arbitrage du premier ministre contre celui de la transition écologique et solidaire. Ce colorant, formé de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2), est présent dans de nombreux produits alimentaires, en particulier des confiseries, des plats cuisinés, etc. Suspecté de présenter un risque cancérogène, sa suspension était prévue par la loi Egalim adoptée en novembre 2018. Mais Le Maire a exclu de signer l’arrêté ministériel. « Dans le doute, c’est aux industriels de s’abstenir », a expliqué le ministre. France nature environnement précise que « l’E171 n’ayant aucune valeur nutritionnelle, son utilisation est superflue ».*

Anti-septique  sur lemonde.fr : Il a bien raison, Mr Lemaire. Il a été aussi ministre de l’agriculture, donc il connaît bien l’histoire du chlordécone aux Antilles : là aussi il fallait vider les stocks avant de valider l’interdiction… Laissons les industriels travailler sereinement.

untel : La décision va nous éviter une situation inconfortable : celle d’interdire des produits fabriqués par des sociétés multinationales et consommées partout dans le monde. Ces sociétés porteront l’affaire devant la justice et il faudra alors expliquer au juge pourquoi le ministre a pris une mesure d’interdiction alors que les agences de santé donnaient le feu vert

Sous Influence : L’influence des lobbys de l’agroalimentaire sur les politiques, plus particulièrement les parlementaires, mais aussi sur les organismes de contrôles est telle que la plupart des mesures de régulation ou contraignantes ont très peu de chance d’être adoptées ou mises en œuvre. À ce sujet, le livre de l’ancien industriel de l’agroalimentaire Christophe Brusset « vous êtes fous d’avaler ça » est particulièrement éclairant.

Marite : A lire aussi « LOBBYTOMIE » de Stéphane HOREL (La Découverte)

Professeur Gaston : Le gouvernement a toujours d’excellentes raisons de ne pas agir et de tortiller du cul : « Ce n’est pas le bon moment », « On veut être sûr » ou « C’est trop complexe ». On a eu la même chose sur le Nutri-score. Rien ne changera, jusqu’au jour où les bobos enfileront des gilets verts et enfonceront les portes de Bercy avec des tondeuses électriques

ChP : C’est beau la politique ! Vous votez des lois. Tout le monde applaudit ! Elles ne servent à rien car les décrets d’application ne sont pas promulgués. Les gens ne sont pas contents alors vous leur dîtes qu’il faut réaliser de nouvelles études, pour mieux les protéger. Ensuite ils sont surpris qu’ils ne sont pas aimés. Les cons.

Gilles : Il y a très longtemps, on m’a appris à distinguer l’indispensable, l’utile et le superflu. J’ai pour ma part beaucoup de mal à comprendre cette débauche d’études, d’analyses et in fine d’articles, coûteux, pour quelque chose qui ne nous sert à rien. Médias, informez le public sur l’inutilité du colorant et celui-ci finira par boycotter les produits qui en contiennent. Un excellent sirop de fraise ou de menthe n’a pas de couleur !

Livia : Mr Le Maire, il me semble que le principe de précaution est (encore)inscrit dans la constitution. On parle là d’un additif à seule visée esthétique. Nous comprenons que vous êtes à la botte de l’industrie alimentaire et que la santé publique ne compte absolument pas face aux profits de l’industrie agro-alimentaire. Il y a longtemps que j’ai compris et que je n’achète que des produits bruts que je cuisine. De plus en plus de gens font comme moi. Cette industrie finira par couler.

Bunteblatter : Entièrement d’accord avec vous … et si au lieu de passer 10 ou 20h/semaine devant la télé ou les réseaux sociaux chacun consacrait en moyenne 30 min par jour à choisir ses aliments et les cuisiner, nous n’en serions pas là, et nous parlerions même pas de tous ces industriels véreux ni des agences européennes infiltrées par leurs lobbyistes.

* LE MONDE du 11.01.2019, E171 : l’additif alimentaire controversé ne sera pas suspendu