sciences et techniques

match Low Tech / Techno-croyances

Dérèglement climatique, épuisement des ressources, des espèces et de la biodiversité, mais aussi fragilité d’un système socio-économique trop complexe, les collapsologues prônent la décroissance pour éviter l’effondrement de la civilisation. Philippe Bihouix propose une série de mesures concrètes (réduction de la taille des voitures, instauration d’une politique fiscale environnementale, interdiction des emballages jetables), et une nouvelle utopie, composée de lenteur et de simplicité, de remise en question de nos notions de confort et de désir, mais aussi recherche de liens humains de proximité. Il prône également le développement et l’utilisation de solutions « low-tech ». Ces techniques simples visent à permettre de vivre mieux avec moins, d’encourager des modes de consommation et de production collaboratifs, et de changer notre relation aux technologies en nous incitant à en faire un usage plus sobre. Quelques réactions sur lemonde.fr à cette tribune de Claire Gerardin*, la religion de la techno-science fait rage :

-Alazon- : « Face à l’effondrement de la civilisation industrielle qui guette« . Euh, il guette surtout dans les esprits dérangés de quelques névropathes. Sauf à retourner au Moyen Age, la transition énergétique nécessite beaucoup d’industrie et beaucoup de technologie. Une application comme Blablacar pour le co-voiturage, une voiture électrique, un véhicule à hydrogène… ce n’est pas de l’artisanat ! Les névroses de fin du monde sont devenues la norme. On se croirait dans une secte essénienne avec concours de prophéties d’apocalypse. Entre allumés persuadés que les civilisations vont disparaître, c’est à qui aura la potion de survivalisme la plus amère, en attendant sans doute un messie écologiste que sainte Greta préfigure. Il faut juste reprendre son souffle et regarder le monde : les nations les moins développées aspirent à cette civilisation industrielle qui nous apporte tant de bienfaits.

Pm42 : « Face à l’effondrement de la civilisation industrielle qui guette » ? A la limite j’arrête là. Cela fait penser aux marxistes qui nous ont expliqué pendant un peu plus d’un siècle que l’effondrement du capitalisme était inéluctable. C’est de la pensée religieuse, rien d’autre et cela ne devrait rien avoir à faire dans un journal un peu sérieux.

Happy Failure : La lecture de la majorité des commentaires à cet article suscite une impression simplement effroyable. L’insulte, l’affichage d’un mépris sûr de soi et le dénigrement, que ce soit vis-à-vis des intentions de l’article ou des commentaires allant dans son sens, semble être la manière naturelle de réagir. Appartiennent-ils à cette race qui gâche les réunions de famille en gueulant des a priori péremptoires à chaque conversation ? Et au-delà de ce déficit affligeant de savoir-vivre, que penser de leurs arguments? La réduction à la caricature la plus stupide (la moindre hypothèse de régulation vous range dans le camp des bolcheviques, la réduction de l’emprise énergétique vous condamne à vous éclairer à la chandelle…). Et que craignent-ils ? Devoir renoncer à leur SUV, à leur montre connectée, à leur climatisation ? C’est ça leur bonheur ?

* LE MONDE du 21 septembre 2019, Le « low-tech », pour « vivre mieux avec moins »

Les illusions technologiques de Steven Chu

Steven Chu* : Nous avons toutes les raisons d’être inquiets. La transition énergétique ne va pas assez vite. Le monde consomme encore plus de 100 millions de barils (159 litres) de pétrole par jour (soit presque 16 milliards de litres, plus de deux tonnes par jour et par personne)**.

Biosphere : Le constat de démesure commence à être partagé par toutes les personnes conscientes de l’urgence écologique. On se retrouve toujours plus nombreux sur les fondements biophysiques de toute réflexion, on progresse mais pas assez vite !.

Steven Chu : Je ne pense pas qu’il soit possible d’atteindre 100 % d’énergies renouvelables dans un futur proche, nous n’avons pas assez de moyens de stockage d’électricité.Le réseau électrique continuera à avoir besoin de moyens mobilisables à la demande. Les populations ne seront pas d’accord pour renoncer à la lumière, fermer les usines et mettre à l’arrêt l’économie.

Biosphere : D’accord ou pas, sans ressources fossiles on sera bien obligé de se contenter d’une vie frugale, d’électricité intermittente et surtout de son énergie endosomatique (notre force musculaire). Quant à vouloir toujours ajouter une énergie à une autre énergie (bois, charbon, vent, pétrole, gaz, nucléaire…), on est arrivé au terme de cette fuite en avant : un effondrement probable de notre civilisation thermo-industrielle. Sans pétrole, t’es plus rien !

Steven Chu : Je pense que le nucléaire doit être partie prenante pour prendre le relais des renouvelables. Une option serait de produire à la chaîne des petits réacteurs nucléaires modulaires, s’ils sont suffisamment petits ils peuvent être plus sûrs.

Biosphere : Pour recenser toutes les informations de notre blog biosphere sur le nucléaire, lire notre Biosphere-Info. Nous n’avons trouvé aucun argument crédible pour assurer un avenir durable au nucléaire. Et puis toujours penser à rajouter de l’énergie à notre boulimie, c’est occulter la nécessaire redéfinition de nos besoins. Simplicité volontaire quand tu nous tiens !

Steven Chu : Le véhicule électrique constitue une bonne solution, c’est un objectif difficile, mais atteignable. J’espère qu’on verra des progrès dans le secteur des batteries

Biosphere : Phrase significative de l’illusion technologique qui repose sur un acte de foi, la probable mais incertaine découverte techno-scientifique qui va sauver l’humanité.

Steven Chu : L’industrie automobile américaine, contrairement à Trump, ne souhaite pas revoir à la baisse les normes instaurées pendant le mandat de Barack Obama. Elle veut pouvoir vendre ses véhicules à l’étranger.

Biosphere : Il faut donc rester compétitif, vendre à l’étranger sans se préoccuper s’il y aura encore des véhicules individuels en 2050 ! Business as usual, c’est faire l’impasse sur le futur. De la part d’un prix Nobel de physique, on n’en attendait pas moins, une méconnaissance totale de la déplétion énergétique en cours.

Steven Chu : Une chose est claire : à la fin de ce siècle, le monde doit être neutre en carbone. C’est un objectif très difficile à atteindre.

Biosphere : Nos dirigeants ont décidé une simple « neutralité carbone » en 2050 : on pourra toujours émettre davantage de gaz à effet de serre, il suffirait de compenser par ailleurs ces émissions.Mais un barrage hydroélectrique peut-il remplacer une centrale thermique à charbon ? La compensation carbone n’a jamais fait la preuve de son efficacité. Il est impossible de garantir l’additionnalité des projets, le fait qu’ils n’auraient pas pu voir le jour sans la compensation.

* Steven Chu, prix Nobel de physique en 1997, Secrétaire à l’énergie de Barack Obama entre 2009 et 2013

** LE MONDE du 6-7 octobre 2019, Steven Chu : « La transition énergétique ne va pas assez vite »

Technique démocratique… ou autoritaire ?

« Pour parler sans ménagement, la thèse que je défends est celle-ci : depuis la fin des temps néolithiques au Moyen-Orient, jusqu’à nos jours, deux techniques ont périodiquement existé côte à côte, l’une autoritaire et l’autre démocratique ; la première émanant du centre du système, extrêmement puissante mais par nature instable, la seconde dirigée par l’homme, relativement faible mais ingénieuse et durable. Si j’ai raison, à moins que nous ne changions radicalement de comportement, le moment est proche où ce qui nous reste de technique démocratique sera totalement supprimé ou remplacé, et ainsi toute autonomie résiduelle sera anéantie ou n’aura d’existence autorisée que dans des stratégies perverses de gouvernement, comme les scrutins nationaux pour élire des dirigeants… déjà choisis dans les pays totalitaires.

Ce que j’appellerais technique démocratique est la méthode de production à échelle réduite, reposant principalement sur la compétence humaine et l’énergie animale mais toujours activement dirigée par l’artisan ou l’agriculteur ; chaque groupe raffinant ses propres talents par le biais des arts et des cérémonies sociales qui lui conviennent, tout en faisant un usage modéré des dons de la nature. Cette technique a des ambitions limitées mais, précisément parce qu’elle exige relativement peu, elle est très facilement adaptable et récupérable. Alors que cette technique démocratique remonte aussi loin que l’usage primitif des outils, la technique autoritaire est une réalisation beaucoup plus récente: elle apparaît à peu près au quatrième millénaire avant notre ère, dans une nouvelle configuration d’invention technique et de contrôle politique centralisé qui a donné naissance au mode de vie que nous pouvons à présent identifier à la « civilisation », sans en faire l’éloge. Sous la nouvelle institution de la royauté, des activités auparavant disséminées, diversifiées, à la mesure de l’homme, furent rassemblées à une échelle monumentale dans une sorte de nouvelle organisation de masse à la fois théologique et technique. Cette technique totalitaire était tolérée, voire souhaitée, malgré sa continuelle propension à détruire, car elle organisait la première économie d’abondance réglementée : notamment d’immenses cultures vivrières qui n’assuraient pas seulement l’alimentation d’une population urbaine nombreuse, mais aussi libérait une importante minorité professionnelle pour des activités militaires, bureaucratiques ou purement religieuses. La technique autoritaire réapparaît aujourd’hui sous une forme habilement perfectionnée et extrêmement renforcée. Ne nous laissons pas abuser plus longtemps. Au moment même où les nations occidentales renversaient l’ancien régime absolutiste, gouverné par un roi autrefois d’essence divine, elles restauraient le même système sous une forme beaucoup plus efficace de leur technique, non moins draconiennes dans l’organisation de l’usine que dans la nouvelle organisation de l’armée. Les inventeurs des bombes atomiques, des fusées spatiales et des ordinateurs sont les bâtisseurs de pyramides de notre temps : leur psychisme est déformé par le même mythe de puissance illimitée, ils se vantent de l’omnipotence, sinon de l’omniscience, que leur garantit leur science, ils sont agités par des obsessions et des pulsions non moins irrationnelles que celles des systèmes absolutistes antérieurs, et en particulier cette notion que le système lui-même doit s’étendre, quel qu’en soit le coût ultime pour la vie.Tels les pharaons de l’âge des pyramides, ces serviteurs du système identifient ses bienfaits à leur propre bien-être ; comme le dieu-roi, leur apologie du système est un acte d’auto-adoration ; et comme le roi encore, ils sont en proie à un besoin irrépressible et irrationnel d’étendre leurs moyens de contrôle et de repousser les limites de leur autorité.

Dans ce Pentagone de la puissance, aucune présence visible ne donne des ordres : contrairement au Dieu de Job, on ne peut pas faire face aux nouvelles divinités, et encore moins s’opposer à elles. La technique actuelle se distingue de celle des systèmes du passé, ouvertement brutaux et absurdes, par un détail particulier qui lui est hautement favorable : elle a accepté le principe démocratique de base en vertu duquel chaque membre de la société est censé profiter de ses bienfaits. Le marché qui nous est proposé se présente comme un généreux pot-de-vin. Quand notre technique autoritaire aura consolidé son pouvoir, grâce à ses nouvelles formes de contrôle des masses, sa panoplie de tranquillisants, de sédatifs et d’aphrodisiaques, comment la démocratie pourrait-elle survivre? C’est une question idiote: la vie elle-même n’y résistera pas, excepté ce que nous en débitera la machine collective. La question que nous devons nous poser n’est pas de savoir ce qui est bon pour la science, et encore moins pour General Motors, Union Carbide, IBM ou le Pentagone, mais c’est de savoir ce qui est bon pour l’homme : non pas l’homme des masses, soumis à la machine et enrégimenté par le système, mais l’homme en tant que personne, libre de se mouvoir dans tous les domaines de la vie. Nous ne pourrons venir à bout de la surabondance des automobiles qui encombrent et détruisent nos villes qu’en redessinant ces villes de façon à favoriser un agent humain plus efficace : le marcheur. Et si l’on considère la naissance et l’accouchement, on voit heureusement régresser la procédure autoritaire, centrée sur la routine hospitalière, en faveur d’un procédé plus humain qui redonne l’initiative à la mère et aux rythmes naturels du corps… »

Lewis Mumford, discours prononcé à New York, le 21 janvier 1963 (extraits)

source : https://www.partage-le.com/2015/05/techniques-autoritaires-et-democratiques-lewis-mumford/

La fabrique du crétin numérique

Beau titre pour ce nouveau livre de Michel Desmurget, déjà auteur en 2011 de TV LOBOTOMIE. Faudra-t-il une cure de désintoxication pour la génération des écrans ? Après la honte de partir en avion (flight shame), faudra-t-il instiller la honte du numérique (digital shame) ? Sans aucun doute ! L ’empreinte énergétique de tous nos bits représente déjà 6 à 10 % de la consommation mondiale d’électricité et 4 % des émissions de CO2. Il nous faudra désinformatiser en même temps que démondialiser, dévoiturer, désurbaniser, etc.

Pour la chercheuse Françoise Berthoud*, il est dorénavant central d’envisager toutes les conséquences socio-écologiques de l’industrie du numérique : « La part de la fabrication de ces outils (smartphone, ordinateurs, télévisions…)représente à elle seule entre 30 à 50 % de l’énergie qu’ils consomment. Exploitation de ressources non renouvelables, pollution diffuse, « recyclage » des déchets d’équipements électroniques à main nue dans les pays pauvres, c’est un désastre. Et je ne parle pas des conséquences de l’excès d’usage des équipements terminaux dans les pays occidentaux : myopie, troubles du sommeil, du comportement, addictions, troubles de développement chez l’enfant… De fait, nous ne sommes pas capables de mesurer le moindre effet positif pour de nombreuses raisons, notamment liées à tous ces impacts non pris en compte. Il y a aussi des impacts indirects, par exemple l’impression d’un document est beaucoup plus simple et donc bien plus fréquente aujourd’hui. Les effets rebond sont liés à l’augmentation d’efficacité, gains qui sont immédiatement réinvestis en plus de services, des écrans plus grands, des vidéos plus résolues, etc. L’informatique accélère tous les processus au cœur du fonctionnement de notre société marchande : flux de capitaux, flux de biens, flux de personnes… donc le numérique contribue à amplifier les impacts néfastes de l’ensemble de nos activités. » Quelques réactions sur lemonde.fr :

Cor : Les deux rapports du « Shift project » auraient pu être cités et commentés. « Pour une sobriété numérique » et « L’insoutenable usage de la vidéo en ligne ». Pour tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la réflexion.

Max Lombard : J’ai honte de voyager en avion, j’ai honte de manger de la viande, j’ai honte d’envoyer des SMS, j’ai honte de lire « Le Monde » numérique, j’ai honte de ne pas consommer que du bio, j’ai honte de rester plus de deux minutes sous la douche et de ne pas faire pipi-caca dans des toilettes sèches, j’ai honte de posséder encore une voiture à moteur thermique (vade retro Satanas !), j’ai honte de n’avoir ni éolienne ni panneaux solaires… Je crois que je vais finir par avoir honte d’avoir honte.

Ganesha : Le numérique, c’est aussi une course effrénée à l’augmentation des débits sur les réseaux : l’arrivée de la 5G peut être saluée comme un progrès considérable dans le fonctionnement de nos smartphones, ou comme une catastrophe absolue avec une croissance exponentielle des téléchargements, un usage accru des jeux vidéos, l’apparition de jeux et d’applications de plus en plus gourmands en énergie, tout cela rendant nécessaire la mise en œuvre de toujours plus de serveurs… Quand évaluera-t-on la qualité d’une innovation technique à l’aune de son impact environnemental ?

Fouilla : On sait que 80% du trafic internet est de la vidéo, dont une forte part de youtube et ses vidéos de chatons, de porno et de VoD (netflix…), les 3 à part à peu près égale. La visio-conf, alibi écolo de l’internet, ayant une part négligeable.

V. P. : On voit bien que le numérique, le télétravail, les visio-conférences, n’ont en rien diminué les transports. Au contraire. Il n’y a jamais eu autant de monde dans les avions, dans les bateaux, dans les trains.

Bernard l. : Ce n’est pas produire autrement, voyager autrement, transporter autrement, communiquer autrement qu’il nous faut ! C’est vivre autrement en produisant moins, voyageant moins, transportant moins. Dans le domaine du numérique, supprimer (je ne dis pas interdire, on va me traiter de liberticide !!!) les spams ce serait un tout petit premier pas mais même cela on ne le fait pas.

* LE MONDE du 2 octobre 2019« Pollution, surexploitation des ressources, conséquences sociales… les impacts du numérique sur l’écologie sont multiples »

Les limites de la loi « bioéthique »

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là.

ll n’y a actuellement aucune stabilité dans la définition des valeurs qui régissent nos comportements, même en matière de vie et de mort. En l’absence de données scientifiques qui puissent fonder nos conceptions de la naissance et du décès, tout devient possible. Il suffit qu’une majorité d’opinion semble se dégager pour qu’un gouvernement à la recherche du buzz lui emboîte le pas. Or la démocratie suppose la prise en compte d’avis éclairés plutôt que d’opinions, c’est là une condition nécessaire pour définir le bien commun. L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité.

Notre texte du 11 janvier 2018, Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?, toujours actuel !

Bioéthique et parti-pris du MONDE

L‘éditorial du MONDE* du vote « pour » la PMA « pour toutes ». Les arguments ne sont pas à la hauteur d’un quotidien qui se croit encore « de référence » :

« La PMA pour toutes restera comme l’avancée sociétale majeure de son quinquennat »

Biosphere : une avance sociétale « majeure » qui va toucher 100 femmes par an, l’éditorial n’a pas peur des mots. La légalisation de la contraception a été une avancée majeure, l’interruption volontaire de grossesse aussi. Ce n’est pas le cas de la satisfaction par la loi de femmes qui veulent se passer des hommes, acte sexiste s’il en est.

« Un débat s’est ouvert sur l’opportunité d’ouvrir la PMA aux femmes seules, par crainte que l’enfant souffre de grandir sans père. Celle des Français paraît claire : 60 % souhaitent que les couples de femmes aient accès à la PMA, 65 % soutiennent son extension aux femmes seules. »

Biosphere : une enquête Ipsos ne vaut pas force de loi. L’opinion publique est changeante, on dit comme dit le voisin et on changera tous ensemble d’avis juste après un bon matraquage médiatique. On parlait autrefois de redonner au père sa juste place dans le foyer, aujourd’hui on veut supprimer les pères, demain le bébé naîtra dans une éprouvette !

« Le projet de loi vise à rendre compatibles les avancées médicales avec ce que la société française juge éthiquement acceptable. »

Biosphere : tout faux. Il n’y a pas d’avancée médicale avec ce sigle très surfait « PMA » (procréation médicalement assistée). On ne traite pas un cas de stérilité féminine, il n’y a pas maladie. Il s’agit en fait, chez des femmes non stériles, de mettre tout simplement du sperme dans un vagin !

« La pratique a précédé le droit. »

Biosphere : cet argument est-il recevable lorsque l’on parle de seulement 2000 femmes sur une populations de près de 25 millions de femmes adultes. Et on peut s’interroger sur d’autres pratiques : de très nombreuses personnes, toutes consentantes, vivent dans une situation de polygamie de fait. Faut-il pour autant autoriser la polygamie ?

« Le texte vient honorer une promesse du candidat Macron, qui s’était engagé à étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. »

Biosphere : LE MONDE escamote le fait qu’il s’agit de l’examen par l’Assemblée nationale du projet de loi bioéthique. Cette loi devient à tort « PMA pour toutes » et confisque le débat autour d’un texte qui présente 35 articles au total. Derrière le prétexte de la « libération féminine » se profile les intentions du lobby pseudo-médical qui veut faire main basse sur les naissances : sélection du sperme, diagnostics génétiques préimplantatoires et recherche sur l’embryon, etc. La loi propose même de supprimer l’interdiction de « création d’embryons transgéniques ou chimériques ». A force de s’éloigner des mécanismes naturels, on donne le pouvoir à des apprentis sorciers.

* LE MONDE du 25 septembre 2019, La PMA pour toutes serait une avancée sociétale majeure

Technique débridée, politique étouffé ?

Assises de l’association TECHNOlogos les 27 et 28 septembre à l’Institut de Paléontologie Humaine – 1, rue René Panhard – Paris 13ème

Vendredi matin (8h45-12h) Que produit l’infiltration du technique dans l’organisation socio-politique ?
L’évolution de la société industrielle

  • La religion techno-industrielle contre la religion politique Pierre Musso
  • Révolution industrielle : quand la technique est devenue politique Nicolas Eyguésier

L’ingérence technique dans les processus de décisions

  • La machine à gouverner PMO
  • L’automatisation des décisions politiques Hélène Tordjman

Vendredi après-midi (14h-17h) Comment s’imposent les innovations techniques dans notre société

  • Pourquoi les innovations s’imposent-elles avec tant d’assurance ? Philipe Gruca
  • Le cas du nucléaire Sezin Topçu
  • Dans le domaine de la biologie Bertrand Louart
  • Art-machine pour monde-machine : une histoire de l’art de 2004 à nos jours Tomjo

Samedi matin (8h45-12h) Comment lutter contre l’emprise de la technique sur le politique ?

  • Linky Nicole Thé
  • OGM Eric Meunier
  • Luttes antinucléaires Jean-Luc Pasquinet
  • Numérique Julia Laïnae et Nicolas Alep

Lire en version pdf

Notre frontière est terrestre, pas martienne

Au risque de décevoir quelques fans d’astronomie, quelques admirateurs d’Elon Musk et plus largement tous les partisans d’une technologie triomphante, je fais le pari inverse : nous n’irons pas sur Mars. C’est ce qu’exprime un des fidèles commentateurs de ce blog biosphere dont nous nous reproduisons ici l’essentiel de son analyse. « Nous n’irons pas sur Mars, parce que c’est trop compliqué, trop cher, trop au-dessus de tout ce que nous avons fait jusqu’à présent et de tout ce que nous savons faire. Nous n’irons pas sur Mars parce que cela supposerait une rupture technologique que rien ne laisse entrevoir. La distance minimum de Mars à la Terre – un peu plus de 50 millions de kilomètres – représente une centaine de fois celle qui nous sépare de notre satellite, mais les lois de la mécanique céleste nous interdisent d’y aller en ligne droite et nous imposent une trajectoire balistique soit un parcours environ 1 000 fois plus long que le trajet Terre-Lune. Un lanceur reste avant tout un appareil mécanique, dont 95 % de la masse est constituée de carburant et la quasi-totalité du reste de tôles, d’éléments de structure et de plomberie. Aucun progrès déterminant n’a été fait en ces matières.

Depuis le premier survol de la lune en décembre 1968, c’est toujours la même fusée, Saturne 5, qui détient le record d’efficacité (masse satellisée / masse du lanceur). Permettre à douze hommes de passer quelques heures sur la Lune a coûté environ 200 milliards d’euros d’aujourd’hui, que coûterait d’aller mille fois plus loin à une expédition pour une durée environ 80 fois plus longue ? Les problèmes budgétaires et la dette abyssale de la plupart des pays développés ne plaident pas pour des dépenses inconsidérées en matière spatiale. Côté astronautes, les risques pour leur santé sont immenses et aucun ne peut être aujourd’hui considéré comme maîtrisé. Au choix, problèmes cardiaques (absence de gravité), ostéoporose spatiale (absence de gravité), graves dégradations oculaires (rayonnement cosmique, aplatissement du globe oculaire et vue confinée), pertes musculaires (absence de gravité), difficultés d’équilibre (absence de gravité)… Bien entendu, l’importance des lésions et leur irréversibilité croissent avec le temps passé dans l’espace. Dans les conditions aujourd’hui envisageables, un voyage sur Mars demanderait environ 18 mois (6 mois pour l’aller, 6 mois pour le retour plus 6 mois sur place pour attendre une configuration adéquate des planètes).

Toutes ces difficultés expliquent pourquoi, malgré moult velléités, américaines notamment, aucun projet en la matière n’a dépassé le stade de l’intention. Ces renoncements ne sont pas le fruit du hasard, mais bien de la confrontation au réel. Avec un peu de pessimisme, mais sans doute aussi de réalisme ajoutons qu’une raison extra-astronomique vient obérer la possibilité d’un voyage martien, c’est que notre monde va mal. Le temps n’est plus à ces grandes envolées optimistes. De plus en plus d’analystes estiment que les conséquences de la surpopulation et de la destruction des équilibres écologiques de la planète risquent très probablement de conduire à un effondrement sociétal au cours du siècle. Dans ce cadre, un voyage martien qui suppose au contraire une continuité de toute l’activité industrielle mais aussi une certaine stabilité sociale est tout bonnement inenvisageable. Trop tôt nous ne serons pas prêts et plus tard nous ne serons sans doute plus en mesure de le faire. Nous n’irons donc pas sur Mars. »

Pour en savoir plus : http://lesetoiles.over-blog.net/2018/06/nous-n-irons-pas-sur-mars.html

Des médicaments à dose homéopathique

Quarante-cinq députés de tout bord disent « non au déremboursement de l’homéopathie » dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche du 21 juillet 2019. La commission santé d’EELV va dans le même sens : « Déremboursement de l’homéopathie : il y a danger ! » Pourtant la décision de déremboursement est déjà prise. Qui a raison ? Pour les uns l’effet placebo est psychologiquement efficace, pour les autres c’est scientifiquement sans effet mesurable. Les deux discours ont chacun leur cohérence et on voit bien qu’il n’y pas consensus possible. Il faut donc dépasser le dualisme si on veut prendre une décision politiquement fondée. Voici les questions qu’il faudrait se poser :

– L’homéopathie est-elle un cas particulier ou un simple aspect des médicaments ayant un faible Service médical rendu (SMR) ?

– Faut-il médicaliser tous les aspects de notre existence ?

– Pour être plus proche des rythmes naturels, ne faudrait-il pas le plus possible permettre à son corps de se soigner par ses propres moyens ?

– En démocratie, le citoyen doit-il s’attendre à une aide de l’État dans tous les domaines ou doit-il prendre ses responsabilités ?

– Comment agir pour lutter contre le déficit structurel de la Sécurité sociale ?

– Si l’écologie politique recherche la sobriété partagée, combien de médicaments méritent une prise en charge collective ?

– Si l’écologie politique était au gouvernement, quelle serait sa défense de l’intérêt commun ?

– Comme on doit justifier sa décision, quelle serait l’explication donnée aux citoyens ?

– L’écologie politique revendique-t-elle plus d’État ou moins d’État ?

– L’écologie politique repose-t-elle sur une démarche scientifique ou est-elle de l’ordre de la croyance ?

Nous demandons à nos fidèles commentateurs de répondre à une ou plusieurs de ces questions… Merci. Pour quelques données supplémentaires, lire sur notre blog biosphere :

5 juillet 2019, L’homéopathie est-elle écolo ?

2 octobre 2009, trop de médicaments ?

5 septembre 2008, médicaments sans pub

Après les homosexuels et les trans, les fluides

L’écologie scientifique constate que les escargots et les lombrics sont hermaphrodites, mais dans la plupart des espèces sexuées on naît mâle ou on naît femelle. Par contre pour l’espèce humaine, qui prend ses constructions cérébrales pour des réalités, on ne naît pas homme ou femme, on le devient par la socialisation. Certains profitent de cette faille potentiellement anti-nature pour entretenir la confusion entre les deux problématiques suivantes : l’ordre biologique, fondé sur la différence de sexe et la complémentarité en vue de la reproduction, et l’ordre culturel qui institue des inégalités de pouvoir selon le sexe d’origine. Or qui dit différence ne dit pas inégalité. Cette confusion est entretenue par un article* de Catherine Vincent dont on peut comparer les deux argumentations :

nature : il existe une catégorisation binaire entre masculin et féminin.

culture : le terme « fluidité de genre » englobe tous ceux qui ne se sentent ni tout à fait homme ni tout à fait femme, ou à la fois homme et femme, ou encore homme né dans un corps de femme ou inversement. Depuis deux ans des étudiants viennent faire part (à leur enseignant es genres) de leur impossibilité ou de leur refus de se voir assigné à un genre. Un nombre croissant de personnes réclament que le « M » ou le « F » puisse être remplacé par un « X » (pour « neutre ») sur leur certificat de naissance, comme l’autorise la ville de New York depuis début 2019.

synthèse : Le concept de genre apparaît pour la première fois dans les années 1950, sous la plume du psycho-sexologue américain John Money, qui utilise l’expression « gender role » pour distinguer le statut social de l’homme et de la femme de leur sexe anatomique. Cette idée est reprise par les féministes, qui s’en emparent pour interroger la domination masculine. Les filles ne sont plus tenues de jouer les midinettes, ni les garçons les fiers-à-bras. MAIS une dizaine d’années plus tard, le psychiatre américain Robert Stoller forge quant à lui la notion de « gender identity » pour étudier les personnes trans, qui ne se reconnaissent pas dans le sexe assigné à leur naissance. La philosophe Judith Butler se démarque en 1990 du féminisme traditionnel en remettant en cause la bipolarisation entre homme et femme. No limit, tout peut s’inventer, tout devient possible, le genre devient fluide. Au plan technique, la prise d’hormones pour un changement de sexe est plus facile à obtenir qu’auparavant… Quelques réactions sur lemonde.fr :

Buber : Le livre de Jean François Braunstein (La Philosophie devenue folle) indique que la personne qui a permis à John Money de lancer ses théories s’est suicidé et voulait revenir à son sexe masculin d’origine. Dans les années 80, il y a eu une épidémie de « personnalités multiples » aux E-U, une catégorie mise en circulation par certains psys. Aujourd’hui les fantasmes de certains sont les profits de certains médecins et l’on voudrait accuser ceux qui sont sceptiques de tous les maux (réacs, homopobes…).

vivement demain : Confusion des genres, ou confusion des esprits ? Une habile propagande dans notre société qui n’aime rien tant que la transgression et l’individualisme, des assocs revendicatives efficaces, et une pensée quelque peu totalitaire (et simpliste au fond dans son propos). Et pourquoi ? Pour constater que des gens, pour changer de sexe et contester la nature, prennent… des hormones. Ça s’appelle un médicament, et c’est fait pour soigner une maladie…

Alta : L’article dit, « Il est essentiel de laisser nos enfants s’épanouir dans différentes directions sans les contraindre au nom de la biologie. » Autant je comprends l’idée de ne pas foutre un enfant dans un carcan sans dialogue et contre son gré, autant je trouve ça inconscient de laisser tous les gosses « s’épanouir dans différentes directions » sans jamais oser leur donner des normes, des codes. L’éducation, c’est aussi d’imposer et de modeler. Qu’une femme puisse se sentir masculine ou inversement, aucun problème, mais l’absence de genre ressemble plus à une immense confusion et à une construction inachevée du Moi qu’à une libération des carcans sociétaux.

Simon : Quand on veut nous faire passer 0,0000001% de la population (qui a toujours existé) pour un mouvement sociétal, c’est un peu gros quand même.

Max Lombard : Prochaine étape de la fluidité d’espèce, si j’ai le sentiment d’être un rhododendron, alors je suis un rhododendron.

* LE MONDE du 20 juillet 2019, Le genre gagne en fluidité

Conquête spatiale, rêveries extraterrestres

21 juillet 1969 UTC, Neil Armstrong, devient le premier humain à marcher sur la Lune. On s’en fout. Décembre 1972, Eugene Cernan reste le dernier humain à avoir marché sur la Lune. On s’en fout. La Lune, c’est un ciel d’un noir absolu, une lumière solaire écrasante, une amplitude thermique de 300 °C entre le jour et la nuit, une surface bouleversée, une poussière abrasive qui s’incruste partout, des particules qui vous irradient. Aucune utilité. La Lune est un monde désert, sans vie, dont le seul intérêt est de nous avoir fait visualiser que notre Terre est bien la seule oasis au sein de l’univers atteignable. Alors retourner sur la Lune, pour quoi faire ? Trump continue de prendre ses désirs pour des réalités ; au début du mois de juillet, il avait tweeté : « Avec tout l’argent que l’on dépense, la Nasa ne devrait PAS parler d’aller sur la Lune – nous l’avons fait il y a 50 ans. Ils devraient se concentrer sur les choses plus grandes que nous faisons, y compris Mars ». Alain Cirou, directeur de la rédaction du magazine Ciel & Espace va dans le même sens : « Il y a aujourd’hui un vrai besoin d’un projet qui enthousiasme et fasse rêver. » La NASA projette depuis quelques années un retour vers notre satellite dans le but de la conquête de Mars. L’envoi direct depuis la Terre d’un vaisseau vers Mars étant difficilement concevable, à cause de la masse énorme qu’il faudrait propulser vers la Planète rouge, ledit vaisseau serait assemblé au LOP-G (Lunar Orbital Platform-Gateway). À la question « retourner sur la Lune, pour quoi faire ? », les décideurs répondent « comme base de départ pour aller sur Mars ». Très intéressant. Mais… aller sur mars, pour quoi faire ?

L’homme n’est pas fait pour vivre dans l’espace, les radiations solaires le lui interdisent à jamais. Les radiations subies par les cosmonautes provoquent des aberrations chromosomiques et l’apesanteur fait que les gènes impliqués dans le système immunitaire, a formation des os et la réparation de l’ADN ne remplissent plus correctement leur rôle. Aujourd’hui les humains préfèrent la conquête à la stabilité, le déséquilibre plutôt que la vie en harmonie avec un territoire déterminé. Vive la con-cu-rrence et le con-flit. Neil plantait avec Buzz Aldrin sur la lune un drapeau américain, geste nationaliste significatif. La fusée a d’abord été inventée pour la guerre, ainsi des V2 mis en œuvre par les Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’ensuit une compétition entre nations : comme l’URSS socialiste avait lancé le premier spoutnik dans l’espace en 1957, l’Amérique capitaliste a voulu poser le premier homme sur le sol lunaire. En fait la guerre des nations a été remplacé par le goût de l’exploit techniciste au prix d’une débauche de ressources non renouvelables.

MAIS l’humanité a atteint les frontières de son monde, il n’y a plus d’expansion possible. Il y a d’ailleurs fort à parier que lorsque nous aurons les moyens technologiques de nous lancer dans de longs voyages spatiaux, nous aurons atteint un tel niveau de destruction des ressources de la terre que tous les projets extra-terrestres seront jugés déraisonnables. Il faut maintenant reconnaître que nous n’avons qu’une Terre et qu’elle est bien trop petite pour assurer nos fantasmes. L’humanité a trop souvent rêvé de nouvelles frontières, il est temps de se réveiller sur une planète exsangue. Que les humains gèrent au mieux leur propre territoire, qu’ils se contentent pour le reste de contempler la lune et les étoiles. Et à chacun ses propres rêves dans son sommeil, cela ne coûte rien.

Sur notre blog le 28 août 2012, Neil Armstrong, un pas sur la Lune, rien pour la Terre

Voiture électrique pour tous, faut pas rêver

Production de 333 différents modèles et de 4 millions de véhicules rechargeables dans l’Union européenne en 2025. C’est l’estimation d’un rapport, comme si la voiture électrique était l’avenir de l’homme ! Les industriels auraient prévu d’investir dans les cinq à dix prochaines années 146 milliards d’euros dans le véhicule électrique et les batteries ! Cela fait penser à tous les plans foireux du type « avion supersonique », on se lance parce que c’est à la mode et techniquement réalisable. Mais on ne considère ni l’état de la demande future, ni le coût financier et écologique, ni la possibilité de produire suffisamment d’électricité de manière renouvelable pour un véhicule à la disposition de chaque ménage. On a une pensée hors sol, motivée par des considérations politiques : « pour faire face aux exigences de réduction de CO2 prescrites par l’Union européenne dès 2021, les industriels n’ont d’autre choix que de se lancer massivement dans le véhicule rechargeable ». Et bien entendu on compte sur les contribuables pour financer cette erreur manifeste. Le rapport suggère en effet « une politique fiscale proactive : mesures d’incitation pour les flottes par une surtaxation des véhicules thermiques associée à une baisse de TVA pour l’électrique, aides financières à l’achat concentrées sur les ménages modestes… Elle insiste aussi sur l’importance d’un déploiement d’une infrastructure de charge omniprésente, universelle et d’usage simple et pratique ». Car franchement vous vous voyez faire la queue à la prise électrique pour recharger pendant 1/2 heure votre voiture sur une aire d’autoroute le 1er Août ? Vous vous voyez réclamer à corps et à cris la construction de nombreuses centrales nucléaires du type EPR ? Vous vous voyez continuer à être complètement dépendant de la voiture pour faire vos courses ? Quelques extraits déjà parus sur notre blog biosphere :

24 octobre 2017, La voiture électrique nous empêche de voir l’essentiel

…« Seule une foi aveugle dans le progrès technique nous permet de croire que demain seront résolus de très vieux problèmes, notamment : le poids de la batterie (250 kg pour 100 km), la lenteur de la charge (dix heures en moyenne), le fait que le véhicule électrique ne se révèle supérieur au thermique sur le plan de l’émission de CO2 qu’après 100 000 km. Comment alimenter avec des énergies non polluantes un marché qui serait en 2030 d’un milliard de véhicules ? Comment faire face à l’arrivée massive d’un nouveau mode de consommation électrique sinon par la centrale thermique, ou nucléaire ? Les citadins gagneront peut-être un air pur mais la planète perdra à coup sûr. »… (Alain Gras)

9 février 2015, La voiture électrique de Ségolène Royal est très sale

… Pour mémoire, l’Observatoire du nucléaire a contraint les principaux constructeurs de voitures électriques à retirer les mots « propre » ou « écologique » de leurs publicités, en particulier parce que le rechargement des batteries est effectué en France à 75% par de l’électricité nucléaire. Par ailleurs, l’Ademe a montré que, même pour les émissions de CO2, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse que la voiture thermique. D’autre part, la ville de Berlin a considérablement assainit son air en imposant des conditions draconiennes aux voitures thermiques et non en tentant vainement de remplacer la peste (voitures thermiques) par le choléra (voitures électriques)…

29 juin 2014, Ségolène Royal et le fiasco de la voiture électrique

… Le projet de loi sur la transition énergétique (18 juin 2014) fait la part belle aux voitures électriques en prévoyant 7 millions de points de recharge en France d’ici à 2030…    Le problème de Ségolène Royal, c’est le soutien aveugle qu’a apporté l’actuelle ministre de l’écologie à la voiture électrique quand elle était aux commandes en Poitou-Charentes. La Chambre régionale des comptes (CRC) d’Aquitaine révèle le gouffre financier qu’a creusé le soutien « important et inconditionnel » de l’ancienne présidente du Poitou-Charentes à un projet de voiture électrique qui s’est terminé par la mise en liquidation de la société Eco & mobilité. Au mauvais choix stratégique s’était ajouté une gestion financière opaque…

9 mars 2013, Zoé, véhicule électrique tout public, fiasco assuré

Jean-Michel Normand est le journaliste du MONDE préposé aux bagnoles. Il nous présente Zoé*, la première voiture électrique « grand public ». Voici le commentaire de Biosphere.

Normand : « Renault a investi 4 milliards d’euros dans les véhicules « zéro émission » de gaz à effet de serre. »

Biosphere : Un vélo est aussi un véhicule « zéro émission » dont les frais de conception sont amortis depuis longtemps.

Normand : « L’embonpoint de Zoé (1,4 tonnes) s’explique par la présence de près de 300 kg de batteries. »

Biosphere : Le ratio 1 ou 2 personnes de 60-80 kg pour un véhicule de 1400 kg… Pas terrible quand on sait qu’un vélo ne fait que 20 kg environ et un tandem pas beaucoup plus !

Normand : « Son moteur développe l’équivalent de 88 ch, délivre des accélérations vigoureuses et immédiates. »

Biosphere : Ah ! le mythe de la vitesse. La réalité de demain obéira aux principes « moins vite, moins loin et moins souvent », au rythme de nos pédales.

Normand : « Magie de la fée électricité ! »

Biosphere : illusion de l’électricité qui est produite à 70 % dans des centrales nucléaires et nécessite des kilomètres de fils. Il s’agit d’une technique hétéronome, extériorisée, alors que le vélo permet l’autonomie, n’ayant besoin que de la force physique du cycliste.

Normand : « Opter pour une électrique, c’est laisser vibrer une corde sensible environnementale. »

Biosphere : Miracle du greenwashing qui fait passer un véhicule super polluant pour une voiture propre. Quelle nocivité pour produire tous ses composants ? Quel recyclage ? Quelle durée de vie des batteries ?

Normand : « Le succès ou l’échec de Zoé permettra de savoir si l’époque est prête à tourner la page du moteur à essence. »

Biosphere : Nécessité fait loi. Avec une énergie qui deviendra de plus en plus cher étant donné la déplétion des hydrocarbures, l’avenir est au vélo.

Normand : « Les ventes dépendront de la profondeur des convictions des consommateurs et de leur capacité à changer leurs habitudes ».

Biosphere : Ce jour-là 21 octobre 2008, LE MONDE avait fait un long reportage sur de pauvres malheureux qui avaient passé « huit semaines sans voiture ». Il s’agissait d’une expérience inoubliable pour les quatre personnes concernées. Le sapeur-pompier : « Avant, je pensais voiture ». Une salariée de banque ajoutait, « J’étais intoxiquée ». Un réalisateur de télévision concluait: « Après dix jours de sevrage, je n’éprouvais aucun symptôme de manque ! » Pourtant la journaliste Nathalie Brafman osait en dernière phrase : « Même si elle dort pratiquement tout le temps au parking, la voiture, c’est la liberté. Et la liberté, ça a un prix ! » Non, Nathalie, la voiture n’est pas une liberté mais un esclavage, une pompe à pétrole et un perturbateur de climat. Non, Jean-Jacques, la voiture électrique n’est pas un substitut fiable au moteur thermique.

* LE MONDE du 19 juillet 2019, Raz de marée de voitures électriques d’ici à 2025 en Europe

Programme écologique « robotisation »

Remarque sur l’automatisation, les robots, la numérisation

On nous vante les performances des robots industriels, de la mécanisation de l’agriculture. On nous fait croire que la numérisation de tout, la puissance des algorithmes et l’avènement de l’intelligence artificielle sont de grands progrès pour l’humanité. On nous dit que les machines évitent l’effort et nous facilitent la vie. Désolé de contredire ces assertions qui sont fausses. L’automatisation, le robot, la numérisation sont des techniques très énergivores. Pour s’en convaincre regarder la part d’énergie électrique consommée par les data center ou par nos portables, box, téléviseurs, … Regarder aussi la quantité d’hydrocarbures nécessaires pour les tracteurs et autres machines agricoles. Certes, de nombreuses machines nous dispensent d’effort physique voire mental. On devrait plutôt dire nous privent ! En effet, nous avons besoin de faire fonctionner nos muscles et notre cerveau, tant pour notre équilibre psychique que pour notre entendement. N’est-il pas ridicule de s’engouffrer dans un véhicule même pour parcourir cent mètres puis de s’inscrire dans une salle de sport ou de fitness ? N’est il pas dommage de confier à un portable la mémorisation des numéros de téléphone de proches alors que nous aurions sans doute intérêt à faire fonctionner nos propres méninges ? Certes, grâce aux ordinateurs nous pouvons utiliser des logiciels de comptabilité, de gestion commerciale, etc … qui sont très utiles aux entreprises importantes. Ces logiciels profitent beaucoup à ces grandes entreprises, beaucoup moins aux très petites et encore moins aux travailleurs indépendants.

Pire encore, les performances de numérisation toujours plus grandes (en quantité et vitesse) permettent aux grandes entreprises de connaître nos besoins, nos désirs et de nous inonder via la publicité ou les spams, d’informations orientées afin de nous tenter d’acheter encore plus. Ce faisant, elles nous enferment dans une sphère, restreignant fortement nos fantaisies, notre diversité de pensée.

L’automatisation, les robots, la numérisation ne sont pas bonnes pour l’humain, pour le vivant, même si elles peuvent, en apparence, nous apporter quelques avantages. De façon plus générale, il faut abandonner toute marchandisation. La valeur d’une chose ou d’un service devrait s’estimer uniquement en fonction de son incidence sur le réchauffement climatique et la biodiversité. Plus la chose ou le service nuit à notre survie, plus sa valeur marchande est négative ! C’est à dire invendable. A l’inverse, plus une chose ou un service limite le réchauffement climatique ou augmente la biodiversité, plus sa valeur est grande. Dans ces critères de valorisation il faudrait inclure la durée de vie de la chose. Là encore plus la durée de vie est importante plus la valeur croit et réciproquement. On pourrait même fixer un seuil à cette durée de vie des choses. En dessous du seuil, la valeur est négative, au dessus elle est positive. Il est probable que d’autres critères apparaîtront au fur et à mesure que nous enclencherons la lutte pour la survie de l’humanité. Ce n’est pas grave. L’important c’est que nous nous engagions à fond dans le seul projet qui vaille : préserver l’avenir de nos enfants et petits enfants !

De la part de notre correspondant Christian Rozé

le cas Vincent Lambert, suite et fin

La « nuit de solitude et d’inconscience » dans laquelle Vincent Lambert était « emmuré » depuis un accident de la route en 2008 a pris fin ; il est mort, jeudi 11 juillet après neuf jours après le début de l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles qui le maintenaient en vie. LE MONDE publie deux tribunes à l’opposée l’une de l’autre, comment se faire un jugement définitif ?

Michel Houellebecq : « Ainsi, l’État français a réussi à tuer Vincent Lambert : l’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue.. Or Vincent Lambert n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, il n’était pas en état de communiquer avec son entourage, rien de franchement original ; cela se produit, pour chacun d’entre nous, à peu près toutes les nuits). Cet état semblait irréversible. J’écris « semblait » parce que jamais, à aucun moment, un médecin ne m’a affirmé qu’il était à 100 % certain, de ce qui allait se produire. Mais il s’agissait, pour la ministre de la santé « et des solidarités », de « faire évoluer les mentalités ». Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir.*

Jean Leonetti : Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial. Dans ce combat juridique à rebondissements, on nous invite souvent à choisir notre camp. Mais choisir un camp, c’est déjà s’avouer vaincu puisque c’est refuser le cheminement du doute qui mène au consensus et qui est l’esprit de la loi de 2005 sur l’obstination déraisonnable et la fin de vie : la loi traite de l’acharnement thérapeutique et s’applique à tous les cas qu’ils soient ou non en phase terminale de la vie. Les médecins qui, s’appuyant sur des expertises médicales et concordantes, acceptent de laisser la mort venir ne sont pas des assassins. La médecine moderne est capable de prolonger la vie mais, parfois, dans des conditions de complexité et de souffrance qui nous interpellent sur le respect de la dignité de chaque personne humaine. Ce drame humain doit nous inciter à la lucidité face à notre puissance technique car tout ce qui est techniquement possible n’est pas toujours humainement souhaitable. La reconnaissance de sa dignité réside dans le respect de la volonté du patient.**

François Béguin (journaliste du MONDE) : Emmanuel Macron avait assuré qu’il ne lui « appartenait pas de suspendre une décision qui relève de l’appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois ». Après une phase de coma profond, Vincent Lambert a été diagnostiqué en 2011 en « état de conscience minimale », il ne faut plus s’attendre à une amélioration. Il est maintenu en vie par le biais d’une sonde gastrique, et, à ce titre, il entre dans le cadre de la loi Leonetti de 2005 (puis Claeys-Leonetti, en 2016) qui proscrit toute « obstination déraisonnable », si le patient émet ou a émis le souhait de ne pas vivre cette vie-là. Cette vie, c’est une « vie purement biologique », sans conscience de soi ni des autres. Où était le droit à la dignité de Vincent Lambert lorsque des images de lui sur son lit d’hôpital ont été largement diffusées dans les médias par les partisans de son maintien en vie ? Où était le droit à la dignité de son épouse lorsque ses beaux-parents l’ont fait suivre par un détective privé ou lorsqu’elle a été auditionnée au commissariat dans le cadre d’une plainte contre X pour tentative d’assassinat ? Que restera-t-il de cette « affaire » ? Un nom venu s’inscrire dans l’inconscient collectif national au côté de ceux de Vincent Humbert, Chantal Sébire ou Anne Bert, des personnes désireuses de mourir du fait d’un handicap ou d’une maladie neurodégénérative et empêchées de le faire par une loi française interdisant l’euthanasie et le suicide assisté. Mais là où ces personnes revendiquaient expressément un droit, au moins celui de déroger à la loi interdisant de décider de sa propre mort, le cas de Vincent Lambert a mis en lumière les non-dits de la loi existante.***

NB : Michel Houellebecq est un écrivain à succès (car surmédiatisé) dont on se demande de quel avis éclairé il témoigne. Jean Leonetti a été rapporteur de la loi de 2005 et co-rapporteur de la loi de 2016 relative aux droits des malades et à la fin de vie. Notre conclusion, c’est qu’il vaut mieux écrire ses directives anticipées pour na pas encombrer les hôpitaux et l’appareil judiciaire…

* LE MONDE du 12 juillet 2019, Michel Houellebecq : « Vincent Lambert, mort pour l’exemple »

** LE MONDE du 12 juillet 2019, Jean Leonetti : « Vincent Lambert est devenu, malgré lui, le symbole de la fin de vie »

*** LE MONDE du 12 juillet 2019, Vincent Lambert est mort, neuf jours après le début de l’arrêt des traitements

Intersexualité, à opérer ou à conserver ?

A l’occasion de la révision des lois de bioéthique, est envisagée la proposition d’un article de loi visant à ne plus autoriser la chirurgie précoce des enfants présentant une anomalie de différenciation génitale. Deux textes en vis-à-vis du MONDE papier* donnent deux points de vue diamétralement opposés, qui a raison ?

Thèse : L’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce aurait de graves conséquences. L’identité sexuelle est en premier lieu la résultante de la génétique, les chromosomes XX ou XY induisant respectivement la différenciation des gonades en ovaires ou testicules. Si anomalie, une intervention chirurgicale est réalisée aujourd’hui dans les premières années de vie pour que l’enfant puisse dès son plus jeune âge s’identifier fille ou garçon. L’observation de l’évolution de nos petits patients et de leur famille nous a montré combien était fondamental pour l’enfant et ses parents qu’il soit le plus tôt possible inscrit dans une identité sexuelle et que son corps corresponde à cette identité. Ainsi, pour de très rares cas où le choix de la meilleure option d’orientation physique pour l’enfant reste difficile, l’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce induite par cette nouvelle loi aurait de graves conséquences pour la majorité des enfants concernés par ce problème.(collectif de 24 professeurs de médecine et chirurgiens et 116 autres professionnels )

Antithèse : Ces actes chirurgicaux ne guérissent pas et peuvent être considérés comme des mutilations »

Comment croire que, dans notre pays, des actes chirurgicaux et des traitements hormonaux irréversibles soient pratiqués sur des enfants, en l’absence de toute nécessité médicale et sans leur consentement ? Selon eux, il serait en effet nécessaire de le conformer à un corps masculin ou féminin afin qu’il développe l’identité correspondante « non ambiguë » puisque notre société ne reconnaîtrait que l’existence des hommes et des femmes. Cet argument consiste pourtant à justifier la réalisation de meurtrissures par l’existence de discriminations. Ce sont au contraire les discriminations qui doivent être corrigées plutôt que les corps soient mutilés. Les lois de bioéthique doivent permettre de fixer en ce sens les limites imposées à la technique quant aux interventions sur le corps, dans le respect de la dignité de l’être humain. Il nous incombe d’être à la hauteur de l’enjeu essentiel de ces actes : rappeler que la médecine est au service de l’être humain et de ses choix.

Collectif de 25 signataires, principalement LGBT et intersexes)

Synthèse de biosphere : Pourquoi donc intervenir chirurgicalement au plus jeune âge et ne pas laisser à chacun le droit d’assumer en tant qu’adulte sa différence ? Mais également, pourquoi opérer des adultes consentants qui veulent changer de sexe et qui n’acceptent pas leur propre nature ? Que viennent faire la médecine et la chirurgie dans ce pataquès, notre héritage génétique quel qu’il soit serait-il une maladie ? Que vaut l’approche du lobby LGBT qui considère qu’il ne faut pas opérer au plus jeune âge, mais que l’adulte peut choisir l’opération et faire ainsi à sa guise de son patrimoine génétique ?

* LE MONDE du 5 juillet 2019

L’homéopathie est-elle écolo ?

La question de l’homéopathie renvoie au type d’écologie que nous voulons. Un des fondements de la pensée écologiste est de remettre en cause la nature intrinsèque du lien entre progrès techno-scientifique et progrès humain. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de réalité objectivable ; les connaissances s’empilent, se recoupent, et forment un tissu sur lequel nous sommes censés appuyer nos raisonnements. Ces dernières décennies, des études toujours plus sophistiquées ont été menées, puis des meta-études. Le résultat est toujours le même : rien. L’homéopathie est un magnifique placebo, mais seulement un placebo. Beaucoup de médecines alternatives, à commencer par la phytothérapie, mais aussi la méditation ou même l’acupuncture, parviennent à démontrer une efficacité sur certaines situations. C’est loin d’être systématique, mais on observe des choses intéressantes. L’homéopathie, elle, est remarquable : elle ne parvient jamais à quoi que ce soit d’objectivable, même lorsque l’ordonnateur de l’étude en aurait très envie. Ce qu’une étude commandée par Boiron (et je vous épargne la dimension de conflit d’intérêt alors qu’il est littéralement à tomber à la renverse) a démontré, c’est uniquement que les médecins homéopathes sont, en moyenne, plus attentifs et mieux inspirés que leurs confrères. Les petites pilules de sucre n’y sont pour rien ; en tout cas, l’étude ne permet aucunement de le conclure.
Je suis le premier à penser qu’il est parfaitement légitime que chacun soit responsable de ses traitements. Prenons des tisanes de thym, faisons de la sophro, ou gobons des petites pilules vierges de tout contenu (c’est quand même ça le principe de l’homéopathie : la dilution est si grande que le principe dit actif est factuellement indétectable). Nous pouvons y trouver notre compte, c’est très bien – tant que cela ne remplace pas de véritables traitements (encore que pour le thym, ça marche vraiment pas mal ! ). Mais ce n’est pas la question qui est posée ici. La question, c’est de savoir si la prise des petites pilules doit être financée par de l’argent public. Et la réponse est claire : non, puisque cela n’a aucun effet démontrable. Ou alors, il faut tout rembourser : le bouquet de thym, la séance de méditation, mais aussi la confesse, la séance de marabout, le gri-gri, les baskets pour aller courir, et le billet (de train !) de mes prochaines vacances (qui me feront du bien, si si, je vous assure).
Donc de grâce : si nous ne pouvons nous mettre d’accord sur le sujet, sachons garder un silence poli sur le fond et intéressons-nous plutôt au reclassement des employés de Boiron. Et continuons à demander davantage de science sur les sujets de l’écologie comme les pollutions atmosphériques ou chimiques, les faibles doses, l’impact des régimes alimentaires, les champs électro-magnétiques, etc. Quitte à ce que les résultats ne valident pas toujours notre intuition.
Laurent

Après le DDT, le Chlorpyrifos empoisonne !

En 1962 dans son livre « Printemps silencieux », le constat de la biologiste Rachel Carson était sans appel, l’usage du DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) tue les insectes, donc les oiseaux, le silence règne sur les champs : « Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue » … « Vouloir contrôler la nature est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal. » 

En 2019, nous ne sommes toujours pas sortis de la guerre chimique que nous menons contre le tissu du vivant, y compris l’espèce humaine. Censé remplacer le DDT et ses effets délétères en 1965, le Chlorpyrifos de la firme américaine Dow est pulvérisé sur les cultures pour éliminer pucerons ou chenilles. Mis au point comme gaz innervant pendant la seconde guerre mondiale, les organophosphorés, dont fait partie le chlorpyrifos, ont ensuite été adaptés pour l’agriculture induqtrielle. Il poursuit son existence sous la forme de traces dans les oranges, les pommes, la laitue, l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes. On a prouvé qu’il endommage le cerveau des enfants de manière irréversible : c’est une famille de pesticides qui vole en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel (QI) à chaque enfant européen*. Le chlorpyrifos est en effet toxique pour le système nerveux central, c’est-à-dire neurotoxique, et c’est un perturbateur endocrinien qui agit notamment sur la signalisation thyroïdienne. Il peut donc interférer avec le développement du cerveau. La dernière étude en date montre une augmentation de la fréquence de l’autisme et de lésions cérébrales précoces chez des enfants exposés au chlorpyrifos avant et après la naissance. Facteur déterminant : leurs mères vivaient à moins de 2 000 mètres d’un lieu de pulvérisation.

Or les autorités sanitaires ont misprès de vingt ans avant d’évaluer les données du fabricant. Des données qui, de plus, étaient erronées. Cet insecticide est pourtant toujours autorisé au niveau fédéral, l’administration Trump en a décidé ainsi. A peine arrivé à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) début2017, Scott Pruitt avait torpillé le processus lancé par sa propre institution, alors qu’elle s’apprêtait à l’interdire au vu des données scientifiques. Le feuilleton continue, DDT, chordécone aux Antilles, glyphosate et Roundup, néonicotinoïdes, perturbateurs endocriniens, Chlorpyrifos, chlorpyrifos-méthyl, les poisons se multiplient. Normal dans le système business as usual. Les études sont effectuées ou financées par les entreprises chimiques, protégées par le secret commercial et défendues par un lobbying où l’argent coule à flot. Circulez, y’a rien à voir. C’est à désespérer de l’intelligence humaine…

* LE MONDE du 18 juin 2019, Chlorpyrifos : les dangers ignorés d’un pesticide toxique

Rêveries d’un ingénieur solitaire, Philippe Bihouix

Dans son dernier livre*, Philippe Bihouix complète son analyse antérieure des techniques douces**. Ce qui de Thomas More à Gordon Moore sous-tend son raisonnement, c’est l’opposition entre les fausses utopies et le réalisme nécessaire aujourd’hui pour faire face à l’urgence écologique. Il bataille contre le techno-solutionnisme et fait une analyse bien documentée des hyperloop et autres fantasmes comme la conquête d’exoplanètes. Nous n’arriverons pas à bouger la terre pour la mettre en orbite autour d’un soleil de rechange !Ses arguments sont toujours étayés de façon précise, il constate par exemple qu’un million de véhicules autonomes exigeraient autant d’échanges de données que trois milliards de personnes connectées sur leurs tablette. Impossible à mettre en œuvre ! Il analyse bien d’autres aspects des débats contemporains comme l’eugénisme, le transhumanisme ou le malthusianisme. C’est d’ailleurs un des rares intellectuels français à penser qu’il y a surpopulation : « C’est malheureusement mathématique. S’il y avait seulement un million de Terriens, chacun pourrait se permettre d’avoir une empreinte écologique cent fois supérieure à celle d’aujourd’hui. A douze ou quinze milliards, il faudra au contraire se serrer violemment la ceinture, surtout s’il faut laisser quelque place à une nature résiduelle environnante. (page 227) »

Philippe Bihouix reste modeste : « Qui suis-je, ingénieur solitaire, passant quelques heures face à mon ordinateur, pour donner des leçons d’efficacité politique ? (page 318) » Mais on ne peut que constater avec lui que s’accorder sur une plate-forme commune tient de la mission impossible tant les querelles de chapelle sont légion et les messages noyés dans un flot continu d’informations de toutes sortes. Son ouvrage est profondément lucide, dont foncièrement pessimiste. Il nous faudrait « simplifier » le monde, tâche herculéenne. Il est aussi nécessaire de traiter nos problèmes au plus proche de leur source car mieux vaut éviter que réparer ; nous faisons le contraire. Il ne voit pas beaucoup d’autres solutions à l’impasse dans laquelle nous sommes entrés à vive allure si ce n’est le retour de la vertu, agir sans attendre de résultats immédiats : « Ce qui compte, c’est l’esprit » (dernier chapitre page 345 à 366). A l’heure où homo sapiens fait plutôt penser à l’homo demens, c’est une conclusion pragmatique. Un livre qui fait réfléchir, à lire attentivement pour mieux comprendre avant d’agir.

* Philippe Bihouix, Le bonheur était pour demain (les rêveries d’un ingénieur solitaire), 374 pages pour 19 euros, collection Anthropocène du Seuil (avril 2019)

** L’âge des Low tech (Vers une civilisation techniquement soutenable), collection Anthropocène du Seuil (2014)

Télé de maçon, télé de merde, techniques invasives

Quand Bouygues a eu la mainmise sur une chaîne de télévision, on pouvait à juste titre déjà dire « Télé de maçon, télé de merde »*. Mais ce n’était que le début de la fin. Aujourd’hui il y a une multiplicité de chaînes gratuites, mais le contenu est si indigent qu’il faut beaucoup chercher dans les programmes pour trouver la perle rare. Ainsi ce soir 30 avril, rendez-vous d’urgence pour la soirée Arte à 20h50. D’abord un documentaire sur « Pauvres poulets, une géopolitique de l’œuf ». En France, l’élevage en cage représente encore 69 % de la production (13 poules au m²) et les conditions d’élevage « au sol » (dans des hangars sans accès à l’extérieur) ne sont guère plus enviables. Il faut bien procurer aux consommateurs les 15 milliards d’œufs dont ils ont besoin chaque année. Mais achetez les œufs « 0FR », le zéro pour l’élevage en bio et FR pour l’origine française. Suit à 22h10 un autre documentaire au titre coup de poing : « L’homme a mangé la Terre » . Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs… En deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète. Très bien, bonnes émissions, mais cela aurait une autre portée de passer sur une chaîne d’information unique, sans être concurrencé par tous ces faiseurs d’inattention que constituent les séries télévisée, les divertissements autour de nos animaux de compagnie et autres jeux, les comédies de tous ordres, avec des femmes tueuses et des mystères révélés !

Il en est malheureusement de la télévision comme de la plupart de nos objets techniques qui utilisent le numérique, ils installent une économie de « l’extraction de l’attention ». C’est ce que dénonce Tristan Harris**, ex-employé de Google. Pour lui, la technologie « dégrade l’humain », parce qu’elle a installé « une course pour pirater nos instincts » et transformé nos smartphones en « machines à sous ». Il voit en cette industrie sous-tendue par l’impérialisme publicitaire la source  de la plupart des dangers de l’époque connectée : « la baisse de notre attention », « l’addiction de nos enfants aux écrans », « la polarisation du débat démocratique », « la transformation de la vie en une compétition de “J’aime” et de “partages” »… Éthicien du design , il a lancé un « appel à minimiser les distractions et à respecter l’attention des utilisateurs » et créé le Center for Humane Technology pour combattre les maux engendrés par la technologie. Mais son discours est plus convaincant sur les constats que sur les solutions. Qui peut échapper à l’emprise du numérique quand tout devient interconnecté ? Ne va-t-on pas même nous reprocher d’utiliser l’ordinateur pour porter le message de la sobriété énergétique sur les réseaux ? Tristan Harris en est réduit à la même conclusion que nous : il faut que s’instaure un langage partagé, un trait commun entre tous ceux qui combattent l’omniprésence de techniques pernicieuses et la diffusion de comportements humains inadaptés au monde de demain. En toute modestie, et au nom de la biosphère, ne pourrions-nous pas proposer de se retrouver autour de ces dix commandements de la Biosphère :

Tu as autant de devoirs que de droits ;

Tu pratiqueras la simplicité volontaire ;

Tu aimeras ta planète comme toi-même ;

Tu réagiras toujours de façon proportionnée ;

Tu protégeras l’avenir des générations futures ;

Tu respecteras chaque élément de la Biosphère ;

Tu ne laisseras pas les machines te dicter leur loi ;

Tu adapteras ta fécondité aux capacités de ton écosystème ;

Tu ne causeras pas de blessures inutiles à ton environnement ;

Tu vivras des fruits de la Terre sans porter atteinte au capital naturel.

* Après la privatisation de TF1 en 1987, son propriétaire Francis Bouygues congédie Michel Polac quelques mois plus tard après que l’animateur a lu à l’antenne et en direct la légende d’un dessin de Wiaz : « Une maison de m.., une télé de m… »

** LE MONDE du 25 avril 2019, Tristan Harris, l’ex-ingénieur qui veut empêcher la technologie de « dégrader l’humain »

Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Discours de Clément Choisne lors de la remise de son diplôme (Centrale Nantes) le 30 novembre 2018 : « Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités ne cessent de s’aggraver, que le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] pleure et que les êtres se meurent : je suis perdu, incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur, en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. » La vidéo, qui a fait plus de 270 000 vues sur YouTube, est l’un des nombreux échos du désarroi éprouvé par les jeunes diplômés face à un monde économique qu’ils jugent en décalage avec l’urgence climatique. Deux mois plus tôt, en septembre 2018, un groupe d’étudiants issus de grandes écoles prestigieuses, Polytechnique, Ensta, HEC, ENS – lançaient un manifeste en ligne pour appeler les futurs diplômés à soutenir un changement radical de trajectoire. « Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes ».*

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Electron : Lors de ma longue carrière d’ingénieur au service de grandes entreprises j’ai ressenti la même gêne. Mais si l’on arrête tout je me demande ce que le monde va devenir. mais je crains que la fin programmé du pétrole nous y mène peut être encore plus, dans les décors. Et s’il existe une prise de conscience de certaines personnes, la majorité (cf Gilets Jaunes) ne veut pas en entendre parler.

Claude Hutin : Si la peste verte gagne totalement ces esprits le pire est à craindre pour notre économie. Industrie ravagée, exportations atrophiées, récession. Veut-on un pays de composteurs ahuris, de décroissants rétrogrades, de colapsologues béats ? Ne laissons pas l’avenir de nos enfants, leur santé, leur éducation, leur sécurité, s’assombrir à cause de l’écologisme qui ravage déjà notre pays.

Simon @ Claude : rassurez-moi et dites-moi que vous n’avez pas d’enfant !

Germaine Kouzain @Hutin : achetez vous une ile déserte sans écolo, ET sans internet SVP.

GUILLAUME SERRE : Je trouve ces réactions d’étudiants plutôt saines. Ce sont eux qui vont changer le monde, pas les gadgets avec label « développement durable ». On est beaucoup trop nombreux sur la planète pour que les solutions alternatives au pétrole soient suffisantes et efficaces. On n’échappera pas à une réduction drastique de nos consommations, déplacements. On ne veut pas voir qu’on va vers un recul très important de notre confort mais on y va et très vite. L’Histoire n’est pas synonyme de progrès.

ALAIN PANNETIER : De nombreuses universités américaines, chinoises et européennes proposent des cours de développement durable ou de chimie verte. On sortira de cette crise par le haut, avec plus de scientifiques, plus de techniques et surtout plus d’éthique.

LEE PAMPEAST : « Si tous les plus convaincus et les plus écolos fuient les entreprises comme Total, il ne restera plus que ceux intéressés par l’argent et donc qui ne feront rien pour le réchauffement climatique ». C’est une très grande illusion que de croire qu’on peut « faire quelque chose » depuis l’intérieur de cette compagnie. Le management par objectifs et les différents outils de gestion du personnel y règlent très efficacement la question des têtes qui pourraient dépasser.

GUILLAUME SERRE : J’ai bien peur que vous n’ayez raison. Les changements de l’intérieur ne peuvent se faire qu’à la marge et encore… Difficile pour un ingénieur de privilégier une solution plus « propre » écologiquement si elle coûte plus cher. Je crois plus efficace le refus de rentrer dans ces entreprises : elles seront alors peut-être obligées de revoir leurs stratégies si elles ne trouvent pas les cadres dont elles ont besoin. Comme il y a un vrai problème de recrutement de cadres, cela semble jouable.

thierry piot : La prise de conscience des ces petits maîtres est salutaire. Dommage qu’il faille l’écroulement du monde pour réaliser la nocivité des études dans lesquelles, eux, leurs familles et leurs pairs, ont choisi de s’inscrire. A coups de cours sur les meilleurs moyens de gérer, de produire, de rentabiliser, d’organiser, de commercer, financer, ces Hautes Études abîment l’humanité. Ne reste plus qu’à changer l’orientation politique des cours : réparer, partager, construire, protéger, aider…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Le malaise des jeunes ingénieurs face au climat)