sciences et techniques

Le dioxyde de titane très apprécié par Bruno Le Maire

L’additif alimentaire E171 ne sera pas suspendu en France. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a remporté l’arbitrage du premier ministre contre celui de la transition écologique et solidaire. Ce colorant, formé de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2), est présent dans de nombreux produits alimentaires, en particulier des confiseries, des plats cuisinés, etc. Suspecté de présenter un risque cancérogène, sa suspension était prévue par la loi Egalim adoptée en novembre 2018. Mais Le Maire a exclu de signer l’arrêté ministériel. « Dans le doute, c’est aux industriels de s’abstenir », a expliqué le ministre. France nature environnement précise que « l’E171 n’ayant aucune valeur nutritionnelle, son utilisation est superflue ».*

Anti-septique  sur lemonde.fr : Il a bien raison, Mr Lemaire. Il a été aussi ministre de l’agriculture, donc il connaît bien l’histoire du chlordécone aux Antilles : là aussi il fallait vider les stocks avant de valider l’interdiction… Laissons les industriels travailler sereinement.

untel : La décision va nous éviter une situation inconfortable : celle d’interdire des produits fabriqués par des sociétés multinationales et consommées partout dans le monde. Ces sociétés porteront l’affaire devant la justice et il faudra alors expliquer au juge pourquoi le ministre a pris une mesure d’interdiction alors que les agences de santé donnaient le feu vert

Sous Influence : L’influence des lobbys de l’agroalimentaire sur les politiques, plus particulièrement les parlementaires, mais aussi sur les organismes de contrôles est telle que la plupart des mesures de régulation ou contraignantes ont très peu de chance d’être adoptées ou mises en œuvre. À ce sujet, le livre de l’ancien industriel de l’agroalimentaire Christophe Brusset « vous êtes fous d’avaler ça » est particulièrement éclairant.

Marite : A lire aussi « LOBBYTOMIE » de Stéphane HOREL (La Découverte)

Professeur Gaston : Le gouvernement a toujours d’excellentes raisons de ne pas agir et de tortiller du cul : « Ce n’est pas le bon moment », « On veut être sûr » ou « C’est trop complexe ». On a eu la même chose sur le Nutri-score. Rien ne changera, jusqu’au jour où les bobos enfileront des gilets verts et enfonceront les portes de Bercy avec des tondeuses électriques

ChP : C’est beau la politique ! Vous votez des lois. Tout le monde applaudit ! Elles ne servent à rien car les décrets d’application ne sont pas promulgués. Les gens ne sont pas contents alors vous leur dîtes qu’il faut réaliser de nouvelles études, pour mieux les protéger. Ensuite ils sont surpris qu’ils ne sont pas aimés. Les cons.

Gilles : Il y a très longtemps, on m’a appris à distinguer l’indispensable, l’utile et le superflu. J’ai pour ma part beaucoup de mal à comprendre cette débauche d’études, d’analyses et in fine d’articles, coûteux, pour quelque chose qui ne nous sert à rien. Médias, informez le public sur l’inutilité du colorant et celui-ci finira par boycotter les produits qui en contiennent. Un excellent sirop de fraise ou de menthe n’a pas de couleur !

Livia : Mr Le Maire, il me semble que le principe de précaution est (encore)inscrit dans la constitution. On parle là d’un additif à seule visée esthétique. Nous comprenons que vous êtes à la botte de l’industrie alimentaire et que la santé publique ne compte absolument pas face aux profits de l’industrie agro-alimentaire. Il y a longtemps que j’ai compris et que je n’achète que des produits bruts que je cuisine. De plus en plus de gens font comme moi. Cette industrie finira par couler.

Bunteblatter : Entièrement d’accord avec vous … et si au lieu de passer 10 ou 20h/semaine devant la télé ou les réseaux sociaux chacun consacrait en moyenne 30 min par jour à choisir ses aliments et les cuisiner, nous n’en serions pas là, et nous parlerions même pas de tous ces industriels véreux ni des agences européennes infiltrées par leurs lobbyistes.

* LE MONDE du 11.01.2019, E171 : l’additif alimentaire controversé ne sera pas suspendu

Le dioxyde de titane très apprécié par Bruno Le Maire

L’additif alimentaire E171 ne sera pas suspendu en France. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a remporté l’arbitrage du premier ministre contre celui de la transition écologique et solidaire. Ce colorant, formé de nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2), est présent dans de nombreux produits alimentaires, en particulier des confiseries, des plats cuisinés, etc. Suspecté de présenter un risque cancérogène, sa suspension était prévue par la loi Egalim adoptée en novembre 2018. Mais Le Maire a exclu de signer l’arrêté ministériel. « Dans le doute, c’est aux industriels de s’abstenir », a expliqué le ministre. France nature environnement précise que « l’E171 n’ayant aucune valeur nutritionnelle, son utilisation est superflue ».*

Anti-septique  sur lemonde.fr : Il a bien raison, Mr Lemaire. Il a été aussi ministre de l’agriculture, donc il connaît bien l’histoire du chlordécone aux Antilles : là aussi il fallait vider les stocks avant de valider l’interdiction… Laissons les industriels travailler sereinement.

untel : La décision va nous éviter une situation inconfortable : celle d’interdire des produits fabriqués par des sociétés multinationales et consommées partout dans le monde. Ces sociétés porteront l’affaire devant la justice et il faudra alors expliquer au juge pourquoi le ministre a pris une mesure d’interdiction alors que les agences de santé donnaient le feu vert

Sous Influence : L’influence des lobbys de l’agroalimentaire sur les politiques, plus particulièrement les parlementaires, mais aussi sur les organismes de contrôles est telle que la plupart des mesures de régulation ou contraignantes ont très peu de chance d’être adoptées ou mises en œuvre. À ce sujet, le livre de l’ancien industriel de l’agroalimentaire Christophe Brusset « vous êtes fous d’avaler ça » est particulièrement éclairant.

Marite : A lire aussi « LOBBYTOMIE » de Stéphane HOREL (La Découverte)

Professeur Gaston : Le gouvernement a toujours d’excellentes raisons de ne pas agir et de tortiller du cul : « Ce n’est pas le bon moment », « On veut être sûr » ou « C’est trop complexe ». On a eu la même chose sur le Nutri-score. Rien ne changera, jusqu’au jour où les bobos enfileront des gilets verts et enfonceront les portes de Bercy avec des tondeuses électriques

ChP : C’est beau la politique ! Vous votez des lois. Tout le monde applaudit ! Elles ne servent à rien car les décrets d’application ne sont pas promulgués. Les gens ne sont pas contents alors vous leur dîtes qu’il faut réaliser de nouvelles études, pour mieux les protéger. Ensuite ils sont surpris qu’ils ne sont pas aimés. Les cons.

Gilles : Il y a très longtemps, on m’a appris à distinguer l’indispensable, l’utile et le superflu. J’ai pour ma part beaucoup de mal à comprendre cette débauche d’études, d’analyses et in fine d’articles, coûteux, pour quelque chose qui ne nous sert à rien. Médias, informez le public sur l’inutilité du colorant et celui-ci finira par boycotter les produits qui en contiennent. Un excellent sirop de fraise ou de menthe n’a pas de couleur !

Livia : Mr Le Maire, il me semble que le principe de précaution est (encore)inscrit dans la constitution. On parle là d’un additif à seule visée esthétique. Nous comprenons que vous êtes à la botte de l’industrie alimentaire et que la santé publique ne compte absolument pas face aux profits de l’industrie agro-alimentaire. Il y a longtemps que j’ai compris et que je n’achète que des produits bruts que je cuisine. De plus en plus de gens font comme moi. Cette industrie finira par couler.

Bunteblatter : Entièrement d’accord avec vous … et si au lieu de passer 10 ou 20h/semaine devant la télé ou les réseaux sociaux chacun consacrait en moyenne 30 min par jour à choisir ses aliments et les cuisiner, nous n’en serions pas là, et nous parlerions même pas de tous ces industriels véreux ni des agences européennes infiltrées par leurs lobbyistes.

* LE MONDE du 11.01.2019, E171 : l’additif alimentaire controversé ne sera pas suspendu

Damnation, les médias aux ordres des publicitaires !

Le matraquage publicitaire a remplacé le moteur de la guerre et de ses commandes massives pour booster l’économie. D’où l’invention de techniques pour obtenir de la population un comportement éloigné des pratiques économes de leurs parents. Les générations actuelles y sont tellement accoutumées qu’elles ont du mal à imaginer un monde où ce matraquage serait absent. Quant à l’ampleur des dégâts, il suffit de se souvenir de ce cri du cœur d’un patron de TF1 revendiquant le droit de vendre du « temps de cerveau disponible » pour faire boire du Coca-Cola. Aussi faut-il s’interroger : peut-on bâtir une société de la sobriété énergétique dans un monde pourri par le fric où les médias sont devenus les alliés objectifs des publicitaires ? Voici un résumé de l’analyse de Tim Wu* :

« Avec l’industrialisation des médias, notre attention a été convertie en revenus et nous avons été victimes de la logique du commerce. Cette exploitation ne vise pas à nous aider à maîtriser l’information, elle nous apporte au contraire des contenus insignifiants. Elle n’a pas cherché à nous élever, à développer nos connaissances, à créer du bien commun. Elle a mis en avant des rubriques comme les faits divers, les récits de crimes… La compétition entre médias pour capter notre attention dégrade les contenus, elle nous tourne vers le plus tapageur, le plus sinistre, le plus choquant. La publicité sert uniquement à développer l’économie, elle n’a jamais cherché à présenter une information objective, mais déforme nos critères de choix. L’exploitation attentionnelle est par nature une course contre l’éthique. La presse n’a pas cherché à réguler la publicité à cause des revenus qu’elle générait, elle a fait évoluer ses contenus pour mieux s’adapter à la demande des publicitaires.

Nous disposons de très peu de moyens pour limiter l’extension de la manipulation attentionnelle. La seule dynamique, qui a limité marginalement l’expansion des industries de l’attention a reposé sur les associations de consommateurs qui ont contribué à mettre en place certaines formes de régulations comme l’étiquetage des produits ou l’interdiction des publicités mensongères. Mais l’invention du prime time à la radio puis à la télé a fusionné information et divertissement créant une identité partagée autour de questions secondaires comme le foot ou les démêlés politiques. Dès que la nouveauté s’émousse, d’autres propositions se développent par de nouveaux objets attentionnels qui poussent encore plus loin l’exploitation commerciale des publics : naissance des jeux, des journaux télé, des feuilletons et séries, de la télé-réalité… On fait mousser l’intrigue pour que les gens restent accrochés. La mesure de l’audience est devenu un enjeu central des marchands d’attention, notamment avec l’invention de l’audimat. On a même identifié différents profils de population pour leur adresser des messages ciblés. Cette découverte des segments va entraîné la création des chaînes câblées et spécialisées, musique, sport, les chaînes d’info en continu. Le web va aller encore plus loin dans l’exploitation de la fragmentation de l’audience. La technologie incarne toujours une idéologie ; la possibilité de zapper met le spectateur dans un état d’errance qui n’est pas mauvais pour les marchands d’attention. Avec les réseaux sociaux, la conquête de l’attention humaine a même violé un des derniers espaces considérés comme sacrés, nos relations personnelles. On vend les mails des utilisateurs à des entreprises et leurs téléphones à des entreprises de télémarketing. Le web a exacerbé les pulsions humaines en favorisant le voyeurisme et la montée d’adrénaline. » 

Saurons-nous préserver notre autonomie cognitive face à des techniques toujours plus invasives ? Trop peu de personnes prennent de la distance avec leurs écrans, l’addiction à la cyber-poubelle est devenue une maladie… et même LE MONDE a basculé dans la confusion entre valorisation des faits-divers et analyse sérieuse puisque ce groupe dépend de plus en plus des marchands et de leur manne publicitaire ! Devenons Casseurs de pub !

* Les marchands d’attention de Tim Wu

http://internetactu.blog.lemonde.fr/2018/12/27/comment-reguler-lexploitation-de-notre-attention/

Damnation, les médias aux ordres des publicitaires !

Le matraquage publicitaire a remplacé le moteur de la guerre et de ses commandes massives pour booster l’économie. D’où l’invention de techniques pour obtenir de la population un comportement éloigné des pratiques économes de leurs parents. Les générations actuelles y sont tellement accoutumées qu’elles ont du mal à imaginer un monde où ce matraquage serait absent. Quant à l’ampleur des dégâts, il suffit de se souvenir de ce cri du cœur d’un patron de TF1 revendiquant le droit de vendre du « temps de cerveau disponible » pour faire boire du Coca-Cola. Aussi faut-il s’interroger : peut-on bâtir une société de la sobriété énergétique dans un monde pourri par le fric où les médias sont devenus les alliés objectifs des publicitaires ? Voici un résumé de l’analyse de Tim Wu* :

« Avec l’industrialisation des médias, notre attention a été convertie en revenus et nous avons été victimes de la logique du commerce. Cette exploitation ne vise pas à nous aider à maîtriser l’information, elle nous apporte au contraire des contenus insignifiants. Elle n’a pas cherché à nous élever, à développer nos connaissances, à créer du bien commun. Elle a mis en avant des rubriques comme les faits divers, les récits de crimes… La compétition entre médias pour capter notre attention dégrade les contenus, elle nous tourne vers le plus tapageur, le plus sinistre, le plus choquant. La publicité sert uniquement à développer l’économie, elle n’a jamais cherché à présenter une information objective, mais déforme nos critères de choix. L’exploitation attentionnelle est par nature une course contre l’éthique. La presse n’a pas cherché à réguler la publicité à cause des revenus qu’elle générait, elle a fait évoluer ses contenus pour mieux s’adapter à la demande des publicitaires.

Nous disposons de très peu de moyens pour limiter l’extension de la manipulation attentionnelle. La seule dynamique, qui a limité marginalement l’expansion des industries de l’attention a reposé sur les associations de consommateurs qui ont contribué à mettre en place certaines formes de régulations comme l’étiquetage des produits ou l’interdiction des publicités mensongères. Mais l’invention du prime time à la radio puis à la télé a fusionné information et divertissement créant une identité partagée autour de questions secondaires comme le foot ou les démêlés politiques. Dès que la nouveauté s’émousse, d’autres propositions se développent par de nouveaux objets attentionnels qui poussent encore plus loin l’exploitation commerciale des publics : naissance des jeux, des journaux télé, des feuilletons et séries, de la télé-réalité… On fait mousser l’intrigue pour que les gens restent accrochés. La mesure de l’audience est devenu un enjeu central des marchands d’attention, notamment avec l’invention de l’audimat. On a même identifié différents profils de population pour leur adresser des messages ciblés. Cette découverte des segments va entraîné la création des chaînes câblées et spécialisées, musique, sport, les chaînes d’info en continu. Le web va aller encore plus loin dans l’exploitation de la fragmentation de l’audience. La technologie incarne toujours une idéologie ; la possibilité de zapper met le spectateur dans un état d’errance qui n’est pas mauvais pour les marchands d’attention. Avec les réseaux sociaux, la conquête de l’attention humaine a même violé un des derniers espaces considérés comme sacrés, nos relations personnelles. On vend les mails des utilisateurs à des entreprises et leurs téléphones à des entreprises de télémarketing. Le web a exacerbé les pulsions humaines en favorisant le voyeurisme et la montée d’adrénaline. » 

Saurons-nous préserver notre autonomie cognitive face à des techniques toujours plus invasives ? Trop peu de personnes prennent de la distance avec leurs écrans, l’addiction à la cyber-poubelle est devenue une maladie… et même LE MONDE a basculé dans la confusion entre valorisation des faits-divers et analyse sérieuse puisque ce groupe dépend de plus en plus des marchands et de leur manne publicitaire ! Devenons Casseurs de pub !

* Les marchands d’attention de Tim Wu

http://internetactu.blog.lemonde.fr/2018/12/27/comment-reguler-lexploitation-de-notre-attention/

Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

En ce jour de Noël, passons enfin aux choses sérieuses… Le livre de JB Fressoz* fait une histoire du risque technologique, voici quelques extraits significatifs : « En avril 1855, alors que la foule se presse à l’exposition universelle de Paris pour y admirer machines, locomotives et inventions, paraît « La Fin du monde par la science », écrit par un avocat, Eugène Huzar  : Je ne fais la guerre ni à la science, ni au progrès, mais je suis l’ennemi implacable d’une science ignorante, impresciente, d’un progrès qui marche à l’aveugle sans critérium ni boussole. La science expérimentale est une connaissance a posteriori, elle ne peut anticiper les conséquences lointaines de ses productions toujours plus puissantes. Et ce décalage entre capacités techniques et capacités de prévision conduit inexorablement à l’apocalypse. Huzar possède une imagination débordante. Qui sait si la vaccination ne risque pas d’introduire des maux plus graves encore que ceux qu’elle combat ? Et qui sait si le dioxyde de carbone produit par l’industrie n’entraînera pas une catastrophe climatique ? L’homme par son industrie croit tout au plus égratigner la Terre sans se rendre compte que ces égratignures, par la loi des petites causes et des grands effets, pourraient causer sa mort. Des écrivains, tels Lamartine, Dickens, Flaubert ou Vergne ont lu La Fin du monde par la science et y ont fait référence.

Les sociologues et les philosophes qui, depuis trente ans, pensent la crise environnementale, butent sur une série d’oppositions factices entre modernité et « société du risque ». Nos maux écologiques constituent l’héritage de la modernité elle-même. En présentant une réflexivité très hypothétique, cette thèse de la société du risque a brouillé les connexions entre le passé et le présent pour remplacer l’analyse historique par des typologies abstraites. En effet la confiance qui préside à la transformation technique du monde nécessite des théories qui, en deçà des accidents, en brouillent le sens et en amortissent la portée traumatique. Et après les catastrophes, il faut des discours et des dispositions morales qui les neutralisent, atténuent leur dimension éthique pour les rendre compatibles avec la continuation du projet technologique. Les normes de sécurité, les consultations publiques, les procédures d’autorisation qui prétendaient connaître et contenir le risque eurent généralement pour conséquence de légitimer le fait accompli technologique. Vers 1860, les innombrables plaintes, procès et pétitions ne s’opposaient pas aux chemins de fer mais aux accidents qu’ils provoquaient et aux compagnies soupçonnées de faire des économies au détriment de la sécurité des voyageurs.

Le propre de l’innovation, c’est qu’elle ne peut se subsumer dans des normes générales établies à l’avance. La discussion sur la technique existe, mais elle n’intervient qu’après les première plaintes ou les premiers accidents et donc après le fait accompli technique et après son assimilation à la raison d’Etat. Après 1800, compte tenu de l’importance primordiale qu’acquiert la technique pour l’État, les formes judiciaires, procédurales ou dialogiques de production de vérités sont remplacées par des institutions savantes et administratives. Les corps de métiers n’étaient plus des sources de savoir guidant le gouvernement mais devaient être réformés sous l’égide des institutions savantes. Le public n’était plus une instance dont on attendait un jugement, mais une masse qu’il convenait de guider vers le bien. »

* Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse, aux éditions du Seuil (février 2012)

A la poubelle tous nos vieux téléphones si pratiques !

L’opérateur Orange a cessé le 15 novembre de commercialiser des abonnements de téléphonie fixe classique en vue de la numérisation complète de son réseau*. C’est le début de la fin pour les téléphones fixes « à l’ancienne » . L’opérateur va les basculer sur un réseau dit « IP » (Internet Protocol). La prise « en T » ne disparaîtra pas : c’est par ce branchement qu’arrive l’Internet (en particulier l’ADSL). Le seul changement pour les abonnés concernés sera l’envoi, par Orange, d’un boîtier qui devra être branché sur cette prise, et qui se chargera de « numériser » les communications téléphoniques. Le réseau historique RTC (réseau téléphonique commuté), trop vieux, était soi-disant trop coûteux à entretenir.

Sur ce blog, nous avons déjà traité cette transformation en mars 2016 : Fin du téléphone fixe, encore une arnaque des marchands. Nous sommes lancés dans une course sans fin où le dernier gadget électrotechnique remplace le précédent alors que tout le monde commençait à être équipé. Pourquoi la télé après la radio, nous savons maintenant que nous n’avons rien gagné au change. Pourquoi la télé couleur après la télé noir et blanc, pourquoi dorénavant la télé par Internet ? Quel avantage réel ? Il n’y a pas de réponse crédible à ces questions sauf à parler de techniques douces. On programme le remplacement d’une technique qui marche, qui était généralisée et qui restait simple par des trucs compliqués au nom du « progrès ». Or nous savons déjà que les ressources qui nous procurent l’électricité vont se raréfier, que nous allons vers l’intermittence de l’électricité à domicile (c’est le propre des énergies renouvelables), qu’Internet est une vaste poubelle et que la technique nous rend esclave de la technique. Car le plus inquiétant, c’est que tout le monde ou presque marche dans la technophilie, rares sont les personnes qui vivent aujourd’hui sans portable. Ainsi ces échanges très techno-techniques sur lemonde.fr, et notons que Catherine R travaille chez Orange :

Christine R : Si j’ai bien compris cette manœuvre implique de passer par une box et nécessitera un branchement électrique (et du coup un fonctionnement wifi ) permanent .. le vieux téléphone fonctionnait lui sans électricité

Catherine R. @ Christine : Les vieux analogiques vintage, oui. Mais pas les terminaux sans-fil.

Jacofee @ Christine : Vous n’avez pas lu l’article avec attention. Orange mettra à disposition un boîtier pour les abonnés sans internet. Pas de wifi ici.

Frogeater : Je pense toutefois qu’elle a raison: le téléphone qui se suffit du courant RTC n’existera plus, on devra brancher son téléphone (même fixe, même sans WiFi) sur secteur. En cas de panne de courant pas de téléphone (à part le portable).

Catherine R. @ frogeater : niveau sécurité, en cas de coupure de courant, que se passera-t-il ? La grande majorité des lignes utilise déjà des postes téléphoniques qui ne fonctionnent que branchés au réseau électrique, ce qui ne pose pas de problème dans la mesure où les coupures restent exceptionnelles et de courte durée et que l’équipement en téléphones mobiles est suffisamment répandu pour offrir une alternative en cas d’urgence.Pour les usages spéciaux comme les télé-alarmes par exemple, Orange proposera des batteries de secours, destinées à prendre le relais du réseau électrique.

HN : Le début de la déconnexion des prises RTC est prévu pour 2023, pile l’année prévue pour la fin du déploiement ADSL en France avec une couverture à 100%. Heureux hasard n’est-ce pas ?

Catherine R. @ HN : Non, pas l’ADSL ! La fibre optique. L’ADSL est la technologie sur le réseau cuivre. Ce n’est pas un « heureux hasard «  ! 😂 C’est juste une nécessité absolue de remplacer une technologie par une autre lorsque cette dernière est opérationnelle ! Le réseau cuivre est donc appelé à disparaître à l’horizon 2023. Il sera débranché lorsque toute une zone déterminée aura été entièrement équipée en fibre optique.

Un homme : LE problème est que dans certaines zones rurales, zones de montagne les coupures électriques sont fréquentes en cas d’orage notamment ET que les technologies de tel par IP nécessitent (comme les portables pour faire fonctionner les émetteurs) d’avoir d’une alimentation électrique alors que la technologie RTC fonctionne même si le réseau élec est HS. Donc dans ces situations panne élec vous êtes injoignable et ne pouvez joindre et ceci est grave notamment en cas de besoin urgent(incendie médical)

Timshel : Non, la ligne sera toujours alimentée en 48V depuis le NRA. Et le boitier convertissant le signal en IP sera ainsi directement alimenté, sans raccordement sur une prise électrique. Bref, les gens qui ne veulent que du téléphone auront toujours la possibilité d’appeler et recevoir des appels, même en cas de coupure électrique.

Catherine R. : Il est possible que les zones très éloignées des équipements du réseau Orange ne soient pas éligibles à la VoIP. Dans ce cas précis, Orange s’est associé avec l’opérateur Nordnet afin de proposer la solution Service Universel sur satellite.

* https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/11/15/orange-prepare-la-disparition-des-lignes-telephoniques-fixes-traditionnelles_5383938_4408996.html

La société du tout-énergétique, une vaste foutaise

La fin programmée du transhumanisme : « La catastrophe écologique et la catastrophe anthropologique évolueront conjointement durant les 30 ans à venir. Qui peut croire que la situation matérielle des gens, en butte à des privations, des maladies et des violences dans un système capitaliste agonisant serait compatible avec leurs désirs de dépasser la condition humaine qu’ils viennent de perdre ? Affairés à trouver de quoi se nourrir, se soigner, se défendre, nos enfants (oui, c’est déjà pour eux…) réclameraient des gadgets pour tolérer lactose ou gluten, ou prévoir qu’ils sont susceptibles d’être atteints de maladies dégénératives ? Puisque la catastrophe environnementale ne dépend déjà plus de nous, elle devrait bientôt apparaître comme telle et ruiner les promesses des transhumanistes. Car si la qualité de l’environnement nous est vitale, nous n’avons aucun besoin de dépasser les limites de notre espèce. » (Jacques Testart)*

L’illusion numérique : Nicolas Colin a écrit un essai (Hedge. A Greater Safety Net For The Entrepreneurial Age) aux propositions radicales pour bâtir de nouvelles solidarités sur les ruines de l’Etat-providence et de la société industrielle. Comment construire une société stable à l’heure du numérique ? Obsédé par cette question fondamentale, Nicolas Colin** prend le risque de dessiner des pistes radicales. « Le numérique permet une révolution copernicienne. Avec une priorité pour l’État, celle de favoriser le logement dans les grandes villes qui vont concentrer les emplois de demain, que ce soient ceux des nomades entrepreneurs ou ceux des emplois de proximité, du médecin à l’employé de ménage, qui leur seront rattachés ». Nicolas Colin croit à des écrans omniprésents qui stabiliseront la société.

Synthèse de Biosphere : Jacques Testart dénonce la technoscience, la prise en main de toutes les fonctions humaines par la machine. Il pense à juste raison que toutes les techniques sophistiquées plus ou moins confirmées vont disparaître avec une descente énergétique qui se fera de plus en plus violente. Le numérique de Nicolas Colin, qui apparaissait à ses débuts immatériel, se révèle en fait très consommateur d’énergie. Google consomme à peu près autant d’électricité annuellement que la Bolivie et Facebook que le Sénégal. Le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 % et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Et la tendance est franchement à la hausse, à raison de 5 % à 7 % tous les ans***. Les GAFA sont de plus en plus gourmands en électricité. La multiplication des objets connectés, de la voiture aux logements, ne peut qu’accroire la consommation. Et le problème pourrait empirer avec l’essor de l’intelligence artificielle ou de la blockchain.

Avec le prochain choc pétrolier, toute cette débauche d’énergie apparaîtra pour ce qu’elle était, un gaspillage éhonté et non durable. La notion de « sobriété numérique » se substituera à « l’intempérance numérique ». Nous n’aurons plus les moyens financiers et logistiques pour perpétuer le système technique actuel, basé sur une surexploitation des ressources fossiles et fissiles en voie de disparation. Nous ne rêverons plus d’humains augmentés, nous ne roulerons plus en voiture individuelle, les portes ne s’ouvriront plus automatiquement devant nous, on sera obligé de monter à pied avec un ascendeur en panne, etc. Tous ceux qui dans ce contexte croient encore à la technique qui sauve du moment qu’elle est électr(on)ique se foutent le doigt dans la prise.

* mensuel La Décroissance, novembre 2018 (page 3)

** LE MONDE économie du 9 octobre 2018, Une société stable à l’heure du numérique: Une utopie pour le XXIe siècle

*** LE MONDE économie du 23-24 septembre 2018, Electricité : Google, Apple, Facebook et Amazon se mettent-ils vraiment au vert ?

Chimiquement contaminé… et il n’y a pas de solution

Notre protection contre l’industrie chimique repose sur des procédures et des substances inaccessibles au commun des mortels : REACH, BfR, BEE, ECHA, DEHP, phtalate, bisphénol A, Chrome VI, HAP (hydrocarbure aromatique polycyclique), cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens, etc. Même les institutions censées prendre en charge notre protection se révèlent impuissantes.

Entré en vigueur le 1er juin 2007, le règlement européen Reach (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals) est inopérant. Pour l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR), les données fournies par les entreprises sont insuffisantes et un tiers des substances chimiques le plus utilisées en Europe ne respectent pas la réglementation censée protéger la santé et l’environnement. « Ces résultats effarants montrent que les industriels violent les lois européennes en commercialisant des centaines de substances chimiques potentiellement dangereuses et largement répandues dans les produits de grande consommation, commente Tatiana Santos du BEE (Bureau européen de l’environnement). Pourtant, la loi est claire : c’est aux industriels de faire la preuve que leurs produits ne sont pas dangereux. La loi dit : “Pas de données, pas de marché.” Cela signifie que ces substances ne devraient pas être utilisées, tant que leur innocuité n’est pas démontrée. » Basée à Helsinki, l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) croule sous les dossiers d’enregistrement. A ce jour, ils sont plus de 40 000 (sur près de 150 000 molécules en circulation). Mais elle n’a pu « vérifier la conformité » que de 1 780 d’entre eux. Même sur la base de ce très faible échantillon, dans la majorité des cas, la non-conformité d’un ou de plusieurs paramètres a été établie. Cinq pour cent de dossiers contrôlés, cela signifie surtout que 95 % ne le sont pas. C’est très inquiétant. Prenons le cas du DEHP, phtalate toxique pour la reproduction. Le DEHP a été identifié dès 2009 comme « substance extrêmement préoccupante ». Pourtant, près de dix ans plus tard, certains producteurs continuent à bénéficier d’une autorisation pour des usages spécifiques. On retrouve ainsi le DEHP dans les rideaux de douche, les jouets, les câbles électriques, les poches de sang ou encore les sextoys. L’explication de cette insuffisance de Reach tient à son objectif formule Macron, « en même temps » : « Mieux protéger la santé humaine et l’environnement contre les risques liés aux substances chimiques… tout en favorisant la compétitivité de l’industrie chimique de l’Union européenne ».* De plus les nanomatériaux n’entrent pas dans le champ du dispositif qui a un seuil d’une tonne par an, car la moyenne de production ne dépasse pas 750 kg par an. Or une substance sous forme de nanomatériaux possède une réactivité plus forte que sous une forme classique, car elle passe les barrières à l’intérieur de l’organisme.

Le règlement REACH est lui-même d’une complexité insondable, nul n’en connaît tous les recoins. Même inscription sur la listes des molécules interdites, une substance peut être encore maintenue plusieurs années sur le marché dans certains de ses usages « si l’impact économique est supérieur aux risques et qu’il n’existe pas de substitut »**. Autant dire que notre civilisation thermo-industrielle imbibée de produits toxiques va s’effondrer sous le poids de sa propre complexité.

* LE MONDE du 13 octobre 2018, Un tiers des substances chimiques les plus utilisées en Europe non conformes à la réglementation

** LE MONDE du 13 octobre 2018, Le règlement REACH, une usine à gaz

L’usage d’Internet, une arme de distraction massive

Les amphithéâtres à l’université sont devenus de vulgaires cybercafés. L’appareil connecté constitue une « arme de distraction massive » à l’égal des grandes messes sportives… qui sont d’ailleurs retransmises sur écran ! LE MONDE* récapitule les inconvénients du portable : « La perte d’attention en cours est plus rapide… La plupart des messages sur Internet constituent des distractions : visionnage de vidéos, jeux, discussion en ligne, consultation de sites Web amusants ou d’information, etc… Les étudiants qui prennent des notes avec un stylo et du papier ont de meilleurs résultats que ceux qui retranscrivent le cours sur ordinateur car cela se fait « sans discernement et de manière stupide »… Pour devenir un bon professionnel, il faut deux qualités, écouter et communiquer. C’est impossible avec un ordinateur… (Mais) face à ces objets trop séduisants, le combat n’est-il pas perdu d’avance pour l’enseignant ? »

Cette dérive de la connexion à tout va et en tout lieux ne sévit pas que dans les amphis. Que dire de ces réunions, même entre intimes, où l’on garde toujours un œil sur le smartphone, que dire de tous ces gens qui tapotent fébrilement pour ignorer la personne qui est à côté d’eux. Les écouteurs ferment la bulle, bientôt les lunettes connectées compléteront cet enfermement numérisé. Les écologistes depuis longtemps condamnent notre soumission à la technique. Ainsi ce livre de Jacques Ellul en 1988, Le bluff technologique, avant même l’intrusion du numérique  : « Pourquoi, alors que la technique présente tant d’effets négatifs, n’en prend-on pas conscience ? Le premier facteur qui joue dans le sens de l’oblitération est très simple : les résultats positifs d’une entreprise technique sont ressentis aussitôt alors que les effets négatifs se font toujours sentir à la longue. Il faut en second lieu tenir compte du paradoxe de Harvey Brooks : « Les coûts ou les risques d’une technique nouvelle ne sont souvent supportés que par une fraction limitée de la population totale alors que ses avantages sont largement diffusés. Le public ne sent rien (la pollution de l’air), ou ne sait rien (la pollution des nappes phréatiques). Les dangers sont très diffus et il ne paraît pas de lien de cause à effet évident entre telle technique et tels effets. Enfin un dernier facteur est à retenir : les avantages sont concrets, les inconvénients presque toujours abstraits. Bien souvent même le danger n’est accessible qu’à la suite de longs raisonnement, ainsi des effets psychosociologiques de la télévision. Il faudrait accepter d’avance le principe de faire une balance effective entre les avantages et tous les inconvénients, tant sur le plan de la structure des groupes sociaux que des effets psychologiques ! Impensable !

S’il y a une chance que l’homme puisse sortir de cet étau idéologico-matériel, il faut avant tout se garder d’une erreur qui consisterait à croire que l’individu est libre. Si nous avons la certitude que l’homme est bien libre en dernière instance de choisir son destin, de choisir entre le bien et le mal, de  choisir entre les multiples possibles qu’offrent les milliers de gadgets techniques, si nous croyons qu’il est libre d’aller coloniser l’espace pour tout recommencer, si… si… si…, alors nous sommes réellement perdus car la seule voie qui laisse un étroit passage, c’est que l’homme ait encore un niveau de conscience suffisant pour reconnaître qu’il descend, depuis un siècle, de marche en marche l’escalier de l’absolue nécessité. Oui nous sommes déterminés, mais non, en fait. Nous l’avons souvent dit, c’est lorsqu’il reconnaît sa non-liberté qu’alors il atteste par là sa liberté ! Ce système techno-industriel ne cesse de grandir et il n’y a pas d’exemple jusqu’ici de croissance qui n’atteigne son point de déséquilibre et de rupture. Nous devons donc nous attendre, même sans guerre atomique ou sans crise exceptionnelle, à un énorme désordre mondial qui se traduira par toutes les contradictions et tous les désarrois. Il faudrait que  ce soit le moins coûteux possible. Pour cela deux conditions : y être préparé en décelant les lignes de fracture, et découvrir que tout se jouera au niveau des qualités de l’individu. »

* LE MONDE du 19 septembre 2018, En amphi, l’ordinateur « arme de distraction massive »

Une campagne des anti-écolos sur Internet

« Nous voulons des coquelicots ». Cet appel publié par Charlie Hebdo demande l’interdiction immédiate de tous les pesticides de synthèse : « Nous ne reconnaissons plus notre pays ; la nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans, la moitié des papillons en vingt ans ; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards. Les grenouilles et les sauterelles sont comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde ! » Il est signé tant par des associations environnementalistes que par des individualités comme Laurent Baffie ou Emily Loizeau. Il n’est que prétexte à une empoignade sur lemonde.fr* dont nous relatons à la fois avec frayeur et délice quelques péripéties :

Untel : Voilà le retour de l’écologisme qui pleure, qui chouine, qui braille, qui appelle, qui pétitionne, qui tribunise, qui supplie, qui sermonne, qui admoneste, qui menace, qui ultimatum, qui urgentise, qui prophétise, qui apocalypse, qui prêche dans le désert. Mais nous avait-il vraiment quitté ?

J’AIME LE MONDE @ untel : Rassurez-vous, les flacons de Roundup seront collectées et offerts, les optimistes du progrès comme vous pourront s’en servir dans la vinaigrette à tous les repas.

STANISLAS KOWALSKI : Ils sont fous. Pour la première fois de l’histoire, nous avons éloigné le spectre de la famine, partout sauf dans les pays communistes ou en guerre. La population mondiale a atteint des niveaux qui n’auraient pas été possibles sans l’agriculture moderne. Mais on va tout remettre en cause parce qu’au lieu de mourir à 5 ans de malnutrition, on meurt à 70 ans d’un cancer.

Dominika Zielinska @ Stanislas : Vous plaisantez j’espère ??? A quoi sert de vivre 150 ans en « bonne santé «  dans un désert que deviendra la terre ? Sans pollinisations vous allez manger quoi ?? Un jour, vous donnerais 50 ans de votre vie pour pouvoir goûter une pomme ! Réfléchissez …

Un peu de mémoire ne nuit pas à la reflexion @ Stanislas : Il y a disons 20 ans, quand ni Glyphosate ni néonicotinoïde ne ravageaient la biodiversité, on mourrait de faim en France? Les pesticides améliorent la rentabilité de l’industrie agricole et cela se fait au prix de la biodiversité qui n’entre pas dans l’équation de prix, les fameuses externalités négatives.

Untel : On est dans la com et le marketing. Le lobby du bio quitte la pseudo-science, où il s’est précédemment déshonoré, pour venir aux méthodes classiques d’influence du public. L’article ne cache pas les liens entre Nicolino et François Veillerette, le leader du lobby du bio. Mais plutôt que de les glisser à la sauvette, il devrait les souligner.

Michel PHILIPS @ untel : Générations futures, dont F Veillerette est Directeur et porte parole, n’est pas un « lobby du bio » mais une associations défendant l’avenir de nos enfants, génétiquement menacés par les pesticides. Untel, vous confirmez ainsi votre appartenance au « lobby des pesticides » !

Openeye : Les appels qui se multiplient sont contreproductifs. Dire que la planète va mal, c’est facile, tout le monde le sait. Tout le monde sait aussi que le problème est mondial et que chaque pays ne réagira qu’en fonction de ses propres intérêts. Pour avancer, il faut avant tout que les citoyens acceptent l’idée que la France sera pénalisée à court terme si elle s’engage dans une réforme écologique.

Ivo Mieupa @ Openeye :  » il faut avant tout que les citoyens acceptent l’idée … « . OK. Et c’est donc pour ça qu’il est impératif de ne pas relâcher la communication et donc de faire lancer des appels médiatiques réguliers par des personnalités connues si ce n’est influentes. Entre autres actions évidemment.

PAS GLOP PAS GLOP : L’écoute sur France Culture de Nicolino est intéressante. Au final ce qu’il propose c’est une régression sociétale. Il prôné la rupture. Malheureusement tous les exemples de rupture que nous ayons dans l’histoire ont amené à des catastrophes en terme de démocratie et de droits de l’homme. La seule façon de s’en tirer est probablement toujours celle du progrès. C’est à dire une démarche à l’opposé de celle des coquelicots… mais qui a aussi la finalité de préserver l’espèce humaine.

MICHEL SOURROUILLE @ Glop: si nous ne faisons rien pour limiter l’activité humaine et notre niveau de vie qui dégrade fortement la planète et ses ressources, il y aura un effondrement brutal de la civilisation thermo-industrielle qui amènera des catastrophes en terme de démocratie et de droits de l’homme. Nous voyons déjà ce qui se passe dans tous les pays où l’État est en faillite… Quant à s’attendre encore au « progrès », cela relève de l’incantation, pas du réalisme !

Annie la Douce : Allons plus loin. Supprimons l’élevage intensif qui pollue la planète, la pêche qui dépeuple les océans, les labours qui tuent la vie dans le sol, les engins mécanisés qui rejettent des polluants. Tous à la campagne dans les champs avec la binette et la faux. Baffie, on t’attend.

ARMAND DANCER : Les signataires ont acheté des houes pour venir depuis Paris désherber les champs le week-end ?

GILLES SPAIER @ Armand

Votre réaction montre que vous n’y connaissez rien en agriculture. Il y a de nombreuses machines modernes qui permettent de sarcler les cultures sans trop d’effort. Et une bonne rotation des cultures permet aussi aux champs de n’être pas envahis par certains ravageurs. Depuis 20 ans, les hirondelles ont presque disparu, les martinets en juin aussi. Vous pouvez rouler de nuit avec un pare brise propre. Normal?

GILLES SPAIER : j’habite près de Saint Jean d’Angély où une nouvelle zone artisanale nouvelle est consacrée au bio avec des silos de dimensions impressionnantes. Les tracteurs des fermes bio aussi ont plus de 200CV sous le capot. Deux magasin bio coop se sont créés récemment dans un rayon de 30 km pendant que les magasins d’alimentation traditionnels ferment les uns après les autres. Ce n’est pas avec des idées reçues, simplistes et partisanes que l’on fera avancer le débat.

Untel : Et ça paye mieux, maintenant, le lobby du bio depuis qu’ils a fait fortune avec ses silos géants ?

SFD : 75 commentaires, dont 11 par Untel, remonté comme un coucou suisse. Et sans compter ses pseudos secondaires. Un tel dynamisme pose question, êtes-vous payé ? Chaque fois qu’un article parle de sauver la planète, vous rappliquez pour crier au « complot du lobbying bio ». Et si c’était juste des personnes douées de bon sens, qui souhaitent que leurs enfants héritent d’un écosystème riche et diversifié ? C’est une question rhétorique, vous êtes ancré dans votre paranoïa comme une moule à son rocher.

Pierre-Michel Périnaud : « Il y a quelques années, je n’aurais pas adhéré à un tel appel, et j’aurais opposé une méthode plus pragmatique consistant à examiner les produits un par un. Mais ce que l’on constate, c’est que ce système d’évaluation, promu et imposé par l’industrie, et qui raisonne substance active par substance active, ne permet pas d’évaluer les risques réels. Il faudrait un demi-siècle pour réformer ce système, qui ne contrôle plus rien. Poser d’emblée la sortie des pesticides de synthèse permet de se placer dans un autre cadre d’action. »

* LE MONDE du 12 septembre 2018, « Nous voulons des coquelicots » : l’appel contre les pesticides lancé dans « Charlie Hebdo 

Une campagne des anti-écolos sur Internet

« Nous voulons des coquelicots ». Cet appel publié par Charlie Hebdo demande l’interdiction immédiate de tous les pesticides de synthèse : « Nous ne reconnaissons plus notre pays ; la nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans, la moitié des papillons en vingt ans ; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards. Les grenouilles et les sauterelles sont comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde ! » Il est signé tant par des associations environnementalistes que par des individualités comme Laurent Baffie ou Emily Loizeau. Il n’est que prétexte à une empoignade sur lemonde.fr* dont nous relatons à la fois avec frayeur et délice quelques péripéties :

Untel : Voilà le retour de l’écologisme qui pleure, qui chouine, qui braille, qui appelle, qui pétitionne, qui tribunise, qui supplie, qui sermonne, qui admoneste, qui menace, qui ultimatum, qui urgentise, qui prophétise, qui apocalypse, qui prêche dans le désert. Mais nous avait-il vraiment quitté ?

J’AIME LE MONDE @ untel : Rassurez-vous, les flacons de Roundup seront collectées et offerts, les optimistes du progrès comme vous pourront s’en servir dans la vinaigrette à tous les repas.

STANISLAS KOWALSKI : Ils sont fous. Pour la première fois de l’histoire, nous avons éloigné le spectre de la famine, partout sauf dans les pays communistes ou en guerre. La population mondiale a atteint des niveaux qui n’auraient pas été possibles sans l’agriculture moderne. Mais on va tout remettre en cause parce qu’au lieu de mourir à 5 ans de malnutrition, on meurt à 70 ans d’un cancer.

Dominika Zielinska @ Stanislas : Vous plaisantez j’espère ??? A quoi sert de vivre 150 ans en « bonne santé «  dans un désert que deviendra la terre ? Sans pollinisations vous allez manger quoi ?? Un jour, vous donnerais 50 ans de votre vie pour pouvoir goûter une pomme ! Réfléchissez …

Un peu de mémoire ne nuit pas à la reflexion @ Stanislas : Il y a disons 20 ans, quand ni Glyphosate ni néonicotinoïde ne ravageaient la biodiversité, on mourrait de faim en France? Les pesticides améliorent la rentabilité de l’industrie agricole et cela se fait au prix de la biodiversité qui n’entre pas dans l’équation de prix, les fameuses externalités négatives.

Untel : On est dans la com et le marketing. Le lobby du bio quitte la pseudo-science, où il s’est précédemment déshonoré, pour venir aux méthodes classiques d’influence du public. L’article ne cache pas les liens entre Nicolino et François Veillerette, le leader du lobby du bio. Mais plutôt que de les glisser à la sauvette, il devrait les souligner.

Michel PHILIPS @ untel : Générations futures, dont F Veillerette est Directeur et porte parole, n’est pas un « lobby du bio » mais une associations défendant l’avenir de nos enfants, génétiquement menacés par les pesticides. Untel, vous confirmez ainsi votre appartenance au « lobby des pesticides » !

Openeye : Les appels qui se multiplient sont contreproductifs. Dire que la planète va mal, c’est facile, tout le monde le sait. Tout le monde sait aussi que le problème est mondial et que chaque pays ne réagira qu’en fonction de ses propres intérêts. Pour avancer, il faut avant tout que les citoyens acceptent l’idée que la France sera pénalisée à court terme si elle s’engage dans une réforme écologique.

Ivo Mieupa @ Openeye :  » il faut avant tout que les citoyens acceptent l’idée … « . OK. Et c’est donc pour ça qu’il est impératif de ne pas relâcher la communication et donc de faire lancer des appels médiatiques réguliers par des personnalités connues si ce n’est influentes. Entre autres actions évidemment.

PAS GLOP PAS GLOP : L’écoute sur France Culture de Nicolino est intéressante. Au final ce qu’il propose c’est une régression sociétale. Il prôné la rupture. Malheureusement tous les exemples de rupture que nous ayons dans l’histoire ont amené à des catastrophes en terme de démocratie et de droits de l’homme. La seule façon de s’en tirer est probablement toujours celle du progrès. C’est à dire une démarche à l’opposé de celle des coquelicots… mais qui a aussi la finalité de préserver l’espèce humaine.

MICHEL SOURROUILLE @ Glop: si nous ne faisons rien pour limiter l’activité humaine et notre niveau de vie qui dégrade fortement la planète et ses ressources, il y aura un effondrement brutal de la civilisation thermo-industrielle qui amènera des catastrophes en terme de démocratie et de droits de l’homme. Nous voyons déjà ce qui se passe dans tous les pays où l’État est en faillite… Quant à s’attendre encore au « progrès », cela relève de l’incantation, pas du réalisme !

Annie la Douce : Allons plus loin. Supprimons l’élevage intensif qui pollue la planète, la pêche qui dépeuple les océans, les labours qui tuent la vie dans le sol, les engins mécanisés qui rejettent des polluants. Tous à la campagne dans les champs avec la binette et la faux. Baffie, on t’attend.

ARMAND DANCER : Les signataires ont acheté des houes pour venir depuis Paris désherber les champs le week-end ?

GILLES SPAIER @ Armand

Votre réaction montre que vous n’y connaissez rien en agriculture. Il y a de nombreuses machines modernes qui permettent de sarcler les cultures sans trop d’effort. Et une bonne rotation des cultures permet aussi aux champs de n’être pas envahis par certains ravageurs. Depuis 20 ans, les hirondelles ont presque disparu, les martinets en juin aussi. Vous pouvez rouler de nuit avec un pare brise propre. Normal?

GILLES SPAIER : j’habite près de Saint Jean d’Angély où une nouvelle zone artisanale nouvelle est consacrée au bio avec des silos de dimensions impressionnantes. Les tracteurs des fermes bio aussi ont plus de 200CV sous le capot. Deux magasin bio coop se sont créés récemment dans un rayon de 30 km pendant que les magasins d’alimentation traditionnels ferment les uns après les autres. Ce n’est pas avec des idées reçues, simplistes et partisanes que l’on fera avancer le débat.

Untel : Et ça paye mieux, maintenant, le lobby du bio depuis qu’ils a fait fortune avec ses silos géants ?

SFD : 75 commentaires, dont 11 par Untel, remonté comme un coucou suisse. Et sans compter ses pseudos secondaires. Un tel dynamisme pose question, êtes-vous payé ? Chaque fois qu’un article parle de sauver la planète, vous rappliquez pour crier au « complot du lobbying bio ». Et si c’était juste des personnes douées de bon sens, qui souhaitent que leurs enfants héritent d’un écosystème riche et diversifié ? C’est une question rhétorique, vous êtes ancré dans votre paranoïa comme une moule à son rocher.

Pierre-Michel Périnaud : « Il y a quelques années, je n’aurais pas adhéré à un tel appel, et j’aurais opposé une méthode plus pragmatique consistant à examiner les produits un par un. Mais ce que l’on constate, c’est que ce système d’évaluation, promu et imposé par l’industrie, et qui raisonne substance active par substance active, ne permet pas d’évaluer les risques réels. Il faudrait un demi-siècle pour réformer ce système, qui ne contrôle plus rien. Poser d’emblée la sortie des pesticides de synthèse permet de se placer dans un autre cadre d’action. »

* LE MONDE du 12 septembre 2018, « Nous voulons des coquelicots » : l’appel contre les pesticides lancé dans « Charlie Hebdo 

Bertrand Piccard croit au miracle technologique

Bertrand Piccard, c’est ce type qui croit que son avion « Solar Impulse », capable tout juste de porter une personne pas trop grosse, va révolutionner le transport aérien ! Le mardi 28 août il déroulait son fantasmes lors de l’université d’été du Medef, concilier profit et écologie. Un message « patron compatible » : pour parler à l’adversaire, il est nécessaire d’adopter son langage, assure-t-il. Sa fondation se fixe un objectif : labelliser 1 000 innovations écologiques et rentables. LE MONDE croit bon de lui consacrer un article*.

S’il pense aux énergies renouvelables ou aux transports électriques, il n’a pas la moindre pensée pour la seule énergie durable, celle qu’on ne consomme pas. Il prend comme exemple de réussite Solar Impulse : « Aucun constructeur d’avion n’y croyait. Aujourd’hui, tous les constructeurs aéronautiques réfléchissent à l’aviation électrique. Tous ceux qui se sont moqués de moi il y a quinze ans travaillent dessus. » Comme d’habitude on remet aux lendemains qui chantent le soin de découvrir que l’avion électrique ce sera l’idéal… ou le fiasco. Ce genre de personnage sur-médiatisé nous font vivre dans le rêve, Bertrand Pïccard est à l’avion ce que Elon Musk est à la bagnole. Pour ces techno-croyants, il est inconcevable d’envisager que la transition énergétique « moderne » consiste à piller toujours plus de ressources minières, et qu’elles sont en voie de disparition. Piccard résout facilement le problème : « La pollution créée par ces mines est localisée, et doit être surveillée. J’aime mieux quelques mines de cobalt de plus que quelques degrés de plus dans l’atmosphère. » Comme les patrons sont selon Piccard des incapables d’innover par eux-mêmes, il faut que l’État crée de toute urgence des lois « modernes » qui poussent à l’utilisation de ces technologies propres… Comme si la motivation par le profit n’était pas le nerf de la guerre dans notre système !

Piccard veut profiter de sa notoriété pour « montrer que les technologies propres peuvent faire des choses que l’on croit impossible ». Nicolas Hulot a déjà montré que vouloir rendre possible l’impossible se révèle tout à fait impossible même quand on est au gouvernement et ministre d’État ! Par leur optimisme sans preuve et leur discours hors sol, Piccard et consorts empêchent que notre société aborde de front la véritable transition énergétique qui peut se résumer ainsi : réduire nos besoins, recycler, relocaliser, mais aussi démondialiser, désurbaniser, dévoiturer, mais aussi miser sur les technologies douces adaptées aux hommes et à la planète, ce qui exclut toute technique complexe et gourmande en énergie.

* LE MONDE « imaginer demain » du 7 septembre 2018, Bertrand Piccard : « Il existe des solutions environnementales rentables »

Incontestable, le vélo va bien plus vite que l’auto

Ivan Illich le démontrait déjà en 1973 pour les Américains, les calculs de Jean-Pierre Dupuy ont confirmé en 1975 pour la France que le vélo va bien plus vite que l’auto. Leur raisonnement :

Ivan Illich : L’Américain moyen dépense 1600 heures chaque année pour parcourir 10 000 kilomètres ; cela représente à peine six kilomètres à l’heure. Car qu’on soit dans sa voiture en marche ou à l’arrêt, qu’on travaille pour payer le premier versement des traites ou l’essence, les péages, l’assurance, les impôts et les contraventions, l’Américain donne quatre heures chaque jour à sa voiture, qu’il l’utilise ou qu’il gagne les moyens de le faire. Passé un seuil critique, l’industrie du transport fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner. Ce seuil franchi, le transport fait de l’homme un éternel absent toujours éloigné de son lieu de destination, incapable de l’atteindre par ses propres moyens. Aujourd’hui les gens travaillent une bonne partie de la journée seulement pour gagner l’argent nécessaire pour aller travailler. Depuis deux générations (ndlr, nous sommes en 1973), la durée du trajet entre le logement et le lieu de travail dans les pays industrialisés a augmenté plus vite que n’a diminué, pour la même période, la durée de la journée de travail. L’utilité marginale d’un accroissement de la vitesse de quelques-uns est acquise au prix de la désutilité marginale croissante de cette accélération pour la majorité. En d’autres termes, chaque privilégié se transforme en voleur qui dérobe le temps d’autrui et dépouille la masse de la société. Dans un pays dépourvu d’industrie de la circulation, les gens atteignent la même vitesse, mais ils vont où ils veulent à pied, en y consacrant non plus 28 %, mais seulement de 3 à 8 % du budget temps social. *

Jean-Pierre Dupuy : Nous avons calculé la vitesse généralisée de l’automobile. Loin d’être un instrument de gain de temps, l’automobile apparaît comme un monstre chronophage. On estime toutes les dépenses annuelles liées à la possession et à l’usage d’une automobile : amortissement des frais d’acquisition, frais fixes payables annuellement, dépenses courantes d’utilisation… Ces dépenses sont converties en temps, en les divisant par le revenu horaire. On l’additionne au temps passé effectivement à se déplacer. Le temps global ainsi obtenu, mis en rapport avec le kilométrage annuel parcouru, permet d’obtenir la vitesse généralisée recherchée. Extrait d’un tableau comparatif de différentes catégories professionnelles : en 1967, la vitesse généralisée d’un ouvrier spécialisé est de 13 km/h en bicyclette, 10 en Citroën 2CV, 8 en Simca 1301 et 6 en Citroën DS 21. Plus un engin permet d’atteindre une vitesse effective de déplacement élevée, plus sa vitesse généralisée est faible. Le temps social que nous mange l’automobile est de l’ordre de trois à plus de quatre heures par jour.

Il y a deux sortes de temps, le temps-tribut et le temps-épanouissement. Le temps-tribut est celui que l’on consacre à des activités intermédiaires dont le seul avantage est de procurer des ressources matérielles. Pour un calcul économique rationnel, il doit être le plus faible possible à qualité du temps-épanouissement donné. Une heure de travail ou de déplacement représente un temps-tribut. Une structuration de l’espace-temps social qui induit une activité occupant trois à quatre heures par jour pour la seule automobile apparaît comme scandaleuse, absurde. Dans l’hypothèse où nous aurions à nous déplacer à bicyclette dans l’espace-temps actuel, l’absurdité de la situation éclaterait si vivement que cette situation ne pourrait être tolérée alors que la situation présente nous paraît « rationnelle ». La structuration de notre espace-temps social nécessite pour y vivre cette prothèse qui constitue l’institution « transport ». Ceux qui n’ont pas les moyens de se payer cette prothèse (l’automobile) sont les dindons de la farce. Les moyens ont une influence sur les besoins. La recherche du temps gagné par automobile ressemble étrangement au remplissage du tonneau des Danaïdes.**

* « Énergie et équité » d’Ivan Illich (texte initialement publiée en mai 1973 par LE MONDE, mai 2018 pour la présente version, Arthaud poche pour 5,90 euros)

** en annexe du livre précédent

Rachel Panckhurst, vivre avec un portable à l’école…

« Je n’approuve pas l’interdiction du téléphone portable dans les écoles et collèges français que le ministre de l’éducation nationale a fait adopter par l’Assemblée nationale (pour la rentrée 2018). »* Rachel Panckhurst mène des travaux mêlant linguistique et informatique et croit indispensable l’usage du portable. Comme beaucoup de mandarins es faculté, elle surfe dans le sens du courant dominant. A l’époque de la généralisation du téléphone fixe dans tous les lieux et demeures, nous n’avions pas besoin de la concurrence entre réseaux téléphoniques différenciés, à plus forte raison pour faire de la linguistique ! Voici l’argumentation de Rachel et notre réponse biosphèrique :

Rachel Panckhurst : « Le mobile est un des outils préférés des jeunes. En l’acceptant en salle de classe, on pourrait privilégier ainsi son utilisation pédagogique encadrée. »

Biosphere : Rachel veut-elle ignorer que le mobile n’est pas un besoin des jeunes, mais une manie nouvelle imposée par un matraquage publicitaire. Celui-ci joue sur les déterminants de base dans notre société marchande : imitation et ostentation. On achète le téléphone que possède le copain ou on veut le dernier modèle pour être à l’avant-garde. L’enfant est devenu un produit marketing. Quand à encadrer yen activité ou les élèves pianotent sur leurs touches, les mains cachés sous le bureau…

Rachel Panckhurst : « Catherine, professeure en histoire-géographie, m’a confiée qu’elle permettait aux élèves, lors de sorties pédagogiques, d’effectuer sur le portable des captations du discours oral de l’intervenant ».

Biosphere : Bénédicte, professeure de français, m’a confié que lors d’une réunion à l’extérieur, certains élèves enregistraient les propos du conférencier, le visage tourné vers d’autres horizons, sans jamais écouté ce qui était dit au moment présent…

Rachel Panckhurst : « Pour notre recherche liant linguistique et informatique, nous avons pu, grâce à l’utilisation de téléphones portables, recueillir plus de 88 000 SMS auprès du grand public. »

Biosphere : Le sigle SMS veut dire « Short Message Service », bravo pour la linguistique française ! Il s’agit de « texto », en fait un « minimessage » qu’on improvise au fil de l’inspiration, type « t’es où ? ». Adieu l’ortograf, Rachel préfère le LOL, nous préférons un raisonnement sur la complexité du langage avec beaucoup plus de caractères que le twit.

Rachel Panckhurst : « Au vu des réponses de l’un de nos questionnaires sociolinguistiques, des collégiens à partir de l’âge de 11 ans ont bel et bien participé à notre enquête et notre collecte. Ils sont donc, au même titre que d’autres, acteurs de cette évolution linguistique. »

Biosphere : Si à onze ans on peut éclairer les connaissances d’un prof de faculté, nous n’avons plus besoin de professeure de faculté !

Rachel Panckhurst : « Le téléphone portable en lui-même est souvent accusé de tous les maux. Cependant, il existe des expérimentations pédagogiques, menées depuis fort longtemps, qui sont concluantes (à en témoigner par la lecture des réponses enthousiastes d’étudiants ayant rempli des questionnaires d’évaluation). »

Biosphere : Une société où on écoute les usagers conditionnés et manipulés qui s’enthousiasment pour la téléphone sans fil n’est plus une société composée de gensi libres et autonomes. On en arrive même aujourd’hui à conseiller aux gens de se « déconnecter » pour retrouver la joie de vivre réellement et non par écran interposé !

Rachel Panckhurst :« Si l’école est insuffisamment équipée en moyens informatiques, le smartphone pourrait prendre le relais. Une intégration judicieuse du smartphone dans le système scolaire permettrait des usages plus nombreux ou plus fréquents, comme ne pas avoir à se rendre en salle informatique pour réaliser certains travaux ou certaines consultations. On réaliserait une économie substantielle de moyens pour l’école tout en multipliant les possibilités d’accès à des ressources numériques. »

Biosphere : Rachel n’a pas encore compris que l’objectif final d’une société « tout informatique » est de se passer de presque tous les travailleurs, y compris les mandarins de faculté, les plus inutiles parmi toutes nos professions. Mais on offrira à Rachel au chômage un revenu inconditionnel à la Hamon…

* LE MONDE du 7 août 2018, Rachel Panckhurst : « Le téléphone portable a toute sa place en classe »

Vivre déconnecté pour se connecter au monde réel (2/6)

Vivre déconnecté ! C’est la série en six épisodes que propose LE MONDE. Voici quelques extraits de la pensée de Marianne Durano* :

– En réalité, nous ne vivons pas dans un monde avec des écrans, avec des téléphones portables, avec des compteurs connectés – nous vivons dans le monde des écrans, des téléphones portables, des compteurs connectés. Ce ne sont pas des gadgets auxquels nous pouvons aisément renoncer. Le mythe de la liberté du consommateur – individu rationnel et autonome derrière son caddie – n’est qu’un argument publicitaire.

– C’est l’offre qui crée la demande et s’aliène un public captif : allez offrir des cubes en bois à votre fils, après lui avoir présenté le robot i-Que, capable de répondre à toutes ses questions en se connectant au smartphone de papa ! Qui peut tolérer que son enfant soit banni des cours de récré parce qu’il n’a pas le dernier gadget connecté à la mode ?

– La technologie s’immisce un peu plus dans les moindres détails de notre intimité. Rien, sinon que nous nous préparons à vivre dans un monde où l’on ne peut plus aller aux toilettes sans y rencontrer une entreprise high-tech.L’exemple n’est pas gratuit. La société française LittleCorner propose à ses clients l’installation d’écrans publicitaires dans les WC d’établissements publics – restaurants, salles de spectacles, centres commerciaux. Leur slogan pourrait être celui de tout objet connecté : « Soyez là où tout le monde va seul ».

– Dans un monde où ce ne sont pas les hommes, mais les objets, qui sont connectés, déconnexion rime souvent avec exclusion. Parce que la technologie n’est pas neutre, elle structure un quotidien auquel il devient de plus en plus difficile d’échapper. Trouver un travail, voir ses amis ou connaître les horaires de la SNCF devient vite impossible sans smartphone. Comment peut-on encore prétendre que nous sommes libres d’utiliser les outils mis au point par la Silicon Valley ? Comment peut-on encore affirmer que la technique accroît nos possibilités sans diminuer notre autonomie ?

– Nous voulons créer du lien, mais pas avec Mark Zuckerberg et ses amis transhumanistes. C’est un comble que l’écran – c’est-à-dire, étymologiquement, l’obstacle – soit devenu la principale médiation entre les êtres humains et l’accès privilégié à notre environnement. Nous ne souhaitons pas la déconnexion. Au contraire, nous désirons plus de connexion : une connexion sans intermédiaire technologique, un lien immédiat avec ce – et ceux – qui nous entoure(nt).

* LE MONDE du 7 août 2018, Marianne Durano : « Se déconnecter, ce n’est pas vivre en dehors du temps, c’est prendre le temps de vivre »

Vivre déconnecté pour se connecter au monde réel (1/6)

Vivre déconnecté ! C’est la série en six épisodes que propose LE MONDE. Voici quelques extraits de la pensée de Sylvain Tesson* :

– Une carte d’un monde de 8 milliards d’êtres humains mobiles et connectés se dessine. La majorité des hommes vivra dans des villes-mondes où personne ne s’occupera de savoir d’où viennent les choses qu’il mange ni les êtres qu’il côtoie. Cette redistribution de l’homme à la surface du globe est peut-être appréciable, mais nous sommes quelques-uns à la goûter fort peu.

– Le plus immonde dans le dispositif, c’est que la machine commence à nous influencer, nous contrôler, nous requérir. La vie urbaine est un défilé du 14-Juillet permanent, en rang, au pas, sous l’œil de l’adjudant et au son du tambour. Je ne vois pas pourquoi je mettrais dans ma poche un petit dictateur à puce de silicium qui m’intimerait de répondre, me sonnerait en valet, me dicterait où aller, que faire, quoi lire, comment me conformer, comment m’exprimer dans des limites « appropriées » et qui signalerait à une communauté virtuelle tout écart dont je serais coupable.

– Les démiurges de l’intelligence artificielle le croient. Ils croient nous entraîner vers une aventure enthousiasmante, un monde nouveau. Ils se voient en Christophe Colomb. Ils rêvent de nous augmenter. Mais qu’ils nous laissent nous déployer d’abord ! Les uns comme les autres, en ne vivant pas au soleil, en ne se contentant pas de la nature (sous leurs yeux déployée, sous leurs pieds saccagée), ne savent pas ce qu’ils perdent ! Car le soleil, notre dieu, est une réalité qui n’a pas besoin d’être augmentée.

– Bref, connexion absolue ! L’ivresse, les souvenirs, l’imagination, la poésie, l’amour : c’est cela le wi-fi ! Éteignez tout et le monde s’allume.Voilà la griserie : des heures volées à la soumission et au brouhaha. Pour cela, la recette existe : le moindre chemin qui s’enfonce dans un bois, la moindre galerie entre les parois d’une bibliothèque, suivez-les !

* LE MONDE du 5-6 août 2018, Sylvain Tesson : « Éteignez tout et le monde s’allume ! »

Un futur pollué et sans masque de protection

Dans un avis récemment rendu, l’Anses estime que les données sont insuffisantes pour attester un quelconque bénéfice des masques dits antipollution. La pollution de l’air se caractérise en effet par un mélange complexe de particules et de gaz, comme les très toxiques oxydes d’azote émis par les véhicules diesel. Ces masques ne protègent donc pas contre les nombreuses substances présentes dans l’air à l’état gazeux. Un masque pourrait même donner un « faux sentiment de protection » chez l’utilisateur. Au final, l’Anses recommande aux pouvoirs publics d’encourager le port du masque mais d’agir en priorité à la source en réduisant les émissions de polluants, responsables chaque année de 48 000 morts prématurées en France. (LE MONDE du 19 juillet 2018, Pollution : les masques donnent un « faux sentiment de protection »)

Notre insouciance socio-économique, alimentée par les chimistes des multinationales, multiplie continuellement les sources de pollution. C’est là le signe de l’impuissance du complexe marchand à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.

Un futur sans robots, trop beau pour être vrai

Pour Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI : « A l’avenir, deux scénarios sont possibles. Dans le premier, les robots seront possédés par un petit nombre de personnes, et beaucoup d’autres personnes seront au chômage. Dans le second, tout le monde possédera un robot et pourra en profiter pour travailler moins. En gros, l’enfer ou le paradis. Ce deuxième cas de figure exige que l’on évite la concentration des droits de propriété entre les mains d’un petit nombre, afin que le progrès technique profite à tous. » (LE MONDE économie du 10 juillet 2018, « Les élites ont trop fait confiance au capitalisme »)

Quand on est une tête d’œuf, voir uniquement un univers rempli de robots à l’heure de la descente énergétique qui s’amorce, c’est le signe de l’impuissance de nos élites à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.

Quel monde voulons-nous pour demain, transhumaniste ?

Les États généraux de la bioéthique sont ouverts avec cette question : « Quel monde voulons-nous pour demain ? » Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui les préside est un organisme « indépendant » composé d’un président nommé par le chef de l’État, lequel nomme également 5 des 39 autres membres, 19 étant choisis par les ministres et les présidents d’assemblée et de grands corps d’État, les 15 derniers par leurs pairs dans le secteur de la recherche. Une large majorité est donc redevable au pouvoir en place, et nombre d’entre eux sont déjà acquis à la cause des lobbys. La consultation en cours n’est donc qu’un vaste trompe-l’œil et ce CCNE n’a rien d’éthique : fortement politisé, il n’obéit à aucune charte éthique claire. Sa constitution laisse déjà présager des conclusions de ses travaux.

On consacre le fait qu’il y aurait un « sens de l’histoire », qui ne peut qu’accompagner la libéralisation progressive des règles freinant le marché de la reproduction et de l’artificialisation de l’homme. Comme l’écrivait récemment le mathématicien Cédric Villani, chargé par le gouvernement d’une mission sur l’intelligence artificielle (IA) : « Il faut tout d’abord une initiation aux bases et à l’esprit de l’algorithmique et de la robotique dès le plus jeune âge. Si on ne rassure pas la population, on ne pourra pas avancer. Cela passe par la mise en place de comités d’éthique, qui pourront édicter des règles de bonne conduite. » On aura remarqué que la quasi-totalité des thèmes abordés ont trait au transhumanisme, cet ultime avatar du capitalisme et sa sortie de secours avant l’inéluctable effondrement : derrière le marché juteux de la reproduction artificielle de l’humain (procréation médicalement assistée, diagnostic préimplantatoire, contrats de location d’utérus, recherche embryonnaire, génétique et génomique), il sera aussi question d’intelligence artificielle, de robotique, de big data et de contrôle des comportements par les neurosciences. Le site officiel des États généraux nous suggère que l’IA implantée dans des robots permettra de pallier le manque de médecins dans les déserts médicaux, voire de prendre en charge les aînés dont plus personne ne souhaite s’occuper, comme c’est déjà le cas au Japon. Avant sans doute l’hybridation avec le cerveau humain sur laquelle travaillent les transhumanistes, pour compenser le déclin des capacités intellectuelles mesuré ces dernières années, déclin dont les pollutions chimiques, l’abrutissement par le monde virtuel et les prothèses technologiques sont, entre autres, la cause. La technocratie, cette classe toute-puissante qui concentre désormais le pouvoir, le savoir et l’avoir, a intégré la leçon des sociologues de l’acceptabilité : « Faire participer, c’est faire accepter. » On y fera accepter le bébé à la carte, la FIV à trois parents, le clonage thérapeutique, l’utérus artificiel et ce qui en découlera : la formation d’un embryon à partir des chromosomes de deux femmes ou deux hommes, voire l’autoreproduction, à la demande des sujets postmodernes autoconstruits : « Parce que j’y ai droit, parce que c’est mon choix » ! Et l’on voit apparaître les concepts de « stérilité sociétale » ou d’« infertilité sociale » pour légitimer le « droit à l’enfant » et en appeler à la technologie afin de s’affranchir d’une nature humaine dénoncée comme arbitraire et inégalitaire. Les avancées de la prédiction génomique – déjà effective sur le bétail et les plantes grâce au big data – permettra d’étendre le diagnostic préimplantatoire à un ensemble de critères (taille, couleur des yeux, des cheveux, performances diverses…) qui n’ont plus rien à voir avec des maladies. On prépare des générations d’humains qui, pour la première fois, ne seront plus le fruit du hasard, mais celui d’une sélection d’embryons optimisée en salle blanche. Bienvenue à Gattaca…

On se rappellera que l’eugénisme, avant que le nazisme n’en ternisse l’image, était un projet partagé par presque tous les progressistes au début du XXe siècle (la social-démocratie suédoise, par exemple, en fut une pionnière, ne l’abandonnant que dans les années 1970). Peut-on fonder une société humaine décente sur la transgression perpétuelle par la technique des limites biologiques et sociales afin de satisfaire des désirs particuliers ? Nous, simples humains qui souhaitons le rester, dénonçons la mascarade de ce débat qui consacre l’artificialisation du vivant. Nous refusons la marchandisation et la robotisation des corps et voulons naître, vivre, aimer, nous reproduire et mourir décemment, sans être incarcérés dans des dispositifs d’assistance mécanique. On ne nous trouvera ni dans les défilés des techno-progressistes des lobbys LGBT, ni avec les catho réactionnaires de Civitas et consorts. Nous refusons l’accroissement indéfini de notre dépendance à des innovations qui nous privent de notre plus élémentaire liberté. Nous voulons stopper la dévastation du monde plutôt qu’adapter notre corps à un milieu saccagé.

Les Chimpanzés du futur gascons

chimpanzesgascons@riseup.net

NB : Kevin Warwick, cyborg transhumaniste : « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »

Lire l‘intégralité du texte : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1023

Il n’y a pas que le nucléaire pour nous empoisonner

« Tchernobyl au Antilles ». C’est un titre incisif du MONDE* pour un article dévastateur : « La contamination des Antilles françaises pour sept cents ans par le chlordécone est la conséquence logique du produit agro-industriel : les plantations de banane sont composées de clones à l’infini. L’homogénéité génétique fournit un terrain d’expérimentation extraordinaire pour les pathogènes. Tout le travail dans la plantation est organisé autour de la manipulation de substances chimiques : désinfecter les rhizomes avant de les planter, désinfecter les outils, appliquer fongicides, herbicides et insecticides. Un travail de Sisyphe chimique. L’historien américain John Soluri décrit très bien dans Banana Cultures la course sans fin, et perdue d’avance, entre les traitements chimiques et le charançon du bananier ou nématodes. L’évolution naturelle finit toujours par triompher de l’innovation mortifère des firmes agrochimiques. S’étonner rétrospectivement des conséquences sanitaires d’une molécule bloquant les influx nerveux et issue de la recherche militaire paraît quelque peu hypocrite. En apprenant à tuer les humains de manière efficace, les militaires ont appris à tuer le vivant en général. Les Antilles françaises sont dans une situation semblable à celle de l’Ukraine et de la Biélorussie d’après Tchernobyl, où les experts internationaux de la radioactivité ont appris à la population à vivre la catastrophe sur le mode de la normalité ; les Antilles françaises sont contaminées à l’échelle du demi-millénaire… »

Nous connaissions par avance cette aventure toxique depuis 1962. Il faut cultiver le souvenir de Rachel Carson. Voici sur notre blog des articles antérieurs sur cette Cassandre :

11 juillet 2010 inoubliable Rachel Carson

Rachel Carson est incontournable. En 1962, lorsque son livre Printemps silencieux est paru, le mot « environnement » n’existait pas dans le vocabulaire des politiques publiques. Ce livre contre les pesticides est arrivé comme un cri dans un désert, mais il a changé le cours de l’histoire. Le diagnostic de Rachel était imparable : « Nous avons à résoudre un problème de coexistence avec les autres créatures peuplant notre planète. Nous avons affaire à la vie, à des populations de créatures animées, qui possèdent leur individualité, leurs réactions, leur expansion et leur déclin. Nous ne pouvons espérer trouver un modus vivendi raisonnable avec les hordes d’insectes que si nous prenons en considération toutes ces forces vitales, et cherchons à les guider prudemment dans les directions qui nous sont favorables. La mode actuelle, celle des poisons, néglige totalement ces considérations fondamentales. Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue. Vouloir contrôler la nature est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal. »  (…)

21 octobre 2010 Monsanto et la prophétie de Rachel Carson

Aujourd’hui dans l’Arkansas**, les fermiers les plus modernes du monde doivent revenir à des outils d’un autre âge, la houe et la pelle, pour déloger l’amarante de Palmer qui envahit leurs champs. Il arrive que ses racines cassent des moissonneuses. La plante peut pousser de 5 centimètres par jour et atteindre deux mètres de haut, chaque femelle contient 250 000 graines. A bout de quinze ans d’usage intensif et exclusif du glyphosate (Roundup), une dizaine de « mauvaises » herbes sont devenues résistantes au produit, dont l’amarante de Palmer. Le mécanisme de la sélection naturelle a joué. La firme Monsanto perd le contrôle du monstre qu’elle a créé avec les transgéniques résistants aux insecticides, ses créatures de laboratoire font face à des mutants naturels. Mère nature n’en a fait qu’à sa tête ? Non, elle se défend comme elle peut contre la folie des humains, viol de la barrière des espèces, monoculture, empoisonnement des sols » ()

31 août 2012 Culture de la peur et extrémismes, Rachel Carson ?

Cinquante ans, 1962-2012, que Rachel Carson a publié son livre « Le printemps silencieux » : en résumé, l’usage du DDT tue les oiseaux, le silence règne sur les champs. En 1962, lorsque des extraits du livre de Rachel ont été publiés dans le New Yorker, un chœur bien orchestré a accusé Rachel d’être hystérique et extrémiste. Comme Rachel était une femme, l’essentiel de la critique qui lui fut adressée jouait sur les stéréotypes de son sexe. Même l’Association médicale américaine avait pris fait et cause pour les industries chimiques. La démarche des marchands et de leurs suppôts est toujours la même, que ce soit pour le tabac, pour les pesticides ou pour le réchauffement climatique, faire douter de la science pour mieux assurer le pouvoir des intérêts financiers (…)