sciences et techniques

jeûne technologique

Après huit jours à respecter scrupuleusement la « Semaine sans écran » pour essayer de montrer qu’on peut échapper à l’intoxication mentale actuelle du tout technologique, je n’ai qu’un mot à dire : dur, dur ! En effet mes proches n’ont pas été convaincu par mon abnégation, ils ont continué à téléphoner sur leur portable et à écouter la télévision !! 

Mais ma période de jeûne technologique est enfin terminée, je vais reprendre mes chroniques quasi-quotidiennes sur ce blog. 

A bientôt.

semaine sans écran

Du 20 au 26 avril se déroule la semaine sans écran ou encore « Semaine de la désintoxication mentale ». 

Créée par Adbusters, revue canadienne, cette campagne est relayée en France par le mouvement Casseurs de Pub. La démarche se veut préventive pour tenter de désintoxiquer des addictions à l’écran, informative pour alerter médias et citoyens sur la surconsommation d’écran. J’adhère complètement. 

Pourtant, si tu es en train de lire ces lignes, c’est que tu es penché sur ton écran. Désolé, pendant huit jours tu ne trouveras sur ce blog que ce message.  

Mais si tu veux me laisser un commentaire, libre à toi !

impuissance OGM

LeMonde du 17 avril annonce la couleur dès le titre : «  OGM : la hausse des rendements contestée ». Après vingt ans de recherches et treize  ans de commercialisation du soja et du maïs trangèniques, les fermiers américains qui ont recours à ces semences n’ont guère récolté davantage à l’acre ! Cette conclusion d’un rapport récent du MIT était déjà annoncé en 2006 par le ministère américain de l’agriculture qui ne constatait pas d’améliorations significatives des rendements. Quelques précisions complémentaires :

Alors que la tomate « flavour savor » est en 1994 le premier organisme génétiquement modifié, les variétés de soja représentaient déjà cinq ans plus tard 55 % des surfaces cultivées aux USA et celles de maïs 35 %. Cette expansion forcenée découle d’un a priori : comme l’humain a toujours manipulé le vivant, les techniques de manipulation génétique ne font que s’inscrire dans l’histoire des techniques de sélection et il n’y a donc pas lieu d’adopter un cadre réglementaire spécifique. Mais en réalité il ne s’agit pas d’améliorer une espèce, mais de créer une chimère à partir d’espèces différentes. De plus les gènes ne correspondent pas à une seule protéine et une seule fonction, ils ont un fonctionnement corrélé et complexe dont la place sur un chromosome peut influencer considérablement la variabilité de l’expression. Dès lors la modification génétique a des effets imprévisibles dont l’analyse est trop complexe pour qu’on lance dans la nature des objets de recherche inaboutis. La possibilité existe aussi d’une dissémination aux plantes sauvages ou même aux semences cultivées qui vont être contaminées : le bio et l’OGM ne peuvent durablement coexister. Autre menace, les OGM ne résistent sans doute que temporairement à des prédateurs qui, par sélection, deviendront résistants et encore plus pathogènes. Au-delà du nécessaire principe de précaution, il faut constater que les plantes trans-géniques ne sont pas nées de la demande des agriculteurs et des consommateurs, mais bien de l’offre imposée par les industriels de la semence.

Quel esprit raisonnable confierait son avenir aux fabricants d’agrotoxiques ?

Tx d’intérêt négatif

Le taux du livret A est ramené à son plus bas historique (LeMonde du 12-13 avril). Rappelons que le taux d’intérêt réel peut même devenir négatif si l’inflation est plus forte que la rémunération. Comme le dit le dessin humoristique de la page, « Tu vas voir…Ils vont nous expliquer qu’à cause de la déflation, on doit de l’argent à la banque ». Avec une rémunération de 1,75 % et une inflation de 2,75 %, le titulaire du livret A perdrait à peu près 1 % de a valeur de son placement. En fait nous somme dans une société qui a fumé la moquette, avec un petit antidépresseur pour faire passer. La plupart des mécanismes artificiels qui nous font vivre sont aberrants. Démonstration :

L’Ancien Testament interdisait le prêt à intérêt entre Hébreux et les Quatre évangiles indiquaient : « prêtez sans rien attendre en retour. » Au contraire les Calvinistes ont affirmé que l’argent  permettait de mettre en œuvre une production et les fruits de cette production sont donc dû au prêteur. Pourtant le prêteur qui réclame une indemnité ne sacrifie pas une jouissance présente pour une jouissance future puisqu’il ne peut prêter que l’argent qu’il a en trop ; l’épargne est toujours dans l’attente d’une consommation personnelle, sinon elle représente une liquidité superflue. De toute façon dans une société en expansion, c’est la banque qui fait crédit puisqu’elle peut créer de la monnaie sans dépôt préalable : l’investissement précède ainsi l’épargne et non l’inverse. Dans les faits, le prêteur se rémunère sur la rentabilité supplémentaire du capital investi, ce que l’idéologie libérale traduit ainsi : l’intérêt résulte de la productivité nette du capital. Mais ce qui importe pour l’écologiste, c’est que toute épargne transformée en investissement donne toujours plus de pouvoir aux humains sur la Biosphère, trop de pouvoir, au point de détruire le milieu qui nous fait vivre.

Conclusion : C’est le taux de croissance qui permet de rembourser l’argent emprunté. Arrêtez la croissance, vous supprimerez le taux d’intérêt.

l’emprise des écrans

3 heures et 8 minutes. C’est le temps moyen passé devant le petit écran de la télé dans 76 pays (LeMonde du 26 mars). Comment ne pas penser à la liquéfaction cérébrale induite par cette non activité. Mieux vaudrait lire La tyrannie technologique, critique de la société numérique, et particulièrement le chapitre « L’emprise des écrans » :

« Quand on regarde la télé ou un ordinateur, on constate une baisse de l’activité cérébrale. L’appareil nous met dans un état réceptif passif. La source lumineuse attire en effet l’œil et déclenche une adhésion immédiate, alors que la lecture nécessite une démarche, voire un effort,  relevant de la volonté. Comme le montrent les expériences, regarder un écran met en sommeil l’intellect, ramollit physiquement et – contrairement à ce que l’on pense communément -, ne repose pas du tout.  De plus l’échange direct, de visu, et la véritable rencontre se raréfient. Nous vivons de moins en moins dans le monde et de plus en plus dans ses représentations, nous vivons dans cette culture de l’illusion où règne la confusion entre le signe et ce qui est signifié. Cette réduction du réel à l’image abolit toute distance nécessaire à la compréhension des choses. D’ailleurs le neurophysiologiste Manfred Spitzer explique qu’un cerveau ne s’imprègne correctement des choses que s’il les découvre par le biais de plusieurs sens. Et, de ce point de vue, l’écran est bien pauvre en comparaison avec le monde réel. »

l’école sans ordinateur

L’établissement sera tout numérique. Le collège George-Charpak de Goussainville ne veut connaître que tableau interactif et stylet électronique (Lemonde du 18 mars). Il  paraît que cela motive les élèves, il est vrai que la génération de l’écran (télé + portable + ordinateur + jeux vidéo)  est allergique à la craie et au tableau noir ! De toute façon cela n’est pas durable si on en croit Yves Cochet :

« Certains observateurs du changement de paradigme ont cru déceler une transition en cours entre l’ancienne civilisation productiviste et une nouvelle civilisation rendue possible par les avancées de l’électronique. Ces nouvelles technologies sont les symptômes de la pensée et de l’action technoscientifique les plus conformes au modèle productiviste. Elles ne représentent aucune alternative matérielle, spirituelle, économique ou sociale, philosophique ou politique, au productivisme. Elles sont une simple évolution moderne de celui-ci. (…) L’ère des technologies informatiques à l’avenir bien fragile. Lorsque le baril sera à 300 dollars et le super à 5 euros le litre, quelles seront les conséquences sur la construction et la maintenance des satellites de communication, des relais de téléphonie mobile, des câbles sous-marins et des fibres optiques terrestres qui constituent l’infrastructure de notre Internet ? Fini. Terminé. Imaginez le monde sans mail et sans Web. » (In Antimanuel d’écologie d’Yves Cochet, Bréal 2009)

Imaginons une société sans école, le rêve d’Ivan Illich…

illusion de la liberté avec Pascal Bruckner

Pascal Bruckner a presque le même âge que moi. Mais il est titulaire d’une maîtrise de philosophie et d’un doctorat de Lettres, ce qui ne le prépare pas tellement à comprendre l’évolution du monde. Il essaye pourtant dans LeMonde du 28 février en écrivant que la voiture est en panne de libido. Cette analyse est source d’illusion dans cette expression répétée :

– sur la voiture : « avaler des kilomètres et ne dépendre de personne » ;

– sur les ordinateurs « qui répondent au double principe d’indépendance et de locomotion » ;

– sur les écrans ultraplats « nouveau paradigme qui fait basculer l’individu contemporain dans une ère inédite d’autosuffisance et de mobilité ».

Pascal Bruckner veut nous faire croire qu’une plus grande célérité dans l’espace s’obtient tout en préservant l’autonomie de l’individu. Il n’en est rien. L’automobile à pétrole (ou électrique) a besoin d’une énorme infrastructure pour pouvoir circuler, routes et autoroutes, points de ravitaillement en énergie… Les instruments électroniques (ordinateurs, écrans de tous types) ont besoin de l’infrastructure des réseaux électriques qui amènent  à l’appareil l’énergie sans laquelle ces gadgets ne serviraient rien. Il n’y pas d’autonomie possible avec une technologie hétéronome. Pascal a mal lu Ivan Illich.

Non seulement le marché agonise, mais tous ceux qui nous font croire que nous pourrions toujours aller impunément plus vite, plus loin, plus souvent et moins cher « en toute liberté » nous font prendre les vessies pour des lanternes…

vehiculo electrico

Dans le plan de relance espagnol, le seul chapitre clairement dédié au développement durable concerne l’aide à l’automobile à travers le plan VIVE (Vehiculo innovador vehiculo electrico). Il s’agit de promouvoir l’innovation pour une automobile propre, électrique, et fabriquée en Espagne (LeMonde du 20 février).

D’abord une automobile individuelle n’est jamais propre. Elle nécessite des infrastructures coûteuses en énergie et en destruction d’écosystèmes. Ensuite, elle utilise de l’électricité qui constitue en soi un gaspillage puisque c’est une énergie secondaire, produite par d’autres sources d’énergie. Que ce soit les centrales thermique (souvent au charbon) ou des centrales nucléaires, on ne peut pas dire que le bilan écologique final soit positif. Enfin le fait de fabriquer en Espagne est un argument de type nationaliste, ce qui voudrait dire, si on était logique, que les voitures espagnoles ne pourraient pas être exportées, ni les sources d’énergie importées. La voiture électrique n’est pas une solution de long terme, ni même de court terme. Elle est seulement le signe du raidissement de nos sociétés à vouloir maintenir le modèle de la voiture individuelle pour tous, un mode de vie absurde et non durable.

Comme dit le titre de l’article, « en Espagne, la fin du mirage écologique ». La Biosphère approuve.

du berceau au berceau

La convention régulant la fin de vie des navires émergera, au mieux, en 2015 (LeMonde du 1-2 février). Pour longtemps encore des navires de commerce contenant des produits toxiques seront désossés sur les plages du Bangladesh ou du Pakistan sans égards pour la santé des humains et l’intégrité de la planète. Des associations réclament la suppression du « beaching », c’est-à-dire du démantèlement sur les plages. Mais la gouvernance internationale aurait dû depuis longtemps imposer la procédure « Cradle to Cradle », du berceau au berceau.

            Il faut  revoir complètement notre manière de fabriquer les choses ; Tous nos téléviseurs et portables, tous nos objets de consommation devraient être composés de matériaux soit complètement réutilisables dans d’autres produits, soit biodégradables. Nous ne bouclons pas actuellement le cycle de vie du produit, depuis l’utilisation de ressources naturelles jusqu’au recyclage des déchets. Au lieu d’envoyer les objets à la décharge ou à l’incinérateur, il faut absolument les insérer dans des cycles clos, de manière à pouvoir les réutiliser sans fin. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on jette chaque année 2,25 millions de tonnes de moquettes. Il faudrait qu’elles puissent redevenir moquette… (Cf. La Terre perd la boule de Thomas Friedman p.89-90)

Pour la bonne santé de la Biosphère, tu peux même te poser la question de la réelle utilité d’une moquette, ce nid d’acariens. Le meilleur recyclage, c’est celui de l’objet que nous ne consommons pas. Ce n’est pas du tout le point de vue de Th.Friedman qui ne connaît pas la perversité de l’effet rebond : « Vous pourriez changer de moquette aussi souvent que vous le souhaitez, sans le moindre sentiment de culpabilité. »

impossible transparence

La multiplication des réseaux d’information transforme notre réalité en un magma informel en perpétuelle expansion ; il est donc difficile de savoir de qu’il faut savoir. Ainsi, dans l’éditorial du Monde du 14 janvier « Nucléaire responsable », on souligne les limites de la transparence. Sur le site de l’ASN (autorité de sûreté nucléaire), tout est dit, mais les énoncés techniques et abscons empêchent de s’y retrouver Ce n’est que grâce à la lecture attentive des militants du réseau « Sortir du nucléaire » qu’on peut relever l’essentiel : on ne peut pas faire confiance aux laboratoires d’EDF pour mesurer la radioactivité autour des centrales d’EDF. Trop d’informations tue l’information. Nous sommes submergés, entre la presse écrite et l’hypertexte qui permet d’être en contact direct avec la mémoire de tous, nous ne savons plus ce qui compte vraiment. Normalement les journalistes sont là pour nous rassurer. Ainsi Bruno Frappat aux Assises du journalisme en mai 2008 : « N’ayez pas peur ! Tant qu’il y aura des nouvelles, il faudra des gens pour faire le tri, hiérarchiser les événements, en jeter. Autrement dit pour penser l’actualité ; il faut parier sur le journalisme durable ».

Analysons l’événement qui mobilise une page entière du Monde du 14 janvier, « le chic électrique ». Le titre est engageant, la photo prometteuse, il y a un choix journalistique en faveur du Tesla Roadster, une voiture « 100 % propre », car tout électrique, et même sportive (démarrage foudroyant, vitesse de pointe à 200 km/h… Il faut lire attentivement l’article pour se rendre compte que le sous-titre « 100 % propre » devient 100 % « propre ». Notez l’astuce de l’emplacement des guillemets ! Alors, faudrait-il douter de la technologie verte du tout électrique ? Que nenni ! Jamais une interrogation dans cet article sur la provenance de l’électricité.  On parle géostratégie « guérir l’Amérique de son addiction au pétrole », on ne s’interroge jamais sur la part des centrales thermique dans la production d’électricité. Ce n’est pas faire du journalisme durable que de terminer en pontifiant : « Un jour, quand nous raconterons à nos petits-enfants que nous circulions dans des gros engins bruyants qui crachaient de la fumée toxique, ils auront du mal à nous croire. »

Nos petits-enfants auront à leur charge le réchauffement climatique, le traitement des déchets nucléaires et l’impossibilité de posséder un véhicule personnel. Ils auront du mal à croire que les médias d’aujourd’hui faisaient leur véritable travail d’(in)formation, ils auront du mal à croire à tant d’égoïsme de la part de la génération actuelle. Si tu lis ce blog, si tu  vas  sur mon site, tu deviendras peut-être un peu plus clairvoyant…

fuite en avant technologique

Notre système techno-scientifique, appuyé sur son relais médiatique, fait preuve d’un optimisme forcené. Selon l’en-tête du Monde (11-12 janvier 2009) « L’approvisionnement des futures centrales nucléaires semble assurée pour plusieurs décennies ». Il y aurait 5,5 millions de tonnes exploitables d’uranium pour une consommation annuelle de 70 000 tonnes. Calcul rapide de moyenne, il en reste pour « environ quatre-vingt ans », soit trois générations seulement. Mais si le parc des centrales double, croissance folle que souhaite Sarkozy et les tenants de la relance nucléaire : en 2050, il n’y aura plus d’uranium, comme il n’y aura plus de pétrole : ni radiateur électrique, ni chauffage au fuel, ni voiture hybride, ni voitures tout court. Toute ressource non renouvelable atteint ses limites géophysiques un jour ou l’autre, et 2050, c’est déjà demain. 

Comme d’habitude on envisage l’hypothèse technologique, l’espoir insensé de trouver autre chose : « Les millions de tonnes d’uranium emprisonnés dans les phosphates et les milliards de tonnes contenues dans l’eau des océans pourraient être exploitées ». « Pourraient… ». Mais « les obstacles techniques et financiers sont encore – à ce jour – insurmontables ». Donc attendons patiemment un autre jour ! Oublions que la technique nucléaire nous permet de prétendre à l’holocauste nucléaire et nous a apportés quelques bienfaits immédiats en nous permettant de consommer sans penser à nos générations futures …

Même page Planète du Monde, même démesure technologique : l’ensemencement en fer de l’océan. Hervé Kempf, mon journaliste préféré, nous définit parfaitement cette procédure de géo-ingénierie : « transformation forcée des mécanismes naturels à l’échelle de la planète ». Forcée, donc forcenée. Nous craignons à juste titre le réchauffement climatique ? Alors les techno-scientifiques envisagent de déposer des tonnes de fer dans la mer pour ensemencer le phytoplancton qui, en se multipliant, pourrait capturer le carbone excédentaire. « Pourrait » ! Mais les effets secondaires ne sont pas encore maîtrisés. On ne sait pas encore faire, mais on fait quand même : le navire Polarstern est parti  déposer ses 20 tonnes de fer sur 300 km2 d’océan en bravant l’accord d’interdiction passé par la communauté internationale !

Le plus grave dans ces deux histoires, le trait commun de notre folie humaine, c’est que l’espoir de trouver la technologie qui sauve nous empêche de résoudre dès aujourd’hui nos problèmes énergétiques. Les privilégiés de la classe globale, celle qui se permet indûment de posséder un véhicule personnel, font confiance à nos apprentis sorciers pour ne pas remettre en question leur mode de vie. Cela n’est pas durable… 

l’automobile en péril

            Nous sommes tel que notre groupe d’appartenance nous fabrique. Jean Lamy, président du comité de liaison des fournisseurs de l’automobile, est affirmatif : « Si l’on tarde trop, la filière automobile risque de disparaître ». Il réclame des mesures exceptionnelles appuyées par le gouvernement, à savoir des prêts à taux raisonnable, un rééchelonnement des dettes, un moratoire sur le paiement des charges sociales et des impôts. Il pratique le chantage à l’emploi. (LeMonde du 28-29 décembre 2008)

             Il est vrai qu’en rythme annuel, les ventes de voitures en Europe s’établissent actuellement à moins de 11 millions, contre 17 millions en 2007. Aux Etats-Unis, General Motors, Ford et Chrysler sont menacées de disparition. Il est vrai aussi que près de 70 % des voitures sont achetées à crédit en Europe, et beaucoup plus aux Etats-Unis. Lorsqu’il devient plus difficile d’emprunter, le marché s’effondre. Dans un contexte de production mondialisée, la crise de surproduction éclate aujourd’hui comme une évidence qu’on en voulait pas voir. Tout indique que le système du tout-automobile est à bout de souffle, un nouveau modèle économique pour une mobilité durable est à inventer. Mais on en connaît déjà les caractéristiques : rapprochement entre domicile et lieu de travail, marche, bicyclette et transports en commun plutôt que voiture individuelle, rapports de proximité valorisés plutôt que tourisme dans les îles.

Le slogan actuel « Plus vite, plus souvent, plus loin et moins cher » va céder la place à son inverse : moins vite, moins souvent, moins loin et beaucoup plus cher.

techniques douces contre techniques dures

Obama parie sur l’économie verte et remet la science (de l’environnement) au sommet de l’agenda (Le Monde du 23 décembre). Je trouve d’une totale ambiguïté le concept de technologies vertes adopté par l’éditorial. Car qu’est-ce qui est « vert » et que peut-on dire de la technoscience ? Le débat dans les années 1970 sur l’opposition entre techniques dures et  techniques douces, nous offre des pistes de réflexion.

Dans le numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte (juillet 1973), Ivan Illich, de passage à Paris pour son dernier livre La convivialité, avait développé ses thèmes de prédilection, dont le rôle de l’outil, convivial ou non : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied ».

 Dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces :  

Société à technologies dures Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 La technologie utilisée doit être douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Sinon on  se retrouve devant des remèdes controversés, comme l’ingénierie du climat destiné à refroidir la Terre (cf. http://abonnes.lemonde.fr/archives/article/2008/12/22/l-ingenierie-du-climat-un-remede-controverse_1134027_0.html). Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture (technique dure).

Kaczynski sans portable

Certains frémiront peut-être à l’idée que le portable comble les interstices de la vie sur un mode obsessionnel. Exit les ultimes espaces de solitude d’où peuvent émerger une rencontre avec soi-même, la construction d’une réflexion ou simplement d’une attente (cf. chronique du 14-15 décembre sur le portable). Mais ce n’est pas « peut-être », c’est certain ! Il faut frémir de la généralisation mondiale du portable. En France, 79 % des personnes de plus de 12 ans sont déjà équipés, la quasi-totalité des jeunes générations. Dans les transports collectifs, on subit les conversations lointaines au plus près de nos oreilles. Il n’y a pas une réunion qui ne soit interrompue par la sonnerie stridente d’un portable. Même les randonneurs ne peuvent plus se passer du coup de fil qui n’a aucune importance. Et quand un élève dans une classe a les mains sous la table, ce n’est pas pour se tripoter, c’est pour jouer électroniquement avec lui-même ou passer un sms. Obsession rime avec addiction, un jeune sans portable se trouve démuni à ne plus savoir quoi faire de ses dix doigts ; il faut d’ailleurs remarquer que l’usage du portable est un bon entraînement pour le pouce qui relègue tout le reste du corps à un simple poids mort.

Abandonnons le portable et lisons de toute urgence le livre que tout le monde attendait, L’effondrement du système technologique de Theodore Kaczynski, alias Unabomber : « Je m’étais fixé comme objectif de parvenir à une autonomie complète (…) En vivant au contact de la nature, on découvre que le bonheur ne consiste pas à chercher toujours plus de plaisir. Il réside dans le calme. Une fois que vous avez apprécié le calme suffisamment longtemps, vous développez vraiment à la seule évocation de plaisirs excessifs un sentiment de rejet (…) L’ennui est quasiment inexistant dès lors que vous êtes adaptés à la vie dans les bois. Vous pouvez parfois rester assis pendant des heures à ne rien faire, à écouter  les oiseaux,  le vent ou le silence, à observer les ombres qui se déplacent avec la course du soleil. Et vous ne connaissez pas l’ennui. Vous êtes seulement en paix (…) Je reste debout pendant quelques minutes à admirer la neige d’une blancheur immaculée et les rayons de soleil filtrant au travers des pins. Je laisse entrer en moi le silence et la solitude (…) Mes plus beaux souvenirs ? Les ragoûts d’automne faits de viande de cerf avec des pommes de terre et des légumes de mon jardin. Ces moments où je restais assis ou allongé à ne rien faire, sans même réfléchir, baignant seulement dans la sérénité (…) La chose la plus pénible de ma vie ? La pire  chose que j’ai connue au cours de ma vie dans les bois fut l’envahissement progressif de la nature par la civilisation moderne ».

 NB : les droits d’auteur de ce livre seront offerts à la Croix-rouge, l’auteur est le prisonnier le plus célèbre des Etats-Unis.

esclavage électrifié

Cinquante ans seulement, le jour où symboliquement le monde dit civilisé a basculé du tout mécanique au tout électrique. L’édition du 7-8 décembre de mon quotidien préféré relate ce qui se faisait il y a cinquante ans. Auparavant le fonctionnement d’une montre reposait sur une source d’énergie fournie par la détente d’un ressort qu’on était régulièrement obligé de remonter manuellement. En 1958, pour la première fois en Europe, l’entreprise Lip a commencé à  fabriquer une montre dont l’énergie était fournie par l’électricité. L’article de l’époque précisait qu’il suffisait de mettre les piles hors circuit quand on n’avait pas besoin de connaître l’heure. Aujourd’hui l’électricité fonctionne 24 heures sur 24 dans tous les secteurs de nos activités, pour donner l’heure et programmer nos existences, pour accompagner nos chaudières au gaz, pour animer les balances des commerçants, pour allumer les différents écrans qui conditionnent une grande partie de notre vie. Mais plus personne ou presque n’a conscience du gigantesque système technique à l’œuvre dans la vie quotidienne pour alimenter nos activités. La minuscule prise de courant sur laquelle brancher la télé et recharger les batteries est reliée à des transformateurs, des lignes haute tension et tout au bout en France le plus souvent une centrale atomique.

Toutes les avancées techniques facilitées par le tout électrique ont créé un monde dans lequel le destin de l’homme moyen n’est plus entre ses propres mains ou entre les mains de ses voisins et amis, mais dans celles du système techno-scientifique et de ses centrales électriques. Les politiciens, les cadres et les bureaucrates sont au service de cette mégamachine sur laquelle aucun individu ne peut plus avoir une quelconque influence. Le citoyen est dépossédé aussi bien de son savoir-faire que de son savoir-être par la machinerie électrique. Disparition de métiers, impossibilité de communiquer sans machines, vision utilitariste du monde, filature incessante des individus avec les caméras de surveillance, les puces de détection et même la biométrie ; l’avenir s’assombrit. Le jour où on a cessé de remonter manuellement les montres, ce jour-là nous sommes devenus les esclaves de la société thermo-industrielle pour le meilleur et pour le pire.

C’est pourquoi 58 % des 742 experts interrogés par l’institut américain Pew  imaginait que, d’ici à 2020, des groupes de Refuznik hostiles à la technologie apparaîtront et pourront avoir recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement du tout électr(on)ique. D’autres pensent que les ruptures d’approvisionnement en électricité qu’il faut bien fabriquer (raréfaction géologique du pétrole, du charbon, de l’uranium) seront les signes de l’effondrement de nos sociétés trop complexes sans même qu’il soit besoin d’agir contre la mégamachine…

terrorisme nordique

Il y a un terrorisme présumé et un terrorisme réel. Selon un chercheur à l’IDDRI, « le problème essentiel est que les pays qui sont responsables du changement climatique, les pays du Nord, en subiront le moins les effets : ils seront surtout subis par les pays du Sud ». Ce n’est qu’un aspect de l’impact terroriste destructeur du modèle de croissance véhiculé par les pays riches : épuisement des ressources fossiles, détérioration des ressources renouvelables, destruction des sociétés agraires, urbanisation imposée, montée des inégalités et de l’exclusion, etc. Les krachs écologiques, provoqués par la société thermo-industrielle, deviennent le facteur géopolitique dominant.

En face il y a un terrorisme présumé, celui de ces jeunes mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », soupçonnés simplement d’avoir mis à mal un caténaire SNCF. Il faut dire que la généralissime Alliot-Marie parle déjà de « terrorisme idéologique ». Nos garde-chiourmes ont peur d’un processus intellectuel qui aurait été à l’origine d’Action directe ou même d’un mouvement d’aussi grande ampleur que celui qui a entraîné la révolution de 1917. Mais la ministre en  convient : « Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes. » (LeMonde du 4 décembre). Tout cela me rappelle fortement le mouvement luddite, un mouvement qui respectait notre avenir et qui a été assassiné par l’Etat.

Le luddisme a connu ses débuts dans un petit village au nord de Nottingham, la nuit du 4 novembre 1811. Une troupe d’artisans pénétrèrent dans la demeure d’un maître tisserand pour y détruire une demi-douzaine de machines à tisser, convaincus qu’elles nuisaient à leur commerce et à l’emploi. Pendant trois mois, les Luddites attaquèrent les usines et cassèrent les machines jusqu’à ce que la loi fasse de la destruction des machines un délit passible de la pendaison : les machines étaient devenues plus importantes que les hommes. Aux Assises de décembre 1812, quatorze hommes furent pendus et six envoyés aux galères. Pourtant les Luddites ne se révoltaient pas contre toute technologie, mais contre celles qui laminaient leurs modes de vie et de travail, brisant irrémédiablement les liens familiaux et communautaires.  (In Les luddites (bris de machines et économie politique) de BOURDEAU et JARRIGUE)

Reste à savoir si s’attaquer aujourd’hui à des caténaires est un objectif sensé !

limites de la technique

LeMonde du 28 octobre nous présente le trifluorure d’azote, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est 17 000 fois plus élevé que celui du CO2 avec une durée de vie cinq fois plus grande, soit cinq siècles.  En trente ans, la concentration de ce gaz dans l’atmosphère a été multipliée par 30 puisqu’il rentre dans la production de circuits intégrés et d’écrans de cristaux liquides pour accélérer l’emprise de la société du spectacle sur nos choix personnels. Il est également nécessaire à la fabrication des cellules photovoltaïques ; d’un côté la technique solaire permet de lutter contre l’effet de serre, mais de l’autre elle l’accroît. C’est comme les ampoules de basse tension qui contiennent du mercure, un élément dangereux qui nécessite un recyclage particulier.

La technique n’est pas une solution, elle est le problème. Alfred Nobel avait rêvé de  créer un explosif tellement dévastateur que la guerre devienne impossible, mais le XXe siècle a connu deux guerres mondiales. On a inventé l’arme nucléaire, bien plus destructeur que la dynamite, on l’a aussi utilisée. Il faut que l’humanité reconnaisse les limites de la technique et puisse privilégier des techniques douces contre les techniques dures, dures  pour les hommes, dures pour la Nature. C’est ce qu’aurait du écrire mon quotidien préféré…

vitesse accélérée

La lecture de mon quotidien préféré m’apporte de temps en temps des analyses qui recoupent les miennes. Sous la rubrique Grand entretien, LeMonde du 19-20 octobre 2008 part de la formule d’Hannah Arendt, « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille. » Paul Virilio développe :

            « Nos prouesses techniques sont grosses de promesses catastrophiques. Auparavant, les accidents étaient locaux. Avec Tchernobyl, nous sommes passés à des accidents globaux, aux conséquences inscrites dans la durée. Cela fait trente ans que l’on fait l’impasse sur le phénomène d’accélération de l’Histoire alors que cette accélération est la source de la multiplication d’accidents majeurs. Le krach financier montre que la terre est trop petite pour le progrès, pour la vitesse de l’Histoire. Cette économie de la richesse est devenue une économie de la vitesse. Et puis, ce soi-disant monde virtuel, c’est le mythe d’une autre planète habitable. C’est du reste le problème de la gauche, ils appliquent leurs vieux schémas en proclamant la fin du capitalisme. Quant au futur, il est limité par la question écologique, la fin programmée des ressources naturelles, comme le pétrole. Face à la peur absolue, j’oppose l’espérance absolue. Churchill disait que l’optimiste est quelqu’un qui voit une chance derrière chaque calamité. »

 Personnellement, je perçois aussi une source de rupture culturelle mondiale grâce aux différents krachs écologiques qui sont  en marche et dont j’entends les sinistres craquements. Le sentiment collectif qui va en résulter est celui d’un enfermement planétaire qui nous poussera à aménager notre maison commune, cette petite planète qui nous supporte de moins en moins bien.

mondial de l’auto

Le « greenwashing » ou verdissement des mauvaise pratiques environnementales par un effet d’annonce, a encore frappé. « Les marques de voiture font de l’écologie leur principal argument de vente », titre LeMonde du 16 octobre 2008. Renault prétend « laisser moins de traces sur la planète », Toyota « moins de CO2, mais aussi moins de NOx », BMW « moins d’émissions, plus de plaisir ». Un publicitaire prétend que « l’environnement est passé du stade de l’idéologie à celui d’enjeu industriel », LeMonde renchérit avec la photo d’une Smart électrique et la légende suivante : « Pour les constructeurs, l’environnement est désormais un enjeu industriel ».

En fait il y a instrumentalisation de la question écologique à des fins commerciales, mon quotidien préféré tombe dans la combine.  Il est vrai qu’il dépend tellement de la publicité pour ce qui tue, qui pollue et qui nous rend con ! Donc, au lieu d’avoir une réflexion sur la durabilité ou non du tout-automobile, nous avons une dénaturation du langage, la croissance verte, la voiture propre, le bon carburant puisqu’il est bio, le nucléaire non émetteur de CO2, etc. etc. alors, comment résister à l’enjeu industriel ? En brûlant des voitures ? En s’immolant par le feu ?

 Pendant que le mondial de l’automobile déroule ses fantasmes idéologiques, 923 millions de personnes sont touchées par la faim dans le monde et ce n’est qu’un début. Roulez, roulez brave gens

vivre sans biotechnologies

Dès fois il suffit de recopier LeMonde pour se sentir en phase :

«  Historien des sciences, spécialiste de l’histoire de la biologie, André Pichot est connu pour ses positions très critiques vis-à-vis de la communauté des généticiens. Il estime, grosso modo, que la génétique moderne est enfermée dans une impasse théorique, les biotechnologies se réduisant à une série de « bricolages ». Pour M.Pichot, le succès de la génétique moderne repose sur des promesses intenables d’avancées thérapeutiques, elles-mêmes fondées sur une vision simpliste et mécaniste du vivant et, surtout, sur une communication agressive qui voit se succéder les annonces de la découverte du gène présumée de ceci ou de cela… »

 Pour une fois que je trouve à lire quelque chose d’intéressant dans le Monde des livres (12.09.2008). On peut rajouter bien d’autres choses, les biogénéticiens disent  aussi des conneries, « les OGM vont permettre d’éradiquer la faim dans le monde », « il ne faut pas que nos chercheurs aillent à l’étranger »…

Mais vivre sans biotechnologies ne nous empêche pas de vivre.