sciences et techniques

fuite en avant technologique

Notre système techno-scientifique, appuyé sur son relais médiatique, fait preuve d’un optimisme forcené. Selon l’en-tête du Monde (11-12 janvier 2009) « L’approvisionnement des futures centrales nucléaires semble assurée pour plusieurs décennies ». Il y aurait 5,5 millions de tonnes exploitables d’uranium pour une consommation annuelle de 70 000 tonnes. Calcul rapide de moyenne, il en reste pour « environ quatre-vingt ans », soit trois générations seulement. Mais si le parc des centrales double, croissance folle que souhaite Sarkozy et les tenants de la relance nucléaire : en 2050, il n’y aura plus d’uranium, comme il n’y aura plus de pétrole : ni radiateur électrique, ni chauffage au fuel, ni voiture hybride, ni voitures tout court. Toute ressource non renouvelable atteint ses limites géophysiques un jour ou l’autre, et 2050, c’est déjà demain. 

Comme d’habitude on envisage l’hypothèse technologique, l’espoir insensé de trouver autre chose : « Les millions de tonnes d’uranium emprisonnés dans les phosphates et les milliards de tonnes contenues dans l’eau des océans pourraient être exploitées ». « Pourraient… ». Mais « les obstacles techniques et financiers sont encore – à ce jour – insurmontables ». Donc attendons patiemment un autre jour ! Oublions que la technique nucléaire nous permet de prétendre à l’holocauste nucléaire et nous a apportés quelques bienfaits immédiats en nous permettant de consommer sans penser à nos générations futures …

Même page Planète du Monde, même démesure technologique : l’ensemencement en fer de l’océan. Hervé Kempf, mon journaliste préféré, nous définit parfaitement cette procédure de géo-ingénierie : « transformation forcée des mécanismes naturels à l’échelle de la planète ». Forcée, donc forcenée. Nous craignons à juste titre le réchauffement climatique ? Alors les techno-scientifiques envisagent de déposer des tonnes de fer dans la mer pour ensemencer le phytoplancton qui, en se multipliant, pourrait capturer le carbone excédentaire. « Pourrait » ! Mais les effets secondaires ne sont pas encore maîtrisés. On ne sait pas encore faire, mais on fait quand même : le navire Polarstern est parti  déposer ses 20 tonnes de fer sur 300 km2 d’océan en bravant l’accord d’interdiction passé par la communauté internationale !

Le plus grave dans ces deux histoires, le trait commun de notre folie humaine, c’est que l’espoir de trouver la technologie qui sauve nous empêche de résoudre dès aujourd’hui nos problèmes énergétiques. Les privilégiés de la classe globale, celle qui se permet indûment de posséder un véhicule personnel, font confiance à nos apprentis sorciers pour ne pas remettre en question leur mode de vie. Cela n’est pas durable… 

l’automobile en péril

            Nous sommes tel que notre groupe d’appartenance nous fabrique. Jean Lamy, président du comité de liaison des fournisseurs de l’automobile, est affirmatif : « Si l’on tarde trop, la filière automobile risque de disparaître ». Il réclame des mesures exceptionnelles appuyées par le gouvernement, à savoir des prêts à taux raisonnable, un rééchelonnement des dettes, un moratoire sur le paiement des charges sociales et des impôts. Il pratique le chantage à l’emploi. (LeMonde du 28-29 décembre 2008)

             Il est vrai qu’en rythme annuel, les ventes de voitures en Europe s’établissent actuellement à moins de 11 millions, contre 17 millions en 2007. Aux Etats-Unis, General Motors, Ford et Chrysler sont menacées de disparition. Il est vrai aussi que près de 70 % des voitures sont achetées à crédit en Europe, et beaucoup plus aux Etats-Unis. Lorsqu’il devient plus difficile d’emprunter, le marché s’effondre. Dans un contexte de production mondialisée, la crise de surproduction éclate aujourd’hui comme une évidence qu’on en voulait pas voir. Tout indique que le système du tout-automobile est à bout de souffle, un nouveau modèle économique pour une mobilité durable est à inventer. Mais on en connaît déjà les caractéristiques : rapprochement entre domicile et lieu de travail, marche, bicyclette et transports en commun plutôt que voiture individuelle, rapports de proximité valorisés plutôt que tourisme dans les îles.

Le slogan actuel « Plus vite, plus souvent, plus loin et moins cher » va céder la place à son inverse : moins vite, moins souvent, moins loin et beaucoup plus cher.

techniques douces contre techniques dures

Obama parie sur l’économie verte et remet la science (de l’environnement) au sommet de l’agenda (Le Monde du 23 décembre). Je trouve d’une totale ambiguïté le concept de technologies vertes adopté par l’éditorial. Car qu’est-ce qui est « vert » et que peut-on dire de la technoscience ? Le débat dans les années 1970 sur l’opposition entre techniques dures et  techniques douces, nous offre des pistes de réflexion.

Dans le numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte (juillet 1973), Ivan Illich, de passage à Paris pour son dernier livre La convivialité, avait développé ses thèmes de prédilection, dont le rôle de l’outil, convivial ou non : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied ».

 Dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces :  

Société à technologies dures Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 La technologie utilisée doit être douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Sinon on  se retrouve devant des remèdes controversés, comme l’ingénierie du climat destiné à refroidir la Terre (cf. http://abonnes.lemonde.fr/archives/article/2008/12/22/l-ingenierie-du-climat-un-remede-controverse_1134027_0.html). Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture (technique dure).

Kaczynski sans portable

Certains frémiront peut-être à l’idée que le portable comble les interstices de la vie sur un mode obsessionnel. Exit les ultimes espaces de solitude d’où peuvent émerger une rencontre avec soi-même, la construction d’une réflexion ou simplement d’une attente (cf. chronique du 14-15 décembre sur le portable). Mais ce n’est pas « peut-être », c’est certain ! Il faut frémir de la généralisation mondiale du portable. En France, 79 % des personnes de plus de 12 ans sont déjà équipés, la quasi-totalité des jeunes générations. Dans les transports collectifs, on subit les conversations lointaines au plus près de nos oreilles. Il n’y a pas une réunion qui ne soit interrompue par la sonnerie stridente d’un portable. Même les randonneurs ne peuvent plus se passer du coup de fil qui n’a aucune importance. Et quand un élève dans une classe a les mains sous la table, ce n’est pas pour se tripoter, c’est pour jouer électroniquement avec lui-même ou passer un sms. Obsession rime avec addiction, un jeune sans portable se trouve démuni à ne plus savoir quoi faire de ses dix doigts ; il faut d’ailleurs remarquer que l’usage du portable est un bon entraînement pour le pouce qui relègue tout le reste du corps à un simple poids mort.

Abandonnons le portable et lisons de toute urgence le livre que tout le monde attendait, L’effondrement du système technologique de Theodore Kaczynski, alias Unabomber : « Je m’étais fixé comme objectif de parvenir à une autonomie complète (…) En vivant au contact de la nature, on découvre que le bonheur ne consiste pas à chercher toujours plus de plaisir. Il réside dans le calme. Une fois que vous avez apprécié le calme suffisamment longtemps, vous développez vraiment à la seule évocation de plaisirs excessifs un sentiment de rejet (…) L’ennui est quasiment inexistant dès lors que vous êtes adaptés à la vie dans les bois. Vous pouvez parfois rester assis pendant des heures à ne rien faire, à écouter  les oiseaux,  le vent ou le silence, à observer les ombres qui se déplacent avec la course du soleil. Et vous ne connaissez pas l’ennui. Vous êtes seulement en paix (…) Je reste debout pendant quelques minutes à admirer la neige d’une blancheur immaculée et les rayons de soleil filtrant au travers des pins. Je laisse entrer en moi le silence et la solitude (…) Mes plus beaux souvenirs ? Les ragoûts d’automne faits de viande de cerf avec des pommes de terre et des légumes de mon jardin. Ces moments où je restais assis ou allongé à ne rien faire, sans même réfléchir, baignant seulement dans la sérénité (…) La chose la plus pénible de ma vie ? La pire  chose que j’ai connue au cours de ma vie dans les bois fut l’envahissement progressif de la nature par la civilisation moderne ».

 NB : les droits d’auteur de ce livre seront offerts à la Croix-rouge, l’auteur est le prisonnier le plus célèbre des Etats-Unis.

esclavage électrifié

Cinquante ans seulement, le jour où symboliquement le monde dit civilisé a basculé du tout mécanique au tout électrique. L’édition du 7-8 décembre de mon quotidien préféré relate ce qui se faisait il y a cinquante ans. Auparavant le fonctionnement d’une montre reposait sur une source d’énergie fournie par la détente d’un ressort qu’on était régulièrement obligé de remonter manuellement. En 1958, pour la première fois en Europe, l’entreprise Lip a commencé à  fabriquer une montre dont l’énergie était fournie par l’électricité. L’article de l’époque précisait qu’il suffisait de mettre les piles hors circuit quand on n’avait pas besoin de connaître l’heure. Aujourd’hui l’électricité fonctionne 24 heures sur 24 dans tous les secteurs de nos activités, pour donner l’heure et programmer nos existences, pour accompagner nos chaudières au gaz, pour animer les balances des commerçants, pour allumer les différents écrans qui conditionnent une grande partie de notre vie. Mais plus personne ou presque n’a conscience du gigantesque système technique à l’œuvre dans la vie quotidienne pour alimenter nos activités. La minuscule prise de courant sur laquelle brancher la télé et recharger les batteries est reliée à des transformateurs, des lignes haute tension et tout au bout en France le plus souvent une centrale atomique.

Toutes les avancées techniques facilitées par le tout électrique ont créé un monde dans lequel le destin de l’homme moyen n’est plus entre ses propres mains ou entre les mains de ses voisins et amis, mais dans celles du système techno-scientifique et de ses centrales électriques. Les politiciens, les cadres et les bureaucrates sont au service de cette mégamachine sur laquelle aucun individu ne peut plus avoir une quelconque influence. Le citoyen est dépossédé aussi bien de son savoir-faire que de son savoir-être par la machinerie électrique. Disparition de métiers, impossibilité de communiquer sans machines, vision utilitariste du monde, filature incessante des individus avec les caméras de surveillance, les puces de détection et même la biométrie ; l’avenir s’assombrit. Le jour où on a cessé de remonter manuellement les montres, ce jour-là nous sommes devenus les esclaves de la société thermo-industrielle pour le meilleur et pour le pire.

C’est pourquoi 58 % des 742 experts interrogés par l’institut américain Pew  imaginait que, d’ici à 2020, des groupes de Refuznik hostiles à la technologie apparaîtront et pourront avoir recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement du tout électr(on)ique. D’autres pensent que les ruptures d’approvisionnement en électricité qu’il faut bien fabriquer (raréfaction géologique du pétrole, du charbon, de l’uranium) seront les signes de l’effondrement de nos sociétés trop complexes sans même qu’il soit besoin d’agir contre la mégamachine…

terrorisme nordique

Il y a un terrorisme présumé et un terrorisme réel. Selon un chercheur à l’IDDRI, « le problème essentiel est que les pays qui sont responsables du changement climatique, les pays du Nord, en subiront le moins les effets : ils seront surtout subis par les pays du Sud ». Ce n’est qu’un aspect de l’impact terroriste destructeur du modèle de croissance véhiculé par les pays riches : épuisement des ressources fossiles, détérioration des ressources renouvelables, destruction des sociétés agraires, urbanisation imposée, montée des inégalités et de l’exclusion, etc. Les krachs écologiques, provoqués par la société thermo-industrielle, deviennent le facteur géopolitique dominant.

En face il y a un terrorisme présumé, celui de ces jeunes mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », soupçonnés simplement d’avoir mis à mal un caténaire SNCF. Il faut dire que la généralissime Alliot-Marie parle déjà de « terrorisme idéologique ». Nos garde-chiourmes ont peur d’un processus intellectuel qui aurait été à l’origine d’Action directe ou même d’un mouvement d’aussi grande ampleur que celui qui a entraîné la révolution de 1917. Mais la ministre en  convient : « Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes. » (LeMonde du 4 décembre). Tout cela me rappelle fortement le mouvement luddite, un mouvement qui respectait notre avenir et qui a été assassiné par l’Etat.

Le luddisme a connu ses débuts dans un petit village au nord de Nottingham, la nuit du 4 novembre 1811. Une troupe d’artisans pénétrèrent dans la demeure d’un maître tisserand pour y détruire une demi-douzaine de machines à tisser, convaincus qu’elles nuisaient à leur commerce et à l’emploi. Pendant trois mois, les Luddites attaquèrent les usines et cassèrent les machines jusqu’à ce que la loi fasse de la destruction des machines un délit passible de la pendaison : les machines étaient devenues plus importantes que les hommes. Aux Assises de décembre 1812, quatorze hommes furent pendus et six envoyés aux galères. Pourtant les Luddites ne se révoltaient pas contre toute technologie, mais contre celles qui laminaient leurs modes de vie et de travail, brisant irrémédiablement les liens familiaux et communautaires.  (In Les luddites (bris de machines et économie politique) de BOURDEAU et JARRIGUE)

Reste à savoir si s’attaquer aujourd’hui à des caténaires est un objectif sensé !

limites de la technique

LeMonde du 28 octobre nous présente le trifluorure d’azote, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est 17 000 fois plus élevé que celui du CO2 avec une durée de vie cinq fois plus grande, soit cinq siècles.  En trente ans, la concentration de ce gaz dans l’atmosphère a été multipliée par 30 puisqu’il rentre dans la production de circuits intégrés et d’écrans de cristaux liquides pour accélérer l’emprise de la société du spectacle sur nos choix personnels. Il est également nécessaire à la fabrication des cellules photovoltaïques ; d’un côté la technique solaire permet de lutter contre l’effet de serre, mais de l’autre elle l’accroît. C’est comme les ampoules de basse tension qui contiennent du mercure, un élément dangereux qui nécessite un recyclage particulier.

La technique n’est pas une solution, elle est le problème. Alfred Nobel avait rêvé de  créer un explosif tellement dévastateur que la guerre devienne impossible, mais le XXe siècle a connu deux guerres mondiales. On a inventé l’arme nucléaire, bien plus destructeur que la dynamite, on l’a aussi utilisée. Il faut que l’humanité reconnaisse les limites de la technique et puisse privilégier des techniques douces contre les techniques dures, dures  pour les hommes, dures pour la Nature. C’est ce qu’aurait du écrire mon quotidien préféré…

vitesse accélérée

La lecture de mon quotidien préféré m’apporte de temps en temps des analyses qui recoupent les miennes. Sous la rubrique Grand entretien, LeMonde du 19-20 octobre 2008 part de la formule d’Hannah Arendt, « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille. » Paul Virilio développe :

            « Nos prouesses techniques sont grosses de promesses catastrophiques. Auparavant, les accidents étaient locaux. Avec Tchernobyl, nous sommes passés à des accidents globaux, aux conséquences inscrites dans la durée. Cela fait trente ans que l’on fait l’impasse sur le phénomène d’accélération de l’Histoire alors que cette accélération est la source de la multiplication d’accidents majeurs. Le krach financier montre que la terre est trop petite pour le progrès, pour la vitesse de l’Histoire. Cette économie de la richesse est devenue une économie de la vitesse. Et puis, ce soi-disant monde virtuel, c’est le mythe d’une autre planète habitable. C’est du reste le problème de la gauche, ils appliquent leurs vieux schémas en proclamant la fin du capitalisme. Quant au futur, il est limité par la question écologique, la fin programmée des ressources naturelles, comme le pétrole. Face à la peur absolue, j’oppose l’espérance absolue. Churchill disait que l’optimiste est quelqu’un qui voit une chance derrière chaque calamité. »

 Personnellement, je perçois aussi une source de rupture culturelle mondiale grâce aux différents krachs écologiques qui sont  en marche et dont j’entends les sinistres craquements. Le sentiment collectif qui va en résulter est celui d’un enfermement planétaire qui nous poussera à aménager notre maison commune, cette petite planète qui nous supporte de moins en moins bien.

mondial de l’auto

Le « greenwashing » ou verdissement des mauvaise pratiques environnementales par un effet d’annonce, a encore frappé. « Les marques de voiture font de l’écologie leur principal argument de vente », titre LeMonde du 16 octobre 2008. Renault prétend « laisser moins de traces sur la planète », Toyota « moins de CO2, mais aussi moins de NOx », BMW « moins d’émissions, plus de plaisir ». Un publicitaire prétend que « l’environnement est passé du stade de l’idéologie à celui d’enjeu industriel », LeMonde renchérit avec la photo d’une Smart électrique et la légende suivante : « Pour les constructeurs, l’environnement est désormais un enjeu industriel ».

En fait il y a instrumentalisation de la question écologique à des fins commerciales, mon quotidien préféré tombe dans la combine.  Il est vrai qu’il dépend tellement de la publicité pour ce qui tue, qui pollue et qui nous rend con ! Donc, au lieu d’avoir une réflexion sur la durabilité ou non du tout-automobile, nous avons une dénaturation du langage, la croissance verte, la voiture propre, le bon carburant puisqu’il est bio, le nucléaire non émetteur de CO2, etc. etc. alors, comment résister à l’enjeu industriel ? En brûlant des voitures ? En s’immolant par le feu ?

 Pendant que le mondial de l’automobile déroule ses fantasmes idéologiques, 923 millions de personnes sont touchées par la faim dans le monde et ce n’est qu’un début. Roulez, roulez brave gens

vivre sans biotechnologies

Dès fois il suffit de recopier LeMonde pour se sentir en phase :

«  Historien des sciences, spécialiste de l’histoire de la biologie, André Pichot est connu pour ses positions très critiques vis-à-vis de la communauté des généticiens. Il estime, grosso modo, que la génétique moderne est enfermée dans une impasse théorique, les biotechnologies se réduisant à une série de « bricolages ». Pour M.Pichot, le succès de la génétique moderne repose sur des promesses intenables d’avancées thérapeutiques, elles-mêmes fondées sur une vision simpliste et mécaniste du vivant et, surtout, sur une communication agressive qui voit se succéder les annonces de la découverte du gène présumée de ceci ou de cela… »

 Pour une fois que je trouve à lire quelque chose d’intéressant dans le Monde des livres (12.09.2008). On peut rajouter bien d’autres choses, les biogénéticiens disent  aussi des conneries, « les OGM vont permettre d’éradiquer la faim dans le monde », « il ne faut pas que nos chercheurs aillent à l’étranger »…

Mais vivre sans biotechnologies ne nous empêche pas de vivre.

rêve de boson

LeMonde du 10.09.2008 nous explique objectivement les buts et limites de l’accélérateur de particules inauguré à la frontière franco-suisse. On veut s’approcher des conditions qui existaient aux tout premiers instants de l’Univers, juste après le Big Bang il y a 13,7 milliards d’années. Très bien, nos connaissances progressent, nous pouvons confirmer de source sûre que l’homo sapiens n’est rien à l’échelle de l’univers. Mais l’éditorial de ce numéro transforme la chasse au boson, cette grande aventure scientifique pour harmoniser nos théories sur l’univers, en rêve inutile s’il n’y a pas de retombées directes. L’éditorial ne veut voir dans la recherche fondamentale que son application possible, on valorise la technoscience et les débouchés sonnants et trébuchants. Il faut justifier les efforts budgétaires devant les décideurs, il faut être utile, il faut alimenter la croissance économique. Moi, je préfère rêver à l’antimatière, à l’énergie sombre et aux particules primordiales.

NB : Comme d’habitude, LeMonde donne carte-blanche aux théologiens de la croissance. Dans son numéro du 10.09.2008, Jean Pisany-Ferry disserte doctement sur les « trois leviers de la croissance ». Je ne m’attarde pas à montrer l’inanité des solutions proposées : le crédit aux PME ne peut pas relancer par lui-même la demande et la concurrence, y’en a déjà beaucoup trop pour qu’on en rajoute. Mon attention se porte sur sa « définition usuelle » d’une récession, soit deux trimestres de suite en croissance négative. Les théologiens de la croissance auront tout inventé, la croissance durable, la croissance verte, et maintenant la croissance au taux inférieur à zéro ! Toutes ces simagrées pour ne pas dire que la décroissance est possible. Le système capitaliste rencontre forcément la décroissance puisque l’activité est cyclique et qu’il y a même de grandes crises comme en 1929. Jean Pisany-Ferry devrait relire ses classiques, en particulier Joseph Schumpeter : il y a l’expansion, le retournement de tendance, la décroissance, et peut-être la reprise, mais ce n’est pas sûr..

Sylvie Kauffmann récidive

Sylvie Kauffmann récidive. Dans sa lettre d’Asie (LeMonde, 15.01.2008), elle mettait sur un piédestal Ford pour avoir été le premier à avoir la vision d’une voiture populaire. Dans son post-scriptum à Lettre d’Asie (LeMonde, 22.01.2008), Sylvie disait avoir reçu des courriers alarmistes de lecteurs sur les effets environnementaux de la Tata Nano. Mais elle consacrait beaucoup plus de lignes à tous ceux qui pensent au confort de la voiture individuelle mis à la portée des habitants des pays émergents. Aujourd’hui dans sa lettre d’Asie (LeMonde, 9.09.2008), Sylvie valorise le « génie » de Ratan Tata, fondateur du groupe Tata qui veut construire la voiture la moins chère du monde dans un Bengale qui a « pris le virage de la modernisation, construit un réseau routier… ». Elle pleure sur le retard pris dans l’implantation de l’usine de fabrication à cause de certains paysans en colère, « attachés à un mode de vie misérable ». Elle prend parti de la reconversion industrielle des paysans embauchés par la future usine dont la « fermeture signifiait zéro revenu pour la famille ». Sylvie Kauffmann en vient même à regretter la voie démocratique suivie en Inde, « tortueuse », alors que la Chine peut s’industrialiser « sans manifestations, ni recours en justice, ni négociations » !!!

 Commentons sa phrase-clé : « C’est d’une certaine manière l’avenir de l’Inde qui se joue ici ». Mais quel avenir ?  Celui d’une imitation du modèle fordiste (production de masse pour une consommation de masse) qui est en train de faire faillite ! Dans le même numéro le groupe Renault, pris à contre-pied par la crise, supprime 4000 emplois. Ou celui d’une Inde paysanne qui voudrait conserver des terres fertiles pour ses enfants et les arrière-petits-enfants de ses enfants ? Le choix est vite fait dans un système démocratique…

Tata doit disparaître

Les paysans indiens poussent Tata à retarder la fabrication de la Nano (LeMonde du 6.09.2008). Bonne nouvelle, mais ce serait encore mieux si les autochtones avaient le pouvoir d’arrêter complètement cette course au tout-automobile. Malheureusement le groupe Tata à la possiblité de monter ses usines dans un autre Etat indien, ou même dans un autre pays plus accommodant. Pourtant, on ne peut que constater que Tata voulait bâtir sur des terres fertiles, accroître ainsi la stérilisation des sols comme savent déjà le pratiquer à outrance les pays riches et les mégalopoles. Comme dit un paysan exproprié, « Une terre se transmet pour l’éternité, l’argent se dilapide. Que va-t-il rester à mes enfants ? ». Comme dit un autre paysan, « La terre est comme une mère. Et je ne vendrai jamais ma mère. »

 

            Tata ne doit construire ni sur des terres fertiles, ni sur des terres incultes. Tata doit disparaître comme Ford, Fiat, Renault, Volkswagen et tutti quanti. Nous savons déjà que la voiture individuelle est un dinosaure promis à une prochaine extinction. L’avenir du climat et des ressources naturelles est en jeu, ne continuons pas à gaspiller les possibilités de la Biosphère…

 

PS : la phrase du jour : « Au Sénégal, il n’y a que la pauvreté qui galope. La lecture reste un sport d’élite » (in portrait d’Abasse Ndione)

principe de précaution

Jean Yves Nau s’interroge dans Lemonde du 13.08.2008 sur la science quand elle est muette. Avec la problématique de l’effet à long terme des faibles doses (radiations nucléaires, ondes électromagnétiques, la taurine dans le Red Bull…), les enquêtes n’aboutissent pas à des conclusions unanimes, le doute s’installe. D’où la pertinence du principe de précaution que JY Nau traite avec condescendance « d’indéfinissable ». Voyons les choses de plus près.

J.Y.Nau n’a certainement pas eu le temps de lire la Charte de l’environnement constitutionalisée en France qui définit officiellement ce principe dans son article 5 : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ».

Beaucoup de spécialistes enfermés dans leur discipline ont jugé cet article dangereux. Avant même les débats parlementaires en France, l’Académie des sciences morales avait émis des réserves sérieuses : ce projet « aurait des conséquences scientifiques, industrielles et même politiques puisqu’il irait à l’encontre des principes qui fondent notre démocratie représentative ». Les Académies des sciences et de médecine craignaient que l’inscription de ce principe dans la Constitution n’ait des conséquences désastreuses », et le quotidien Le Monde traitait dans un éditorial le principe de précaution de principe de frilosité. De son côté, le Medef a réaffirmé sans surprise son opposition sous prétexte d’un effet dissuasif sur la recherche et l’innovation. Ce ne sont pas ceux qui parlent d’autorité qui ont raison.

 Avec le principe de précaution, il s’agit en effet d’aller bien au delà du cercle étroit des techno-scientifiques, il s’agit de remettre la recherche et son application au service de l’humanité et de la planète (l’environnement). Il ne faut pas seulement s’interroger sur le degré d’innocuité sanitaire d’une technique, il s’agit de savoir si la société qui en résulte est viable ou non, raisonnable ou non. L’énergie à domicile fait-elle la satisfaction intérieure ? L’utilisation du portable accroît-elle la joie de vivre ? Boire du Red Bull améliore-t-il la richesse de la vie communautaire ? Tous les gens éclairés savent que la réponse ne peut qu’être négative. En définitive la techno-science n’a pas augmenté le degré du bonheur dans nos sociétés programmées, tout au contraire a-t-on déjà mesuré « scientifiquement ».

le tout automobile

La société thermo-industrielle est la moins durable car elle détruit les écosystèmes. Puisque le quotidien Le Monde valorise l’option croissanciste, le tout automobile et autres néfastes futilités, il participe de cette évolution. Exemple :

 

LeMonde du 12.08.2008 présente en page 18, un article de Jean-Michel Normand sur « Volkswagen métamorphose la Passat ». Donner tant de place sur cinq colonnes avec photo de la bagnole vue de son joli profil est incontestablement une publicité plutôt qu’un article de journaliste : « C’est de profil qu’il faut apprécier la Passat CC (…) En découvrant sa silhouette, à la fois puissante et élancée (…) Elle offre une bonne conscience anticonformiste et sportive. » On nous indique une motorisation de 140 à 300 ch. sans jamais nous indiquer l’émission de gaz à effet de serre qui en découle.

 Un tel article n’est en fait qu’un tribut offert par Le Monde aux puissances automobiles, d’autant plus que la présentation d’un modèle (de luxe) est récurrente dans le journal. Ce procédé de publicité cachée est à mettre en relation avec un petit entrefilet, juste à côté, qui nous présente l’évolution des mentalités au Japon : «  Près de 54 % des Japonais reconnaissent que le prix de l’essence a modifié leurs projets de vacances. Certains ont réduit leurs déplacements, tandis que d’autres ont décidé de laisser leur véhicule au garage. » A l’heure du pic pétrolier et des perturbations climatiques, c’est cette information qui devait être développée par un véritable journaliste, pas le panégyrique d’une berline.

il est naturel de vieillir

Gros bouleversement dans LeMonde du 12.08.2008, la page Environnement&Sciences est brutalement devenue Sciences tout court alors que les infos sur l’environnement font encore la majorité de la rubrique. S’agit-il d’un simple oubli ? J’y vois plutôt cet impérialisme de la technoscience qui a tout étouffé dans nos sociétés occidentalisées. Analysons le seul article scientifique de la rubrique, « Des chercheurs maintiennent jeune le foie de souris vieillissantes ».

 

            Il s’agit d’échapper à l’influence de l’environnement sur la vie de nos cellules qui sont soumises à des stress (thermique, oxydatif, etc.) qui s’accentuent naturellement avec le vieillissement. On fait des expériences sur les souris (pauvres animaux de laboratoires à qui on fait subir pour « l’épanouissement » de l’homme tant de vilenies). Les manipulateurs du vivant avouent qu’ils cherchent à « aider à jouir d’une vieillesse en bonne santé ». On tente de prolonger la durée de vie de l’organisme de plus de 30 %. Pourquoi ? La passion du journaliste Jean-Yves Nau pour la rubrique médicale touche à des considérations philosophiques jamais explicitées. D’ailleurs l’article commence par « Prométhée est toujours vivant », mais sans jamais condamner l’égocentrisme de la race humaine qui se croit même plus forte que notre vieillissement biologique.

 Un organisme humain se dérègle parce que les cellules obéissent à leur horloge biologique et les radicaux libres oxydent les molécules qu’elles rencontrent, protéines, lipides ou ADN. Mais la vieillesse, c’est surtout un état d’esprit. Hors pathologies neuro-dégénératives, le cerveau est de tous les organes humains celui qui résiste le mieux à l’âge ; les troubles de la mémoire découlent surtout du manque d’intérêt apporté à l’environnement. Ce n’est pas l’âge qui est vecteur de la médiocrité des comportements humains, c’est la paresse intellectuelle qui contribue à l’endormissement du cerveau. Peu importe la vigueur de mon foie, l’important est de déterminer à quoi je sers, à quoi sert l’homme, à quoi servent les JO…

non aux portables

 Peu importe finalement l’avis des experts scientifiques qui hésitent, qui doutent et qui ne présentent qu’avec retard d’incertaines conclusions. Après l’étude Interphone sur les effets cancérigènes des portables, menée depuis l’an 2000 dans treize pays pendant quatre à cinq années, un tiers de la cinquantaine d’experts estime que l’accroissement constaté du nombre de tumeurs chez les utilisateurs n’est dû qu’à des biais statistiques ; un tiers assure qu’il résulte bien d’un effet néfaste des ondes électromagnétiques ; le dernier tiers considère qu’il n’est pas possible de tirer une conclusion dans un sens ou dans l’autre (LeMonde du 2.08.2008). En fait la décision devrait être politique, pas techno-scientifique. Nous sommes en présence d’une technologie qui a envahi notre quotidien sans que des travaux préalables aient permis de s’assurer de son innocuité. De plus il faut prendre innocuité au sens large, et pas seulement au sens médical.

 

Derrière le jargon hystérique des amateurs de gadgets électroniques se cache l’essentiel : il faut changer de portable aussi souvent que l’exigent la mode, le « progrès » et les fabricants. Plus que tous ses prédécesseurs, ce gadget pousse au mimétisme et au conformisme si chers au marchandising. Faites le test, dites à vos collègues que vous n’avez pas de portable ; la majorité s’esclaffe : « T’es contre le progrès ? Tu t’éclaires à la bougie ? » Ou s’inquiètent : « Mais comment tu fais ? » Le portable est typique du système d’innovation qui consiste à vendre les remèdes aux maux causés par les innovations précédentes. Vous ne parlez plus à vos voisins à cause de la télévision ? Téléphonez-leur ! Mais pourquoi aurions-nous besoin d’une médiation électronique pour communiquer si ce n’est pour nous adapter à un monde qui atomise chacun de nous et qui morcelle nos vies ? Comme la prothèse qui remplace un membre, le téléphone est supposé réparer artificiellement les dégâts de ce monde-là, qui fait de nous les rouages de la machine à produire et à consommer en masse. Finalement des téléphones portables, pour quoi faire ? « Allô, c’est moi. J’suis dans la bagnole. J’arrive. A tout de suite. »

 Que des débiles attrapent le cancer, c’est presque un juste retour des choses.

nanodangers

LeMonde du 25.07.2008 nous informe brièvement que l’Afsset n’écarte pas l’existence de dangers potentiels liés à une exposition professionnelle aux nanomatériaux. Voici quelques précision pour nourrir le débat.

 

Les nanoparticules sont de la taille du milliardième de mètre, soit dix fois la taille d’un atome. Pourtant elles ont déjà des applications industrielles : nano-tubes de carbone dans les raquettes de tennis, nano-machines de dioxyde de titane dans les peintures et les crèmes solaires, silice dans les vernis des automobiles, argent dans certains cathéters médicaux. Le marché est appelé à exploser alors même que les études d’innocuité en sont encore à leurs balbutiements. D’ailleurs l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) estimait déjà en juin 2006 que les études toxicologiques établissent l’existence de risques potentiels, le Comité de prévention et de précaution (CPP) mettait en garde début juillet 2006 ( » la réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger pour l’homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané « ), le CNRS prônait en octobre 2006 la  » vigilance éthique et sociale « . Même si les études scientifiques sur le nanomonde sont encore très lacunaires, des expériences menées sur des souris font apparaître des réactions inflammatoires des poumons, des vaisseaux sanguins et même du cerveau. Et la toxicité de certaines nanoparticules artificielles, telles que les particules diesel, est établie. Nous sommes donc entrés sans le vouloir dans un nouvel état de la matière, un infiniment petit aux propriétés chimiques, électriques et magnétiques radicalement nouvelles, mais nous nous enduisons gaiement de nanoparticules avec nos crèmes solaires !

 Pendant que les comités d’éthique vont continuer à se pencher doctement sur la question, les industriels commercialiseront leurs produits. Autant dire que tout devient aussi invisible qu’imprévisible !

fin du fordisme

Selon Le Monde du 21.06.2008, « Le choc pétrolier bouleverse l’automobile ». Il suffirait de produire la Logan ou la Nano pour « prendre un coup d’avance sur ses concurrents » et pour « conquérir des marchés émergents à pouvoir d’achat réduit ». Malheureusement cette analyse est fondamentalement déficiente. C’est oublier complètement l’amont du carbone, c’est à dire le baril de pétrole de plus en plus rare et de plus en plus cher, donc de plus en plus inaccessible aux pouvoirs d’achat réduits ! C’est oublier aussi l’aval du carbone, les perturbations climatiques provoquées par les gaz d’échappement. Le Monde nous induit en erreur en nous faisant croire que « rendre l’automobile abordable à des populations de plus en plus larges suffira à devenir les Big Three de demain ».

 Ce n’est pas à la fin des années 1990, quand les trois constructeurs américains ont cru qu’il suffisait de produire des 4×4 pour survivre, que le fordisme s’est trompé. Le fordisme s’est trompé dès l’origine, dès la construction en chaîne des Ford T dans les années 1910. La construction automobile a toutes les qualités, c’est un vecteur de croissance qui fait appel à la production de branches-clés, c’est une industrie de main d’œuvre et donc créatrice d’emploi, c’est une facilité pour le déplacement individuel. Mais cela nécessite l’aliénation par le travail à la chaîne et repose sur la productivité qui crée le chômage, cela facilite l’urbanisation sauvage, la stérilisation des terres par un réseau routier sans limites, la multiplication des déplacements par la distance que l’automobile a mis entre domiciles et lieux de travail, entre zones de production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme. Cela implique aussi l’épuisement du pétrole, ressource non renouvelable, et l’augmentation de l’effet de serre, donc un changement climatique. Le paradigme fordiste, c’est-à-dire cet équilibre entre la production de masse grâce au travail à la chaîne et la consommation de masse autorisée par l’augmentation des salaires, repose sur l’hypothèse absurde d’une humanité hors sol, disposant de ressources naturelles illimitées et gratuites. Le fordisme, production de masse par la division du travail et consommation de masse par l’augmentation des salaires a été la plus grande catastrophe du XXe siècle. Malheureusement les effets négatifs ne s’en feront sentir qu’au XXIe siècle: le mal s’est fait sans que quiconque s’en aperçoive, même pas l’analyste du Monde Stéphane Lauer ce jour.

abengoa bioenergy

Dans LeMonde du 29.05.2008, une pleine page de publicité sur les biocarburants. La société Abengoa Bioenergy, premier producteur européen de bioéthanol, nous présente « l’information manipulée : Le bioéthanol est le principal responsable de la hausse des produits alimentaires ».
Quelques jours plus tard, dans LeMonde du 4.06.2008, une autre demi-page de publicité de la même société Abengoa Bioenergy, qui nous présente à nouveau « l’information manipulée : Les cultures dédiées à la production de bioéthanol se substituent aux cultures alimentaires ».
La semaine suivante, dans LeMonde du 11.06.2008, la même société Abengoa Bioenergy nous présente encore une demi-page de publicité: « l’information manipulée : Le bioéthanol produit plus d’émissions de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles ».

Des publicistes payés par cette entreprise inventent des « informations propagées dans l’opinion publique » pour mieux les démolir et présenter « la vérité », celle de l’entreprise qui a acheté leurs services. Face à des contre-vérités complètement fabriquées, cette publicité estime qu’il est « primordial d’éclaircir la question ». Pourtant ce n’est pas d’un éclaircissement dont il s’agit, mais d’un conditionnement de l’opinion publique par une entreprise qui ne fait que défendre la source de ses profits. Les consommateurs que nous sommes ne peuvent se payer autant de plages de publicité pour rétablir les véritables enjeux des agrocarburants, le journal Le Monde ne peut refuser une publicité redondante étant donné l’état désastreux de ses finances.

Le lecteur ne peut plus savoir où est la véritable vérité, il a payé son journal pour constater que le fric peut se faire de la pub sans aucune contrainte.