simplicité volontaire

Le colibri, emblème de l’écologie en marche

« « Faire sa part » : c’est le mot d’ordre du mouvement Colibris, l’organisation créée en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, chantre de l’agroécologie et de la sobriété heureuse. Or le changement climatique tient pour beaucoup au fonctionnement des grandes structures qui forment le socle de l’économie mondiale ; les productions énergétique et alimentaire sont fortement émettrices de gaz à effet de serre, ce qu’une modification des comportements individuels n’est pas en mesure de changer rapidement. Ainsi, « faire sa part » est incontestablement une belle idée, mais c’est aussi une idée dangereuse. Si le colibri se contente de chercher à éteindre seul l’incendie, la fin de la fable ne fait guère de doute : la forêt a brûlé et les animaux sont morts, et le colibri avec eux. Les tenants du marché libre trouvent aussi leur intérêt dans la diffusion de cette vulgate ; les idées des Colibris peuvent aussi être cuisinées à la sauce néolibérale. Puisque les prises de consciences individuelles feront évoluer la demande des consommateurs, les modes de production finiront par devenir eux aussi plus vertueux. De contraintes réglementaires, il n’est nul besoin : la loi du marché se charge de tout…  » (Stéphane Foucart)

Cette analyse ne dit rien de l’effet de masse recherché par l’exemplarité individuelle. La fable du colibri présente un minuscule oiseau qui essaie à lui seul d’éteindre un incendie pendant que les autres animaux fuient. Cela pose le principe de la responsabilité individuelle, « faire sa part » induit normalement que la modification du comportement individuel produise un changement collectif. Ne rien faire à titre individuel, c’est trop facile ; c’est toujours la faute des autres, des multinationales, des politiques, de l’Europe… Dans son livre No impact man, Colin Beavan pose clairement le problème. Les pratiquants de la simplicité volontaire espèrent une « réaction en chaîne » : plus nous serions nombreux à les imiter et à diminuer son empreinte écologique, plus la nécessité de limiter ses besoins se répandrait dans la société, plus les politiques se mettraient au diapason du comportement de leurs électeurs. Les multinationales du système thermo-industriel commencent à penser à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre parce que nous sommes de plus en plus nombreux à le vouloir et à l’exprimer. Nous agissons par mimétisme ou interaction spéculaire, en miroir : tu fais parce que je fais parce que nous faisons tous de même. Un seul individu « fait sa part », là où 7 milliards aujourd’hui sont appelés à faire la leur. Qui aurait parié un kopek sur Gandhi ou Mandela au démarrage de leur action, ou sur un général parlant aux Français à la radio depuis l’Angleterre…

Le mouvement Colibri, tout marginal qu’il soit encore, est plus proche d’une avant-garde éclairée que les armées de réacs ricanants, surconsommateurs décomplexés et autres imbéciles jemefoutistes qui éructent sur les Khmers verts et fantasment sur le retour à la bougie…

L’effet débond et la définition du suffisant

« Nous consommons trop, nous produisons trop, nous polluons trop, nous détruisons trop, collectivement. La décroissance doit être une décroissance des inégalités. Cette décroissance des inégalités ne doit en aucun cas se traduire par une augmentation du pouvoir d’achat global , cela ne saurait constituer un objectif raisonnable. Comment croire sérieusement qu’il ne faudra pas réduire aussi la production et, avec elle, faire baisser le revenu moyen ? Il nous faut abandonner le mécanisme d’ostentation, cette logique de « compétition positionnelle », cette volonté de vouloir dépasser les autres qui est un moteur de la croissance économique et qui devient un jeu à somme négative. Cette logique digne des Shadoks démontre l’incapacité à appréhender la question du suffisant … (Baptiste Mylondo) » 

Bien entendu certains commentateurs sur lemonde.fr y vont de leur méchanceté gratuite : « On a déjà essayé dans les pays communistes… Bienvenue en URSS… En général, définir le et limiter au suffisant aboutit à ce que le nécessaire ne soit pas produit… Ce rêve égalitaire de décroissance supposerait la fin des libertés pour tous… On a le cours du prof de philo, manque juste celui du prof de TP. Une paille… ça commence à devenir lassant ces tribunes du Monde qui disent la même chose… » Les commentaires du genre « bienvenue en URSS » me font franchement rire ! Ils ne voient pas qu’aujourd’hui, les producteurs et leurs publicitaires décident pour nous, ce qu’on appelle la filière inversée. Mais d’autres vont à l’essentiel : « Qui va définir ce qui est suffisant? Quel contenu mettre dans ce terme? Est-ce avoir un toit, trois repas par jour et un service de santé ? Y ajouterait-on la culture, mais là on entre dans une spirale infernale ? » Si on considère que la croissance est un choix de société, la décroissance pourrait en être un autre. Voici quelques modalités du suffisant rapportées par le livre qu’a supervisé Mylondo en 2009 :

Les stratégies de débond vont à l’opposé des stratégies de rebond. Il faut identifier les facteurs limitant : temps, monnaie, infrastructures, propriété, aliénation, inégalités. Des activités telles que le jardinage, la randonnée, les repas qui s’étirent en longueur, l’usage de la bicyclette réduisent le temps disponible pour d’autres activités polluantes ; elles créent un « débond temporel ». La baisse du temps de travail et le partage du travail est incontournable. Une période de crise est un moment privilégié pour passer par exemple à la semaine de trois jours. Il s’agit globalement d’allouer plus de temps à la rencontre humaine, à la relation avec la nature, plutôt qu’à produire et consommer. Limiter la monnaie, c’est réduire la capacité financière d’exploiter. Ce serait une politique de décroissance post-keynésienne, dans le sens où elle agirait sur le budget et la monnaie mais viserait à réduire la demande plutôt que de l’augmenter. Une autre piste consiste à remplacer les monnaies existantes par des monnaies alternatives locales. Les politiques de décroissance réduisent les infrastructures dédiées à la production et à la consommation, par exemple les infrastructures de transport. De manière très concrète, il faut diminuer les incinérateurs, les aéroports, les autoroutes, les lignes haute tension, les infrastructures touristiques, etc. Il s’agit de promouvoir des infrastructures basées sur le local.

Les droits de propriété sont des droits à exploiter. Il faudrait donc réduire les droits de propriété sur le biologique, le sol et les minéraux ainsi que la capacité à exploiter. Par ailleurs les droits de propriété sont des freins à la mutualisation de nombreux biens et donc à la satisfaction individuelle et collective des besoins. L’information sur l’effet rebond doit être diffusée ; cette sensibilisation peut en réduire l’ampleur. Favoriser une prise de conscience impliquerait évidemment d’imposer des restrictions à l’industrie de la publicité. Il s’agit globalement de promouvoir la communication et la compréhension mutuelle et de réduire la dépendance extrême au confort, la peur de la nature, la non-compréhension des conséquences de nos actions. Limiter l’incitation à la production et à la consommation liée aux inégalités nous invite à explorer les solutions telles que le revenu maximal, le revenu minimal inconditionnel, la remise en question du secret bancaire et fiscal. Bien sûr cela passe par l’exploration de toutes les possibilités liées à la réduction de l’échelle des salaires et à la valorisation du travail bénévole. (François Schneider) 

Payer en billets cash ou par carte bancaire ?

Damnation, la peur non fondée de la transmission du coronavirus par l’intermédiaire des pièces et billets a favorisé l’accélération des paiements digitaux. Cela facilite l’évolution mortifère vers une société sans argent liquide. Un tiers environ des billets en euros « partent à l’exportation », parce que l’euro, comme le dollar, constitue, en tant que monnaie stable, un instrument de thésaurisation, notamment en Afrique, en Russie, en Europe orientale ou au Moyen-Orient. Un autre tiers des billets imprimés est conservé sous le matelas en Europe. Enfin le dernier tiers sert à payer, mais cette part « évolue à la baisse ». Pour LE MONDE, « Il n’y aura pas de retour en arrière » : « Le cash était déjà sur une pente descendante. Au milieu des années 2000, les paiements en espèces soutenaient un cinquième du PIB, l’an prochain ce sera un septième. » L’innovation pour l’innovation se déchaîne, carte bancaire biométrique avec capteur d’empreintes digitales, cryptomonnaies et bitcoin, projet commercial Libra de Facebook, etc. Les afficionados du langage binaire suivent la mode. Mais l’argent liquide ne va pas disparaître brutalement, les populations fragiles n’ayant souvent pas d’autres moyens de paiement que le cash . La Banque de France a dû rappeler à des commerçants que les espèces bénéficiant du cours légal en France, elles ne pouvaient pas être refusées.

Nous n’avons pas besoin de carte bancaire. Comme le portable, c’est signe de l’informatisation forcenée de notre société. Les pièces et billets était un système qui avait atteint son degré de maturité. Les échanges étaient de fait plus limités, le capital et le travail ne pouvaient que difficilement s’exporter dans les pays étrangers. Avec le chèque, la dématérialisation de la monnaie était arrivée à un point tel qu’elle permettait déjà toutes les dérives financières. Les échanges étaient simplement indiqués dans des lignes de compte au niveau bancaire, non tangible pour l’utilisateur, non contrôlable. Les banques sont capables de créer de la monnaie ex nihilo, à partir de rien, de faire crédit à des entreprises insensées comme les placements pourris qui ont conduit à la crise des surprimes en 2008. Jetons nos cartes bancaires en 2021et gardons nos billets. Ce n’est pas revenir au troc, à l’or ou à l’argent, c’est revaloriser une monnaie fiduciaire en laquelle il fallait faire confiance, mais qui ne profitait pas aux marchés financiers !

Revenir aux années 1960, sans portable ni carte bancaire, c’est revenir à une époque où les États et les ménages ne croulaient pas sous les endettements… En tant qu’écologiste, il nous faut penser à l’ancienne, ni portable, ni GPS, ni carte bancaire. La simplicité volontaire contribue à la réduction de notre poids sur la planète. Mais l’exemplarité d’une minorité ne sera suivi que quand les gens y seront obligés… comme ils sont obligés aujourd’hui à ne pas se passer de carte bancaire. Il n’y a jamais d’évolution linéaire sur le long terme, il y a aussi des retours en arrière. En effet les gens seront inéluctablement obligés d’en revenir aux pièces et aux billets. La raréfaction des hydrocarbures et autres ressources naturelles montreront à tous dans l’avenir qu’il nous fallait ressentir les limites de la planète et l’exprimer dans notre mode de vie. On se passera d’électricité, du moins pour une très grande part, et les serveurs de nos monnaies électroniques dépériront en période de descente énergétique jusqu’à en mourir. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

6 mars 2017, La menue monnaie interdite par le tout électronique

14 juillet 2016, dématérialisation, histoire de la catastrophe monétaire

L’économie circulaire, une vraie entourloupe

« Une grosse partie des déchets n’est pas recyclable. Prenons une simple canette : il y en a en acier, en alu, d’autres qui ont la paroi en alu et le culot en alliage. En tant qu’ayant fondée une start-up de l’économie circulaire pour recyclage des canettes, La Boucle verte, je me suis rendu compte qui’il y avait une telle complexité des modes de consommation, des matériaux, des filières de tri, de revalorisation, que c’était impossible d’arriver à l’objectif utopique de tout recycler. Par exemple 22 % des canettes finissent comme sous-couche routière à l’issue de leur incinération. De plus la canette consommée à Marseille doit partir à Strasbourg pour être refondue, ce n’est pas viable. Quand on voit qu’on n’est même pas capable de recycler parfaitement un emballage aussi basique, et que cela nécessite des filières lourdes à forte empreinte écologique, on se demande comment ce serait possible pour tous les objets bien plus complexes qui nous entourent. Un téléphone est composé de dizaines de métaux et de différents plastiques. Le recyclage d’une quantité toujours plus grande de déchets est une équation qu’on ne peut pas résoudre. Il faut arrêter de se mentir en se disant qu’on va trouver une énième solution qui va sauver la planète. Vouloir résoudre un problème qui a trouvé sa source dans la technologie par une nouvelle technologie, c’est une complexification sans fin du système. On devra détechnologiser progressivement pour utiliser des techniques simples, déjà éprouvées, avec de faibles impacts sur l’environnement. Chacun devra faire des efforts, mais c’est vital. Sinon le confort, on le perdra quand on se prendre un effondrement écologique.J ’ai perdu la foi en une croissance verte, maintenant je suis partisan d’une décroissance choisie ; c’est la seule manière de faire de la vraie écologie. » (Charles Dauzet, interviewé par le mensuel La Décroissance de juin 2020, extraits)

Bibliographie

2010 2010 Quel futur pour les métaux ? Sous la direction de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon

2011 Cradle to cradle (du berceau au berceau ou créer et recycler à l’infini) de William McDonough et Michael Braungart

2014 L’âge des Low tech (Philippe Bihouix)

Pour en savoir plus sur l’économie circulaire grâce à notre blog biosphere :

24 septembre 2013, économie circulaire, écologie industrielle, un leurre

Dans leur livre Cradle to cradle (du berceau au berceau ou créer et recycler à l’infini), les auteurs espèrent qu’un jour tout ce que l’humain peut produire pourra littéralement être mangé ou tout au moins digéré sous forme d’humus, éliminant ainsi jusqu’à la notion même de déchets. C’est l’économie circulaire de « l’écologie industrielle ». Notons pourtant que William McDonough et Michael Braungart définissent une éco-bénéficience sans jamais donner de moyens sérieux pour la réaliser… Ils travaillent pour les grandes entreprises et rêvent de moquettes et de pérennité de la voiture individuelle !

2 mars 2016, Pour une stratégie industrielle circulaire et fonctionnelle

Nicolas l’a dit : « En lieu et place d’une économie « linéaire » qui, d’un même mouvement épuise les ressources et accumule les déchets, c’est vers une économie « circulaire » (selon l’appellation germanique) qu’il faut s’orienter, en cherchant à rapprocher nos écosystèmes industriels du fonctionnement quasi cyclique des écosystèmes naturels. L’ambition industrielle s’inverse : elle ne consiste pas à produire pour produire, mais à réduire, récupérer, réutiliser, re-fabriquer et recycler les productions. Il y a transformation des déchets en ressources et les matières utilisées en matières premières. Il faut sortir de l’ère du jetable et du gâchis… Ouvrir ce chantier, l’encadrer, le planifier et le mener à son terme n’ira pas sans imposer des contraintes réglementaires. (Le pacte écologique de Nicolas Hulot, 2006 »

24 avril 2018, Économie circulaire, on en parle, on le fera peut-être

Nicolas Hulot l’a (presque) fait, douze ans plus tard ! C’est le premier ministre en personne, accompagné de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’écologie Nicolas Hulot, qui a présenté la feuille de route de ce modèle économique qui veut rompre avec l’ère du « fabriquer, consommer, jeter ». Les cinquante mesures reprennent les anciennes, tendre vers 100 % de plastiques recyclés en 2025 », réduire de 30 % la consommation de ressources ou encore créer jusqu’à « 300 000 emplois supplémentaires » dans l’économie circulaire… JEROME GONSOLIN sur lemonde.fr : « Je vois mal comment ces mesures peuvent produire les objectifs affichés: « mieux informer », « valoriser les déchets », « simplifier les règles de tri »…, tout ça n’agit en rien sur le volume de déchets ! J’étais à McDo ce midi, pour un menu à 5,3 € on produit un emballage de hamburger, un gobelet avec couvercle+paille, un sachet pour frites, un set de table, et avec les divorces tous les parents qui ont la garde de leurs enfants et la flemme de faire à manger sont venus polluer… et moi aussi !« 

14 décembre 2009, Économie, l’art de réduire les dépenses

La fable de l’économie telle que l’expose la quasi-totalité des manuels de sciences économiques en fait un système circulaire d’échanges de valeurs entre la sphère des entreprises et la sphère des ménages. C’est un système conceptuellement clos, une sorte de machine intellectuelle réalisant le mouvement perpétuel à l’intérieur d’un grand parc aménagé pour la satisfaction à court terme des plus riches, et pour le plus grand malheur de tous à moyen terme. Mon petit Larousse me dit : «  Economie, Art de réduire les dépenses » ou « ce que l’on ne dépense pas ». Ce sens traditionnel a malheureusement  été bien oublié au profit d’une économie de croissance qui a épuisé la biosphère.

Ecolomaniak déconfine ses deux poules

Ma vie en période de confinement a été comme à l’ordinaire, bien employée et proche de la nature. J’aimerais que tout le monde puisse passer ses vieux jours dans les conditions qui sont les miennes, à la campagne, au milieu de ses poules, de ses fleurs, de ses arbres fruitiers et du potager d’où on peut contempler tout autour la forêt. Plus je vieillis, plus je pense que la ville est une invention du diable… et la pension de retraite une incitation à se mettre au rythme de la nature et au service de la collectivité. Je me lève assez tard, je l’avoue, pour un petit déjeuner eau/chicorée. Puis j’ouvre mon ordinateur pour plonger dans le télétravail. Participer à des associations écologistes et à un parti politique environnementaliste, ça occupe de longues heures. J’arrive au déjeuner, mes deux poules ont fourni l’essentiel du repas, leurs œufs. Et au dessert nos framboises sorties du congélateur (un luxe non durable), les dernières, les nouvelles arrivent mais pas en très bon état cette année. Je prépare la pâte à crêpe pour le soir, le lait est issu de la ferme d’à côté. Privilégions les circuits courts nous dit-on avec raison. mais tout le monde n’a pas le privilège de résider à la campagne…

Petite précision, hier j’ai déconfiné mes deux poules pondeuses. Je leur avais fabriqué un enclos de 30 m², elles ont maintenant le droit de circuler dans le verger, 2500 m². Elles ont l’air plus heureuse, moi aussi j’ai besoin d’espace pour parcourir la nature. Rappelons que le chiffre 3 sur une boîte d’œufs signifie un élevage en cage avec 18 poules au mètre carré. 18 poules ! J’ai pourtant lu qu’une poule a besoin au minimum de 0,5 mètre carré dans le dortoir et d’au moins 1 mètre carré dans la zone de promenade. Élevons des poules au grand air, tout le monde s’en portera mieux.

En début d’après-midi, je joue au piano, chacun à son passe-temps et mieux vaut martyriser un instrument de musique que taper sur sa femme en période de (dé)confinement. Ensuite c’est le travail au jardin, des cerises à ramasser en haut du cerisier de la vieille voisine, quelques plants de tomates à repiquer, la vie proche de la terre comble largement les vides de l’existence. En fin d’après-midi je me lance à bicyclette sur les chemins avec ma compagne, nous allons parcourir plus que les 4 à 8 km journaliers que nous nous étions imposés pour garder la forme ces deux derniers mois de mise en résidence surveillée. Personne dans les bois pour nous verbaliser alors que nous dépassions largement le kilomètre imparti pour les urbains… chut ne nous dénoncez pas. Le soir arrive, j’ouvre à nouveau mon ordinateur, militantisme écolo oblige pour un Ecolomaniak qui se respecte… c’est quand même mieux que s’affaler devant la télé !

NB : si vous voulez être publié, envoyez votre histoire d’Ecolomaniak à biosphere@ouvaton.org, merci. (3000 caractères maximum)

Plutôt mourir que donner du fric à Renault

Un prêt public bancaire de 5 milliards d’euros prévu pour Renault. Encore de l’argent gaspillé ! Pour obtenir l’aide de l’Etat, le constructeur automobile doit s’engager « dans trois directions : le véhicule électrique, le respect de leurs sous-traitants et la localisation en France de leurs activités technologiquement les plus avancées », dixit le ministre français de l’économie. Rien sur l’écologie ! Bruno Le Maire ajoute sans rire : « Toutes les aides que nous apportons aux entreprises doivent être orientées dans deux directions : la décarbonation de l’économie française et l’amélioration de sa compétitivité. » Déroutant oxymore ! Étonnant que les politiques ne parlent pas du nécessaire dévoiturage, l’abandon de la voiture individuelle qui épuise les ressources fossiles et nous procure un réchauffement climatique de moins en moins délicieux. Sauvegarder l’emploi n’est rien quand cela se fait au prix de la détérioration des conditions de vie sur cette petite Terre. La voiture électrique ne résout rien, l’électricité est une énergie qu’il faut fabriquer dans des conditions non durables pour permettre la voiture électrique pour tous. Nous dilapidons l’argent public pour la voiture, l’avion, des secteurs sans avenir. Notre système thermo-industriel a bien obligé les paysans à quitter la terre, pourquoi on ne convertirait pas les travailleurs de l’automobile en paysans  ? Une agriculture non industrialisée a besoin de bras, de beaucoup de bras…

Pour en savoir plus sur le dévoiturage, lire sur notre blog biosphere :

5 juin 2019, Nous n’en poumons plus, vite le dévoiturage !

Extrait : La loi d’orientation des mobilités (LOM) est discutée par nos députés depuis le 3 juin. Le projet inscrit dans la loi l’interdiction en 2040 de la vente des voitures utilisant des énergies fossiles (pétrole, essence, GPL, GNL)…

16 septembre 2019, Le salon de l’automobile en accusation

Entre 15 000 et 25 000 manifestants, la plupart en vélo, ont défilé samedi 14 septembre à Francfort à l’occasion du salon international l’automobile. Le slogan « des sous, des sous » est remplacé par des évidences, « On ne peut pas remplacer nos poumons », « Le salon de l’automobile représente le siècle passé », « On n’en veut plus de ces gros SUV  »..

22 février 2019, LE MONDE est l’otage des lobbies automobiles

Extrait : Normal de pleurer sur la fin de la civilisation automobile, LE MONDE est victime de la nécessité de recettes publicitaires dont une grande partie provient du lobby automobile. Dans le numéro de mardi dernier, la dernière page en son entier est un hymne à Peugeot, « Motion & émotion » ! Un tiers de la page 7 pour la Nouvelle classe C coupé (jusqu’à 228 g de CO2 au km !). Sans oublier la rubrique habituelle « Styles » consacrant toute la page à l’automobile, ici la Toyota hybride…

18 janvier 2019, La voiture demain, économique, propre, omniprésente ?

Extrait : Économique, connectée, propre, la voiture de demain sera au cœur de la vie quotidienne des citoyens de demain, estime Serge Clemente dans LE MONDE*. Un tel point de vue est si irréaliste qu’il en est comique. Il est vrai que pour quelqu’un dont le métier est de vivre de l’automobile, le point de vue est biaisé. Comme on disait dans les années1970, la bagnole ça pue, ça pollue et ça rend con…

18 octobre 2017, La chasse aux automobilistes est ouverte, feu à volonté

Extrait : Pour un écologiste, c’est à la déconstruction du monopole de la bagnole qu’il faut travailler, le dévoiturage doit être massif. Déjà en 1974, le candidat écolo à la présidentielle René Dumont s’exprimait ainsi : « Chaque fois que vous prenez votre voiture pour le week-end, la France doit vendre un revolver à un pays pétrolier du Tiers-Monde…

10 juillet 2017, Une société sans voitures à essence est-elle possible ?

Nicolas Hulot a présenté le 6 juillet 2017 un plan climat : « Ce n’est pas un sujet qui spontanément passe toujours au premier plan dans l’écran radar. Notre responsabilité, c’est de faire que ce sujet prime sur tous les autres. » Il annonce la fin de la commercialisation des voitures roulant à l’essence ou au gazole en France d’ici 2040. Un gouvernement adepte du dévoiturage, je demande à voir ! En fait il s’agit d’abord de relancer la machine à fabriquer encore plus d’automobiles…

9 mai 2017, Adieux à l’automobile, le dé-voiturage en marche

Extrait : Une fois encore, nos gouvernements font preuve de manque de vision ; on répare les infrastructures routières qui se détériorent, on cherche les moyens de diminuer les bouchons de circulation, on encourage le remplacement des moteurs à combustion par des moteurs électriques… Bien évidemment, avec la fin du pétrole bon marché, l’ère de l’automobile s’achève et il faut dès maintenant repenser notre civilisation sur un autre modèle…

29 février 2016, Dévoiturage : l’urgence de sortir du tout routier

Extrait : Moteur du dynamisme économique et de la mobilité individuelle, le trafic routier se présente en même temps comme une des causes principales du fameux effet de double ciseau : raréfaction de la ressource pétrolière d’une part et aggravation de l’effet de serre d’autre part…

27 avril 2015, Pourtant il faudra bien un jour se passer de voiture

Extrait : Pic de pollution en Ile-de-France*. Pourtant la ministre socialiste Ségolène Royal refuse des mesures de restriction du trafic routier contre l’avis des élus locaux : « Empêcher quelqu’un de prendre sa voiture, c’est une mesure privative de liberté (…). Personne ne peut ni imposer, ni vociférer, ni exiger »…

Plutôt mourir du coronavirus plutôt qu’intubé

Des contaminés qui arrivent à l’hôpital déjà cyanosés, crachant une mousse sanguinolente. Des gens atteints d’œdème pulmonaire aigu, dont l’état se dégrade à toute vitesse et que l’on intube à même les couloirs. Nous sommes en 1968-1970, la grippe de Hongkong frappe une partie de la planète ; le virus H3N2 fera au moins 1 million de mort, en France sans doute plus de 30 000 morts. Au 13 mai 2020, la Covi-19 a fait moins de 300 000 morts au niveau mondial, moins de 30 000 morts en France. En 1968, on minimise : «  La symptomatologie de cette grippe parait bénigne et, si l’on prévoit l’extension rapide et très large de cette épidémie, il ne semble pas cependant qu’elle doive prendre un caractère de quelconque gravité (LE MONDE du 11 novembre 1968). » En 2020 on confine la presque totalité des habitants de la planète. La mise en scène par les médias actuels d’une pandémie comme il y en a eu bien d’autres exacerbe les réactions socio-politiques. On passe d’une dramatisation à une autre, hier les attentats terroristes, aujourd’hui la pandémie, demain ce sera autre chose. La particularité de la société thermo-industrielle, c’est l’hubris, la démesure anti-nature qu’il nous faut combattre. Prenons l’exemple du passé.

Le 17 décembre 1969, une note au directeur général de la santé informe que le département du Tarn, très touché, enregistre 25 % de malades dans les familles, 30 % d’absents dans les écoles, 20 % dans les administrations, 17 % dans l’industrie, 18 % dans les autres secteurs d’activité. « L’épidémie de grippe qui s’étend, comme chaque année, sur l’Europe n’est ni grave ni nouvelle »*, lit-on pourtant dans Le Monde du 18 décembre 1969. L’État n’entreprend rien pour freiner l’épidémie, la grippe, c’est ce que tout le monde attrape. Personne ne connaît le nombre exact de victimes, on ne disposait à l’époque d’aucun outil de surveillance épidémique en temps réel. De toute façon la plupart des gens en 1968 considéraient qu’il était normal de mourir de quelque chose. Les accidents de la route et le tabac faisaient un carnage sans que la population s’en émeuve. Aujourd’hui le rapport à la mort a changé, il devient intolérable de mourir de façon naturelle, on pratique l’acharnement thérapeutique, les transhumanistes rêvent de nous voir vivre 1000 ans et les militaires veulent pratiquer la guerre zéro morts. Les progrès techno-scientifiques nous ont fait perdre tout sens de la limite. De toute façon il faut bien mourir un jour, autant que ce soit en bonne santé et non pas transpercés par des tuyaux reliés à des machineries.

Acceptons la mort qui vient au nom de la sélection naturelle, et sur nos directives anticipées rajoutons le refus de l’intubation et de la ventilation artificielle. Mieux aurait valu politiquement miser sur l’immunité collective et ne pas se lancer dans des confinements à répétition. Il faut à un moment et à d’autres donner des limites à la mainmise de la techno-science sur nos existences. Voici quelques lectures complémentaires sur notre blog biosphere :

5 mai 2020, Covid, la trouille politique devant la mort

24 avril 2020, Soyons courageux, attrapons le SARS-CoV-2

7 avril 2020, Covid-19, pouvoir mourir sans souffrir

7 avril 2020, objectif du confinement, l’immunité collective

3 avril 2020, Covid-19, comment gérer la fin de vie

26 mars 2020, Covid-19, le « droit à la vie » est relatif

14 mars 2020, Covid-19, choix de l’immunité collective en GB

25 février 2020, Coronavirus : pandémie et sélection naturelle

25 juin 2014, Acceptons la fin de vie, par nature notre lot commun

* https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/11/qui-se-souvient-encore-de-la-grippe-de-hongkong_6039258_3224.html

Post-covid, pour une société sans école

La rentrée scolaire post-confinement va se dérouler en plusieurs phases, à partir du lundi 11 mai. Ni les modalités, ni les raison n’en sont claires. Emmanuel Macron dixit : « L’école des parents, c’est gentil, mais on ne peut pas continuer comme ça, sinon ça voudrait dire que les profs sont inutiles… Pour faire redémarrer le pays, on n’a pas le choix : l’économie ne peut repartir avec les seules personnes qui n’ont pas d’enfants. (Le Canard enchaîné du 29 avril 2020) » Edouard Philippe : « Chaque mois d’école perdu est un énorme problème social. Avec le déconfinement scolaire, il faut garantir la réussite éducative des élèves, notamment les plus vulnérables d’entre eux, dont la scolarité souffre terriblement du confinement. (LE MONDE du 30 avril 2020) »

Nos dirigeant ne saisissent pas la réalité. L’école des parents est essentielle dans la formation cérébrale, c’est elle qui formatera par la socialisation primaire des personnalités actives ou passives. L’école, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, n’est qu’une création du système thermo-industriel qui a chassé les paysans de leurs terres et rendu l’école obligatoire pour trouver du travail ailleurs, « en sachant lire, écrire et compter ». Les profs ne sont utiles que pour la pérennité d’une orientation professionnelle qui trie les élèves vers les métiers annuels pour ceux qui ne sont pas jugés aptes aux études longues. Faire revenir les enfants des classes défavorisées à l’école ne règle pas du tout le problème des inégalités sociales, un enfant inadapté à enseignement à distance pendant le confinement restera inadapté à l’enseignement présentiel. L’enfumage gouvernemental révèle pourtant son argumentation première, séparer enfants et parents pour que la vie économique puisse repartir comme avant. Du point de vue des écologistes, la simplicité volontaire c’est refuser l’école car à quoi bon apprendre à lire et à écrire à des gens qui resteront soit passifs consommateurs gavés de pubs et de spectacles, soit adaptés à écraser leurs rivaux dans un système concurrentiel ? Un analyste subtil et profond de la société thermo-industrielle, Ivan Illich, a publié en 1971 un livre intitulé une société sans école : « Les sociétés attachées à la scolarisation universelle et obligatoire insistent sur une entreprise frustrante et toujours plus insidieuse qui multiple les ratés et les infirmes. L’institution tenue pour sacrée légitime un monde où la grande majorité des individus sont stigmatisés comme recalés tandis qu’une minorité seulement sortent de ces institutions avec en poche un diplôme qui certifie leur appartenance à une super-race qui a le droit de gouverner. L’apprentissage est vu comme le fruit d’un enseignement par des maîtres professionnels et comme un curriculum, littéralement une course. La scolarisation fait office de portier à l’entrée des boulots ; or le marché du travail disparaît. Une petite anecdote éclairera mon propos. Il y a vingt ans, quand j’écrivais les essais réunis dans Une société sans école, j’ai appris avec stupéfaction que la direction sanitaire de la ville de New York excluait les boueux qui n’avaient pas leur baccalauréat ! L’obsession de notre société qui oblige les enfants des bas quartiers (et du Tiers-monde) à fréquenter les écoles des bas quartiers est une cruauté absurde. » D’un côté les sur-diplômés, de l’autre les exclus. En France pour être instituteur dans les années 1960 on pouvait passer le concours à la fin de la troisième, puis on a exigé le baccalauréat, puis deux années de licence et maintenant une maîtrise, tout ça pour apprendre à des enfants à lire, écrire et compter.
Pour Marcel Gauche, il ne s’agit pas de bien vivre même si on est analphabète, mais de s’adapter à une société complexe et en compétition avec les autres sociétés  : « Le plus grave, c’est l’incapacité du système scolaire à assurer à tous l’acquisition des savoirs élémentaires. Le lire-écrire-compter est vital pour les enfants du XXIe siècle pris individuellement, mais aussi pour la cohésion de notre société et la compétitivité du pays.  (LE MONDE du 22 mars 2013) » Nous préférons l’analyse de Marie Duru-Bellat*, Pour une vision écologique de l’école : « Au début des années 70, Ivan Illich, théoricien de l’écologie politique, publiait « Une société sans école ». Il y poursuivait la construction d’une théorie critique de la société industrielle et de sa logique du « toujours plus ». Quarante ans plus tard, la pensée illichienne est plus que jamais d’actualité. Les questions d’éducation sont posées d’une manière qui reflète fidèlement le fonctionnement social et économique que l’écologie dénonce : plus, c’est forcément mieux, avec à la clé une « politique de l’indice » (50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur par exemple) sans retour réflexif sur une mise en avant des bénéfices individuels… L’école est victime d’une logique de compétition. Rejetant cette dérive, une perspective écologique amène à repartir de la question élémentaire : pourquoi et à quoi éduquer? Or, en se limitant à l’insertion dans une vie qui n’est que professionnelle, l’école freine la compréhension transversale et multidimensionnelle des enjeux du long terme. L’école apprend-t-elle à travailler avec les autres, au-delà de leur niveau de réussite scolaire qui les transforme tous en concurrents ? L’école apprend-elle à se situer dans l’environnement, à mieux interagir avec le reste de la nature ? On y apprend qu’apprendre se fait par l’entremise de contenus abstraits dispensés par des adultes qui ne se définissent pas avant tout comme des éducateurs mais comme des spécialistes d’une discipline. Les enjeux écologiques ne doivent plus être traités de manière cloisonnée. Voici quelques directions à prendre :

–          Faire entrer à part entière l’enseignement de la coopération dans les matières enseignées.

–          Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

–          Placer les activités manuelles, indispensables à l’équilibre général des compétences, au cœur des programmes.

–          Mettre au cœur de l’enseignement des enfants, la connaissance, la compréhension, l’interaction avec la Nature.

–          Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature.

–          Favoriser l’épanouissement des enfants, leur estime d’eux-mêmes et une véritable autonomie, gage de sécurité.

–          Former les enseignants aux savoirs-être et à la coopération.

–          Développer l’éducation à la parentalité, tout au long de la vie des parents.

–          Mettre en place un système d’évaluation progressif et favorisant l’estime d’eux-mêmes des élèves

* http://www.huffingtonpost.fr/marie-durubellat/ecole-ecologie_b_2867078.html

Soyons courageux, attrapons le SARS-CoV-2

Le nouveau coronavirus ne nous veut pas de mal, il veut simplement survivre lui aussi. Il ne tue son hôte que si celui-ci résiste trop fort et retourne l’organisme humain contre lui-même, avec orage cytokinique, une trop violente réponse immunitaire, un syndrome respiratoire aigu sévère. Il faut d’autant plus apprendre à vivre avec le SARS-CoV-2 que nos moyens de résistance sont limités. Les dernières études montrent notre impuissance technologique. L’immunité collective n’est jamais assurée ; si dans deux ans les gens qui ont eu une première infection par ce virus n’ont pas fait une deuxième maladie, nous conclurons que la première infection protège pendant deux ans. Cela ne nous dira même pas si cela durera trois ans. La « guérison » survient quand la réponse immunitaire a éliminé le virus. Mais les Sud-Coréens ont décrit des cas de tests à nouveau positifs chez des personnes ayant été infectées ; mais nous ne savons pas s’il s’ils ont vraiment été réinfectés ou s’ils auraient dans l’organisme un réservoir où le virus persisterait. Avec la dengue, une maladie virale parmi des centaines de maladies virales, la seconde infection est souvent plus grave que la première ; si c’est le cas pour le SARS-CoV-2 , ce serait le scénario cauchemar. Le chiffre d’au moins 60 % à 70 % de la population immunisée est avancé pour parvenir à une immunité de groupe. Ce n’est qu’une hypothèse, avec des maladies très contagieuses comme la rougeole, ce seuil est fixé à 95 %. De toute façon avec 6 % de contaminés à l’heure actuelle en France, nous sommes encore très loin du compte et le virus continue de circuler. Et ne nous faisons pas de cinéma, il n’y a de vaccin pour aucun des sept coronavirus humains déjà connus. Pire, une vaccination peut créer des anticorps facilitants qui se fixent sur le virus et facilitent son entrée dans la cellule, aggravant l’infection. A l’automne, il faudra non seulement porter des masques, mais tester et isoler les porteurs du SARS-CoV-2 afin d’éviter une nouvelle vague plus violente. Mieux vaudrait sans doute rester cool et agir à la suédoise, une stratégie de non-confinement. Les commentateurs s’interrogent sur lemonde.fr :

Lithopedion : Donc l’immunité dure probablement 2 ou 3 ans. Ce qui fait qu’en confinement tout le monde, on arrivera à une immunité de groupe que dans 8 ans au rythme actuel. Donc une partie des personnes immunisées aujourd’hui ne le sera pas dans 2 ans, et rebelote, la pandémie continuera indéfiniment. Alors que si on déconfine d’un seul coup, suffisamment de monde obtient l’immunité et le virus disparaîtra de lui-même.

Airain : Au moins cela va nous éviter les confinements futurs, vu la rémanence du virus, il va falloir vivre avec, c’est tout. Pour se rassurer, collectivement, on peut se dire que si le covid a tué 180000 personnes en 4 mois, la Terre a vu sa population augmenter de … 25 MILLIONS de personnes sur ces mêmes 4 mois… Le virus pour la Terre, c’est l’être humain.

Jackpot : Dans tous les cas, on a envie de dire qu’il faut deconfiner, non ? Apprendre à vivre avec le virus comme une société adulte, en acceptant le fait que nous ne sommes pas immortels. Qui imagine vivre confiné pendant des années, pour faire gagner quelques années d’espérance de vie à quelques personnes déjà très âgées ?

Airain : Oui jackpot, vous avez raison, mais les hypocondriaques du forum veulent absolument vivre vieux, même s’ils sont confinés … ils oublient de vivre bien…

Minier : Et oui, le gouvernement préfère ne pas assumer les dizaine de milliers de morts à court terme (facilement imputable à leur « mauvaise » gestion) et sacrifier l’espérance de vie au global en paupérisant les populations les plus fragiles et en détruisant l’économie qui va impacter tout le monde avec des effets dévastateurs mais qui ne seront pas quantifiables. C’est de la lâcheté.

Goeland : Mais oui bien sûr, peut-être changerez-vous d’avis lorsque vous serez en train d’étouffer dans un couloir d’hôpital débordé, ce que je ne vous souhaite pas bien entendu.

Tiède @ Goeland : On ne pourra plus payer les retraites quand la moitié de la population sera au chômage. Alors vous serez affamés dans un couloir d’hôpital débordé. Quand on commence à jouer sur le registre de l’émotion, on perd des capacités de réflexion.

PhF : Il va falloir repenser nos vie, notre consommation et notre relation a l’autre. Comment manger autrement sans élevage intensif ni déforestation. Comment voir ses amis. Comment faire du sport .
Airain : Quand nous parlons de changer de paradigme de société, beaucoup de gens de ma génération considèrent que oui, nous sommes bien trop nombreux sur Terre, et en cohérence avec nos idées, nous avons décidé de ne pas avoir d’enfants…

Covid-19, mieux vaut refuser la réanimation

Ceux qui sortent de la réanimation doivent tout réapprendre : respirer sans assistance, bouger la main, se lever, marcher…Il faut sevrer les patients de leurs appareils respiratoires après la « réa », et à les rééduquer à l’effort pour qu’ils puissent rentrer chez eux. Tout ce qui allait de soi avant l’hospitalisation a disparu. Leur long séjour en réa, de deux à trois semaines en moyenne, l’intubation, la ventilation artificielle, le coma, la fonte musculaire liée à leur alitement prolongé et les cocktails de médicaments à hautes doses les ont laissés exsangues. Ils ne retrouvent pas la force de respirer spontanément après leur réveil. L’assistance mécanique est alors maintenue, puis diminuée progressivement pour ré-entraîner les muscles respiratoires. D’un hôpital à l’autre, tout le monde raconte toujours la même histoire : « Le patient s’est remis à respirer, ça l’a dégradé, on a dû le remettre dans le coma. » …. Quelques réactions sur lemonde.fr :

Geoffparis : Merci de nous faire flipper, comme si on angoissait pas suffisamment…

Catherine R. : C’est flippant mais ça calme les envies de faire n’importe quoi.

Adrienne 1 : Mon mari et moi, bien que ne faisant pas partie des populations à risque, avons formulé des directives écrites pour ne pas subir cela si nous sommes atteints. La description de l’état des patients à la sortie de la réa nous conforte dans notre choix. C’est un des derniers choix qui nous restent alors que nous sommes privés de nos libertés élémentaires.

Elsa : Voilà pourquoi avec ce virus, qui impose des coma artificiels si longs, on ne met pas en réanimation les personnes de plus de 80 ans… A cet âge, même en bonne santé au départ, la probabilité de réussir à ressortir en bon état de tout ce processus est extrêmement faible. Je repense à un commentaire indigné disant que son père de 95 ans prenait encore son vélo tous les jours et qu’il serait scandaleux de ne pas l’intuber. Certes, mais une fois perdu tous ses muscles, ce monsieur serait-il en mesure d’endurer des mois de rééducation et de retrouver son autonomie ?

Fouilla : Si j’ai bonne mémoire, on nous a expliqué que le confinement était le prix à payer pour étaler l’épidémie et l’occupation des lits de réanimation sachant que sauf très bonne surprise (vaccin arrivant rapidement) une grande proportion de la population sera finalement touchée. Et donc le résultat c’est ça? Des patients (du moins pour la moitié qui survivent pendant la réanimation) transformés en légumes après 3 semaines de curare ? Quel sera leur taux de survie après plusieurs mois de souffrances ? Combien n’auront pas de séquelles ? Nous sommes entrés dans la dictature de la techno-médecine et de l’hygiénisme !

Le confinement dans la commune de Chemoi

De mon côté tout va bien, le confinement ne change rien à mes habitudes. Vous vous en douteriez si vous connaissiais Chemoi, mon lieu de vie ordinaire, mon village préféré. Ma compagne et moi-même nous y sommes « comme en vacances », bien occupées à s’activer, toujours du travail à faire dans le jardin, les haies à tailler, le compost à étendre, fendre et couper le bois pour préparer le prochain hiver, admirer la danse des abeilles qui vont et viennent déjà en nombre à l’entrée de mes deux ruches, s’occuper de mes deux poules pondeuses (treize œufs chaque semaine), admirer les arbres fruitiers en fleurs de mon verger, jouir de la nature qui s’éveille. Les hirondelles commencent à arriver, trois nids au premier étage d’une annexe inoccupée, il y en aussi dans l’écurie et dans la grange, on laisse portes et fenêtre ouvertes pour nos admirables chasse-mouches. Malheureusement nous hébergeons aussi des envahisseurs asiatiques, les frelons qui font le guet pour déguster une abeille, je viens de mettre un piège, j’en ai déjà attrapé. Mais rien ne vaut la marche chaque fin de soirée dans la forêt, sans se préoccuper des contrôles policiers et de notre attestation de sortie. Ces quelques mots pour dire que nous sommes des privilégiés à côté de tous ces gens enfermés dans leur HLM avec interdiction de faire du vélo ou même de s’asseoir quelques minutes sur un banc dans le jardin public. La société du contrôle permanent arrive à son paroxysme, sombre dénouement d’une société mondialisée et surpeuplée.

Élargissons le débat, nos privilèges de campagnards peuvent-ils être partagés ? Chemoi, c’est une commune de 280 habitants, 21 kilomètres carrés, moins de 15 habitants au km², 8 fois moins que la France et beaucoup moins de chances de choper ce satané coronavirus ; la densité de Paris est de 21 000 habitants par km² ! Il y a des noyers un peu partout en plein champ, des forêts nombreuses et des terres cultivées, des vaches à viande et des vaches laitières, un petit jeune qui a lancé un élevage de poulets bios dans un village abandonné, des lapins en batterie quelque part, sans compter notre propre potager et verger. Dans notre paisible contrée, il y plusieurs granges à toiture photovoltaïque, d’anciens moulins à eau, un ancien moulin à vent sans son toit qui ne demande qu’à être remplacé par une éolienne… Nous pourrions être quasi-autonomes au niveau alimentaire et énergétique. Ajoutons le fait qu’il n’y a qu’une seule liste aux élections, 233 inscrits sur la liste électorale en 2020, un comité des fêtes super-actif, une troupe de théâtre, un groupe de randonnée, une bibliothèque, une salle des fêtes et même une Église qui accueille parfois des spectacles chantant. La vie politique et culturelle se déroule sans heurts, tout le monde se connaît, on n’a pas besoin de policiers (du mot « polis », la cité en grec), ces uniformes qui ne vivent qu’en ville. On a encore moins besoin d’un État national et de ses parodies de démocratie, ni d’une armée, ni d’impôts et tous ces fonctionnaires. Tu vois sans doute où je veux en venir. Nous sommes TROP NOMBREUX. C’est la forte densité qui rend la contagion contagieuse, la démocratie inopérante, la biodiversité inexistante, l’effet de serre irréversible, les ressources naturelles exsangues, etc. Ni État, ni Nation, ni Survivalisme, je préfère Chemoi. Mais si la crise actuelle persiste, tout les urbains voudront aller à Chemoi ! Halte, c’est chez moi ici, pas touche.

Amitiés pour chacun, et bon confinement pour tous, il nous faut profiter à fond de cette situation ubuesque causée par un minuscule grain de sable dans les rouages de la machine thermo-industrielle. Nous avons en ce moment le temps d’échanger, de dialoguer, de s’écharper à l’occasion… cela fait toujours du bien de pouvoir s’exprimer. Les commentaires sur ce blog sont ouverts à tous et toutes…

La Covid-19 fait rigoler grave Ecolomaniak

J’ai tant pleuré pendant des années, on se foutait de la gueule de l’écolo que j’étais, le nucléaire c’est bon pour la santé, le kérosène on peut le respirer, les pesticides faut préférer, etc. Ce que je disais, on s’en foutait, on me rigolait au nez : les gaz à effet de serre, ça n’existe pas, la croissance c’est bon pour l’emploi, la technique nous sauve… Aujourd’hui un minuscule virus fout en l’air ce système à la con, l’air devient respirable, tout est arrêté ou presque. Les vacances sont supprimées, fini l’école assis le cul sur une chaise et enfermé dans des salles, fini les transhumances et ses embouteillages. Les touristes sur leur HLM flottant deviennent des cobayes pour la Covid-19 et les avions sont cloués au sol ; sur le tarmac, on se contente de se disputer des masques sanitaires à coup de dollars Repartir dans les îles de rêve ne va pas être facile, les frontières se ferment. Les routes sont désertes, on n’a plus besoin de taxe carbone. Les gens, en France et même aux USA, apprennent à se passer de tout sauf du nécessaire, bouffer car on laisse encore ouvert les supermarchés. On ne peut plus acheter de plantes d’ornement, mais on fait exception pour les semences paysannes : il va falloir cultiver son jardin si on veut des légumes. On ne dépense plus rien, il n’y a rien à acheter. La pub à la télé n’a plus aucune signification même si on voit encore des restes du passé, faut bien divertir les confinés. On revient à l’essentiel, le travail paysan sans lequel aucune ville n’aurait pu se construire, aucun gourou nous gouverner, aucun privilégié se goinfrer.

La simplicité volontaire que je disais, pour une société sans école, non au tourisme de masse, soyons casseurs de pub, la voiture ça pue, ça pollue et ça rend con, l’avion ça fout les boules, faisons sauter les centrales thermiques, pensons à nos enfant et à nos arrière petits-enfants, vive la décroissance. Mon utopie est devenue réalité, merci Covid-19, c’est maintenant moi qui rigole !

NB : si vous voulez être publié, envoyez votre histoire d’Ecolomaniak à biosphere@ouvaton.org, merci. (2000 caractères maximum)

post-covid, dette économique/dette écologique

 Le monde de demain tel qu’on le voit aujourd’hui : « Les immenses plans de soutien à l’économie lancés depuis le début de la pandémie liée au coronavirus sont en train de faire entrer les pays occidentaux dans une nouvelle ère de dettes colossales… La France passerait d’une dette de 101 % à 141 % du PIB. » On se rassure à bon compte : « En France, le ratio atteignait 270 % en 1944, avant de chuter à 15 %, vingt-cinq ans plus tard. Ce recul impressionnant est venu d’une forte inflation, qui a rendu les taux d’intérêt réels négatifs, et d’une forte croissance (les « trente glorieuses »). »*

Malheureusement, le monde occidental ne peut pas utiliser aujourd’hui la recette de l’après-guerre. A l’époque, une large partie des capacités de production avaient été détruites, les investissements étaient très productifs, il était facile d’identifier les besoins, la croissance allait de soi. Aujourd’hui c’est différent, l’accumulation de capital technique est à son maximum possible, l’investissement productif a fait place à une financiarisation de l’économie depuis plusieurs années et à des mouvements spéculatifs hors sol. L’autre différence avec la sortie de la guerre mondiale, c’est que l’Etat, les entreprises et les ménages son extrêmement endetté alors qu’en 39/45 , l’endettement global était très limité. Le déficit budgétaire des USA en 2012 était de 1300 milliards de dollars, le seul paiement des intérêts de la dette était d’environ 360 milliards de dollars par an, soit 15 % des recettes fiscales. Pour soutenir une croissance économique défaillante on a usé et abusé depuis cinquante ans des moyens de gestion d’une crise conjoncturelle (faibles taux d’intérêt et déficits publics ), et maintenant face à une crise structurelle, il ne nous reste plus rien, les taux d’intérêt sont devenus négatifs et les niveaux d’endettement sont déjà à un niveau insupportable. Et puis on oublie un paramètre incontournable, la dette écologique se rajoute à la dette monétaire.

Le fait de puiser davantage que la part renouvelable des ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique. Le créancier, c’est celui qui prête le capital emprunté. Pour le  capital naturel, le créancier est donc la Terre, ou la biosphère ou la nature, peu importe le nom. D’où une dette écologique des humains envers la Terre. Le fait par exemple de pêcher une espèce de poisson plus que ce qui permet son renouvellement est bien un découvert vis-à-vis des richesses de la mer. Ce découvert, on est normalement obligé de l’acquitter, par exemple en fixant un moratoire sur la pêche, sinon nos contemporains et successeurs seront appauvris. C’est comme si on avait brûlé notre maison… plus d’héritage possible ! Ce n’est pas parce qu’on remplira des brouettes de papier-monnaie qu’on évitera le fait qu’on vit déjà à crédit par rapport aux ressources naturelles comme l’indique l’empreinte écologique. En 2008, notre planète était entrée le 9 octobre dans le rouge. Chaque année, on calcule la date à laquelle la consommation des ressources de la planète dépasse la capacité de renouvellement. Cette date anniversaire a été baptisée Jour de la dette écologique ou Jour du dépassement (Overshoot day). Passée cette date, on est en situation d’épuisement des réserves. Depuis vingt ans, cette date intervient chaque année de plus en plus tôt, ce qui signifie que les ressources disponibles pour une année sont consommées de plus en plus vite. En 1987, l’humanité était passée dans le rouge un 19 décembre. En 2009, ce sera sans doute en septembre. Ce n’est pas durable, on consomme le capital naturel.

Une seule solution, en finir avec les distributions d’argent gratuit aux États, aux entreprises et aux particuliers ; place à une politique d’austérité, de sobriété partagée, de condamnation des inégalités criantes ou ordinaires. Rappelons qu’entre le repas du soir pour le Nouvel An et le 2 janvier, une famille américaine aura déjà consommé, par personne, l’équivalent en combustible fossiles des besoins d’une famille tanzanienne pour toute l’année ! Selon Andrew Simms, un des directeurs de la New economics foundation de Londres, « à moins que les riches ne s’acquittent de leur dette écologique, il ne s’écoulera guère de temps avant que les huissiers du climat ne frappent à toutes nos portes. » Le monde tel qu’il sera demain: d’abord l’essence devint rare et chère, et maintenant il n’y en a plus. L’âge de l’automobile est terminé. L’électricité aussi. Aucun ordinateur ne fonctionne. Les grandes entreprises n’existent plus. L’argent papier ne vaut plus rien. Des villes ont été détruites. Il n’y a plus de gouvernement…

sur notre blog biosphere : 18 mars 2012, Définitions de la dette écologique

17 juin 2009, endettés jusqu’au cou

5 décembre 2008, dette écologique

* https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/02/apres-la-pandemie-le-monde-face-a-une-montagne-de-dettes_6035326_3234.html

Biosphere-Info, Covid-19 au jour le jour

Bonjour à toutes et tous, pour recevoir par mail le mensuel Biosphere-Info, c’est gratuit, il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.org

Notre mensuel est consacré à la maladie Covid-19 causée par le virus SARS-CoV-2 qui provoque un syndrome respiratoire aigu sévère. Dire qu’à une époque des laboratoires officiels préparaient la guerre bactériologique ! Tous les liens de ce mail font référence à des articles sur notre blog biosphere, nous avons suivi l’évolution de la situation au jour le jour.

Le confinement généralisé au niveau mondial nous fait vivre un état de guerre en temps de paix. Nous vivons des choses inimaginables auparavant, rester à la maison en famille, ne pratiquer que les activités professionnelles vraiment indispensables, ne plus se déplacer inutilement, se contenter de l’essentiel. Les écologistes l’ont rêvé, le Covid-19 l’a fait, nous vivons la décroissance sur une période qui s’annonce longue et mondialisée. Mais c’est un minuscule virus, pas un choc pétrolier ni le réchauffement climatique, qui a entraîné ce bouleversement et montré la fragilité de nos sociétés trop complexes. Cette pandémie nous met face à nos responsabilités multiples. Nous pouvons collectivement en tirer des conclusions, prendre un nouveau départ à la hauteur de l’urgence écologique sur une planète pillée et au bout du rouleau ou tout refaire comme avant, business as usual. Les mécanismes boursiers et les largesses budgétaires ne peuvent être d’aucun secours en état de catastrophe, tout au contraire. La magie de l’argent est un mythe.

Nous avons constaté que tous les pays ne sont pas à la même enseigne pour affronter des catastrophes, l’Inde ou l’Afrique par exemple. Mais le problème est général, c’est celui de la surpopulation qui entraîne des concentrations humaines propices à la diffusion non seulement des germes pathogènes, mais aussi du mal-vivre ensemble. Plus profondément cette pandémie a révélé notre rapport à la mort. Il y avait deux stratégies en présence pour enrayer les contaminations, l’immunité collective ou la distanciation sociale. L’avenir dira quelle aurait été la meilleure méthode. Notre système hospitalier a même été amené à déterminer qui avait le droit de vivre ou de mourir. Les difficultés du système de santé ont donné de l’importance au triage médical, une sélection sociale volontairement assumée. Le droit à la vie est un droit relatif, comme l’exprime toute l’histoire de l’humanité. Nous avions cru pouvoir échapper à la sélection naturelle, il nous faudrait revenir à plus d’humilité.

Nos politiciens doivent aussi se rendre compte que la lutte contre le réchauffement climatique peut reposer sur des bases similaires aux méthodes utilisées lors de cette pandémie, en résumé une « sobriété partagée » imposée par l’État. Cela implique une reconsidération de nos besoins, il nous faut aller à l’essentiel. Il n’est plus temps de ressasser les mythes de l’ultra-gauche, plus prête à la surenchère qu’à la modération des besoins. Ni à appliquer des politiques de relance aveugle ; la situation est bien différente de la grande crise de 1929 ou de la crise des subprimes en 2008. Il s’agit de remplacer la société croissanciste par une déprogrammation de la société de consommation et du spectacle (skippers, footeux, etc). Nous devons remettre en question notre goût immodéré pour la croissance économique, il nous faut sortir du vertige des exponentielles. Cela présuppose de combattre les inégalités de revenus pour parvenir à une sobriété partagée, remplacer les refinancement des banques comme après le krach de 2008 par la distribution d’un revenu de substitution. La mondialisation par le libre-échange a multiplié les déplacements de marchandise et de services tout en déstabilisant les filières locales de production, de consommation et d’échange. Contre ce système prédateur, il nous faut donc penser dorénavant démondialisation et relocalisation. Il est plus que temps d’élaborer des stratégies écolos en temps de crise, et après l’épisode du Covid-19 de pas retomber dans des politiques croissancistes qui ne peuvent qu’accroître le nombre de morts dans l’avenir sur une planète grillée par le soleil.

Pour échanger ou se désinscrire, biosphere@ouvaton.org

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Faire l’amour en toute simplicité, difficile

Bilan d’un appel à témoignages lancé par le collectif féministe #NousToutes : 89,3 % des répondantes disent avoir déjà subi une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel. Ce collectif « demande à ce que la question du consentement devienne un sujet politique »*. La validité de cette « enquête » se fait étriller par les commentateurs sur le monde.fr, quasiment unanimes :

P.Gaujard : Ce n’est pas une enquête c’est un appel à témoignages. ce n’est pas représentatif de quoi que ce soit. Que font les décodeurs? Ils ont été virés?

Michel Marie : Sur tous les sujets en rapport avec le féminisme, Le Monde se transforme en journal militant, et perd de vue tout ce qui fait la base du métier de journaliste. Ce quotidien ne fait que reprendre les positions de groupuscules sectaires et intolérants, sans même faire un effort d’analyse. La moindre enquête sérieuse commence par définir les termes employés. « Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel » selon le titre de cet article complaisant. Mais à aucun moment, la notion de « pression » n’est définie. Il ne s’agit donc pas d’une enquête mais d’un ramassis de propos de comptoirs.

Berjac : On commence par un appel à témoin qu’on assimile à une enquête sur échantillon représentatif. Puis on assimile une insistance légère ou lourde à un viol. Il y a quelques jours sur un autre article, on annonçait la fin de l’hétérosexualité. On finira par ne plus rien prendre au sérieux.

Jean Kazadi : Quelle différence fait-on entre courtiser et faire pression sur une femme ?

Philou : Moi aussi j’ai à accepté pour faire plaisir à ma copine. Moi aussi j’ai été réveillé. Ce qui est dramatique c’est le côté binaire qui est en train de gagner notre société. Moi, moi, moi et à la fin, aucun compromis. Avec aussi l’absence totale de la compréhension de la notion de nuance, de contexte etc etc. On met dans le même sac la violence physique qui est inacceptable et le concessions du vivre ensemble.

PV : Ma femme m’a invité à l’hippopotamus pour la St Valentin, j’étais fatigué et aurais préféré regarder la télé, s’agit il d’une pression à passer à la casserole une fois à la maison ?

Pierre HUBU : La plus à plaindre, c’est la dixième, celle qui n’a jamais subi aucune pression pour avoir un rapport sexuel…

Jean-Pierre Bernajuzan : Les commentaires vont de pire en pires. Si on leur dit qu’ils défendent le machisme, ils nient et trouvent une bonne raison, à côté, pour contester tous les efforts, toutes les études qui essaient de mettre à jour les pratiques réelles des Français, hommes et femmes, chacun avec leur ressenti.
Furusato : Non, JPB, c’est la malhonnêteté d’un certain féminisme, son travail au marteau sur des termes confus comme celui de pression. Exemple un des partenaires sexuels n’est pas vraiment excité,ne veut pas vraiment mais se dit bon je vais faire plaisir et s’y met ( parfois avec un excellent résultat), c’est arrivé maintes fois dans mon couple ….d’un côté ou de l’autre. Pression, auto-contrainte ? Et alors ? l’excitation sexuelle des débuts d’une relation , dans son alignement parfait des désirs, dure seulement deux mois en moyenne. Et après ?

Leonidas @ Bernajuzan : Selon une étude faites par moi même (niveau méthodologique équivalent à celui de ce collectif) : 99% des femmes sont opposées au féminisme hystérique et ne partage pas leur haine obsessionnel des hommes. C’est la preuve que ça n’a rien avoir avec du machisme ! Sauf si par « machisme » vous entendez ne pas se laisser insulter et marcher dessus par des hystériques totalitaires.

Catherine R. : Je suis une femme et ces nanas m’horripilent.

C.Carlin : On sait que les femmes passent des heures à trouver le meilleur maquillage, la meilleure tenue, le meilleur soutien gorges, etc pour s’attirer les regards sexuels et les faveurs des hommes. L’égalité est dans les deux sens : si elles veulent être « respectées » (càd pas remarquées, dans leur vocabulaire), alors elle ne doivent plus se mettre en scène non plus. Il faut être un peu logique.

28 février 2020 Sexualité, seins nus et Cour de cassation

10 février 2019 Nature de la sexualité et droit à la sexualité

30 décembre 2018 La bipédie, origine de notre sexualité très encadrée

13 janvier 2018 Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

1er septembre 2011 nature et sexualités : le débat sur le genre humain

9 septembre 2009 démographie, sexualité éclairée

* LE MONDE du 4 mars 2020, Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel, selon une enquête

Sexualité, seins nus et Cour de cassation

Pour la chambre criminelle de la Cour de cassation, montrer sa poitrine pour une femme est constitutif d’une exhibition sexuelle, délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Oui, vous avez bien lu, en France il y a une «  haute juridiction » qui a des pudeurs de biche effarouchée. Cette Cour a toutefois relaxé la militante qui avait exhibé sa poitrine au musée Grévin de Paris, en juin 2014, reconnaissant une « démarche de protestation politique »*. Les mœurs ont évolué, les poitrines nues peuvent se montrer dans des publicités, des magazines ou à la télévision, mais pas devant la Cour de cassation. Du point de vue des écologistes, cette atteinte judiciaire au nudisme, au naturisme et à la libre disposition de son corps semble anachronique et rétrograde. Les commentateurs sur lemonde.fr écrivent tout le mal qu’ils pensent de cet arrêt :

Fratern : Il faudra que nos éminents juristes prennent des cours d’anatomie. Les organes sexuels se trouvent un peu plus bas. « Un organe sexuel se définit comme un organe impliqué dans la reproduction des Hommes, des animaux mais aussi des plantes (le pistil ou les étamines). Chez la femme, l’organe sexuel est l’ovaire. Plus largement, le terme d’organes sexuels englobe la vulve, les petites et grandes lèvres, le clitoris, le vagin… En anatomie, le sein n’a pas de caractère sexuel.

Hein : les seins, c’est seulement un caractère sexuel secondaire ! Pour certaines cultures, on sait que les cheveux féminins ont un caractère sexuel. Pour d’autres, les pieds. Enfin, les cultures multiplient les « caractères sexuels secondaires » artificiels : les bijoux, le maquillage… En revanche, les seins servent à allaiter.

GGR : « Une exhibition sexuelle est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende »… Quand j’étais jeune, la plupart des femmes étaient topless à la page. Ça en aurait fait du monde en prison chaque été !

JFG : Argumentation étonnante de la part de la Cassation, qui ouvre une boîte de Pandore. L’article 222-32 (NCP) vise « l’exhibition sexuelle » mais sans définir, d’aucune manière, ce qu’elle recouvre. Face à ce flou, le gouvernement de l’époque avait été conduit à clarifier la notion sous-jacente par une simple circulaire. Circulaire tellement floue qu’elle a été attaquée en justice, avec raison et succès (cas réel : un homme se masturbe devant un groupe d’adolescentes dans un camping naturiste ; la circulaire lui fait droit parce que l’espace considéré est exempt de qualifications d’exhibition ; la logique prévaut, heureusement, à l’encontre de cette circulaire, et il est condamné). Boîte de Pandore parce que, demain, on peut manifester entièrement nu/e/s. La jurisprudence Cass retient la qualification d’exhibition sexuelle, mais aussi la « démarche de protestation politique » pour fonder la relaxe…

Franck : La cour de cassation vient de décrédibiliser l’intégralité de ces jugements. Un mec torse nu, est-ce de l’exhibition de sexuelle ? Il y a fort à parier que cette vieille institution ne le jugerait pas de la même manière.

Claude GISSELBRECHT : « Cachez ce sein que je ne saurais voir » … Nouvelle tartufferie ?

Lesgalapagos : Quand est ce qu’un corps humain ne sera plus un tabou pour les humains ? Toutes ces lois sur l’exhibition sexuelle ne sont que des ersatz religieux qui entendent continuer de dominer les humains avec leurs a priori.

Sur ce blog biosphere, nous considérons la nudité comme conforme à notre nature. Car nu nous naissons, et par la suite nous nous nous habillons ou déshabillons comme le veut notre bon plaisir… sans succomber aux effets de mode vestimentaires ni aux diktats religieux.

7 août 2018, Nudité ou burka sur les plages, à chacun son propre choix

5 janvier 2015, Christiane Lecocq, la liberté d’être complètement à poil

* LE MONDE du 28 février 2020, Les seins nus des Femen sont bien de l’exhibition sexuelle, juge la Cour de cassation

Textile, la planète victime de la mode

Déshabiller la Planète pour habiller nos jolies filles et leurs mecs… c’est l’objectif des défilés de mode pour une industrie textile qui pollue autant que les transports maritimes et aériens réunis. LE MONDE fait une double page (14 et 15) sur les nuisances de l’industrie textile, rubrique économie*. Mais dans le même numéro, elle balance une double page (24 et 25) sur la fashion week milanaise, rubrique styles**. Schizophrénie assurée. Ajoutons d’un côté un article de fond sur les excès textile de la société de consommation***. ET de l’autre notre écolo en chef, le schizophrène Macron du « en même temps », organise son soutien au secteur textile à l’Elysée*** : 200 convives au palais de l’Elysée invités par le président de la République, membres du comité exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode, personnalités haut placées dans l’organigramme des grands groupes français (Hermès, LVMH, Kering, Chanel..). Le message délivré par Emmanuel Macron était très clair : honorer la création à l’occasion de la semaine de la mode. Toujours l’économie qui supplante l’écologie, mais ce n’est plus pour longtemps : il y a le coronavirus, ET le changement climatique, ET le pic pétrolier, ET le stress hydrique… On s’habillera comme on pourra dans les temps à venir. Quelques références à retenir :

« Pas de mode sur une planète morte. » Samedi 15 février 2020 à Londres, les défilés de la Fashion Week ont rencontré les pancartes hostiles d’Extinction Rebellion. Au nom de la protection de l’environnement, le Conseil suédois de la mode avait déjà annulé la fashion week de Stockholm en juillet 2019. Le secteur de l’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation – en particulier, l’obsolescence programmée des produits, le cycle infernal des promotions, la surconsommation de produits non nécessaires et la mondialisation de l’économie. Les enseignes de la fast fashion, en renouvelant constamment leurs collections, nous poussent à acheter à l’excès, avec un modèle de prix bas qui implique de produire dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre. On achète deux fois plus de vêtements qu’il y a vingt ans et on les porte deux fois moins longtemps ! Cette industrie émet 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre et consomme 4 % de l’eau potable disponible sur Terre.Toutes sortes de produits chimiques, métaux lourds, solvants chlorés, acides, entrant dans le traitement des tissus, finissent dans la nature. Il faut inclure encore les impacts du transport d’un pays à l’autre, des emballages… Notre responsabilité de consommateurs est immense, il nous faut résister au processus imitation/ostentation mis en évidence par Thorstein Veblen dès 1899.

Patagonia avait montré la voie il y a dix ans déjà, lors d’une campagne qui a marqué : « Notre veste a un impact écologique, donc l’acte le plus responsable que vous puissiez faire est encore de ne pas l’acheter si vous n’en avez pas besoin. » Quelques articles antérieurs sur notre blog biosphere :

29 octobre 2008, La mode se cherche un modèle écologique, en vain

2 mai 2018, Tendance écolo à la mode, ne rien acheter de neuf

10 juillet 2016, À lire, Théorie de la classe de loisir de T.Veblen (1899)

4 mars 2013, pour des vêtements androgynes, non au luxe et à la mode

3 octobre 2009, la mode, la mode, la mode…

14 novembre 2008, l’indécence du luxe

* LE MONDE du 26 février 2020, La planète victime de la mode

** LE MONDE du 26 février 2020, La parenthèse milanaise, la procession Gucci, Le barnum Moncler…

*** LE MONDE du 26 février 2020, « L’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation »

**** LE MONDE du 27 février 2020, Quand la mode défile à l’Élysée

Coronavirus : pandémie et sélection naturelle

Le coronavirus pourrait-il servir de sélection naturelle pour l’espèce humain ? Le SARS-CoV-2 est sortie des frontières de la Chine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cache plus son inquiétude. « Ce virus est très dangereux. C’est l’ennemi public numéro un et il n’est pas traité comme tel », s’est alarmé son directeur général*. L’OMS ne parle pas encore de pandémie, mais tout devient possible. Voici quelques pensées sur la sélection naturelle :

sociétés premières : « Les Indiens Pirahãs réagissent à l’hostilité de l’environnement par un stoïcisme implacable est souvent difficile à supporter pour l’hôte. Comme la mort sans soin de la jeune Xaogíoso, au bord de l’eau, tandis qu’elle est en train d’accoucher dans l’indifférence de son entourage. » Cette société première estime que chacun doit affronter par lui-même les épreuves de la vie : c’est une forme de sélection. (LE MONDE du 10 juin 2010, « Le Monde ignoré des Indiens Pirahãs », de Daniel Everett : la langue la plus étrange)

1798, Malthus Thomas Robert : « Tournons maintenant nos regards sur les diverses contrées de l’Amérique. On expose généralement les enfants difformes ; et quelques peuplades du Sud font éprouver le même sort aux enfants dont les mères ne supportent pas bien les peines de la grossesse et le travail de l’enfantement, de peur qu’ils héritent de la faiblesse de leurs mères. C’est à de telles causes qu’il faut attribuer l’exemption remarquable de difformité qu’on observe chez ces sauvages. Et lors même qu’une mère veut élever tous ses enfants sans distinction, la mort en enlève un si grand nombre, par la manière dure dont on les traite, qu’il est à peu près impossible que ceux d’une constitution délicate puissent atteindre l’âge d’homme (…) Ainsi la faible population de l’Amérique répandue sur son vaste territoire n’est qu’un exemple de cette vérité évidente, que les hommes ne peuvent multiplier qu’en proportion de leurs moyens de subsistance. » (Des obstacles à la population dans les nations indigènes de l’Amérique / Malthus, Essai sur le principe de population (Flammarion 1992, tome 1, page 91 à 113))

1871, Charles Darwin : « Chez les sauvages, les individus faibles de corps ou d’esprit sont promptement éliminés, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons, au contraire, tous nos efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les informes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déplient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun (p.179)… Comme l’a remarqué M.Galton, si les gens prudents évitent le mariage, pendant que les insouciants se marient, les individus inférieurs de la société tendant à supplanter les individus supérieurs (p.750).  » (La descendance de l’homme – 1871) extraits tirés du livre de Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie (de la science au politique)

1926, Jean Rostand : « Nos sociétés donnent la possibilité de survivre et de se reproduire à des milliers d’êtres qui eussent été autrefois implacablement éliminés dès le jeune âge. La diminution de la mortalité infantile, les vaccinations généralisées entraînent un affaiblissement de la résistance moyenne de l’espèce. Il s’ensuit un avilissement progressif de l’espèce. Donc par l’effet de la civilisation, nul progrès à espérer pour l’animal humain, mais une décadence à craindre. » (L’homme, éditions Babelio)

1965, Jean Dorst  : « L’humanité, envisagée comme une population animale, a réussi à se débarrasser de la plupart des freins à sa prolifération au risque non négligeable de multiplier les maladies héréditaires, autrefois éliminées en plus grande proportion par la sélection naturelle. On a parfois tenté de se poser la question : faut-il condamner Pasteur en raison de ses découvertes ? Certes non. Mais l’homme se doit de trouver dans les plus brefs délais, un moyen de contrôler une prolificité exagérée, véritable génocide à l’échelle de la planète. Un premier moyen de régulation est l’émigration. Or cela n’est plus guère possible à l’heure actuelle car toute la planète est strictement compartimentée et coupée de barrières. Un deuxième procédé est l’augmentation du taux de mortalité. Certaines sociétés primitives éliminent les vieillards, tandis que d’autres préconisent l’infanticide. C’est impossible à envisager dans le cas de l’humanité évoluée. Le troisième procédé consiste à une diminution du taux de natalité. Aucune religion, aucune morale et aucun préjugé ne doivent nous en empêcher. Le jour où les peuples se jetteront les uns contre les autres, poussés par des motifs en définitive écologiques, cela serait-il plus hautement moral que d’avoir maintenu les populations humaines en harmonie avec leur milieu ? » « Avant que nature meure de Jean Dorst, éditons Delachaux et Niestlé)

2003, William Stanton : « L’avortement ou l’infanticide sont obligatoires si le fœtus ou le bébé s’avèrent très handicapés (la sélection darwinienne élimine les inaptes). Quand, par l’âge avancé, par un accident ou une maladie, un individu devient plus un poids qu’un bénéfice pour la société, sa vie est humainement arrêtée…  Le plus grand obstacle dans le scénario ayant le plus de chance de succès est probablement (à mon avis) la dévotion inintelligente du monde occidental pour le politiquement correct, les droits humains et le caractère sacré de la vie humaine… Aux sentimentalistes qui ne peuvent pas comprendre le besoin de réduire la population de la Grande-Bretagne de 60 millions à environ 2 millions sur cent cinquante ans, et qui sont outrés par la proposition de remplacement des droits humains par une froide logique, je pourrais répondre : ’Vous avez eu votre temps. » (William Stanton , The Rapid Growth of Human Population 1750-2000 : Histories, Consequences, Issues, Nation by Nation, Multi-Science Publishing, 2003) in Serge Latouche Le pari de la décroissance, Arthème Fayard/Pluriel, 2006, pp. 142-143)

2011, Alain Hervé : « Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal. On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle… » (Propos recueillis par Michel Sourrouille, chronique de mars 2011 parue sur lemonde.fr)

2015, Didier Barthès : « Aujourd’hui les individus mêmes porteurs de faiblesses physiques notables (n’y voyez pas un jugement moral ou dévalorisant) ne sont plus soumis à la sélection naturelle et donc, du point de vue génétique, peuvent transmettre ces faiblesses à leurs descendants. Ainsi aujourd’hui, l’augmentation du nombre de myopes est liée, certes au mode de vie – on regarde de près plus souvent que de loin désormais dans la vie quotidienne – , mais aussi au fait qu’une forte myopie n’est plus un handicap rédhibitoire comme elle le fut auparavant. Ce qui est vrai pour la myopie l’est pour beaucoup d’autres choses. Beaucoup de mécanismes de défense de l’organisme (ne serait ce que la force physique ou la résistance à certaines maladies) ne constituent plus des avantages et ne sont donc plus sélectionnés. Nous dépendrons de plus en plus de la médecine et de moins en moins de nos propres forces. Le jour où la société ne pourra plus assumer de lourdes charges en matière de soins, il est possible que la vie de beaucoup d’entre nous soit menacée. Je suis bien conscient du caractère dérangeant du point de vue que je défends et je ne suis pas un adversaire de la médecine dont je suis heureux à titre personnel de bénéficier comme chacun d’entre nous. Toutefois cela ne saurait me faire oublier que le problème se pose et que peut-être un jour l’humanité le paiera cher. »( Commentaire posté sur cet article, Mainmise de l’industrie sur nos repas : trop de sucre)

2016, Pierre Jouventin : « Darwin réalisa que les capacités de reproduction des espèces dépassaient très largement le nombre des descendants observés et donc qu’il existait une sélection naturelle qui triait en permanence les êtres vivants, ne laissant se perpétuer que ceux capables de s’adapter à leur milieu physique. Au fil des générations, seuls ceux qui sont parvenus à survivre et à se reproduire ont transmis leur patrimoine héréditaire. Cette sélection fut sans doute particulièrement rapide chez nos ancêtres parce que c’était urgent et vital pendant la délicate période d’adoption à un mode de vie radicalement différent de leurs ancêtres arboricoles. Le cerveau, qui était déjà remarquable par sa taille chez les primates, a été fortement sélectionné pour tripler en moins de deux millions d’années. Avoir une gros cerveau n’est pas nécessairement un avantage pour durer, tout au contraire puisque des plantes, des microbes et des animalcules sans système nerveux sont parvenus à se perpétuer pendant des millions d’années, et qu’ils risquent fort de nous survivre. La solution de l’accroissement du cerveau semble un échec inévitable et prévisible de l’Évolution. Sommes-nous une espèce ratée, pathologique, alors que les autres animaux sont fonctionnels, construits pour durer, avec sans doute moins de cervelle, mais moins d’excès et de démesure, avec peu de culture et beaucoup d’instinct pour éviter de se perdre comme nous dans des idéologies fumeuses ? La sélection s’est-elle un peu relâchée chez Homo sapiens et avons-nous régressé intellectuellement à cause de notre douce vie de civilisé ? C’est en tout cas ce qui est arrivé aux chiens qui ont perdu lors de la domestication un tiers du volume cérébral de leur ancêtre sauvage. Le loup il est vrai doit exploiter toutes ses aptitudes motrices et sensorielles pour survivre. » (L’homme, cet animal raté, aux éditions Libre et solidaire)

* LE MONDE du 23-24 février 2020, La propagation du coronavirus inquiète l’OMS

Sport spectacle, pieds nus et tout nus

C’est la fin programmée des records mondiaux : le sportif utilisait 65 % de ses capacités physiques en 1896 (début des JO), contre 99 % actuellement et 99,95 % en 2025 si on prolonge les tendances. Les sportifs de haut niveau s’entraînent dorénavant plusieurs heures par jour contre presque rien  en 1896 ; ils ont des préparateurs physiques, une gestion rationnelle de l’alimentation, on atteint les limites, on échappe normalement au délire olympique du « citius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort). Alors reste les prothèses technologiques et cela pose débat. La pharmacopée dopante est prohibée, fin officielle du dopage. La combinaison de natation grâce à laquelle la peau des nageurs s’apparentait à la peau des dauphins (en polyuréthane) est désormais interdite : elle augmentait la vitesse des nageurs de 3 %. Aujourd’hui se pose le problème des chaussures.

Les nouvelles Vaporfly de l’équipementier Nike relèvent du dopage technologique : des sandales qui allient« légèreté de la chaussure », « amorti, stockage et renvoi de l’énergie [grâce à la semelle en mousse zoomX] » et « rigidité en flexion [permise par la plaque en fibre de carbone] »*. Des innovations qui conduisent à une amélioration des performance jusqu’à 4 % en moyenne à une vitesse de 18 km/h . Le 12 octobre 2019, le Kényan Eliud Kipchoge, chaussé du dernier prototype de Nike, avait abaissé pour la première fois la barrière des deux heures sur marathon. En 2 h 14 min 4 secondes, sa compatriote Birgid Kosgei avait éclipsé des annales le record du monde féminin de la Britannique Paula Radcliffe. World Athletics, la fédération internationale, n’est pas allée jusqu’à l’interdiction des chaussures déjà sur le marché. Elle a en revanche annoncé, le 31 janvier 2020 geler l’introduction de toute nouvelle technologie dans les chaussures jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août 2020). Les équipementiers devront désormais faire valider chaque nouvelle innovation par un groupe d’experts, mais World Athletics, se dit « ouvert à un dialogue contenu avec les fabricants de chaussures ».

A la différence du maillot de bain qui paraît pour les pudibonds indispensable dans les compétitions de natation, il n’y a aucune obligation aujourd’hui à mettre des chaussures pour courir en compétition. Tour le monde devrait connaître l’Éthiopien Abebe Bikila, vainqueur pieds nus du marathon olympique de Rome en 1960. En 1996 aux JO d’Atlanta, les athlètes comoriens, dont la Fédération n’avait pas les moyens de leur offrir les dernières chaussures de sprint qui équipaient leurs adversaires, ont couru pieds nus pour protester contre la « course à l’armement ». Imaginons un athlète prometteur et ambitieux. Il se fait amputer au dessous des genoux pour se faire poser une prothèse en lames de carbone : il y aura restitution de 30 % d ‘énergie en plus que le pied quand il était intact. La course à pied peut-être, mais pieds nus puisque le sport n’est en soi ni une performance nationaliste, ni le spectacle de sa marchandisation. Les sportifs doivent rester des amateurs et pratiquer les Jeux Olympiques comme dans l’antiquité, entièrement nus de la tête aux pieds, et sans sponsors. Pour bâtir un alter-JO écolo, nous suggérons aussi la fin de l’hyperspécialisation : chaque athlète devrait concourir dans quinze disciplines différentes. Enfin l’écologie devrait être aux avant-postes : pas de déplacement des sportifs et des spectateurs, chacun concourt près de son lieu de résidence pour éviter le coût énergétique des déplacements…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphère :

29 août 2011, artificialisation du sport et fin de la compétition

8 août 2008, les JO ? Plutôt courir pieds nus !

* LE MONDE du 1er février 2020, Les « chaussures miracles » Vaporfly de Nike autorisées aux Jeux olympiques, mais…

Écovégétarien, flexitarien, végétalien…

Christian Rémésy : nous avons développé un clivage entre végétarien et non végétarien, centré sur la consommation de viandes, sauf que l’urgence climatique exige plutôt de faire la part entre calories d’origine animale ou végétale. La nécessité de lutter contre les anciens clivages commence à être dénoncée et certains se qualifient maintenant de flexitarien pour signifier qu’ils sont des mangeurs occasionnels de viandes. Nous aurions besoin d’un mot plus signifiant, celui d’« écovégétarien », que je vous invite à adopter dans la vie de tous les jours. Une attitude écoresponsable devrait donc nous conduire à diminuer d’environ de moitié notre consommation de produits animaux pour que la part des calories animales dans nos assiettes passe de 30 % à 15 % des calories totales. A titre indicatif, cela équivaut à consommer de la viande (environ 100-120 g) seulement quatre ou cinq fois par semaine, du poisson une fois par semaine, des produits laitiers quatre ou sept fois, des œufs deux à quatre fois et de la charcuterie quatre ou cinq fois par mois seulement. Etre « écovégétarien », c’est aussi opter pour le bio en évitant ses dérives industrielles. C’est enfin un atout remarquable pour rester en bonne santé. Mais les pouvoirs publics évitent de se prononcer clairement pour ne pas avoir à affronter les puissants lobbies de l’élevage.*

Sur notre blog biosphere, quelques variation sur végétarien, végétalien, vegan, lovavore, extraits :

12 septembre 2019, Le repas végétarien à l’école, enfin !

Dans un pays ou seulement 5 % de Français se déclarent végétariens, et 35 % « flexitariens », l’appropriation culturelle du repas végétarien est un processus long, trop long. Dix ans pour que l’État réagisse enfin ! Le 29 mai 2009 L’A.V.F. (Association Végétarienne de France) avait lancé la campagne pour « un jour végétarien hebdomadaire en France » à la suite de l’initiative de la ville belge de Gand. Elle travaillait en partenariat avec toutes les organisations se reconnaissant dans l’intérêt du « Lundi Jour Végétarien »…

11 juin 2012, Locavore, l’art de cuisiner dans le futur

Les locavores mangent local. Tout ce qui n’a pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 km (ou 30, ou 200) est interdit de séjour dans les assiettes de ceux qui adoptent la façon de manger locavore.  Le New Oxford American dictionary a fait de locavore son mot de l’année 2007. Ce sera le mot d’ordre du XXIe siècle. Pour économiser l’énergie et conforter la sécurité alimentaire, il faudra produire et consommer le plus possible localement sa nourriture. Mais le locavore que nous deviendrons tous de gré ou de force après le choc pétrolier n’aura pas la vie facile. Manger local, ce sera souvent faire vache maigre, avec de préférence un régime très végétarien…

28 aout 2017, Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

Il est discutable de vouloir confondre les végétariens, les végétaliens un peu plus radicaux, et les extrémistes végans pour qui tout produit issu de l’exploitation animale est à bannir. Il est encore plus contestable de réduire le débat à la question qui tue : « Est-il loisible, recommandé ou condamnable de tuer des animaux pour les manger ? » Il est sans consistance aucune d’évoquer « des raisons morales » au choix végan. A force d’approximations, il s’agit pour cette militante du véganisme de laisser le lecteur dans l’ignorance de ce que veulent dire les mots et les pratiques. Éclairons le débat. Le végétarisme exclut tout régime alimentaire basé sur la consommation de chair animale (viande, poissons ou crustacés). Le végétalisme s’interdit en outre tout produit issu des animaux, œufs, miel, laitages. Le véganisme va encore plus loin et récuse toute forme de contact avec les animaux, le cuir, la soie, la laine et tout produit contenant des matières animales…

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, « Devenir “écovégétarien” offre l’espoir d’être plus en harmonie avec le monde vivant »