Ceci n’est pas une crise, mais un effondrement global

« Employer le terme de crise, c’est supposer que l’on sorte d’une normalité pendant une période transitoire, mais que l’on retrouvera ensuite cet état de normalité. La période que l’on vit aujourd’hui n’a rein à voir avec cela. Nous faisons face à une dégradation continue de la biosphère, un appauvrissement continu de ses ressources. L’ensemble des écosystèmes s’affaiblit. Nous entrons dans un goulot d’étranglement, sans aucun retour à la normale possible. Pour moi, il est clair que nous sommes dans une situation de pré-effondrement. Comme toute la base matérielle se dérobe sous nos pieds, c’est toute l’organisation sociale qui s’effondre. L’un des dangers majeurs qu’engendre le basculement des écosystèmes, c’est la chute des capacités de production alimentaire.

Tous nos modes de vie reposent sur des flux de matières et d’énergie sans cesse croissants. Sans décroissance de ces flux de matières et d’énergie, on ne s’en sortira pas. Mais il sera délicat de faire de la permaculture à côté des réacteurs nucléaires et nous n’avons pas conscience de la nécessité de la décroissance. Croire que les taux de croissance des Trente glorieuses peuvent réapparaître en Europe, c’est pathétique… le gouvernement socialiste en France est pathétique. Entre le temps nécessaire pour nous dé-formater et la rapidité des évènements, un clash et tout à fait possible. Il est donc probable qu’on se casse la gueule, il s’agit maintenant de penser la société de l’après-effondrement. On risque de vivre un mélange entre le délitement de Rome, qui a pris des décennies, et le XIVe siècle, quand ce sont déroulés à la fois la guerre de Cent Ans, le petit âge glaciaire et la peste noire. Un mélange de ce type nous pend au nez. Des scénarios de guerre sociale sont envisageables, avec un minimum de gens qui s’approprient la majorité des richesses.

Le développement durable a complètement échoué. Croire qu’on peut continuer indéfiniment comme avant, comme si on pouvait rendre compatible la raison économique qui est le règne de l’égoïsme de chacun, avec la préservation de l’environnement et le partage des biens communs, c’était totalement illusoire. Le développement durable a accompagné la vague néolibérale. Certains y ont cru, moi y compris. Je me suis trompé. Je suis le premier à le reconnaître. »

Résumé d’un texte de Dominique Bourg paru dans le mensuel La Décroissance (février 2013)

Dominique Bourg est un philosophe, professeur de l’université de Lausanne, présent dans les institutions gouvernementales, ex-pape du développement durable. Quelques-uns de ces livres  :

Les scénarios de l’écologie de Dominique BOURG (1996)

Le développement durable, maintenant ou jamais de Dominique BOURG et G.RAYSSAC (2006)

Crise écologique, crise des valeurs (Défis pour l’anthropologie et la spiritualité) sous la direction de Dominique Bourg et Philippe Roch (Labor et fides, 2010)

Vers une démocratie écologique (le citoyen, le savant et le politique) de Dominique Bourg et Kerry Whiteside (Seuil, 2010)

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8 réflexions sur “Ceci n’est pas une crise, mais un effondrement global”

  1. Je crois de moins en moins à l’effondrement, et de plus en plus à la looongue et non moins douloureuse glissade. N’est-ce pas d’ailleurs ce que nous avons entamé?

  2. Le développement durable est rien de plus qu’une poudre aux yeux pour masquer la réalité d’une culture omnicide sans avenir aucun. Et c’est bien cet effondrement inéluctable qui veut être nié, caché sous le tapis aussi longtemps que possible par cette culture omnicide et insoutenable. La ‘crise’ actuelle n’aurra pas de fin et n’est que le début. L’économie est à terre et le prix du pétrole reste à des niveau de choc pétrolier. Chaque jour nous raproche du Pic de Tout, pétrole, uranium, charbon, gaz, métaux, phosphate, potasse, forêt, etc…

    Comme d’autre l’ont dit ce qui nous pend au né est du jamais vue depuis l’émergence du genre homo dans la savane africaine. Le parallèle possible avec Rome, ou même avec l’effondrement des civilisations de la fin de l’âge du bronze reste dans l’ordre de l’euphémisme. On se retrouve avec un monde décimé et une population ignoirante des plus simple technique de vie autonome. Combien on la moindre idée de la façon de faire pour allumer un feu, préparer une peau, fabriquer un arc, un filet, du fil, etc… On est vraiement dans de beau drap!

    Mais ma principale inquiétude face à tout cela c’est toute ces maudites centrales atomiques qui risque de se retrouver orpheline en cas d’une implosion trop rapide… Aurra t’on encore les moyens de déamorcer ces bombes à retardement tchernobylienne? Aurra-t-on lintelligence le faire avant que l’on en est plus les moyens? Pas certain…

    Le modérateur du blog à « Hagouchonda »
    Vous êtes intervenus à 5 reprises sous des pseudos différents.
    Vos propos sont intéressants, mais pour plus de transparence,
    nous vous prions de garder le même pseudo
    et de signaler une adresse électronique fiable… merci.

  3. Ah, si cet article pouvait inaugurer une ère de prise de conscience généralisée de la catastrophe vers laquelle nous courons! Effectivement ,la décadence de Rome n’était que la fin d’une culture( encore que…) et la guerre de cent ans une péripétie de notre histoire. Ce que nous risquons de vivre, comme le dit le commentaire précédent, nous ne pouvons qu’en imaginer certains aspects car l’humanité ne l’aura jamais connu…

  4. Ah, si cet article pouvait inaugurer une ère de prise de conscience généralisée de la catastrophe vers laquelle nous courons! Effectivement ,la décadence de Rome n’était que la fin d’une culture( encore que…) et la guerre de cent ans une péripétie de notre histoire. Ce que nous risquons de vivre, comme le dit le commentaire précédent, nous ne pouvons qu’en imaginer certains aspects car l’humanité ne l’aura jamais connu…

  5. Evidemment d’accord avec les propos de Dominique Bourg, à ceci près que les menaces pour l’avenir sont beaucoup plus grave que ce que furent le délitement de Rome, la peste noire et le petit âge glaciaire. En effet toutes ces « difficultés » se produisirent dans un monde qui avait encore la capacité écologique de nous supporter malgré des « désagréments » passagers, les forêts étaient encore nombreuses et quand surtout quand Rome a disparu la Terre ne comportait pas 500 millions d’hommes, nous sommes aujourd’hui 15 fois plus nombreux, les conséquences seront au prorata et la nature n’a plus de réserves. Notre mode de vie nous a en plus rendu dépendants d’une effroyable quantité de réseaux dont l’effondrement conduirait au drame. Notre société n’a plus de résilience, face à un vrai choc, nous sommes un colosse au pied d’argile. Plus personne (ou quasiment) ne pourrait se nourrir, se chauffer et se soigner par lui même en cas d’effondrement. Cette fragilité là l’humanité ne l’a jamais connue au cours de son histoire. Quant aux grands animaux et aux forêts, leur sort est scellé.
    Quant au développement durable, bien sûr que c’est un oxymore.

  6. Evidemment d’accord avec les propos de Dominique Bourg, à ceci près que les menaces pour l’avenir sont beaucoup plus grave que ce que furent le délitement de Rome, la peste noire et le petit âge glaciaire. En effet toutes ces « difficultés » se produisirent dans un monde qui avait encore la capacité écologique de nous supporter malgré des « désagréments » passagers, les forêts étaient encore nombreuses et quand surtout quand Rome a disparu la Terre ne comportait pas 500 millions d’hommes, nous sommes aujourd’hui 15 fois plus nombreux, les conséquences seront au prorata et la nature n’a plus de réserves. Notre mode de vie nous a en plus rendu dépendants d’une effroyable quantité de réseaux dont l’effondrement conduirait au drame. Notre société n’a plus de résilience, face à un vrai choc, nous sommes un colosse au pied d’argile. Plus personne (ou quasiment) ne pourrait se nourrir, se chauffer et se soigner par lui même en cas d’effondrement. Cette fragilité là l’humanité ne l’a jamais connue au cours de son histoire. Quant aux grands animaux et aux forêts, leur sort est scellé.
    Quant au développement durable, bien sûr que c’est un oxymore.

  7. Il n’est jamais trop tard pour se repentir. Je plaisante, se repentir ne sert à rien. Ainsi donc Dominique BOURG fait son mea culpa et répudie le développement durable qu’il encensait il n’y a pas si longtemps. Il reste néanmoins curieux qu’un philosophe se piquant d’écologie n’ait pas été capable d’identifier immédiatement le caractère « oxymorique » de l’expression « développement durable ».
    Le concept date officiellement de 1992, sommet de la terre à Rio, rapport Bruntland. En substance ce rapport se donnait pour objectif de sauver à la fois le système économique et politique réellement existant (le capitalisme ou l’économie de marché, appelons ça comme on veut) et la Terre ou la biosphère comme on dit ici. C’est rigoureusement impossible.
    Puisque toute décroissance volontaire, conviviale et autant que possible harmonieuse fut et reste interdite par la logique même du système en vigueur (croissance, emploi, etc..), il ne nous reste plus qu’à attendre un inévitable effondrement plus ou moins profond et généralisé.
    Et les historiens lucides du futur identifierons une cause centrale au désastre qu’ils étudierons : une croissance démographique, mère de toutes les croissances, absolument insoutenable.

  8. Il n’est jamais trop tard pour se repentir. Je plaisante, se repentir ne sert à rien. Ainsi donc Dominique BOURG fait son mea culpa et répudie le développement durable qu’il encensait il n’y a pas si longtemps. Il reste néanmoins curieux qu’un philosophe se piquant d’écologie n’ait pas été capable d’identifier immédiatement le caractère « oxymorique » de l’expression « développement durable ».
    Le concept date officiellement de 1992, sommet de la terre à Rio, rapport Bruntland. En substance ce rapport se donnait pour objectif de sauver à la fois le système économique et politique réellement existant (le capitalisme ou l’économie de marché, appelons ça comme on veut) et la Terre ou la biosphère comme on dit ici. C’est rigoureusement impossible.
    Puisque toute décroissance volontaire, conviviale et autant que possible harmonieuse fut et reste interdite par la logique même du système en vigueur (croissance, emploi, etc..), il ne nous reste plus qu’à attendre un inévitable effondrement plus ou moins profond et généralisé.
    Et les historiens lucides du futur identifierons une cause centrale au désastre qu’ils étudierons : une croissance démographique, mère de toutes les croissances, absolument insoutenable.

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